L’ ALGÉRIE EST LE PAYS LE MOINS INNOVANT DU MONDE

SELON L’INDICE MONDIAL DE L’INNOVATION 2011

L’INSEAD, l’école de commerce internationale (Frane) vient de publier son indice mondial de l’innovation pour l’année 2011. Celui-ci est calculé comme la moyenne des scores obtenus pour les principaux moyens mis en œuvre (qui décrivent l’environnement favorable à l’innovation) et les principaux résultats (qui mesurent les réalisations concrètes en termes d’innovation).

Cinq grands domaines constituent le sous-indice des moyens mis en œuvre en matière d’innovation: “institutions”, “capital humain et recherche”, “infrastructure”, “perfectionnement des marchés” et “perfectionnement des entreprises”.

Le sous-indice des résultats en matière d’innovation se compose de deux domaines: “résultats scientifiques” et “résultats créatifs”.

L’indice d’efficacité en matière d’innovation, calculé sur la base du rapport entre ces deux sous-indices, évalue comment les économies tirent parti de leurs environnements favorables pour produire des résultats dans le domaine de l’innovation.

Ainsi, un classement mondial est établi englobant 125 pays. La palme d’or revient cette année à la Suisse, qui occupe la première place du classement (4 ème place en 2010 et 7 ème place en 2009), avec un score de 63,82 points.

Le plus mauvais score enregistré appartient à l’Algérie qui n’a obtenu que 19,79 points, et qui dégringole logiquement à la 125 place, dernière du classement, soit un récul de 4 places par rapport à 2010 et de 17 places par rapport au classement de 2009.

En d’autres termes, l’Algérie représente le pays le moins performant au monde en matière d’innovation. Elle est classée dernière le Soudan (124 ème), le Yeman (123 ème) et le Niger (123).

Sur le plan régional, c’est pire: l’Algérie se trouve dépassée et de loin par la Tunisie (66 ème), l’Egypte (87 ème), ou le Maroc (94 ème).

Fait notable, c’est le Qatar- 36 ème au classsement- (derrière Israel, 14 ème), qui se révèle leader de l’innovation dans le monde arabe.

Le classement de cette année montre que l’innovation est devenue un phénomène mondial, comme le prouve le palmarès des 10 premiers pays comprenant six États européens (dont la Finlande, 5e, le Danemark, 6e, les Pays Bas, 9e, et le Royaume Uni, 10e), deux économies asiatiques (y compris la RAS de Hong Kong, Chine, 4e) et deux pays nord-américains (les États Unis d’Amérique, 7e, et le Canada, 8e).

Comme le souligne le Directeur général de l’Organisation Mondiale de la Propriété Intellectuelle (OMPI), M. Francis Gurry, “l’innovation est un facteur clé de la croissance économique et de la création d’emplois de meilleure qualité.

Elle est également essentielle à la compétitivité des pays, des industries et des entreprises”.

“L’innovation et les nombreux avantages qu’elle procure nécessitent un investissement en termes de temps, d’efforts et de ressources humaines et financières”.

L’Algérie possède toutes ces ressources, mais semble manquer de l’essentiel: l’ambition.

RAF avec Insead

Source: http://www.algerie360.com/algerie/l%E2%80%99algerie-est-le-pays-le-moins-innovant-au-monde-selon-l%E2%80%99indice-mondial-de-l%E2%80%99innovation-2011/

REMETTRE À L’HONNEUR LE DÉVELOPPEMENT ÉCONOMIQUE SOCIAL NATIONAL

pdf-3.jpg
5_juillet.jpg

L’héritage colonial

La situation économique et sociale de l’Algérie à l’indépendance, il n’est pas superflu de le rappeler, n’est pas le résultat d’un accident de l’histoire. C’est le produit d’un système, le colonialisme, qui n’a pas pour vocation de produire développement économique et bien-être social, pour les colonisés. Pas plus que l’Angleterre n’était intéressée à l’industrialisation de l’Egypte, la France coloniale ne le fut à celle de l’Algérie.

Les raisons? On pourrait dire qu’elles sont classiques tant on a l’impression qu’elles résistent au temps, qu’elles perdurent: l’étroitesse du marché, le désavantage comparatif (par rapport à la Métropole), l’absence de main-d’œuvre qualifiée, n’est-ce pas les mêmes motifs, invoqués hier, qui seront avancés bien plus tard, pour expliquer le peu d’enthousiasme des IDE pour venir en Algérie?

Roland Maspetiol, Conseiller d’Etat, fut chargé, en 1954, par le gouvernement français, de présider les travaux d’un groupe d’étude qui devait évaluer les investissements nécessaires «pour sortir l’Algérie du sous-développement». Dans son rapport, remis au gouvernement en juin 1955, à une date où Hassi Messaoud, il est vrai, n’était pas encore découvert, il notait le coût élevé de l’énergie. On a pu constater qu’une énergie à bon marché n’est pas, pour autant, devenue un argument suffisant pour convaincre les capitaux étrangers de s’investir en Algérie. Bref, pour revenir à la période coloniale, l’Algérie était, donc, considérée comme un pays pauvre ayant peu de possibilités d’industrialisation et de développement. Pourquoi les capitaux ne s’investissent pas dans cette Algérie colonie française de peuplement? Parce que font défaut «les conditions permettant une rentabilité normale». C’est le constat auquel ont abouti les rédacteurs du Rapport du groupe d’étude des relations financières entre la Métropole et l’Algérie, plus connu sous le nom de Rapport Maspetiol. Comment surmonter ce handicap? Le rapport Maspetiol ne voyait apparemment pas d’autre issue que les investissements publics. Ainsi, ces conditions de rentabilité normale, note-t-on dans ce rapport, «seront créées notamment, tant pour les facteurs de production que pour les débouchés, par un ensemble d’investissements publics de base susceptibles de modifier l’infrastructure économique du pays».

Un constat lourd s’impose, donc: l’impérialisme, il faut bien l’appeler par son nom, ne développe pas les forces productives dans les colonies. Il n’y a pas eu émergence ni d’une classe capitaliste ni d’une industrie indigène. En Algérie, la base matérielle du capitalisme, de type minier, est héritée du colonialisme. La faiblesse du capitalisme indigène est une béance visible à l’œil nu. Les figures de l’entrepreneuriat indigènes se comptent sur les doigts d’une main : Hamoud Boualem, Tamzali, Bentchicou, Bencherchali, Mouhoub,… A l’indépendance, l’annuaire général du patronat en Algérie ne cite dans le bureau de cette association qu’un seul Algérien. Sur 500 entreprises agréées au titre du Plan de Constantine, à la fin des années 1950, deux seulement appartenaient à des Algériens associés à des Français. L’entrepreneur algérien correspond à une petite statistique: 0,4% de la population active en 1954. Les patrons, indépendants et employeurs, sont trente et une fois moins nombreux que les Européens, les artisans, six fois moins nombreux. La population algérienne était étrangère au monde de l’industrie parce que privée des moyens d’y parvenir (autorisations, crédits, technologie, enseignement technique, ouverture sur l’étranger); la même situation se retrouvait dans les banques, les assurances, transit et autres activités similaires. L’Algérie qui rétablit, avec l’indépendance, sa «continuité avec le monde»[[«La décolonisation, à beaucoup d’égards, écrit Jacques Berque, est ce qui rétablit la continuité de ces peuples avec le monde, y compris le monde industriel et cela au moment même où subjectivement il s’en «discontinue», cf. Jacques Berque, “Impérialisme et décolonisation”, communication au XXIVe Congrès international de sociologie, Alger 25-30 mars 1974.]], le monde industriel compris, ne pouvait, pour entreprendre son développement économique, embrayer sur nul acquis antérieur: ni industriel, ni entrepreneurial, ni managérial, ni technologique. Le potentiel de ressources qualifiées disponibles était ridiculement bas: un agronome par-ci, un architecte par-là, une poignée d’ingénieurs sans expérience de terrain et une administration devenue rachitique après l’exode des Européens[[Cf. Abdelatif Rebah, “Sonatrach, une entreprise pas comme les autres”, Editions Casbah 2006, pp.52-62.]]. Le pays est confronté à une double contrainte, celle de l’absence, à la fois, d’épargne nationale et de savoir-faire industriel.

Faiblesse, donc, manifeste du capital national privé et résistance-refus du capital étranger à l’industrialisation de l’Algérie.

Les ordonnées de départ sont, on le voit et on ne le rappellera jamais assez, négatives. Une population sortie victorieuse mais meurtrie de la guerre sanglante et impitoyable que lui a livrée, près de huit ans durant, la France coloniale, l’analphabétisme qui frappe plus de 95% de la population, des cadres techniques qui se comptent sur les doigts d’une main. Auteure d’un livre sur la politique extérieure de l’Algérie (du temps de Boumediene), Nicole Grimaud rapporta, des propos entendus d’une femme du peuple, au lendemain de l’indépendance, une image saisissante qui résume bien l’état dans lequel le peuple algérien avait sombré durant la colonisation: «Nous étions comme un sac de grains éparpillés, dispersés, un peuple en vrac, mzar’ine, à présent il nous faut nous remettre en un tout». L’ethno-sociologue Germaine Tillon parlait, elle, de la clochardisation du peuple, d’autres ont même parlé de peuple-classe. Cet état découle de ce que l’économiste Gérard Destanne de Bernis a appelé «l’emprise de structure» exercée, durablement, par le système colonial sur l’Algérie l’empêchant de «développer (ses) propres potentialités et de construire (son) autonomie, c’est-à-dire de se doter de (son) propre principe de régulation»[[Cf. Gérard Destanne de Bernis, “Relations économiques internationales”, 1987.]].

La question du développement national ne peut, dès lors, s’inscrire que dans celle de la rupture avec ce régime économique et avec le rôle et la place qu’il a assignés à l’Algérie dans la division internationale du travail: à la fois réservoir de main-d’œuvre et de matières premières bon marché et débouché pour les marchandises et les capitaux de la Métropole. Le discours devait être celui de la nation à construire, de l’Etat à édifier et la politique, celle de l’intégration sociale avec des inégalités, certes, commensurables et réductibles, cependant.

Le développement national est la priorité des priorités. Comme le relève François Perroux, il faut beaucoup inventer et mettre en œuvre une formule à sa mesure [[ «Ce serait une erreur grave pour un pays en développement de croire qu’il n’a que le choix entre le néo-classicisme et le keynésianisme; il lui faut inventer beaucoup et mettre en œuvre une formule à sa mesure», écrit F. Perroux, in “Pour une philosophie du nouveau développement”, Aubier,1981, cité par A. Benbitour, “l’Algérie au troisième millénaire”, Editions Marinoor,1998, p.23.]].

1. 1962, la rupture

S’il est une question qui semble jouir d’un consensus, d’autant remarquable qu’il est particulièrement rare, c’est bien celle de la légitimité des choix de développement économique et social de l’Algérie à l’indépendance.

Même le FMI souscrit, à sa façon, à une orientation qui ne doit rien à ses dogmes, loin s’en faut. Ainsi, dans un rapport d’évaluation de la transition à l’économie de marché[[“Algérie: stabilisation et transition à l’économie de marché”, FMI, Washington, 1998, p.92.]], cette institution prend soin de relever qu’«au cours des quelque 25 années qui ont suivi l’accession à l’indépendance en 1962, l’Algérie a fait des progrès notables sur le plan du développement de son capital humain et matériel et a considérablement renforcé et diversifié le secteur des hydrocarbures». Après avoir noté que «les inégalités de revenus et de sexe ont été atténuées au profit d’une plus grande cohésion sociale», le document du FMI reconnaît que «cette stratégie a été assez fructueuse» et en énumère les résultats les plus saillants:

  • «D’une part, le ratio investissement/PIB a été maintenu au niveau d’environ 45% jusqu’à la fin des années 70 et l’économie a enregistré un taux de croissance annuelle moyen de plus de 6% en termes réels, contre 3% pour les pays à revenus intermédiaires pris collectivement.
  • La majorité des indicateurs sociaux étaient en forte hausse. En particulier, le taux d’alphabétisation de l’Algérie est passé, du milieu des années 60 au milieu des années 80, de 25% à plus de 60%.
  • Le taux de mortalité infantile a chuté de 150 pour 1000 à moins de 80 pour 1000 pendant la même période.»

Encore fallait-il rappeler que la stratégie qui a porté ces fruits s’oppose en tous points aux recommandations formulées par les économistes néo-classiques et néolibéraux : contingentement sévère du crédit, financement des investissements des entreprises à 100% par le crédit, maintien d’un taux d’intérêt réel négatif, contrôle sévère du commerce extérieur, contrôle des prix, intervention de l’Etat dans tous les secteurs économiques [[Cf. Ahmed Benbitour,“ l’Algérie au troisième millénaire”, Editions Marinoor, 1998. p. 90. Ahmed Benbitour a été chef du gouvernement, du 23 décembre 1999 au 26 août 2000, date à laquelle il a démissionné pour être remplacé par Ali Benflis. Sa démission a fait suite à un projet d’ordonnance sur les capitaux marchands de l’Etat initié par le président de la République. Ahmed Benbitour a été successivement membre des gouvernements Abdesslam (ministre délégué au Trésor en juillet 1992), Malek (ministre de l’Energie, septembre 1993), Sifi (ministre des Finances, avril 1994) et Ouyahia (ministre des Finances, janvier 1996).]].

Le capital destiné à l’investissement est octroyé par l’Etat, les prix administrés ne reflètent pas les raretés relatives, l’économie nationale est isolée des prix mondiaux et de la concurrence étrangère, la concurrence n’existe pas sur le marché des produits, etc. À l’encontre du dogme libéral qui prescrit de prendre en considération la taille du marché solvable, comme critère d’opportunité de l’investissement, la stratégie de développement planifié adoptée énonce qu’il faut anticiper sur les besoins futurs et le développement de la consommation.

Le niveau de la consommation per capita visé était souvent défini comme devant être celui de tel pays de référence une vingtaine d’années auparavant, rappelle le premier directeur de l’industrialisation de l’Administration algérienne, Mohammed Liassine. Il ne s’agit pas, résume-t-il dans une formule éloquente, de satisfaire les besoins solvables de la population mais de rendre solvables les besoins planifiés de la société [[Mohammed Liassine: “De l’indépendance aux années quatre-vingt: les stratégies de développement de l’Algérie”, in Problèmes économiques n° 2844 du 18 février 2004, pp. 24 à 32. (Article extrait des «Stratégies de développement de l’Algérie» in Informations et commentaires n°124, juillet-septembre 2003).]].

Dans la perspective capitaliste, les investissements industriels doivent être adaptés à la dimension du marché réel et doivent pouvoir être financés par l’épargne locale ou par des capitaux importés attirés par les perspectives de profit que peuvent offrir ces projets [[Cf. Michel Vanden Abeele, “Le développement industriel des pays ACP : mythes et réalités”, in Mondes en développement, tome 13, n° 49, 1985, pp.65-75.]].

Dans la logique de la stratégie de développement, il faut utiliser, puisqu’ils existent, les revenus du pétrole pour le développement social et économique. C’est le sens du slogan «semer le pétrole pour récolter le développement».

Abdesslam Belaïd, l’un des promoteurs de premier plan de cette voie, en expose les éléments essentiels. «Prenez, explique-t-il, n’importe quel pays moyen parmi les pays développés d’Europe, voyez l’écart qui nous sépare et interrogeons-nous : comment pouvons-nous le rattraper ?… Devons-nous le rattraper ? Si oui, comment? Et dans quel temps? C’est-à-dire à quel rythme ? Alors, si le moyen de réduire cet écart ce sont les hydrocarbures, je dis oui. Et nous sommes un certain nombre à dire oui pour utiliser les hydrocarbures en vue d’arriver au bout de quinze, vingt, vingt-cinq ans à être au niveau du développement de tel ou tel pays» [[Cf. L’Evènement N°79, semaine du 12 au 18 juillet 1992.]].

Dans les mécanismes d’évaluation des performances microéconomiques et macroéconomiques, écrit Mohammed Liassine, il est décidé d’ignorer délibérément la logique financière, notamment le concept de rentabilité financière qui est totalement «remisé»[[Mohammed Liassine, “De l’indépendance aux années quatre-vingt : les stratégies de développement de l’Algérie”, article cité.]].

On ne discutait plus en termes de rentabilité pour la société mais en termes de ressources pour l’Algérie, c’est ainsi que l’ancien ministre de l’Industrie et de l’Energie, Abdesslam Belaïd, résume l’approche retenue, qui, en fait, tourne le dos à la rationalité du profit capitaliste. «Quand l’Etat gagnait et que la société nationale perdait, explique-t-il, ça pouvait aller parce que pour nous il n’y avait de pertes que lorsque la société nationale et l’Etat pris ensemble perdaient» [[Abdesslam Belaïd, in L’Evènement n°79, semaine du 12 au 18 juillet 1992.]].

Dans l’essentiel, fait observer, de son côté, Mohammed Liassine, qui fut aussi ministre de l’Industrie lourde, cette anticipation était fondée, puisqu’on a observé une croissance rapide de la consommation due au développement de l’emploi consécutif aux programmes de développement, et qui a sans doute été aidée par la politique des prix, elle-même rendue possible par la densification de l’espace microéconomique public et par l’instauration de monopoles systématiques du commerce extérieur [[Mohammed Liassine, “De l’indépendance aux années quatre-vingt”, article cité.]].

C’est durant cette période d’émancipation des dogmes capitalistes que les meilleurs résultats en termes de croissance économique ont été enregistrés [[L’économiste Abdellatif Benachenhou parle, lui, d’«un socialisme d’Etat» (qui) a été accepté en Algérie parce qu’il a été généreux en emplois, en revenus, en écoles et en hôpitaux», cf. Abdellatif Benachenhou, L’aventure de la désétatisation en Algérie, in Revue du monde musulman et de la Méditerranée, année 1992, volume 65, n°1, p. 175-185.

(Sur le web: http://www.persee.fr).]]:

  • un taux d’investissement de l’ordre de 45% du PIB,
  • un taux de croissance du PIB en termes réels de 7% par an, en moyenne.
  • Si au cours de la période 1963-1966, le secteur industriel, BTP compris, représente 14% en moyenne du PIB, à compter de 1967 et jusqu’en 1978, la part de l’industrie n’a cessé de se développer pour atteindre 25% du PIB. En 1984, le secteur industriel au sens large du terme constitue 27,6% du PIB [[Cf. Abdelatif Benachenhou, “L’industrialisation algérienne”, in Actualité de l’émigration, n° spécial, L’Algérie, 25 ans après, juillet 1987, pp.40-49.]].
  • Le taux de croissance de la consommation par habitant, quant à lui, a atteint 4,5% par an, en moyenne et en termes réels également [[A. Benbitour, op. cité, pp. 90-93.]].
  • Dans un contexte de forte poussée démographique [[En une vingtaine d’années, entre 1962 et la moitié des années quatre-vingt, la population algérienne a pratiquement doublé, cf. statistiques ONS.]], le niveau de vie s’est indéniablement amélioré.

Les indicateurs de consommation par habitant de l’Onudi en témoignent: pour le blé, il passe de 172,7 kg en 1967 à 176,3 en 1987 et pour le riz, de 0,6 kg à 1,1kg ; pour la viande bovine, de 1,8 kg en 1970, il s’est hissé à 3,1 kg en 1987 et pour la volaille, de 2,2 kg à 2,4 kg. Selon les données de la Banque mondiale, reprises dans une étude récente par l’économiste Ahmed Bouyacoub [Cf. Ahmed Bouyacoub,“ Le paradoxe de la consommation inégalitaire en Algérie”, , in El Watan du 17 septembre 2009, [ou socialgerie]], la consommation des ménages par habitant est passée de 315 dollars en 1962 à 1114 dollars en 1985 (en dollars constants 2000). En 1985, le niveau de consommation par tête en Algérie, écrit le professeur Ahmed Bouyacoub, était supérieur à celui du Maroc, de la Tunisie, de l’Egypte, de l’Iran et d’un très grand nombre de pays en développement [[Idem.]].

D’autres chiffres attestent des progrès accomplis: l’accès à l’eau potable et aux installations sanitaires, aux réseaux de distribution de l’énergie électrique et du gaz naturel, la possession du téléphone, de récepteurs radio et de téléviseurs, de véhicule particulier, etc. [[Cf. Rapport Onudi 1990/1991, pp. 14 et 15.]].

Non moins remarquables étaient les performances enregistrées dans le domaine de l’enseignement et de la formation. L’effectif du primaire passe de 53 000 élèves en 1962 à 2 800 000 élèves, en 1983 [[Source ONS.]].

Alors qu’en 1963, l’université algérienne ne produisait que 93 diplômés, en 1983, il en est sorti 11 000 [[Abdelkader Djeghloul, “25 ans d’université algérienne”, in Actualité de l’émigration, n° spécial, L’Algérie 25 ans après, juillet 1987, pp. 54-57.]]; quant aux effectifs cumulés des diplômés de l’enseignement supérieur, ils vont atteindre le cap des 100 000 en 1986, dont une proportion considérable de l’élément féminin [[Source : bulletins statistiques du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique.]].

Sur un autre plan, le défi de jeter les bases d’une industrie nationale ex nihilo était relevé. «Des bourgs agricoles, écrit le sociologue Djamal Guerid, se sont transformés, en l’espace de quelques années, en authentiques villes industrielles» [[Djamel Guerid, “L’entreprise industrielle en Algérie: les limites d’une acculturation”, in Cultures d’entreprise, Editions Crasc 1997, pp. 117-131.]]. Et il en fournit des illustrations éloquentes. Sidi Bel Abbès, qui est devenue la capitale de l’électronique, a vu le nombre d’emplois industriels publics qui y sont localisés passer de 4750 en 1976 à 14 210 en 1982. Plus spectaculaire encore a été la croissance, dans la même période, des emplois industriels publics à Sétif et à Biskra où ils passent respectivement de 3560 à 27 870 et de 630 à 11 250. Annaba est devenue la capitale de l’acier et Arzew celle de la pétrochimie [[Idem.]]. L’industrie, fait observer le sociologue des mutations algériennes, Abdelkader Djeghloul, n’est plus une «vaste école» ou un chantier mais une réalité dont les réserves de productivité peuvent générer un surplus économique important. En l’espace d’une quinzaine d’années, une partie notable de l’appareil industriel est entrée en production [[A. Djeghloul, “Assumer 25 ans de mutations” in Actualité de l’émigration, n° spécial, L’Algérie 25 ans après, juillet 1987, pp.32-39.]]. Cet acquis intemporel et précieux se trouve enregistré et emmagasiné, en quelque sorte, dans la mémoire et à travers l’expérience des travailleurs et surtout des cadres» [[Abdesslam Belaïd, “Le hasard et l’histoire”, t.2.]].

C’est important et même capital! L’industrialisation algérienne, écrit l’économiste Abdelatif Benachenhou, a bouleversé l’univers technologique des Algériens, leurs rapports au temps et à leur culture. Fait particulièrement notable, souligne-t-il, en raison de la propriété publique des moyens de production et de la marginalisation de l’IDE, ce sont les Algériens qui ont la responsabilité de la décision et de l’orientation des actions d’investissements et cela constitue en soi une innovation technologique majeure par rapport à la période coloniale où les Algériens étaient maintenus hors de l’univers technologique moderne du fait du contrôle économique étranger sur la grande majorité des activités économiques.

La société algérienne prend pour la première fois de son histoire contact avec un spectre très diversifié de techniques modernes de production et de gestion. De jeunes Algériens s’initient aux formes modernes d’organisation et de gestion d’ensembles industriels [[A. Benachenhou,“ L’industrialisation algérienne”, in Actualité de l’émigration, n° spécial, L’Algérie 25 ans après, juillet 1987 pp. 40-49.]].

Des classes moyennes urbaines et rurales se sont formées à un rythme rapide et ont vu leur base s’élargir grâce à l’industrialisation, à l’éducation, notamment. L’Etat œuvre au progrès matériel et social de la population. Des réalisations dans divers domaines en attestent. Le jour de l’enterrement de Boumediene, c’est un peuple qui a commencé à goûter aux fruits du progrès matériel, social et culturel qui manifeste en masse son adhésion à cette ligne. Cet Etat national est le sien. Certes, il ne s’édifie pas sans de sérieuses lacunes mais sa dynamique essentielle maintient le cap «au-dessus du niveau de l’espoir». Au-delà de l’hommage au dirigeant prématurément disparu, c’est un plébiscite pour sa politique de développement national.

2. 1986, le tournant :


la contrainte extérieure, une norme plus politique qu’économique

Le «contre-choc pétrolier» et l’asphyxie des devises qu’il provoque en Algérie vont ériger au rang de priorité des priorités, «le desserrement de la contrainte financière extérieure» qui est érigée en norme directrice de la politique économique. L’ordre des priorités est changé.

Car, quant au fond, la fameuse contrainte extérieure constitue une norme plus politique qu’économique, qui véhicule une obligation de conformité aux canons du capitalisme [[Le phénomène est relevé par l’économiste Sid Ali Boukrami, dans un entretien à Alger républicain paru le 2 janvier 1991, dans lequel il résume les principaux enseignements économiques de l’année 1990, où il déclare: «Il y a un retour à la normalisation au plan de la science économique, (…) Il n’y a plus de pensée économique. Avant, explique l’expert financier, il y avait un droit à la différence dans la conception du développement. Il y a maintenant normalité.», cf. «Alger républicain» du 2 janvier 1991.]].

La dette va être le levier essentiel pour imposer les privatisations et l’ouverture aux IDE [[Cf. sur le Web, Catherine Samary, “L’investissement étranger en Europe de l’Est. Quel bilan?” Article publié le 3 mars 2002.]].

Elle marque, en tout cas, l’arrêt de la tentative, opérée sur un court temps historique, de construire un système productif autonome et donc nécessairement affranchi du préalable de la rentabilité capitaliste. La construction de l’Etat national, le développement national, le progrès social, sont laissés en chantier. Bientôt, il n’en restera plus que des carcasses.

L’objectif primordial devient l’assainissement, l’ajustement aux exigences des institutions de la finance mondiale. La création d’un climat des affaires et son amélioration vont ensuite devenir le but stratégique.

La problématique économique algérienne a cessé d’avoir pour centre de gravité la construction des bases productives et du cadre institutionnel du développement national indépendant. Le développement devient «le fruit promis d’une croissance spontanée transmise par le marché mondial et une spécialisation fondée sur les avantages comparatifs» [[Cf. sur le Web : “Politiques de développement à l’heure du capitalisme cognitif” mis en ligne en octobre 2002 par Carlo Vercellone.]]. C’est le mode de régulation, la place des instruments de marché et la création des «outils institutionnels» du passage à l’économie de marché qui focalisent toutes les politiques économiques qui se succèdent au gré des changements de gouvernement, après 1986, et qui vont se nourrir à un axiome unique: seuls l’IDE, «incontournable», et la privatisation, «facteur de croissance», vont permettre de dynamiser l’ensemble du tissu économique algérien [[C’est ainsi qu’on peut lire dans un “rapport du FMI” ayant trait au programme de réformes lancé en 1994 que «n’ayant pas réussi à mettre en place des mécanismes de marché tout en maintenant la prépondérance de l’Etat au sein de l’économie, les dirigeants algériens en sont venus à reconnaître qu’il fallait changer de stratégie: abandon du régime de planification centrale et instauration d’une économie de marché efficace tournée vers l’extérieur, propice à l’expansion du secteur privé et intégrée dans le monde», in“ Algérie: stabilisation et transition à l’économie de marché” FMI 1998 p. 94.

Les objectifs des réformes, selon M. Mekideche, par exemple, visent la modification de l’espace économique et social de l’Algérie par l’émergence d’une épargne privée et d’une classe d’entrepreneurs, cf. “L’Algérie entre économie de rente et économie émergente”, op. cité, p. 42.

Pour A. Benachenhou, il s’agit de mettre en place les institutions d’une économie de marché, de créer les conditions nécessaires à une croissance durable et soutenue appuyée sur l’investissement privé national et l’IDE, cf. A. Benachenhou, “Pour une meilleure croissance”, op. cité, pp. 207et 214.]]. Privatiser pour attirer les IDE: le FMI et la Banque mondiale en ont fait un complément systématique des politiques d’ajustement[32] [[«Sur les 700 privatisations menées à bien entre 1980 et 1987, souligne Patrice Dufour de la Banque Mondiale, 450 ont eu lieu dans les pays en développement», soit environ les deux tiers, cf. “la Foire mondiale des privatisations” Conjonctures n°005 semaine du 13 au 19 février 1994.]]. Le credo des réformes libérales est de redonner vie à l’initiative privée dans le cadre d’une économie de marché, en espérant que les détenteurs nationaux de capitaux accepteraient de financer les investissements nécessaires à la reprise de la croissance et qu’une législation adéquate attirerait les investissements étrangers.

3. La lourde facture des réformes libérales

Le prix payé à cette orientation va s’avérer particulièrement lourd. Désinvestissement, désindustrialisation, aggravation du chômage et de la précarité sociale, fragilisation de l’Etat national, tels en sont les résultats marquants. Les chiffres sont accablants. Le PNB par habitant est passé de 2800 dollars en 1985 à 1600 dollars en 2000, soit une érosion globale du revenu par habitant de près de 43% [[Cf. “Les effets du PAS sur les ménages et les services publics”, étude réalisée par le Ceneap pour le compte du Cnes, in“ La lettre du Ceneap” n° 5, octobre 1998.

Cf. Le Matin du 9 décembre 1998.]].

Les priorités des pouvoirs publics ont changé, 54% des crédits à l’économie vont au secteur privé, les entreprises privées trouvent plus de financements que les entreprises publiques [[Le président de l’Association des banques et établissements financiers (Abef), Abderrahmane Benkhalfa, signale un taux de non-remboursement de crédit de 25%, soit 100 milliards de dinars non remboursés. Un phénomène qui n’est pas sans lien avec le poids désormais prépondérant du secteur privé chez les débiteurs, cf. L’Expression du 21/1/2010.]]. Celles-ci, mises «en voie de restructuration et en quête de partenaires», doivent se contenter, «pour l’instant», de crédits d’exploitation [[A. Benachenhou, “Pour une meilleure croissance”, op. cité, p. 228]]. Certaines grandes entreprises industrielles, telle la SNVI, ont vu leurs investissements bloqués depuis 1980, soit pendant près de trois décennies.
En 2006, l’industrie hors hydrocarbures a produit en termes constants pratiquement la même valeur que celle produite en 1985 [[Cf. Abdelatif Benachenhou, “La crise et ses répercussions sur l’économie algérienne”, El Watan du 21 janvier 2009.]].

Quant à la production des industries manufacturières, son indice accuse, en 2005, une baisse de plus de 40% par rapport à l’année 1995. Le secteur public industriel et des services qui comptait, en 1990, 1,4 million de postes de travail, n’en emploie plus à fin 2007 que 450 000, une véritable saignée [[Chiffres donnés lors de la “rencontre sur la stratégie industrielle” tenue en décembre 2007 à l’Hôtel El-Aurassi à Alger, cf. revue Econom]].

Le taux de chômage passe de 17% en 1985 à 28% en 1995[38]. Chez les jeunes de 15 à 24 ans, ce taux est passé de 46% en 1988 à 58% en 1995.

Une étude du Bureau international du travail (BIT) révèle que le taux de chômage des diplômé(e)s de l’enseignement supérieur, lui, est passé de 11,9% en 1992 à 19,07% en 1997[39].

La pauvreté qui touchait 23,9% de la population en 1988, soit 5 584 000 personnes, concernait en 1994/95, 11 957 000 personnes, soit 42,4% de la population algérienne[40].

Entre 1992 et 2008, la part relative des salariés permanents dans la population occupée a baissé de 22 points chutant de 57% à 35%, pendant que celle des salariés non permanents, indicateur de la précarité croissante, faisait un bond de 19 points, passant de 12% à 31% et que celle des employeurs et indépendants gagnait près de 4 points, s’élevant de 25,8% à 29%.

Durant ces seize ans, la population occupée est passée de 5 068 000 personnes à 9 146 000 personnes, soit un accroissement de 4 078 000 personnes(+80%) essentiellement dû, toutefois, à l’augmentation du nombre de salariés non permanents +2 213 000 personnes (+367%) et de l’effectif des employeurs-indépendants + 1 347 000 personnes (+103%), la catégorie des salariés permanents n’y contribuant que pour 300 000 personnes (+10%)[41].

Quant au poids relatif des salaires dans le revenu disponible des ménages, il recule à un rythme accéléré; en 2006, il ne pèse plus que 38,5% contre 44,8% en 2002, quatre ans auparavant. En revanche, celui du revenu des employeurs, lui, dans la même période, a gagné 12 points, se hissant de 43,4% à 55,3%[42].

L’approvisionnement des deux tiers de la population provient du secteur informel. Les revenus annuels du secteur informel avoisinent les 6 milliards d’euros, soit 17% de l’ensemble des revenus primaires nets des ménages algériens.

Le secteur privé est désormais majoritaire dans l’activité économique mais ne participe qu’à hauteur de 7% à 8% aux contributions sociales du fait des pratiques informelles.

Quasiment calées sur l’essor des recettes devises pétrogazières porté par la remontée nette des prix du brut, les importations de biens de consommation prospèrent – en six années, la facture de «l’import-import» a augmenté de près de 300%!–, leurs relais du secteur du commerce aussi.

Mais la consommation par tête d’habitant a subi une dégringolade continue, tombant de 1 114 dollars en 1985 à 726 dollars en 1997 pour amorcer ensuite un léger redressement et s’établir à 968 dollars en 2007, niveau plus faible que celui des pays voisins et du pourtour méditerranéen[43].

Durant cette période, la répartition du revenu national subit une profonde polarisation. Le degré de concentration s’accroît considérablement au profit des catégories à revenus variables, branchées sur le marché et plus spécialement sur le marché extérieur (importation) au détriment des catégories salariales à revenus fixes[44].

Selon les indicateurs de base de l’Unicef, pour la période 2000-2007, les 20% les plus riches de la population s’approprient 42% du revenu des ménages pendant que les 40% les plus pauvres doivent se partager 18% de ce revenu.

En somme, une économie de négoce, irriguée par les dollars du pétrole, prolifique en importations de biens de consommation et en emplois précaires et sous-qualifiés et creuset des inégalités sociales. Sans ancrage productif national, de la mousse sans noyau, pour résumer le tout en image[45].

4. Privatisation, IDE, économie de marché :


la recette sans les ingrédients

1985-2010, après vingt-cinq ans pratiquement de «stabilisation macroéconomique» et d’«ajustement structurel», tous les bilans en conviennent, la transition n’est pas achevée et la fameuse croissance hors hydrocarbures portée par sa propre dynamique, autrement dit, porteuse de développement, reste un vœu pieu [12].

Opéré il y a près d’un quart de siècle, le renversement de perspective censé installer l’économie algérienne sur la voie vertueuse de l’économie de marché, celle de l’efficacité et de la compétitivité, aura conduit à l’impasse. Que s’est-il passé?

Dans les faits, le postulat de l’économie de marché qui considère que la pression vertueuse de la concurrence pousse à l’affectation optimale des ressources, à innover, à rationaliser, à rechercher l’efficacité, le tout pour le plus grand bien du client, est loin, en effet, de se vérifier. La question se pose même «de savoir s’il existe en Algérie un marché ayant les caractéristiques que lui prête l’idéologie libérale (mobilité des facteurs, transparence, atomicité) pour occuper la fonction régulatrice qu’on lui prête» [13]. Loin s’en faut. Les concepts n’ont pas résisté à l’usage [14].

À la représentation idéale de l’économie de marché répond la réalité du court-termisme, de l’écrémage, de la fuite des capitaux, des usines «tournevis», l’explosion de l’informel [15] et de l’import-import, avec le monopole des plus forts et la médiocrité des activités productives créées [16].

Deux années avant même le terme du plan de relance 2005-2009, le président du patronat algérien, Réda Hamiani, évoquant «le bilan des réformes dans ce pays» en dresse le constat sans détour. Elles ont bien fonctionné pour la sphère commerciale, affirme-t-il, par contre c’est une catastrophe aussi bien pour l’industrie, les classes sociales moyennes que pour la future élite. Le mode de gestion libéral, conclut-il, a profité à l’informel à travers les importations sauvages [17].

Les choix pris ces dernières années pour l’encouragement de l’investissement direct étranger (IDE) et du secteur privé n’ont pas donné de résultats sur le terrain. «Sur toute la décennie 2000-2010, les IDE, hors hydrocarbures, étaient inférieurs à 2 milliards de dollars. Durant la même période, l’investissement privé représente moins de 25% du total des investissements nationaux», a révélé dernièrement le ministre de l’Industrie.

Une analyse précise des motivations qui commandent les choix d’implantation des investisseurs étrangers ne devrait-elle pas commencer par ce constat apparemment paradoxal?

Aucun de nos «partenaires énergétiques» majeurs, en l’occurrence l’Espagne, la France et l’Italie, liés à notre pays par des relations d’interdépendance dans un secteur d’importance vitale, l’énergie, ne réalise ne serait-ce que 0,2% de ces IDE en Algérie.

Le fait que les pays de l’arc latin tirent une part importante de leurs approvisionnements énergétiques – et notamment gaziers – de l’Algérie, pays ayant consenti des investissements considérables[46] orientés, principalement, vers la satisfaction des besoins en énergie de l’Europe, n’a pas pour contrepartie des investissements et des transferts de technologie venant de «l’autre rive» de la Méditerranée.

Nos «partenaires» d’outre-mer n’ont pas de quoi se plaindre d’une telle évolution qui préserve leurs profits sur les marchés acquis de l’Algérie. Pourquoi le capital étranger s’aventurerait-il à investir dans la sphère de production industrielle et les activités génératrices d’emplois qualifiants, quand les débouchés algériens lui sont acquis sans livrer bataille depuis des décennies.

La remarquable stabilité de leurs parts de marché (en valeur relative évidemment) de 1978 à 2008, soit sur 30 bonnes années, en témoigne éloquemment. En moyenne, 19% pour la France, 9% pour l’Italie, 5% pour l’Espagne, 7% pour les USA.

Les entreprises françaises font 4 à 5 milliards d’euros par an en Algérie.

Le questionnement porte aussi sur la réalité des capacités technologiques, managériales et financières du secteur privé en Algérie.

  • La privatisation est-elle en mesure de moderniser le potentiel industriel et d’en accroître la production?
  • Pourquoi les Algériens détenteurs de capitaux hésitent-ils à investir dans le secteur productif?

Le tableau est fort éloigné de la vision optimiste qui semble animer les promoteurs de la privatisation.

Prédominance de la très petite entreprise (TPE), soit 95% du total en 2005. D’après la Charte de Bologne, la TPE se caractérise par les paramètres suivants: un effectif de 1 à 9 employés, un chiffre d’affaires inférieur à 20 millions de dinars.

Sur un parc de 350 000 PME, seulement 2 000 sont significatives, selon le président du FCE.

Ce «qui marche», c’est le commerce de mobiles, d’automobiles, la spéculation immobilière, les services.

Les PME qui sont dans la production, souligne Réda Hamiani, «sont malades»[47].

On constate que le secteur privé se caractérise par un positionnement très en aval par rapport à la chaîne de valeur du produit dans les créneaux des industries laitière, agroalimentaire, électrodomestique, textiles cuirs, chaussures, où il a choisi de s’investir.

C’est le court terme qui domine: taux de marge élevés, au détriment du consommateur, efforts de formation modestes[48]; des cycles d’investissement aussi désordonnés que systématiques: vagues de minoteries, limonadières, matériaux de construction, etc., dans des branches à développement technologique lent.

Dans le secteur des BTP, ce qui prédomine, c’est la vieille entreprise familiale et la gestion archaïque.

Quant à la nouvelle entreprise plus récente qui dispose d’énormes moyens matériels et financiers dont l’origine provient d’énormes gains cumulés très rapidement dans l’importation et le commerce tous azimuts de biens de consommation, matériaux de construction, agroalimentaire, médicament, suite à la disparition des monopoles d’Etat, cette entreprise est marquée par le manque d’expérience, un système de gestion à l’état embryonnaire, un système de commandement de type patriarcal et la faiblesse du savoir-faire.

Une bonne partie des entreprises privées algériennes ont un caractère familial marqué généralement par l’absence de conseil d’administration, échappant à tout contrôle, ce qui fait qu’elles sont, d’ailleurs, loin de répondre aux normes internationales de bonne gouvernance.

Les entreprises privées algériennes, constate l’ex-ministre de l’Industrie lourde, Mohammed Ghrib, sont plongées dans un environnement bureaucratique où se combinent à la fois le formel et l’informel, le monopole et le marché, la compétence et l’incompétence, la majorité d’entre elles sont de petites entreprises gérées par leurs propriétaires et les plus grandes sont dans une recherche de légitimation économique et de frotti-frotta avec les pouvoirs publics[49].

Ces résultats éclairent sur les logiques à l’œuvre. Il ne s’agit pas de dérives caricaturales du modèle. C’est inscrit dans la nature même du système.

La recherche du profit maximum est la loi du fonctionnement de l’économie de marché, son ressort et sa finalité.

C’est là que se trouve l’explication simple du comportement des investisseurs privés nationaux ou étrangers.

  • Un investissement ne se justifie que s’il rapporte de plus grands profits.
  • Le travail salarié n’est acceptable que s’il génère du profit.

Pourquoi les excédents ne se traduisent-ils pas par de forts investissements dans des activités industrielles modernes? Parce que les investissements en capital sont partiellement ou complètement irréversibles, les coûts non récupérables très élevés et les délais de récupération très longs.

Les dépenses d’investissement ne sont pas déterminées en fonction d’impératifs de développement économique et social mais selon des considérations de marché solvable.

Pourquoi investir dans l’industrie locale disqualifiée par l’évolution des technologies et par celle de la structure de la demande? Pourquoi les investisseurs étrangers opteraient-ils pour le marché algérien dont la taille n’est pas attractive, alors que le libre-échange et la proximité géographique et linguistique font de ce marché une chasse gardée des pays de l’UE, notamment méditerranéens?

Le long terme ne les intéresse pas. Pas plus que les profits à long terme.

Il est vain d’attendre qu’ils s’en préoccupent moyennant des «conditions ou un climat des affaires attractifs» [18].

C’est le marché en tant que lieu de réalisation du profit, et non en tant que «construit socio-culturel historique et donc politique», qui en a décidé ainsi.

De même qu’il a «décidé» d’orienter le capital privé «primitif» (qui relève des formes primitives de l’accumulation) vers le bas de l’aval et les activités spéculatives, avec les formes de gouvernance économique – tout à fait étrangères, on le sait, à la figure de l’entrepreneur schumpeterien innovateur et sa «destruction créatrice» – qui leur correspondent (système de gestion à l’état embryonnaire, de type patriarcal, caractérisé par une profonde aversion pour le risque, axé sur la saisie des opportunités de placements spéculatifs ou les pratiques maffieuses).

On se plaît à répéter invariablement que la mondialisation est une réalité incontournable et que l’Algérie est «condamnée», sous peine d’éviction, à construire les avantages compétitifs de son insertion positive dans l’économie mondiale.

Mais celle-ci n’est pas, comme le prétend le mythe du gagnant-gagnant, le vaste marché où règne l’égalité des chances et où les opportunités dépendent des avantages compétitifs des acteurs.

C’est d’abord une hiérarchie issue de rapports de force forgés tout le long des siècles de l’industrialisation et de la colonisation.

C’est, également, un immense pouvoir de marché concentré aux mains d’une poignée d’acteurs, les oligopoles, un marché peu concurrentiel.

Des entreprises qui ont un pouvoir de marché mondial qui surpasse les compétences des régulateurs et les capacités financières de la plupart des Etats.

Toute l’idéologie de la mondialisation et du mythe gagnant-gagnant est là pour faire croire qu’en concédant «moins d’Etat», «moins de nation», on gagne plus de participation au «jeu mondial» et ses bienfaits, un ticket d’acteur économique dans la cour des grands et l’avantage incomparable de pouvoir amarrer le wagon algérien, réputé poussif, au TGV des pays développés.

Le conte est beau et le compte est bon. A défaut d’un gouvernement mondial qui ferait idéalement l’affaire, à partir de Washington, Londres ou Berlin, l’urgent, pour l’impérialisme, est de limiter l’aire de souveraineté des Etats nationaux.

Enlevez vos mains du clavier et suivez les instructions sur l’écran, voila ce qu’ils exigent de nous.

La question, pour nous, est comment rendre compatible l’horizon borné du profit et la myopie du marché avec le temps long du développement.

C’est à l’Etat que revient le rôle-clé dans la maîtrise et l’orientation stratégique de cette relation.

Or, cet Etat national en construction a été sommé, libéralisation oblige, de réduire son intervention dans l’économie au profit des «forces du marché».

Absent en tant que pivot de la régulation nationale, il n’est plus qu’une simple interface avec les forces du marché mondial.

Le «logiciel» néo-libéral encore et toujours

Dans le monde, 2008 a sonné l’heure des comptes à régler avec 30 ans de règne du néo-libéralisme intronisé par Ronald Reagan et Margareth Thatcher. Le discrédit du bréviaire néolibéral est, alors, à son paroxysme. Et pour cause, la finance capitaliste, affranchie de sa laisse, a fait basculer le monde dans une récession globale, la première depuis la Seconde Guerre mondiale.

L’air du temps a visiblement changé. Mais la parenthèse va être de courte durée. Trois ans après l’éclatement de la crise, «qui a fortement mis en lumière les écueils, limites et dangers ainsi que les responsabilités de la pensée économique dominante en matière économique, cette dernière continue à exercer un quasi-monopole sur le monde académique», s’alarme un groupe d’enseignants-chercheurs et professeurs d’économie européens.[21]

Le logiciel «néolibéral» est toujours le seul présenté comme légitime, malgré ses échecs patents, constatent des économistes issus d’horizons théoriques très différents «atterrés de voir que ces politiques sont toujours à l’ordre du jour et que leurs fondements théoriques ne sont pas publiquement remis en cause».

La crise économique et financière qui a ébranlé le monde en 2008 n’a pas affaibli la domination des schémas de pensée qui orientent les politiques économiques depuis trente ans.[22]

Pis, comme le relève le sociologue Edgar Morin, «l’Occident en crise s’exporte comme solution laquelle apporte à terme sa propre crise (Le Monde des 9 et 10 avril 2011).

Une pensée managériale en panne d’idées, un système financier sinistré et une économie en berne, un état de régression sociale prononcée, des Etats au bord de la banqueroute, bref un modèle disqualifié par l’ampleur de ses propres faillites mais qu’on n’hésite pas à nous servir quotidiennement comme référence obligée pour penser notre développement national.

Le décalage est frappant entre les analyses économiques mondiales critiques et les réflexions dominantes dans nos médias.

En Algérie, l’argumentaire économiste continue de puiser dans la vieille boîte à idées libérale dont une masse d’économistes sérieux et renommés dans le monde ne veut plus entendre.

Comme si l’Algérie était une île isolée de ce monde dévasté par la crise économique et financière et n’était pas concernée par la vague planétaire de remise en cause des dogmes de l’économie libérale!

Réactualiser le Projet de développement national

L’impasse libérale commande justement de s’atteler à réactualiser la problématique du développement national pour pouvoir la replacer de nouveau et de manière crédible dans la perspective historique de l’Algérie, en retrouvant le fil conducteur de la réflexion qui a accompagné les décennies du développement tant il est vrai qu’il n’est point de bon vent pour celui qui a perdu son gouvernail.

«L’Algérie ne peut se permettre, en raison de sa croissance démographique et du niveau d’aspiration atteint par sa population, de retomber dans des schémas de développement économique dépendant, fondés sur des ressources minières ou humaines dévalorisées et inscrites dans la nouvelle division internationale du travail, d’ailleurs déjà en crise. Le chemin étroit à emprunter est celui de la consolidation de l’industrialisation, de la solution à la crise de la production agricole et du développement des infrastructures scientifiques et techniques pour faire face à l’une et à l’autre de ces obligations.» C’est ce qu’écrivait l’économiste Abdellatif Benachenhou en juillet 1987, dans un article publié à l’occasion du 25e anniversaire de l’Indépendance.[23]

À l’orée du cinquantenaire de l’Indépendance nationale, qui peut valablement soutenir que les termes de référence fondamentaux de cette problématique ne sont plus d’actualité?

La leçon de l’impasse libérale, au contraire, en souligne plus que jamais auparavant la pertinence et l’urgence: réhabiliter la vision de long terme, les grands projets structurants et les outils stratégiques du développement.

Les tentatives actuelles de remodelage néocolonialiste de l’ordre économique et politique mondial qui menacent notre région et notre pays montrent combien est vitale la préservation de l’autonomie de décision nationale et son renforcement.

Tel est l’impératif politique suprême, qui doit prendre appui sur un Etat protecteur des priorités productives et garant des règles sociales, environnementales et d’aménagement du territoire, ainsi que sur une société pleinement et largement impliquée dans le projet national qui valorise l’emploi productif et qualifiant, le savoir, la libération des initiatives, la reconnaissance de l’autonomie des acteurs du développement économique et social (entrepreneurs, syndicats, tissu associatif, des chercheurs, des inventeurs, le développement des PME,…).

Il est significatif que les enseignements tirés de l’expérience industrielle algérienne, il y a près d’un quart de siècle par deux analystes reconnus de l’économie nationale, gardent à ce jour leur pertinence[50].

Les caractéristiques démographiques, agricoles et financières qui ont rendu impératif, dans les années soixante, le choix de l’industrialisation demeurent quasiment inchangées.

Ce choix découle à la fois de la faiblesse de la base agraire du pays, de la nécessité d’offrir des emplois à des hommes et des femmes dont le nombre est croissant et les taux d’activité en augmentation, mais aussi de la nécessité de préparer minutieusement la relève de exportations en hydrocarbures[51].

Comme le soulignait déjà à l’occasion du 25e anniversaire de l’Indépendance, le regretté Abdelkader Djeghloul, le problème crucial de l’Algérie d’aujourd’hui est celui d’achever la construction du tissu industriel en valorisant le potentiel d’expérience de connaissance et d’innovation accumulé sur le tas surtout dans les universités et les instituts[52].

Sans doute en tenant compte de la nécessité, aujourd’hui, de la diversification des acteurs et des marchés.

A. R

“La Tribune”

le 5 juillet 2011
.

Source: la Tribune 5 juillet 2011

PORTRAIT: UN DE CEUX PAR QUI LE PAGS A VU LE JOUR (décembre 1965-janvier 1966)

pdf_img2353right-doc2352-4.jpg
Je parlerai plus longuement de sa contribution décisive lorsque j’évoquerai les conditions de la fondation du Parti de l’Avant Garde Socialiste, en décembre-65-janvier 66. au beau milieu du déchaînement répressif des auteurs du coup d’Etat du 19 juin 1965.

Ils sont nombreux ces humbles et ces anonymes, ces « h’chicha talba m’icha », sans lesquels le mouvement démocratique et social n’aurait pas trouvé ses supports vitaux organiques et logistiques. Honneur , avec Pépé-Ammi Sanchez, à l’Hadja, à Yamina, à M’ha, à Baâziz, Mohamed, Hamida et ces dizaines d’autres comme eux ancrés dans le terreau social populaire et la conscience de classe chevillée au corps, honneur à ceux dont j »ai oublié les noms ou que je ne peux encore citer. Sans gloriole, sans rien à attendre en retour, sans grandes théorisations ni prétention à l’héroïsme, comme pendant la guerre de libération, ils ont sauvé des situations critiques, porté longtemps sans se plaindre des charges lourdes et parfois inhumaines. Les élans révolutionnaires ne doivent pas faire oublier les pas modestes mais combien essentiels par lesquels avancent les grandes causes.

Il était d’origine espagnole, parlait un arabe populaire où se mêlaient à la perfection les accents de l’Algérois et des Hauts Plateaux.

Pépé Sanchez, l’appelaient ses voisins de l’immeuble chic d’Alger proche de la rue Didouche (ex-Michelet), qui ne pouvaient se passer des services quotidiens qu’il leur rendait avec bonhommie, car en bois, métal, mécanique, bâtiment et électro ménager, il réparait tout avec le minimum de moyens.

Ammi Sanchez. l’appelaient ses amis commerçants kabyles de la basse Casbah, au magasin desquels il se rendait de temps à autre pour deviser de choses et d’autres.

Dans le quartier, il semait la bonne humeur, en traînant nonchalamment ses espadrilles, après quoi il me rapportait les échos de la société avec une pénétration que pouvaient lui envier bien des sociologues.

Souvent, venaient lui rendre visite ses vieilles connaissances, paysans et agriculteurs des Hauts Plateaux, de Ksar Chellala notamment, qui savaient qu’en débarquant chez lui à Alger ils trouveraient non seulement des conseils éclairés sur le matériel hydraulique, mais aussi des stocks de clous, fils de fer, matériaux divers et habillements qu’il collectait et stockait pour eux en ces périodes de rareté. Ils avaient appris à l’apprécier lorsqu’il gardait et soignait les moutons chez eux, durant une grande partie de la guerre de libération.

Il y était allé probablement pour se protéger de la répression car il me révéla un jour en passant qu’il avait caché chez lui une valise d’armes du stock Maillot que Farrugia (un des membres du petit commando CDL qui avait réalisé l’opération) lui avait confiée pour quelque temps.

Les gens « bien mis » pouvaient en croisant dans les beaux quartiers ce passant insignifiant, s’ils prêtaient seulement attention à lui, penser que c’était une de ces innombrables personnes qui ne comptent pas.

Mais le patron français d’une grosse usine dont il avait dépanné l’installation de son appartement écarquilla les yeux lorsque Pépé démolit en quelques mots l’éloge du patronat qu’il venait de lui faire: voyez ces billets que je pose sur la table; dites leur de fructifier tous seuls! Ils ne se multiplieront que si quelqu’un verse sa sueur et son temps dans un travail dont il profitera très peu !

[paysan_med.jpg
Tous ces souvenirs me sont brusquement revenus en tombant par hasard sur cette photo d’un inconnu->doc1496] qui m’ont rappelé avec une perfection étonnante les traits, l’allure et l’expression de ce personnage si ordinaire et extraordinaire à la fois. Chez lui, grâce à lui et à partir de lui, j’ai pu à l’époque coordonner les échanges de fond avec les camarades dirigeants emprisonnés de l’ex ORP, relancer les liaisons des noyaux organiques communistes dispersés par la répression de septembre 65, efforts qui seront jalonnés par la déclaration du 26 janvier 1966 marquant la naissance du PAGS.

La série de hasards qui me fit rencontrer et connaître cet acteur particulier de l’Histoire, ne fut pas finalement un hasard.

En analysant les différentes circonstances qui ont fait l’évènement, on comprend mieux, comme je l’indiquerai, les convergences qui tissent et font l’Histoire. Atterrir chez Pépé Sanchez, que je trouvai presque mourant en arrivant chez lui et qui se rétablit miraculeusement par de simples médications, c’était le résultat de plusieurs circuits et contributions dont chacune était elle-même l’aboutissement de longues luttes datant de plusieurs mois ou plusieurs années. J’ai alors mieux compris que rien n’est jamais perdu de chaque lutte et sacrifice aussi minime et isolé soit-il en apparence.

« OPÉRATION MILITAIRE EN LIBYE: UN ACCÉLÉRATEUR PUISSANT DE LA DISLOCATION GEOPOLITIQUE MONDIALE » “Extrait GEAB N°54 (15 avril 2011)”

geab.jpg

geab.jpg

En Janvier 2011, dans le GEAB N°51, l’équipe de LEAP/E2020 anticipait que l’année 2011 serait une année impitoyable, en particulier pour tous ceux qui ne seront pas préparés aux nouveaux chocs de la crise systémique globale, ayant passé deux années à tenter de soigner les symptômes au lieu des causes de la crise. L’intervention militaire en Libye nous semble emblématique de cette situation car elle implique une série d’acteurs qui ne se sont pas préparés aux changements induits par la crise et qui tentent d’y répondre de manière confuse et donc dangereuse.

En effet, impliquant le court-termisme d’un empire qui s’effondre (USA), de son second qui tente de survivre (UK) et d’une puissance en plein errements stratégiques (France), au sein d’une région en plein bouleversement historique aux conséquences géopolitiques majeures, et associant des puissances émergentes qui jouent elles sur le temps long,
ge_dilem.jpg cette intervention franco-américano-britannique en Libye constitue donc pour LEAP/E2020 une illustration flagrante de cette anticipation de Janvier 2011 ainsi qu’un puissant accélérateur du processus de dislocation géopolitique mondiale [[Voir GEAB N°32]].

Dans ce numéro du GEAB, notre équipe a donc choisi d’analyser le contexte et les acteurs du conflit, et de dresser in fine la liste des dix ruptures et tendances émergentes globales que le conflit libyen catalyse.

Le contexte réel du conflit libyen est très différent de celui présenté par les dirigeants et médias français, britanniques et américains

Prenons d’abord le temps de nous arrêter sur le contexte et les acteurs de ce conflit.

Le contexte est celui des révolutions populaires arabes qui ont débuté avec la Tunisie fin 2010 et qui se sont progressivement étendues à la quasi-totalité des pays arabes avec des résultats variables. Dans le GEAB N°52, à l’occasion de notre analyse sur «la chute du mur pétro-dollar», nous avions présenté un indicateur synthétique d’anticipation des révolutions arabes où la Libye figurait dans la catégorie 3: «Pays où les régimes peuvent tenir en échec, y compris par la violence, les tentatives de changement au moins d’ici la fin 2012». Dans cette catégorie, la Libye côtoie l’Algérie, la Syrie et l’Arabie saoudite, trois pays qui connaissent aussi des mouvements populaires de contestation. Mais, notre équipe est certaine que ni la France, ni le Royaume-Uni, ni les Etats-Unis n’entameront aucune action militaire pour «défendre les populations civiles» ou pour «accélérer le changement de régime vers la démocratie»; et ce pour les raisons suivantes :

  • des populations trop importantes
  • des régimes dont la déstabilisation est dangereuse pour l’Occident
  • des implications régionales potentiellement «explosives»
  • de grandes difficultés logistiques
  • une difficile préparation médiatique pour les populations occidentales
  • une opposition certaine des grandes puissances non occidentales à tout soutien de l’ONU
  • une issue militaire très incertaine
  • des conséquences immédiates majeures sur les cours mondiaux du pétrole et du gaz.

Cette différence de traitement entre le cas libyen et les trois autres pays arabes posant des problèmes politico-démocratiques similaires, elle apporte déjà une première explication à l’opération militaire en Libye: celle-ci a été entreprise parce qu’elle apparaissait politiquement, techniquement et militairement possible à moindre risque; ce qui ne serait pas le cas d’une intervention dans l’un des trois autres pays de cette catégorie.

En effet, le dictateur libyen est un habitué des sanctions de l’ONU. C’est un personnage déjà diabolisé dans les médias occidentaux [[Ce que les dirigeants occidentaux, qui jusqu’en Janvier dernier tentaient de lui vendre armements, centrales nucléaires et autres équipements en tout genre, savent bien, Nicolas Sarkozy en-tête, puisqu’il leur a été largement et justement reproché ces dernières années de dérouler le tapis rouge à un personnage politiquement sulfureux. Mais, visiblement, la norme politico-morale qui prévalait jusqu’en Janvier 2011 est brusquement devenue caduque dans le courant du mois de Février de 2011.]] . Il est fantasque et arrogant et n’est apprécié par aucune grande puissance mondiale. Son pays est vaste mais peu peuplé. Il offre une géographie idéale pour effectuer des attaques aériennes. Il a beaucoup de pétrole, et ce dans une région traditionnellement rétive au pouvoir central du pays. En bref, il est la cible idéale pour une action militaire «à peu de frais» bénéficiant de la légitimité internationale [[On peut ainsi retrouver des parallèles avec la Serbie de Milosevic et l’opération du Kosovo. Cette fois-ci, le territoire de l’Est libyen, autour de Benghazi, serait une sorte de Kosovo avec du pétrole. D’ailleurs, on retrouve du côté des supporters de l’intervention militaire en Libye, Hillary Clinton, l’actuelle secrétaire d’Etat US et épouse de l’ancien Président Bill Clinton qui initia l’opération militaire de l’OTAN au Kosovo. Autre point commun, l’émergence confuse du gouvernement rebelle de Benghazi présente de nombreuses similitudes avec la soudaine apparition en 1999 de l’UCK (Armée de Libération du Kosovo) dans les médias au moment où devait se justifier l’intervention. Source : Asia Times, 31/03/2011]].

La seule ombre au tableau, c’est que, malgré un tel pédigrée, il était devenu l’ «ami» de l’Occident depuis quelques années, pétrole oblige! Aussi, lorsque sont soudain agités les grands principes universels pour légitimer une action militaire [Voir à ce sujet les discours du [Ministre des Affaires étrangères Alain Juppé au Conseil de Sécurité de l’ONU, du président français Nicolas Sarkozy, du Premier Ministre britannique David Cameron et du Président américain Barack Obama, ainsi que l’ensemble unanime des éditoriaux des médias français, britanniques et américains des premiers jours du conflit. Comme l’a souligné le premier ministre polonais, Donald Tusk, dont le pays a refusé de s’associer à l’intervention militaire: «Pourquoi tout d’un coup la Lybie? Kadhafi a déjà maltraité sa population dans le passé et il y a beaucoup d’autres pays où des problèmes plus graves se posent pour la population».]], la lucidité (qualité essentielle à tout travail d’anticipation politique) impose de questionner le nouveau discours officiel émanant de Paris, Washington et Londres qu’on peut décrypter ainsi:

«Le peuple libyen (dont Washington, Londres et Paris se moquait totalement quelques semaines plus tôt) est brutalement agressé par un infâme dictateur (que Paris, par exemple, accueillait avec tous les honneurs il y a à peine deux ans) ; les démocraties (en l’occurrence une sorte d’OTAN redux) doivent de toute urgence protéger le peuple libyen révolté (dont personne ne voit jamais d’images [[En-dehors des scènes toujours identiques de quelques miliciens en tenue paramilitaire tirant au hasard et arborant des V de victoire devant les caméras occidentales bienveillantes.]] – y compris dans les villes dont Kadhafi a perdu le contrôle comme Benghazi [[Pour «éviter un bain de sang à Benghazi», justification hypothétique de l’urgence de l’intervention militaire en Libye, deux processus alternatifs auraient pu être mis en œuvre: ne pas pousser les «rebelles» à agir sans en avoir les moyens et menacer Kadhafi de nouvelles mesures d’embargo et de représailles directes contre lui et ses proches. Cela aurait largement suffi à calmer ses ardeurs. Mais évidemment, un autre scénario était visiblement souhaité.]] – à la différence des foules vues en Tunisie, en Egypte, au Yemen, au Bahrein, en Jordanie,…) des tueries massives perpétrées par le dictateur libyen (là encore, pas d’images, aucun élément de preuve [[Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y a pas eu de massacres. Mais, il faudrait être bien naïf, après l’invasion de l’Irak et les «armes de destruction massive de Saddam», pour prendre pour argent comptant les déclarations des dirigeants occidentaux en la matière.]]); les révolutionnaires ont d’ailleurs constitué un gouvernement alternatif à Benghazi qu’il faut légitimer de toute urgence (sans savoir vraiment qui le compose hormis l’ancien ministre de l’intérieur de Kadhafi, Abdel Fattah Younis – un grand démocrate sûrement – et quelques immigrés revenus de Londres et des Etats-Unis après des décennies d’exil [[On retrouve là encore un étrange parallèle avec l’Irak et on ne peut que s’interroger sur la légitimité populaire (et révolutionnaire) de ce type de personnes.]]). Tous ceux qui sont contre une telle intervention sont au choix :

  • des pacifistes irresponsables
  • des complices du dictateur
  • des traitres à la solidarité occidentale
  • des fossoyeurs de la démocratie».

En résumé, c’est un type de discours sorti tout droit des manuels de propagande des «Guerres du Golfe 1 et 2», appuyé par un tsunami médiatique (en particulier en France (9)) [Où par exemple France 24, financée par le gouvernement français, s’est illustré depuis le début du conflit libyen comme un clone de Fox News lors de l’invasion de l’Irak, c’est-à-dire un média en guerre n’ayant qu’un seul objectif: légitimer l’action du gouvernement français. D’une manière générale, suivre également les évènements libyens via les médias russes, chinois, allemands, indiens ou brésiliens est une méthode efficace pour se forger sa propre opinion. [Sources: RT, 08/03/2011]] sans aucune tentative d’objectivité : les citoyens sont sommés d’approuver, surtout pas de réfléchir.

Les jours passants ont rapidement montré :

Le contexte de ce conflit s’avère donc, selon LEAP/E2020, très différent de ce qui est asséné depuis un mois par les dirigeants et médias français, britanniques et américains. Cela nous conduit donc à questionner la nature exacte des acteurs en présence et leurs interactions afin de pouvoir dégager les tendances à l’œuvre au sein de cet épisode important de la dislocation géopolitique globale.

Tous les acteurs du conflit libyen appartiennent au «monde d’avant la crise»

Du côté de la Libye, on trouve :

ge2.jpg

Evolution de l’Indice du développement humain (1970-2010)

Source : PNUD 2010

Du côté des trois pays qui ont mené l’attaque sur la Libye, on trouve:

* Les Etats-Unis : un empire qui lutte désespérément pour tenter d’éviter l’effondrement du « mur pétro-dollars » déclenché par les révolutions arabes, mais qui est enlisé dans des problèmes économiques, financiers et budgétaires inextricables et qui ne peut pas se permettre d’afficher ouvertement une troisième agression contre un pays musulman (après l’Afghanistan et l’Irak). Sa politique étrangère dans la région est conduite selon quatre axes traditionnels : maintenir le « mur pétro-dollars » grâce à la mise en place de régimes « amis », renforcer le camp occidental en générant des conflits entre l’Occident et le reste du monde, vendre des armes [[Et sur ce point, le conflit libyen semble être un show multinational remplaçant à lui tout seul le Salon du Bourget et celui de Farnborough. En effet, chacun des pays impliqués en fait un moment de démonstration de ses avions de combat. Dernier pays en date, la Suède qui a envoyé huit exemplaires de son Gripen dont SwedishWire du 29/03/2011 tient bien à préciser qu’il est en concurrence sur plusieurs marchés avec le Rafale français et le F16 de Boeing (eux aussi en exposition permanente dans le ciel libyen).]] , créer des zones d’instabilité autour de l’Union européenne pour réduire les velléités européennes d’indépendance stratégique. La crise du pays et les échecs politico-diplomatiques des aventures de l’époque G. W. Bush ont fortement réduit l’influence de la pensée « néoconservatrice » (ou Américaniste) qui revendique le rôle leader des Etats-Unis dans les interventions militaires occidentales.

* Le Royaume-Uni : le fidèle second du précédent fait face lui aussi à une crise financière, budgétaire et économique historique qui l’a récemment conduit à couper massivement ses dépenses publiques – dont le budget militaire [De manière ironique, les médias français parlent du problème du coût de l’intervention militaire pour le Royaume-Uni, mais se gardent bien de l’évoquer pour la France. Source: [Le Parisien, 22/03/2011]] – et lutte pour néanmoins tenter de ne pas perdre son statut international. Ses objectifs traditionnels sont à peu près identiques à ceux des Etats-Unis, en y ajoutant l’intérêt jamais démenti à tout affaiblissement de cohésion de l’Europe continentale. Il a été le concepteur de la politique de division et d’interventions répétées au sein du monde arabe depuis la fin du XIX° siècle, que les américains ont ensuite reprise à leur compte.

ge3.jpg

Tableau des diminutions d’effectifs de l’armée britannique (2010-2015)

Source : Warnewsupdates, 02/03/2011

*

La France :

récemment converti aux vertus de l’américanisme, vision politique du monde légitimant au nom de la démocratie toute action servant les intérêts des élites occidentales, le pays fait face également aux conséquences de la crise mondiale tout en cherchant à nouveau à exprimer sa spécificité historique au sein du carcan atlantiste dans lequel l’actuel président français a enfermé la diplomatie et la défense du pays. Dans la logique de servilité devant les puissants qui est la marque de fabrique de Nicolas Sarkozy, se montrer le meilleur disciple semble être la voie choisie pour canaliser ce besoin de différence de l’ex-« Grande Nation ». Traditionnellement interventionniste en Afrique (la Côte d’Ivoire en offre actuellement un autre exemple), le pays ne rechigne pas à utiliser ses forces armées [La France est ainsi impliquée simultanément dans cinq guerres, sans que le Parlement n’en ait décidé aucune et sans que l’opposition socialiste n’ait le courage d’en faire des thèmes de combat politique au prétexte de l’unité nationale en cas de conflit.]] pour servir ses intérêts ou ceux de ses acteurs économiques clés comme les groupes pétroliers ou de défense, très influents auprès de l’actuel gouvernement. En revanche, la France cherche traditionnellement aussi depuis des décennies à renforcer la cohésion de l’Europe continentale, notamment franco-allemande, tout en revendiquant l’émergence d’une Europe de la Défense. L’affaiblissement de l’influence américaine dans le bassin méditerranéen est aussi un objectif habituel français. Ces deux derniers aspects ont été abandonnés par l’actuel président français et s’avèrent en effet sacrifiés sur l’autel de l’intervention en Libye. Parallèlement, il a engagé le pays dans plusieurs conflits qui commencent à poser des problèmes logistiques et budgétaires importants à la France [[Source: [20Minutes, 11/04/2011]].

Comme toujours quand il s’agit de géopolitique, au-delà des Etats-Nations, on trouve aussi des dirigeants dont les caractères et situations politiques influent directement sur les décisions en matière de conflits militaires. Les trois leaders, Barack Obama, David Cameron et Nicolas Sarkozy, ont en commun d’être tous les trois en grande difficulté politique et de diriger des pays qui voulaient tous faire des affaires avec Kadhafi il y a encore quelques semaines, en particulier la France et le Royaume-Uni.

Nicolas Sarkozy bat des niveaux record d’impopularité et feint de croire qu’il peut être réélu en 2012 [Alors que toutes les tendances en cours en France confirment l’anticipation de LEAP/E200 de Novembre 2011, à savoir qu’il ne figurera même pas au second tour de l’élection présidentielle française de 2012. Il fera ainsi moins bien que son mentor, G. W. Bush. Son avenir politique est désormais derrière lui, mais la lucidité n’étant pas le point fort de l’actuel dirigeant français, il ne le sait pas et est donc tenté par tout «coup d’éclat» dont il espère qu’il pourra le remettre en selle pour les élections.]] . Pourtant, même les plus fervents supporters de l’intervention en Libye reconnaissent que pour le président français il s’agit pour une grande part d’une opération de politique intérieure destinée à tenter de regonfler sa cote de popularité [[Notamment en tentant de faire oublier son soutien jusqu’à la dernière minute aux régimes de Ben Ali et de Moubarak et son accueil servile de Kadhafi en 2007.]]. Pour le reste, il est probablement le dernier dirigeant d’un grand pays européen formaté par les américanistes de l’époque G. W. Bush, avec donc pour caractéristique d’être aisément manipulé par les services de renseignement, d’adhérer aux visions du monde néoconservatrice stipulant que l’usage de la force façonne l’Histoire pour le meilleur quand elle est le fait de l’Occident, et d’être dénué de toute compréhension et de la moindre empathie pour les tendances historiques en cours [[Le bilan de son mandat après 4 ans au pouvoir est d’ailleurs éloquent. La dernière réussite en date est l’implosion de son parti, l’UMP. A ce sujet, les mêmes conseillers qui lui soufflent sa stratégie en matière électorale sont à la manœuvre dans le cas libyen!]] . Sur le fond, il fournit à Washington et Londres un formidable déguisement, permettant d’affubler du drapeau français (celui de l’opposition à l’invasion de l’Irak) une attaque sur un pays arabe. En échange, on l’a laissé jouer au chef de guerre quelques jours [[Sources: [Libération, 30/03/2011; New York Times, 20/03/2011]]. Et si les choses se passent mal, il fera pour Washington un responsable idéal [D’ailleurs, les esprits commencent à être préparés à une telle évolution via des articles qui évoquent les risques pris par Sarkozy. Source: [New York Times, 09/04/2011]]!

Barack Obama, qui vient d’annoncer sa candidature pour 2012 également, est dans une configuration très «sarkozienne». Même si sa cote de popularité n’atteint pas les profondeurs de son homologue français, il est en très nette difficulté pour obtenir un second mandat puisqu’il a perdu le soutien des électeurs indépendants et que la gauche du parti démocrate ne lui pardonne pas la trahison de plusieurs de ses engagements de campagne (dont la fermeture de Guantanamo n’est pas le moins symbolique). Cette configuration explique d’ailleurs pourquoi il est réticent à faire apparaître les Etats-Unis au premier plan de l’opération libyenne, alors qu’ils en sont visiblement les orchestrateurs comme l’a confirmé la présence d’agents de la CIA sur le terrain avant le déclenchement de la révolte. Il n’a d’ailleurs pas les liens privilégiés à l’industrie pétrolière et à l’industrie de défense qu’avait la famille Bush [[Il est plutôt une créature du milieu financier.]]. Les mensonges sur l’Irak [[Intox des agences de renseignement, faux leaders révolutionnaires, …]] ont aussi dû peser dans les hésitations d’Obama à se lancer dans une sorte de «Baie des Cochons» à la libyenne et forger son choix de surtout ne pas apparaître en première ligne, surtout que la France et Sarkozy faisaient parfaitement l’affaire en la matière.

Enfin, David Cameron, sans aucune expérience internationale (et donc soumis aux analyses des multiples services de renseignement et autres lobbies pro-interventions), doit affronter une chute de sa popularité simultanément à un risque d’implosion de sa coalition devant l’échec de son pari consistant à amputer massivement le budget britannique tout en affirmant que la croissance économique n’en serait pas affecté. C’est bien entendu, comme notre équipe l’avait anticipé il y a près d’un an, tout le contraire qui se passe. Et David Cameron est désormais à la merci d’une crise politique majeure. Alors pourquoi refuserait-il une diversion bienvenue pour son opinion publique … en attendant le mariage royal?

On peut ainsi constater que parmi les acteurs principaux de la pièce brutale qui se joue en Libye, il n’y a pas que Kadhafi à être en fin de course. En fait, c’est un scénario conçu et joué par des «has been». Et cela ressort d’autant plus si l’on considère les autres acteurs/spectateurs essentiels, à savoir :

* les pays arabes, qui sont a priori opposés aux interventions occidentales sur leurs territoires respectifs, sauf danger collectif. Or il y a bien un danger collectif à leurs yeux : pas Kadhafi, mais les révolutions populaires arabes. Tout ce qui peut affaiblir ce mouvement populaire est donc bienvenu pour les dirigeants arabes, même s’il faut pour cela faire une entorse à la solidarité inter-dictatoriale. En l’occurrence, les dirigeants arabes ont eu le plaisir de voir les Occidentaux s’engager dans un conflit qui les empêche désormais d’apporter le moindre soutien effectif aux mouvements révolutionnaires qui agitent les autres pays du monde arabe, puisque Paris, Londres et Washington ont besoin à tout prix de la « caution arabe », même uniquement formelle, pour éviter un fiasco de leur intervention libyenne.

* les BRIC se sont abstenus au Conseil de Sécurité de l’ONU. Chine et Russie auraient pu bloquer l’intervention en usant de leur droit de véto. Ils ne l’ont pas fait car ils n’avaient pas envie d’apparaître comme les soutiens du régime Kadhafi et surtout parce qu’ils avaient très envie de laisser les Occidentaux s’enliser dans un nouveau conflit, au moment même où, avec la crise, les rapports de force deviennent de plus en plus directs au niveau mondial. Les coûts financiers, diplomatiques et politiques de l’opération libyenne affaiblissent en effet encore plus la position des trois pays qui la conduisent dans le grand jeu de réorganisation du système mondial.

* Israël, dont nous avions indiqué dans un précédent GEAB que le point de vue israélien sur les évènements du monde arabe était l’un des plus intéressants car aux premières loges en tous les sens du terme. L’intervention décisive des néocons européens et américains dans cette aventure, tous favorables à une vision idéologique de l’Occident sur un axe Washington-Tel Aviv, illustre le fait que derrière la discrétion officielle de l’état hébreu, il y a bien une forte influence israélienne derrière l’intervention libyenne. Kadhafi étant l’une des bêtes noires d’Israël, l’occasion était en effet très tentante, d’autant plus qu’elle permettait d’affaiblir le processus des révolutions populaires arabes qui inquiète beaucoup les actuels dirigeants israéliens.

Le conflit libyen : catalyseur de dix ruptures et tendances majeures du processus de dislocation géopolitique mondiale

Impliquant le court-termisme d’un empire qui s’effondre (USA), de son second qui tente de survivre (UK) et d’une puissance en plein errements stratégiques (France), au sein d’une région en plein bouleversement historique aux conséquences géopolitiques majeures et associant des puissances émergentes qui jouent elles sur le temps long, cette intervention franco-américano-britannique en Libye, constitue donc pour LEAP/E2020 un puissant accélérateur du processus de dislocation géopolitique mondiale. A l’issue de cette analyse du conflit, de son contexte et de ses acteurs, notre équipe a dressé la liste des dix ruptures et tendances émergentes que le conflit libyen catalyse :

* Incapacité pour les Etats-Unis d’assumer pleinement leur leadership militaire

C’est une première depuis 1945 et c’est une tendance durable car elle est ancrée dans les difficultés structurelles du pays (paralysie du pouvoir central, problèmes structurels économiques, financiers, budgétaires, rejet des Etats-Unis par les opinions arabes, … Atlas est épuisé). D’ailleurs c’est aussi un épuisement diplomatique : jamais depuis 1945, une coalition militaire rassemblée par Washington n’a réuni si peu de pays, venus de si peu de régions du monde. En effet, il n’y a pas d’Asiatiques, pas de Latino-Américains [Le Brésil exprime d’ailleurs une opposition croissante à cette intervention. Source:[ Aljazeera, 30/03/2011]] , pas d’Africains. Les Arabes y font de la figuration : personne ne sait exactement qui y participe effectivement à part le Qatar. On y trouve un Occident réduit aux acquêts; et encore, même une partie de l’OTAN, et pas des moindres comme l’Allemagne et la Pologne, a refusé d’intervenir.

* Chant du cygne des néocons et des clones européens de Bush

L’absence de leadership américain revendiqué résulte également d’un épuisement de la veine intellectuelle qui a fourni l’ossature théorique des actions extérieures américaines depuis une vingtaine d’année : les néocons sont une espèce en voie de disparition aux Etats-Unis. Les nouvelles tendances sont soit à la lutte contre Washington au profit des Etats, soit à l’isolationnisme et à la fin du surdimensionnement militaire. La France, avec le tandem des «néocons américanistes» et des «néocons franchouillards» [Pour reprendre les catégories du livre de Franck Biancheri, [«Crise mondiale: en route pour le monde d’après», un Bernard Henry Lévy appartient à la première catégorie et un Emmanuel Todd à la seconde. Les deux sont les faces d’une même pièce: celle des soixante-huitards en fin de course.]] reste là encore à la traîne de l’Histoire. Avec son centralisme parisien obsolète, elle continue à rater les trains de l’Histoire : elle a gardé le dernier parti communiste d’Europe occidentale, elle a élu un président américaniste au moment où les Etats-Unis s’effondraient et elle a des intellectuels qui se réclament du néoconservatisme au moment où plus personne ne s’y intéresse outre-Atlantique. Pour les uns comme pour les autres, cette intervention et les échéances de 2012 marqueront la fin du voyage. Le temps (celui des élections, celui de la crise financière, celui des nouveaux rapports de force mondiaux, celui de leur moyenne d’âge, …) joue désormais contre eux, contrairement à l’époque de l’invasion de l’Irak.

* Émergence nouvelle d’un pôle d’action européen autonome

Le paradoxe de cette aventure libyenne, c’est que le tandem britannique devant assumer une part plus importante du leadership de l’opération que celle traditionnellement attribués aux partenaires des Etats-Unis dans ses aventures militaires, le monde redécouvre que les Européens peuvent être agressifs. Une fois le brouillard de la guerre dissipé et les changements politiques de 2012 effectués, LEAP/E2020 estime que les futurs dirigeants européens pourront utiliser cette aventure pour accélérer l’émergence d’un vrai pôle européen de défense. Et au-delà de la défense, ce sont les positions incarnées par l’Allemagne [Et qui les maintient fermement plus d’un mois après le début de l’intervention contrairement à ce qu’espéraient Paris, Londres et Washington. Source: [Deutsche Welle, 13/04/2011]], désirant utiliser la diplomatie, qui prévaudront. Franchement, qui peut penser que dans cette région en pleine révolution qui a tant besoin d’aide économique [[Par exemple, à un moment où les économies d’Afrique du Nord souffrent d’une forte baisse des recettes touristiques (voir graphique ci-dessous) essentielles à leur survie, les Franco-Américano-Britanniques ajoutent un conflit militaire dans la région, aggravant encore la fuite des touristes et les problèmes économiques de la région.]], financière, …, les Européens n’avaient aucun autre sommet à organiser qu’un sommet guerrier pour bombarder l’un des pays concernés. Un sommet européen pour mettre en place un vaste plan de soutien politico-économique à la région aurait eu une autre dimension historique que les gesticulations martiales de leaders en fin de course. Selon LEAP/E2020, il faudra attendre 2 ou 3 ans pour cet autre sommet.

* Rupture de la cohésion de l’Alliance atlantique

L’OTAN a montré que sa cohésion s’effrite chaque année un peu plus. Jamais l’Alliance n’a connu une telle division. Elle traduit l’absence totale de capacité de l’OTAN à refléter les intérêts européens sans plus pouvoir imposer ceux des Etats-Unis. En l’occurrence, les positions allemande et polonaise s’inscrivent clairement dans une logique d’intérêt collectif européen (en toute continuité d’ailleurs avec la position allemande de 2002 contre l’invasion de l’Irak) : ce n’est pas en apportant la guerre dans un pays ou une région qu’on améliore la situation des populations. D’ailleurs, l’intervention en Libye a déjà créé des multitudes de problèmes dans les pays voisins en provoquant une immigration massive qui contribue à fragiliser la Tunisie, l’Egypte, … En faisant suivre l’axe Washington-Londres et en adoptant l’attitude américaniste justifiant automatiquement toute intervention militaire occidentale conduite au nom de la démocratie, c’est Nicolas Sarkozy qui a trahi la politique traditionnelle de la France, conduisant la France à trahir l’intérêt collectif européen. Selon notre équipe, dans un peu plus d’un an, fermant la parenthèse Sarkozy, la France sera revenue à sa politique extérieure traditionnelle et la démarche commune européenne pourra reprendre. L’aventure libyenne aura d’ailleurs renforcé le sentiment d’urgence pour une telle évolution européenne. Il suffit de lire l’article du New York Times du 13/04/2011 sur les deux réunions en Allemagne et au Qatar, à propos de l’impasse en Libye, pour comprendre à quel point l’Alliance atlantique et son bras armé l’OTAN sont désormais affaiblis et divisés durablement. Tout le monde critique tout le monde, et ce en public ! Un signe fiable de crise majeure.

* Naissance du rapprochement diplomatique Euro-BRIC

Le fait que l’Allemagne se soit abstenue au Conseil de Sécurité comme le Brésil, la Russie, l’Inde et la Chine n’est pas anecdotique. L’anecdote de l’Histoire actuellement en Europe, c’est Nicolas Sarkozy. En fait, les choix de l’Allemagne d’Angela Merkel et du tandem CDU/FDP [A ce propos, il est utile de garder en mémoire que la puissance tutélaire du FDP, [Hans-Dietrich Genscher, insubmersible ministre des Affaires étrangères de la RFA de 1974 à 1992, a toujours considéré l’alliance atlantique comme une situation imposée par les conséquences de la Seconde Guerre Mondiale et non pas comme une aspiration naturelle de la politique extérieure allemande. De la même manière, son engagement pro-européen a toujours été conçu dans une logique où les intérêts de l’Allemagne se trouvaient au cœur des priorités européennes. Aujourd’hui, à l’occasion d’une crise géopolitique, face à une France sans aucun projet européen et à des Etats-Unis en pleine débandade, il n’est pas surprenant que ces tendances s’affichent plus clairement.]], pourtant de tradition très atlantiste, traduisent, d’une part, le fait que le pays le plus puissant de l’UE continue à incarner la ligne proprement européenne, indépendante désormais de Washington, initiée par le SPD de Gerhard Schröder; et, d’autre part, que les intérêts stratégiques de l’Allemagne (comme de l’Euroland dans son ensemble [Le choix de la Pologne en la matière est exemplaire. La parenthèse des jumeaux américanistes Kaczinczy refermée, Varsovie se retrouve tout naturellement dans des logiques stratégiques européennes, comme d’ailleurs la plupart des nouveaux Etats membres.]]) poussent désormais à une convergence croissante d’analyse avec les BRIC, et de moins en moins avec Washington [[Seuls les Verts allemands, dont de nombreux dirigeants entretiennent des rapports plus que confus avec les Etats-Unis depuis leur jeunesse turbulente dans les années 1960/1970, Joshka Fisher en tête, sont très dociles vis-à-vis des exigences géopolitiques de Washington. Au SPD, à part une génération finissante d’atlantistes invétérés, incarnée par [Karsten Voigt qu’on a beaucoup entendu critiquer le vote de l’Allemagne au Conseil de Sécurité, et qui fut de 1999 à 2010 le «M. Transatlantique» du Ministère des Affaires étrangères allemand, il n’y a plus de doctrine précise sur les relations avec les Etats-Unis. Au final, pour l’Allemagne, seule et sans avoir besoin de la caution française comme pour l’Irak, l’intervention libyenne et le vote au Conseil de Sécurité représente une nouvelle étape dans son éloignement stratégique durable des intérêts américains.]]. Ce vote est pour notre équipe l’un des premiers signes patents des futures discussions Euro-BRIC qui se feront entre l’Euroland et ces quatre pays. Et il est très symbolique pour l’avenir de voir l’Allemagne et la Chine, ensemble, demander un arrêt de l’intervention militaire en Libye [Source: [Xinhua, 01/04/2011]].

* Mise en évidence des contraintes financières drastiques de toute future action militaire occidentale

Si dans la France de Nicolas Sarkozy personne n’ose parler du coût budgétaire de l’opération en Libye, ce n’est pas le cas au Royaume-Uni et aux Etats-Unis. A Londres, l’évidence se fait jour que l’Angleterre n’est pas en mesure de soutenir un conflit qui durerait plus de quelques semaines [Il y a même rupture des stocks de missiles après juste quelques jours d’attaque. Cette opération libyenne aura donné une illustration de la nature très « virtuelle » des puissances de feu britannique et française. Sources : [Telegraph, 23/03/2011; Telegraph, 28/03/2011 µ]] alors même que le gouvernement tente de réduire fortement le budget de la Défense. Tandis qu’à Washington, au-delà d’un coût de 1 milliard USD en passe d’être atteint [[Source : FoxNews, 24/03/2011]], il faudrait demander des suppléments budgétaires au Congrès … en pleine crise sur la réduction des dépenses. La France ne pourra pas longtemps ignorer cette même réalité en termes de coûts. Très simplement, le reste du monde est en train de découvrir que derrière les rodomontades de ses chefs, l’ «Occident» n’est plus en mesure de financer de conflit autre que symbolique. Si Paris, Londres et Washington pensent que ce détail a pu échapper à Kadhafi, ils se trompent lourdement.

* Enlisement européen dans la création d’une «Somalie méditerranéenne»

C’est d’ailleurs l’une des raisons qui poussent notre équipe à estimer qu’on risque d’assister en Libye à l’émergence d’une « Somalie bis » (comme l’a appelé Moussa Koussa, l’ex-ministre des Affaires étrangères de Kadhafi qui a fait défection à Londres [À ce sujet, rappelons que les défections de responsables libyens saluées par les dirigeants et médias américains, britanniques et français peuvent avoir deux interprétations : soit en effet le régime Kadhafi s’effrite et les responsables quittent le navire, soit au contraire le régime de Kadhafi tient bon et ceux qui étaient plus ou moins impliqués dans l’opération de renversement du régime préfèrent fuir plutôt que de finir en prison ou exécutés. Les prochaines semaines permettront de trancher. Source: [Telegraph, 11/04/2011]] ) : piraterie, mafias en tous genres, terrorisme, instabilité régionale, … voilà des résultats qui sont loin des promesses de changement démocratique en Libye promis par la coalition. Le déclenchement d’opérations humanitaires européennes dont on parle actuellement fera partie de ce scénario d’enlisement car il servira de faux-nez à un début d’opérations au sol, contournant ainsi le mandat de l’ONU. Une fois les soldats français et anglais (anciennes armées coloniales) sur le sol d’Afrique du Nord, la situation deviendra incontrôlable dans toute la région. N’oublions pas que même les services américains confirment qu’on trouve nombre d’intégristes islamistes au sein des révolutionnaires libyens. L’intervention libyenne peut donc donner naissance à un cauchemar géopolitique conjuguant les pires aspects de l’ex-Yougoslavie, de l’Irak et de l’Afghanistan : la Somalie donc ! A Benghazi où les pénuries de toute sorte commencent à se faire sentir, la situation mûrit pour l’instabilité chronique [Source: [Telegraph, 10/04/2011]].

* Tentative de faire avorter le processus spontané des révolutions populaires arabes et neutralisation des Occidentaux dans leur soutien possible à ces révolutions

Comme analysé précédemment, cette intervention est une aubaine pour tous ceux qui souhaitent affaiblir les mouvements révolutionnaires dans le monde arabe et maintenir le plus longtemps possible le statu quo, voire pousser les Européens dans une logique de conflit avec le monde arabe, comme c’est le cas pour les Etats-Unis et Israël. C’est un paradoxe en apparence mais les faits prouvent que désormais les Occidentaux sont bien incapables de hausser le ton avec les régimes arabes pro-occidentaux concernant leur traitement violent des mouvements populaires. «À qui profite le crime?» est aussi une question qui est légitime en matière d’anticipation politique.

* Reprise durable du flux migratoire incontrôlé venu d’Afrique en direction de l’Europe

Effet secondaire imprévu de la déstabilisation de la Libye ou composante souhaitée du processus de confrontation Occident/Islam, Europe/Monde arabe ou encore moyen de survaloriser dans les médias les thématiques d’immigration ? Là encore on retrouve à la manœuvre les mêmes conseillers, les mêmes idéologues. Toujours est-il qu’au-delà des intentions des uns et des autres, cette nouvelle vague migratoire va imposer rapidement à l’UE de revoir de fond en comble sa politique vis-à-vis du monde arabe et de l’Afrique du Nord en particulier. Selon LEAP/E2020, cette évolution joue là aussi en faveur de l’émergence d’un nouveau grand chantier européen vers les pays de sa frontière Sud à partir de 2012/2013.

ge4.jpg

Variation 2010/2011 du nombre de touristes français

à destination des pays d’Afrique du Nord (en %)

Source : Le Figaro, 24/03/2011

* Fatigue des opinions publiques occidentales
Avec 50% d’opinions favorables aux Etats-Unis et 40% au Royaume-Uni, on constate que les opinions publiques des pays « va-t’en guerre » commencent à fatiguer. En France, le degré de manipulation médiatique et des sondages est tel qu’il est absolument impossible d’accorder la moindre foi aux soi-disant 63% de Français soutenant l’intervention en Libye. D’une part, outre-Atlantique et outre-Manche, on a déjà constaté un fort affaiblissement au fur et à mesure de la durée du conflit. En France il n’y a aucune raison de ne pas voir une telle évolution, même si la propagande médiatique sur le sujet y est beaucoup plus forte [[Nous invitons nos lecteurs comprenant le Français et l’Anglais à regarder en parallèle France 24, France 2, TF1 d’une part, et CNN, Skynews, BBC d’autre part. Ils pourront constater de leurs propres yeux le degré de contrôle politique qui s’exerce sur les médias français dans l’affaire libyenne.]]. Tout comme aucun sondage ne mettait en avant une telle tendance à l’époque de nos anticipations sur le choc électoral français de 2012 (le Front National devançant l’UMP et l’élimination de Nicolas Sarkozy dès le premier tour de l’élection présidentielle), LEAP/E2020 estime aujourd’hui que moins d’un Français sur trois soutient l’intervention en Libye [[D’ici la fin Avril, notre équipe considère que l’ensemble des sondages dans les trois pays devrait confirmer cette évolution.]]. D’ailleurs, la cote de popularité de Nicolas Sarkozy continue à chuter, ce qui est bien incompatible avec les fortes adhésions à sa politique libyenne affirmées par les sondeurs. De l’Irak et de ses mensonges à l’Afghanistan et ses illusions, en passant par la crise économique et ses désillusions, les opinions publiques occidentales ne croient plus en leurs dirigeants.

C’est là aussi une tendance durable.

Mercredi 6 Juillet 2011


Dans la même rubrique :

GEAB N°56-Spécial Eté 2011 est disponible! Crise systémique globale – Dernière alerte avant le choc de l’Automne 2011 : Quand 15.000 milliards USD d’actifs financiers partiront en fumée – 15/06/2011

MAP2-Hiver 2011 – Sommaire – 20/02/2011

“ La première moitié de décennie marquée essentiellement par une dislocation géopolitique mondiale” – 05/02/2011

GEAB l’a écrit en juin 2008 – « Monde arabe : Les régimes pro-occidentaux à la dérive / 60% de risques d’explosion politico-sociale sur l’axe Egypte-Maroc » – 31/01/2011

’Do GEAB yourself’ avec le Manuel d’Anticipation Politique – 12/11/2010

LEAP lance MAP « pour renouveler notre stock d’avenirs probables » – 11/11/2010

Livre – ‘Crise mondiale – En route pour le monde d’après: La France, l’Europe et le monde dans la décennie 2010-2020’, par Franck Biancheri – 13/10/2010

Pour 100 euros, accédez à 4 ans d’archives GEAB ! – 26/03/2010

Info-Trafic LEAP/E2020 – En 2009, le site de LEAP a reçu la visite de deux millions de visiteurs uniques, provenant de plus de 150 pays – 14/01/2010

Lettre ouverte / Sommet du G20 de Londres: la dernière chance avant la dislocation géopolitique mondiale – 24/03/2009»

JUILLET 2011: LECTURES

y_temlali_2.jpg

[“ALGÉRIE – CHRONIQUES CINE-LITTERAIRES DE DEUX GUERRES” livre de YASSIN TEMLALI
Un journalisme nommé rigueur – El Watan, le 10 juillet 2011, article de Ghada Hamrouche->#2]

LA CORRUPTION POLITIQUE EN ALGERIE: L’ENVERS DE L’AUTORITARISME, par Mohammed Hachemaoui, Revue ESPRIT – Juin 2011 – “La corruption, la peur et la révolte”;


y_temlali_2.jpg

“ALGÉRIE

CHRONIQUES

CINE-LITTERAIRES

DE DEUX GUERRES”

de YASSIN TEMLALI

Un journalisme nommé rigueur

El Watan

le 10 juillet 2011

par Ghada Hamrouche

Comment parler de ce recueil de textes critiques paru aux éditions Barzakh au mois de juin dernier sans remettre en question le journalisme culturel exercé aujourd’hui par la presse algérienne?

La rigueur qu’observe Yassin Temlali dans ses articles exige de celui qui doit en parler une certaine rigueur d’écriture qui n’est à la portée que de rares plumes de la presse algérienne. D’où la difficulté de restituer à cet ouvrage tout le mérite qui lui est dû.

Une difficulté accentuée par l’éloge qu’en fait un autre journaliste aussi rigoureux que l’auteur, El Kadi Ihsane.Ancien rédacteur en chef et ami de toujours de Yassin Temlali, El Kadi dresse avec beaucoup de finesse son portrait.

Témoin de son époque, franc, critique, caustique, Yassin Temlali a su garder des idéaux lui permettant «cette immense compassion pour l’imperfection de ses frères humains». El Kadi évoque, à juste titre, dans la préface de l’ouvrage la conscience critique de l’auteur et son essence. Une conscience à la base de toutes les critiques déconstruisant «la subversion factice d’une partie de la littérature algérienne de l’urgence», soutiendra El Kadi dans sa préface.

L’ouvrage, scindé en trois parties, ne critique pas seulement des œuvres littéraires ou cinématographiques, mais soulève surtout des débats pertinents. Comment peut-il en être autrement lorsqu’on évoque deux contextes historiques violents et sanglants de l’Algérie contemporaine? La guerre d’indépendance et la guerre de l’Algérie contre le terrorisme islamiste sont omniprésentes.

Au fil des chroniques, l’auteur d’“Algérie Chroniques ciné-littéraires de deux guerres” démontre qu’on ne peut parler d’un écrit littéraire en Algérie sans deviser de la société dont il est issu.

Aussi la guerre d’indépendance est-elle présentée comme une mémoire toujours vivace. Une mémoire qui continue à provoquer des débats aujourd’hui. La guerre d’indépendance, semble souligner Yassin Temlali, n’est pas seulement un évènement passé mais il continue à orchestrer le présent. Une guerre présente aussi bien par les débats qu’elle suscite à travers ses évènements historiques mais aussi par les différents ouvrages qui restituent la mémoire d’un peuple.

G. H.

Source; http://www.latribune-online.com/culture/54604.html

_____

y_temlali.jpg

Son recueil rassemble des textes critiques

de deux périodes charnières de l’histoire de l’Algérie

Yassin Temlali : «Les œuvres traitées dans cet ouvrage alimentent le débat politique actuel»

La Tribune : Algérie Chroniques ciné-littéraires de deux guerres est votre premier ouvrage, publié récemment chez Barzakh.

Pourquoi le choix de ce titre? A quoi renvoie l’expression «deux guerres»?

Yassin Temlali : Cet ouvrage est un ensemble d’écrits critiques qui portent principalement sur des œuvres littéraires et cinématographiques ayant pour cadre temporel soit une époque lointaine mais si présente, celle de la guerre de Libération, soit les années 1990-2000.

Les affrontements des années 1990 entre l’armée et les groupes islamistes ont laissé une empreinte indélébile sur la réalité algérienne mais aussi sur les consciences. Ils ont contribué à forger l’identité thématique de nombre d’auteur (e)s. Ils sont explicitement évoqués dans des œuvres comme le roman de Adlène Meddi “La prière du Maure”, certains textes du recueil de nouvelles de Chawki Amari “À trois degrés vers l’Est”, le long métrage de Yamina Bachir-Chouikh “Rachida” ou celui de Rabah Ameur-Zaïmeche “Bled Number One”.

Dans d’autres œuvres, ils sont abordés moins directement. C’est le cas pour le recueil de nouvelles de Salim Bachi “les Douze Contes de minuit”, le recueil de nouvelles collectif “Alger, quand la ville dort”, dans lequel les horreurs des années 1990 constituent une sorte d’arrière-plan événementiel discret, presque invisible, pour les récits.

C’est le cas également pour le long métrage de Tarik Teguia, “Gabbla”, qu’on pourrait qualifier de «film sur l’après-guerre civile».

Les œuvres artistiques traitées dans cet ouvrage et qui ont pour cadre la guerre de Libération nationale ne sont pas pour autant des romans ou des films «historiques».

Elles alimentent aussi le débat politique actuel.

“Les Figuiers de Barbarie” de Rachid Boudjedra est un roman mais c’est également, de l’aveu de son auteur, un écrit polémique qui, tout en démasquant les mensonges de l’histoire officielle et scolaire, défend un point de vue «antirévisionniste» pour ainsi dire sur la guerre de Libération.

Le long métrage français “l’Ennemi intime” de Florent-Emilio Siri défend un point de vue sur la Révolution algérienne, sensiblement différent: c’est celui de la responsabilité partagée des horreurs de la guerre.

On pourrait également dire “d’Indigènes”, film de Rachid Bouchareb, qu’il a apporté une eau nouvelle au moulin du débat sur la contribution des colonies à la libération de la France de la domination nazie.

Algérie Chroniques ciné-littéraires de deux guerres comprend d’ailleurs une partie consacrée à la résurgence de la mémoire de la Révolution algérienne en France et en Algérie dès le début des années 2000. Il s’agit d’entretiens avec quatre historiens: René Gallissot, Mohamed Harbi, Daho Djerbal et Benjamin Stora.

Vous écrivez depuis le début des années 1990. Pourquoi n’avoir publié dans cet ouvrage que des textes récents, relatifs à deux périodes charnières de l’histoire de l’Algérie contemporaine?

Yassin Temlali : Le choix de ces textes critiques à l’exclusion d’autres se justifiait par la relative unité de leur objet. N’ont été rassemblés dans cet ouvrage que les écrits traitant d’œuvres qui ont pour cadre temporel soit les deux décennies 1990 et 2000, soit la Révolution algérienne.

Il s’agit de deux périodes entre lesquelles les passerelles symboliques sont nombreuses.

Rappelons, par exemple, que dans certains écrits des années 1990, l’islamiste est souvent un descendant de harki! Les choses, évidemment, sont plus complexes que ne le laisse penser ce symbolisme facile mais on ne manque pas de références à la guerre de Libération dans la littérature algérienne contemporaine.

De même, dans des œuvres qui ont pour thème principal la Révolution, comme, par exemple, “les Figuiers de Barbarie”, les années 1990 sont très présentes: des personnages qui ont participé à la libération du pays ont vécu assez longtemps pour voir le mouvement d’émancipation enfanter, paradoxalement, un régime autocratique, en lutte contre un courant théocratique qui veut substituer à sa «légitimité révolutionnaire» une autre légitimité, prétendument divine.

Par quoi se justifie le choix des écrivains et penseurs auxquels vous rendez hommage dans votre recueil de textes critiques?

Yassin Temlali : Kateb Yacine est un authentique écrivain engagé qui n’en est pas moins l’auteur d’une grande œuvre. Aimé Césaire aussi: il a mené de grandes batailles politiques mais on se souviendra de lui essentiellement comme d’un écrivain qui a sorti la littérature martiniquaise de son enclos exotique de «littérature des îles» et lui a donné sa place dans la littérature universelle. Le parcours de ces deux auteurs devrait être un sujet de méditation pour les mauvais défenseurs de l’engagement en littérature! L’art doit primer l’engagement dans une œuvre littéraire ou cinématographique si l’on veut, bien sûr, qu’elle justifie son appartenance à la littérature ou au cinéma.

L’œuvre du Marocain Abdelkebir Khatibi nous est précieuse à nous autres Algériens en ce qu’elle explique, de façon complexe et nuancée, l’état de dépendance du Maghreb, par les conséquences de la domination coloniale mais également par les pesanteurs d’une partie du patrimoine maghrébin. Elle le fait sans cette haine de soi caractéristique de certains écrits qui ne voient dans la culture arabo-berbère que conservatisme et intolérance.

Le texte sur Albert Cossery rend hommage à un écrivain dont l’univers égyptien est d’autant plus original qu’il s’est forgé en français, et en France. C’est un clin d’œil à ce que la francophonie, contrairement à ce qu’affirment les francophiles, peut presque se réduire au sens strict de ce mot, auquel renvoie le suffixe «phonie». Les romans de cet écrivain bruissent de puissants échos de sa langue maternelle et dans son exil, il a toujours gardé son pays, l’Egypte, tout près de son cœur, comme on garde un inépuisable trésor.

Il y a, enfin, un hommage à Nasr Hamed Abou Zeid, dont le parcours est emblématique de ce qu’un esprit libre peut encore endurer de nos jours. L’œuvre de ce penseur demeure une source dans laquelle puise toute une génération d’islamologues, qui contribuent au parachèvement de la sécularisation des sociétés dites «musulmanes».

G. H.
La Tribune, le 10 juillet 2011

Source: http://www.latribune-online.com/culture/54603.html

haut de page


LA CORRUPTION POLITIQUE EN ALGERIE:

L’ENVERS DE L’AUTORITARISME

par Mohammed Hachemaoui

Revue ESPRIT – Juin 2011 –

“La corruption, la peur et la révolte”

Si la corruption est omniprésente en Algérie, ce n’est pas seulement parce que la manne pétrolière permet de sécuriser des clientèles. C’est un effet de la construction du régime ou plutôt son mode de pouvoir depuis l’indépendance. Cette description des mécanismes du pouvoir algérien permet de comprendre la singularité de ce pays, à l’écart de la vague de révolte. hachemaoui-2.jpg

Sources: Revue “ESPRIT” JUIN 2011

__________

Cette étude a été présentée et reprise sur de nombreux sites entre autres:

EL WATAN du 2 juillet 2011

article de Mustapha Benfodil

repris sur Algerie Watch

SELON UNE ÉTUDE DE MOHAMMED HACHEMAOUI PARUE DANS LA REVUE ESPRIT

CORRUPTION ET AUTORITARISME, LES DEUX PLAIES DU RÉGIME

El Watan, 2 juillet 2011

L’affaiblissement institutionnel a été favorable à la prolifération des affaires des tenants du régime et leurs parentèles.

La prestigieuse revue Esprit, revue d’idées fondée en 1932 par le philosophe Emmanuel Mounier, vient de consacrer son dernier numéro au thème: «La corruption, la peur et la révolte». Dans le menu, figure une étude extrêmement édifiante de notre ami Mohammed Hachemaoui. Expert en sociologie politique, professeur invité à l’Université Paris VIII, l’auteur est également connu pour être l’animateur des Débats d’El Watan. Sous le titre : La corruption politique en Algérie: l’envers de l’autoritarisme, Mohammed Hachemaoui s’attaque à un sujet qu’il connaît intimement pour lui avoir dédié rien de moins que sa thèse de doctorat. Le propos de M. Hachemaoui, disons-le d’entrée, est d’examiner les liaisons dangereuses qu’entretiennent corruption et autoritarisme au sein du régime algérien. Se rangeant à l’acception universelle du mot «corruption», le politologue la définit comme un «abus de positions et de ressources publiques à des fins privées». Mohammed Hachemaoui s’attachera ensuite à disséquer méthodiquement un phénomène qui, déplore-t-il, est «peu analysé dans le monde arabe».

Un cas d’école : l’affaire Khalifa

Exemple incontournable de son corpus d’étude : l’affaire Khalifa, le «scandale du siècle» comme l’avouait Ahmed Ouyahia. L’auteur rappelle par le menu comment le groupe tentaculaire de Abdelmoumen Khalifa a été fabriqué de toutes pièces au point de devenir le bras financier de la nomenklatura : «Le conglomérat, pour entretenir son image en Algérie, écrit-il, poursuit une politique clientéliste et corruptrice à grande échelle : offrir des cadeaux aux membres importants de l’élite dirigeante (appartements luxueux à Paris, villas et autres assiettes foncières dans les beaux quartiers d’Alger, berlines, prêts bancaires généreux, prises en charge à l’étranger, etc.) ; distribuer des salaires trois à quatre fois plus élevés que ceux pratiqués dans le pays pour les enfants de la nomenklatura et de l’aristocratie ouvrière ; arroser les patrons de la presse privée de cachets en devises ; sponsoriser la sélection nationale et les clubs locaux de football…» Pour Mohammed Hachemaoui, «la corruption en Algérie n’est ni accidentelle ni sectorielle mais procède bel et bien d’un système de gouvernement». Insistant sur la nature fondamentalement «prétorienne» (militaire) du régime algérien, le politologue démontre comment l’équipe au pouvoir «pénètre tous les pores du corps étatique».

Rien n’échappe dès lors à ses griffes : par-delà la cooptation des chefs d’Etat et de gouvernement, elle étend ses pouvoirs à tous les postes stratégiques : «Gestionnaires des capitaux d’État, chefs des grandes sociétés nationales ; ambassadeurs et attachés militaires, ministres, secrétaires généraux et directeurs centraux des ministères de souveraineté ; responsables d’antennes commerciales à l’étranger et chargés de l’intermédiation financière», énumère le chercheur. A cet éventail s’ajoute toute une tripotée de «valets» qui remplissent la fonction d’«intermédiaires institutionnels», comme il les appelle. Ces derniers «tirent de colossaux bénéfices de corruption à travers le jeu des pots-de-vin», dit-il. Outre ce dispositif de promotion de «cadres consentants» et autres «tycoons», sortis des «laboratoires» du sérail, Mohammed Hachemaoui cite, a contrario, un autre procédé, qui, à la différence du premier, use de «sales méthodes» pour «neutraliser» opposants et société civile récalcitrante.
C’est ce qu’il appelle les «dirty trick politics» : «Ce répertoire comprend, entre autres, les manipulations, les infiltrations, les complots, l’intimidation, les purges, la torture et l’homicide politique. Les services de sécurité ont en fait une spécialité». Des méthodes destinées à «déjouer l’émergence d’une société politique», argue-t-il.

Un régime «corruptophile»

«La survie puis la consolidation du régime prétorien avaient un coût : l’institutionnalisation de la corruption politique», souligne notre expert. «La corruption, loin d’être occasionnelle ou marginale, s’est posée bien avant l’avènement de l’ère pétrolière en 1971-1973, comme un mécanisme de régulation des conflits, un marché de substitution à la participation politique, une compensation économique à l’exclusion du pouvoir, un dispositif de contrôle, bref une ultima ratio pour adoucir l’ordre prétorien en permettant de récompenser les fidèles, compromettre les concurrents et corrompre les opposants.» Le politologue regrette dans la foulée le sabotage des réformes engagées par le gouvernement Hamrouche: «Le bras de fer remporté par les prétoriens sur les réformateurs du régime en juin 1991 marque un moment déterminant dans le processus d’affaiblissement institutionnel de l’État et par conséquent dans la survie du système de corruption.» Dans un autre registre, l’auteur s’étonne du silence de nos députés et autres sénateurs face à l’ampleur prise par cette corruption systémique.

Il attirera au passage l’attention sur «l’opacité» qui entoure la gestion d’une entité stratégique comme le Fonds de régulation des recettes «dont les réserves en 2006 ont atteint les 40 milliards de dollars». «Alors que le FRR, échappant à tout contrôle, s’apparente désormais à une immense caisse noire, jamais le Parlement n’a exigé des comptes au gouvernement au sujet de la gestion de ce fonds», appuie le politologue. Mohammed Hachemaoui pointe du doigt également l’effet pernicieux des monopoles dans l’accroissement de la corruption. D’après lui, les anciens monopoles de l’Etat ont donné lieu à des «oligopoles directement liés aux principaux chefs prétoriens».

Il établira, par ailleurs, que l’affaiblissement institutionnel a été favorable à la prolifération des affaires des tenants du régime et leurs parentèles «à l’abri de toute velléité de contrôle».

La «guéguerre» DRS-présidence

Point d’orgue de cette entreprise de démantèlement institutionnel – toujours selon la même étude: le sort réservé à la Banque d’Algérie et au Centre national d’observation des marchés extérieurs et des transactions commerciales du ministère de l’Économie. Abordant les scandales de corruption qui font les choux gras de la presse, Mohammed Hachemaoui note que ces déballages «ciblent exclusivement le clan Bouteflika». Et de poursuivre: «À la vérité, le ‘‘feuilleton’’ des affaires de corruption reflète moins les percées d’une presse libre que le rapport de force entre les deux principaux centres du régime: le DRS, qui exerce le monopole des enquêtes liées à la grande corruption, et le président Bouteflika.» Mohammed Hachemaoui estime, pour finir, que la succession du président Bouteflika ne prête guère à l’optimisme: «Les prétoriens, observant avec satisfaction la reprise en main, par l’armée, du processus politique subséquent à la chute du raïs Moubarak, semblent, malgré les frictions internes qui se manifestent çà et là, s’acheminer vers un compromis: préparer l’après-Bouteflika pour opérer un renouvellement générationnel de l’élite dirigeante et reconfigurer le système en surface sans toucher aux fondamentaux.»

Mustapha Benfodil

Sources: Algerie Watch

__________

et aussi El Watan

du 15 Juin 2011

rubrique “CULTURE”

La revue française Esprit

La corruption politique en Algérie, l’envers de l’autoritarisme

Cette analyse est développée par Mohammed Hachemaoui*dans la revue française Esprit datée de juin 2011. Elle se propose d’apporter des éclairages sur les mécanismes d’un fléau qui fait des ravages en Algérie.

Si la corruption, lira-t-on, est devenue un sujet de préoccupation et d’études depuis trois décennies, elle reste peu analysée dans le monde arabe. Alors qu’elle a pris des proportions de plus en plus grandes dans la région – comme le reflètent les récentes révélations sur les avoirs des clans Moubarak en Égypte et Ben Ali en Tunisie et de leurs clientèles respectives –, la corruption demeure, du Maghreb au Machrek, paradoxalement encore une «terra incognita». L’étude de la corruption en Algérie ne déroge pas à ce constat.

La thèse défendue dans ce texte ambitionne de construire un «pont» analytique et conceptuel entre deux régions du savoir maintenues à égale distance l’une de l’autre par la littérature savante consacrée à cette aire: la corruption et l’autoritarisme. L’argumentation déroulée ici s’emploie à démontrer le caractère indissociable des liens noués en Algérie – à l’instar de beaucoup d’autres pays arabes – entre régime autoritaire et corruption politique.

Si la corruption, définie comme abus de position et de ressources publiques à des fins privées, est un phénomène universel, ses symptômes, eux, sont différenciés: elle peut être personnelle ici et institutionnelle ailleurs, sectorielle dans un pays et systémique dans un autre. Aussi, l’intelligence de la corruption s’avère-t-elle indissociable de l’analyse des institutions politiques.Or le régime algérien s’avère, en comparaison avec les systèmes politiques arabes en vigueur du Maroc à l’Arabie Saoudite en passant par l’Égypte, assurément l’un des plus résistants à l’analyse…

* Politologue, professeur invité à l’université Paris VIII.

Source: El Watan du 15 juin 2011

haut de page


JUILLET 2011: LIBYE

LIBYE.png

LES ENJEUX ÉCONOMIQUES ET STRATÉGIQUES DE LA GUERRE EN LIBYE


ENTRETIEN AVEC LE MINISTRE LIBYEN DE LA COOPÉRATION

LIBYE.png

par Thierry Meyssan

Réseau Voltaire

le 3 juillet 2011

L’un des mobiles de la guerre contre la Libye est de stopper le développement du continent noir, de permettre l’installation de la base militaire de l’US Africom en Cyrénaique, et de débuter l’exploitation coloniale de l’Afrique au profit des États-Unis.

Pour comprendre ces enjeux cachés, le Réseau Voltaire a interrogé Mohammed Siala, ministre de la Coopération et administrateur du fonds souverain libyen.

libye_siala.jpg

Mohammed Siala recevant les enquêteurs du Réseau Voltaire

© Mahdi Darius Nazemroaya / Réseau Voltaire

Réseau Voltaire: Votre pays est riche en gaz et en pétrole. Vous avez capitalisé 70 milliards de dollars au sein de l’Autorité libyenne d’investissement. Comment utilisez-vous cette manne?

Mohammed Siala : Nous disposons d’importantes ressources, mais elles ne sont pas renouvelables. Nous avons donc créé l’Autorité libyenne d’investissement pour protéger la richesse des générations futures, comme l’ont fait les Norvégiens par exemple.

Cependant, nous consacrons une partie de ces fonds au développement de l’Afrique.

Cela signifie que nous avons placé plus de 6 milliards de dollars dans des actions de développement du continent, en matière d’agriculture, de tourisme, de commerce, de mines, etc.

Nous avons placé le reste des fonds dans des secteurs différents, des pays différents, des monnaies différentes. Partout, y compris aux USA et en Allemagne, ce qui leur a malheureusement permis de geler certains de nos avoirs.

Réseau Voltaire: Techniquement, comment ce gel est-il mis en œuvre?

Mohammed Siala : Le gel des avoirs est régi par les lois bancaires du pays où ils sont placés. La règle est qu’ils bloquent nos comptes, mais que nous pouvons en obtenir parfois la libération si nous portons le litige devant un Comité des réclamations et si nous prouvons qu’ils étaient destinés à certains usages.

Par exemple, je viens à l’instant de plaider le dégel de fonds destinés à verser des bourses aux 1 200 étudiants que nous avons envoyés en Malaisie.

Nous essayons de faire de même pour tout ce qui touche aux allocations sociales ou aux frais d’hospitalisation de nos ressortissants à l’étranger.

Il arrive que certains pays nous autorisent à utiliser des fonds pour l’achat de nourriture ou de médicaments. En principe, c’est notre droit, mais beaucoup refusent de dégeler les sommes nécessaires ou font traîner les choses.

Par exemple, en Italie, l’État refuse tout usage de nos avoirs.

En Allemagne, l’État autorise les usages humanitaires, mais ce sont certaines banques qui refusent de dégeler les fonds nécessaires.

Les interprétations de la résolution sont complètement différentes selon les États. Nous réclamons une règle claire: ce qui est permis est autorisé et ce qui ne l’est pas est interdit.

Pour le moment, l’interprétation est politique et la force prévaut sur le droit.

Réseau Voltaire : Est-ce le seul problème que vous rencontrez pour vos approvisionnements?

Mohammed Siala : Nous devons aussi faire face au blocus maritime que l’OTAN a mis en place sans base légale.

Ils interdisent notre approvisionnement, ou le retardent, y compris pour des cargaisons alimentaires.

Ils s’appliquent surtout à empêcher notre livraison en essence, même si cela n’est pas prévu par les résolutions pertinentes de l’ONU.

Nous avons ainsi un pétrolier qui patiente depuis un mois à Malte. Pour chaque bateau, ils discutent le double usage de ce qu’il transporte. L’essence est destinée aux véhicules civils. Mais ils disent qu’elle peut l’être aussi par des voitures de l’armée. Nous répondons qu’ils ne peuvent nous interdire de l’utiliser pour les ambulances, etc.

Quoi qu’il en soit, depuis le début du conflit, ils empêchent toute livraison d’essence. Or, nous sommes dépendants des raffineries étrangères pour environ un tiers de notre approvisionnement.

D’où la pénurie actuelle.

En théorie, ils ont uniquement le droit d’inspecter les navires pour s’assurer qu’ils ne transportent pas d’armes. Mais en pratique, ils déploient illégalement un blocus maritime.

Ils ont ordonné à des bateaux russes et chinois de faire demi-tour. Leurs États doivent alors déposer une plainte devant le Comité des sanctions de l’ONU pour discuter de l’interprétation des résolutions. C’est une procédure interminable et dissuasive. Aucune base légale ne les autorise à agir ainsi, mais ils le font de force, sûrs de leur impunité.

Nous parvenons toutefois à nous approvisionner par voie terrestre, mais cela est dérisoire: nous avons besoin d’un mois pour transporter par camion ce que nous pouvons décharger en une journée dans nos ports.

Réseau Voltaire : Votre pays a multiplié les constructions d’infrastructures, notamment les gigantesques travaux d’irrigation de la Man Made River. Quels sont vos projets en cours?

Mohammed Siala : Il existe un chemin de fer qui parcourt l’Afrique du Nord, sauf la Libye. Nous voulons le compléter pour nous intégrer dans l’économie régionale et la dynamiser. Les Chinois construisent le tronçon Tunisie-Syrte. Les Russes sont chargés de Syrte-Benghazi. Une négociation était en cours avec l’Italie pour le tronçon Benghazi-Égypte ainsi que pour les locomotives.

Nous avons aussi commencé la construction d’une ligne transcontinentale nord-sud, avec le tronçon Libye-N’Djamena. Ce sont des investissements considérables d’intérêt international et nous avions cru que le G8 nous aiderait. Il l’avait promis, mais nous n’avons rien vu venir.

Nous sommes âpres en affaires et nous avons utilisé les appels d’offre pour obliger nos prestataires à baisser leurs prix. Lors de sa visite ici, Vladimir Poutine a convenu d’aligner les tarifs des entreprises russes sur ceux de ses compétiteurs chinois. Nous avons pu ainsi diversifier nos partenaires.

Réseau Voltaire : Avec la guerre, que vont devenir ces projets?

Mohammed Siala : Tous ces chantiers sont interrompus avec le gel des avoirs. Mais nous poursuivons les appels d’offre pour les tronçons à réaliser parce que nous sommes certains que la guerre est momentanée et que les travaux reprendront. Nous nous préparons à poursuivre les contrats provisoirement interrompus pour raison de «force majeure».

La guerre a désespéré nos partenaires. Les Chinois ont ici 20 milliards de dollars de contrats, les Turcs 12 milliards. Viennent ensuite les Italiens, les Russes, puis les Français.

Ce n’était pas leur intérêt de laisser faire cette agression, encore moins d’y participer.

Probablement certains ont–ils reçu des compensations en dessous de table, mais nous n’avons aucune information précise à ce sujet. D’autres espèrent avoir plus en conquérant notre pays et en s’attribuant eux-mêmes les contrats de reconstruction.

Réseau Voltaire : Quelles sont les conséquences du gel de vos avoirs pour l’Afrique?

Mohammed Siala : En bloquant nos avoirs, ils ont aussi bloqué nos actions de développement en Afrique. Le continent ne parvient qu’à exporter des produits bruts.

Nous investissons pour qu’ils soient transformés en Afrique et commercialisés par les Africains. Il s’agit de créer des emplois et de conserver la plus-value en Afrique.

D’un côté les Européens nous encouragent car cette politique assèche les flux migratoires, d’un autre, ils s’y opposent parce qu’ils doivent renoncer à l’exploitation coloniale.

Les Occidentaux veulent maintenir l’Afrique dans une situation où elle n’exporte que des produits bruts, des commodités.

Par exemple, lorsque le café produit en Ouganda est exporté en Allemagne d’où il est commercialisé, la plus-value reste en Allemagne. Nous avons financé des installations pour la torréfaction, la mouture, le packaging etc. La part de rémunération des Ougandais est passée de 20% à 80%. Évidemment, notre politique entre en conflit avec celle des Européens. C’est un euphémisme.

Nous finançons des rizières au Mozambique et au Libéria, à hauteur de 32 millions de dollars par projet et créons chaque fois 100 000 emplois.

Nous visons d’abord l’autosuffisance alimentaire de chaque État africain, et seulement après les marchés d’exportation. Sans aucun doute, nous entrons en conflit avec ceux qui produisent et exportent du riz, surtout s’ils spéculent avec.

Nous construisons aussi des routes. Par exemple depuis la Libye à travers le Niger. Nous avons déjà relié le Soudan à l’Érythrée ce qui bouleverse l’économie régionale et ouvre des perspectives de développement. Il est désormais possible de faire circuler des marchandises par route et par mer.

Réseau Voltaire : Peut-on dire que la Libye a peu d’alliances diplomatiques, mais que vous avez élaboré des alliances économiques qui vous protègent. Peut-on parler de diplomatie des investissements?

Mohammed Siala : Oui.

Par exemple, nous finançons pour 50 millions de dollars la construction par des entreprises chinoises d’un canal de 32 kilomètres au Mali pour l’irrigation des zones agricoles. Le gel de nos avoirs interrompt d’importants projets agricoles dans ce pays. S’il se poursuit, un problème alimentaire se posera rapidement et les populations reprendront et accélèreront leur migration vers l’Europe. En définitive, les Européens ne peuvent pas se permettre de stopper notre effort de développement du continent. Ils n’ont pas d’alternative à notre politique.

Réseau Voltaire : Disposez-vous d’un dispositif qui vous permette de payer vos commandes sur le marché international malgré le gel de vos avoirs. Votre pays est attaqué, je pense bien sûr à l’achat d’armes et munitions.

Mohammed Siala : Nous résistons depuis quatre mois et demi. Nous avons tiré les leçons de l’embargo et étions prêts au premier jour. Beaucoup d’États nous observent et veulent prendre des mesures similaires pour se protéger eux aussi de l’impérialisme.

Thierry Meyssan

Source: Réseau Voltaire …

haut de page


LIBYE: UN TÉMOIGNAGE SUR L’OTAN QUI PROTÈGE LA POPULATION CIVILE!

voltaire_1.jpg

LE MASSACRE DE SORMAN

TÉMOIGNAGE

par Thierry Meyssan

Pour une fois, Thierry Meyssan ne nous livre pas une analyse froide des évolutions géopolitiques. Il relate les faits dont il est témoin: l’histoire de son ami l’ingénieur Khaled K. Al-Hamedi. Une histoire faite d’horreur et de sang où l’OTAN incarne le retour de la barbarie.

voltaire_1.jpg

L’International Organization for Peace, Care and Relief (IOPCR) est particulièrement active en Algérie, en Iran, au Soudan et en Palestine. Elle porte secours aux victimes des catastrophes naturelles et des conflits armés. Son action exemplaire à Gaza et en Cisjordanie est saluée par tous. Ici Khaled el-Hamedi reçoit la médaille du courage des mains du Premier ministre Ismail Haniyeh. Il a identiquement été décoré par Mahmoud Abbas.

C’était une fête de famille à la libyenne. Tous étaient venus célébrer le troisième anniversaire du petit Al-Khweldy. Les grands parents, les frères et sœurs, les cousins et cousines se pressaient dans la propriété familiale de Sorman, à 70 kilomètres à l’ouest de la capitale: un vaste parc dans lequel ont été construites les petites villas des uns et des autres, de sobres maisons de plain-pied.

Aucun luxe tapageur, mais la simplicité des gens du désert. Une ambiance paisible et unie. Le grand-père, le maréchal Al-Khweldy Al-Hamedi, y élevait des oiseaux —C’est un héros de la Révolution qui a participé au renversement de la monarchie et à la libération du pays de l’exploitation coloniale. Tous sont fiers de lui—. Le fils, Khaled Al-Hamedi, président de l’IOPCR, une des plus importantes associations humanitaires arabes, y élevait des biches. Une trentaine d’enfants couraient en tous sens au milieu des animaux.

On préparait aussi le mariage de son frère Mohammed, parti sur le front combattre les mercenaires étrangers encadrés par l’OTAN. La cérémonie devait avoir lieu ici aussi dans quelques jours. Sa fiancée était déjà radieuse.

Personne n’avait remarqué que, parmi les invités un espion s’était infiltré. Il faisait mine d’envoyer des twitters à ses amis. En réalité, il venait de déposer des balises et il les reliait par le réseau social au QG de l’OTAN.

Le lendemain, dans la nuit du 19 au 20 juin 2011, vers 2h30 du matin, Khaled rentre chez lui après avoir visité et secouru des compatriotes qui fuient les bombardements de l’Alliance. Il est assez proche de sa maison pour entendre le sifflement des missiles et leurs explosions.

L’OTAN en tire huit, de 900 kilos chacun. L’espion avait placé les balises dans les différentes villas. Dans les chambres à coucher des enfants. Les missiles sont tombés à quelques secondes d’intervalles. Les grands parents ont eu le temps de sortir de leur maison avant qu’elle ne soit détruite. Il était déjà trop tard pour sauver enfants et petits-enfants. Lorsque le dernier missile a frappé leur villa, le maréchal a eu le réflexe de protéger son épouse de son corps. Ils venaient de franchir la porte et ont été projetés par le souffle de l’explosion une quinzaine de mètres plus loin. Ils ont survécu.

voltaire_2.jpg

La demeure familiale des Al-Hamedi bombardée par l’OTAN.

© Franklin Lamb / Réseau Voltaire

Quand Khaled arrive, ce n’est que désolation. Sa femme, qu’il avait tant aimée, et l’enfant qu’elle portait ont disparus. Ses enfants pour lesquels il aurait tout donné, ont été broyés par les explosions et l’effondrement des plafonds.

Les villas ne sont que ruines. Douze corps déchiquetés gisent sous les décombres. Des biches touchées par les éclats agonisent dans leur enclos.

Les voisins qui ont accouru cherchent en silence des preuves de vie dans les gravois. Mais il n’y a aucun espoir. Les enfants n’avaient aucune chance d’échapper aux missiles. On extrait le cadavre décapité d’un bébé. Le grand-père récite des versets du Coran. Sa voix est ferme. Il ne pleure pas, la douleur est trop forte.

À Bruxelles, les porte-parole de l’OTAN ont déclaré avoir bombardé le siège d’une milice pro-Kadhafi afin de protéger la population civile du tyran qui la réprime.

Nul ne sait comment la chose avait été planifiée par le Comité des cibles, ni comment l’état-major a suivi le déroulement de l’opération. L’Alliance atlantique, ses généraux tirés à quatre épingles et ses diplomates bien pensants, ont décidé d’assassiner les enfants des familles des leaders libyens pour casser leur résistance psychologique.

voltaire_3.jpg

Khaled Al-Hamedi sur les tombes de ses enfants et de son épouse.

© Franklin Lamb / Réseau Voltaire

Depuis le XIIIe siècle, les théologiens et les juristes européens prohibent l’assassinat des familles. C’est un des fondements même de la civilisation chrétienne. Il n’y a guère que la mafia pour passer outre ce tabou absolu. La mafia, et maintenant l’OTAN.

Le 1er juillet, alors qu’1,7 million de personnes manifestaient à Tripoli pour défendre leur pays contre l’agression étrangère, Khaled est allé sur le front apporter du secours aux réfugiés et aux blessés. Des snipers l’y attendaient. Ils ont tenté de l’abattre. Il a été gravement touché, mais selon les médecins ses jours ne sont pas en danger.

L’OTAN na pas fini sa sale besogne.

Thierry Meyssan *

* Intellectuel français, président-fondateur du Réseau Voltaire et de la conférence Axis for Peace. Il publie des analyses de politique étrangère dans la presse arabe, latino-américaine et russe. Dernier ouvrage en français : L’Effroyable imposture : Tome 2, Manipulations et désinformations (éd. JP Bertand, 2007).

Source: voltairenet.org

pour accéder à article original, cliquer ici…


LA JUSTICE AUX USA: Selon que vous serez puissant ou misérable

US_LOI_INJUSTE_1.jpg

Les médias français se sont hypocritement émus à l’unanimité du « traitement inhumain » accordé par la justice US à DSK.

Voici un exemple autrement parlant de la justice de classe au pays de l’Oncle Sam.

US_LOI_INJUSTE_1.jpg

1er cas : Paul Allen, 55 ans, d’Oakton en Virginie, condamné à 40 mois de prison pour la plus grande escroquerie aux prêts hypothécaires de l’histoire US – il a arnaqué plus de 3 milliards de dollars. Les procureurs, qui avaient réclamé six ans de prison, se sont dits satisfaits du verdict.

2ème cas : Roy Brown, 54 ans, de Shreveport en Louisiane, était un SDF affamé. Il s’est présenté à la banque Capital One et a dit à la caissière, en tenant une main sous sa veste: « Ceci est un hold-up ». La caissière lui a tendu trois liasses de billets. Il les lui a rendues, ne gardant qu’un billet de 100 dollars. Le lendemain, ayant mauvaise conscience, il s’est rendu à la police, à laquelle il a expliqué : »J’avais besoin d’argent pour payer mon séjour au centre de désintoxication et j’avais faim. Mais ma mère ne m’a pas élevé comme ça ». Le juge du tribunal de Caddo, devant lequel il a plaidé coupable, l’a condamné à 15 ans de prison.

Selon que vous serez puissant ou misérable,

Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir.

Jean de la Fontaine

“Les Animaux malades de la peste”

US_LOI_INJUSTE_3.jpg

« Vendu »


[US_LOI_INJUSTE_2.jpg
Abby Zimet->http://www.tlaxcala-int.org/biographie.asp?ref_aut=1858&lg_pp=fr]

Traduit par Fausto Giudice


SOCIALGERIE, PRESTATIONS ESTIVALES DE JUILLET À SEPTEMBRE 2011

Pour des problèmes de connexion et d’autres raisons pratiques, les nouvelles mises en ligne du site seront fortement ralenties cet été.

Les restrictions porteront principalement sur le suivi des évènements en cours, en dépit que l’actualité dans le monde comme en Algérie s’annonce particulièrement brûlante et parfois cruciale.

Les publications de documents concernant l’histoire passée et les enseignements du mouvement social algérien, raison d’être première de ce site, se poursuivront même si c’est à un rythme provisoirement plus lent.

Souhaitons malgré ce ralentissement que les matériaux mis en ligne depuis déjà deux ans continueront à satisfaire suffisamment l’intérêt et les attentes des visiteurs du site, en attendant qu’à l’automne prochain soient résolus certains des problèmes techniques liés aux nouveaux matériaux qui ont commencé à nous parvenir de plus en plus nombreux.

Entre-temps, toutes les contributions et informations qui nous parviendront durant cet été restent les bienvenues, leur mise en ligne n’étant que différée.

Même souhait pour toutes les remarques et suggestions.

  • Pour les visiteurs du site soucieux de regards significatifs sur l’actualité, il serait utile de consulter parmi d’autres le site informatif:

    http://www.algerieinfos-saoudi.com/

    À notre connaissance, il sélectionne judicieusement les luttes de classe et évènements porteurs d’une forte charge sociale et démocratique, ainsi qu’une vision vigilante des développements internationaux les plus préoccupants et aux ressorts les plus occultés.
  • Deux autres sites ont été signalés par des lecteurs:

    La reprise récente de l’hebdomadaire « La Nation », et sa mise en ligne accessible sur le lien suivant; http://www.lanation.info/
  • « DNA Dernières Nouvelles d’Algérie », accessible sur le Web à l’adresse suivante:
    http://www.dna-algerie.com/

ALGÉRIE: QUI TIRE LES FICELLES DES CONGLOMÉRATS?

Comme ce fut le cas en Egypte, des membres des services de renseignement et de hauts gradés de l’armée appartenant à des institutions dominant le pouvoir d’Etat, ont servi, depuis le début des années 80, de catalyseurs à la constitution des conglomérats, non seulement celui de Khalifa ou celui de M. Rebrab, mais aussi des autres pôles oligarchiques, à coloration islamique.

Khalifa avait voulu voler prématurément de ses propres ailes, il a manifesté de l’impatience en matière de libéralisation; les autres jouent aujourd’hui le même rôle pour accélérer le virage néolibéral, y compris à coloration islamique, mais en obéissant tous, plus prudemment, au rythme politique qu’imposent les décideurs qui les protègent, en fonction des rapports de forces entre les clans concurrents.

Le gros patronat algérien est l’enfant de la prédation, à partir de laquelle il a pu réaliser son accumulation primitive du capital. Laissée à sa conduite, la reproduction élargie de ce capital ne pourra s’effectuer que dans le cadre du modèle compradore néocolonial, qui a façonné son enfance et sa croissance.

Les gros circuits privés ont été les instruments du blanchiment de l’argent de la prédation, y compris d’ailleurs à l’étranger où cet argent a, par exemple, permis l’acquisition d’une part importante de l’immobilier hôtelier en région parisienne, acquisition impulsée à partir des années 80. L’Etat français se garderait bien « d’enquêter » sur ces investissements, et d’autres, qui arrangent bien l’économie touristique française encore en mal d’équipements rénovés, vue l’afflux touristique considérable.

Sur la question de l’importation de la friperie, le gouvernement et les partis dominant le parlement ont cédé aux pressions des conglomérats. Et il n’est pas impossible que M. Ouyahia cède bientôt aux dictats du cartel des gros importateurs de médicaments. Sur la friperie, le FCE et M. Rebrab, lui-même importateur de voiture de tourisme, c’est le silence général, alors que la dénonciation a été virulente contre «les augmentations de salaires qui conduisent à l’augmentation des importations».

Pourtant, il y a du pain sur la planche pour les investisseurs soucieux de développer la production nationale. La tendance à la baisse de la production s’est aggravée de 12, 2% dans le textile, au cours du premier trimestre 2011, selon l’Office des statistiques. Amar Takjout, responsables de la fédération syndicale des textiles et cuirs et peaux s’en était indigné: «La levée de l’interdiction de l’importation de la friperie est un acte scandaleux. Les membres de l’Assemblée nationale sont censés soutenir la création d’entreprises dans leurs régions respectives, trouver des solutions à l’évasion fiscale, soutenir et défendre des projets à caractère social, encourager la production nationale génératrice de richesses et créatrice d’emplois. Mais ils ne sont pas censés défendre l’importation de la friperie». Pour lui cette disposition sert les intérêts des «barons de l’import et de la fraude».

[Source:

algerie-infos

Lundi 4 juillet 2011->http://www.algerieinfos-saoudi.com/article-qui-tire-les-ficelles-des-conglomerats-78568163.html]