APRÈS LA CONDAMNATION À MORT DE MOHAMED GHARBI

chronique de Arezki Metref – extraits (Soir d’Algérie, le 5 juillet 2009)

…. Un résumé des faits donne une idée de la complexité de ce geste et de l’impossibilité de le juger en soi et pour soi.

Mohamed Gharbi, 72 ans, aujourd’hui, est ancien officier de l’ALN. Un type qui montait au charbon. Il le fera de nouveau, dans sa région de Souk-Ahras, au début des années 1990 lorsque l’AIS et toutes sortes de groupes islamistes entendaient faire régner leur loi sur les citoyens. Il est à la tête d’un Groupe de légitime défense pour protéger la vie des siens et veiller sur cette indépendance de l’Algérie pour laquelle il s’était battu dans sa jeunesse. Le temps passe et vint cette politique de réconciliation nationale.

Dans les faits, elle se confina à la réhabilitation fanfaronne des terroristes.

C’est illustré par le comportement d’Ali Merad, ancien émir de l’AIS, qui provoque Mohamed Gharbi chaque fois qu’il passe devant chez lui.

Ce dernier alerte les services de sécurité. L’escalade continue et culmine, le 2 février 2001, en soirée, lorsqu’Ali Merad, accompagné d’un autre repenti, braque sur Mohamed Gharbi un pistolet automatique tandis que son compère brandissait un couteau. Le chef terroriste, armé et doté de talkie-walkie, prononce cette sentence chargée d’humiliation pour la nation algérienne incarnée ici par Mohamed Gharbi, le résistant d’hier et d’aujourd’hui : «Espèce de taghout, ton jour est arrivé». Il est clair que ces propos vont au-delà de la personne de Mohamed Gharbi. Ils s’adressent au symbole qu’il est. Mais comme il s’estimait capable de faire la pluie et le beau temps, de frapper quand il veut et où il veut, le chef intégriste diffère son verdict. Il s’adresse alors à son acolyte : «Viens, nous réglerons son cas plus tard.»

Le lendemain, Mohamed Gharbi va trouver le commandant du secteur militaire de Souk- Ahras et les différents services de sécurité pour les prévenir que s’il n’est pas protégé par l’Etat, il se défendra lui-même. Passé huit jours de délai, il décide de faire justice lui-même. Il vide une rafale sur le repenti en clamant : «Tahya Al Djazaïr», «Yahia chaâb el djazairi»Mohamed Gharbi attend sur place l’arrivée des forces de sécurité. Il remet son arme et se livre. Il assume, quoi.

Un pourvoi en cassation durcit encore sa peine. Il est condamné à mort. A chacun des procès, la salle est envahie de repentis qui chauffent l’atmosphère en rappelant, par leur présence massive, que ce n’est pas la justice qui fonctionne dans le prétoire mais un rapport de force politique en leur faveur.

La justice se fait le bras par lequel la vengeance d’un groupe s’exerce sur un pays de résistants. Dans un pays de droit et de justice, Mohamed Gharbi n’aurait pas été poussé à commettre un acte comme celui-là. Il l’a reconnu en se livrant. Mais il l’a commis. Il l’a fait après avoir épuisé toutes les demandes d’arbitrage que l’Etat était en devoir d’apporter.

Dans son acte, c’est l’Algérie des patriotes qui rugit de colère. Dans sa condamnation, c’est cette même Algérie qui est mise en cause. Elle doit se faire entendre !

A. M.

http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2009/07/05/article.php?sid=85385&cid=8


Réaction de Sadek Hadjeres à la chronique de Arezki Métref:

… « Il était en effet utile que tu aies insisté sur les faits dans cette tragique affaire. Laisser ces aspects concrets dans le flou, va à l’encontre du devoir de toute vraie justice, celui de prendre en compte les circonstances et motivations précises des drames qu’elle juge.

(Cette remarque est valable quelque soit l’inculpé. En vraie justice, la règle, c’est-à-dire l’examen des circonstances exactes du drame, doit s’appliquer à tous, y compris pour le cas où les rôles auraient été inversés et que Mohammed Gharbi aurait été le provocateur et Ali Merad le provoqué et menacé de mort).

Faute de quoi, la voie est ouverte aux dérives redoutables des règlements de comptes idéologiques et des calculs politiciens. Autrement dit, retour aux désastres des années 90, faute d’en avoir tiré l’enseignement principal : le piège tendu consciemment ou non à la nation par l’affrontement sanglant des ambitions et des enjeux illégitimes, camouflés sous des bannières idéologiques respectables, qu’elles soient celles de la République, de la Patrie ou de l’Islam.

Il y a plus que jamais un devoir d’assistance à peuple en danger.

La menace ne pèse pas seulement sur ceux des Algériens dont tu soulignes à juste titre les vrais sentiments patriotiques et démocratiques.

Ce n’est pas seulement « l’Algérie des patriotes qui est mise en cause » et se sent très inquiète des dérives possibles.

Le péril est ressenti par de larges secteurs de la population, en proie aux angoisses et dégradations d’une fausse «réconciliation». Celle qui laisserait intactes aussi bien les méthodes pernicieuses de gouvernance que les velléités revanchardes de ceux qui ont échoué dans leur tentative de trancher eux aussi par les armes la question du pouvoir .

La réconciliation nationale et la sécurité dans la paix, besoin fondamental, deviendront réalité seulement en appui sur une démocratisation réelle, la justice sociale et la justice tout court.

Le plus difficile, construire et imposer les voies démocratiques et pacifiques de lutte, reste à faire.

La question est incontournable : parviendront-ils à agir dans l’union autour d’objectifs communs raisonnables, tous ceux qui majoritaires dans les profondeurs de la société et quelles que soient leurs sensibilités idéologiques, comprennent mieux par expérience les effets, maléfiques pour tous, des diktats de la violence ouverte ou masquée ? »

SH

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