LE MARTYR NE REVIENDRA PLUS… DESTRUCTION DE LA MAISON DE BEN M’HIDI

Ci-dessous des extraits de correspondances parvenues au site…

Destruction à coups de bulldozer de la maison de Larbi Ben M’Hidi à Biskra,
étrange manière d’honorer la mémoire des martyrs de la révolution.


Bonjour (pour la politesse, pas pour la nouvelle que je me propose de vous imposer).

Larbi Ben M’hidi est mort, pendu, par Aussaresses et ses tristes sbires, dans la nuit du 3 au 4 mars 1957;

Il a ressuscité le 19 Mars 1962, pour voir ce pays pour lequel il est mort, le sourire aux lèvres, avec le visage de l’homme serein d’avoir accompli son devoir;

Il vient de mourir de nouveau, agonisant deux longs jours, mardi 15 et mercredi 16 Mars 2011, sous les coups acharnés du bulldozer de la bêtise et de l’indifférence d’autorités presque heureuses de se débarrasser de la maison où vécut le héros de tous les algériens, incapables de procurer à son propriétaire trois malheureux sous pour lui permettre de l’entretenir.

Lisez:
http://dna-algerie.com/politique/42-interieure/1517-la-maison-de-biskra-ou-vecu-le-hero-de-la-revolution-larbi-ben-mhidi-demolie-a-coups-de-bulldozer.html

Larbi Merhoum et moi descendons demain vendredi 18 Mars à Biskra pour constater les dégâts et voir ce que nous pouvons faire.

Je vous tiens au courant.

Ameutez autant de personnes que vous pouvez.

Merci.

Fayçal Ouaret.


ben_m_hidi_maison_1.jpg

[La maison où vécut le héros de la révolution Larbi Ben M’hidi

démolie à coups de bulldozer->http://dna-algerie.com/politique/42-interieure/1517-la-maison-de-biskra-ou-vecu-le-hero-de-la-revolution-larbi-ben-mhidi-demolie-a-coups-de-bulldozer.html]

Mercredi, 16 Mars 2011,

par Tayeb Belmadi avec Sabrina Boubekeur

L’une des dernières traces évoquant la mémoire du militant nationaliste algérien Larbi Ben M’hidi, assassiné en mars 1957, vient d’être effacée de la carte. La maison sise à Biskra, dans le Sud d’Algerie, qui a vu grandir ce héros de la guerre de libération, a été démolie au bulldozer. Faute de moyens pour l’entretenir, devant la démission des autorités locales, le propriétaire a donc décidé de la raser. Avec la plaque commémorative portant la photo du martyr.

Au matin du mardi 16 mars, la petite maison avec sa porte en bois, ses deux fenêtres peintes en vert et qui portait encore le numéro 18 était encore debout.

Sur la façade droite de cette petite demeure, la plaque commémorative inscrite en arabe et qui portait encore la photo noir et blanc du « chahid » Larbi Ben M’hidi était debout.

Pas pour longtemps.

Car ce matin du mardi 16 mars, le propriétaire de cette maison où avait vécu pendant quelques années cet héros de la révolution algérienne a décidé de la raser.

Et il faudrait deux jours, mardi et mercredi, pour que l’engin démolisseur fasse table rase. Table rase de la maison et de ce petit patrimoine.

Mebarki Mohamed Abdelaziz, avocat et habitant de Biskra, est encore sous le choc quand il raconte ce qui s’est passé. La mort dans l’âme, ce jeune avocat qui collabore à l’élaboration d’un film-documentaire sur la vie de Larbi Ben M’hidi, a assisté au spectacle.

« Aujourd’hui (mercredi), je suis allé voir la maison dans laquelle a grandi Larbi Ben M’hidi. Elle n’y est plus », affirme à DNA M. Mebarki.

Que s’est-il passé ? Pourquoi cette maison dans laquelle a vécu Ben M’hidi dans les années 1940, cette demeure sensée demeurer comme un patrimoine de l’histoire nationale, a-t-elle fini en gravats ?

Remontons l’histoire…

Le propriétaire de la maison qui habite désormais dans une autre demeure avait loué cette maison aux parents du jeune Larbi Ben M’hidi durant les années 1940.

Originaire d’Ain Mlila, une petite ville des Aurés, les Ben M’hidi étaient venus s’installer à Biskra.

C’est donc ici que Larbi a passé une partie de sa jeunesse. Né en 1923, le jeune homme a fait ses études secondaires à Biska, ville où il avait travaillé comme comptable au génie civil avant de s’engager dans la révolution.

Membre fondateur du CRUA (Comité révolutionnaire d’unité et d’action), Larbi Benmhidi était l’un des piliers de la révolution algérienne.

Arrêté le 23 février 1957 au cœur de la Bataille d’Alger, il a été pendu dans la nuit du 3 au 4 mars 1957.

Depuis l’indépendance du pays en 1962, la maison a été préservée comme une sorte de patrimoine national. Pour mieux souligner son caractère historique, les autorités locales ont fait installer une plaque commémorative sur le mur, avec la photo du martyr.

L’hommage au martyr de la révolution est bien beau sauf que le propriétaire est las de ne plus pouvoir entretenir ce patrimoine. A en croire ce dernier, toutes ses tentatives d’obtenir une subvention pour entretenir la maison ont buté sur une fin de non-recevoir

Selon le témoignage de celui-ci, rapporté, par l’avocat, les autorités locales ne sont jamais souciées de l’entretien de la maison. Au fil des ans, le propriétaire n’est plus en mesure de subvenir aux frais de l’entretien.

« Il (le propriétaire, Ndlr) m’a dit que personne ne s’est approché de lui pour lui faire une offre de rachat. Il m’a confié encore qu’à plusieurs reprises, il avait demandé un peu d’argent pour assurer quelques travaux de restauration et d’entretien. Toutes ses demandes sont restées lettre morte », raconte l’avocat.

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Alors, las d’attendre un geste de la part des autorités locales, le propriétaire a donc décidé de la démolir.

Il faut croire que personne ne s’y est opposé. Encore mieux, le propriétaire a obtenu les autorisations légales pour passer à l’acte. Ainsi que l’onction des autorités locales.

L’ancien wali (préfet) de Biskra ? Il n’a pas émis un avis d’opposition lorsque le propriétaire a exprimé le vœu de démolir la maison. « L’ancien wali a dit au propriétaire : ‘Si un jour, vous voulez démolir la maison, il n’y a aucun problème. A condition de remettre la plaque commémorative à sa place’», rapporte notre l’avocat.

Le responsable local de l’organisation nationale des Moudjahidines(ONM) ? Visiblement, la sauvegarde de ce patrimoine serait le dernier de ses soucis.

Bien mieux ! Ce responsable qui serait présent mardi 16 mars, le jour du début de l’opération de démolition, aurait balancé cette phrase aux démolisseurs : « Rabi iaawenkoum (Que Dieu vous vienne en aide) ».

Et le travail a été fait. Le bulldozer a fait table rase de la maison. La plaque commémorative qui portrait la photo de Larbi Ben M’hidi ? Perdue dans les gravats.

« On a effacé un patrimoine à coups de bulldozer, se désole le jeune avocat. Voila une étrange façon avec laquelle l’APC s’apprête à célébrer le 19 mars 1962.»

Oui. Etrange manière d’honorer la mémoire des martyrs de la révolution


Salut Fayçal et Larbi,

Je suis attristé par cette nouvelle insanité … au moment même ou les peuples émergent de leur léthargie. La lutte risque d’être longue, la mise en place de nouveau système est loin d’être évidente après des décennies de gestion par ukases. C’est justement dans cette conjoncture que le présent relègue la sauvegarde du patrimoine au second plan. Je sais que le moment n’est pas opportun pour se préoccuper des questions de sauvegarde du patrimoine. Je sais aussi que c’est le moment idoine pour les prédateurs et autres spéculateurs d’agir, profitant (in)justement des bouleversements politiques que connaissent les pays du Maghreb, pour réaliser leur forfaiture, dilapider les traces du passé pour satisfaire leur présent et compromettre le futur.

Que puis-je faire d’ici ? …

Je suis disposé à prendre part à toutes initiatives permettant de sauvegarder les restes de ce symbole exemplaire d’abnégation et de sacrifice.

Je relaye l’appel (ci-dessus) et demande à tous de faire de même.

Bien à vous, amicalement.

Djaffar


Bonjour,

Larbi et moi rentrons à l’instant de Biskra (lui est encore sur la route, la poursuivant vers Alger). Nous avons constaté les dégâts. La maison est totalement détruite. Le propriétaire en était désolé. Il n’a aucune responsabilité dans ce drâme, dans la mesure où il a alerté les autorités locales depuis des années, attendant patiemment de voir une demande de logement aboutir, en vain. Les dernières fortes pluies tombées sur la région ont précipité l’effondrement du plafond, qui menaçait de tomber sur sa tête et celles de sa femme et ses trois enfants. Il a cependant promis de la reconstruire aussi vite qu’il peut et qu’il remettra la plaque commémorative sur la façade.

Nous avons promis de l’aider comme nous pouvons pour le voir achever les travaux aussi vite que possible.

Merci de votre solidarité.

Fayçal Ouaret.


Réponse à l’article

“ LE MARTYR NE REVIENDRA PLUS… DESTRUCTION DE LA MAISON DE BEN M’HIDI”

Salut Fayçal,

Tu n’as pas à me (nous) remercier pour ma (notre) solidarité, c’est moi qui te remercie pour ton dévouement. Ce que nous faisons pour sauver ce qui reste de la mémoire de Larbi Ben M’hidi, n’est qu’une modeste contribution à sa mémoire.

Nous devons tous, notre condition de vie d’aujourd’hui à son sacrifice d’hier et ce indépendamment des mérites individuels de chacun.

Je ne comprends pas pourquoi un forfait aussi important ne soit porté à la connaissance du public qu’une fois accompli et surtout que les ir-responsables de cette infraction restent impunis.

Je pense qu’il faudrait tout faire pour obtenir un logement au malheureux propriétaire et faire de sa maison un lieu de mémoire. Et surtout déterminer les responsabilités qui ont abouti à une telle infidélité à des valeurs universelles, pour lesquelles Larbi Ben M’hidi, entre autres, a fait don de sa vie.

On distribue des logements à toutes les personnes qui détiennent une part du patrimoine en otage. On offre généreusement et régulièrement des centaines de logements aux squatters qui détiennent la casbah en caution de mauvaise conduite à l’égard du patrimoine et on va rechigner à attribuer UN logement, en échange de sa maison, au propriétaire qui vit le calvaire dans une maison qui pour son « malheur » est historique.

Je pense qu’il faudrait se rapprocher du ministère de la culture, qui avait déjà envisagé, bien avant le drame, si mes infos se confirment, une action de préservation de ce lieu hautement symbolique.

Nous devons être pragmatique et appuyer sa démarche pour la faire aboutir et quelque soit, par ailleurs, notre opinion, ou notre perception des institutions en particulier et du système en général.

De toute façon, in fine, il nous faut l’appui d’une autorité pour faire aboutir notre démarche. Pour ma part, je suis et reste disposé à apporter ma modeste contribution à toute action que vous, qui êtes sur le terrain, jugez utile.

Amicalement et bon courage pour la suite.

Djaffar


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