1988 – 1989: LUTTES POUR DES SYNDICATS REPRÉSENTATIFS

Deux articles du numéro 175 de « Saout el Chaab » (7 Juin 1989, avant la légalisation officielle du PAGS en septembre) analysent les luttes menées par les travailleurs après novembre 1988 pour obtenir un fonctionnement démocratique des syndicats.

Au Complexe sidérurgique de El Hadjar une pratique réelle de la démocratie et l’unité d’action permettent aux 18000 sidérurgistes lors des élections syndicales du 25 avril 2009 de pouvoir renouveler leur confiance démocratiquement au conseil syndical et au programme d’action qu’ils avaient choisi lors des grèves de novembre 1988.

A Constantine au Complexe Moteurs-Tracteurs, l’Union Wilaya de l’UGTA associée à certains milieux intégristes , récupère à son profit la revendication initiale des travailleurs. Le comité de délégués provisoire élu en novembre 1988 se laissant dessaisir de la charge initiale d’organiser un renouvellement démocratique de l’ATU , perdra par manque de pratique démocratique, la mobilisation et la confiance des travailleurs lors des élections

1988 – 1989 À EL HADJAR

RENOUVELLEMENT DU COMITÉ SYNDICAL :

UNE VICTOIRE DE LA LARGE UNITÉ D’ACTION ET DE LA DÉMOCRATIE

Le 8 novembre dernier, des milliers de travailleurs du complexe avaient prononcé la dissolution de l’ATU non représentative. Ils avaient dégagé démocratiquement un comité syndical provisoire et élaboré collectivement une plate-forme d’action.

Ces responsables syndicaux informaient en permanence les travailleurs, demandaient leurs avis, s’appuyaient sur eux, ne se substituaient pas à eux.
Dans ce comité et sur la base de la plate-forme, travaillaient côte à côte et dans la confiance mutuelle ces syndicalistes de différentes tendances, communistes, militants du FLN, sans parti.

Cependant, et pour des raisons diverses, certaines forces ont tout fait pour s’opposer à ce renouveau démocratique : anciens membres de l’ATU discréditée, ainsi que certains responsables locaux de l’UGTA et du FLN sur lesquels se sont appuyés de gros spéculateurs.

Ces milieux ont prétendu que ce comité n’était pas représentatif et exigé de nouvelles élections. Le comité a accepté. La centrale UGTA a eu d’inexplicables et regrettables hésitations et ses délégués à El Hadjar n’ont pas joué le jeu démocratique. Finalement, la date du renouvellement fut fixée au 25 Avril 1989.

Or voilà que ceux-là même qui exigeaient auparavant les élections, se sont mis à en demander le report.

Une campagne hystérique

Une campagne anti-communiste et anti-ouvrière est alors déclenchée, non seulement dans le complexe, mais aussi dans toute la région de Annaba. Elle a regroupé les gros spéculateurs et affairistes, carriéristes de l’UGTA, ceux qui, dans le FLN et les autres appareils ont des positions anti-communistes et anti-ouvrières.

Des patriotes, des travailleurs furent menacés, frappés, insultés. Des affairistes et des hommes de main étrangers à l’usine y ont pénétré pour troubler les assemblées générales et y créer un climat de violence.

Il a été en effet nettement établi qu’ont été présents dans l’usine un bijoutier, de gros commerçants, des hommes de main manipulés par des gros spéculateurs.

Ces forces ont même utilisé certains imams dans des mosquées pour engager une campagne hystérique et haineuse contre les « communistes », « les athées », « les ennemis de Dieu ». Ils désignaient ainsi tous les membres du comité syndical, y compris un hadj.

La réponse des travailleurs

La réponse des milliers de travailleurs d’El Hadjar a été une leçon de maturité, de démocratie, de responsabilité.

A la sortie de l’assemblée générale du 11 Avril où les adversaires de la démocratie ont utilisé la violence pour imposer leurs points de vue, des milliers de travailleurs se sont rassemblés en quelques minutes, ont manifesté, ont scandé des slogans en faveur de la démocratie, de leurs représentants élus, en premier lieu de DILMI Derradji.

Le jour des élections ils étaient présents massivement pour assurer le déroulement parfait et la régularité.

De l’avis de tous les observateurs, le renouvellement du conseil syndical d’El Hadjar a été un exemple de démocratie. Le comité syndical du 8 novembre a été réélu et élargi.

Les raisons du succès

Ce succès est le résultat de plusieurs facteurs complémentaires et inséparables :

• la détermination des travailleurs à défendre leurs élus car ces derniers défendaient leurs intérêts en s’appuyant sur eux, en les informant et en leur demandant leurs avis. Les travailleurs comprenaient qu’ils étaient responsables, que cette structure qu’ils ont élue était la leur et qu’il fallait la défendre : C’EST LEUR OUTIL DE LUTTE.

• La jonction de cette détermination avec l’attitude positive de la majorité des autorités locales, qui ont pesé en faveur du respect du choix démocratique par la masse des travailleurs du complexe. Ainsi, le wali a fait preuve d’une volonté unitaire et patriotique nette. En dépit de certaines hésitations, la direction du complexe a finalement œuvré aussi en vue de l’aboutissement positif du conflit.

Le gouvernement a délégué un représentant du ministère de l’industrie lourde qui a mené un travail apprécié comme positif par les travailleurs.

Ces facteurs ont permis de trouver une solution favorable aux travailleurs, au complexe, en évitant une situation périlleuse dans une unité qui compte près de 20000 travailleurs et occupe une place stratégique dans l’économie nationale.

Ce succès doit être préservé. C’est l’affaire de tous. Les élus doivent continuer à gagner chaque jour la confiance de la masse des travailleurs. Que se renforce en permanence ce lien vivant et décisif entre les travailleurs et leurs élus !


1988 – 1989

COMPLEXE MOTEURS TRACTEURS DE CONSTANTINE :

LES LEÇONS D’UN ÉCHEC

En octobre 1988, les travailleurs du complexe moteurs-tracteurs (CMT) de Constantine ont déclenché une grève et décidé, en assemblée générale (AG) de dissoudre l’ATU. Ils mettent sur pieds un comité de délégués provisoire, chargé de préparer le renouvellement démocratique de l’ATU.

L’ Union de wilaya (UW) refuse et gèle ses activités pendant 10 jours pour protester contre la volonté démocratique des travailleurs. Elle sanctionne les sections syndicales et les ATU de la région qui se sont solidarisées avec les travailleurs du CMT. Elle essaie de discréditer le comité des délégués. Elle bloque le renouvellement de l’ATU.

De son côté le comité provisoire commence à s’écarter de son objectif initial pour lequel il a été élu.
Il tend à résoudre les problèmes des travailleurs mais sans leur participation et sans les en informer.

PAR DESSUS LA TÊTE DES TRAVAILLEURS

Ces faiblesses favorisent les manœuvres anti-démocratiques de l’appareil syndical. C’est ainsi qu’en janvier 1989, l’Union de wilaya UGTA prétend accepter les règles du jeu démocratiques et organise une réunion qui regroupe des membres de l’ancienne ATU dissoute par les travailleurs, quelques membres du comité provisoire des délégués, d’autres travailleurs et cadres, dans un but d’ « apaisement » dit-elle. Sans consulter les travailleurs et sans même préparer collectivement cette réunion, les délégués du comité acceptent d’y participer. Dans ces conditions il leur était difficile de s’opposer aux manœuvres de l’UW.

Cette dernière, en effet, leur propose un « compromis » ; oui à des élections démocratiques avec liste de candidatures ouverte mais auparavant dissolution du comité provisoire des délégués et de… l’ATU que les travailleurs avaient déjà balayée ! Les délégués acceptent. L’UW pousse l’avantage et demande qu’au cours de l’AG préparatoire il y ait lecture du bilan de l’ATU déjà dissoute et de celui de l’ATU précédente dont le mandat a pris fin en 1987 ! Les délégués acceptent.

En un mot, les délégués du comité ont remis à l’appareil syndical anti – ouvrier et anti-démocratique le mandat que leur ont confié les travailleurs.

Par la suite l’UW utilisera cette décision pour discréditer les vrais syndicalistes et diviser les travailleurs. Elle utilisera dans ce but le ressentiment des cadres et de la maîtrise provoqué par certaines pratiques ouvriéristes des ces syndicalistes. Elle mettra également en avant des arguments idéologiques et fera alliance pour cela avec les éléments intégristes.

UW. UGTA ET INTÉGRISTES UNIS

Une violente campagne anti-communiste est alors déclenchée dans les mosquées de la localité.

Les intégristes viennent en force aux AG organisées par l’UGTA. Ils monopolisent le micro, intimident, prennent en main la commission technique de préparation des élections. De nombreux ouvriers quittent les AG.

Les syndicalistes de progrès sont déstabilisés. Ils ne se mobilisent pas suffisamment, ne font pas campagne pour que les meilleurs travailleurs soient élus. Ils n’avaient pas préparé ces AG avec les travailleurs. Ils n’ont pas élaboré de programme d’action et ne ripostent pas aux calomnies et aux manœuvres de division. Ils ne proposent pas un plan d’action et ne présentent même pas leur candidature à la commission technique de préparation des élections. Celle-ci dominée par l’UW et les intégristes ne respecte pas les décisions prises par l’aG, notamment celle qui prévoyait que les élections se déroulent dans les cellules homogènes de travail (par atelier).

Les élections se déroulent sans incidents. Les syndicalistes progressistes sont battus. Le premier élu est un intégriste. Il recueille 1100 voix sur les 3500 travailleurs environs que compte le complexe.

DE PREMIERS ENSEIGNEMENTS

1. METTRE AU PREMIER PLAN LA DÉFENSE DES INTÉRÊTS LÉGITIMES DE TOUS LES TRAVAILLEURS (ouvriers, techniciens, cadres, gestionnaires). C’est la mission n°1 du syndicat qui n’est pas un parti politique. Il faut donc agir en toutes circonstances et quelle que soit la « couleur » politique et idéologique des élus, pour que le syndicat joue ce rôle avec la participation active des travailleurs.

2. ÊTRE POUR LA DÉMOCRATIE, POUR UN SYNDICAT DÉMOCRATIQUE DANS TOUS LES CAS. On ne peut pas être pour ces objectifs seulement quand l’ATU est non représentative puis leur tourner le dos quand il existe une instance représentative dans laquelle on est élu.

3. CONSULTER LES TRAVAILLEURS ET NE PAS DÉCIDER À LEUR PLACE.
Toute décision ou tractation derrière le dos des travailleurs conduit à l’échec. Leur information régulière et multiforme (flash d’informations, prises de paroles, débats, etc.) est aussi une condition pour leur mobilisation permanente et démocratique.

RETOUR À LA BASE

En vérité, les syndicalistes progressistes ont été battus par eux-mêmes, par leurs propres faiblesses, par le fait qu’ils se sont écartés dans la pratique des principes qu’ils ont souvent défendus avec fermeté et courage, y compris dans les moments où défendre les intérêts des travailleurs pouvait signifier et signifiait souvent, sanctions, licenciements voire arrestations et tortures. Cette expérience confirme que la confiance des masses n’est jamais un acquis définitif. Il faut la mériter et une fois obtenue il faut la renforcer en faisant davantage confiance aux masses en les aidant à s’organiser, à lutter sans se substituer à elles.

Aujourd’hui au CMT, il ne s’agit pas de mener une lutte électoraliste revancharde. Il faut agir avec les travailleurs pour que, sur la base de leur expérience et de la conscience de leurs intérêts véritables, ils luttent pour que le syndicat joue correctement son rôle.

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