Où EST LE RÊVE DE LA SOLIDARITÉ MAGHRÉBINE?

L’ ALGÉRIE, KADHAFI et LA TUNISIE

La chronique du blédard

Le Quotidien d’Oran, jeudi 10 mars 2011

Akram Belkaïd, Paris

Il fut un temps où Alger était La Mecque des révolutionnaires et des indépendantistes du monde entier. Cela se passait pendant les années 1970 et les mouvements progressistes – pour reprendre une terminologie désormais désuète – savaient qu’ils y trouveraient aide et soutien ou, tout au moins, une oreille bienveillante. Il ne s’agit pas de magnifier cette période où les Algériens étaient soumis à une main de fer mais de rappeler qu’activistes de l’ANC ou exilés chilien se sentaient à l’abri chez nous. Cela nous offrait quelques fiertés et cela procurait au pays un certain prestige dans le tiers-monde et dans les pays du sud.

Mais les temps ont changé comme le montre le peu d’empressement des autorités algériennes à soutenir les peuples arabes qui ont décidé de prendre leur destin en main. Le silence à l’égard de ce qui se passe en Libye est édifiant. Bien sûr, il ne s’agit pas de se lancer dans une aventure inconsidérée qui pourrait porter préjudice aux intérêts nationaux mais tout de même! Comment peut-on se contenter d’appeler à la modération quand un tel bain de sang se déroule à nos frontières? Est-ce par peur de la contagion? Est-ce au nom du sacro-saint principe de non-ingérence, motif bien commode pour ne pas prendre de risque?

Quoiqu’il en soit, les opinions publiques arabes ont d’ores et déjà tranché. Il suffit d’écouter Al Jazira ou même la plus prudente Al Arabiya pour comprendre que l’Algérie est sur la sellette.

C’est ainsi que se multiplient les accusations selon lesquelles l’armée algérienne aurait aidé le dictateur libyen à lutter contre la rébellion en mettant à son service ses avions voire même ses troupes. Le gouvernement Ouyahia a beau démentir, internet s’est mis de la partie et même des blogueurs saoudiens relayent l’information d’une collusion algéro-libyenne.

Comment s’étonner ensuite que cela vaille nombre de déboires à nos compatriotes installés en Libye?

Il est difficile de ne pas se sentir mal à l’aise. Même s’il n’y a pas d’aide militaire, le refus des autorités algériennes de soutenir les insurgés libyens et d’être ferme avec Kadhafi ouvre la voie à toutes les supputations.

Il faut aussi prendre la mesure d’une autre assertion, relayée celle-ci dans les milieux diplomatiques, qui affirme que les dirigeants algériens auraient tout simplement peur de l’imprévisible «guide» libyen.

Il est vrai que ce silence à l’égard d’un homme qui n’a eu de cesse de déstabiliser l’Algérie et ses voisins, qu’ils soient maghrébins ou sahéliens, est déroutant.

Là aussi, une référence aux années 1970 s’impose. Boumediene en imposait au «berger de Syrte»: ceux qui lui ont succédé donnent trop souvent l’impression de le craindre.

Mais il n’y a pas que le cas libyen qui pose problème à l’Algérie officielle. Cela vaut aussi pour la Tunisie.

Disons-le de manière directe: la majorité des Tunisiens ne comprend pas pourquoi les autorités algériennes n’ont pas pris fait et cause pour leur révolution.

À Tunis, à Sfax ou ailleurs, on est dérouté par la froideur d’Alger.

En un mot, ce pays qui vient de se libérer de ses chaînes attend encore le grand discours fraternel et amical qui viendrait de notre capitale. Un discours qui saluerait d’abord le courage des Tunisiennes et des Tunisiens et qui proclamerait de manière solennelle que notre pays saura être aux côtés de son voisin dans la période incertaine qui débute.

Est-il normal que cela soit l’Europe qui propose son aide – très chiche au demeurant – à la Tunisie? On ne peut que se sentir accablé lorsqu’on lit que la chute de Ben Ali et l’avènement d’une deuxième république vont peut-être permettre à la Tunisie de décrocher le statut du partenariat avancé avec l’Union européenne voire peut-être d’y adhérer un jour.

Et le Maghreb alors? Où est passée la solidarité née des décombres de Sakiet Sidi Youssef? Où est passé le rêve maghrébin?

La Tunisie a besoin de 10 à 15 milliards de dollars sur cinq ans pour faire sortir ses régions intérieures du sous-développement et éviter le dérapage de sa transition démocratique.

N’y a-t-il pas quelques milliards dans nos caisses qui pourraient servir à aider la Tunisie?

Cet argent qui dort dans les coffres de la Banque centrale ou de je ne sais quel fond de régulation – une hérésie qui choque n’importe quel étudiant en sciences économiques – ne peut-il être transformé en ligne de crédit (ne parlons pas de don) en faveur de la Tunisie?

Il paraît que l’on veut relancer notre industrie et nos exportations hors-hydrocarbures: voilà une belle occasion de mettre en place un vrai partenariat maghrébin.

Cela permettrait aussi de prouver que les Algériens ont révisé leur jugement habituel à l’égard de leurs voisins de l’est.

Cela permettrait de démontrer qu’ils ne sont pas jaloux ni envieux.

Certes, on continue à entendre ici et là des analyses pour le moins condescendantes vis-à-vis de la Révolution du 14 janvier. Pour les uns, c’est un complot américain. Pour les autres, c’est un bouleversement qui n’aurait jamais pu avoir lieu sans l’aval de nos services secrets.

De cela, je tire un enseignement qui vaut aussi pour les relations algéro-marocaines.

Les élites, qu’elles soient politiques ou économiques, sont le drame du Maghreb. Avec leur petitesse, leur mesquinerie, leur insupportable vantardise et leur esprit de clocher, elles représentent un obstacle de taille pour l’aspiration des peuples à être unis.

Il fallait voir les Tunisiens brandir des drapeaux algériens le jour de la chute de Moubarak pour comprendre qu’il se joue quelque chose en ce moment.

Quelque chose qui dépasse les enjeux nationaux mais que, malheureusement, la classe politique algérienne, aux affaires ou en réserve, semble incapable de comprendre.

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à lire aussi

* Attentes sociales et peur du chaos, Le Monde Diplomatique, Mars 2011

* Les prix du pétrole livrés à la folie du marché, Manière de Voir, Janvier-Mars 2011


HOMMAGE AU MILITANT COMMUNISTE PALESTINIEN TAWFIK TOUBI

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Décès du militant communiste Palestinien Tawfik Toubi

samedi 12 mars 2011

par Davidi

Tawfik Toubi est le dernier député survivant de la première Knesset.

Cet Arabe chrétien fut député du parti communiste pendant quarante-et-un ans, jusqu’en 1990.

Tawfik Toubi naît à l’époque de la Palestine mandataire dans une famille chrétienne orthodoxe arabe.

Il est éduqué à l’École du Mont-Sion et rejoint le parti communiste en 1941.

C’est l’un des fondateurs ensuite de la ligue de libération nationale.

Tawfik Toubi est élu pour la première fois à la première Knesset de 1949.

Il y siège jusq’à sa démission en juillet 1990.

Il est réélu en 1951, 1955, 1959, 1961, 1977, 1981, 1984 et 1988.

Il est député du Maki (parti communiste israélien).

En 1976, il devient secrétaire général du nouveau parti Hadash, issu du Rakah et de partis de gauche.

Il est élu député de ce parti de 1977, jusqu’à sa démission en 1990, date à laquelle il est remplacé par Tamar Gozansky.

Tawfik Toubi a mené parallèlement une carrière d’éditeur et de journaliste au journal arabe communiste Al Ittihad.

Ce fut l’un des rares députés à protester contre le massacre de Kafr Qassem , en octobre 1956.

Il est considéré comme un opposant de gauche à toute forme de racisme.

Il a aussi demandé le retour des habitants d’Al-Birwah expulsés en 1948 (ce que Ben-Gourion refusa) et ensuite après la Guerre des Six-Jours, celui des habitants du village de Yalo , demande effectuée auprès de Moshé Dayan. Cela fut aussi refusé.

***

Veteran communist leader Tawfik Toubi is dead

Veteran Communist Party of Israeli (CPI) leader Tawfik Toubi dead today (March 12, 2011). His funereal is to take place tomorrow, Sunday, in Haifa.

Toubi was born in Haifa, in 1922, and was educated at the Mount Zion School in Jerusalem. He joined the Palestine Communist Party in 1941 and later was one of the founders of the League for National Liberation.

He remains in Haifa during the Naqba and becomes a defender of the Arab-Palestinian population in the Northern city. He was elected to the Israeli parliament (Knesset) in 1949 as a leading member of the CPI. He was re-elected to the Knesset for more than 40 years. Beginning in the 1950’s, Toubi was a member of the presidium of the Israeli Committee for Peace and the presidium of the World Peace Council.

In 1976 he was elected as Deputy Secretary General of Hadash (the Democratic Front for Peace and Equality), serving as its Secretary General from 1989 – 1993. Following his retirement, he continued to be the editor and publisher of the daily Communist Party’s newspaper in Arabic “Al Ittihad ».

Toubi is remembered as the exposer (along with Meir Vilner) of the Kafr Qassem massacre of Palestinians in 1956. Toubi raised several times the issue of the right or return for the Palestinian refuges. First of all after the 1948 Arab-Israeli war, he demanded that the inhabitants of al-Birwa be allowed to return to their homes, a request refused by Prime Minister David Ben-Gurion. After the 1967 war and occupation of the Palestinian territories he requested of Defense Minister Moshe Dayan that the inhabitants of Yallo be allowed to return to their homes. The requested that was similarly denied. Toubi was the last surviving member of the first Knesset.

« Tawfik’s death is a great loss to the Communist Party and to the Palestinian-Arab public, » said CPI Secretary General, Mohammed Nafa’h. « He was a diligent militant and a brilliant and modest parliamentarian ; a man of peace, merit and honor. He left behind him a rich and respected legacy. »


VENDREDI 18 MARS – PARIS: HOMMAGE à JACQUES TEXIER

Une soirée d’hommage à Jacques Texier

aura lieu à Paris ce vendredi 18 mars,

à partir de 19 heures,

au Centre Culturel La Clef, Cinéma La Clef,

21 rue de la Clef, 75005 Paris

Métro Censier Daubenton

Elle est organisée par un certain nombre d’amis qui l’ont côtoyé dans les
divers cercles militants et groupes de recherche auxquels il a participé.

Plusieurs de ceux et celles qui l’ont connu parleront de sa vie, de ses
engagements et de ses travaux scientifiques.

Notamment ses filles et Arielle, Elsa, son frère Robert, Fernando
Malverde, Jean Rony, Nicolas Pasquarelli, Nicolas Tertulian, Francette
Lazard, Antoine Artous et Henri Maler.

André Tosel et Yvon Quiniou ont adressé un message.

الرجل الذي أنقذ مسرح وهران من التخريب

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Hommage à ABDELKADER ALLOULA

Le 5 octobre 1988, ABDELKADER ALLOULA a sauvé le théâtre d’Oran de la destruction et des flammes.

Face aux émeutiers, il a défendu ce haut lieu de la culture et de l’art.

Ceci n’a pas empêché les services de sécurité de l’arrêter deux jours plus tard pour subversion, comme furent arrêtés, et pour certains, affreusement torturés, des centaines
de ses camarades du parti de l’avant garde socialiste – P.A.G.S

Six ans plus tard il a été assassiné par des bras armés, au service de l’ignorance, de la
barbarie, de l’affairisme, de la destruction de la création et des porteurs généreux de progrès social et de socialisme

Gloire a nos martyrs

FATEH AGRANE


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17 سنة بعد اغتيال عبد القادر علولة

الرجل الذي أنقذ مسرح وهران من التخريب

12-03-2011 وهران: ل. بوربيع

استحضرت مدينة وهران، أول أمس، الذكرى الـ 17 لاغتيال فقيد المسرح الجزائري عبد القادر علولة بحسرة. وقال الأستاذ الجامعي رشيد محمد إبراهيم  »إن علولة يتعرض للاغتيال كل يوم، منذ رحيله، بالنظر إلى ما آلت إليه الثقافة والإبداع في بلادنا  »

شاهد الجمهور، الذي تنقل إلى قاعة محمود درويش، بمعهد تنمية الموارد البشرية بوهران، لـ »أول مرة » الشريط الوثائقي، الذي أنجزه بوعلام كمال وكان من المفروض أن تبثه التلفزة الجزائرية بعد 40 يوما من اغتيال عبد القادر علولة، لكنها منعته، لأن الشريط استرجع تصريحات سابقة للراحل يقدم فيها وجهة نظره حول أداء وسائل الإعلام العمومية الجزائرية ومنها التلفزة. وكشف سعيد كاتب، رفيق المرحوم، أنه أنجز معه العديد من الأعمال السمعية البصرية في السبعينيات  »لم يشاهدها أحد » لأنها تعرضت للحجز.

وشهد الأستاذ محمد بهلول مدير المعهد، الذي اشتغل مع عبد القادر علولة، في النضال المدني وحقوق الإنسان أن الراحل  »كان سخيا وإنسانيا وكان متجذرا في الأصالة ومناضلا حداثيا ينبذ الإقصاء ». كما تحدّثت السيدة دليلة علولة شقيقة المرحوم، كيف أنها في كل مرة كانت تسأله عن مبررات الاغتيالات التي تعرض لها العديد من الجزائريين وقالت  »كان في كل مرة يجد ما يقول. لكن عندما اغتيل أحمد عسلة وابنه، سألته لماذا؟ رد عليّ:  »لم يعد لي جواب الآن ما دامت آلة الموت تستهدف الفن والثقافة » .

وتنوعت الشهادات حول حياة الراحل ونشاطاته المتنوعة، لكنها صبت كلّها في أنه  »كرس كل حياته للآخرين ». وأنه  »اجتهد لتأسيس مسرح جزائري متجذر في الموروث الثقافي والفني الأصيل المرتبط بالإنسان الأكثر حرمانا ». وروى من جهته الشاذلي بن قاسمية المعاناة التي تكبّدها مع عبد القادر علولة لتأسيس جمعية  »رعاية الأطفال المصابين بداء السرطان ». وإصرار الراحل على خدمة هؤلاء الأطفال وإنفاقه من ماله الخاص عليهم. وكشف سيد أحمد سهلة الكاتب المسرحي  »كيف أنقذه » عبد القادر علولة بعد رحيل والدته والمأساة التي حلّت بعائلته بعدها. وقال  »لقد جاء إلى بيتنا في معسكر، وكان حينها والدي ممتنعا عن الكلام والأكل لمدة قاربت أربعة أشهر، وأصيب أفراد عائلتي بانهيار كبير، وأنا منهم. واختلى بوالدي ولا أحد يعلم ما كان يهمس في أذنه. وفي اليوم الموالي عدنا جميعا إلى طبيعتنا. لن أنساه أبدا ».

وقالت السيدة رجا علولة في شهادتها  »أجتهد منذ 17 سنة لجمع ما تركه عبد القادر. وأصدقكم القول أنه يرهقني. ففي كل مكان أقصده أجده سبقني إليه، وأكتشف فيه أنه ترك أثرا في النّاس. سأواصل العمل حتى أجمع كل تراثه ليكون مخزونا لمجموع الجزائريين »، الذين يجب أن يعرفوا أن وقوف الرّاحل في سلم المسرح الجهوي الذي يحمل اليوم اسمه بوهران، هو الذي أنقذه من الحرق في أكتوبر 1988 وبعد يومين من إنقاذه لهذا الصرح الفني تم اعتقاله بتهمة التمرد.


Dix-septième anniversaire de sa disparition:

Redécouvrir Alloula

par Ziad Salah

Un documentaire a été projeté à la clôture de la cérémonie organisée à l’IDRH pour marquer le dix-septième anniversaire de la disparition d’Abdelkader Alloula.

Avant de lancer la projection, Raja Alloula, sa femme, précisera que ce documentaire est réalisé par Kamal Boualam et devait être diffusé sur l’ENTV le quarantième jour de la mort de Si Abdelkader. «Mais pour des raisons que j’ignore, il a été déprogrammé», ajoutera-t-elle.

Ce document retrace un peu l’œuvre d’Alloula. On y voit un certain nombre d’extraits des pièces d’Alloula. Aussi, on y trouve des extraits d’entretiens accordés par le dramaturge que le terrorisme a ravi à sa ville et à sa famille. On y découvre un Si Abdelkader, agenouillé à côté des enfants cancéreux, leur racontant des histoires pour leur procurer un rêve d’un instant.

Le documentaire, qui restitue la grande panique qui s’est emparée de la ville avant le départ d’Alloula pour sa dernière demeure, montre l’aisance d’Alloula déambulant dans les ruelles de sa cité, interpellé par le premier venu.

Homme de théâtre, il le démontrera quand les jeunes en colère essayeront de s’attaquer à l’Opéra d’Oran, un certain 5 octobre 1988. Seul face à une foule en furie, il arrivera à les dissuader que leur intention n’a aucune portée positive.

Le travail de Kamel Boualam révélera aussi qu’Alloula n’a pas hésité à annuler une tournée au Maroc lorsque des émissaires du Palais Royal lui ont demandé de revoir juste un petit détail dans sa pièce de théâtre.

Ce documentaire mérite une meilleure diffusion. Mais, comme l’a signalé plus d’un lors de cette cérémonie, «Alloula est assassiné plus d’une fois» Et pas uniquement par le terrorisme.

Mohamed Ben Salah, dira que toutes les archives filmées des pièces d’Alloula se trouvent dans un état de déliquescence très avancé. Un autre intervenant n’hésitera pas à lier ce mépris de notre patrimoine avec les problèmes que nous avons avec notre mémoire collective.

La censure n’a pas touché que la production théâtrale d’Alloula. Saïd Kateb, compagnon de lutte d’Alloula, évoquera une série de scénarios réalisés par le défunt ONCIC et qui n’ont jamais vu le jour.

Ces scénarios avaient porté sur les débats de la Charte Nationale au milieu des années 70.

Mme Amara, architecte, qui s’était engagée avec Si Abdelkader dans la réalisation du siège de l’association des enfants cancéreux, soulèvera l’implication d’Alloula dans les questions urbanistiques de la ville. Il l’encourageait à prendre contact avec les bureaux d’études les plus sérieux pour les projets concernant Oran.

Mme Dalila Alloula, avec beaucoup de pudeur, s’est souvenue que son grand n’a pas pu répondre à ses interrogations quand Fasla et son fils ont été assassinés par le terrorisme.

Lui qui excellait dans l’art de la formule s’est contenté de lui répliquer «là, je ne comprends pas», lance-t-elle. Moins d’une semaine, Alloula a été assassiné. Maître Rahal, très concis, s’est contenté de dire que «Alloula savait faire partager sa passion du théâtre».

Raja, sa femme, soulignera que l’Union européenne a financé un Centre de Documentation sur le Théâtre. Malheureusement, les responsables locaux ne lui ont pas «trouvé» un local convenable pour un établissement de cette envergure.

Signalons que grâce à elle et à d’autres, les œuvres complètes d’Alloula ont été ramassées et éditées dans un coffret de trois tomes.

Mohamed Bahloul, dans son allocution d’ouverture de cette cérémonie, a rappelé la fameuse phrase de la défunte Zoubida Hagani: «Le lion d’Oran est parti»

Me Mustapha BOUCHACHI, la CNCD et LES CONCEPTIONS DU CHANGEMENT EN ALGERIE

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CNCD, Pouvoir, agenda du changement:

Me Bouchachi s’explique sur tout

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Pour Me Mostefa Bouchachi, appeler à la révolution en Algérie est porteur de trop grands dangers

.

C’est la LADDH (ligue des droits de l’homme) qu’il préside qui est à l’initiative de la Coordination nationale pour le changement et la démocratie (CNCD) qui a animé la scène politique algérienne depuis un mois. Me Mostefa Bouchachi revient en détail sur les actions engagées, la scission de la CNCD et propose une feuille de route du changement qui fait du pouvoir un partenaire de l’ouverture «dans l’intérêt de tout le monde». Un entretien essentiel pour comprendre la conjoncture politique algérienne du point de vue d’un de ses acteurs importants.

Selon les versions, l’éclatement de la Coordination pour le changement a été causé par la présence «trop polarisante» du RCD ou par des divergences sur les modalités de mobilisation et d’action, quelle est votre explication?

La Coordination pour le changement et la démocratie est née d’une initiative de la LADDH et de syndicats autonomes lorsque les émeutes ont commencé en début janvier. Souvenez-vous, des ministres algériens avaient affirmé que les jeunes n’avaient aucune revendication politique, que leur seul but était de «détruire et piller». Dans la foulée, 1200 jeunes ont été arrêtés et déférés devant les tribunaux.

À la Ligue, nous avions convoqué une conférence de presse et invité toute la société civile à nous rejoindre pour faire quelque chose en direction de ces jeunes.

La première réponse est venue des syndicats autonomes, avec lesquels nous avons appelé à une réunion ouverte aux partis politiques et aux associations. Tous sont venus et c’est à cette réunion que nous avons créé la Coordination.

Nous nous sommes entendus sur un minimum de revendications: la libération des détenus arrêtés en janvier, la levée de l’état d’urgence, l’ouverture du champ médiatique, politique et d’association pour permettre aux Algériens de militer pacifiquement afin d’aller à la démocratie.

Nous avons appelé les Algériens à une manifestation le 12 février.

Dans la semaine qui a suivi l’annonce de cette manifestation, tous les détenus ont été libérés et le conseil des ministres a annoncé la levée imminente de l’état d’urgence.

Nous nous sommes réunis encore une fois après ces annonces et nous avions décidé de maintenir la manifestation même si nos revendications avaient été partiellement prises en charge.

Il est intéressant que vous rappeliez la naissance de la Coordination au moment des émeutes de début janvier, parce que l’on entend reprocher à ceux qui appellent aux manifestations «de n’avoir rien fait pour les émeutiers»….

C’est faux, dès que les émeutes ont commencé à Bab el Oued, à la Ligue nous avons mis sur place une cellule d’avocats pour les défendre gratuitement.

J’ai moi-même écrit au bâtonnier national à ce propos. Je lui ai rappelé qu’en 1988 nous avions, ensemble, organisé un collectif d’avocats pour défendre les jeunes et ils ont senti que la société était avec eux.

Nous avons dit que si ces jeunes commettaient des dommages c’est au pouvoir d’en assumer l’entière responsabilité: il ne leur a pas appris à faire autre chose, il leur a interdit toute activité associative, toute activité pacifique et c’est à cause du pouvoir qu’ils sont dehors.

Ensuite, la création de la Coordination avec les syndicats et les partis, c’était pour les émeutiers, pour tenter de donner un contenu politique à leurs actes.

Pourquoi avoir maintenu l’appel à la manifestation alors que les détenus avaient été libérés et l’état d’urgence levé?

L’objectif à mes yeux était qu’il fallait abattre le mur de la peur et du silence qui fait que les Algériens ne peuvent pas militer de manière pacifique, cette image de l’Algérie des années 90, c’est aussi cela que nous avons voulu chasser.

Pour que les Algériens reprennent confiance en eux-mêmes et sachent qu’ils sont capables de militer de manière pacifique pour mettre ce régime à la porte.

Personnellement je considère que la manifestation du 12 février était réussie, nos militants sont venus de partout, de Constantine, de Jijel, Tlemcen, Oran, Ghardaïa, Tizi Ouzou.

C’était une réussite politique et médiatique.

Après la manifestation il y a eu une réunion de la Coordination et la majorité a voté pour une nouvelle manifestation le samedi d’après. Moi j’étais réservé, parce que la mobilisation des manifestants demandait plus de temps, mais le vote majoritaire était pour ressortir le samedi d’après et on a accepté.

Nous avons, en tant que Ligue des droits de l’homme, participé, même si nous étions plus réservés par rapport à l’organisation et à la préparation de cette marche. Finalement, ce n’était pas un échec mais on n’a pas réussi à mobiliser plus de gens que la semaine d’avant.

Non seulement il n’y a pas eu plus de manifestants mais vous avez été totalement pris en étau par la police et les pro-Bouteflika…

En effet, ils ont bloqué les manifestants en petits groupes pris au piège dans les ruelles.

Après la manifestation nous nous sommes réunis encore et certains ont appelé à manifester encore le samedi d’après. Nous leur avons dit: ce n’est pas une manière de faire.

En gros, c’étaient les partis politiques qui voulaient une nouvelle marche le samedi d’après. Nous leur avons dit : le but ce n’est pas de sortir chaque samedi, parce que si nous continuons de cette façon nous courons vers l’échec et cet échec pèsera sur d’autres initiatives militantes.

Ils ont insisté en disant nous voulons manifester chaque samedi et nous leur avons dit: nous n’allons pas marcher tous les samedis. Notre but maintenant est de sensibiliser les gens, pas seulement à Alger mais sur tout le territoire national, en organisant des rassemblements, des meetings, petits et grands, partout où l’on peut.

C’était cela notre point de divergence et c’est cela qui a causé la scission de la Coordination.

Y a-t-il aussi divergences au sein de la Ligue entre Bouchachi et Ali Yahia Abdennour qui, lui, appelle à «marcher tous les samedis jusqu’à ce que le régime tombe»?

Il n’y a pas du tout de dissensions à l’intérieur de la Ligue. Ali Yahia Abdenour est le président d’honneur de la Ligue, il agit en tant que personnalité politique.

Bien sûr il y a eu les débats: on a dit qu’on n’était pas d’accord pour marcher tous les samedis et aller tout droit à l’échec.

Deuxièmement, on doit respecter les Algériens et leur expliquer ce qu’on veut. On n’a pas parlé aux Algériens depuis vingt ans, alors on ne peut pas arriver maintenant pour leur dire venez manifester.

Ali Yahia Abdenour pense que c’est une façon de militer, je respecte son opinion mais ce n’est pas la position de la Ligue.

On a eu l’impression qu’il y a eu mésentente sur les mots d’ordre, mais aussi beaucoup d’impréparation entre la première marche du 12 février et celle qui a suivi, un peu comme si les organisateurs comptaient sur le contexte arabe révolutionnaire pour tout faire à leur place….

Lors des deux manifestations auxquelles nous avions participé, notre dénominateur commun était la volonté de changer l’ordre politique de manière pacifique.

Nous voulons tous une ouverture. Une ouverture politique, associative, médiatique pour permettre aux Algériens de militer pacifiquement.

Nous avons remarqué des slogans comme «Dégage Bouteflika», sur ça nous ne nous sommes pas entendus, comme pour les «pouvoir assassin» etc.

Nous étions d’accord sur le changement démocratique en lui conférant un contenu social.

Mais comme ce n’est pas un parti politique qui appelle à manifester mais une myriade d’associations et partis qui battent le rappel de leurs militants, l’idée de contrôler les slogans est impossible à réaliser. Et il peut y avoir surenchères. Mais à dire vrai cela n’a pas posé des problèmes au niveau des discussions à l’intérieur de la Coordination.

Cafouillages, impréparation, désorganisation, à quoi les imputez-vous?

Dès le départ, lorsqu’on a préparé la première marche, j’ai dit aux militants qu’il ne fallait pas se leurrer: il n’y aura pas de révolution en Algérie, ni à l’égyptienne ni à la tunisienne.

Chez nous, c’est bien trop compliqué.

D’abord la nature du régime. S’ils ont un seul Gueddafi en Libye, nous en avons plusieurs en Algérie. Lequel de nos Gueddafi allons-nous chasser?

Ensuite, les gens ont beaucoup trop souffert pendant la guerre civile. Je me souviens des gens qui venaient me voir pour me dire: «ils ont emmené mon fils, ils l’ont exécuté» et lorsque je disais qu’il fallait déposer plainte, on me répondait «non, l’important c’est que mon deuxième fils reste en vie». Les gens qui sortaient le matin remerciaient Dieu de rentrer sains et saufs le soir. Tout ça, toutes ces souffrances, c’est encore récent. Ce n’est donc pas facile de leur dire: il faut se soulever.

Ajoutez à cela que nous avons un régime machiavélique: en Egypte ils avaient le PND, en Tunisie le parti Doustour (puis RCD Ndlr), mais ici en Algérie, nous avons je ne sais combien de présidents et nous avons trois partis, un islamiste, un historique et un nationaliste, tous au service du régime. Sans parler des partis d’opposition devenus alibis du régime ou alibis d’un clan au sein du régime….

C’est pour cela que la sagesse c’est de militer, quotidiennement, avec tous les Algériens et pas seulement avec un parti ou un autre, pour aller vers un changement.

Le contexte régional est favorable et le contexte interne aussi.

Il n’y a jamais eu de période où le fossé entre les Algériens et le pouvoir a été aussi infranchissable. C’est pratiquement tout le monde sans exception qui se plaint, y compris les relais du pouvoir, ils vous disent «off the record» que tout le monde se plaint de corruption, d’incompétences, de mauvaise gestion, ils ne savent plus qui fait quoi.

Mais alors justement comment mobiliser aujourd’hui dans une société aussi traumatisée par des violences?

Lors des 20 dernières années, le pouvoir a empêché toute activité politique ou associative.

Les enfants qui sont nés il y a 20 ans n’ont pas la moindre idée de ce qu’est le militantisme pacifique, de ce qu’est être membre d’une association ou d’un parti politique.

Dans la mémoire collective des Algériens, c’est la liberté politique, les marches et manifestations du début des années 90 qui nous ont conduits aux 200 mille morts.

Donc il y a beaucoup à faire, mais la question est de savoir si le régime va nous laisser travailler pour sensibiliser et encadrer la société.

Moi j’ai confiance dans les Algériens. Je pense que les Algériens qui ont donné un nombre aussi élevé de victimes et de martyrs pour décoloniser le pays et pour leur liberté n’accepteront pas de continuer à vivre sous un ordre politique qui a montré ses limites.

Ceux qui veulent remobiliser la société aujourd’hui ne sont-ils pas les mêmes protagonistes qui traînent derrière eux le poids des années de guerre civile? On a le sentiment qu’il n’y a pas eu renouvellement du discours et des visages politiques dans ce pays…

À côté des personnes qui sont les plus visibles parce que les plus connues des médias, dans la Coordination, il y a tout un groupe de jeunes que je suis très heureux de découvrir et connaître: “Algérie Pacifique”, l’“Association nationale des chômeurs”, les “Chômeurs du Sud”, les différentes associations d’étudiants.

Ils ont peut-être besoin d’être encadrés. Mais ils sont là en dépit du plan du pouvoir de rendre ignorante la société, de démolir le niveau d’enseignement de l’université, etc.

Lors de la dernière réunion de la Coordination, ce sont eux qui ont présidé la séance, ils sont les porte-parole de notre Coordination parce qu’il est vrai que nous avons besoin de nouveaux visages mais il est aussi vrai que nous avons tous besoin de temps pour mûrir tout cela.

Quel contenu donnez-vous au changement pour lequel vous militez ? Vous dites qu’il n’y aura pas de révolution à l’égyptienne ou à la tunisienne, quelle est donc la voie algérienne telle que vous l’envisagez?

Je pense qu’il faut être pragmatique: c’est un changement qui peut se faire avec le pouvoir.

Il faut d’abord que cesse la démocratie de façade, les militaires et les services de sécurité qui gèrent le pays par téléphone il faut que cela cesse d’abord.

Ensuite, nous savons tous que personne ne souhaite de vacance de pouvoir dans ce pays, nous savons tous à quel point c’est dangereux, surtout dans un pays comme l’Algérie, cela peut nous mener tout droit vers une situation à la libyenne.

Il faut éviter une vacance du pouvoir dans un pays aussi grand, avec une classe politique non unifiée, un pouvoir qui a travaillé pendant des années sur le principe de diviser pour mieux régner, sans parler de l’avidité des uns et des autres.

La raison veut que nous tous, opposition et société civile, nous fassions tout pour que le changement se passe pacifiquement.

On peut envisager la mise en place d’un gouvernement de coalition nationale qui organise de vraies élections dans lesquelles tout le monde participera.

Cela peut nous mener vers la démocratie et le départ du système de manière contrôlé.

C’est la seule vraie sortie.

Une révolution à la tunisienne, à l’égyptienne ou libyenne je pense que ce n’est pas ce qu’il nous faut, c’est porteur de trop grands dangers.

Vous voulez donc un nouveau calendrier électoral, avec quelles échéances?

Je pense qu’il ne faut pas se précipiter et se donner une année pour le faire. Il nous faut un gouvernement de coalition nationale à la tête duquel un homme ou une femme qui rassemble les Algériens, c’est très important.

Sans exiger la démission de Abdelaziz Bouteflika?

Oui, cela n’est pas nécessaire à mon avis, à partir du moment où il accepte cet accord.

Ce que vous proposez, est-ce réalisable dans un pays où les violences massives commises dans un passé assez récent sont restées impunies? Où les responsabilités n’ont pas encore été clarifiées? Ceux qui se savent responsables accepteraient-ils le risque de se voir poursuivre?

C’est exactement la raison pour laquelle je pense qu’il faut aller vers un changement pacifiquement qui se fasse doucement, sans brusque vacance de pouvoir, parce que les gens qui dirigent ce pays ont beaucoup de responsabilités dans ce qui s’est passé, et avec cette démarche, personne ne s’évadera, nous passerons à un ordre démocratique, à l’ombre duquel nous pouvons commencer à réfléchir à une réconciliation et à un franc débat national, comme cela s’est fait ailleurs dans d’autres pays.

Ceci pour le bénéfice de tout le monde.

Car continuer à verrouiller comme le fait le pouvoir alors que la carte arabe est en train d’être changée est un vrai risque que prend le régime qui n’est même pas assuré de durer.

C’est dans l’intérêt du régime lui-même de s’ouvrir, plus tôt que tard, et accepter d’aller vers la démocratie, sans que tel ou tel s’enfuie.

Tous les problèmes, tout ce qui s’est passé en Algérie peut être traité dans une réconciliation nationale, à travers un débat national, où les responsabilités seraient dites clairement et où l’on dirait pourquoi tout ce qui nous est arrivé est arrivé.

Il n’y a pas une autre alternative.

Entretien réalisé par Daikha Dridi

mis en ligne par “Maghreb Emergent”

le 9 mars 2011

L’HOMME QUI ATTENDAIT LE METRO

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El-Anka n’était pas encore mort, Boudebouze pas encore né, Bouteflika pas encore en exil, la place à la Cinémathèque était à 3 dinars, l’Entente de Sétif et Koussim, raflaient les Coupes d’Algérie, Lalmas et le CRB les titres de champions,Boudjemaâ Karèche parlait de cinéma, Alloula de Gogol, Messaâdia de « tâches d’édi…fication nationale », on imitait Zinet, Khalida Messaoudi enseignait les maths, on s’ennuyait le vendredi, le café au comptoir coûtait 70 centimes et dans El-Moudjahid on admirait la plus belle promesse de Boumediene :  » Le métro d’Alger sera opérationnel en 1985″.

• J’avais 45 ans.

• Le MP3 n’était pas encore inventé, de même que le GIA, le RND, Windows explorer, la direction assistée, la réconciliation nationale et les brigades anti- non-jeûneurs, mais Bouteflika était parti pour mieux revenir, El-Anka pour ne plus jamais revenir, Assad avait débordé à gauche, Koussim et Lalmas avaient raccroché, mais Belloumi avait repris dans les filets, on achetait des Zastava à Sonacome, le ticket à la Cinémathèque coûtait toujours 3 dinars, on imitait Omar Gatlato,le vendredi on visitaitl le parc zoologique, Khalida Messaoudi mobilisait les femmes, le café montait à 1 dinar au comptoir, on venait de battre l’Allemagne et dans El-Moudjahid on admirait la plus belle promesse de Chadli : :  » Le métro d’Alger sera opérationnel en 1989″.

• J’avais 50 ans.

• J’en avais presque 60 quand le mur de Berlin s’écroula, de même que Messaâdia, les « tâches d’édification nationale », le FLN, les dernières Zastava, la presse unique, l’Union de la gauche, la Perestroïka, le socialisme, les souvenirs de Gijon, l’ère Chadli, Madjer était transféré à Porto et Assad dans un camp du sud, Bouteflika n’était pas encore là mais Boudiaf était revenu puis reparti, la Cinémathèque d’Alger était passée à 5 dinars et celle de Bordj Bou Arréridj à la trappe, Boudebouz venait de naître, Boudjemaâ Karèche ne parlait plus de cinéma, Khalida Messaoudi dénonçait la fraude électorale, le vendredi on allait à la mosquée, le café au comptoir passait à 4 dinars et dans El-Moudjahid on admirait la plus belle promesse de Zéroual :  » Le métro d’Alger sera opérationnel en 2001″

• A mes 65 ans le noir devint à la mode, le café en profita pour passer à 7 dinars, une nuit crasse tomba subitement, de même que nos amis, nos dernières illusions, le rideau sur Alloula, on avait inventé le MP3, le GIA, le RND, Windows explorer, la direction assistée, pas encore la réconciliation nationale ni les brigades anti- non-jeûneurs, on n’allait plus à la cinémathèque mais assez souvent au cimetière, on imitait Ali Benhadj, nous partions en exil pendant que Bouteflika en revenait, Boudjemaâ Karèche ne parlait plus de cinéma et dans la presse indépendante on lisait la plus belle promesse de Bouteflika : « Le métro d’Alger sera opérationnel en 2004″

• A 70 ans, tout cessa brusquement de me surprendre, le café au comptoir à 12 dinars, les doberman du FLN, Mohamed Gharbi et Benchicou en prison, Khalida Messaoudi ministre, l’invention de la réconciliation nationale, Boudjemaâ abandonné. Rien ne me rappelait plus le temps ancien, le MP3 était déjà démodé tout comme le GIA, le RND, Windows explorer, la direction assistée, même la réconciliation nationale, tout était nouveau pour moi, l’I-phone, internet, le mms, le big mac,Khalida Messaoudi couvrant la fraude électorale non rien ne me rappelait plus le bon vieux temps sauf, un jour d’octobre 2006,la bonne vieille plus belle promesse de Boumediene, Chadli, Zéroual, Bouteflika, Belkhadem, énoncée, cette fois, par un ministre qui portait le doux nom de Mohamed Maghlaoui, un homme charmant qui, outre la grâce de nous révéler le nom de la première station, Haï El Badr, eut celle de nous dévoiler le prix du ticket, 25 dinars à ce que je m’en souviens.

• Aujourd’hui, j’ai 76 ans et je vous raconte tout ça d’un café du quartier. Je viens de parcourir rapidement le journal du jour, mercredi 24 novembre 2010, et les nouvelles étaient sans intérêt: Raffarin à Alger, Ouyahia en Iran…J’allais jeter la gazette

• quand un titre accrocha mon attention :  » Le métro d’Alger sera opérationnel en 2011″ Elle était là, toujours aussi belle, la plus belle promesse de Boumediene, Chadli, Zéroual, Bouteflika, Belkhadem, qui devenait, à la trentaine, celle d’Ouyahia. Une pléïade de génies pilotant une machine qui n’a jamais démarré ! Ah, ma chère promesse! Voilà trente ans qu’on espère te voir sortir du tunnel noir…

• C’était mercredi 24 novembre de l’année 2010… J’ai pris mon café et je me suis incliné devant elle, elle qui aura survécu, avec panache, à tous ses anciens maîtres et qui, manifestement, va me survivre, moi qui chancelle déjà sous le poids de l’âge et qui ne saura pas de quelle prochaine bouche elle va surgir un jour, telle une amazone, pour nous donner un petit goût du futur

Source : Le Matin Dz

24 novembre 2010

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•• Envoyés Spéciaux Algériens ••

LE RAPPORT DU FMI QUI FÉLICITAIT LA LIBYE

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C’est «une coïncidence qui tombe mal»: dans son édition du mercredi 9 mars, Le Canard enchaîné relate l’existence d’un rapport positif du Fonds économique international (FMI) sur la situation économique de la Libye, publié le 15 février sur le site de l’institution, six jours après le début des émeutes à Benghazi.

Un document «bourré comme il se doit de données chiffrées et de statistiques» mais surtout «surréaliste», selon l’hebdomadaire satirique, puisqu’il «ne cesse de féliciter le colonel Kadhafi et son gouvernement pour la qualité de leur gestion budgétaire et pour les réformes déjà entreprises», notamment grâce à la manne issue de la hausse des cours du pétrole. Et ne profère à l’adresse du régime qu’un seul conseil («favoriser l’emploi des jeunes») et un seul reproche («ne pas privatiser assez vite les banques et le marché local des capitaux»).

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Ce lièvre avait déjà été levé auparavant à l’étranger. Le 3 mars, le blog The Economic Populist consacrait un post à cette «erreur embarrassante» et citait des rapports positifs du FMI sur la Tunisie ou l’Egypte avant les révolutions dans ces pays, ainsi que l’aide substantielle apportée dans le passé à d’autres dictatures. Quelques jours plus tard, le même blog rapportait les propos d’un cadre du FMI, Masoof Ahmed, affirmant sur une radio américaine que le FMI n’avait pas à dire à un pays comment il devait être gouverné mais que la soutenabilité de ses projets dépendait grandement de la façon dont les bénéfices en étaient répartis dans la population.

Fin février, le site Reuters Breakingviews consacrait également une chronique à ce sujet et notait ironiquement que «la mission du fonds à Tripoli avait apparemment oublié de vérifier si l’agenda de réformes “ambitieux” était fondé d’une manière ou d’une autre sur un soutien populaire».

Au-delà du fonctionnement du FMI en lui-même, cette affaire de rapport a bien entendu une résonance particulière en France, toute entière résumée dans la chute de l’article du Canard enchaîné:

«Ses conclusions ont été transmises aux autorités libyennes après avoir été résumées (“summarizes”) par le managing director du FMI. C’est-à-dire, en bon français, par son directeur général, un certain Dominique Strauss-Kahn.»

En novembre 2008, ce dernier s’était rendu en Libye pour participer à une conférence sur l’intégration économique du Maghreb et avait rencontré Mouammar Kadhafi. A l’issue de ce déplacement, il avait pointé les «réformes ambitieuses des dernières années» avant de conclure:

«Nos entretiens m’ont convaincu que le programme de réforme de la Libye continuera à un rythme soutenu dans le but de réaliser une croissance encore plus élevée et d’améliorer le niveau de vie de la population.»

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Photo: Kadhafi au gala pour le 41e anniversaire de la révolution libyenne, à Tripoli, le 1er septembre 2010. REUTERS/Ismail Zitouny


ABDELKADER ALLOULA TOUJOURS VIVANT!

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C’est vrai, Abdelkader Alloula était habité par un rêve fou, un rêve vrai, comme nous tous ses camarades communistes du PAGS: construire un monde meilleur et son message était clair «j’écris pour ceux qui travaillent et qui créent manuellement et intellectuellement dans ce pays, pour ceux qui de façon anonyme, construisent, édifient, inventent dans la perspective d’une société libre, démocratique et socialiste»

Même quand les vautours se sont agglutinés autour de notre parti détruit, quand les intégristes islamistes ont voulu assassiner l’Algérie et ses meilleurs enfants. Abdelkader, ce génie des planches, cet homme modeste, mais déterminé, n’a jamais perdu espoir dans l’avenir. S’il y a la reconstruction du parti, nous disait-il, je suis partant à nouveau…

Abdelkader a laissé à son peuple, une œuvre riche et remarquable et son rêve fou, son rêve vrai se réalisera un jour ou l’autre!

N. A.

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En souvenir de Abdelkader «El Fhaïmi»:

L’homme au parcours exemplaire

par Mohamed Bensalah

Le Quotidien d’Oran du 10 mars 2011

«J’écris pour notre peuple avec une perspective fondamentale : son émancipation pleine et entière…

Je veux lui apporter, avec mes modestes moyens et ma matière, des questions, des prétextes, des idées avec lesquels, tout en se divertissant, il trouvera matière et moyens de se ressourcer, de se valoriser pour se libérer et aller de l’avant».

Ainsi s’exprimait le «diseur en scène» arraché aux siens à l’âge de 54 ans. La nouvelle est tombée un soir de Ramadhan, alors qu’il se rendait à la Maison de la culture d’Oran, pour parler de praxis théâtrale. Dix sept années ont passé. L’œuvre inachevée vient d’être présentée au public.

Pour Abdelkader Alloula, la scène était la seule politique à respecter, à vivre. Lorsque l’acte artistique existe au-delà de l’institution et de l’institutionnel, la pratique théâtrale peut échapper au conditionnement sociétal.

Pour le grand dramaturge victime de la barbarie, la scène était le lieu de recherche et d’expérimentation par excellence. Sur les planches, l’art théâtral peut être pensé différemment. Le théâtre, source pure, celui des artistes inspirés par leur vocation et n’étalant aucune ambition étrangère à l’art.

«J’écris et je travaille», disait l’auteur de Ladjouad, «pour ceux qui travaillent et qui créent manuellement et intellectuellement dans ce pays, pour ceux qui, souvent de façon anonyme, construisent, édifient, inventent dans la perspective d’une société libre démocratique et socialiste». [[Jeune Afrique du 30/03/94]] Aujourd’hui, malheureusement, la priorité qui émerge, l’obsession de l’artiste semble reposer sur sa reconnaissance, sur son expansion et sur sa visibilité.

Jean Yves Lazennec, [[Lazennec a fait traduire et a mis en scène El Ajouad, présentée par France Culture, puis aux Champs Elysée en 95.]] intéressé par la diversité et la simplicité de l’homme au parcours exemplaire, a tenu à faire connaître son œuvre de grande valeur et son écriture originale qui renvoie au théâtre grec. D’autres chercheurs et spécialistes du 4e art se sont penchés sur le travail de l’artiste. En France, en Italie, au Portugal, en Espagne, en Autriche et ailleurs, on a disséqué sa pratique théâtrale.

L’œuvre alloulienne est aujourd’hui publiée et traduite en plusieurs langues. Maghrébins et Moyen-orientaux ont décrypté ses messages, sa mise en scène, la musicalité de ses textes, son travail sur la langue arabe dialectale et la théâtralisation de son verbe. Des mémoires et des thèses sur ce nouvel art du dire, du suggéré et du murmuré ont été soutenus par des jeunes qui n’ont ni approché ni connu Alloula, devenu malgré lui l’ambassadeur du théâtre algérien. Cela dit, la réflexion sur son travail est loin d’être achevée…

Abdelkader le «raisonneur» s’en est allé la veille de l’Aïd, jour sacré des musulmans.

Les prophètes de malheur l’attendaient sur le chemin qui devait le mener au Palais de la culture où l’attendaient des jeunes amoureux du théâtre. Ce chemin l’a mené en fait vers la tombe. Ce 14 mars 1994, l’intelligence fut encore une fois la cible du nihilisme.

La parenthèse demeure ouverte et notre douleur inconsolable. Les «théâtrophiles» gardent en mémoire une œuvre gigantesque, le souvenir d’un sourire et l’élégance d’un geste.

Contrairement à d’autres qui ont choisi des cieux plus cléments, Abdelkader Alloula avait choisi de vivre, de lutter et de mourir parmi les siens. Fier de son algérianité, il lui semblait inconcevable de tourner le dos aux siens en proie à de terribles souffrances, d’abandonner les petits cancéreux de Misserghine dont il était devenu un père, de s’éloigner de son public ces gens humbles, anonymes et courageux. Son maigre salaire (on ne le saura qu’après sa mort), il le partageait avec les démunis. Fauché comme la plupart des artistes et intellectuels de notre pays, il a emporté avec lui son génie, ainsi qu’une part de notre histoire.

Les gens de théâtre ne l’ont pas oublié

À chaque fois que résonnent les trois coups dans le noir et que le rideau se lève, les spectateurs du théâtre qui porte son nom guettent l’ombre de l’artiste. Le fils de Ghazaouet, qui a longtemps vécu à Oued Imbert, a fini par prendre racine à Oran, en 1956.

Très jeune, il entre dans la troupe El Chabab. De son premier succès, “Les Captifs”, d’après Plaute, signé à l’âge de 23 ans, à sa dernière création, une traduction libre de Goldoni, “Arlequin valet des deux maîtres” (1993), sa carrière compte de nombreux scripts – textes personnels ou adaptations – et des mises en scène par dizaines.

Acteur, metteur en scène ou directeur de théâtre, l’homme de grande séduction, amical et sincère, le dramaturge résolu et mesuré, l’ami de cœur, indulgent et aimable, est resté jusqu’à la fin égal à lui-même.

Ses pièces rendent compte d’une audace où se conjuguent originalité et liberté de ton.

Avec un engagement artistique inséparable du combat politique, il s’imposait des défis: nouveauté des thèmes, vertige des formes et innovation créatrice.

Avant d’affirmer son style et de définir de nouvelles règles théâtrales, il a puisé chez les anciens (Ali Chérif, Bachtarzi, Ksentini…) et les contemporains (Rouiched, Kaki, Kateb…).

Il emmagasina un savoir théâtral encyclopédique où se croisaient Brecht, Piscator, Tewfik El Hakim, Gorki, Goldoni ou Ionesco.

Au centre de ses préoccupations: la représentation théâtrale, la non-linéarité, les personnages, vecteurs du dire, le travail sur la langue, le verbe au présent et les répliques épiques ou argotiques.

Les premières pièces présentées en milieu rural telles “El Meïda et El khobza” annonçaient déjà son style et ses préoccupations. Il disait à son ami, M’hamed Djellid, que ses modèles étaient puisés de la vie de notre peuple. Et précisant sa pensée, il ajoutait : «C’est dans ces couches sociales les plus déshéritées que la société se reflète le mieux dans ses préoccupations, ses luttes, ses contradictions, ses valeurs et ses espoirs. C’est dans ces couches et par elles que notre société se saisit le mieux, qu’elle est la plus apparente, la plus présente et la plus dense». [[Entretien dans Algérie Actualité d’octobre 1985.]]

El Adjouad” (Les Généreux, 1984)[[Prix du meilleur spectacle et du meilleur texte au Festival national d’Alger et prix d’interprétation masculine pour Sirat Boumediène.]] reflète l’originalité de sa dramaturgie. Selon Nadjet Khadda, la pièce «relève d’une autre façon de penser, de juger et de mettre en œuvre le réel».

Imaginatif, il n’hésitait pas à utiliser l’arme la plus habile et l’humour, avec un goût inné de l’observation. Ses héros lui ressemblent: Sid Ali l’écrivain public, , Djelloul El Fhaymi, Allal le balayeur, Menouar le concierge, Rebouhi Habib, le syndicaliste qui s’occupe des animaux du zoo, Akli, le résistant devenu cuisinier, qui fait don de son squelette à la science…

Évoquer Djelloul, c’est évoquer Alloula en quête de rationalité, affrontant la bureaucratie. Dans ses œuvres, toutes sortes de silhouettes fantastiques courent, volent ou rampent. Les personnages de Alloula le prolongent. Tout comme la voix chaleureuse du meddah, Haïmour, qui envahit l’espace et ponctue le récit.

Chez Alloula, la mise en scène, parfois fébrile, parfois déroutante, est en totale rupture avec la dramaturgie classique.

«Alloula continue, Alloula continué»

Il nous faut aujourd’hui dépasser les ressentiments et les positions d’hommage et aller vers l’essentiel: la réappropriation de son œuvre.

«Le plus bel hommage que le théâtre algérien peut rendre au géant assassiné est de poursuivre son œuvre», écrivait Chérif Khaznadar, critique et historien du théâtre arabe. «Alloula continue, Alloula continué», poursuivra Benamar Médiene à propos de la puissance dramatique de l’œuvre et de son extension vers l’extérieur.

Le moment est venu de faire renaître l’œuvre du grand dramaturge, «figure proéminente du théâtre arabe», dixit un ministre égyptien de la culture.[[Au Festival du théâtre du Caire, 1992.]] L’œuvre, sous l’éclairage moyen-oriental ou occidental, produit des accentuations différentes méritant une lecture plus instruite. Finalement, lui qui utilisait la place du douar pour aller vers le public retrouve son œuvre exposée dans le «village global» international. La halqa a fini par élargir son cercle.

Hélas, son travail théâtral, inscrit désormais dans l’universalité, ne jouit pas d’une grande visibilité dans son propre pays. Fin de la représentation. le rideau tombe. le faisceau lumineux se fige.

En fait, aucun écrit ne pourra ressusciter l’image de jovialité, d’humilité et de générosité que dégageait Abdelkader Alloula.

En voix off, les paroles du conteur d’El Lithem, qui égrène quelques phrases: «Dès qu’un homme est né, il n’en finit plus de se battre jusqu’à la mort. Prends un peu de repos et hume l’air de la mer, tu as encore un long chemin à faire.»

Alloula a essayé de donner à son travail une base théorique. Il souhaitait voir travailler des universitaires sur le théâtre pour, disait-il, «dégager l’essentiel ou les remarques essentielles, qui permettrait d’aller plus loin encore». [[El Moudjahid du 11/07/86]]

Ces derniers, poursuivant le travail de fond engagé depuis des décennies par les gens du théâtre sur la problématique de la formation théâtrale dans le monde arabe, viennent d’organiser (les 8 et 9 mars), le premier colloque international sur le théâtre. Le département des arts dramatiques de la faculté des lettres, des langues et des arts, de l’université d’Oran es Sénia, a tenu à associer à la réflexion plusieurs experts nationaux et internationaux. M’hamed Benguettaf, directeur du théâtre national (TNA) et Nouel Brahim, directeur de l’Institut supérieur des métiers des arts et du spectacle (ISMAS) ont parrainé ce grand rendez-vous de spécialistes, du Maroc, de Tunisie, de Syrie, d’Irak, du Soudan et de plusieurs universités algériennes.

Mohamed Bensalah

Le Quotidien d’Oran du 10 mars 2011

31 MARS – L’HAY-LES-ROSES: « LES DROITS DE L’HOMME DANS LES RÉVOLUTIONS DÉMOCRATIQUES DANS LE MONDE ARABE »

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SECTION L’HAY-LES-ROSES – VAL-DE-BIÈVRE

34, rue Jean-Jaurès 94240 L’HAY-LES-ROSES

Ldh-lhay-valdebievre@ldh-france.org

JEUDI 31 MARS à 20h

Accueil 19h45

Au Moulin de la Bièvre

73, Avenue Larroumès à L’HAY-LES-ROSES

Accès : Bus 187 (Porte d’Orléans-Fresnes) arrêt Barbusse-Larroumès

« LES DROITS DE L’HOMME DANS LES RÉVOLUTIONS

DÉMOCRATIQUES DANS LE MONDE ARABE »

Cette soirée débat s’articulera autour de l’expérience tunisienne et ses prolongements futurs souhaités en Algérie et au Maroc voisins

.

L’onde de choc démocratique partie de Tunisie a déjà atteint l’Egypte

et plusieurs pays du Maghreb et du Machrek connaissent des mouvements populaires revendiquant liberté, démocratie et dignité.


Liberté et démocratie : versant sud

Ahmed Dahmani

économiste, membre de la LDH


TUNISIE:

les atteintes aux droits de l’Homme font elles partie du passé?


Adel Thabet

militant politique


ALGÉRIE :

levée de l’état d’urgence

et persistance de lois liberticides


Nesroullah Yous

chargé de communication du Collectif des familles de disparu(e)s en Algérie (CFDA)


MAROC :

peut-il échapper au vent de liberté qui souffle sur la région?


Ayad Ahram

secrétaire général de l’Association de Défense des Droits de l’Homme au Maroc (ASDHOM)


L’ouvrière FATIMA YAHIAOUI: symbole d’un 8 MARS POUR LES LIBERTÉS, LES DROITS ET LA DIGNITÉ

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Socialgerie est heureux, après quelques jours d’une interruption technique indépendante de notre volonté, de reprendre ses livraisons le jour symbolique du 8 Mars.

Nos pensées vont en particulier à toutes les femmes qui dans le monde arabe prennent en cette difficile mais exaltante période une part importante aux changements démocratiques et sociaux.

Le témoignage sur Fatima Yahiaoui, une de ces nombreuses Algériennes, femmes du peuple, travailleuses et mères de famille, est tout à fait symbolique du courage et de la persévérance d’un peuple qui dans ses saines composantes, oeuvre quotidiennement à forger pour tous et toutes un autre avenir, fait de droits, de libertés et de dignité.

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Fatima l’ouvrière et femme-courage

Un symbole de l’Algérie profonde

Elle était encore là en cette fin, froide, de février. Debout, avec deux autres femmes travailleuses, aux cotés des syndicalistes licenciés en sit-in devant l’usine Socothyd, aux Issers à 50 Km à l’Est d’Alger.

Les travailleurs ont installé une tente, sur un terrain vague, face à leur ancien lieu de travail avec une immense banderole pour dénoncer l’arbitraire dont ils sont l’objet.

Fatima arbore un magnifique sourire. Derrière ce beau sourire timide, on ne devine pas tout de suite le caractère trempé, le courage et la ténacité de cette femme qui va vers la soixantaine, elle ne cache pas son âge.

Cette grand-mère, elle a quatre filles et cinq garçons, a de qui tenir…Son père moudjahed pendant la guerre de libération est connu dans la région. Sa mère, également moudjahida, garde les séquelles indélébiles d’atroces tortures infligées par l’armée française pendant la guerre de libération…

Fatima Yahiaoui s’est lancée, elle, sur la voie de l’édification nationale et de la libération sociale.

Pendant 27 ans elle a travaillé dans l’atelier tissage de Socothyd.

Ce n’est facile pour une femme dans notre pays d’élever neuf enfants, c’est encore plus difficile d’affronter, dans un petit village, les tabous à propos du travail des femmes, surtout en usine à des Km de leur domicile. Elle a payé un premier tribut dans l’atelier entre coton et produits chimiques volatils: elle a perdu l’audition pour une oreille et la vision pour un œil.

Sauver leur usine, leur gagne pain

À un moment donné, la course débridée du pouvoir vers le libéralisme sauvage, les privatisations et le bradage des entreprises publiques a ciblé Socothyd.

Cette usine construite sur plus de 20 hectares dans les années 60 avait un créneau en or, elle était pratiquement seule sur le marché pour la fabrication d’articles médicaux en coton et de la gaze, des couches pour bébés, des serviettes hygiéniques, des bandes pour emplâtres…

Elle livrait tous les grands hôpitaux du pays, des milliards de chiffres d’affaires, des centaines d’ouvriers et de cadres aguerris.

Cette entreprise publique florissante a attiré toutes les convoitises et a été programmée pour la privatisation.

Les travailleurs s’opposent au bradage et proposent de prendre en main l’usine.

Pour les décourager, on leur réclame 18 milliards de da.

Une fois les travailleurs éliminés, le prix tombe à 470 millions de da! 3% du prix précédent, le mot bradage est trop faible!

Les travailleurs s’opposent à cette liquidation et luttent contre l’importation de produits de mauvaise qualité qu’on veut faire passer pour une production de Socothyd.

La privatisation sauvage est mise en échec, les travailleurs ont sauvé l’outil de production, notre bien à tous.

Leurs délégués syndicaux seront arbitrairement licenciés.

[Ils sont 25 à être mis à la porte depuis des années et non réintégrés malgré des
décisions de justice en leur faveur.
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La femme travailleuse

Et Fatima Yahiaoui dans tout ça? Elle choisit son camp et les gens de sa classe.

Elle a soutenu les grévistes, a même vendu des cacahuètes, pour leur apporter à manger!

C’en était trop pour le patron qui la licencie rapidement et arbitrairement.

Au sein de l’usine, un agent de sécurité l’agresse, la moleste. Elle a la main et le bras cassés: 75 jours de plâtre!

Malgré un jugement en sa faveur, elle n’a pas été rétablie dans ses droits.

Fatima, ne baisse pas les bras. Digne, elle se tient aux côtés de ses camarades.

Avec son sourire de madone, elle symbolise la travailleuse algérienne, la femme courage sortie du ventre de l’Algérie profonde. On dirait qu’elle sort d’une pièce théâtrale de Brecht!

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Le 8 mars est une journée de lutte pour les droits, les libertés et la dignité des femmes dans le monde entier.

Fatima Yahiaoui est notre honneur d’Algériennes et d’Algériens en ce nouveau 8 mars, symbole des souffrances et des luttes des femmes travailleuses ou au foyer à chaque jour de l’année.

Elle et ses compagnons grévistes méritent notre solidarité et notre soutien.

Leurs luttes quotidiennes et persévérantes sont la toile de fond des grands changements qui se dessineront inéluctablement dès lors qu’en Algérie, Hommes et Femmes, unis dans l’action comme au temps de la guerre d’indépendance, lutteront ensemble pour leurs droits citoyens, leur libération démocratique et sociale.

7 mars 2011
G. Khaled