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TUNISIE FIN FÉVRIER 2011

COMMENT LES RÉFUGIÉS ÉTRANGERS PROVENANT DE LIBYE ONT ÉTÉ ACCUEILLIS PAR LE PEUPLE TUNISIEN

à LA FRONTIÈRE DE LA TUNISIE AVEC LA LIBYE

vendredi 8 avril 2011

Récit poignant d’amis revenus de Tunisie il y a 15 jours.

Objet : Vacances tunisiennes

Bonjour à tous,

Nous voilà rentrés de Tunisie où nous pensions passer une semaine de repos
total à ne rien faire et à ne penser à rien... mais l’actualité en a décidé autrement !

Suite à la révolution tunisienne, les langues se sont déliées et les tunisiens sont ravis de pouvoir enfin dire aux touristes intéressés tout ce qu’ils ne pouvaient pas exprimer auparavant, et ils ont de quoi parler des heures et des heures ! Discussions passionnantes et interminables donc, mais ce n’est pas tout.

Dès le début de la semaine, nous avons vu débarquer 350 réfugiés à l’hôtel venant tous de Lybie et n’ayant pas mangé depuis 5 jours... sacré choc pour nous autres ! J’ai réalisé en les regardant que je ne connaissais pas du tout la vraie faim.

En tentant de communiquer avec eux dans un anglais très accentué thaïlandais, nous avons compris qu’ils n’avaient eu le temps de rien récupérer avant de partir et qu’ils n’avaient même plus de papiers. Ils travaillaient en Lybie pour une grosse boîte allemande de BTP, qui a
gardé tous leurs papiers et n’a pas pris en charge leur rapatriement vers la Thaîlande.

Nous avons ensuite compris que la ville de Zarzis vers laquelle nous où nous nous trouvions était remplie de réfugiés également, dormant dans tous les lieux publics, les mosquées et même chez l’habitant.

Les Tunisiens ont conscience d’être à l’origine de ces révolutions et prennent à coeur leur responsabilité en accueillant les bras ouverts tous ces réfugiés. Ils étaient tous étrangers, employés en Lybie comme main d’oeuvre à très bas prix, la plupart par des entreprises européennes...

Mardi, les ONG n’étaient pas encore sur place, mais tout était pris en charge par l’armée et le peuple tunisien. Nous avons vu des familles entières dans Zarzis apporter leurs tapis et leurs matelas pour donner un lit aux réfugiés, les hommes distribuer les quelques médicaments qu’ils avaient, les femmes cuisiner des énormes couscous et distribuer des
parts dans les rues, les hôtels organiser des distributions de sandwichs et ouvrir grand leurs portes (sauf le Club Med...).

Une belle leçon de solidarité...

Le mercredi sont arrivés à l’hôtel les représentants et coordinateurs de toutes les ONG présentes sur le terrain. 92 000 réfugiés avaient déjà passé la frontière, des campements de fortune installés tout le long des routes et toujours pas d’eau. Deux enfants sont morts de froid dans la nuit du mardi au mercredi. Les premiers campements de l’UNHCR ont été montés et des listes circulaient pour toutes les denrées alimentaires manquantes.

Spontanément, chacun s’est mobilisé pour charger des voitures, des charrettes, des taxis et aller remplir les entrepôts des ONG.

C’était tout simplement incroyable.

A l’hôtel, les touristes aussi ont donné beaucoup d’argent. Jeudi, nous voilà donc partis, 4 touristes et 3 taxis, faire les courses avec cet argent, remplir les coffres pour aller déposer tout cela sur le campement de l’armée tunisienne à la frontière lybienne.

Mais nouvelle surprise : après les thaïlandais, les chinois et les égyptiens, les nouveaux arrivants venaient du Bengladesh. Ils étaient apparemment les plus exploités, les plus démunis et avaient fait la route à pied depuis Tripoli. Lorsque nous sommes arrivés sur place, une procession de 10 km d’hommes à la queue leu leu avait déjà passé la frontière
dans un calme impressionnant. Ils nous rencontraient avec le sourire, tout étonnés
d’être accueillis, prenant en s’excusant et en nous bénissant les bouteilles d’eau que nous leur tendions.

Samedi soir, plus de 100 000 réfugiés avaient déjà quitté l’aéroport de Djerba à destination principalement de leur pays d’origine, mais aussi quelques uns vers l’Europe. A Zarzis et Djerba, tout s’est passé dans le calme et la spontanéité. Personne n’avait peur de personne (sauf au Club Med...) et chacun s’est senti avant tout concerné et responsable de ce
qui est en train de se passer.

J’espère que nous entendrons parler dans les médias où par internet de la réaction du peuple tunisien, et pas seulement des sondages qui annoncent que 67% des français ont déjà peur d’être envahis. Nous allons bientôt ouvrir un blog avec Nicolas, pour y déposer quelques photos et témoignages de touristes et de tunisiens qui ont tenu à parler et nous ont demandé de diffuser ce qu’ils avaient à dire. Nous vous donnerons l’adresse dès qu’il sera créé.

Ce mail est un peu long mais l’émotion a été très forte pendant toute cette semaine et j’avais besoin de la partager !


Ce récit transmis par des lecteurs de socialgerie, pour diffusion, était annoté ainsi :
Quel accueil ! Et quelle honte pour l’Europe qui refuse de partager ses richesses, alors que des pauvres trouvent le moyen de partager le peu qu’ils ont.


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