NAQD N°31 – LA NOUVELLE DONNE GÉOSTRATÉGIQUE

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La menace de déstabilisation des États et de remise en question des souverainetés
territoriales et nationales pèse de tout son poids sur notre présent et notre futur
immédiat.

Il est devenu évident que les rapports de force à l’échelle mondiale sont en
train de changer de fond en comble.

Les frontières héritées des XIXe et XXe siècles
deviennent mouvantes sinon poreuses et, avec elles, les souverainetés territoriales ou
nationales qui s’évaporent.

La référence des relations internationales qu’est le territoire
est en train de disparaître.

On observe la multiplication des espaces où l’État
n’intervient plus et où son contrôle disparaît.

L’État, en outre, est concurrencé par
d’autres organisations non-étatiques (ONG, multinationales) dont les décisions
influent fortement sur ses propres décisions tout autant que sur les relations qu’il
entretient avec l’étranger.

Ainsi se met en marche, de manière furtive d’abord, puis
de plus en plus évidente, une sorte de «dénationalisation de l’État» .

La globalisation affaiblit des pans entiers de l’État. Il n’est plus, dans la plupart
des cas, qu’un «gardien de portail» qui, sans disparaître institutionnellement,
est petit à petit dépossédé de sa souveraineté et abandonne progressivement ce qui
fait sa fonction: la défense et la préservation des intérêts de la nation.

Des institutions se défont, d’autres entrent en crise, d’autres encore se vident
de leur sens et abandonnent leurs missions tandis qu’une politique
de mise en ordre, et aux ordres, ne se cache même plus.


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NAQD N°31

AUTOMNE-HIVER 2013

LA NOUVELLE DONNE GÉOSTRATÉGIQUE

PRÉSENTATION

Spectateurs le plus souvent impuissants des bouleversements qui affectent notre région, nous avions commencé avec un précédent numéro de la revue NAQD à déconstruire le matraquage médiatique occidental sur le pseudo printemps arabe[[N°29 “Le défi démocratique”, Automne-Hiver 2011]] cachant mal les ingérences et travestissant les interventions en «secours aux populations».

Nous avions également tenté dans la dernière livraison de faire un bilan peu réjouissant des cinquante années d’indépendances africaines[N°30 [“IN/dépendances”, Automne-Hiver 2012]].

Nous restions cependant préoccupés de voir notre voisinage immédiat, au Maghreb-Machrek, mais aussi au Sahara-Sahel, rentrer à nouveau dans des périodes de troubles graves défaisant pour certains ce que les générations du siècle à peine passé ont eu tant de mal à bâtir.

Il nous fallait absolument tenter d’en tirer les leçons car la menace de déstabilisation des Etats et de remise en question des souverainetés territoriales et nationales pèse de tout son poids sur notre présent et notre futur immédiat.

Il est devenu évident que les rapports de force à l’échelle mondiale sont en train de changer de fond en comble.

Les frontières héritées des XIXe et XXe siècles deviennent mouvantes sinon poreuses et, avec elles, les souverainetés territoriales ou nationales qui s’évaporent.

Déjà, dans ses récents travaux [[Bertrand Badie, “La fin des territoires”]], Bertrand Badie montrait bien que la référence des relations internationales qu’est le territoire est en train de disparaître.

On observe ainsi la multiplication des espaces où l’État n’intervient plus et où son contrôle disparaît. L’État, en outre, est concurrencé par d’autres organisations non-étatiques (ONG, multinationales) dont les décisions influent fortement sur ses propres décisions tout autant que sur les relations qu’il entretient avec l’étranger.
_Ainsi se met en marche, de manière furtive d’abord, puis de plus en plus évidente, une sorte de «dénationalisation de l’Etat» (Saskia Sassen).

La globalisation affaiblit des pans entiers de l’État. Il n’est plus, dans la plupart des cas, qu’un «gardien de portail» qui, sans disparaître institutionnellement, est petit à petit dépossédé de sa souveraineté et abandonne progressivement ce qui fait sa fonction: la défense et la préservation des intérêts de la nation.

Des institutions se défont, d’autres entrent en crise, d’autres encore se vident de leur sens et abandonnent leurs missions tandis qu’une politique de mise en ordre, et aux ordres, ne se cache même plus.

Un nouvel internationalisme se développe au service d’un système financier globalisé et des intérêts des grandes puissances.

Même les légitimes préoccupations concernant le réchauffement climatique ou l’écologie tournent le plus souvent autour d’enjeux énergétiques dont ces mêmes grandes puissances veulent à tout prix détenir le monopole, fut-ce au prix de guerres meurtrières.

Dans cette livraison de la revue NAQD, les auteurs nous font découvrir la portée des défis et des enjeux de la nouvelle donne géostratégique.

Ainsi, dans une large rétrospective de l’évolution des logiques de domination à travers l’histoire, Alain Joxe (“Le bout du rouleau et la démocratie”) aborde la question de la substitution de la sphère virtuelle infinie des marchés financiers à la réalité économique de la biosphère comme oikoumène limitée [[ oikos: ce qu’on a, les ressources dont on dispose; nomos: usage, et donc allocation]]. Les techniques boursières – et les lois – permettent la poursuite de l’accumulation des richesses sans but particulier. Pour l’auteur, ces «gisements» de profits ne sont plus situés aujourd’hui dans l’espace-temps économique et logistique réel, mais dans l’espace virtuel et dans le temps rapide de la communication électronique. Un temps de type «militaire», avec menace, prise de risque, décisions héroïques. Batailles avec «paiement comptant», mais sans feu ni lieu. Contrairement aux maffias anciennes, ces réseaux prédateurs ne sont plus au service des tribus, des villages, de la vieille mère ou des cousins pauvres, mais au service de l’accumulation, et la spéculation financière elle-même est considérée comme l’instrument du profit final. Ce sont ces produits financiers qui se présentent comme prédation infinie de la richesse.

La conclusion qu’en tire Alain Joxe est que, par la destruction de la sécurisation du temps long des vies humaines, la version spéculative de la marchandisation des services engendre des psychopathologies de masse, et prépare activement les conditions d’émergence d’une guerre globale, pulvérisée en versions locales «démocidaires» sur l’ensemble des sociétés.

Nous comprenons par cette approche que des formes nouvelles de volonté de puissance sont mises en place dans cette aube du XXIe siècle.

Pour Georges Corm (“Religion et géopolitique: une relation perverse)”, la puissance peut se définir par la satisfaction d’intérêts matériels, tels que l’imposition d’un commerce inégal, l’exploitation directe ou indirecte des richesses matérielles des autres nations, mais aussi de leurs ressources humaines. Pour parvenir à cette satisfaction, l’État puissant doit aussi imposer sa contrainte politique, voire militaire, sur les autres États pour les faire entrer dans son aire d’influence et de domination.

Dans cette recherche de puissance, il devient fort utile d’instrumentaliser les religions. La création d’affinités religieuses transnationales ainsi que l’établissement de centres de pouvoir religieux soumis à une hiérarchie officielle ou diffuse et indirecte, dont le centre se trouve situé au sein de l’État dominant, sont des instruments privilégiés de puissance.

La religion sert aussi bien d’instrument de domination interne sur une société que d’extension d’influence et d’hégémonie voire de domination sur les autres sociétés. Plus l’usage externe de la religion sera fort, plus il devra aussi être étendu à l’ordre interne. Mais la relation pouvant aussi jouer en sens inverse, des dictateurs invoquant des valeurs ou des dogmes religieux pour légitimer leur pouvoir interne peuvent déclencher des guerres externes pour consolider ce pouvoir.

Mais alors qu’est-ce qui relie ces stratégies de puissance politico-financières et politico-religieuses?

C’est ce à quoi Tawfik Hamel (“De la «Long War» à l’«Asia-Pacific Pivot»: Vers la non centralité de guerre irrégulière?”) va s’atteler à apporter une réponse dans sa contribution.

Pour lui, Dès la fin de la guerre froide, le Pentagone appelait à examiner comment les forces militaires américaines devraient changer pour répondre à un environnement quasi unipolaire. Un nouveau paradigme stratégique semble alors apparaître. Mais lorsqu’il a fallu penser l’avenir de la guerre, trois questions se sont imposées:

  • Quelles sont les menaces à court et long terme auxquelles les États-Unis sont confrontés?
  • Quelles sont les mesures ou les capacités nécessaires pour dissuader ou répondre à ces menaces? Quelle est la structure de force nécessaire?
  • Quelles sont les ressources nécessaires pour établir et maintenir cette structure de force?

Le 11 Septembre 2001 a montré que des acteurs non-étatiques sont devenus source des futures menaces. Dans un sens, vu la supériorité militaire conventionnelle des États-Unis, la question qui s’était posée a été celle de savoir si le pays devait redéfinir sa capacité de combat sur la base des menaces irrégulières (opérations de contre-insurrection / stabilité / nationbuilding) ou non.

En clair, la future guerre sera pour les théoriciens de la géostratégie étatsunienne principalement une forme de terrorisme, d’insurrections et de conflits de basse intensité dans des États et civilisations en défaillance, avec la probabilité de nettoyages ethniques et de génocides.

Elle sera une guerre «sale», menée par des seigneurs de guerre et aura lieu dans ce qui était vaguement appelé autrefois le Tiers-Monde. Elle se produit en raison de la faillite de l’État, plutôt que par la force et l’expansion de l’État. Et souvent, les forces militaires des pays développés seront impliquées dans ces conflits malgré elles.

Selon les théoriciens de la globalisation, «dépérissement des gouvernements centraux, hausse des domaines tribaux et régionaux, conflits ethniques, pandémies, surpopulation et migrations, criminalité, autonomisation des armées privées et des entreprises de sécurité, cartels de la drogue, rareté des ressources, érosion croissante des frontières nationales et omniprésence croissante de la guerre sont profondément liés». D’où la nécessité de repenser les formes de la réponse aux menaces contre la fameuse « sécurité nationale » des Etats-Unis. Comme la capacité des États à protéger leurs citoyens diminue, la menace peut «se développer en conflit de faible intensité par la coalescence de lignes raciales, religieuses, sociales et politiques».

Nous voilà donc au cœur d’une nouvelle géopolitique où tous les facteurs vont se conjuguer comme menace ou contre-menace.

C’est quand l’ensemble de ces logiques convergent que nous voyons se déployer dans la région Maghreb-Machrek et au Sahara-Sahel un nouveau champ de manœuvres avec résurgence de procédés d’intervention et d’influence que beaucoup pensaient révolus, mais dont les buts poursuivis et les moyens mis en œuvre ne sont plus les mêmes.

Gérard Chaliand (“Les jeux de l’échiquier au Proche et Moyen-Orient”) montre bien que dans le cas de la Syrie, on constate l’affaiblissement de la Coalition (des forces de l’opposition au régime d’El Assad), plus ou moins favorisée par les Occidentaux. Par contre, on assiste au renforcement très net des diverses organisations islamistes radicales qui ont bénéficié, comme d’autres factions islamistes, d’aides substantielles des pays du Golfe, en argent et en armes. En surplomb, on retrouvera les États-Unis avec des observateurs actifs des événements (CIA et/ou forces spéciales), qui se sont contentés pour l’essentiel d’envois d’armes « non létales ». Ainsi, ce qui aurait pu être une crise interne à intensité variable en Syrie se transforme en guerre civile qui, comme pour ce qui est advenu de l’Irak, s’installe en épicentre d’une crise régionale entre sunnites et chiites, dont l’issue est incertaine et dont l’Iran est l’objectif ultime.

Saïda Bédar (“La stratégie des Etats-Unis en Irak et dans la région du Golfe”) reprend l’analyse et la met en rapport avec les objectifs stratégiques visés par les USA dans la région.

Pour elle, l’Irak représente un cas de la stratégie étatsunienne de gestion de la transition sociopolitique des États de la région.

Cette stratégie repose sur un fragile équilibre entre des actions favorisant la fin des États forts centralisés et le soutien à des options sociales englobantes.

Mais ils devront opter pour des stratégies qui prennent en compte les acteurs régionaux et globaux dans leur capacité à contribuer aux règlements des crises et conflits.

Cependant, certains de ces acteurs régionaux, empêtrés dans leurs contradictions et incapables d’opérer une transition, risquent de continuer, selon l’auteure, à déployer des stratégies nocives de déstabilisation. C’est le cas des monarchies du Golfe qui reposent sur un féodalisme tribaliste et semblent incapables d’envisager une transition qui progressivement instaurerait l’État de droit (opposé à la loi tribale), puis l’alternance de type partage du pouvoir (au-delà des familles régnantes) et ensuite la représentation démocratique.

Force est de constater que ce qui est vrai pour le Machrek l’est autant pour le Maghreb.

Salim Chena (“L’Etat dans les relations transnationales. Le cas de l’espace saharo-sahélien”) considère que l’espace saharo-sahélien, couvrant le sud du Maghreb et le Sahel, est aujourd’hui l’un des points chauds de la politique internationale en Afrique.

Progressivement, l’image sociopolitique de cette vaste zone désertique, culturellement complexe, historiquement riche, est passée de celle d’une «région-menacée», par des problèmes environnementaux et socioéconomiques, à celle d’une «région-menace», composée d’États aux souverainetés limitées et parcourue de divers flux de trafics et de contrebandes.

Le Sahara et le Sahel apparaissent donc comme des exemples convaincants de l’importance croissante des relations transnationales dans la politique internationale: si cette dernière est le fait d’États souverains, les premières renvoient à des acteurs non-étatiques qui peuvent parfois leur être antagoniques.

Pourtant, l’État n’a pas disparu de l’espace saharo-sahélien: ce sont des États qui ont mené l’offensive au nord du Mali; les firmes transnationales négocient avec ces derniers leurs investissements; certains agents et responsables liés à l’État seraient complices des trafics et contrebandes traversant la région.

Bernard Genet (“Nouvelle approche de la géostratégie africaine”) met l’accent quant à lui sur les ressorts de la stratégie française dans la région.

Coup d’État militaire français en Côte d’Ivoire, crises politiques tunisienne et égyptienne, agression de la Libye par l’OTAN, poursuite de l’épouvantable guerre du Congo, dislocation de la Somalie, fabrication du nouvel État sud-soudanais, putsch en République Centre Africaine, ces dernières années font de l’Afrique le continent de la plus forte instabilité.

Pour lui, les tentatives de compréhension synthétiques de cette situation sont nombreuses et mettent en œuvre des outils intellectuels divers, mais le plus pertinent aujourd’hui est celui d’ingérence.

Le cas le plus flagrant étant celui de l’agression de la Libye par l’OTAN où, profitant de l’abstention de la Chine et de la Russie au Conseil de sécurité, les puissances néocoloniales ont déclaré la guerre à un pays africain en outrepassant outrageusement la résolution des instances internationales.

Mais alors quels sont les ressorts sous-tendant la volonté de puissance de la France par exemple au regard de ce que les auteurs de ce numéro ont tenté jusqu’ici de mettre en évidence? Différence d’approche ou simple force auxiliaire des intérêts transnationaux ou supra-gouvernementaux?

Pour Manlio Dinucci , abordant l’agression contre la Libye, la réponse est claire.

La désagrégation de l’État unitaire a commencé, fomentée par des intérêts partisans. La “Cyrénaïque” – où se trouvent les deux tiers du pétrole libyen – s’est de fait autoproclamée indépendante, et le “Fezzan”, où sont d’autres gros gisements, veut l’être aussi; et ne resteraient à la “Tripolitaine” que ceux qui sont devant les côtes de la capitale.

La balkanisation de la Libye entre dans les plans de Washington, s’il n’arrive pas à contrôler l’État unitaire.

Ce qui est urgent pour les USA et les puissances européennes c’est de contrôler le pétrole libyen: plus de 47 milliards de barils de réserves assertées, les plus grandes d’Afrique. Il est important pour eux de disposer aussi du territoire libyen pour le déploiement avancé de forces militaires plus ou moins officiellement déclarées et mandatées.

Dans un autre court article, il fait le lien avec le déploiement des forces occidentales coalisées dans la région Sahara-Sahel.

Pour lui, ce qui a été lancé au Mali, avec la force française comme fer de lance, est une opération de vaste envergure qui, du Sahel, s’étend à l’Afrique occidentale et orientale. Elle se soude à celle qui a commencé en Afrique du Nord avec la destruction de l’État libyen et les manœuvres pour étouffer, en Egypte et ailleurs, les rébellions populaires.

Une opération à long terme, qui fait partie du plan stratégique visant à mettre la totalité du continent sous le contrôle militaire des «grandes démocraties», qui reviennent en Afrique avec un casque colonial peint aux couleurs de la paix.

Il nous faut donc, ici, mettre à l’épreuve les hypothèses développées par les précédents auteurs en regardant de plus près les intérêts en jeu dans le temps plus ou moins long, à l’échelle locale ou régionale.

Pour André Bourgeot (“Sahara : espace géostratégique et enjeux politiques (Niger)”), l’OCRS[[“Organisation commune des régions sahariennes”, devenue plus tard avec les indépendances des Etats africains, “Organisme de coopération des riverains du Sahara” (NDLR)]] apparut très rapidement comme une institution à caractère politique.

L’évolution de la guerre d’Algérie devait finalement limiter son action aux deux seuls départements sahariens de la “Saoura” et des “Oasis”. Elle disparut en 1962, suite à la proclamation de l’indépendance algérienne après huit années de guerre. L’OCRS confirme que le général Bugeaud[[Thomas Robert Bugeaud, marquis de La Piconnerie, duc d’Isly, devenu maréchal de France après s’être illustré en tant que commandant des forces d’occupation par la politique de la terre brûlée dans sa lutte contre la résistance de l’émir Abd el Kader (1841-1848) (NDLR)]] avait, en son temps, et du point de vue colonial, correctement envisagé le rôle stratégique du Sahara qu’il considérait comme «la sécurité de l’Algérie».

Il apparaît au fil de cette étude que si la géographie n’est pas en mesure de circonscrire précisément le Sahara, c’est le politique et les politiques nationale et internationale qui lui donneront des frontières, artificielles bien sûr. Le Sahara, comme tous les autres déserts, se définit par rapport à ses marges. Envisagée comme la plaque tournante de l’Afrique francophone, les exemples avancés et les événements historiques décrits dans cet article tendent à montrer que le Sahara est avant tout un espace géostratégique, lieu d’enjeux politiques et économiques («plan de Foucauld», OCRS, constitution récente des États sahariens impulsée par le colonel Kadhafi).

Le Sahara, centre périphérique des enjeux politiques ou périphérie du centre stratégique est ambivalent et complexe. Espace hors ou sans frontière, ce sont aussi de vastes étendues vides peuplées de génies (les djinns)[[On peut dire de «forces spéciales» grimées aux couleurs et aux accents des lieux (NDLR)]], de derricks, de dunes, de cailloux, de nomades et de sédentaires: le Sahara se franchit mais il ne se laisse pas domestiquer pour autant. Il reste éclaté sur plusieurs États qui ont négocié et tracé des «frontières passoires».

Damien Deltenre (“Gestion des ressources minérales et conflits au Mali et au Niger”) reprend la même approche en mettant en exergue les tentatives des puissances de s’assurer l’accès à des ressources devenues stratégiques pour les économies occidentales.

L’auteur considère qu’à la lumière des événements récents qui ont affecté le Sahel, une lecture des enjeux sécuritaires de cette région pourrait gagner à intégrer la dimension relative aux ressources naturelles, en particulier minérales, étant donné l’importance économique que représentent l’or et l’uranium pour le Niger et son voisin, le Mali.

Cet article montre les différences et points communs entre le Mali et le Niger dans leurs politiques de gestion des ressources minérales. Pour ce qui concerne particulièrement le Niger, il apparaît très vite que la France obtient le monopole de fait de la production d’uranium nigérien. L’essor à la même époque de ses programmes nucléaires civils et militaires suscitait en effet une demande intense de la part de la France. Areva termine la construction du complexe minier d’Imouraren, lequel devrait voir le jour dans le courant de 2015 et devenir la seconde plus grande mine d’uranium au monde. On comprendra alors pourquoi Areva a eu besoin du soutien direct du président français Sarkozy pour éviter que cette concession ne soit acquise par une société chinoise.

Mais pour s’assurer le contrôle de telles ressources dont les économies occidentales menacées par la crise énergétique ne peuvent se passer, il faut non seulement entretenir des clientèles locales mais maintenir sur place des bases militaires et engager des forces d’intervention à géométrie variable.

Raphaël Granvaud (“De l’armée coloniale à l’armée néocoloniale”) s’intéresse justement à cette dimension dans la même optique que les précédents auteurs.

Pour lui, l’armée française est l’un des principaux instruments au service d’une politique qui vise au maintien de l’ordre néocolonial mis en place à partir des années 1960. Elle assure la défense et la protection des pays et des dirigeants vassalisés de la France, et symétriquement réprime les mouvements ou déstabilise les régimes qui s’opposent aux intérêts de l’ex-métropole.

Ces intérêts, hérités de la période coloniale, sont d’abord économiques à commencer par ceux qui assurent l’indépendance énergétique de la France (uranium, pétrole ou gaz obtenus à bas prix). Il s’agit aussi de garder dans l’orbite française un certain nombre d’États clients, qui contribuent à lui conférer sur la scène internationale le statut d’une grande puissance, héritage de la période coloniale.

Au vu des développements des théories géopolitiques et géostratégiques analysées plus haut, il apparaît de plus en plus que l’évolution de l’art de la guerre impose qu’à ces ingérences et interventions de toutes sortes, il faut un chef d’orchestre qui coordonne ou soutient les actions des gendarmes locaux aux moyens trop limités.

Manlio Dinucci (“Les missionnaires de l’Africom”) s’intéresse à l’outil militaire mis en place par les USA en Afrique.

Il rappelle que le 19 mars 2011, l’Africom a lancé avec l’opération Odissey Dawn la première phase de la guerre dont le but réel était de renverser le gouvernement de Tripoli pour imposer à la Libye (pays qui a les plus grandes réserves pétrolifères d’Afrique) un gouvernement qui plaise à Washington. Est-il utile de rappeler ici ce que Tewfik Hamel nommait dans son analyse les opérations de contre-insurrection / stabilité / nationbuilding.

Pour Manlio Dinucci, les États-Unis s’emploient à soutenir en Afrique des «démocraties fortes et durables», parce que «le développement dépend du bon gouvernement».

Mission que l’Africom réalise en formant en Afrique des «forces militaires partenaires, professionnelles et compétentes, pour créer une situation stable et sûre en soutien de la politique extérieure USA».

L’Africom contribue donc au bon gouvernement en Afrique en s’appuyant sur ces sommets militaires que Washington juge fiables ou pouvant être conquis. De nombreux officiers sont formés au Centre d’études stratégiques pour l’Afrique et dans divers programmes.


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