MESSAGE AU GENERAL VO NGUYEN GIAP

Le 27 Août 2009

À DAO DUY CAT (Assc. Prof. PhD.)
rédacteur en chef du journal en ligne du Parti communiste Viet Nam

Cher camarade,

Désireux de me joindre à l’hommage rendu à l’un des plus illustres représentants de votre Histoire nationale, je vous serais reconnaissant de faire parvenir ce message personnel d’hommage et de félicitations au Général Vo Nguyen Giap, ami inoubliable de l’Algérie, à l’occasion de son 99 ème anniversaire.

Et à l’occasion de cette heureuse commémoration, transmettre aussi mes vives félicitations au camarade Nong Duc Manh, secrétaire général du Parti Communiste (PCV).

Avec mes plus grands remerciements.


MESSAGE DE SADEK HADJERES AU GÉNÉRAL VO NGUYEN GIAP POUR SON 99ème ANNIVERSAIRE – socialgerie – le 27 août 2009;


LETTRE DE SADEK HADJERES À BENJAMIN STORA QUI PARTAIT POUR LE VIETNAMle 26 Novembre 1995;


Le 27 Août 2009

Cher camarade GIAP,

J’apprends avec joie et émotion que tu es encore parmi ton peuple valeureux et parmi nous tous au moment où le Viet-Nam célèbre le 99ème anniversaire de ta naissance.

Ainsi tu rappelles de façon encore plus vivante aux nouvelles générations de Vietnamiens et d’Algériens l’héroïque épopée de votre libération nationale.

Avec notamment l’épisode majeur de Dien-Bien Phu le 8 mai 1954.

Cette abnégation populaire et cette victoire avaient servi d’exemple et d’encouragement puissant à notre insurrection algérienne du 1er novembre 1954.

Ton passage à Alger après votre indépendance et la libération totale du Viet-Nam, est resté inoubliable dans la mémoire populaire algérienne. Ta formule selon laquelle «les colonialistes sont de mauvais élèves de l’Histoire» est restée proverbiale chez nous. Elle continue à guider la vigilance patriotique des couches les plus conscientes de notre peuple envers les agissements impérialistes et néolibéraux.

Au nom de l’ensemble de mes camarades et des travailleurs algériens qui en ces dures années ont mené contre l’occupant colonial commun des luttes difficiles en solidarité avec votre élan libérateur, je salue en toi le digne fils du peuple vietnamien, de ses travailleurs, de ses intellectuels et des institutions politiques, civiles et militaires, qui ont organisé la mobilisation et les luttes victorieuses.

A toi et à ton peuple, mes plus chaleureuses félicitations et notre reconnaissance pour avoir si bien nourri nos espoirs et nos aspirations. Avec le souhait de grand succès dans l’édification nationale.

Sadek HADJERES

Ancien membre du Bureau Politique et du Secrétariat du PCA (Parti Communiste Algérien, 1952 – 1965)

Ancien premier Secrétaire du PAGS (Parti de l’Avant-Garde Socialiste, de 1966 à 1990)

PS : Comme symbole de notre reconnaissance, je te transmets cher camarade Vo Nguyen Giap, le texte de la lettre manuscrite que j’avais adressée à l’historien français Benjamin Stora qui a travaillé dans les années 90 au Viet Nam. Cette lettre relate plusieurs épisodes de la solidarité de lutte entre nos deux peuples. Elle avait été reproduite en vietnamien dans la Revue d’Histoire de votre pays.

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LETTRE À BENJAMIN STORA

Le 26 Novembre 1995

Cher Stora,

J’ai appris que tu partais bientôt pour le Viet-Nam et j’espère que cette lettre te parviendra avant ton départ.

Je crois que cette nouvelle étape universitaire sera une bonne chose pour toi, pas seulement pour ta santé mais parce que ce pays semble vivre une expérience passionnante actuellement. Yves Lacoste qui y est retourné au printemps de cette année pour une quinzaine de jours en est revenu impressionné.(ndlr: Y. Lacoste avait en pleine guerre activement contribué sur le terrain comme géographe à démasquer la perfide barbarie des bombardements US sur les digues pour provoquer des inondations géantes) Ce peuple redéploie ses qualités après quelques années de difficultés consécutives aux dures guerres de libération qu’il a dû mener.

Mais je pense aussi que comme historien – c’est de cela que je voulais surtout te parler – tu aurais aussi la possibilité d’étudier certaines parmi les plus belles pages de la solidarité et de l’amitié franco – algéro – vietnamiennes.

Personnellement, je suis resté très sensible aux souvenirs de ces luttes à plusieurs époques de ma vie militante.

Déjà au début des années 40 (vers 1942), le livre de Andrée Viollis « SOS Indochine » écrit vers la fin des années 30 avait avivé mes sentiments patriotiques en décrivant les souffrances et les luttes des peuples d’Indochine, et cet épisode de la révolte de Yen-Bay qui a dû être pour ces peuples ce qu’ont été pour nous en Algérie les événements du 8 mai 1945.

Plus tard, vers 1949 au PPA, j’ai connu Si Djilani, l’un des fondateurs de l’Étoile Nord-Africaine, qui me racontait avec émotion ses souvenirs lorsqu’il était gérant du journal «Le Paria » dans lequel Ho Chi Minh à Paris était le rédacteur en chef (ils travaillaient tous deux à le faire).

Quand j’ai adhéré au Parti Communiste Algérien en 1950 – 1951, les communistes algériens et les syndicats algériens CGT menaient une campagne très active contre la guerre du Viet-Nam.

Les dockers algériens perdaient des journées entières de salaires en refusant de charger les bateaux en partance pour le Viet-Nam, malgré la répression coloniale et les campagnes hostiles des nationalistes contre ce boycott.
De nombreux jeunes ont été emprisonnés parce qu’ils s’opposaient aux sergents recruteurs français qui allaient recruter dans les campagnes de la chair à canon en payant ces jeunes paysans au poids.
Parmi ces emprisonnés, il y a eu Mustapha SAADOUN, qui était à l’époque un des secrétaires de l’UJDA (version de la Jeunesse Démocratique Algérienne), qui est celui-là même qui sera officier dans l’armée de Libération Nationale et qui, vers la fin de la guerre, fera partie avec Larbi Bouhali et Abdelhamid Boudiaf (un autre officier de l’ALN et membre de CC du PCA), d’une délégation du PCA au Viet-Nam.
Saadoun et Boudiaf avaient écrit au GPRA, en accord avec la direction du PCA, des lettres dans lesquelles s’inspirant des orientations qui avaient si bien assuré la mobilisation patriotique au Viet-Nam, ils proposaient fortement d’améliorer certaines méthodes critiquables en cours dans l’ALN. Certaines de ces lettres ont été publiées dans «Archives de la Révolution algérienne» de Mohamed Harbi.

Je me souviens aussi de l’impact extraordinaire qu’a eu la victoire de Dien Bien Phu en Algérie. Je me trouvais la 8 mai 1954 à Sidi Bel Abbes, ville garnison de la Légion Étrangère. Habituellement, les années précédentes, ce jour anniversaire du 8 mai 1945, les Algériens étaient en deuil et les militaires français faisaient la fête dans la ville. Mais cette fois-là, les Algériens étaient rayonnants, ils se souhaitaient bonne fête en souriant, les paysans algériens et les cheminots européens avec qui j’avais réunion étaient pleins de confiance dans la cause nationale, Novembre 54 n’était pas loin.

Après notre indépendance, il y a eu rapidement la 2ème guerre du Viet-Nam déclenchée par les Américains. Le PAGS, malgré sa clandestinité, a mené une très active campagne de solidarité. Les organisations étudiantes en particulier (UNEA) organisaient en commun avec les représentants de la Résistance Viet-Namienne à Alger de nombreuses manifestations malgré les réticences ou l’hostilité des bureaucrates du FLN algérien
[[Patrice GARNIRON (le fils de Monique GADANT, universitaire comme toi à Paris 8) qui était alors lycéen au lycée Descartes, menait lui aussi une activité en ce sens et c’est une des raisons pour lesquelles il avait été arrêté et torturé par la SM en 1971.]].

Plusieurs Algériens enrôlés dans l’armée française qui avaient rejoint pendant la 1ère guerre du Viet-Nam les rangs des patriotes vietnamiens ont milité clandestinement dans le PAGS après leur rapatriement du Viet-Nam et ont fait du bon travail parmi les paysans ou dans les usines. L’un d’eux, qui était capitaine dans les unités – constituées de Maghrébins qui avaient déserté le corps expéditionnaire français – a travaillé dans les équipes d’animation théâtrale constituées par Kateb Yacine, qui a monté en particulier la pièce «L’homme aux sandales de caoutchouc», en hommage à Ho Chi Minh.

Je me souviens aussi de l’enthousiasme qu’a soulevé la visite du Général GIAP à Alger. Vivant alors clandestinement à Alger, je n’ai pu le saluer comme je l’aurais souhaité et j’ai écouté avec émotion ses exposés à la télévision qui ont passionné les Algériens qui pendant des années répétaient sa fameuse phrase : «les colonialistes sont de mauvais élèves de l’Histoire …».

Je crois qu’il ne serait pas mauvais, par des travaux historique, de faire revivre et valoriser cette période de solidarité internationale qui a marqué toute une génération et qui pourrait contribuer à faciliter la période en cours de reconstruction pacifique menacée de tant de dangers, alors que les leçons de l’histoire ont tendance à être perverties.

En tout cas, je te souhaite là-bas bon séjour et ne manque aucune occasion de transmettre à nos amis mes chaleureuses salutations à ce peuple qui mérite tant de vivre heureux.

Sadek HADJERES.

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