socialgerie

8 MAI 1945

dimanche 8 mai 2011


LE 8 MAI 1945 :
LA PAIX SE LÈVE SUR LE MONDE,
UN MASSACRE S’ABAT SUR L’ALGÉRIE
,

extrait d’un article de Sadek Hadjerès, remis à l’hebdomadaire Katemirini – Grèce, mars 2011.

K υρ ι α κ ή 2 9 Μα ΐ ου 2 0 1 1


GILLES MANCERON À GUELMA, LE 8 MAI 2011 « REGARDER LA VÉRITÉ EN FACE »

www.ldh-toulon.net - les deux rives de la Méditerranée


TOUT N’A PAS ETE DIT SUR LE 8 MAI 1945...,

Week-end El Watan du 06 mai 2011, article de Kamel BENIAICHE


8 MAI 1945 - MAI 1985, 40ème ANNIVERSAIRE, REVUE SOCIALISTE (PAGS), N° 21, MAI 1985


LE 8 MAI 1945 :
LA PAIX SE LÈVE SUR LE MONDE,
UN MASSACRE S’ABAT SUR L’ ALGÉRIE
 [1]

La date du 8 Mai1945 est gravée dans les mémoires, les imaginaires et les réflexes politiques algériens, toutes opinions et générations confondues.

Ce jour là, l’Algérie se trouva en brutal et sanglant décalage avec le reste du monde. Le déroulement de la tragédie ne fut alors relatée qu’en quelques lignes ambiguës dans une presse mondiale baignant dans l’euphorie de la grande Victoire antifasciste !

Pour ma part, je m’attacherai dans cet article trop bref, à mettre en relief surtout les aspects politiques les plus éclairants de la tragédie, malgré l’importance concrète des faits restés douloureux dans ma mémoire d’adolescent et dans la mémoire collective algérienne. Je fournirai néanmoins quelques références utiles à quiconque souhaiterait connaître le détail des faits dans leur cruelle réalité.

Sur tous les continents, l’Humanité progressiste célébrait dans la joie son premier jour de paix et de liberté, après l’écrasement du nazisme. Mais l’idéologie raciste et dominatrice de ce dernier survivait dans les pratiques anachroniques du régime colonial français. Il en donna alors une illustration qui lui vaudra un rang peu enviable dans les annales des crimes contre l’Humanité. D’abord par l’ampleur des massacres (en milliers, voire dizaines de milliers de personnes selon les évaluations) perpétrés contre la population civile de la région du Nord-Constantinois (la plus dense du pays dans l’Est de l’Algérie). Mais aussi par la barbarie des méthodes et leur signification politique, en contradiction flagrante avec le vent de liberté qui soufflait sur le contexte mondial.

La « Charte de San Francisco » avait peu auparavant proclamé solennellement le droit des peuples à leur autodétermination. Les Algériens y avaient cru et le proclamèrent sur les banderoles de leurs manifestations pacifiques, dont les porteurs furent froidement assassinés dans plusieurs villes, dont Sétif et Guelma dans le Constantinois. Ce fut le point de départ des troubles sanglants et des représailles massives. Les colons français, mais aussi les dirigeants depuis Paris, général de Gaulle en tête, pourtant prestigieux symbole des idéaux patriotiques et de Liberté, avaient cru que par la « manière forte » déjà pratiquée en Algérie depuis cent vingt ans, ils allaient réparer le déclin de leur puissance impériale, amorcé avec la deuxième guerre mondiale.

Cet épisode tragique, en violation de la logique politique et des grands courants de changements qui parcouraient alors le monde, est un excellent indicateur de l’état des lieux de la question coloniale au milieu du siècle dernier. Aujourd’hui, ses enseignements n’en sont pas obsolètes alors que le vent de démocratisation qui souffle sur les rives Sud de la Méditerranée devrait faire progresser la réflexion sur les intérêts communs des peuples riverains.

En 1945, d’un côté avaient grandi dans le monde colonial des aspirations nationales et sociales bouillonnantes qui n’avaient pas encore acquis l’expérience, la force organique et la maturité politique suffisantes.
D’un autre côté, l’obstination et l’arrogance raciste de certaines des puissances et cercles dominants verrouillaient férocement les issues démocratiques et les évolutions constructives souhaitables.
On était arrivé à un point d’inflexion de l’Histoire, avant que ne s’engagent en beaucoup plus grand les combats décisifs de libération nationale. _ Ainsi les peuples sous le joug colonial connurent les massacres de Yen Bay des années trente dans l’Indochine française, les massacres de Madagascar en 1947, ceux du Cameroun vers la même époque.
Ce furent, comme le 8 mai 45 algérien, autant d’évènements prémonitoires des luttes à venir pour l’indépendance. Les signaux n’en furent compris à temps ni par les autorités coloniales ni par la majorité des courants politiques français.

Ainsi après Mai 1945, le général Duval qui dirigea les semaines de répression impitoyable, en rendit compte à son gouvernement en énonçant l’avertissement suivant, qui était aussi sans qu’il le sache une vraie prophétie : « Je vous ai assuré la paix pour dix ans ».
Les gouvernants français ont irrémédiablement gâché, ce délai, à travers notamment les agissements du gouverneur général socialiste Naegelen, dont le nom est resté chez nous le symbole de la répression et des élections truquées (on dit couramment aujourd’hui : des élections à la Naegelen).

Neuf ans plus tard en effet, le 1er Novembre 54, étaient tirées les premières balles d’ une guerre de libération, que les colonialistes s’étaient chargés eux-mêmes de déclarer neuf ans auparavant, comme l’ont souligné nombre d’historiens non algériens.

Déjà deux ans après Mai 1945, un congrès clandestin du PPA (Parti du Peuple Algérien) avait décidé la création de l’OS (Organisation Spéciale) paramilitaire.
En fait, les agissements colonialistes avaient convaincu l’ensemble de la population, jusque dans ses couches les plus réformistes ou les plus timorées, que l’alternative du soulèvement armé devenait de plus en plus incontournable.
L’Algérie, corps central du Maghreb, ne pouvait rester insensible aux soulèvements et aux flammes insurrectionnelles qui dans la première moitié des années cinquante embrasaient déjà ses flancs tunisien et marocain.

Je me souviens comment la victoire vietnamienne de Dien Bien PHu éclata - comme par un hasard symbolique - le 8 Mai de 1954. En cette journée printanière, elle changea complètement d’un bout à l’autre du pays, le climat de deuil spontanément ressenti les années précédentes à chaque nouvel anniversaire du huit mai. Le deuil changea de camp, Dien Bien Phu fut ressenti dans une allégresse algérienne unanime comme un coup du destin frappé à la porte du combat libérateur qui s’ouvrit cinq mois plus tard. Sur cette toile de fond géopolitique, que dire des abominations, des atrocités massives et systématiques envers des populations civiles désarmées qui ont marqué des évènements de mai 1945 ?
Je n’entrerai pas ici dans les détails macabres et avérés de cette sombre période.
Je préfère renvoyer le lecteur au site internet de « Wikipedia ».
En cliquant sur « Algérie, 8 Mai 1945 », il trouvera une documentation abondante, objective, précise, fiable, permettant de recouper les différentes sources qui se sont multipliées depuis soixante cinq ans, y compris la partie des archives militaires françaises écrites ou filmées ouvertes depuis au public.

Il apparaît alors que, mises à part les particularités géographiques ou les innovations techniques propres à chaque époque, les exactions massives des troupes régulières françaises et des milices européennes en mai 1945 n’ont rien eu d’original dans la férocité et l’aveuglement bestial, par rapport aux méthodes appliquées lors de la conquête de l’Algérie au 19ème siècle telles que rapportées à l’époque par les généraux français eux-mêmes, ou celles pratiquées jusqu’à nos jours en différentes régions du monde dont l’Europe, par les armées ou organes répressifs de puissances les plus « civilisées ».

Il y a entre elles comme une terrible et pas si étrange familiarité, qui nous pousse à la même interrogation face aux bouleversants tableaux comme le célèbre « Guernica » de Picasso ou la toile de Goya « Dos-tres de Mayo » (encore un mois de Mai !). Celle-ci relatait les fusillades où les sous-officiers et soldats de l’armée napoléoniennes en Espagne firent leurs premières armes d’envahisseurs tortionnaires avant de devenir vingt ans plus tard des officiers supérieurs et généraux de la conquête de l’Algérie.

La question reste la même : pourquoi la répétition de tant de sauvagerie humaine, alors que les bilans politiques et humains s’avèrent en définitive et d’une façon générale négatifs pour tous, souvent même catastrophiques ?

Pourquoi l’irrationnel se combine-t-il si facilement et de façon si répétitive à la barbarie dans les moyens mis en œuvre.
Les faux calculs d’intérêt à court terme des milieux dominants ne sont-ils pas la cause principale de ces catastrophes à grande échelle toutes les fois que les résistances et pressions pacifiques des peuples ne parviennent pas à influer sur le cours des choses ?

Après 1945, il s’est bien avéré que les voies plus « douces » de décolonisation dans le cadre du Commonwealth britannique ont été plus bénéfiques et moins coûteuses pour tous que les voies d’hégémonie brutale empruntée par la France libérée.

Que de tourments auraient pu être évités en deux décennies avant que De Gaulle parvienne à une vision qui concilie réalisme et intérêts nationaux avec les droits des peuples ?

Aujourd’hui même, en cette période où s’esquissent des changements importants au Sud de la Méditerranée, n’est ce pas aussi une grande leçon pour les eux rives ?

Combien de problèmes épineux et encore très difficiles à surmonter, auraient été évités et se présenteraient mieux aujourd’hui, si pendant plusieurs décennies l’information avait mieux circulé pour contrecarrer les préjugés au service d’intérêts financiers et stratégiques inavoués et inavouables !

Quel coût économique et humain a-t-il fallu et va-t-il falloir encore payer des deux côtés pour avoir trop longtemps considéré que les peuples arabes, berbères, kurdes et tant d’autres musulmans et orientaux, étaient congénitalement imperméables aux aspirations démocratiques et sociales modernes ?

Il serait grand temps d’être à l’écoute et solidaires des peuples qui veulent larguer leurs tyranneaux, relais des hégémonismes impériaux, tout comme le peuple algérien avait commencé à larguer à partir de 1945 les bachaghas, aghas et autres serviteurs féodaux du colonialisme français.

Sadek HADJERES

Extrait d’un article remis à l’hebdomadaire Katemirini – Grèce
mars 2011

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GILLES MANCERON À GUELMA, LE 8 MAI 2011

« REGARDER LA VÉRITÉ EN FACE »

Il faut "regarder la vérité en face et cesser de s’en tenir aux clichés et aux préjugés qui étaient ceux des colons et de l’administration coloniale", a déclaré dimanche, à Guelma, Gilles Manceron, vice-président de la Ligue des droits de l’Homme. L’historien français était venu participer au 9e colloque international de Guelma sur les massacres du 8 mai 1945, intitulé Les massacres de mai 1945 et d’août 1955 par l’armée française : reconnaître les crimes et écrire l’histoire.

Alors que ce colloque était organisé par l’université de Guelma pour faire avancer la connaissance historique de cet évènement et de ses conséquences, le ministre des Moudjahiddine s’est invité à l’ouverture, et en a profité pour relancer l’idée d’une proposition de loi visant à "criminaliser le colonialisme français", une proposition qui avait été enterrée par l’Assemblée algérienne en 2010.

[Mis en ligne le 9 mai 2011, mis à jour le 10]

__________

GILLES MANCERON :

AUCUNE "SYMÉTRIE"

ENTRE VIOLENCE COLONIALE ET VIOLENCE LIBÉRATRICE

[Algérie Soir – lundi 9 mai 2011]

[Algérie Presse Service] – Le conférencier, également rédacteur en chef de la revue de la Ligue des droits de l’homme, Hommes et Libertés, donnait une conférence en présence du ministre des Moudjahidine, M. Mohamed Chérif Abbas, à l’ouverture du 9ème colloque international sur les massacres du 8 mai 1945, intitulé "Les massacres de mai 1945 et d’août 1955 par l’armée française : reconnaître les crimes et écrire l’histoire".

Pour l’historien français, sortir de la période coloniale "signifie, aujourd’hui, reconsidérer l’histoire de cette période car cette dernière tournait le dos aux idéaux de justice, d’égalité, de dignité et de droits de l’homme, alors même qu’aujourd’hui le monde arabe enregistre des sursauts animés par ces idéaux, semblables par plusieurs aspects, aux mouvements de décolonisation inaugurés par la fin de la deuxième guerre mondiale". Il faut, a-t-il ajouté, "regarder la vérité en face et cesser de s’en tenir aux clichés et aux préjugés qui étaient ceux des colons et de l’administration coloniale". Il a également rappelé qu’en 1942, "les Algériens, toutes tendances confondues, y compris les plus modérés, avaient légitimement rejoint la revendication indépendantiste, considérée, alors, comme une juste attente de leurs efforts de guerre aux côtés des alliés qui venaient de débarquer en Afrique du Nord".
M. Manceron a estimé que les efforts de la France officielle en vue de reconnaître sa responsabilité dans les massacres, demeurent "timides", limités au niveau diplomatique, et "n’ont pas encore d’impact sur l’opinion publique française, comme en témoigne la censure encore de mise, prouvée par la réaction des ultras, il y a une année, lors de la projection du film de Rachid Bouchareb, Hors-la-loi, au festival de Cannes, film dans lequel étaient incluses six minutes d’images sur les massacres du 8 mai 1945".

Jugeant "insuffisantes", les initiatives françaises reconnaissant les massacres du 8 mai 1945, comme ce fut le cas, il y a trois ans, à Guelma, lorsque l’ambassadeur de France avait déposé une gerbe de fleurs sur le Carré des martyrs, Gilles Manceron a souligné que le "travail des historiens progresse avec plus de précision et de rigueur", citant notamment le livre de l’historienne Claire Mauss-Copeaux, paru au début de l’année à Paris, sous le titre “Algérie le 20 août 1955, insurrection, massacres, répression.
Mme Mauss-Copeaux avait réalisé, rappelle-t-on, un travail exemplaire, en s’attardant sur des gros plans détaillés, consacré aux victimes européennes de ces événements, à El Alia, à l’est de Skikda (Philippeville) et à Aïn Abid (Sud-Est de Constantine), mettant en exergue la comparaison abusive entre les pertes européennes et les massacres systématiques et répétés des colonisés, dans le prolongement des exactions en cours depuis la conquête en 1830.

Gilles Manceron a dénoncé "les provocations des courants ultras qui persistent à imposer la thèse des bienfaits de la colonisation et projettent d’organiser un rassemblement à Nice (sud de la France) en 2012, après avoir célébré, dernièrement, l’anniversaire du putsch des généraux d’Alger, ce qui avait forcé des historiens à réagir pour rétablir la vérité des faits".
Saluant les efforts "méritoires" de l’université du 8 mai 1945 de Guelma qui organise un colloque annuel sur ces évènements historiques, cet historien a estimé que "la neutralisation des courants négationnistes ne peut être opérée que par davantage de rigueur et de précision dans le travail des historiens qui doivent [à] éviter les affirmations ou les illustrations approximatives ou incertaines, comme l’amalgame de photographies ne correspondant pas aux évènements cités".

Succédant à l’historien et militant des droits de l’homme français, M. Mohamed-Larbi Ould Khelifa, président du Conseil supérieur de la langue arabe, est intervenu autour de "La symbolique du 8 mai 1945 dans la lutte du peuple algérien pour son indépendance".
Il a proposé, dans ce contexte, une approche "mnémotechnique" dans la culture de la mémoire, pour permettre aux générations successives de garder vivants les souvenirs du combat du peuple pour sa dignité.

De son côté, M. Lamine Bechichi, ancien ministre, est intervenu pour mettre en exergue "la richesse" et le "foisonnement" des références de la mémoire nationale, concernant les évènements du 8 mai 1945, un patrimoine historique et mémoriel qui se prolonge directement, par la guerre de libération nationale (1954-1962).

Dernier à intervenir lors de la première journée du colloque, le Dr Aymen Salama, de l’université du Caire (Egypte), a développé les principales conséquences politiques des évènements du 8 mai 1945 en Algérie.

La seconde journée de la rencontre sera consacrée à plusieurs interventions consacrées aux aspects politique, culturel et juridique des massacres du 8 mai 1945.

Sources : Gilles Manceron à Guelma, le 8 mai 2011 : « regarder la vérité en face », le 10 mai 2011

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LE MINISTRE ALGERIEN DES ANCIENS COMBATTANTS RESSORT
LA PROPOSITION DE LOI CRIMINALISANT LE COLONIALISME

Alors que ce colloque international était organisé par l’université de Guelma et qu’il était destiné à faire avancer la connaissance historique de cet évènement et de ses conséquences grâce aux contributions de différents chercheurs, avec à son programme des intervenants venant de plusieurs pays dont l’Egypte et le sultanat d’Oman, le ministre des Moudjahiddine (anciens combattants) s’est invité à l’ouverture.
Et il en a profité pour relancer l’idée d’une proposition de loi visant à "criminaliser le colonialisme français". Pourtant, cette proposition avait été enterrée par l’Assemblée algérienne en 2010 et elle n’est en aucun cas de nature à faire avancer la question politique et historique de la reconnaissance des crimes coloniaux.

Sources : Gilles Manceron : Aucune "symétrie" entre violence coloniale et violence libératrice, Algéie-soir du 9 mai 2011.

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Nous reproduisons ci-dessous un article paru dans le journal algérien “L’Est républicain” du lundi 9 mai qui y réagit en considérant que c’est une "opération de diversion" et des "incantations conjoncturelles".

ILS EXHUMENT LE PROJET DE LOI CRIMINALISANT LE COLONIALISME
LA DIVERSION DE BELKHADEM ET CHERIF ABBES

par Hamid Merakchi, L’Est républicain, lundi 9 mai 2011

Comme à chaque célébration d’une date phare de la glorieuse révolution, nos responsables en mal d’inspiration pour capter l’attention de l’opinion, se laissent aller à de vieilles recettes usées sur les crimes coloniaux pour bomber le torse.

Ce 8 mai qui marque le 66e anniversaire des massacres de 1945 commis par l’armée française à Guelma, Sétif et Kherrata n’a pas échappé à la règle. Un ministre d’Etat, conseiller du Président [ancien premier ministre] et un ministre des Moudjahiddine ont (in)opportunément sorti le « tube » rayé du fameux projet de loi sur la criminalisation du colonialisme.

Le patron du FLN Abdelaziz Belkhadem et son collègue Mohamed Chérif Abbès ont une nouvelle fois « marqué » l’anniversaire en réitérant cette exigence que le gouvernement algérien a pourtant volontairement mis sous le boisseau. Le ministre des Moudjahiddine a ainsi souligné que l’Algérie était « attachée à la loi criminalisant le colonialisme ».
Dans un entretien à l’agence officielle APS à la veille de la commémoration du 8 mai 1945, M. Chérif Abbès a estimé que cette revendication n’était « ni caduque, ni nouvelle car elle ne concerne pas une génération donnée ». On se demande comment le ministre des Anciens combattants se permet de parler au nom de l’Algérie, alors que les hautes autorités du pays ont sciemment, voire publiquement renoncé à cette exigence. En effet, le fameux projet de loi criminalisant le colonialisme français présenté en 2010 par un groupe de 25 députés, toutes tendances politiques confondues, à l’Assemblée populaire nationale a été bloqué. […]

Mais voilà que Belkhadem et Chérif Abbès l’exhument en ce 8 mai de mauvais souvenir. Le secrétaire général du Front de libération national FLN est allé jusqu’à ressortir le vocable « repentance » énergiquement rejeté en France pour sa connotation religieuse.
Belkhadem a enfilé son costume de chef de parti pour dénoncer les « ignominies » commises par la France et qui sont selon lui « de nature à conduire leurs auteurs directement au Tribunal pénal international ». Mais pourquoi n’avait-il pas fait adopter ce projet de loi du temps où il était chef du gouvernement et patron de la majorité ?

C’est dire que ces énièmes sorties médiatiques sentent trop fort l’odeur de la diversion de la part de deux membres d’un gouvernement coupable d’avoir paralysé le pays par une gouvernance à l’à peu près.
Les Algériens, évidemment jaloux de leur révolution et pas du tout amnésiques face aux méfaits de la France ne sont pas pour autant dupes pour prendre au sérieux ces incantations conjoncturelles.
Ils savent que les responsables qui glosent sur les crimes coloniaux sont les premiers à envoyer leurs rejetons dans les universités françaises et à aller se soigner dans les hôpitaux parisiens.
Le duo Belkhadem- Chérif Abbès serait bien inspiré en revanche de faire la lumière sur le scandale des faux moudjahiddine qui ont noyauté l’appareil d’Etat.

Pour le reste, c’est un discours à consommation interne qui ne trompe plus personne.

Sources : “ L’Est Républicain”, le 9 mai 2011

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TOUT N’A PAS ÉTÉ DIT SUR LE 8 MAI 1945...
Week-end El Watan du 06 mai 2011
article de Kamel BENIAICHE

Un diplomate anglais avait prévenu

Un diplomate anglais qui voit monter la guerre.

Des témoins de villages oubliés qui racontent l’horreur.

Des chiffres encore sujets à polémique.

Tout n’a pas été dit sur le 8 mai 1945...

Soixante-six ans après, les douloureux événements du mardi 8 mai 1945 ont encore des secrets à livrer.
L’hebdomadaire français le Point a publié en septembre 2010 de larges extraits, en exclusivité, de nombreux rapports adressés avant, pendant et après la manifestation pacifique transformée par l’armée coloniale en un océan de sang.
Les révélations de John Eric Maclean Carvell, consul général britannique à Alger, ont permis de découvrir des vérités restées enfouies des décennies durant et dévoilent certains plans de la France qui a tout mis en œuvre pour perpétrer un génocide à huis clos.
Le 9 février 1945, soit presque trois mois avant le déclenchement des hostilités, le consul prédit des troubles.

Les conditions de vie des populations se sont dégradées, notamment à l’est, où les gens souffrent du manque de vêtements durant l’hiver et doivent affronter la famine.
Les habitants de certaines localités qui n’ont pas eu de céréales durant plus de deux mois réussissent à survivre grâce à des racines.

Dans la missive du 11 mai (n°157), le consul parle de l’implication des forces navales depuis les rivages de Béjaïa et de Jijel.
Le même document fait aussi état des mouvements de l’aviation française. Laquelle a effectué 300 sorties en six jours.
La note du 23 mai est plus explicite. Elle indique clairement que « les Français ne savent pas gérer les troubles ».
Des troupes, comportant un bataillon de Sénégalais renforcé par des voitures blindées, sont envoyées d’Alger, Sidi Bel Abbès, Biskra, Béjaïa et Constantine.

Plus de 6000 tués

Le même papier indique que « sur demande des autorités françaises, 75 soldats de la Légion étrangère ont été acheminés de Sidi Bel Abbès à bord de la Royal Air Force ».
Selon le télégramme du 11 mai, l’armée britannique a, à l’instar de l’armée américaine, refusé de fournir des bombes antipersonnel à l’armée française. Laquelle a, en quelques jours, bénéficié du renfort de 1200 hommes du 13e régiment d’infanterie entièrement composé d’anciens membres des Forces françaises de l’intérieur (FFI) de la Creuse et de la Dordogne. Ce contingent a été, souligne-t-il, transporté à bord de B26 et P38, entre les 8 et 14 mai 1945. Concernant l’ampleur des pertes parmi la population, le rapport est sans équivoque : « Il ne sera jamais connu avec précision, sachant qu’aucun rapport n’a été établi. »

En se référant aux chiffres avancés par les Français, le consul mentionne : « Le gouverneur général estime le nombre de morts entre 900 et 1000 personnes. Alors que les autorités médicales françaises situent les pertes à 6000 tués et 14 000 blessés. D’autres estimations sont beaucoup plus élevées. »

Le diplomate avertit le 12 juin 1945 : « La destruction impitoyable de villages et le massacre sans discernement de femmes et d’enfants ne seront jamais oubliés. ».

Avec une telle prédiction, le général Duval n’a pas été seul à prédire la chute de l’empire colonial…

Kamel Beniaiche Source : El Watan weekend

pour accéder à l’article original : ...

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Pour rappel,

la REVUE SOCIALISTE (PAGS) [2], N° 21, de MAI 1985

8 MAI 1945 - MAI 1985, 40ème ANNIVERSAIRE

mise en ligne sur socialgerie, le 12 juin 2010, article 235

40ème ANNIVERSAIRE DU 8 MAI 1945
UNE DOUBLE SIGNIFICATION

Le 8 Mai 1945 a une charge émotive très grande pour nous. Il évoque avant tout la volonté de lutte de notre peuple et les massacres commis par le colonialisme français : des dizaines de militants d’Algériens froidement assassinés en particulier à Sétif et dans sa région, et à Guelma pour le seul "crime" de revendiquer l’indépendance de leur pays.

Mais l’hommage que nous rendons à nos milliers de martyrs de Mai 45, victimes de la répression barbare et précurseurs de la guerre de libération, est lié à la célébration par l’humanité progressiste du 40ème anniversaire de la victoire sur le fascisme qui a eu une portée considérable dans la vie de tous les peuples du monde.

Pour lire la suite, cliquer sur le lien ...

pour accéder au texte original complet de 1985 : 8 Mai quarante ans après, UNE DOUBLE SIGNIFICATION, cliquer ici ...

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Notes

[1] article publié dans l’hebdomadaire grec “Katemirini”, le 24 Mai 2011, donné ci-dessous en document joint

[2] REVUE SOCIALISTE : REVUE DE DÉBATS ET RECHERCHES POLITIQUES, IDÉOLOGIQUES, ÉCONOMIQUES, SCIENTIFIQUES ET CULTURELS
REVUE ÉDITÉE PAR LE PARTI DE L’AVANT-GARDE SOCIALISTE D’ALGÉRIE
N°21, MAI 1985

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