POURQUOI L’UGTT A JOUÉ UN RÔLE AUSSI IMPORTANT DANS L’INTIFADA TUNISIENNE

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L’Union générale tunisienne du travail (UGTT) a joué un important rôle dans l’intifada tunisienne. Son engagement sur le terrain politique, symbolisé par sa disposition à participer au gouvernement, plonge ses racines dans un lointain passé. Depuis sa fondation, en 1946, elle a souvent été une organisation concurrente du Parti de Bourguiba-Ben Ali. Même en imposant à sa tête des syndicalistes destouriens, comme Habib Achour, le PSD-RCD n’a jamais complètement réussi à la transformer en une de ses nombreuses «antennes».


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Farhat Hached

assassiné le 5 décembre 1952

à l’âge de 38 ans

à Radès

Fondation de l’UGTT

le 20 janvier 1946


Jamais un syndicat au Maghreb et au Proche-Orient n’a joué un rôle politique aussi important que celui joué par l’Union générale tunisienne du travail (UGTT) dans la révolte populaire en Tunisie. Mobilisés dès le début du soulèvement de Sidi Bouzid, ses cadres ont ouvert leurs locaux aux contestataires et porté leur voix dans les médias internationaux. Ils ont été à l’initiative de nombreuses actions de solidarité avec eux, en organisant des rassemblements, des marches et des grèves générales régionales dans différents gouvernorats. Sous leur pression, l’exécutif du syndicat a dû appeler à une grève nationale, le 14 janvier 2011, pour protester contre la répression.

Traînant le boulet de ses accointances avec le pouvoir en place (son soutien à la candidature de Ben Ali en 2004 et 2009), la direction de l’UGTT (représentée par son bureau exécutif) ne s’est pas spontanément rangée aux côtés des populations insurgées. Son soutien à leurs revendications n’est devenu franc qu’après que la protestation se soit étendue à l’ensemble du territoire prenant une teinte politique prononcée. Alors qu’elle s’était contentée de se faire l’écho des aspirations sociales de la jeunesse du Centre et de l’Ouest tunisiens (emploi, etc.), son discours s’est relativement radicalisé le 4 janvier 2011, lorsqu’elle a réclamé des réformes démocratiques en Tunisie.

Après la fuite de Ben Ali, cette direction a accepté de participer au gouvernement d’union nationale de Mohamed Ghanouchi avant d’en retirer ses représentants sous la pression de la rue et de ses cadres les plus radicaux. La déclaration de sa commission administrative réunie le 21 janvier 2011 montre que sa sensibilité aux revendications politiques populaires reste contrariée par le souci de ne pas couper les ponts avec les anciens maîtres du pays. Alors que l’exigence de démission du gouvernement Ghanouchi et de formation d’un cabinet de transition sans le RCD gagne en popularité, elle revendique, elle, un «gouvernement de salut national», dont elle évite soigneusement de définir la composition.

L’implication de l’UGTT sur le terrain politique s’explique, certes, par la nécessité pour son exécutif de se faire une nouvelle virginité, dans un contexte de radicalisation politique, marqué par la mobilisation de sa base et de nombre de ses structures intermédiaires aux côtés des Tunisiens révoltés. Cet exécutif redoute, en effet, de se voir violemment contesté, comme le sont actuellement le gouvernement Ghanouchi, le parti-État RCD, les anciennes directions des médias publics et privés, entre autres symboles du règne musclé du président déchu. Toutefois, le pragmatisme n’éclaire pas, seul, cet engagement politique croissant de la centrale syndicale tunisienne. Sa très grande politisation s’explique également par son histoire spécifique et par le pluralisme idéologique qui continue de la caractériser, en dépit des efforts de sa bureaucratie pour réduire au silence les syndicalistes indépendants, qu’ils soient nationalistes ou de gauche.

L’UGTT, un puissant rival du parti destourien

Dans un système aussi répressif que le système Bourguiba-Ben Ali, l’UGTT a été, dès les années 1970, un terrain d’action pour les mouvements hostiles au virage libéral bourguibien dont les nationalistes radicaux et une «nouvelle gauche» à sensibilité maoïsante ou trotskisante, en rupture avec l’héritage du Parti communiste tunisien.

Réprimés et interdits d’expression publique, ces mouvements ont formé au sein du syndicat un courant qui montre des signes de continuité programmatique depuis de longues décennies (lutte pour la radicalisation de l’UGTT, établissement de passerelles avec les opposants démocrates, démocratisation interne, etc.) et qui, au prix d’énormes sacrifices (emprisonnements, exclusions, etc.), a renforcé sa présence aux échelons intermédiaires (syndicats généraux, unions régionales, etc.) et, partant, dans la commission administrative nationale.

Ce courant n’a pas été complètement aspiré par la bureaucratie syndicale, et si au contact de l’appareil, son radicalisme a pu décliner, il n’est pas devenu totalement inactif. Revigoré dans les années 2000 par le réveil des luttes démocratiques, il y a pris part, contre l’avis de la direction, conciliante envers le RCD. Il se sent fort, aujourd’hui, de ce que le Bureau exécutif, après un soutien plutôt mou et principiel à l’intifada tunisienne, réclame, au lieu du rituel «approfondissement de la démocratie» benalienne, un changement démocratique en profondeur.

On ne peut certainement pas qualifier l’UGTT d’organisation indépendante mais elle n’est pas non plus un «syndicat jaune», dont la seule mission serait de voler au secours du gouvernement et du patronat pour éteindre les incendies ouvriers. Malgré la fermeture politique en Tunisie avant le 14 janvier 2011 et tout en se compromettant avec les autorités, sa direction a conservé une certaine liberté de manœuvre vis-à-vis du parti officiel (le Parti socialiste destourien, PSD, rebaptisé Rassemblement constitutionnel démocratique, RCD, en 1988). Nombre de crises qu’elle a vécues depuis sa naissance en 1946 ont été des crises de rapports avec ce parti, qui a toujours œuvré à en faire une de ses antennes.

L’UGTT a, dès sa fondation, pris fait et cause pour l’indépendance. Loin d’être un simple affluent du courant indépendantiste, elle a formé avec lui un «front patriotique» commun. Elle s’en distinguera par le fait qu’elle ne subissait pas directement les pressions de la bourgeoisie nationale, favorable à un compromis avec la puissance coloniale. Le Néo-Destour voyait en elle, en même temps qu’un partenaire, un rival partageant la même base sociale que lui (Ridha Kafi, «Bourguiba, Hached, Achour et les autres», «Jeune Afrique», 1er juin 1999) et qui, en d’autres circonstances, aurait pu se transformer en une organisation concurrente de type travailliste. Il n’admettait pas que ses dirigeants soient aussi influents que ses propres ténors ni qu’elle puisse le critiquer aussi sévèrement qu’en 1956, lorsqu’elle a fustigé sa participation au gouvernement de Tahar Ben Ammar qui, pour le secrétaire général de l’UGTT, Ahmed Ben Salah, défendait les «intérêts de la grande bourgeoisie».

Tentatives bourguibiennes de caporalisation : un succès relatif

Un des objectifs de Habib Bourguiba, après la proclamation de l’indépendance, en mars 1956, a été naturellement la caporalisation de l’UGTT, opposée à son alliance avec la bourgeoisie nationale. À la fin de l’année 1956, il a encouragé la création d’une éphémère organisation adverse, l’Union tunisienne du travail (UTT), dirigé par un dissident, Habib Achour. En multipliant les pressions sur Ahmed Ben Salah, il l’a contraint à la démission pour le faire remplacer par un nationaliste destourien, Ahmed Tlili, lui-même écarté en 1963, probablement pour avoir montré quelques velléités d’indépendance.

L’UGTT prendra une véritable revanche politique sur le Néo-Destour lorsque se confirmera l’échec de la voie de développement capitaliste dont celui-ci espérait qu’elle attire de l’étranger les investissements nécessaires à la relance d’une économie fragile, voire moribonde. En 1961, Ahmed Ben Salah a été nommé par Habib Bourguiba ministre du Plan et des Finances et jusqu’à 1969, date du tournant libéral bourguibien (nouveau code des investissements, etc.), il conduira une étatisation économique inspirée des résolutions du congrès du syndicat de 1956 (nationalisations massives des industries et des terres agricoles). L’on peut dire sans risque d’exagération qu’à ce jour, la Tunisie et son économie portent l’empreinte de cette expérience socialisante, qui a aussi profondément marqué la culture politique de l’UGTT.

Si dans les années 1960, l’UGTT était, politiquement, soumise au parti unique, elle ne s’est pas transformée pour autant en une de ses «organisations de masse». Elle n’a pas perdu toute son autonomie comme le montre la résistance de Habib Achour (qui, pourtant, avait été l’instrument du putsch bourguibien contre le charismatique Ben Salah) aux tentatives de caporalisation du PSD.

Une de ces tentatives a visé, en 1965 à mettre en œuvre des résolutions du congrès du PSD recommandant de transformer les «organisations nationales» en démembrements du Parti-État. Une autre s’est soldée en 1978 par l’emprisonnement de Habib Achour suite à son appel à une grève générale quasi insurrectionnelle. Cet homme sera réélu à la tête du syndicat en 1980 mais, soupçonné de nourrir l’ambition de succéder à Habib Bourguiba à la tête du pays, il sera de nouveau arrêté en 1985. A ce jour et en dépit de son parcours paradoxal, il continue d’être célébré comme un «symbole de l’indépendance syndicale» (site internet de l’UGTT).

L’UGTT et la fin du règne de Ben Ali: vers la démocratisation ?

Le régime de Ben Ali a réussi, en 1989, à imposer à la tête de l’UGTT une direction docile, menée par Ismaïl Sahbani. Celui-ci fermera les yeux sur la libéralisation forcée de l’économie et luttera férocement contre la gauche syndicale. Il dirigera la centrale d’une main de fer jusqu’à 2000, lorsqu’il sera jugé et lourdement condamné pour malversations. Il sera remplacé au congrès de Djerba, en 2002, par l’actuel secrétaire général, Abdeslam Jerad.

La décennie 2000 a été une décennie de relance du syndicalisme combatif, presque éteint dans les années 1990. Si l’exécutif de l’UGTT a pu imposer à la Commission administrative de soutenir la candidature de Ben Ali à la présidence en 2004 et 2009, cette position sera jugée avec sévérité par nombre d’instances intermédiaires (syndicats généraux, unions régionales, etc.). Tenant compte des pressions des syndicalistes radicaux, il tentera de contrebalancer son appui au système par un discours à tonalité antilibérale, la participation aux initiatives altermondialistes (forums sociaux, etc.) et, au niveau politique, par la condamnation des ingérences gouvernementales dans le fonctionnement de la Ligue des droits de l’homme. À défaut de soutenir la contestation du bassin minier de Gafsa (janvier-juin 2008), il s’est contenté d’appeler à la libération des personnes arrêtées lors des violents affrontements qui l’ont émaillée avec les forces de police.

L’explosion de Sidi Bouzid a surpris la direction de l’UGTT en pleine conciliation entre les impératifs de sa propre survie (liée à celle du secteur public) et sa soumission à un régime maintenant au-dessus d’elle cette même épée de Damoclès qui s’était abattue sur Ismaïl Sahbani en 2000. Elle est aujourd’hui de plus en plus délégitimée. Les syndicalistes qui rejettent sa ligne modérée exploiteront-ils son affaiblissement pour lancer le processus de réappropriation du syndicat par les travailleurs ?

Les événements actuels ne resteront pas sans influence sur la situation syndicale, caractérisée par un début de conflit autour de l’amendement de l’article 10 du règlement intérieur. Cet article interdit aux membres du bureau exécutif de détenir plus de deux mandats successifs dans cette instance. Aussi bien l’actuel secrétaire général, Abdeslam Jerad, que son adjoint et rival, Ali Romdane, voudraient le faire abroger. La bataille pour son maintien pourrait s’avérer être une bataille pour un changement aussi serein que décisif à la tête de l’UGTT.

Yassin Temlali

مقالي : لماذا لعب اتحاد العمال دورا بارزا في الانتفاضة التونسية

لم يحصل أبدا في تاريخ المنطقة أن لعبت نقابةٌ عمالية دورا سياسيا شبيها بالدور الذي لعبه الاتحاد العام التونسي للشغل في الانتفاضة الجارية في تونس، فما أن اندلعت مظاهراتُ الوسط الغربي حتى فتحت كوادرُه المقرات النقابية للمتظاهرين وقامت بإسماع صوتهم في وسائل الإعلام ونظمت التجمعات والاعتصامات والإضرابات مساندةً لهم في كل أنحاء القطر.

ولم تصطفّ قيادة النقابة عفويا إلى جانب المحتجين ولم يتضح دعمها لهم إلا بعد اتساع رقعة المظاهرات واتخاذها صبغة سياسية لا غبار عليها. حينئذ، لم تعد تكتفي بترديد مطالب الشباب العاطل فبدأت تطالب بإصلاحات ديمقراطية (بيان 4 يناير). وبعد فرار الرئيس بن علي في 14 يناير، قبلت المشاركةَ في حكومة محمد الغنوشي الانتقالية إلا أنها انسحبت منها بضغط من الشارع والنقابيين الراديكاليين، وطالبت بحكومة « إنقاذ وطني » تحل محلّها (بيان الهيئة الإدارية في 21 يناير).

ويمكن تفسير دخول الاتحاد العمالي التونسي المعترك السياسي برغبة مكتبه التنفيذي في الظهور بمظهر جديد وهو يرى القواعدَ النقابية والهياكلَ الوسيطة تشاطر التونسيين رغبتهم في التغيير، فأخشى ما تخشاه هذه الهيئة أن يتمخض الحراك الحاليّ عن طعن في شرعيتها، على منوال الطعن في شرعية الحكومة و »الحزب-الدولة » وإدارات وسائل الإعلام، وغيرها من رموز عهد الرئيس المخلوع. لكن عاملين آخرين، عدا براغماتية القيادة النقابية، يساعدان على فهم هذا السلوك : تاريخُ هذه المنظمة شديد الخصوصية منذ ميلادها في 1946 (مقارنة بأخرى في المنطقة) وتعدديتُها الإيديولوجية التي لم يقض عليها قمعُ النقابيين المستقلين، اليساريين منهم والقوميين.

تحول الاتحاد في السبعينات، بسبب الانغلاق السياسي، إلى حقل نشاط رئيسي للحركات المناوئة للحبيب بورقيبة ولمنعرجه الليبرالي، وكان من بينها « يسار جديد » (ذو أصول ماوية وأحيانا تروتسكية) أتم قطيعتَه مع ميراث الحزب الشيوعي التونسي المهادن. و بمرّ السنين وتوالي التجارب، شكلت هذه الحركاتُ داخلَه تيارا برنامجه كان ولا يزال تجذيرَ مواقف النقابة السياسية والاجتماعية ودمقرطةَ هياكلها. وقد تمكنت بفضل تضحيات جسام (الطرد من صفوف التنظيم، السجن، الخ) من تعزيز تمثيلها في النقابات العامة والاتحادات الإقليمية ودخول حلبة الهيئة الإدارية الوطنية بفضل هذا التمثيل.

ولم تفلح البيروقراطية النقابية في كسر هذا التيار كليَّةً في دواليبها. صحيحٌ أن راديكاليته تراجعت بعض الشيء لكنها لم تنضب، بل انتعشت في العقد الأخير بفضل انتعاش الحركة الديمقراطية المعارضة. ويمكن القول إن انتصارَه اليوم مبينٌ وهو يرى المكتب التنفيذي مجبرا على استبدال الدعوات إلى « تعميق الديمقراطية (« البنعلية ») بأخرى إلى « تغيير عميق ».

ومن الصعب وصفُ الاتحاد التونسي للشغل بأنه نقابة حرة مستقلة، لكن من الصعب أيضا وصفُه بأنه نقابة صفراء مهمتُها إطفاء الحرائق العمالية لا غير، فهو رغم الانغلاق السياسي في تونس قبل 14 يناير 2011 وتواطؤ زعاماته مع السلطة، احتفظ بهامش حرية لا يستهان به تجاه الحزب الاشتراكي الدستوري وخَلَفه التجمع الدستوري الديمقراطي. لا أدلَّ على ذلك من أن أخطر أزماته منذ إنشائه في منتصف الأربعينيات كانت في الحقيقة « أزمات علاقات » مع هذا الحزب، الذي بذل قصارى جهوده ليحوّله إلى إحدى « تنظيماته الجماهيرية ».

وترجع استقلالية النقابة التونسية النسبية إلى أنها لم تولد كمجرد رافد فرعي للحركة الاستقلالية وأنها كانت، منذ البدء، كالحزب الدستوري، إحدى مكونات هذه الحركة الرئيسية، ولو اختلفت الظروف السياسية لربّما تحولت إلى منظمة سياسية على مثال أحزاب العمل الأوروبية. ولم يكن هذا الحزب يقبل بسهولة أن تضاهي شعبيةُ زعمائها (فرحات حشاد، الخ) شعبيةَ زعمائه ولا أن تنتقدَه كما في 1956، بعد أن قبل المشاركة في حكومة طاهر بن عمار التي وصفها أمينُها العام آنذاك، أحمد بن صالح، بأنها في « خدمة البورجوازية ».

وبالنظر إلى هذا التنافس، عمل الحبيب بورقيبة، ما أن نالت تونس الاستقلال، على التحكم في مقاليد اتحاد الشغل. لذا شجع في 1956 إنشاءَ تنظيم عمالي مواز بقيادة نقابي منشق، الحبيب عاشور، وأجبرت ضغوطُه أحمد بن صالح على الاستقالة من منصبه، فانتُخب بدلَه مناضل دستوري، أحمد التليلي، أقصي بدوره سنة 1963، ما قد يفسره سعيه إلى الاحتفاظ بهامش من الحرية إزاء الحزب الحاكم.

وكان تبني تونس نمطَ تنمية « اشتراكي » بدءا من 1961 (كحلّ لمشكلة ندرة الرساميل الأجنبية) شرّ انتقام للاتحاد من الحزب الدستوري، إذ عُيِّن أمينه العام المقال، أحمد بن صالح، وزيرا للمالية والتخطيط وأطلقت يداه ليؤمم الاقتصاد صناعةً وزراعةً بل وتجارةً أيضا، مستوحيا مقررات المؤتمر النقابي العام لسنة 1956. ولا مبالغة إن قلنا إن هذه التجربة « الاشتراكية » طبعت تاريخ تونس الحديث وأنها أحدُ منابع الثقافة السياسية للحركة النقابية التونسية.

وبالرغم من ضغوط الحزب الواحد الحاكم، لم يصبح اتحاد الشغل محض هيكل من هياكله ولم يفقد استقلاليته كلها، كما تشير إلى ذلك مقاومة أمينه العام الحبيب عاشور محاولات الهيمنة البورقيبية، بالرغم مما عُرف عنه من أنه كان أداة الانقلاب الداخلي على أحمد بن صالح بعد الاستقلال. وقد تم اعتقاله سنة 1965، لرفضه لوائح مؤتمر للاشتراكي الدستوري دعت إلى اعتبار « المنظمات الوطنية » جزءا من منظمات الحزب، ثم سنة 1978 بعد دعوته إلى إضراب عام تحول إلى ما يشبه العصيان المدني. وأعيد انتخابُه أمينا عاما في 1980، لكنه أبعد عن هذا المنصب واعتقل مجددا في 1985، إثر اتهامه بالسعي إلى خلافة « المجاهد الأكبر ». وبالرغم من مساره المليء بالمفارقات، لا يزال الاتحاد يعده أحد رموز « الاستقلال النقابي ».

وفي 1989، نجحت السلطة في أن تفرض على الاتحاد قيادةً ترأسها إسماعيل السحباني، غضّت الطرف عن إصلاحاتها الليبرالية وخاضت معارك شرسة ضد اليسار النقابي، قبل أن تستبدل في 2000 بالقيادة الحالية برئاسة عبد السلام جراد. وإذا كانت فترة التسعينيات من أحلك فترات التاريخ النقابي، فإن عقد الألفين عرف انتعاشَ العمل النقابي المطلبي وتزاوجَه مع العمل السياسي الديمقراطي، وأبلغ برهان على ذلك أن مساندة المكتب التنفيذي لترشح بن علي للرئاسة في 2004 و2009 قوبلت باستهجان كثير من الهياكل (النقابات العامة، الاتحادات الإقليمية، الخ) وأن مناضلين نقابيين كانون في عداد مناضلي المعارضة النشطين.

واستجابة لضغوط النقابيين الراديكاليين، سعت القيادة النقابية الحالية إلى معادلة كفة مهادنتها للنظام بالمشاركة في نشاطات تيار العولمة البديلة وتبنّي خطاب ذي مسحة مناهضة لليبرالية. ولم يُكتب لهذا الخطاب أن يتجسد على الميدان، فخلال انتفاضة الحوض المنجمي في قفصة مثلا (يناير-يونيو 2008)، لم يساند المكتب التنفيذي المحتجين كما ساندت الكوادر النقابية سكان سيدي بوزيد والقصرين وغيرهما، وكانت أقصى درجات راديكاليته دعوتُه إلى إطلاق سراح معتقلي هذا التحرك الشعبي.

ولن تُعدم التطورات السياسية في تونس تأثيرا على الساحة النقابية، التي يميزها الصراعُ الدائر حول تعديل المادة العاشرة من النظام الداخلي. إحدى فقرات هذه المادة تحظر على أعضاء المكتب التنفيذي الترشح لعضويتها بعد ولايتين متتاليتين، ما يفسر عزمَ كثير منهم على حذفها (تسعةٌ منهم تنتهي ولايتهم الثانية قريبا). لهذا السبب، تبدو معركة منع تعديلها هي ذاتها معركةَ التغيير الجذري داخل الاتحاد.

ياسين تملالي


Pour lire le texte en français lire l’article 350 de « socialgerie », en cliquant ici ..


APRES BENALI, LE MÉCHANT VALET, CORROMPU ET DESTITUÉ, LE FMI RESTERA-T-IL LE VÉRITABLE MAÎTRE ET DICTATEUR?

En cliquant sur le lien de l’article ci-dessous, vous saurez mieux pourquoi, quand au fond, le véritable enjeu des manifestations actuelles de l’opposition tunisienne n’est pas seulement la composition de l’équipe gouvernementale nouvelle, mais bien au-delà, la question de savoir si le peuple et les travailleurs tunisiens continueront à souffrir sous le joug de la dictature mondiale néolibérale.

Le FMI, la Banque Mondiale, les multinationales, les dirigeants collectifs de ce système mondial avec leur bras armé de l’OTAN, peuvent larguer des boucs émissaires, ils ne lâcheront pas facilement leurs proies depuis l’Atlantique jusqu’au Golfe arabo-persique…

« Ce qui arrive en Tunisie relève d’un processus économique mondial qui détruit la vie des gens par la manipulation délibérée des forces du marché ».
(Michel Chossudovsky, Global Famine, op cit.)

La TUNISIE ET LES DIKTATS DU FMI

Michel CHOSSUDOVSKY

L’Aut’Journal – www.lautjournal.info

mardi 25 janvier 2011

Les médias occidentaux proclament, en chœur, que le général Zine el-Abidine Ben Ali, ancien président déchu de la Tunisie, est un dictateur.

Le mouvement de protestation tunisien est simplement décrit comme la conséquence d’un régime antidémocratique et autoritaire défiant les normes de la «communauté internationale».

Toutefois, Ben Ali n’était pas un «dictateur». Les dictateurs décident et dictent. Ben Ali était un serviteur des intérêts économiques occidentaux, un pantin fidèle qui obéissait aux ordres, avec l’appui soutenu de la communauté internationale.

L’interférence étrangère dans les affaires intérieures de la Tunisie n’est pas mentionnée dans les reportages médiatiques. Les hausses de prix de la nourriture n’ont pas été «dictées» par le gouvernement Ben Ali, mais imposées par Wall Street et le Fonds monétaire international (FMI).

Le rôle du gouvernement Ben Ali a été d’appliquer la médecine économique mortelle du FMI, laquelle, sur une période de plus de 20 ans, a servi à déstabiliser l’économie nationale et à appauvrir la population tunisienne.

En tant que chef d’État, Ben Ali n’a pas pris de décision importante. La souveraineté nationale était un souvenir. En 1987, au plus fort de la crise de la dette, le gouvernement nationaliste de gauche d’Habib Bourguiba a été remplacé par un nouveau régime, fermement engagé à adopter des réformes du «marché libre».

La gestion macro-économique sous le commandement du FMI était aux mains des créanciers extérieurs de la Tunisie. Au cours des 23 dernières années, la politique sociale et économique du pays a été dictée par le consensus de Washington.

Ben Ali est demeuré au pouvoir, car son gouvernement a obéi et appliqué efficacement les dictats du FMI, tout en servant à la fois les intérêts des États-Unis et ceux de l’Union européenne.

Ce système a été implanté dans de nombreux pays.

La continuité des réformes fatales du FMI requiert un «changement de régime». La mise en place d’une marionnette politique assure l’application du programme néolibéral, tout en créant des conditions propices à l’effondrement éventuel d’un gouvernement corrompu et impopulaire ayant servi à appauvrir une population entière.

Le mouvement de protestation

Ce ne sont pas Wall Street et les institutions financières internationales situées à Washington qui sont la cible directe du mouvement de protestation. L’implosion sociale a été dirigée contre un gouvernement plutôt que contre l’interférence des puissances étrangères dans l’orientation de la politique gouvernementale.

Au début, les protestations n’étaient pas le résultat d’un mouvement politique organisé et dirigé contre l’imposition des réformes néolibérales.

De plus, des indications laissent croire que le mouvement de protestation a été manipulé dans le but de créer un chaos social, ainsi que d’assurer une continuité politique. Des reportages non corroborés révèlent des actes de répression et d’intimidation par des milices armées dans de grandes zones urbaines.

La question qui importe est comment la crise évoluera-t-elle? Comment la question plus large de l’interférence étrangère sera-t-elle abordée par le peuple tunisien?

Du point de vue de Washington et de Bruxelles, on prévoit le remplacement d’un régime impopulaire et autoritaire par un nouveau gouvernement fantoche. Des élections sont envisagées sous la supervision de la soi-disant communauté internationale, auquel cas des candidats seraient présélectionnés et approuvés.

Si ce processus de changement de régime devait être mis en œuvre pour le compte d’intérêts étrangers, le nouveau gouvernement mandataire assurerait sans doute la continuité du programme politique néolibéral ayant servi à appauvrir la population tunisienne.

Le gouvernement transitoire mené par le président intérimaire Fouad Mebazza se trouve actuellement dans une impasse, avec une opposition féroce émanant du mouvement syndical (UGTT). Mebazza a promis de «rompre avec le passé» sans toutefois spécifier si cela signifie l’annulation des réformes économiques néolibérales.

Aperçu historique

En chœur, les médias ont présenté la crise en Tunisie comme une question de politique intérieure, sans offrir de perspective historique. La présomption veut qu’avec la déposition du «dictateur» et l’installation d’un gouvernement dûment élu, la crise sociale se résoudra tôt ou tard.

Les premières «émeutes du pain» en Tunisie remontent à 1984. Le mouvement de protestation de janvier 1984 a été causé par une hausse de 100 pour cent des prix du pain. Cette augmentation a été exigée par le FMI dans le cadre du programme d’ajustement structurel tunisien (PAS). L’élimination de subventions alimentaires était une condition de facto de l’accord de prêt avec le FMI.

Le président Habib Bourguiba, qui a joué un rôle historique dans la libération de la Tunisie du colonialisme français, a déclaré un état d’urgence en réaction aux émeutes:

Alors que les tirs retentissaient, la police et les troupes d’armée en jeeps et en véhicules blindés de transport de troupes se sont déployées à travers la ville pour réprimer l’«émeute du pain». La démonstration de force a finalement amené un calme inquiétant, mais seulement après que plus de 50 manifestants et passants furent tués. Ensuite, dans une émission dramatique de cinq minutes diffusée à la radio et à la télévision, Bourguiba a annoncé qu’il annulait la hausse de prix. (Tunisia: Bourguiba Lets Them Eat Bread – TIME, janvier 1984)

Après le désaveu du président Bourguiba, la hausse de prix du pain a été annulée. Bourguiba a congédié son ministre de l’Intérieur et a refusé de se conformer aux demandes du consensus de Washington.

Le programme néolibéral avait tout de même été établi et avait mené à une inflation galopante et au chômage de masse. Trois ans plus tard, Bourguiba et son gouvernement ont été chassés dans un coup d’État sans effusion de sang, «en raison d’incompétence».

Cela a conduit à l’installation du général Zine el-Abidine Ben Ali comme président en novembre 1987. Ce coup ne visait pas Bourguiba: il était largement destiné à démanteler de façon permanente la structure politique nationaliste établie initialement au milieu des années 1950, tout en privatisant les avoirs de l’État.

Le coup militaire a non seulement marqué la fin du nationalisme postcolonial mené par Bourguiba, il a également contribué à affaiblir le rôle de la France. Le gouvernement Ben Ali s’est fermement aligné sur Washington plutôt que Paris.

À peine quelques mois après l’installation de Ben Ali comme président en novembre 1987, un accord majeur a été signé avec le FMI. Un accord avait également été conclu avec Bruxelles concernant l’établissement d’un régime de libre-échange avec l’Union européenne. Un programme de privatisation massive sous la supervision du FMI et de la Banque mondiale a aussi été lancé. Avec des salaires horaires de l’ordre de 0,75 euro, la Tunisie était par ailleurs devenue un paradis de main d’œuvre bon marché pour l’Union européenne.

Qui est le dictateur ?

Un examen des documents du FMI suggère que depuis l’inauguration de Ben Ali en 1987 jusqu’à aujourd’hui, son gouvernement s’était fidèlement conformé aux conditionnalités du FMI et de la Banque mondiale, incluant le congédiement de travailleurs du secteur public, l’élimination du contrôle des prix de biens essentiels à la consommation et l’implantation d’un programme de privatisation radical. L’abolition des barrières commerciales ordonnée par la Banque mondiale a favorisé le déclenchement d’une vague de faillites.

À la suite de ces bouleversements de l’économie nationale, les remises en espèces provenant des travailleurs tunisiens dans l’Union européenne sont devenues une source de plus en plus importante de recettes en devises.

Environ 65 000 Tunisiens vivent à l’étranger. En 2010, le montant total des remises en espèces étaient de l’ordre de 1,960 milliards de dollars, une hausse de 57 % par rapport à 2003. Une grande part de ces remises en devises sera affectée au service de la dette extérieure.

L’augmentation spéculative des prix de la nourriture dans le monde

En septembre 2010, un accord a été conclu entre Tunis et le FMI, lequel recommandait l’annulation des subventions restantes comme moyen d’atteindre un équilibre fiscal.

La prudence fiscale demeure une priorité très importante pour les autorités tunisiennes], qui, dans l’environnement international actuel, voient également la nécessité de maintenir en 2010 une politique budgétaire d’un grand secours. Au cours de la dernière décennie, les efforts visant à réduire significativement le ratio d’endettement public ne devraient pas être compromis par une politique budgétaire trop laxiste. Les autorités sont engagées à contrôler fermement les dépenses actuelles, incluant les subventions […] (IMF Tunisia : 2010 Article IV Consultation – Staff Report; Public Information Notice on the Executive Board Discussion; and Statement by the Executive Director for Tunisia [http://www.imf.org/external/pubs/ft/scr/2010/cr10282.pdf)

Il convient de noter que l’insistance du FMI relativement à l’austérité budgétaire et à l’abolition des subventions coïncide chronologiquement avec une nouvelle augmentation des prix des aliments de base aux bourses de marchandise de Londres, New York et Chicago. Ces hausses de prix sont en grande partie le résultat des spéculations pratiquées par d’importants intérêts financiers et commerciaux de l’industrie agricole.

Ces augmentations des prix des aliments, résultant d’une manipulation pure et simple (plutôt que de la rareté), ont servi à appauvrir des populations partout dans le monde. Ces hausses constituent une nouvelle étape dans le processus d’appauvrissement mondial.

Les médias ont simplement induit l’opinion publique en erreur en ce qui concerne les causes de ces augmentations de prix, en se concentrant presque exclusivement sur les questions des coûts de production, du climat et d’autres facteurs entraînant la réduction des réserves et pouvant contribuer à l’augmentation du prix des produits essentiels. Bien que ces facteurs puissent entrer en jeu, leur pertinence est limitée dans l’explication de la hausse impressionnante et dramatique des prix des produits de base.

La montée en flèche des prix des aliments est largement due à la manipulation des marchés. Elle est attribuable aux transactions spéculatives sur les marchés des produits de base. Les prix du grain sont augmentés artificiellement par des opérations spéculatives de grande envergure aux Bourses mercantiles de New York et de Chicago.

Les transactions spéculatives sur le blé, le riz ou le maïs peuvent avoir lieu sans qu’il y ait de transactions réelles sur marchandises. Les institutions qui spéculent sur le marché de grains ne sont pas nécessairement impliquées dans la vente et la livraison réelles du grain.

Les transactions peuvent utiliser des fonds de l’Index des marchandises, lesquels sont des paris sur le mouvement général à la hausse ou à la baisse des prix des produits de base. Une «option de vente» est un pari que le prix diminuera, une «option d’achat» un pari que le prix augmentera. Par une manipulation concertée, les négociateurs institutionnels et les institutions financières font monter le prix et ensuite placent leurs paris sur un mouvement à la hausse des prix d’un produit en particulier.

La spéculation génère de la volatilité sur les marchés. En retour, l’instabilité qui en résulte encourage davantage d’activité spéculative.

Les gains sont réalisés lorsque les prix augmentent. Inversement, si le spéculateur vent à découvert, les gains seront enregistrés lors de la chute des prix.

Cette récente hausse spéculative du prix des aliments a favorisé un processus mondial de création de la famine d’une ampleur sans précédent. » (Michel Chossudovsky, Global Famine, Global Research, 2 mai 2008),

Il y a eu, de 2006 à 2008, une hausse dramatique des prix de tous les produits essentiels, dont le riz, le blé et le maïs. Le prix du riz a triplé en cinq ans, passant d’environ 600 $ la tonne en 2003 à plus de 1800 $ la tonne en mai 2008.

(Michel Chossudovsky, http://www.globalresearch.ca/index…..

Pour plus de détails voir Michel Chossudovsky, chapitre 7, Global Poverty and the Economic Crisis dans Michel Chossudovsky et Andrew Gavin Marshall, éditeurs, The Global Economic Crisis, The Great Depression of the XXI Century, Global Research, Montréal 2010, http://globalresearch.ca/index.php?… )

L’augmentation récente du prix du grain est caractérisée par un bond de 32 % enregistré durant la deuxième moitié de 2010 dans l’indice composite des prix alimentaires.

La forte hausse des prix du sucre, des céréales et des oléagineux a conduit les prix alimentaires mondiaux à un record en décembre, dépassant les coûts de 2008, lesquels avaient déclenché des émeutes à travers le monde, et suscitant des mises en garde à l’effet que les prix s’aventuraient en terrain dangereux.

En décembre, un indice compilé mensuellement par les Nations Unies a battu son record de juin 2008 pour atteindre le niveau le plus élevé depuis la création des registres en 1990. Publié par l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (ONUAA) située à Rome, l’indice, qui suit les prix d’un panier de céréales, des oléagineux, des produits laitiers, de la viande et du sucre, a augmenté pendant six mois consécutifs. (Jill Treanor, World food prices enter ’danger territory’ to reach record high, The Guardian, 5 janvier 2011)

Amère ironie : avec une augmentation du prix des aliments en arrière-plan, le FMI recommande l’annulation des subventions dans le but d’atteindre l’objectif d’austérité budgétaire.

Manipulation des données sur la pauvreté et le chômage

Il règne un climat de désespoir social, les vies sont brisées.

Alors que le mouvement de protestation en Tunisie est visiblement le résultat d’un processus d’appauvrissement de masse, la Banque mondiale soutient que les niveaux de pauvreté ont été réduits grâce aux réformes de libre-marché adoptées par le gouvernement Ben Ali.

Selon le rapport de la Banque mondiale sur la Tunisie, le gouvernement tunisien (avec l’appui des institutions de Bretton Woods) a contribué à réduire les niveaux de pauvreté à 7 % (des niveaux nettement plus bas que ceux enregistrés aux États-Unis et dans l’Union européenne).

La Tunisie a enregistré des progrès remarquables en matière de croissance équitable, de lutte contre la pauvreté et d’indicateurs sociaux. Son taux de croissance s’est maintenu à 5% en moyenne au cours des vingt dernières années, avec une progression régulière du revenu par habitant et une augmentation parallèle du bien-être de sa population mise en évidence par un taux de pauvreté qui est parmi les plus bas de la région (7 %).

La réduction de la pauvreté est attribuable principalement à la progression régulière du revenu par habitant […] L’amélioration du réseau routier rural a joué un rôle particulièrement important en permettant aux populations pauvres vivant dans les campagnes d’accéder aux marchés et aux services urbains. Les programmes de logement ont amélioré les conditions de vie des populations pauvres et permis de dégager des revenus et de l’épargne pour financer des dépenses alimentaires et non alimentaires, ce qui a contribué également à agir favorablement sur l’allégement de la pauvreté. Les subventions alimentaires, qui étaient destinées aux pauvres, quoiqu’elles n’aient pas fonctionné de façon optimale, ont également aidé les habitants pauvres des villes. (Banque mondiale, Note de présentation de la Tunisie) Ces chiffres sur la pauvreté sont de pures fabrications, sans compter l’«analyse» économique et sociale sous-jacente. Ils présentent le libre-marché comme le moteur de réduction de la pauvreté. Le cadre analytique de la Banque mondiale est utilisé pour justifier un processus de «répression économique» appliqué dans plus de 150 pays en développement à travers le monde.

Comme seulement 7 % de la population vit dans la pauvreté (comme le suggère l’«estimation» de la Banque mondiale) et que 93 % arrive à satisfaire ses besoins fondamentaux en termes de nourriture, de logement, de santé et d’éducation, il n’y aurait pas de crise en Tunisie.

La Banque mondiale participe activement à la manipulation de données et à la déformation de la détresse des Tunisiens. Le taux de chômage officiel est de 14 % et le niveau réel de chômage est beaucoup plus élevé. Le taux de chômage enregistré chez les jeunes est de l’ordre de 30 %. Les services sociaux, dont la santé et l’éducation, se sont effondrés sous le poids des mesures d’austérité économique du FMI et de la Banque mondiale.

La Tunisie et le monde

Ce qui arrive en Tunisie relève d’un processus économique mondial qui détruit la vie des gens par la manipulation délibérée des forces du marché.

De manière plu générale, «les dures réalités économiques et sociales sous-jacentes aux interventions du FMI sont la forte hausse du prix des denrées alimentaires, des famines au niveau local, des mises à pieds massives de travailleurs urbains et de fonctionnaires, ainsi que la destruction des programmes sociaux. Le pouvoir d’achat à l’échelle nationale s’est effondré, des cliniques médicales et des écoles ont été fermées, et des centaines de millions d’enfants sont privés de leur droit à un enseignement primaire». (Michel Chossudovsky, Global Famine, op cit.)

Traduction: Julie Lévesque, mondialisation.ca


Il est nécessaire de diriger le mouvement de protestation non seulement contre le gouvernement mais aussi contre l’ambassade étasunienne, la délégation de l’Union européenne et les missions du FMI et de la Banque mondiale en Tunisie. [M. C. mis à jour le 22 janvier 2011]


Article original en anglais : Tunisia and the IMF’s Diktats: How Macro-Economic Policy Triggers Worldwide Poverty and Unemployment, publié le 20 janvier 2011.

EXIGER LA LEVÉE DE L’ETAT D’URGENCE – Coordination Nationale pour le Changement et la Démocratie

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26 January 2011

Communique

بيان يتعلّق بالمظاهرة الوطنية من أجل المطالبة برفع حالة الطوارئ، تنظمها التنسيقية الوطنية للتغيير والديمقراطية

عقب الأحداث التي عصفت بالبلد وبالمنطقة طيلة الأسابيع الماضية، تنادي التنسيقية الوطنية للتغيير والديمقراطية، التي أُنشئت بتاريخ 21 يناير 2011، إلى مظاهرة وطنية من أجل المطالبة برفع حالة الطوارئ المستمرة منذ 9 فبراير 1992.

وإن كانت حركة رشاد لم تُشرَك في مبادرة تأسيس هذه التنسيقية، فهي تأمل أن تُشكّل هذه الأخيرة فضاءً حرًّا وجامعًا، مفتوحًا لكل قوى المجتمع المدني بلا إقصاء، لأن ذلك هو الضمان الوحيد لنجاح أيّ عمل جماعي يهدف إلى طرح بديل ذي مصداقية للنظام القائم في الجزائر.

وانطلاقا من

  • ميثاقها الذي ينادي بدعم كل مبادرة تهدف إلى مدّ جسور بين الفاعلين السياسيين والاجتماعيين وإلى بناء علاقات ثقة بينهم وإلى المساهمة في تجميعهم؛
  • قناعتها بعدم قدرة أيّ قوة سياسية لوحدها على إحداث التغيير السياسي السلمي والجذري الذي يتطلّع إليه الجزائريون؛
  • توصيات الشركاء في المعارضة، المجتمعين في مدينة جنيف في شهر نوفمبر 2008، بدعم المبادرات التي تطالب بالتغيير السياسي الجذري وتدعو إلى تكاثرها في مختلف الأوساط والمستويات والفئات الاجتماعية؛

فإنّ حركة رشاد تعبّر عن مساندتها لمطلب رفع حالة الطوارئ، ليس كهدف بذاته ولكن كخطوة نحو التغيير السلمي والجذري لطبيعة النظام السياسي الذي لا يزال متسلطا على الجزائر.

كما تدعو حركة رشاد المواطنين وكافة القوى التي تسعى إلى التغيير وتأمل في انعتاق بلدنا من الدكتاتورية، للمشاركة بطريقة لاعنفية في هذه المظاهرة.

أمانة حركة رشاد

26 يناير 2011


Communiqué

au sujet de la manifestation nationale pour exiger la levée de l’état d’urgence

organisée par Coordination Nationale pour le Changement et la Démocratie

Suite aux évènements qui ont secoué le pays et la région ces dernières semaines, la Coordination Nationale pour le Changement et la Démocratie, créée le 21 janvier 2011, a appelé à une manifestation nationale pour exiger la levée de l’état d’urgence qui perdure depuis le 9 février 1992.

Même si le mouvement Rachad n’a pas été associé à sa formation et son initiative, il espère que cette coordination sera un espace libre et rassembleur ouvert à toutes les forces de la société civile du pays, sans exclusive, car c’est la seule garantie du succès d’une action collective en vue d’une alternative crédible au pouvoir actuel en Algérie.

En vertu

  • de sa charte qui préconise l’appui de toute démarche qui vise à jeter des ponts entre les acteurs politiques et sociaux, à bâtir des relations de confiance entre eux et à contribuer à leur rassemblement;
  • de sa conviction qu’aucune force politique ne pourra à elle seule opérer le changement politique pacifique radical attendu par les Algériens;
  • des recommandations des partenaires de l’opposition, réunis à Genève en novembre 2008, de soutenir les initiatives qui revendiquent un changement politique radical et d’appeler à ce qu’elles se multiplient à tous les niveaux, et dans tous les segments de la société;

Rachad exprime son soutien à l’exigence de la levée de l’état d’urgence, non comme une fin en soi mais comme un pas vers un changement pacifique radical de la nature du système politique qui continue à sévir en Algérie.

Rachad appelle les citoyens et toutes les forces qui aspirent au changement, et souhaitent voir notre pays s’émanciper de la dictature, à participer de façon non-violente à cette manifestation.

Le Secretariat du mouvement Rachad

26 janvier 2011


About the national demonstration for the lifting of the state of emergency organized by the National Coordination for Change and Democracy

Press Release

Following the events that shook the country and the region in recent weeks, the National Coordination for Change and Democracy, set up on January 21, 2011, called for a national demonstration to demand the lifting of the state of emergency which has been in force since 9 February 1992.

Although Rachad was not involved in the setting up of this organisation and its initiative, it hopes that this coordinating body will be a free and inclusive forum open to all forces of Algerian society, without exception, because this is the only way to ensure the success of any collective action for a credible alternative to the current regime in Algeria.

On the basis of

• its charter which advocates supporting all initiatives for building bridges between political and social actors, building trust between them and contributing to their unity,

• its belief that no political force can, alone, bring about the radical and peaceful political change Algerians long for,

• the recommendations of the opposition partners – who met in Geneva in November 2008 – to support all actions aimed at bringing about a radical political change and to call for their multiplication at all levels and within all segments of society,

Rachad expresses its support for the demand of lifting the state of emergency, not as an end in itself but as a step towards a peaceful and radical change of the nature of the political system that is still plaguing Algeria.

Rachad urges all people and forces who want to see our country free from dictatorship to participate non-violently in this demonstration.

The Rachad Secretariat
26 January 2011

http://www.rachad.org

Aussi sur youtube :

http://www.youtube.com/rachadtv

et

http://www.youtube.com/yourachad

VENDREDI 28 JANVIER CONFERENCE DEBAT à INSTITUT MAGHREB – EUROPE

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L’Institut du Magreb-Europe

l’Union des Etudiants Algériens de France (UEAF)

Co-organisent une

conférence-débat

vendredi 28 janvier, à partir de 15h00

Université de Paris 8

2, rue de la Liberté – 93526 Saint-Denis

Tel. : 01 49 40 68 67

à l’amphi X

Portant sur :

« LE MAGHREB ENTRE AUTORITARISMES ET RÉVOLTES POPULAIRES ,

QUELLES ALTERNATIVES?»

Avec la participation de :

  • Mohammed HARBI, Historien

    Le FLN : Documents et histoire, 1954-1962, (en collaboration avec Gilbert Meynier)
    Fayard, 2004;
  • René GALISSOT, Historien,

    Le Maghreb de traverse, Bouchène, 2000
  • Khadija MOHSEN-FINAN, Politologue,

    «Le Maghreb entre ouvertures nécessaires et autoritarismes possibles», Ramsès 2006
  • Nicolas BEAU, Journaliste et écrivain

    La Régente de Carthage (en collaboration avec Catherine GRACIET), La Découverte, 2009
  • Ahmed DAHMANI, Economiste

    L’Algérie à l’épreuve. Economie politique des réformes (1980-1997), L’Harmattan, 1999
  • Aissa KADRI, Sociologue

    États et «sociétés civiles» – Associations et ONG- au Maghreb, Fondazione Roma, 2010

LE « CHAOS », VU PAR UN VETERAN DES LUTTES TUNISIENNES

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L’homme de culture, Gilbert NACCACHE, qui a écrit ce texte, était déjà en mars 1968, au milieu de ses camarades tunisiens de l’Université de Tunis, un opposant aux pratiques antidémocratiques du régime de Bourguiba.
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Il a pour cela, comme beaucoup d’autres, enduré tortures et prisons (onze ans enfermé!). C’est dire qu’il est qualifié pour apprécier le changement actuel.

A ceux qui, après avoir lu son intervention, voudraient en savoir plus sur son auteur et les luttes passées, cliquez sur le lien:

http://jalelelgharbipoesie.blogspot.com/2010/06/pour-saluer-gilbert-naccache.html


À tous ceux qui veulent une transition pacifique avec l’ancien État et ses serviteurs

À tous ceux qui ont peur du chaos,

Je voudrais poser la question.

Qui nous menace du chaos aujourd’hui ?

La mobilisation pacifique de ce peuple, de cette jeunesse sans esprit de vengeance et qui ne sont tombés dans aucun des pièges tendus par l’ancien régime?

Ces gens qui, malgré des semaines de manifestations durement réprimées, ne se sont jamais livré au pillage ou à la destruction aveugle?

Ces citoyens seulement munis de leur enthousiasme et de bâtons qui arrêtent des sbires de Ben Ali armés, et qui remettent les sbires et leurs armes intacts à l’armée?

Ces gens accueillants qui continuent à dire aux étrangers «vous êtes ici chez vous» et n’ont pas eu une parole xénophobe?

Ces jeunes qui montrent au monde entier des Tunisiens qui ne se dévalorisent plus, qui s’aiment, se parlent, s’entraident, et continuent à se mobiliser.

Où est-ce le corps des journalistes qui a su reprendre ses journaux, les faire paraître, qui donne enfin la parole aux tunisiens, qui fait son métier et qui en est fier pour la première fois en Tunisie?

Ou les avocats qui, ne supportant plus de ne pouvoir défendre leurs clients se sont mobilisés avec le peuple pour défendre le droit et la justice

Ou les magistrats qui dénoncent et chassent ceux d’entre eux qui ont fait honte à la profession?

Ou les entrepreneurs qui nous disent qu’ils sont prêts, maintenant que les parasites ne les voleront plus impunément, à faire redémarrer l’économie, à lutter efficacement contre le chômage, à chercher investissements et marchés?

Ou encore les employés de banque qui nous montrent combien ce peuple a été volé et par qui, et, en mettant à la porte les dirigeants corrompus,se préparent à gérer les finances et l’argent de tous selon la loi?

Ou les employés des compagnies d’assurance, des sociétés publiques et privées, de l’administration, tous mobilisés contre la corruption et les corrompus?

Ou encore les paysans, donnant une nouvelle fois l’exemple de la dignité, en ne demandant rien d’autre que le retour de ce dont on les a spoliés pour à nouveau arroser le terre de leur sueur et donner à manger au pays?

Ou les autres, tous les autres, travailleurs ou chômeurs avec ou sans diplôme, qui ont tous oublié leur personne pour réclamer pour tous?

Ce dont nous menacent tous ces gens, s’est de vouloir que l’on pousse la révolution au bout, qu’on ne les dépossèdent pas des fruits de leurs luttes, ils ne pensent pas des fruits de leurs sacrifices, n’étaient-ils pas bien plus sacrifiés avant 2011 pour l’unique profit des scélérats et des rapaces.

Le chaos n’est-il pas plutôt l’état dans lequel se trouvait le pays, avec des lois qui n’étaient appliquées que pour réprimer, pour faire taire, pour terroriser, et qui n’existaient pas pour ceux qui, fort de leur position dans l’État, rackettaient, volaient terres, terrains, maisons, biens, ils volaient le peuple directement, énormément; ils volaient l’État auquel ils ne payaient pas d’impôts, ils volaient les douanes, dont les chefs fermaient les yeux sur leurs trafic, ils volaient les banques qui leur «prêtaient» de l’argent qui ne revenait jamais, ils volaient ceux à qui ils donnaient des chèques immanquablement impayés, ils volaient les sociétés nationales, détournaient des avions sans être accusés de terrorisme. N’ont-ils pas été jusqu’à voler un yacht en Corse? Et il faudrait aussi parler de leurs activités relevant du grand banditisme, assassinats, trafics de drogue, proxénétisme, chantage et autres vilénies. Mais il y a tant de choses à dire, espérons que leurs victimes ne se tairont plus.

Et c’est pour garantir le passage de ce chaos à l’ordre que veulent toutes les couches du peuple qui n’ont pas profité de ce chaos que l’on voudrait garder à la direction du pays des gens dont le travail consistait, sinon à organiser le chaos, du moins à l’habiller avec élégance, pour qu’il puisse donner le change, oh, pas aux Tunisiens pour lesquels ils n’avaient que mépris, mais aux étrangers, les accueillant dans le pays, les installant dans des palaces, qui acceptaient leur argent tâché de sang, et les remerciaient de les protéger des hordes intégristes, de protéger la civilisation, quelle civilisation!

À tous ceux qui croient à juste titre qu’en démocratie, on n’a pas le droit d’exclure un parti qui se conforme aux lois de la justice et du respect des autres, demandons-leur de s’interroger: le RCD était-il un parti politique, l’est-il miraculeusement devenu après la révolution?
Ou plutôt, appelons-les à demander son avis au peuple, qui a vécu le règne du RCD, au quotidien: quand il y avait une démarche quelconque à faire, inscription à l’école d’un enfant, carte de soins, papiers d’identité, démarches auprès de l’administration, du tribunal, etc., le «responsable», non plutôt le caïd du RCD – il s’agissait plutôt de maffieux – demandait sa commission comme préalable, et un refus vous exposait à une dénonciation comme islamiste, terroriste, comploteur communiste ou pire encore; le peuple voyait à tous les niveaux de la vie économique les destouriens détourner une part des richesses, obtenir la gestion de coopératives de commercialisation des produits agricoles, de vente de semence, de location de matériel, etc.

Le peuple, qui pourrait parler, et qui, on l’espère, parlera des exactions des nababs du RCD, ce peuple demande la dissolution de ce soi-disant parti. Il a tort. Il ignore que c’est contraire à la démocratie. Ou alors, il sait que la démocratie exige la dissolution du RCD, en tant qu’organisation de malfaiteurs visant des desseins criminels.

Probablement, le peuple ne sait pas formuler sa revendication d’une façon légalement acceptable. Faisons-le pour lui, s’il nous le permet.

Le RCD doit être suspendu, en raison des graves soupçons de détournements et de vols qui pèsent sur lui, en attendant que la justice voit si les poursuites et condamnations qu’elle infligera autorisent ou non la dissolution de ce parti, auquel on peut commencer par reprocher l’accaparement de biens de l’État, ceux-là dont l’actuel gouvernement provisoire, dirigé par l’ancien secrétaire général du RCD, vient d’ordonner la restitution à l’État.

Le chaos, dites-vous? Le peuple pense que pour en sortir définitivement, il faut d’abord virer le RCD. Moi aussi.


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WASHINGTON ET LES DESSOUS DU LARGAGE DE BENALI

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Cet article très documenté, publié par le site du « Réseau Voltaire » apporte des éclairages inédits:

sur la toile de fond des enjeux internationaux en Méditerranée, en Afrique et dans le monde arabe

et sur les techniques devenues courantes par lesquelles les stratèges US s’efforcent de neutraliser ou détourner les élans révolutionnaires qui portent atteinte à leurs plans d’hégémonie planétaire.

Une information reçue ce jour (25 janvier) des agences de presse confirme l’arrivée à Tunis de Jeffrey Feltman, assistant de la secrétaire d’Etat US pour le Proche-Orient,alors que les manifestations se poursuivent contre la composition du gouvernement de transition. Cela ne semble augurer rien de bon.

Le mouvement de libération tunisien aura certainement besoin de beaucoup de vigilance, de solidarité et d’union de ses forces vives pour consolider sa première et grande avancée démocratique…

Alors que les médias occidentaux célèbrent la «Jasmine Revolution», Thierry Meyssan dévoile le plan US pour tenter de stopper la colère du peuple tunisien et conserver cette discrète base arrière de la CIA et de l’OTAN.

Selon lui, le phénomène insurrectionnel n’est pas fini et la vraie Révolution, tant redoutée par les Occidentaux, pourrait rapidement commencer.


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Le général William Ward —ancien responsable de la répression dans les Territoires palestiniens devenu commandant de l’Africom— lors d’une cérémonie en mai 2010. L’armée tunisienne a été réduite au minimum, mais le pays sert de base arrière aux opérations «anti-terroristes» régionales et dispose de ports indispensables au contrôle de la Méditerranée par l’OTAN.

Les grandes puissances n’aiment pas les bouleversements politiques qui leur échappent et contrecarrent leurs plans. Les événements qui ont fait vibrer la Tunisie depuis un mois n’échappent pas à cette règle, bien au contraire.

Il est donc pour le moins surprenant que les grands médias internationaux, suppôts indéfectibles du système de domination mondiale, s’enthousiasment soudainement pour la « Révolution du jasmin » et multiplient les enquêtes et reportages sur la fortune des Ben Ali qu’ils ignoraient jusque là malgré leur luxe tapageur. C’est que les Occidentaux courent après une situation qui leur a glissé des mains et qu’ils voudraient récupérer en la décrivant selon leurs souhaits.

Avant toute chose, il convient de rappeler que le régime de Ben Ali était soutenu par les Etats-Unis et Israël, la France et l’Italie.

Considéré par Washington comme un Etat d’importance mineure, la Tunisie était utilisée au plan sécuritaire, plus qu’économique. En 1987, un coup d’Etat soft est organisé pour déposer le président Habib Bourguiba au profit de son ministre de l’Intérieur, Zine el-Abidine Ben Ali. Celui-ci est un agent de la CIA formé à la Senior Intelligence School de Fort Holabird. Selon certains éléments récents, l’Italie et l’Algérie auraient été associés à cette prise de pouvoir [[Déclarations de l’amiral Fulvio Martini, alors chef des services secrets italiens (SISMI).]].

Dès son arrivée au Palais de la République, il met en place une Commission militaire jointe avec le Pentagone. Elle se réunit annuellement, en mai. Ben Ali, qui se méfie de l’armée, la maintient dans un rôle marginal et la sous-équipe, à l’exception du Groupe des Forces spéciales qui s’entraîne avec les militaires US et participe au dispositif «anti-terroriste» régional. Les ports de Bizerte, Sfax, Sousse et Tunis sont ouverts aux navires de l’OTAN et, en 2004, la Tunisie s’insère dans le «Dialogue méditerranéen» de l’Alliance.

Washington n’attendant rien de spécial de ce pays au plan économique, il laisse donc les Ben Ali mettre la Tunisie en coupe réglée. Toute entreprise qui se développe est priée de céder 50 % de son capital et les dividendes qui vont avec. Cependant, les choses virent au vinaigre en 2009, lorsque la famille régnante, passée de la gourmandise à la cupidité, entend soumettre aussi les entrepreneurs états-uniens à son racket.

De son côté, le département d’Etat anticipe sur l’inévitable disparition du président. Le dictateur a soigneusement éliminé ses rivaux et ne dispose pas de successeur. Il faut donc imaginer une relève s’il vient à mourir. Une soixantaine de personnalités susceptibles de jouer un rôle politique ultérieur est recrutée. Chacune reçoit une formation de trois mois à Fort Bragg, puis un salaire mensuel [[Témoignage direct recueilli par l’auteur.]]. Le temps passe…

Bien que le président Ben Ali poursuive la rhétorique anti-sioniste en vigueur dans le monde musulman, la Tunisie offre diverses facilités à la colonie juive de Palestine. Les Israéliens d’ascendance tunisienne sont autorisés à voyager et à commercer dans le pays. Ariel Sharon est même invité à Tunis.

LA RÉVOLTE

L’immolation par le feu d’un vendeur ambulant, Mohamed el-Bouzazi, le 17 décembre 2010, après que sa charrette et ses produits aient été saisis par la police, donne le signal des premières émeutes. Les habitants de Sidi Bouzid se reconnaissent dans ce drame personnel et se soulèvent. Les affrontements s’étendent à plusieurs régions, puis à la capitale. Le syndicat UGTT et un collectif d’avocats manifestent scellant sans en avoir conscience l’alliance entre classes populaire et bourgeoisie autour d’une organisation structurée.

Le 28 décembre, le président Ben Ali tente de reprendre les choses en main. Il se rend au chevet du jeune Mohamed el-Bouazizi et s’adresse le soir à la Nation. Mais son discours télévisé exprime son aveuglement. Il dénonce les manifestants comme des extrémistes et des agitateurs stipendiés et annonce une répression féroce. Loin de calmer le jeu, son intervention transforme la révolte populaire en insurrection. Le peuple tunisien ne conteste plus simplement l’injustice sociale, mais le pouvoir politique.

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Le producteur Tarak Ben Ammar, propriétaire de Nessma TV et associé de Silvio Berlusconi. Il est l’oncle de Yasmina Torjman, épouse du ministre français de l’Industrie, Eric Besson.

À Washington, on constate que «notre agent Ben Ali» ne maitrise plus rien. Le Conseil de sécurité nationale Jeffrey Feltman [[Assistant de la Secrétaire d’Etat pour les Affaires proche-orientales.]] et Colin Kahl [[Assistant adjoint du secrétaire à la Défense pour le Proche-Orient]] s’accordent à considérer que le moment est venu de lâcher ce dictateur usé et d’organiser sa succession avant que l’insurrection ne se transforme en authentique révolution, c’est-à-dire en contestation du système.

Il est décidé de mobiliser des médias, en Tunisie et dans le monde, pour circonscrire l’insurrection. On focalisera l’attention des Tunisiens sur les questions sociales, la corruption des Ben Ali, et la censure de la presse. Tout, pourvu qu’on ne débatte pas des raisons qui ont conduit Washington à installer le dictateur, 23 ans plus tôt, et à le protéger tandis qu’il s’accaparait l’économie nationale.

Le 30 décembre, la chaîne privée Nessma TV défie le régime en diffusant des reportages sur les émeutes et en organisant un débat sur la nécessaire transition démocratique. Nessma TV appartient au groupe italo-tunisien de Tarak Ben Ammar et Silvio Berlusconi. Le message est parfaitement compris par les indécis: le régime est fissuré.

Simultanément, des experts Etats-uniens (mais aussi Serbes et Allemands) sont envoyés en Tunisie pour canaliser l’insurrection. Ce sont eux qui, surfant sur les émotions collectives, tentent d’imposer des slogans dans les manifestations. Selon la technique des prétendues « révolutions » colorées, élaborée par l’Albert Einstein Institution de Gene Sharp [[«L’Albert Einstein Institution: la non-violence version CIA», par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 4 juin 2007]], ils focalisent l’attention sur le dictateur pour éviter tout débat sur l’avenir politique du pays. C’est le mot d’ordre «Ben Ali dégage!» [[«La technique du coup d’État coloré», par John Laughland, Réseau Voltaire, 4 janvier 2010.]].

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(Capture d’écran) Le 2 janvier 2010, le groupe Anonymous (un paravent de la CIA) hacke le site internet officiel du Premier ministre et place un message de menace en anglais sur la page d’accueil. Le logo est celui du Parti pirate international, dont le membre tunisien Slim Amanou sera propulsé par l’ambassade US secrétaire d’Etat à la Jeunesse et des Sports du «gouvernement d’union nationale».

Masqué sous le pseudonyme Anonymous, le cyber-escadron de la CIA —déjà utilisé contre le Zimbabwe et l’Iran— hacke des sites officiels tunisiens et y installe un message de menace en anglais.

L’INSURRECTION

Les Tunisiens continuent spontanément à braver le régime, à descendre en masse dans les rues, et à brûler commissariats de police et magasins appartenant aux Ben Ali. Avec courage, certains d’entre eux payent le prix du sang. Pathétique, le dictateur dépassé se crispe sans comprendre.

Le 13 janvier, il ordonne à l’armée de tirer sur la foule, mais le chef d’état-major de l’armée de terre s’y refuse. Le général Rachid Ammar, qui a été contacté par le commandant de l’Africom, le général William Ward, annonce lui-même au président que Washington lui ordonne de fuir.

En France, le gouvernement Sarkozy n’a pas été prévenu de la décision états-unienne et n’a pas analysé les divers retournements de veste. La ministre des Affaires étrangères, Michèle Alliot-Marie, se propose de sauver le dictateur en lui dépêchant des conseillers en maintien de l’ordre et du matériel pour qu’il se maintienne au pouvoir par des procédés plus propres [[«Proposition française de soutenir la répression en Tunisie», par Michelle Alliot-Marie, Réseau Voltaire, 12 janvier 2011.]]. Un avion cargo est affrété le vendredi 14. Lorsque les formalités de dédouanement sont finies à Paris, il est trop tard : Ben Ali n’a plus besoin d’aide, il a déjà pris la fuite.

Ses amis d’hier, à Washington et Tel-Aviv, Paris et Rome, lui refusent l’asile. Il échoue à Riyad. Il aurait emporté avec lui 1,5 tonne d’or volée au Trésor public, ce que démentent les autorités encore en place.

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Marketing : le logo de la « Jasmine Revolution » apparaît au moment exact de la fuite de Ben Ali. Au centre, on reconnaît le poing levé, symbole ex-communiste utilisé dans toutes les « révolutions » colorées depuis Otpor en Serbie. Vu de Washington, l’important est d’affirmer que les événements sont finis et qu’ils s’inscrivent dans une dynamique internationale libérale. Aussi, le titre est-il inscrit en anglais et le drapeau tunisien est-il réduit à une simple fioriture sur la lettre R.

DU JASMIN POUR CALMER LES TUNISIENS

Les conseillers en communication stratégique US tentent alors de siffler la fin de la partie, tandis que le Premier ministre sortant compose un gouvernement de continuité. C’est là que les agences de presse lancent l’appellation «Jasmine Revolution» (en anglais s’il vous plaît). Les Tunisiens assurent-elles viennent de réaliser leur «révolution colorée». Un gouvernement d’union nationale est constitué. Tout est bien qui finit bien.

L’expression « Jasmine Revolution » laisse un goût amer aux Tunisiens les plus âgés: c’est celle que la CIA avait déjà utilisée pour communiquer lors du coup d’Etat de 1987 qui plaça Ben Ali au pouvoir.

La presse occidentale —désormais mieux contrôlée par l’Empire que la presse tunisienne— découvre la fortune mal acquise des Ben Ali quelle ignorait jusque là. On oublie le satisfecit accordé par le directeur du FMI, Dominique Strauss-Kahn aux gestionnaires du pays quelques mois après les émeutes de la faim [[Video]]. Et on oublie le dernier rapport de Transparency International qui affirmait que la Tunisie était moins corrompue que des Etats de l’Union européenne comme l’Italie, la Roumanie et la Grèce [[«Corruption perception index 2010», Transparency International.]].

Les miliciens du régime, qui avaient semé la terreur parmi les civils durant les émeutes les obligeant à s’organiser en comités d’auto-défense, disparaissent dans la nuit.

Les Tunisiens que l’on pense dépolitisés et manipulables après des années de dictature s’avèrent fort matures. Ils constatent que le gouvernement de Mohammed Ghannouchi, c’est « du benalisme sans Ben Ali ». Malgré quelques ravalements de façade, les caciques du parti unique (RCD) conservent les ministères régaliens. Les syndicalistes de l’UGTT, refusent de s’associer à la manip états-unienne et démissionnent des postes qu’on leur a attribués.

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Ahmed Néjib Chebbi, un opposant « Made in USA ».

Outre les inamovibles membres du RCD, il reste des gadgets médiatiques et des agents de la CIA. Par la grâce du producteur Tarak Ben Amar (le patron de Nessma TV), la réalisatrice Moufida Tlati devient ministre de la Culture. Moins show-bizz, plus significatif, Ahmed Néjib Chebbi, un pion de la National Endowment for Democracy, devient ministre du Développement régional. Ou encore, l’obscur Slim Amanou, un bloggeur rompu aux méthodes de l’Albert Einstein Institute, devient secrétaire d’Etat à la Jeunesse et des Sports au nom du fantomatique Parti pirate relié à l’auto-proclamé groupe Anonymous.

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Le vrai siège du pouvoir n’est plus au Palais de la République, mais à l’ambassade des Etats-Unis. C’est ici que l’on a composé le gouvernement Ghannouchi. Située hors de Tunis, dans un vaste campus barricadé, l’ambassade est un gigantesque blockhaus hautement sécurisé qui abrite les postes centraux de la CIA et du MEPI pour l’Afrique du Nord et une partie du Levant.

Bien entendu, l’ambassade des Etats-Unis n’a pas sollicité le Parti communiste pour faire partie de ce soi-disant «gouvernement d’union nationale».

À l’inverse, on prépare le retour de Londres, où il avait obtenu l’asile politique, du leader historique du Parti de la Renaissance (Ennahda), Rached Ghannouchi. Islamiste ex-salafiste, il prêche la compatibilité de l’islam et de la démocratie et prépare depuis longtemps un rapprochement avec le Parti démocrate progressiste de son ami Ahmed Néjib Chebbi, un social-démocrate ex-marxiste. Dans le cas d’un échec du «gouvernement d’union nationale», ce tandem pro-US pourrait fournir une illusion de rechange.

Une nouvelle fois, les Tunisiens se soulèvent, élargissant eux-mêmes le mot d’ordre qu’on leur avait soufflé : « RCD dégage ! ». Dans les communes et les entreprises, ils chassent eux-mêmes les collaborateurs du régime déchu.

VERS LA RÉVOLUTION ?

Contrairement à ce qui a été dit par la presse occidentale, l’insurrection n’est pas encore terminée et la Révolution n’a pas encore commencé. Force est de constater que Washington n’a rien canalisé du tout, hormis les journalistes occidentaux. Plus encore aujourd’hui que fin décembre, la situation est hors de contrôle.

Thierry Meyssan

* Analyste politique français, président-fondateur du Réseau Voltaire et de la conférence Axis for Peace. Il publie chaque semaine des chroniques de politique étrangère dans la presse arabe et russe. Dernier ouvrage publié: L’Effroyable imposture 2, éd. JP Bertand (2007).

JEUDI 27 JANVIER, RACHAD-TV / DEBAT: POSSIBILITÉS D’ACTIONS POPULAIRES

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كونوا في موعد حصة « منبر رشاد »

الخميس 27 يناير 2011

على الساعة 19:00 بتوقيت الجزائر – 19:00 توقيت أوربا

حوار على المباشر مع حركة رشاد (مراد دهينة)

حول التحركات الشعبية المقبلة

RachadTV Débat avec Rachad (Mourad Dhina)

POSSIBILITÉS D’ACTIONS POPULAIRES

Jeudi 27 janvier 2011, 19:00 Alger – 19:00 Europe

بأمكانكم التدخل على المباشر خلال الحصة عبر الهاتف أو سكايب

Vous pouvez participer en direct par skype ou par téléphone

أرسلوا أسئلتكم مسبقا على العنوان التالي

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  1. www.rachad.tv
  2. http://www.livestream.com/rachadtv
  3. www.ustream.tv/channel/rachad-tv

كما يمكن المشاركة في الحصص المفتوحة للحوار بالاتصال :

  1. التلفوني على الرقم : 00442031293081
  2. على حساب rachadtv على Skype

Aussi sur youtube :

http://www.youtube.com/rachadtv

et

http://www.youtube.com/yourachad

SNAPAP-LADDH-SATEF-CLA-Coordination Nationale des sections CNES: Communiqué

Les représentants des organisations et associations mentionnées soulignent en particulier « l’urgence d’actions collectives engagées; notre démarche est ouverte à toutes les forces et à tous les acteurs de la société afin d’éviter à l’Algérie le chaos et la basculer sérieusement et définitivement dans une perspective de changement démocratique.

COMMUNIQUÉ

Pour une Coordination Nationale pour le Changement et la Démocratie

Suite aux émeutes qui ont secoué l’ensemble de l’Algérie et qui continuent à se manifester à travers d’innombrables foyers de tension,

Face aux attitudes répressives et méprisantes du régime en place contre la société algérienne,

Conscients de la gravité de la crise et des dangers qui guettent le pays,

Nous, organisation des Droits de l’Homme, syndicats autonomes, associations estudiantines et de jeunes, comités de quartiers et collectifs citoyens, association de disparus, associations défense de la femme, figures intellectuelles et partis politiques :

  • Nous inclinons devant la mémoire des victimes et blessés des révoltes populaires et exigeons la libération immédiate et inconditionnelle des personnes arrêtées pour des raisons de manifestations ou de délits d’opinion,
  • Annonçons la création d’une Coordination Nationale de Concertation pour le Changement Démocratique,
  • Décidons de l’organisation d’une Marche Nationale pour exiger la levée de l’état d’urgence sévissant depuis dix neuf ans et qui immobilise le pays et brime toutes les libertés et
  • Exprimons notre totale solidarité avec le peuple Tunisien dans sa lutte contre le totalitarisme et l’instauration d’un Etat démocratique.

Convaincus de l’urgence d’actions collectives engagées, notre démarche est ouverte à toutes les forces et à tous les acteurs de la société afin d’éviter à l’Algérie le chaos et la basculer sérieusement et définitivement dans une perspective de changement démocratique.

Les signataires :

Ali Yahia Yahia Abdenour

Fodil Boumala

LADDH

SNAPAP

Coordination des sections CNES

CLA

SATEF

SOS Disparus

RAJ

Syndicat des Etudiants de l’Université de Tizi Ouzou,UMMTO

Comité de chômeurs du Sud

Collectif Algérie Pacifique

Comité de quartier de Bab El Oued

Association Tharwa-Fatma N’Soumer

Comité de l’Institut des Sciences économiques, UMMTO

UN TÉMOIGNAGE INÉDIT DE MONCEF MARZOUKI: «Même dans le désert, il faut semer»

L’auteure de l’interview, avait demandé en Mai 2010 au Dr Moncef MARZOUKI, exilé politique tunisien de longue date,  » ce qui lui permettait de rester si positif alors que le tableau de la situation politique en Tunisie qu’il dressait apparaissait si sombre »?.

(Propos recueillis par Naima Bouteldja, chercheure près l’Université d’Exeter en Grande Bretagne. Reproduits par François Gèze dans un article diffusé le 21 janvier par le site algérien « Forum des Democrates »)

Moncef Marzouki, mai 2010.-

« J’ai deux techniques pour rester positif psychologiquement. La première, c’est que je me dis que le temps géologique n’est pas le temps des civilisations, que le temps des civilisations n’est pas celui des régimes politiques et que le temps des régimes n’est pas celui des hommes. Il faut l’accepter. Si je m’engage dans le projet de transformer la Tunisie, vieille de quinze siècles, je ne vais pas la transformer en vingt ans. Je dois donc accepter les échéances de long terme. Et à partir de là, je ne me décourage pas, parce que mon horizon, ce n’est pas les six prochains mois ou la prochaine élection présidentielle : c’est celui des cent prochaines années – que je ne verrai pas, c’est évident.

« Et l’autre technique vient du fait que je suis un homme du Sud. Je viens du désert et j’ai vu mon grand-père semer dans le désert. Je ne sais pas si vous savez ce que c’est que de semer dans le désert. C’est semer sur une terre aride et ensuite vous attendez. Et si la pluie tombe, vous faites la récolte. Je ne sais pas si vous avez déjà vu le désert après la pluie, c’est comme la Bretagne ! Un jour, vous marchez sur une terre complètement brûlée, ensuite il pleut à peine et ce qui s’en suit, vous vous demandez comment cela a pu se produire : vous avez des fleurs, de la verdure… Tout simplement parce que les graines étaient déjà là… Cette image m’a vraiment marqué quand j’étais enfant. Et, par conséquent, il faut semer ! Même dans le désert, il faut semer !

« Et c’est de cette façon que je vois mon travail. Je sème et s’il pleut demain, c’est bien, sinon au moins les graines sont là, car que va-t-il se passer si je ne sème pas ? Sur quoi la pluie va-t-elle tomber ? Qu’est-ce qui va pousser : des pierres ?

C’est l’attitude que j’adopte : semeur dans le désert… »