DIAR ECHEMS, IL Y A 28 ANS DÉJÀ: JUSQU’À QUAND ?

Les émeutes parfaitement compréhensibles de la cité Diar Ech-Chems à Alger, reposent une fois de plus deux problèmes restés depuis des décennies dans l’impasse.

Le premier est en rapport avec la nature dun système qui, parce que méprisant envers la population, est incapable de concevoir et mener une politique économique et sociale du logement prenant en compte l’importance stratégique de ce problème pour la nation.

Le second est l’incapacité jusqu’ici de la masse des usagers et des organisations sociales et politiques à mobiliser dans l’unité d’action massive autour d’un problème aussi brûlant, afin d’imposer aux cercles inconscients ou maffieux les solutions justes et pacifiques qu’il mérite.

L’évocation de Fateh Agrane, militant associatif et politique, en fournit une image poignante.

J’aurai l’occasion de revenir sur différentes facettes de ce problème récurrent.
Sadek HADJERES

DIAR ECHEMS, IL Y A 28 ans DÉJÀ

par Fateh Agrane

Il y a eu une grande manifestation des jeunes à DIAR ESHEMS commune d’EL MADANIA (ex CLOS SALEMBIER – ALGER) et celle de la cité voisine, des jasmins limitrophe…. il y a de cela 28 ans, en 1981 !

Des barricades étaient dressées, des pneus brûlés, le drapeau, l’étendard Algérie brandi par les jeunes en face des brigades anti-émeutes, qu’on appelait à l’époque «hamma loulou». Les jeunes manifestants étaient encadrés par la section de l’U.N.JA locale (Union nationale de la jeunesse Algérienne, organisation de masse sous l’égide formelle du parti unique mais s’efforçant d’engager des actions sociales et culturelles autonomes malgré les obstacles tels que le fameux article 120)

Comme aujourd’hui les jeunes revendiquaient une vie décente, un toit, un quartier plus propre, un emploi et une part de rêve dans un pays aux immenses potentialités, ils ne voulaient pas être laisses en rade du développement par les chantres de l’infitah de l’époque.

Les jeunes se sont battus contre les casseurs et avaient veillé jour et nuit pour éviter le pire et constituer des comités d’immeubles puis un comité de cité pour porter leurs revendications aux autorités concernées.

Là où ils se sont adressés ils recevaient en retour des autorités officielles cette question «Dites nous qui est derrière cette manipulation avant d’ouvrir tout débat! » La réponse des jeunes était immédiate «ce sont nos problèmes, nous vivons a plus de 14 personnes dans un F1, nous dormons a tour de rôle »

En tant que secrétaire général de l’union locale de l’UNJA de l’époque, je faisais partie de la délégation citoyenne qui s’est rendue, en compagnie du regretté Sadek Aissat , Secrétaire général de l’union de wilaya Unja d’ALGER pour répondre a une convocation des services de police d’ALGER. Nous fûmes reçus de manière provocatrice «nous savons que c’est le PAGS qui manipule les jeunes, dites leur de s’arrêter sinon nous allons utiliser de meilleures manières pour que cesse cette anarchie». Les représentants du comité de cité avaient protesté énergiquement: « nous sommes venus vous exposer nos problèmes et envisager des solutions et vous nous dites que nous sommes manipulés; oui nous sommes manipulés par notre misère, alors utilisez vos meilleure manières pour régler nos problèmes!». La rencontre s’est terminée sur ces menaces, aucun problème n’a été discuté ni résolu!

Quinze jours plus tard, deux militants UNJA parmi les plus actifs de la commune d’el MADANIA ont étés agressés et blessés à DIAR ESHEMS par des barbus aux cris d’ »allah akbar », au moment ou ces deux jeunes affichaient sur les murs de la cité, les résultats des démarches du comité de cité.

On sait par la suite ce qui s’est passé, DIAR ESHEMS et L’ALGERIE avaient basculé sous CHADLI dans l’irrationnel. Un deal s’était conclu contre toute revendication sociale et démocratique ; un deal conclu au profit des ennemis mortels de la république et de leurs sponsors les vampires néolibéraux.

Vingt huit ans après on continue les mêmes pratiques, si tu te plains on te bastonne, on te traite d’anti- national, de manipulé ! C’est triste l’image qu’ils continuent d’avoir du peuple ! Si cette jeunesse, de guerre lasse, se jette à la mer pour fuir ce calvaire et que par malheur elle rate son coup, elle sert de nourriture aux poissons ou bien elle est vite rattrapée pour être jetée en prison

Vingt- huit ans après on n’est pas sorti de l’affrontement, de cette folie organisée, de cette folie meurtrière

Vingt- huit ans après les citoyens de DIAR ESHEMS n’ont d’autres solutions que l’émeute !

Vingt- huit ans après la situation n’a pas progressé d’un iota; elle s’est aggravée!

VINGT HUIT ANS APRES UNE AUTRE ÉMEUTE A ÉCLATÉ, et nos responsables posent toujours la même question: « qui est derrière! »

Messieurs, pour une fois, regardez la vérité en face ! C’est la misère !

Jusqu’à quand cela va-t-il durer, patriotes et hommes épris de justice d’Algérie ! Jusqu’à quand ?


N.B

Le 2ème jour des affrontements actuels, j’ai revu ammi BOUALEM, un des manifestants de 1981 ;

Il me dit «fi bladi koulchi ahbal hatta echems tatghattat belgherbal»

«Dans mon pays c’est la folie, même le soleil est caché par le tamis».

Tu vois mon frère j’ai maintenant soixante ans, diabétique, retraité des chemins de fer ; j’habite toujours le F1 que tu connais! je suis fatigué, ce sont mes deux enfants qui sont parmi les manifestants, je leur ai conseillé de se munir de vinaigre contre les bombes lacrymogènes! Je n’ai pas voulu les conseiller davantage! Notre révolte avait échoué, peut être la leur pas ! »

Vingt huit ans après rien n’a changé ou plutôt en pire !

Rien n’a changé sauf que l’ancien responsable de la Kasma F.L.N est au jour d’aujourd’hui président de l’A.P.C D’EL MADANIA


DIAR ESHEMS 28 ANS APRES !

vingt huit ans après

Les jeunes sont vieux !

Les vieux n’ont pas de yeux !

vingt huit ans après

On demande à la torchère

Qui est derrière ?

vingt huit ans pardieu !

Elle revient vous dire !

C’est vous bande de maffieux !

21 10 2009

Fateh Agrane

poème: « L’homme de couleur »

De Tiaret, Mahieddine Mohamed nous envoie deux poèmes, nous publions aujourd’hui le premier:

L’homme de couleur

Quand je suis né, j’étais noir

Quand j’ai grandi, j’étais noir

Quand j’ai peur, je suis noir

Quand je vais au soleil, je suis noir

Quand je suis malade, je suis noir

Quand je me blesse, je reste noir

Tandis que toi, « homme blanc »

Quand tu es né, tu étais rose

Quand tu as grandi, tu es devenu blanc

Quand tu vas au soleil, tu deviens rouge

Quand tu as froid, tu deviens bleu

Quand tu as peur, tu deviens vert

Quand tu es malade, tu deviens jaune

Quand tu te blesses, tu deviens violet a cet endroit

Et après ça, tu as le toupet de m’appeler « homme de couleur? »

Faut pas déconner quand même

Ton Christ est juif,

Ton scooter est japonais

Ta pizza est Italienne

Ta démocratie est grecque.

Ton café est brésilien

Ton couscous est algérien

Ta montre est suisse

Ta chemise est hawaiienne

Ton baladeur est Coréen.

Tes vacances sont Turques,

Tunisiennes, ou Marocaines

Tes chiffres sont arabes

Ton écriture est latine.

Et …..Tu reproches

à ton voisin

d’être étranger.

mahieddine mohamed

MIGRATION-DÉVELOPPEMENT-DROITS HUMAINS: DÉCLARATION D’ENGAGEMENT DES PARTICIPANTS AU COLLOQUE DE DAKAR

COLLOQUE INTERNATIONAL DES SOCIETES CIVILES EURO-AFRICAINES SUR LES MIGRATIONS ET LE DEVELOPPEMENT HUMAIN DURABLE ET SOLIDAIRE

DU 12 AU 14 OCTOBRE 2009

DAKAR – SÉNÉGAL

Déclaration d’engagement

(Final)

Au terme de trois journées de travail en commun, les participantes et participants au colloque international des sociétés civiles euro-africaines sur les migrations, le développement humain durable et solidaire ;

Se remémorant les événements de Ceuta et Melilla en 2005 et rendant hommage aux victimes de ces dramatiques événements et à toutes les victimes des politiques migratoires mises en œuvre par l’union européenne et sous traitées à certains gouvernements africains,

Exprimant leur désapprobation des expulsions massives des migrants, de plus en plus fréquentes dans les pays du nord comme dans ceux du sud. Et la systématisation de ces expulsions découlant ainsi d’une logique basée sur la chasse, l’enfermement et l’éloignement des migrants en Europe et dans les pays du Sud,

Réaffirmant leur volonté de mettre leurs compétences et leurs expériences au service du respect des principes de Droits Humains et de la mise en œuvre d’une véritable stratégie de développement humain inclusif, durable, solidaire et cohérente. Et décidés à tourner le dos à toute stratégie visant à imposer la conditionnalité de l’aide public au développement dans la collaboration à des programmes de «prévention de l’émigration»,

Considérant les inégalités flagrantes entre pays du nord et du sud liées aux modèles économiques dominants qui sont imposés aux pays du sud et réaffirmant leur préoccupation face aux aspects de la crise économique et financière internationale et la nécessité de défendre la diversité culturelle et du droit à la liberté de circulation et d’établissement,

S’engagent, sur la base de l’approche Droits Humains et les principes de développement inclusif, à œuvrer en commun pour :

1. Rendre visibles les violations aux droits humains commises par les Etats de l’espace euro-africain dans le déploiement des politiques de gestion des flux migratoires. Ainsi que les luttes pour la dignité et pour le respect de leurs Droits Humains intrinsèques, menées par les migrants et les organisations qui leurs viennent en soutien dans l’espace euro-africain,

2. Sensibiliser l’ensemble des sociétés civiles euro-africaines aux obstacles au développement que constitue la mise en œuvre de politiques migratoires utilitaristes et incohérentes, politiques qui se basent sur l’entrave à la liberté de circulation et sur le chantage à l’aide au développement,

3. Identifier les barrières qui empêchent ou entravent le développement humain durable et solidaire des sociétés euro-africaines et proposer les alternatives adéquates,

4. Renforcer les capacités des migrants, de leurs organisations et des acteurs de solidarité par l’information, la formation, le diagnostique et la conscientisation aux conséquences des politiques migratoires,

5. Favoriser les échanges de bonnes pratiques et les synergies avec les organisations engagées dans d’autres dynamiques similaires au niveau régional et international,

6. Lutter activement contre toutes les formes de discrimination, de xénophobie et de racisme dans l’exercice par les migrants de tous leurs droits fondamentaux tel qu’ils sont universellement reconnus,

7. Faire connaitre le processus de la charte mondiale des migrants au niveau local, régional et continental,

8. Promouvoir la transparence dans nos pratiques organisationnelles et de collaborer dans un cadre solidaire et pluriel,


Demandant aux gouvernements de l’espace euro-africain et aux organisations intergouvernementales :

– De revisiter leurs politiques visant à imposer la conditionnalité de l’aide publique au développement, et de s’abstenir de la mise en œuvre de tout programme se basant sur la remise en cause des droits fondamentaux notamment le droit à la liberté de circulation et le droit légitime à l’accès au développement,

– D’instaurer de manière effective la concertation et le dialogue avec les organisations des sociétés civiles euro-africaines dans le domaine de la migration et du développement,

DAKAR le 14 OCTOBRE 2009

Premiers signataires

AME (MALI) – AMDH (Mauritanie) – CHARTE MONDIALE DES MIGRANTS (réseau mondial) – CAHBA/FORAM (Mali) – « RIRE DES JEUNES » Réseau pour l’Insertion et la Réinsertion des Jeunes – Groupe de Recherche et d’Actions sur les Migrations en Afrique Centrale / Fondation Conseil Jeunesse (FCJ) (Cameroun) – FORUM DU TIERS MONDE (réseau mondial) – CNCD-11.11.11 (Belgique) – CIMADE (France) – GADEM (Maroc) –– RAMAO (Cap Vert) – MEDICO International (Allemagne) – Le TOCSIN (Burkina-Faso) – WORLDVIEW-THE GAMBIA (Gambie) -– GRAPAD (Bénin) –- ALTERNATIVE ESPACE CITOYENS (Niger) – GROUPE MIGRATION ET DEVELOPPEMENT DU CONGAD : IFAN UCAD de Dakar – ANAFA/PAALALE – USE – PANEL SÉNÉGAL – UNSAS/UDEN – ASCO DE / GMD -RADDHO – FTM – COFLEC – Caritas SENEGAL – PARI point d’Accueil pour Réfugiés et Immigrés – FODDE – ANRAF (Sénégal).

Les AMIS d’ ALGER RÉPUBLICAIN en France: COMMÉMORATION du 1er NOVEMBRE 1954

Les Amis d’ ALGER RÉPUBLICAIN en France

Seraient honorés de votre présence à la

COMMÉMORATION DU 55° ANNIVERSAIRE du 1er novembre 1954

Afin de célébrer le déclenchement du combat armé et populaire du peuple Algérien pour son indépendance nationale

Samedi 31 octobre 2009 à 15 heures

Maison de la Vie Associative 26-28 rue Victor Hugo – Malakoff

Au programme :

Intervention de Kamel Badaoui , membre du Bureau de l’association

Projection du film « Moujahidate » d’Alexandra Dols consacré au combat des femmes Algériennes pendant la guerre de libération nationale qui sera suivi d’un débat


Réponse de Sadek Hadjeres :

Chers amis d’Alger républicain en France

Je vous remercie de l’invitation que vous m’avez adressée pour la commémoration du 55ème anniversaire du 1er Novembre 1954.

Je n’aurai malheureusement pas le plaisir de partager cette célébration avec vous, car je ne serai pas à Paris à cette date . Je souhaite plein succès à votre initiative et j’en informerai le maximum d’amis, en particulier les visiteurs de mon site : www.socialgerie.net

Je trouve excellente votre idée d’associer cette célébration à une thématique concrète. Qui plus est, au rôle des femmes souvent méconnu ou réduit à des dimensions étriquées et caricaturales qui ne couvrent pas l’étendue et la profondeur de ce rôle dans les luttes de libération nationales, sociales ou culturelles.

Leur rôle irremplaçable est plus lourd à porter que celui de leurs frères, fils, pères ou maris, car elles et leurs familles, sociologiquement et pratiquement plus vulnérables que les hommes, sont le plus souvent le socle et le bouclier qui ont dû affronter à armes inégales les méfaits de la barbarie coloniale puis de la déferlante réactionnaire intégriste.

Elles ont pesé d’un poids déterminant dans les résistances, non seulement armée mais dans le rôle plus ingrat et néanmoins incontournable de défendre et maintenir souvent au péril de leur vie les continuités familiales, sociales et professionnelles contre les interdits et préjugés émanant de divers secteurs.

Votre initiative de célébrer ce rôle à sa juste valeur encouragera et éclairera davantage encore les efforts difficiles à venir. Si les vagues d’antiféminisme, comme toutes sortes d’autres préjugés identitaires, se font plus virulentes, c’est qu’elles tentent en vain de freiner les profonds courants souterrains et processus d’émancipation qui mobilisent hommes et femmes pour les libertés démocratiques, l’égalité et la justice sociale, en dépit des obstacles et apparents retours en arrière.

Bien qu’absent, je verse à votre manifestation la modeste contribution d’un document consacré aux moudjahidate. Il a été écrit par l’une d’entre elles dans « Al-Hourriya » (Liberté) durant la guerre de libération, et intitulé
« Serkadji, quartier des femmes ».

(Georgeo Perlès connaît cette camarade, pour avoir participé avec elle en 1961 à une mission extrêmement dangereuse de trois mois dans Oran infestée par l’OAS).

Vous pourrez trouver aussi ce texte publié sur mon site au cours de l’été, en même temps que celui de Zohra Drif répondant aux calomnies « négationnistes » visant l’héroïne Djamila Bouhired, sous le titre « FEMMES DANS LA GUERRE D’INDÉPENDANCE DE L’ALGÉRIE »

Mes chaleureuses salutations

MI-OCTOBRE 2009, SOMMAIRE DES PLUS RÉCENTS ARTICLES

Présentation des derniers articles mis en ligne sur le site SOCIALGÉRIE depuis le 9 Septembre 2009

Merci d’indiquer les éventuelles difficultés rencontrées à la recherche des textes souhaités.

Vos remarques, critiques et suggestions seront toujours les bienvenues.

LES JOURNÉES D’OCTOBRE 1988, VUES D’HIER ET D’AUJOURD’HUI

(récit et analyse de sadek Hadjerès, paru dans le Soir d’Algérie en 2008); mis en ligne le 7 octobre 2009.

« L’intifadha » d’Octobre 1988 … a résulté de la conjonction de problèmes de fond non résolus et de manipulations irresponsables du pouvoir. Ces quelques journées… ont ébranlé le régime autoritaire sur le moment et durant quelques mois. Mais la grande vague de fond n’a pu transformer la nature et les logiques hégémonistes du système…

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OCTOBRE 1988, C’ETAIT AUSSI CELA

LA TORTURE DANS LES MOMENTS HISTORIQUES
;
mis en ligne le 7 octobre dans la rubrique « Documents »

Octobre 88, c’était aussi la torture à grande échelle…Un appel du PAGS (clandestin) d’avril 1971 montre la continuité des méthodes utilisées par les services de l’Etat-parti unique (cf 1965, le récit de Bachir Hadj-Ali dans « L’arbitraire ») y compris dans les périodes de grandes décisions progressistes où, comme en février-mars 71, la lutte s’était aiguisée jusque dans les sphères du pouvoir entre partisans et adversaires des nationalisations et de la réforme agraire.

Fin 1988 et en 1989, un comité national contre la torture avait démasqué les ignobles traitements infligés aux emprisonnés des journées d’Octobre 88. Plusieurs animateurs de ce comité, notamment membres du PAGS, ont été menacés puis dans les années 90 soit assassinés soit contraints à l’exil.

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LES VIOLENCES INTERALGÉRIENNES

FATALITÉ OU MALADIE GUÉRISSABLE ?

mis en ligne le 11 octobre2009.

Ce très long texte a été initialement écrit en 1994-95, pour éclairer certains prolongements tragiques de la CRISE DU PPA MTLD DE 1949, tel que l’assassinat de BENNAI OUALI. Puis, avec la tragédie insoutenable des années 90, m’est encore mieux apparue la signification de ce phénomène. Les enseignements des faits relatés dans ce texte ont guidé mes prises de positon au cours des décennies écoulées. À travers souffrances et confusions, de nombreux courants politiques algériens en ont aujourd’hui une (…)

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LE PARADOXE DE LA CONSOMMATION INÉGALITAIRE EN ALGÉRIE
, 28 septembre (Texte publié dans El Watan du 17 septembre 2009, rubrique « Débats-Idées »)

Une étude sérieuse et documentée qui tombe à point, alors que la détérioration aigüe et continue des conditions sociales incite les milieux dirigeants à culpabiliser et pénaliser les « consommateurs ». La démarche scientifique est appuyée sur la longue durée par des données statistiques nationales et internationales irréfutables . La démonstration intéresse les acteurs sociaux et politiques : elle démonte les mécanismes de la (…)

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GAUCHES ALGERIENNES EN QUÊTE D’IDENTITE

ISLAM, MODERNITE, LUTTE DES CLASSES en ALGÉRIE

ÉCHANGES AUTOUR DE LA CRISE DU PAGS APRÈS 1990

mis en ligne le lundi 12 octobre 2009

L’article reprend la correspondance de Sadek Hadjerès, adressée le 24 septembre dernier à la « Fédération d’Oran du MDS ». Il fait écho (en posant deux questions) à un communiqué de la même Fédération, publié le 2 août précédent à l’occasion du quatrième anniversaire de la disparition de Hachemi Cherif.

Le document aborde des questions de fond qui préoccupent les progressistes soucieux d’œuvrer à une relance sérieuse des processus démocratiques et sociaux dans une Algérie sinistrée par les méfaits conjugués des hégémonismes locaux et néolibéraux internationaux.

C’est un appel double à réhabiliter la culture du débat et engager les actions communes dans l’esprit constructif et unitaire, pour mieux tirer à l’échelle nationale et mondiale les enseignements du passé

Lire l’article …


MIGRATIONS : l’appel aux dénonciations!, l’article mis en ligne le 
28 septembre 2009 reproduit deux documents. D’une part, deux articles récents du « Jornal Avante! », traduits du portugais, indiquent comment la nouvelle législation italienne sur l’immigration se voudrait en pointe juridique de la répression en Europe. D’autre part un article de Ould Sidi‐Rached, publié à l’automne 2005 dans Alger Républicain, au moment de la flambée des banlieues françaises.

Les articles montrent comment ce qui intéresse au plus haut point les gouvernants d’Europe depuis une centaine d’années c’est l’utilisation éhontée de main d’oeuvre à bon marché, de « chair à canon » dans ses guerres, et d’appoint démographique pour relever son taux de natalité.

Lire l’article …

Lire le poème de Jacques Prévert « Étranges étrangers… »


LA STIGMATISATION DES QUARTIERS POPULAIRES EMPÊCHE TOUTE CRITIQUE SOCIALE, 4 octobre, interview paru dans « L’HUMANITÉ ».

Saïd Bouamama, sociologue, chargé de recherche à l’IFAR – Lille, revient dans son dernier livre sur vingt ans d’observation et de recherche concernant les rapports entre la paupérisation des quartiers populaires, leur ethnicisation et les idéologies libérales qui en tirent profit. Le sociologue dissèque le culturalisme, présenté souvent comme la seule explication des problèmes des quartiers populaires et l’idée que leurs habitants ne s’en sortiraient pas du fait d’une religion, d’une culture ou d’un mode de vie …

Lire l’article …


Damas:50 partis communistes et ouvriers solidaires de la cause Palestinienne

كلمة الحزب الشيوعي اللبناني في مؤتمر الاحزاب الشيوعية والعمالية

mis en ligne le 3 octobre 2009

Allocution de Marie Nassif-Debs et la Résolution adoptée

Dans la capitale syrienne Damas, s’est déroulée récemment une rencontre de 50 partis communistes et ouvriers, en solidarité avec la lutte de libération du peuple palestinien.
Vous trouverez l’allocution de Marie Nassif-Debs, secrétaire générale adjointe du PC libanais, ainsi que la résolution adoptée en 6 points. Sont mentionnées également les perspectives de renforcement et d’élargissement de cette action, notamment la réunion en novembre d’une rencontre mondiale encore plus large à New Delhi (Inde).

lire l’article en arabe: …


INTERVIEW DE KHALED MESHAL, RESPONSABLE DU HAMAS 27 septembre 2009
par Ken Livingstone, ancien maire de Londres, qui écrit notamment :

« Au Moyen-Orient, la paix ne peut être réalisée que par des discussions entre les représentants élus , tant des Israéliens que des Palestiniens, à savoir le Hamas – ainsi que le Fatah.

… Pourtant, de l’avis de trop de gens, le Hamas reste opaque en tant qu’organisation . Ce qu’ils en savent provient de médias hostiles ; le Hamas n’a pas de visage. La plupart des gens pensent probablement que son dirigeant est un personnage dérangé du genre Osama Bin Laden. De fait, les partisans d’Al Qaida à Gaza sont tellement hostiles au Hamas qu’ils lui ont déclaré la guerre. Pour ces raisons, j’ai pensé qu’il était important d’interviewer Khaled Meshal, dirigeant de facto du Hamas qui vit en exil en Syrie. »

Lire la brève…, et accéder à l’article sur le site Michel Collon


« L’HÉGÉMONISME US TIRAILLÉ ENTRE DEUX VISIONS STRATÉGIQUES », mis en ligne le 1er octobre 2009,

Cette brève reprend l’
INTERVIEW DE MOHAMED HASSAN, PAR MICHEL COLLON ET GRÉGOIRE LALIEU –
paru sur le site de Michel Collon (L’info décodée).

Cette analyse de Mohammed Hassan est consacrée aux enjeux lointains et aux graves menaces que les cercles agressifs des USA et d’Israël font peser sur l’Iran et sur la paix régionale et peut être même mondiale.

Lire la BREVE …

À propos des « vues » de Brzezinski, SOCIALGERIE invite à se référer à une analyse similaire, dans l’article de Sadek Hadjeres, publié en juin 2003 dans le Quotidien d’Oran, sous le titre : IRAK , CONTINUITÉ DE LA STRATÉGIE HÉGÉMONISTE DES USA.

Lire cet article, mis en ligne sur socialgerie le 2 octobre 2009, sous le titre:

« LA PARTIE LA PLUS VISIBLE DE L’ICE-BERG IMPÉRIALISTE »


L’ISLAMISME POLITIQUE ET LES MUTATIONS MONDIALES, mis en ligne le 13 octobre 2009
Analyse de Sadek Hadjeres pour un débat à « Synaspismos », Athènes, le 4 Juin 1996, à l’invitation des départements théorique, de politique extérieure et des relations internationales de ce mouvement de gauche.
Abordant la question sous de multiples facettes, l’exposé souligne l’importance d’un effort de lucidité et d’objectivité, malgré la révolte et les inquiétudes que suscitent ces problèmes dans des régions sensibles du monde contemporain et de la Méditerranée.
(Pour saisir la complexité de l’objectif visant à instaurer l’Etat de droit et la démocratie dans de telles conditions, consulter aussi l’article de Ammar Belhimer dans Le Soir d’Algérie et l’article de Ali Bayramoglu dans Le Monde du 14 octobre sur « L’islam et la politique en Turquie.. . »

Lire l’article …


LA NOTION D’ISLAM POLITIQUE, article du Soir d’Algérie, mis en ligne le 15 octobre 2009.

Le mérite selon moi (S. H.) de l’article de Ammar Belhimmer, qui commente les travaux de Charles Tripp et Ali Allawi, est de rappeler la relation dialectique entre représentations humaines et réalités socio-historiques. Le poids de ces dernières, comme le soulignait déjà Ibn Khaldoun en son temps, est déterminant. Il incite par là les combattants de la liberté et de la justice sociale à ne pas tomber dans les brouillages subjectifs qui obscurcissent à leur détriment les enjeux réels. D’où le besoin (…)

Lire la suite …

En document joint accès au texte de Jacques Berque:  » QUEL ISLAM ? « 


ENSEIGNEMENTS D’UN ANNIVERSAIRE du PCA, mis en ligne le 27 septembre.

Contribution d’octobre 1996 … c’était le soixantième anniversaire de la fondation à Alger du Parti Communiste Algérien. A cette occasion, l’association « Espaces Marx » de Bordeaux avait invité des vétérans de ce parti à une commémoration-débat.

L’exposé de Sadek Hadjerès s’est porté sur un certain nombre d’enseignements des luttes menées par ce parti et leur actualité pour les nouvelles générations dans les conditions tragiques des années 90.

Lire l’article…


LA CONTRIBUTION TOUJOURS ACTUELLE DE « IDIR EL-WATANI » (1949) AU DÉBAT NATIONAL, mis en ligne le 27 septembre 2009.

Comme annoncé dans la lettre d’information de la mi-septembre 2009, SOCIALGERIE poursuit la publication des textes susceptibles d’éclairer les épisodes de crise du mouvement national.

L’article reprend ici la contribution en 2001 de Sadek Hadjeres au « Colloque sur le mouvement national et la revendication amazigh. »

… . Le thème se rattache à un épisode du mouvement national qui, à mes vingt ans, a marqué profondément mon engagement politique ultérieur et ma philosophie de la vie. Mais l’émotion …

Lire la suite…


«MARX N’A JAMAIS ETE AUSSI UTILE», mis en ligne le 27 septembre, reprise d’un article de Samir AMIN paru dans « MARIANNE »

Le site présente périodiquement des contributions soulignant l’actualité de la pensée de Marx, en particulier 
dans les problèmes aigus vécus dans les pays de la « périphérie ».

Éminent professeur d’économie politique du développement, Samir AMIN est le directeur du Forum du Tiers-Monde….

Lire la suite …


CHEIKH KHALED BENTOUNÈS, CHEF DE LA TARÎQA ALAWIYA,
 le 26 septembre, article paru dans El Watan

Un entretien à la jonction des approches savantes et du vécu populaire. Au delà des interprétations politiques de la tenue de ce colloque dans le contexte des luttes de pouvoir en Algérie, il donne matière à réfléchir, en visitant une des multiples façons de vivre l’islam, comme religion, pratique sociale, culture et civilisation.

Il surprendra sans doute plus d’un, tellement sont forts, y compris dans le monde islamique, les penchants aux représentations (…)

Lire la suite …


Le 27 septembre SOCIALGERIE a tenu à rendre hommage à HACÈNE BENRAHAL:

ancien rédacteur d’Alger républicain, Hacène Benrahal était venu au PCA avec la vague ardente des jeunes conscients des nouvelles tâches de libération sociale et culturelle dans une Algérie fraîchement indépendante. … J’oserais dire qu’il a représenté comme tant de ses camarades, le type de militants qui ont fait (…)

Lire l’article HACÈNE BENRAHAL NOUS a QUITTÉS


HOMMAGE À RABAH BOUAZIZ, le 14 octobre 2009

« … le regretté Rabah Bouaziz a fait partie de ces nombreux combattants qui durant la guerre de libération se sont comportés en patriotes éclairés. Non seulement ils ne sont pas tombés dans les pièges de la « chasse aux sorcières » contre les porteurs d’idées progressistes, notamment « berbéristes » et communistes, mais à ma connaissance (à vérifier auprès d’historiens) lui-même comme le colonel Ouamrane, le colonel Si Sadeq (Dehilès) et d’autres … »

Lire l’hommage de A. Noureddine,


Dans INVITATIONS À LIRE septembre-octobre 2009

SOCIALGERIE présente des lectures, livres et film qui lui ont été signalés.

Ceci est aussi un appel à nous signaler les ouvrages, sites ou manifestatiions culturelles susceptibles d’intéresser les lecteurs progressistes, dans un éventail politique et idéologique diversifié.

Entre autres thèmes

AUTOUR DU 11 SEPTEMBRE 2001 deux analyses d’experts hautement qualifiés. L’une de Russie situe l’attentat dans son contexte de provocation « mondiale », l’autre, des USA, est une remise en cause fortement argumentée de la version officielle de ces événements

AU SUJET DE CUBA, le livre de Selim LAMRANI signalé à SOCIALGERIE par plusieurs lecteurs.

SUR « L’IMMIGRATION SOUS SURVEILLANCE » telle que pratiquée en Europe et en France plus particulièrement, avec toutes les atteintes aux droits de l’homme, SOCIALGERIE présente trois livres,

« DOUCE FRANCE : RAFLES, RÉTENTIONS, EXPULSIONS », d’un collectif autour de Olivier Le Cour Grandmaison;

« LES CLASSES ET QUARTIERS POPULAIRES. PAUPÉRISATION, ETHNICISATION ET DISCRIMINATION », de Said Bouamama;

« REJET DES EXILÉS – Le grand retournement du droit d’asile », de Jérôme VALLUY.

LE FILM « Al-BI’R-LE PUITS, DE BÉATRICE DUBELL, documentaire autour des engagements et liens de solidarité et de lutte qui se sont développés à Lyon, entre Français et Algériens, pendant la Guerre d’Indépendance de l’Algérie.

PARMI LES LIVRES DE PUBLICATION RÉCENTE:

« RETOUR EN ALGÉRIE » de Abdelmadjid KAOUAH,

« LE RAPT », dernier roman de Anouar BENMALEK,

« LES ARABES ET LA SHOAH » de Gilbert ACHCAR.

ET UN POÈME DE MAHMOUD DARWICH: « SI NOUS LE VOULONS… Nous serons un peuple… »

Pour lire l’article de présenation de ces ouvrages, cliquez ici …

septembre-octobre 2009, INVITATIONS À LIRE

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Ci-dessous quelques unes des lectures qui nous ont été signalées.
N’hésitez pas à nous indiquer les ouvrages, sites ou manifestatiions culturelles susceptibles, par leur thématique ou leur actualité, d’intéresser la gamme diversifiée des lecteurs progressistes.

AUTOUR DU 11 SEPTEMBRE et alors que le compte-rendu officiel US sur cet attentat est de plus en plus contesté, « SOCIALGERIE » a retenu deux articles parus sur le site « voltairenet.org »:

. En Russie l’article du Général Leonid IVASHOV qui avance des faits pour qualifier le 11 septembre de test de provocation mondiale;

. Aux USA, Alan MILLER reprend les demandes d’éclaircissement de 41 experts états-uniens, ayant une longue expérience dans les services du Renseignement et du Contre-terrorisme, qui mettent en doute la validité des conclusions du Rapport de la Commission sur le 11 septembre.

AU SUJET DE CUBA, le livre de SALIM LAMRANI signalé à SOCIALGERIE par plusieurs lecteurs.

SUR « L’IMMIGRATION SOUS SURVEILLANCE » telle que pratiquée en Europe et en France plus particulièrement, trois livres de parution récente:

. « DOUCE FRANCE: RAFLES, RÉTENTIONS, EXPULSIONS », écrit par un collectif autour de Olivier Le Cour Grandmaison;

. « LES CLASSES ET QUARTIERS POPULAIRES. PAUPÉRISATION, ETHNICISATION ET DISCRIMINATION », de Said Bouamama;

. « REJET DES EXILÉS – LE GRAND RETOURNEMENT DU DROIT D’ASILE » de Jérôme VALLUY;

. ainsi qu’un poème, adressé au site après la mort de Ikram – Annaba qui tentait de rejoindre Cristelle en France. D’une rive et de l’autre de la Méditerranée leurs demandes de visas avaient été rejetées sans explications et à plusieurs reprises depuis 4 ans.

PARMI LES LIVRES ALGÉRIENS DE PUBLICATION RÉCENTE:

. « RETOUR EN ALGÉRIE » de Abdelmadjid KAOUAH

. « LE RAPT » , de Anouar BENMALEK

LE FILM – AL BI’R (LE PUITS), DE BÉATRICE DUBELL, documentaire autour des engagements et liens de solidarité et de lutte qui se sont développés à Lyon, entre Français et Algériens, pendant la Guerre d’Indépendance de l’Algérie.
Pprésentation du film par Gilbert Meynier, universitaire, historien.

AU FUR ET À MESURE DES NOUVELLES PUBLICATIONS:

. LES ARABES ET LA SHOAH, de Gilbert ACHCAR.

. UN POÈME DE MAHMOUD DARWICH

LE 11 SEPTEMBRE 2001, VU DE RUSSIE ET LA CONTESTATION AMÉRICAINE

Cliche_2009-10-03_18-30-20.jpg 1.  » VU DE RUSSIE

LE 11 SEPTEMBRE 2001: UNE PROVOCATION MONDIALE »

Moscou, le 17 mars 2009; par Général Leonid IVASHOV

Politologue russe influent, issu des milieux nationalistes, le général Léonid Ivashov était chef d’état-major des armées le 11 septembre 2001. Ce jour-là, il avait placé ses satellites en alerte pour observer les manœuvres militaires aériennes annoncées aux USA, mais c’est un tout autre spectacle auquel il fut confronté. Au vu des analyses de cet événement par ses experts, il a écarté l’hypothèse Al-Qaïda et conclu à une provocation de l’élite financière anglo-saxonne. Sur cette base, il a développé la vision stratégique russe du monde post-11-Septembre.

Son article est représentatif de la pensée des officiers supérieurs russes.Ce qui est considéré comme un délire dans les pays de l’OTAN est une vérité d’évidence en Russie, comme dans de nombreux autres régions du monde.

L’honnêteté intellectuelle exige d’accepter la relativité des points de vue. Pour la suite, cliquez ici…


Cliche_2009-10-03_19-31-01.jpg2. « 41 CITOYENS ÉTATS-UNIENS, DE L’ANTI-TERRORISME ET DU RENSEIGNEMENT METTENT EN CAUSE LA VERSION OFFICIELLE DU 11SEPTEMBRE »

par Alan Miller, éditeur du site PatriotsQuestion911.com

Le compte-rendu officiel du 11 septembre: « terriblement défectueux », « bourré de contradictions », « une plaisanterie », « une façade ».

Plus de 40 citoyens états-uniens ayant travaillé pour différents services de Renseignement et de Contre-terrorisme ont sévèrement critiqué le compte-rendu officiel du 11 Septembre; la plupart d’entre eux demandent une nouvelle enquête.

La majorité des États-uniens [et des populations des pays de l’OTAN] sont maintenus dans l’ignorance totale de leurs déclarations publiques, conséquence immédiate du refus des organismes de la presse comme des médias de masse de traiter cette question. La crédibilité de ces personnes et leur loyauté envers leur pays ne peuvent être mises en doute, avec leurs années de service passées à collecter et analyser l’information, à planifier, et effectuer des opérations cruciales pour la sécurité nationale des États-Unis.

Ces 41 personnes ont travaillé pour le Département d’État, l’Agence de la sécurité nationale (NSA), l’Agence centrale de Renseignement (CIA), le Bureau fédéral d’investigation (FBI), l’Administration fédérale de l’Aviation (FAA), Le Bureau des douanes et de la protection des frontières ainsi que pour diverses sections de l’armée des États-Unis.

La suite de l’article [en suivant le lien:

 >http://www.voltairenet.org/article160106.html]

voir aussi le document complet joint à l’article (téléchargeable en pdf) en cliquant ici


Cliche_2009-10-03_16-10-32.jpg « CUBA. CE QUE LES MÉDIAS NE VOUS DIRONT JAMAIS » de Salim Lamrani, universitaire, chargé de cours aux universités Paris-Descartes et Paris-Est Marne-la-Vallée,
Paris, Editions Estrella, 2009, 300 pages, 18¤

Prologue de Nelson Mandela

fiche du livre voir ici …

Pour toute commande dédicacée, contacter directement : lamranisalim@yahoo.fr

Critique du livre « CUBA. Ce que les médias ne vous diront jamais », par Maxime VIVAS:

« Salim Lamrani occupe un créneau particulier parmi les auteurs : il écrit sur Cuba (alors que la mode pavlovienne veut qu’on écrive toujours contre) et il le fait avec une précision clinique, une rigueur scientifique marquées par une originalité : à chacune de ses affirmations, à chacune de ses informations qui vont à l’encontre des idées reçues, des mensonges déversées, des trucages, il fournit ses sources. Celles-ci sont surabondantes (plus de 600 !) et irréfutables.

Son dernier livre, «CUBA, ce que les médias ne vous diront jamais» est une démonstration implacable d’une incontournable vérité : Cuba n’est pas un paradis, et moins encore l’enfer que nous décrivent nos médias. Et Salim Lamrani démonte, avec une minutie d’horloger, les mensonges, les censures, les partis pris, l’acharnement à nuire contre ce petit pays qui aime le nôtre depuis des siècles.

Il fait aussi la démonstration de cette astuce journalistique perverse qui bâtit des impostures avec des images et des informations vraies. Il suffit en effet de débiter ce qui ne va pas, en chapelet ininterrompu, de taire le reste, pour construire un mur du mensonge en empilant des briques de vérités. Ainsi, ils plongent le vrai visage de Cuba dans l’ombre et projettent sa caricature sous des projecteurs qui ne s’éteignent jamais.

Le livre s’ouvre sur un prologue de Nelson Mandela, homme de courage qui, à peine élu président de l’Afrique du Sud au sortir des geôles racistes, fonça ostensiblement à Cuba pour son premier voyage officiel, information qui fait partie de «ce que les médias ne vous diront jamais».

Maxime Vivas (écrivain, Prix Roger Vailland 1997)

Une autre présentation du livre, par Thierry Meyssan:

Salim Lamrani … y passe en revue, de manière systématique, tous les arguments utilisés par la propagande étasunienne pour justifier a posteriori l’embargo imposé unilatéralement par Washington en violation du droit international. Ce tour d’horizon permet de mesurer à quel point les critiques du gouvernement révolutionnaire sont irréelles. Une annexe historique souligne aussi la permanence de l’attitude des administrations étasuniennes successives, indépendamment de l’alternance de façade entre démocrates et républicains. On regrettera l’absence d’index qui aurait permis d’utiliser ce livre comme une encyclopédie ; quoi qu’il en soit, son caractère exhaustif et la précision de son argumentation en font un ouvrage de référence pour tous ceux qui souhaitent approfondir cette question…

La suite du commentaire ainsi qu’un extrait du livre
dans l’article « LES MERCENAIRES CUBAINS À LA MAISON BLANCHE » sur le site « voltaire ».
Cliquez ici…

Voir aussi l’interview de Salim Lamrani par André Garand en cliquant ici …


MIGRATIONS EN FRANCE

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Vient de paraître: LES CLASSES ET QUARTIERS POPULAIRES. PAUPÉRISATION, ETHNICISATION ET DISCRIMINATION, de Saïd Bouamama. Éditions du Cygne, 2009. 22 euros. Voir la présentation du livre en cliquant ici…

Lire aussi l’article: « LA STIGMATISATION DES QUARTIERS POPULAIRES EMPÊCHE TOUTE CRITIQUE SOCIALE »,
entretien, réalisé par Ixchel Delaporte et paru dans l’Humanité du 29 septembre 2009, avec le sociologue SAÏD BOUAMAMA, chargé de recherche à l’IFAR (Intervention, formation, action, recherche) de Lille. Lire en cliquant ici

Auteur de nombreux ouvrages, Saïd Bouamama revient dans ce livre sur vingt ans d’observation et de – recherche concernant les rapports entre la paupérisation des quartiers populaires, leur ethnicisation et les idéologies libérales qui en tirent profit. Le sociologue dissèque le culturalisme, présenté souvent comme la seule explication des problèmes des quartiers populaires : leurs habitants ne s’en sortiraient pas du fait d’une religion, d’une culture ou d’un mode de vie différents. Saïd Bouamama dénonce cette posture stigmatisante qui évacue les causes socio-économiques du contexte difficile dans lequel évoluent certains territoires. Lire la suite…


Cliche_2009-10-03_11-56-12.jpg DOUCE FRANCE: RAFLES, RÉTENTIONS, EXPULSIONS

Éditeur : Seuil – Pages : 295, Prix : 19 €

ouvrage collectif sous la direction d’Olivier Le Cour Grandmaison

« Nous connaissons les existences et les espoirs ruinés de ceux qui sont raflés placés en centre de rétention, puis forcés d’embarquer dans des avions ou des navires à destination de leur pays d’origine. Telle est la situation qui nous porte à écrire, telle est la raison d’être de ce livre : témoigner, penser, résister, autant que faire se peut. »

Élaboré avec le Réseau Éducation Sans Frontières (RESF), Douce France est un livre engagé … lire la présentation du livre sur le site Al-Oufok ici… avec la présentation des différents chapitres, constitués de témoignages et analyses: * Première partie : Traquer, interner, expulser. * Deuxième partie : Les droits et libertés mis à mal. * sont donnés deux annexes: Annexe 1. Extrait de jugement de la Grande Chambre de la Cour Européenne des droits de l’homme
Annexe 2. Extraits de la lettre de mission reçue par Eric Besson, ministre de l’Immigration, de l’Intégration, de l’Identité nationale et du Développement solidaire

Dans l’ « INTRODUCTION » , Olivier Le Cour Grandmaison démasque
ce nouveau ministère » de l’immigration, de l’intégration, de l’identité nationale et codéveloppement » , qui acceptant comme critère de son efficacité d’être jaugé sur«le nombre de reconduite à la frontière» – , devrait mieux être désigné sous un nom plus adéquate de « ministère des expulsions » .

de même qu’il dénonce la
« Politique des mots et les mots de la politique qui s’insinuent dans le langage courant pour mieux le pervertir, gouverner les consciences, anesthésier les perceptions des citoyens et des acteurs en banalisant les agissements de tous les fonctionnaires – préfets, gendarmes, policiers – dont la mission est de traquer, placer en rétention puis renvoyer dans leur contrée les hommes, les femmes et les enfants identifiés comme des sans-papiers….
et la « Xénophobie d’Etat »

Pour voir le texte de l’Introduction cliquez ici…

Voir fiche du livre ici:


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« REJET DES EXILÉS – Le grand retournement du droit d’asile », de Jérôme VALLUY, éditions Du Croquant, janvier 2009. Dans ce livre J Valluy défend la thèse d’une xénophobie de gouvernement qui a transformé l’image publique des étrangers, les stigmatisant comme une menace. Un phénomène qui sert aujourd’hui à justifier les politiques de fermeture des frontières…

Lire la présentation du livre, article de l’Humanité, repris sur le site Al-Oufok:

« On construit politiquement l’étranger comme un problème de société …»

en cliquant ici…


LE RÊVE D’IKRAM ET DE CRISTELLE

Ikram rêvait d’une autre vie

Généreuse

comme le nom qu’il portait

De portes et de fenêtres

que l’on ouvre à souhait

Pour inventer

tous les parfums du large

Et attendre

l’aurore se lever

sur une rive à venir

un visage

une main

une lèvre, un parfum et un rêve demain.

6

Ensemble ils ont rêvé

De passerelles et de ponts

Jetés par-dessus l’horizon

Pour apprendre le monde

Sur les doigts de la main.

Adressé par un ami de Mohamed Mahieddine

pour lire le poème, cliquez ici…


LIVRES PARUS RÉCEMMENT:

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« RETOUR EN ALGÉRIE – AMÈRE SAISON » de Abdelmadjid KAOUAH
édition « La Louve », collection « Terre de mémoire », 2009. 12,00 €.

C’est bien d’un voyage dont il s’agit. D’une parenthèse. D’un retour nécessaire, même s’il n’a pas été définitif.
… l’auteur est retourné dans le pays qu’il a dû quitter, contraint et forcé.

Il raconte ces mois de retrouvailles, plongée douloureuse dans l’histoire récente de l’Algérie : celle d’une période de sang et de larmes, où l’intolérance multipliait les massacres.

Alors, Abdelmadjid Kaouah prend sa plume d’homme engagé pour faire partager sa douleur et ses combats, pour dire son amour des autres, proches, frères humains.

Mais il sait troquer cette plume acérée pour celle, plus douce, de l’écrivain qu’il demeure, envers et contre tout : dès qu’il évoque les lieux et les paysages d’Algérie, depuis Alger vue du ciel jusqu’aux étranges gorges de la Chiffa, ses mots se font tendres, chargés d’images et de couleurs, au point que l’on se demande très vite comment tant d’horreur a pu naître devant tant de beauté.

Et surtout, ce texte inspiré porte en filigrane, au long de ses pages, un message essentiel et d’apparence faussement banale : l’intolérance n’est d’aucun peuple.
l’humanisme et la fraternité non plus. L’espoir est vivant.

Pour voir le blogde Abdelmadjid KAOUAH cliquez ici…


LE RAPT
« LE RAPT » de Anouar BENMALEK,
Fayard, 514 p., 23 €

Dans ce livre, le thème principal est l’influence de la guerre d’Algérie sur l’Algérie contemporaine et sur le devoir de mémoire envers les victimes, entre autre, de Melouza…

Se référer au
site de Anouar Benmalek en cliquant ici:

…Benmalek jette une lumière cruelle sur les horreurs dont l’être humain s’est rendu capable en Algérie. Pas pour le plaisir de rouvrir des plaies mais parce que, comme il le fait dire au ravisseur dont la blessure n’a cessé de s’envenimer depuis cinquante ans : « Le passé ne se transforme en passé que si on l’y aide. Avec bienveillance, avec tendresse, avec le respect dû à ceux qui ont souffert. »

En vrai romancier, Benmalek est impitoyable dans sa relation des faits, mais plein de compassion envers ses personnages, comme s’il n’avait cessé de se demander en écrivant leur ­histoire ce qu’il aurait fait à leur place, montrant comment un homme idéaliste peut devenir un tortionnaire, comment un homme qui fit preuve de lâcheté peut être amené à se dépasser, à se racheter. «Je ne condamne personne, je n’absous personne», écrivait Tchekhov cité en ­exergue.
(extrait d’une critique du Figaro) … « Le respect dû à ceux qui ont souffert ». Pour lire l’article en entier, cliquer ici …

Videos sur le roman « Le rapt »:

 Un commentaire de Claude Sérillon sur ce livre dans l’émission « Vivement dimanche prochain » de France 2, ce dimanche 4 octobre :

 Une interview sur ce thème donnée à la chaîne Berbère TV

 Une interview donnée à Hachette Livre :


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EL BI’R – LE PUITS, 2008, DVD disponible sur atheles.org, 20€.

Réalisation: Béatrice DUBELL

Résistances anti-coloniales à Lyon : des parcours oubliés

Le film revisite le trou de mémoire de la guerre d’Algérie, à partir des liens de solidarité et de lutte développés en France pendant la guerre entre Français et Algériens.
Il met en lumière le parcours de ces personnes, qui, dans les années cinquante, dans leur engagement dans une même lutte anti-coloniale étaient guidés par l’idée de la construction d’une future amitié entre les peuples. Leurs histoires manquent dans les représentations communément partagées. Cet héritage symbolique n’a été assumé collectivement, ni d’un côté, ni de l’autre de la Méditerranée

Lire la fiche technique complète du film sur atheles.org

Le film nous a été signalé par Gilbert Meynier, universitaire à Nancy II, historien:

Le film de Béatrice Dubell est une première en ce qu’il est une synthèse documentaire visuelle sur des faits méconnus : les engagements de fraternité humaine entre Algérien(ne)s et Français(es), à contre-courant de la sale guerre à contretemps de reconquête coloniale de 1954-1962. …

… (Le) film – al bi’r : le puits, en arabe – est plus qu’une margelle : il permet de retrouver l’eau du passé enfoui, du passé qui dérange, … … C’est aussi un puits de lumière sur le monde décisif des petits et des sans grade qui, quasi souterrainement, font aussi l’histoire. Il remet à leur morne place les idéologues crispés de la prétendue «identité nationale». Il renvoie dos à dos les lobbies de mémoire qui tonitruent sur place au nord de la Méditerranée et, au sud, cet obscurantisme structurel qui poigne l’Algérie, et que tentent de secouer tant d’engagements multiformes dans la société civile….

… Al Bi’r invite à méditer sur les voies et moyens d’un avenir partagé de respect et de concorde de part et d’autre de la Méditerranée qui soit autre chose qu’un fourre-tout combinant médiatisation et marché ; je le ressens comme un message d’espoir, aussi bien, ici, pour les jeunes d’ascendance algérienne désorientés que, là-bas, pour les harragas désespérés. …

Lire la présentation complète (Avant-propos) de Gilbert Meynier sur le site « grandensemble » en cliquant ici…


AU FUR ET À MESURE DES NOUVELLE PUBLICATIONS:

9782742782420-1.jpgLES ARABES ET LA SHOAH, de Gilbert Achcar. Éditions Actes Sud, Sindbad, 2009, 522 pages, 24 euros.

« ….L’apport essentiel du livre est dans l’analyse des positions des divers courants qui traversent les pays arabes, des «libéraux occidentalisés» aux marxistes, en passant par les nationalistes et les islamistes. C’est dans cette dernière catégorie que se recrutent antisémites et négationnistes les plus notoires. Les positions des autres partis sont diverses et évoluent en fonction du conflit. Car, pour l’auteur, «l’antisémitisme est une importation occidentale» que deux éléments ont fait prospérer, contribuant à ce qu’il appelle «un nouvel antisémitisme» : l’aggravation de la colonisation israélienne et «l’industrie de l’Holocauste». Elle a d’abord suscité un négationnisme odieux – surtout en Égypte et en Jordanie. Aujourd’hui, les Palestiniens retournent le raisonnement en se disant eux-mêmes «les juifs d’Israël». Un effet miroir qui interpelle les «justes» d’Israël, pour peu qu’ils échappent à la pensée unique. Ce livre et les débats qu’il ne manquera pas de susciter pourraient y être une puissante contribution. »

Voir l’article en entier de Françoise Germain-Robin, « Regards arabes sur le génocide » dans L’Humanité

Lire la fiche du livre …


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LE POÈME DE MAHMOUD DARWICH:

_ « SI NOUS LE VOULONS »

« Nous serons un peuple, si nous le voulons, lorsque nous saurons que nous ne sommes pas des anges et que le mal n’est pas le propre des autres.

Nous serons un peuple lorsque nous ne dirons pas une prière d’action de grâces à la patrie sacrée chaque fois que le pauvre aura trouvé de quoi dîner.

Nous serons un peuple chaque fois que nous insulterons le sultan et le chambellan du sultan, sans être jugés.

Nous serons un peuple lorsque le poète pourra faire une description érotique du ventre de la danseuse.

Nous serons un peuple lorsque nous oublierons ce que dit la tribu, que l’individu s’attachera aux petits détails.

Nous serons un peuple lorsque l’écrivain regardera les étoiles sans dire : notre patrie est encore plus élevée et plus belle!

Nous serons un peuple lorsque la police des mœurs protègera la prostituée et la femme adultère contre les bastonnades de la rue.

Nous serons un peuple lorsque le Palestinien se souviendra de son drapeau sur les stades, dans les concours de beauté et lors des commémorations de la Nakba. Seulement.

Nous serons un peuple lorsque le chanteur sera autorisé à psalmodier un verset de la sourate du Rahmân dans un mariage mixte.

Nous serons un peuple lorsque nous respecterons la justesse et que nous respecterons l’erreur. »

Extrait de la Trace du papillon

(Pages d’un journal : été 2006-été 2007)

Mahmoud Darwich

LA NOTION D’ISLAM POLITIQUE

Le mérite selon moi (S. H.) de l’article de Ammar Belhimmer, qui commente les travaux de Charles Tripp et Ali Allawi, est de rappeler la relation dialectique entre représentations humaines et réalités socio-historiques. Le poids de ces dernières, comme le soulignait déjà Ibn Khaldoun en son temps, est déterminant. Il incite par là les combattants de la liberté et de la justice sociale à ne pas tomber dans les brouillages subjectifs qui obscurcissent à leur détriment les enjeux réels. D’où le besoin pour eux de mieux saisir les mécanismes du glissement pernicieux d’idéologies se voulant généreuses vers des stratégies de pouvoir qui trahissent les idéaux proclamés.

On peut, à propos de ces interactions dialectiques, consulter aussi mon exposé  » Islam politique et mutations mondiales », présenté lors d’un débat en Juin 1996 et mis en ligne ce jour sur « Socialgerie ».

Par Ammar Belhimer

ambelhimer@hotmail.com

On apprend souvent beaucoup plus sur soi dans le regard des autres. «La notion d’islam politique est une affaire beaucoup plus compliquée que ne le croient nombre d’observateurs et de musulmans qui cherchent à façonner le monde selon leurs valeurs religieuses, en dépit d’une réalité inflexible», souligne Charles Tripp, professeur à l’Université de Londres dans une récente étude publiée par Foreign Affairs .
[[ Charles Tripp, All muslim Politics is Local, Foreign Affairs, september/ october 2009. Charles Tripp est professeur de sciences politiques à l’Ecole des études orientales et africaines de l’Université de Londres.]]

A ses yeux, la maxime «al islam din wa-dawla» l’islam est religion et Etat) est souvent invoquée pour marquer un signe distinctif de l’Islam — l’idée étant que l’Islam est une religion avec une mission politique à sa base.

Il n’y voit «rien de plus qu’un simple slogan politique» utilisé comme tout autre cri de ralliement.

Pourquoi y adhère-t-on alors ? Est-ce le fait du hasard ou le résultat d’un processus quelconque qu’il convient d’identifier ?

Comme on le devine, il est proposé ici de mettre en évidence l’historicité et l’environnement social, culturel et politique du fait religieux. «Les musulmans qui y adhèrent, pas moins que ceux qui n’y adhèrent pas et encore moins les non-musulmans sont à la fois les produits et les décideurs de ce monde (…) Il convient de comprendre pourquoi les gens agissent comme ils le font au moment où ils le font : pourquoi ils répondent à certains appels à l’action et pourquoi ils pensent que leurs activités politiques sont, éthiquement et pratiquement, appropriées et dignes d’aboutir en dépit de leurs extrémismes ?» Un défi empirique ou épistémologique qui rapproche les mobiles religieux invoqués, islamiques ou non, d’autres considérations idéologiques liées aux grandes doctrines des deux derniers siècles.

Sans cet effort d’interprétation, vus d’Occident nous sommes un produit exotique peu fréquentable qui «échappe à l’analyse normale et ne peut s’expliquer que comme une extension de leur foi».

Le principal travers épistémologique à cet effort est, au jour d’aujourd’hui, venu de la propension des chercheurs à construire leurs modèles «uniquement sur les descriptions des joueurs euxmêmes ». Autant dire des seuls activistes intégristes.

Pour Stripp, deux auteurs «sérieux» — parmi des milliers — permettent d’éviter cet écueil: Gilles Kepel et Ali Allawi.

Les travaux de ces deux auteurs tendent à montrer, à leur manière, que tous les musulmans qui cherchent à remodeler le monde selon leurs idéaux et leurs traditions sont tôt ou tard confrontés à la nécessité banale de «plier face à une réalité souvent réfractaire à leur volonté».

Dans l’ensemble, il apparaît qu’il n’est vraiment pas bon pour la communauté des croyants d’associer à tort et à travers les notions d’Islam et de pouvoir. L’exercice du pouvoir est conditionné, dans le temps et dans l’espace et dépend de la compétence des acteurs politiques. Or, il faut dire, à notre décharge, qu’après l’humiliation coloniale, les déceptions du nationalisme et les défaites successives sur la question palestinienne, nous n’avons droit qu’au diktat de potentats assoiffés de pouvoir et de prébendes qui n’ont aucun scrupule à se draper de discours religieux.

Autre déception là aussi : l’expérience iranienne semble indiquer un passage de l’islamité à l’iranité et les derniers bastions du panislamisme paraissent circonscrits à une Arabie saoudite qui a néanmoins beaucoup perdu de sa superbe depuis qu’elle finance les pires croisades contre des populations meurtries supposées appartenir à la même sphère religieuse que la sienne.

Le monde musulman paraît obéir à une logique universelle : le repli sur le local en politique dans un monde pourtant économiquement globalisé.

Contrairement aux promesses de l’Administration Bush et son cercle d’idéologues, l’armée américaine n’a pas ouvert la voie à une quelconque démocratisation au Moyen-Orient. Allaoui capte bien ce point dans son récit sur l’ascension, la domination et le déclin des idéologies laïques et leurs défenseurs au Moyen-Orient. Pour lui, les mouvements politiques islamistes qui ont initialement vu le jour en Irak dans les années 1950 ont accédé au pouvoir grâce à l’occupation américaine après 2003.

Les cercles dirigeants d’Occident se soucient très peu des intérêts «démocratiques» des peuples arabes et musulmans, ils ont besoin de pouvoirs forts qui leur tiennent sous bonne garde des populations jeunes et rebelles à leurs intérêts dans la région.

Si la démocratie, comme le marché a besoin d’un Etat de droit, le contraire n’est pas toujours vrai. Un Etat de droit peut revêtir un caractère autoritaire, poursuivre des objectifs de marché, hors de toute préoccupation démocratique, avec pour seul dessein une scrupuleuse observation des règles qu’il édicte dans l’intérêt des puissances étrangères.

Par ailleurs, et de surcroît, dès lors que le gouvernement a le monopole de l’initiative législative, ce qui est le cas de tous les Etats arabes, il est laborieux, voir impossible, de mettre en corrélation Etat de droit et démocratie.

La préoccupation centrale d’Allawi est la «crise de la civilisation islamique ». Il entend par là un certain nombre de contradictions, principalement la fragmentation de l’autorité, la perte d’unité des référents culturels et l’opposition croissante entre le spirituel et le temporel dans la conduite des affaires des populations musulmanes.

Du point de vue de M. Allaoui, l’Islam est privatisé, comme est patrimonialisé l’Etat.

Des organisations comme Al-Qaïda et les partis islamistes de l’Irak sont considérés comme «des symptômes de la crise de la civilisation islamique», plutôt que «comme faisant partie de la solution». Comme il le relève à juste titre : «Ces groupes sont le reflet de la politique de ceux qu’ils combattent dans toute sa cruauté, et non des valeurs spirituelles au cœur de l’Islam.»

La question est alors : comment peut-on influer sur l’ordre existant, sans succomber à la logique de pratiques politiques minées ?

«La dure vérité est que, aussi sublimes que soient les idéaux spirituels – ceux de l’islam, pas moins que ceux de toute autre grande tradition religieuse – leurs adeptes demeurent confrontés à la veille énigme politique sur la manière d’aborder efficacement la structure du pouvoir sans pour autant compromettre les idéaux de base.»

En réfléchissant à cette question, on se rend compte que «le discours politique – un magma d’espoirs, de peurs et de préjugés — est l’antithèse même du discours de civilisation».

Il est alors injuste d’attribuer à l’Islam comme religion, ou comme civilisation, bien des actes de personnes ou de communautés se réclamant de sa pratique ou de ses idéaux.

Autant dire que l’Islam est victime et non responsable ou coupable de bien des crimes commis en son nom.

De même qu’il n’arrête pas d’être instrumentalisé par des pouvoirs mafieux et des potentats locaux aux seules fins d’encadrement et d’asservissement de la société.

Partout, le pouvoir de l’amour attribué aux idéaux originels a laissé place à l’amour du pouvoir et au refus de l’alternance.

«La modernité, avec toutes ses ambiguïtés et ses impulsions, parfois contradictoires, est une affaire composite, constamment remodelée par ceux qui s’engagent pour elle», conclut Charles Tripp.

Ammar BELHIMMER.

(*) Charles Tripp, All muslim Politics is Local, Foreign Affairs, september/ october 2009 .
Charles Tripp est professeur de sciences politiques à l’Ecole des études orientales et africaines de l’Université de Londres.

Ali A. Allawi est l’auteur de The Crisis of Islamic Civilization, publié chez Yale University Press en 2009.

HOMMAGE À RABAH BOUAZIZ

Je voudrais ajouter à ce témoignage de A.Noureddine, que le regretté Rabah Bouaziz a fait partie de ces nombreux combattants qui durant la guerre de libération se sont comportés en patriotes éclairés. Non seulement ils ne sont pas tombés dans les pièges de la « chasse aux sorcières » contre les porteurs d’idées progressistes, notamment « berbéristes » et communistes, mais à ma connaissance (à vérifier auprès d’historiens) lui-même comme le colonel Ouamrane, le colonel Si Sadeq (Dehilès) et d’autres durant la guerre de libération ont fait ce qu’ils pouvaient pour préserver, prévenir ou protéger des militants et combattants comme Ammar Oud Hammouda ou comme Mustapha Saadoun ciblés pour liquidation par des chefs de guerre sectaires. Après l’indépendance, même lorsque des patriotes comme Rabah BOUAZIZ se trouvèrent malgré eux en porte-à- faux par rapport aux revendications et aux sensibilités populaires, de par leurs fonctions officielles, leur statut social, leurs convictions doctrinales ou leur appréciation des évènements, nombre d’entre eux sont restés activement ouverts au dialogue social et politique et aux efforts unitaires. (Sadek Hadjerès)

ADIEU RABAH !

par A. Noureddine

Rabah Bouaziz est parti discrètement le 11 octobre. Ses compagnons de lutte donneront certainement une meilleure idée du parcours de Si Said ce combattant, depuis sa jeunesse, en passant par ses premiers pas dans les organisations nationalistes puis pendant la lutte de libération notamment à la direction de la Fédération de France du FLN (historique) puis depuis l’indépendance, comme le souligne Arezki , son fils aîné dans El Watan .

Je me contenterais de relater les moments ou nos destins se sont croisés jusqu’à ce jour de juin 2008 où je le revis pour la dernière au cimetière d’El Madania pour la commémoration du sacrifice au combat d’Henri Maillot. Il était fatigué, mais à 80 ans il était venu comme beaucoup d’anciens dirigeants nationalistes de progrès au coté des militants communistes braver l’interdiction annoncée de la cérémonie par les autorités… Il avait demandé après moi, je l’ai cherché dans la foule et on s’est retrouvé quelques instants contents de nous revoir, peu bavards comme d’habitude l’un et l’autre ! On s’est promis de se revoir plus longtemps…

La première rencontre avait eu lieu juste après l’indépendance, en été, en France au cours d’un stage de formation des cadres de la Fédération de France du FLN. Ça faisait chaud au cœur, à la sortie de la clandestinité, de retrouver et de mettre un nom et un visage sur tous ses militants femmes et hommes, et dirigeants de la lutte de la libération nationale.
Nous sommes rentrés pour construire le pays et chacun avait tracé son chemin: j’avais choisi de rejoindre le PCA (Parti Communiste Algérien) et le journal Alger Républicain, Rabah sera député dans la première législature de l’Assemblée nationale et membre du comité central après le 1er congrès du FLN, avant d’être nommé préfet d’Alger. Pendant toute cette période nos relations se poursuivirent, en dehors des rencontres des deux familles. Il m’appelait souvent à Alger Républicain pour discuter, me demander un avis, exposer une idée. Nos discussions étaient toujours correctes et fraternelles même quand nous abordions nos divergences idéologiques et politiques. Je me rappelle, par exemple, de cette discussion, informelle, très tendue et serrée en marge du séminaire économique afro-asiatique tenue à Alger au printemps 1965. Che Guevara défendait un point de vue disant que l’URSS n’aidait pas suffisamment les pays en voie de développement et qu’elle devait fournir des équipements et des usines à des prix inférieurs à ceux des pays impérialistes. Un tiers-mondisme débridé. Les ambassadeurs de Yougoslavie et de Tunisie étaient aux anges et en remettaient une couche «les russes vendent de vielles usines, en les faisant passer pour neuves, après un coup de pinceau!». Le représentant du FNL du Vietnam prudent ne disait rien. Rabah se rapprochait du point de vue de Guevara. Je contrais ce point de vue en disant que l’important était déjà d’avoir brisé le monopole que détenaient les pays impérialistes développés sur le commerce international et l’industrie, que les pays en voie de développement étaient très hétérogènes, que l’URSS (comme les autre pays socialistes) devait elle aussi rattraper son retard et assurer sa défense, que les pays du tiers monde devaient d’abord compter sur leurs propres forces et qu’il n’était pas question de subventionner les bourgeoisies de ces pays …
Alger Républicain du lendemain développa un point de vue plus complet. Entre Rabah et moi il y eu un nuage mais pas un conflit !

Au lendemain du coup d’état du 19 juin 1965 Rabah ne fut plus préfet, je ne fus plus journaliste, après la disparition d’Alger Rép. Je le harcelais après les arrestations et les tortures subies par les progressistes et camarades. Il disait qu’il n’était pas inactif et que lui et ses amis essayaient de faire quelque chose.

En décembre il me demanda de passer le voir chez lui dans sa maison au dessus du Télemly. Je trouve l’ancien préfet en bleu, une brique dans une main et la truelle dans l’autre : il était en train de retaper lui-même sa maison. Sa proposition faire équipe avec lui dans le lancement d’un projet industriel d’état dans le cuir. Je fus emballé par la proposition d’autant qu’il fallait suivre le projet de «a» à «z» depuis la construction jusqu’aux essais et la gestion de l’usine. J’étais dans mon élément et je quitte rapidement les assurances pour rejoindre l’équipe. J’avais posé une seule «condition» : le recrutement d’un certain nombre de camarades qui venaient d’être libérés de prison et de deux femmes de camarades dont les maris avaient été contraints à la clandestinité.

Rabah répondit oui naturellement et c’est ainsi qu’une vingtaines de familles allaient retrouver un revenu et autant de camarades un travail. Le directeur général n’allait jamais regretter cette courageuse décision, il trouva à ses cotés une équipe compétente, travailleuse, honnête, favorable au secteur d’état…

Cette tradition d’orientation progressiste allait se poursuivre pendant longtemps dans le secteur du cuir et de la chaussure. La seule défection involontaire fut la mienne.

Mais avant d’arriver à cette péripétie je voudrais relater un moment douloureux de sa vie. Un jour Rabah m’appelle de Paris oû il était en mission officielle pour le compte de l’entreprise TAL, pour dire qu’il venait d’apprendre le décès de sa mère et qu’il ne pouvait arriver à temps pour l’enterrement. Il me demanda d’y aller. Je me rendis juste à temps à Tizi Rached pour accompagner «à sa place» sa mère jusqu’à sa dernière demeure, au milieu des chants religieux, un rameau à la main…

Le jour ou mon père mourut, je ne pus aller consoler ma mère, pour des raisons de sécurité. Mais Rabah et Salima son épouse furent présents.

En effet fin 1967 la gendarmerie se lança à ma recherche, presque toute l’organisation du PAGS de la zone industrielle de Rouiba venait de tomber…J’eus le temps de rejoindre le Parti dans la clandestinité.

Quand nous nous revîmes 25 ans après Rabah me dit avec beaucoup de tendresse et le sourire qu’on lui connaît quand il voulait masquer une émotion : «Tu as passé presque la moitié de ta vie en clandestinité !».

Depuis nous nous sommes rencontrés souvent au hasard des manifestations contre l’intégrisme et le terrorisme islamiste : «djazair hourra démocratia!»

Le dernier rendez-vous raté fut celui de juin 2009 pour l’hommage à Maillot. Salima y était. Je la félicite pour son excellent papier publié dans la presse en hommage aux sportives et sportifs de plusieurs générations. Je lui demande si Rabah allait venir. Elle me dit qu’il était malade. Le tourbillon de la vie ne me permit pas de le revoir chez lui hélas !

Nous venons de perdre un moudjahed authentique !

Alger le 12 octobre 2009 ;

A. Noureddine

L’ISLAMISME POLITIQUE ET LES MUTATIONS MONDIALES

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Exposé à « Synaspismos » [[(Rassemblement de gauche)]], Athènes, 4 Juin 1996, pour un débat à l’invitation des départements théorique, de politique extérieure et des relations internationales de ce mouvement de gauche.
Le titre qui m’avait été proposé était: « Fondamentalisme islamique et mutations mondiales ». J’ai préféré « islamisme politique ».
Le contenu de l’exposé mériterait des mises à jour périodiques pour tenir compte des évolutions, comme l’indiquent certaines notations en fin de texte .

EXPOSÉ DE JUIN 96

Je veux d’abord exprimer mes remerciements à la direction et aux départements de Synaspismos pour leur invitation à cet exposé-débat.

J’y ai vu le signe d’une volonté d’ouverture et de clarification pour des problèmes sensibles du monde contemporain et de notre région méditerranéenne.

Et aussi d’un esprit de solidarité envers tous ceux qui dans différents pays défendent dans des conditions complexes et souvent tragiques les objectifs d’un Etat de droit et de la démocratie.

L’analyse de ces problèmes exige de nous un effort de lucidité et d’objectivité, malgré la révolte et les inquiétudes que suscitent en chacun de nous ces événements.

PREMIÈRE PARTIE

NATURE DE L’ISLAMISME

L’effort consiste notamment à éviter les approches simplistes ou unilatérales. Il arrive souvent de confondre l’islamisme politique avec un phénomène purement ou essentiellement religieux. Or, quand on croit qu’il s’agit avant tout de prosélytisme religieux, on se trompe sur l’importance et les capacités réelles d’extension de l’islamisme, soit en les minimisant, soit en les exagérant.

On les a minimisées par exemple lorsque le régime islamiste de Khomeiny s’est instauré en Iran en 1979. On a considéré quelque temps que c’était un fait circonscrit à l’Iran, qu’on pouvait l’expliquer par la particularité du chiisme, une tendance hétérodoxe de l’islam, et que le fait ne pouvait donc se reproduire facilement dans des pays musulmans de tradition sunnite, de l’islam orthodoxe depuis des siècles.

On a estimé aussi que les courants islamistes ne pourraient pas s’implanter dans des pays où la laïcité semblait avoir une forte emprise, comme en Tunisie de Bourguiba ou en Turquie kémaliste, ou encore dans des pays historiquement marqués par une forte influence européenne comme l’Algérie. On a dit enfin que la contestation islamiste avait peu de chances dans des pays à régime déjà théocratique. L’exemple de l’Arabie Saoudite prouve le contraire et des observateurs se posent aujourd’hui sérieusement la question pour l’avenir proche du Maroc.

A l’inverse, d’autres en exagérant la nature religieuse du phénomène, s’évertuent à le rendre plus effrayant en le présentant comme une prétention à convertir le monde entier à la religion et à la civilisation islamiques. Il est vrai qu’ils s’appuient sur les proclamations aussi enflammées qu’utopiques visant à l’instauration d’une « Oumma » (communauté islamique universelle), pour y trouver, comme l’américain Huntington, des arguments en faveur d’une « guerre des civilisations » ayant des allures de guerre préventive. Ces courants suggèrent qu’après l’effondrement du système des Etats communistes, l’islam est devenu la menace numéro un contre la civilisation occidentale, celle-ci étant d’ailleurs présentée elle aussi comme un bloc d’inspiration judéo-chrétienne. Disons en passant que si on raisonne en termes civilisationnels, il y a cinq ou six grandes aires civilisationnelles où se pratique l’islam, dont l’arabe (par rapport aux aires persane, turque (au sens large), du sous-continent indien, négro-africaine, malaiso-indonésienne), représente seulement vingt pour cent.

La réalité est que, avec l’islamisme contemporain, nous avons affaire à des courants à genèse, contenu et objectifs fortement temporels malgré l’habillage, le langage et les modes de raisonnement empruntés à la sphère religieuse. Les visées sont ouvertement politiques, elles utilisent une interprétation de la religion islamique pour en faire une idéologie de combat au service d’intérêts qu’il est chaque fois possible d’identifier.

Ce n’est pas un phénomène nouveau dans l’histoire des religions et des grands courants de pensée humains. Le monde musulman lui-même l’a vécu intensément à maintes reprises à travers les siècles de son existence.

L’essentiel n’est plus dans le dogme, il est dans le terrain historique, dans les problèmes socio-culturels qui donnent naissance aux revendications et objectifs concrets des islamistes, même si ce terrain et ces problèmes sont imprégnés d’une forte religiosité. Il ne s’agit pas de minimiser le rôle important des représentations religieuses dans tous les domaines, il s’agit de ne pas confondre les phénomènes de nature différente.

L’habileté des courants politiques islamistes est précisément de jouer de cette confusion et de se réclamer d’un islam reconstruit à la mesure de leurs objectifs. Ils cherchent à se confondre avec tout l’islam comme s’ils en avaient le monopole et en symbolisaient eux-seuls la pureté. Je crois pouvoir dire qu’ils ont partiellement réussi dans cette mystification, même si c’est temporaire. Dans le vocabulaire, notamment en arabe et aussi à travers les lourdes bévues de médias européens, la qualité d’islamistes est élargie souvent à celle d’islamiques et de musulmans, y compris par leurs adversaires qui leur font ainsi un cadeau de taille. Ce n’est évidemment pas une simple question de vocabulaire. Elle est révélatrice selon moi, du fait que nombre de démocrates croyants ou incroyants, se sont trouvés relativement en marge de cette bataille des représentations et de l’imaginaire, pour avoir, consciemment ou inconsciemment, négligé et déserté depuis des décennies les divers lieux de socialisation habités par la religion dans ses expressions multiples.

Malgré la longueur d’avance (démagogique) prise dans ce domaine par les courants politiques qui instrumentalisent l’islam, il est d’autant plus capital de souligner leur caractéristique commune la plus importante dans la diversité des islams et des sociétés d’où ils ont émergé: ils rejettent par principe la souveraineté populaire comme base de l’alternance au pouvoir. Dans la dawla islamiyya, (l’Etat islamique) qu’ils souhaitent, le pouvoir n’est redevable et responsable que devant l’autorité divine et doit être soumis aux seules orientations de la loi sacrée islamique, la chariâa telle qu’elle a été figée à partir du onzième siècle par les doctes oulamas qui ont décrété la fin de l’ « ijtihad » (effort d’interprétation), pourtant reconnu jusque là comme l’un des mécanismes d’adaptation de la loi aux évolutions et cas inédits. Les chefs islamistes se réservent évidement le monopole (garanti par la violence) d’interpréter cette chariâa selon leurs intérêts et de s’en tenir au mode traditionnel de la « choura », (consultation collective) autocontrôlée. Cette conception domine leur démarche politique, y compris lorsque pour des raisons tactiques, ils acceptent formellement les processus électoraux selon des modalités modernes.

C’est pourquoi pour des raisons de clarté et selon un usage de plus en plus répandu, je préfère le terme d’islamisme politique à celui de fondamentalisme ou d’intégrisme. Ces deux derniers termes ont eu d’abord dans l’histoire du siècle écoulé un usage et une connotation religieux. Ils ont été utilisés ensuite progressivement en Occident pour qualifier des phénomènes politiques. Dans la littérature francophone, appliqué d’abord au catholicisme français, l’intégrisme caractérise en général des mouvements très intolérants, qui au nom de la pureté et de l’intégralité du dogme originel, rejettent les normes modernes dans les domaines les plus divers de la vie. Ils visent l’islamisation (conçue à leur façon) par le haut, c’est à dire par la prise du pouvoir, si nécessaire par le complot et la violence. Le fondamentalisme quant à lui, terme utilisé d’abord dans la littérature anglophone à propos du protestantisme américain, peut englober ou générer, en tant que « retour aux sources » des tendances intégristes. Mais il désigne également des courants plus modérés, qui visent et pratiquent l’islamisation de la société par le bas (à travers l’éducation, les mouvements associatifs). Ces courants peuvent admettre le jeu politique dans ses normes modernes et font référence de façon variable à l’effort d’interprétation des sources religieuses.

Bien sûr, dans la vie, les frontières politiques entre ces deux tendances de la « ouçouliyya » (retour aux sources) sont mobiles et les évolutions existent et se font en interaction avec le contexte socio-politique. Je pourrai en donner de nombreux exemples dans le débat, depuis la nahdha (renaissance) du mouvement de réforme islamique de la fin du siècle dernier à la « sahwa » (éveil) contemporaine.

L’essentiel est de retenir que l’islamisme actuel qui occupe le devant de la scène internationale n’est pas un phénomène religieux mais politique. Ses fortes références à la religion correspondent à une réinterprétation sélective des sources religieuses à des fins politiques (y compris quand la culture religieuse de ces acteurs est faible ou quasi-nulle). Le phénomène surgit et se déploie en étroite corrélation avec le contexte socio-politique décanté et complexifié des pays musulmans, quelques décennies après leurs indépendances.

DEUXIÈME PARTIE

LES DIVERSES MANIFESTATIONS

DE CET ISLAMISME

Je les classerai par commodité selon leur cadre territorial.

1. Les conflits de pouvoir à l’intérieur d’un même Etat à population musulmane dominante:

Les conflits avec violence armée peuvent coexister avec les luttes et tensions politiques et électorales, avec présence simultanée de partis islamistes interdits ou légaux. C’est le cas avec la grave crise algérienne, aux limites d’une guerre civile, et à un degré moindre en Egypte avec le terrorisme des Djamaâtes. Ce type de conflits avait été jugulé en Tunisie quelques années auparavant, par le pouvoir de l’armée et du parti unique.

Ailleurs, les conflits sont intégrés dans le jeu parlementaire et les activités associatives. C’est le cas actuellement dans des pays comme la Jordanie, la Turquie, l’Indonésie, la Malaisie…

Un cas particulier met bien en lumière que le facteur primordial n’est pas constitué par les antagonismes de nature religieuse: c’est celui de l’Afghanistan. Les épisodes de la guerre civile entre musulmans qui y fait rage et qui est plutôt l’affrontement de seigneurs de guerre, confirment qu’il s’agit d’une imbrication d’hégémonismes politiques et d’intérêts économiques et géostratégiques sur fond de rivalités dans la mosaïque ethno-culturelle, toutes choses que la « guerre sainte » contre le régime communiste avait momentanément et à bon escient occultées.

Cette imbrication avec des clivages tribaux au sein d’un Etat musulman se retrouve aussi à la base de la contestation en Arabie Saoudite bien que les apparences soient celles d’un fondamentalisme qui en conteste un autre.

Il faut enfin noter que même lorsqu’il n’existe pas de conflit ouvert, les pressions islamistes poussent des gouvernants à introduire dans la législation des modifications d’autant plus conservatrices qu’ils n’ont rien de plus substantiel à offrir pour calmer le mécontentement de leurs administrés. C’est la même motivation qui a poussé la quasi-totalité des gouvernants nationalistes à encourager à un moment ou à un autre la création ou l’activité des groupes islamistes pour barrer la route à la contestation démocratique de gauche. L’Etat d’Israël a joué lui-même cette carte d’apprenti sorcier avec Hamas.

2. Les conflits entre Etats dont l’un est à pouvoir islamiste:

On remarquera qu’à l’exception du conflit israélo-arabe (dont l’origine était un problème d’occupation plutôt qu’un affrontement religieux), il s’agit essentiellement de conflits entre Etats musulmans.

C’est le type de conflits qui peut aller jusqu’à l’affrontement militaire. Il a opposé l’Iran à l’Irak dans une boucherie qui a duré huit ans dans les années 80 pour en revenir à la case départ quant au problème frontalier qui en avait été le prétexte. Il a opposé également le Pakistan à l’Inde (où se déploie également un fondamentalisme hindouiste) et l’affrontement se poursuit des années avec le conflit du Cachemire. Une tension très forte s’est également manifestée ces dernières années entre l’Etat islamiste soudanais et l’Egypte.

On remarquera que dans tous ces cas, la donnée islamiste vient se greffer sur des rivalités et contentieux géopolitiques déjà existantes, entre Etats ayant souvent des ambitions régionales qui se contrecarrent.

Deux exemples illustrent par ailleurs de façon frappante l’instrumentalisation de l’islam et sa subordination à des enjeux temporels. La crise puis la guerre du Golfe opposait en principe l’Irak baâthiste et laïc à l’Arabie saoudite islamiste. Rapidement le régime de Saddam Husseïn s’est mis à proclamer des slogans islamistes, tandis que le FIS algérien, sous la pression populaire, lâchait durant l’été 91 son protecteur et bailleur de fonds saoudien et apportait son soutien à Saddam Husseïn qu’il vilipendait la veille. On remarquera dans le même ordre d’idées que l’Etat baâthiste et laïc syrien, qui avait écrasé en 1982 la révolte islamiste dans la ville de Hama (plusieurs milliers de victimes), a conclu avec l’Iran islamiste une alliance tactique qui dure encore et tournée à la fois contre l’Irak et Israël.

Dans les tensions régionales ainsi provoquées, les Etats islamistes constituent évidemment des réseaux de soutien aux formations islamistes agissant dans d’autres pays y compris par les armes, comme le fait l’Iran en direction de la Palestine, du Liban, en Asie Centrale et dans divers pays du monde arabe. Tout aussi naturellement, les Etats menacés par la contagion islamiste (on recourt à l’image des dominos) constituent des axes sécuritaires, comme c’est le cas pour l’Algérie, la Tunisie et l’Egypte, en plus ou moins grande coopération avec plusieurs Etats du Sud de l’Europe.

On constate aussi l’imbrication de ces conflits inter-étatiques ou régionaux avec les enjeux géostratégiques mondiaux. Au temps de la guerre froide, l’URSS et les USA se sont affrontés par islamistes et anti-islamistes interposés en Afghanistan. Enfin, dans tous ces affrontements, les réseaux internationaux: bancaires, de trafics d’armes et de drogue,
sont largement mis à contribution.

3. Problèmes et troubles plus ou moins graves dans les pays occidentaux,

en liaison ou non avec les immigrations musulmanes.

On connaît les manifestations de terrorisme telles que les attentats à la bombe de New-York, Paris, les assassinats de personnalités de l’opposition iraniennne etc. Elles ne doivent pas masquer celles qui s’expriment de façon plus pacifique, à travers les mouvements associatifs (grande manifestation à l’appel de Farakan aux USA) ou à travers le malaise des banlieues des grandes villes françaises.

La crainte du terrorisme et la hantise du chômage sont exploitées par un autre courant extrémiste, celui du Front National de Le Pen (qui affiche par ailleurs ses sympathies pour le régime de Saddam Husseïn), tandis que le racisme de certains milieux européens et l’exclusion sociale alimentent les réactions islamistes.

Les problèmes ainsi posés mettent les autorités des pays concernés devant des choix difficiles concernant les politiques d’immigration qui mettent en cause des intérêts et des imaginaires contradictoires. Les décisions oscillent selon les conjonctures, entre refoulement-containment sécuritaire de l’immigration et divers modes d’insertion des émigrés. Les opinions sont partagées concernant ces modalités, entre schématiquement tendances à l’assimilation à la française (sans reconnaissance des particularités culturelles ou de droit civil) et organisation communautaire à la britannique, ces deux modalités présentant l’une et l’autre des avantages et des inconvénients pour tous les intéressés sans que l’expérience n’ait dégagé encore de voie optimale.

TROISIÈME PARTIE

ESSAI D’ANALYSE

DES FACTEURS DE CRISE

DANS LESQUELS INTERVIENT

L’ISLAMISME POLITIQUE

Il y a eu beaucoup d’approches unilatérales selon qu’on mettait un accent quasi exclusif sur tel ou tel facteur, privilégiant le politique, l’économique, le religieux ou qu’on insistait sur la genèse plutôt exogène ou plutôt endogène. Il y a en réalité une imbrication et une grande mobilité des facteurs en cause, avec le fait supplémentaire que les mêmes causes peuvent déclencher des effets différents selon leur point d’application.

D’une façon générale, les crises liées à l’islamisme politique sont la résultante de trois sortes de facteurs qui s’inscrivent dans ce que j’appellerais par commodité un triangle géopolitique de configuration variable, cette configuration dépendant de l’importance ou de l’intensité des phénomènes qu’on fait figurer à chacun des trois pôles qui en constituent les sommets. Chacun des pôles intervient directement dans la crise et par la médiation des deux autres pôles. L’important est dans les interactions en fonction du poids relatif des différents facteurs.

Premier pôle: les facteurs objectifs, internationaux et économiques

Ils constituent le soubassement de ces crises. Les crises étaient déjà latentes du temps de la guerre froide dans les Etats indépendants. Elles se sont accélérées avec les effets multiples d’une mondialisation rapide et brutale.

  • Au plan géostratégique:

Il y a eu une certaine dérégulation des relations internationales qui a fait suite à l’équilibre stratégique de la période de bipolarisation et à des efforts pour apporter des solutions pacifiques à quelques conflits régionaux majeurs. Cette dérégulation a renforcé dans la conscience des peuples musulmans le sentiment de  » deux poids et deux mesures » à leur détriment (à l’occasion des problèmes de Palestine, de la guerre du Golfe, de la Bosnie, la Tchétchénie, etc.). Auparavant, durant la période de bipolarisme, le conflit d’Afghanistan avait permis l’émergence de mercenaires et de « volontaires » qui plus tard ont essaimé dans le monde musulman. En même temps ce conflit avait discrédité l’Union Soviétique et les communistes aux yeux d’une partie des Musulmans qui les considéraient jusque-là comme leurs amis.

Après cela, les USA et d’autres forces occidentales, selon leurs intérêts, ont poursuivi une politique bienveillante envers ceux parmi les islamistes susceptibles de prendre le pouvoir ou de peser relativement dans la vie des pays dont les USA souhaitaient déstabiliser les régimes.

Nous ne pouvons certes pas absolutiser l’idée du complot international, mais il est certain que des régimes comme ceux d’Arabie Saoudite ou du Pakistan servaient de tremplin à cette orientation, cependant que le régime islamiste d’Iran a entrepris des efforts de déstabilisation d’autres pays musulmans pour son propre compte en tant que puissance régionale.

Evidemment ces actions extérieures n’auraient pas eu de résultats si le terrain interne n’était pas propice. Nous en venons au deuxième facteur objectif,

  • Les retombées négatives de certaines évolutions économiques mondiales:

elles ont joué un rôle de premier plan et risquent d’être durables sur les économies des pays musulmans qui la plupart enregistraient déjà des retards et des déséquilibres. Le facteur démographique a aggravé la crise. Ces retombées ont été moins douloureuses dans des pays qui ont pu maintenir une certaine croissance comme par exemple, semble-t-il, pour la Malaisie et l’Indonésie.

La dépendance d’une série de ces pays par rapport aux fluctuations des prix mondiaux du pétrole, vient s’ajouter aux retombées négatives du caractère rentier de leurs économies (il s’agit souvent de capitalisme d’Etat). Les déséquilibres dans la redistribution du revenu national ont aiguisé le mécontentement populaire, plus particulièrement en Iran où elles ont miné la base sociale étroite du pouvoir du Shah alors qu’en Algérie la redistribution avait un plus large éventail. On en verra plus loin les répercussions sur l’état d’esprit des populations et les rapports de force politiques.

Deuxième pôle: les représentations:

La montée de l’islamisme politique a montré le rôle considérable des représentations idéologiques ou identitaires en relation avec les religions ou les groupes ethno-culturels auxquels appartiennent les populations.

L’homme ne vit pas seulement de pain. Cela ne veut pas dire que la foi religieuse explique tout, mais il est clair que c’est par la médiation de leurs représentations, de leur culture (ou inculture) et de leur mental que les intérêts et les conditions matérielles des gens influent sur leur comportement. Le fait est que dans des moments critiques de la vie politique de nombreux pays musulmans, le mécontentement social s’est exprimé à travers les islamistes et non pas à travers le mouvement démocratique ou les organisations qui avaient traditionnellement vocation de défendre les intérêts des travailleurs et des couches les plus défavorisées. Le couple classique de régulation des conflits sociaux « capital-travail » s’est trouvé débordé et même relégué au second plan du fait de l’action d’un autre couple de régulation, qui face au « politique », faisait intervenir « l’appartenance » (à une idéologie, une culture, à une ethnie etc.)

Ce phénomène a été aggravé par le fait que dans certains pays, une partie des élites modernistes a présenté les réformes économiques, les ajustements structurels et les sacrifices endurés comme un prix fatal à payer à la modernisation de l’économie et à la conjoncture mondiale par les couches les plus défavorisées. En même temps, des formations politiques parmi lesquelles des communistes ont renoncé à la défense pied à pied des intérêts de ces couches alors que par le passé, ils le faisaient de façon constructive, prenant en considération dans les quartiers comme sur les lieux de travail les contraintes de l’économie nationale et l’intérêt général. Le prétexte de cette démission était, entre autres, que cette préoccupation faisait diversion à la bataille sécuritaire, considérée en soi, pour faire barrage aux islamistes. Or c’est précisément de cette façon que le champ libre a été laissé à un moment décisif à la démagogie populiste des islamistes.

Sur les répercussions psychologiques de ce problème social se sont greffés d’autres facteurs à caractère psycho-culturel qui ont aggravé l’amertume et les sentiments de révolte. Il s’agit entre autres des conséquences sur les jeunes en particulier:

– d’une urbanisation dans de très mauvaises conditions avec une crise du logement suraiguë (on sait que l’islamisme est un phénomène avant tout urbain)

– d’une scolarisation certes souvent massive par rapport aux périodes coloniales mais de mauvaise qualité et par certains côtés obscurantiste

– du développement fulgurant des transports et des télécommunications internationales, ce qui a facilité la propagation des exemples de révolte islamiste et a avivé les sentiments de frustration envers le mode de vie occidental, qui provoque chez des jeunes ; privés de tout ; un sentiment à la fois de fascination et de rejet prêt à s’exprimer violemment.

La convergence de ces facteurs a cristallisé le regroupement sous la bannière islamiste de trois catégories sociales: des millions de jeunes dont une grande part de sans-emploi, des commerçants du privé et de l’économie parallèle, des jeunes intellectuels marginalisés, surtout enseignants ou techniciens à divers niveaux.

L’islamisme s’est instauré là où les idéologies dominantes ont été affaiblies par les échecs économiques et politiques des régimes en place, qu’il s’agisse des pouvoirs à orientation capitaliste ou soi-disant socialiste. Mais il a eu plus de difficultés à s’imposer là où d’autres idéologies, par exemple d’inspiration ethno-culturelle ou nationaliste ont pu couvrir l’espace laissé vacant par l’affaiblissement des idéologies dominantes. C’est ce qui s’est passé dans des républiques de l’ex-URSS, au Caucase ou en Asie Centrale. Dans le cas de l’Algérie, la forte revendication culturelle amazigh (berbère) a été un obstacle à l’idéologie islamiste. Elle est même devenue un facteur d’appui à la démocratisation par le biais de la reconnaissance du droit à la diversité (malgré certaines expressions de dérives hégémonistes) lorsqu’elle a pu s’exprimer de façon massive dans un cadre territorial donné (région de Kabylie, la capitale ou d’autres noyaux plus restreints). Partout ailleurs, les citoyens algériens d’origine kabyle disséminés ont adhéré à l’islamisme dans une proportion équivalente par rapport au reste de la population (quoique plutôt en deça mais ont fourni aussi certaines personnalités à l’encadrement national). On notera également que la population kurde dans certaines agglomérations urbaines de Turquie a voté dans une notable proportion pour les candidats du Rafah quand elles ne pouvaient le faire pour des formations kurdes interdites.

Le troisième pôle, avec les enjeux de pouvoir, les rivalités politiques, les rapports de force etc.

Les régimes nationalistes instaurés après les indépendances, qu’ils soient d’orientation capitaliste ou socialisante se sont appuyés sur les systèmes de parti unique et des pratiques antidémocratiques. Ce faisant, ils laissaient peu d’espace à des oppositions ou des contre-pouvoirs pacifiques. Ces régimes n’ont pas permis par leur hégémonisme de faire mûrir suffisamment des formes alternatives capables d’émerger rapidement en cas d’échec de ces régimes. Cet échec a facilité ainsi la montée d’un nouvel hégémonisme, celui de l’islamisme extrémiste. On ne peut pas dire pour autant que les pouvoirs nationalistes en place ont été les seuls responsables de cette évolution. Celle-ci est aussi le résultat des faiblesses de la société et des forces potentiellement démocratiques.

L’hégémonisme des pouvoirs à système monoparti n’a pas été favorisé seulement par le besoin d’un Etat fort et efficace pour la réalisation des tâches pressantes d’édification nationale. Il a été facilité par la faible culture démocratique. Cette faiblesse était en partie le résultat de l’occupation coloniale, bien que certaines formes et pratiques démocratiques d’Europe ont laissé des traces en Algérie, en Egypte, en Inde etc.. Elle a résulté aussi de dérives et pratiques négatives qui ont grandi au cours des luttes de libération et n’ont pas été corrigées après les indépendances. Mais par sa nature, la faiblesse de la culture démocratique relève d’une société encore fortement marquée par l’esprit de clan et les relations clientélistes de type communautaire. Une telle société est prise dans une sorte de cercle vicieux: faute d’orientations politiques adéquates, elle n’a pu encore former massivement de citoyens et de traditions démocratiques et de ce fait, le besoin de solidarités et de justice sociale face à des problèmes multiples s’est exprimé sous la forme du projet politique islamiste.

Les évolutions ont montré que quand les pays concernés sont passés au multipartisme formel, cela ne signifiait pas le passage automatique à des fonctionnements et à un état d’esprit démocratiques. Dans un grand nombre de pays, les forces d’opposition démocratique n’ont pas réussi encore à former un pôle autonome entre les pouvoirs et l’opposition islamiste. Leur liberté de décision et d’action est entravée par les pressions politiques, idéologiques et pratiques qu’ils subissent de la part de ces deux tendances qui se disputent violemment l’hégémonie et les prennent en quelque sorte entre marteau et enclume, ne concevant avec d’eux de relations qu’inconditionnelles. Mais pour résister à ces pressions, les formations à vocation démocratique ne parviennent pas à dépasser leurs divergences, chacune voit l’unité uniquement autour de son propre projet de société.
Au delà des intérêts différents que chaque organisation représente, elle sur-idéologise ses positions et cela rend plus difficiles toute action commune ponctuelle ou de plus long terme.

QUATRIÈME PARTIE

QUELQUES RÉFLEXIONS

POUR CONCLURE

Est-il possible aux démocrates de tirer de tout cela des enseignements et des éléments de prospective pour leur action à court terme et à long terme?

Le plus urgent

dans les pays où se déroulent des affrontements armés, c’est de mettre fin aux souffrances et aux dégâts, rétablir la paix et la sécurité sans lesquelles aucun projet de société n’est viable, qu’il soit d’inspiration religieuse ou profane.

Il faut malheureusement du temps et des expériences douloureuses pour convaincre les antagonistes que les solutions politiques négociées sont plus avantageuses pour tous que les faits accomplis qui sortent de la bouche des fusils. Dans le conflit israélo-arabe, ce qui aurait pu être acceptable pour les deux parties il y a cinquante ans, commence seulement aujourd’hui à faire son chemin, et reste fragile en fonction autant d’intérêts transnationaux difficiles à contrôler que des intégrismes religieux et politiques qui soufflent sur le feu.

Dans le cas de la crise algérienne, l’expérience a permis de faire quelques constatations. On avance mieux vers les solutions lorsqu’on fait reculer l’idéologisation des problèmes les plus réels, la crispation sur les oppositions identitaires les plus légitimes. On dépasse mieux l’une et l’autre lorsque le débat se porte de façon privilégiée sur les règles du jeu politique qui tiennent compte des intérêts et préoccupations mutuelles, en un mot lorsque la diversité des intérêts et des opinions commence à être reconnue sans être diabolisée. Le point de départ pour l’établissement de ces règles est la condamnation de la violence comme moyen de gagner ou conserver le pouvoir. Ainsi peut-on faire reculer la fausse dichotomie qui divise l’opinion entre partisans des moyens militaires ou des moyens politiques pacifiques pour parvenir à des solutions. La condamnation de la violence implique une complémentarité des droits et des devoirs tant au niveau des Etats qu’à celui des individus. Elle justifie le monopole de l’Etat sur l’usage des armes lorsqu’elles sont tournées pour sa défense et celle de la société contre les actes terroristes. Elle impose en même temps à l’Etat et aux acteurs politiques d’agir pour créer les conditions minima de sortie de crise par des solutions politiques consensuelles consacrant le respect de la démocratie et des droits de l’Homme.

L’expérience confirme que tout cela n’est pas aisé même lorsque les protagonistes de l’affrontement violent sont convaincus qu’il n’y a plus d’autre issue. Toutes sortes d’enchaînements objectifs et subjectifs rendent pour un temps la crise difficile à contrôler par ceux là même qui voudraient y mettre fin.

Les problèmes de fond:

S’agissant de prévenir les crises ou de consolider la sortie de crise par des solutions de plus long terme, l’entrecroisement des causalités rend les choses aussi complexes que pour les situations d’urgence. Il ne suffit pas de connaître les facteurs en cause, il faut aussi avoir ou gagner les moyens de les mettre en oeuvre et aussi maîtriser leurs interactions qui ne sont jamais linéaires.

Quelques enseignements peuvent cependant se dégager.

Les premiers concernent le rapport entre d’une part les rythmes de transformations (économiques, technologiques, culturelles et politiques) induites par le contexte incontournable de la mondialisation et d’autre part la capacité des sociétés de les supporter et de s’y adapter positivement. C’est tout le problème de l’effet destructeur et déstabilisateur des réformes lorsqu’elles sont engagées à la fois trop tard, à des rythmes brutaux et sans tenir compte du tissu sociétal. Les ruptures nécessaires ne deviennent bénéfiques que si elles sont dialectiques, si elles mettent les continuités au service du changement. Sinon elles se réduisent à des cassures, se tournent en politiques de la table rase ou de la terre brûlée.

Un autre aspect contribue aux tensions stériles et destructrices. C’est la suridéologisation qui peut se manifester aussi bien chez les islamistes que chez des démocrates. Avec le temps et les épreuves, il se confirme que des décantations et des évolutions se produisent aussi chez les islamistes contrairement à l’idée reçue selon laquelle ils sont figés dans des orientations théoriques et pratiques qui descendraient en droite ligne du Coran. La question est posée par des chercheurs et des hommes politiques. Faut-il absolutiser l’islamisme comme une idéologie unique et immuable, de la même façon que le maccarthysme avait diabolisé le communisme pour exclure les partis et militants communistes de toute activité civique, en décrétant que cette idéologie était par essence porteuse de terrorisme international?

Certains auteurs estiment à ce sujet que les différenciations en cours amèneront le gros des islamistes à assumer dans la vie socio-politique la fonction « tribunicienne » qu’ont exercée certains partis communistes d’Europe, posant les problèmes et exprimant les revendications de certaines couches sociales sans parvenir à prendre le pouvoir. D’aucuns disent par contre que les islamistes « modérés » sont encore plus dangereux que les extrémistes parce qu’ils avancent leur projet de société théocratique à pas feutrés. Cela voudrait-il dire que les idéologies et les programmes politiques démocratiques ne seraient pas de taille à affronter la compétition dans des conditions où des règles de fonctionnement pacifique des instances politiques auraient été imposées? Quoiqu’il en soit, il me paraît essentiel de juger (et le cas échéant de soutenir ou combattre) l’ensemble des acteurs politiques d’abord sur leurs actes plutôt que sur leurs opinions exprimées.

En définitive, un problème est posé à l’Humanité aujourd’hui, alors que la mondialisation a accentué certaines limites du couple régulateur des conflits sociaux fondé sur la relation « capital-travail », c’est celui de la gestion des rapports dans le couple « gouvernance » (socio-politique) et « appartenance » (identitaire, idéologique, sociologique, culturelle). Les acteurs socio-politiques sont partout interpellés pour que chaque société parvienne à délimiter, selon ses caractéristiques historiques et sociologiques propres et de la façon qui leur convient le mieux, le champ, les instances respectives et les rapports du religieux et du politique, pour éviter les conflits qui résultent de la monopolisation et de l’instrumentalisation de l’un au détriment de l’autre à des fins étroites.

La reconnaissance de l’altérité et l’importance des synthèses comme moteurs des avancées fécondes, me paraissent le seul « fondamentalisme » susceptible de sauvegarder et faire progresser l’humanité. C’est la seule voie que nous dictent le réalisme et la raison. La difficulté à les mettre en oeuvre nous incite à un pessimisme porteur de vigilance, d’ouverture et de mobilisation.

C’est pourquoi aussi je termine par une interrogation qui me paraît plus forte et plus porteuse que toutes les certitudes: les forces qui cherchent à harmoniser l’économique, le social, le politique et le culturel, seront-elles capables d’unir leurs efforts autonomes ? Seront-elles capables d’imposer des normes aux puissances financières et technologiques colossales, qui dans un désordre tyrannique risquent d’échapper au contrôle des hommes et qui alimentent les pires intégrismes tout en les qualifiant d’archaïques?

SH, Athènes lé 04 juin 1996 Synaspismos


NOTES POSTÉRIEURES AU TEXTE DE 1996

1. UN AN APRÈS L’EXPOSÉ, POINT EN AOÛT 1997

On notera un certain essoufflement de la tendance radicale intégriste de l’islamisme dans les pays où elle avait pris le pouvoir (Iran avec élection du nouveau président Khatami, Soudan, Afghanistan) ou était ascendante (Algérie, Egypte, Jordanie, Indonésie, Palestine, Malaisie) avec des particularités pour chacun de ces pays. En général, cela s’exprime par une prise en considération plus grande des voies légales. Simple reconversion tactique ou indice d’une réévaluation plus profonde dans le sens d’une « démocratisation » de la pensée sous la pression des événements et des opinions nationale et internationale? A suivre plus attentivement.

Cela a amené une certaine évolution des rapports de force dans les différentes régions et une réévaluation des politiques étrangères des puissances concernées.

Par exemple, la position des gouvernements français et américains a évolué dans un sens plus favorable au pouvoir algérien après les élections présidentielle (95) et législatives (97) et plus défavorable aux islamistes, en même temps que se renforçait dans ce pays même l’aile modérée du mouvement islamiste qui s’est trouvée inclue dans la coalition pro-gouvernementale à dominante conservatrice, tandis que les tendances plus radicales, celles qui prônent une violence aveugle (GIA) se sont politiquement affaiblies et isolées.

En Iran, l’élection du nouveau président Mohammed Khaiamî à une majorité forte (plus de 60 p. cent) et l’impact discutable du blocus US contre l’Iran amène le Comité national de politique extérieure américaine à demander à Clinton de réexaminer sa politique dans le sens d’un rapprochement avec l’Iran tout en accentuant la pression sur Bagdad, compte tenu des situations complexes et fragiles que connaissent plusieurs pays sous influence américaine de la région et de l’importance économique extrême dans les années à venir des pays autour de la Mer Noire.(voir As-sharq al-awsat des 17 et 18 Août 97)

Il est curieux de constater qu’au moment même où le Parlement turc a interdit les medersas religieuses en Turquie et s’apprête à interdire le hidjab et les barbes dans les universités, Clinton signe une ordonnance présidentielle pour autoriser les signes extérieurs et les discussions à caractère religieux (lors des pauses) dans les écoles et les lieux de travail. (mêmes références que plus haut dans As-sharq al-awsat)

Pour l’ensemble de ces évolutions, consulter un article géostratégique de Sharq-al awsat du 15 Août 97: «quelques dangers stratégiques qui encerclent le monde arabe», avec le sous-titre: apaisement de la tension irano-arabe s’accompagnant de probabilités d’explosion du conflit arabo-turc, tandis que les voisins européens sont inquiets du retard de développement en Afrique du Nord ».

2. OCTOBRE 1998:

Voir dans le Monde Diplomatique d’Octobre 98 l’article d’Olivier Roy: « Les contours flous de «l’Internationale» islamiste , Un fondamentalisme sunnite en panne de projet politique », dans lequel il indique en particulier l’évolution anti-occidentale et antiaméricaine en particulier des fondamentalistes pakistano-afghans que les USA avaient soutenus, les évolutions survenues en Iran et en Arabie Saoudite et les clivages survenus dans les courants islamistes de la décennie précédente, tout cela en fonction des enjeux régionaux et des rapports de force dans les situations politiques intérieures (mérite une fiche ou un résumé très exploitable pour exposé)

3. INTÉGRISME

un concept à redéfinir (article de A.Gastel dans EW du 17-09-98) à propos d’un dossier de la revue « Histoire » de Sept 98. Ces définitions vont dans le sens du rappel des sources qui se trouve dans mon exposé. Propose « ghoulat » pour désigner les terroristes du genre GIA après la fin de la bipolarisation mondiale.

ISLAM, MODERNITE, LUTTE DES CLASSES en ALGERIE

Le 24 septembre dernier, Sadek Hadjerès a adressé à la « Fédération d’Oran du MDS » le document ci-dessous. Il fait écho (en posant deux questions) à un communiqué de la même Fédération, qui lui avait été adressé le 2 août précédent, pour le quatrième anniversaire de la disparition de son leader Hachemi Cherif. L’avis de Sadek Hadjerès aborde des questions de fond qui préoccupent les milieux progressistes soucieux d’œuvrer à une relance sérieuse des processus démocratiques et sociaux dans une Algérie sinistrée par les méfaits conjugués des hégémonismes locaux et du néolibéralisme international.

Au centre des échanges, un thème majeur selon l’auteur: la culture du débat sérieux et démocratique, sera-t-elle réhabilitée pour tirer des enseignements essentiels à l’échelle nationale et mondiale ? Et un fil conducteur: l’unité d’action autour des problèmes concrets posés par le vécu social, politique et culturel de,l’Algérie profonde, par delà la diversité des horizons idéologiques progressistes.

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Aux amis de la Fédération MDS d’Oran, pour les documents que vous m’avez adressés cet été. […]

1. Je vous remercie tout d’abord d’avoir annoncé le site www.socialgerie.net…

2. Concernant les conférences débats pour lesquelles vous sollicitez des participations…je crois surtout que de petits comptes-rendus des exposés et débats … pourraient inciter davantage aux participations, à partir des points nodaux qui auraient émergé des débats précédents…

3.
[…] Votre document du 2 août dernier (4ème anniversaire de la disparition d’El Hachemi Chérif) m’a inspiré deux sortes de réflexions et, par voie de conséquence, deux questions que je vous adresse, en souhaitant des éclaircissements.

Auparavant, je voudrais que vous compreniez la signification et le ton direct de mon intervention auprès de vous…

Croyez bien que mon intention n’est pas d’attiser de stériles joutes polémiques. Il s’agit pour moi, en espérant que vous partagez ce souci, de contribuer à ouvrir un peu plus l’effort de construction des alternatives par tous ceux dont l’engagement politique ou intellectuel est sincère.

J’ai en vue des évaluations de fond à deux niveaux complémentaires.

L’un est celui des partisans d’une «utopie» socialiste qui ne soit pas un rêve creux mais l’horizon mobilisateur des luttes concrètes immédiates.

L’autre concerne tous ceux qui sans viser forcément un tel horizon, cherchent de tout cœur à assurer dans des délais plus proches à notre pays une sortie du cauchemar, une convalescence plus favorables à des solutions de transition acceptables pour la majorité de la nation.

Donner la prééminence aux problèmes de fond

La première de mes réactions à la lecture de votre document a été une surprise, plutôt agréable, un sentiment de satisfaction pour l’esprit démocratique et d’engagement militant qui m’a semblé s’en dégager. Pourquoi ? Le texte m’a paru se démarquer d’autres documents émanant en avalanche de différents groupes revendiquant chacun pour lui-même et de façon très polémique (le mot est trop faible) le monopole de la représentativité au sein du MDS et l’héritage de son leader.

Habituellement, le premier coup d’œil ne m’incite pas à aller plus loin dans la lecture. Les premières phrases m’amènent au même constat. La plupart de ces textes n’arrivent pas à se dégager d’un piège originel. Ils s’y enfoncent et tournent en rond dans les préoccupations étroites de pouvoir. Etroites à mes yeux, c’est à dire centrées sur quelle personne ou quelle équipe devrait être l’héritier le plus légitime de ce qui reste des groupes revendiquant une étiquette «moderniste», issus des morcellements et fractures successives survenues ou provoquées dans le grand corps du PAGS à partir du début des années 90.

Non pas que les enjeux de pouvoir ne seraient pas une partie constituante et naturelle de la vie politique et de ses luttes. Pour les forces progressistes, ces enjeux sont à prendre en considération à leur juste poids, dans la mesure où ils sont bien articulés aux problèmes de fond. C’est-à-dire, s’ils sont subordonnés et au service des intérêts nationaux et de classe légitimes, sous-jacents aux contradictions de la scène politique.

Le désastre (pour les courants progressistes) survient lorsque, sur la scène politique comme au sein des partis, ces problèmes de fond sont enfermés, stérilisés et dévoyés par les querelles opaques de prééminences. Les conflits de prérogatives personnelles ou de groupes d’intérêt l’emportent alors. Tout se passe comme si ce qui était en jeu était la «carrière» politique d’un homme ou d’une équipe et non pas le sort, les aspirations concrètes et le vécu de la société. Comme si le besoin fondamental de la nation était encore celui des temps révolus (déjà abusifs en leur époque) des Zaïms, des chefs de guerre ou têtes de file de factions tribales, régionales, identitaires et même partisanes. À quoi s’ajoute évidemment, pour compliquer et aggraver les choses, le fait que ces affrontements sont instrumentés par des forces et des intérêts extérieurs aux courants qui s’affrontent dans ces querelles.

Ces pratiques, et l’état d’esprit qui les sous-tend, expliquent dans une grande mesure les déceptions, la grande désaffection envers la sphère politique, devenue massivement politicienne. Cette désaffection a atteint y compris les mouvements et formations à vocation démocratique proclamée.

Je ne vous apprends rien en soulignant que notre peuple en est excédé, il n’en éprouve aucun besoin malgré les tentatives faites pour l’y embarquer. Dans plusieurs de ses composantes, il aspire de plus en plus à être non pas l’objet de projets conçus «pour son bien» et par-dessus sa tête, mais à faire entendre sa voix, se reconnaître dans les acteurs politiques, être le sujet de sa propre Histoire.

Il a besoin de projets socialement et politiquement libérateurs, intériorisés et crédibilisés par son expérience acquise. Des projets qu’il ressent comme les siens, au service desquels s’engagent en actes et indépendamment des jeux politiciens, des centaines de cadres connus à ce jour et surtout encore inconnus, en lesquels se retrouvent, dans le feu de l’action et sur la durée, les travailleurs, les jeunes, les intellectuels, les hommes et femmes venus d’horizons culturels divers, arabo-islamique, amazigh et universaliste.

Seul un processus de ce genre peut fonder une vraie politique de cadres, et non les combinaisons et compétitions d’états-majors pour se partager, «ici et maintenant», ce qui fut lui-même l’accumulation d’un long processus historique. Un parti, s’il est représentatif de courants et aspirations sociales authentiques, ne naît pas déjà avec les moustaches en bataille comme les bébés éprouvettes des laboratoires et officines bien connues. L’émergence de militants et de cadres est l’émanation de longues et profondes maturations sur les terrains social et culturel et non le résultat de décisions et d’agencements par le haut qui ignoreraient ce processus.

L’histoire du PCA et du PAGS l’a bien confirmé, dans leurs avancées comme dans leurs reculs.

Partant des intérêts de l’ensemble des forces de progrès, je me suis réjoui évidemment que votre texte du 2 août dernier, dans le cadre limité des polémiques internes au MDS, m’ait paru exprimer le besoin de distanciation envers ces pratiques étroites, avec le souci de mettre davantage l’accent sur les problèmes de fond. Je ne suis pas surpris que ce souci ait suscité des réactions qui l’ont vilipendé et assimilé à de vulgaires manœuvres d’appareils, ce qui en dit long sur l’enracinement de ce genre d’optique.

Cela dit, quand on donne la prééminence aux questions de fond, celles de la société algérienne et de la scène mondiale, les exigences deviennent plus grandes dans l’approche des problèmes d’orientation. Pour être fécondes, ces approches ont à se prémunir des aprioris, des approximations et des préjugés. D’où le besoin requis d’un effort plus grand à s’en tenir aux faits avérés , à ne pas leur substituer les abstractions, les généralités, les rumeurs, les procès d’intention et les jugements de valeur. Sans quoi, les efforts vers des approches de fond sont facilement entachés et biaisés, même involontairement, par les effets pervers des appartenances partisanes ou des divergences autour des problèmes de conjoncture politique.


Clarification sur deux questions:

Cette préoccupation, que j’espère partagée, explique ma deuxième réaction, de surprise aussi, mais moins positive, quant à certains contenus de votre document. Elle nécessite au moins clarifications dans la sérénité. Je l’exprime en deux interrogations, deux questions que je vous pose sur ces contenus.

Il va sans dire, mais c’est mieux de le préciser, que mes points de vue sur le fond, comme citoyen et militant, m’interdisent tout esprit d’ingérence. Depuis le 1er novembre 90, avant le Congrès du PAGS, ma décision irrévocable de sauvegarder mon autonomie de pensée, au service d’un idéal toujours vivace, n’a besoin d’aucune implication organique partisane. J’ajoute aussi que ma démarche fait effort pour s’interdire les réactions de caractère subjectif, y compris lorsque ma démarche se fait critique envers certaines positions défendues à l’époque par feu Hachemi Cherif. Nos relations personnelles sont restées correctes y compris après 1990 et lors de sa maladie. J’aurais à ce propos souhaité que vous me précisiez si mon message lors de son décès, où j’exprimais mes sentiments envers le camarade « Mustapha » de nos années clandestines, a été diffusé. Je n’en ai pas eu d’écho. Je tiens à souligner que nos divergences politiques ne sont pas des «querelles de chefs» mais des problèmes qui dépassent de loin nos personnes, leur solution ne dépend pas de l’état des relations entre individus.


Ma première question est la suivante. Vous écrivez que des pressions de «camarades haut placés» (ndlr : dans ce contexte, la phrase ne pouvait concerner que le premier Secrétaire) s’étaient exercées pour convaincre que « »le PAGS pouvait enseigner l’économie au FIS qui, lui, lui apprendrait la religion »…

Quand, où, dans quelles circonstances, cette phrase ou cette orientation, ont-elles été écrites ou prononcées, alors que vous les mettez entre guillemets comme gage d’authenticité ? Je regrette qu’en cette occurrence, vous n’ayez été plus prudents quant à la véracité des énormités ainsi colportées.

Je sais que bien des montages grossiers ont été utilisés à une époque où, pour des cercles parfaitement identifiés, il s’agissait – et là je n’invente pas les expressions – de «brûler» le premier Secrétaire (na’hargouh), de le «détruire» (n’kassrouh), pour faire passer leur plan précis. Il leur fallait empêcher le premier Secrétaire (et par là aussi tous ceux qui partageaient ses points de vue ou étaient prêts à les écouter dans de larges débats) de faire connaître et mettre en discussion sa stratégie de mobilisation autonome du PAGS et des courants progressistes. Ces analyses visaient à mettre en échec quand il en était encore temps, la subversion antidémocratique et violente des ailes intégristes et paramilitaires de la direction et des cadres du FIS. La subversion s’était nourrie à des sources et des causes profondes, algériennes et étrangères, il fallait les analyser soigneusement en faisant participer largement à cet effort, sans pressions ni subterfuges, tous les niveaux et forces militantes de terrain.

A défaut de faire connaître et discuter par les cadres et la base militante mon point de vue et les documents qui l’exprimaient, on a bloqué systématiquement et de diverses façons, par les canaux d’appareils ou de façon informelle, la diffusion de ces opinions. On a freiné et brisé pour cela la mise en place du fonctionnement démocratique des instances du PAGS qui faisait ses premiers pas dans la légalité. On leur a substitué, dans un climat de passion volontairement exacerbé, des rumeurs malveillantes multiples, diversifiées et absolument sans fondement.

Celle que vous citez, par rapport aux autres, vaut son «pesant d’or», pour reprendre une formule affectionnée par l’acteur principal du stratagème. Non seulement le ragot contredit ou déforme grossièrement toutes mes déclarations publiques ou privées en matière de religion, mais il brille en soi par sa débilité, que je qualifierai, en pesant l’expression, de double ânerie. Dans tous les cas, deux criantes invraisemblances :

 Première invraisemblance: quel communiste aurait l’ingénuité de penser que des fondamentalistes anticommunistes, dont nombre d’entre eux sont des analphabètes en matière d’exégèse et de théologie, pourraient donner des leçons de religion à nos remarquables connaisseurs communistes de l’islam, tels que ceux qui ont animé les journées d’étude de février 1990 pour la tenue desquelles j’avais beaucoup insisté ? Ou encore ceux qui ont largement inspiré l’approche marxiste de la religion que j’ai opposée avec un réel impact aux contradicteurs islamistes lors de ma prestation télévisée du 6 mars 1990 ?

Par ailleurs, quelle serait l’insondable ingénuité de communistes qui croiraient à l’efficacité de «leçons d’économie» données à des dirigeants ou activistes islamistes dont le credo hautement déclaré sous couvert religieux était et reste celui du libéralisme dans ses formes les plus débridées comme dans ses formes plus camouflées ?

 Deuxième invraisemblance: le chef d’œuvre d’ineptie attribuée aux autres, telle qu’exprimée dans la phrase entre guillemets, ne pouvait surgir que d’esprits formatés au mode de pensée bureaucratique, manœuvrier et manipulateur en matière de travail idéologique. Une mentalité qui voudrait tout faire passer «par le haut», par-dessus la tête des sociétés, une mentalité d’appareils, étrangère à la conception marxiste que je partage, quant à la façon dont se forment les opinions et les courants de pensée, fruits d’interactions multiples sur la durée, en fonction des luttes et des expériences qui jalonnent le travail des sociétés sur elles-mêmes.

Quel triste communiste j’aurais été si, après 50 ans d’une expérience sociale et idéologique substantielle aux Scouts Musulmans et aux medersas libres, au PPA, à l’AEMAN, au PCA et au PAGS, j’avais réduit ce processus complexe d’évolutions sociopolitiques qui m’était devenu familier, à de vulgaires calculs, tractations et négociations, du genre donnant-donnant, entre notre parti et des formations islamistes ouvertement hostiles, hors du tourbillon vivant des luttes et des bouillonnements sociaux et culturels à la base, générateurs des prises de conscience chez les travailleurs, les intellectuels et les couches exploitées ! Mon opinion avait de sérieux répondants à la base et parmi les intellectuels du parti, mais on a tout simplement fait avorter un débat qui s’annonçait prometteur, y compris à travers les contradictions. Je garde un souvenir ému de tous ceux aujourd’hui disparus(je ne cite pas ceux qui sont toujours parmi nous) qui partageaient ce point de vue basique quant à la formation et l’évolution des représentations dans les sociétés islamiques, comme M’hammed Djellid et Abdelkader Alloula, le regretté Rabah Guenzet avec qui j’avais de longues discussions hebdomadaires, ou encore Sadek Aïssat qui a exprimé à plusieurs reprises par écrit son point de vue.

Pour tout dire, j’aurais été plongé dans le plus grand étonnement en constatant l’impact d’une ineptie ainsi colportée sans aucun esprit critique, s’il n’y avait à cela une explication à son origine : les manipulations familières aux auteurs de coups tordus, à l’échelle géopolitique planétaire ou à des échelles socio-politiques plus réduites.

Que de couleuvres, je dirai des boas, on a fait avaler pas seulement à des peuples entiers mal informés et vulnérables aux thèses simplistes, mais aussi à des esprits sérieux, n’ayant pas eux mêmes à priori de raisons de s’associer à des entreprises d’intox.

Des dizaines de milliers de patriotes sincères ont cru des années entières à la fable sinistre de «Abbane tombé au champ d’honneur», diffusée par El Moudjahid, organe officiel du FLN du temps de guerre. Aucun texte officiel n’a jusqu’à ce jour rétabli la vérité sur son assassinat. Dans le monde, des millions parmi les partisans sincères de la paix ont cru durant des décennies à la «trahison» des époux Rosenberg, envoyés à la chaise électrique par le système Mac Carthyste aux USA pour soi-disant espionnage atomique envers l’URSS, mensonge énorme qui a été reconnu seulement ces dernières années par ses auteurs. Des dizaines de millions dans le monde et même dans les pays arabes ont d’abord mordu à la thèse des armes de destruction massive aux mains de Saddam et de sa «quatrième armée du monde». Ce n’est pas pour rien aujourd’hui que même aux USA grandit la revendication d’une commission d’enquête sérieuse sur l’effondrement des «Tours jumelles» de New York et autres évènements super-médiatisés du 11 septembre 2001, dont on connaît les suites jusqu’à nos jours.

L’Histoire du mouvement national et social de libération algérien, n’est-elle pas elle même en attente et en grand besoin d’une ou plusieurs commissions d’investigations historiques impartiales, travaillant sur le mode scientifique ?

Le procédé mis en œuvre au sein du PAGS en 1990 n’avait rien d’original. Il est conforme aux mécanismes bien décrits de la «stratégie du choc», stratégie par nature bassement provocatrice et policière, qualifiée pompeusement de complot «scientifique» par des sous-fifres vantards. Partout, ses inspirateurs occultes exploitent les moments de désarroi massif des populations ou de milieux plus restreints politisés. Ce sont des moments où les manipulateurs escomptent que plus les mystifications sont grossières, plus elles ont des chances de passer parce qu’elles comblent les vides, la paralysie temporaire des esprits et leurs difficultés à accéder à une compréhension rapide et profonde de ce qui se passe.

Sans cette anesthésie temporaire, touchant à la tétanisation d’esprits habituellement plus avisés, sans leur sentiment d’impuissance devant l’énormité et la brusquerie de l’évènement (favorisée aussi par une insuffisance de préparation politique et idéologique), comment expliquer que des personnes douées de raison et en majorité désintéressées, aient pu dans la conjoncture du tournant national et international de 1990, propice aux déstabilisations, croire à une conception aussi caricaturale de la politique marxiste dans le domaine religieux ? Et l’attribuer par-dessus le marché à quelqu’un qui toute sa vie en a connu les écueils et la complexité ?

Le parti avait acquis durant des décennies une longue expérience des pressions idéologiques et physiques hostiles et acharnées de la part des colonialistes, des hégémonismes nationalistes et islamistes. Il avait accumulé et à sa disposition un arsenal vérifié d’orientations à la fois offensives et imprégnées du substrat culturel national. Dans la période la plus récente du retour à la légalité en 1989 et pendant la montée en flèche de la contestation islamiste favorisée par des calculs de certains milieux du pouvoir, ces orientations, qui restaient encore plus appropriées à la situation nouvelle, avaient l’approbation explicite de l’exécutif et particulièrement d’El Hachemi.

Il faut dire que cette période fut celle de riches échanges, une atmosphère de liberté et d’ouverture d’esprit qui était à l’unisson des espoirs algériens d’après Octobre 88. Cela n’a pas réjoui certains milieux dans le parti et hors du parti, que leur formation manigancière ou des intérêts inavoués portaient plutôt à forcer et dicter des prises de positions, plutôt qu’à encourager l’expression des opinions en vue de faire mûrir des décisions collectives.

Les falsifications systématiques de mes points de vue ont commencé à partir de ce fameux «gap» (écart) de juin 1990, lorsque d’aucuns, sous pression d’une stratégie concoctée hors du parti par une fraction du pouvoir d’Etat, ont brusquement exigé, en s’entourant d’une mise en scène suspecte (voir mon entretien avec Arezki Metref au Soir d’Algérie de 2007), que le PAGS revendique l’annulation immédiate des élections municipales auxquelles ces mêmes milieux avaient appelé jusque là avec une ferveur insolite.

Il m’était clair que les inspirateurs de la manœuvre voulaient faire du PAGS le cobaye, le ballon d’essai d’une épreuve qu’ils n’osaient pas engager eux-mêmes et qu’ils ont du reste abandonnée rapidement sous cette forme, non sans avoir provoqué les premiers remous qui ont fragilisé les rangs du PAGS. Dès ce moment, les promoteurs de la manoeuvre n’ont pas pardonné au premier Secrétaire, pas seulement de l’avoir fait échouer en ne la cautionnant pas, mais surtout d’avoir appelé à sauvegarder l’unité d’action par le débat, par l’écoute des instances régionales et de base qui avaient vivement réagi. L’un d’entre eux a même théorisé l’idée que l’exacerbation des conflits internes (qu’ils faisaient tout pour envenimer) était au niveau du parti la meilleure façon de le renforcer et l’assainir et au niveau du pays le meilleur moyen de le sauver.

Leur première manœuvre ayant échoué, les futurs protagonistes du FAM sont passés presque aussitôt à la vitesse supérieure, pour excommunier en paroles et en actes toute action sociale, politique et idéologique autonomes, qualifiées avec hargne de «diversion» à la lutte anti-intégriste. A les croire, cette dernière devait se résumer exclusivement à l’appui sans réserve aux orientations administratives et sécuritaires des appareils dominants du pouvoir, dont on avait connu tout au long de notre histoire le caractère manœuvrier et sans scrupule !

Les promoteurs de cette reculade de fond aux allures faussement offensives et ceux qui de bonne foi s’y sont laissé prendre parmi les «modernistes» comme parmi les «archaïsants», étaient loin comme on le voit, de la «double rupture» prônée des années plus tard, quand les victimes de cette voie aventureuse et piégée sont devenus «jetables», isolés de toutes parts. Ils avaient en effet coupé le parti de sa large base sociale et laborieuse, réelle ou potentielle, la plus fiable. Elle avait été abandonnée en un moment crucial à la démagogie populiste des courants islamistes antidémocratiques. Dans le même temps, cette erreur stratégique était doublée d’une insigne maladresse envers les sentiments profonds de la société. Aux yeux du plus grand nombre, le PAGS en ces graves moments, a prêté le flanc à l’image décevante et imméritée de «supplétif» du pouvoir et d’ennemi de la foi islamique.

Résumons :

  1. Des divergences sur l’appréciation de la conjoncture pouvaient à l’époque expliquer en partie et sans en aucune façon les excuser, des méthodes injustifiables visant à disqualifier un camarade, qu’il soit dirigeant ou pas, mais surtout à briser sans scrupule et par myopie hégémoniste, un instrument de luttes unitaires forgé au prix de décennies de sacrifices et d’héroïsmes individuels et collectifs.
  1. Ces mêmes arguments et procédés sont-ils de mise encore aujourd’hui, quand on veut alimenter un vrai débat sur les rôles convergents et de mobilisation qui incombent aux forces de progrès dans la conjoncture actuelle ?

J’en arrive ainsi à ma deuxième question.

Elle touche aux bilans que les forces de progrès devraient établir ensemble ou séparément, plutôt que de s’enliser dans les diatribes que vous déplorez et qui affectent en particulier les espaces internes du MDS.

Dans ce qui suit, je ne développerai pas ce thème autant que ce serait souhaitable. Je voudrais surtout signaler l’importance de quelques points nodaux, à propos de l’inventaire politico-idéologique que vous abordez de façon allusive, mais qui mérite de devenir plus concret.

Vous indiquez, en vous adressant symboliquement à feu Hachemi Cherif :

«….dans les « souterrains de la liberté » du Parti de l’Avant-garde Socialiste défenseur des opprimés dans le processus d’alors d’édification nationale et que tu as grandement contribué à en préserver l’essentiel après sa légalisation, en te battant pour en adapter la ligne aux réalités nouvelles (souligné par moi) résultant surtout de la chute du Mur de Berlin et de la déferlante intégriste que subissait (et ne s’en remet pas encore) notre pays; et ce, au prix d’un effort théorique inlassable pour comprendre la réalité concrète et d’une action …»

Il serait temps en effet de faire avancer la question normale et controversée que je vous pose:

quel est, de façon très concrète, cet ESSENTIEL qui aurait été préservé à travers le PAGS de 1991 (après-Congrès) puis le Tahaddi-MDS. Et quelles sont les adaptations de cet ESSENTIEL qui se sont avérées (ou non) justifiées par les réalités nouvelles ?

Nouvelles, ces réalités ?

Selon moi, si on veut être plus précis, qu’est ce qui a changé ? C’est le contexte évènementiel et le rapport des forces qui avaient changé en 1990 pour un temps encore indéterminé, de façon surprenante, dramatique et spectaculaire. Ce qui n’avait pas changé, c’était la réalité du « Système-Monde » et la nature fondamentale de l’affrontement à l’échelle planétaire.

De ce point de vue, pas de changement quand on considère les évènements DANS LEUR ESSENCE, quelles que soient les formes tragiques et les reculs qu’ont imprimés à ce grave tournant les forces impérialistes et réactionnaires. Il ne s’agit pas de sous-estimer l’importance de cette évolution pour les générations qui la vivent douloureusement depuis vingt ans. Mais il faut en apprécier la portée à l’échelle historique, celle des décennies en cours et du mouvement global qui continue de se dessiner, à la lumière crue du nouvel épisode de la crise capitaliste mondiale. La réalité de cette trame historique des temps longs ne peut être masquée ni par les défaillances et limites survenues dans les premières mises en œuvre d’alternatives socialistes, ni par les situations calamiteuses engendrées dans le «Tiers Monde» avec les échecs et dérives bien connues des mouvements nationalistes de libération.

Fondamentalement, le système capitaliste, impérialiste, (et ses sous-produits et alliés directs ou indirects) n’ont évolué que dans leur degré de virulence, leurs capacités de se survivre et mettre à jour leurs méthodes par la violence armée, la rapacité accrue de leurs leviers économico-financiers et les machinations de leurs services en vue de diviser et dévoyer les résistances. Fondamentalement, ils n’ont pas changé dans leur nature , ils l’ont confirmée pleinement. L’actualité fait redécouvrir à bien des milieux jadis fermés ou sceptiques, la pertinence se vérifiant encore aujourd’hui, des analyses de Marx, la nécessité non de les jeter aux oubliettes mais d’œuvrer dans l’action et la pensée à leur développement créatif.

Au plan fondamental, la question qui fut posée par la «chute du mur de Berlin» et la flambée des intégrismes est la suivante : ces évènements nous appellent-ils à de nouvelles formes de résistance et de rejet du système capitaliste, encore plus claires, plus fermes et cohérentes, ou bien nous appellent-ils à nous «couler» en ce système, aux deux sens du terme «couler» ?

Ceux qui chez nous ont cherché et continuent le plus ouvertement à s’y couler, sont des pôles politiques et de pouvoir qui se prétendent opposés dans la compétition pour le pouvoir d’Etat, tout en recherchant et réalisant des compromis entre eux. Les uns et les autres n’ont, comme horizon et feuille de route, que de faire plier les Algériens sous le joug de leurs variantes respectives de capitalisme. Pour nous rallier à leurs propres versions du capitalisme, les uns voudraient, idéologiquement parlant, que nous chaussions leurs bottes et les autres que nous nous coiffions de leurs turbans.

Cela voudrait-il dire que, tant que le système capitaliste continue à dominer à l’échelle mondiale, avec ses ramifications et ses sources de superprofits dans le monde arabe et en Algérie, nous pourrions rester indifférents au poids et aux agissements respectifs des courants hégémonistes, présents dans le pouvoir d’État ou qui aspirent à s’en emparer ?

Non bien sûr. Mais pour les travailleurs, les couches populaires, les syndicats, les forces qui aspirent aux libertés et à l’égalité, bien au-delà des seuls communistes ou socialistes, il y a une AUTRE VOIE que le choix de la sauce à laquelle ils continueront à être mangés, exploités, opprimés, selon que pèse davantage l’un ou l’autre des groupes dominants dans notre pays et dans le monde.

Il s’agit d’un choix et d’une voie AUTONOMES, portant à la fois sur l’avenir et le présent. Ainsi les communistes, dont la perspective reste l’instauration d’un vrai système socialiste, préconisent dans l’immédiat de défendre pied à pied et dans l’union la plus large les libertés et les droits sociaux contre la malfaisance exacerbée du capitalisme sous-développé et dépendant de notre pays. Dans le même temps, les luttes engagées dans ce court terme sont de nature à aiguiller et forger la conscience sociale et politique vers l’avènement d’un système socialiste fondamentalement plus équitable.

Cela demande évidemment de la part des courants les plus conscients de cette exigence double du présent et de l’avenir, une forte et lucide conviction en faveur de la voie autonome. Une conviction capable de déjouer autant les obstacles répressifs que les pièges de la séduction et des divisions. La voie autonome est moins aisée que celle du défaitisme et des compromissions, empruntée par nombre de représentants de la social-démocratie internationale ou des nationalismes dévalués et refroidis. Ces derniers, à la traîne des faux-prophètes à la Fukuyama, ont voulu faire voir dans la «chute du mur de Berlin» non pas des leçons à tirer, mais une preuve de la vanité de toute perspective socialiste radicale, selon eux devenue brusquement archaïque et dépassée. Quant aux besoins pressants et incontournables des populations dans l’actualité, ces représentants sombrent aussi dans la complicité active ou passive envers les exploiteurs dès qu’il s’agit de défendre les intérêts immédiats des couches lésées et sévèrement paupérisées. Ils restent plus empêtrés que jamais dans les combinaisons électoralistes et politiciennes, naviguant en permanence entre la carotte et le bâton.

Sur le fond, la position novatrice autonome, dans la nouvelle situation, ne réside-t-elle pas justement et plus encore qu’auparavant, dans l’approche de classe, comme option fondamentale renforcée, enrichie et toujours mieux adaptée aux formes et rapports de force en pleine évolution ?

Face au surcroît d’agressivité capitaliste et ultra-réactionnaire, cette option de classe ne reste-t-elle pas le guide le plus sûr pour les luttes de libération nationale, sociale, culturelle ? Ne permet-elle pas de voir plus clair au delà du rideau de fumée des mystifications médiatiques mondiales, des diabolisations et conflits identitaires et culturels régionaux et locaux ? L’approche de classe contribue à forger chez les travailleurs et les exploités leur «identité sociale» restée encore insuffisante à travers les luttes passées et présentes du mouvement social et politique algérien. Elle tend à faire des travailleurs des sujets de l’Histoire capables de contribuer à démystifier les représentations métaphysiques qui cherchent à leur faire croire qu’ils sont victimes d’autres groupes identitaires et non des logiques diversifiées d’exploitation et d’oppression du système capitaliste.

La conscience de cette «identité sociale» a été sabordée au lieu d’être réaffirmée au moment où militants et travailleurs étaient médusés par l’exacerbation brutale des «identités» ethno-linguistiques et religieuses et où beaucoup d’entre eux s’interrogeaient avec une certaine angoisse : «Ils ont tous leur identité, et nous, où est la nôtre ?» On les sommait de toutes parts et malheureusement aussi en leur propre sein, de mettre sous le boisseau la seule identité tangible qui, vrai dénominateur commun, était consciemment ou non, sous-jacente aux imaginaires et aux références linguistiques et religieuses qui parcouraient la nation. La communauté d’intérêts de classe était et reste le meilleur angle d’approche capable de rendre les nationaux moins vulnérables et plus forts contre les entreprises de division. Certes, cela ne coule pas de source et nécessite des efforts pour faire progresser cette vérité, tout comme il n’avait pas été facile de sauvegarder l’autonomie politique du parti pendant la guerre de libération.

Mais l’approche de classe est-elle en soi une panacée, une arme miraculeuse qu’il suffirait à ceux qui s’en réclament de la mettre en slogans et de lui appliquer un mode d’emploi préétabli pour toutes les situations ?

Je suis de ceux qui estiment, à la lumière des luttes et des expériences diversifiées, qu’elle n’est féconde que lorsqu’elle est assumée de façon créatrice, sans dogmatisme ni laxisme, dans les modalités propres à chaque pays et situation. Un énorme travail théorique et idéologique reste à faire chez nous comme dans l’ensemble du monde arabe, en symbiose avec les luttes. Il exige de faire reculer les simplismes et les clichés paresseux, la répétition mécanique de schémas passe-partout, ainsi que les prétendues novations qui croient faire oeuvre utile en niant ce qui a été confirmé par l’expérience universelle.

L’approche de classe exige entre autres, de mettre à jour et d’éclairer les caractéristiques et les sensibilités psycho-culturelles de chaque peuple, de chacune de ses couches sociales, pour mieux les aiguiller vers leurs meilleures potentialités, vers l’union et la mobilisation dans une voie féconde, au lieu de faire le jeu des exploiteurs. L’exemple récent de l’évolution bolivienne montre quelles avancées puissantes deviennent possibles lorsque se réalise la jonction d’une approche de classe et d’une revendication identitaire, toutes deux légitimes mais vouées séparément jusque là à l’échec.

Dans tous les cas, la correction d’erreurs commises dans l’approche de classe, qu’elles soient d’ordre tactique, stratégique ou de sensibilité culturelle, ne peut justifier l’abandon d’un instrument aussi fondamental. Dans tous les cas, cette approche requiert une jalouse et double attention, visant d’une part à dissiper les ambiguïtés qui tendent à la brouiller ou l’enterrer et, d’autre part, à préserver et non briser les unités d’action qu’exigent les intérêts de classe légitimes des larges courants objectivement anti-impérialistes.

Autrement dit, il est nécessaire de favoriser une large convergence des masses laborieuses, exploitées, opprimées et marginalisées, avec la partie des couches moyennes, des «cadres-et-compétents» et autres couches «managériales» moins défavorisées par le capitalisme mais soucieuses de l’intérêt et du mieux-vivre en commun national. Les pouvoirs redoublent d’efforts pour neutraliser ces dernières, les convaincre de la fatalité historique du capitalisme et de ses méthodes, pour les domestiquer, les couper des couches populaires ou les tourner contre ces couches. Lutter pour réaliser ces convergences n’est donc pas de tout repos, et surtout n’implique pas de renoncer à l’approche de classe. Il y a nécessité au contraire de l’aborder avec autant de responsabilité et créativité que de fermeté.

A ce propos, puisque vous évoquez une adaptation de ligne aux situations surgies de la «chute du mur de Berlin», je ne vous cache pas qu’une lourde ambiguïté, pour le moins, pèse toujours sur l’appréciation donnée publiquement à cette époque par Hachemi Cherif. Selon lui, le PAGS n’aurait rien eu à voir avec le mouvement communiste. Cela avait été accueilli comme une énormité, pas seulement chez les communistes «canal historique» (pour emprunter l’expression de Sid Ahmed Ghozali), mais dans toute l’opinion algérienne bien informée.

Ainsi le PAGS, si on s’en tient au dicton populaire (maâza wa law taret, c’est une chèvre même si on l’a vue voler), n’aurait pas été l’oiseau au cœur rouge qui du 19 juin 1965 à octobre 88 a réussi à voler dans la tempête, les vents contraires, les pressions et les persécutions, en revendiquant sans équivoque sa généalogie et ses parentés internationalistes. Il n’aurait été qu’une «maâza» incolore, chevrotant les versets d’un «socialisme» distant ou absent du mouvement communiste international. En fin d’itinéraire, la maâza finit par brouter dans les pâturages du libre marché, en niant toute parenté avec ses ex-congénaires frappés par l’adversité !

Faut-il être grand analyste pour comprendre la signification de cette nouvelle «chahada» (profession de foi), prononcée inopinément à l’été 91 ? Elle fut bien comprise, dans les milieux les plus larges, pour ce qu’elle était réellement : ses auteurs, sous couvert d’une «modernité» qui jugeait archaïques les expériences socialistes mondiales, décidaient de se mettre à la mode du jour. Il leur fallait se laver du péché d’appartenance au grand Satan, à l’heure du «Lâ yadjouz» lancé conjointement par Eltsine et Bush père, eux-mêmes relayés avec satisfaction en Algérie aussi bien par les services présidentiels heureux du ramollissement du PAGS, leur bête noire depuis 25 ans, que par les partisans du libéralisme débridé, présents dans les rangs républicains comme dans les djamaâtes et madjaliss ach-choura islamistes.

L’ambiguïté sera-t-elle levée

à l’heure où se dispute dans la confusion l’héritage symbolique de Hachemi Cherif ? Conviendra-t-on que la «Modernité», présentée comme la substance ou l’axe d’un projet politique, mérite mieux que le flou et les équivoques dont elle est entourée ? Elle est en effet perçue par certains comme un slogan élitiste se démarquant d’un «ghachi» populaire devenu victime de forces obscurantistes, ou encore par d’autres comme l’apologie des techniques et des moeurs d’un Occident «oppresseur-civilisateur».

Dans le meilleur des cas, la Modernité évoque la référence louable à la Raison, la Science et l’esprit des Lumières (dont les civilisations et cultures occidentales n’ont pas forcément le monopole). Pour autant, elle ne renseigne pas par elle-même sur le contenu économique, social, politique et idéologique des programmes qui s’en réclament. Et de ce fait, souvent la fonction de cette référence est de couvrir les équivoques sociales et politiques de programmes tiraillés entre les deux options fondamentales, socialisme ou capitalisme.

Concrètement et dans le contexte historique des deux décennies passées, la notion et le slogan de « Modernité » ont constitué la base idéologique et le programme d’action pour le ralliement, conscient ou inconscient, de courants et forces politiques de progrès à la stratégie ultralibérale, internationale et locale.

Nul ne peut cependant faire aux représentants d’une formation politique le procès d’avoir renoncé à une idéologie ou une vision du monde qui étaient ouvertement celles du PAGS. Le changement de conviction n’est pas forcément et en soi, une tare dans les évolutions qui touchent tel ou tel segment du large mouvement progressiste. L’éventail politique et idéologique d’un front national d’action pour les libertés et la justice sociale, n’est-il pas très large par définition, cette large diversité pouvant même constituer une des sources et des conditions de son efficacité ?

Mais pour qu’il en soit ainsi, le front et chacune de ses composantes gagnent à s’assumer dans la plus grande clarté, l’essentiel restant fondé sur le critère de l’apport aux actions d’intérêt commun autour d’objectifs concrets communs.

Quand nous nous réclamons de la démocratie et de la justice sociale, nous avons tous à clarifier nos engagements respectifs, les dégager des ambiguïtés nourries par les élitismes idéologiques abstraits aussi nocifs que les populismes. Nous avons à renforcer (ou renouer avec) le lien social, investir et s’investir davantage dans les batailles concrètes au long cours autour des revendications les plus légitimes et les plus rassembleuses, sans les subordonner aux enjeux immédiats de pouvoir et même si le bénéfice politique n’en parait pas immédiat.

Nous avons à jeter un regard plus serein sur le passé. Entre autres, relire avec le bénéfice du recul, si on en retrouve un exemplaire poussiéreux, le laborieux «patchwork» de la «Résolution politique et idéologique» de 1990, si peu lue, encore moins comprise et débattue par l’immense majorité des militants d’alors. A l’instar de la nouvelle Charte nationale du FLN passée à la sauvette dans le pays en 1986, elle fut annoncée par ses initiateurs dans le PAGS comme un passage obligé vers la démocratie et le mieux-être, et même une voie salvatrice. Il serait salvateur en effet de constater à quel point, sur l’essentiel, elle fut une Bible reprenant sous une phraséologie bivalente la plupart des dogmes ultra libéraux, ceux dont les vingt dernières années n’ont pas tardé à faire justice chez nous comme dans le reste du monde.

Pour ces diverses raisons, ne pensez-vous pas qu’il serait utile à tous les courants qui se revendiquent de la démocratie et de la justice sociale, de ne pas en rester aux panégyriques ou aux anathèmes ?

Pourquoi par exemple ne pas dresser à la lumière de l’expérience, un tableau comparatif et circonstancié des continuités du mouvement ouvrier et communiste qu’il fallait à tout prix assurer dans la nouvelle conjoncture internationale et nationale, et celui des abandons envisageables, les uns justifiés, d’autres injustifiables?

Dans une meilleure clarté grandiraient ainsi les solidarités de lutte.

En ce sens, je voudrais me répéter : mes deux questions posées ne sont pas destinées à attiser de stériles joutes polémiques. Elles s’inscrivent dans l’espoir de poursuivre l’effort des évaluations de fond constructives, venant de ceux notamment pour qui «l’utopie» socialiste est plus que jamais auparavant l’horizon mobilisateur des luttes concrètes immédiates.

Avec mes cordiales salutations, en souhaitant que vous ne vous mépreniez pas sur l’esprit amical de mon intervention.

Sadek HADJERES.