186 ÉTATS MEMBRES VOTENT POUR LA VINGTIÈME ANNÉE CONSÉCUTIVE LA LEVÉE DU BLOCUS IMPOSÉ PAR LES ÉTATS-UNIS À CUBA

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Assemblée générale

AG/11162

le 25 octobre 2011

Département de l’information  Service des informations et des accréditations  New York

Assemblée générale

Soixante-sixième session

41e et 42e séances plénières

Matin et après-midi

ASSEMBLÉE GÉNÉRALE:

186 ÉTATS MEMBRES VOTENT

POUR LA VINGTIÈME ANNÉE CONSÉCUTIVE

LA LEVÉE DU BLOCUS IMPOSÉ PAR LES ÉTATS-UNIS À CUBA

Plusieurs délégations ont déploré l’absence de progrès

et ce malgré les engagements pris par le Président américain Obama

L’Assemblée générale a demandé aujourd’hui pour la vingtième année consécutive et à une très large majorité la levée du blocus économique, commercial et financier imposé par les États-Unis à Cuba, et ce, depuis 1962.

À cet effet, 186 États Membres se sont prononcés en faveur du texte* soumis par Cuba. Les États-Unis et Israël se sont opposés à ce texte, tandis que les Îles Marshall, les États fédérés de Micronésie et les Palaos se sont abstenus.

Venu présenter le projet de résolution, le Ministre des affaires étrangères de Cuba a regretté que depuis 20 ans l’Assemblée générale continue d’inscrire cette question à son ordre du jour. Alors que l’administration Obama avait voulu donner une image de souplesse, elle a renforcé sa traque des transactions financières cubaines dans le monde entier, faisant fi des lois des pays tiers.

De son côté, le représentant des États-Unis a réaffirmé le droit souverain de son pays à déterminer sa politique bilatérale, notamment lorsqu’il s’agit de relations économiques avec d’autres pays. Il a fait état de mesures prises par le Président Barack Obama, qui s’inscrivent dans la nouvelle politique d’ouverture des États-Unis et démontrent l’engagement fort des États-Unis au peuple cubain, contrairement à l’image dépeinte dans cette résolution.

Par ailleurs, plusieurs délégations ont insisté sur les effets préjudiciables et les dégâts irréparables de l’embargo, dont les répercussions économiques sont néfastes pour Cuba et les pays tiers, affectant ses échanges avec ses partenaires commerciaux, notamment la Communauté des Caraïbes (CARICOM) ou l’Union européenne. Le Ministre de Cuba a précisé que les préjudices économiques de l’embargo des États-Unis sur son pays dépassaient les 975 milliards de dollars.

Le représentant des États-Unis a, de son côté, indiqué que compte tenu des produits alimentaires et des médicaments qu’il fournit au titre de l’aide, son pays est le cinquième partenaire commercial de Cuba.

Le Ministre de Cuba a répondu qu’en aucun cas les deux pays n’étaient des partenaires commerciaux et que les réglementations extrêmement strictes imposées par les États-Unis sur son pays ne sauraient être qualifiées de relations commerciales.

L’Assemblée générale poursuivra ses travaux demain, mercredi 26 octobre, à partir de 10 heures, avec l’examen des rapports de la Cour internationale de Justice (CIJ) et de la Cour pénale internationale (CPI).

* A/66/L.4

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NÉCESSITÉ DE LEVER LE BLOCUS ÉCONOMIQUE, COMMERCIAL ET FINANCIER IMPOSÉ À CUBA PAR LES ÉTATS-UNIS D’AMÉRIQUE

a) Rapport du Secrétaire général (A/66/114)

b) Projet de résolution (A/66/L.4)

Déclarations

M. DIEGO LIMERES (Argentine) , qui s’est exprimé au nom du Groupe des 77 et de la Chine , a rappelé que lors de sa déclaration l’an passé devant l’Assemblée générale, le représentant des États-Unis avait mis l’accent sur les progrès réalisés, s’agissant des visites familiales et des transferts de fonds et des biens humanitaires. Cette annonce, a-t-il dit, a offert l’espoir que les relations allaient dans la bonne direction. Il a toutefois déploré que l’embargo à l’encontre de Cuba soit inchangé et que les restrictions économiques et financières demeurent. M. Limeres a ajouté que cet embargo allait à l’encontre des normes fondamentales du droit international et du droit international humanitaire, ainsi que de la Charte des Nations Unies. Le représentant a indiqué que le Groupe des 77 et la Chine condamnait cet embargo et appelle le Gouvernement des États-Unis à y mettre un terme. L’an passé, a-t-il rappelé, 187 États Membres ont voté en faveur du projet de résolution proposé par Cuba. Une large majorité des membres de la communauté internationale demande la fin de 50 ans d’embargo à l’encontre de Cuba. Ils exigent que le principe de non-ingérence dans les affaires des États soit pleinement respecté.

M. MAGED A. ABDELAZIZ (Égypte) , intervenant au nom du Mouvement des pays non alignés , a affirmé que l’application des principes de la justice ne devait pas être restreinte au niveau national mais également s’étendre à l’arène internationale. Il s’est dit extrêmement troublé de constater que les vis d’un blocus injuste et injustifié continuaient d’être serrées à l’encontre d’un des membres du Mouvement. Le Mouvement, a-t-il ajouté, rejette une violation aussi flagrante des principes du multilatéralisme. M. Abdelaziz a ensuite évoqué les dommages directs et indirects de l’embargo, observant notamment que celui-ci avait également des répercussions négatives sur la population et les entreprises du Tiers monde. L’embargo imposé à Cuba est intenable d’un point de vue politique et économique et indéfendable du point de vue moral, a-t-il martelé. Le représentant a ensuite exhorté les États-Unis à le lever.

M. MACHARIA KAMAU (Kenya) , au nom du Groupe des États d’Afrique , a déploré que malgré les appels répétés de la communauté internationale, l’embargo des États-Unis contre Cuba continue d’être en vigueur. Compte tenu de leur proximité, Cuba et les États-Unis devraient être des partenaires commerciaux naturels, et considérant le nombre important d’Américains d’origine cubaine, les deux pays devraient aussi avoir des relations chaleureuses et fraternelles, a-t-il estimé. Quelles que soient les racines historiques de l’embargo, il est sans aucun doute temps que les nations trouvent le courage et le sens civique de surmonter les différences d’une manière qui reflète les idéaux mondiaux de la communauté internationale au XXIe siècle, a-t-il plaidé. Le représentant a enfin réitéré l’opposition de l’Afrique aux mesures unilatérales qui portent atteinte à la souveraineté d‚un État.

Mme JANINE COYE-FELSON (Belize) , qui s’est exprimée au nom de la Communauté des Caraïbes (CARICOM) , a réitéré son opposition sans équivoque à l’embargo à l’encontre de Cuba. L’embargo, a-t-elle insisté, a survécu 20 ans après la fin de la guerre froide, à huit présidents américains et à Fidel Castro lui-même, a-t-elle rappelé, ajoutant que 70% du peuple cubain était né pendant l’embargo. Cet embargo punitif est particulièrement préoccupant pour la Communauté des Caraïbes, notamment parce qu’elle partage une histoire, une culture, une solidarité et des liens de fraternité avec ce peuple. Cuba est l’État le plus peuplé des Caraïbes et ses liens sont étroits avec la CARICOM. C’est pourquoi, l’embargo n’est pas seulement punitif à l’encontre de Cuba mais de la région dans son ensemble. La représentante a indiqué que les membres de la CARICOM continuaient de maintenir des relations étroites avec Cuba, à travers une série de programmes de coopération dans les domaines de l’infrastructure, de la santé et du développement des ressources humaines.

Mme Coye-Felson a souhaité que de nouveaux mécanismes soient trouvés afin de rendre opérationnels les termes de la résolution. Pointant du doigt les conséquences économiques de l’embargo pour Cuba, la représentante a précisé que ce dernier avait coûté près de 100 milliards de dollars depuis son imposition en 1962. Pourtant Cuba continue de déployer des efforts pour appuyer le développement des autres États en développement. Un nouveau départ entre Cuba et les États-Unis est possible, a-t-elle souligné, à condition que l’embargo soit levé. Elle a appelé les États-Unis à écouter les opinions et les préoccupations de ses amis et partenaires.

Mme BYRGANYM AITIMOVA (Kazakhstan) , au nom de l’ Organisation de la coopération islamique (OCI) , a rappelé que le Conseil des ministres des affaires étrangères de l’OCI était guidé par les principes du droit international et du droit souverain de chaque nation à poursuivre son développement. À cet égard, l’OCI désapprouve toute régulation nationale qui entrave ou retarde le développement d’un pays, y compris ses sphères économique, commerciale et financière. En outre, des lois unilatérales arbitraires sont en contradiction avec les règlements de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), a insisté Mme Aitimova, demandant la levée de l’embargo en accord avec les principes et objectifs de la Charte des Nations Unies et des résolutions de l’Assemblée générale.

M. JOSÉ LUIS CANCELA (Uruguay) , intervenant au nom du Marché commun du Sud (MERCOSUR) , a regretté que les mesures annoncées l’an dernier par les États-Unis au sujet de l’assouplissement des restrictions de voyage et de renvois de fonds n’aient pas entraîné un changement substantiel de la politique d’embargo. Ces mesures sont insuffisantes et ont une portée trop limitée, a-t-il accusé. Le représentant a affirmé que le blocus se faisait en contravention du droit international et entravait le système de commerce international. Le MERCOSUR, a-t-il ajouté, rejette toute mesure unilatérale et extraterritoriale et condamne l’application de mesures unilatérales coercitives à l’encontre du commerce libre. M. Cancela a vu dans le blocus imposé à Cuba l’exemple d’une politique obsolète qui n’a plus sa place à l’heure actuelle.

M. E. AHAMED, Ministre des affaires étrangères de l’ Inde , a estimé que la poursuite de l’embargo contre Cuba, malgré le rejet dont cette mesure fait l’objet de la part de l’Assemblée générale, portait un grave coup au multilatéralisme et à la crédibilité des Nations Unies. Cet embargo de près de 50 ans a causé des souffrances immenses à la population cubaine et a entravé le développement du pays, a-t-il déclaré. En effet, il a empêché Cuba d’avoir accès au marché américain, à des investissements, à des technologies et des services financiers proches. Au lieu de cela, le pays a dû payer des coûts supplémentaires énormes pour s’approvisionner dans des pays situés à des milliers de kilomètres, a expliqué le représentant, alors que l’application extraterritoriale de l’embargo a découragé les investissements et le transfert de technologie, ce qui a eu de graves répercussions sur le plan de la santé.

M. Ahamed a insisté sur le potentiel énorme d’un renforcement des liens économiques et commerciaux entre les États-Unis et Cuba. Les mesures prises par l’Administration américaine en janvier 2011 sont des développements positifs mais sont loin de constituer un changement fondamental de l’ensemble complexe de lois et de régulations qui constituent l’embargo contre Cuba, a-t-il enfin dit.

M. JUAN CARLOS ALURRALDE, Vice-Ministre des affaires étrangères de la Bolivie , a déploré la poursuite du blocus, qu’il a qualifié de bien triste vestige de la guerre froide. Le 26 juillet 1963, a-t-il rappelé, le Président Kennedy s’est adressé aux habitants de Berlin pour leur dire qu’ils vivaient dans une ville fortifiée sous embargo. Le représentant s’est demandé pourquoi les États-Unis ont condamné si vigoureusement le blocus contre Berlin et continuent de maintenir l’embargo contre cuba. «Je suis cubain», a-t-il répété plusieurs fois, rappelant la phrase prononcée par Kennedy à Berlin «Je suis berlinois». «Je suis cubain» est le slogan des peuples libres du monde, depuis le blocus imposé à Cuba, nous sommes tous cubains, a-t-il insisté. Combien de fois va-t-il falloir voter la résolution appelant à la levée du blocus? s’est-il indigné.

M. LUIS ALFONSO DE ALBA (Mexique) a souligné l’opposition de son pays à l’embargo imposé à l’encontre de Cuba. Il a observé que les mesures nationales qui revendiquent une application extraterritoriale dans des pays tiers sont contraires au droit international. Elles ont de graves conséquences sur le plan humanitaire et sont également le reflet d’un renoncement à la négociation, à la diplomatie et au dialogue. Il a évoqué l’impact négatif de l’embargo sur le développement économique de Cuba, ainsi que sur le bien-être de la population. Il a également parlé de ses répercussions négatives sur les pays tiers qui peinent, de ce fait, à interagir avec Cuba sur le plan économique et social. M. De Alba a également appuyé l’inclusion de Cuba au sein des mécanismes internationaux de dialogue et de commerce économique et financier dans le but de favoriser la coopération et le développement. Il a par ailleurs rappelé que les sanctions politiques, économiques et militaires imposées aux États devaient émaner de décisions et de recommandations du Conseil de sécurité ou de l’Assemblée générale.

M. JORGE VALERO BRICEÑO (Venezuela) a rappelé que les États Membres avaient lancé un appel quasi universel pour la levée du blocus qui a, depuis plus de 50 ans, cherché à entraver le droit du peuple cubain à décider de son sort. Il est honteux que cet appel soit ignoré, année après année, par ceux qui violent fréquemment le droit international, a-t-il dénoncé, réitérant le rejet de son pays de toute mesure unilatérale avec effets extraterritoriaux. Il a en outre demandé la libération de quatre prisonniers retenus aux États-Unis, ainsi que la liberté de circulation pour René Gonzalez.

Bien que l’Administration américaine tente de faire croire à l’opinion publique internationale qu’un changement de politique est en cours à l’égard de Cuba, la vérité est que l’embargo contre l’île demeure intact, a-t-il accusé, notamment en matière de sanctions contre des entreprises qui ont des liens avec Cuba. Ses conséquences dramatiques sur la qualité de vie de la population, femmes, enfants, personnes âgées et malades, perdurent, notamment en termes d’accès aux médicaments ou aux matériaux de construction. Ce blocus est donc, sans aucun doute, un déni répété et unilatéral, par un État signataire de la Charte des Nations Unies, du droit au développement d’un autre État Membre, a dénoncé M. Briceño, appelant à mettre fin à la politique du deux poids deux mesures dans l’application de la justice internationale, qui voit la condamnation des faibles, et la tolérance envers les violations commises par les impérialistes du Nord.

M. WANG MIN (Chine) a regretté que depuis 19 ans, l’Assemblée générale des Nations Unies demande, à une écrasante majorité, qu’il soit mis fin à l’embargo imposé à Cuba. La poursuite de l’embargo est une sérieuse violation des buts et principes de la Charte des Nations Unies. L’embargo, a-t-il ajouté, entrave les efforts déployés par le peuple cubain pour éradiquer la pauvreté, promouvoir le développement économique et social et parvenir à la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le développement. Alors que la communauté internationale fait face à des défis, auxquels s’ajoute le problème des changements climatiques, cela rend l’embargo contre Cuba encore plus déraisonnable, a-t-il estimé. Le Gouvernement de la Chine, a-t-il souligné, pense que chaque pays a le droit de choisir en toute indépendance son propre système social et leur propre voie de développement. Aucun pays n’a le droit d’imposer des sanctions unilatérales militaires, politiques et économiques à l’encontre d’un autre pays. Enfin, il a mis en avant les relations entre son pays et Cuba, notamment dans les domaines économique et commercial.

M. MOURAD BENMEHIDI (Algérie) a estimé que l’adoption annuelle par l’Assemblée générale d’une résolution demandant la levée du blocus contre Cuba témoignait du souhait profond de la communauté internationale de mettre fin à une situation qui perdure depuis trop longtemps. L’Algérie a toujours condamné l’imposition de mesures unilatérales et de règlements à caractère extraterritorial qui entravent le développement d’un pays. À cet égard, le blocus contre Cuba est ouvertement contraire au droit international et aux buts et principes de la Charte des Nations Unies, a dit le représentant, dénonçant ses incidences sur la croissance économique de Cuba et sur son développement social et humain. Ces conséquences sont aggravées par les effets de la crise économique et financière mondiale, ainsi que par la crise énergétique et alimentaire qui sévit actuellement, a-t-il expliqué, exhortant par conséquent le Gouvernement des États-Unis à mettre fin à l’embargo.

M. DOCTOR MASHABANE, (Afrique du Sud) , a estimé que le vote enregistré l’an passé sur le projet de résolution pour la levée du blocus avait montré la détermination de la communauté internationale à ce sujet. Cet embargo, a-t-il réitéré, constitue une violation du droit international. Il a fait part de sa préoccupation concernant la situation économique et sociale de Cuba, notamment lorsque les récentes crises énergétique, alimentaire, financière et économique affaiblissent les autres pays. Cet embargo, a-t-il ajouté, a des conséquences préjudiciables sur les transferts de capitaux, l’économie et l’activité touristique de l’île. Le représentant a annoncé que son pays allait ouvrir une ligne de crédit de l’ordre de 10 millions de dollars en faveur de Cuba. Il a noté le travail remarquable de Cuba dans les domaines de la santé et de l’éducation dans le monde en développement, et a appelé les États Membres à appuyer une nouvelle fois la résolution pour la levée du blocus.

M. LE HOAI TRUNG (Viet Nam) a affirmé que les États-Unis devaient lever l’embargo imposé à Cuba, une nation souveraine et pacifique, pour des raisons juridiques, politiques, économiques et humanitaires. Il a constaté que la loi Helms-Burton allait à l’encontre du droit international et des principes de la Charte, entravait le développement de relations amicales entre les nations et violait le droit d’un peuple à choisir son propre système politique et de développement. Le représentant s’est plus particulièrement inquiété des effets de l’embargo sur les femmes et les enfants.

Il y a un demi siècle, a rappelé M. CAMILLO GONSALVES, (Saint-Vincent-et-les Grenadines) , le monde était le témoin du «printemps cubain», un soulèvement indigène et populaire à l’encontre d’un dictateur corrompu et brutal. Il a rappelé que depuis 50 ans, Cuba était victime d’un embargo financier, économique et commercial, dont l’ampleur n’a aucun équivalent dans le monde moderne. L’embargo est un échec et n’a servi qu’à faire souffrir le peuple cubain, a-t-il ajouté. Comment les architectes de la mondialisation peuvent-ils ainsi isoler un État? s’est-il demandé avec indignation. Il a ajouté que personne ne pouvait imposer son idéal à une autre nation. Ici, personne n’a le droit ou ne se permettrait de dire aux États-Unis ou un autre pays comment gérer ses politiques intérieure ou étrangère, a-t-il expliqué. Le Président américain Obama a, lors de son discours devant l’Assemblée générale, indiqué que la démocratie ne pouvait être imposée à aucune nation depuis l’extérieur et que chaque société devait chercher sa propre voie et il a également dit que le monde devait montrer que le droit international n’était pas une vaine promesse et qu’aucune nation ne devait essayer de dominer une autre nation, a rappelé le représentant. Selon le représentant, ces paroles sont prometteuses d’un changement.

M. NIKOLAI OVSYANKO (Bélarus) a rappelé que la vaste majorité des États Membres des Nations Unies exigeait que soit mis fin à l’embargo contre Cuba, estimant que les mesures coercitives étaient une façon ni constructive, ni civilisée de régler des différends internationaux, en violation du droit international. Il a notamment condamné les effets négatifs de l’embargo sur la population cubaine et le développement économique du pays, situation encore aggravée par la crise actuelle. Toute tentative d’un État pour modifier le système interne d’un autre pays par des pressions politiques, ou autres, est inacceptable, a-t-il affirmé. Le représentant a en outre assuré que les peuples forts ne renonceraient jamais à leur droit de choisir. Aujourd’hui, alors que nous votons pour la vingtième fois pour la levée de l’embargo, nous espérons que la voix de l’Assemblée générale sera enfin entendue, a-t-il conclu.

M. YUSRA KAHN (Indonésie) a estimé que non seulement l’embargo unilatéral contre Cuba contrevenait aux principes de la Charte des Nations Unies et du droit international, mais qu’il était également une atteinte aux droits des peuples à la vie, au bien-être et au développement. L’embargo a en outre des conséquences sur les intérêts économiques et commerciaux de Cuba, et sur ses relations avec des pays tiers. Alors que le monde est confronté à de graves défis multiples, économique, alimentaire et énergétique, il est un obstacle inutile sur la voie de la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le développement, a dit le représentant. Estimant que la mondialisation avait créé les conditions d’une véritable solidarité mondiale entre la communauté des nations, il a affirmé que la levée de l’embargo contre Cuba serait en phase avec l’esprit de l’époque actuelle.

M. COLLIN BECK (Îles Salomon) a exhorté les États-Unis à examiner l’impact de ses actions sur le peuple cubain à travers le prisme de l’humanité et à tendre la main vers son voisin afin de renouer une amitié gelée pendant deux décennies. Il a ensuite salué Cuba pour avoir choisi la voix pacifique pour obtenir, par le biais des Nations Unies, la levée inconditionnelle de l’embargo. Il a ensuite fait savoir que sa délégation voterait en faveur de la résolution.

M. VITALY CHURKIN (Fédération de Russie) a estimé que l’embargo imposé à Cuba avait clairement démontré son incapacité à influer sur les choix souverains faits par Cuba quant à son modèle de développement. Les seules conséquences des sanctions sont la détérioration de la qualité de vie de la population cubaine, la création d’obstacles artificiels à la croissance économique et l’empiètement sur les droits et les intérêts des pays tiers, a-t-il souligné. Le représentant a ensuite regretté que l’administration du Président Obama n’ait fait, selon lui, que de minimes efforts pour ajuster la politique des États-Unis vis-à-vis de Cuba. Il a néanmoins dit espérer la levée de certaines restrictions imposée aux citoyens américains souhaitant visiter leur famille à Cuba, ainsi qu’aux envois de fonds, serait accompagnée de mesures supplémentaires destinées à normaliser les relations entre les deux pays.

Venu présenter le projet de résolution, M. BRUNO EDUARDO RODRÍGUEZ PARRILLA, Ministre des affaires étrangères de Cuba , a regretté que depuis 20 ans l’Assemblée générale inscrit la question de la levée du blocus économique contre Cuba à son ordre du jour.

L’Assemblée générale continue année après année de demander la levée du blocus économique, commercial et financier des États-Unis contre Cuba, a poursuivi le Ministre. Il a affirmé que les préjudices économiques directs causés au peuple cubain par le blocus dépassent 975 milliards de dollars. L’Administration des États-Unis a beau prétendre donner une image de souplesse, le blocus et les sanctions restent tels quels, sont pleinement appliqués et leur caractère extraterritorial s’est aggravé ces dernières années, a-t-il dénoncé. L’administration Obama, a-t-il ajouté, a renforcé sa traque des transactions financières cubaines dans le monde entier, faisant fi des lois des pays tiers et de l’opposition des gouvernements concernés.

Il a ajouté que Cuba n’était toujours pas en mesure d’exporter ou d’importer librement aux États-Unis, et ne peut utiliser le dollar pour ses transactions ou ouvrir des comptes dans cette devise. En janvier dernier, plus de 4 millions de dollars alloués par le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme à des programmes de coopération avec Cuba ont été mis sous séquestre. Alors que Washington dit assouplir sa politique afin que des groupes étatsuniens puissent voyager à Cuba, le Département du Trésor vient de refuser à deux importantes organisations non gouvernementales de se rendre à Cuba, s’est insurgé le Ministre. La liberté de déplacement des Étatsuniens continue d’être soumise à des restrictions, a-t-il lancé. Les États-Unis continuent de soutenir que cette question est d’ordre bilatéral et qu’elle n’a pas lieu d’être abordée ici.

À l’offre du Gouvernement cubain d’amorcer un dialogue sur tous les points du contentieux bilatéral, le Président Obama a répondu une fois de plus par une fin de non-recevoir et par une série de conditions que Cuba ne saurait accepter, a déclaré M. Parilla. C’est une attitude démodée et ancrée dans le passé, a-t-il ajouté, le Président élu pour le changement s’exprime comme ses prédécesseurs, notamment républicains. Ce que le Gouvernement des États-Unis veut voir changer à Cuba ne changera pas, a-t-il dit. Le Gouvernement de Cuba restera «le Gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple», a-t-il précisé. Il a dénoncé l’attitude américaine à l’égard de Cuba récemment divulguée par les câbles Wikileaks. Enfin, le Ministre a regretté que l’un des cinq antiterroristes cubains qui, après avoir purgé injustement une peine de 13 années de privation de liberté, ne puisse toujours pas rentrer dans son pays et y retrouver sa famille. Il a appelé la communauté internationale à appuyer le projet de résolution intitulé A/66/L.4 intitulé «Nécessité de lever le blocus économique, commercial et financier imposé à Cuba par les États-Unis d’Amérique».

Explications de vote avant le vote

Prenant la parole, le représentant des États-Unis a indiqué que comme la plus plupart des États Membres son pays était attaché aux droits souverains de Cuba, ainsi qu’au souhait du peuple cubain de déterminer librement son avenir. Le régime de Cuba a privé, depuis près d’un demi-siècle, son peuple de jouir de ces droits. Les États-Unis réaffirment leur droit souverain à déterminer leur politique bilatérale, notamment ses relations économiques avec les autres pays. La relation économique des États-Unis avec Cuba n’est pas une question qui intéresse cette Assemblée, a poursuivi le représentant. L’embargo, a-t-il dit, n’est qu’un aspect de la politique américaine à l’égard de Cuba et l’idée est d’envisager la liberté des droits de l’homme du peuple cubain, question dont l’Organisation est chargée. La politique de Cuba, et non celle des États-Unis, est le plus grand obstacle au développement de Cuba, a-t-il insisté. À cet égard, il a rappelé que les États-Unis fournissaient une assistance alimentaire et sanitaire à Cuba. Tenant compte de cette réalité, Les États-Unis sont le cinquième partenaire commercial de Cuba.

La résolution présentée est sans fondement et oublie les véritables victimes du génocide, a tablé le représentant. Comme le Président Obama l’a redit le mois dernier, le Gouvernement américain est prêt à entamer de nouvelles relations avec le Gouvernement de Cuba. Il a souhaité que Cuba libère tous ses prisonniers politiques et notamment Alan Gross, inculpé pour avoir essayé de faciliter l’accès de la communauté juive de Cuba à Internet. Il a ajouté que depuis janvier 2011, plusieurs changements ont été mis en place dans la politique américaine, notamment pour permettre le contact de personnes entre les deux pays. Ces changements, a-t-il ajouté, s’inscrivent dans le cadre de la politique d’ouverture du Président Obama lancée en 2009 et visant à davantage d’échanges et de contacts entre les deux pays. Étant donné que cette résolution ne reflète pas les réalités du moment, la délégation des États-Unis votera contre ce projet, a-t-il dit en conclusion.

Le représentant du Nicaragua a dénoncé un blocus criminel et inhumain contre le peuple cubain. Il a estimé que les États-Unis s’obstinaient à tenter de justifier l’injustifiable et n’arriveraient jamais à leurs fins contre le peuple frère courageux de Cuba. Il a salué le projet de Fidel Castro et Hugo Chávez qui s’est concrétisé avec la création de l’Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique, et qui permet l’amélioration des conditions de vie des populations, ainsi qu’une réduction de la pauvreté. C’est justement parce que le Gouvernement cubain est toujours aux côtés des plus pauvres qu’il est la victime de cet embargo mais aucun empire ne pourra faire plier Cuba, a poursuivi le représentant.

Il est donc temps de rectifier ces mesures qui contreviennent au droit international, au droit humanitaire et à la Charte des Nations Unies, a-t-il expliqué, assurant que le peuple des États-Unis n’était pas favorable à ce blocus, politique absurde et inhumaine qui avait des conséquences graves sur la population. La politique d’étranglement contre Cuba constitue le plus important obstacle au développement socioéconomique de l’île, a-t-il plaidé, demandant la libération de quatre prisonniers retenus par les États-Unis et condamnant le fait que «des terroristes» soient laissés libres de circuler dans les rues américaines, malgré leur implication dans des attentats contre le peuple et le Gouvernement cubains.

Explications de vote après le vote

Le représentant de la Pologne , intervenant au nom de l’ Union européenne (UE) , a estimé que la législation américaine Helms-Burton avait étendu les effets de l’embargo à des pays tiers. L’UE est opposée aux mesures extraterritoriales et ne peut accepter que des mesures imposées unilatéralement entravent les activités commerciales avec Cuba, a-t-il affirmé. Le représentant a rappelé qu’en 2008 l’UE avait levé ses restrictions imposées à Cuba. Il a également affirmé la volonté de sa délégation à dialoguer avec Cuba. Il s’est dit encouragé par la libération, par Cuba, d’un groupe de prisonniers politiques et a enjoint le Gouvernement cubain à ratifier les Pactes internationaux relatifs respectivement aux droits civils et politiques et aux droits économiques sociaux et culturels.

La représentante de la Namibie a indiqué que sa délégation avait voté en faveur du texte, du fait de sa conviction dans les principes de coexistence pacifique entre les nations. Elle s’est inquiétée des effets négatifs de l’embargo sur le développement et le bien-être de la population cubaine, les femmes et les enfants notamment, et a par ailleurs regretté que l’Assemblée générale soit toujours saisie de cette question. Elle a de plus argué qu’on ne pouvait prétendre que l’embargo était exclusivement bilatéral car il avait un impact sur de nombreux pays. La représentante a ensuite appelé les États-Unis à lever l’embargo et à promouvoir les principes de bon voisinage avec le Gouvernement et le peuple cubains.

Le représentant de la Zambie a fustigé le fait que les résolutions de l’Assemblée générale appelant à la levée du blocus imposé à Cuba soient systématiquement ignorées par les États-Unis. Quand nous parlons de respect de l’état de droit, de relations de qualité entre pays, de liberté, qu’est-ce que cela veut dire si la diversité d’opinion et de pensée politique n’est pas prise en compte? a-t-il interrogé. La Zambie a voté en faveur de la résolution parce que c’était la bonne chose à faire, a expliqué le représentant.

Le représentant de la République islamique d’Iran a expliqué le vote favorable de sa délégation en affirmant que les embargos et les sanctions étaient illégitimes. Il y a vu un outil destiné à imposer les intentions hégémoniques des grandes puissances à l’encontre d’autres États, et s’est par ailleurs préoccupé du fait que les sanctions, même celles qui sont ostensiblement légitimes, finissent toujours par cibler la vie quotidienne des civils. Nonobstant leur aspect nuisible, a-t-il ajouté, les sanctions se sont toujours avérées futiles, aucune nation indépendante n’ayant compromis ses intérêts nationaux pour répondre aux «volontés antagonistes».

La représentante du Zimbabwe a souligné qu’une majorité écrasante d’États Membres réclament depuis 20 ans la levée du blocus économique imposé à Cuba. Cet embargo, a-t-elle observé, empêche Cuba d’accéder aux marchés et aux transferts technologiques qui aideraient la population cubaine. La représentante a ensuite mentionné les mesures unilatérales qui sont imposées au Zimbabwe.

Le représentant de l’ Équateur a estimé que la résolution, quasiment adoptée à l’unanimité, s’apparentait à un triomphe contre un blocus infâme. L’embargo va à l’encontre du droit international, du droit international humanitaire et de la Charte des Nations Unies, a-t-il accusé, dénonçant ses répercussions sur la population cubaine. L’Équateur espère que la logique et le bon sens vont enfin l’emporter, a-t-il insisté.

Le représentant du Nigéria a fait part de son malaise face au maintien de l’embargo économique imposé à Cuba, et ce, en dépit de son impact économique et humanitaire sur la population cubaine. Le Nigéria, a-t-il ajouté, s’oppose à la punition gratuite d’un peuple innocent et appuie par conséquent non seulement le démantèlement des structures qui renforcent l’embargo, mais également l’abandon de la logique qui le sous-tend. Le représentant s’est néanmoins félicité de la décision prise par le Gouvernement américain de lever certaines restrictions de voyage. Il a ensuite engagé la communauté internationale à appeler Cuba et les États-Unis à faire preuve de plus de souplesse afin de trouver une solution définitive à leurs différends.

Le représentant du Myanmar a expliqué que la position de principe adoptée par son gouvernement était d’être aux côtés de la population cubaine qui souffre des conséquences de ce blocus. C’est par la coexistence pacifique et la non-ingérence dans les affaires intérieures des pays que l’on peut parvenir à la paix, a-t-il dit, dénonçant un blocus contraire à la Charte des Nations Unies et au droit international.

Le représentant du Brésil a constaté que parmi les nombreuses violations flagrantes du droit international aucune n’avait duré aussi longtemps que l’embargo imposé à Cuba. Il a estimé que sa levée sans équivoque, rapide et décisive serait une étape importante pour normaliser les relations régionales et promouvoir la coopération dans les Amériques. Le représentant a par ailleurs regretté que les mesures annoncées en 2009 par le Gouvernement américain, quoique positives, n’aient pas changé de manière fondamentale l’embargo, ni amoindri ses effets sur la population cubaine et les pays tiers.

Le représentant de la République arabe syrienne a affirmé que l’embargo imposé à Cuba violait le principe de la non-ingérence, ainsi que la liberté de commerce et de navigation internationaux, entre autres. Il met également à mal la crédibilité de la politique américaine, a-t-il ajouté. Le représentant a estimé que l’embargo avait créé un précédent inacceptable en matière de droit international et qu’il portait atteinte aux efforts du peuple cubain pour tenter d’avancer sur la voix du développement et du progrès. Le représentant a ensuite dénoncé les «mesures punitives» imposées à l’encontre de son pays et a réclamé la fin de toutes les politiques hostiles. Ma délégation, a-t-il ajouté, espère que les États-Unis entendront la voix des Nations Unies.

La représentante de la Gambie a estimé que compte tenu des difficultés de tous les pays en ces temps de crise économique, l’heure n’était certainement pas venue de renforcer des systèmes de sanctions, ni de maintenir ce type de blocus. Ce blocus est une agression qui entraîne une détérioration des conditions de vie de la population cubaine, en particulier des plus vulnérables, a-t-elle dénoncé, rappelant le soutien de son pays à Cuba et à son Gouvernement. Elle a enfin appelé les États-Unis à entendre l’appel «assourdissant» lancé par la communauté internationale avec le nouveau vote de la résolution sur ce thème.

Le représentant du Soudan a souligné que l’ensemble de la communauté internationale s’opposait aux mesures de coercition à vocation extraterritoriale. Le soutien constant apporté au fil des ans à cette résolution montre bien le rejet total de cet embargo imposé unilatéralement contre Cuba, en violation des normes qui régissent les relations économiques et commerciales entre les États et du droit international, a-t-il estimé, rappelant les effets destructeurs de telles mesures sur les pays en développement. Les sanctions constituent une violation des droits légitimes de Cuba, tout comme les sanctions contre le Soudan en vigueur depuis 1997 ont encore des conséquences négatives sur sa population, a-t-il dénoncé. Le représentant a donc demandé le respect des principes d’une coexistence pacifique et de la Charte des Nations Unies, ainsi que l’annulation des mesures unilatérales prises par certains pays contre d’autres.

La représentante de la République démocratique populaire lao a indiqué que sa délégation avait voté en faveur de la résolution. Elle a regretté que malgré les appels répétés de l’Assemblée générale, le blocus et notamment ses aspects à caractère extraterritorial restaient pleinement en vigueur. Le blocus, a-t-elle notamment accusé, porte atteinte au droit de vivre et de se développer du peuple cubain et empêche Cuba d’entretenir des relations économiques, commerciales et financières normales avec les autres pays.

Le représentant de Saint-Kitts-et-Nevis a indiqué que son pays entretenait de bonnes relations avec les États-Unis, mais a néanmoins estimé que leurs concessions récentes à l’embargo étaient insuffisantes. Il a également fait savoir que Cuba était l’un des plus proches alliés de Saint-Kitts-et-Nevis dans les Caraïbes, et a par ailleurs estimé que la communauté internationale avait beaucoup à gagner de sa coopération avec Cuba. Il a souhaité que Cuba et les États-Unis puissent améliorer leurs relations et trouver un terrain d’entente. Cet embargo, a-t-il ajouté, porte atteinte à l’image même des États-Unis.

Le représentant de la République populaire démocratique de Corée a estimé que le vote de la résolution d’aujourd’hui était une victoire pour le peuple cubain. L’embargo immoral et unilatéral, dénoncé au niveau international, reste encore en vigueur, a-t-il néanmoins dénoncé, rappelant les dommages économiques qui en découlent pour Cuba et pour certains pays tiers. Cet embargo a pour objectif de détruire le régime choisi par le peuple cubain et montre que les États-Unis ne reculent devant aucune mesure pour parvenir à leurs fins, au mépris du droit international, a-t-il déclaré.

Le représentant de l’ Argentine , a indiqué que sa délégation avait voté en faveur de cette résolution, souhaitant que toutes les dispositions soient appliquées. Avec l’adoption de cette résolution, l’Argentine montre son attachement à la Charte des Nations Unies et réaffirme que l’embargo est contraire au droit international. La communauté internationale a, quasiment à l’unanimité, demandé cette année encore la levée de l’embargo et pourtant ce dernier se poursuit, a-t-il déploré, réaffirmant l’attachement de son pays à Cuba.

Le représentant de la République-Unie de Tanzanie a affirmé avoir voté en faveur de la résolution demandant la fin de l’embargo américain sur Cuba en soutien au peuple de Cuba qui souffre économiquement et socialement depuis si longtemps. Il est malheureux que malgré toutes les résolutions et les appels répétés lancés par l’Assemblée générale, ces souffrances persistent. Tout en saluant les développements encourageants des mesures prises par les États-Unis depuis 2009, il a estimé que l’embargo demeurait globalement intact et a appelé les deux parties à engager un dialogue direct.

La représentante de l’ Angola s’est déclarée perplexe de voir que l’embargo contre Cuba persistait, constituant une violation de la souveraineté des États et des droits des personnes, entités, institutions et entreprises, d’établir des relations avec Cuba. Elle a appelé la communauté internationale à continuer ses efforts pour renouer un dialogue constructif entre les deux pays afin d’identifier les moyens de parvenir à une solution définitive des problèmes. Déplorant le manque de progrès sur la voie vers la levée de l’embargo, malgré les mesures annoncées par l’Administration des États-Unis, la représentante a dit que son pays a voté en faveur de la résolution.

Droit de réponse

Exerçant son droit de réponse, le Ministre des affaires étrangères de Cuba s’est félicité de la décision juste et professionnelle prise ce matin dans le cadre du vote. Il a souhaité dénoncer les mensonges des États-Unis. La réaction des États-Unis était la même que celle de l’an dernier, la même que les années précédentes, d’abord pour défendre la politique du Président George Bush, puis du Président Barack Obama. Il a ensuite critiqué le représentant des États-Unis, M. Ronald Godard et est revenu sur les fonctions que ce dernier a occupées depuis 1972.

Le Gouvernement des États-Unis est responsable de nombreuses exécutions, notamment tirs de drone, torture, vols secrets, prisons secrètes en Europe et un camp de concentration sur le territoire illégalement occupé de Guantanamo, a affirmé le Ministre. Les États-Unis et Cuba ne sont pas des partenaires commerciaux et les réglementations extrêmement strictes entre les deux pays ne sauraient être qualifiées de relations commerciales.

Il a exhorté les États-Unis à ne pas déstabiliser les gouvernements étrangers et à écouter les revendications de ses citoyens, notamment ceux de Wall Street. Il a poursuivi son propos en faisant état des revendications de la population américaine à l’encontre du Gouvernement américain et a dénoncé le sort des cinq prisonniers cubains accusés de terrorisme. Enfin, il a indiqué la nécessité de mettre fin à l’embargo sur Cuba et à un système qui engendre l’injustice sur cette planète.

* *** *

À l’intention des organes d’information • Document non officiel

APOLOGIE DU MEURTRE À LA UNE: DAHO DJERBAL PROTESTE

Dimanche 23 octobre 2011

de: djerbal daho

à: « weekend@elwatan.com »

envoyé le: Vendredi 21 Octobre 2011 13h27

Objet: Choquant

Bonjour,

Je me permets de vous écrire aujourd’hui car profondément choqué par la couverture que vous avez consacrée dans “El Watan Week-end” à la mort téléguidée, volontairement programmée et exécutée de sang froid sous la forme d’un lynchage qui, quoi que l’on pense du personnage et toutes proportions gardées, ressemble fort à celui perpétré sur Patrice Lumumba, Thomas Sankara, Saddam Hussein, Ceausescu etc.

J’ai entendu toute la nuit les radios du monde occidental pour me faire une idée. Certaines d’entre elles ont osé poser la question des conditions de la liquidation physique du chef de l’Etat libyen, quelques intervenants improvisés ont soulevé le problème des exécutions sommaires d’anciens leaders, y compris de ceux considérés comme dictateurs, et d’autres ont soulevé la question du mandat de l’ONU et de son bras armé, l’OTAN.

Qu’avez-vous fait vous-mêmes qui prétendez lever l’étendard de la démocratie et des droits humains fondamentaux?

Rien dans votre édition du week-end ne permet de vous démarquer des dépêches des agences occidentales en-deçà desquelles vous vous situez. Votre titre est scandaleux. Vous savez pertinemment que la mort d’un chef d’État, même despotique ne résout pas le problème des fondements de la dictature. Libye libre titrez-vous, mais libérée par qui, par quoi? Par l’OTAN et ses unités spéciales au sol? Par un tir d’un Rafale français ou d’un drone états-unien?

En procédant de la sorte vous ne faites que préfigurer le sort que vous réserverez aux opposants et autres adversaires idéologiques ou politiques et avec quels alliés vous le ferez.

Je ne vous enverrai pas en fichier attaché le commentaire de Thierry Meyssan que vous auriez pu reprendre en contre-point pour au moins donner l’impression d’une relative objectivité ou neutralité dans le jugement que vous devez à vos lecteurs.

Votre parti est déjà pris.

Permettez-moi pour finir de me désinscrire de la lecture en ligne de votre journal à qui je ne donnerai plus d’entretien ou d’opinion.

Bonne route reporters sans frontières. On se retrouvera quand la menace d’une intervention étrangère frappera plus fort à nos portes.

Daho Djerbal


22 OCTOBRE à 17h au 3 Luxembourg: « LE VOYAGE DU KABYLE » FILM DE BELKACEM TATEM – et – LE 2 NOVEMBRE: « ACB OUVRE LES GUILLEMETS » AVEC NACER BOUDIAF ET SMAïL GOUMEZIANE

PROJECTION

Samedi 22 octobre 2011 à 17h00

au cinéma Les 3 Luxembourg

« LE VOYAGE DU KABYLE »

de

Belkacem TATEM

Ce film sur la présence en France de la communauté algérienne berbérophone et sur la transmission et l’affirmation de sa culture, montre l’existence et la permanence du fait berbère en immigration, en dépit des vagues de répression, d’occultation ou d’ignorance qui, depuis des lustres, s’abattent sur des femmes et des hommes simplement désireux de vivre leur culture et parler leur langue.

Projection suivie d’un échange

en présence du réalisateur

Renseignements
www.maghrebdesfilms.fr

et

www.lestroisluxembourg.com


INVITATION

 » L’ACB OUVRE LES GUILLEMETS  »

Mercredi 2 novembre à 19 heures

à

Nacer BOUDIAF

pour son ouvrage

 » BOUDIAF, L’ ALGÉRIE AVANT TOUT! »

paru aux éditions Apopsix

C’est en plein printemps arabe que Nacer Boudiaf a voulu sortir son livre “Boudiaf, l’Algérie avant tout!”.

Cet ouvrage cherche à rappeler aux Algériens et notamment à la jeunesse algérienne un mot cher à son père, le président Mohamed Boudiaf: RUPTURE.

Où va l’Algérie? Cette question reste aujourd’hui encore une énigme.

Ce livre se veut avant tout comme un message clair à ceux qui mettent leurs intérêts avant ceux de l’Algérie et de son peuple.

et

Smaïl GOUMEZIANE

pour son ouvrage

« L’ ALGÉRIE, L’HISTOIRE EN HÉRITAGE »

paru aux éditions Non Lieu

L’histoire de l’Algérie, en tant qu’héritage commun de tous les Algériens, est ici revisitée à la lumière de deux logiques contradictoires qui s’y affrontent depuis les origines.

La première, appelée sédimentation-transformation, permet de comprendre comment s’est constitué le socle berbéro-arabe et musulman de l’Algérie.

La seconde, appelée résistance-rivalité, met au jour les résistances permanentes que les Berbères, puis les Algériens, ont opposées aux multiples pouvoirs oppresseurs internes et externes, et leur dévoiement tout aussi fréquent par les rivalités intestines.

Rencontre animée par Arezki Metref

Entrée libre à l’ACB

37 bis rue des Maronites Paris 20éme

Métro Ménilmontant

Retrouvez toute l’actualité de l’ACB sur

http://www.acbparis.org/index.php?option=com_content&task=blogsection&id=6&Itemid=42


i

Association de Culture Berbère (ACB)

37bis rue des Maronites – 75020 – Paris

Tel : 01 43 58 23 25 / Fax : 01 43 58 49 75

Mail : contact@acbparis.org

Site : http://www.acbparis.org


LIQUIDER LES « ÉTATS VOYOUS »

Frappées de plein fouet par une crise économique et sociale qui commence à prendre des allures de sérieuse crise politique, les grandes puissances occidentales redoublent d’agressivité dans le monde arabe.

Après avoir détruit la Libye, les impérialistes et leurs amis arabes du Golfe persique travaillent à la chute du régime syrien.

L’appétit venant en mangeant, ils réalisent un remake iranien du «coup de l’éventail», aussi grossier que l’original de 1827.

[…]

L’ IRRÉPARABLE PEUT-IL ÊTRE EMPÊCHÉ?

Se présentant tout à fait abusivement sous les traits de grands démocrates et se proclamant amis des peuples de la région du Grand Moyen-Orient, les Etats-Unis et l’UE entendent profiter de l’actuel «printemps arabe» pour préserver leurs intérêts économiques dans la région, sauver les «régimes amis», maquiller les anciennes «dictatures alliées» en démocraties contrôlées et liquider les régimes rebelles assimilés à des «États voyous» ainsi que les mouvements de résistance nationale amalgamés aux organisations terroristes créées, développées et soutenues par les Etats-Unis en Afghanistan et ailleurs dans le monde musulman.

Est-il possible de résister à ce rouleau compresseur?

En dépit des apparences, il convient de rappeler que les dominants ne sont pas intouchables et que les victimes ne sont pas impuissantes. Puissance économique et militaire sans précédent dans l’histoire de l’humanité, les Etats-Unis sont embourbés en Afghanistan et en Irak, face à des mouvements de résistance non gouvernementaux. Le recours de plus en plus systématique à la force et l’éparpillement des troupes que cela entraîne ne sont pas une preuve de force mais, au contraire, de faiblesse politique. La «Grande Amérique» ne convainc plus comme l’illustre la menace de véto à la demande de reconnaissance de l’Etat de Palestine à l’ONU présentée récemment par Mahmoud Abbas. Face à une crise économique qui n’épargne aucun pays aussi puissant soit-il, à une situation sociale qui se dégrade chaque jour davantage et qui tend à se transformer en crise politique (mouvement des indignés, multiplication des grèves générales…), le rêve américain ne brille plus. La tentation d’orienter le regard inquiet et de plus en plus accusateur des victimes américaines du néolibéralisme vers un danger extérieur sera de plus en plus prégnante. Washington risque de se lancer dans une fuite en avant préjudiciable à la paix dans le monde. L’échec d’Israël à écraser la résistance nationale libanaise illustre de son côté les limites de la toute puissance militaire face à la volonté populaire.

Les peuples de la région disposent donc d’atouts non négligeables mis en évidence lors du renversement des dictateurs Ben Ali et Moubarak pourtant alliés directs de Washington, Paris et Londres.

Au niveau des régimes, quelque chose de semblable au «front de la fermeté» du temps jadis s’est même provisoirement constituée au sein de la Ligue arabe pour contrer la requête saoudienne et qatarie de suspension de la Syrie de l’organisation des 22 Etats du monde arabe. Ce front se compose du Soudan, de l’Algérie, du Liban, du Yémen et de la Syrie.

Le problème est que ces différents gouvernements n’ont pas de stratégie alternative, de projet commun ni de volonté politique unifiée à opposer à celui des monarchies du Golfe et de leurs parrains étrangers. Leur alliance s’avère donc purement conjoncturelle et défensive. Surtout, les régimes qui composent ce «front de la fermeté» sont strictement incapables de mobiliser leurs peuples pour résister au diktat des grandes puissances. Les régimes qui tirent sur leur population, à l’instar de ceux de Kadhafi, El Assad et Saleh, sont historiquement condamnés. Des régimes qui appliquent docilement les potions néolibérales si coûteuses socialement n’ont plus d’avenir. Leur fin peut s’avérer proche ou au contraire plus éloignée, mais ils n’ont rien à proposer à leurs populations si ce n’est de finir sous les bombes de l’OTAN.

Pour toutes ces raisons, ceux qui dénoncent à juste titre l’agression militaire de la Libye par l’OTAN et les ingérences étrangères en Syrie pour appeler à soutenir ces régimes condamnés font fausse route. Les peuples se sont levés pour proclamer qu’ils n’entendent plus être gouvernés comme des sujets. Ils exigent l’émancipation politique, la justice sociale tout en se déclarant jaloux de la souveraineté nationale de leurs Etats. Mieux encore, ils affirment par leurs actes leur volonté de prendre la direction de la nation confrontée aux dangers des grandes puissances. Ils contestent aux dictatures la direction de la nation et de la résistance au diktat des grandes puissances. C’est dans le mouvement actuel de ces peuples que se forgeront les solutions du futur et que se consolideront des résistances efficientes. Il n’y a aucune garantie que cela fonctionne et aboutisse, mais il s’agit de la seule solution innovante, dynamique et mobilisatrice. C’est la seule porteuse d’espoir.

[…]

Pour lire l’article en entier, cliquer sur le lien …

SEPTEMBRE – OCTOBRE 2011: ACTIVITÉS – TRIBUNES – DÉBATS

_____________________

29 OCTOBRE 2011 – IVRY

de 14h à 18h

à la salle Saint-Just,

située au 30 rue Saint-Just à Ivry sur Seine

300 m du métro Mairie d’Ivry

CONFÉRENCE DÉBAT SUR LA SITUATION EN ALGÉRIE ET AU MAGHREB

CAPEF Collectif des Algériens Progressistes de France

 Quelles sont ses principales caractéristiques ?

 Quels sont les enjeux géopolitiques et géostratégiques ?

 Quelles conséquences sur l’avenir immédiat et futur en Algérie ?

La conférence-débat sera animée par le sociologue Saïd Bouamama

pour lire la suite cliquer sur le lien (brève 353)…


[

17 OCTOBRE 1961 – 17 OCTOBRE 2011

50 ème ANNIVERSAIRE

INITIATIVES AUTOUR

DE L’ANNIVERSAIRE DU 17 OCTOBRE 1961

pour accéder à la brève 345, mis en ligne par socialgerie, le 10 octobre 2011, cliquer ici …->br345]


POUR HONORER LES ALGÉRIENS DU 17 OCTOBRE 1961

mercredi 12 octobre 2011

par UJFP

Il y a cinquante ans, le 17 octobre 1961, à l’appel du Front de Libération Nationale algérien (FLN), 20 000 à 30 000 Algériens de Paris manifestent contre la terreur d’Etat et le couvre-feu qui leur est imposé, contre les violences policières qu’ils subissent quotidiennement et pour affirmer la revendication d’indépendance nationale de l’Algérie, à cette époque acquise de manière certaine. Disposant d’un permis de tuer, la police se déchaîne sur les manifestants, les arrête, les tabasse, les tue, jette leurs corps dans la Seine. Aucun chiffre précis ne peut être avancé à ce jour, du fait de l’opacité et des négations de l’État français, mais il est admis par les études les plus sérieuses que, en septembre et octobre 1961, plusieurs centaines d’Algériens ont été tués par la police parisienne.

Si les finalités n’étaient pas les mêmes, comment ne pas établir un parallèle entre les techniques de police utilisées par Vichy et celles utilisées pour traquer les militants algériens de Paris dans les années 1950 et au début des années 1960 ? Les deux systèmes ont en effet plusieurs points communs. Soumis à une législation d’exception, traqués, raflés, transportés dans des véhicules mis à disposition de la police par la RATP, les Algériens étaient conduits dans des camps et des « centres de tri ». Ils y étaient parfois détenus de longues semaines, recensés, questionnés, passés à tabac, torturés, quand ils n’étaient pas tués à la sauvette, le tout sous la direction de Maurice Papon, passé de la traque des Juifs et des résistants en France à celle des anticolonialistes dès 1945 en Algérie et au Maroc. Papon a dirigé, à partir de mars 1958, une Préfecture de Police de Paris rapidement transformée en machine de guerre contre le FLN et l’ensemble des Algériens.

Comment ne pas voir que ce qui se joue dans le souvenir d’octobre 1961 a des résonances profondes aujourd’hui ?

En Palestine, soumise au joug colonialiste, l’armée israélienne recycle et perfectionne les méthodes répressives « contre-insurrectionnelles » inventées par les militaires français après leur cinglante défaite à Diên Biên Phu, mises en oeuvre en Algérie et transposées à Paris à la fin des années 1950.

En France, si les conditions ne sont pas les mêmes, la police semble souvent continuer à jouir d’une impunité lorsqu’elle cause la mort de jeunes hommes, le plus souvent basanés, le plus souvent habitants des quartiers populaires, au nom du prétendu combat de l’Etat contre « l’ennemi intérieur » .

À l’heure où l’Etat organise la réhabilitation du colonialisme, l’UJFP – qui compte dans ses rangs de nombreux camarades qui ont lutté dans ou avec le mouvement de libération algérien – soutient toutes les manifestations organisées en France à l’occasion du cinquantième anniversaire du 17 octobre 1961. Que ce soit pour l’histoire de la destruction des Juifs en Europe ou celle de la guerre d’Algérie, nous préférons la vérité des faits et la compréhension des engrenages qui ont conduit à ces crimes, aux reconnaissances étatiques derrière lesquelles se cachent des instrumentalisations malhonnêtes de nos histoires. Octobre 1961 est la date d’un massacre d’Etat faisant suite à un long cycle de violences et d’assassinats qui s’est étendu sur plusieurs semaines. Mais le 17 octobre 1961 est aussi la date d’un combat : celui de femmes et d’hommes dressés dans les rues contre le racisme, contre les violences policières et contre le colonialisme. À nous de continuer dignement leur combat.

[Le Bureau national de l’Union Juive Française pour la Paix

le 10 octobre 2011

Sources: Al-Oufok->http://www.aloufok.net/spip.php?article5578]


PARIS – 18 OCTOBRE 2011

« ON L’APPELAIT TOM »

film documentaire sur Stanislaw Tomkiewicz

PROJECTION DU DERNIER FILM DE DANIEL KUPFERSTEIN

18 octobre 2011

19H30

salle Jean dame

17, rue Léopold Bellan

75002 Paris

Un débat suivra la projection, animé par Patricia Chalon …

Pour lire le détail de l’invitation, se référer à la brève 341 mise en ligne par socialgerie, en cliquant ici …


PARIS – 6 OCTOBRE 2011

SÉMINAIRE “LA CULTURE COMME ENJEU POLITIQUE”

organisé conjointement par “Espaces-Marx” et le “PCF”

huitième rencontre

JEUDI 6 OCTOBRE 2011

à 18h30

salle des délégations

6 rue Mathurin Moreau

75019 Paris

thème

QUEL OBJECTIF POURSUIT LA DÉMOCRATIE AUJOURD’HUI?

avec Bernard Vasseur

se référer à la brève 343 de socialgerie, en cliquant ici …


5 OCTOBRE – PARIS

« ACB OUVRE LES GUILLEMETS »

DERRI BERKANI :

« PÉRIPLE ANDALOU »

et

ADRIEN CARAGUEL :

« LES NOYAUX D’ABRICOT – ITINÉRAIRE D’UN ENFANT D’ALGÉRIE »

présentation

Marie-Joëlle Rupp

Nourredine Saadi

Soirée animée par Arezki Metref

[Pour les détails se référer à la brève 339

mise en ligne par socialgerie le 3 octobre 2011

en cliquant ici …->br339]


JEUDI 29 SEPTEMBRE 2011

à partir de 20heures

au BASTION 23

CONFÉRENCE ORGANISÉE PAR

L’ASSOCIATION DES ANCIENS MEDERSIENS

« SOUVENIRS D’UN MEDERSIEN »

animée par Monsieur Lakhdar BRAHIMI

ancien medersien

ancien ministre des affaires étrangères

Un hommage sera également rendu à notre frère

El Hadj Mostefa AYATA

rahimahoullah


OPINIONS ET DÉBATS à l’iReMMO

iReMMO

www.iremmo.org

PROGRAMME & NOUVEAUTÉS À DÉCOUVRIR

SEPTEMBRE / DÉCEMBRE 2011

LES CONTROVERSES

PROJECTION DE DOCUMENTAIRE / DÉBAT

LES RENCONTRES / SIGNATURES

LES PETITS DÉJEUNERS

LES EXPO

CYCLES DE L’UNIVERSITÉ POPULAIRE 2011-2012

Pour les détails de cette programmation

se référer à l’article 559

mis en ligne par socialgerie le vendredi 2 septembre 2011


UNIVERSITÉ POPULAIRE – IREMMO : 2011 – 2012

universite-populaire@iremmo.org

… Après les premiers cycles des mois de mai et juin dernier consacrés aux révolutions arabes, l’Institut de Recherche et d’Etudes sur la Méditerranée et le Moyen Orient (iReMMO) continue d’organiser, en partenariat avec le blog Nouvelles d’Orient, une université populaire consacrée spécialement aux enjeux de cette région en pleine ébullition.

Cette Université populaire, ouverte à tous, connaisseurs ou non de la région, se déroule chaque premier samedi du mois dans les locaux de l’iReMMO.

Pour accéder aux thèmes et aux programmes retenus pour les cycles 2011-2012

[se référer à la brève 332

mise en ligne par socialgerie le samedi 10 septembre 2011

en cliquant ici …->br332]


« MONDE ARABE – ÉLITES ARABES »

PARIS – 8 SEPTEMBRE 2011

CENTRE CULTUREL ALGÉRIEN

[voir breve 324

mise en ligne socialgerie le mardi 6 septembre 2011

en cliquant ici …->br324]


LA PREMIÈRE LAÏCITÉ MUSULMANE?

_____________________________

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L’essentiel a été fait, et merci à l’équipage, qui contre vents et marées, a mené notre navire à bon port: le 23 octobre, pour la première fois dans notre histoire, nous choisirons à travers des élections vraiment libres et démocratiques, notre destin.

La première Constitution tunisienne date de 1860, c’est la première du monde arabo-musulman; la deuxième de 1958; la troisième sera celle de 2011.

Ouvrira-t-elle, à plus ou moins long terme, la voie au califat théocratique – la pire forme de tous les totalitarismes-, vœu secret de tous les salafistes quels que soient leurs déguisements démocratiques opportunistes?

Je souhaite que mon pays, qui a donné au monde arabe, pour la première fois dans son histoire, la démocratie, lui donne aussi la première laïcité musulmane. je crois que c’est possible.

Je propose donc comme premier article de la troisième Constitution tunisienne:

« La Tunisie est une république libre, démocratique et laïque. la majorité de sa population est musulmane, de langue majoritairement arabe, langue officielle du pays. L’Etat laïc tunisien garantit pour tous les citoyens la liberté de conscience, de croyance et d’expression, et leur assure un ordre de paix et de coexistence pacifique dans le respect de la loi. »

Pour nous ce premier article trouve son fondement et sa justification à la fois, primo dans la Constitution de Médine, la première écrite au monde; secundo dans le Coran.

En effet le seul obstacle à la laïcité vient exclusivement de la charia. Or celle-ci n’a aucun fondement coranique. de fabrication humaine et relativement tardive, elle n’oblige aucun musulman en conscience. Seul le Coran oblige. La question exige un long développement qui n’a pas sa place ici. Je me limite donc à un simple constat incontestable.

La première somme consacrée à la charia est le Kitâb al-Umm, de Shâfi’î, mort en 804.

Auparavant, c’est à dire près de deux siècles durant, les musulmans avaient vécu sans charia. Ils pourraient donc s’en passer de nouveau, et s’en porteraient d’autant mieux que sous les pesanteurs de l’histoire, par le hukm-al-ridda (la loi sur l’apostasie), inexistant dans le Coran, la charia a pris une forme terroriste incompatible avec la liberté et la démocratie. Sans charia tout le monde se porterait mieux. C’est dans ce sens que je travaille en tentant de rénover la pensée musulmane, condition sine qua non pour retrouver notre place dans l’Histoire, voire la redynamiser.

Venons-en maintenant à la Constitution de Médine. Elle fut négociée par le Prophète en l’an 1 de l’hégire, entre toutes les composantes sociales de la cité-Etat, polythéistes, juifs et musulmans.

Dans ses 47 articles, il n’est nulle part question d’une religion d’Etat. Il s’agissait d’une Constitution laïque.

Le Coran n’est ni un code ni une Constitution.

Il garantit à tous la liberté de conscience.

Passons au Coran. Il n’est ni un code ni une Constitution. il est le « Livre de l’Heure », un appel à tous les hommes, partout sur terre, où qu’ils soient, en Orient ou en Occident, pour que chacun d’entre eux cherche individuellement son salut, indépendamment du régime sous lequel il vit. Il garantit à tous les hommes la liberté de conscience:

« Pas de contrainte en matière de religion »;

« Ô vous croyants! Occupez-vous de vos affaires. Ne vous porte aucun préjudice celui qui s’égare, si vous êtes sur la bonne voie »;

« Si ton Seigneur l’avait voulu, Il aurait fait de tous les hommes une communauté unique. Or, ils ne cesseront jamais de vivre dans la diversité. »

Appliquons ces principes, et nous fonderons une laïcité musulmane, respectueuse de toutes les libertés, des droits de l’homme et de la démocratie, garantissant à tous les hommes une coexistence pacifique et fraternelle sur notre planète Terre, chacun vivant librement sa diversité singulière.

Mohamed TALBI

Jeune Afrique n°2648

du 9 au 15 Octobre 2011


UNE VOLONTÉ DE FER – PREMIÈRE PARTIE

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Granma et Juventud Rebelde, organes de presse du Parti et de l’Union des jeunes communistes, ont publié voilà deux jours, le vendredi 14 octobre, un message courageux et énergique envoyé au peuple cubain par le Héros de la République, René González, qui vient de purger la sanction odieuse et injuste de treize ans de prison, séparé des quatre autres héros qui endurent des peines encore plus prolongées dans des prisons distantes entre elles de centaines de kilomètres. À aucun moment leur fermeté inébranlable n’a fléchi, bien qu’ils aient été envoyés plus d’une fois dans des cellules punitives, de vraies sépultures où l’on n’a même pas la place de bouger, parce que la justice yankee» en a décidé ainsi sans avoir la moindre preuve des crimes qu’elle leur imputait. En tout cas, s’il est un point sur lequel cette «justice-là» ne s’est pas trompée, c’est bien dans son choix du genre d’hommes auxquels elle a infligé une peine si injuste.

De plus, on a interdit à René de rentrer dans sa patrie, auprès de sa famille et de son peuple, si bien qu’il devra rester trois ans dans le pays qui lui a appliqué une punition si injuste.

En nous tous, particulièrement chez ceux d’entre nous qui ont vécu des années critiques dans l’histoire de notre patrie, le message de René a retenti profondément.

«Que je sois maintenant hors de la prison signifie uniquement que la série d’abus auxquels j’y ai été soumis a pris fin […] nous avons encore quatre frères que nous devons sauver et qui ont besoin d’être à nos côtés, aux côtés de leurs proches, d’être parmi vous et que vous leur donniez le meilleur de vous…

« Il s’agit pour moi, ici, d’une tranchée, d’un nouvel endroit où je vais continuer de me battre pour que la justice soit faite et que nous puissions rentrer tous les Cinq auprès de vous.

« Vous tous qui, dans le monde entier, nous avez accompagnés durant ces années, qui êtes des milliers, grâce auxquels nous avons pu briser peu à peu ce blocus informatif, briser ce silence que les grandes corporations médiatiques ont étendu sur ce cas, je vous adresse au nom des Cinq mes plus profonds remerciements, je vous réitère mon engagement de continuer de vous représenter comme vous le méritez, car c’est ce que nous faisons en fin de compte, nous les Cinq, parce que nous ne sommes pas que Cinq, nous sommes un peuple entier qui a résisté pendant cinquante ans, et c’est grâce à ça que nous résistons encore […] et nous n’allons jamais vous décevoir et nous serons toujours à la hauteur que vous méritez.»

Les mots sincères, fermes et énergiques de René, le ton de voix caractéristique d’un militant qui a supporté sans broncher une seconde treize années interminables de punition brutale et injuste, sont vraiment impressionnants.

La tyrannie impériale ne pourra pas soutenir ses mensonges grossiers au sujet de l’injustice commise contre les Cinq Héros antiterroristes cubains. Peu importe l’application perfide avec laquelle les médias sous son contrôle s’emploient à les présenter comme des agents et des espions qui mettaient la sécurité des États-Unis en danger: le président de notre Assemblée nationale et le prestigieux avocat José Pertierra se sont chargés de faire voler en éclats les grossières calomnies yankees sur ces héroïques antiterroristes cubains.

Je me rappelle la bataille victorieuse que notre peuple a livrée pour faire rentrer le petit Elián González dans sa famille et dans sa patrie. Face à la conduite monstrueuse de la mafia contre-révolutionnaire cubaine de Miami et à sa manière de se rire des autorités du pays, le président des États-Unis en personne, qui était alors Bill Clinton, a été obligé de recourir à des forces de sécurité spéciales pour imposer la loi aux groupes fascistes qui la défiaient, au point de mettre le feu à des symboles et à des drapeaux étasuniens, à commencer, entre autres, par celle que notre peuple a baptisée la «louve féroce» et qui n’est rien moins, aujourd’hui, que la présidente de la commission des Relations extérieures de la Chambre des représentants des États-Unis, imposant des lignes à la politique étrangère de ce pays!

Le message que René González a adressé au peuple cubain de sa propre initiative et en faisant fi avec courage de n’importe quel risque, me conforte dans ma profonde conviction que la position de l’administration étasunienne au sujet des Cinq Héros cubains est d’ores et déjà insoutenable, tout comme le sont sa justification du blocus économique criminel qu’elle continue d’appliquer à notre pays et les mesures de rétorsion qu’elle impose aux sociétés étrangères qui font des affaires avec notre pays.

Le puissant Empire a transformé cette politique brutale et insolite en une norme de nature internationale, au mépris de l’opinion pratiquement unanime des États membres des Nations Unies, exception faire de lui-même et d’Israël.

Les faits prouvent irréfutablement que, dans notre monde globalisé sous la férule de l’Empire yankee, plus aucun pays n’est sûr: la communauté internationale aurait-elle beau réitérer à satiété son refus unanime du blocus économique appliqué à Cuba ou son approbation de toute autre mesure, tel le droit du peuple palestinien à se doter d’un État à lui, ce droit-ci ou n’importe quel autre n’a absolument aucune validité s’il ne s’ajuste pas aux intérêts de l’Empire.

Sans que la Révolution l’ait cherché délibérément, notre pays est devenu un exemple de ce que peut faire un petit État s’il soutient fermement une politique de principes, même si les avancées scientifiques et technologiques, les brevets et la distribution des richesses de la planète sont aux mains des nations les plus développées et les plus riches, jadis puissances coloniales, qui pillent nos pays et y sèment la pauvreté.

Dans leur longue lutte contre l’Empire, les combattants de notre pays ont failli être la cible des armes nucléaires à son service: d’abord en octobre 1962; ensuite à la mi-1988. En aucun cas, notre patrie ne s’est pliée au chantage yankee: en 1962, elle a refusé la moindre inspection de son territoire; en 1988, au terme de la bataille de Cuito Cuanavale, cinquante mille soldats cubains et angolais avançant sur les forces sud-africaines que l’Occident avait équipées et dotées d’armes nucléaires les contraignirent à négocier l’indépendance de la Namibie et la fin de l’apartheid.

Les peuples du Tiers-monde reconnaissent la solidarité désintéressée de Cuba dans des domaines aussi importants que la santé et l’éducation et lui en savent gré.

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Qui donc pourrait croire à ce mensonge insolite que Cuba appuie le terrorisme?

Et celui qui ment d’une manière si malveillante et si stupide est le puissant pays qui, situé à cent cinquante kilomètres de nos côtes, a non seulement appliqué contre nous un blocus criminel, mais a précisément recouru au terrorisme le plus misérable! Incendies d’établissements éducationnels, récréatifs et commerciaux; largage de phosphore blanc dans les plantations de canne à sucre; pose d’explosifs dans les usines; attaques pirates d’installations portuaires, de bateaux de pêche et de cargos; organisation de bandes contre-révolutionnaires; infiltrations d’agents et livraisons d’armes aux bandes mercenaires, tout ceci a commencé dès 1959, aussitôt après la première Loi de réforme agraire du 17 mai, laissant des morts et des destructions dans notre pays.

Les bombardements de nos bases aériennes et le débarquement de troupes mercenaires à Playa Girón, sous la protection de porte-avions et de bâtiments de guerre étasuniens, ont coûté de très nombreuses victimes alors que notre Révolution venait à peine de commencer. Les administrations étasuniennes peuvent-elle le nier?

Les services secrets étasuniens ont organisé d’innombrables attentats contre les dirigeants de la Révolution. Mais ils ne s’en sont pas tenus là en matière de crimes: ils ont introduit dans notre pays des virus et des bactéries pour frapper la production agricole et animale; pis encore, ils sont allés jusqu’à introduire des maladies qui n’existaient même pas sur notre continent contre notre population: ainsi, la dengue hémorragique a, en 1981, frappé des centaines de milliers de Cubains, dont environ cent cinquante, des enfants pour la plupart, ont perdu la vie. Et cette maladie continue de nos jours de faire des ravages sur notre continent…

Recenser tous les méfaits commis par les États-Unis contre notre peuple serait interminable.

À suivre demain…

Fidel Castro Ruz

Le 16 octobre 2011


Sources:

mondialisation.ca

socio13.worldpress.com


50ème ANNIVERSAIRE DU MASSACRE DU 17 OCTOBRE 1961

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[LE MASSACRE DES ALGÉRIENS DU 17 OCTOBRE 1961 À PARIS:
APPEL À UNE RECONNAISSANCE OFFICIELLE !
par Edwy Plenel, co-fondateur et président du site “Mediapart”;->#1]


“17 OCTOBRE 1961: ORADOUR-SUR-SEINE” – “UN « 17 OCTOBRE » PEUT EN CACHER UN AUTRE” , texte de Salah Guemriche, écrivain algérien, une des 17 contributions mises en ligne par Mediapart; extrait du livre « 17 octobre 1961 – 17 octobre 2011, 17 écrivains se souviennent »


50ème ANNIVERSAIRE DU MASSACRE DU 17 OCTOBRE 1961 – L’État impérialiste a recours au crime raciste: souvenons-nous-en et opposons-lui l’unité des travailleurs! Communiqué de la section PCF Paris 15è;


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LE MASSACRE DES ALGÉRIENS DU 17 OCTOBRE 1961 À PARIS:

APPEL À UNE RECONNAISSANCE OFFICIELLE !

Par Edwy Plenel, co-fondateur et président du site “Mediapart”

La date du 17 octobre 1961 fait partie de notre histoire, et nous devons la regarder en face. C’est à Paris qu’une manifestation pacifique de travailleurs alors français – «Français musulmans d’Algérie» selon la dénomination officielle – venus protester avec leurs familles contre le couvre-feu raciste qui les visait, eux et eux seuls, fut sauvagement réprimée par la police de la capitale, sur ordre de son chef, le préfet Maurice Papon.

“Mediapart” demande la reconnaissance officielle de ce massacre, dont les historiens évaluent les victimes à plus de trois cents.

Au lendemain de la tragédie du 17 octobre 1961, Kateb Yacine (1929-1989), immense poète algérien, s’adressait à nous tous, peuple français: «Peuple français, tu as tout vu — Oui, tout vu de tes propres yeux. — Tu as vu notre sang couler — Tu as vu la police — Assommer les manifestants — Et les jeter dans la Seine. — La Seine rougissante — N’a pas cessé les jours suivants — De vomir à la face — Du peuple de la Commune — Ces corps martyrisés — Qui rappelaient aux Parisiens — Leurs propres révolutions — Leur propre résistance. — Peuple français, tu as tout vu, — Oui, tout vu de tes propres yeux, — Et maintenant vas-tu parler ? — Et maintenant vas-tu te taire?»

Après un trop long silence, le temps est aujourd’hui venu de parler et de parler clair et franc. Non seulement d’entendre cet appel, comme le réclament depuis des décennies, historiens de métier et militants de la mémoire, mais d’être au rendez-vous de ce passé plein d’à présent. Le 17 octobre 1961 est une date française aussi bien qu’algérienne. Cette manifestation est, certes, un des jalons de la conquête de son indépendance, si chèrement payée, par le peuple algérien. Organisée par la Fédération de France du FLN, elle entendait consolider le rapport de force face à un pouvoir gaulliste qui, tout en engageant des pourparlers de paix, voulait affaiblir et diviser son interlocuteur indépendantiste. Mais, elle est aussi un moment essentiel de notre propre histoire nationale, de ces moments dont le souvenir fonde, pour l’avenir, une mémoire éveillée, empreinte de lucidité et de fraternité.

Le 17 octobre 1961 est d’abord une manifestation légitime contre une décision administrative sans précédent depuis le régime de Vichy : un couvre-feu raciste, fondé sur des critères ethniques. Le 5 octobre 1961, le préfet de police de la Seine, Maurice Papon (dont on découvrira plus tard le rôle dans la déportation des Juifs à la préfecture de Gironde), impose, au prétexte de la lutte contre les indépendantistes algériens assimilés à des «terroristes», un couvre-feu visant les «Français musulmans d’Algérie». Ils doivent s’abstenir de circuler de 20h30 à 5h30 du matin, et les débits de boissons qu’ils tiennent ou qu’ils fréquentent doivent fermer chaque jour à 19 heures.

Le 17 octobre 1961 est aussi une manifestation du peuple travailleur de la région parisienne, d’ouvriers et d’employés accompagnés de leurs familles, venus souvent des bidonvilles, notamment celui de Nanterre, immense, où cette main-d’œuvre industrielle était en quelque sorte parquée. Ce soir-là, c’est une partie de la classe ouvrière française, dont les cohortes ont toujours été renouvelées par l’immigration, qui défilait pacifiquement sur les boulevards de la capitale, avec cette joie d’avoir su braver l’interdit, la honte et l’humiliation, avec surtout une grande dignité, celle de ceux qui n’ont d’autre richesse que leur travail, portée jusque dans l’habillement soigné des manifestants. D’ailleurs, le couvre-feu de Maurice Papon prévoyait une seule exception, celle des ouvriers travaillant en trois-huit, contraints d’embaucher en pleine nuit, qui devaient produire une attestation pour pouvoir circuler.

Le 17 octobre 1961 est enfin la plus terrible répression policière d’une manifestation pacifique dans l’histoire moderne de notre République. Les consignes des organisateurs étaient strictes, au point de se traduire par des fouilles préalables des manifestants: pas de violences, pas d’armes, pas même de simple canif. La violence qui s’est abattue sur les manifestants, parfois même avant qu’ils ne se constituent en cortèges, dès leur arrestation sur la base d’un tri ethnique à la sortie du métro, fut d’une férocité inimaginable. Il n’y eut pas seulement les dizaines de disparus – frappés à mort, jetés à la Seine, tués par balles – mais aussi 13.000 arrestations, et ces hommes parqués plusieurs jours durant, sans aucune assistance, dans l’enceinte du Palais des sports de la Porte de Versailles.

De cette violence inouïe, ce sont notamment des policiers qui en ont témoigné le plus immédiatement, dans un paradoxe qui n’est qu’apparent. L’Amicale des policiers résistants – nous n’étions que seize ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale – rédigea un tract anonyme, sur la foi de témoignages de gardiens de la paix, qui fut publié dans “France-Observateur”, l’ancêtre du “Nouvel Observateur”, que dirigeaient alors Claude Bourdet et Gilles Martinet. Emaillé de faits précis – notamment sur «la bonne centaine» d’Algériens pris au piège sur le pont de Neuilly, «assommés et précipités systématiquement dans la Seine» – ce texte défend l’honneur d’une police républicaine contre un «enchaînement monstrueux [qui] ne peut qu’accumuler les massacres et entretenir une situation de pogrom permanent».

Dès l’immédiat lendemain du 17 octobre 1961, un appel circula à l’initiative de la revue “Les Temps modernes” qui recueillit les signatures de deux cent vingt-neuf intellectuels français, dont vingt-huit professeurs d’université. Il n’est pas inutile de relire aujourd’hui ce texte impeccable tant il fait honneur à cette France, la nôtre, qui sut dire non à l’injustice et à l’innommable, formidablement illustrée dans ces années-là par la revue de Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir, mais aussi par le Comité Audin et son journal “Vérité et Liberté”, animé par Pierre-Vidal Naquet, Jacques Panijel et Laurent Schwartz, ou encore par l’éditeur et libraire François Maspero, irremplaçable refuge et emblème de toutes les résistances d’alors. Le voici donc.

« Avec un courage et une dignité qui forcent l’admiration, les travailleurs algériens de la région parisienne viennent de manifester contre la répression de plus en plus féroce dont ils sont victimes et contre le régime discriminatoire que veut leur imposer le gouvernement. Un déchaînement de violence policière a répondu à leur démonstration pacifique: à nouveau, des Algériens sont morts parce qu’ils voulaient vivre libres. En restant passifs, les Français se feraient les complices des fureurs racistes dont Paris est désormais le théâtre et qui nous ramènent aux jours les plus noirs de l’occupation nazie: entre les Algériens entassés au Palais des sports en attendant d’être « refoulés » et les Juifs parqués à Drancy avant la déportation, nous refusons de faire la différence. Pour mettre un terme à ce scandale, les protestations morales ne suffisent pas. Les soussignés appellent instamment tous les partis, syndicats et organisations démocratiques non seulement à exiger l’abrogation immédiate de mesures indignes, mais à manifester leur solidarité aux travailleurs algériens en invitant leurs adhérents à s’opposer, sur place, au renouvellement de pareilles violences.»

Quelques mois plus tard, le 8 février 1962, cette violence s’abattait, au métro Charonne, sur une manifestation non violente pour la paix en Algérie. L’immense émotion soulevée par les neuf morts de Charonne a longtemps fait écran au souvenir des dizaines de victimes du 17 octobre 1961. Comme si les seconds faisaient partie de notre histoire française, tandis que les premiers étaient assignés à la seule cause algérienne. C’est évidemment cet oubli qu’il faut aujourd’hui réparer. Car dans cette occultation se joue notre relation à la question coloniale en général et, plus particulièrement, à la part algérienne de notre histoire et de notre propre peuple.

Tel est le sens de l’appel lancé par Mediapart avec l’association “Au nom de la mémoire”, pour la reconnaissance officielle de la tragédie du 17 octobre 1961. Se saisir de cette date, ce n’est pas seulement demander justice pour les victimes, c’est aussi ouvrir un nouveau chapitre de l’histoire commune de deux peuples, l’algérien et le français. Les cinquante ans de la tragédie du 17 octobre 1961 inaugurent en effet l’année du cinquantenaire de l’indépendance de l’Algérie, avec toutes ses étapes commémoratives, notamment celle du décès, le 6 décembre 1961, de Frantz Fanon, cet exceptionnel Martiniquais, ancien combattant de la France Libre ayant épousé la cause indépendantiste algérienne, et devenu, dans le monde entier, le chantre de la révolte des “Damnés de la terre.”

Notre pari, c’est que ce cinquantenaire soit l’occasion de renouer les fils d’une histoire commune entre la France et l’Algérie. «Ni repentance ni vengeance, écrivons-nous, mais justice de la vérité et réconciliation des peuples, c’est ainsi que nous construirons une nouvelle fraternité franco-algérienne.»

Tournant le dos aux inutiles guerres des mémoires et aux fratricides concurrences des victimes, notre appel veut en finir avec l’instrumentalisation politique de ce passé meurtri par des pouvoirs, particulièrement l’actuelle présidence française, qui laissent indéfiniment suppurer les blessures afin de diviser, en convoquant des fantômes pour qu’ils bataillent à l’infini.

Dire la vérité sur le passé, c’est se reconnaître dans le présent et se découvrir pour le futur. Sur le 17 octobre 1961, malgré les nombreuses entraves mises à l’ouverture des archives, l’essentiel de la vérité est connu, établi par les historiens, illustré par des écrivains, raconté par des associations. Il faut ici citer, parmi bien d’autres, les noms de Didier Daeninckx, Jean-Luc Einaudi, Mehdi Lallaoui, Anne Tristan et Gilles Manceron. Mais ce qui manque toujours, à l’instar du discours prononcé par Jacques Chirac à Paris sur l’emplacement du Vél d’Hiv par rapport à la responsabilité de l’État français dans la déportation des Juifs, c’est cette parole officielle qui apaise et libère, à la fois consolatrice et réconciliatrice. À juste titre, nombreux sont les historiens qui critiquent l’exploitation partisane et politicienne du passé, dont l’actuel pouvoir donna une illustration caricaturale en annexant le calvaire du jeune communiste Guy Môquet, fusillé par les nazis en 1941. Soucieuse d’éviter ce piège, notre démarche rassembleuse s’inspire de cet usage collectif du passé qu’ont gardé des sociétés restées plus proches de leurs savoirs traditionnels. Notre appel se réclame ainsi de ce qu’ont su inventer, avec Nelson Mandela et Desmond Tutu, les militants du combat contre l’apartheid en Afrique du Sud, au lendemain de la chute du régime raciste.

L’épilogue de la Constitution provisoire de l’Afrique du Sud de 1993 utilise un mot des langues bantoues, ubuntu, qui désigne «la qualité inhérente au fait d’être une personne avec d’autres personnes». C’est, en d’autres termes, un appel à la relation, par-dessus les drames et les blessures, que ce premier texte constitutionnel traduisait ainsi: «L’adoption de cette Constitution pose la fondation solide sur laquelle le peuple d’Afrique du Sud transcendera les divisions et les luttes du passé qui ont engendré de graves violations des droits de l’homme, la transgression des principes d’humanité au cours de conflits violents, et un héritage de haine, de peur, de culpabilité et de vengeance. Nous pouvons maintenant y faire face, sur la base d’un besoin de compréhension et non de vengeance, d’un besoin de réparation et non de représailles, d’un besoin d’ubuntu et non de victimisation.»

L’ubuntu à la française auquel nous appelons solennellement concerne d’abord notre histoire algérienne, qui touche directement des millions de Français et leurs proches, parce qu’ils en viennent, parce qu’ils en sont issus, parce qu’ils y ont participé, parce qu’ils en ont été témoins ou acteurs, etc. Mais il concerne aussi, plus largement, notre rapport collectif au long passé d’empire colonial de la France, dont 1962 marque la fin bien que nos outre-mers d’aujourd’hui, des Antilles à la Nouvelle-Calédonie, en soulignent encore la persistance. Il nous revient de réinventer cette relation d’humanité mutuelle où se refonde durablement la politique des peuples, en lieu et place des intérêts à courte vue des gouvernants. «Il n’est pas interdit, écrivait en 2004 l’historien Maurice Olender en introduction à un numéro de sa revue “Le genre humain” autour de la Commission Vérité et Réconciliation sud-africaine, de s’inspirer de cette forme d’humanité mutuelle qui fait que ce qui blesse l’un atteint l’autre, que ce qui panse l’un guérit l’autre, que ce qui autorise la mémoire et l’oubli des uns et des autres ouvre l’avenir à des projets politiques communs.» Tel est l’état d’esprit de cette nouvelle fraternité franco-algérienne à laquelle nous appelons, dans l’idée d’une pratique sensible de la politique, d’intuition de la relation et d’écoute de l’autre.

Nous irons donc manifester lundi soir 17 octobre 2011, à Paris, des grands boulevards au pont Saint-Michel dans l’espoir qu’advienne, au jour d’une alternance politique éminemment souhaitable, cette parole officielle de vérité et de réconciliation qui ouvrira une voie nouvelle pour nos deux peuples, français et algérien, inextricablement liés par l’histoire et par la géographie, au passé comme au présent. À la fin de son récent essai sur la triple occultation du massacre du 17 octobre 1961, l’historien Gilles Manceron rappelle qu’au soir du 8 février 1962, à la prison de la Santé, un Français emprisonné pour son soutien au FLN, entendit soudain un silence de plomb, alors que circulait la nouvelle des morts de Charonne. Puis, raconte-t-il, «d’un seul coup, on a entendu, avec l’accent algérien, monter la Marseillaise, le « Allons enfants de la patrie ». Je vous assure qu’on était tous là à se tenir la main, et là une émotion… qui rejaillit encore aujourd’hui. C’était leur hommage aux morts de Charonne, qui étaient contre la guerre d’Algérie… et qui étaient aussi leurs morts».

Comme ceux de Charonne le sont pour les Algériens, les morts du 17 octobre 1961 sont, eux aussi, les nôtres. Et ils nous espèrent encore, nous attendent et nous appellent, afin que nous soyons enfin fidèles à cette injonction que nous lançait le jeune Frantz Fanon, en 1952, dans une quête infinie de tout ce que l’humanité peut partager: «Que jamais l’instrument ne domine l’homme. Que cesse à jamais l’asservissement de l’homme par l’homme. C’est-à-dire de moi par un autre. Qu’il me soit permis de découvrir et de vouloir l’homme, où qu’il se trouve.» Oui, où qu’il se trouve…

Edwy Plenel – www.mediapart.fr

repris sur le site: www.partiantisioniste.com/articles/925

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En souvenir du massacre du 17 octobre 1961, Mediapart a publié 17 textes d’écrivains se remémorant la répression sanglante de la manifestation des Algériens à Paris.

Aujourd’hui, Salah Guemriche revient sur cette phrase de Camus: «Un homme, ça s’empêche.»

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17 OCTOBRE 1961:

ORADOUR-SUR-SEINE

17 octobre 1961, 17 écrivains se souviennent

RÉDACTION DE MEDIAPART

Le 17 octobre 1961– c’était un mardi – des milliers d’Algériens et d’Algériennes défilèrent dans Paris pour protester contre le couvre-feu qui leur était imposé par le préfet Maurice Papon. Si, depuis plus de cinq ans, la guerre faisait rage en Algérie, cette manifestation organisée par le FNL était pacifiste. Les hommes et les femmes s’étaient endimanchés, certains vinrent avec leurs enfants. Ils ne portaient aucune arme, avaient consigne de ne répondre à aucune violence. Mais sur les ponts, au sortir des métros… les forces de l’ordre les attendaient. La répression fut féroce: des milliers de blessés, des dizaines de morts – jusqu’à 300, affirme l’historien Jean-Luc Einaudi. Durant des jours, des cadavres furent retrouvés dans la Seine. Officiellement, il n’y a eu que deux morts. Aujourd’hui encore, l’Etat nie les faits historiquement établis et, sous couvert de raison d’Etat, empêche de faire toute la lumière sur cette répression féroce.

Jusqu’au 17 octobre 2011, jour du cinquantenaire de ce mardi macabre, Mediapart a publié, en association avec “Au Nom de la Mémoire”, collectif animé par Mehdi Lallaoui et Samia Messaoudi, les textes de 17 écrivains, hommes et femmes, français et algériens, rappelant le souvenir de cet épisode sombre et honteux de notre histoire.

L’ensemble de ces textes d’écrivains sont réunis dans un livre: “17 octobre 1961, 17 écrivains se souviennent”, publié le 17 octobre 2011, aux éditions Au Nom de la Mémoire, 14 rue de la Paix, 95370 Montigny-Les-Corneilles.

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[ socialgerie présente la contribution de Salah Guemriche, écrivain

sources: mediapart…
->http://www.mediapart.fr/article/offert/de8ef7053271d562948afb9ecbb2e94a]

17 OCTOBRE 1961: ORADOUR-SUR-SEINE

1. “UN « 17 OCTOBRE » PEUT EN CACHER UN AUTRE”

«Qu’est-ce que ce fantôme de révolte que Camus

s’efforce d’accréditer et derrière quoi il s’abrite ?

Une révolte dans laquelle on aurait introduit la mesure,

une révolte vidée de son contenu passionnel,

que voulez-vous qu’il en reste ?… »


André Breton, cité dans “Un cœur intelligent”, d’Alain Finkielkraut

Devant le corps d’une sentinelle, qu’ils découvrent égorgée, Cormery et Levesque ont du mal à s’entendre. Celui-ci tente une explication désespérée, disant qu’après tout «on est chez eux» (les indigènes), que, chez eux, c’est ainsi qu’un homme se doit d’agir, et qu’en somme le «sourire kabyle» (l’égorgement) y est un acte de guerre comme un autre. Ce qui fait hurler Cormery: «Non, un homme ne fait pas ça (…) Un homme ça s’empêche… Moi, je suis pauvre, je sors de l’orphelinat (…), on me traîne à la guerre, mais je m’empêche!» Levesque dit: «Il y a des Français qui ne s’empêchent pas.» Cormery: «Alors, eux non plus, ce ne sont pas des hommes!»

La scène se passe dans le roman posthume d’Albert Camus: Le Premier Homme.

«Un homme, ça s’empêche !» Cette formulation aussi étrange que prégnante, combien de fois l’ai-je entendue dans la bouche d’Alain Finkielkraut, qui vous la cite et vous la ressert sur tous les plateaux, et avec le tempérament de républicain torturé qu’on lui connaît, comme s’il vous citait un commandement biblique! Et de fait, l’expression de Cormery sonne comme un rappel à la loi, une prescription morale édictant le comportement de tout homme dans son rapport à tout autre homme, fût-il un ennemi. En cela, «un homme, ça s’empêche» renvoie au fameux commandement: «Tu ne tueras point.» Tout au moins, dans l’esprit de Cormery, le lecteur croit-il entendre: «Tu ne tueras point de cette manière-là!…»

Les deux personnages de Camus sont eux-mêmes des soldats, donc appelés tôt ou tard à tuer. Pourtant, et c’est ce qui ressort de leurs échanges, ce ne sont pas des soldats coloniaux comme les autres. L’un, Levesque, essaie de raisonner, de soutenir l’insoutenable; l’autre, Cormery, estime qu’un homme digne de ce nom se doit d’empêcher le monstre qui sommeille en lui de prendre le dessus sur l’humanité qu’il incarne. Sauf que nous sommes-là en pleine littérature, même si l’épisode se réfère à l’engagement militaire de Lucien Camus, le père de l’écrivain. Et si la fiction flirte comme il se doit avec l’absurde, il n’en demeure pas moins que, le 17 octobre 1957, le jour même où Albert Camus apprenait sa nobélisation «pour avoir, selon le jury, mis en lumière les problèmes se posant de nos jours à la conscience des hommes», la réalité, elle, rattrapait la fiction en mettant en scène d’autres hommes qui, eux non plus, ne «s’empêchèrent» pas: à des milliers de kilomètres de Stockholm, dans le sud algérien, soixante méharistes de l’armée française avaient, ce même jour du 17 octobre 1957, déserté pour rejoindre le maquis FLN, après avoir, de manière atroce (le «sourire kabyle»!), éliminé les huit officiers et sous-officiers français qui les commandaient….

Albert Camus, qui trouvera la mort dans un accident de la route le 4 janvier 1960, ne sera pas là pour «mettre en lumière» cet autre problème qui, près de deux ans plus tard, le 17 octobre 1961, se posera «à la conscience des hommes», et que la raison d’Etat soustraira à la mémoire collective des Français: ce jour-là, les forces de police, avec la bénédiction de Maurice Papon, ne « s’empêcheront » nullement, donnant libre cours à leur haine séculaire du bicot-bougnoul-raton. Ce fut, pour reprendre le cri d’un Pierre Vidal-Naquet outragé, «proprement stupéfiant!».

Entre le 17 octobre 1957 et le 17 octobre 1961, à quatre ans de distance donc, un écrivain et un préfet de police auront ainsi marqué l’histoire de l’Algérie française chacun à sa manière. En quelque sorte, les deux hommes, à eux seuls, représentaient deux facettes d’une même Algérie déchirée. Deux facettes sur trois. La troisième, celle des «indigènes», connut un sort différent. Brillant par son absence, campée le couteau entre les dents, en ombre chinoise ou en simple figuration chez l’écrivain (si l’on écarte ses enquêtes sur la misère en Kabylie), la composante indigène était, chez le préfet, niée, réprimée et combattue à mort, en Algérie déjà, du temps où il présidait aux destinées du Constantinois, puis en France, à Paris: «Pour un coup, vous pourrez en rendre dix!», avait-il lancé à ses officiers de police, le 2 octobre 1961, avant d’ajouter, plus tard: «Réglez vos affaires avec les Algériens vous-mêmes. Quoi qu’il arrive, vous êtes couverts!»

Le curieux parallèle que je m’aventure à faire, ici, entre deux dates, voire entre deux hommes que tout séparait, ne vise évidemment pas à établir une quelconque équivalence. Il se trouve que ce rapprochement fait écho à une anecdote, moins anodine qu’elle ne paraît, rapportée par l’historien Jean-Luc Einaudi: un incident survenu dans une salle des Archives de France, qui en dit long sur ce réflexe d’occultation qui fut et continue d’être à l’œuvre dans les esprits. C’est le souvenir d’un acte manqué d’un employé aux dites Archives: en 1997, après avoir eu bien du mal à avoir accès aux documents sensibles (malgré les promesses faites par Catherine Trautmann, alors ministre de la Culture et de la Communication), Jean-Luc Einaudi finit par obtenir une dérogation; ce jour-là, il commença par demander à consulter les documents relatifs au 17 octobre 1961; l’archiviste lui ramena un premier carton, «et là, raconte-t-il, stupéfaction! Il s’agissait des archives concernant le 17 octobre 1957!»… La conclusion de Jean-Luc Einaudi, cependant, donne un autre sens à cet acte manqué: «Ces dysfonctionnements, écrit-il, me paraissent révélateurs d’une non prise de conscience de la dimension historique de cet événement (celui du 17 octobre 1961).»

Voilà qui nous ramène bien à ce rapprochement que, sans raison objective, je faisais plus haut entre les deux dates… Une question restera néanmoins sans réponse: qu’est-ce qui fait qu’un «17 octobre» en occulte un autre, lequel n’a aucun lien ni de nature ni de cause à effet avec le premier, jusque sur les rayons des Archives de France? Autrement dit, comment lire ce réflexe qui fit qu’un événement heureux (l’attribution d’un Nobel de littérature à Stockholm) en vînt à se substituer à un événement tragique (le massacre de centaines d’hommes manifestant pacifiquement dans Paris)? C’est que, dans les annales de l’histoire des peuples, ce sacré mois d’octobre s’avère décidément bien chargé! Aussi chargé, sans doute, que le mois de mai, l’un comme l’autre portant en eux plus de tragédies et de folies des hommes que d’heureux évènements. Je pense, entre autres dates historiques, au 8 mai 1945…

2. ITINÉRAIRE DE GUELMA À PARIS

Le 9 mai 1945, le préfet de Constantine,

Lestrade Carbonnel, et le général Raymond Duval,

commandant de la division du Constantinois,

se rendent à Guelma. Le préfet exhorte les miliciens :

« Quelles que soient les sottises que vous commettrez, je les couvrirai!»

Le 2 octobre 1961, aux obsèques d’un policier,

le préfet de Paris, Maurice Papon,

qui venait de rencontrer le général de Gaulle, déclare à ses hommes:

« Pour un coup rendu, nous en porterons dix! (…)

Désormais, vous êtes couverts!»

Le jour-même où la France fêtait la victoire contre le nazisme, à Sétif, Guelma et Kherrata, une répression, non pas aveugle mais méthodique, allait faire des milliers de victimes parmi la population indigène. Là aussi, et durant plus d’un mois, des Français, couverts par l’administration coloniale, s’autorisèrent à ne pas «s’empêcher».

Je me souviens… C’était peu après le cessez-le-feu: je fis une découverte qui, j’en prendrai conscience plus tard, sera pour quelque chose dans ma suspicion irraisonnée à l’égard de la presse française, de droite comme de gauche… C’était donc à Guelma (dans le «9.3» de l’époque que fut le département français de Constantine), alors que j’aidais au rangement d’un local associatif jouxtant le domicile familial, je tombai sur une pile de journaux (Le Monde, L ‘Aurore, La Croix, Le Parisien libéré, L ‘Humanité, Libération, Témoignage chrétien) que je ramenai secrètement chez moi, avec le sentiment d’avoir mis la main sur un trésor de guerre. Ce local, “le Cercle”, était connu pour avoir abrité tour à tour des réunions clandestines du PPA. Dès ma première consultation de ces pages défraîchies, mon regard fut accroché par la une d’un numéro du Monde, daté du 18 mai 1945: sous le titre «Malaise français», un article traitant de la répression qui s’était abattue sur l’Est algérien, et se terminant par un «à suivre» qui restera mystérieusement sans suite (la rédaction du journal, interrogée par courrier en 1990, ne s’expliquait pas cette « suite » introuvable)… En marge de l’article, une main anonyme avait griffonné une phrase attribuée à Albert Camus, une phrase-choc que je ne résistai pas à consigner dans mon cahier de textes de collégien: «Les journalistes français doivent se persuader qu’on ne réglera pas un si grave problème par des appels inconsidérés à une répression aveugle»… Par ces mots, je ne sais si l’auteur de l’Étranger visait le traitement journalistique des émeutes du Constantinois, ou si ce n’était pas déjà son personnage Cormery qui voulait dire: «Un journaliste, ça s’empêche!»… Toujours est-il que, cinquante ans durant et tout comme pour le 17 octobre 1961, la presse française se montrera frileuse, pour toute évocation de ces massacres qui, selon les sources, firent entre 8.000 et 20.000 victimes. Un journaliste, ça s’empêche aussi de parler, ou ça empêche de parler: entre 1985 et 1995, nous fûmes quelques-uns, Algériens de France, à proposer chaque année, mais en vain, des tribunes ou des témoignages sur la question…

Pour les médias de l’époque, il ne faisait aucun doute qu’à l’origine des émeutes il y avait la sécheresse et la famine. Aucun journal n’eut l’idée de mener sa propre enquête, et même la presse indépendante se contenta de la thèse gouvernementale du «complot antirépublicain». C’est ainsi que l’opinion publique française accueillit sans état d’âme la version officielle, laquelle faisait fi des faits établis par le rapport du général Tubert. La mission du même nom, rappelée trop tôt à Paris par le général de Gaulle, n’aura pas l’occasion d’entendre Marcel Reggui, auteur d’une enquête sur la répression aveugle qui emporta sa sœur et deux de ses frères…

Mahmoud-Marcel Reggui, né en 1905 à Guelma, était un Français «d’origine musulmane» converti au catholicisme. Ancien prof de lettres à Tunis, il fut un proche de Jean Amrouche, à qui il confiera son manuscrit sur «la furie des milices coloniales». L’homme, peu suspect de nationalisme, croyait sincèrement aux vertus de l’assimilation, avant de rejoindre le PSU… La vérité qu’il allait découvrir sur le terrain le fera déchanter: «Les événements de Guelma, écrira-t-il, ont signifié à la colonisation qu’elle était déchue de toute autorité morale pour se maintenir, autrement que par La force. ». Son enquête restera durant soixante ans au fond d’un tiroir, avant d’être exhumée par Pierre Amrouche, le fils de Jean. À l’origine des massacres, fut cette marche pacifique, sans armes, tout comme celle du 17 octobre 1961, et qui sera réprimée dans le sang par les «Milices d’ordre» du sous-préfet Achiary (un ancien SFIO, qui fera partie des créateurs de l’OAS). Les revendications n’apparaîtront dans aucun compte-rendu de presse: on insistera plutôt sur la présence d’«agitateurs arabes» (Libération, 12 mai), des «milices vichyssoises» (L’Humanité, 16 mai), alors que le Parisien libéré (17 mai) stigmatisera «l’appui d’éléments européens antirépublicains et de certaines influences étrangères.»

Le 15 mai 1945, sous le titre Les troubles d’Algérie, La Croix évoque des «difficultés de ravitaillement» chez les «tribus berbères frustes et misérables»; le même article non signé, et sans référence ni d’agence ni de correspondance particulière, se retrouve le même jour dans Le Monde, sous le titre Les émeutes sanglantes de Sétif, avec un curieux changement d’adjectif: les «tribus frustes et misérables» de La Croix deviendront, dans le journal de Beuve-Méry, des «tribus incultes et misérables». S’agissait-il d’une dépêche de quelque service de presse officiel ou tout bonnement d’une pige doublonnée? La question posée aux deux rédactions, en avril 1995, restera sans réponse…

Le «Malaise français», qui fit la une du Monde le 18 mai, durera en fait plusieurs décennies. Des décennies de chape de plomb. Une chape que supporteront d’autres Journées noires après le 8 mai 1945 et avant le 17 octobre 1961. Comme l’écrit Benjamin Stora, il y a comme «une tradition de comportements dans la police française à l’égard des manifestants algériens (…) Bien des précédents existent au 17 octobre 1961, dont on parle peu dans les manuels scolaires (et) les colloques (…) Le 14 juillet 1953 à Paris, une imposante manifestation organisée par les syndicats français, a lieu pour commémorer la Révolution française de 1789. A la fin du défilé, place de la Nation, arrive le cortège des Algériens fortement encadré par les militants indépendantistes (…) La police française ouvre le feu sur des cortèges pacifiques de travailleurs alors même que la guerre d’Algérie n’a pas commencé… ». Trois ans plus tard, le 9 mars 1956, en pleine guerre d’Algérie, cette fois, une autre manifestation était organisée contre les « pouvoirs spéciaux » (que l’Assemblée nationale s’apprêtait à voter le 12 mars): «la répression sera très dure, la police, là encore, ouvre le feu». Conclusion de l’historien: «Le 17 octobre radicalise, en l’exacerbant, les 14 juillet 1953 et 9 mars 1956.»

Un point nodal relie ces deux dernières dates à celles du 8 mai 1945 et du 17 octobre 1961: le silence qu’observeront longtemps les historiens institutionnels et les journalistes de l’époque. Pour ce qui est du 8 mai 1945, ce n’est qu’à partir des années 1990 et la terrifiante parenthèse islamiste (autrement dit, à partir de ce que la presse et ses intello-humanitaires avaient baptisé, comme à dessein, la «Seconde guerre d’Algérie») que les médias commenceront à évoquer la question. En 1995, le cinquantenaire de cet événement à double connotation, avec battage médiatique concurrentiel des deux côtés de la Méditerranée, força quelques journalistes (de Libération et d’Arte) à sortir de leur discrétion. Voilà qui en dit long sur l’entreprise d’occultation et le fameux malaise qui a grevé l’inconscient collectif de trois générations d’intellectuels connus par ailleurs pour leurs exigences d’un devoir de mémoire sans frontières!

Le souvenir de ces «événements» avait, certes, de quoi troubler durablement les consciences, et annonçait en cela le déni que connaîtront seize ans plus tard ceux d’Octobre à Paris. Or, que nous disent les témoins de Marcel Reggui? Que du soir au matin, à l’annonce de la visite du ministre de l’Intérieur, Adrien Tixier (qui n’aura lieu que le 26 juin), «on empilait dans le four à chaux (des minoteries Lavie, à Héliopolis, près de Guelma) les corps des fusillés… Pendant dix jours, on brûla sans discontinuer. L’odeur à la ronde était insupportable (…) C’est pour cette raison que nous n’avons jamais pu retrouver les corps de ma sœur et de mon frère cadet…».

Si les massacres du 8 mai 1945 ont fini par intégrer l’historiographie française à travers les publications de chercheurs indépendants, on ne peut pas dire, et ce malgré la multiplication d’ouvrages et d’enquêtes sur le sujet, que ceux du 17 octobre 1961 soient parvenus à s’arracher à l’omerta qui maintient ferme ses scellés sur les cartons des Archives nationales. C’est ce poids qui fait que cet «événement» semble être passé par pertes et profits dans quelque sombre recoin de la mémoire collective.

3. AU PALAIS DES SPORTS EN ATTENDANT RAY CHARLES

« Ray Charles pourra chanter ce soir.

Après le passage des services de désinfection,

le Palais des Sports a retrouvé son aspect habituel. »

France-Soir, 20 octobre 1961

« Un homme, ça s’empêche!» avait crié Cormery à la face de son ami Levesque, «comme pris de folie furieuse», avant d’ajouter: «Voilà ce qu’est un homme, ou sinon…». Ou sinon quoi? Ou sinon, ce n’est pas un homme, mais un monstre. Et que dire alors d’un État qui couvre un de ses hauts fonctionnaires, en l’occurrence Maurice Papon, lequel, non seulement, ne «s’empêche» pas lui-même mais encore autorise ses hommes à ne pas «s’empêcher»?

Des États «monstres», l’histoire en a connu, des grands et des petits, des républicains et des fantoches, des libéraux et des fascistes. En 1961, cela faisait seize ans que l’Etat français s’était libéré d’un autre État monstre, l’État nazi. Avec l’aide, qui plus est, de ces indigènes, de ces Français-musulmans auxquels le général de Gaulle ne pouvait pas ne pas avoir pensé au moment de lancer son fameux cri: «Paris! Paris outragé! Paris brisé! Paris martyrisé! mais Paris libéré! libéré par lui-même, libéré par son peuple avec le concours des armées de la France…». Non, de Gaulle ne pouvait pas ne pas avoir compté, parmi ces «armées de la France», celle qui remporta la bataille de Monte Cassino, l’armée de ces mêmes Indigènes que, seize plus tard, la police de Maurice Papon allait charger sauvagement et pourchasser dans les rues de Paris, dans le métro de Paris, sur les ponts de Paris, et les jeter pardessus bord dans le fleuve de Paris. Oradour-sur-Seine!…

Ce jour-là, le 17 octobre 1961, Paris fut encore une fois outragé, le Paris des droits de l’Homme outragé, oui, mais cette fois par sa propre police! Paris, brisé? Ce furent les corps des manifestants sans armes qui, à coups de crosses et de matraques, furent brisés! Paris, martyrisé? Ce fut le Paris de Marianne qui le fut, martyrisé: Omar Boudaoud, un des responsables de la Fédération FLN de France parle de «pendaisons dans le bois de Vincennes et une Seine remplie de cadavres». Paris, libéré? Ce fut la haine que le Paris de Papon avait, ce jour-là, libérée…

Il suffit de quelques mots, d’un souvenir d’un homme comme François Maspero, pour faire résonner cette haine dans les mémoires: «Quand je tente de me souvenir, je n’entends qu’un seul bruit, le choc des crosses et des bâtons des policiers sur les crânes des gens désarmés. Ils frappaient comme des bûcherons, et le silence (des badauds) autour (…) Puis la charge reflue, laissant des gens à terre, du sang au visage, sur les vêtements, sur les mains (…) Quand les ambulances sont arrivées, les policiers ont rechargé à coups de crosse pour embarquer les blessés…»

Et François Mauriac: «Je me sens recru d’une telle horreur… Les policiers sont devenus les combattants d’une lutte sournoise et sans merci, car c’est d’une guerre raciale qu’il s’agit. Et voici la conséquence: l’État, lui, est devenu dépendant de sa police, de son armée… L’esprit de corps est la source de tout notre malheur.»

11 538 interpellations en quelques heures: la plus grande rafle depuis 1942! Depuis ce 16 juillet 1942 où 12 884 Juifs étrangers furent arrêtés et dirigés vers le Vél d’Hiv. Mais gardons-nous d’évoquer l’Occupation: Oradour-sur-Seine? «L’histoire ne se répète pas, mais ne s’invente pas non plus. Personne n’ira devant le Palais des sports hurler « Plus jamais ça! »»… Le Palais des Sports, justement: la célèbre salle, toute neuve, s’apprêtait à recevoir Ray Charles, le 20 octobre. Jusqu’à la veille, près de 7 000 Algériens y étaient encore entassés. Le jour même du concert, France-Soir rassurait ses lecteurs: «Ray Charles pourra chanter ce soir. Après le passage des services de désinfection, le Palais des Sports a retrouvé son aspect habituel». What’d I Say!?… Oui, désormais, nous le savons: il fallait bien désinfecter, purifier, pour faire place nette. Après le concert, la salle sera de nouveau à nettoyer: des détritus de toutes sortes laissés par les fans de la star américaine qui, ce soir là, venait de se produire pour la première fois à Paris.

Le 16 octobre 2004, lors d’une conférence-débat à Sarcelles, des témoins étaient venus appuyer la thèse des historiens. Quant au caractère de la violence, il suffit d’écouter deux témoignages recueillis ce jour-là par Catherine Coroller de Libération. D’abord, celui de Mohand Benabdelaziz: «On s’était donné rendez-vous place de l’Etoile. Il y a eu de la casse, mais pas trop. On était protégés, parce qu’il y avait beaucoup de journalistes étrangers. Après, des cars nous ont emmenés au Palais des Sports. Ils nous ont massacrés dans les couloirs. J’ai reçu un coup de crosse dans le ventre. On a commencé à crier. On a voulu casser les chaises et tout. Un policier est venu me voir avec un œil dans la main. C’était celui de mon cousin. Il m’a dit que c’était ce qui risquait de m’arriver. On est restés deux jours là-bas. Des journalistes américains sont entrés et nous ont filmés. Après, on nous a mis dans une usine à côté. J’y suis resté sept jours.»

L’autre témoignage est celui d’une femme, Ferroudja Djoudi, que l’un des organisateurs de la manifestation a «invitée» à suivre son mari: «La manifestation a commencé à République, raconte-t-elle. Il y avait des policiers et des cars de CRS partout. À un moment, les mitraillettes ont commencé à tirer. Les gens tombaient. Des Français rigolaient à la fenêtre. Avec mon mari, on a cherché comment se protéger. Des gens sortaient du cinéma. On s’est mêlés à la foule. Quand elle s’est dispersée, on est rentrés dans un immeuble et on est montés au premier étage (…) Au bout d’un moment, j’ai dit à mon mari: « Je vais voir. » J’avais les cheveux courts comme une Française. Le trottoir était jonché de corps. J’ai vu un homme avec une balle dans le genou, un autre avec une balle dans la gorge. Les policiers attrapaient les blessés par les bras et les jambes et les jetaient comme des ordures dans des camions. Les taxis n’ont pas voulu nous prendre. On est rentrés à la maison à 4 heures du matin. Les jours suivants, j’ai voulu aller voir deux voisins blessés à l’hôpital Tenon. Les policiers m’ont dit: « Va-t-en! »… »

4. HARKIS VERSUS PORTEURS DE VALISES

«On fait venir d’Algérie des supplétifs,

des Harkis pour les installer dans « l’habitat musulman ».

Fin 1959, Debré décide de mettre en place,

sous l’autorité du préfet Maurice Papon,

une force de police auxiliaire de musulmans d’Algérie,

équipée comme des CRS, les « Calots bleus » (…) »

« Quelques dizaines de « porteurs de valises »

ont été disposés sur les parcours des manifestations.

Ils enverront des rapports à la Fédération (FLN) de France… »


(Benjamin Stora, interview de Jean-Paul Mari,

Nouvel Observateur, cité dans Grands Reporters, janvier 2003).

Tout semble donc indiquer que le caractère racial de la répression ne faisait pas de doute. Déjà, François Maspero, présent sur les lieux, écrivait: «Je me revois au bas du boulevard Saint-Michel, au milieu de plusieurs centaines d’Algériens. Il y a Blanc Blanc qui tient le cabaret El-Djezaïr (…) Un de mes amis crie: « Assassin! » Il est encerclé, mais un gradé (lui) ordonne: « Pas les Blancs ! » »

Cette thèse d’une répression à caractère racial, sinon discriminatoire, doit être cependant «contextualisée». Comme toute force occupante, la France coloniale a toujours cherché (et réussi) à utiliser des forces locales pour une gestion «partagée» des crises que toute occupation génère. C’est ainsi que, très tôt, l’armée française créa des unités de combat ou de répression composées exclusivement d’éléments indigènes: cela avait commencé, dès la conquête de l’Algérie, avec les Zouaves, pour se terminer, à l’indépendance, avec les Harkis. La participation d’éléments indigènes aux opérations de «maintien de l’ordre» est, pour ainsi dire, une chose qui allait de soi. Ce qui était nouveau, en 1961, c’était le contexte. En effet, l’existence d’une Fédération FLN de France (baptisée «7e wilaya» par les nationalistes algériens) révèle une situation inédite dans l’histoire: pour la première fois, un pays occupant devenait, à l’intérieur même de ses frontières nationales, un champ de bataille pour les combattants du pays occupé!… Ajoutons à cette singularité, ce détail signalé dans les rapports de la Fédération FLN de France mais qui, curieusement, n’apparaît pas dans les témoignages, ou, sinon, n’est évoqué que par incidence: la présence, parmi les forces de répression, de supplétifs algériens appartenant à la Force de police auxiliaire (F.P.A.).

La création de cette Force, composée de volontaires «indigènes», était l’œuvre du capitaine Raymond Montaner, qui dirigeait déjà le SAT-FMA (Service d’assistance technique aux Français musulmans d’Algérie). Cautionnée par Maurice Papon, l’idée eut très tôt l’aval du Premier ministre Michel Debré. C’est ainsi que près de 400 volontaires, arabes et kabyles venus pour la plupart d’Alger, formèrent dès 1959 la FPA, qui allait se révéler comme une force redoutable et efficace pour saboter, infiltrer ou combattre le réseau des militants de la Fédération FLN de France.

Ces volontaires que certains s’évertuent à distinguer des harkis (en raison du mode de recrutement?), auront été pour beaucoup dans le démantèlement de tel ou tel réseau de collecteurs FLN. Et le 17 octobre 1961, la fameuse FPA se distingua bel et bien parmi les forces de l’ordre en tant que force de répression, et de répression policière, dès lors qu’elle était passée de l’autorité d’un capitaine de l’armée à celle d’un Préfet de police. Du reste, cette FPA n’en était pas à son premier haut-fait de collaboration, pour avoir déjà, d’après deux historiens britanniques (Neil MacMaster et Jim House), «fait (ses) preuves dans la bataille d’Alger, pour (…) se charger des violences les plus extrêmes – notamment des tortures, systématisées sur le sol métropolitain. Issue de l’armée, cette force de police agit hors de tout contrôle: ainsi, suite à une attaque du FLN contre la FPA du XVIIIe arrondissement (de Paris) en avril 1961, plus de 150 Algériens passés à tabac sont hospitalisés en chirurgie». C’était, les 2 et 3 avril 1961, l’opération connue sous le nom de «la ratonnade de la Goutte d’Or». Une ratonnade par sous-traitance, en somme: des ratons parlent» aux ratons… Dans un entretien accordé en 2003 à Jean-Paul Mari (de Grands Reporters), Benjamin Stora situe encore plus précisément le rôle et le statut de ceux que l’on appelait les «Calots bleus»: «On fait venir d’Algérie des supplétifs, des Harkis pour les installer dans « l’habitat musulman ». Fin 1959, Debré décide de mettre en place à Paris, sous l’autorité du préfet Maurice Papon, une force de police auxiliaire de musulmans d’Algérie encadrée par des officiers de l’armée française et équipée comme des CRS, les « Calots bleus ». En 1960-1961, ils sont 350 hommes, trois compagnies, actifs dans le XIIe, le XIIIe arrondissement et le quartier de la Goutte d Or… Les « Calots bleus » surveillent les cafés, enlèvent les militants et les torturent dans les caves… trois cent cinquante hommes qui agissent en toute impunité, arrêtent 1180 militants FLN et en tuent 31. Riposte du FLN: 24 calots bleus tués et 76 blessés.»

Ainsi, les Calots bleus, eux non plus, ne «s’empêchent» pas, même avec leurs «frères de sang». Face à cette Force de police auxiliaire formée d’Algériens, on découvre une autre force, secrète sinon clandestine, celle des Porteurs de valise, formée, elle, de citoyens français de France. C’est là, encore, une singularité toute franco-algérienne…

En fait, pour le 17 octobre 1961, le FLN ne tenait pas à ce que ses soutiens français fussent mêlés à la manifestation. Rares furent donc ceux et celles, parmi les Porteurs de valises, à avoir eu le «privilège» d’être dans les secrets de l’organisation. C’est Georges Mattei (1933-2000), «l’une des figures de la résistance à la guerre d’Algérie et du combat anticolonialiste», que les chefs de la «7e wilaya» (autrement dit, le terrain d’action de la Fédération FLN de France) demandèrent de leur «trouver une douzaine de camarades français pour servir d’observateurs pendant les manifestations». La plupart de ces observateurs venaient de chez Renault. Selon Benjamin Stora, qui cite lui-même une de ses étudiantes: «On a découvert que quelques dizaines de militants français, des « porteurs de valises », ont été disposés sur les parcours des manifestations. Ils enverront des rapports à la Fédération de France. Mais, en défiance avec la société française, ils ne diront rien à l’opinion publique.».

Ainsi, ce 17 octobre, des Algériens «collabos» de la police française avaient épargné («On ne touche pas aux Blancs», rapportait François Maspero!) des Français «collabos» du FLN dont ils ignoraient évidemment le rôle; de l’autre côté, ces derniers, les Porteurs de valise, prenaient ce jour-là fait et cause pour les manifestants. S’il est important, comme le soulignent Neil MacMaster et Jim House, «de relever, en ce qui concerne le réseau de porteurs de valises qui opéra juste avant et pendant le 17 octobre, le rôle central joué par la grande usine Renault de Boulogne-Billancourt – bastion de l’activisme franco-algérien », il est tout aussi important de relever que la plupart des éléments algériens ayant rejoint la FPA avaient déjà fait leurs armes contre les indépendantistes lors de la tristement célèbre Bataille d’Alger. On les appelait alors les Harkis…

Le 16 octobre 2004, parmi la foule venue sur le pont Saint-Michel commémorer la répression policière, il y avait, pour la première fois, des enfants de harkis –de l’association “Harkis et droits de l’homme”. Pour Gilles Manceron, «C’est important que les descendants des harkis soient là, car on se rend compte que, eux aussi, ont été instrumentalisés». À la fin de la cérémonie, l’écrivaine Fatima Besnaci-Lancou dira: «Nous avons été bien accueillis, et c’est un joli geste de fraternité». Mais trois ans plus tôt, le 17 octobre 2001, lorsque le maire de Paris fit sceller sur une rambarde du pont Saint-Michel la fameuse plaque commémorative (« À la mémoire des nombreux Algériens tués lors de la manifestation pacifique du 17 octobre 1961»), il se trouva des élus de la capitale pour boycotter la cérémonie d’inauguration, et d’autres pour la flétrir. Dans la même semaine, un sondage du CSA (du 13 octobre 2001 pour L’Humanité Hebdo) nous apprenait comment le 17 octobre 1961 était perçu chez les Français: «Moins d’un Français sur deux a « entendu parler » de la répression de la manifestation algérienne du 17 octobre 1961, et seul un sur cinq sait « de quoi il s’agit », tandis qu’une majorité de l’opinion ignore tout de l’événement. Cette faible notoriété n’empêche pas 45 % des personnes interrogées d’estimer qu’il s’agit d' »un acte condamnable que rien ne peut justifier », 33 % étant d’un avis contraire…».

Certes, c’est déjà un immense progrès, au regard des décennies de mensonge d’État et de déni mémoriel. Demain, les sondages nous en diront plus, sans doute. En attendant, la République, qui aime jouer à l’universelle donneuse de leçons en matière de droits humains, s’honorerait d’être à l’image de ces hommes et de ces femmes de France, qui, en situation de crise, ont toujours su «s’empêcher», au sens camusien du terme. Et si, même en temps de guerre, «un homme, ça s’empêche», ne serait-on pas en droit, en temps de paix, d’exiger plus d’un ministre de l’Intérieur, d’un chef d’Etat, d’une République, de la patrie des droits de l’Homme: que l’on s’empêche de stigmatiser systématiquement, et pour des raisons électoralistes inavouables, toute une frange de la communauté nationale qui n’a plus rien à prouver en matière d’engagement républicain?

Salah Guemriche

Salah Guemriche, écrivain algérien, vit en France depuis 1976. Ancien journaliste (il est l’un des auteurs de l’essai: “Le J.T – Mise en scène de l’actualité à la télévision”, éd. Ina / Documentation française, 1986), il fut publié pour la première fois en France par Simone de Beauvoir (Les Temps modernes, 1971), qu’il avait rencontrée au… Moulin Rouge, lors du vernissage de l’exposition d’Hélène de Beauvoir (“Le joli mois de mai”). Parmi ses ouvrages: “Sapho” (Seghers, 1986); “L’homme de la première phrase” (Rivages / Noir, 2000); “Un été sans juillet, Algérie 1962” (Le Cherche-Midi, 2004) ; “Dictionnaire des mots français d’origine arabe”, préface d’Assia Djebar de l’Académie française (Seuil, 2007); “Abd er-Rahman contre Charles Martel” (Perrin, 2010); “Le Christ s’est arrêté à Tizi-Ouzou”, essai-enquête sur les conversions en terre d’Islam (Denoël, 2011); à paraître en janvier : “Alger-la-Blanche, Biographie d’une ville” (Perrin, 2012).

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50ème ANNIVERSAIRE DU MASSACRE DU 17 OCTOBRE 1961
17Octobre.jpg
L’État impérialiste a recours au crime raciste:

souvenons-nous-en

et

opposons-lui l’unité des travailleurs !

Communiqué de la section PCF Paris 15ème repris par http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

Le 17 octobre 1961, dans les derniers mois de la guerre d’Algérie, 30.000 travailleurs algériens manifestent pacifiquement à Paris.

Le Front de libération nationale, le FLN, a organisé cette mobilisation pour dénoncer le couvre-feu raciste instauré à l’encontre des Algériens vivant en région parisienne, pourtant officiellement considérés comme citoyens français par l’Etat colonial.

La manifestation est réprimée avec une violence inouïe. La police frappe, tabasse, roue de coups, tire.

Elle jette des centaines de manifestants dans la Seine pour qu’ils se noient.

Des milliers sont arrêtés, battus, sinon torturés plusieurs jours durant dans des centres de rétention. Selon les historiens, il y aurait eu entre 100 et 300 morts.

Le déchaînement policier a été minutieusement organisé.

Il est directement le résultat de consignes précises de l’autorité, du préfet de police Maurice Papon, celui-là même qui, en tant que secrétaire général de la préfecture de la Gironde, aida à déporter les juifs de Bordeaux sous l’Occupation.

Les crimes des policiers du 17 octobre 1961 seront tous couverts. Les faits seront et sont encore étouffés aujourd’hui officiellement.

Il ne s’agit de rien d’autre que d’un crime d’Etat, d’un crime de l’Etat impérialiste français.

Fin 1961, l’indépendance prochaine de l’Algérie ne fait plus de doutes.

Mais, l’impérialisme français entend préserver les intérêts des compagnies françaises, son accès aux ressources naturelles, au pétrole, malgré la décolonisation.

La guerre et la répression continuent afin de peser sur les négociations, en Algérie mais aussi en France.
Le capitalisme français entend aussi continuer à exploiter au maximum les travailleurs immigrés algériens sur le sol français et ne peut supporter leur révolte et leur organisation.

Le racisme est intrinsèque au colonialisme, au capitalisme, à l’impérialisme.

Ceux qui les combattent leur opposent l’unité des travailleurs.

Adversaires les plus constants et résolus du colonialisme, le PCF et la CGT, avec quelques rares autres, ont organisé l’intervention des travailleurs français pour la paix en Algérie.

Dans les mois suivant le 17 octobre 1961, alors que les crimes des jusqu’au-boutistes de l’Algérie française, les fascistes de l’OAS, se multiplient des deux côtés de la Méditerranée, la mobilisation s’amplifie.

Le 8 février 1962, la répression, organisée par le même préfet Papon, massacre 9 manifestants cégétistes dont 8 communistes au métro Charonne.

Comment ne pas rapprocher ces deux tragédies ?

Exigeons plus que jamais toute la vérité sur Charonne, toute la vérité sur le 17 octobre 1961 que les autorités continuent occulter !

Plus que jamais, 50 ans après, rendons hommage aux martyrs du 17 octobre 1961 et à ceux du 8 février 1962 qui luttèrent ensemble jusqu’à la mort pour le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.

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QUEL JUGEMENT PORTER SUR L’ÉTAT ET LE RÉGIME ALGÉRIENS?

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Un État, un régime se jugent non par l’état des réserves financières, ni par le bla bla officiel;

Ils sont jugés, à l’intérieur comme à l’extérieur, par l’indice de développement humain.

Quel est-il en Algérie?

Ces deux vidéos envoyées à Socialgerie par un internaute en donnent une triste et tragique idée.


VIDEO APPEL SOS :

Non à la condamnation des Cancèreux en Algérie

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http://www.youtube.com/watch?v=soGFI2MfwSg->http://www.youtube.com/watch?v=soGFI2MfwSg]


ALGÉRIE, L’ÂGE DU FEU

S’immoler par le feu devient une issue pour certains Algériens.

Mais cela ne semble guère inquiéter les autorités

Chawki Amari


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Manifestation en Algérie le 2 mai 2011

Reuters/Zohra Bensemra


Expulsée de son logement à Oran, une femme s’est immolée par le feu et en est morte. Si les premiers immolés en début d’année ont surpris tout le monde, on ne les compte plus aujourd’hui tellement l’acte, d’un terrible désespoir, est devenu une banalité terrible.

Crise de folie passagère

Tout comme les harraga, brûleurs de frontière, ou les victimes quotidiennes du terrorisme, les immolés sont passés dans une catégorie subnationale rejoignant l’accident domestique, l’irresponsabilité personnelle ou la crise de folie passagère. Quelques jours avant, un jeune s’était aussi immolé par le feu pour n’avoir pas été admis à l’université.

Détresse inflammable

Le cynisme gouvernemental expliquerait qu’il en a trop fait, on ne se brûle par pour des études qui, de toutes façons, mènent au chômage et à l’Ansej, l’agence nationale de soutien d’emploi des jeunes . Mais qu’a-t-il dit sur cette femme, brûlée pour avoir été mise à la rue par l’autorité publique? Rien. Ni le ministre des 3 millions de logements ni celui des milliards de bus de la solidarité ne jetteront un mot sur cette détresse inflammable et cette inédite façon de se loger, en enfer. On peut comprendre le décideur, l’Algérien, un extraverti prompt à mettre le feu à une daïra(une sous-préfecture) ou à un ministère pour protester, est passé à l’introversion et à la phase automutilatrice, préférant se brûler que de brûler la source, réelle ou sublimée, de sa colère.

L’Algérie aurait dû exploser

Pour le gouvernement, le suicide est donc une solution en soi, un poids de moins pour la collectivité et un cas définitivement rayé du grand registre de la doléance. Avec tous les problèmes récurrents, l’Algérie aurait dû exploser. Elle implose. Sous le sourire discret des responsables qui entrevoient la solution finale: on ne peut pas loger tout le monde, les demandeurs doivent s’adapter à l’offre et il faudra brûler les excédents pour entrer dans les chiffres qui contenteront le satisfait Président. Demain, les déclassés de chaque secteur seront accueillis par l’administration avec des lance-flammes.

Chawki Amari

Chroniqueur à SlateAfrique et El Watan

Sources:

El Watan, le 11 octobre 2011…

slateafrique.com …


Lire aussi:

[L’ ALGÉRIE

L’IMMOLATION PAR LE FEU EST-ELLE CONTAGIEUSE

slateafrique, mise à jour le 12 octobre 2011->http://www.slateafrique.com/52555/les-immoles-feu-algerie-suicides]


CETTE SAISISSANTE IMMOLATION PAR LE FEU

Akram Belkaïd


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Fire and Ice by RVWithTito via Flickr CC


Chaque jour ou presque, la même information tombe comme un couperet. Quelqu’un, quelque part dans le monde arabe, est mort ou a tenté de mettre fin à sa vie en s’aspergeant d’essence puis en se transformant en torche humaine. Un boulanger en Egypte, une femme à Sidi bel-Abbès, plusieurs adolescents à Alger, un homme d’affaires à Nouakchott (capitale de la Mauritanie)…

La liste de ces tentatives de suicide par le feu ne cesse de s’allonger. C’est évident; ces actes terribles font écho à celui de Mohammed Bouazizi, vendeur de fruits de Sidi Bouzid dont la mort tragique a provoqué le soulèvement des Tunisiens. A ce sujet, ouvrons d’abord une parenthèse et citons le noms d’autres héros: Abdessalem Trimech de Monastir, qui s’est immolé par le feu le 3 mars 2010 et Chams Eddine Heni de Metlaoui, mort le 20 novembre 2010. Eux aussi sont des martyrs de la cause tunisienne. Fin de la parenthèse.

Des suicidés pas comme les autres

Ces immolations par le feu me bouleversent et me désorientent. Elles me plongent dans un état de saisissement qu’il m’est difficile de décrire. Mélange de peine et d’effroi. De l’incompréhension aussi face à ce choix radical qui mène, lorsqu’on en réchappe, à une vie de souffrances atroces. Bien sûr, cela fait longtemps que le suicide est devenu un fait répandu dans le monde arabe en général et au Maghreb en particulier.

Dans nos pays, la jeunesse mais aussi ses aînés se tuent par manque d’espoir et de perspectives. Ils se tuent à cause de la hogra (le mépris), du népotisme et de la désinvolture avec laquelle leurs innombrables problèmes sont traités. Ils en finissent parce qu’ils sont au chômage, parce qu’on leur refuse un logement pour la centième fois, parce qu’il n’y a plus de pain pour leurs enfants ou parce que des policiers les ont humiliés.

Les uns se jettent des ponts en se jouant des grillages de protection, les autres succombent à des surdoses de médicaments ou à des mélanges de psychotropes et d’alcool.

Mais ce recours aux brûlures fatales est une nouveauté déstabilisante. Les musulmans ont un rapport ambigu au feu. Il incarne la géhenne, la punition éternelle pour les dénégateurs, les hypocrites et ceux qui ont refusé de croire. Mais il est aussi parfois purificateur.

Ce pasteur américain qui voulait brûler le Coran ne se doutait peut-être pas que c’est ce que font les musulmans quand un exemplaire du livre saint est en trop mauvais état. On ne le déchire pas, on le brûle. Dès notre plus jeune âge, on nous apprend à ne jamais souffler une bougie ou une chandelle mais à éteindre sa flamme avec le pouce et l’index. D’où cela vient-il, je ne sais.

Cela fait des siècles que des théologiens s’étripent à propos de l’influence du zoroastrisme sur l’islam. Mais cela ne m’explique pas ce qui se passe aujourd’hui.

Martyrs et sacrifices

Ce qui est certain, c’est qu’il s’agit à la fois de sacrifices volontaires et d’actes politiques destinés à éveiller les consciences. Les agences de presse, la majorité des médias, les commentateurs et l’homme de la rue emploient tous ou presque la même formule: «immolation par le feu».

Parfois même, la dépêche ou l’article se contente du premier mot, comme si cela était évident, implicite: «Un père de famille de six enfants s’est immolé à Bordj Ménaïel» (ville d’Algérie), «Déçue par ses gouvernants, la jeunesse arabe s’immole». Immolation: quel terme terrifiant! Comment ne pas penser au Moloch, aux holocaustes carthaginois et autres. Je me tourne vers le dictionnaire. «Immolation: acte d’immoler. Immoler: Tuer quelqu’un, un animal pour l’offrir en sacrifice à une divinité. Faire périr. Effectuer un sacrifice pour satisfaire une exigence». Sacrifice, voilà le maître mot.

«Mais c’est comme Jan Palach», m’explique-t-on en faisant référence à cet étudiant tchèque qui s’est immolé par le feu en 1968 pour protester contre l’invasion soviétique de son pays. Je l’avoue, c’est une référence européenne qui ne me dit pas grand-chose. Pour moi, ce genre de sacrifice est plutôt lié aux moines bouddhistes vietnamiens qui protestaient au début des années 1960 contre le régime pro-américain.

Souvenir d’images en noir et blanc de documentaires commentées par la voix nasillarde d’Henri de Turenne… En tous les cas, et c’est ce qui me perturbe le plus, cela n’a jamais été un acte fréquent dans nos pays. Je me trompe peut-être, mais je ne pense pas que quelqu’un se soit immolé par le feu durant la Guerre d’Algérie ou même durant la Guerre civile des années 1990. D’où cela vient-il? Comment a-t-on pu en arriver là? C’est bien la preuve que nos sociétés ont atteint le stade ultime de la désespérance. C’est le signe d’une grave dégradation psychique sur laquelle il faudra bien se pencher un jour.

«C’est le culte du martyr», me dit-on aussi. Peut-être. Un martyr honorable, admirable alors. Un martyr qui décide de se sacrifier pour alerter sur son sort et celui des autres, mais sans tuer ni blesser son prochain. Un martyr qui accomplit un acte de violence extrême contre lui-même et contre le système mais jamais contre ses semblables. C’est admirable et cela accroît mon respect. Un éditorialiste parisien, imbécile ou peu inspiré, a écrit un jour: «Mieux vaut Ben Ali que Ben Laden». La réplique coule de source: c’est Bouazizi qui vaut mieux que Ben Laden et, faut-il le préciser, que Ben Ali. Car cette immolation par le feu, aussi horrible soit-elle, est peut-être un pas décisif vers la non-violence. Il semble que nous sommes en train d’apprendre que l’on peut protester sans exercer de violences contre les autres. Il nous faudra réussir à éviter de l’exercer contre nous-mêmes.

De l’indifférence au déshonneur

«Qu’il crève» aurait lancé Ben Ali en apprenant l’acte de Mohammed Bouazizi. Cela n’a rien d’étonnant, cela prouve à quel point le dictateur «aimait» son peuple. C’est une réaction qui résume bien le mépris dans lequel nos dirigeants nous tiennent. Prenez les harragas —les brûleurs de frontière, candidats à l’émigration clandestine—, ces gens qui embarquent pour le nord de la Méditerranée, ou pour les Canaries, et qui savent que la mort les guette dans les flots. Voilà une autre manière de se suicider.

Longtemps, cela s’est fait dans l’indifférence la plus totale de nos pouvoirs. Nos pouvoirs… «Qu’ils crèvent tous et qu’ils nourrissent les poissons», semblaient-ils dire. Et puis l’Europe a protesté et voilà que ces candidats à la noyade sont désormais jugés et emprisonnés lorsque les garde-côtes les arraisonnent. Comment s’étonner alors quand on apprend que vingt harragas algériens ont récemment tenté un suicide collectif.

Interceptés par les garde-côtes, ils ont aspergé leurs embarcations d’essence et y ont mis le feu. Tentative d’immolation collective par le feu: le cauchemar continue. «La mort plutôt que vous», disent les désespérés à nos maîtres bien repus. Le sort des harragas était déjà un déshonneur et une défaite pour les pays du sud de la Méditerranée. C’est aussi le cas du destin tragique de ceux qui s’immolent par le feu pour réclamer plus de dignité.

Akram Belkaïd

Sources: http://www.slateafrique.com/


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SIDI BEL ABBES: UN CHÔMEUR S’IMMOLE PAR LE FEU

par M. D.

Un jeune chômeur répondant aux initiales A.S. et âgé de 31 ans s’est immolé par le feu dans la localité de Sidi Lahcen située à quelques encablures du chef-lieu de la wilaya, a-t-on appris de source sécuritaire.

Le drame qui a mis en émoi toute une population a eu lieu dans la soirée du mercredi à jeudi dernier aux environs de 22 heures, signale notre source d’information qui précise que le jeune vit une situation sociale difficile.

Le jeune homme, gravement blessé a été admis dans un état jugé grave aux urgences du CHU AEK Hassani. Il se trouvait encore hier dans la matinée dans le service de réanimation, soulignent des sources hospitalières.

Sources: http://hogra.centerblog.net