CINÉMA « 18 JOURS » – LA RÉVOLUTION ÉGYPTIENNE EN 10 TRANCHES DE VIE

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« 18 jours »

est un film égyptien composé de plusieurs courts-métrages réalisé par Sherif Arafa, Yousry Nasrallah, Mariam Abou Ouf, Marwan Hamed, Mohamed Aly, Kamla Abou-Zikri, Chérif Al-Bendari, Khaled Marei, Ahmad Abdallah et Ahmad Alaa. Le film est présenté en l’honneur de l’année de l’Egypte au Festival de Cannes 2011.

Dix cinéastes, vingt comédiens, six écrivains, huit chefs opérateurs, huit ingénieurs son, cinq décorateurs, trois costumières, sept monteurs, trois sociétés de postproduction et une dizaine de techniciens ont tourné dans l’urgence, sans budget et de manière complètement bénévole, dix courts-métrages de fiction, autour de la révolution égyptienne du 25 janvier 2011.

***

Le film « 18 jours », qui sort en salles mercredi 07 septembre, invite à partager les émotions et les drames d’Egyptiens ordinaires soudain confrontés à des évènements extraordinaires lors de la révolte qui a fait chuter le président Hosni Moubarak le 11 février.

Première fiction sur ce thème, il est composé de dix courts-métrages réalisés par dix Egyptiens intégrant les images des centaines de milliers de manifestants dans les rues et de la répression sanglante par la police du régime, diffusées par les télévisions arabes lors des 18 jours de révolte.

Tour à tour, les personnages dévoilent comment ils ont vécu cette période qui a bouleversé leur existence.

Une jeune vendeuse de thé à la sauvette craint les foudres d’Allah pour s’être teint les cheveux en blond jusqu’à ce qu’elle expérimente les coups de matraques des forces de l’ordre.

Les patients d’un asile psychiatrique revivent à l’intérieur de leurs murs la révolution qui éclate dans la rue. Un internaute amoureux est dépité par les coupures des sites web, ordonnées par le régime pour tenter de casser la mobilisation.

Deux combinards essaient de se faire de l’argent avec des drapeaux égyptiens montrant le portrait de Moubarak. Sans succès auprès des supporteurs du président, ils les recyclent aussitôt en rajoutant des slogans « A bas Moubarak ».

Un coiffeur devient un héros en ouvrant son échoppe aux blessés où il va seconder le médecin appelé d’urgence.

Après un coma diabétique de 4 jours, un jeune tailleur naïf, indicateur de police, ne s’est pas rendu compte que la révolution était en marche. Blessé par balle il s’enferme dans sa boutique et enregistre ses états d’âme pendant 15 jours sur un vieux magnétophone.

Dans l’univers glauque des bas quartiers où règnent misère, drogue et surpopulation, on y recrute facilement des hommes de main violents.

A l’inverse, dans les beaux quartiers, la révolution vient chambouler la vie tranquille d’un couple moderne qui manifestera finalement main dans la main sur la place Tahrir.

Seul court-métrage qui ne se déroule pas au Caire, « Couvre-feu » entraîne le spectateur à Suez où le petit Ali et son grand-père se perdent en voiture en évitant les nombreux barrages.

Le gamin a prétexté avoir avalé un capuchon de stylo pour obliger son grand-père à le conduire à l’hôpital en espérant voir sur la route des chars militaires.

Présenté lors du festival de Cannes en mai, « 18 jours » avait créé la polémique avec une pétition contre la présence parmi les participants à ce film de deux réalisateurs, Sherif Arafa et Marwan Hamed, ayant travaillé pour la campagne électorale du président Moubarak en 2005.

Alors qu’au départ le projet devait seulement être diffusé sur le site internet gratuit YouTube, la projection du film sur la Croisette lui a permis d’accéder aux circuits des grandes salles.

Toutes les recettes du film seront reversées à des projets culturels et d’éducation dans les villages d’Egypte, selon son producteur.

Al-Oufok

Mardi, 06 septembre 2011

Avec les agences de presse


UNIVERSITÉ POPULAIRE – IREMMO: 2011 – 2012

Lettre d’information de l’IREMMO

universite-populaire@iremmo.org

… Après les premiers cycles des mois de mai et juin dernier consacrés aux révolutions arabes, l’Institut de Recherche et d’Etudes sur la Méditerranée et le Moyen Orient (iReMMO) continue d’organiser, en partenariat avec le blog Nouvelles d’Orient, une université populaire consacrée spécialement aux enjeux de cette région en pleine ébullition.

L’équipe de l’iReMMO est heureuse aujourd’hui de vous annoncer les thèmes qui ont été retenus pour les cycles 2011-2012 de l’Université populaire. Cette formation, ouverte à tous, connaisseurs ou non de la région, se déroulera chaque premier samedi du mois dans les locaux de l’iReMMO.

Les cycles 2011-2012

Pour chaque cycle, les trois séances auront lieu respectivement à 10h30, 14h et 16h30. Elles dureront deux heures, avec une heure d’exposé et une heure d’échange avec la salle. Les locaux de l’iReMMO se trouvent au 5/7 rue Basse des Carmes, dans le 5e arr. de Paris (voir les informations pratiques).

(Ce programme reste provisoire en raison de l’éloignement de certaines dates et des éventuelles indisponibilités des intervenants)


Samedi 1er octobre 2011 :

Proche et Moyen Orient

– une introduction générale

Séance 1 : Histoire de la région, de la première guerre à nos jours”, avec Henry Laurens (Professeur au Collège de France, titulaire de la chaire d’histoire contemporaine du monde arabe)

Séance 2 : “L’économie du Proche et du Moyen Orient”, avec Agnès Levallois (Journaliste indépendante).

Séance 3 : “ La géopolitique de la région et le rôle des puissances étrangères”, avec Alain Gresh (Journaliste au Monde diplomatique, animateur du blog Nouvelles d’Orient).


Samedi 5 novembre 2011:

L’enjeu des migrations en Méditerranée

Séance 1 : “L’Europe de Schengen et ses développements récents à la lumière des arrivants tunisiens et libyens”, avec Catherine Wihtol de Wenden (Directrice de recherche au CNRS)

Séance 2 : “L’Italie et les migrations en Méditerranée”, avec Raimondo Cagiano de Azevedo (Professeur de démographie à l’Université La Sapienza, Rome).

Séance 3 : “Cartographier les migrations dans l’espace méditerranéen”, avec Philippe Rekacewicz (géographe, cartographe et journaliste, Le Monde diplomatique)


Samedi 3 décembre 2011 :

Palestine-Israël : dans quel(s) état(s) ?

Séance 1 : « Le(s) sionisme(s) », avec Dominique Vidal (Journaliste, collaborateur au Monde diplomatique)

Séance 2 : “Les réfugiés palestiniens”, avec Aude Signoles (Politologue, maître de conférences à l’Université Galatasaray, Turquie – sous réserve)

Séance 3 : “L’enjeu de Jérusalem”, avec Isabelle Avran (Journaliste)


Samedi 7 janvier 2012 :

“Islam, islamisme, islamophobie :

quelles connaissances, quelles instrumentalisations ?”

Séance 1 : “Islam, une introduction”, avec Dominique Avon (Université du Mans), et/ou Abdellatif Idrissi (Université Montpellier III).

Séance 2 : “Qu’est-ce que « l’islamisme »”, avec François Burgat (Directeur de l’Institut français du Proche-orient).

Séance 3 : “Islamphobie(s)”, avec Nilüfer Göle (Directrice d’études à l’EHESS).
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Samedi 4 février 2012 :

“Les chrétiens d’Orient”

Séance 1 : “L’histoire des Chrétiens d’Orient”, avec Joseph Maïla (Professeur de sociologie politique et de Relations internationales, directeur de la Prospective au Ministère des Affaires Etrangères).

Séance 2 : “Appréhender les « minorités religieuses » au Proche/Moyen Orient”, avec Rudolph El-Kareh (Professeur associé à l’Université Libre de Belgique, directeur de recherche au CEA-Paris III).

Séance 3 : “Les coptes d’Egypte”, par Laure Guirguis (Doctorante à l’EHESS, Paris et au CEDEJ, Le Caire).


Samedi 10 mars 2012 :

“Les enjeux énergétiques au Maghreb et au Moyen Orient : pétrole, gaz, nucléaire”

(Détails à venir)


Samedi 31 mars 2012 :

“L’eau et l’agriculture au Maghreb et au Proche Orient”

(Détails à venir)


Samedi 5 mai 2012 :

“Où en est l’Iran ?”

Séance 1 : “Les sources idéologiques de la révolution iranienne”, avec Yann Richard (Professeur d’études iraniennes à la Paris III – Sorbonne nouvelle)

Séance 2 : “L’Iran dans la géopolitique du Moyen-Orient”, avec Azadeh Kian, (Professeur de sociologie Université Paris 7 – Diderot)

Séance 3 : “Où en est la société iranienne ?”, Bernard Hourcade (Directeur de recherche au CNRS).


Samedi 2 juin 2012 :

“Quelle(s) gauche(s) et quels mouvements progressistes au/pour le Proche Orient ?”

Séance 1 : “La gauche et les enjeux du Proche et du Moyen-Orient”, avec Gilbert Achcar (Professeur de Development Studies and International Relations – School of Oriental and African Studies, London)

Séance 2 : “La gauche en Egypte depuis 1945”, avec Didier Monciaud (Chercheur associé au GREMAMO, Université Paris VI).

Séance 3 : “Les gauches et la question palestinienne”, avec Alain Gresh (Journaliste au Monde diplomatique, animateur du blog Nouvelles d’Orient).
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Inscriptions

Pour assister à cette Université populaire l’inscription est nécessaire, à l’adresse suivante :

universite-populaire@iremmo.org.

Nous proposons deux modalités de participation :

 Un abonnement annuel : 140 euros pour l’ensemble des sessions (85 pour les étudiants/demandeurs d’emploi).

 Un forfait à la journée : 20 euros par session (12 euros pour les étudiants et les demandeurs d’emploi).

Vous trouverez un bulletin d’inscription en pièce jointe à nous retourner par courrier accompagné de votre règlement (chèque ou espèces).

Nous espérons que ce cycle 2011-2012 saura éveiller, et satisfaire, la curiosité de tous ceux qui s’intéressent aux enjeux méditerranéens et moyen-orientaux !

N’hésitez pas à nous contacter pour de plus amples informations,

Bien cordialement à tous,

L’équipe de l’iReMMO

5/7 rue Basse des Carmes

75005 Paris

01 43 29 05 65

Universite-populaire@iremmo.org

www.iremmo.org


Pour accéder au programme complet de l’IREMMO 211-212

consulter l’article 559 de socialgerie en cliquant ici …


Pour télécharger la fiche d’inscription

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J’AI VU LA TRANSITION VERS LA PEUR À TRIPOLI

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jeudi 8 septembre 2011

par Comité Valmy

Avec ses collègues de TeleSur, de Russia Today, du Centre for Research on Globalization et du Réseau Voltaire, Lizzie Phelan (PressTV) est l’une des rares journalistes a avoir pris le risque de rendre compte de la réalité en Libye, à contre-courant de la propagande relayée par les médias dans les pays de la Coalition.

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Extraite par le CICR de l’hôtel Rixos où elle était restée bloquée durant cinq jours, Lizzie Phelan livre ses premières impressions après la chute de Tripoli. Le danger, la mort et la peur règnent désormais dans la capitale de la « Nouvelle Libye », tandis que paradent l’OTAN et ses Collaborateurs.

Il n’est pas aisé, dans la fureur médiatique déclenchée par la chute de Tripoli et le renversement du gouvernement libyen, de trouver une analyse claire de la manière dont les choses se passent maintenant, sous le nouveau pouvoir. Après être restée cinq jours bloquée à l’hôtel Rixos avec 35 journalistes étrangers, j’ai eu du mal à croire que les rues que nous traversions étaient les mêmes que celles qui m’étaient devenues si familières pendant le mois que j’ai passé dans la capitale libyenne.

Les rues, avant si animées, où les familles allaient à la plage ou en venaient et se préparaient pour le dîner qui devait interrompre le jeûne de ramadan, étaient maintenant vides. Aux drapeaux verts s’étaient substitués ceux des rebelles, et les rares check points —occupés auparavant par des volontaires, hommes et femmes, c’est-à-dire par des voisins— avaient été remplacés par des check points installés tous les 100 mètres et surveillés maintenant par des tanks et des combattants, uniquement des hommes, qui portaient des armes sophistiquées fournies par la force militaire la plus puissante du monde: l’OTAN.

Les fiers jeunes libyens noirs qui avaient assuré la protection des quartiers qu’ils habitaient avaient disparus. Nous allions les revoir ultérieurement, acculés, prisonniers sur des pick-up, comme dans ces images que, dans les mois précédents, on ne pouvait prendre qu’à des endroits comme Bengazhi et Misrata. Ils sont victimes de la rumeur selon laquelle Kadhafi aurait recruté des mercenaires dans les pays subsahariens, allégation largement rejetée par les organisations de défense des droits de l’homme vu qu’aucune preuve n’a été fournie pour l’étayer. Mais, dans la nouvelle Libye, les noirs se trouvent, avec les membres des tribus les plus importantes [en termes de population], comme celles de Warfallah, Washafana, Zlitane et Tarhouna, parmi les populations que les rebelles soupçonnent d’apporter leur soutien a Mouammar Kadhafi, un crime qu’ils punissent de mort, sinon d’une manière pire encore.

Le convoi de la Croix-Rouge internationale dont nous faisions partie arriva finalement à l’hôtel Corinthian. Lors de mon précédent séjour, il y a un mois seulement, il n’y avait dans cet hôtel que deux ou trois gardiens armés à l’entrée. Cette dernière était maintenant bondée d’hommes qui brandissaient les armes envoyées par l’OTAN et le Qatar. Il ne restait du personnel qu’un petit groupe, débordé et épuisé.
J’y ai retrouvé plus tard quelques visages des Libyens dont j’avais fait connaissance, mais la douleur assombrissait leur regard. « Comment ça va ? », ai-je demandé à une employée. « Il est toujours dans nos cœurs », m’a-t-elle répondu. Quand nous avons finalement eu l’occasion de parler sans témoins, elle a fondu en larmes, ce dont elle s’est excusée. Elle m’a dit qu’il lui était impossible de se confier à personne d’autre. « La Libye est comme notre mère, mais nous ne pouvons plus parler à notre mère ». Étant membre de la tribu des Warfallah et provenant de la région de Bani Wallid, elle savait que sa famille et elle-même risquaient d’être arrêtés à tout moment, uniquement en raison du soutien sans faille des Warfallah à celui qu’ils appellent leur « guide », Mouammar Kadhafi. Elle m’a dit: «À Bani Wallid on a toujours été des gens très fiers, généreux, humbles, dignes. Sous ce drapeau [qu’arborent les rebelles] du roi Idris, nous étions obligés de baiser les pieds du roi avant de pouvoir lui adresser un seul mot. Nous sommes revenus à ces temps-là.»

Elle a été une des nombreuses personnes qui m’ont conseillé de ne pas
me faire remarquer et de partir au plus vite. J’avais été parmi les rares journalistes qui s’étaient concentrés sur les conséquences de la campagne de bombardements que l’OTAN avait déclenchée sur le pays et qui s’étaient efforcés de faire connaître la très forte participation aux marches populaires de soutien au gouvernement libyen ainsi que les conférences des tribus, faits qui indiquaient que ce gouvernement n’était pas aussi impopulaire qu’on essayait de le faire croire.
J’avais également essayé de dénoncer les liens des rebelles avec Al-Qaida, la même mouvance que l’OTAN combattait dans des pays comme Afghanistan. Depuis que les rebelles avaient reconnu que l’assassinat de l’ex-commandant rebelle Abdel Fattah Younès avait été le fait des groupes liées à Al-Qaida qui se trouvaient dans leurs propres rangs, la présence des extrémistes risquait de devenir de plus en plus évidente, tandis que le gouvernement libyen s’apprêtait à rendre publics des documents et des enregistrements téléphoniques qui démontraient l’implication d’Al-Qaida dans la crise et la manière dont l’Occident avait agi de connivence avec les membres de cette mouvance.

Or, après la chute de Tripoli, seul mon ralliement à la nouvelle Libye pouvait garantir ma propre sécurité, et mon amie Warfallah me pressait de rentrer dans mon pays et d’y faire connaître ce qui se passait [ici].
Alors que les combats faisaient rage sur les routes de l’intérieur du pays, ce qui les rendaient particulièrement dangereuses pour toute personne dépourvue de la protection des rebelles, ma seule possibilité de quitter la Libye consistait à traverser la Méditerranée.
Ce fut, pendant plusieurs jours, une possibilité quasi inexistante. L’agitation des rebelles, parmi lesquels des disputes éclataient régulièrement à l’hôtel sur qui était le véritable chef, s’étendait non seulement au trajet qu’il fallait franchir pour gagner le port et pouvoir quitter Tripoli, mais aussi à une très grande partie de la ville. Pendant quatre jours, on vint nous dire, plusieurs fois par jour —aussi bien à moi qu’à d’autres étrangers— que nous allions pouvoir partir. Et, à chaque fois, la personne qui avait approuvé le départ au port disparaissait ou était remplacée par un nouveau décideur.

À cause de l’existence de tant de groupes différentes, dont le Groupe islamique combattant en Libye, le Front national pour le Salut de la Libye et les divers groupes de déserteurs du gouvernement de Kadhafi, les forces occidentales —qui maintenant s’affichent ouvertement sur le terrain— semblent évoluer sur une terre qu’elles ne connaissent pas.
Au deuxième jour de mon séjour à l’hôtel Corinthian, trois Britanniques qui roulaient des mécaniques répétaient constamment que c’étaient eux qui étaient désormais en charge de la sécurité de l’hôtel. L’un d’eux m’a dit qu’il arrivait de Kabul, où «ça se gâte de plus en plus». «Vous pensez qu’ici ça va devenir comme à Kabul?», lui ai-je demandé. «C’est fort probable, avec tous ces groupes différents qui se disputent le pouvoir», m’a-t-il répondu.

Entre-temps, le nombre de vies humaines qu’a coûté la chute de Tripoli n’a reçu que très peu d’attention. Les derniers chiffres connus datent de la deuxième journée de combats à Tripoli. Le ministère de la Santé , encore en fonctionnement à ce moment-là, avait fait savoir que les pertes humaines, après 12 heures de combats et rien que dans la capitale, s’élevaient à 1 300 morts et 900 blessés. Le même ministère avait annoncé la veille plus de 300 morts et 500 blessés. Le total dépasse largement le chiffre de 1 400 personnes massacrées pendant l’attaque, qui avait duré deux semaines, de l’Opération «Plomb durci» déclenchée par Israël contre Gaza et qui avait soulevé une vague mondiale d’indignation.

Après les bombardements et les attaques des hélicoptères Apache sur le quartier le plus pauvre de Tripoli, et l’un des derniers à tomber aux mains des envahisseurs, celui de Abou Salim, des témoins oculaires ont rapporté qu’ils avaient pu voir des piles de corps qui jonchaient les rues. Un proche d’une personne dont on estimait qu’elle pouvait se trouver parmi les victimes fatales s’était rendu dans l’hôpital local, où il n’avait trouvé qu’un médecin et deux infirmières. De même que la grande majorité des travailleurs de la capitale, la plus grande partie du personnel de l’hôpital s’était enfui, se cachait ou avait peut-être été tué. Quand la personne en question avait voulu voir les cadavres, les gardiens lui avaient assuré qu’il n’y en avait aucun. Les proches des personnes portées disparues craignent donc que les corps n’aient été jetés dans des fosses communes dont les emplacements risquent de rester inconnus pour longtemps.

Ce bain de sang ne correspond nullement au discours sur une « Libye libre » où les civils sont « protégés ». Mais, dans une atmosphère si raréfiée par la volonté de contrôler le pays à tout prix, il est presque impossible que ceux qui se trouvent sur le terrain puissent faire preuve d’honnêteté par rapport aux images qui défilent devant leurs yeux, du moins tant qu’ils seront sur le territoire contrôlé par les rebelles.

Un jeune rebelle armé qui arborait le drapeau français sur son battle-dress m’avait demandé d’où je venais. «De Londres», lui ai-je répondu. «Ah, Cameron. Nous aimons Cameron», m’a-t-il dit avec un large sourire. Je me suis efforcée d’esquisser un sourire moi aussi. La moindre critique envers mon propre Premier ministre pouvait être perçue comme un signe de désaffection envers les nouveaux gouvernants de la Libye.

Sur le port, pendant que nous observions le bateau dont les victuailles qu’il transportait devaient être déchargées pour laisser la place aux passagers, un Italien commentait qu’ils étaient «comme des enfants qui dirigent une université» en voyant les nouveaux maîtres des lieux essayer de se servir des grues et des machines nécessaires pour activer la décharge des bateaux et le départ des bateaux.

On nous avait dit que le bateau ne pourrait probablement pas partir avant 5 ou 10 jours et que notre seule option pour le départ par voie maritime était un bateau de pêche long de 20 mètres , conçu pour accueillir uniquement 12 personnes et dépourvu de l’essentiel du matériel devant garantir une navigation sûre.

Quarante-trois personnes se sont préparées à embarquer. Le rebelle chargé de contrôler notre bateau vérifia nos papiers de manière répétée pendant 4 heures en insistant sur le fait qu’aucun Russe, Serbe ou Ukrainien ne serait autorisé à partir, pas plus qu’aucun ressortissant de Cuba ou de l’Équateur, pays dont les relations avec Mouammar Kadhafi avaient été trop bonnes tout au long de la crise.

Finalement, près de minuit, nous avons tous pu embarquer, à l’exception d’un Russe.

Tandis que le vacarme des tanks, les fusillades et l’odeur de la mort qui saturait l’air restaient de plus en plus loin derrière nous, ma mémoire évoquait la ville paisible, accueillante et sûre où j’étais arrivée.

Lizzie Phelan

Source Axis of Logic (Venezuela, USA)

COMMERCE ÉQUITABLE: LE PCF EXIGE LA LIBÉRATION DE MICHEL BESSON ARRÊTÉ LUNDI A TELAVIV

COMMUNIQUÉ DE PRESSE

Michel Besson, acteur de renommé mondial du commerce équitable, a été arrêté par les autorités israéliennes à sa descente d’avion lundi matin à Tel Aviv.

Il a été enfermé au centre de rétention de l’aéroport, sans aucune raison valable qui pourrait lui être opposée.

Comme tous les ans depuis près de 10 ans, il se rendait en Palestine pour les échanges de sa coopérative avec des producteurs palestiniens. Il préparait la participation de la coopérative de femmes de la Ville d’Aizaria à la prochaine édition de la Ferme géante 2011 organisée par la Ville de Nanterre en novembre prochain.

Michel Besson est un acteur reconnu au niveau international du commerce équitable avec l’Amérique Latine, l’Afrique et l’Asie, animateur de la plateforme française de commerce équitable Minga, coopérateur et responsable de la filière économique avec la Palestine au sein de la coopérative Andines engagée depuis 25 ans dans des démarches de solidarité et d’équité économique.

Les autorités israéliennes ne pouvaient ignorer la renommée et les
activités solidaires de Michel Besson.

C’est un pas de plus d’Israël dans l’escalade de l’enfermement économique des palestiniens.

Le PCF exige sa libération afin qu’il puisse reprendre ses activités
solidaires et équitables auprès des producteurs palestiniens qui ont
noué de nombreux liens avec des producteurs français, dans l’objectif
d’offrir aux consommateurs de notre pays des produits de très haute qualité.

Parti communiste français,

Paris, le 8 septembre 2011.


— Solène Björnson-Langen

Attachée de presse de Pierre Laurent, Secrétaire national du PCF


01 40 40 12 22

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sbl@pcf.fr

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POUR QUE CHACUN PUISSE ACCÈDER à UN ENSEIGNEMENT DE QUALITÉ: L’ APPEL DU SNAPEST

À la veille de la rentrée scolaire

Le snapest insiste sur la reconduction des actions sociales
et la consolidation des actions sociales en faveur des élèves des familles à revenus modestes, à travers l’augmentation l’octroi de la prime de scolarité fixée actuellement à 3 000 DA et la gratuité du manuel scolaire,

et rejoint l Union des associations de parents d’élèves pour la relever à 10000 da par élève .

À la veille de la rentrée scolaire le snapest appelle les pouvoirs publics à une aide plus conséquente les familles à faibles revenus. Alourdies par les dépenses du ramadhan, elles se trouvent face au défi d’assurer les besoins de la scolarisation de leur progéniture au point où des enfants essayent d’assumer cette responsabilité par un travail clandestin.

Ce sont ces actions et prises de positions qui garantiront encore une fois une école publique de qualité à travers l’octroi de la prime de scolarité fixée à 10 000 DA, la gratuité du manuel scolaire pour tous les élèves sans distinction vue la cherté des manuels… « Le kit complet pour le cycle primaire revient à plus de1.000 DA, pour le cycle moyen 1.400 DA et 2.000 DA et plus pour le cycle secondaire. »

Le snapest demande l’amélioration du fonctionnement des cantines scolaires et l’élargissement du réseau de transport scolaire;

Le snapest appelle notamment à mettre fin au recours au système de la double vacation dans le fonctionnement des écoles primaires,

à élargir la prise en charge de l’enseignement d’adaptation et de remédiation pédagogique,

à améliorer davantage les conditions de scolarité des élèves

et à moderniser le système scolaire par la généralisation progressive des technologies de l’information et de la communication.

En outre, il faut mettre en exergue la nécessité de valoriser le dispositif d’évaluation des élèves, de réduire les échecs scolaires et de veiller à la redynamisation de la pratique sportive dans les établissements scolaires.

Concernant le taux de scolarisation des enfants des populations nomades dans les wilayas du Sud, le snapest appelle à ce que les dispositions pratiques prises en leur faveur soient consolidées davantage cette année par l’élargissement du réseau des cantines scolaires, du transport, l’extension des internats dans le primaire le moyen et le secondaire et par la création, si besoin est, de classes mobiles.

Les taux d’occupation des locaux dans le primaire le moyen et le secondaire ne répond pas aux normes internationales d’encadrement (30 élèves par classe) le snapest appelle les pouvoirs publique a une gestion et à l’ ouverture des postes bugetaires;

nous estimons actuellement ce déficit a plus de 25 pour cent étant donné que les enseignants encadrent des classes de plus de quarante élèves dans les grandes villes et dans d’ autres wilayas alors qu ils doivent avoir 30 élèves par classes.

Le snapest appelle a un soutien scolaire contrôlé accessibles aux classes défavorisées et loin de toute marchandisation du savoir en Algérie

et appelle à l’éradication de cette marchandisation du savoir par les mécanismes cités dans notre intervention.

أبناءَ القذافي برة الجزائر لكن ماذا عن قذاف الدم في مصر وموسى كوسة في لندن؟

أبناءَ القذافي برة الجزائر لكن ماذا عن قذاف الدم في مصر وموسى كوسة في لندن؟

ياسين تملالي

« الأخبار »، بيروت، 8 سبتمبر 2011

تعرف العلاقاتُ الجزائرية الليبية توتّرا كبيرا بسبب رفض الجزائر الاعترافَ بالمجلس الوطني الانتقالي « ممثلا شرعيا وحيدا للشعب الليبي » واستقبالِها أبناءَ معمر القذافي حنّبعل ومحمد وعائشة في 29 أغسطس 2011، مبرّرة ذلك بـ « دواع إنسانية بحتة ».

ومن تجليّات هذه الأزمة اتهامُ بعض أعضاء المجلس الجزائرَ مجدّدا بأنها ساندت القذافي بالمال والسلاح وأن مرتزقةً جزائريين شاركوا في المعارك في صفوف قواته، وهي اتهاماتٌ إن امتنع حلف شمال الأطلسي (الناتو) عن كيلِها للنظام الجزائري فلأنّه يعوّل عليه لتحجيم التهديدات المسلحة في جنوب الصحراء، خصوصا بعد انهيار الجيش الليبي ونهب ترسانة أسلحته (بما فيها الثقيلة منها كما أكّد ذلك يوم 6 سبتمبر المنسق الأوربي لمكافحة الإرهاب جيل دي كيرفوش.
ويطرح الجدلُ بين السلطات الجزائرية والمجلس الانتقالي الليبي العديدَ من الأسئلة عن حقيقة « الصداقة الليبية الجزائرية » في زمن القذافي ومدى تناسق تصوّرات قادة ليبيا الجدد لمستقبل العلاقات بين البلدين وسياسةِ الكيل بمكيالين التي يمارسونها في تعاملهم مع رموز « النظام القديم »، مثَلهم في ذلك مثَل حليفهم الناتو.

صحيحٌ، كما قال المؤرخ الفرنسي بنيامين ستورا لليومية الفرنسية « لوفيغارو » (30 أغسطس 2011) أن القذافي وبوتفليقة ينتميان « إلى نفس الجيل السياسي »، أي أن كليهما تربّى في حضن عقيدة جيوسياسية ترفض الوجودَ العسكري الأجنبي المباشر في شمال إفريقيا، وأنّ الجزائر، من هذا المنطلق، ترَى الدعم الفرنسي للمجلس الانتقالي دليلا على سقوط اتفاق ضمني مع فرنسا مُؤدّاه امتناعها عن كل تحرك مسلح على حدودها.

كلّ هذا صحيحٌ لكنّ المشاكلَ السياسية بين الجزائر وليبيا القذافي (عكس ما توحي به بعض التحاليل التي تصورهما « قوتين حليفتين ») لم تكن قليلة، ما يضفي بعض الصدقية على تأويل موقف النظام الجزائري من الوضع الليبي أساسا كتعبير عن خوفه من تحوّل هذا البلد إلى محمية للناتو.

ومن المشاكل التي كانت عالقة بين النظام الجزائري وليبيا القذافي عدم مصادقتِها على خطّ الحدود بين البلدين (عكس بلدان الجوار الأخرى) وما يمثله مشروع « النهر الصناعي العظيم » من تهديد لموارد المياه الجوفية الجزائرية ووقوفُ القوّة المالية للدبلوماسية القذّافية عائقا أمام استرجاع « سياسة الجزائر الإفريقية » بعض بريقها الغابر وتدخّلُ المخابرات الليبية في النزاعات بين المتمردين الطوارق والحكومتين النيجيرية والمالية بما لا يتلاءم وسعي الخارجية الجزائرية إلى لعب دور الوسيط فيها بغرض تأمين حدودها والحفاظ على دورها السياسي المتضائل في المنطقة. هذا دون أن ننسى وضعَ المساجين الجزائريين الكارثي في السجون الليبية (وهو ما كان حديث الصحف الجزائرية طيلة شهور سبقت اندلاع الصراع المسلح في ليبيا).

كل هذه المشاكل كانت عالقةً بين الحكومة الجزائرية وليبيا القذافي عندما سطا الناتو على الثورة الليبية الوليدة واختزلَها في شكل واحد من أشكالها هو التمرد العسكري. من هذا المنظور، ليس مستبعدا أن النظامَ الجزائري، لولا هذا السطو وشريطة أن يكون « التغيير » في ليبيا إعادة إنتاج للسلطة القائمة لا ثمرة حركة شعبية راديكالية، كان سيفضل انتهاءَ حكم العقيد لما كان قد يعنيه من تراجع لدبلوماسية البترودولارات وتوضيح للوضع على حدود البلاد الجنوبية (تسليح وتمويل حركات التمرد في النيجر ومالي).

مسألةٌ ثانية يثيرها التوترُ الجزائري الليبي الراهن هي تذبذبُ مواقف القيادة السياسية الجديدة في ليبيا من مستقبل العلاقات مع الجزائر، فوصف محمود شامان، عضو المجلس الانتقالي، استقبالَ عائلة القذافي على التراب الجزائري بالـ »العمل العدواني » لا يتوافق وإجراءَ مصطفى عبد الجليل (رئيس ذات الهيئة) و محمود جبريل (مسؤول خارجيتها) محادثات مع وزير الخارجية الجزائري، مراد مدلسي، ما كان دليلا على أن بعض القادة الليبيين لا يرون طائلا من قطع الأواصر مع دولة تقاسم بلدهم حدودا بطول ألف كيلومتر وتحديات سياسيةً كثيرةً، أهمّها « تسيير » حركات التمرد في مالي والنيجر ومكافحة القاعدة.

وهنا لا بد من ملاحظة أن النظامَ الجزائري، رغم ثقته الظاهرية بنفسه، يخشى تعمّقَ عزلته الإقليمية إذا ما ناصب النظام الليبي الجديد العداءَ، فلا مقارنة بين موقفه من المجلس الانتقالي وموقف كوبا مثلا منه. نظام كاسترو اعتبر هذه الهيئة صنيعةَ الناتو وسحب ممثليه من طرابلس، في حين لم تستبعد السلطات الجزائرية الاعترافَ بها « إذا اتضح أنها تمثل كل المناطق الليبية » ولم تمتنع عن حضور « قمة أصدقاء ليبيا » التي نظمها الرئيس الفرنسي نيكولا ساركوزي في باريس أول سبتمبر الماضي.

المسألة الثالثة التي يثيرها التوترُ الجزائري الليبي بعد استقبال الجزائر عائشة القذافي وأخويها حنّبعل ومحمد هي كيلُ المجلس الانتقالي الليبي بمكيالين في تعامله مع رموز حكم القذافي. لماذا لا يطالب مصر بتسليم أحمد قذاف الدم، أحد أقرب المقربين من « ملك ملوك إفريقيا » ؟ لأنه بانشقاقه سرّع وتيرة تفكيك نظامه، ما وجبت مجازاته عليه بالتغافل عن جرائمه في حق الليبيين (ناهيك عن أن الحكم العسكري المصري صديقٌ للناتو لا يجب إحراجُه). نفسُ السؤال يطرح عن صمت الناتو (والإعلام الأوروبي والأمريكي « الموضوعي ») عن إقامة أحد أقطاب « النظام الجماهيري » المنشقين، عبد السلام جلود، في إيطاليا واستقبالِ رئيس المخابرات الخارجية القذافية السابق، موسى كوسة، في بريطانيا إثر هروبه من طرابلس في 28 مارس 2011.

لا شك في أن محاكمة الشعب الليبي لأبناء « قائد الثورة » الذين بدّدوا أموالَه وعاملوه معاملة العبيد جزءٌ من عملية التغيير وأن حكومة بوتفليقة، بإيوائها لهم، أبعدُ ما تكون عن إبداء تعاطفها مع الليبيين، لكن تصفيةَ الحسابات مع الماضي الدكتاتوري تتطلب أيضا محاكمةَ قدامى رفاق « القائد » ممّن يتجولون في القاهرة وروما ولندن (وطرابلس وبنغازي) تحت حماية الناتو، صديق ليبيا الجديد.

صحافي جزائري

TRIPOLI EST TOMBÉE MAIS QUI A GAGNÉ LA GUERRE?

Vendredi 9 septembre 2011

Maammar Kadhafi a perdu la guerre, et il méritait de la perdre, lui qui menaçait ses opposants de les pourchasser rue par rue, maison par maison, «zenga zenga». Mais la défaite de Kadhafi signifie-t-elle pour autant que la Libye a gagné la paix? Et cette alliance hétéroclite, entrée à Tripoli sous la couverture aérienne de l’OTAN, peut-elle réellement construire une Libye moderne?

La joie de la victoire chez les adversaires de Kadhafi ne peut cacher certaines réalités. Certes, le guide libyen avait mené son pays à l’impasse, et aucune issue autre que la violence ne semblait possible pour mettre fin à son système absurde. Sa politique peut même être considérée la cause principale de la violence actuelle. Mais la fin de Kadhafi replace le monde arabe dans une série d’impasses dramatiques, qui risquent encore de peser très lourd sur l’avenir de la région.

La première impasse concerne l’incapacité des régimes autoritaires arabes à imaginer leur propre mutation et à organiser une transition en douceur. A l’exception de l’expérience algérienne avortée du début des années 1990, aucun pays arabe n’a engagé une vraie démarche pour sortir d’un système autoritaire et tenter de construire un régime démocratique.

Malgré la chute de l’Union Soviétique et des pays de l’est, malgré la chute du mur de Berlin et la formidable mutation sociale née de l’explosion de l’internet et de la télévision moderne, il existe encore des dirigeants arabes qui raisonnent comme s’ils vivaient au milieu du XXème siècle. C’est le cas de Kadhafi, de Bachar El-Assad et de nombre de dirigeants algériens actuels, incapables de concevoir une organisation du pouvoir autre que l’archaïsme dans lequel ils ont toujours vécu.

Cette pensée politique sclérosée a un double effet. D’abord, elle se traduit par une répression féroce contre l’opposition, qui se trouve dès lors dans l’incapacité d’imposer une alternative interne. Le pouvoir refusant de changer et l’opposition étant incapable d’imposer une alternative, le changement ne peut dès lors venir que de l’émeute ou de l’extérieur. Ou des deux. En Tunisie, comme en Egypte, l’opposition structurée n’a pas réussi à imposer une alternative, et il a fallu que l’armée intervienne pour imposer le départ du chef, sous le contrôle étroit des Etats-Unis. Ce n’est pas un hasard si les chefs d’état-major des armés tunisienne et égyptienne ont tous deux séjourné aux Etats-Unis juste avant de prendre les choses en main. En Libye, l’opposition n’avait pas non plus de consistance, et ce sont les dissidents du régime, appuyés par l’OTAN, qui ont pu inquiéter Kadhafi.

Cette impuissance de l’opposition débouche sur une tragédie politique : l’intervention étrangère, celle des Etats-Unis, de l’OTAN, de l’ONU ou de l’ancienne puissance coloniale, peu importe, l’intervention étrangère apparait donc, au bout du compte, comme la seule issue pour mettre fin à la dictature. Comme le note Djamel Labidi (Le Quotidien d’Oran de mardi 6 septembre), le colonisateur d’hier, portant les habits de la civilisation et de la liberté, est accueilli à bras ouverts, car ses troupes sont supposées débarquer pour instaurer la démocratie ! Malgré les expériences de l’Irak et de l’Afghanistan, ce discours fonctionne encore, et trouve des relais, y compris auprès de militants de la démocratie, en Algérie et ailleurs. N’a-t-on pas vu des drapeaux américains et français arborés par les «révolutionnaires» libyens, au moment où les bombes pleuvaient sur Tripoli?

Toute une génération, qui a vécu dans le nationalisme, n’arrive pas à comprendre ce qui se passe. Celle de la guerre de libération, qui subit un véritable traumatisme, en Algérie, mais d’autres générations de nationalistes arabes aussi, en Egypte, en Libye et partout dans le monde arabe, qui n’arrivent pas à comprendre comment on peut applaudir des bombardements des avions de l’OTAN contre un pays arabe ?

Ce n’est pourtant pas un conflit de générations, mais un conflit politique. Il y a, d’un côté, ceux qui pensent que la solution ne peut venir que d’un effort interne, et que toute intervention externe ne peut être que destructrice, comme l’ont prouvé les multiples expériences du passé. Ce n’est pas uniquement la symbolique de l’OTAN qui est en enjeu.

C’est aussi le réel : les Occidentaux défendent leurs intérêts, ils soutiennent les dictateurs «nécessaires», et n’ont aucun souci de la démocratie quand la situation leur convient. Dans un passé récent, les Occidentaux n’ont apporté aucun soutien aux expériences de démocratisation, quand ils ne les ont pas ouvertement combattues. D’un autre côté, il y a ceux qui pensent que l’OTAN, c’est mieux que Kadhafi, et que tous les moyens sont bons pour se débarrasser de tyrans, qu’il s’agisse de Saddam Hussein ou des talibans. C’est une pensée légère, sans profondeur historique, ni consistance nationale : les chars étrangers n’apporteront jamais la démocratie.

Abed Charef.

Le Quotidien d’Oran

9 septembre 2011

repris dans algerie infos

WIKILEAKS, ORASCOM, CARLYLE et BEN LADEN

Jeudi 8 septembre 2011

El Watan Titre ainsi un article consacré à un câbles Wikileaks: «Le gouvernement américain n’est pas indifférent aux déboires d’Orascom Telecom (OTA) en Algérie». On y apprend qu’en février 2008, David D. Pearce, l’ambassadeur américain à Alger avait exprimé au ministre algérien Temmar, «les inquiétudes des investisseurs américains au sujet du litige qui existe entre OTA et l’administration fiscale».

L’auteur de la note estime que l’Algérie a eu «une réaction économique nationaliste» à la réussite d’OTA et aux transferts de centaines de millions de dollars de dividendes.

El Watan, qui brode sur cette information mais ne semble pas vouloir savoir qui sont ces fameux «investisseurs américains» qui ont poussé l’ambassadeur à s’immiscer dans un litige fiscal local.

Dans son essai «La Martingale algérienne», dont El Watan avait rendu compte, on trouve une phrase qui nous met la puce à l’oreille. Hadj Nacer écrit: «La nature a horreur du vide. La disparition, depuis 1992, de toute tentative d’élaboration d’un processus d’arbitrage, a conduit à la délocalisation de la décision stratégique à l’extérieur du pays. Pendant que Carlyle décide qu’Orascom sera le détenteur de la licence de téléphonie mobile, l’arbitrage se résume au partage du reliquat de la rente». (La Martingale algérienne, p50)

Mais qui est ce puissant Carlyle qui a le pouvoir de choisir nos partenaires? On sait qu’il a été le principal initiateur de la création, en 2006, du Fonds souverain libyen, doté d’une centaine de milliards de pétrodollars injecté par Kadhafi dans les opérations boursières (et gelé sur décision de l’Otan en avril dernier). On dit que Carlyle orchestrerait en sous main, depuis 2007, la campagne médiatique pour la création d’un fonds similaire dans notre pays.

Poussons plus avant. Qui est derrière ce Carlyle dont le nom évoque le fameux penseur conservateur écossais.

On peut lire sur le net, dans l’encyclopédie Wikipédia: «Le Groupe Carlyle est dirigé depuis janvier 2003 par Louis Gerstner, ancien patron d’IBM. Parmi ses dirigeants, de nombreuses personnalités se sont succédé, telles que George H. W. Bush ou encore Olivier Sarkozy». Il s’agit de Bush père, le président de la première guerre du Golfe; l’autre est le frère ainé du président français.

Ce fonds d’investissement américain, crée en 1987, avait été pris en main en janvier 1989 par Franck Carlucci, ancien directeur adjoint de la CIA, conseiller à la sécurité nationale puis secrétaire à la Défense de Ronald Reagan. Sous la présidence de Carlucci, le groupe réalise sa première grande affaire, en 1997, lorsqu’il acquiert la société américaine United Defense, gros fournisseur de l’armée américaine en véhicules de combat et en artillerie.

Wikipédia nous régale d’une anecdote qui a les allures d’un fait historique: «Le 11 septembre 2001, le jour de l’attaque terroriste contre le World Trade Center à New York et le Pentagone à Washington, Carlyle réunit dans cette même ville plusieurs centaines d’investisseurs liés au groupe. Parmi les invités figurent entre autres George H. W. Bush, 41è président des États-Unis et père du président George W. Bush, et Shafiq Ben Laden, un demi-frère d’Oussama Ben Laden, l’homme à la tête d’Al-Qaida, la structure accusée de l’agression. Shafiq Ben Laden faisait partie des 13 membres de la famille Ben Laden qui ont quitté les États-Unis à bord d’un Boeing 727 immatriculé aux États-Unis N521DB, le 19 septembre 2001. La proximité des noms Bush et Ben Laden en ce jour précis frappe les consciences et révèle Carlyle au grand public».

LECTURES: AOÛT – SEPTEMBRE – OCTOBRE 2011


« LE 17 OCTOBRE 1961 PAR LES TEXTES DE L’ÉPOQUE » – Préface de Gilles Manceron – Postface de Henri Pouillot, éditions « Les Petits matins », septembre 2011 – 5 euros;

socialgerie – article 601 – présente la préface de Gilles Manceron dans son intégralité;

une partie du livre lui-même étant donnée en document joint;


[“LE 17 OCTOBRE DES ALGÉRIENS”texte de Marcel et Paulette Péju de l’ été 1962 – inédit jusqu’à présent,

suivi de “LA TRIPLE OCCULTATION D’UN MASSACRE”texte de Gilles Manceron, éditions La Découverte, octobre 2011, – 14 euros.->601#2]


[“LES RATONNADES D’OCTOBRE – Un Meutre collectif à Paris en 1961”
Livre de Michel LEVINE, ré-édition, éd. Jean-Claude Gawsewtich, parution le 22 septembre 2011.->601#4]


ÉTAT DE SIÈGE LES SANCTIONS ÉCONOMIQUES DES ÉTATS-UNIS CONTRE CUBA, livre de Said LAMRANI, septembre 2011;


LA MANIPULATION DE L’IDENTITÉ NATIONALE – Du bouc émissaire à l’ennemi de l’intérieur”, de Saïd BOUAMAMA;


[ «PARCOURS D’UN ÉTUDIANT ALGÉRIEN de l’UGEMA à l’UNEA» –
de HOUARI MOUFFOK – préface de Nourredine Saadi->#3]


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ÉTAT DE SIÈGE

LES SANCTIONS ÉCONOMIQUES DES ÉTATS-UNIS CONTRE CUBA

Ce 1er septembre est sorti en librairie le dernier livre de Salim Lamrani. Voici ce que l’auteur nous en dit.

Comme son titre l’indique, le livre traite du blocus économique que Washington impose au peuple cubain depuis plus d’un demi-siècle avec une perspective historique et juridique.

Cet ouvrage contient un prologue de Wayne S. Smith, professeur à l’Université Johns Hopkins de Washington, qui a la particularité d’être le dernier diplomate étasunien à avoir été en poste à La Havane avec le rang d’ambassadeur. Le livre contient également une préface de Paul Estrade, professeur émérite à l’Université Paris VIII, qui est l’un des meilleurs spécialistes de Cuba en France.

Comme le note le professeur Estrade dans la préface, «ce livre présente une réalité méconnue, tergiversée, voire sciemment occultée, tue en tout cas par les médias chargés de sélectionner et de décrypter l’information». Vous n’êtes pas sans savoir que les médias censurent toute pensée alternative au sujet de la problématique cubaine. Cet ouvrage n’y échappera probablement pas d’autant plus qu’il pointe du doigt les manquements de notre presse à son devoir d’information. En effet, alors qu’ils sont si prolixes au sujet de Cuba, les médias observent un silence assourdissant vis-à-vis de l’état de siège économique que les Etats-Unis imposent à Cuba.

Extrait, début du chapitre IV

Les citoyens étasuniens sont autorisés à se rendre à Cuba mais il leur est strictement interdit d’y dépenser le moindre centime, ce qui rend quasiment impossible tout séjour dans l’île. Le Département du Trésor considère donc tout voyage dans l’île comme une violation de la législation sur les sanctions économiques, à moins que les personnes ayant visité Cuba puissent démontrer qu’elles n’y ont effectué aucun achat. La justice étasunienne poursuit sans relâche les contrevenants à la législation sur les sanctions économiques et se montre souvent implacable. Voici quelques exemples récents de sanctions imposées à l’encontre des contrevenants étasuniens.

En avril 1996, Kip Taylor, 73 ans et Patrick Taylor, 58 ans, un couple de Traverse City, se sont rendus à Cuba à bord d’un voilier. Ayant conscience que la loi étasunienne leur interdit toute dépense sur l’île, ils ont emporté avec eux les provisions nécessaires pour trois mois. Lors de leur retour en Floride, ils ont été pris par une tempête et leur mât a été gravement endommagé. Secourus par les garde-côtes cubains dans les eaux internationales, ils ont été ramenés à Cuba. Lorsqu’ils ont sollicité le Département du Trésor pour obtenir l’autorisation de réparer leur voiler, il se sont vu opposer un refus. Les autorités étasuniennes leur ont ordonné d’abandonner leur embarcation, leurs deux chiens et de rentrer par avion, ce qu’a refusé le couple. Avec l’aide de marins étrangers, les Taylor ont finalement pu réparer leur voilier et rentrer à bon port, sans avoir enfreint la règlementation concernant les voyages à Cuba. À leur retour, ils ont été interrogés par les autorités et ont révélé avoir fourni une bande et des compresses à un cuisinier cubain qui s’était brûlé la main. Le Département du Trésor les a alors accusés d’avoir «fourni des services médicaux à un ressortissant cubain» et a condamné le couple à verser une amende de plusieurs dizaines de milliers de dollars [1].

En avril 2004, Barbara et Wally Smith, un couple de retraités du Vermont, ont été condamnés à verser 55 000 dollars d’amende pour avoir séjourné à Cuba durant un semestre, créé un site Internet, Bycycling Cuba, et rédigé un ouvrage relatant leur séjour [2]. Le couple a fait part de son opposition aux sanctions contre Cuba: «Nous pensons qu’il est moralement discutable d’essayer de détruire l’économie d’un pays qui n’a rien fait contre nos intérêts, en substance, pendant 40 ans, et qui ne représente absolument aucune menace contre nous [3]».

Le 9 juin 2004, Richard Connors, avocat de Chicago, a été condamné à trois années de réclusion criminelle pour avoir «effectué du commerce avec l’ennemi». La justice étasunienne a confirmé la sentence en appel en 2006 et l’a reconnu «coupable d’avoir fait passé en contrebande des cigares cubains aux Etats-Unis en violation de […] la Loi de Commerce avec l’Ennemi.» Il a été condamné à une sentence de 37 mois de prison [4].

En juin 2004, deux autres résidents de Key West en Floride, Peter Goldsmith, âgé de 55 ans, et Michele Geslin, âgée de 56 ans, ont été arrêtés pour avoir porté «atteinte à la sécurité nationale des États-Unis». Le parquet a requis à leur encontre quinze ans de réclusion criminelle. Pour justifier la sévérité de la sentence, le procureur fédéral de l’Etat, Marcos Jiménez, a déclaré ces «lois de sécurité nationale, telles que nous les appliquons aujourd’hui, sont destinées à protéger le peuple des États-Unis». En réalité, le couple d’amis avait organisé des régates entre les côtes floridiennes et Cuba en 2003 [5]. En octobre 2004, un juge fédéral, outré par le dossier, a décidé d’acquitter Goldsmith et Geslin de toutes les charges retenues à leur encontre [6].

En juin 2004 également, les autorités étasuniennes ont condamné trois religieux méthodistes de Milwaukee, William Ferguson, Dollora Greene-Evans et Theron Mills, qui s’étaient rendu à Cuba en 1999 dans le cadre d’un déplacement confessionnel et humanitaire, à payer chacun une amende de 25 000 dollars, pour avoir également «porté atteinte à la sécurité nationale du pays». Les religieux ont fait part de leur désapprobation à ce sujet: «Les sanctions vont à l’encontre de la liberté religieuse et sont discriminatoires». Par ailleurs, la sentence s’est appliquée de manière rétroactive car, sous l’administration Clinton, les voyages religieux étaient autorisés [7].

Le 28 août 2004, le docteur Graham Simpson, d’origine sud-africaine et naturalisé étasunien, a reçu une amende de 70 000 dollars de la part du Département du Trésor pour avoir acheté six dauphins à Cuba pour ses parcs aquatiques installés dans les îles des Caraïbes Antigua et Anguilla [8]. Il n’a pas manqué d’exprimer sa surprise: «Je me suis toujours considéré comme un citoyen britannique qui vivait depuis trois ans à Anguilla, qui ne dispose pas de loi interdisant le commerce avec Cuba [9]».

Transmis par Linsay

[1] Center for Constitutional Rights, « American Couple Sue US Treasury Department for Unreasonable Penalties in Cuba Travel Case », 22 avril 2003. http://www.commondreams.org/news200… (site consulté le 2 juin 2011).

[2] Douglas Starr, « Tightening the Screws on Cuba », The Boston Globe, 18 mai 2004.

[3] Anne Wallace Allen, « Retirees Fined For Traveling to Cuba to Research Book », The Associated Press, 20 avril 2004.

[4] EASTERBROOK, EVANS, and WILLIAMS, Circuit Judges, « United States of America v. Richard S. Connors », 21 mars 2006. http://openjurist.org/441/f3d/527/u… (site consulté le 2 juin 2011).

[5] Gerardo Reyes, « Mano dura con los violadores del embargo a Cuba », El Nuevo Herald, 11 juin 2004.

[6] Jennifer Babson, « Keys Boaters Cleared of Embargo Charges », The Miami Herald, 30 octobre 2004, p. B01.

[7] Frank Martin, « Bush castiga a religiosos por venir a Cuba », Granma, 17 juin 2004.

[8] Los Angeles Times, « Doctor Faces Fine for Buying Cuban Dolphins », 30 août 2004.

[9] Charles D. Sherman, « Doctor Fined $70,000 for Buying Cuban Dolphins », The Miami Herald, 28 août 2004.

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Etat de siège. Les sanctions économiques des Etats-Unis contre Cuba

Prologue de Wayne S. Smith

Préface de Paul Estrade

Paris, Editions Estrella, 2011

15€

Pour toute commande dédicacée, contacter : lamranisalim@yahoo.fr

Sources: Rouge Midi

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“LE 17 OCTOBRE 1961

PAR LES TEXTES DE L’ÉPOQUE”

Préface de Gilles Manceron

Postface de Henri Pouillot

éditions “Les Petits matins”

5 euros


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Le 5 octobre 1961, alors que les négociations devant mettre fin à la guerre
d’Algérie ont commencé, le préfet de police Maurice Papon décrète un couvrefeu pour les Algériens à Paris et dans sa banlieue.

Le 17, une manifestation pacifique à l’appel du FLN s’ensuit, qui sera sauvagement réprimée.

Des dizaines de personnes seront retrouvées noyées dans la Seine.

Cinquante ans après, ce crime n’est toujours pas reconnu comme tel ni condamné par les plus hautes autorités de la France.

Ce livre présente des documents de l’époque: le communiqué du préfet
Papon, une circulaire administrative d’une précision glaçante, mais aussi des appels du FLN, le témoignage sous forme de reportage d’un jeune appelé, un tract de «policiers républicains» indignés par les actes auxquels on veut les associer…

Autant de pièces décisives éclairées ici par l’analyse de l’historien Gilles
Manceron, et mises en perspective par Henri Pouillot, président de l’association “Sortir du colonialisme”, avec les débats actuels sur la colonisation.


L’association Sortir du colonialisme”, qui a coordonné cet ouvrage, organise chaque année la Semaine anticoloniale: un ensemble d’actions et de manifestations pour contester la réhabilitation rampante de l’idée coloniale, concrétisée par la loi du 23 février 2005 évoquant «le rôle positif» de la colonisation.

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LA MANIPULATION DE L’IDENTITÉ NATIONALE

Du bouc émissaire à l’ennemi de l’intérieur

de Saïd BOUAMAMA

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Depuis plusieurs décennies, une offensive idéologique sans précédent se déploie à l’encontre des populations issues de l’immigration postcoloniale.

La création d’un ministère de l’identité nationale et de l’immigration n’est que le résultat des attaques antérieures qui ont préparé le terrain: réinjection des liens du sang comme fondement de la nationalité, débat sur la laïcité et vote d’une loi d’interdiction du «foulard à l’école», affaire dite «des sifflets au stade de France», etc.

Petit à petit se met ainsi en place une formidable régression historique: le retour à une conception essentialiste, ethnique, sanguine de la Nation.

Une telle conception conduit inéluctablement à une logique de traque d’un «ennemi de l’intérieur» qui ressemble étrangement à la logique pétainiste dont nous connaissons les conséquences sociales.

Les articles réunis dans ce livre ont été écrits au cours de ces deux dernières décennies. Ils ont été pour certains d’entre eux des réactions à l’actualité et pour d’autres des analyses tentant de prendre du recul sur ces attaques constantes à l’encontre des populations immigrées et de leurs enfants.

Ils ont comme point commun d’insister sur la véritable question identitaire qui se pose à la société française qui n’est, bien entendu, pas celle de l’identité nationale mais plutôt celle de la déstabilisation des identités populaires du fait des politiques ultralibérales mises en oeuvres depuis près de quatre décennies.

Saïd BOUAMAMA est sociologue et chargé de recherche à l’I.F.A.R. (Intervention, Formation, Action, Recherche) de Lille. Il est l’auteur de nombreux ouvrages et articles sur les milieux populaires, les jeunesses populaires et l’immigration. Il est également militant pour l’égalité des droits.

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DISPONIBLE CHEZ VOTRE LIBRAIRE

ou directement auprès de l’éditeur

Prix public TTC : 16,00 € ;

port et emballage forfaitaire: 3,00 € pour la France et 5,00 € pour l’UE et la Suisse

règlement par chèque encaissable sur banque française
à l’ordre des éditions du Cygne – 4, rue Vulpian – 75013 Paris

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[POUR RAPPEL …

LIVRE PRÉSENTÉ PAR SOCIALGERIE

LE 22 AOÛT 2011

article 550->550]

«PARCOURS D’UN ÉTUDIANT ALGÉRIEN

de l’UGEMA à l’UNEA»

écrit par HOUARI MOUFFOK

préface de Nourredine Saadi

Editions Bouchène

Paris 1999

Alger en l’an 2000

Auteur : Houari Mouffok

Titre : Parcours d’un étudiant algérien, de l’Ugéma à l’Unéa

Édition BOUCHENE

Collection : Escales

ISBN : 2-912946-11-5

Prix : 10,67 €.

13,5×21 cm – 96 pages.

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WIKILEAKS et « HIZB FRANCA »

La publication des câbles de Wikileaks intervient dans un contexte national marqué par une intensification des luttes entre les différents clans du système pour le contrôle du pouvoir.

« Les secrets d’Etat les plus protégés ne figurent pas dans les documents dont nous avons eu connaissance», affirmait en novembre dernier Sylvie Kauffman, directrice de la rédaction du journal Le Monde, chargée du tri et de la mise en forme des documents fournis par Wikileaks.

Aujourd’hui, ces câbles semblent être un vide-grenier, une sorte de marché aux puces où chacun peut trouver la pièce qui étaye ses propres hypothèses.

Ainsi ce câble sur l’entrevue en date du 31 janvier 2007 entre un expert financier et l’ambassadeur Robert S. Ford:

«Mohamed Ghernaout nous a dit que la liquidation de Khalifa relève d’un deal entre les dirigeants algériens et le renseignement français, justement pour laisser le champ libre aux banques françaises en Algérie. Il nous a dit aussi que Khalifa est devenu trop grand en un tout petit laps de temps. Les Français, qui voulaient avoir leur part du gâteau, ont misé sur l’imprudence du playboy Abdelmoumen pour appuyer leur thèse et faire tomber la banque». Et, semble-t-il, l’analyse de Ghernaout a marqué l’Américain: «sa prophétie est devenue réalité. En ces dernières années, les banques françaises, Société Générale et BNP Paribas qui ont ouvert plus de 50 succursales en Algérie ont affiché leurs intentions à reprendre le Crédit populaire algérien (CPA), listé parmi les sociétés privatisables». (Le Soir d’Algérie, 6/9/2011).

Ce câble vient nous rappeler que l’emprise du néocolonialisme français est une donnée centrale dans notre pays. Kharroubi Habib y revient dans son analyse parue dans le Quotidien d’Oran d’aujourd’hui.

Le parti de la France n’est pas là où on le pense

Cinquante ans après son indépendance pourtant chèrement payée, l’Algérie est toujours arrimée à son ex-puissance colonisatrice par des liens dont la persistance et l’aspect parfois léonin montrent à quel point est factice le discours antifrançais, dont, depuis l’aube de cette indépendance, se gargarisent dans le pays la prétendue «famille révolutionnaire» et les pouvoirs successifs auxquels elle sert de socle social.

À un moment ou à un autre, ces pouvoirs ont usé de ce discours en tant qu’arme de diabolisation et de discrédit à l’encontre de toute opposition interne s’aventurant à remettre en cause leur «légitimité», censée émaner du combat libérateur mené contre la présence et la colonisation françaises. Etre traité «d’agent de la France» équivalait pour les opposants à ces pouvoirs à leur retranchement définitif de la société algérienne et à la dénégation absolue de leur sentiment patriotique.

Or, cinquante années d’indépendance ont passé et malgré les postures antifrançaises «pures et dures» de cette «famille révolutionnaire» et des pouvoirs qui se sont succédé, la France est toujours présente en Algérie, jouissant d’une capacité d’influence sur les affaires algériennes, qui les infirment totalement. En dépit, il est vrai, de moments tumultueux ayant marqué les relations algéro-françaises, l’ex-puissance coloniale conserve encore en Algérie un droit de regard, dont les pouvoirs algériens, pourtant «sourcilleux» du point de vue de la souveraineté nationale, se sont étonnement accommodés.

En Algérie, il existe effectivement un «hisb França», qu’il ne faut pas chercher du côté des adversaires intérieurs du pouvoir, mais dans le sérail de celui-ci. Ce n’est pas en effet l’opposition, à quelque moment que ce soit depuis l’indépendance, qui a conforté la présence française. Ce sont les pouvoirs en place qui ont fait qu’il en soit ainsi. Jamais ces pouvoirs au discours antifrançais, parfois enrobé, souvent franchement excessif, n’ont œuvré à couper le cordon ombilical de la dépendance algérienne à l’égard de l’ex-puissance coloniale. Il en résulte que cinquante ans après l’ère coloniale, la France est le principal partenaire économique de l’Algérie, son premier fournisseur. Situation qui, à l’évidence, ne choque nullement la «famille révolutionnaire», qui, à chaque fois qu’elle sent monter le mécontentement populaire, enfourche la même rengaine antifrançaise.

L’Algérie a eu et a encore l’opportunité de s’extraire du «pré carré» que la France néocoloniale s’obstine à considérer comme sien. Elle aurait pu et peut encore le faire en diversifiant la coopération et le partenariat avec d’autres puissances étrangères. Sauf que le pouvoir en Algérie est habité par le «complexe du colonisé», qui en fait le jouet des dessins de l’ex-puissance colonisatrice. La fascination française, avec tout ce qu’elle a d’effet soporifique sur le sentiment patriotique de la classe dirigeante algérienne post indépendance, est vraiment la réalité tangible qui explique la pérennité de l’influence et du pouvoir d’ingérence de la France dans l’Algérie indépendante.

La commémoration prochaine du 50e anniversaire de l’indépendance sera l’occasion pour cette classe dirigeante de nous abreuver de tirades patriotiques, poudre aux yeux avec laquelle elle cherchera à masquer le lien de dépendance qu’elle entretient avec l’ex-puissance coloniale. Kouchner a eu tort d’estimer que la France sera gagnante au retrait du pouvoir en Algérie de cette génération de dirigeants qui l’a confisqué depuis l’indépendance.

Kharroubi Habib.

Le Quotidien d’Oran

6 septembre 2011.