26 DÉCEMBRE 1801 : LORD ELGIN DÉMONTE LE PARTHÉNON

Les colonialistes « civilisateurs et démocratiseurs » ont toujours fait preuve d’une remarquable émulation dans la prédation et le pillage.

Le démantèlement de l’Acropole au bénéfice de la Grande Bretagne a connu des émules partout et pas seulement avec le pillage des richesses culturelles de Pékin.

En Algérie, le Trésor du Dey a été volé puis partagé entre les Bugeaud et Cie.

On se souvient comment récemment encore le musée de Baghdad aux trésors de civilisation inestimables a été mis à sac par les envahisseurs US.

Toujours les puissances capitalistes occidentales ont accompagné leurs pillages par des leçons de « gouvernance » correcte.

À la Grèce récemment indépendante au XIXème siècle, ils ont fait cadeau de rois germaniques pour la garder comme semi-colonie manipulable dans les conflits et autres aventures balkaniques.

Dans la même tradition, sait-on qu’après la seconde guerre mondiale, la Grèce est le seul pays occupé par les Nazis que l’Allemagne n’a pas indemnisé pour les dommages de guerre.

Il est vrai qu’avec la Yougoslavie, la Grèce est le le pays qui s’était libéré de l’occupation par sa propre Résistance patriotique. Le peuple grec en a été puni par la Grande Bretagne appuyée par les USA en déclenchant fin 1945 une nouvelle agression, cause principale d’une terrible guerre civile durant la deuxième moitié des années quarante où pour la première fois fut utilisé le napalm américain.

Quant à l’Allemagne, elle n’a jamais rendu à la Grèce l’or pillé dans les caves de sa Banque nationale.

Le brigandage et l’occupation continuent sous d’autres formes….

Le 26 décembre 1801 commence le démontage du Parthénon. Le responsable est un général et diplomate écossais de 35 ans, Thomas Bruce, septième comte d’Elgin.

Un premier navire, la frégate britannique Mentor, quitte le port grec du Pirée pour Londres avec à son bord de nombreux bas-reliefs enlevés au célèbre temple de l’Acropole…

On peut aujourd’hui contempler les «marbres Elgin», hélas mutilés et encagés, sous les voûtes sombres du British Museum… en attendant leur hypothétique retour dans l’écrin de verre du musée de l’Acropole, construit par Bernard Tschumi au pied de la colline sacrée et inauguré le 20 juin 2009.

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Le temple d’Athéna

Le Parthénon, construit sous le gouvernement de Périclès, doit son nom à la déesse éponyme d’Athènes, aussi qualifiée de déesse vierge («parthénos» en grec).

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Pillé par l’empereur Justinien pour les besoins de la basilique Sainte-Sophie, le Parthénon est transformé en église vers 550 et en mosquée en 1456.

Malgré la destruction des Propylées, sans doute suite à un tremblement de terre, l’Acropole et le Parthénon conservent de beaux restes en 1674, comme l’attestent les croquis du marquis de Nointel, ambassadeur de Louis XIV auprès de la «Sublime Porte» (le palais du sultan). Ces croquis qui représentent en particulier les frontons et les métopes sont aujourd’hui visibles au Louvre. Ils témoignent admirablement de l’état des lieux avant l’explosion accidentelle de 1687.

Le 26 septembre 1687, tandis que le doge Francesco Morosini met le siège devant l’Acropole où sont réfugiés des Turcs, un obus vénitien tombe sur le Parthénon qui abrite un magasin de poudre. Tout le centre du temple s’effondre. Le pire reste à venir avec le démontage des frises par lord Elgin en 1801.

Démontage

Lord Elgin est nommé ambassadeur auprès de la Sublime Porte en 1799, à un moment critique où Aubert-Dubayet, son homologue français, meurt sans successeur tandis que Bonaparte occupe Le Caire et menace Istamboul.

Le jeune diplomate, pétri de culture classique, s’inquiète de la menace qui plane sur le Parthénon d’Athènes, où sont toujours installés des soldats ottomans. Il tente mais en vain de convaincre le sultan de protéger le monument à titre préventif. N’y arrivant pas, il décide d’agir par lui-même en engageant sa fortune personnelle dans l’opération.

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C’est ainsi qu’il obtient du sultan Sélim II un firman qui l’autorise à faire enlever les sculptures du fronton, les métopes de l’entablement et aussi la frise qui court sur le pourtour du temple du Parthénon. Les autorités locales d’Athènes s’opposent en vain à cette profanation.

En 1806, le démontage s’étend à une des caryatides de l’Erechtéion et à d’autres sculptures qui sont chargées sur l’Hydra. En 1817, les dernières pièces du butin font le voyage de Londres sur le Tagus et le Satellite. Beaucoup de ces pièces sont perdues au cours du laborieux transfert. Certains marbres se brisent lors de leur démontage et l’un des navires de transport fait même naufrage.

À Londres, lord Elgin obtient du gouvernement britannique qu’il lui rachète son trésor et les installe au British Museum. Il justifie son entreprise en soulignant que Turcs et Grecs étaient indifférents à la conservation du monument et que les marbres pourraient, à Londres, inspirer les artistes anglais. Il finira néanmoins ses jours dans l’affliction, trahi par son épouse et couvert de dettes. L’affaire suscitera des critiques acerbes jusqu’au Royaume-Uni et le poète Byron s’en fait l’écho.

Faut-il encore mentionner que le petit-fils du prédateur fut celui-là même qui ordonna le sac du Palais d’Été de Pékin en 1860, pour venger quelques cruautés commises par les Chinois? Avec la pollution du ciel attique, l’Acropole vit peut-être aujourd’hui les plus pénibles moments d’une vie très agitée.

Fabienne Manière. Hérodote.net

le 26 décembre 2011

“Le poète pleure sur les marbres volés”

Dull is the eye that will not weep to see

Thy walls defaced, thy mouldering shrines removed

By British hands, which it had best behoved

To guard those relics ne’er to be restored.

Curst be the hour when from their isle they roved,

And once again thy hapless bosom gored,

And snatch’d thy shrinking gods to northern climes abhorred !

Aveugles sont les yeux qui ne versent pas de larmes en voyant tes objets sacrés pillés par de profanes mains anglaises

Qui ont encore blessé ton sein meurtri et ravi tes dieux,

Des dieux qui haïssent l’abominable climat nordique de l’Angleterre

George Gordon Byron, (Childe Harold, 1811)

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