HACÈNE BENRAHAL NOUS a QUITTÉS

Alger républicain (en ligne) a annoncé le décès d’un de ses anciens rédacteurs, Hacène Benrahal.
Il était venu au PCA avec la vague ardente des jeunes conscients des nouvelles tâches de libération sociale et culturelle dans une Algérie fraîchement indépendante. Il était la modestie et l’abnégation personnifiées, cachant sous un sourire timide et amical une résolution et une compétence maintes fois confirmées.
J’oserais dire qu’il a représenté comme tant de ses camarades, le type de militants qui ont fait la fierté du PAGS, honnêtes, désintéressés, bravant dans la discrétion les difficultés d’une vie austère. Actif dans l’organe de presse qui jouissait d’une considération méritée dans le pays, il n’y avait rien en lui qui rappelât l’image de « l’apparatchik » distant et fier. Il vivait son militantisme avec l’état d’esprit et la mentalité du citoyen ordinaire conscient de ses devoirs.
Son histoire est aussi celle d’un engagement familial, comme celui de son père, ancien syndicaliste CGT. Il est significatif de la culture politique de nombre de militants issus de Constantine, au confluent des traditions islamiques progressistes de Benbadis et des luttes du mouvement ouvrier, notamment cheminots de cette région. Ses deux sœurs ont vécu un engagement similaire dans l’univers culturel algérien où la langue arabe avait repris sa place. Bouba, prématurément décédée, était une militante résolue, liée aux masses dans les luttes pour les libertés et pour les droits des femmes notamment les plus déshéritées. Yamina, quant à elle a assumé en langue arabe (avec d’autres) la frappe et mise en page du premier au dernier des numéros de Saout Ach Chaab clandestin dans sa version arabe, malgré une santé fragile et dans des conditions matérielles exceptionnellement pénibles.

S.H

L’un des rédacteurs d’Alger rep (entre l’indépendance et le coup d’Etat de Juin 1965), A.Noureddine, a dressé avec émotion un portrait du disparu

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Hacène Benrahal est retourné à Constantine, sa ville, pour partir dans la discrétion et la dignité, comme il a toujours vécu.

Il a vécu à Alger (à Alger républicain), El Harrach (en prison), à Dellys (avant que l’usine de chaussures de l’entreprise publique Emac ne soit sabotée par les terroristes islamistes) puis à Batna dans la même entreprise, enfin à Blida dans la ville de son épouse, avant de rejoindre sa ville de Constantine, il y a quelque semaine pour s’éteindre le 20 septembre, terrassé par des difficultés respiratoires. Il était passé de la cigarette à sa fameuse pipe, sans arrêter de fumer, comme ont réussi à le faire bon nombre d’entre nous, ses camarade d’aventure !

En effet, il avait rejoint la grande aventure d’Alger républicain en 1963, avec l’autre constantinois Bouzid, accompagnés par William. Il devint journaliste comme nous tous, dans la grande école du journal avec des aînés chevronnés comme l’on n’en fait plus aujourd’hui Henri, Boualem, Hamid…Il s’intégra rapidement à la rubrique internationale avec un sérieux exemplaire. Pince sans rire et d’une grande camaraderie il se retrouva adopté rapidement dans notre groupe des nouveaux d’Alger rép, ceux qui avaient entre vingt et trente ans!

Il put ainsi passer rapidement de la rédaction des dépêches aux commentaires de l’actualité internationale avant d’aborder les reportages.

Il se rendit au Soudan dirigé par Numeiri et obtint une magnifique interview de Madjoub, secrétaire générale du Parti communiste soudanais. On sentait déjà à l’époque que les étroitesses antidémocratiques et anticommunistes du pouvoir en place fragilisaient le pays pour en faire une proie facile pour l’émergence d’intégristes comme Tourabi ou dictateur comme El Bachir … pour faciliter les ingérences impérialistes et amener le chaos et la famine dans un pays aux potentialités immenses, capable de nourrir toute l’Afrique!

La sortie de Hacène sur le terrain fut suivie par celle de Mouloud Djazouli dans les maquis d’Angola, les militants du MPLA poussaient le colonialisme portugais vers la mer. Mon propre départ vers les maquis vietnamien fut stoppé net par le coup d’état du 19 juin 1965.

Léquipe du journal refusa de se soumettre au dictat du nouveau pouvoir.

Comme de nombreux militants du Parti Communiste Algérien (PCA) Benrahal se retrouva, avec d’autres militants progressistes du FLN, arrêté et torturé en septembre 1965 avant de se retrouver à la prison d’El Harrach avec ses compagnons de résistance!

Une autre partie de l’équipe d’Alger rép fut contrainte honteusement à l’exil par les nouveaux maîtres de l’Algérie. Une autre partie de l’équipe fut contrainte à la clandestinité.

J’en faisais partie et c’est pourquoi je ne revis pas Hacène pendant plus de vingt ans, ou pour être plus précis je le revis une fois quand après un rendez-vous clandestin nos routes se croisèrent. Nous ne nous parlâmes pas, mais je garderais toujours le souvenir du regard fraternel et solidaire que me lança en passant Hacène.

Je me suis posé la question comment a-t-il pu rester à Dellys livrée à la terreur des hordes islamistes. Du courage il en fallait pour vivre et travailler dans une ville pour un militant de progrès. Quand Mahfoud Saidi, responsable commercial de l’usine EMAC de Dellys fut traîtreusement assassiné, il ne put être enterré sur place ou à Jjijel la ville de ses parents. Il a fallu que ses camarades d’Alger organisent ses funérailles à Garidi !

C’est que Hacène a été à l’école de son père; Patriote qui ne réclamera jamais la carte d’ancien moudjahed, homme de progrès, ancien syndicaliste cheminot de la CGT qui, en même temps qu’il léguait à ses enfants une couleur qui n’a rien à envier aux plus belles dattes de Biskra, a formé ses mêmes enfants dans le sens de la lutte et la dignité, comme Bouba disparue prématurément ou Yasmina qui a consacré dans la clandestinité et l’anonymat 20 ans de sa vie à la confection de Saout ech-chab, organe central du PAGS historique !

(24 septembre 2009)

A. Noureddine

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