MARS 2013 – LECTURES


CHRONIQUES DU MANOUBISTANauteur: Habib Mellakh – préface: Professeur Habib Kazdaghli – édition Cérés – Tunis 2013;


PARCOURS D’UN COMMUNISTE ALGÉRIEN DE CONSTANTINEle blog de Bernard Deschamps – le 5 mars 2013;


LA GÉOGRAPHIE ÇA SERT, D’ABORD, À FAIRE LA GUERREréédition – augmenté d’une préface inédite et de nouveaux commentaires – éditions La Découverte;


ENQUÊTE SUR LE NIVEAU DE VIE DES POPULATIONS RURALES CONSTANTINNOISES DE LA CONQUÊTE JUSQU’EN 1919 Essai d’histoire économique et socialethèse de André Nouschi (parue la première fois aux PUF en 1961) – réédition par l’éditeur Bouchène en février 2013 – revue et corrigée, avec une préface de Gilbert Meynier;


LE LIVRE DES EXEMPLES, HISTOIRE DES ARABES ET DES BERBERES DU MAGHREB – Traduction de l’AUTOBIOGRAPHIE et de la MUQUADDIMA d’ IBN KHALDOUNprésentation de l’ouvrage à la Faculté des sciences humaines et sociales de Tunis – 6 mars 2013 – en présence de Abdessalem CHEDDADI.


DU DJEBEL AUX RIZIÈRES à propos des résistancesun essai et des mémoires de Abderrezak Bouhara – présentation par Belkacem AHCENE-DJABALLAH – le Quotidien d’Oran;


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CHRONIQUES DU MANOUBISTAN

auteur: Habib Mellakh

préface: Professeur Habib Kazdaghli

édition Cérés

Tunis 2013

prix: 13 DT ( 6,5 euros

« Ces Chroniques du Manoubistan reconstituent les épisodes d’un étrange feuilleton qu’on pensait d’un autre âge. Les évènements se sont déroulés à la Faculté des Lettres de La Manouba, devenue le matin du 28 novembre 2011 l’objet d’une conquête (ghazoua) salafiste.

Elles retracent, de jour en jour, la montée de la violence jusqu’à l’absurde comparution du doyen Kazdaghli, accusé d’agression contre des étudiantes en niqab venues saccager son bureau.

Un retournement invraisemblable où, de victime, il devint coupable.

Les faits de ce livre remontent au mois de mars 2012, lorsque deux étudiantes portant le voile intégral ont mis à sac le bureau du doyen de la Faculté des Lettres, des Arts et des Humanités (Université de Tunis-Manouba) Habib Kazdaghli. L’une d’entre elles, qui avait été exclue de la Faculté pour avoir porté le niqab en salle de cours, accuse l’universitaire de l’avoir giflée. Les deux jeunes filles sont poursuivies dans ce même procès pour avoir attaqué le bureau du doyen. Le ministère public ayant jugé bon de requalifier l’accusation en « acte de violence commis par un fonctionnaire dans l’exercice de ses fonctions ».

Ces pages sont aussi un recueil de chroniques tunisiennes qui rappellent l’existence en Tunisie d’autres «Manoubistan» et que ces évènements font partie d’une campagne savamment orchestrée d’atteinte aux libertés.

Des évènements qui prouvent aussi à quel point cette offensive liberticide a pour objectif de mettre en péril le projet moderniste tunisien.

Véritable journal de combat et de défense des valeurs humanistes, ces chroniques sont enfin un hymne à la liberté et à la résistance des hommes et femmes du savoir, de la culture et des arts.

En dénonçant les briseurs de rêves, elles incarnent un espoir: que la Tunisie soit à «la hauteur» de sa Révolution.

L’auteur du livre, Habib Mellakh, enseigne depuis 1984 à la Faculté de la Manouba la littérature française, il est l’auteur d’un ouvrage sur l’œuvre de Francis Ponge intitulé « La pratique poétique pongienne ».

présentation ceresbook: http://www.ceresbookshop.com/1824-chroniques-du-manoubistan.html

(*) Reporté une première fois, en début d’année, pour le 17 janvier, le procès du doyen de la Faculté des Lettres de la Manouba, Habib Kazdaghli a été reporté une seconde fois au 28 mars 2013.

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PARCOURS D’UN COMMUNISTE ALGÉRIEN DE CONSTANTINE

[

le blog de Bernard Deschamps

Mardi 5 mars 2013

->http://www.bernard-deschamps.net/article-parcours-d-un-communiste-algerien-de-constantine-115906419.html]

Voici un livre passionnant. «Le Camp des Oliviers» de William Sportisse couvre la période de 1923 à 1994. Depuis «Mémoire algérienne» d’Henri Alleg, je n’avais rien lu d’aussi fort sur l’action du Parti communiste Algérien. Une action le plus souvent sous-estimée, quand elle n’est pas carrément occultée par certains chroniqueurs.

La force et l’intérêt de cet ouvrage tiennent bien sûr à la personnalité de l’auteur, mais également à la conception qui a présidé à sa rédaction. Il s’agit d’un livre d’entretiens entre William Sportisse et un historien, Pierre-Jean Le Foll-Luciani. Cette confrontation de la mémoire et des archives écrites, officielles ou privées, lui confère une qualité historique en même temps qu’une grande charge affective. Les souvenirs personnels de William Sportisse donnent vie à la matière aride des archives.

Pas moins de quatre vingt-trois pages sont consacrées à l’enfance et à l’adolescence de celui qui deviendra un combattant de l’indépendance algérienne et un dirigeant national du PCA.

C’est l’enfance d’un petit juif, né dans une famille nombreuse de condition modeste, de culture judéo-arabe, qui parle couramment l’arabe à la maison et vit dans un quartier de Constantine peuplé d’européens très imprégnés de racisme antijuif. Ce témoignage est d’une grande valeur sur les relations entre Arabes, Juifs et Européens. La famille Sportisse était plus proche des Arabes que des Européens, au point que le grand-père avait été réticent lors de la promulgation du décret Crémieux. Il craignait d’y perdre son identité algérienne.

William va être marqué par l’exemple de son frère Lucien, son aîné de dix-huit ans, instituteur, militant de la SFIO qu’il quittera pour le PCA. Lucien Sportisse, un des «pionniers des luttes communistes algériennes», était la terreur de l’administration coloniale. Membre d’un réseau de résistance à Lyon, pendant la 2e guerre mondiale, il sera assassiné en 1944 par un agent de la gestapo. William l’a peu connu, mais a beaucoup entendu parler de lui.

Son autre frère Bernard, lui aussi instituteur (entre-autres à Akbou…) et communiste qui sera arrêté en Algérie en 1941, aura sur lui une influence plus directe.

En juin 1940, au lendemain de la signature de l’armistice par la France, William entre en clandestinité. Il a dix-sept ans. Tout en poursuivant ses études, il assure la liaison entre des dirigeants du PCA à Constantine, transporte des tracts… Il est exclu du lycée en 1941, au titre des lois vichystes antijuives. Contrairement à ce qui a été parfois affirmé, les Musulmans ne se réjouissent pas des lois contre les Juifs et ils seront nombreux à Constantine à les aider.

Dès novembre 1940, le Parti Communiste Algérien clandestin se prononce dans le premier numéro de La lutte sociale, pour «l’indépendance nationale de l’Algérie». C’est la ligne du Komintern, qu’il applique depuis fin 1939, mais à partir d’août 1941, il infléchit son orientation et William confirme que «la lutte contre le fascisme a été considérée comme primordiale au détriment de la question coloniale…» Le PCA rectifiera cette ligne qu’il jugera erronée.

Après le débarquement allié en Algérie en 1942, William Sportisse est mobilisé dans l’armée française, envoyé en Mauritanie, puis en France. Il participe en avril 1945, à la libération de la base sous-marine de la Pointe de Grave. Il sera démobilisé en septembre 1945 à Alger.

Il avait appris à Marseille, avant son retour, l’horrible répression qui s’était abattue sur le Constantinois le 8 mai 1945. «Les massacres du 8 mai 1945 venaient ruiner […] l’analyse [du PCA, selon laquelle]… «La Libération» et la construction d’une «France nouvelle» seraient un progrès pour les colonisés.» Pour sa part, l’Humanité le journal du PCF voyait dans les manifestations nationalistes du 8 mai 1945, la main des nazis, ce qui était une erreur que le PCF reconnaîtra.

Pour William, cette répression va, par contre, être un accélérateur de son évolution politique: «Ce qui s’était produit [lui était] insupportable.» et lui fera définitivement condamner la politique dite «d’assimilation».

Il va dès lors tracer son sillon qui sera, sa vie durant, d’une remarquable rectitude.

À partir de 1945, à Constantine, ensuite à Alger, dirigeant des “Jeunesses Communistes” puis de l’“Union de la Jeunesse Démocratique Algérienne” qui regroupait des jeunes nationalistes et des jeunes communistes.

Élu membre du comité central du PCA en avril 1947 et membre suppléant du bureau politique fin 1947 à 23 ans, il est de ceux qui plaident pour «un renforcement de la politique nationale» du PCA.

À la demande du parti, il revient comme permanent à Constantine où il oriente l’activité vers les catégories les plus pauvres et les fellahs. Il y tisse un réseau d’amitiés avec des militants nationalistes du PPA-MTLD, de l’UDMA et des Oulémas. Il définit ainsi sa démarche au sujet de l’Islam: «les religieux nous les respections, et luttions à leurs côtés afin qu’ils puissent pratiquer en toute liberté ce qui n’était pas le cas sous le régime colonial, ndlr]. Nous ne menions aucune propagande antireligieuse – même si c’était notre droit, pour défendre notre philosophie.», ce qui est aux antipodes des positions anticléricales de certains partis qui se prétendent laïcs, et [fera déclarer au cheikh Ben Badis: «Le communisme est le levain du peuple».

En novembre 1953, il est chargé par les partis communistes du Maghreb, de coordonner les émissions en langue arabe de “Radio-Budapest” , qu’il quittera à la fin de l’année 1955 quand la Hongrie supprimera ces émissions sous la pression du gouvernement français.

Ce sera ensuite la longue plongée dans la clandestinité à Constantine de 1956 à 1962 où il réussira à vivre et à lutter, sans être repéré et arrêté – ce qui est un exploit – grâce à sa vigilance, à sa capacité à modifier son apparence physique et… au dévouement de nombreux camarades et amis qui lui ont permis de changer très souvent de planques. Les cent trente-quatre pages qu’il consacre à cette période particulièrement dangereuse nous éclairent sur la complexité de mener de front le travail politique et la lutte armée.

Les liens d’amitié qu’il avait noués avant le déclenchement de l’insurrection lui seront bien utiles pour se lier au FLN-ALN. Le récit de l’aide aux maquis, des collectes de vêtements et de ravitaillement, de l’impression de tracts et de journaux du PCA, mais aussi du FLN, à sa demande, nous font vivre au niveau des réalités concrètes du terrain la mise en œuvre de la politique du Parti Communiste Algérien pour l’indépendance de l’Algérie. C’est sans doute une découverte pour certains lecteurs. Ce récit est bien sûr émaillé des noms de celles et de ceux, musulmans, chrétiens, juifs, athées, d’origine arabe, berbère ou européenne, qui ont participé à ce combat et qui, nombreux, sont morts pour que vive leur patrie algérienne.

La suite et la fin de l’ouvrage décrivent l’immense joie populaire le 19 mars 1962; les crimes de l’OAS qui tente de faire échec à l’indépendance; les propositions et les efforts du PCA qui sera de nouveau interdit dès novembre 1962, pour consolider celle-ci et bâtir une société de justice et de liberté qui réponde aux aspirations et aux besoins des «couches populaires et, en premier lieu des] paysans pauvres.»; les antagonismes de classes qui alors se font jour; le débat sur la nationalité algérienne; le coup d’Etat militaire qui en 1965 renverse le Président Ahmed Ben Bella; l’emprisonnement de nombreux communistes et autres démocrates; la [torture à nouveau qui n’épargnera pas Bachir Hadj Ali, le Secrétaire général du PCA .

William Sportisse fut lui aussi arrêté et torturé, avant d’être déporté au bagne de Lambèse puis assigné à résidence à Tiaret.

Les Communistes algériens, avec un sens aigu des responsabilités devant leur Peuple, soutiendront malgré tout, les mesures positives décidées et mises en œuvre sous la Présidence de Houari Boumediene, nationalisations, politique agraires, etc, en dépit de la répression dont ils étaient victimes et dont ils souffraient dans leur chair.

William Sportisse a été contraint de quitter l’Algérie en 1994, en raison des menaces précises dont il fut l’objet pendant la «décennie noire», mais son cœur est resté en Algérie où il revient désormais régulièrement; «trop vieux cependant, nous dit-il, pour s’y réinstaller.»

William Sportisse, un grand patriote algérien. À 90 ans, il est toujours communiste, membre du PADS (Parti Algérien pour la Démocratie et le Socialisme).

Bernard DESCHAMPS

le 4 mars 2013

http://www.bernard-deschamps.net/article-parcours-d-un-communiste-algerien-de-constantine-115906419.html

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LA GÉOGRAPHIE ÇA SERT, D’ABORD, À FAIRE LA GUERRE

Edition: La Découverte

Collection : Cahiers libres

Parution : octobre 2012

Prix : 20 €

ISBN : 9782707174727

Dimensions : 135 * 220 mm

Nb de pages : 256

version numérique

présentation

auteur

table des matières

extraits presse

En 1976, la première édition de ce livre dans la «Petite collection Maspero» fit grand bruit dans les cénacles universitaires, mais aussi bien au-delà.

Il faut dire que le géographe Yves Lacoste y proposait une analyse iconoclaste: il y fustigeait la «géographie des professeurs» , apparue au XIXe siècle en Allemagne et en France et progressivement devenue un discours idéologique masquant l’importance politique de toute réflexion sur l’espace – tandis que sa variante scolaire a longtemps été vue comme l’un des enseignements les plus rébarbatifs et «inutiles».

Mais surtout, Yves Lacoste montrait qu’existait aussi une autre géographie, plus ancienne et toujours actuelle, la «géographie des états-majors» , ensemble de représentations et de connaissances rapportées à l’espace constituant un savoir stratégique utilisé par les minorités dirigeantes.

À rebours de ces deux conceptions, Lacoste affirmait que les questions soulevées par la géographie concernent en réalité tous les citoyens, car il est impossible d’en exclure les phénomènes militaires, politiques et sociaux: des questions passionnantes, multiformes, à la croisée de nombreuses disciplines.

Tel était le programme de la “revue Hérodote” , lancée également en 1976 par Yves Lacoste chez le même éditeur et devenue depuis le fer de lance d’une nouvelle géographie «géopolitique».

Trente-six ans après la parution de ce livre devenu culte, la présente édition reprend le texte original de 1976, complété par une longue préface inédite et des commentaires contemporains de l’auteur.

Sa pertinence reste entière, à une époque où la géopolitique défendue par Yves Lacoste est entrée dans les mœurs et où l’analyse des conflits régionaux et internationaux, toujours complexe, s’est imposée dans le débat public.

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Le 14 mars 2013 la FONDATION GABRIEL PÉRI

organise une rencontre avec YVES LACOSTE

pour tous renseignements voir la brève 652

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ENQUÊTE SUR LE NIVEAU DE VIE DES POPULATIONS RURALES CONSTANTINPOISES

DE LA CONQUÊTE JUSQU’EN 1919

->http://www.bouchene.com/index.php?page=shop.product_details&category_id=14&flypage=bookshop-flypage.tpl&product_id=147&option=com_virtuemart&Itemid=1]

Essai d’histoire économique et sociale

thèse de NOUSCHI André

réédition en février 2013 – revue et corrigée, avec une préface de Gilbert Meynier

Editions Bouchene

Histoire

Date de parution : 10 Février 2013

Préfacé par Gilbert Meynier

Réédition de la thèse publiée aux PUF en 1968.

768 PAGES • 16 X 24 CM

Réf. : 978-2-35676-024-1

ISBN 9782356760241

Prix Unitaire: 45.00 €

1962

Il y a longtemps que nous réclamions de véritables études d’histoire sociale sur l’Algérie. Pareils travaux exigent une longue période d’initiation, et les archives sont dispersées. M.André Nouschi était bien armé pour affronter ces difficultés: il est du pays, il sait l’arabe et il n’a aucun préjugé.

La thèse de Nouschi est vraiment la «somme» de ce que nous pouvons savoir de l’histoire sociale de l’Est algérien, histoire fondée pour la première fois, et très solidement, sur l’analyse du mouvement économique, la répartition de la propriété, la capacité d’achat des travailleurs. Il faudra effectuer des travaux analogues sur l’Algérois et l’Oranie. Aucun ne pourra se passer de cette enquête austère, ardue, mais richement documentée et d’une parfaite liberté d’esprit.

Marcel Emerit, 1962

2012

L’Enquête sur le niveau de vie des populations rurales constantinoises d’André Nouschi reste une œuvre incontournable sur l’histoire de l’Algérie coloniale; elle propose une réflexion, elle incite à la réflexion selon des vues qui, malgré les inévitables évolutions épistémologiques, ne sont pas périmées et ne peuvent l’être.

Elle doit être connue de tous ceux qui veulent connaître ce passé d’échanges, traumatique mais partagé d’une rive à l’autre de la Méditerranée, par les Algériens, par les Français, de France ou originaires d’Algérie, par les métis de l’identité, par les férus d’histoire, par les citoyens d’aujourd’hui de la vivante humanité.

Gilbert Meynier, 2012

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  • Couverture et présentation du livre

    format pdf

    cliquer sur le lien.

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  • Extraits de la préface de Gilbert Meynier à la thèse d’André Nouschi,

    Enquête sur le niveau de vie des populations rurales constantinoises de la conquête jusqu’en 1919. Essai d’histoire économique et sociale,


    Saint Denis, Bouchène, février 2013, LXVI-700 p. réédition, revue et corrigée)

extraits:

…] Un itinéraire de vie

L’évocation de l’itinéraire d’A. Nouschi est éclairant qui explique pourquoi il a conçu et réalisé sa thèse, en corrélations avec sa vie algérienne, son ressenti, ses convictions et son engagement.

Il est issu d’une famille juive du Maghreb: les ancêtres de sa mère, originaires d’al-Andalus via le Maroc, sont venus en Algérie au XVIe siècle; ceux de son père, Judéo-Italiens originaires de Livourne, s’y sont installés en 1736.

A. Nouschi a grandi dans une famille dont la mère était «femme au foyer» et le père huissier de justice, successivement à Aïn Bessem, non loin de Bouira, à une centaine de km au sud-est d’Alger (1923-1928), puis à Aïn El Arba, dans la plaine de la Mleta, sur la bordure méridionale de la grande sabkha d’Oran (1928-1935); enfin, de 1935 à 1957, à Alger où il a présidé la chambre départementale des huissiers – la famille quitta l’Algérie en 1962.

A. Nouschi était l’aîné de cinq garçons, nés entre 1922 et 1931 – le troisième étant mort à Aïn Bessem, à l’âge d’un an.

Il suivit son père dans ses pérégrinations professionnelles. Particulièrement marquantes, on le verra, furent les images de la misère algérienne qu’il découvrit près d’Aïn el Arba, qui gravèrent dans son esprit un réflexe de révolte contre l’injustice. Il fut reçu en 1934 au concours des bourses 1ère série, lui donnant droit à une bourse en cas de pépin familial – il avait été recalé à l’oral en 1933 pour avoir confondu Catherine et Marie de Médicis… Il fut reçu dans les premiers au certificat d’études primaires, puis il suivit un cursus secondaire plutôt brillant, entamé en 6e au lycée Lamoricière (11) d’Oran, et qu’il acheva en 1941 à Alger au lycée Bugeaud(12). Il y fut admis en hypokhâgne pour l’année 1941-42. Mais, mobilisé en décembre 1942, il ne retourna au pays natal qu’en septembre 1945.

Il réussit en un temps record à obtenir la licence d’histoire, d’abord à l’université d’Alger, puis à la Sorbonne où il réussit le certificat de géographie pour historiens en octobre 1946. Après un échec à l’agrégation d’histoire en juin 1947, il y fut reçu un an plus tard. Nommé professeur d’histoire à Oran au lycée Lamoricière, il demanda sur les conseils de médecins, en raison des troubles pulmonaires dont souffrait son épouse Janine(13), sa mutation pour Constantine – à 650 m. d’altitude. Il y enseigna au lycée d’Aumale (aujourd’hui Redha Houhou) de 1949 à 1955, via un séjour d’un an (1951-1952) au lycée de Metz où il rejoignit Janine qui y avait passé une partie de son enfance.

Alors qu’il avait entrepris sa thèse sous la direction de Charles-André Julien, il obtint pour l’année 1955-1956, aux fins de se rapprocher de bibliothèques approvisionnées et des archives du Gouvernement général, une mutation au lycée Émile-Félix Gautier(14), en bas de la rue Michelet/Didouche Mourad, au cœur d’Alger, à deux pas de l’université. Ayant réussi à obtenir un détachement au CNRS pour parfaire sa recherche, il partagea deux ans durant (1956-1958) son temps entre Alger et les bords de la Seine avant de demeurer en 1958-1959 à Paris – il soutint à la Sorbonne, non sans brio, sa (ses) thèse(s) (15) en mars 1959. (pp. V-VI)

[…]

La thèse d’André Nouschi et ses apports […]

Que dire en épilogue, un demi-siècle après la première édition – la seule jusqu’à celle qu’offrent aujourd’hui au lecteur les éditions Bouchène – de la thèse d’André Nouschi?

André Nouschi pense, non sans quelque raison, que sa recherche a modifié du tout au tout la vision courante de la colonisation en Algérie. Elle permet de découvrir ce qui avait été occulté par les parlementaires, les responsables et les universitaires français.

Comme si, subitement et au grand jour, surgit un personnage peu ou mal connu, voire inconnu: le paysan, le fellah qui représente la majorité écrasante de l’Algérie.

Nouschi avait réussi son pari de 1950: écrire l’histoire de l’économie et des fellahs sur une longue période à travers les multiples vicissitudes de l’histoire coloniale.

C’était de fait une innovation majeure dans l’histoire de la colonisation en Algérie. L’a-t-on connu en dehors de la Sorbonne, ce nouveau regard? Assurément, du moins dans les cercles de militance et de réflexion, et, il faut l’espérer, par ricochet, dans un public plus large. […]

Cette thèse est ardemment problématisée – parfois trop systématiquement pour tels recenseurs critiques –, dans la lignée de l’école des Annales.

Rappelons que Lucien Febvre et Marc Bloch furent les maîtres fondateurs, en 1929, de la revue “Annales d’histoire économique et sociale”(88); et que cette “École des Annales” fut illustrée par Fernand Braudel, Pierre Goubert, Ernest Labrousse et Pierre Vilar – ces deux derniers furent les maître du grand historien algérien ottomaniste Lemnouar Merouche(89), formé à la Zaytûna à Tunis, puis au Caire à l’université égyptienne de Gizeh, avec Mohammed Anis, l’historien de l’Égypte ottomane –, sans compter Robert Mandrou, Roger Chartier, Pierre Gourou, Georges Duby…

Pour sûr, André Nouschi ne dépare pas à côté de ces noms. Indéniable est son constat de l’appauvrissement des paysans constantinois .

Il fallait le faire dans les années cinquante du XXe siècle: soutenue en 1959, publiée en 1961, la thèse d’André Nouschi, vu le contexte d’alors, pointait comme une épine à contre-courant du politiquement correct colonial de tels universitaires patentés; et aussi de la littérature pour grand public qui commençait à faire de l’histoire contemporaine de l’Algérie, et plus précisément de la guerre d’indépendance algérienne, un thème ressassé, du meilleur jusqu’au pire, via des analyses honnêtes, sérieuses et problématisées, d’historiens crédibles, voire d’acteurs devenus des historiens vrais, et a contrario la banalité et les stéréotypes de tels libellés médiatiques à succès. [… (pp. LII-LIV)


Notes:
(11) Ultérieurement le lycée français d’Oran de l’OUCFA (Office Universitaire et Culturel Français en Algérie) ; l’auteur de ces lignes y a enseigné en 1967-1968.

(12) Aujourd’hui lycée Émir Abd el-Kader.

(13) Originaire de Beauzac, au nord de la Haute-Loire, entre Saint Étienne et Le Puy, Janine Nouschi-Vuillemey avait passé enfance à Metz, puis à Paris. Avec pour bagage une formation en droit et en psychologie, elle est de nos jours connue comme essayiste, nouvelliste et romancière dont les livres portent la marque d’un surréalisme sainement fantasque. On lui doit entre autres: “Courbessine”, Nice, Éd. Bénévent, 2003, 212 p; “Le nautile et autres nouvelles”, Nonette, CRÉER (Centre d’Études, de réalisations et d’éditions régionales), 2005, 191 p.; “Le requiem de Campra et autres nouvelles”, Brioude, CRÉER, 2010, 171 p.

(14) Ultérieurement lycée Victor Hugo, de l’OUCFA, puis Omar Racim.

(15) Il fallait alors soutenir une thèse principale et une thèse complémentaire – la thèse complémentaire d’André Nouschi était une présentation annotée de la correspondance entre le docteur Vital et Ismaël Urbain, cf. biblio, 1959. […]

(88) La revue a depuis changé cinq fois de titre. De 1946 à 1993 elle s’appela “Annales”. “Économies”, “Sociétés”, “Civilisations”, puis, depuis, “Annales. Histoire, Sciences sociales” – elle est éditée par l’École des Hautes Études en Sciences sociales (EHESS)

(89) Lemnouar Merouche, “Recherches sur l’Algérie à l’époque ottomane”, t. 1: “Monnaie, prix et revenus. 1520-1830” , Saint Denis: Bouchène, 2002, 314 p.; t. 2: “La course, mythes et réalité” , Saint Denis: Bouchène, 2007, 353 p.

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Le livre des exemples, Histoire des Arabes et des Berbères du Maghreb.

Traduction de l’autobiographie et de la Muquaddima d’ Ibn Khaldun

(Gallimard 2012-coll. La Pléiade)

Une présentation de l’ouvrage

est organisée à la Faculté des sciences humaines et sociales de Tunis

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Mercredi 6 mars 2013

15h00

Faculté des sciences humaines et sociales de Tunis

Abdessalem CHEDDADI

Professeur-chercheur d’histoire, université Mohamed V

Discutante : Mounira CHAPOUTOT

professeur d’histoire, Université de Tunis.

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Affiche_cheddadi_2013_DV (format PDF – 359.7 ko)

http://www.irmcmaghreb.org/spip.php?article336

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Livres :

par Belkacem AHCENE-DJABALLAH

Le Quotidien d’Oran

RÉSISTANCE

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DU DJEBEL AUX RIZIÈRES.

À propos des résistances.

Un essai et des mémoires

de Abderrezak Bouhara

Editions ANEP

Alger 2004

300 pages

660 dinars.

Dans son premier ouvrage, “Les viviers de la Révolution” (Casbah Editions, 2001, 336 pages,350 dinars), l’auteur – récemment décédé – avait en quelque sorte écrit ses mémoires en se limitant à sa jeunesse et à son engagement dans la lutte de libération nationale. Un livre qui a connu un certain succès, car tombé au bon moment, moment durant lequel les citoyens commencaient à “aimer” les livres d’”histoire”.

Son second livre relève d’un autre registre, mi-mémoriel, mi-essai et très réflexif…à la Bouhara, avec ce mélange et ce style un peu vieillot qui rebute, mais qui, aussi, retient car toujours porteur de sens. Les mots sont pesés, placés là où il faut, visant le “cœur de cible”, comme au champ de tir. On ne se refait pas. Militaire tu as été, militaire, tu le resteras, comme on dit. Mais, avec un cœur gros comme ça. On le sent. Ca existe chez les centurions, non?

L’auteur raconte les résistances , celles des hommes, celles des peuples, celles des armées ‘révolutionnaires”, celles des militaires (il aime bien le mot “guerrier”), l’art de la guerre, à des moments et en des lieux différents mais tellement semblables (en Algérie juste avant et après l’Indépendance en tant qu’officier chef de bataillon, sur le front de Suez avec les éléments de l’ANP, et au Vietnam en tant que diplomate), les résistances qu’il a rencontrées tout au long de son parcours militaire (en Algérie et en Egypte), politique et diplomatique ( au Vietnam ), avec des histoires bien précises, qui vous tiennent, bien souvent, en haleine, regrettant même que l’auteur n’aille pas encore bien plus loin…… afin de connaître leurs “FIN”.

Avis : Je ne m’y connais pas du tout en art militaire, mais seulement en résistance(s), je pense que ce livre devrait (il l’est déjà, certainement) être un ouvrage ayant une place importante dans les bibliothèques des écoles… militaires algériennes et même étrangères.

Il doit, aussi, être lu par tous les autres, historiens en tête, car il comporte une somme appréciable d’informations (et de photos parfois inédites) sur nos guerriers. Peut-être assez lourd à digérer, à la limite de l’académique et avec trop de matière, 300 pages, trois axes ou sujets…


Belkacem AHCENE-DJABALLAH

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