ORAN – 1952: TAYEB MALKI ET SIMONE LEDUC DÉNONCENT LA TORTURE DANS LE JOURNAL « ALGER REPUBLICAIN »

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Information et complément, à l’annonce de la table ronde prochaine sur Maurice Audin,[[PARIS – 24 MARS 2014 – DÉBAT : « NOUS DEMANDONS LA VÉRITÉ SUR L’ASSASSINAT DE MAURICE AUDIN »]] ce texte confirme que la torture faisait partie depuis bien avant la guerre pour l’indépendance de l’arsenal de l’armée, de la police et de tout le système colonialistes.

Nous sommes au début de l’année 1952.

Le Dr Couniot, grand chirurgien d’Oran, reçoit un ouvrier agricole blessé, au cou en particulier, amené par des policiers, torturé par leurs soins, et qui, révolté, aurait tenté de se suicider avec le coupe-papier du commissaire.

Indigné, le professeur Couniot est venu voir son collègue Jean-Marie Larribère, connaissant l’obédience politique anticoloniale de celui-ci, en lui disant: «Vous, Alger Républicain, vous parlez beaucoup, mais vous n’agissez pas. Etes-vous capable de dénoncer un cas de torture à la PJ de Châteauneuf, à Oran?»

Jean-Marie Larribère, mis au défis, lui répond «Je vais voir!».

Il convoque chez lui Simone Leduc (Camarade du PCA, femme de Maurice Seban) journaliste bénévole à Alger Républicain avec une plume réputée (première femme internée dans les camps pendant le guerre d’Algérie, puis expulsée en France, décédée à Marseille) et Tayeb Malki (Militant JC, UJDA, PCA, correspondant d’Alger républicain à Oran, qui faisait équipe avec Simone Leduc).

Jean Marie raconte toute l’Histoire à Malki et Leduc et dit: «Allez voir si vous pouvez le voir chez Couniot, mais attention il y a là deux policiers qui le gardent au pavillon 14. Vous venez demain, je vais vous habiller en infirmiers, je vais vous faire entrer, et là débrouillez-vous, moi, j’ai rien vu, rien entendu!»

Malki, une fois équipé et sur place, entre, voit le torturé mais celui-ci, pensant avoir affaire à un policier, refuse de lui parler. Malki, pour libérer la parole du torturé, lui rappelle les honnêtes leaders syndicaux des ouvriers agricoles qui sont ses amis et ses frères de lutte, comme Benamar Mahrouz, ou Naïb, très connus chez les ouvriers agricoles.

Le torturé, rassuré et mis en confiance, raconte le motif de ses tortures:

«Ma femme est une belle jeune femme marocaine, et mon contremaître a voulu s’en emparer. Il a préparé un Méchoui pour messieurs les gendarmes, et leur a demandé de me faire arrêter et de m’envoyer chez les policiers.

Ceux-ci ont commencé leurs sévices et m’ont tant torturé que devant cette injustice j’ai tenté de me suicider avec le coupe-papier, dans le bureau du commissaire!»

L’équipe Leduc-Malki, forte de ces informations glanées, ont produit deux importants articles successifs sur “Alger Républicain”, qui firent grand tapage, tant et si bien que “l’Echo d’Oran” (deuxième quotidien né en France, en octobre 1844, après “Le Figaro”, et journal colonialiste chargé de «ne rien publier, sur les mouvements militaires, l’état de situation et l’ordre dans ce pays, et sur la politique en général, d’autres sortes d’articles que ceux inscrits au “Journal Officiel du Gouvernement” lesquels pourront être reproduits sans commentaire…») a été obligé d’en parler!

Est-il vrai qu’il y a des tortures à la PJ Châteauneuf d’Oran, pouvait-on lire sur le brûlot colonialiste, qui ne pouvait plus taire ce que tout le monde avait su grâce à “Alger Républicain”, le journal du peuple et des opprimés par le colonialisme, bras armé du capitalisme impérialiste et esclavagiste.

Abed Ghali


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