GRÉCE: QUELQUES CONSTATS APRES LES ELECTIONS MUNICIPALES ET RÉGIONALES SUR FOND DE CRISE

Article écrit pour le site « Socialgerie »

par Aliki Papadomichelaki, à Athènes

le 24/11/2010

La Grèce est le premier pays de l’UE à avoir recouru au FMI pour résoudre son déficit budgétaire et sa dette extérieure.

Le fameux MEMORANDUM, imposé à la Grèce par l’UE, brise les acquis sociaux des travailleurs, (niveau de salaires, seuil de retraite, taux de chômage élevé, importante récession économique).

La Grèce est devenue le pays cobaye, où le néolibéralisme européen essaye d’appliquer un programme financier qui exige des travailleurs (employés, paysans, petits commerçants et entrepreneurs) de payer eux seuls la crise. Les gagnants seront les grands groupes financiers notamment allemands, assurés, par l’application rigoureuse du Mémorandum, d’être remboursés après avoir spéculé sans limites depuis l’apparition de l’euro.

Plus de 30% de la jeunesse grecque est sans emploi ; alors qu’une grande partie est fortement spécialisée disposant de doctorats et connaissant au moins deux langues étrangères. L’emprunt financier, les conditions de payement et la démolition des relations de travail qu’ impose le mémorandum, créeront un avenir obscur aux travailleurs et aux générations à venir.

Dans ce contexte socioéconomique les citoyens grecs ont été appelés à voter pour élire les délègues municipaux et pour la première fois régionaux.
L’abstention a atteint des niveaux jamais vus en Grèce.
À Athènes et aux grandes villes 60 a 70 % d‘électeurs ont boudé les urnes.
Dans l’ensemble du pays le seuil de l’abstention est resté autour du 50%.

Pourquoi aller voter, disent les Grecs. De toute façon la racaille qui nous gouverne reste la même. Tous sont les mêmes, corrompus, avides de bouffer les sous du peuple et de se plier aux recommandations de l’Union Européenne et du Font Monétaire International.
Ils n’ont rien fait pour nous, disent les jeunes, sinon que de décider pour nous sans nous. Qu’ils aillent se faire foutre !

Ainsi les gens qui ont voté ont été membres ou sympathisants des deux grands partis PASOK (Sociodémocrates) et Nouvelle Démocratie (droite) alors que la gauche toute réunie a atteint le seuil respectable de 30%.
Mais malheureusement la gauche reste divisée, sans accord électoral, ou au moins des actions communes à la base.
Ce pourcentage important (le plus élevé de toute l’Europe, n’a pas trouvé de débouché en matière de politique alternative au niveau de la gestion territoriale (municipale et régionale) parce que cette gauche reste très divisée. Ceci découle entre autres et principalement de la responsabilité du Parti Communiste Grec, la plus importante formation au sein de la gauche, qui a atteint autour de 12-14%. Le PCG refuse par hégémonisme idéologiques toute forme de coopération et d’action commune avec toutes les autres composantes de la gauche, en particulier le regroupement de SYRIZA (Coalition radicale de la Gauche) qui a atteint dans ces deux représentations de la région d’Attique plus de 8,4%.
Si nous comptons les écologistes 4% et deux autres formations de gauche, nous obtenons le total de 30%.

De nombreuses luttes revendicatives, syndicales et sociales, secouent quasi quotidiennement la capitale. Le 17 novembre, 10 jours après les élections, a eu lieu la manif annuelle commémorative du soulèvement antidictatorial de l’Ecole Polytechnique (1974) où, à l’époque, la junte militaire avait tué plus d’une centaine de manifestants.

La commémoration de cette année a été, d’ après les organisateurs, la plus grande de la dernière décennie. Elle a réuni, sous une pluie torrentielle, 50.000 manifestants. Les très nombreux panneaux et pancartes protestaient contre l’austérité et le chômage mais aussi contre l’OTAN et la guerre, pour la paix et l’entente entre les peuples.

Les récents événements en Irlande illustrent très concrètement la dimension paneuropéenne de la crise. Il s’agit d’une crise profonde du capitalisme, crise pas uniquement financière, mais aussi monétaire, économique, sociale et culturelle mettant en danger les fondements même de la démocratie représentative.
Si la démocratie représentative ne prendra pas en compte les aspirations profondes des peuples pour plus de justice sociale et politique, nous serons témoins de graves tensions.
Espérons que les forces de progrès, de démocratie substantielle et de gauche prendront en compte sérieusement ces indications, afin de coordonner leurs luttes à venir.

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Manifestation à Athènes

le 17 novembre 2010

« NON À LA NOUVELLE DOCTRINE DE L’OTAN

NON À LA GUERRE, NON À LA MILITARISATION »

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