DIAR ECHEMS, IL Y A 28 ANS DÉJÀ: JUSQU’À QUAND ?

Les émeutes parfaitement compréhensibles de la cité Diar Ech-Chems à Alger, reposent une fois de plus deux problèmes restés depuis des décennies dans l’impasse.

Le premier est en rapport avec la nature dun système qui, parce que méprisant envers la population, est incapable de concevoir et mener une politique économique et sociale du logement prenant en compte l’importance stratégique de ce problème pour la nation.

Le second est l’incapacité jusqu’ici de la masse des usagers et des organisations sociales et politiques à mobiliser dans l’unité d’action massive autour d’un problème aussi brûlant, afin d’imposer aux cercles inconscients ou maffieux les solutions justes et pacifiques qu’il mérite.

L’évocation de Fateh Agrane, militant associatif et politique, en fournit une image poignante.

J’aurai l’occasion de revenir sur différentes facettes de ce problème récurrent.
Sadek HADJERES

DIAR ECHEMS, IL Y A 28 ans DÉJÀ

par Fateh Agrane

Il y a eu une grande manifestation des jeunes à DIAR ESHEMS commune d’EL MADANIA (ex CLOS SALEMBIER – ALGER) et celle de la cité voisine, des jasmins limitrophe…. il y a de cela 28 ans, en 1981 !

Des barricades étaient dressées, des pneus brûlés, le drapeau, l’étendard Algérie brandi par les jeunes en face des brigades anti-émeutes, qu’on appelait à l’époque «hamma loulou». Les jeunes manifestants étaient encadrés par la section de l’U.N.JA locale (Union nationale de la jeunesse Algérienne, organisation de masse sous l’égide formelle du parti unique mais s’efforçant d’engager des actions sociales et culturelles autonomes malgré les obstacles tels que le fameux article 120)

Comme aujourd’hui les jeunes revendiquaient une vie décente, un toit, un quartier plus propre, un emploi et une part de rêve dans un pays aux immenses potentialités, ils ne voulaient pas être laisses en rade du développement par les chantres de l’infitah de l’époque.

Les jeunes se sont battus contre les casseurs et avaient veillé jour et nuit pour éviter le pire et constituer des comités d’immeubles puis un comité de cité pour porter leurs revendications aux autorités concernées.

Là où ils se sont adressés ils recevaient en retour des autorités officielles cette question «Dites nous qui est derrière cette manipulation avant d’ouvrir tout débat! » La réponse des jeunes était immédiate «ce sont nos problèmes, nous vivons a plus de 14 personnes dans un F1, nous dormons a tour de rôle »

En tant que secrétaire général de l’union locale de l’UNJA de l’époque, je faisais partie de la délégation citoyenne qui s’est rendue, en compagnie du regretté Sadek Aissat , Secrétaire général de l’union de wilaya Unja d’ALGER pour répondre a une convocation des services de police d’ALGER. Nous fûmes reçus de manière provocatrice «nous savons que c’est le PAGS qui manipule les jeunes, dites leur de s’arrêter sinon nous allons utiliser de meilleures manières pour que cesse cette anarchie». Les représentants du comité de cité avaient protesté énergiquement: « nous sommes venus vous exposer nos problèmes et envisager des solutions et vous nous dites que nous sommes manipulés; oui nous sommes manipulés par notre misère, alors utilisez vos meilleure manières pour régler nos problèmes!». La rencontre s’est terminée sur ces menaces, aucun problème n’a été discuté ni résolu!

Quinze jours plus tard, deux militants UNJA parmi les plus actifs de la commune d’el MADANIA ont étés agressés et blessés à DIAR ESHEMS par des barbus aux cris d’ »allah akbar », au moment ou ces deux jeunes affichaient sur les murs de la cité, les résultats des démarches du comité de cité.

On sait par la suite ce qui s’est passé, DIAR ESHEMS et L’ALGERIE avaient basculé sous CHADLI dans l’irrationnel. Un deal s’était conclu contre toute revendication sociale et démocratique ; un deal conclu au profit des ennemis mortels de la république et de leurs sponsors les vampires néolibéraux.

Vingt huit ans après on continue les mêmes pratiques, si tu te plains on te bastonne, on te traite d’anti- national, de manipulé ! C’est triste l’image qu’ils continuent d’avoir du peuple ! Si cette jeunesse, de guerre lasse, se jette à la mer pour fuir ce calvaire et que par malheur elle rate son coup, elle sert de nourriture aux poissons ou bien elle est vite rattrapée pour être jetée en prison

Vingt- huit ans après on n’est pas sorti de l’affrontement, de cette folie organisée, de cette folie meurtrière

Vingt- huit ans après les citoyens de DIAR ESHEMS n’ont d’autres solutions que l’émeute !

Vingt- huit ans après la situation n’a pas progressé d’un iota; elle s’est aggravée!

VINGT HUIT ANS APRES UNE AUTRE ÉMEUTE A ÉCLATÉ, et nos responsables posent toujours la même question: « qui est derrière! »

Messieurs, pour une fois, regardez la vérité en face ! C’est la misère !

Jusqu’à quand cela va-t-il durer, patriotes et hommes épris de justice d’Algérie ! Jusqu’à quand ?


N.B

Le 2ème jour des affrontements actuels, j’ai revu ammi BOUALEM, un des manifestants de 1981 ;

Il me dit «fi bladi koulchi ahbal hatta echems tatghattat belgherbal»

«Dans mon pays c’est la folie, même le soleil est caché par le tamis».

Tu vois mon frère j’ai maintenant soixante ans, diabétique, retraité des chemins de fer ; j’habite toujours le F1 que tu connais! je suis fatigué, ce sont mes deux enfants qui sont parmi les manifestants, je leur ai conseillé de se munir de vinaigre contre les bombes lacrymogènes! Je n’ai pas voulu les conseiller davantage! Notre révolte avait échoué, peut être la leur pas ! »

Vingt huit ans après rien n’a changé ou plutôt en pire !

Rien n’a changé sauf que l’ancien responsable de la Kasma F.L.N est au jour d’aujourd’hui président de l’A.P.C D’EL MADANIA


DIAR ESHEMS 28 ANS APRES !

vingt huit ans après

Les jeunes sont vieux !

Les vieux n’ont pas de yeux !

vingt huit ans après

On demande à la torchère

Qui est derrière ?

vingt huit ans pardieu !

Elle revient vous dire !

C’est vous bande de maffieux !

21 10 2009

Fateh Agrane

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