VOUS ÉTIEZ TROP ARMÉES!


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“VOUS ÉTIEZ TROP ARMÉES!” texte et poème de Fateh Agrane.


“C’EST FOU COMME JE LES AIME!”message de HOURIA – LIBERTÉ.


“JE TE SENS PROCHE MA SŒUR”message de Safiya à Houria



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À la mémoire de Mesdemoiselles et Dames: DICH AMINA, TOUNSI AZIZA, BOUDAOUD KHIRA, BOUTERAA RACHIDA, MEHDANE ZOHRA, BOUHEND FATIMA, FLIOU MHAMDIA, LOUHAB NAIMA, LENFAD HAFIDA, CHERID KHIRA et HANAFI SAHNOUNIA , ces onze femmes sauvagement assassinées sur la route de SFISEF – SIDI BELABBES par la main criminelle et terroriste qui a endeuillé notre peuple plus d’une décennie durant et qui continue de le faire!

Ces, ennemis déclarés de notre peuple, de ses intellectuels, ses artistes, ses producteurs, ses femmes, ses bergers et paysans!

Oui ils se sont attaqués par traîtrise à l’Algérie créatrice et de progrès! celle qui hier a vaincu et qui vaincra toujours!

Notre peuple résistant a payé le prix lourd à l’exemple de ses onze enseignantes qui en pleine décennie de terreur ont assuré leur devoir de semer le savoir, sans protection, chaque matin traversant des campagnes et zones reculées, entassées dans des mini bus jusqu’à leurs mort! Le 27septembre 1997, en rase campagne sur une route entre Sfisef et Sidi Bel Abbes dans l’ouest ALGÉRIEN.

Elles ont été attaquées et affreusement égorgées par une horde de plusieurs dizaine de semeurs de mort armés jusqu’aux dents!

Car le danger était grand! c’était des enseignantes femmes!

Pour ces travailleuses et pour toutes les victimes de la barbarie terroriste, Je dédie ces mots ….. …!


Vous étiez trop armées !

Face aux mutants,

Ô ! Mes damnées!

Avec cartables, et crayons

Vous étiez trop armées!

Sur vos chemins d’éveil,

La mort traîtresse !

Ôta vos stylos, vos feuilles

Et votre ardente jeunesse !

Et de vos rêves blindées

En bus pleins à ras bords !

Dès l’aube décidées

Enlaçant l’aurore

Vous étiez trop armées !

Avec de la blanche craie,

D’ardoises d’amour

Et de poèmes secrets !

Arsenal vous étiez

De beauté sublime

De lumière métier

survolant l’abîme

Ô poème ailé !

Ils égorgent les rimes

Pour ne plus voler

Et nicher en vos cimes

Et quant la traîtresse lame,

Brisa les quatrains !

Onze vers en flammes

Ont appelé demain !

Onze cris des entrailles !

Même le ciel s’est caché

De peur qu’il se maille

De têtes arrachées !

C’était le dernier acte

Mes dames du savoir

De l’immonde secte

Faiseuse de mouroir!

Abbasiates *notre douleur

Faites nous nous cet honneur

Donnez nous la chance

De sentir votre hauteur !

Vous étiez trop armées !

Donnez vos affaires,

Au poème déclamé

Demain restera à faire !

FATEH AGRANE

21 09 2011

** femmes natives de la ville de l’ouest Algérien Sidi Bel Abbés

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C’est fou comme je les aime!

message de HOURIA – LIBERTÉ

Merci Fateh mon ami pour ton combat contre l’oubli.

Cela m’a replongé dans une période que je qualifie de douloureuse et déchirante et que je ne suis pas prête d’oublier.

La blouse que je portais et les mots que j’écrivais au tableau pouvaient me coûter la vie car les lettres de menace étaient affichées partout dans le village qui a vu des centaines d’enseignants mourir sous les armes assassines et d’autres, torturés sauvagement parce qu’ils ont décidé de prendre le chemin de l’école en tournant le dos à toutes les menaces placardées sur les murs des écoles et des lycées; interdisant l’accès des enseignants et des élèves pour mieux emprisonner le savoir, pour mieux enraciner l’obscurantisme.

Je me rappelle aussi des élèves à qui j’interdisais l’accès en classe pour prendre le temps de fouiller tous les casiers afin de m’assurer qu’il n’y avait pas de bombes dissimulées sous les chaises et derrière les fenêtres de la classe.

Je le faisais car c’était mon devoir, nous le faisions chaque jour car nous devions protéger la VIE qui pouvait être ôtée à n’importe quel moment; n’importe où.

Partout où il y avait la vie, la mort était là avec son odeur qui te montait à la gorge pour t’enlever tous les sens des mots que tu as mis toute une vie à apprendre, pour apprendre aux enfants que le bonheur existe ailleurs que dans le rêve!

Une fois en classe, il me fallait trouver les mots pour expliquer aux élèves les textes qui parles d’histoire, de vie, d’amour…………. c’est très difficile de parler de ces choses-là lorsque la haine est partout et les nouvelles qui t’arrivent sont presque toutes identiques: viens tout de suite…… nous devons passer chez…………. Son ……..est mort ce matin……….

Mon quotidien était conjugué avec le sang et les sanglots que j’étouffais pour préparer les élèves aux examens.

Nous étions des milliers à porter des blouses blanches qui n’étaient pas que des blouses mais des tenues de combats car beaucoup de ces blouses blanches perdaient leur couleur de colombe pour n’être que sang et désarrois.

Vous étiez trop armées !

Onze cris des entrailles !

Même le ciel s’est caché

De peur qu’il se maille

De têtes arrachées !

J’aime beaucoup cette partie de ton poème.

Avant j’écrivais beaucoup de poèmes que j’ai perdu sur le chemin de la vie.

Je sais que c’est une lettre inachevée car j’ai une foule de choses à raconter et je te promets que je parlerai de DICH AMINA, TOUNSI AZIZA, BOUDAOUD KHIRA, BOUTERAA RACHIDA, MEHDANE ZOHRA, BOUHEND FATIMA, FLIOU MHAMDIA, LOUHAB NAIMA, LENFAD HAFIDA, CHERID KHIRA et HANAFI SAHNOUNIA, ces onze femmes sauvagement assassinées sur la route de SFISEF – SIDI BELABBES par la main criminelle et terroriste qui a endeuillé notre pays.

C’était le dernier acte

Mes dames du savoir

De l’immonde secte

Faiseuse de mouroir!

Il y a mille choses qu’il faut raconter.

Je trouverai le temps de te dire le courage des hommes et des femmes de mon pays, qui chaque matin, ouvraient les portes des écoles pour ne pas laisser entrer le souffle assassin qui voulait ôter la lumière du savoir d’entre les mains des enfants.

À bientôt mon ami, mon camarade; sur le chemin parsemé de colombes blanches, rouge est leur plumage, nous nous reverrons pour parler de AMINA, AZIZA…… et de ces portes qui restent ouvertes avec ces milliers d’enfants qui prennent chaque matin le chemin de l’école et mon cœur qui tremble de peur et de bonheur à chaque pas……………………

lettre Inachevée…………la cloche sonne, je dois mettre ma blouse blanche

Un petit bout de soleil m’attend pour écrire la date au tableau.

C’est fou comme je les aime.

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“JE TE SENS PROCHE MA SŒUR”

message de Safiya à Houria

pour témoigner de ma solidarité envers mes soeurs, pour dire aussi que nous restons DEBOUT ! Coûte que coûte et vaille et que vaille.

@Houria

Ton message m’émeut fort, j’en pleure et t’offre ces mots :

Est-ce notre peau couleur de l’ambre

Et tout l’amour qui y affleure

Est-ce les offenses subies par nos rivages

Enfouies que nul ne dénombre

Dont nous préserves du leurre

Aujourd’hui, même ténu, leur sillage

Je te sens proche Femme ma soeur

Est-ce notre enfance tuméfiée par moult ravages

Ou le souvenir de notre mère lacérant son visage

Est-ce les roseaux de nos poupées

Et leurs atours, chiffons par nous façonnés

Ou bien le sable fluide de nos dînettes

Faites parfois de vrais mets cuits en cachette

Je te sens si proche Femme ma soeur

Est-ce encore nos prises de bec aux fontaines

Ou ces nuits de portes fracassées et de cris de haine

L’image du père malmené que l’on emmène

Celle de la mère éplorée néanmoins amène

Est-ce ces lendemains de torride attente

Ou cette peur diffuse tant récalcitrante

Je te sens plus proche Femme ma soeur

Est-ce cette capacité de nous donner

Toute jusqu’à la servitude

Mues par ces choses désormais galvaudées

Amour, dévouement, sollicitude

Est-ce la brave endurance qui nous caractérise

Ou ce sein maternel qui nourrit et sécurise

Je te sens tant et plus proche Femme ma soeur

Même si du tréfonds peut jaillir

Encore cette démesure du subjectif

Qui nous fragiles, presque faillir

Vouloir troquer le réel contre le fictif

Mais notre instinct de féline

Nous fait vite redresser l’échine

Nous rendant à jamais libres

Quoi que fassent les tristes sires et leurs sbires

Je te sens d’autant plus proche Algérienne ma soeur

Je vous donne ces mots de déchirures terribles

À vous Femmes anonymes

Si fortes et à la fois si fragiles

Impies, ô soeurs, sont ceux qui vous font crime

Dernières strophes d’un poème écrit en 1994, un peu avant la mort de Kader Alloula, en hommage à la femme algérienne.

Je vous aime tant !

Safiya

le poème de Safiya a été mis en ligne par socialgerie le 19 février 2012, brève 449.

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