LIBYE: RÉVOLTE POPULAIRE, GUERRE CIVILE OU AGRESSION MILITAIRE?

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Depuis trois semaines, des affrontements opposent les troupes fidèles au colonel Kadhafi à des forces d’opposition issues de l’est du pays. Après Ben Ali et Moubarak, Kadhafi sera-t-il le prochain dictateur à tomber ? Ce qui se passe en Libye est-il semblable aux révoltes populaires en Tunisie et en Egypte ? Comment comprendre les frasques et les retournements de veste du colonel ? Pourquoi l’Otan se prépare-t-elle à la guerre ? Comment expliquer la différence entre un bon Arabe et un mauvais Arabe ? Dans ce nouveau chapitre de notre série Comprendre le monde musulman, Mohamed Hassan répond aux questions d’Investig’Action…

Questions à Mohamed HASSAN

Interview : Grégoire Lalieu & Michel Collon

le 5 mars 2011

Après la Tunisie et l’Egypte, la révolution arabe aurait-elle gagné la Libye ?

Ce qui se passe actuellement en Libye est différent. En Tunisie et en Egypte, le manque de libertés était flagrant. Mais ce sont les conditions sociales déplorables qui ont véritablement poussé les jeunes à la révolte. Tunisiens et Egyptiens n’avaient aucune possibilité d’entrevoir un avenir.

En Libye, le régime de Mouammar Kadhafi est corrompu, monopolise une grande partie des richesses et a toujours réprimé sévèrement toute contestation.

Mais les conditions sociales des Libyens sont meilleures que dans les pays voisins. L’espérance de vie en Libye est plus importante que dans le reste de l’Afrique. Les systèmes de santé et d’éducation sont convenables. La Libye est d’ailleurs l’un des premiers pays africains à avoir éradiqué la malaria. Même s’il y a de fortes inégalités dans la répartition des richesses, le PIB par habitant est d’environ 11.000 dollars. Un des plus élevés du monde arabe.

Vous ne retrouvez donc pas en Libye les mêmes conditions objectives qui ont conduit aux révoltes populaires en Tunisie et en Egypte.

Comment expliquez-vous alors ce qui se passe en Libye ?

Pour bien comprendre les événements actuels, nous devons les replacer dans leur contexte historique. La Libye était autrefois une province ottomane. En 1830, la France s’empara de l’Algérie. Par ailleurs, le gouverneur égyptien Mohamed Ali, sous tutelle de l’Empire ottoman, menait une politique de plus en plus indépendante. Avec, d’une part, les Français en Algérie et, d’autre part, Mohamed Ali en Egypte, les Ottomans craignaient de perdre le contrôle de la région: ils envoyèrent leurs troupes en Libye.

À cette époque, la confrérie des Senoussis exerçait une influence très forte dans le pays. Elle avait été fondée par Sayid Mohammed Ibn Ali as Senoussi, un Algérien qui, après avoir étudié dans son pays et au Maroc, alla prêcher sa vision de l’islam en Tunisie et en Libye. Au début du 19ème siècle, Senoussi commençait à faire de nombreux adeptes, mais n’était pas bien perçu par certaines autorités religieuses ottomanes qu’il critiquait dans ses prêches. Après un passage en Egypte et à la Mecque, Senoussi décida de s’exiler définitivement en Cyrénaïque, dans l’est de la Libye.

Sa confrérie s’y développa et organisa la vie dans la région, y percevant des taxes, résolvant les conflits entre les tribus, etc. Elle possédait même sa propre armée et proposait ses services pour escorter les caravanes de commerçants passant par là. Finalement, cette confrérie des Senoussis devint le gouvernement de fait de la Cyrénaïque, étendant même son influence jusque dans le nord du Tchad. Mais ensuite, les puissances coloniales européennes s’implantèrent en Afrique, divisant la partie sub-saharienne du continent. Cela eut un impact négatif pour les Senoussis.

L’invasion de la Libye par l’Italie entama aussi sérieusement l’hégémonie de la confrérie dans la région.

En 2008, l’Italie a versé des compensations à la Libye pour les crimes coloniaux.

La colonisation avait été à ce point terrible ? Ou bien Berlusconi voulait se faire bien voir pour conclure des accords commerciaux avec Kadhafi ?

La colonisation de la Libye fut atroce. Au début du 20ème siècle, un groupe fasciste commença à diffuser une propagande prétendant que l’Italie, vaincue par l’armée éthiopienne à la bataille d’Adoua en 1896, devait rétablir la primauté de l’homme blanc sur le continent noir. Il fallait laver la grande nation civilisée de l’affront infligé par les barbares. Cette propagande affirmait que la Libye était un pays sauvage, habité par quelques nomades arriérés et qu’il conviendrait aux Italiens de s’installer dans cette région agréable, avec son paysage de carte postale.

L’invasion de la Libye déboucha sur la guerre italo-turque de 1911, un conflit particulièrement sanglant qui se solda par la victoire de l’Italie un an plus tard.

Cependant, la puissance européenne ne contrôlait que la région de la Tripolitaine et devait faire face à une résistance tenace dans le reste du pays, particulièrement dans la Cyrénaïque.

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Le clan des Senoussis y appuyait Omar Al-Mokhtar qui dirigea une lutte de guérilla remarquable dans les montagnes. Il infligea de sérieux dégâts à l’armée italienne pourtant mieux équipée et supérieure en nombre.

Omar Al-Mokhtar

Finalement, au début des années trente, l’Italie de Mussolini prit des mesures radicales pour éliminer la résistance. La répression devint extrêmement féroce et l’un de ses principaux bouchers, le général Rodolfo Graziani écrivit: «Les soldats italiens étaient convaincus qu’ils étaient investis d’une mission noble et civilisatrice. (…) Ils se devaient de remplir ce devoir humain quel qu’en fût le prix. (…) Si les Libyens ne se convainquent pas du bien-fondé de ce qui leur est proposé, alors les Italiens devront mener une lutte continuelle contre eux et pourront détruire tout le peuple libyen pour parvenir à la paix, la paix des cimetières… ».

En 2008, Silvio Berlusconi a payé des compensations à la Libye pour ces crimes coloniaux.

C’était bien sûr une démarche intéressée: Berlusconi voulait bien se faire voir de Kadhafi pour conclure des partenariats économiques. Néanmoins, on peut dire que le peuple libyen a terriblement souffert du colonialisme. Et parler de génocide ne serait pas exagéré.

Comment la Libye gagna-t-elle son indépendance ?

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Pendant que les colons italiens réprimaient la résistance en Cyrénaïque, le chef des Senoussis, Idriss, s’exila en Egypte pour négocier avec les Britanniques.

Après la Seconde Guerre mondiale, l’empire colonial européen fut progressivement démantelé et la Libye devint indépendante en 1951.

Appuyé par la Grande-Bretagne, Idriss prit le pouvoir. Pourtant, une partie de la bourgeoisie libyenne, influencée par le nationalisme arabe qui se développait au Caire, souhaitait que la Libye soit rattachée à l’Egypte. Mais les puissances impérialistes ne voulaient pas voir se développer une grande nation arabe. Elles appuyèrent donc l’indépendance de la Libye en y plaçant leur marionnette, Idriss.

Le roi Idriss répondit-il aux attentes ?

Tout à fait. A l’indépendance, les trois régions qui constituent la Libye – la Tripolitaine, le Fezzan et la Cyrénaïque – se sont retrouvées unifiées dans un système fédéral.

Mais il faut savoir que le territoire libyen est trois fois plus grand que la France. À cause du manque d’infrastructures, les limites de ce territoire n’ont pu être clairement définies qu’après l’invention de l’avion. Et en 1951, le pays ne comptait qu’un million d’habitants.

De plus, les trois régions nouvellement unifiées avaient une culture et une histoire très différentes. Enfin, le pays manquait de routes permettant aux régions de communiquer.

En fait, la Libye était à un stade très arriéré, ce n’était pas une véritable nation.

Pouvez-vous préciser ce concept ?

L’État-nation est un concept lié à l’apparition de la bourgeoisie et du capitalisme.

En Europe, durant le moyen-âge, la bourgeoisie capitaliste souhaitait développer son commerce sur une échelle aussi large que possible, mais était freinée par toutes les contraintes du système féodal. Les territoires étaient morcelés en de nombreuses petites entités, ce qui imposait aux commerçants de payer un grand nombre de taxes pour livrer une marchandise d’un endroit à un autre. Sans compter les divers privilèges dont il fallait s’acquitter auprès des seigneurs féodaux. Toutes ces entraves ont été supprimées par les révolutions bourgeoises capitalistes qui ont permis la création d’États-nations avec de grands marchés nationaux sans entraves.

Mais la nation libyenne a été créée alors qu’elle était encore à un stade précapitaliste. Elle manquait d’infrastructures, une grande partie de la population était nomade et impossible à contrôler, les divisions étaient très fortes au sein de la société, l’esclavage était encore pratiqué… De plus, le roi Idriss n’avait aucun projet pour développer le pays. Il était totalement dépendant des aides US et britanniques.

Pourquoi la Grande-Bretagne et les Etats-Unis le soutenaient-ils? Le pétrole?

En 1951, le pétrole libyen n’avait pas encore été découvert. Mais les Anglo-Saxons avaient des bases militaires dans ce pays qui occupe une position stratégique pour le contrôle de la mer Rouge et de la Méditerranée.

Ce n’est qu’en 1954 qu’un riche Texan, Nelson Bunker Hunt, découvrit le pétrole libyen.

À l’époque, le pétrole arabe se vendait aux alentours de 90 cents le baril. Mais le pétrole libyen était acheté à 30 cents le baril tellement ce pays était arriéré. C’était peut-être le plus misérable d’Afrique.

De l’argent rentrait pourtant grâce au pétrole. À quoi servait-il?

Le roi Idriss et son clan, les Senoussis, s’enrichissaient personnellement. Ils redistribuaient également une partie des revenus pétroliers aux chefs des autres tribus pour apaiser les tensions.

Une petite élite s’est développée grâce au commerce du pétrole et quelques infrastructures ont été construites, principalement sur la côte méditerranéenne, la partie la plus intéressante pour commercer avec l’extérieur. Mais les zones rurales dans le cœur du pays restaient extrêmement pauvres et des tas de miséreux s’amassaient dans des bidonvilles autour des cités.

Cela a continué jusqu’en 1969, quand trois officiers ont renversé le roi. Parmi eux, Kadhafi.

Comment se fait-il que la révolution soit venue d’officiers de l’armée?

Dans un pays profondément marqué par les divisions tribales, l’armée était en fait la seule institution nationale. La Libye n’existait pas en tant que telle sauf à travers cette armée.

À côté de ça, les Senoussis du roi Idriss possédaient leur propre milice.

Mais dans l’armée nationale, les jeunes Libyens issus des différentes régions et tribus pouvaient se retrouver.

Kadhafi a d’abord évolué au sein d’un groupe nassériste, mais lorsqu’il a compris que cette formation ne serait pas capable de renverser la monarchie, il s’est engagé dans l’armée.

Les trois officiers qui ont destitué le roi Idriss étaient très influencés par Nasser. Gamal Abdel Nasser était lui-même un officier de l’armée égyptienne qui renversa le roi Farouk.

Inspiré par le socialisme, Nasser s’opposait à l’ingérence des puissances néocoloniales et prônait l’unité du monde arabe. Il nationalisa d’ailleurs le canal de Suez, jusque là géré par la France et la Grande-Bretagne, s’attirant les foudres et les bombardements de l’Occident en 1956.

Le panarabisme révolutionnaire de Nasser avait eu un effet important en Libye, notamment dans l’armée et sur Kadhafi. Les officiers libyens auteurs du coup d’Etat de 1969 suivirent le même agenda que Nasser.

Quels furent les effets de la révolution en Libye ?

Kadhafi avait deux options.

Soit laisser le pétrole libyen aux mains des compagnies occidentales comme l’avait fait le roi Idriss. La Libye serait alors devenue comme ces monarchies pétrolières du Golfe où l’esclavage est encore pratiqué, où les femmes n’ont aucun droit et où des architectes européens peuvent s’éclater à construire des tours farfelues avec des budgets astronomiques qui proviennent en fait des richesses des peuples arabes.

Soit suivre une voie indépendante des puissances néocoloniales. Kadhafi a choisi cette deuxième option, il a nationalisé le pétrole libyen, provoquant la colère des impérialistes.

Dans les années 50, une blague circulait à la Maison Blanche, au sein de l’administration Eisenhower qui se développa ensuite en véritable théorie politique sous Reagan.

Comment distinguer les bons des mauvais Arabes? Un bon Arabe fait ce que les Etats-Unis lui disent. En échange, il reçoit des avions, est autorisé à déposer son argent en Suisse, est invité à Washington, etc. Eisenhower et Reagan nommaient ces bons Arabes: les rois d’Arabie Saoudite et de Jordanie, les cheikhs et émirs du Koweït et du Golfe, le Shah d’Iran, le roi du Maroc et bien-sûr, le roi Idriss de Libye.

Les mauvais Arabes? Ceux qui n’obéissaient pas à Washington: Nasser, Kadhafi, Saddam plus tard…

Tout de même, Kadhafi n’est pas très…

Kadhafi n’est pas un mauvais Arabe parce qu’il fait tirer sur la foule. On fait la même chose en Arabie Saoudite ou au Bahreïn et les dirigeants de ces pays reçoivent tous les honneurs de l’Occident.

Kadhafi est un mauvais Arabe parce qu’il a nationalisé le pétrole libyen que les compagnies occidentales considéraient – jusqu’à la révolution de 69 – comme leur appartenant.

Ce faisant, Kadhafi a apporté des changements positifs en Libye, au niveau des infrastructures, de l’éducation, de la santé, de la condition des femmes, etc.

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Bon, Kadhafi renverse la monarchie, nationalise le pétrole, s’oppose aux puissances impériales et apporte des changements positifs en Libye.

Pourtant, quarante ans plus tard, c’est un dictateur corrompu, qui réprime l’opposition et qui ouvre à nouveau les portes du pays aux compagnies occidentales.

Comment expliquer ce changement?

Dès le départ, Kadhafi s’est opposé aux grandes puissances coloniales et a généreusement soutenu divers mouvements de libération dans le monde. Je trouve qu’il a été très bien pour ça. Mais pour être complet, il faut aussi préciser que le colonel était anticommuniste. En 1971 par exemple, il fit dérouter vers le Soudan un avion transportant des dissidents communistes soudanais qui furent aussitôt exécutés par le président Nimeyri.

En fait, Kadhafi n’a jamais été un grand visionnaire. Sa révolution était une révolution de nationaliste bourgeois et il a instauré en Libye un capitalisme d’État.

Pour comprendre comment son régime est parti à la dérive, nous devons analyser le contexte qui n’a pas joué en sa faveur, mais aussi les erreurs personnelles du colonel.

Tout d’abord, nous avons vu que Kadhafi était parti de rien en Libye. Le pays était très arriéré. Il n’y avait donc pas de gens éduqués ou une forte classe ouvrière pour appuyer la révolution. La plupart des personnes ayant reçu une éducation faisaient partie de l’élite qui bradait les richesses libyennes aux puissances néocoloniales. Evidemment, ces gens n’allaient pas soutenir la révolution et la plupart d’entre eux quittèrent le pays pour organiser l’opposition à l’étranger.

De plus, les officiers libyens qui ont renversé le roi Idriss étaient très influencés par Nasser. L’Egypte et la Libye prévoyait d’ailleurs de nouer un partenariat stratégique. Mais la mort de Nasser en 1970 fit tomber le projet à l’eau et l’Egypte devint un pays contre-révolutionnaire, aligné sur l’Ouest. Le nouveau président égyptien, Anouar al-Sadate, se rapprocha des Etats-Unis, libéralisa progressivement l’économie et s’allia avec Israël. Un bref conflit éclata même avec la Libye en 1977. Imaginez la situation dans laquelle se trouvait Kadhafi: le pays qui l’avait inspiré et avec lequel il devait conclure une alliance capitale devenait soudainement son ennemi!

Un autre élément contextuel a joué en défaveur de la révolution libyenne: la baisse importante du cours du pétrole dans les années 80. En 1973, dans le cadre de la guerre israélo-arabe, les pays producteurs de pétrole décidèrent d’un embargo, faisant grimper en flèche le prix du baril. Cet embargo provoqua le premier grand transfert de richesses du Nord vers le Sud. Mais dans les années 80, eut lieu ce qu’on pourrait appeler une contre-révolution pétrolière orchestrée par Reagan et les Saoudiens. L’Arabie Saoudite augmenta considérablement sa production de pétrole et inonda le marché, provoquant une chute radicale des prix. Le baril passa de 35 dollars le baril à 8 dollars.

L’Arabie Saoudite ne se tirait-elle pas une balle dans le pied?

Cela eut en effet un impact négatif sur l’économie saoudienne. Mais le pétrole n’est pas le plus important pour l’Arabie Saoudite. Sa relation avec les Etats-Unis prime avant tout, car c’est le soutien de Washington qui permet à la dynastie saoudienne de se maintenir au pouvoir.

Ce raz-de-marée pétrolier eut des conséquences catastrophiques pour de nombreux pays producteurs de pétrole qui s’endettèrent. Et tout cela se produisit dix années seulement après la montée au pouvoir de Kadhafi. Le dirigeant libyen, parti de rien, voyait en plus les seuls moyens dont il disposait pour construire quelque chose, fondre comme neige au soleil avec la chute des cours du pétrole.

Notez également que cette contre-révolution pétrolière accéléra la chute de l’URSS, alors empêtrée en Afghanistan. Avec la disparition du bloc soviétique, la Libye perdait son principal soutien politique et se retrouva très isolée sur la scène internationale. Isolement d’autant plus grand que l’administration Reagan avait placé la Libye sur la liste des Etats-terroristes et imposé toute une série de sanctions.

Qu’en est-il des erreurs commises par Kadhafi ?

Comme je l’ai dit, ce n’était pas un grand visionnaire. La théorie développée autour de son livre vert est un mélange d’anti-impérialisme, d’islamisme, de nationalisme, de capitalisme d’État et d’autres choses encore.

Outre son manque de vision politique, Kadhafi a d’abord commis une grave erreur en attaquant le Tchad dans les années 70. Le Tchad est le cinquième plus grand pays d’Afrique et le colonel, considérant sans doute que la Libye était trop petite pour ses ambitions mégalomaniaques, a annexé la bande d’Aozou. Il est vrai qu’historiquement, la confrérie des Senoussis exerçait son influence jusque dans cette région. Et en 1935, le ministre français des Affaires étrangères, Pierre Laval, voulut acheter Mussolini en lui proposant la bande d’Aozou. Mais finalement, Mussolini se rapprocha d’Hitler et l’accord resta lettre morte.

Kadhafi a néanmoins voulu annexer ce territoire et s’est livré à une lutte d’influence avec Paris dans cette ancienne colonie française. Finalement, les Etats-Unis, la France, l’Egypte, le Soudan et d’autres forces réactionnaires de la région, ont soutenu l’armée tchadienne qui mit en déroute les troupes libyennes. Des milliers de soldats et d’importantes quantités d’armes furent capturés. Le président du Tchad, Hissène Habré, vendit ces soldats à l’administration Reagan. Et la CIA les utilisa comme mercenaires au Kenya et en Amérique latine.

Mais la plus grande erreur de la révolution libyenne est d’avoir tout misé sur les ressources pétrolières. En effet, les ressources humaines sont la plus grande richesse d’un pays. Vous ne pouvez pas réussir une révolution si vous ne développez pas l’harmonie nationale, la justice sociale et une juste répartition des richesses.

Or, le colonel n’a jamais supprimé les discriminations ancestrales en Libye. Comment mobiliser la population si vous ne montrez pas aux Libyens que, quelque soit leur appartenance ethnique ou tribale, tous sont égaux et peuvent œuvrer ensemble pour le bien de la nation? La majorité de la population libyenne est arabe, parle la même langue et partage la même religion. La diversité ethnique n’est pas très importante. Il était possible d’abolir les discriminations pour mobiliser la population.

Kadhafi a également été incapable d’éduquer le peuple libyen sur les enjeux de la révolution. Il n’a pas élevé le niveau de conscience politique de ses citoyens et n’a pas développé de parti pour appuyer la révolution.

Pourtant, dans la foulée de son livre vert de 1975, il instaure des comités populaires, sorte de démocratie directe.

Cette tentative de démocratie directe était influencée par des concepts marxistes-léninistes. Mais ces comités populaires en Libye ne s’appuyaient sur aucune analyse politique, aucune idéologie claire. Ce fut un échec. Kadhafi n’a pas non plus développé de parti politique pour appuyer sa révolution. Finalement, il s’est coupé du peuple.

La révolution libyenne est devenue le projet d’une seule personne. Tout tournait autour de ce leader charismatique déconnecté de la réalité.

Et lorsque le fossé se creuse entre un dirigeant et son peuple, la sécurité et la répression viennent combler le vide. Les excès se sont multipliés, la corruption s’est développée de manière importante et les divisions tribales se sont cristallisées.

Aujourd’hui, ces divisions resurgissent dans la crise libyenne. Il y a bien sûr une partie de la jeunesse en Libye qui est fatiguée de la dictature et qui est influencée par les événements en Tunisie et en Egypte. Mais ces sentiments populaires sont instrumentalisés par l’opposition dans l’est du pays qui réclame sa part du gâteau, la répartition des richesses étant très inégale sous le régime de Kadhafi. Bientôt, les véritables contradictions vont apparaître au grand jour.

On ne sait d’ailleurs pas grand-chose sur ce mouvement d’opposition. Qui sont-ils? Quel est leur programme? S’ils voulaient vraiment mener une révolution démocratique, pourquoi ont-ils ressorti les drapeaux du roi Idriss, symboles d’un temps où la Cyrénaïque était la province dominante du pays? Ont-ils demandé leur avis aux autres Libyens? Peut-on parler de mouvement démocratique lorsque ces opposants massacrent les Noirs de la région?

Si vous faites partie de l’opposition d’un pays, que vous êtes patriotique et que vous souhaitez renverser votre gouvernement, vous tentez cela correctement. Vous ne créez pas une guerre civile dans votre propre pays et vous ne lui faites pas courir le risque d’une balkanisation.

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Selon vous, il s’agirait donc plus d’une guerre civile résultant des contradictions entre clans libyens?

C’est pire, je pense. Il y a déjà eu des contradictions entre les tribus, mais elles n’ont jamais pris une telle ampleur.

Ici, les Etats-Unis alimentent ces tensions afin de pouvoir intervenir militairement en Libye. Dès les premiers jours de l’insurrection, la secrétaire d’État Hillary Clinton a proposé d’apporter des armes aux opposants.

Dans un premier temps, l’opposition organisée sous le Conseil National a refusé toute ingérence des puissances étrangères, car elle savait que cela jetterait le discrédit sur son mouvement. Mais aujourd’hui, certains opposants en appellent à une intervention armée.

Depuis que le conflit a éclaté, le président Obama a dit envisager toutes les options possibles et le sénat US appelle la communauté internationale à décréter une zone de non-vol au-dessus du territoire libyen, ce qui serait un véritable acte de guerre.

De plus, le porte-avion nucléaire USS Enterprise, positionné dans le golfe d’Aden pour combattre la piraterie, est remonté jusqu’aux côtes libyennes.

Deux navires amphibies, l’USS Kearsage et l’USS Ponce, avec à leur bord plusieurs milliers de marines et des flottes d’hélicoptère de combat, se sont également positionnés dans la Méditerranée.

La semaine passée, Louis Michel, l’ancien commissaire européen au Développement et à l’Aide humanitaire de l’Union Européenne, s’est demandé avec force sur un plateau de télévision quel gouvernement aurait le courage de défendre devant son parlement la nécessité d’intervenir militairement en Libye. Mais Louis Michel n’a jamais appelé à une telle intervention en Egypte ou à Bahreïn. Pourquoi ?

La répression n’est-elle pas plus violente en Libye ?

La répression était très violente en Egypte, mais l’Otan n’a jamais positionné des navires de guerre le long des côtes égyptiennes pour menacer Moubarak. On l’a tout juste appelé à trouver une issue démocratique!

Pour la Libye, il faut être très prudent avec les informations qui nous parviennent.

Un jour, on parle de 2.000 morts et le lendemain, le bilan est revu à 300.

On a aussi dit dès le début de la crise que Kadhafi avait bombardé son propre peuple, mais l’armée russe, qui surveille la situation par satellite, a officiellement démenti cette information.

Si l’Otan se prépare à intervenir militairement en Libye, nous pouvons être sûrs que les médias dominants vont diffuser la propagande de guerre habituelle.

En fait, la même chose s’est passée en Roumanie avec Ceausescu. Le soir du réveillon de Noël 1989, le premier ministre belge Wilfried Martens a fait un discours à la télévision. Il a prétendu que les forces de sécurité de Ceausescu venaient de tuer 12.000 personnes. C’était faux. Les images du fameux charnier de Timisoara ont également fait le tour du monde. Elles étaient censées démontrer la violence aveugle du président roumain.

Mais il s’est avéré plus tard que tout cela était une mise en scène: des cadavres avaient été sortis de la morgue et placé dans des fosses pour impressionner les journalistes.

On a aussi dit que les communistes avaient empoisonné l’eau, que des mercenaires syriens et palestiniens étaient présents en Roumanie ou bien encore que Ceausescu avait formé des orphelins pour en faire des machines à tuer.

C’était de la pure propagande pour déstabiliser le régime.

Finalement, Ceausescu et sa femme furent tués après un simulacre de procès qui dura 55 minutes.

Bien sûr, tout comme Kadhafi, le président roumain n’était pas un enfant de chœur. Mais que s’est-il passé depuis? La Roumanie est devenue une semi-colonie de l’Europe. La main d’œuvre bon marché y est exploitée. De nombreux services ont été privatisés au profit des compagnies occidentales et sont hors de prix pour une grande partie de la population. Et maintenant, chaque année, des tas de Roumains vont pleurer sur la tombe de Ceausescu.

La dictature était une chose terrible, mais depuis que le pays a été économiquement détruit, c’est pire !

Pourquoi les Etats-Unis voudraient-ils renverser Kadhafi ? Depuis une dizaine d’années, le colonel est devenu à nouveau fréquentable pour l’Occident et a privatisé une grande partie de l’économie libyenne au profit des compagnies occidentales.

Il faut analyser tous ces événements à la lumière des nouveaux rapports de force dans le monde. Les puissances impérialistes sont en déclin alors que d’autres forces sont en plein essor.

Récemment, la Chine a proposé de racheter la dette portugaise!

En Grèce, la population est de plus en plus hostile à cette Union Européenne qu’elle perçoit comme une couverture de l’impérialisme allemand. Les mêmes sentiments se développent dans les pays de l’Est.

Par ailleurs, les Etats-Unis ont attaqué l’Irak pour s’emparer du pétrole mais au final, seule une compagnie US en profite, le reste étant exploité par des compagnies malaisiennes et chinoises.

Bref, l’impérialisme est en crise.

Par ailleurs, la révolution tunisienne a fortement surpris l’Occident. Et la chute de Moubarak encore plus. Washington tente de récupérer ces mouvements populaires, mais le contrôle lui échappe.

En Tunisie, le premier ministre Mohamed Ghannouchi, un pur produit de la dictature Ben Ali, était censé assurer la transition et donner l’illusion d’un changement. Mais la détermination du peuple l’a contraint à démissionner.

En Egypte, les Etats-Unis comptent sur l’armée pour maintenir en place un système acceptable.

Mais des informations me sont parvenues confirmant que dans les innombrables casernes militaires disséminées à travers le pays, de jeunes officiers s’organisent en comités révolutionnaires par solidarité avec le peuple égyptien. Ils auraient même fait arrêter certains officiers associés au régime de Moubarak.

La région pourrait échapper au contrôle des Etats-Unis. Intervenir en Libye permettrait donc à Washington de briser ce mouvement révolutionnaire et d’éviter qu’il ne s’étende au reste du monde arabe et à l’Afrique.

Depuis une semaine, des jeunes se révoltent au Burkina-Faso mais les médias n’en parlent pas. Pas plus que des manifestations en Irak.

L’autre danger pour les Etats-Unis est de voir émerger des gouvernements anti-impérialistes en Tunisie et en Egypte. Dans ce cas, Kadhafi ne serait plus isolé et pourrait revenir sur les accords conclus avec l’Occident.

Libye, Egypte et Tunisie pourraient s’unir et former un bloc anti-impérialiste. Avec toutes les ressources dont ils disposent, notamment les importantes réserves de devises étrangères de Kadhafi, ces trois pays pourraient devenir une puissance importante de la région. Probablement plus importante que la Turquie.

Pourtant, Kadhafi avait soutenu Ben Ali lorsque le peuple tunisien s’est révolté.

Cela montre à quel point il est faible, isolé et déconnecté de la réalité. Mais les rapports de force changeants dans la région pourraient modifier la donne. Kadhafi pourrait changer son fusil d’épaule, ce ne serait pas la première fois.

Comment pourrait évoluer la situation en Libye ?

Les puissances occidentales et ce soi-disant mouvement d’opposition ont rejeté la proposition de médiation de Chavez. Ce qui laisse entendre qu’ils ne veulent pas d’issue pacifique au conflit.

Mais les effets d’une intervention de l’Otan seront désastreux. On a vu ce que cela a donné au Kosovo ou en Afghanistan.

De plus, une agression militaire pourrait favoriser l’entrée en Libye de groupes islamistes qui pourraient s’emparer d’importants arsenaux sur place. Al-Qaïda pourrait s’infiltrer et faire de la Libye un deuxième Irak. Il y a d’ailleurs déjà des groupes armés au Niger que personne ne parvient à contrôler. Leur influence pourrait s’étendre à la Libye, au Tchad, au Mali, à l’Algérie…

En fait, en préparant une intervention militaire, l’impérialisme est en train de s’ouvrir les portes de l’enfer !

En conclusion, le peuple libyen mérite mieux que ce mouvement d’opposition qui plonge le pays dans le chaos.

Il lui faudrait un véritable mouvement démocratique pour remplacer le régime de Kadhafi et instaurer la justice sociale.

En tout cas, les Libyens ne méritent pas une agression militaire. Les forces impérialistes en déroute semblent pourtant préparer une offensive contre-révolutionnaire dans le monde arabe.

Attaquer la Libye est leur solution d’urgence. Mais cela leur retomberait sur les pieds.

Source : www.michelcollon.info

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Mohamed Hassan est un spécialiste de la géopolitique et du monde arabe. Né à Addis Abeba (Ethiopie), il a participé aux mouvements d’étudiants dans la cadre de la révolution socialiste de 1974 dans son pays. Il a étudié les sciences politiques en Egypte avant de se spécialiser dans l’administration publique à Bruxelles. Diplomate pour son pays d’origine dans les années 90, il a travaillé à Washington, Pékin et Bruxelles. Co-auteur de L’Irak sous l’occupation (EPO, 2003), il a aussi participé à des ouvrages sur le nationalisme arabe et les mouvements islamiques, et sur le nationalisme flamand. C’est un des meilleurs connaisseurs contemporains du monde arabe et musulman.

Grégoire Lalieu, Michel Collon

7 mars 2011

ANNA GREKI : SAMEDI 5 MARS – GALERIE D’ART BENYAÂ

Culture :

À LA GALERIE D’ART BENYAÂ

Poésie en hommage à Anna Greki

La galerie d’art Benyaa à Alger abritera, samedi à 16h, un récital de poésie en hommage à Anna Greki.

Les lectures de poésie seront faites par Nadia Sebkhi, directrice de la publication du magazine Livresco et par l’écrivain Abderrahmane Djelfaoui qui seront accompagnés à la guitare par le musicien Mohamed Sergoua.

De son vrai nom Anna Colette Grégorie, Anna Greki est une poétesse algérienne d’expression française née à Batna le 14 mars 1931.

Elle a passé son enfance à Menaâ, commune d’Arris, où son père est instituteur.

Elle effectue ses études primaires à Collo et secondaires à Skikda.

Elle interrompt ses études supérieures de lettres à Paris pour militer activement pour l’indépendance de l’Algérie. Institutrice à Bône puis à Alger, elle milite au PCA (Parti communiste algérien).

Membre des «Combattants de la libération », elle sera arrêtée par les parachutistes de Massu en 1957, torturée avant d’être jetée à la prison Barberousse d’Alger.

Elle sera transférée en novembre 1958 au «camp de transit et de triage» de Beni Messous puis expulsée d’Algérie.

Elle va rejoindre alors son mari Kean Malki à Tunis, où sera publié son premier recueil: «Algérie, capitale Alger», préfacé par Mostefa Lacheraf qui sera publié par la Société nationale d’édition et de diffusion tunisienne et par Pierre-Jean Oswald à Paris, en 1963.

En 1962, elle rentre en Algérie, à l’indépendance du pays.

Achevant sa licence en 1965, elle enseigne le français au lycée Emir- Abdelkader d’Alger. Elle publie également des textes poétiques dans Révolution africaine.

Anna Greki est décédée d’une hémorragie à l’âge de 33 ans, à Alger le 6 janvier 1966.

Elle laisse un second recueil, « Temps forts », qui paraîtra la même année chez Présence africaine à Paris. Elle laisse aussi un roman inachevé… dans une vie militante inachevée.

K. B.

L’EGYPTE DE 2011 SUIVRA-T-ELLE L’INDONESIE DE 1998?

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Cet article a été écrit et mis en ligne le 25 février 2011, soit avant le remplacement de Chaffiq par le nouveau chef de gouvernement souhaité par les jeunes égyptiens.

Le problème de fond reste le même.


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LES DICTATEURS SONT «ÉJECTABLES»:

Montée et déclin des sbires militaires des États-Unis

L’histoire se répète-t-elle?

Du « roi de Java » au pharaon d’Égypte

Par Michel Chossudovsky

Le 25 fevrier 2011

De Suharto à Moubarak : l’histoire se répète?

En mai 1998, le président Suharto d’Indonésie a été renversé à la suite de manifestations de masse.

Les médias occidentaux ont signalé tous en chœur la « démocratisation » : le « roi de Java » avait été renversé par des manifestations de masse, comme ce fut le cas d’Hosni Moubarak, décrit par les médias contemporains comme le « pharaon d’Égypte ».

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Mouvement de protestation étudiant en mai 1998 à Jakarta

La crise asiatique de 1997

La crise financière asiatique de 1997 qui a servi à appauvrir des millions de personnes a été l’œuvre des spéculateurs institutionnels. Ce fut un processus de manipulation délibérée du marché qui consistait à déstabiliser les monnaies nationales par la «vente à découvert».

La rupiah indonésienne a été déstabilisée, les prix des aliments sont montés en flèche, les salaires réels se sont effondrés de plus de 50 %. Les travailleurs de Nike dans la fabrication d’articles destinés à l’exportation recevaient 45 dollars par mois avant la crise. Dans la foulée de la dévaluation de la rupiah, leurs salaires ont chuté à moins de 20 dollars par mois.

Le mouvement de protestation de mai 1998 contre le président Suharto a été déclenché par la pauvreté largement répandue et les inégalités sociales causées par la « médecine économique » fatale du FMI imposée avant et après la crise asiatique.

Le 13 mai 1998, le meurtre de six étudiants à l’Université Trisakti à Jakarta a donné lieu à des demandes de résignation du président Suharto, lequel avait occupé la présidence pendant 31 ans.

Dans un commentaire publié par l’Irish Times en mai 1998, l’auteur du Centre de recherche sur la mondialisation, Finian Cunningham a abordé l’euphorie des médias occidentaux décrivant Suharto comme le « roi de Java renversé par son peuple » (Voir Irish Times, 22 mai 1998)

  • [Cette évaluation] juge très mal l’équilibre du pouvoir, non seulement en Indonésie mais dans bien d’autres parties du monde. La principale leçon à tirer de l’agitation en Indonésie devrait être le rôle décisif joué par les États-Unis et le Fonds monétaire international (FMI). Si des gens doivent s’attribuer le mérite d’avoir renversé Suharto de manière décisive, ce sont ces hommes de main de l’ordre capitaliste mondial, pas le pouvoir populaire […]

    Après avoir pillé durant environ 30 ans les riches ressources de l’Indonésie, il est devenu évident que Suharto ne convenait plus aux puissances occidentales lorsque l’Indonésie a attrapé la grippe financière asiatique l’automne dernier.

    Contrairement aux autres tigres faibles de l’Asie, Suharto s’est révélé insuffisamment habile dans la gestion du traitement choc néolibéral habituel du FMI visant une soi-disant reprise économique […]

    Ce néocolonialisme a pour effet de permettre un meilleur contrôle des ressources d’un pays par le capital étranger et laisse invariablement la majorité de la population davantage dans la misère, alors que la richesse est siphonnée encore plus rapidement sur les marchés boursiers de Londres et New York.
  • En Indonésie, les signes sont déjà inquiétants. Le successeur de Suharto n’est plus dévoué à la démocratie et à la justice sociale, la machine militaire du pays continue à fonctionner avec une efficacité brutale et, notez ceci, le FMI réitère ses appels aux « réformes libérales » et aux réductions dans les dépenses publiques.
  • Malheureusement, ce n’est pas une affaire de « roi renversé par le peuple », mais plutôt de « sbire abandonné par la Mafia » — la Mafia étant l’élite financière occidentale –qui peut continuer à tabasser les Indonésiens avec un autre instrument [1].(Finian Cunningham, Irish Times, 25 mai 1998)

Les galonnés des armées et des appareils de renseignement indonésiens et égyptiens ont été entraînés aux États-Unis, aux mêmes académies militaires. Moubarak et Suharto ont tous deux été installés par Washington.

Les deux régimes et leurs armées ont commis des atrocités contre leur population. Les deux dirigeants ont servi à miner le nationalisme postcolonial.

Le massacre de 1965 financé par la CIA

En 1965, le major-général Suharto a été l’instigateur d’un massacre de plus d’un demi-million de membres et de partisans du Parti communiste d’Indonésie (incluant des membres de leurs familles). Ce massacre, financé par la CIA, a été exécuté en coordination avec l’ambassade étasunienne : le but ultime était d’affaiblir et de déloger le gouvernement nationaliste de Sukarno, lequel avait l’appui du Parti communiste.

Dans un contexte différent, le maréchal de l’air Hosni Moubarak a joué un rôle similaire dans la transition ayant suivi la période nationaliste Nasser-Sadat. Il est devenu vice-président en 1975 et a été installé comme président dans la foulée de l’assassinat d’Anwar Sadat en 1981.

Des documents déclassifiés confirment l’étendue du massacre en Indonésie financé par les États-Unis :

  • Relativement à une autre question très controversée, celle de l’implication des États-Unis dans les tueries, le volume comprend une « note éditoriale » à la page 387 décrivant l’aérogramme du 10 août 1966 envoyé par l’ambassadeur Marshall à Washington et indiquant qu’une liste des hauts dirigeants communistes préparée par l’ambassade, sans lui être attribuée, « était apparemment utilisée par les autorités indonésiennes en matière de sécurité, lesquelles ne semblent pas avoir la moindre information officielle sur le leadership du PCI de l’époque ». Le 2 décembre 1965, Green a endossé un paiement clandestin de 50 millions de rupiah au mouvement Kap-Gestapu qui menait la répression. Toutefois la réponse de la CIA au département d’État, datée du 3 décembre, est entièrement classifiée. (pp. 379-380).
  • L’intervention de la CIA dans la publication du département d’État n’est que la dernière d’une série de controverses semblables remontant à 1990, lorsque la CIA a censuré un volume de l’État sur l’Iran au début des années 1950 afin d’exclure toute référence au coup appuyé par la CIA qui a renversé Mossadegh en 1953.

(Voir National Security Archive )

Changement de régime en Indonésie

En mai 1998, le climat était jubilatoire à Jakarta et ressemblait énormément à celui qui règne en Égypte aujourd’hui. Sous les ordres de Washington, Suharto a été remplacé par son vice-président B. J. Habibie.

  • « Pour les étudiants, c’était une affaire du genre «le roi est mort, à bas le roi!» […] L’ambiance avait commencé à changer très tôt lorsque des rumeurs couraient à l’effet que le président Suharto allait s’adresser à la nation à 9 heures du matin. Des centaines de personnes se sont réunies devant un grand écran de télévision dans l’entrée sale et faiblement éclairée lorsqu’est apparu un général Suharto à l’air fatigué.
  • Ils ont écouté silencieusement jusqu’à ce que le seul président qu’ils aient connu en Indonésie leur dise : «J’ai décidé de quitter ma fonction de président de l’Indonésie, dès aujourd’hui, le jeudi 21 mai 1998, lorsque j’aurai fini de lire cette déclaration.»
  • À cet instant, ils ont collectivement poussé un cri de jubilation qui a duré plusieurs minutes. Personne n’a entendu le général Suharto poursuivre pour annoncer qu’en vertu de la Constitution, son adjoint, M. B.J. Habibie, deviendrait président jusqu’à la fin de son mandat, lequel prend fin en 2003. Ils n’ont pas non plus entendu le général conclure en disant: «Je demande pardon pour toutes mes erreurs et mes lacunes.» [Massacre de 500 000 personnes, M.C.]
  • Les étudiants dansaient sur le toit, sautaient dans les airs et dans la fontaine ornementale dehors. Ils se roulaient même dans les débris de trois jours d’occupation.
  • Quelques-uns pleuraient, d’autres priaient, les couples s’enlaçaient. Seulement neuf jours après que les troupes eurent tué quatre d’entres eux sur le campus de Trisakti, ils n’arrivaient pas à croire qu’ils avaient réussi à renverser le dirigeant qu’ils tenaient responsable.
  • […] La nuit précédente, le général Wiranto avait évalué la situation de la sécurité avec les trois chefs de service et le chef de la police nationale. Les perspectives étaient sombres. Les étudiants représentant 50 universités prévoyaient demeurer dans le Parlement jusqu’à ce que Suharto démissionne. Ils étaient largement appuyés, même par l’armée. [Cet appui faisait partie du processus de changement de régime. Comparez avec l’Égypte. M.C. C’est l’auteur qui souligne.]
  • « L’édifice appartient au peuple, à nous tous », a déclaré le lieutenant-colonel Nachrowi, porte-parole du commandement militaire de Jakarta, expliquant qu’il n’y avait pas d’ordre de mettre fin à la manifestation. [Comparez à l’Égypte, février 2011, M.C.]
  • Les étudiants avaient coopéré avec les soldats et fait appel au commandant de l’armée de Jakarta, le brigadier-général Silalahi, lorsque des documents clés sont disparus après que deux intrus eurent infiltré le corps étudiant. [Comparez à l’Égypte.]
  • Entre-temps, les événements se bousculaient ailleurs. La secrétaire d’État étasunienne, Mme Madeleine Albright, a suggéré publiquement que le général Suharto démissionne, annonçant ainsi la fin de l’appui international. Il avait été impossible pour le président Suharto de mettre en place le comité de réforme qu’il avait promis mardi, car les universitaires l’avait rejeté. [L’histoire se répète. Comparez les déclarations de Madeleine Albright à celles d’Hillary Clinton, M.C.]

    Le général Suharto n’avait pas d’autre alternative que de remettre le pouvoir aux mains de son copain de longue date, M. Habibie, et de s’assurer auprès du général Wiranto, un autre de ses protégés qu’il a mis en poste en janvier, que la famille conserverait son statut et sa richesse.
  • La décision a été prise à une heure du matin chez Suharto. Les étudiants ont compris tout ce qu’elle impliquait seulement lorsqu’ils ont entendu l’enregistrement de la déclaration du général Suharto annonçant sa démission.
  • L’euphorie s’est rapidement dissipée. Ils s’étaient débarrassés du « vieux voleur », comme l’a dit un étudiant en économie, mais Habibie « est pareil, un autre criminel ». Une femme d’âge moyen, disant avoir fait partie du personnel du président a fait remarquer dégoûtée: « Il s’inclinait devant Suharto et l’embrassait constamment. »

Les étudiants avaient goûté à une victoire enivrante et ne voulaient pas être déçus par un compromis laissant les alliés de M. Suharto en place. Ils avaient ouvert le paysage politique à une véritable réforme démocratique, mais sentaient qu’ils devaient être actifs et vigilants, sans laisser leurs gains filer.

  • Le Dr Amien Rais – un vieil ami de M. Habibie – a dit hier qu’il attendrait de voir la composition du nouveau Cabinet qui sera annoncée ce matin avant de décider s’il l’endosserait. Son conseil aura beaucoup de poids auprès des étudiants, qui, pour l’instant, ne bougent pas du Parlement.
  • Au cours de la journée hier, de plus en plus d’étudiants sont arrivés pour se joindre aux célébrations d’une victoire extraordinaire, soit le renversement du dirigeant asiatique le plus longtemps en poste. De petits camions roulaient avec à bord des volontaires lançant des boissons et des sacs de riz offerts par un riche sympathisant. Les étudiants chantaient, dansaient et se prenaient en photo.
  • Plus tard, ils voudront tous dire qu’ils étaient là, dans le Parlement, lorsque le général Suharto, connu comme le roi de Java, a été renversé. (Conor O’Clery, The day the ‘king of Java’ was deposed by his own people, Irish Times, 22 mai 2011).

La fin de Suharto a entraîné la continuité. Jusqu’à ce jour, la machine militaire, combinée à une forme de développement capitaliste impitoyable, règnent en Indonésie.

Le pays est riche en ressources naturelles et producteur de pétrole, et pourtant, la pauvreté et le chômage sont endémiques. Des conglomérats étrangers se sont approprié la richesse du pays avec le soutien de la machine militaire et de l’appareil policier.

Suharto et Moubarak ont tous deux été des hommes de main des États-Unis recrutés dans les rangs de l’armée. Ce sont des dirigeants éjectables: lorsque l’on n’a plus besoin d’eux, on les remplace.
_è Pour reprendre Finian Cunningham relativement à l’Indonésie (1998), « la machine militaire du pays continue de fonctionner avec une efficacité brutale ».

Des élections démocratiques ont eu lieu en 1999 et le Parlement a nommé Abdurrahman Wahid président et la fille de Sukarno, Megawati, vice-présidente. Wahid a été destitué par la suite. L’illusion d’un gouvernement populiste persistait avec Megawati comme pantin présidentiel (2001-2004).

Entre-temps, le rôle de l’armée et ses liens avec les États-Unis sont demeurés indemnes. En 2004 un (ancien) commandant militaire de carrière, Susilo Bambang Yudhoyono, est devenu président. Il avait des liens étroits avec le Pentagone et a été formé à Fort Benning et à l’US Army Command and General Staff College à Fort Leavenworth au Kansas. Il a été réélu en 2009.

Égypte : un coup d’État financé par les États-Unis?

En Égypte, la machine militaire domine après la chute de Moubarak.
Le feld-maréchal Mohamed Hussein Tantawi, ministre égyptien de la Défense, egypte_indonesie_3.jpgcommandant en chef des Forces armées et chef du conseil supérieur de l’armée depuis le 11 février 2011, est le chef d’État de facto et Omar Souleimane est vice-président. Les deux hommes ont été désignés par les États-Unis.

Le feld-maréchal Tantawi et le secrétaire à la Défense étasunien Robert Gates

Tantawi a noué il y a longtemps des liens dans les plus hautes sphères de l’armée étasunienne, soit depuis l’époque où il était au commandement des forces alliées durant la guerre du Golfe en 1991. Ahmed Shafik, un ancien commandant en chef de l’Armée de l’air occupe le poste de premier ministre.

Non seulement l’armée a le mandat d’implanter la démocratie, mais plusieurs leaders de l’opposition, dont Mohammed ElBaradei, ont aussi appelé la population égyptienne à appuyer l’armée.

L’opposition dans la société civile, soutenue par les États-Unis, (comprenant Kefaya et le Mouvement du 6 avril) est en contact à la fois avec les militaires et l’ambassade étasunienne.

On rapporte que ses membres « ont rencontré de hauts gradés du conseil supérieur de l’armée ». « Les manifestants ont dit que les généraux avaient exprimé leur « sincère intention de préserver les gains de la révolution ». » (Egypt’s opposition fights itself as army tightens control – World Wires – MiamiHerald.com, 14 février 2011)

Sincère intention? Souleimane et Tantawi, maintenant tous deux responsables de la « transition démocratique » au nom du mouvement de protestation, sont les nouveaux sbires militaires de Washington. Tant pis pour la démocratie. Les deux hommes sont chargés de torturer au nom de la CIA en vertu du programme de « restitution extraordinaire » de l’agence.

  • L’Égypte est la destination la plus courante pour les suspects envoyés par les États-Unis dans le but d’être interrogés et, en dernier lieu, torturés.

    La restitution extraordinaire, c’est […] parfois la torture par procuration ou l’externalisation de la torture.

    Parfois les agents de la CIA vont avec les détenus dans la salle d’interrogatoire. La plupart du temps toutefois, ils sont à l’extérieur de la salle et entrent une fois que le détenu a été torturé afin de le questionner.
  • […] Les États-Unis envoient 1,5 milliards de dollars annuellement à l’Égypte et la majeure partie de cet argent va à l’armée.

    Et pourtant, les États-Unis ont toujours été au courant de ces violations flagrantes des droits de la personne par le gouvernement égyptien. Nous avons financé tout le gouvernement et la police qui commettaient ces actes.

    Omar Souleimane, le vice-président, était le pilier de la torture égyptienne quand la CIA envoyait des prisonniers en Égypte en vertu de son programme de restitution extraordinaire.

    En réalité, il a lui-même commis certains des pires actes de torture. Il supervisait la torture par la police secrète et il est pourtant un ami très proche du gouvernement étasunien, y compris de l’administration Obama. (Marjorie Cohn, Egypt was a common destination for torture of detainees sent by U.S, Global Research, 16 février 2010).

Washington tire les ficelles qui contrôlent à la fois l’appareil militaire et l’opposition de la société civile égyptienne. Les détails de la « négociation » entre les représentants du mouvement de protestation et les militaires ont déjà été déterminés par Washington DC.

La société civile et les groupes jeunesse financés par les États-Unis ont trahi le mouvement populaire.


Note

1. À titre plus personnel, c’est grâce à cet article sur l’Indonésie paru dans l’Irish Times en 1998 que je suis entré en contact avec Finian Cunningham, qui est aujourd’hui un collaborateur régulier du Centre de recherche sur la mondialisation.


Michel Chossudovsky, Bandung, Indonésie, 15 février 2011

Article original en anglais, Dictators are « Disposable »: The Rise and Fall of America’s Military Henchmen, History Repeats Itself? From the « King of Java » to the Pharaoh of Egypt, publié le 18 février 2011.

Traduit par Julie Lévesque pour Mondialisation.ca.


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Michel Chossudovsky est directeur du Centre de recherche sur la mondialisation et professeur émérite de sciences économiques à l’Université d’Ottawa.

Il est l’auteur de Guerre et mondialisation, La vérité derrière le 11 septembre


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et de la Mondialisation de la pauvreté et nouvel ordre mondial (best-seller international publié en 12 langues).


JEUDI 3 MARS à MARSEILLE: « LIBYE – LES RAISONS DU SOULÈVEMENT POPULAIRE »

LIBYE

LES RAISONS DU SOULÈVEMENT POPULAIRE

Conférence – débat

Jeudi 03 mars 19h00

Maison du Maroc

8, rue fort notre dame, 13007 Marseille.

1ère rue à gauche après la place aux huiles sur le quai de rive neuve du Vieux Port.

Depuis le 17 février 2011, la Libye est en ébullition. Un soulèvement populaire sans précédent secoue le régime autoritaire du colonel Kadhafi, en place depuis le 1er septembre 1969. Le peuple, dans son écrasante majorité, et sur le modèle de ses voisins Tunisien et Egyptien, demande le départ du clan Kadhafi.

Contrairement aux dictateurs tunisien et égyptien, ce dernier s’accroche au pouvoir, et promet au peuple libyen la guerre civile avec tout ce qu’elle peut charrier comme drames humains. Cette stratégie de la terre brûlée a déjà commencé. Plus de 1000 morts du fait de la répression qui s’est abattue sur les manifestants pacifiques depuis deux semaines.

Rien ne leur est épargné: assassinat à l’arme blanche, tir à la mitrailleuse lourde et utilisation de char de combat et d’avions de chasse pour stopper des marées humaines se dirigeant vers Tripoli pour la libérer du dictateur protégé par des mercenaires.

Pourtant, peut-on comparer le régime du colonel Kadhafi à ceux de ses voisins Egyptien et Tunisien.

N’a-t-on pas connu les dirigeants Libyens, sous des postures plus en phase avec l’aspiration des peuples de la rive sud de la Méditerranée (nationalisation des hydrocarbures, redistribution relative des richesses générées par la vente du pétrole et du gaz, gratuité de la médecine, alliance avec les régimes progressistes du sud de la planète, soutien indéfectible à la cause palestinienne et à toutes les luttes de libération à travers le monde, etc. …)?

Depuis quand ce régime a-t-il commencé à tourner le dos à son peuple?

Quelles sont les raisons qui poussent les Libyens à braver la mort en affrontant les mains nues, le mercenaire, le char de combat et l’avion de chasse?

Des militants Libyens à Marseille, tenteront de répondre à toutes ces questions,
lors de la réunion publique organiée par le

Collectif Solidarité Maghreb

Jeudi 03 mars 19h00

Maison du Maroc

8, rue fort notre dame, 13007 Marseille.

(1ère rue à gauche, après la place aux huiles sur le quai de rive neuve du vieux port en direction du pharo).

Contact : e-mail : solidarite.maghreb@gmail.com ou Tel : 06.33.04.55.91

Collectif Solidarité Maghreb: Alternative Libertaire-Marseille (AL) – Association des Pieds Noirs Progressistes et leurs Amis (ANPNPA-Marseille) – Association des Tunisiens en France (ATF) – Confédération Nationale du Travail (CNT) – – Fédération pour une Alternative Ecologique et Sociale (FASE) – Fédération des Tunisiens pour une Citoyenneté des deux Rives (FTCR) – Ligue des Droits de l’Homme (L.D.H.13) – Mouvement ETTAJDID de Tunisie – Nouveau Parti Anticapitaliste (N.P.A.13) – Parti Communiste Français (PCF13), Parti des Indigènes de la République (P.I.R Marseille) – Quartiers Nord/Quartiers Forts (QNQF) – Mouvement contre le Racisme et pour l’Amitié entre les Peuples (MRAP- Marseille)- Maison du Peuple Kurde (MPK-Marseille) – Rassemblement pour une Algérie Progressiste (RAP- Marseille) – Rassemblement pour la Culture et la Démocratie (RCD-Marseille)- Radio Kalima

Soutenu par: Association des Travailleurs Maghrébins de France(ATMF)–ATTAC Marseille-Cap Méditerranée – Europe Ecologie- Femmes en noir – Gauche Unitaire – Parti de Gauche (PG) – Rouge Vif 13 – Solidaires 13 – Survie 13 – UD.CFDT13

Vous voulez vous informer sur la situation en Afrique du Nord ?

Ecoutez chaque lundi de 18hà 19h et vendredi de 18h à 20h

Radio Kalima Algérie et Radio Kalima Tunisie sur Radio Galère

(88.4Mhz ou http://www.radiogalere.org)


Pour accéder au document téléchargeable et imprimable, cliquer ici …


« LA VALLEE DES LOUPS – PALESTINE » LE FILM QUI NE SERA PAS PROGRAMME DANS VOTRE CINEMA

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« La Vallée des loups – Palestine » ne sera pas programmée dans votre cinéma

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Le film turc La Vallée des loups – Palestine (Kurtlar Vadisi Filistin) est sorti en salle en Turquie et en Allemagne le 28 janvier 2011, avec deux mois de retard sur la date annoncée.

Toutes les ambassades israéliennes sont mobilisées depuis des mois pour empêcher la diffusion de cette œuvre dans des pays tiers.

Elles semblent avoir convaincu la plupart des diffuseurs occidentaux de s’abstenir de la présenter en salle et en DVD.

La Vallée des loups est une série de télévision qui met en scène les aventures du James Bond turc, Polat Alemdar. Au cours des dernières années, elle est devenue très populaire dans tout le Proche-Orient depuis que des télévisions satellitaires la diffusent en version arabe.

En 2006, la série a été portée pour la première fois au cinéma avec un film sur la guerre en Irak. Doté du plus fort budget de l’histoire du cinéma turc, il reproduisait avec minutie les crimes états-uniens, y compris la prison d’Abu Ghraib.

Le nouvel opus débute avec l’attaque pirate israélienne contre le navire humanitaire Mavi Marmara en eaux internationales. Polat Alemdar est alors envoyé en Israël pour venger ses compatriotes et abattre l’officier israélien qui a commandé l’opération. Mais Moshé est occupé à réprimer de la pire manière les Palestiniens…


« L’anti-Hollywood turc à l’assaut des crimes états-uniens »,

par Mireille Beaulieu,

Réseau Voltaire, 5 mai 2006.

LA VALLEE DES LOUPS – KURTLAR VADISI IRAK

L’anti-Hollywood turc à l’assaut des crimes états-uniens

par Mireille Beaulieu (Diplômée de géopolitique et chercheur en histoire du cinéma. Programmatrice cinéma, journaliste).

LES PEUPLES COMMENCENT A DÉMANTELER LA GRANDE PRISON DU « GMO » ARABO- ISRAËLO – AMÉRICAIN – Des intifadhat d’une nouvelle qualité.

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LES PEUPLES COMMENCENT A DÉMANTELER LA GRANDE PRISON

DU « GMO » ARABO- ISRAËLO-AMÉRICAIN

QUELS ENSEIGNEMENTS POUR UN PEUPLE ALGÉRIEN TRAUMATISÉ?

Des intifadhat d’une nouvelle qualité

Depuis la fin de la seconde guerre mondiale il y a soixante dix ans, l’Empire US n’a cessé d’étendre et perfectionner sur toutes les régions de la planète ses instruments d’hégémonie globale. Sa superpuissance en plusieurs domaines lui a permis de mettre en œuvre des moyens souvent aussi cruels mais toujours beaucoup plus sophistiqués et redoutables que ceux des anciens colonisateurs dont nos peuples s’étaient difficilement libérés.

Nous avons vu ainsi s’effriter ou détruits nos espoirs de conjuguer une vraie souveraineté nationale avec une pleine citoyenneté démocratique et sociale.

Le cauchemar épouvantable sur lequel a débouché la dictature nationaliste en Irak, le prix élevé que paye en ce moment le peuple lybien pour se libérer, sont quelques unes des tragédies directement imputables au super-impérialisme et ses relais locaux.

Les puissances occidentales parlent aujourd’hui d’embargos et pressions multiples contre la Lybie. Ils avouent par là même les milliards qu’ils ont gagnés en armant jusqu’aux dents le dictateur lybien sur le compte des richesses nationales d’un peuple spolié et terrorisé. Leur nouvelle «croisade» démocratique signifie aujourd’hui qu’ils sont à la recherche de nouveaux relais politiciens plus acceptables que les anciens devenus haïs et rejetés par la majorité de leurs peuples

Les semaines historiques que le monde arabe vit en ce moment sont celles des efforts populaires pour sortir de l’immense prison militaro-médiatico-fiancière à ciel ouvert que sont devenus nos pays pour le système totalitaire mondial des USA.

Pourvu seulement que les prises de conscience des peuples aillent plus vite que les calculs en retard de phase des stratèges US!

Que nous ont enseigné en effet en la seule journée du vendredi dernier, les impressionnantes manifestations qui ont fait vibrer et déborder les grandes places et avenues d’Egypte, de Tunisie, Libye, Yémen, Irak, Jordanie, Bahrein, sur lesquelles se sont braquées les media et cameras des télévisions mondiales?

Avant tout que la flamme libératrice allumée depuis des semaines dans ces pays n’est pas un feu de paille.

Par le nombre croissant en centaines de milliers, la cohésion et la conscience civique sans cesse grandissantes, les peuples concernés ont indiqué à qui feint de l’ignorer, qu’ils ne se sont pas mis en mouvement pour du vent, des promesses obtenues sous la panique des dirigeants pour les endormir et les fatiguer, des changements d’hommes ou de façade institutionnelle cachant les mêmes pratiques d’oppression et de corruption.

Ils ont dit : nous nous sommes mobilisés, même sous les balles et les lacrymogènes, pour des contenus substantiels en matière de libertés et droits sociaux, de droit de regard et de contrôle, en un mot, de dignité citoyenne. De par cela, ils se sentent concernés en matière de décisions internes et de souveraineté nationale. Ils estiment que par nature et en toute logique démocratique, il leur appartient de s’en porter tout aussi garants que l’armée, qui en Tunisie et en Egypte a reçu de facto une mission de transition théoriquement utile à la continuité de l’État nation.

On peut le dire sans euphorie, avec espoir et vigilance. Quelque chose d’exceptionnellement important a commencé à changer dans le vaste continent géopolitique qui va de Nouakchott aux Émirats.

Les dirigeants US voulaient (et voudraient toujours, par de nouveaux moyens) lier indissolublement cet espace à leur Empire, sous le nom de «Grand Moyen Orient». (Leurs sous-fifres de France se seraient contentés de régner sur une UPM (Union pour la Méditerranée) coprésidée par l’ex-raïs Moubarak, passé depuis à la trappe de l’Histoire)

Le plus remarquable n’est pas que ce nouveau pas de l’Histoire s’est exprimé au plan formel dans une langue arabe commune, malgré les frontières, les accents et les particularismes nationaux, sans compter au passage les savoureux et performants emprunts étrangers (Dégage, devenant Digaj dans les gosiers arabes!).

Ajoutons, pour rester dans le fondamental, qu’aux flancs de ce «sous-continent» linguistique et de civilisation, la Turquie et l’Iran, deux autres «poids lourds» islamiques, se distinguent eux aussi par une caractéristique principale commune: par delà leur diversité historique et culturelle: ils ne veulent pas se considérer comme le «pré carré» des USA.

La nouveauté dans ce monde dépasse en effet la communauté formelle de l’arabophonie, avec son poids émotionnel et symbolique. À la lumière du vécu de ces nations ces dernières décennies, c’est, malgré les diversités actuelles et les inévitables décantations à venir, un grand consensus autour d’un besoin irrépressible et légitime, la satisfaction des aspirations démocratiques, sociales, de souveraineté et de dignité nationale.

Les peuples, hommes et femmes, jeunes et vieux, dans un très large éventail social, ne s’y sont pas trompés, quand on les voit tenus en haleine depuis des semaines devant leurs postes de télévision, tout comme leurs aînés l’étaient il y a soixante ans devant leurs postes de radio-transistors, à l’écoute solidaire du combat algérien qui leur avait rendus familiers les noms de Djamila Bouhired, Amirouche et tous les autres.

Après Bandoeng et les décolonisations des décennies 50 à 80, après le reflux mondial du «tiers-mondisme» et du socialisme jusqu’à nos jours, un tournant est en train de s’opérer qui avait été anticipé et illustré par de nombreux peuples et sociétés d’Amérique latine. Il pourra s’accentuer en dépit des monopoles et de leurs faucons militaro-industriels, si les peuples avides de liberté et de survie décente continuent à tirer les enseignements de tout ce qui leur est arrivé et de ce qui survient aujourd’hui.

Le nouveau, est en tout cas instructif pour les Algériens.

Placés depuis l’indépendance face aux mêmes visées impérialistes et réactionnaires que les autres peuples frères, ils ont vécu une situation et des problèmes spécifiques, qui, à la charnière des décennies 80 et 90, ont fait avorter leur première percée vers des horizons plus démocratiques.

On peut en Algérie mesurer cependant le chemin parcouru depuis vingt ans. À l’époque, certains, se prétendant l’organisation ou l’institution exclusive vouée à la défense d’un ordre républicain, proclamaient sans l’ombre d’un doute: la démocratie et les Droits de l’Homme (qu’ils piétinaient) sont un luxe pour les algériens. Tandis que d’autres, se prétendant les seuls investis à la défense d’un ordre divin islamique proclamaient: «Laa destour wa laa dawla, al islam houa-l- hall».

Aujourd’hui dans le monde arabe, des millions de manifestants, y compris de nombreux imams ou mourchid islamistes, revendiquent ensemble, «al hurriya, ad-dimoqratia wa dawlat al qanoun». Ils estiment que toute légitimité vient du Peuple, et celui-ci, clament-ils, «yourid isqaat an-nidham», veut la chute du régime.

Le plus significatif dans le séisme socio-politique en cours dans les pays arabes, c’est que les bases populaires en mouvement ont amélioré la dynamique et réorienté le sens des interactions entre la société civile et les cercles politiques, entre les masses profondes porteuses d’aspirations légitimes et les minorités mieux pourvues en information et technicité (je n’aime pas dire les «élites», terme péjorativement connoté au détriment de la créativité et des réflexes de bon sens des couches populaires instruites par leur vécu, par las brûlures de la braise sur laquelle elles sont souvent contraintes de marcher.

Il était presque admis comme une évidence que c’était aux « élites » de proposer, initier et guider ceux à qui il revenait d’applaudir, d’adopter, d’appliquer les orientations censées bénéfiques pour tous. Or on a vu récemment qu’au contraire, une grande partie de la classe politique s’est éveillée à la faveur du mouvement de masse, s’alignant sur lui, se mettant à son service.

Il serait cependant abusif et erroné de parler d’inversion, dans la mesure où ce mouvement de masse devenu plus conscient était lui-même le fruit d’interactions positives entre composantes populaires plus formées politiquement (au contact des media télévisés, syndicats etc, et les jeunes (ou vieux) intellectuels intégrés de façon plus organique dans la dynamique du mouvement social et politique.

En Algérie, suite à la nature et aux agissements du système mis en place après l’indépendance (aggravés les vingt dernières années), un fossé s’est élargi entre la masse populaire et une grande partie des «élites» (arabophones, amazighophones et francisantes), malgré leur vocation à une jonction démocratique. Ce qui peut expliquer ces dernières semaines la paralysie ou l’impotence de certains secteurs ayant une conception purement volontariste des avancées démocratiques, alors que leur besoin est devenu particulièrement sensible. Le pouvoir répressif en place ne pouvait que s’en réjouir et en jouer, avec,

soit des appels «par le haut» à des journées et des marches se voulant spectaculaires, n’entraînant pourtant dans le meilleur des cas que des activistes,

soit du côté populaire, des émeutes, actions dispersées ou une feinte passivité qui contraste avec ce qui bout dans les esprits.

Une partie des «élites» croit dur comme fer à un mouvement presse- bouton et s’acharne à vouloir construire la maison à partir du toit et non des fondations, en espérant aussi qu’ils seront l’étincelle qui mettra le feu à la prairie. Oubliant par là que ce n’est pas le manque d’étincelles qui fait problème dans la vie sociale, les émeutes et autres indices le montrent bien, mais l’état politique et subjectif de la prairie algérienne.

Ce n’est pas l’intelligence ou le bons sens qui sont en cause dans l’approche erronée, mais probablement les illusions ou les calculs délibérés que le toit sera plus vite construit avec le concours par le haut d’autres forces issues d’un des clans en vive compétition pour les rentes et le pouvoir depuis des lustres.

La positon la plus proche du mouvement réel et de la logique socio-politique qui a fait ses preuves justement dans les pays arabes, est celle qui a pour assise les mouvements économiques, sociaux, culturels et démocratiques (droits de l’Homme etc..) qui travaillent depuis longtemps à la base et de ce fait sont restés moins perméables, plus étrangers aux visions étroites ou opportunistes de toutes sortes qui ont entravé l’unité d’action des formations partisanes.

Cette action à la base est certes plus lente, moins spectaculaire, mais aussi plus consistante et prometteuse que les actions à l’allure de soulèvements «ici et maintenant» pour le renversement du pouvoir. Cette action est même la plus susceptible et la plus propice, dans les conjnctures de maturation et d’accélération des évènements, de favoriser les mobilisations les plus massives pour le changement et surtout de donner à celui-ci un contenu plus conforme et plus durable aux vœux populaires et de la nation.

S’agissant de contenu, quelles leçons donnent les évènements arabes récents aussi bien aux larges masses qu’aux élites ouvertes en profondeur à leurs aspirations?

Je résume ici celles d’entre ces leçons qui me paraissent les plus dignes d’intérêt :

I) La principale leçon à mon avis est l’importance de la base, de l’adhésion aux aspirations, aux rythmes, àux initiatives et à la créativité de la base.

cf. la façon dont la place At-Tahrir a géré les affrontements contre les provocateurs du régime.

Certes les coups de pouce, piqûres, ou efforts de coordination des moyens informatiques ou télévisons ont un rôle dont les démocrates authentiques doivent mesurer l’importance.

Ils seraient cependant inopérants si le terrain, le facteur humain et de société n’étaient présents et déterminants? Brecht disait bien: les tanks sont une force redoutable, mais n’oubliez pas qu’ils sont conduits par des hommes.

Le facteur humain, décisif, est par ailleurs mieux prémuni contre les manipulations s’il est éclairé par :

II) Des principes démocratiques et sociaux sains, confirmés par l’expérience, devenant des facteurs d’unité d’action solide et performante, de façon à mieux mettre en échec les mentalités et pratiques de division:

C’est ainsi que les pratiques dominantes qui ont stérilisé jusqu’ici des décennies de volonté de résistance ont justement été évitées par les nouvelles générations attentives aux leçons passées et aux errements dont ont souffert les anciennes générations.

1 – prévalence des intérêts communs (sociaux, économiques, paix civile etc) sur les critères identitaires :

exemples positifs récents :

  • Coptes et musulmans en Egypte
  • islamistes, nationalistes et communistes (cf imam de la mosquée Kaid Ibrahim)
  • Kurdes, sunnites et chîites pour les journées d’Irak ou à Bahrein
  • Arabophones et berbérophones en Libye
  • etc.

2 – Voie pacifique, y compris face aux violences des régimes en place qui ont intérêt à déplacer les affrontements vers ce terrain:

  • supériorité de la riposte pacifique pourvu qu’elle soit massive et unie: on peut faire la comparaison en Irak par exemple après des années de désastres d’actions kamikazes entre factions confessionnelles manipulées par des intérêts occultes.

    Certes, dans des conditions de rapport de force critique, la riposte violente ( armée ou non) n’est pas exclue si elle est politiquement maîtrisée et appuyée par le soutien massif populaire: riposte aux baltadjia, aux milices de Qaddafi, etc…

3. Vigilance politique aux enjeux internationaux, notamment de souveraineté:

Les Lybiens ont ainsi raison de rejeter tout projet d’intervention militaire directe même apparemment en leur faveur, c’est avant tout l’affaire des Libyens.

La nature anti-impérialiste de ces positions n’est pas nécessairement et formellement explicitée. Mais elle est sous-jacente à travers les aspirations et revendications nationales et sociales légitimes, objectivement opposées à la main-mise impérialiste multiforme qui empêche leur satisfaction.

Les soulèvements populaires, de façon directe ou indirecte, ont fait reculer et fragilisé les visées impérialo-sionistes sur plusieurs points: accords israélo-égyptiens anti-palestiniens, menaces sur l’Iran, Bahrein base de l’OTAN, Qaddafi agent pernicieux de l’impérialisme en Afrique et dans le monde arabe, dangers d’éclatement au Liban, en Syrie, en Palestine etc.

4. Appréciation plus juste du rôle des institutions militaires dans cette région du monde:

Les soulèvements populaires conduisent, tant de la part des civils que des militaires, à un réexamen, une vision et une évolution plus équilibrées du rôle des armées dans la défense de la souveraineté nationale et la protection des populations.

Avec l’exigence plus grande de considérer l’institution militaire comme un des piliers soumis aux intérêts d’un État démocratique.

Ce qui suppose de ne pas confondre l’ensemble de l’armée avec des services de police politique répressive qui, en se réclamant d’elle ou en l’utilisant, la décrédibilisent, la coupent de la société civile et des aspirations nationales (cf les moukhabarat égyptiennes).

Plus les masses populaires sont unies, conscientes et mobilisées, plus les institutions militaires sont portées à être fidèles à leur vocation nationale.

5. Conscience des enjeux internationaux :

les maux dont souffrent les peuples sont la conséquence de l’emprise hégémoniste des monopoles impérialistes et de leurs instruments économiques, financiers, médiatiques et idéologiques sur nos pays. La lutte contre cette emprise nécessite autant l’unité d’action nationale que le raffermissement des solidarités internationales

L’ensemble des orientations énumérées ci-dessus, même lorsqu’elles n’étaient pas explicitement formulées, a été pour une bonne part dans les premiers succès remportés par les mouvements populaires pour le changement.

Ce changement sera de plus en plus étendu, consolidé, profond et durable si ces orientations nationales, démocratiques, sociales et rassembleuses sont encore davantage prises en charge par les acteurs populaires et militants.

Elles marqueront alors le vrai tournant dont ont besoin les États et les sociétés du monde arabe pour s’affirmer et se développer durablement dans la paix, la liberté et la justice sociale.

Sadek Hadjerès

le 27 février 2011

DE LA MAURITANIE à L’IRAN, LES RÉGIMES AUTORITAIRES QUI PEUVENT BASCULER

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Les régimes autoritaires d’Afrique du Nord et du golfe arabo-persique vacillent sous les protestations.

Après Ben Ali en Tunisie et Moubarak en Egypte, d’autres dictateurs risquent de quitter le pouvoir.

Cette carte résume la situation pays par pays.

Elle est en permanence mise à jour via les articles de Libération.

Pour accéder / afficher les informations relatives à chaque pays:

cliquer sur le lien:

http://labs.liberation.fr/organograms/monde-infographie-2011-fev-23-regimes-autoritaires-mediterranee

puis cliquer sur chacun des pays

Source: Libération.fr

MONDIALISATION: CONJURER LA CATASTROPHE

La réflexion globale de André TOSEL, empreinte de rigueur et d’appel à la créativité, vient à point en particulier pour nos peuples du Sud méditerranéen au moment où ils se soulèvent pour la liberté et le changement (quel changement ?).

La question-clef est en effet pour nous, comme pour les peuples du reste de la planète: quelle alternative crédible et possible aux catastrophes humaines et naturelles que le libéralisme capitaliste ne cesse d’accumuler à des échelles de grandeur inédites?

Pour l’Humanité aujourd’hui, le choix est bien entre « l’irresponsabilité systémique du capitalisme » qui pousse à une barbarie irréversible, ou « ‘l’émancipation dans la finitude ».

C’est peut-être, conclut André Tosel, l’idée communiste elle-même.

Ou comme le dit autrement Michel Peyret, qui nous a envoyé ce texte: un communisme possible.

UN COMMUNISME POSSIBLE!

Cinquante thèses sur la mondialisation capitaliste et sur un communisme possible, c’est à une somme théorique et politique impressionnante que nous convie André Tosel.

D’autant, nous dit-il, que ces thèses résument et prolongent tout à la fois la réflexion contenue dans l’ouvrage «Un monde en abîme? Essai sur la mondialisation capitaliste».

Elles marquent aussi le point d’arrivée actuel d’un parcours commencé en 1984 dans «Praxis. Vers une refondation en philosophie marxiste», poursuivi avec «L’esprit de scission. Etudes sur Marx, Gramsci et Lukacs», se reprenant à la fois dans «Démocratie et libéralisme» et dans «Études sur Marx (et Engels). Vers un communisme de la finitude»

ÉLABORER UNE PENSÉE DE L’ÉMANCIPATION

Ces thèses ont un but: elles «entendent servir de point d’appui pour une pensée de l’émancipation qui soit à la hauteur des défis imposés par la mondialisation capitaliste parvenue aujourd’hui à un point d’implosion et de saturation sans précédent.»

André Tosel se fait alors quelque peu solennel: «Rien ne garantit l’issue heureuse de ce qui est une crise organique du capitalisme mondialisé et barbare. Notre responsabilité est engagée de toute urgence.»

Bien évidemment, dans ce court texte, nous ne pourrons reprendre toute la fresque que brosse André Tosel de l’évolution du mode de production capitaliste depuis son apparition au 15ème siècle.

Nos lecteurs, s’ils sont mis en appétit par les aspects que nous jugeons les plus importants là de l’apport de André Tosel, pourront facilement retrouver le document original et complet.

EN QUOI, POURQUOI, NOTRE RESPONSABILITÉ EST ENGAGÉE

Mais c’est d’abord sur cette responsabilité que souligne André Tosel que nous voulons également insister en recourant à une partie de sa conclusion.

«La Terre, dit-il, est un ensemble de processus définis par leur logique propre et mouvante qui se trouvent avoir conditionné et toléré jusqu’ici notre vie et notre survie.

«La modification de ces conditions peut entraîner soit notre disparition, soit des modifications catastrophiques que seuls les puissants et les riches pourront aménager en aggravant tous les processus d’inégalisations et en exterminant les faibles et les pauvres concurrents dans une lutte à mort pour une survie barbare.»

Cette appréhension en termes de classe de l’avenir de notre planète et de ses habitants mérite d’être soulignée. Elle est suffisamment alarmante pour mettre en évidence que l’humanité, qui a traversé bien des drames dans les différentes époques qu’elle a connues, n’a pas encore atteint les sommets de totalitarisme et de barbarie qu’elle pourrait subir.

Là, le mode de production capitaliste n’aurait même plus besoin de recourir à ces régimes présentés comme responsables de nombre de génocides, tels les régimes fascistes, c’est lui-même et en tant que tel qu’il assumerait le crime généralisé susceptible d’assurer sa perpétuation elle-même criminelle.

LA CATASTROPHE EST BIEN LÀ!

«La catastrophe est bien là, juge André Tosel, et elle nous impose de trouver ici et maintenant les moyens de la conjurer en exerçant une responsabilité qui a pour horizon la réorientation de la production et de la consommation, la reformulation du droit et de la politique, la réforme des médias et la réappropriation non marchande de la culture scientifique comme de la vie quotidienne.

«Le premier pas à faire en cette voie de la responsabilité est de cesser de nous considérer comme impuissants et de nous démoraliser en développant uniquement le savoir par ailleurs nécessaire de cette impuissance. Il importe de développer un savoir des résistances capables d’imaginer et d’inventer ici et maintenant… »

Bien naturellement, André Tosel expose les cheminements qu’il décèle dans l’histoire au point où elle est parvenue et qui suscite les appréhensions fortes qui sont les siennes.

LA PROBLÉMATIQUE DU SYSTEME-MONDE

Nous le rejoignons à nouveau alors qu’il aborde la troisième période de la mondialisation capitaliste et ce qu’il nomme une théorie de l’histoire fondée sur la problématique du système-monde et de l’économie-monde avec sa dialectique des centres et des périphéries et des déplacements de centres et de périphéries – qui a été capable de nous situer dans le maelström de cette phase ultime de la mondialisation.

«Cette théorie de l’histoire n’est pas une nouvelle philosophie de l’histoire assurée de la garantie de sa fin heureuse incarnée dans un nation élue ou une classe universelle.

« Elle critique au contraire la philosophie de l’histoire néo-libérale qui sous-tend l’expansion du capitalisme global en voulant nous faire croire qu’elle est celle de la poursuite du mouvement d’assimilation et d’universalisation moderne et qu’elle a pour objectif la réalisation du rêve des Lumières, une «cosmopolis», un monde devenu cité de tous où tous et chacun seraient des citoyens…»

LA CONTINUITÉ ET LA DIFFÉRENCE

André Tosel considère que cette théorie est confrontée au problème classique de distinguer ce qui pour chaque période déterminée assure la continuité avec le passé et ce qui porte la différence propre à chaque période.

Il interroge: qu’est-ce qui maintient une invariance actualisée en des formes néanmoins particulières? Comment penser ensemble identité et différence?

Pour lui, c’est la théorie des systèmes-monde élaborée par les historiens Fernand Braudel – qui s’est voulu non-marxiste -, Immanuel Wallerstein et Giovanni Arrighi – qui assument la référence à Marx – qui donne une réponse opératoire.

L’ACCUMULATION INFINIE DU CAPITAL

«C’est l’accumulation infinie du capital qui est une puissance en mesure d’imposer à tout et à tous une soumission réelle: c’est la lutte permanente contre la baisse des taux de profit lié au maintien et à l’extension de la plus-value relative, c’est la multiplication de mécanismes financiers colossaux au bénéfice exclusif d’une classe dirigeante qui se transforme en caste fermée, cynique et irresponsable socialement et humainement.»

Cet invariant existe donc, mais il s’instancie sous des formes transformées.

Sont concernés aussi bien le procès de travail et sa technologie sociale nouvelle, les crise de l’accumulation financière mondiale, les déplacements des industries, les transformations des institutions politiques étatiques et transnationales, les nouvelles différenciations sociales compliquant le schéma de l’opposition simple entre deux camps fondamentaux et attestant la réalité de mouvements inédits d’inégalisation sociale et politique, la naissance de formes neuves d’individualité historique inscrites dans la constitution de métropoles urbaines sans précédent, les nouvelles modalités du consensus lié à la généralisation de la consommation et au rôle des médias, les manifestations d’une nouvelle violence civile qui accompagne la production d’une humanité devenue superflue, la position du problème de la guerre et de la paix en fonction des mutations géo-économico-politiques, le devenir de l’universalisme occidental dans une époque d’émergence et de contamination des cultures en lutte contre toute hégémonie impériale, la radicalisation ontologique de la question écologique impliquée dans la réaction de la planète Terre aux effets induits par les activités humaines propres au capitalisme mondialisé et à sa croissance sans mesure ni limites.

LA RUPTURE OU LA FIN

Pour André Tosel, «l’analyse est confrontée en définitive à la question de savoir si ces éléments de nouveauté introduisent ou non une rupture sans précédent dans le procès historique qui obligerait à considérer tout le passé du système-monde comme parvenu à sa fin en raison des menaces de catastrophes que cette nouveauté réalise.
« Ne sommes-nous pas entrés en une nouvelle période de l’histoire humaine où serait devenue improposable la forme même de la croissance et du développement tels que le capitalisme mondialisé les exacerbe?»

André Tosel alourdit le tableau: l’ extention quantitative du mode de production capitaliste est une évidence; elle est d’abord celle des entreprises dirigées par une mince couche d’actionnaires trans-individuels, du triomphe de la spéculation financière qui prétend se faire monde; elle est celle d’un réseau mondial d’informations et de connaissances semblant faire exister un monde un où tout ce qui se passe ici en un lieu concerne par ses effets ce qui se passe là, en un autre milieu, un monde d’interdépendances complexes qui défient l’analyse.

Il poursuit: «Toutes les entités territoriales, tous les groupements humains sont bouleversés; certains sont liquidés, d’autres se forment; tous sont remis en question dans leur consistance et leurs structures avec une accélération temporelle et selon des rythmes sans équivalents dans le passé.»

QUE SIGNIFIE CE BOULEVERSEMENT?

Pour André Tosel, «la question est de savoir ce que signifie ce bouleversement sur le plan qualitatif; cette question a pour seule norme la teneur universelle de ce bouleversement en qualité humaine, en puissance de penser et d’agir disponible pour chacun individuellement et pour tous collectivement.

« Il s’agit de déterminer si cette extension quantitative est encore ou non une assimilation qualitative des humains à des niveaux certes contradictoires mais relativement plus élevés.

« Ou si la nouvelle qualité est de sens contraire.

« Il ne suffit pas de comprendre que le transnational oblige à redéfinir les autres niveaux, de l’international, du national, du régional, de l’urbain, et du local.

« Il ne suffit pas d’affirmer que se constitue « le local », le local de dimension globale, le global de pertinence locale.»

LE SENS ET LE NON-SENS DE LA MONDIALISATION

André Tosel considère que la question «est celle de l’évaluation immanente de la mondialisation, son sens et son non-sens, de sa direction en tant que celle-ci est supposée se poursuivre à l’infini, livrée à la logique de son seul impératif catégorique «pur».

« Ce n’est pas celle de la délivrance de possibles positifs mais celle du risque d’universalisation de catastrophes, de possibles négatifs en voie de réalisation.

« S’il en est ainsi, ce sont nos modalités de concevoir le changement historique qui sont en cause par-delà la vieille opposition entre réformes et révolution maintenant néanmoins ce fond commun que serait la croissance infinie…»

André Tosel constate alors que jusqu’à présent les couches dirigeantes ont réussi à contenir et déplacer la crise organique d’une assimilation menacée de s’interrompre en transformant la crise d’hégémonie en occasion pour un déplacement d’hégémonie compatible avec leur domination de la société.

Il en a été ainsi successivement avec les fascismes, le Welfare State et jusqu’à présent avec l’État de droit serviteur de la dérégulation, indispensable au fonctionnement du capitalisme mondialisé.

LES RÉALITÉS NOUVELLES

André Tosel analyse cependant les réalités nouvelles, d’abord la nouvelle entreprise dans le marché mondial.

Le déclin est le destin réservé aux industries saturées comme l’automobile.

Inversement, ce sont les industries reposant sur la nouvelle technologie sociale (communication, information) qui sont les plus productives de valeur ajoutée.

Le capitalisme cognitif est bien une réalité nouvelle.

Mais, dit-il, il serait toutefois imprudent d’en conclure que ce capitalisme contient en lui la possibilité d’un reversement communiste: les entreprises de la communication ne cessent pas pour autant de fonctionner en reproduisant la soumission réelle de leurs employés et de leurs utilisateurs. Elles sont davantage l’enjeu de nouvelles luttes de classes.

DU FORDISME AU TOYOTISME

Avec le passage du fordisme au toyotisme, s’est imposé la contrainte d’une nouvelle productivité qui s’est révélée en toute son ampleur avec la pratique de délocalisations justifiées par l’exigence de taux de profit énormes.

«La conséquence, dit André Tosel, a été la production d’un chômage structural incompressible. Le capitalisme mondial est bien producteur d’une société liquide qui fait fluer tout ce qui lui résiste, qui a liquidé tout obstacle, notamment le mouvement ouvrier de la grande industrie avec ses institutions de protection et de solidarité, et avec ses institutions politiques, partis socialistes et communistes, réformistes supposés et experts révolutionnaires…»

LA MARCHANDISATION DU DÉSIR

Dans cette société, poursuit-il, «le désir humain se marchandise comme désir de consommer en une sorte de réflexivité perverse auto-référentielle. Se produit et reproduit ainsi une jouissance d’avoir et de consumer qui se substitue tendanciellement au désir d’exister comme création de soi dans des oeuvres et des actions.

Cette jouissance produit une frustration et une envie incessantes mais elle exerce un pouvoir de subjectivation colossal. Le capitalisme mondial mondialise sa séduction qui est celle des marchandises. Le devenir consommation de la production rend le capitalisme désirable par tous les individus, y compris par tous ceux dont il stimule les besoins tout en les brimant si ces derniers sont insolvables.

« La financiarisation spéculative, complète-t-il, a permis une expansion inédite qui est une pseudo-assimilation positive des individus à des niveaux supérieurs de puissance sociale d’agir et de penser.

Elle consiste à lier désir du désir et jouissance illimitée en transformant le plus grand nombre possible d’individus insolvables en individus indéfiniment solvables, en les endettant à vie…

Si l’entreprise et le supermarché sont des institutions totales, la carte de crédit est la véritable carte d’identité mondiale qui ouvre le paradis des jouissances immédiates sous la clause de l’endettement universel et permanent…»

UNIFICATIONS, FRAGMENTATIONS, INÉGALITÉS

Ainsi, au total, la mondialisation capitaliste unifie le monde en le fragmentant et l’inégalisant. Les inégalités entre les couches dirigeantes et les autres classes prennent des formes vertigineuses.

Il devient un privilège de posséder un emploi stable et de subir l’exploitation salariale.

La délinquance sociale et la répression augmentent du même pas que ce symbole négatif qu’est en France la scandaleuse création proto-fasciste d’un Ministère de l’immigration et de l’identité.

Une plèbe inutilisée et socialement inutilisable dans les conditions actuelles est constituée en déchet social, objet d’une gestion tout à la fois humanitaire et sécuritaire qui lui donne le choix entre soumission à une assistance sans avenir et la transgression dans des actes de violence ouvrant la voie d’une prison à vie…

André Tosel considère comme légitime de reprendre à Hannah Arendt le concept de Human Superfluity par lequel elle définissait le totalitarisme du siècle passé…

UN CAPITALISME TOTALITAIRE

Il existe bien aujourd’hui un néo-totalitarisme, un capitalisme totalitaire qui déploie les conséquences de l’impératif systémique capitaliste en contradiction violente avec les prétentions à l’assimilation de tous les individus à la condition d’homme libre et de citoyen actif.

«Ce monde, dit-il, est tout autant une mégamachine à assimiler qu’à désassimiler et la part des désassimilations grandit jusqu’à la catastrophe. Des millions d’hommes souffrant de la misère et du manque de biens élémentaires sont privés de la condition existentielle d’être au monde, d’appartenir à un monde commun produit par nos activités et milieu de toute culture des capacités.

UNE IMMENSE DESÉMANCIPATION

Pour André Tosel, «un immense mouvement de désémancipation qui est production d’un non-monde pour les classes subalternes montre la fragilité réelle et la barbarie de la mondialisation capitaliste qui transforme toutes les victimes du précariat en « autres » incomposables, déspécifiés, expulsés de ce qui en fait nos semblables.»

Dans ce contexte, l’État n’a pas disparu. Il demeure nécessaire comme fonction de l’accumulation capitaliste.

Naît dans l’interdépendance globale un nouvel État de droit privé chargé de payer la crise financière et de renforcer la classe dirigeante et ses privilèges exorbitants.

Il réduit ainsi au maximum le niveau des salaires, celui des emplois; il redéfinit selon les règles du marché tous les services publics désormais marchandisés.

Il conserve et renforce la fonction de gestion d’une force de travail devenue internationale.

C’est lui qui prodruit les statuts classant la population en l’enfermant dans des frontières étanches: citoyens nationaux de plein droit, travailleurs au chômage, intermittents ou réduits à l’état de déchet social, travailleurs non-nationaux de hier et d’aujourd’hui, du sud ou de l ‘est, avec ou sans travail, avec ou sans papiers, avec ou sans logement.

Partout les femmes sont les victimes les plus stigmatisées et les plus nombreuses de cette échelle descendante de l’enfer social qui redouble la patriarcalisme initial.

LA DÉMOCRATIE TOMBE LE MASQUE

À ces fonctions, l’État s’ajoute une fonction de répression à l’ensemble des «délinquants» de la mauvaise vie, mais en fait destinée à prévenir tout mouvement de protestation un peu vigoureux.

«Ce triomphe de l’État pénal, André Tosel considère qu’il achève de qualifier l’État démocratique représentatif, fin des droits de l’homme et du citoyen, comme État d’un bonapartisme soft qui pourra devenir «hard» en cas de crise ouverte d’hégémonie.»

C’est donc la démocratie régime qui tombe le masque et se révèle pour ce qu’elle est, la forme mondialisée de l’autoliquidation de la démocratie comme démocratie processus.

Par delà, c’est tout le régime politique – partis, parlements, groupes de pression – et ses relais dans la société civile – qui contribue à vider de toute substance la démocratie en se constituant en système autoréférentiel destiné à se reproduire et à fournir à ses acteurs des carrières et des prébendes.

LA DESAPPROPRIATION DE LA CITOYENNETÉ

«La politique comme métier, dit André Tosel, produit de la désappropriation et vide la citoyenneté de toute efficacité; elle la ritualise faisant de l’élection le mécanisme essentiel d’un principat démocratique dépourvu de toute responsabilité effective.

Le système de ce principat a décapité les masses subalternes en intégrant les partis dits de gauche qui avaient eu hier le mérite de mettre au centre du débat public des alternatives fondées sur des argumentations.

Les partis socio-démocrates dans leur totalité et les partis communistes en leur majorité ont capitulé dans la lutte et acceptent, résignés ou non, le tourniquet d’alternances qui laissent la majorité du peuple des exclus sans représentation politique.»

UNE REPRÉSENTATION NON REPRÉSENTANTE

« Le principat démocratique, poursuit-il, repose sur une représentation non représentante.
« Il s’auto-immunise de toute pénétration de la part des subalternes en s’exemptant de toute prise en compte des revendications de base tout comme il immunise l’appareil productif entrepreneurial de toute responsabilité devant les conséquences de sa politique.
« L’espace politique est donc drastiquement limité alors que la dimension politique de tous les problèmes s’universalise pour autant que ceux-ci concernent le bien commun, la possibilité de l’être en commun, le sens commun de l’humanité.»

Au total, la mondialisation capitaliste ne peut que déplacer la crise organique qui la caractérise parce que devient énorme la masse quantitative et qualitative qu’elle ne peut assimiler et qu’elle désassimile.

LES MOYENS DE CONJURER LA CATASTROPHE

«La catastrophe est bien là, confirme André Tosel, et elle nous impose de trouver ici et maintenant les moyens de la conjurer en exerçant une responsabilité qui a pour horizon la réorientation de la production et de la consommation, la reformulation du droit et de la politique, la réforme des médias et la réappropriation non-marchande de la culture scientifique comme de la vie quotidienne…

« L’action exigée implique une intervention politique qui prend deux voies complémentaires à parcourir, la voie de l’invention et de l’expérimentation de nouvelles formes de vie dans la lutte contre la mégamachine et la voie du réinvestissement du champ politique étatique.

«Cette dernière voie est actuellement interdite par ce que sont devenus le système politique et les partis dits de gauche?»

DES MOUVEMENTS DE MASSE ET DE BASE INDISPENSABLES

Pour André Tosel, «l’initiative ne peut venir pour l’instant que des mouvements de masse et de base expérimentaux qui s’interdisent de se mettre à la place des responsables économiques, politiques et culturels de la catastrophe.

« Il est devenu impossible de formuler l’idée d’une révolution résolutoire à venir après le capitalisme…La crise organique du capitalisme signifie le retour à la barbarie, ou plutôt un cours inédit. Il n’y a plus d’après.

« C’est maintenant qu’il faut répondre à l’irresponsabilité systémique et reformuler l’idée d’émancipation dans la finitude, ce qui est peut-être l’idée communiste elle-même.
»

Michel Peyret

1er Mars 2011

IL N’Y A PAS DE CENSURE INTERNET AU VENEZUELA

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INFO DE SALIM LAMRANI SUR CUBA

s’appuyant sur les documents et statistiques de Amnesty International, Salim Lamrani confirme que Cuba est infiniment plus respectueuse des droits de l’Homme (sans compter la satisfaction des Droits en matière de santé et d’éducation) que tous les États qui la calomnient.

En Amérique Latine, des pays comme le Mexique, le Venezuela, l’Équateur,
la Bolivie, le Chili et le Paraguay n’exercent aucun type de censure, de
même que l’Espagne.

Cependant aux Etats-Unis, en Colombie, au Pérou, au
Brésil et en Argentine, il existe « une certaine censure », selon le
rapport. (..)

lire la suite … http://www.larevolucionvive.org.ve/spip.php?article1464&lang=es


BBC Monde :

« Il n’y a pas de censure d’Internet au Vénézuéla »

lundi 28 février 2011

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« Il n’y a pas de censure d’Internet au Vénézuéla »

BBC Monde
_ lundi 28 février 2011

Les pays en bleu n’exercent pas de censure ; les pays en jaune « une certaine censure ».

Une enquête de OpenNet -une initiative de la Faculté de Droit de Harvard et du Citizen Lab, de l’Université de Toronto- révèle une carte des pays qui censurent Internet, quels contenus ils filtrent et comment ils le font.

En Amérique Latine, des pays comme le Mexique, le Venezuela, l’Equateur, la Bolivie, le Chili et le Paraguay n’exercent aucun type de censure. Cependant aux Etats-Unis, en Colombie, au Pérou, au Brésil et en Argentine, il existe « une certaine censure », selon le rapport.

Parmi les contenus les plus filtrés se trouvent les blogs -qui subissent 20% des actes de censure- et les partis politiques qui occupent 19% du spectre des filtres.

Pour censurer, les gouvernements utilisent les régulations nationales et les demandes informelles aux fournisseurs d’Internet, aux compagnies d’hébergemenet des pages et autres sites Webs.

Traduction : Thierry Deronne, pour La revolucion Vive

Sources : .

(anglais) http://venezuelanalysis.com/news/6026

(espagnol 🙂 http://www.bbc.co.uk/mundo/noticias…

ACTIONS DES ORGANISATIONS SYNDICALES TUNISIENNES


Mouvement ouvrier en Tunisie

SFAX, 1 mars 2011 (TAP)

L’Union régionale du travail à Sfax a annoncé, dans un communiqué publié lundi, qu’une grève générale régionale a été décidée pour jeudi, 3 mars 2011, en soutien aux revendications du peuple visant la démission du gouvernement.

Le bureau exécutif de l’union régionale a invité tous les travailleurs dans la région et leurs structures syndicales à un rassemblement, jeudi, devant la Maison de l’union.

Afin d’assurer la continuité des services essentiels et vitaux dans la région, le bureau a décidé de mobiliser des employés dans les secteurs tels que la santé (hôpitaux, et cliniques privées), l’eau, l’électricité et le gaz, outre la programmation de deux navettes vers et à partir de l’île de Kerkennah.

GABÉS, 1er mars 2011 (TAP)

Une grève générale a été observée mardi par l’Union régionale du travail (URT) à Gabès suite à l’appel lancé par la commission administrative de l’Union, lors de sa réunion, le 24 février dernier.

Le secrétaire général de l’URT, M. Sellami Majid, a affirmé que la grève a enregistré un taux de participation de plus de 90 pc.

Des foules de citoyens représentant divers secteurs dont notamment les établissements éducatifs et universitaires, se sont rassemblées devant le siège de l’union, scandant des slogans appelant

  • à la dissolution du gouvernement provisoire
  • et l’élection d’une assemblée constituante pour
    • l’élaboration d’une nouvelle constitution
    • et l’organisation des élections présidentielle et législatives.

Ces revendications ont été adressées aux ministères de l’Intérieur et des affaires sociales, le 24 février 2011.

Les manifestants ont également réclamé

  • la dissolution des conseils régionaux et municipaux
  • et la formation de commissions provisoires chargées des affaires des citoyens.