MICHEL WARSCHAWSKI « L’ESPOIR VIENT DES RÉVOLUTIONS ARABES»

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Intellectuel progressiste israélien, Michel Warschawski était à Paris 
le 10 décembre 
pour recevoir le prix des droits de l’homme de la République française. Il publie 
un nouvel ouvrage 
en français, “
Destins croisés”.

Le prix des droits de l’homme de la République française qu’a reçu Michel Warschawski le 10 décembre est venu récompenser le travail de l’Agence d’information alternative qu’il dirige à Jérusalem. Doté de 150 000 euros, ce prix tombait à pic pour redonner un peu d’air à une agence de presse en grande difficulté financière. Il devait lui être remis par le premier ministre mais c’est finalement Christiane Taubira qui a présidé la cérémonie. Nous avons rencontré celui que tout le monde appelle Mikado au lendemain de ce grand moment de reconnaissance d’un combat que ce militant israélien mène contre la colonisation des territoires palestiniens.

Comment interprétez-vous ce prix ?

Michel Warschawski. D’abord, cela m’a fait très plaisir. C’est une reconnaissance du travail que fait notre agence depuis trente ans. Cela n’allait pas de soi, vu la façon dont Netanyahou a été reçu ici et les réactions violentes du Crif[[Conseil représentatif des institutions juives de France.]]. Je l’interprète comme un message au gouvernement israélien, d’autant plus que c’est notre lutte contre l’impunité d’Israël qui est récompensée. La lutte contre l’impunité, c’est le cœur de notre combat. Comme je l’ai dit à Mme Taubira, cela répond à trois impératifs :

–* une question d’hygiène internationale. Ce n’est pas par hasard qu’après la Seconde Guerre mondiale le monde a voulu se doter d’instruments pour réguler le droit et a créé l’ONU;

–* la nécessité de faire justice aux victimes en les aidant à poursuivre les responsables;

–* le bien de notre propre société, car l’impunité n’est bonne pour personne. Ne pas sanctionner nos enfants quand ils font le mal, ce n’est pas les aider. Il en est de même des États. Il faut sanctionner Israël pour qu’il soit un jour accepté par ses voisins et les nations comme un État normal, pas au-dessus des lois. Les vrais amis d’Israël ne sont pas ceux qui ferment les yeux sur la colonisation mais ceux qui, comme de Gaulle, ont le courage de lui dire «ça suffit» !

Comment réagissez-vous aux accusations d’antisémitisme du Crif?

Michel Warschawski. C’est intolérable et mensonger. S’il y a quelque chose dont je suis incapable, c’est la haine. La rage, la colère, oui. Pas la haine. Même contre Lieberman, que je combats, ou contre Sharon. Mais le Crif m’indiffère: c’est devenu une annexe française du Likoud, sans légitimité.

Que Lieberman fasse liste commune avec Netanyahou pour les élections du 22 janvier confirme qu’Israël dérive vers l’extrême droite. pourquoi?

Michel Warschawski. La droitisation de la société israélienne se reflète dans tous les sondages. Elle s’explique par la disparition de la gauche à partir d’août 2000. Barak, en revenant de Camp David, a complètement démoli ce qu’avait fait Rabin en signant les accords d’Oslo avec l’OLP. Il a dit: «C’était un plan palestinien de destruction d’Israël, je l’ai désamorcé.» Et tout le monde l’a cru. Moi qui ne garde jamais de journaux, j’ai gardé ceux de la mi-août 2000. Ils disent tous: «Le camp de la paix, c’est fini», «Oslo était une erreur, la droite avait raison.» On a assisté au suicide 
de la gauche institutionnelle, le Parti travailliste et le Meretz. Elle ne s’en 
est toujours pas remise. Barak en porte la responsabilité. C’est un 
opportuniste qui a trahi tout le monde, 
un «serial traître».

N’y a-t-il aucun espoir 
de changement ?

Michel Warschawski. Si, en pire! 
On donne 40 députés au Likoud, du jamais-vu. Le Parti travailliste en aura 12, Kadima, qui a éclaté en morceaux, 2 ou 3. Tzipi Livni n’en aura pas plus avec le parti qu’elle vient de créer, 
le Mouvement. On a vu des hommes politiques tirer la sonnette de tous ces partis avant la clôture 
des listes, cherchant une place éligible 
n’importe où, de la droite
à la gauche. Sauf, évidemment, 
la vraie gauche, le Haddash, qui 
devrait se maintenir à 3 députés.

Pourtant, quand on interroge 
les Israéliens sur la possibilité de faire la paix en rendant des territoires aux Palestiniens, ils sont majoritairement pour…

Michel Warschawski. Oui, mais ils pensent que ce n’est pas à l’ordre du jour. Le statu quo leur convient: pas de problèmes graves de sécurité, pas de menace de guerre. Avec l’Iran, ils n’y croient pas. Le pays est riche, même s’il y a de plus en plus de pauvres, car on est dans un système libéral. La seule chose qui gêne, c’est l’image internationale d’Israël, le fait qu’Obama soit fâché. Mais personne n’écoute les mises en garde, qu’elles viennent de l’Europe ou de Mikado! Sauf la droite qui met les bouchées doubles pour coloniser le plus possible avant qu’on dise stop!

C’est plutôt désespéré, comme constat…

Michel Warschawski. Oui, mais j’ai espoir. Et cet espoir vient des révolutions arabes, qui sont un tournant historique. Un autre monde arabe se met en place qui, quel qu’il soit, est problématique pour Israël. L’autre motif d’espoir, c’est la fin de l’empire américain. Il y a la Chine, l’Inde, l’Amérique latine, et Israël ne sera plus le chouchou du patron. La fête est finie. Cela ouvre des perspectives nouvelles à terme, même s’il faut attendre dix ans pour en cueillir 
les fruits.

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Vous publiez un nouveau livre, 
“Destins croisés” [[ Destins croisés, Israéliens, Palestiniens, l’histoire en partage, préface d’Avraham Burg. Riveneuve éditions. 280 pages, 18 euros.]]. Livre d’histoire 
ou roman?

Michel Warschawski. C’est l’histoire vue à travers le destin de deux 
familles, une israélienne et une palestinienne, depuis 1912. On suit tous les événements à travers les membres de ces deux familles qui sont 
inspirés de personnages si réels que 
je me prends à pleurer en relisant certains chapitres.

Entretien réalisé par 
Françoise Germain-Robin

L’Humanité

le 18 décembre 2012

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