AU CHILI, DERRIÈRE L’EUPHORIE MÉDIATIQUE, LES HOMMES, L’INSECURITE ET LES SUPERPROFITS

par Franck Gaudichaud (*), (dans Le Monde Diplomatique)

Le sauvetage, grâce à un puits d’évacuation, des trente-trois mineurs bloqués dans la mine de San José a été un succès. Des milliers de journalistes ont convergé du monde entier vers le lieu du « miracle ».

Depuis l’annonce de l’accident, le président chilien, M. Sebastián Piñera, ne s’épargne aucun effort pour montrer qu’il supervise personnellement les travaux: sa cote de popularité a d’ailleurs grimpé de dix points depuis le lancement d’une opération qu’il estime «sans comparaison dans l’histoire de l’humanité».

Mais une fois passé le temps des réjouissances – toutes naturelles –, le Chili s’interrogera-t-il sur les conditions qui ont rendu possible cet accident?

22 août 2010, 14 h 30. Copiapó, désert d’Atacama, au Nord du Chili. Quelques lettres griffonnées à l’encre rouge remontent d’un conduit, foré au-dessus de la mine de San José, dans l’une des régions les plus arides du monde: «Nous allons bien dans le refuge, tous les trente-trois.»

Trente-deux mineurs chiliens et un bolivien sont coincés à près de sept cents mètres sous la surface de la terre, enterrés vivants dans les entrailles d’une mine de cuivre et d’or. Depuis l’effondrement de plusieurs murs de soutènements, sous des milliers de tonnes de roche et de boue, ils survivent tant bien que mal dans l’un des refuges encore accessibles. Ils boivent les eaux de ruissellement, rationnent leurs maigres denrées alimentaires, et souffrent d’une chaleur étouffante. Mais, leur petit mot le démontre : ils sont en bonne santé.

Cette découverte est saluée par une liesse populaire : tout un peuple communie avec «ses» mineurs dans un élan de solidarité qui parcourt la cordillère des Andes et plonge jusqu’aux provinces du Sud du pays. «Oui, les héros existent bien», titre le journal à grande diffusion Las Ultimas noticias dans une édition spéciale du 23 août 2010. Le campement de San José où se sont installées les familles des mineurs est rebaptisé «campement de l’espoir». Les travaux de sauvetage débutent.

Le 13 octobre, lorsque les premiers mineurs retrouvent la liberté, pas moins de mille sept-cents journalistes du monde entier les attendent, au milieu des drapeaux chiliens. Pour se préparer au «grand jour», les mineurs ont même dû suivre des leçons de «media-training» – au fond de la mine – en prévision de l’avalanche d’interviews et d’émissions télévisées (sans compter les propositions d’adaptation de leur histoire au cinéma, dans diverses langues).

Durant deux mois, le ministre des mines – et ancien cadre dirigeant de la filiale chilienne d’ExxonMobil –, M. Laurence Golborne, a joué les animateurs vedettes. Sans jamais quitter son blouson aux couleurs du pays et des festivités liées au bicentenaire de l’indépendance (1810-2010), il embrassait les proches des victimes et commentait les moindres progrès de l’opération de sauvetage. Mais le jour «J», c’est le président lui-même qui s’est placé sous les feux des projecteurs.

Cinq heures onze du matin : le premier mineur sort du puits d’évacuation. Il embrasse son enfant, son épouse puis… le président. Quatre minutes plus tard, ce dernier fait sa première déclaration et remercie Dieu, «sans qui ce sauvetage n’aurait pas été possible». Il ajoute: «Aujourd’hui, nous pouvons nous sentir plus orgueilleux que jamais d’être chiliens.»

Pour l’exécutif, le drame présentait certains avantages. M. Sebastián Piñera, président-entrepreneur multimillionnaire élu le 17 janvier 2010, connaît des débuts difficiles [Voir Franck Gaudichaud, «Tremblement de terre politique et retour des Chicago boys», Recherches internationales, juillet 2010 (accessible sur le [site du Centre tricontinental).]]. Sa gestion désastreuse des conséquences du tremblement de terre de février dernier suscite de nombreux mécontentements cependant que les mobilisations et grèves de la faim des Indiens Mapuches, dans le sud, lui donne du fil à retordre. Le martyre des «33» représentait donc une occasion rêvée d’organiser, deux mois durant et en direct, un formidable spectacle télévisé. Alors que les «33» étaient proclamés «héros du bicentenaire de l’indépendance», tout fut fait pour transformer l’élan de solidarité en un consensus politique: «tous unis» derrière le président Piñera. Pourtant, selon le journaliste Paul Walder, l’accident de San José constitue surtout une allégorie du Chili contemporain, un pays où la classe ouvrière se trouve «ensevelie» sous un système qui l’opprime [[Paul Walder, «La sepultada clase obrera», Punto Final, n° 717, Santiago (Chili), septembre 2010.]].

Dans la région d’Antofagasta,

277 gisements sur 300 sont exploités

sans être aux normes

Dans les faits, les trente-trois mineurs surmédiatisés demeurent paradoxalement sans voix. Ni eux, ni leur familles, ni le mouvement syndical – historiquement puissant dans ce secteur, mais affaibli par la dictature et ses réformes néolibérales –, n’ont eu l’occasion de donner leur analyse des causes de l’accident. A l’extérieur, ceux qui ont réussi à échapper à l’éboulement tentent de rappeler que leurs salaires n’ont pas été versés depuis plusieurs semaines: «Arrête ton show Piñera, nous sommes aussi trois cents dehors [[José Luis Córdova, Diarioreddigital.cl, 8 octobre 2010.]].» Ils se heurtent à l’indifférence générale.

Le Chili est l’un des fers de lance du capitalisme minier latino-américain. L’extraction représente 58 % des exportations et 15 % du produit intérieur brut (PIB). Le pays exploite le charbon, l’or et surtout le cuivre, dont il est le principal producteur au monde (avec 40% du marché), notamment grâce à la plus grande mine à ciel ouvert de la planète (Chuquiquamata). Le Chili disposerait même de réserves équivalentes à deux cents ans d’exploitation.

Au moment des grandes nationalisations de 1971, le président socialiste Salvador Allende avait estimé que l’exploitation du cuivre constituait le «salaire du Chili». Le gouvernement de l’Unité populaire avait alors exproprié les grandes firmes américaines et transféré leur propriété à la Corporation nationale du cuivre (Codelco).

A partir du coup d’Etat de 1973, la dictature, puis la démocratie néolibérale, inversèrent la logique en offrant de nombreux gisements en concession aux entreprises privées nationales et internationales. Sans oublier de ramener les taux d’imposition à l’un des niveaux les plus faibles au monde [En juin 2010, le ministre des mines reconnaissait que la fiscalité minière au Chili était la troisième plus faible au monde ([Radio Cooperativa, 1er juin 2010).]] et les conditions de sécurité à leur plus simple expression. Elles sont parfois inexistantes. Peu importe, de toute façon : dans la région d’Antofagasta, 277 gisements sur 300 sont exploités sans être aux normes. Dans un tel contexte, l’exploitation minière devient une activité très lucrative.

Trente-et-un morts par an

Tout irait néanmoins pour le mieux puisque le développement de l’activité aurait propulsé les mineurs au rang de véritable «aristocratie ouvrière». Leurs salaires ne sont-ils pas jusqu’à trois fois supérieurs au salaire minimum (262 euros mensuels)? Mieux, ajoutait un quotidien du soir: «Le drame des “33” de San José et l’opération en cours pour les sauver ne doivent pas faire oublier l’essentiel: la grande majorité des mineurs chiliens travaillent dans d’excellentes conditions de sécurité [«[Au Chili, les mineurs forment une aristocratie ouvrière enviée», Le Monde, 21 septembre 2010.]].» Pourtant, avec trente-et-un morts par an, en moyenne (sur un total de 106 340 personnes travaillant dans la mine et les gravières), on a connu environnement plus engageant.

«San José est un cauchemar. C’était dangereux, je le savais, tout le monde le savait, déclare l’un des mineurs rescapés. Il n’y a qu’un mot d’ordre: productivité [[Cf. Jean-Paul Mari, «La malédiction de San José», Le Nouvel Observateur, n° 2395, 30 septembre 2010.]].» La compagnie minière San Estaban – qui exploite le sous-sol du pays depuis plus de deux cents ans – appartient à MM. Alejandro Bohn (60 % du capital) et Marcelo Kemeny (40 %), le fils du fondateur de la compagnie. Des deux mines qu’ils possédaient, l’une a dû fermer, épuisée. Il fallait donc que San José continue à financer le train de vie des dirigeants de la société.

A San José, la hausse du prix du métal sur le marché mondial se traduit par une intensification du travail, le recours quasi-systématique aux heures supplémentaires (jusqu’à douze heures par jour) et… une certaine désinvolture dans le domaine de la sécurité : quand, au moment de l’accident, le 4 août, les trente-trois mineurs se précipitent dans la cheminée de secours pour remonter, ils découvrent qu’aucune échelle n’y a été installée…

Une surprise ? Non: depuis 1999, les accidents se multiplient. En 2004, suite à la mort d’un ouvrier, les syndicats avaient déposé une plainte d’abord rejetée par la cour d’appel. Finalement, en 2005, c’est la fermeture sur décision de la direction du travail. Pourtant, la mine rouvre en 2009, sans que l’ensemble de l’exploitation ait été mise aux normes. En juillet 2010, nouvel accident: un mineur a les jambes broyées. Malgré tout, trois semaines plus tard, le service national de géologie et des mines (Sernageomin) autorise le maintien de la production. Plusieurs syndicalistes parlent de corruption. Vingt-six familles de mineurs ont même décidé de porter plainte contre les propriétaires et l’État.

M. Nestor Jorquera, président de la Confédération minière du Chili (syndicat qui regroupe dix-huit mille salariés), regrette que le Chili ne soit pas signataire de la convention 176 de l’organisation internationale du travail (OIT) sur la sécurité et la santé dans les mines. Il dénonce surtout une législation du travail régressive, héritage de la dictature. Le droit de grève, par exemple, est limité.

Malgré quelques programmes de prévention des risques, la superintendance de sécurité sociale (ministère du travail) reconnaît que 443 personnes sont décédées suite à un accident du travail en 2009 (282 pour le premier semestre 2010), tandis que 191 685 accidents non mortels ont été enregistrés l’année dernière (pour une population active de 6,7 millions d’individus).

Le 28 août 2010, le président Piñera a annoncé la création d’une «superintendance des mines» (les syndicats n’y seront pas représentés), renvoyé le directeur du Sernageomin et promis l’augmentation des contrôles et du nombre d’inspecteurs. Il faut dire que ces derniers sont aujourd’hui… seize, pour contrôler plus de quatre mille mines réparties dans tout le pays [[Andrés Figueroa Cornejo, «Treinta y tres mineros, uno tras otro», Agencia latinoamericana de información, 10 septembre 2010.]].

jeudi 14 octobre 2010

Franck Gaudichaud

(*) Maître de conférences en civilisation hispano-américaine à l’université Grenoble3.

A dirigé: Le Volcan latino-américain. Gauches, mouvements sociaux et néolibéralisme en Amérique latine, Textuel, Paris, 2008.

Pour accéder à l’article original publié sur le site du Monde Diplomatique, cliquez sur le lien:
http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2010-10-14-mineurs-chiliens#nh6

LA GUERRE ALGÉRIENNE DE LIBERATION ET LES PAYS COMMUNISTES

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Les pages ci-dessous sont extraites des annexes en français écrites par l’historien et chercheur universitaire hongrois J. NAGY LASZLO qui vient d’adresser à « Socialgerie » son ouvrage sur « La guerre d’Algérie 1954-1962 ».

Récemment édité en langue hongroise à Budapest (387 pages), il est le fruit de nombreuses années de recherches documentaires et de témoignages scrupuleusement recueillis.

Le site mettra en ligne plus tard les pages en français qui n’ont pu l’être cette fois pour des raisons techniques, notamment le sommaire et le résumé écrit par l’auteur.

Les pages consacrées aux pays socialistes durant la guerre de libération sont du plus grand intérêt, elles recoupent les extraits de documents algériens du GPRA, article 173 et du PCA, article 34 mis en ligne et commentés sur ce site il y a quelques mois. (*)


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Au point de vue doctrinal les pays communistes soutenaient les mouvements d’émancipation des colonies, mais les formes concrètes du soutien – allant da la simple propagande de presse jusqu’à l’aide matérielle et militaire – étaient déterminées par la position et stratégie de Moscou sur la scène internationale.

Jusqu’au milieu des années 1950 – la doctrine en matière de la politique internationale de Moscou peut être considérée comme continentaliste, axée sur le continent européen, plus particulièrement sur la question allemande. Cette doctrine continentaliste commence à subir un changement après la disparition de Staline.

Moscou s’engage de plus en plus dans les affaires extareuropéennes et dévoloppe une doctrine à vocation globaliste. Pour ce faire il utilise les forums internationaux, il s’entreprend parfois des risques de confrontation aussi attribuant une importance grandissante – même axagérée – aux nouveaux Etats appelés “ses alliés naturels”.

Les étapes les plus significatives de cette doctrine globaliste sont: l’appréciation favorable de la conférence de Bandoung, la visite officielle en décembre 1955 des dirigeants du Kremlin en Inde, au Pakistan et en Birmanie, le contrat de livraison d’armes à l’Egypte en juin 1955 et l’engagement dans la crise de Suez en 1956.

Ce sont les résolutions du 20e congrès du P.C.U.S. (février 1956) qui consacre officiellement cette ouverture vers les pays non communistes. La bourgeoisie nationale y est réhabilitée et considérée comme force politique autonome et antiimpérialiste.

Mais la consécration triomphale de cette nouvelle stratégie tiresmondiste eut lieu à la conférence internationale des 81 partis communistes à Moscou en novembre 1960. La déclaration finale dit ceci: “L’écroulement du système de l’esclavage colonial sous la poussée du mouvement de libération nationale est un phénomène qui, pour son importannce historique, vient immédiatement après la formation du système mondial du socialisme” [[Pour la paix, pour l’indépendance nationale, pour la démocratie, pour le socialisme (Les actes de la conférence, en hongrois) Budapest Kossuth Könyvkiadó 1961. p. 23]].

Dans cette nouvelle stratégie communiste les mouvements de libération nationale reprennent la 2ème place des forces révolutionnaires internationales devant les communistes des pays développés.

En moins de dix ans la bourgeoisie nationale a parcouru une carrière foudroyante: du traître, du laquais de l’impérialisme elle est devenue l’alliée privilégiée.

Pour apprécier l’attitude des pays communistes vis à vis de la lutte nationale du peuple algérien il faut replacer le problème dans ce contexte-là.

Dès le déclenchement de l’insurrection du premier novembre les premières informations arrivèrent sur les événements. En Hongrie c’est la radio nationale qui annonça les accrochages entre les combattants algériens et les forces de l’ordre du pouvoir colonial. Quelques jours plus tard on pouvait déjà trouver d’abondantes informations dans la presse. Des articles intitulés «Accrochages graves en Algérie», «Des actions armées» etc. resumèrent les événements et condamnèrent «l’emploi des armées contre les forces aspirant à l’indépendance nationale»[[Szabad Nép (Peuple libre)le 5 novembre 1954, Magyar Nemzet (Nation hongroise), le 3 novembre 1954.]]. Mais outre ces informations publiques sensibilisant les gens, la presse et les autorités des pays communistes restaient très prudentes et modérées tout au cours des années 1955-56: aucune prise de position officielle, pas ou peu de commentaires. La Hongrie faisait un cas un peu particulier dans le bloc de l’Est en raison de l’émission en langue arabe spécialement vers le Maghreb de la Radio-Budapest.

Le 8 novembre 1954 au cours des débats à l’Assemblé nationale française quelques députés voyaient – suivant la logique de la guerre froide – derrière les attentas et accrochages les subversions étrangères, ils attaquaient avec véhémence La voix des Arabes du Caire et la Radio Budapest [[Journal Officiel de la République Française, Débats parlementaires , le 12 novembre 1954. pp. 4946 et 4962. (Voir p.ex.: l’intervention de Mustapha Benbahaud, député algérien);

Voir encore Maria Romo: Le gouvernement Mendès-France et le maintien de l’ordre en Algérie en novembre 1954 . In Militaire et guerilla dans la guerre d’Algérie (sous la direction de Jean-Charles Jauffret et Maurice Vaisse) Paris 2001. p. 431;

Charles-Robert Ageron: Un aspect de la guerre d’Algérie: la propagande radiophonique du FLN et des Etats arabes . In La guerre d’Algérie et les Algériens 1954-1962. (sous la direction de Charles-Robert Ageron) Paris 1997. pp. 245-262.]]. Quelques jours avant, le ministre de l’Intérieur, François Mitterand, devant la commission de l’intérieur «a admis que certaines émissions viennent de Budapest»[[Le Monde, le 6 novembre 1954.]]. Le 19 novembre 1954 Pierre Mendès-France, président du Conseil, dans son discours tenu au National Press Club à Washington déclara: «Le fait est, et vous ne l’ignorez sans doute pas, qu’une propagande systématique émanant des radios de Budapest et du Caire, c’est à dire des deux villes qui appartiennent l’une au monde communiste, l’autre au monde arabe incitent jours après jours les populations d’Afrique du Nord à la violence»[[Le Monde, les 21-22 novembre 1954.]]

En fait, un poste-émetteur diffusant en langue arabe de la Radio Budapest La voix de l’indépendence nationale et de la paix (Sawt El Istiqlal) fonctionnait déjà depuis le mois de mai 1954. Elle informait amplement les auditeurs des luttes armées dans les trois pays du Maghreb, notamment les actions armées des nationalistes tunisiens et marocains, puis des Algériens après le 1er novembre 1954 et les grandes manifestations de masse qui se déroulaient à l’époque au Maghreb.

Sa durée d’émission était d’une heure et 30 minutes par jour (le matin de 7h à 7h30, le soir de 18h à 18h30 et la nuit de 23h30 à 24h).

L’idée de sa création venait des communistes maghrébins. Mais pourquoi choisirent-ils Budapest? En consultant le rédacteur en chef de l’émission, William Sportisse, un dirigeant du PC algérien [[Entretien avec William Sportisse, le 16 décembre 1999. Je prends l’occasion de le remercier vivement des précieuses informations.]] et les archives du PC hongrois nous n’avons pas réussi à obtenir une réponse claire. Nous savons que le PC français à la direction duquel les communistes maghrébins s’adressèrent avait des relations excellentes avec le PC hongrois. Mais une chose est certaine: la décision définitive fut prise à Moscou.

William Sportisse arriva à Budapest au début de l’année 1954 pour préparer le lancement de l’émission. Il y était assisté par l’Association des Journalistes Hongrois.

La première diffusion eut lieu le 28 mai 1954. Deux jours plus tard Francis Lacoste, le résident général du Maroc en informa Georges Bidault, le ministre des Affaires értangères: «Un poste probablement situé à Budapest émet depuis quelques jours des programmes en langue arabe à l’intention des populations de l’Afrique du Nord. Ces émissions s’intitulent «Voix de l’indépendence nationale» et sont parfaitement audibles au Maroc… Elles ont adopté le ton et les termes de la «Voix des Arabes» de la Radio Le Caire. Cette initiative est indiscutablement une réponse aux brouillages efficaces de la «Voix des Arabes» effectuées à partir de la France depuis quelques mois.» En terminant son télégramme le résident général demanda quelle réponse donnerait Paris «à cette nouvelle offensive de guerre psychologique contre l’Afrique du Nord»[[Ministère des Affaires étrangères, Archives diplomatiques EU série 14, sous-série 3, dossier 4. Hongrie – Radiodiffusion. (MAE AD Hongrie – Radiodiffusion) folio 91]].

Au cours de l’été écoulé le préfet de Constantine recevait plusieures notes signalant l’existence du poste-émetteur «La voix de l’indépendance nationale et de la paix» dont les émissions étaient «à … nettement communistes… parfaitement audibles… actuellement très écoutées»[[Centre des Archives d’Outre-Mer (CAOM), 93/4515 Radio-Televison 1947-1960. Radios étrangères, dossier Radios Prague, Belgrade, Budapest. Parmi ces mêmes documents se trouvent une coupure d’Alger républicain daté du 7 juillet 1954 donnant l’information, reprise de La Vigie marocaine, de l’existence du poste-émetteur en langue arabe de Budapest.]].

L’équipe de quelques membres reçurent les informations à diffuser de la direction du PC français par l’intermédiaire de la Légation de Hongrie à Paris. La nuit ils les traduirent en arabe dialectal pour pouvoir diffuser le matin. La direction de l’émission reçut beaucoup de lettres des auditeurs, entre autres celle de Hocine Ait Ahmed, alors représentant du FLN au Caire où il la félicitait et demandait de diffuser l’Appel du 1er novembre du FLN, ce qui avait été était fait avant même la réception de sa lettre [[Entretien avec William Sportisse]].

Paris réfléchissait à une éventuelle protestation auprès du Gouvernement hongrois, mais il ne fit pas de démarches concrètes jusqu’à novembre 1954.

Après le déclenchement de l’insurrection en Algérie Jean Delalaude, le ministre français à Budapest suggèra de protester ou de faire quelques démarches auprès du Ministère hongrois des Affaires étrangères. Mais il constata tout de suite que «nos moyens de pression à l’égard de la Hongrie sont faibles. Il semble difficile de recourir à des mesures de rétorsion sur le plan économique. Un service de brouillage serait sans doute long à organiser et onéreux». Il proposa de bloquer les visas demandés à destination de l’Afrique du Nord par les autorités hongroises pour leurs resortissants ou de ne les accorder qu’avec retardement [[MAE AD Hongrie – Radiodiffusion, folios 129-130. Jean Delalaude à Mendès-France, le 30 novembre 1954.]].

Mendès-France approuvait pleinement cette dernière proposition et en principe la protestation officielle aussi, mais il attendait encore le moment opportun. Il arrivera deux mois plus tard.

Le 4 février 1955 Jean Delalaude fut reçu par le vice-ministre hongrois des Affaires étrangères, Endre Sik. Le compte rendu envoyé le même jour au Quai d’Orsay relata l’entretien: «J’ai été reçu ce matin par le Premier Vice-Ministre des Affaires Étrangères et j’ai élévé une vive protestation contre les émissions en langue arabe de la radiodiffusion hongroise dont certaines, rédigées en termes insultants pour le Gouvernement français et l’administration nord-africaine, incitent la population à la violence et à l’insurrection et constituent une immixation inadmissible dans nos affaires intérieures…il serait souhaitable dans l’intérêt des bonnes relations entre nos deux pays que ses émissions prissent fin. Dr. Sik a prétendu tout ignorer des émissions…il m’a déclaré que le Ministère des Affaires Étrangères était là «pour arrondir les angles» et qu’il allait étudier la question» [[Ibidem, folio 151.]]. En raison de cette démarche l’agressivité de l’émission baissait, mais à partir de la fin de mars les termes employés redevenaient violents et provoquèrent une nouvelle intervention du ministre français le 13 avril. En même temps il demanda aux services français de localiser le poste pour pouvoir prouver son existence au gouvernement hongrois. La localisation eut lieu à la fin du mois d’avril: le poste radiophonique incriminé se trouvait sans aucun doute à Budapest.

Les autorités françaises essayaient aussi de faire pression sur le gouvernement hongrois par l’intermédiaire de Moscou. À la réception de 14 juillet à Paris le Ministre des Affaires tunisiennes et marocaines reposa le problème à l’ambassadeur soviétique: «J’ai déclaré à l’ambassadeur que la France poursuivait une politique d’apaisement…, mais que d’inadmissibles ingérences étrangères tendaient à entraver. J’ai cité notemment la propagande violente à laquelle depuis mai 1954 se livrait «La Voix de l’Indépendence et de la Paix» poste radiphonique que nous savions être situé en Hongrie»[[Ibidem, folio 185.]]. Mr. Vinogradov parut étonné mais il promit qu’il demanderait à son gouvernement d’attirer l’attention des autorités hongroises sur les préoccupations de Paris concernant cette émission de langue arabe. En septembre prochain Mr. Schmittlein, député gaulliste, membre d’une délégation parlementaire à Moscou reposa encore une fois la question de l’émission de langue arabe de Radio – Budapest à Khrouchtchev lui-même. Le premier secrétaire proposa d’intervenir directement auprès du gouvernement hongrois pour faire cesser l’émission.

Ces diverses démarches des hommes politiques français ne restaient pas sans suite. Le 28 septembre, le ministre hongrois des Affaires étrangères Mr. János Boldoczki, reçut le ministre Jean Delalaude qui lors de l’entretien évoqua des arguments historique, politique, même affectif. Il trouva surprenant «que la Hongrie, patrie des Magyars, qui ne peut en l’occurence invoquer aucun intérêt qui lui soit ethniquement, historiquement et géographiquement procède à des émissions arabes à destination de l’Afrique.» Quant à la violence des termes employés l’ambassadeur se dit étonné de ce que «les autorités hongroises, dont on connaît la courtoisie, puissent tolérer de tels excès.» Mais l’argument fondamental et déterminant était d’ordre politique: «Ces émissions sont d’ailleurs contraire à cet esprit de détente internationale que les dirigeants hongrois dans leurs discours et dans leurs écrits, manifestent le désir de promouvoir. Cette contradiction apparaît d’autant plus frappante en ce moment où la Hongrie sollicite son admission à l’ONU»[[Ibidem, folios 194 – 197]]. (soulignés par nous – JNL).

Ces arguments s’avèraient efficaces. Le 6 octobre le Bureau politique du PC hongrois chargea un de ses membres qu’il fit proposition- après avoir consulté le PC français – de régler l’affaire de l’émission de langue arabe [[Magyar Országos Levéltár (MOL Archives Nationales), MDP Archivuma (Archives du PC), 276. f.53. cs. 250.öe.]]. La proposition fut de supprimer l’émission. Le directeur français du groupement des Contrôles Radiophoniques infrome le Premier ministre Edgard Faure le 31 octobre:»depuis le 26 octobre la Voix de l’Indépendence Nationale et de la Paix n’est plus perçue et que cet émetteur semble avoir cessé toute activité» [[MAE AD Hongrie – Radiodiffusion folio 215.]].

L’équipe de rédaction quitta la Hongrie en décembre 1955. William Sportisse rentra en Algérie où il dirigea l’organisation clandestine du P.C.A. dans le Constantinois.

En 1956 deux événements de portée internationale avaient un impact considérable sur le comportement des pays communistes concernant la guerre d’Algérie: la guerre de Suez et l’insurrection de Budapest.

Dans le réglement des deux affaires un rôle important revenait à l’ONU. Concernant la guerre de Suez l’ONU était efficace grâce à l’intérêt commun des Etats-Unis et de l’URSS: les forces franco-britanniques et israéliennes quittèrent en décembre 1956 les territoires occupés. Par contre dans l’affaire de Hongrie les Nations Unies manifestèrent leur totale impuissance: malgré la résolution de l’Assemblée générale les troupes soviétiques restaient en Hongrie. L’affaire de Hongrie était à l’ordre du jour jusqu’à 1962 de même que la question algérienne. La Hongrie soutenait le F.L.N. par principes idéologico-politiques, mais par pragmatisme aussi: elle voulait obtenir les voix des pays du Tiers Monde lors du vote sur l’affaire hongroise. Le gouvernement hongrois imposé par Moscou voulait sortir de son isolement diplomatique et il comptait beaucoup sur les jeunes Etats africains.

La première prise de position publique de l’URSS pour l’indépendance de l’Algérie fut en relation étroite avec les événements du Proche-Orient. Il est à savoir que Moscou, deux ans après le déclenchement de l’insurrection, n’a pas toujours pris position officiellement pour l’indépendance de la colonie française. En plus, des fois il se montrait quasiment compréhensif envers Paris. Dans le communiqué commun publié en mai à la fin de la visite de la délégation du gouvernement français Moscou a exprimé son espoir que la France trouverait une solution d’esprit libéral au problème algérien, conformément à l’idéologie de l’époque [[Le texte de la communiqué dans : l’Humanité, le 20 mai 1956]]. Cependant, en novembre 1956 la position soviétique semblait changer. Le communiqué publié à l’issu de la visite à Moscou du président syrien Kouatli (les 30 octobre et 1er novembre) traitait aussi du droit à l’autodétermination du peuple algérien et qualifiait les actions militaires de l’armée française contre les insurgés algériens des crimes contre l’humanité. L’ambassadeur français à Moscou a exprimé son inquiétude à cause de ce changement et a noté qu’il était la conséquence des événements du Proche-Orient [[M. Dejean, Ambassadeur de France à M. Pineau, Ministre des Affaires étrangères, le 14 novembre 1956. Documents Diplomatiques Français (DDF). 1956. 3.k. Paris, 1990. 319-320.]].

La lettre de Boulganine aux premiers ministres britannique, français et israelien du 5 novembre exerça aussi un impact considérable dans le monde arabe. Le rapport du ministre français de l’Intérieur le confirma: «La note adressée à Paris et à Londres a attiré avant tout l’attention des nationalistes les plus éclairés. En réalité ils pensent que le cessez-le-feu franco-britannique d’Egypte est le résultat de l’’ultimatum’ russe. Aussi, à leurs yeux le monde arabe a-t-il trouvé dans le gouvernement de Moscou un protecteur avec lequel il faudra désormais compter [[Le 7 novembre 1956. Ministre de l’Intérieur CAOM 81F992 Monde arabe, Affaires de Suez 1956-57. ]].»

La seule personne ayant publiquement et fermement condamné les deux interventions était le président tunisien Bourguiba. La raison de son acte était d’inciter les puissances concernées à trouver une solution pacifique au problème algérien tout en montrant l’hypocrisie des hommes politiques français.

Le leader tunisien a exprimé son opinion sur les événements égyptiens et hongrois dans un discours à la radio le 9 novembre. (Il l’a prononcé quelques semaines plus tard à l’ONU) « L’Union soviétique a intervenu en Hongrie de la manière la plus brutale et la plus inhumaine, afin de réprimer la révolte du peuple hongrois. Pendant que certains pays s’indignent de ce qui s’est passé en Egypte, d’autres s’indignent de ce qui s’est passé en Hongrie. Cette indignation ne paraît pas honnête. Dans les relations internationales l’hypocrisie est destructrice et dangereuse. Je suis entièrement d’accord avec Guy Mollet, quoique cela m’arrive rarement, que dans la servitude il n’y a pas de paix. Cela est certainement vrai pour la Hongrie. Alors pourquoi en serait-il autrement avec l’Algérie. [[Action, le 12 novembre 1956.]]»

La Tunisie devient membre du «comité des cinq» de l’ONU chargé de l’enquête sur les événements de Hongrie. A cause de cela les relations entre la Hongrie et la Tunisie deviennent tendues et sont coupées provisoirement. Cependant à l’ONU les pays arabes ont pris position finalement favorable au nouveau gouvernement hongrois imposé par Moscou en s’abstenant lors du vote sur l’affaire de Hongrie. La presse arabe – surtout en Egypte – évoquait toujours lors du vote sur l’affaire de Hongrie la pratique de ‘deux poids, deux mesures’ des puissances occidentales [[Voir p.ex. l’article Pourquoi la Hongrie et pas l’Algérie de Sabah-el-Kheir cité par Bourse égyptienne du 6 juillet 1956. „Je ne comprends pas pourquoi l’ONU a tenu à publier un rapport aussi volumineux sur la Hongrie pendant qu’elle ne compte rien publier sur l’affaire algérienne…Que l’ONU envoie donc en Algérie une commission d’enquête.”]]. En même temps les pays communistes votaient pour la mise à l’ordre du jour de la question algérienne à l’ONU et pour l’indépendance de l’Algérie.

Le gouvernement hongrois reçut pour la première fois les informations détaillées de la guerre de libération algérienne en décembre 1957 directement de Larbi Bouali en visite dans la capitale hongroise. Lors de l’entretien avec Kádár János, secrétaire général du Parti socialiste ouvrier hongrois (PSOH) le secrétaire du PCA sollicita plus d’aides matérielles et morales de la Hongrie tout en critiquant «les partis frères» pour ne pas accorder de l’attention plus grande à la lutte du peuple algérien, ce qui risquait de contribuer à renforcer « la fiction juridique de l’Algérie partie intégrante de la France [[Tájékoztató az MSZMP vezetői és az AKP vezetői között lezajlott megbeszélésről (Rapport sur les entretiens entre les dirigeants du PSOH et du PCA) 1957. december 6. MOL M-KS 288. f. 32/1957. 2.ő.e.]]».

À partir du janvier 1958 la Croix Rouge Hongroise commença à organiser l’aide matérielle aux Algériens réfugiés en Tunisie et au Maroc. Elle le faisait par le biais de la Croix Rouge Egyptienne. La première cargaison (médicament, pansement) d’une valeur de 100 mille HUF fut acheminée en février 1958 [[MOL M-KS 288. f. 32/1958. 109. ő.e. 5 HUF équivalait 1 NF à l’époque.]]. Les syndicats hongrois organisèrent des campagnes de solidarité et des collectes. Dans la presse on pouvait lire des reportages sur la guerre d’Algérie, sur les Hongrois, déserteurs de la Légion étrangère, sur le séjour de l’équipe de football du FLN et des commentaires surtout à partir de 1960 sur les répercussions de la guerre en France (les attentats de l’OAS) [[La presse contemporaine hongroises et voir El Moudjahid n° 11 (1957), n° 47 (1959), Le Monde les 13-14 octobre 1957 etc.]]. La Question d’Henri Alleg était publiée en 1958. La presse faisait un récit détaillé sur l’affaire Audin.

En même temps le gouvernement hongrois voulait rétablir («normaliser») ses rapports avec la France et d’autres puissances occidentales. C’est pourquoi il faisait des efforts pour être aussi prudente qu’il pouvait dans la question algérienne. Cette situation délicate est bien illustrée par le problème de la reconnaissance du G.P.R.A. Le F.L.N. annonça le 19 septembre 1958 au Caire la constitution du Gouvernement Provisoire de la République Algérienne. Le lendemain Couve de Murville, Ministre des Affaires étrangères câbla l’instruction suivante à tous les postes français à l’étranger: «La reconnaissance de l’organisme créé au Caire constituerait à la fois une immixtion dans les affaires intérieures de la France et un acte dont le moins qu’on puisse dire est qu’il serait profondément inamical. Nous ne pourrions, d’autre part, considérer un tel geste que comme une approbation ouverte de la campagne de violence et de terrorisme ordonnée par les dirigeants du pseudo-gouvernement algérien et poursuivie sur l’ensemble du territoire de la République.

Veuillez porter d’extrême urgence ces considérations à la connaissance du gouvernement auprès duquel vous êtes accrédités» [[DDF 1958. T. 3. pp. 396-397.]].

Les pays communistes saluèrent la constitution de G.P.R.A, mais ni l’URSS, ni les pays socialistes européens ne le reconnurent. Par contre les pays socialistes asiatiques, la Chine populaire, la Corée du Nord, le Vietnam du Nord et la Mongolie le reconnurent. Leur situation internationale permit de le soutenir ouvertement: ils n’avaient pas de relations diplomatiques avec la France, n’étaient pas admis à l’ONU. En revanche l’Union soviétique devait tenir compte des considérations de stratégie mondiale. Pékin critiquait – plus tard attaquerait violemment Moscou – pour sa conduite en l’accusant d’avoir trahi la cause du peuple algérien.

La 1ère invitation officielle au G.P.R.A. vint de la Chine populaire et du Vietnam du Nord. La délégation conduite par le colonel Chérif Mohamed, ministre de l’Armement et du ravitaillement fut reçue par Ho Chi Mihn à Hanoi et par Mao Tse Tung à Pekin [[El Moudjahid, nos. 32 et 34. (1958), Ferhat Abbas: Autopsie d’une guerre . Paris 1980. p. 246.]].

La deuxième invitation vint de Belgrad. La délégation conduite par Ferhat Abbas passa une semaine en Yougoslavie au début du juin 1959. L’accueil fut particulièrement chaleureux. A la conférence de presse Ferhat Abbas nomma les Yougoslaves «des frères» [[Magyar Szó (Novi Sad), le 13 juin 1959, El Moudjahid, n° 44. (1959)]]. La Yougoslavie – écrivit-t-il dans ses Mémoires – «avait pour nous une place privilégiée parmi les nations européennes» [[Ferhat Abbas: op. cit. p. 263.]]. Plusieures raisons expliquent cette place privilégiée. La Yougoslavie entretenait d’excellentes relations dès le début de l’insurrection avec le FLN. L’ambassadeur yougoslave au Caire «était la seule personnalité européenne à être dans le secret des événements du premiere novembre 1954» [[Soulignés par Ferhat Abbas: op. cit. p. 263.]] .

Ceci recoupe les notes du service de renseignement arrivées auprès du Président du Conseil. Elles signalèrent les visites fréquentes des Algériens (dont Mohamed Khider) en octobre-novembre 1954 à la Légation de la Yougoslavie au Caire [[Les notes 2138/232 (1er octobre), 2630/232 (le 30 novembre). CAOM 81F1005 Fonds ministériels , Les pays socialistes et l’Afrique du Nord, Présidence du Conseil]]. Le FLN prend la Yougoslavie comme modèle pour sa guerre de libération nationale contre l’occupation nazie et pour sa position indépendante entre les deux blocs. El Moudjahid, organe du FLN publiait pendant la guerre le plus d’article sur la Yougoslavie parmi les pays communistes.

Moscou sortit de sa réserve après le bombardement de Sakiet (le 8 février 1958) en raison de l’entrée en scène des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne. Ces deux puissances anglo-saxonnes offrirent leurs bons offices pour dénouer la crise. Le 1er mars 1958 Gromiko, ministre soviétique des Affaires étrangères, dans une lettre adressée à son homologue français exprima qu’il voyait de moins en moins l’espoir qu’une solution du problème algérien pourra être trouvée dans le cadre des rapports franco-algériens. Le FLN fut très satisfait de cette démarche soviétique ce qui lui rappela le message de Boulganin aux dirigeants britannique, français et israelien lors de la guerre de Suez en 1956 [[Les prises de position de l’URSS. El Moudjahid n°20 (1958)]].

Deux jours plus tard, le 3 mars 1958, eut lieu le première prise de contact de Moscou avec le FLN à l’initiative de ce dernier par l’intermédiaire du gouvernement egyptien au Caire. Les Soviétiques refusèrent catégoriquement à discuter deux sujets: la postion du PCF et le transport des armes [[Archives des Affaires étrangères de la Fédération russe f. 68. op. 4, p.I, d.5, l.22. cité par E.O. Obitchkina: Le gouvernement soviétique et la guerre en Algérie 1954-1962 d’après les documents d’archives du Ministère des Affaires étrangères de la Féderation russe. Revue d’histoire moderne et contemporaine, n° 1 (2000) p. 25. (en russe)]]. L’engagement de l’URSS pour la cause du FLN fut plus net, mais toujours non pas sans prudence, à partir du printemps 1958. Cette attitude détérmina la postion soviétique sur la question de la reconnaissance du GPRA. Budapest restait également prudent concernant la reconnaissance du GPRA. Le 27 septembre 1958 le représentant du G.P.R.A. adressa une lettre au gouvernement hongrois dans laquelle il exprima son espoir que le G.P.R.A. serait reconnu très prochainement par la Hongrie. Budapest répondant par une aide-mémoire exprima son intention ferme de reconnaître le G.P.R.A. « à une date – que nous espérons proche – qui sera la plus favorable pour les deux pays [[MOL KÜL (Ministère des Affaires étrangères) Ambassade du Caire, XIX-J-11-a, 13. doboz, 120 ö.e., f.2.]].» En même temps il donna des instructions au chargé d’affaires de son ambassade qu’il expliquerait au représentant du G.P.R.A. qu’actuellement la reconnaissance n’était pas opportune. Le Ministère des Affaires étrangères révèla le véritable motif de la non-reconnaissance à l’ambassadeur au Caire: « le gouvernement français a pris position ferme qu’il romprait les relations diplomatiques avec ces pays reconnaissant le G.P.R.A.» [[Ibidem.]]

La prochaine fois la reconnaissance du G.P.R.A. revenait à l’automne 1960. En octobre de cette année-là, lors des assises de l’Assemblée générale de l’ONU la délégation du G.P.R.A. rendait visite dans les deux capitales les plus importantes du bloc communiste, à Pékin et à Moscou.

Dans la capitale soviétique la délégation conduite par Ferhat Abbas, président du G.P.R.A., était reçue officiellement par Kossyguine, vice-premier ministre, qui signifiait la reconnaissance de facto du G.P.R.A. Ce même moment de la visite à Moscou, à la question d’un journaliste tunisien – est ce que les entretiens de Moscou entre les dirigeants soviétiques et ceux du G.P.R.A pourraient être considérés comme reconnaissance de facto – Khrouchtchev participant à la session de l’Assemblé générale de l’ONU à New York répondit par affirmative.

Le 10 octobre Ferhat Abbas venant de Moscou faisait une escale à Budapest où il était reçu par le vice-premier ministre avec qui il s’entretenait. À l’origine il s’agissait d’une simple escale. La délégation aurait dû quitter la capitale hongroise le même jour, mais à cause des mauvaises conditions métérologiques elle devait passer la nuit à Budapest et repartir le lendemain, le 11 octobre après-midi. Faisaient parties de la délégation – outre Ferhat Abbas – M. A. Khene, chef du département des affaires politiques du Ministère de l’Intérieur, M. Ben Jahje, chef du cabinet de Ferhat Abbas, et Boumedjel, chef du département du Ministère de l’Information. Ferhat Abbas demanda à ses interlocuteurs hongrois que la Hongrie reconnaisse le G.P.R.A. au moins de facto. La réponse hongroise était plutôt évasive: le gouvernement hongrois examinera la question de la reconnaissance, et sa décision ne décevera pas le G.P.R.A [[Rapport sur le passage à Budapest de Ferhat Abbas et du G.P.R.A., le 13 octobre 1960. MOL MSZMP Archivuma 288. F. 32/1960/ 11. ő. e. Voir le texte du rapport en Annexe.]].

En fait la visite du chef du G.P.R.A. à Budapest signifiait, comme à Moscou, la reconnaissance de facto par la Hongrie sans être annoncée officiellemnt. D’ailleurs la résolution (1573 XV) de l’Assemblée générale des Nations Unies votée en décembre 1960 reconnut «le droit du peuple algérien à la libre détérmination et à l’indépendence» [[Khalfa Mameri: Les Nations Unies face à la „question algérienne” (1954-1962). SNED Alger 1969. p. 206.]]. Les pays communistes votèrent pour.

L’engagement des pays communistes se manifesta d’une manière très nette dans l’acroissement de l’aide matérielle (dont l’armement) aux combattants algériens. D’après une note de la Direction des Affaires politiques (Mission des liaisons pour les affaires algériennes) du MAE c’étaient la Tchécoslovaquie, la Bulgarie et la Yougoslavie – cas particulier – qui se distinguèrent surtout dans la réalisation de l’aide militaire, «l’attitude des autres pays satellites a été sur ce plan beaucoup plus réservée. Aucun indice n’a permis de déceler des envoies d’armes en provenance d’Allemagne orientale, de Roumanie, de Hongrie ou d’Albanie et de Pologne [[Assistance des Etats d’Europe orientale à la rébellion algérienne, Paris le 3 mars 1962. DDF 1962. T. 1. pp. 231-233. Voir Gilbert Meynier: Histoire intérieure du FLN 1954-1962 . Fayard Paris 2002. pp. 605-612.]].»

L’ aide matérielle de la Hongrie au FLN devint régulière à partir du février 1958. Elle se résume à l’assistance humanitaire (soin des blessés de l’ALN, produits alimentaire etc.) et culturelle (bourses d’études aux jeunes Algériens). Au début du février 1960 un major de l’ALN de l’Etat-major de l’Ouest, Moustapha Moussa (nom de guerre) se séjournait à Budapest pendant quelques jours. En décembre prochain de cette même année Dr. Mohamed Ouchonef, vice-président du Croissant Rouge Algérien fît une visite de quatre jours dans la capitale hongroise. Il se sont entretenus avec les représentants de la Croix Rouge Hongroise et des Syndicats sur l’envoi des autres blessés [[MOL M-Ks 288.f. 32/1960. 1. őe.]].

Le montant de l’aide matérielle de la Hongrie au FLN devenant régulière à partir du février 1958 s’élèva entre le février 1958 et mars 1962 à 2.800 000 [[HUF MOL XIX – J- k. 1951-1964. 1. doboz. 1/49/2-1. Algériának nyújtott segítség (Aide à l’Algérie)]].

En fin de compte la reconnaissance de facto et de droit par les pays communiste d’Europe déclarée officiellement eut lieu après la signature des accords d’Evian. Les Bulgares et les Chinois furent les premiers à envoyer leur ambassadeur en Algérie indépendante.


ANNEXE

47/1960

Copie du Rapport du V ème Département régional [[Documents du Département des relations internationales du PSOH MOL MSZMP KB 288.f. 32/1960/11. ő.e.]]

Objet : Passage de Ferhat Abbas président du Gouvernement Provisoire de la République Algérienne et de son escorte

Ferhat Abbas chef du Gouvernement Provisoire de la République Algérienne, Lakhdar Bentobbal ministre de l’Intérieur, A. Khene directeur du Département Politique du Ministère de l’Intérieur, M. Ben Jahja chef du cabinet du Premier ministre et Boumenjel chef de département du Ministère de l’Information, après leur visite officiel en Chine, se sont rendus  dans le cadre d’une visite officielle  à Moscou pour quelques jours, selon les informations de la délégation, suite aux négociations menées avec le gouvernement russe, la légitimité du FLN a été officiellement reconnu de fait et la délégation a obtenu la promesse : le gouvernement russe interviendra auprès des autres pays de démocratie populaire afin qu’ils prennent en considération l’examen de la question d’une reconnaissance de facto.

Originairement la délégation devait être invitée par le gouvernement hongrois représenté par M. Kállai, M. Biszku és M. Szarka le 10 octobre à une heure à l’aéroport au déjeuner. Mais dû aux conditions météorologiques la délégation n’a poursuivi son voyage que le 11.

L’après-midi du 10 octobre une visite de la ville, le soir le banquet offert par M. Ferenc Münnich en l’honneur de la délégation ont eu lieu.

Le matin du 11 octobre M. Kállai [[Vice-Premier Ministre]] et M. Biszku [[Ministre de l’Intérieur]] ont pris fait une visite de courtoisie dans l’hôtel de la délégation.

Il était perceptible, d’après les discussions menées avec la délégation ou les toasts prononcés que les visites en Chine et en Union soviétique ont exercé une influence profonde sur Ferhat Abbas chef de délégation ainsi que sur les autres membres de la délégation.

Au dîner de gala Ferhat Abbas a déclaré à l’ambassadeur de la Chine assis à côté de lui qu’ils étaient extrêmement satisfaits des négociations menées avec les dirigeants chinois; Mao Ce Tung lui-même les avait reçus à un entretien de plus de trois heures.

La reconnaissance de facto du Gouvernement Provisoire de la République Algérienne par l’Union soviétique est, selon eux, un résultat important. Ferhat Abbas, lors des entretiens avec M. Kállai, M. Biszku et M. Szarka [[Vice-ministre des Affaires Étrangères]] ainsi que dans les discussions poursuivies lors du dîner de gala au Parlement, a ouvertement et bien catégoriquement évoqué la nécessité de la reconnaissance du Gouvernement Provisoire de la République Algérienne. Il nous a demandé de reconnaître de facto et de jure leur gouvernement car cela leur donnerait une force grandissime pour la lutte à venir. Il a dit que si nous jugions que le moment de la reconnaissance de droit n’est pas encore arrivé, ils admettraient également la reconnaissance de fait de leur gouvernement. Cela ne leur pose pas de difficultés car, disait Ferhat Abbas, ils ne peuvent, à l’heure actuelle, qu’envoyer des délégués à l’étranger, et ne peuvent pas établir des consulats ou des ambassades. Pour ce qui est des Français, selon Ferhat Abbas, il ne faut pas craindre une éventuelle rupture des relations diplomatiques dans le cas de la reconnaissance de leur gouvernement. Selon son opinion, les Français à l’égard de la Hongrie par exemple, auraient beaucoup plus à perdre. Il ne pourrait, bien évidemment, considérer cette action que par une reconnaissance simultanée du gouvernement algérien par tous les pays socialistes européens.

Son argument politique pour la question de la reconnaissance a été la lutte de la France contre le peuple algérien qu’elle poursuit avec la soutenance de ses alliés de l’OTAN. Ici, il a souligné que ce sont en premier lieu les Etats-Unis qui donnent des armes et accordent des appuis financiers à la France. Dans de pareilles conditions le FLN a lui aussi le droit de chercher des alliés et des amis. Il est évident, disait-il, que ces derniers ne peuvent se trouver que parmi les pays asiatiques et africains ainsi que parmi les pays du bloc socialiste. Jusqu’à présent 18 pays ont reconnu leur gouvernement et, parmi eux, de grands Etats comme la Chine, l’Indonésie et maintenant l’Union soviétique.

Ferhat Abbas a remarqué que ce serait avec un vif plaisir qu’il enverrait une délégation en Hongrie au cas où notre gouvernement décide de reconnaître le Gouvernement Provisoire de la République Algérienne.
A propos de la reconnaissance du Gouvernement Provisoire de la République Algérienne, M. Münnich a remarqué lors du dîner de gala : M. le Premier ministre ne sera pas trompé sur ses attentes. M. Kállai a promis lors de la visite d’adieu que le problème de la reconnaissance serait examiné par les responsables du gouvernement hongrois.
Lors des entretiens, il s’est avéré que M. Ferhat Abbas partageait notre opinion sur les grandes questions de la politique internationale. Selon lui, au sujet du désarmement, les grandes puissances doivent trouver un accord. Il juge, de sa part, réaliste et réalisable le projet et les propositions de l’Union soviétique sur le désarmement. Naturellement, il est de notre avis dans la question de la suppression du système colonial. A ce point, il a exposé en détail que les Français gardent vainement l’illusion du « concept d’une Algérie française ». L’Algérie ne peut pas être francisée, les Arabes vivant là-bas resteront, malgré toute oppression, des Arabes.

A. Khene directeur du Département Politique du Ministère de l’Intérieur a expliqué que le Front de Libération Nationale formé après la dissolution des partis politiques possède des bureaux sur tout le territoire du pays. Ils ont construit leurs organisations selon le modèle de l’organisation de cellules dans toutes les villes et disent qu’en Algérie rien ne peut arriver sans que le gouvernement ou l’état-major n’en soit informé dans peu de temps. Cette organisation fait plus peur aux Français que l’armée des partisans elle-même.

Sur ce sujet, Ferhat Abbas a ajouté que le Parti communiste algérien soutient le FLN sans, cependant, y adhérer. Ils ont mené des négociations avec le Parti communiste algérien sur leur adhésion au Front international, mais le Parti communiste algérien a refusé d’accepter la condition de la dissolution du parti, afin d’adhérer au FLN en tant qu’individus.

Le problème avec le Parti communiste algérien, disait Ferhat Abbas, est qu’il est avant tout l’organisme algérien du Parti communiste français et le peuple le perçoit en tant qu’un rassemblement politique français. Selon lui, le Parti communiste algérien ne représente pas un pouvoir politique trop important. Le FLN apprécie l’aide des communistes algériens et du Parti communiste français, mais la conçoit comme d’une importance seconde.

A propos de la proposition connue du président tunisien Bourgiba sur l’annexion de l’Algérie à la Tunisie afin de mener des négociations avec les Français au nom du gouvernement de la Tunisie M. Khene chef de département a déclaré qu’actuellement la question nécessitait davantage de réflexions et qu’ils n’avaient pas encore une position prise sur ladite proposition.

Par ailleurs, selon Ferhat Abbas, Bourgiba est un homme naïf et particulièrement vaniteux, un politicien américanisant. Les contradictions entre lui et Nasser sont dues à la rivalité pour le pouvoir.

La délégation a été profondément influencée par la courte visite en Hongrie. Ils ont dit qu’ils n’avaient pas imaginé pas que la vie en Hongrie fût tellement effervescente et palpitante : dans les rues on voit partout des gens souriants et bien habillés, les magasins sont bien approvisionnés de produits, les vitrines sont fort bien arrangées et l’hospitalité des responsables hongrois a été vraiment encourageante.

A propos des efforts de Ferhat Abbas visant à faire reconnaître de facto le Gouvernement Provisoire de la République Algérienne, nous retenons les points suivants:

En pratique, la reconnaîssance de facto du Gouvernement Provisoire de la République Algérienne, dans les termes du droit international, peut être considéré comme prononcée. Cela a démarré par la lettre de Ferhat Abbas datée du 19 septembre 1958 destinée à M. Ferenc Münnich Dr. [[Premier Ministre]], à laquelle ce dernier a envoyé comme réponse, par notre ambassade du Caire, un Aide Mémoire à l’attention de M. Robani, secrétaire du Gouvernement Provisoire de la République Algérienne le 1 décembre 1958. Dans ce document nous avons rendu compte des déclarations des dirigeants du gouvernement hongrois à propos de la lutte du peuple algérien et du nouveau gouvernement. Nous sommes en contact permanent avec le représentant cairote du gouvernement algérien, nous soignons également des blessés, à leur demande, nous formons des techniciens et des boursiers en Hongrie. Nous pouvons considérer comme le signe de la reconnaissance de fait l’accueil en Hongrie de Ferhat Abbas qui a eu lieu dernièrement. A la demande d’Abbas nous devrions à présent annoncer officiellement la reconnaissance de fait. Pour ce faire  considérant et en tenant compte d’une éventuelle réaction française et aussi de l’opinion sur ce sujet des autres pays socialistes – nous proposons qu’un des membres du gouvernement hongrois précise, dans un discours de caractère politique international, que le gouvernement hongrois reconnaît de fait le Gouvernement Provisoire de la République Algérienne. Cette partie du discours sera communiquée au Gouvernement Provisoire de la République Algérienne sous forme d’Aide Mémoire par notre ambassade du Caire.

Or cette action ne pourra être engagée qu’après avoir mené des concertations avec les autres pays socialistes européens qui auront reconnu de fait le Gouvernement Provisoire de la République Algérienne.

À Budapest, le 13 octobre 1960


17 OCTOBRE 2010 – L’ EXIGENCE DE VÉRITÉ ET JUSTICE

17 OCTOBRE 1961 – 17 OCTOBRE 2010

49ème Anniversaire

VÉRITÉ et JUSTICE

Pour exiger

  • la reconnaissance officielle du crime commis par l’État français les 17 et 18 octobre 1961
  • la liberté d’accès effective aux archives pour tous, historiens et citoyens
  • le développement de la recherche historique sur ces questions dans un cadre franco-algérien et international.

RASSEMBLEMENT:

Dimanche 17 octobre à 17 h.

Place Saint Michel à Paris, là où tant de victimes furent jetées à la Seine il y a 49 ans.

Organisations signataires:
17 octobre 1961 contre l’oubli,

93 au coeur de la république,

ACCA (Agir Contre le Colonialisme Aujourd’hui),

AFASPA (Association Française d’Amitié et de Solidarité avec les Peuples d’Afrique),

Les Alternatifs,

AFAPREDESA‐FRANCE (Association des Familles et des Prisonniers et Disparus Sahraouis),

AL (Alternative Libertaire),

AMF (Association des Marocains en France),

Association les amis de Max Marchand, de Mouloud Feraoun et de leurs compagnons,

ANPROMEVO (Association nationale pour la protection de la mémoire des victimes de l’OAS),

APCV (Agence de promotion des cultures et du voyage),

Au Nom de la Mémoire, ASDHOM (Association de Défense des Droits de l’Homme au Maroc),

ASF ( Association des Sahraouis en France),

ATMF (Association des Travailleurs Maghrébins en France),

CORELSO ( Comité pour les Respect des Libertés et des Droits de l’Homme au Sahara Occidental),

FASE (Fédération pour une Alternative Sociale et Ecologique),

FTCR (Fédération des Tunisiens Pour Une Citoyenneté Des Deux Rives),

LDH (Ligue des Droits de l’Homme),

MRAP (Mouvement contre le Racisme et pour l’Amitié entre les Peuples),

NPA (Nouveau Parti Anticapitaliste),

PCF (Parti Communiste Français),

PCOF (Parti Communiste Ouvrier de France),

PG (Parti de Gauche),

Respaix Conscience Musulmane,

Réveil des Consciences,

Ruptures,

Le 17 octobre 1961, des dizaines de milliers d’Algériens manifestaient pacifiquement à Paris contre le couvre feu discriminatoire qui leur avait été imposé par Maurice Papon, Préfet de police de Paris.

Ils défendaient leur droit à l’égalité, leur droit à l’indépendance et le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.

Ce jour-là, et les jours qui suivirent, des milliers de ces manifestants furent arrêtés, emprisonnés, torturés ou, pour nombre d’entre eux, refoulés en Algérie.

Des centaines perdirent la vie, victimes d’une violence et d’une brutalité extrêmes des forces de police.

49 ans après, la Vérité est en marche.

Cependant, la France n’a toujours pas reconnu sa responsabilité dans les guerres coloniales qu’elle a menées, – en particulier la Guerre d’Algérie- non plus que dans le cortège de drames et d’horreurs qu’elle a entraînés ou dans ce crime d’État que constitue le 17 octobre 1961.

Certains osent encore aujourd’hui continuer à parler des « bienfaits de la colonisation » et le pouvoir encourage les nostalgiques de l’Algérie Française et de l’OAS, comme dans les tentatives pour empêcher la projection du film « Hors la Loi ». Malgré un discours, parfois ambigu et contradictoire, sur le passé colonial de la France, la politique menée par le Président de la République témoigne d’une réelle volonté de sa réhabilitation.

Depuis sa nomination, Hubert Falco, le Secrétaire d’Etat aux Anciens Combattants multiplie les actes d’allégeance à ces nostalgiques.

Le 19 0ctobre prochain, il installera la « Fondation pour la mémoire de la Guerre d’Algérie », dotée de plus de 7 millions d’euros, en application de l’article 3 de la loi du 23 février 2005.

Même si un alinéa de l’article 4 qui voulait initialement inciter les enseignants à présenter les « aspects positifs de la colonisation » a aujourd’hui disparu, cette Fondation semble être sous la coupe d’associations nostalgiques qui voudraient pouvoir exiger des historiens qu’ils se plient à la mémoire de « certains » témoins.

Pour être fidèles à leur mission scientifique, les historiens ont besoin de pouvoir accéder librement aux archives, échapper aux contrôles des pouvoirs ou des groupes de pression et travailler ensemble, avec leurs homologues, entre les deux rives de la Méditerranée.

Or, la loi sur les archives, votée en 2008, fixe des délais de consultation aux dossiers judiciaires qui retardera en particulier les recherches sur l’organisation criminelle de l’OAS que certains, au sein même du parti du Président de la République, cherchent à réhabiliter.

La recherche de la vérité s’impose pour cette période sombre de notre histoire comme elle s’est imposée pour la collaboration vichyste avec l’Allemagne nazie.

Ce n’est qu’à ce prix que pourra disparaître la séquelle la plus grave de la guerre d’Algérie, à savoir le racisme dont sont victimes aujourd’hui nombre de citoyens ou de ressortissants d’origine maghrébine ou des anciennes colonies, y compris sous la forme de violences policières parfois meurtrières.

« LA GUERRE DE LIBÉRATION NATIONALE ALGÉRIENNE 1954 – 1962 » (LIVRE DE J NAGY LASZLO, TRADUIT DU HONGROIS EN FRANÇAIS)

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C’est le premier livre écrit en hongrois sur la guerre d’Algérie qui fut une guerre de libération nationale et non pas une «simple» guerre. Elle fit partie de ce grand bouleversement violent d’importance historique déclenché après la deuxième guerre mondiale qui aboutira à l’accès à l’indépendance, à la souveraineté des anciennes colonies. C’est la raison pour laquelle j’ai choisi en devise les mots de Frantz Fanon résumant bien l’essentiel de ce processus de décolonisation: «Libération nationale, renaissance nationale, restitution de la nation au peuple, Commonwealth, quelles que soient les rubriques utilisées ou les formules nouvelles introduites, la décolonisation est toujours un phénomène violent». (Les damnés de la terre)

Mais comment et pourquoi un historien hongrois de l’Europe centrale s’intéresse-t-il à la guerre d’Algérie? La guerre durant j’étais lycéen et comme tel ouvert, curieux de tout ce que se passait dans le monde. Et à l’époque – en 1961-62 – les événements d’Algérie se trouvaient à la Une des journaux. Plus tard, lors des études universitaires cette curiosité devint un intérêt scientifique, même un engagement intellectuel: faire connaître l’histoire de cette guerre au public le plus large possible. À travers mes recherches je connus une des plus extraordinaire guerre de libération nationale du tiers monde. Et depuis les années 1980 je ne cesse pas de transmettre les résultats de mes recherches aux étudiants.

Le livre repose en premier lieu sur les documents d’archives (Archives d’outre-mer, Sciences Po, Budapest). Ce qui est nouveau c’est la position du bloc communiste présentée et analysée à travers les archives hongroises (où se trouvent des documents soviétiques aussi).

Ce résumé ne veut pas être complet, mais il veut présenter l’opinion de l’auteur sur quelques questions de l’histoire de la guerre d’Algérie.

Elle fut une guerre de libération nationale parce qu’elle avait détruit les bases politiques et socio-économiques du système colonial qui entravait la formation de l’(État) nation algérienne. Par cette destruction, la guerre créa aussi les conditions d’une révolution sociale. Donc – à notre avis – la guerre peut être considérée comme le début d’une révolution. (Certains articles des derniers numéros d’El Moudjahid montrent nettement cette intention de la révolution sociale).

La prise de position des communistes est très discutée, même condamnée, surtout celle du PCF en raison de la fameuse phrase de la déclaration du 9 novembre: «…ne saurait approuver le recours à des actes individuels susceptibles de faire le jeu des pires colonialistes». Mais on omet souvent de citer les causes indiquées des «événements»: «…refus opposé par les gouvernants français aux revendicationes nationales (souligné par nous NDLA) de l’immense majorité des Algériens» et «…misère généralisée et croissante, conséquence directe du régime colonial», ou «…l’existence en Algérie de problèmes politiques de caractère national». Le PCF suivit rigoureusement la ligne de Moscou : pas de confiance en des mouvements anticoloniaux dirigés par les nationalistes!

Par contre certains membres du PCA – sa direction en étant informée – passèrent cette ligne et aidèrent les combattants algériens. Et en 1955 – bien avant que la ligne de Moscou ait changé – le PCA rejoignit la lutte armée en organisant son propre maquis.

Ce qui était une erreur grave – en premier lieu celle du PCF – c’était qu’ils n’avaient pas compris la situation particulière de l’Algérie qui ne permettait pas d’autre voie que celle de la lutte armée pour conquérir l’indépendance. La voie pacifique – «légale» – fut exclue! Le PCF combla ses erreurs en mars 1956 : il vota les pouvoirs spéciaux. Il crut en un deuxième du Front populaire. Mais la majorité de gauche issue des éléctions du 2 janvier 1956 fut une majorité arithmétique et non point politique – contrairement à 1936 – en raison de l’anticommunisme très fort de la guerre froide.

Le FLN rencontra d’énorme difficultés après le déclenchement de la guerre de libération nationale. Ses premiers faits d’armes de type blanquiste ne souleva pas l’enthousiasme attendue de la population algérienne. Mais les combats d’août 1955 signifièrent déjà une étape supérieure de la guerre: une insurrection. En comparaison avec ceux-ci les «événements» du 1er novembre paraissent être des «actes indiividuels».

La véritable rsponsabilité de l’élargissement de la guerre revient au gouvernement dirigé par le socialiste Guy Mollet du Front républicain. Contre la majorité de l’opinion publique et la promesse faite au cours de la campagne éléctorale il choisit les armes au lieu des moyens pacifiques. Et ce fut l’armée qui devint l’arbitre en Algérie, non pas le pouvoir civil de Paris. Elle organisa – «officiellement» en 1957 – la grande répression à Alger: torture, disparitions, assassinats devinrent quotidiens, ruinant les fondements politiques et moraux de la République et – en fin de compte – provoquant son effondrement.

Le coup dur subi dans la «bataille d’Alger» ébranla le FLN et provoqua les dissensions entre «l’intérieur et l’extérieur» (qui se manifesta déjà lors de l’organisatopn du congrès de la Soummam). Une certaine intolérence-intransigence commença à apparaître au sein du FLN (melouza, assassinat d’Abane Ramdane, épuration aveugle).

Le grand bruit de la «bataille d’Alger» et surtout le bombardement de Sakiet rendirent la guerre d’Algérie inéluctablement un problème international. Les «bons offices» des Anglo-Saxons à propos de ce dernier accélélèrent l’effondrement de la IVème République et permirent le retour au pouvoir du général de Gaulle.

Paradoxalement le PCF, force politique la plus antigaulliste, «contribua» au retour du Général. Cette «contribution» se manifesta dans l’anticommunisme extrêmement fort propre à toutes les formations politiques antiputschistes dont les socialistes qui – au début antigaullistes – refusèrent, comme en janvier 1956, la main tendue des communistes et choisirent «le moindre mal». Cela n’empêche que l’analyse communiste des événements et la présentation de de Gaulle furent fausses.

De Gaulle pensa-t-il déjà en 1958 l’indépendance de l’Algérie inéluctable? Et qu’ il en gérerait le processus? Non, je ne partage pas cette opinion. Ce qu’il voulait c’était garder l’influence française en Algérie… même au prix de l’indépendance de la colonie.

La réponse du FLN à la nouvelle situation fut efficace, couronnée de succès:

  • sur le plan militaire l’offensive Challe peut être considérée comme un succès, mais sur le plan politique elle fut un échec elle ne réussit pas à obtenir le soutien des Algériens, et même elle renforça leur sentiment national et, par conséquent, la position du FLN.
  • changement de tactique de l’ALN: éviter des chocs décisifs avec l’adversaire. A la violence massive de l’armée française l’ALN opposa la violence «individuelle» embuscades, accrochages éclairs, des coups de main spéctaculaires, attentats (en Algérie et en France)
  • grandes manifestations de masse (décembre 1960, octobre 1961), élargissement du mouvement de la paix (manifestations en France à la fin 1961 – au début 1962)
  • internationalisation du problème algérien constitution du GPRA, sa reconnaissance de facto par l’une des superpuissances, l’URSS, le vote du droit à la libre disposition du peuple algérien par l’Assemblée générale de l’ONU en décembre 1960.

À propos des divergences entre le GPRA et l’État-major à mon avis cela ne veut pas dire l’opposition entre les «civils» et les «militaires» ou la luttes des clans. C’est simplifier le problème. Il s’agit plutôt de l’orientation politique à choisir dans l’Algérie indépendante (Ainsi l’implosion du FLN lors de l’accès à l’indépendance paraît – à mon avis – logique. Cela ne veut pas dire que les ambitions personelles n’y étaient rien!) Au sens professionel on ne peut pas parler de l’armée comme corps homogène pendant la guerre les soldats de l’ALN sont surtout des paysans en uniforme (Voir L’ALN, armée révolutionnaire in El Moudjahid, 1er octobre 1961). Parlant de la militarisation du FLN on ne peut pas s’empêcher de penser à l’instrumentalisation de l’époque ultérieure.

J. Lazlo


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17 OCTOBRE 1961 / 17 OCTOBRE 2010

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Le 17 octobre 1961, à Paris, une manifestation
pacifique à l’appel du FLN pour protester contre
le couvre-feu imposé par l’Etat français à la
population algérienne de la région parisienne,
était réprimée dans le sang par la police alors
sous les ordres de Papon.

Plusieurs centaines d’Algériens tombèrent sous
les coups de matraques, tués par balles, pendus
ou jetés à la Seine.


FRANCE-EL DJAZAÏR

vous invite à la commémoration de ce crime

Dimanche 17 octobre 2010 à 11 h.


à NÎMES

(Monument aux Martyrs de la Résistance)

avec Lakdar QEJIOU, Président de F.E.D


.

à ALÉS

(Fort Vauban)

avec Michel BERTHIER, secrétaire de FED


Le silence officiel imposé depuis 49 ans sur ces faits
douloureux ternit le visage de notre pays et ne
contribue pas au développement de relations
amicales pourtant si nécessaires entre
l’Algérie et la France.

Exigeons que toute la lumière soit faite
sur ce crime.


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Culture : DEBAT AUTOUR DE « ROMAN DE KABYLIE », D’AREZKI METREF

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La présentation par Noureddine Saâdi du dernier ouvrage « ROMAN DE KABYLIE » de notre confrère Arezki Metref a réconcilié les nombreux présents (salle de l’ACB archi-comble, avec des gens debout jusque dans les couloirs) avec les échanges de grande facture.

(Du bureau parisien du Soir d’Algérie, par Khedidja Baba-Ahmed)

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Un débat d’idées exprimées avec conviction mais sans invectives; un exercice réussi de confrontations libres d’opinions diverses.

Le mérite revient d’abord à l’auteur qui n’a pas produit un livre «discours» sur la Kabylie mais une œuvre qui observe, qui photographie en instantané, qui restitue des lieux, et le vécu des gens dans leur histoire et avec leurs petites histoires, et partant, qui questionne sur l’essentiel.

L’autre mérite de ce débat apaisé revient incontestablement à Noureddine Saâdi qui a magistralement et sans aucune complaisance décortiqué l’œuvre que nous-mêmes, comme la plupart des présents, n’avions pas encore eu le plaisir de lire (sortie publique le 14 octobre).

Avec la rigueur et l’esprit mesuré qui le caractérise, Noureddine Saâdi, qui animait la rencontre, a permis de bouleverser quelques certitudes et réussi à éviter un débat pourri, agité, où personne n’écoute l’autre.

L’exercice consistant à parler d’un ouvrage que l’on n’a pas encore lu est des plus déplorables, mais pour une fois nous y cédons, aidés et secourus par la restitution, ô combien claire, fouillée et rigoureuse, qu’en a faite Nourredine Saâdi, complétée, d’ailleurs, par l’auteur lui-même.

Ce dernier nous explique d’abord pourquoi il a fait ce livre et ce qu’il en attend. Au cours des nombreux reportages sur la Kabylie, qu’il a publiés dans le Soir d’Algérie en 2003 et 2004, ses observations et ses rencontres l’ont conduit à conclure qu’il y avait «beaucoup d’autres choses à dire» et l’ont décidé à se déplacer dans les villages «pour voir autre chose, pour rencontrer les préoccupations des gens» et voir ce qu’il peut «trouver d’autre que cette Kabylie polémique qui était bien couverte par ailleurs».

Mais en même temps, précise-t-il, «moi qui ai fréquenté des intellectuels, des journalistes, des démocrates et des progressistes non kabyles, je rencontrai chez beaucoup d’entre eux des préjugés vis-à-vis de la Kabylie qui me dérangeaient et qui viennent d’une longue histoire de singularisation. Je me suis dit qu’il fallait creuser là-dedans et montrer ainsi que finalement la Kabylie a sa singularité comme toutes les autres régions d’Algérie».

Pour l’auteur, il était à la fois important d’affirmer ces singularités, de les retrouver mais aussi de dire que ces singularités sont aussi spécifiques à chaque région d’Algérie.

Dans tous ces voyages dans le terroir kabyle, objet du livre, l’auteur se faisait accompagner d’une personne du village visité, qui le guidait, qui lui racontait l’histoire du lieu en évitant au possible de parler de politique «précisément pour éviter de parler de cette Kabylie polémique».

Mais au 3e jour de son voyage, il a rencontré Abrika qui lui a dit: «Quoi que tu fasses, tu tomberas sur la politique.» Et il n’avait pas tort, nous dit Arezki, parce que ce jour-là Tizi- Ouzou connaissait une grève générale.

Ce qui intéressait Metref c’est à la fois les errances de Si Mohand U M’hand qui allait de village en village et qui remerciait ses hôtes avec des poèmes, mais aussi le désir de l’auteur de faire un travail de photographe, de visualiser des personnages et de saisir leur vécu, ce qu’ils se disent ; en fait, la recherche de ce qu’il a appelé «l’air du temps».

Au bout de ses voyages, l’auteur avoue: «Je ne me rendais pas compte de l’importance de deux choses: la culture en premier lieu et le patrimoine historique chez les individus en second lieu.»

Et d’expliquer qu’il est allé nulle part sans que l’on lui parle de personnages de l’histoire ou de légendes. «C’est un livre qui est tissé: c’est un ensemble de tissages fait de pérégrinations très courtes, d’une ou deux journées dans les villes, les villages, les plaines, les montagnes de Kabylie» qui sont décrits, nous dit Saâdi, avec beaucoup de poésie et ajoute que dans chacun de ces textes qui évoquent aussi les rencontres de l’auteur, ceux qu’il connaît ou ceux qui lui sont désignés par les gens du village, il y a une plongée dans l’histoire et en quelques mots «un clin d’œil à ce qui fait la particularité du lieu».

L’auteur, au travers de ses pérégrinations, va rencontrer de nombreux personnages mythiques ou réels, des rencontres des référents — Kateb Yacine, Camus, Feraoun Fatma N’Soumer, Slimane Azem, Ferhat, Aït Menguellet et tant d’autres —, mais aussi, au gré des évocations historiques, des rencontres insolites comme celle d’Arezki Bachir, le bandit d’honneur, ou Hamani le boxeur, dans un café, en compagnie d’Alain Delon.

Roman de Kabylie de Metref se rattache, sans prétention, selon Noureddine Saadi, à ce qu’on appelle dans la littérature arabe à une rihla, celle d’Ibn Battûta (voyageur, écrivain marocain ayant écrit en 1355 le monument de littérature Le grand voyage de Tanger à la Mecque) ou, plus près de nous, l’écrivain voyagiste et photographe, Nicolas Bouvier.

Tout lecteur, nous dira enfin le présentateur de l’ouvrage, qu’il connaisse la Kabylie un peu, beaucoup ou pas du tout, doit se rendre compte à la fin de sa lecture, que dans le roman de Metref il s’agit bien «à la fois de la complexité de cette terre et de sa singularité, que l’on peut mettre en rapport avec d’autres régions de l’Algérie, qui seraient pour beaucoup d’entre elles (Aurès, Oranie …) dans le statut de singularité.

Et Saâdi de conclure : «On comprend d’ailleurs mieux, plus que ne le ferait un discours idéologique ou politique, pourquoi la Kabylie a été une terre d’irrédentisme, comme on nomme maintenant «l’irrédentisme kabyle» et qui explique cette résistance millénaire».

L’analyse complète et fouillée du livre n’en a pas été moins critique, sur un ou deux aspects évoqués par Metref et qui font, par certains côtés, le débat public aujourd’hui.

Il en a été ainsi du «génocide en 2005 par les gendarmes en Kabylie». Peut-on parler de «génocide» et le concept de «génocide» n’est-il pas exagéré, même si les populations locales, fortement réprimées par les gendarmes, le ressentent encore aujourd’hui comme tel?
Le concept de génocide, concept juridique et historiquement marqué, dégagé après 1945, ne peut être employé abusivement par des intellectuels parce qu’il signifie la volonté de détruire un peuple pour ce qu’il est. Et pour Saâdi qui appelle à plus de mesure et de rigueur, l’auteur, qui a reconnu avoir utilisé un peu trop vite la formule, comme ceux qui sont intervenus pour confirmer le terme génocide, pour Saâdi donc, «ce qui s’est passé en 2005 en Kabylie, c’est une répression atroce, d’un pouvoir atroce, mais il n’y a pas dans les faits, ce qui est apparenté à une volonté génocidaire, mais il y a bien eu un ethnocide culturel».

Le procès du prosélytisme chrétien a aussi longuement été évoqué par plusieurs intervenants. La conclusion est que cette évangélisation, souvent adoptée en rejet de l’islamisme ambiant, ne concerne pas seulement cette région de Kabylie mais tout le Maghreb, et, dit encore Saâdi, lorsque cela se passe en Kabylie, ça devient plus sensible au nom de l’équation idéologique: Kabyle-chrétien = France.

Autre point et non des moindres : l’opposition kabyle-arabe entretenue et qui ne date pas d’aujourd’hui mais bien des tentatives de division opérées savamment par le pouvoir colonial et prolongée aujourd’hui par le pouvoir en place.

K. B.-A.

Roman de Kabylie” d’Arezki Metref, aux éditions Sefraber.

Pour atteindre le site des editions sefraber, cliquer sur le lien:
http://www.sefraber.com/php_creations/sefraber/cms/

FORUM SOCIAL MAGHREB – MACHREK

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FORUM SUR LA SANTÉ,

L’ENVIRONNEMENT ET LA TERRE

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Du 23 au 25 Octobre 2010 au Caire

[Pour accéder au portail de la société civile Maghreb-Machrek….

Forum Social Maghreb-Machrek, cliquer sur le lien:
http://www.e-joussour.net/fr/node/5844->http://www.e-joussour.net/fr/node/5844]

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28. septembre 2010 – 17:03 | éditeur e-joussour

Forum Santé et EnvironnementAppel à participation.pdf

Première annonce – Appel à participation

Introduction

Suite à la 9ème édition du Forum Social Mondial à Belém (Brésil) en janvier 2009, le Maroc a accueilli la rencontre du Conseil International du FSM qui a eu lieu en mai 2009 à Harhoura/Rabat. Cette rencontre a rassemblé plus de 200 participant(e)s représentant différentes organisations et mouvements sociaux provenant de 30 pays, du Maghreb et du Machrek, mais aussi d’Afrique et des Amériques.

Cette rencontre s’est conclue sur les engagements suivants :

  • La confirmation de la candidature du Sénégal comme pays d’accueil de l’édition 2011 du Forum Social Mondial, en insistant sur la collaboration entre le FS Maghrébin et le FS Africain.
  • L’importance d’œuvrer à la réalisation des différentes étapes vers la construction d’un Forum Social Maghreb-Machrek Arabe qui contribuera à construire une solidarité entre les mouvements sociaux de la région pour une résistance plus effective contre le modèle néolibéral dominant.
  • L’adoption de l’approche par «foras thématiques». C’est dans cette perspective que se sont tenus : le forum des mouvements sociaux et des forums sociaux au Maroc (Mars 2010), le forum syndical maghrébin (Mai 2010) en Algérie, et que suivront : le 2ème forum pour la Santé et l’environnement en Egypte (Octobre 2010), le forum mondial de l’éducation en Palestine (Octobre 2010), le forum sur les droits humains en Mauritanie (Novembre 2010), le forum sur les droits des femmes en Tunisie ou Jordanie (Décembre 2010) et le forum sur l’immigration en Belgique (Décembre 2010).

Nous affirmons que chaque forum thématique sera organisé de manière concertée avec les organisations de la société civile et les mouvements sociaux de la région et en conformité avec l’agenda des mobilisations du FSM afin de proposer des réponses pour faire face à la crise financière et développer des alternatives pour humaniser le cycle économique et financier mondial en vue de promouvoir la justice, la paix, la démocratie et les droits humains.

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Les résultats de ces foras thématiques organisés courant 2010 permettront une plus forte contribution des dynamiques sociales de la région au FSM de Dakar en février 2011.

Le présent forum est à l’initiative de plusieurs organisations de la société civile, réseaux et mouvements sociaux de la région. Il fait suite au premier forum sur la santé et l’environnement qui a été organisé en Egypte en 2008 par Association for Health and Environemental Development (AHED), en collaboration avec People’s Health Movment (PHM), Palestinian Medical Relief Society (PMRS) et Arab Resource Collective (ARC) – Liban. 182 personnes venues de 18 pays ont participé à cette rencontre.

Ce forum fait aussi suite au «Forum de la Terre» qui a été organisé par la Coalition Habitat International, Région Maghreb-Machrek, en mai 2008.

Contexte

En dépit de l’amélioration globale des indicateurs de santé dans la plupart de tous les pays de la région du Maghreb et du Machrek, les inégalités restent très élevées au sein et entre les pays.

Les systèmes politiques non démocratiques, les politiques néolibérales et les vagues de privatisation, ainsi que les guerres, les conflits et l’instabilité politique sont les déterminants majeurs de l’inégalité de l’accès à la santé et à un environnement sain dans la région, en plus des discriminations classiques basées sur le sexe, l’origine ethnique, la religion ou le lieu de résidence. Les réformes économiques néolibérales ont conduit au retrait de l’Etat de son rôle de fournisseur de services, laissant la place à un secteur privé avide de profits et sans scrupules dans la plupart des cas. Cela a conduit à une faiblesse structurelle de la sécurité sociale et de l’accès aux services essentiels, même si la sécurité sociale et le droit aux services de base sont protégés par les constitutions et législations nationales de la majorité des pays de la région.

En outre, les changements climatiques auront des répercussions désastreuses sur la vie des populations et leurs moyens d’existence, particulièrement pour les pauvres et les plus marginalisées.

Dans la région du Maghreb et du Machrek, la société civile a connu un développement considérable (surtout au niveau quantitatif) dès le début des années 1990, toutefois, son impact politique reste très limité. Les conflits armés, les systèmes politiques non démocratiques, les indicateurs faibles de développement humain, les systèmes juridiques et les structures de gouvernance sont les principales causes externes des faiblesses de la société civile, auxquelles s’ajoutent quelques causes internes comme l’absence de mécanisme de responsabilisation, la domination de la culture de charité et la fragmentation.

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Objectifs

Les principaux objectifs pour cette 2ème édition du forum sont :

  • Créer des canaux par lesquels la voix des populations, en particulier celles des plus marginalisées et des plus démunies, peuvent se faire entendre et influer sur la vie sociale, les politiques de santé et environnementales en relation avec leur conditions de vie et leur santé.
  • Consolider le dialogue entre les différents acteurs dans le même pays et entre les pays de la région.
  • Développer la coopération et la communication entre la société civile des différents pays de la région d’une part, et entre la société civile et les autres parties qui influent sur les politiques de santé et d’environnement d’autre part.
  • Contribuer à une identification collective des besoins nécessaires au renforcement des capacités du secteur non gouvernemental à but non lucratif dans la région.
  • Créer une plateforme de solidarité dans la région, en plus d’actions conjointes des acteurs de la société civile et des mouvements sociaux et particulièrement pour la protection de la santé et des droits économiques, sociaux et politiques des populations.

Thèmes

Le Forum adoptera les thèmes suivants :

  • Paradigme alternatif pour le développement et le rôle du secteur non gouvernemental à but non lucratif).
  • Droits relatifs à la santé et à l’environnement et les structures de gouvernance actuelles (Agenda de la campagne pour les réformes de la gouvernance en matière de santé et d’environnement).
  • Notre région et le danger du réchauffement climatique (actions collectives pour atténuer / réduire l’impact du réchauffement climatique).
  • La réforme des systèmes de santé et les politiques sanitaires (Agenda de la campagne pour revitaliser les soins médicaux primaires complets comme articulé dans la déclaration Alma Ata).
  • L’équité et la justice en matière de santé (actions collectives contre les déterminants structurels de la santé et actions pour réduire les inégalités).
  • Le droit au logement et à la terre et le contrôle collectif des ressources naturelles.

Partenaires

La deuxième édition du «Forum Régional sur le Développement de la Santé et de l’Environnement» vise la diversité et la globalité. Par conséquent, toutes les organisations non gouvernementales et les associations à but non lucratif, les mouvements sociaux, etc. sont invités à échanger et partager leurs expériences en participant à ce forum et à son organisation.

Lieu

Le Forum aura lieu au Caire, dans une infrastructure publique, le Centre de Conférence de l’Université Ain Shams, situé dans une annexe (Dar Al-Diafa) de l’Université d’Ain Shams (près de l’hôpital de l’Université d’Ain Shams, dans le square Abbassiah).

Programme

Le programme du forum comprend :

  • CINQ sessions plénières traitant des thèmes majeurs du Forum. Chaque séance traitera l’un des thèmes à travers des témoignages, des exposés et des discussions.
  • NEUF sessions simultanées / ateliers (6 au cours de la première journée et 3 au cours de la deuxième journée). Les ateliers permettront aux participants de discuter et d’échanger leurs expériences. Ils leur permettront également d’identifier des formes d’actions communes. Ces sessions fourniront des espaces libres pour les organisations partenaires pour exposer et discuter certaines initiatives liées aux thèmes du Forum. Nous appelons donc, les organisations de la société civile à travers la région à soumettre des propositions pour l’organisation d’ateliers.
  • Exposition : Le Forum offrira un espace d’affichage pour tous les partenaires et les organisations participants pour présenter leurs publications, brochures, livrets, vidéos, rapports, etc. Les représentants du secteur privé sont invités à participer aux débats, toutefois, la vente, l’affichage ou la publicité pour des produits commerciaux est strictement interdite pendant le Forum.
  • Evénement culturel : l’organisation hôte au Caire, avec l’accord de toutes les organisations partenaires organisera un événement culturel après la séance de clôture du forum. Ce sera probablement un spectacle folklorique Egyptien/arabe.

Langue

  • L’arabe est la langue principale du forum, mais;
  • La traduction simultanée (de et vers l’anglais et le français) sera disponible pendant toutes les séances plénières, et;
  • La traduction simultanée pourrait être assurée durant certains ateliers à la demande des organisateurs quand c’est possible.

Contacts

Pour plus d’informations, merci de nous contacter à l’adresse :

heforum@gmail.com, en arabe, en anglais ou en français.

Merci de nous soumettre vos propositions à la même adresse mail.

People’s Health Movement Secrétariat Mondial (Bureau du Caire) – The Egyptian Foundation for Health for All

Téléphone / Fax : +20 2 22682278

Association for Health and Environmental Development (AHED)

Téléphone : +20 2 22565613

Fax : +20 2 22565612

Portail de la société civile (Maghreb/Machrek)

Téléphone / Fax : +212 537 770590 22682278

Development Support Center

Téléphone / Fax : +20 2 37622413

UNE PETITE MAIS DENSE INTERVENTION DU REGRETTE MOHAMED ARKOUN

Sur ce lien de youtube, on peut écouter une intervention de Mohamed Arkoun qu’un ami visiteur du site nous a signalée.

Quoique très brève elle ramasse quelques notions
fondamentales sur « l’islam » (quoiqu’à un moment donné ce terme est utilisé en lieu et place de « les musulmans ».

Pour voir la vidéo, [cliquer sur le lien

http://www.youtube.com/watch?v=kfDvv7WL4ps->http://www.youtube.com/watch?v=kfDvv7WL4ps]

FRANCE: XENOPHOBIE ET INSECURITE:PROBLEME DE CLASSE, deux points de vue (P.MAILLARD et Annie LACROIX-RIZ)

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Le texte de P. Maillard souligne la volonté idéologique de ce pouvoir d’instaurer l’insécurité comme programme électoral et projet politique, lequel programme a pour objet de nous détourner des enjeux économiques, sociaux et politiques.

Instruire l’insécurité comme programme, c’est créer les conditions à ne pas entendre les « cris de souffrance des quartiers difficiles ».

Comme le souligne P. Maillard, « il ne s’agit ni de diversion, ni de dérive mais d’une ligne idéologique , un choix délibéré, pensé et assumé, un système avec des fondamentaux puisés directement de l’extrême droite, avec son langage propre, son révisionnisme de l’histoire.. »

Instiller la peur pour instiller la xénophobie dans la société, à travers tout son corps social, tel est le projet idéologique de ce gouvernement.

Et il a besoin de cela pour détruire les acquis sociaux et mener sa politique néfaste. Christian LEBLANC – forum « Rouge Midi »


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 » INVENTION SÉCURITAIRE ET VIOLENCE PURE: APPEL à UNE ÉTHIQUE DE LA RÉSISTANCE ».

par Pascal MAILLARD, professeur à l’Université de Strasbourg.

publié le 26 août 2010 sur le site Médiapart, par BERENGER BOULAY.

Pascal Maillard, qui conduit des recherches sur les rapports entre littérature et politique à l’université de Strasbourg, propose une réflexion d’ensemble sur «l’insécurité et la xénophobie d’Etat». Face à la «violence pure» du gouvernement, il appelle à «une éthique de la résistance».

À Toni Gatlif, aux «Bohémiens en voyage», à tous les sans-papiers,

«Aux captifs, aux vaincus !… à bien d’autres encore!
»

Peu le voient. Certains commencent à le soupçonner. La chose transpire dans maintes analyses, mais n’accède pas à une formulation directe, comme si cette vérité devait demeurer forclose en raison de sa monstruosité. Comme si au cœur de cette évidence il y avait un vide impensable. Il est urgent pourtant d’en formuler au moins l’hypothèse et d’en interroger la validité: le premier agent de l’insécurité, de la xénophobie et de la violence est devenu aujourd’hui notre gouvernement, leur principal producteur notre Etat, leur premier responsable notre président.

C’est un fait unique dans l’histoire de notre République finissante : un homme a inventé l’insécurité et la xénophobie d’Etat comme stratégie de gouvernement et arme politique. Il les a inventées et mises en œuvre méthodiquement, intentionnellement. Non seulement comme un moyen de reprendre la main quand les plus graves soupçons pèsent sur le sommet de l’Etat et sur le parti majoritaire, non comme une simple «diversion» circonstancielle et communicationnelle en période de grave crise économique et sociale, mais bien comme un continuum idéologique et une pratique politique destinée à asseoir et conserver un pouvoir qui nous fait sortir un peu plus chaque jour de la légalité républicaine, des règles démocratiques et du respect de nos institutions.

Les théories d’une rupture politique ou d’un virage récent vers l’inadmissible – «durcissement», «radicalisation», lit-on un peu partout – sont aujourd’hui insuffisantes. Sarkozy et ses conseillers ont inventé l’insécurité programmatique, l’insécurité comme programme électoral et projet politique. Ni diversion, ni dérive, mais une ligne idéologique, un choix délibéré, pensé et assumé, un système avec des fondamentaux puisés directement dans la pensée de l’extrême droite, avec son langage propre, son révisionnisme de l’histoire, son gouvernement par la peur et cette violence pure qu’il faut bien commencer à penser afin d’identifier ce contre quoi nous avons à nous battre.

On ne lira pas dans les quelques réflexions qui suivent un déni d’insécurité. Le problème social, politique, économique est bien là. Il est même criant, toujours en attente de véritables solutions malgré la vingtaine de lois relatives à la sécurité promulguées depuis 2002 sous la responsabilité directe de notre actuel président et dont on est en droit de douter de l’efficacité. Mais les cris de souffrance dans les quartiers difficiles sont aujourd’hui inaudibles, masqués par la doxa sécuritaire et xénophobe que véhiculent des médias dont la pratique quotidienne est de relayer la peur, la bêtise et la haine distillées par l’Etat et sa machine sécuritaire.

[Lire la suite en cliquant sur le lien:
http://www.mediapart.fr/club/edition/les-invites-de-mediapart/article/260810/invention-securitaire-et-violence-pure-appel-un->http://www.mediapart.fr/club/edition/les-invites-de-mediapart/article/260810/invention-securitaire-et-violence-pure-appel-un]


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LA XÉNOPHOBIE N’A PAS FONCTION IDÉOLOGIQUE: ELLE EST UN INSTRUMENT DE CLASSE

par Annie LACROIX-RIZ, Historienne,

le mercredi 1er septembre 2010

publié sur le site Rouge Midi

Cette indignation contre l’ignominie est lyrique et émouvante, mais il convient de rappeler que la xénophobie, brandie pour la énième fois en France, n’a pas fonction idéologique: pratiquée avec intensité en temps de crise, avec une efficacité particulièrement redoutable dans les pays colonisateurs (la France le fut et le demeure de fait), elle a caractérisé la Troisième république finissante, particulièrement l’ère Daladier-Reynaud, et elle s’insère pleinement dans la lutte pour l’écrasement des salaires – c’est à dire pour le maintien, voire l’augmentation du profit , rendue possible par la division des salariés (entre femmes et hommes, étrangers et Français, jeunes et vieux, etc.).

Elle a obtenu l’aval, alors officiel, de la «gauche de gouvernement», qui était précisément «aux affaires» différence (une des seules) avec la situation actuelle (nous sommes actuellement dans la phase d’assaut du genre Doumergue-Laval) et qui en prit donc l’initiative officielle.

Or, l’initiative alléguée fut dictée par les puissances d’argent – c’est la chambre de commerce de Paris, haut lieu du grand capital français, fief de la Confédération générale du patronat français (CGPF), ancêtre du MEDEF, qui dictait à Daladier et à ses ministres leurs textes de 1938-1940 contre les étrangers en général et les juifs étrangers en particulier. Je dis bien dictait, stricto sensu, comme s’en vantait alors le président de ladite chambre devant ses mandants en assemblée générale (preuves écrites à l’appui, puisqu’il comparait les textes soumis aux ministres aux décrets finalement pris) [[cf. l’article paru dans le récemment défunt Siné Hebdo en mai 2009, «“La chasse aux clandestins” de la 3e République agonisante».]].

C’est aussi la dimension essentielle de la lutte contre les fonctionnaires, loi LRU comprise, dont ceux-ci n’ont pas pris la mesure.

Le sort de notre mouvement l’a démontré en 2009. A l’université, on a eu tendance à croire que l’offensive thatchérienne était idéologique, imputable à un analphabète ignorant des lettres (l’un n’empêche pas l’autre : il vaut mieux pour incarner la lutte contre l’intellect choisir autre chose qu’un fin lettré) et mise en œuvre par une administration débile, procédant à des réformes « absurdes » (pas de langue vivante au CAPES de langue, et autres fantaisies de la même farine, quelle idiotie !).

Quand, en haut, on veut tout casser, on pratique une politique d’apparence absurde, qui confronte ses victimes d’en bas à l’incompréhension totale, comme, par exemple, la semaine de six jours et les 48 h hebdomadaires légales rétablies en novembre 1938 dans une France où la moyenne de la semaine de travail était de l’ordre de 36 h. Ce que Naomi Klein qualifie de «stratégie du choc» a une longue histoire, dans la guerre sociale, laquelle ne relève ni des sentiments ni des états d’âme qui sont au cœur du généreux texte cité par Ophélie Hetzel.

Georges Sadoul, dans son Journal de guerre, cite le cas de la suppression du congé dominical par «une grande banque» parisienne, congé remplacé par «deux demi-journées de congé qu’on ne pourrait jamais bloquer en une seule», ce qui accablerait les familles, «surtout les femmes». Quand la jeune secrétaire «catholique bien-pensante [et…] bien élevée» de l’établissement réclama en 1939 à son sous-directeur le retour au repos dominical en arguant que «la banque n’en marcherait pas plus mal. Pourquoi prendre une mesure si inhumaine?», «il rican[a]: “Mais parce que maintenant nous vous tenons, ma petite”» [[Journal de guerre (2 septembre 1939-20 juillet 1940), Paris, Les Éditeurs français réunis, 1977, p. 105]].

L’assaut contre les retraites a été lancé non pas parce que nous vivons plus vieux, mais parce que la «réforme», partagée par la droite prétendument «républicaine», l’extrême (dont la première ne se distingue plus guère) et la «gauche de gouvernement», qui y a souscrit quand elle était «aux affaires» et œuvrait aux traités «européens». Il va nous ramener aux retraites de misère d’avant-guerre, et a exactement la même fonction que la gigantesque injustice fiscale, la chasse aux étrangers, le combat contre le statut de la fonction publique (désormais sérieusement entamé), etc.

Quand nous-mêmes et nos organisations de défense renouerons avec ces analyses couramment faites au cours de la crise systémique des années 1930 par la fraction radicale, très affaiblie aujourd’hui, du mouvement ouvrier – et avec l’action y afférente, nous nous battrons plus efficacement contre l’ennemi commun aux Roms, français ou étrangers, aux étrangers (pauvres, pas riches) en général et à nous-mêmes. Le capitalisme en crise ne «trahi[t pas ses] lois» en œuvrant comme il le fait actuellement, il les met en pratique, comme dans les crises de 1873 et 1929-1931.

La droite se fascise aujourd’hui comme elle s’est fascisée dans l’entre-deux-guerres, la gauche de gouvernement ne «baisse [pas] les yeux», elle est fidèle à elle-même, privée de politique de rechange parce qu’elle ne dispose d’aucun moyen contre le grand capital, qui la contrôle en large part: c’est un fait, pas un jugement idéologique – ceux qui en doutent n’ont qu’à faire un long stage dans les fonds BA et GA des Renseignements généraux aux archives de la Préfecture de police ou dans la série F7 du ministère de l’intérieur, aux Archives nationales, qui pourra les conduire jusqu’à une période assez récente pour certains dossiers des APP.

Cette gauche convaincue que le capitalisme relève de la même fatalité que la pluie et le beau temps ne se donnera pas davantage d’alternative en 2012, elle le reconnaît d’ailleurs avec une grande simplicité, et le Canard enchaîné [[de la semaine dernière, à propos de F. Hollande]] n’est pas le seul à le dire alors que Daladier, chef du parti radical, fit semblant de virer à gauche avant les élections de Front populaire.

La population française ou «le peuple de gauche» ignorait en 1936 que Blum et Vincent Auriol tenaient leur programme socio-économique de la Banque de France et des éléments français (issus de la Banque de France) de la Banque des règlements internationaux.

Nous n’avons pas l’excuse d’ignorer aujourd’hui que le Parti socialiste, même parmi les adversaires personnels de M. Strauss-Kahn, n’a pas d’autre politique que celle dictée par le FMI – c’est à dire par le club constitué depuis juillet 1944 par les classes dirigeantes de nos pays et celles des États-Unis, garantes en dernière analyse jusqu’à nouvel ordre, du coffre-fort des premières.

Tant que nous considérerons qu’aborder ces questions signifie «sortir du cadre de la défense syndicale» ou assimilée, nous perdrons avec la même régularité que nous avons perdu, sans interruption, depuis 30 ans.

D’ailleurs, la victoire sociale de 1936 ne fut pas électorale – le programme social et économique de Blum était celui de l’austérité financière de la Banque de France , mais elle fut exclusivement due à l’action de mai-juin 1936 des salariés français, favorisée par les «unitaires» et combattue par la majorité des «confédérés» (dont nos actuelles «directions syndicales» sont presque sans exception héritières); elle donna un répit, un vrai, aux familles d’immigrés, victimes depuis le début de la crise d’un véritable harcèlement, policier notamment, répit malheureusement très bref (voir plus haut). «La gauche de gouvernement» a bien vite, après ce grand succès mal préservé, préparé dans une mesure considérable la voie à Vichy, y compris en matière d’immigration, propos, je l’affirme, absolument non polémique.

Globalement, c’est nous qui, assurément sans le vouloir, trahissons nos propres intérêts au profit de ceux d’en face, lesquels ne trahissent jamais les leurs, parce qu’ils sont servis par des mandataires efficaces, parce que strictement contrôlés (nous ne pouvons en dire autant), ne cessent jamais de «raisonner», c’est à dire calculent tous leurs coups, au millimètre près (ça marche tant que nous ne bougeons pas). Ils n’abdiquent jamais.

Jusqu’ici, c’est dans le seul camp des salariés que l’abdication a régné. Il n’y a pas de «clercs» en général, il y a des «clercs» qui servent des intérêts de classe, et ceux qui nous accablent, réduisant nos salaires directs et indirects, choisissent, pour nous le faire accepter, ils ont bien raison, ceux et seulement ceux qui leur sont dévoués. Il ne nous reste qu’à recréer les instruments de défense qui rendront visibilité et écho aux «clercs» qui servent notre camp. Il y a du chemin à faire.

Nous avons autant ou davantage besoin de lucidité socio-économique et politique (et de connaissance froide de l’histoire) que d’indignation épique (relisant Les Misérables, je reconnais cependant ce que nous devons aux élans de Victor Hugo, et admire le vaillant Baudin, qui déclara: «Vous allez voir comment on meurt pour 25 francs [par jour]!» avant de se livrer au feu des putschistes de décembre 1851).

Il s’impose naturellement de signer toutes les pétitions de défense des Roms, ce que j’ai fait, comme nous tous sans doute.

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Mais on les défendrait mieux, ainsi que la majorité des gens qui vivent en France, nous compris, en tenant compte de ce qui précède et en renonçant à rêver à 2012 [élections présidentielles en France], le rêve ayant des chances de virer au cauchemar. Voir les cas grec, espagnol, etc.

mercredi 1er septembre 2010

Annie LACROIX-RIZ,

Historienne

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MARX AU XXIe SIÈCLE, L’ESPRIT ET LA LETTRE (PROGRAMME HEBDOMADAIRE DU SEMINAIRE 2010 – 2011 à la Sorbonne)

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Marx au XXIe siècle :

l’esprit et la lettre 2010-2011

Séminaire hebdomadaire,

sous la responsabilité de

Jean Salem (Paris 1),

Isabelle Garo (Paris, Lycée Chaptal),

Jean-Numa Ducange (Université de Rouen)

et Stathis Kouvélakis (Londres, King’s College)

Publié le 20 juillet 2010, mise à jour le 2 octobre 2010


Pour tout ce qui concerne

le SÉMINAIRE ‘MARX AU XXIe SIÈCLE : L’ESPRIT ET LA LETTRE’



Activités du séminaire / Projet GEME (Grande Édition Marx – Engels) /
Textes en ligne / Affiches à télécharger / Contacts et liens, etc.

—> ALLER À : marxau21.fr

Contact :

jean.salem@univ-paris1.fr

ou

stathis.kouvelakis@kcl.ac.uk


Organisé dans le cadre du Centre d’Histoire des Systèmes de Pensée Moderne,

avec le soutien du CERPHI (ENS Lettres et Sciences Humaines) et de la revue ContreTemps (Textuel)

Les séances ont lieu le samedi, de 14 à 16 h,

à la Sorbonne, amphithéâtre Lefebvre

(Galerie Jean-Baptiste Dumas, escalier R, 1er étage)

entrée par le 17, rue de la Sorbonne,
Métro : Cluny-Sorbonne – RER : Luxembourg


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• PROGRAMME DU SÉMINAIRE ‘MARX AU XXIe SIÈCLE’

pour l’ année 2010-2011


* PREMIER SEMESTRE

  • samedi 16 octobre 2010 :

    Bernard GUERRIEN

    Docteur en Mathématiques et en Sciences économiques,

    Maître de conférences honoraire en Économie
    à l’Université Paris 1 (Panthéon-Sorbonne)

La crise : où en est-on ?


  • samedi 23 octobre 2010 :

    Nicolas DOT-POUILLARD

    Docteur en Études politiques,

    Chercheur associé à l’Institut Français du Proche-Orient (IFPO)

Islamismes, marxismes et sciences sociales :
perceptions, représentations et lectures croisées


  • samedi 30 octobre 2010 :

    Maria Grazia MERIGGI

    Professeur d’Histoire contemporaine à l’Université de Bergame

    Marxisme et historiographie sociale en Italie.

Entre la « formation économique et sociale » capitaliste et les sociabilités ouvrières


  • samedi 6 novembre 2010 :

    Daniel TANURO

    Chercheur, ingénieur agronome

L’impossible capitalisme vert.
Les marxistes face à l’urgence écologique


  • samedi 13 novembre 2010 :

Journée sur la Révolution française

programme à préciser


  • samedi 20 novembre 2010 :

    Pierre BRUNO

    Maître de conférences honoraire
    au département de psychanalyse de l’Université Paris 8,

    Membre de l’Association de psyschanalyse Jacques-Lacan

Lacan, passeur de Marx


  • samedi 27 novembre 2010 :

    Alain BIHR

    Professeur émérite en Sociologie à l’Université de Besançon

Le fétichisme dans le Capital


  • samedi 4 décembre 2010 :

    Ludovic HETZEL

    Professeur agrégé et docteur en philosophie

La dialectique matérialiste dans le Capital

Quelques pistes pour relancer un vieux chantier


  • samedi 11 décembre 2010 :

    Fabrice BENSIMON

    Professeur de Civilisation britannique à l’Université Paris 4

La Situation de la classe laborieuse en Angleterre de Friedrich Engels
à l’épreuve de la critique historique


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* DEUXIÈME SEMESTRE

  • samedi 29 janvier 2011 :

    Patrick MASSA

    Docteur en histoire,

    professeur agrégé au Lycée d’Herblay, Lycée Montesquieu

Marxisme et mobilité sociale


  • samedi 5 février 2011 :

    Alberto TOSCANO

    Philosophe, maître de conférences au département de sociologie Goldsmiths,
    University of London

Le fanatisme à la lumière du marxisme


  • samedi 12 février 2011 :

    Sylvie APRILE

    Professeur en Histoire contemporaine à l’Université Lille 3

1848, la fin d’une exception française


  • samedi 19 février 2011 :

Journée sur la Dialectique

programme à préciser


  • samedi 26 février 2011 :

    David FAROULT

    Maître de conférences en cinéma & audiovisuel
    à l’Université de Paris Est – Marne-la-Vallée

Godard : Cinéma – Communisme ?


  • samedi 5 mars 2011 :

    Marc BELISSA

    Maître de conférences en Histoire moderne,
    Université Paris Ouest Nanterre la Défense

Les leçons de républicanisme de Thomas Paine (1802-1807)


  • samedi 12 mars 2011 :

    Rémy HERRERA

    Économiste, chercheur au CNRS, membre du laboratoire MATISSE (Université Paris 1)

Réflexions sur la crise du capital :

causes, mécanismes, effets, alternatives


  • samedi 19 mars 2011 :

    Norbert LENOIR

    Professeur de Philosophie en Classes préparatoires
    au Lycée Masséna (Nice)

Marx et Sartre : être sujet ou acteur de l’histoire ?

Réflexions sur le peuple manquant


  • samedi 26 mars 2011 :

    Étienne BALIBAR

    Professeur émérite à l’Université Paris Ouest Nanterre La Défense

    Professeur affilié au département d’anthropologie à l’Université de Californie (Irvine, EU)

Marx n’était pas marxiste, et pourtant…

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  • samedi 2 avril 2011 :

    André TOSEL

    Professeur émérite en Philosophie à l’Université de Nice

Affects et insoumission

(de l’indignation, de la colère et de la haine)

à l’époque de la soumission réelle.


• ARGUMENT


Dire que la pensée de Marx est vivante ne peut plus être aujourd’hui une déclaration abstraite et sans conséquence.

C’est donc bien la radicalité même de cette pensée qui est en cause, et non la perspective de son inscription sans heurt au sein d’une tradition «classique».

Dès lors, c’est seulement un travail assidu d’exploration et d’invention qui peut le montrer.

Et c’est pourquoi ce séminaire se veut un lieu de débat, de découverte et de confrontation, original à plusieurs titres.

  1. Il s’agit de se confronter aux textes de Marx et du marxisme avec la plus grande rigueur historique et philologique, en développant et en présentant, le travail éditorial autant que critique, déjà réalisé ou en cours de réalisation, et cela sur le plan international.
  2. Il s’agit ensuite de surmonter les découpages rigides et les barrières disciplinaires, de faire se croiser les axes, philosophique, sociologique, économique, etc., en les unissant autour de leur portée concrète ou pratique: c’est la volonté d’intervention théorique et politique de l’engagement critique qui, sans dogmatisme, définit un rapport vivant à Marx aujourd’hui.
  3. Il s’agit enfin d’être offensifs, dans un contexte d’hégémonie, à la fois puissante et fragile, de la pensée dominante. Car il importe d’ouvrir les fenêtres, de déranger les évidences, de rejeter les mauvais procès, de récuser les anathèmes. Rien de plus utile pour cela que de se confronter à toutes les idées du présent, d’être attentif à tous les courants de pensée, bref, d’investir tous les points hauts de la pensée contemporaine, en philosophie, économie, histoire, sciences sociales, sciences de la nature, etc., en vue d’une confrontation informée et exempte de timidité.

• ARCHIVES DU SÉMINAIRE ‘MARX AU XXIe SIÈCLE’


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