SYRIE – OPINIONS – DÉBATS – LA BATAILLE DE LA DÉSINFORMATION MÉDIATIQUE

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À PROPOS DE LA SYRIEpar Alain Gresh – jeudi 23 février 2012 – MONDE DIPLOMATIQUE – blog NOUVELLES D’ORIENT.


“LETTRE À UNE JOURNALISTE” Jean Bricmont – 21 février 2012.


“LE QATAR ACHÈTE LA DÉMISSION DU GÉNÉRAL AL-DABI”RÉSEAU VOLTAIRE – le 13 février 2012.


EN DIRECT: “FIN DE PARTIE AU PROCHE-ORIENT”par Thierry Meyssan – RÉSEAU VOLTAIRE -le 14 février 2012.


“NON AU CONSENSUS PRO-IMPERIALISTE” – Communiqué du Collectif communiste Polex – Paris le 10 février 2012.


SYRIE – LA BATAILLE DE LA DÉSINFORMATION MÉDIATIQUE Pierre Piccinin, le Lundi 6 Février 2012 extraits de l’article “SYRIE : LA « REVOLUTION » IMPOSSIBLE AU-DELÀ DE TOUTES LES PROPAGANDES ET INTERPRETATIONS…”.


INTERVIEW AVEC AHMED MANAÏOBSERVATEUR DE LA LIGUE ARABE EN SYRIEdonné sur le site NAWAAT.


HISTOIRE: “LA MISSION CIVILISATRICE DE LA FRANCE EN SYRIE”“QUAND LA FRANCE ENVAHISSAIT ET BOMBARDAIT LA SYRIE” – par FRANÇOIS-GUILLAUME LORRAIN – Le Point , le 10 février 2012.


À PROPOS DE LA SYRIE

par Alain Gresh

jeudi 23 février 2012

Dans une conversation téléphonique entre le président russe et le roi saoudien, ce dernier a affirmé à son interlocuteur que tout dialogue sur la Syrie était « maintenant futile » (agence de presse saoudienne, 22 février 2012). Qu’est-ce à dire ? Que la seule voie possible est celle de l’intervention militaire ? Qu’il faut armer l’opposition ? Il semble bien que c’est dans cette direction que s’oriente la réunion des amis de la Syrie qui se tient vendredi 24 février à Tunis.

Le soulèvement en Syrie, qui va bientôt entrer dans sa seconde année, pose des questions dramatiques auxquelles il n’existe pas de réponses simplistes — à moins de jouer la politique du pire. Il faut rappeler ce que le renversement de Saddam Hussein par les Etats-Unis a coûté, coûte et continuera de coûter aux Irakiens dans les prochaines décennies.

Les causes de la révolte

La révolte en Syrie est née des trois mêmes causes qui ont provoqué, du Maroc à l’Irak, des mouvements de contestation :
— le refus d’un régime autoritaire, de l’arbitraire total de l’Etat et de ses services de répression, de la banalisation de la torture ;
— l’ampleur de la corruption – l’ouverture économique (largement encouragée par l’Occident) ayant abouti à l’accaparement des richesses nationales par une mafia autour du chef de l’Etat –, la richesse ostentatoire d’une petite caste contrastant avec une pauvreté qui accompagne le désengagement de l’Etat (voulu aussi par les conseillers occidentaux) ;
— le poids de la jeunesse. La génération la plus nombreuse de l’histoire qui arrive à l’âge adulte dans les pays arabes et qui, bien que mieux éduquée, ne dispose pas des moyens d’une insertion sociale – du travail, mais pas seulement, également l’exercice des responsabilités – à la hauteur de ses aspirations.

Ces trois facteurs ont permis une victoire rapide des mouvements en Tunisie et en Egypte, plus difficile au Yémen. Il a fallu l’intervention des forces militaires de l’OTAN, qui ont largement brisé le cadre du mandat de la résolution 1973 du conseil de sécurité de l’ONU, pour venir à bout du colonel Mouammar Kadhafi. A Bahreïn, le mouvement a été contenu par une intervention des chars saoudiens, mais continue à s’exprimer avec force. Ailleurs, un mélange de concessions politiques (Maroc) et de largesses financières (Algérie, Arabie saoudite) a permis — mais pour combien de temps ? — de contenir la contestation.

Qu’en est-il de la Syrie ? Le président Bachar Al-Assad, qui disposait au départ d’un certain capital de popularité, a cru que la politique régionale menée par son pays (son opposition à Israël et aux politiques des Etats-Unis) le mettrait à l’abri. Il s’est totalement trompé et, au fil des mois, il a tenté de présenter la contestation pacifique comme militarisée, manipulée de l’étranger, dont le but serait de faire disparaître un régime qui s’oppose aux ambitions israéliennes et américaines. Par son refus de s’engager dans des réformes sérieuses et un dialogue avec l’opposition, par son usage indiscriminé de la violence contre des manifestations qui, pour l’essentiel, restaient pacifiques, par un usage généralisé de la torture, il a contribué à la montée de la violence, au passage d’une partie de l’opposition à la lutte armée ; il a, d’un même mouvement, favorisé les ingérences qu’il prétendait vouloir combattre (lire « Jours de tourmente en Syrie », Le Monde diplomatique, août 2011).

Par-là même, il a aidé les desseins de ceux qui ne visent pas à la réforme (ni évidemment à l’instauration d’un régime démocratique), mais préparent une offensive contre l’Iran et espèrent faire tomber avant son principal allié arabe.

Qui peut croire une seconde, en effet, que le régime saoudien cherche à instaurer la démocratie à Damas, lui qui ne reconnaît aucune assemblée élue ? Lui dont le ministère de l’intérieur vient de déclarer que les manifestations dans l’est du pays étaient « une nouvelle forme de terrorisme » ?

Qui peut penser que les libertés sont le motif des déclarations des Etats-Unis, eux qui n’hésitaient pas à envoyer des « terroristes » arrêtés par eux se faire interroger en Syrie (pratique connue sous le nom anglais de rendition), parce que ce pays utilisait la torture ?

Qui peut croire que la démocratie est le souci de Nicolas Sarkozy, lui qui recevait Bachar Al-Assad à Paris en juillet 2008 et lui rendait visite en septembre, soutenait les dictateurs tunisien et égyptien et ne disait mot du massacre de Gaza lors de l’invasion israélienne de décembre 2008 ? Une petite anecdote significative : en ce temps-là, les journalistes du Figaro avaient reçu pour instruction de leur direction de ne plus évoquer dans leurs articles les prisonniers politiques en Syrie.

Pour tous ces pays, et pour Israël (lire ci-dessous), l’objectif est de renverser un régime allié de l’Iran, dans le cadre de la préparation d’une offensive contre ce pays.

Il est évident désormais que nombre de forces, y compris au sein du Conseil national syrien (CNS), poussent à l’intervention militaire, appuyée sur une formidable campagne médiatique.

La bataille pour la Syrie est aussi une bataille de propagande. Le régime l’a perdue depuis longtemps, tant ses affirmations sont souvent grotesques, ses mensonges patents et ses pratiques barbares. Pour autant, les informations qui déferlent 24 heures sur 24 sur toutes les chaînes de radio et de télévision, et qui n’ont souvent qu’une seule source, l’opposition à l’extérieur du pays, sont-elles vraies ? Longtemps les médias ont rejeté les informations sur la mort d’officiers et de policiers, elles sont aujourd’hui avérées ; depuis un an, régulièrement, les médias annoncent que la contestation a atteint Damas. On ne peut que regretter la mort de deux journalistes à Homs et rappeler que le régime, en interdisant la plupart du temps aux journalistes de venir ou de se déplacer, contribue à ce qu’il prétend dénoncer.

On trouvera ici un rapport qui, certes, peut être contesté sur tel ou tel de ses points, mais offre une enquête sur le terrain qui aurait mérité un peu plus d’attention : « Syrie, une libanisation fabriquée », CIRET-AVT et CF2R, 11 février 2012.

Militarisation

A Homs, le comportement des troupes du régime est inacceptable ; elles visent à réduire, non la ville tout entière, mais les quartiers sunnites qui se sont rebellés. Car l’armée fait face à des combattants souvent dévoués et prêts à se battre jusqu’au bout, avec le soutien d’une partie de la population. Si cela explique la violence des combats, la situation ne justifie évidemment pas les exactions du régime. Il est toutefois intéressant de noter que les arguments utilisés contre le Hamas en décembre 2008-janvier 2009 (« ils prennent en otage la population en se cachant parmi elle ») ne sont pas repris dans le cas syrien ; espérons qu’ils seront aussi abandonnés lors de la prochaine attaque israélienne…

Une des dimensions les plus dangereuses de ce conflit tient aux risques de sa transformation en affrontements « confessionnels ». Il serait faux de dire que tout se réduit, en Syrie, à une appartenance religieuse ou communautaire : il existe des alaouites qui soutiennent l’opposition, et des sunnites qui préfèrent le régime aux insurgés. Mais le pouvoir, s’appuyant sur sa base alaouite, a incontestablement avivé les tensions. De son côté, l’opposition — ou certaines de ses composantes, notamment le CNS — n’est pas en reste et se montre incapable d’offrir des garanties sérieuses pour l’avenir. Personne ne semble remarquer comment les Kurdes, par exemple, qui furent parmi les premiers à manifester (notamment pour obtenir des documents d’identité) se tiennent désormais à l’écart, choqués par le refus du conseil national syrien de reconnaître leurs droits (Dogu Ergil, « Syrian Kurds », Zaman, 21 février). Pour sa part, le régime semble vouloir relancer les activités du PKK, un parti qu’il avait utilisé dans son affrontement avec la Turquie dans les années 1990 et qui reste très populaire parmi les Kurdes de Syrie.

Par ailleurs, le CNS est contesté par nombre d’opposants, qui l’accusent d’être dominé par les islamistes, avec quelques figures pro-occidentales pour parler aux médias. Ainsi, un nouveau groupe vient de se créer, le Mouvement national pour le changement (MNC), dirigé par le Dr Ommar Qurabi, ancien président de l’organisation syrienne pour la défense des droits humains (İpek Yezdani, « Syrian dissidents establish new bloc », Daily News, 21 février). Il reproche au CNS de refuser des militants alaouites ou turkmènes.

D’autres communautés, notamment les communautés chrétiennes mais aussi druze (lire Phil Sands, « Syria’s Druze community : A silent minority in no rush to take sides », The National, 22 février) hésitent, non par sympathie pour le régime, mais par crainte du chaos qui résulterait de sa chute sans négociations.

Car la militarisation du conflit est en marche, et porte avec elle les germes d’une guerre civile (peut-être la seule voie de sortie pour le régime). Un reportage du quotidien libanais Daily Star (23 février) sur l’Armée syrienne libre (ASL) confirme deux éléments que la presse occulte souvent : cette armée a des bases au Liban (et d’ailleurs aussi en Turquie) ; elle n’hésite pas aux représailles confessionnelles, en tuant des alaouites par vengeance (« FSA soldier in Lebanon discloses tactics »). De même, des combattants irakiens se sont joints aux insurgés syriens (lire Tim Arango et Duraid Adnan, « For Iraqis, Aid to Rebels in Syria Repays a Debt », The New York Times, 12 février 2012), y compris des membres d’Al-Qaida, ce qu’a confirmé le département d’Etat américain.

Nous sommes dans une impasse. L’opposition — ou plutôt les oppositions — est incapable de renverser le régime, et le régime est incapable de venir à bout de l’opposition. On peut même dire que l’avenir du régime est scellé et qu’il n’en a plus que pour quelques mois. La question est donc de savoir si le pays va s’enfoncer dans la guerre civile ou connaître une forme de transition politique qui nécessite, que l’on le veuille ou non, un dialogue.

C’est dans ce cadre qu’il faut comprendre le veto des dirigeants russes et chinois à la résolution du conseil de sécurité des Nations unies du 4 février. Le texte avait été amendé pour tenir compte d’un certain nombre de leurs objections mais il continuait à demander le retrait des troupes gouvernementales des villes sans parler de l’opposition armée, et à faire référence au plan de la Ligue arabe, imposé par l’Arabie saoudite, qui impliquait la mise à l’écart de Bachar Al-Assad. Cette résolution pouvait-elle servir de couverture à une intervention militaire ? De toute évidence, c’est ce qu’ont craint Moscou et Pékin, échaudés par le précédent de la résolution 1973 sur la Libye. On peut comprendre leurs soupçons, tant les déclarations françaises et autres laissent entrevoir une action armée sous prétexte de protéger les populations.

La voie de la négociation

Alors, faut-il ne rien faire ? Non. Mais les possibilités ne se réduisent pas à la seule option militaire. D’une part, les pressions sur la Syrie, notamment dans le domaine économique, existent (elles peuvent être renforcées à condition de cibler les dirigeants, pas la population) et amènent déjà une partie de la bourgeoisie qui soutient le régime à s’interroger. D’autre part, les premières missions de la Ligue arabe, malgré les difficultés, avaient servi à limiter la violence ; c’est l’Arabie saoudite qui a obtenu leur retrait (il faut lire le rapport qu’elles ont publié ; il n’a rien à voir avec ce qu’on en a dit dans les médias, à tel point que ce texte a été longtemps caché) ; il faudrait, au contraire, obtenir que ces missions reprennent et s’étendent. Enfin, contrairement à ce qui s’écrit, ni les Russes ni les Chinois n’ont donné un feu vert à Assad, mais tentent de faire pression sur lui. Comme le rapporte un journal libanais bien informé, les autorités syriennes se sont abstenues, sous la pression des Russes, d’utiliser l’aviation et d’autres armes de guerre à sa disposition, dans leur actuelle répression – de ce point de vue, on n’est pas dans la situation de Hama en 1982 (Al-Akhbar, 22 février 2012).

La voie de la négociation est étroite et prendra du temps. En attendant, des gens meurent… Mais une intervention militaire ferait encore plus de victimes.

De plus, mentionnons un intéressant article de Efraim Halevy, ancien directeur du Mossad et ancien conseiller national à la sécurité, paru dans le International Herald Tribune du 7 février sous le titre « Iran’s Achilles’ Heel». Il explique, en substance, que le renversement du régime de Damas permettrait d’éviter l’alternative désastreuse : bombarder l’Iran ou intensifier les sanctions, ce qui pourrait pousser le prix du baril au-delà du supportable. En privant Téhéran de son allié syrien, en revanche, on l’affaiblirait considérablement.

Alain Gresh

Sources: …

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LETTRE À UNE JOURNALISTE

Jean Bricmont

21 février 2012

Une journaliste (dont je ne mentionnerai ni le nom ni le journal pour lequel elle travaille) m’a posé une question à propos de mon « soutien aux dictateurs » (en particulier Assad), de l’ingérence dans les affaires intérieures de pays comme la Syrie que ce soutien représenterait, de mes liens avec l’extrême droite ainsi qu’avec des sites « conspirationnistes » et de la « caution » rationaliste et progressiste que je leur apporterais.

Voici ma réponse :

Vous soulevez deux questions importantes : mon « soutien aux dictateurs » et mes « liens avec l’extrême droite ». Ces questions sont importantes, non parce qu’elle seraient pertinentes (elles ne le sont pas), mais parce qu’elles sont au cœur de la stratégie de diabolisation des modestes formes de résistance à la guerre et à l’impérialisme qui existent en France. C’est grâce à ce genre d’amalgames que mon ami Michel Collon a été interdit de parole à la Bourse du travail à Paris, suite à une campagne menée par de soi-disant anarchistes.

Tout d’abord, puisque vous parlez de rationalisme, pensons au plus grand philosophe rationaliste du 20ème siècle : Bertrand Russell. Que lui est-il arrivé lors de la Première Guerre mondiale, à laquelle il était opposé : on lui a reproché de soutenir le Kaiser évidemment. L’astuce qui consiste à dénoncer les opposants aux guerres comme soutenant la partie à laquelle on fait la guerre est vieille comme la propagande de guerre. Dans les dernières décennies, j’ai ainsi « soutenu » Milosevic, Saddam Hussein, les talibans, Kadhafi, Assad et peut-être demain Ahmadinedjad.

En réalité, je ne soutiens aucun régime-je soutiens une politique de non ingérence, c’est-à-dire que non seulement je rejette les guerres humanitaires, mais aussi les élections achetées, les révolutions colorées, les coups d’Etat organisés par l’Occident etc. ; je propose que l’Occident fasse sienne la politique du mouvement des pays non alignés, qui, en 2003, peu avant l’invasion de l’Irak, souhaitait « renforcer la coopération internationale afin de résoudre les problèmes internationaux ayant un caractère humanitaire en respectant pleinement la Charte des Nations Unies » et réitéraient « le rejet par le mouvement des non alignés du soi-disant droit d’intervention humanitaire qui n’a aucune base dans la Charte des Nations Unies ou dans le droit international. » C’est la position constante de la majorité de l’humanité, de la Chine, de la Russie, de l’Inde, de l’Amérique Latine, de l’Union africaine. Quoi que vous en pensiez, cette position n’est pas d’extrême droite.

Comme j’ai écrit un livre sur ce sujet (Impérialisme humanitaire Aden, Bruxelles), je ne vais pas expliquer en détail mes raisons ; je noterai simplement que si les Occidentaux sont tellement capables de résoudre les problèmes de la Syrie, pourquoi ne résolvent-ils pas d’abord ceux de l’Irak, de l’Afghanistan ou de la Somalie ? Je ferai également remarquer qu’il y a un principe moral élémentaire qu’il faudrait respecter quand on s’ingère dans les affaires intérieures des autres pays-en subir les conséquences soi-même. Les Occidentaux évidemment pensent qu’ils font le bien partout, mais les millions de victimes causées par les guerres d’Indochine, d’Afrique australe, d’Amérique centrale et du Moyen-Orient voient sans doute les choses différemment.

Pour ce qui est de mes liens avec l’extrême droite, il y a deux questions distinctes : que veut-on dire par liens et que veut dire extrême droite ? Je ne demanderais pas mieux que de manifester avec toute la gauche contre la politique d’ingérence, comme je pense qu’elle devrait le faire. Mais la gauche occidentale a été complètement convaincue par les arguments en faveur de l’ingérence humanitaire et, en fait, critique très souvent les gouvernements occidentaux parce qu’ils ne s’ingèrent pas assez à leur goût. Donc, les rares fois où je manifeste, je le fais avec ceux qui sont d’accord pour le faire, qui ne sont pas tous d’extrême droite, loin de là (à moins évidemment de définir comme étant d’extrême droite le fait de s’opposer aux guerres humanitaires), mais qui ne sont pas non plus de gauche au sens usuel du terme, vu que le gros de la gauche appuie la politique d’ingérence. Au mieux, une partie de la gauche se réfugie dans le « ni-ni » : ni l’Otan, ni le pays attaqué au moment donné. Personnellement, je considère que notre devoir est de lutter contre le militarisme et l’impérialisme de nos propres pays, pas de critiquer ceux qui se défendent par rapport à eux, et que notre position n’a rien de neutre ni de symétrique, contrairement à ce que suggère le slogan « ni-ni ».

Par ailleurs, j’estime avoir le droit de rencontrer et de parler avec qui je veux : il m’arrive de parler avec des gens que vous qualifieriez comme étant d’extrême droite (même si je ne suis, dans la plupart des cas, pas d’accord avec cette qualification), mais bien plus souvent avec des gens d’extrême gauche et plus souvent encore avec des gens qui ne sont ni l’un ni l’autre. Je m’intéresse aux Syriens qui sont opposés à la politique d’ingérence, parce qu’ils peuvent me fournir éventuellement des informations sur leur pays allant à l’encontre du discours dominant, alors que je connais évidemment, à travers les médias, le discours des Syriens pro-ingérence.

Pour ce qui est des sites, je m’exprime là où je peux — de nouveau, si le NPA, le Front de gauche ou le PCF veulent m’écouter ou même débattre de façon contradictoire avec moi sur la politique d’ingérence, je suis prêt à le faire. Mais ce n’est pas le cas. Je note que les sites « conspirationnistes » comme vous dites, sont bien plus ouverts puisqu’ils savent en général que je ne partage pas leurs analyses, en particulier sur le 11 septembre, et m’acceptent quand même. Par ailleurs, les individus que je connais et qui publient sur ces sites ne sont nullement d’extrême droite et le simple fait d’être sceptique par rapport au récit officiel sur le 11 septembre n’a rien, en soi, d’extrême droite.

Le monde est bien trop compliqué pour garder une attitude « pure », où l’on ne rencontre et parle qu’avec des gens de « notre bord ». N’oublions pas qu’en France c’est la Chambre élue lors du Front populaire qui a voté les pleins pouvoirs à Pétain (après l’exclusion des députés communistes, et avec le concours des sénateurs). Et l’opposition à la collaboration réunissait les staliniens (à l’époque les communistes l’étaient vraiment) et les gaullistes, dont beaucoup étaient, avant guerre, très à droite. La même chose se produisait pendant la guerre d’Algérie ou du Vietnam, l’opposition à celles-ci rassemblant, entre autres, communistes, trotskistes, maoïstes, chrétiens de gauche, pacifistes-à propos, est-ce que Staline, le FLN algérien et Ho Chi Minh étaient démocrates ? Avait-on tort de les « soutenir », c’est-à-dire de s’opposer avec eux au nazisme ou au colonialisme ? Et dans les campagnes anticommunistes des années 80, la gauche des droits-de-l’homme ne faisait-elle pas cause commune avec toute une série de nationalistes extrêmes ou d’antisémites (Soljenitsyne par exemple) ? Et aujourd’hui, les partisans de l’ingérence en Libye et en Syrie ne font-ils pas cause commune avec le Qatar, l’Arabie Saoudite et une série de mouvements salafistes ?

Ensuite, j’ai un problème avec la définition « d’extrême droite ». Je sais bien ce que vous entendez par là, mais pour moi ce qui compte, ce sont les idées, pas les étiquettes. Agresser des pays qui ne vous menacent pas (ce qui est l’essence du droit d’ingérence) pour moi c’est une idée d’extrême droite. Punir des gens à cause de leurs opinions (comme le fait la loi Gayssot), pour moi c’est une idée d’extrême droite. Enlever à des pays leur souveraineté et par conséquent le fondement de la démocratie, comme le fait de plus en plus la « construction européenne », pour moi c’est une idée d’extrême droite. Dire « qu’Israël est très critiqué parce que c’est une grande démocratie », comme s’il n’y avait pas d’autre raison de critiquer Israël, pour citer celui pour qui presque toute la gauche votera au 2ème tour (François Hollande), pour moi c’est une idée d’extrême droite. Opposer de façon simpliste l’Occident au reste du monde, en particulier à la Russie et à la Chine (comme une bonne partie de la gauche le fait aujourd’hui au nom de la démocratie et des droits de l’homme), pour moi c’est une idée d’extrême droite.

Si vous voulez trouver un endroit où je serais sans hésitation en accord avec la « gauche », voyagez un peu, et allez en Amérique latine. Là vous verrez toute une gauche qui est anti-impérialiste, populaire, souverainiste et démocratique : des dirigeants comme Chavez, Ortega et Kirchner sont élus et réélus avec des scores impensables ici, y compris pour la « gauche démocratique », et ils font face à une opposition médiatique bien plus dangereuse qu’un simple Faurisson (cette opposition va jusqu’à appuyer des coups d’Etat), mais qu’ils ne penseraient jamais interdire.

Malheureusement, en Europe et surtout en France, la gauche a capitulé sur beaucoup de choses, la paix, le droit international, la souveraineté, la liberté d’expression, le peuple, et le contrôle social de l’économie. Cette gauche a remplacé la politique par la morale : elle décide, dans le monde entier, qui est démocrate et qui ne l’est pas, qui est d’extrême droite et qui est fréquentable ou non. Elle passe son temps à bomber le torse en « dénonçant » les dictateurs, leurs complices, les phrases politiquement incorrectes, ou les antisémites, mais elle n’a en réalité aucune proposition concrète à faire qui puisse rencontrer les préoccupations des populations qu’elle prétend représenter.

Ces abandons multiples de causes progressistes ouvrent effectivement un boulevard à une certaine extrême droite, mais la faute en incombe à ceux qui ont accompli et accepté ces changements, pas à ceux qui tentent modestement de résister à l’ordre du monde.

Jean Bricmont

Sources: …

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“LE QATAR ACHÈTE LA DÉMISSION DU GÉNÉRAL AL-DABI”

RÉSEAU VOLTAIRE

le 13 février 2012

Le général soudanais al-Dabi, considéré il y a peu comme le négociateur de la paix au Darfour, a fait l’objet d’une campagne internationale de calomnie après que les premiers rapports quotidiens des observateurs de la Ligue arabe ont montré que sa Mission ne validerait pas la version atlantiste des événements en Syrie.

Cependant, Mohammed Ahmed Mustafa al-Dabi a tenu bon face aux multiples pressions et, après un mois d’enquête, a rendu un rapport de synthèse selon lequel les forces de sécurité syriennes n’ont jamais tiré sur des manifestations pacifiques de l’opposition.

Alors qu’est envisagé de former une nouvelle Mission d’observation, cette fois conjointe à la Ligue arabe et aux Nations Unies, le Qatar a multiplié les démarches auprès du général al-Dabi pour qu’il donne sa démission et laisse la place à une personnalité plus accommodante.

Sheikh Hamad bin Jassim, Premier ministre et ministre Affaires étrangères du Qatar, lui a d’abord proposé une indemnité pour se retirer. Le général a refusé. L’émir lui a alors déclaré par téléphone que tout homme a un prix et qu’il lui appartenait de fixer le sien, puis il lui a envoyé un chèque sans montant en lui demandant d’écrire lui-même la somme. Nouveau refus du général.

En définitive, le Qatar s’est adressé au président soudanais Omar al-Bashir. L’émirat wahhabite a accordé un don au Soudan –un des États les plus pauvres du monde– en échange du retrait du général al-Dabi. Après le versement de 2 milliards de dollars, le président soudanais a rappelé le général à Khartoum.

La Ligue arabe dispose d’une présidence tournante, exercée à tour de rôle par chacun des 22 États membres. En 2011, le Qatar avait convaincu l’Autorité palestinienne de lui céder son tour de présidence en échange d’un don de 400 millions de dollars.

Sources: voltairenet.org

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Fin de partie au Proche-Orient

par Thierry Meyssan

RÉSEAU VOLTAIRE

le 14 février 2012

Alors que les combats ne sont pas tout à fait terminés dans le quartier insurgé de Homs et que les autorités syriennes et libanaises n’ont pas encore communiqué sur leur action récente, Thierry Meyssan tirait un premier bilan des opérations, lundi soir, sur la première chaîne russe ; des informations de première main qu’il a publié dans Komsomolskaya Pravda et partage avec les lecteurs du Réseau Voltaire.

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Depuis onze mois, les puissances occidentales et du Golfe conduisent une entreprise de déstabilisation de la Syrie. Plusieurs milliers de mercenaires se sont infiltrés dans le pays. Recrutés par des officines de l’Arabie saoudite et du Qatar au sein des milieux extrémistes sunnites, ils sont venus renverser « l’usurpateur alaouite » Bachar el-Assad et imposer une dictature d’inspiration wahhabite. Ils disposent du matériel militaire le plus sophistiqué, incluant des systèmes de vision nocturne, des centraux de communication, et des robots de combat urbain. Soutenus en sous main par les puissances de l’OTAN, ils ont en outre accès aux renseignements militaires indispensables, notamment des images satellites des déplacements des troupes syriennes, et des interceptions téléphoniques.
Cette opération est présentée mensongèrement au public occidental comme une révolution politique écrasée dans le sang par une dictature sans pitié. Bien sûr, ce mensonge n’est pas universellement accepté. La Russie, la Chine et les États américains membres de l’ALBA le récusent.

Chacun dispose en effet d’expériences historiques qui leur permettent de comprendre rapidement ce qui est en jeu. Les Russes pensent à la Tchétchénie, les Chinois au Xinkiang, et les Américains à Cuba et au Nicaragua. Dans tous ces cas, au-delà des apparences idéologiques ou religieuses, les méthodes de déstabilisation de la CIA étaient les mêmes.

Le plus étrange dans cette situation est d’observer les médias occidentaux s’auto-persuader que les salafistes, les wahhabites et les combattants de la mouvance Al-Qaïda sont épris de démocratie, alors que ces derniers ne cessent d’appeler sur les chaînes satellitaires saoudiennes et qataries à égorger les hérétiques alaouites et les observateurs de la Ligue arabe. Peu importe qu’Abdelhakim Belhaj (numéro 2 d’Al Qaida et actuel gouverneur militaire de Tripoli, Libye) soit venu personnellement installer ses hommes au Nord de la Syrie, et qu’Ayman Al-Zawahiri (numéro 1 d’Al-Qaïda depuis la mort officielle d’Oussama ben Laden) ait appelé au jihad en Syrie, la presse occidentale poursuit son rêve romantique de révolution libérale.

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NON AU CONSENSUS PRO-IMPÉRIALISTE

Communiqué du Collectif communiste Polex

Depuis maintenant plusieurs mois, l’impérialisme occidental, États-Unis en tête, avec Sarkozy-Juppé et l’émir du Qatar en brillants seconds, cherche à renverser au profit de ses protégés le gouvernement de la Syrie, selon le procédé qui a été mis en œuvre en Libye (insurrection armée, intervention étrangère à prétexte humanitaire, et conquête).

Ceux d’entre nous qui combattent l’impérialisme depuis longtemps, et qui restent fidèles aux idéaux de paix et d’égalité entre les peuples, répètent que toute intervention extérieure dans la guerre civile en Syrie est inacceptable et irresponsable.

C’est pourquoi nous avons été choqués de voir un appel à manifester à Paris en faveur des opposants syriens, et contre le seul gouvernement syrien, qualifié de criminel et sommé de laisser la place à ses adversaires. Mais notre étonnement a fait place à l’indignation en voyant l’incroyable panel unanime des signataires : aux côtés d’opposants syriens, le Parti Socialiste, en toute logique puisqu’il a approuvé la guerre de l’OTAN en Libye, mais aussi le NPA, le Mouvement de la Paix, la CGT, la FSU et le PCF ! Il ne manque à ce consensus pro-impérialiste, alors qu’Obama et Juppé-Sarkozy envisagent une intervention « humanitaire », que la signature de l’UMP, que les précédents n’ont pas voulue.

Camarades et amis, qui pensez être progressistes, interrogez-vous ! Quand on ne fait que répéter ce que disent nos adversaires politiques, n’est-il pas temps de se poser des questions ?

  • Le régime du Baath en Syrie est de nature autoritaire, et ses opposants, de gauche et de droite, en ont subi le poids depuis longtemps.
  • Mais pourquoi ne dites-vous pas qu’il est aussi au Moyen-Orient un système à peu près laïque, protecteur des diverses communautés du pays, par exemple, des minorités chrétiennes, persécutées dans l’Irak voisin «libéré» par l’Occident, et opposé à l’impérialisme israélien?
  • Pourquoi ne dites-vous pas que les seules « informations » ressassées par les télévisions françaises sur ce qui se passe en Syrie émanent des insurgés antigouvernementaux, alors qu’on ne croit jamais les foules impressionnantes qui manifestent en faveur du gouvernement Assad ?
  • Pourquoi cachez-vous qu’il s’agit d’une insurrection armée contre le régime, et que si l’armée syrienne officielle bombarde sans états d’âme certains quartiers urbains, c’est parce qu’ils abritent les miliciens de l’« Armée syrienne libre », largement financés et armés par les dirigeants « pétroliers » et intégristes du Qatar et d’Arabie Saoudite, et protégés par la Turquie voisine ?
  • Pourquoi ne pas dire que ces insurgés de l’ASL, qui se vantent d’avoir 40.000 hommes en armes sous leurs ordres, multiplient contre les forces fidèles au gouvernement les tirs de rockets, d’armes lourdes et les attentats meurtriers à l’explosif ?
  • Pourquoi cacher que le gouvernement Assad ne peut que riposter par les armes à des insurgés en armes ? ou céder la place alors qu’une bonne partie de la population le soutient ?
  • Pourquoi ne pas dire que le gouvernement syrien accepterait de négocier les contours d’une évolution du régime si ses opposants acceptaient de cesser leurs actions armées ?
  • Pourquoi cacher que cette insurrection armée est surtout le fait de salafistes, dont le seul mot d’ordre quand on les filme est « Allah Akbar » ?
  • Pourquoi enfin ne pas dire que l’autoritarisme de Bachar al-Assad n’a jamais empêché depuis des années les puissances occidentales de le courtiser, comme ils le firent avec Kadhafi, avant de le tuer?

    Pourquoi cacher que le seul objectif des USA et ses alliés d’Europe et d’Arabie est d’installer à Damas un gouvernement pro-occidental, allié d’Israël contre les Palestiniens et l’Iran, et qu’il serait dirigé par des intégristes comme ceux installés avec la bénédiction de l’Occident en Tunisie, en Égypte, au Maroc, en Libye, voire en Irak?

    Pourquoi cacher que l’impérialisme occidental, en cette affaire, se préoccupe peu des droits de l’homme et de la femme, et voler naïvement à son secours?

Paris, le 10 février 2012

pour accéder au communiqué, format pdf téléchargeable, cliquer ici (…)

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SYRIE

LA BATAILLE DE LA DÉSINFORMATION MÉDIATIQUE

Pierre Piccinin (*)

Lundi 6 Février 2012

extraits de l’article “SYRIE : LA « REVOLUTION » IMPOSSIBLE
AU-DELÀ DE TOUTES LES PROPAGANDES ET INTERPRETATIONS…” (**)

Les événements de Syrie constituent certainement un cas d’école extrême de désinformation médiatique, et peut-être plus encore que la guerre du Golfe de 1991, voire même que la guerre d’Irak de 2003 ou l’intervention atlantique en Libye en 2011.

Il ne s’agit pas de dénoncer un vaste complot médiatique contre la Syrie -pas de la part des médias occidentaux, en tout cas ; c’est différent en ce qui concerne certains médias arabes, à commencer par Al-Jazeera, instrument médiatique du Qatar qui a été très actif en Tunisie, en Libye et, à présent, intervient en Syrie-, mais de mettre en évidence les raisons de cette désinformation aux proportions saisissantes.

Certes, il est bien évident que la plupart des grands médias ont une ligne éditoriale déterminée par les intérêts de ceux qui les possèdent, leurs principaux actionnaires, des groupes financiers ou industriels, qui utilisent leurs médias pour influencer l’opinion.

Dans le cas de la Syrie, cela dit, les facteurs qui expliquent cette « désinformation » sont, d’une part, d’ordre strictement structurel et, d’autre part, ont pour origine un parti pris idéologique qui simplifie la « révolution » syrienne, de manière manichéenne, à la révolte de tout un peuple contre une intolérable dictature (c’est du moins le fait des médias occidentaux : les médias russes et chinois, par exemple, perçoivent quant à eux la crise syrienne sous un angle tout à fait différent, beaucoup plus favorable au régime, allié de leurs gouvernements respectifs).

Aujourd’hui, les rédactions ont été dégraissées et ne disposent plus d’assez de personnel, ni de moyens. Les journalistes n’ont plus la possibilité de se rendre sur le terrain, de vérifier l’information, ni le temps de recouper leurs sources. Ils se contentent donc trop souvent de faire du « desk-journalisme », de répercuter des « informations » qui proviennent de quelques grandes agences de presse, elles-mêmes bien souvent informées par des réseaux qu’elles ont constitués, généralement dans le milieu des ONG, dont certaines, derrière des étiquettes apparemment honorables, cachent en réalité des groupes d’intérêt étant partie prenante dans les événements.

Je prendrai pour exemple un cas bien concret : le 20 novembre, à la suite d’Al-Jazeera, toute la presse internationale a annoncé une attaque de roquettes contre le siège du parti Baath à Damas ; et d’aucuns en ont immédiatement tiré des conclusions catastrophistes pour le régime. Un de mes contacts à Damas m’a spontanément téléphoné, le jour-même, pour m’informer de ce que le bâtiment était intact. Deux coups de fil ont été suffisants pour vérifier l’information et publier une photographie du siège du Baath, qu’une amie sur place m’avait envoyée, avec, en avant-plan, la une d’un grand quotidien du lendemain de la prétendue attaque. Il est stupéfiant qu’aucune rédaction n’aie procédé à cette vérification élémentaire, qui relève du travail de base du journaliste.

Il faut aussi tenir compte d’un autre phénomène : la presse se nourrit d’elle-même et, en même temps, cherche le scoop vendeur, ce qui génère une spirale vicieuse dont il devient rapidement impossible de s’extraire ; pire : dans des cas similaires à celui que je viens de décrire, les médias ne démentent même pas après coup, par crainte du discrédit, laissant leurs lecteurs dans l’ignorance de la réalité, victimes de la supercherie.

Ainsi, concernant la Syrie, les grands médias restent sur leur ligne éditoriale, malgré les témoignages des quelques journalistes et chercheurs qui se sont rendus sur place.

Pourtant, de plus en plus de preuves sont fournies de ce que certaines composantes de l’opposition organisent une formidable désinformation de la presse occidentale. La source principale –et presqu’unique- qui est systématiquement mentionnée par les médias, à propos de la Syrie, c’est l’Observatoire syrien des Droits de l’Homme (OSDH), basé à Londres et présidé par l’avocat Rami Abdel Rahman, opposant au régime de longue date, connu en Syrie (il est cela dit presque impossible de l’approcher et son patronyme semble être utilisé comme pseudonyme par plusieurs des administrateurs de l’OSDH, ce qui ne manque pas de brouiller les pistes lorsque l’on essaie d’enquêter plus avant sur cette organisation).

Or, il a été établi à maintes reprises déjà que l’OSDH entretient des liens étroits avec les Frères musulmans (Rami Abdel Rahman serait lui-même membre de la confrérie) et intoxique les médias : la mystification des roquettes sur le siège du parti Baath à Damas était un produit de la collaboration d’Al-Jazeera et de l’OSDH.

Ainsi, les preuves de l’organisation de la désinformation par l’OSDH ne manquent pas, et je peux en produire plusieurs exemples, directement vécus sur le terrain.

Le vendredi 15 juillet, j’étais à Hama. J’ai assisté à une manifestation qui avait rassemblé entre 3.000 et 10.000 personnes. Le soir même, l’AFP, suivie des bulletins de France 24, d’Euronews et du journal Le Monde, annonçait 500.000 manifestants ! Leur source, à l’époque déjà : l’OSDH… La ville de Hama ne compte même pas 400.000 habitants, ce qu’aucune rédaction n’a vérifié avant de diffuser « l’information » en provenance de l’OSDH.

Autre exemple, tout récent celui-là : ce 27 décembre, j’étais à Damas lorsqu’on a annoncé une fusillade à l’université. Je me suis immédiatement rendu sur les lieux, puis à l’hôpital où les blessés étaient transportés. J’ai pu interroger, à chaud, les condisciples des étudiants concernés, des témoins directs qui connaissaient les victimes, et aussi la mère et la tante d’un des étudiants blessés, lequel est décédé quelques heures plus tard : un opposant au gouvernement, un étudiant, était entré dans une salle d’examen et avait tiré sur plusieurs de ses condisciples, en choisissant ses cibles, qui étaient toutes membres d’organisations étudiantes qui soutiennent le président al-Assad. L’auteur de la fusillade avait participé à un débat avec ses victimes et s’était sévèrement disputé avec elles. Dans les heures qui ont suivi, l’OSDH a publié un communiqué de presse, affirmant que plusieurs tireurs pro-régime avaient ouvert le feu sur le campus de l’université de Damas, tuant et blessant des étudiants qui manifestaient contre le gouvernement… Une « information » immédiatement reprise par l’ensemble des sites de presse occidentaux.

Le constat est pire encore en ce qui concerne les images qui nous sont envoyées par l’opposition, lesquelles, comme tout le matériel médiatique relatif à la Syrie, sont du même tonneau que les chiffres évoqués.

La plupart des images qui nous arrivent des manifestations en Syrie sont constituées de plans rapprochés, qui ne montrent en réalité que quelques centaines de personnes au plus. Et pour cause : c’est bien ainsi que les choses se passent sur le terrain.

Le manque d’esprit critique des responsables de l’information est tel, cependant, que les chaînes de télévision occidentales utilisent ces images pour illustrer les chiffres absurdes avancés, parlant de manifestations de centaines de milliers de personnes.

Mais il y a aussi les images que les médias ne montrent pas, celles des immenses manifestations de soutien au régime baathiste. Elles rassemblent, elles, des centaines de milliers de manifestants. Certes, elles sont dans la plupart des cas organisées par les autorités et, celles-là, les forces de l’ordre ne les répriment pas. Mais, pour y avoir assisté, je peux témoigner que les personnes qui y participent sont tout à fait sincères et soutiennent le président al-Assad, avec une ferveur non feinte, tout aussi ardente que celle des manifestants de l’opposition.

Aucune chaîne de télévision ne fait la promotion de ces immenses rassemblements, dont la vision perturberait le téléspectateur endoctriné dans la version manichéenne et simpliste évoquée. Les médias laissent ainsi croire à leurs auditeurs que le régime est face à une révolte de masse et est sur le point de s’effondrer, ce qui n’est absolument pas le cas.

Il est donc bien clair que les chiffres et les « informations » avancés dans la presse depuis des mois sont tout à fait farfelus et ne correspondent absolument pas à la réalité.

Les commentaires élaborés sur base de ces « informations » sont dès lors tout aussi farfelus, produits d’analystes qui ignorent tout du terrain et construisent des raisonnements aberrants au moyen de ce qu’ils glanent dans la presse…

La situation, en Syrie, est très loin d’être aussi catastrophique que ce qu’en disent la plupart des commentateurs et le régime baathiste n’est pas près de devoir céder.

La perspective d’une intervention occidentale
Avant tout, la question est de savoir s’il y a matière à intervenir : les chiffres invérifiables –et invérifiés- avancés de part et d’autre, dans le cadre de cette guerre médiatique que se livrent le gouvernement et certains courants de l’opposition, ne permettent pas de justifier une intervention.

Certes, en Libye, personne ne s’est embarrassé d’une quelconque enquête sur la réalité des chiffres avancés. La résolution 1973 du Conseil de sécurité de l’ONU, qui a autorisé l’intervention (et ouvert le champ à toutes les dérives, à la destruction de la ville de Syrte, qui n’était certainement pas prévue par la résolution dont l’objectif officiel –ne l’oublions pas- était la protection des populations civiles), a été votée sur base d’un rapport de la Ligue des droits de l’homme libyenne, qui affirmait que le gouvernement avait massacré six mille personnes. On sait aujourd’hui que ce fut là un énorme bobard. En somme, rien n’empêcherait d’en faire autant dans le dossier syrien…

Mais il faut aussi s’interroger sur la faisabilité d’une telle intervention. Une intervention est-elle possible ?

Le gouvernement syrien a le soutien de l’Iran, puissance régionale dont l’entrée en scène dans un conflit en Syrie pourrait entraîner la déstabilisation, voire l’embrasement de toute la région, y compris des pétromonarchies du Golfe, ce que personne ne souhaite pour des raisons bien évidentes. Une implication de l’Iran pourrait en outre entraîner une réaction israélienne, avec les conséquences que l’on peut imaginer dans la géopolitique du Monde arabe.

La Syrie a également le soutien de la Chine, grand consommateur de pétrole, qui s’approvisionne en Iran (la Chine aurait cela dit commencé à rechercher d’autres sources d’approvisionnement, dans la perspective d’une intervention occidentale contre l’Iran…), et de la Russie : Moscou, depuis les accords de Camp David, en 1978, c’est-à-dire le rapprochement entre l’Égypte et les Etats-Unis et la paix entre le Caire et Tel-Aviv, a progressivement perdu la bataille du Moyen-Orient, où il ne lui reste plus comme allié, aujourd’hui, que la Syrie. Or, Vladimir Poutine, depuis qu’il a repris les rênes de la Russie, essaie de réparer les dégâts des années Eltsine et de maintenir la Russie au rang de puissance mondiale, de puissance régionale à tout le moins.

Ainsi, dès que Français et Turcs, en novembre, avaient évoqué la possibilité d’une intervention commune en Syrie, la Russie avait envoyé des bateaux de guerre dans les ports syriens, pour marquer son territoire ; le message a été bien clair.

La Chine et la Russie sont toutes les deux membres permanents du Conseil de sécurité et utiliseront certainement leur veto contre toute velléité d’ingérence en Syrie. Et on peut même s’attendre à ce que la Russie montre les dents si une intervention devait néanmoins se produire (comme il s’en est produit sans accord onusien, en 2003, par exemple, en Irak, ou dans le cas de la soi-disant « indépendance » du Kosovo).

La Chine et la Russie sont en outre liées par le trop peu connu Traité de Shanghai de 1996, auquel l’Iran a été associée en tant qu’observateur en 2005. Ce traité, qui se profile de plus en plus comme le pendant sino-russe de l’OTAN, a été modifié en 2002, prônant un caractère « anti-hégémonique » à l’égard des États-Unis. La Syrie constitue dans ce cadre un enjeu de premier ordre.

Mais, au-delà de ces considérations, la problématique est en fait assez simple : aucun État occidental n’a d’intérêt à faire chuter le régime baathiste en Syrie, pas même Israël.

En Libye, les motivations de la spectaculaire intervention atlantique ont été limpides : Mouammar Kadhafi avait imposé aux sociétés pétrolières et gazières des contrats d’exploitation drastiques, qui réservaient à l’État libyen une part non négligeable des dividendes, lesquelles étaient en grande partie redistribuées à la population sous forme d’aide sociale (médecine gratuite, scolarisation, énergie aussi, etc.). À l’occasion du « Printemps arabe » et des troubles qui ont surgi dans une partie du pays, il a été possible pour les États intéressés de s’ingérer en Libye et de renverser son gouvernement pour le remplacer par une équipe beaucoup plus docile et favorable au libéralisme économique pur et dur. Avant même la chute de Kadhafi, la France, qui fut le fer de lance de l’opération, avait déjà négocié ses parts d’exploitation pétrolière avec le Conseil national de Transition, le nouveau gouvernement désormais en place à Tripoli.

Rien de tel ne préoccupe les Occidentaux en Syrie. Tout au contraire.

La Syrie n’est pas un pays très riche. Elle vend à l’Europe 98% du pétrole qu’elle produit et les États européens ont toujours eu d’excellents rapports avec Damas. L’absence de sanction efficace de la part de l’Union européenne en témoigne : l’UE a décrété la suspension de son approvisionnement pétrolier en Syrie ; mais Damas sait pouvoir écouler sa production par d’autres canaux et l’EU, pouvoir s’approvisionner ailleurs. On a donc assisté à un jeu de chaises musicales sans réelle conséquence pour le régime baathiste.

Dans le cadre de la politique états-unienne, la Syrie baathiste n’est plus un ennemi depuis longtemps : après les attentats du 11 septembre 2001, des accords ont été passés entre les Etats-Unis et la Syrie, qui se sont découvert un adversaire commun, les islamistes radicaux. Ainsi, des prisonniers détenus à Guantanamo ont été expédiés en Syrie pour y être interrogés et torturés. Les services secrets de ces deux États ont activement collaboré.

Ensuite, à partir de 2005, la France sarkozienne, grande alliée des Etats-Unis, a fait pression sur la Syrie en utilisant le Tribunal spécial pour le Liban, chargé d’enquêter sur l’assassinat du premier ministre libanais Rafiq Hariri : le gouvernement syrien en a été accusé. Parallèlement, les Etats-Unis ont poussé leur principal allié arabe, l’Arabie saoudite, à proposer des accords diplomatiques et économiques à la Syrie. Cette politique de la carotte et du bâton a été bien comprise par Damas, qui a accepté de se rapprocher d’avantage encore de Washington. L’enquête du Tribunal spécial a alors immédiatement été réorientée vers le Hezbollah au Liban.

Les troubles qui ébranlent la Syrie viennent ainsi mettre en péril près de dix années de diplomatie états-unienne et de normalisation des rapports avec Damas.

Enfin, Israël considère Bashar al-Assad comme un allié de fait : si le discours, à Damas, demeure très antisioniste, la Syrie, dans les faits, ne mène aucune action concrète et garantit à Israël une parfaite sécurité sur leur frontière commune, le Golan. Cette frontière est strictement surveillée par les Syriens, pour empêcher que des Palestiniens, parmi les 500.000 réfugiés qui vivent en Syrie, ne tentent des attaques contre Israël à partir du sol syrien. Tel-Aviv ne souhaite certainement pas voir une guerre civile ou les islamistes plonger un aussi bon voisin dans le chaos.

Dès lors, l’Occident attend, sans prendre de mesures réellement contraignantes contre le régime, dans l’espoir cynique que la situation se stabilisera et que l’ordre reviendra en Syrie.

Seule l’attitude de la France (son implication en faveur de l’ASL notamment) suscite l’interrogation. Et pas seulement en ce qui concerne la Syrie, d’ailleurs…

On ne peut pas dire que le gouvernement du président Sarkozy s’est montré très empressé à soutenir les révoltes dans les pays arabes. On ne peut oublier les mots ahurissants de la ministre française des Affaires étrangères, Michèle Alliot-Marie, qui avait proposé au dictateur Ben Ali et au gouvernement algérien une aide policière française pour encadrer efficacement les contestataires. Certes, la ministre a par la suite soutenu que l’on avait mal interprété ses propos, mais, en substance, le choix du gouvernement français était clair.

L’attitude soudainement très gesticulante de la France dans le cas de la Libye n’a dès lors pas manqué d’étonner, de prime abord du moins : c’est bien la France qui a tout mis en œuvre pour obtenir de l’ONU une résolution permettant l’intervention en Libye et l’on se souviendra des grosses goutes de sueur du successeur de Michèle Alliot-Marie, Alain Juppé, tentant de convaincre le Conseil de Sécurité auquel il n’est parvenu à arracher qu’une bien maigre adhésion… Mais nous savons quelles étaient les objectifs français.

Toutefois, une chose n’est pas élucidée encore, en ce qui concerne la Libye. Je me trouvais à Bengazi, en août, et j’ai eu l’opportunité d’assister à une réunion de diplomates étrangers et de membres du CNT. C’était juste avant l’assaut sur Tripoli. Le président du CNT, Moustafa Abd al-Jalil, était complètement paniqué : on venait d’apprendre qu’une colonne d’environ trois cents islamistes surarmés marchait sur la capitale. Or, personne ne savait qui les commandait et quel était leur agenda. C’est pourquoi le CNT, pour ne pas être débordé par ces islamistes, a donné l’ordre d’attaquer Tripoli, en catastrophe, trois semaines avant la date prévue. Par la suite, nous avons appris que ces islamistes étaient armés et financés par le Qatar. Et une diplomate britannique s’est offusquée ouvertement de ce que « les Français étaient au courant ; ils s’étaient concertés avec le Qatar », a-t-elle affirmé, « mais ne nous ont pas avertis ».

On connaît les relations privilégiées et personnelles qu’entretiennent le président Nicolas Sarkozy et l’émir du Qatar. Mais cela ne permet pas vraiment de voir clair dans ce jeu, qui n’est pour l’instant pas encore démêlé.

Le Qatar est omniprésent dans ce « Printemps arabe ». Je l’ai constaté au Caire, en Tunisie et en Libye. Le Qatar manipule l’opinion, au moyen de sa chaîne de télévision satellitaire, Al-Jazeera, et finance l’armement des rébellions.

Je l’ai constaté également en Syrie : certaines manifestations de l’opposition arborent des drapeaux qataris et, plus que partout ailleurs auparavant, plus qu’en Tunisie ou en Libye, Al-Jazeera s’adonne à une propagande éhontée contre Bashar al-Assad et n’hésite pas à monter de toutes pièces de fausses « informations » pour discréditer et affaiblir le régime de Damas.

Faut-il lier l’attitude de la France envers la Syrie à cette implication du Qatar et à un lien privilégié unissant les deux dirigeants de ces pays ?

À ce stade de notre information, tout ce qu’il est possible de faire, c’est de constater une nouvelle gesticulation française et de formuler cette hypothèse, mais qui ne répond ni à la question de savoir quel objectif commun poursuivraient la France et le Qatar, quels accords éventuels ils auraient passés, ni de comprendre pourquoi le Qatar, minuscule État, bien qu’immensément riche du fait de ses prodigieuses réserves gazières, veut manifestement jouer un rôle tellement important dans le « Printemps arabe » (un rôle sélectif, cela dit : Al-Jazeera s’est bien gardée de couvrir le Mouvement du 20 février au Maroc et les manifestations au Bahreïn, écrasées dans le sang avec l’appui des chars saoudiens et l’accord tacite des Etats-Unis, présents au Bahreïn avec leur cinquième flotte).

La problématique est d’autant plus complexe que le Qatar, par sa politique, gêne son grand allié, les Etats-Unis, précisément qui, même si dans l’ensemble, ont bien repris le contrôle de la partie, se seraient volontiers passés de tous ces soubresauts sur l’échiquier de leur « Grand Moyen-Orient ».

Mais c’est là toute la complexité de la politique moyen-orientale : un autre grand allié des Etats-Unis, l’Arabie saoudite, n’a-t-elle pas de tous temps financé l’islamisme radical, principale menace régionale à l’encontre de Washington ?

La question qui se profile désormais est celle de la porte de sortie que les différents protagonistes de la crise syrienne pourraient emprunter pour mettre fin à cet état de guerre civile latent qui accable le pays et risque de le mener assez rapidement à un point de non-retour qui, une fois dépassé, laissera peu de chance à un éventuel processus de réconciliation nationale.

Le gouvernement baathiste a multiplié les appels au dialogue, libéré de nombreux prisonniers politiques et promulgué plusieurs décrets par lesquels il a lâché du lest, laissant entrevoir la possibilité d’une transition vers la démocratie, mais une transition fatalement longue et sans heurts, ni inquiétude pour les actuels tenants du pouvoir.

Toutefois, l’attitude du gouvernement reste ferme et intransigeante face aux rébellions armées qui se sont manifestées à Homs et le long des frontières. Une intransigeance qui est dénoncée par les oppositions comme la volonté avouée de conserver l’autorité sur le pays. Et de conclure que Bashar al-Assad et ceux qui l’entourent n’ont en réalité aucune intention de négocier.

Mais la question ne s’applique pas qu’au gouvernement syrien : l’opposition également doit accepter la négociation. Or, toutes les composantes de la contestation s’y refusent : « Bashar doit partir » ; les plus radicaux réclament même son exécution.

Quoi qu’il en soit, après bientôt un an de troubles, tandis que la guerre des propagandes fait rage, que les morts s’accumulent de part et d’autre et que la société se déchire un peu plus chaque jour, il semble bien que, en Syrie, la « révolution » soit impossible.

(*) Pierre Piccinin est professeur d’histoire et de science politique à l’“Ecole européenne de Bruxelles I”.

Domaine de recherche: histoire ancienne et contemporaine et particulièrement du Moyen-Orient.

(**) “SYRIE : LA « REVOLUTION » IMPOSSIBLE. AU-DELA DE TOUTES LES PROPAGANDES ET INTERPRETATIONS…”

Pierre Piccinin était en Syrie en décembre 2011 et janvier 2012. L’historien et le politologue apporte un éclairage nouveau sur les évènements qui secouent ce pays, ainsi que sur les enjeux régionaux. Sans parti pris et loin de la propagande de Damas et de ses opposants ou des avis sans nuance des capitales occidentales et des médias internationaux. Où l’on pénètre dans cette zone grise, complexe, pour comprendre un conflit… Analyse et état des lieux.

Alors que les gouvernements tunisien et égyptien ont dû céder face à la contestation (ou ont su en donner l’impression, à tout le moins), alors que l’Alliance atlantique a profité des troubles pour renverser le dirigeant libyen Mouammar Kadhafi, tandis que d’autres, comme au Bahreïn, se sont maintenus par la force ou, comme en Algérie, en Jordanie et plus encore au Maroc, par la ruse de quelques vagues promesses de réformes, exception faite du Yémen qui, en dépit du retrait apparent du président Saleh, s’enfonce chaque jour un peu plus dans le chaos, la Syrie reste le dernier État empêtré dans ce phénomène que d’aucuns ont souhaité habiller d’une expression poétique, le « Printemps arabe ».

Depuis le 15 mars 2011, en effet, le gouvernement baathiste du président Bashar al-Assad doit faire face à des troubles, parfois violents…

Pour lire l’article en entier, aller sur grotius.fr en cliquant sur le lien:…

Cet article a été repris par “La Nation”, le 6 février 2012 (…)

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INTERVIEW AVEC AHMED MANAÏ

OBSERVATEUR DE LA LIGUE ARABE EN SYRIE

donné sur le site NAWAAT

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Etant l’un des 166 observateurs envoyés par la Ligue arabe en Syrie, on a interviewé Ahmed Manaï, ancien expert international auprès de l’ONU, militant en faveur d’une démocratisation de la Tunisie et auteur de «Supplice Tunisien – Le jardin secret du général Ben Ali».

Nawaat: Quelle était votre réaction, en tant que membre tunisien des observateurs envoyés par la Ligue arabe, face au véto sino-russe au projet de résolution du Conseil de sécurité de l’ONU sur la Syrie ?

Ahmed Manaï: Une immense satisfaction pour le peuple syrien et la Syrie, leur présent et leur avenir. Le véto sino-russe a sauvé un pays, berceau de la civilisation humaine et arabe, de la destruction totale à laquelle le destinaient d’autres arabes et que les puissances de la guerre s’apprêtaient à lui faire subir. Avec ce véto la Syrie ne connaîtra pas, je l’espère, le sort de l’Irak si proche avec son million de morts, ses 3 millions d’orphelins, ses deux millions de veuves, ses quatre millions de réfugiés et sa société déstructurée. Il ne connaîtra pas non plus le sort incertain de la Libye déstructurée et désarticulée.

Nawaat: Vous avez écrit sur votre page facebook que la décision du “renvoi de l’ambassadeur syrien” de la Tunisie émane non pas du Président Marzouki mais de Rached Ghannouchi, chef du parti islamiste Ennahdha et du Qatar, d’où est-ce que vous détenez cette information?

Ahmed Manaï: Je rappelle d’abord qu’il n’y a pas d’ambassadeur de Syrie à Tunis depuis plus d’un an, mais juste un vice chargé d’affaires.
On n’a pas besoin de puiser ce genre d’information à une autre source que celle de M.Ghannouchi lui-même. Il suffit de revenir à ses déclarations et rappeler, par exemple, celle qu’il a faite en novembre 2011, je crois, dans laquelle il a « décidé « que la Tunisie allait renvoyer l’ambassadeur syrien.. Il avait déclaré plus tard, « qu’il allait remettre les ambassades du Yémen et de la Syrie aux opposants des deux pays » ignorant sans doute la convention de Genève qui régit les relations diplomatiques et consulaires.
Il n’était alors que le chef d’un parti politique ayant gagné les élections.
Heureusement que le gouvernement de l’époque avait tempéré son zèle. Maintenant il est tout et décide de tout, toujours sans autre qualité que celle de président d’un parti chef de file de la majorité à l’assemblée nationale constituante.

Pourquoi le Qatar ? Parce que ce pays, sous-traitant des basses besognes, qui pilote « l’initiative arabe » avait enjoint à tous les pays sous sa tutelle, d’accompagner la réunion du Conseil de sécurité du 04/ 02, par une action concertée de rupture avec la Syrie. Ils ont tout prévu sauf le double véto. Il a donné aussi des consignes à certains médias pour chauffer un peu plus l’ambiance. Le CNT syrien pour sa part a recommandé aux siens de procéder à l’occupation des ambassades syriennes partout dans le monde et à ses militants et ses groupes armés de se distinguer par des actions d’envergure. Cependant je ne vous cache que j’ai des amis à la ligue qui m’ont confirmé certaines choses, entre autres l’alignement inconditionnel de la délégation tunisienne à la ligue arabe sur le Qatar.
D’autre part, tout cela est en droite ligne de la stratégie concertée entre les « frères » et leurs alliés arabes, turcs et occidentaux.
Nawaat: Que pensez-vous, de la décision même de “renvoi d’un ambassadeur” ?

Ahmed Manaï: Je rappelle que la Tunisie a envoyé une délégation officielle qui a participé à la rédaction du rapport de la mission arabe en Syrie. Si les décideurs tunisiens avaient consulté les membres de cette délégation sur la situation en Syrie, ils leur auraient conseillé sûrement autre chose. Je ne sais pas d’ailleurs si ces décideurs avaient connaissance de cette mission qui comprend des ambassadeurs, de hauts fonctionnaires et des officiers supérieurs.

Alors qu’est ce que j’en pense ? C’est une décision irréfléchie, prise par des amateurs de la diplomatie et des relations internationales, inconscients du tort qu’ils font aux intérêts et à l’image d’un pays qui s’est longtemps distingué par sa diplomatie sage et équilibrée, ou alors, une décision dictée par plus forts qu’eux !

Curieusement aucune des puissances qui s’apprêtaient il y a quelques semaines à lancer leur aviation sur la Syrie, n’a eu recours à la rupture des leurs relations avec la Syrie.

Nawaat : Quels sont les différents agents (On a parlé de l’Iran, de Hezb Allah, Irakiens … ) impliqués aux événements qui se déroulent en Syrie depuis mars 2011 ? Pouvez-vous nous éclaircir plus les acteurs svp ?

Ahmed Manaï: L’Iran et le Hezbollah sont des alliés stratégiques des syriens. Les irakiens par contre, étaient en mauvais termes avec eux, quoique actuellement on assiste à leur rapprochement.

Seraient-ils impliqués dans les évènements en Syrie ? Je ne crois pas que les syriens auraient besoin de l’aide de quiconque pour gérer la situation intérieure de leur pays. De nombreux médias ont parlé de combattants du Hezbollah et des Pasdaran iraniens qui seraient engagés dans la répression des manifestants. C’est tout simplement de la propagande. Mais il est certain qu’ils coopèrent à plein au niveau du renseignement, par exemple.

Il y a d’autres pays impliqués à fond dans la crise syrienne: ce sont les pays du golfe avec à leur tête le Qatar, puis la Turquie et l’ensemble des pays de l’OTAN. Certains d’entre eux accueillent les groupes armés sur leur sol, d’autres les financent, d’autres encore les entraînent et certains autres leur assurent la couverture médiatique.

Il y a d’autres acteurs de taille, tels que les Russes et les Chinois, mais comme on l’a vu lors du dernier vote du Conseil de Sécurité, leur rôle est surtout de soutien.

Mais il y a aussi, en plus de ces Etats, des mouvances politiques très influentes, telle que les frères musulmans et les Salafistes.

Nawaat: Que pensez-vous de la couverture médiatique en Syrie ? Qu’en est-il de la censure ?

Ahmed Manaï: Il y a une couverture médiatique étrangère sur la Syrie et une autre en Syrie.

L’une des questions inscrite dans le protocole et à laquelle devrait répondre la mission des observateurs concerne les médias et leurs conditions de travail. Le rapport final y a répondu ainsi :

« Vérification des agréments accordés par le gouvernement syrien aux médias arabes et internationaux, et enquête sur les possibilités offertes à ces médias de se déplacer librement dans toutes les régions de la Syrie..

41 – Le gouvernement syrien, par la voix de son ministre de l’information, a confirmé avoir accordé l’agrément à 147 divers médias arabes et étrangers depuis le début de décembre 2011 et jusqu’au 15/01/2012. 112 divers médias étrangers nouveaux ont visité le territoire syrien en plus des 90 médias déjà présents sur le territoire syrien qui disposent de correspondants permanents.

42 – La Mission a suivi cette question et a observé la présence de 36 médias arabes et étrangers et un certain nombre de journalistes dans un certain nombre de villes syriennes. Elle a reçu quelques plaintes qui indiquent que le gouvernement syrien a accordé des autorisations pour certains médias d’opérer en Syrie pour une durée n’excédant pas 4 jours considérés comme durée insuffisante de leur point de vue, en plus de ne pas permettre leur déplacement à l’intérieur du pays à moins d’indiquer au préalable leur destination et de demander une autre certification pour se rendre à certaines zones sensibles. Le gouvernement syrien se dit prêt à accorder aux médias des mandats de 10 jours renouvelables.

43 – Des rapports et des déclarations de certains secteurs de la Mission montrent l’existence de restrictions gouvernementales sur le déplacement des médias dans les secteurs de l’opposition, incitant ces journalistes à se déplacer, dans de nombreux cas, derrière le déplacement de la mission, pour exercer leurs fonctions.

44 – La ville de Homs a été le témoin de l’assassinat d’un journaliste français travaillant pour France 2, et de la blessure d’un journaliste de nationalité belge. Sur ces deux cas, le gouvernement et l’opposition ont échangé les accusations sur la responsabilité de chacun dans ces incidents et ils ont publié, chacun, des déclarations condamnant la partie adverse. Le gouvernement syrien a constitué une commission gouvernementale d’enquête sur l’incident pour déterminer ses causes. Il faudrait noter que les rapports de la Mission de la Ligue arabe à Homs indiquent que le journaliste français a été tué à la suite des tirs de mortier par l’opposition.
Quant au rôle des médias internationaux, il suffit pour y répondre, qu’il y a une soixantaine de chaînes télévisées, dans tous les pays, qui débitent en permanence et dans toutes les langues, un flot de mensonges et de propagande éhontée sur la situation en Syrie.

Nawaat: Revenons au “véto”: Il y a de cela un an, La Russie et la Chine, avec l’Allemagne, le Brésil, et Inde se sont abstenus vis-à-vis de la résolution 1973 autorisant le recours à la force contre le régime de Kadhafi en Libye. Comment expliquez-vous l’usage de ce véto cette fois-ci pour le cas de la Syrie ?

Ahmed Manaï: La résolution 1973 sur la Libye, votée en principe pour assurer la protection des populations civiles a été détournée par les pays de l’OTAN. Le résultat de la guerre de l’OTAN contre la Libye, encore très peu connu du grand public, a été catastrophique. La Russie et la Chine, n’avaient pas fait usage de leur droit de Véto, estimant sans doute que la résolution serait exécutée à la lettre. Il y aussi que la Libye, même avec sa production pétrolière de près de 4% de la production mondiale, n’a pas le même poids stratégique que la Syrie dont la production pétrolière est presque négligeable.

Le double Veto sino-russe, a empêché que le verrou syrien ne se brise, et que ces deux pays ne deviennent les prochaines cibles de l’occident. Il est donc avant tout l’affirmation de la fin d’un monde dominée par les USA et du retour à un monde binaire. Il y a une autre raison qu’a expliqué le chef de la diplomatie russe, c’est qu’il y avait une clause secrète dans cette résolution qui autorise le recours à l’intervention armée.

Nawaat: Les Russes et la Chine ont intérêt à maintenir Bashar Al Assad à la tête du régime syrien, notamment pour des raisons purement économiques qui serait entravées en cas d’embargo sur les armes: Selon le think tank russe Cast, la Syrie a acheté 700 millions de dollars d’armes à la Russie en 2010, soit 7% des ventes russes du secteur… Pourquoi la communauté internationale ainsi que les médias internationaux semblent offusqués par le véto sino-russe déjà annoncé par l’ambassadeur de Russie à l’Onu, Vitali Tchourkine le 4 octobre 2011 puis ce jeudi 2 février 2012 ?

Ahmed Manaï: Les Etats n’ont pas de sentiments mais des intérêts. Certes les Russes et les Chinois ont de nombreux intérêts économiques, commerciaux et stratégiques avec la Syrie. Les ventes d’armes n’en constituent qu’une partie infime.

Nawaat: Le massacre à Homs, tuant plus de 200 vies, le plus meurtrier depuis le début des événements vous semble-il suspect ?
Ce massacre est signé et ses auteurs se moquent de notre intelligence. Est-il possible de croire un instant, qu’un gouvernement, quel qu’il soit, puisse commettre un tel massacre le jour même où son affaire est portée devant Conseil de sécurité ?

Ahmed Manaï: En fait, il s’agit d’un coup monté dans le cadre d’une stratégie globale et concertée où sont intervenus les « militants syriens » à l’étranger pour occuper les ambassades et les consulats syriens», l’appel au renvoi des ambassadeurs syriens dans les pays arabes et bien sûr ce massacre de Homs.

Alors ce massacre : tous ceux qui ont suivi les télévisions ce jour là ont vu des photos de très nombreuses victimes. La plupart de ces victimes avaient les mains liées derrière le dos et certaines avaient le visage au sol.

Les metteurs en scène nous ont expliqué que c’étaient les victimes des bombardements des bâtiments et des habitations par les blindés et même par l’aviation syrienne. Curieusement ces victimes ne portaient pas de blessures ni même aucune trace de l’effondrement de leurs maisons et habitations. Chacun peut en tirer les conclusions qu’il veut. En tout cas tout au long de la journée du 4 février, de citoyens syriens ont témoigné qu’ils avaient reconnu parmi ces victimes, des proches et des voisins enlevés depuis une semaine et même des mois.

Chacun peut en tirer les conclusions qu’il veut.

Nawaat: En réaction à ce véto et suite au massacre à Homs qui a eu beaucoup d’échos sur la scène internationale, Susan Rice, l’ambassadrice des Etats-Unis à l’ONU, a déclaré que les dirigeants russes et chinois auront sur les mains toute effusion de sang supplémentaire. Que pensez-vous de cette recrudescence de tension et les jeux d’intérêts entre la Chine et la Russie d’un côté face aux USA, à la France et au Royaume Uni de l’autre côté, tous membres permanents du conseil de sécurité ?

Ahmed Manaï: La meilleure réponse faite à Susan Rice, est venue de l’ambassadeur syrien aux Nations unies, qui lui a rappelé les 60 Vétos des USA pour faire avorter les résolutions condamnant Israël. Mais il y a dans la déclaration de Rice une menace à peine voilée, parce que le sang risque de couler en Syrie. La coalition anti-Syrienne va continuer dans son entreprise de déstabilisation de la Syrie et envisage de recourir prochainement à l’assemblée des Nations Unies pour s’offrir un droit d’intervenir militairement.

Globalement nous vivons un retour de la guerre froide avec cette fois-ci une Russie et une Chine plus puissantes, assurées du soutien d’un certain nombre de pays émergents, avec en face un occident en crise et même en déclin.

Nawaat: Le 8 janvier dernier, des navires de guerre russes ont accosté à la base navale russe située au port de Tartous en Syrie, chose déjà prévue depuis aout 2010… Avec ce véto, serions-nous dans une phase catastrophe de préparation à une guerre dont les alliés semblent de plus en plus définis?

Ahmed Manaï: Après la guerre d’occupation de l’Irak, puis le retrait honteux des troupes américaines, il est difficile de croire que les américains puissent s’engager de nouveau dans une guerre impliquant une présence de leurs troupes au sol. C’est ainsi qu’ils ont choisi, dans le cas libyen, de faire intervenir l’aviation de l’OTAN et de leur apporter un soutien au final.

Ce scénario n’est pas valable dans le cas Syrien parce que la Syrie est une puissance relativement importante et qu’elle a des alliés très puissants. C’est pourquoi, la coalition anti syrienne a choisi de faire imploser le pays de l’intérieur en créant, finançant, entraînant et armant des foyers de rébellion.

Sommes-nous à la veille d’une guerre ? S’il y a une guerre, elle ne sera pas confinée aux frontières du Moyen-Orient, tout le monde en est convaincu même les plus fous et tous ceux qui en dressent les plans!

Nawaat: En continuant à collaborer et avec le régime syrien et avec l’opposition syrienne divisée, la ligue arabe semble croire à une possible ‘solution politique’ à la crise syrienne, afin le Président Bashar Al-Assad délègue ses prérogatives au Vice-président pour former, dans les deux mois, un gouvernement d’union nationale qui conduirait le pays vers des élections libres.

Le véto sino-russe bloque cette résolution, quel genre de pression se préparerait à votre avis pour mettre à genoux Bashar Al Assad ?

Ahmed Manaï: La Ligue arabe est entièrement discréditée en enterrant le rapport de sa propre mission d’observateurs et par son recours au Conseil de sécurité. Elle a laissé échapper l’occasion unique de participer au règlement de l’affaire syrienne. Tout ce qu’elle peut proposer dans l’avenir sera sans valeur.

Maintenant c’est le tour de la Russie de jouer le rôle principal mais aussi à la direction syrienne appelée à accélérer et à concrétiser les réformes.

Nawaat: A votre avis, quel serait le véritable poids du CNS (pro intervention militaire) et du Comité national de coordination pour le changement démocratique (contre une intervention et dont on entend rarement parler de lui dans les médias internationaux) ?

Ahmed Manaï: Le CNS n’a pas une bonne réputation en Syrie justement parce qu’il appelle à l’intervention armée. Les syriens ont une vieille tradition de patriotisme et une haute histoire de résistance à la domination étrangère. Par contre, à l’étranger, il est le chouchou des médias et le partenaire favori des hommes politiques, qui le soutiennent et le financent.

D’ailleurs le CNS n’a pas de représentants à l’intérieur du pays et une de ses composantes, les kurdes, vient de le quitter.

C’est différent dans le cas du Comité de Coordination, parce que ses représentants sont presque tous des militants de l’intérieur du pays, et n’ont qu’un porte parole à l’étranger, Haytham Manna. Il est tout à fait normal qu’on ne parle pas de ce Comité dans les médias de la propagande et de la désinformation qui soutiennent l’intervention.

Nawaat: Comment estimez-vous les actions entreprises par les déserteurs de l’armée régulière syrienne ? Disposez-vous de preuves qui prouvent que l’armée syrienne libre (ASL) commet des actes de barbarie?

Ahmed Manaï: :Le rapport de la mission des observateurs arabes signale l’existence de l’ASL et d’autres groupes armés qui attaquent les forces gouvernementales, procèdent aux enlèvements de civils qui ne sont libérés que contre paiement de rançon, de meurtres, de sabotage des installations pétrolières, de bâtiments civils, des trains et voies ferrées….

Nawaat: Dernière question : peut-on être pour ou contre le régime de Bashar Al Assad et du Président syrien en lui-même ?

Ahmed Manaï: Ceux qui croient que le départ d’un président résoudrait tous les problèmes du pays, sont tout simplement des idiots. Nous n’avons pas réussi à tirer les leçons des exemples tunisien, égyptien et yéménite et convenir que les lendemains de dictature sont souvent plus difficiles à gérer que la dictature elle-même, parce que les oppositions n’ont pas encore appris à gouverner!

Sources: nawaat.org

[sur le même site voir aussi “The observer Ahmed Manaï “The Arab League has buried the observers report on Syria””

 >http://nawaat.org/portail/2012/02/08/ahmed-manai-the-arab-league-has-buried-the-observers-report-on-syria/]

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“LA MISSION CIVILISATRICE DE LA FRANCE EN SYRIE”

“QUAND LA FRANCE ENVAHISSAIT

ET BOMBARDAIT LA SYRIE”

Dix jours après les massacres de Sétif, Le 29 mai 1945, le général Oliva-Roget bombarde Damas. Une partie de la ville est détruite, on dénombre des centaines de morts. «On n’en parlera presque jamais» écrit François-Guillaume Lorrain qui rappelle dans le journal “Le Point” l’histoire de la mission civilisatrice de l’impérialisme français en Syrie.

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Damas est omniprésente depuis près de 100 ans dans la diplomatie hexagonale.

La France, depuis quelques mois, est omniprésente sur la question syrienne. Car ce pays occupe depuis longtemps une place de choix dans la diplomatie hexagonale. Il faut en revenir aux accords Sykes-Picot. Ce dernier est consul à Beyrouth, il sera aussi, pour l’anecdote, le grand-oncle de VGE. Que prévoient ces accords signés en 1916 entre la France et la Grande-Bretagne ? Le dépeçage pur et simple du Moyen-Orient, encore aux mains des Ottomans, avec, pour chaque pays, une part du gâteau. Aux Français sont promis le Liban et la Syrie, aux Anglais la Palestine et l’Irak. Cet accord met fin à la Syrie historique, qui comprenait également le Liban, la Jordanie et la Palestine.

Comme souvent à l’époque, il s’agit d’accords secrets, mais qui ne le resteront plus en janvier 1918, après la révolution bolchevique : la Russie, en 1916, avait en effet participé aux discussions et le nouveau gouvernement rouge, pour embarrasser Français et Anglais, transmet le document aux Ottomans. Les forces arabes, encouragées par le couple franco-anglais, et qui tentent également de se débarrasser des Turcs, sont aussi effondrées : on leur a promis l’indépendance après la guerre. Il va s’ensuivre une partie de poker menteur entre la France et Fayçal, leader de la lutte syrienne, qui, après avoir libéré Damas des Ottomans en 1918, parvient à créer un premier État indépendant au début de l’année 1920. Le terrain était libre en effet depuis le départ des troupes anglaises qui ont quitté le pays fin 1919.

La Syrie est une tache dans la mémoire française

Mais la France du Bloc national ne l’entend pas de cette oreille. Elle a déjà résisté aux conclusions d’une commission mandatée par les Américains durant les négociations du traité de Versailles. Le verdict est clair : les Syriens ne veulent pas d’un mandat français. Clemenceau rejette ces conclusions, enfume Fayçal venu négocier à Paris, et, en avril 1920, est signé le trop méconnu traité de San Remo. Ce traité, avalisé par la SDN, accorde le mandat de la Syrie et du Liban à la France, qui ne compte pas lâcher ce fruit de la Première Guerre mondiale. Notre pays entend se placer dans la course au pétrole et dans les négociations avec la Grande-Bretagne, celle-ci récupère Kirkouk pour l’Irak contre une participation française dans l’exploitation pétrolière.

Le 14 juillet 1920, date éminemment symbolique, la France, par la voix du général Gouraud, haut-commissaire au Liban et en Cilicie, lance un ultimatum à la Syrie, qui ne fait pas le poids. Une seule bataille, à Maysaloun, permet aux Français de l’emporter facilement. Dix jours plus tard, les troupes françaises du général Goybet entrent dans Damas. Ce serait un euphémisme de dire qu’ils sont accueillis en libérateurs. Passons sur les découpages, les tripatouillages – Oms est choisie un moment comme capitale – qui engendrent un long cycle de révoltes entre 1925 et 1927. La France modernise le pays, mais ce dernier n’aspire qu’à son indépendance. Le Front populaire semble débloquer la situation avec les accords Viénot, mais ils ne sont pas ratifiés par le parlement français.

Si bien qu’en 1940 la Syrie est encore française. Fidèle à Vichy, elle est l’objet de tractations entre Darlan et les Allemands qui obtiennent, lors du traité de Paris, en 1941, des bases aériennes : on est au sommet de la collaboration militaire entre la France et l’Allemagne. Les Anglais sont furieux et mènent très vite campagne, soutenus par les forces naissantes des Français libres. La Syrie est une tache dans la mémoire française : la campagne de Syrie (juin-juillet 1941) voit s’affronter Français fidèles à Pétain et FFL.

« De vrais salopards »

L’an dernier, dans notre numéro 1966 consacré aux Compagnons de la Libération, Robert Galley nous confiait ses souvenirs de cette campagne: « J’ai su que les Vichyssois recevaient des avions allemands, ce qui m’a persuadé de me battre contre eux, même s’ils étaient français. Ils ont signé l’armistice avec les Anglais à 11 heures du matin, mais juste avant, de 9 à 11 heures, ils ont vidé sur nous tous leurs casiers à munitions. De vrais salopards. » Inutile de préciser que tout ne fut pas rose dans les camps de prisonniers vichyssois à Tripoli.

Autre épisode intégralement oublié des relations franco-syriennes, et même de l’histoire de notre pays: le 29 mai 1945, alors que la lutte du parti Baath pour l’indépendance s’intensifie, le gouvernement français, sous la présidence du général de Gaulle, donne l’ordre au général Oliva-Roget de bombarder Damas. Une partie de la ville est détruite, on dénombre des centaines de morts. Événement comparable à la répression de Sétif en Algérie, qui a eu lieu trois semaines plus tôt, mais dont on ne parlera presque jamais, car elle n’a eu aucune suite sinon l’intervention des Anglais. Les Britanniques reprennent enfin la main, dans des conditions encore à élucider, et la Syrie obtient son indépendance en 1946.

Il ne s’agit évidemment pas de comparer des bombardements français avec les bombardements actuels, intolérables, inadmissibles, sur les populations civiles. Il s’agit seulement, aussi désagréable cela soit-il, de rappeler des faits largement ignorés.

François-Guillaume Lorrain, 10 février 2012. Le Point.fr

repris sur le blog algerieinfos, le 10 février 2012, sous le titre:“ La mission civilisatrice de la France en Syrie”

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« COMMENT LE QATAR SE PAYE UNE PARTIE DE LA CLASSE POLITIQUE FRANCAISE »

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Dans la stratégie d’influence de ce micro Etat richissime, la France occupe une place à part. La simple addition des liens établis en France par le Qatar et des intérêts acquis a pourtant de quoi inquiéter.

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Carla Bruni-Sarkozy et Nicolas Sarkozy entourent l’Emir du Qatar Hamad Bin Khalifa Al-Thani
et son épouse Mozah Bint Nasser Al-Misned lors d’un dîner à l’Elysée.

REUTERS/Eric Feferberg/Pool –

Par Eric Leser*

Le Qatar qui vient de racheter la majorité du capital du PSG, qui intervient militairement aux côtés des Occidentaux en Libye et qui organisera la Coupe du monde de football en 2022 est à peine un Etat. Etabli sur une petite presqu’île de 11.437 km2, un peu plus grande que la Corse, à l’est de l’Arabie saoudite, son territoire désertique est invivable l’été quand les températures oscillent entre 40 et 50 degrés.

L’émirat a obtenu son indépendance en 1971. Il compte 1,5 million d’habitants dont 200.000 seulement sont des citoyens qataris. Leur revenu par tête est tout simplement le plus élevé de la planète. Ils ne payent pas d’impôts, disposent de transports et d’un système de santé gratuits et pour la plupart n’ont tout simplement pas besoin de travailler, la main d’œuvre immigrée est là pour cela.

La vraie raison de la notoriété et du poids économique et politique de ce micro Etat se trouve sous la terre et sous la mer: le pétrole et plus encore le gaz naturel dont ce pays est le troisième producteur au monde. Cela permet au Qatar de gérer le plus grand fonds souverain de la planète, QIA (Qatar Investment Authority), dont les avoirs des différentes entités approchent les 700 milliards de dollars. Les Qataris sont riches à la naissance et assez rapidement inquiets.

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Alternance de coups d’Etat

Leur obsession est de préserver et protéger ce qu’ils ont, c’est-à-dire l’indépendance et l’existence même d’un Etat féodal dirigé par un émir qui change au gré des coups d’Etat. Le dernier en date, en juin 1995, a permis à l’actuel émir, Hamad bin Khalifa al-Thani, de déposer son père qui était en vacances en Suisse et qui lui-même avait chassé son cousin du pouvoir en février 1972.

Il a failli y avoir un autre coup d’Etat en juillet 2009, mais il a échoué. «Les Qataris s’achètent en permanence des assurances-vie ou ce qu’ils croient être des assurances-vie, explique un banquier français installé depuis des années à Doha, la capitale de l’émirat. Ils ne font pas dans la finesse et dans la subtilité, mais ils sont très forts. Ils pensent non sans raison que tout s’achète.»

La survie étant sa préoccupation permanente, le Qatar cherche sans cesse des alliés, des obligés et toute forme de reconnaissance: diplomatique, économique, financière, et sportive… Il est le conseiller, le financier, le partenaire, l’intermédiaire de tout le monde ou presque: des Etats-Unis et d’Israël, de l’Arabie saoudite et de l’Iran, de l’Autorité palestinienne, du Hamas, de la Grande-Bretagne, de la France, de la Syrie, du Liban…

Le Qatar a eu l’habileté de se doter d’une arme de politique internationale exceptionnelle, la chaîne de télévision d’information continue la plus influente du monde musulman, al-Jazeera. Elle couvre tous les pays, sauf un… le Qatar. Et sa bienveillance plus ou moins grande avec les régimes dépend aussi parfois des intérêts de l’émir comme le montrent certaines dépêches secrètes, révélées par Wikileaks, de la diplomatie américaine.

L’addition des biens acquis ne gêne personne

Dans la stratégie d’influence du Qatar, la France occupe une place à part. D’abord parce que les Qataris la connaissent très bien: ses institutions, son personnel politique, ses entreprises, ses forces et ses faiblesses. Ils viennent pour bon nombre d’entre eux en France tous les étés quand ils fuient les grandes chaleurs. Le Qatar aime tellement la France, qu’il a décidé de se la payer… au sens propre.

De se payer sa classe politique, ses grandes entreprises, sa fiscalité, ses grandes écoles, son patrimoine immobilier, ses footballeurs… Et cela ne semble gêner personne. La simple addition des liens établis en France par le Qatar et des intérêts acquis a pourtant de quoi inquiéter.

Car le Qatar n’est pas vraiment un pays fréquentable. C’est une monarchie absolue construite sur une rente. Il n’y a pas de partis politiques et encore moins de démocratie. Le régime de l’émir est fragile même si les révolutions arabes semblent ne pas l’avoir affecté. Il est très difficile d’obtenir des informations sur la tentative de coup d’Etat de juillet 2009. Des militaires de haut rang alliés à une puissance étrangère auraient été arrêtés avant de passer à l’acte.

Doha fait preuve d’une attitude pour le moins ambiguë à l’égard de l’islamisme chiite iranien et plus encore sunnite. C’est le seul pays wahhabite en-dehors de l’Arabie saoudite. C’est un pays où plus des trois quarts des résidents ne sont pas des nationaux et où les minorités iranienne, chiite, pakistanaise, immigrés de pays arabes, pourraient un jour se révolter, prendre le pouvoir, agir pour une puissance étrangère.

Alors Doha tente de jouer un jeu diplomatique subtil consistant à être dans tous les camps en même temps. En février 2010, le Qatar aurait signé un pacte de défense avec la Syrie et l’Iran tout en ayant sur son sol une base militaire américaine depuis la première guerre du Golfe.

L’émir du Qatar s’est rendu en Israël lors d’une visite secrète en mars 2010. Et selon toujours des sources Wikileaks, le Qatar fait preuve d’un considérable laxisme concernant le financement du terrorisme à partir de son sol.

Tout cela n’empêche pas nos hommes et nos femmes politiques de se succéder en rangs serrés au Qatar. On peut citer pêle-mêle parmi les habitués des séjours à Doha: Dominique de Villepin, Bertrand Delanoë, Philippe Douste-Blazy, Rachida Dati, Ségolène Royal, Fadela Amara, Claude Guéant, Jean-Louis Debré, Gérard Larcher, Hubert Védrine, Frédéric Mitterrand, Hervé Morin, Jean-Pierre Chevènement, Dominique Baudis, Jack Lang…

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Hamad Bin Khalifa Al-Thani et Ségolène Royal lors d’un forum «Démocratie, Développement et libre échange» à Doha, en avril 2008. REUTERS

Un pays pas fréquentable, mais très fréquenté par les politiques français

Trois semaines après son élection en 2007, le premier chef d’Etat arabe reçu à l’Elysée par Nicolas Sarkozy était l’émir Hamad bin Khalifa al-Thani. Un mois et demi plus tard, le 14 juillet 2007, il assistait au défilé sur les Champs-Elysées au côté du président de la République. Les liens étroits tissés par Nicolas Sarkozy avec l’émir quand il était ministre de l’Intérieur et faisait former les forces de l’ordre qataries ont été fructueux.

Cela s’est traduit, pour la partie visible, par le rôle déterminant du Qatar dans la libération en juillet 2007 des infirmières bulgares détenues en Libye par Kadhafi et plus récemment par la participation symbolique du Qatar à l’intervention militaire occidentale contre le même Kadhafi, seul pays arabe à le faire.

Illustration toutefois du double jeu permanent du Qatar, l’émirat a aussi joué un rôle dans l’affaire al-Megrahi, la libération en août 2009, soi-disant pour raisons médicales, de l’un des auteurs libyens de l’attentat de Lockerbie.

Parmi les actuels et anciens membres du gouvernement, Claude Guéant en tant qu’envoyé spécial de Nicolas Sarkozy, Rachida Dati dont la sœur travaille pour le procureur général du Qatar et Fadela Amara ont multiplié les voyages dans l’émirat. A une époque, quand elle était Garde des sceaux, Rachida Dati se rendait jusqu’à deux ou trois fois par mois au Qatar.

Le Qatar soigne Sarkozy, mais pas seulement: des proches de Chirac (qui en tant que président de la République s’était rendu 9 fois en visite officielle à Doha) et des socialistes bénéficient aussi de son attention et de ses faveurs.

Le Qatar est le principal client du cabinet d’avocat de Dominique de Villepin. Le contrat stipulerait que les déplacements de l’ancien Premier ministre de Jacques Chirac à Doha se font dans les avions de l’émir. Ségolène Royal s’est elle vu offrir un dîner en son honneur à l’ambassade du Qatar le 27 mars 2008.

La bataille d’Areva et les réseaux Sarkozy

Autre démonstration du poids de l’émirat dans la vie politique française, il a obtenu le vote à l’Assemblée et au Sénat au début de l’année 2008 d’un statut fiscal exorbitant pour ses investissements en France. Les investissements immobiliers ne sont pas imposables sur les plus-values et les résidents qataris en France ne payent pas l’ISF pendant leurs cinq premières années de présence. Le groupe d’amitié entre la France et le Qatar compte 49 députés à l’Assemblée nationale…

Le Qatar a passé des accords de défense avec la France qui assure la formation des marins de sa flotte de guerre et de ses policiers et lui a fourni une grande partie de son matériel militaire, notamment des mirages 2000. Le Qatar a obtenu ou veut obtenir l’ouverture d’antennes à Doha de quelques-unes de nos plus prestigieuses grandes écoles comme HEC, Saint-Cyr ou l’Ecole nationale de la magistrature.

Les grandes entreprises françaises sont évidemment très présentes à Doha, notamment dans la défense et l’énergie: Total, GDF-Suez, EDF, Veolia, Vinci, Air Liquide, EADS, Technip… ont raflé des contrats importants. Mais le Qatar est aussi et avant tout un investisseur. Le fonds souverain du Qatar est actionnaire ou cherche à le devenir, de groupes stratégiques comme Lagardère (défense et presse), Veolia environnement (services collectifs), Suez (énergie, services collectifs), Vinci (BTP), et du coté des tentatives répétées CMA CGM (shipping) et surtout Areva (nucléaire).

La partie qui s’est jouée il y a quelques mois autour du capital d’Areva illustre bien le poids et l’ambition des Qataris en France et la façon dont ils procèdent et dont leurs réseaux fonctionnent. En l’occurrence, ils ont joué sur les liens étroits et anciens entre Claude Guéant, alors secrétaire général de l’Elysée, François Roussely, président du Crédit Suisse France et Henri Proglio, PDG d’EDF et proche de Nicolas Sarkozy.

Ces trois hommes se connaissent très bien. François Roussely a précédé Claude Guéant à la direction de la police nationale et Henri Proglio à la présidence d’EDF. François Roussely a été chargé par le gouvernement de rédiger un rapport sur l’avenir du nucléaire et, ce qui ne semble gêner personne, conseille le Fonds souverain du Qatar qui est client et actionnaire du Crédit Suisse et souhaite ardemment entrer dans le capital d’Areva.

Paris, la tête de pont qatarie

Il a fallu une intervention conjointe du Premier ministre François Fillon, de la ministre de l’Economie Christine Lagarde et d’Anne Lauvergeon, la présidente d’Areva, pour empêcher in extremis l’entrée à la fin de l’année 2010 du Qatar dans le capital du fleuron français du nucléaire.

«Avec les Qataris, c’est toujours du donnant-donnant, explique sous le couvert de l’anonymat un Français qui a longtemps vécu au Qatar, connaît bien la famille régnante et a vu défiler à Doha une bonne partie de la nomenklatura française. Parfois, il y a un grain de sable in extremis comme dans l’affaire Areva, mais c’est l’exception, ils préparent bien leurs coups.»

L’immobilier donne également une bonne mesure de l’influence qatarie. L’émir possède un palais de 4.000 m2 à Marnes-la-Coquette (Hauts-de-Seine) et l’hôtel d’Evreux, place Vendôme ainsi que deux autres hôtels particuliers attenant. Le fonds souverain détient à Paris des hôtels de luxe (Majestic et Royal Monceau).

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Hôtel Lambert, à Paris, le 21 août 2009. REUTERS/Benoit Tessier

Mais ce sont les travaux du frère de l’émir lors de la restauration de l’hôtel Lambert, joyau du XVIIe siècle situé sur l’île Saint-Louis, racheté en 2007 aux héritiers du baron Guy de Rotschild, qui ont fait un peu de bruit. Des travaux considérables et illégaux qui ont provoqué une polémique. Pour y mettre fin, Christine Albanel, alors ministre de la Culture, n’avait pas saisi la Commission nationale des monuments historiques, mais un Comité scientifique… créé spécialement.

Et pour finir donc le sport et le football qui pour le Qatar semblent être le moyen idéal pour obtenir enfin la reconnaissance et le statut qu’il cherche frénétiquement. Le recrutement de Zinedine Zidane pour plusieurs millions d’euros afin vanter les mérites de la candidature à la Coupe du monde de football de 2022 du plus petit pays au monde l’ayant jamais organisé — qui ne s’est jamais qualifié pour cette compétition et de surcroit à un climat inadapté à la pratique de ce sport en été… — a été couronné de succès.

La controverse qui a suivi et les lourds soupçons de corruption de la Fifa n’y ont rien changé. Après le Royaume-Uni, l’Allemagne à son tour vient pourtant de contester le choix du Qatar et demande que la candidature soit rééxaminée. Peu probable.

L’intérêt du Qatar pour le football ne s’arrête pas à l’organisation de la Coupe du monde et à l’achat pour ses clubs de joueurs européens en fin de carrière payés à prix d’or. Les clubs de football européens deviennent aussi des proies, celui de Malaga en Espagne, le FC Barcelone dans une moindre mesure, et donc maintenant le Paris Saint-Germain, le seul grand club de la capitale française dont Nicolas Sarkozy est un supporter affirmé. Il se dit de façon insistante que l’Elysée n’aurait d’ailleurs pas ménagé ses efforts pour convaincre l’émir de donner au PSG les moyens de nouvelles ambitions. Mais quelle en sera la contrepartie?
Eric Leser

* Eric Leser est un des fondateurs de Slate.fr. Ancien correspondant du Monde aux Etats-Unis, il a par la suite dirigé le service économique du quotidien.

Publié le 06/06/2011

Mis à jour le 07/12/2011 alors que la chaîne de télévision qatari Al-Jazeera venait d’acquérir une grande partie des droits de retransmission de la Ligue des champions pour les saisons courant de 2012 à 2015.


17 FEVRIER – 4 MARS: BOUTADJINE ET FANON à LA BELLEVILLOISE

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La Bellevilloise et

Mustapha Boutadjine

ont le plaisir de vous inviter

au vernissage de l’exposition

« Frantz Fanon

et ses frères »

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Noirs, Basanés, Blancs, Jaunes,

et d’autres couleurs

dans le cadre de la semaine anticoloniale

vendredi 24 Février 2012

à partir de 18 h 30

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Exposition Du 17 février au 4 mars 2012

au Forum de La Bellevilloise

19-21, Rue Boyer 75020 PARIS.

Tél. : 01 46 36 07 07


[ pour accéder à l’invitation

cliquer sur le lien ->doc2087]

SAHEL – SITUATION EXPLOSIVE: LE PRÉSIDENT MALIEN ACCUSE L’OTAN


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[LE PRÉSIDENT MALIEN ACCUSE L’OTAN

CIRCULATION D’ARMES LIBYENNES ET SITUATION EXPLOSIVE AU SAHELJeudi 23 février 2012->#2]


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DÉCLARATION D’INTELLECTUELS, HOMMES ET FEMMES DE CULTURE SUR LA REBELLION AU NORD DU MALI


LE PRÉSIDENT MALIEN ACCUSE L’OTAN

CIRCULATION D’ARMES LIBYENNES ET SITUATION EXPLOSIVE AU SAHEL

Jeudi 23 février 2012

Le président malien, Amadou Toumani Touré (ATT), a accusé, hier, l’Otan d’être responsable de ce qui se passe, actuellement, au Mali et dans la bande sahélo-saharienne. Il dénonce le fait que la Libye soit «devenue un magasin d’armes à ciel ouvert».

En recevant à Koulouba les participants au Forum de Bamako, hier, le chef de l’Etat s’est interrogé: «Comment une colonne de près de 100 véhicules bourrés d’armes sophistiquées pouvaient échapper au contrôle de l’Otan et traverser tout le Sahel, y compris certains pays de la région pour atterrir au Mali?»

Le président de la République ajoute que «l’Otan dispose de plus de moyens pour pouvoir les stopper…» «Mais elle ne l’a pas fait. Alors que les chefs d’Etat de la région avaient maintes fois mis en garde l’Occident contre les risques de cette crise sur les Etats du Sahel.»

Le chef de l’Etat malien s’exprimait devant un panel composé de chercheurs, universitaires, fonctionnaires internationaux, anciens responsables d’Etat venus de divers horizons. Ainsi, mis au courant, comme ils l’ont été par Amadou Toumani Touré, ils «sauront faire preuve de discernement dans le traitement du dossier». Il a ajouté que «(…) la crise libyenne semble avoir donné un nouvel élan aux djihadistes qui ont acquis de nouvelles armes auprès des belligérants libyens».

«Ceux qui nous combattent, nous ne savons pas qui ils sont réellement. Nous n’avons jamais fait face à un soulèvement d’une telle ampleur», a lancé ATT.

Le président malien a qualifié la Libye de «magasin d’armes le plus important et le moins cher, les bandits de tout acabit sont partis s’approvisionner à bon marché». «Des armes ont pris la direction du Sahel au vu et au su de tous, y compris de l’Otan qui, pourtant, n’était pas en manque de dispositif pour stopper ce trafic et empêcher la remontée de cet arsenal vers le Sahel», selon le chef de l’Etat malien.

À rappeler que le président de l’Union africaine Yayi Boni avait déclaré, récemment, que «le Mali est victime des effets collatéraux de la crise libyenne, et au-delà du Mali, c’est toute la bande sahélienne qui sera paralysée».

23 février 2012. Source : le Temps d’Algérie

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DÉCLARATION D’INTELLECTUELS, HOMMES ET FEMMES DE CULTURE SUR LA REBELLION AU NORD DU MALI

État des lieux

Comment comprendre la rébellion armée qui, aujourd’hui, endeuille le Mali et condamne des dizaines de milliers d’innocentes et d’innocents à l’insécurité et au déplacement forcé, lorsqu’on ne veut pas s’en tenir au schéma réducteur du conflit ethnique?

La rébellion qui a débuté le 17 janvier 2012 crée dans notre pays une situation de guerre civile.

L’heure est grave : l’intégrité du territoire national et la cohésion sociale sont aujourd’hui menacées.

L’honnêteté intellectuelle et la rigueur qu’exige la gravité de la situation actuelle du Mali imposent de lire cette rébellion à la lumière du système mondial et de ses crises.

Les réformes structurelles mises en œuvre à partir de la décennie 80 en vue de corriger les dysfonctionnements du modèle néolibéral, n’ont pas atteint les objectifs visés en termes d’amélioration des conditions de vie des populations, notamment l’accès à l’alimentation, l’eau, l’éducation, la santé et l’énergie domestique.

Ce constat, qui est valable pour l’ensemble du pays, revêt des conséquences particulières au Nord.

Enjeux

Le Nord Mali se caractérise par l’extrême complexité des enjeux géopolitiques, économiques et stratégiques, sans la compréhension desquels aucune paix durable n’y est envisageable.

Le septentrion malien a souvent été le théâtre de soulèvements d’une partie de la population qui revendique son autonomie par la voie des armes. Tous les régimes, coloniaux et postcoloniaux ont été confrontés à cette situation. De l’indépendance à ce jour, les réponses de l’Etat, qui ont été à la fois militaires, politiques et socio-économiques, n’ont pas pu y instaurer la paix sur une base durable.

La mauvaise gestion, le clientélisme et la corruption que l’on relève dans la gestion des affaires publiques, exacerbent les frustrations et le sentiment d’exclusion à l’échelle du pays sans pour autant justifier la violence armée dans les autres régions.

Par ailleurs, la manière de gérer la libération des otages occidentaux a conforté AQMI dans la création au Mali d’un sanctuaire en liaison avec le terrorisme international.

Nous sommes dans un processus programmé de désintégration de l’Etat et de cristallisation des identités ethniques et régionales. De ce point de vue, nous questionnons même la genèse de l’appellation «régions du Nord».

N’y a-t-il pas une volonté d’affaiblir des Etats de la CEDEAO et l’Organisation elle-même?

N’allons-nous pas vers une résurgence du vieux projet de l’Organisation des Etats Riverains du Sahara (OERS)?

Après le découpage du Soudan, nous sommes en droit de nous interroger sur l’intention des pays de l’OTAN de procéder à une nouvelle balkanisation de l’Afrique. Ne sommes-nous pas de fait en présence d’un processus de dépossession des ressources agricoles et minières africaines, qui constituent aujourd’hui une partie importante des réserves mondiales pour la relance de la croissance économique globale?

De l’approche globale que nous privilégions, il ressort que l’issue à cette guerre fratricide récurrente n’est ni militaire ni financière mais politique, économique, sociale, culturelle et diplomatique.

Face à cette situation :

Nous, intellectuels, hommes et femmes de culture du Mali, signataires de ce document déclarons que :

  • L’intégrité du territoire, l’unité nationale et la cohésion sociale du Mali sont des acquis sacrés.
  • Le septentrion n’est pas une planète à part, mais bel et bien une région du Mali, particulièrement vulnérable, qui n’en a pas moins subi les politiques néolibérales qui ont aggravé les inégalités, les injustices, la corruption et l’impunité. De Kayes à Kidal, les Maliens paient cher pour le dépérissement de l’Etat que nous voulons plus responsable, comptable et souverain;
  • La Paix véritable et durable dans le Nord de notre pays et sur l’ensemble du territoire, est au prix d’une nouvelle compréhension de la situation du Mali et de la bande Sahélienne qui intègre les enjeux sous-régionaux et mondiaux;
  • Nous réfutons le discours réducteur de la guerre ethnique;
  • Nous déplorons le déficit de communication et de dialogue sur les causes internes et externes des questions majeures qui engagent le destin de la nation;
  • Nous condamnons le recours à la violence armée comme mode de revendication dans un contexte démocratique et déplorons les pertes en vies humaines;
  • Nous condamnons avec énergie les agressions physiques, la destruction des biens et la stigmatisation de nos compatriotes Kel-Tamasheq et de peau blanche, nos frères et sœurs, alliés et voisins de quartier, de ville qui aiment et se reconnaissent dans le Mali, leur patrie, notre patrie commune à tous;
  • Nous soutenons résolument nos forces armées et de sécurité dans leur mission sacrée de défense du territoire national;
  • Nous sommes Un Seul et Même Peuple, uni par une longue histoire multiséculaire de rencontres, de brassages et de résistances à l’adversité;
  • La paix s’impose d’autant plus que les femmes et les enfants sont pris dans l’étau dans un conflit qui n’est pas le leur;
  • Les élections de 2012 sont donc une occasion historique de renouveler la réflexion sur un projet de société adapté à nos réalités, davantage fondé sur la culture de l’être et des relations humaines à même de garantir la prospérité, la paix, la stabilité et la sécurité pour tous.

Nous signataires de la présente Déclaration, présentons nos condoléances les plus attristées aux familles des victimes et à toute la nation malienne.

Nous exprimons notre solidarité à toutes les familles déplacées victimes de violences.

Bamako le 07 février 2012

Signataires

– Aminata Dramane TRAORE, Essayiste

– Abdoulaye NIANG, Socio-Economiste

– Adama SAMASSEKOU, Linguiste

– Filifing SAKO, Anthropologue

– Hamidou MAGASSA, Socio-Economiste

– Ismaïl DIABATE, Artiste-Peintre

– Jean-Bosco KONARE, Historien

– Mohamédoun DICKO, Historien

– Mariam KANAKOMO, Communicatrice

– Ousmane TRAORE, Administrateur civil, Juriste

– Doulbi FAKOLY, Ecrivain

– Kaourou DOUCOURE, Universitaire

– Abderhaman SOTBAR, Professeur

– Cheick PLEAH, Professeur

– Mohamed COULIBALY, Ingénieur

– Abdoul MADJIDOU HASSAN, Gestionnaire

– Mahamadou H. DIALLO, Imam

– Boubacar COULIBALY, Gestionnaire

– Mme SiSSOKO Safi SY, CAHBA

– Mme TOURE Alzouharata, Gestionnaire

– Mme Awa MEITE VAN TIL, Designer

– Dr Daba COULIBALY, Enseignant-Chercheur

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Chaîne TV « PUBLIC SÉNAT » : DIEN BIEN PHU – LE RAPPORT SECRET

DOCUMENTAIRE ET DÉBAT

consacrés à cette bataille

décisive de la guerre d’Indochine

participants:

Patrick JEUDY

documentariste qui a réalisé ce film

Colonel Jacques ALLAIRE

ancien combattant de Dien Bien Phu

Capitaine Ivan CADEAU

service Historique de la Défense

Alain Ruscio

historien

Ce documentaire et cet échange de vues – parfois vif – passeront les

Samedi 25 février à 23h

Dimanche 26 février à 19h

Lundi 27 février à 18h15

Dimanche 4 mars à 10h

« DÉCÈS DE NOTRE CAMARADE MOKHTAR ZINE de JIJEL»

Hommage d’Alger républicain

Il nous a quittés ce 18 février à 19 heures des suites d’une crise cardiaque foudroyante, à l’âge de 65 ans. Le défunt a laissé 5 enfants. Le plus jeune d’entre eux, Othmane, est en terminale, lettres et sciences humaines.

Notre camarade est né en 1947. Il a étudié à Jijel où il a obtenu le baccalauréat en 1966. Mais en raison de l’extrême pauvreté de sa famille il ne put rejoindre l’Université.

Obligé de travailler pour gagner sa vie et aider ses parents il se fit embaucher en qualité de comptable par la cimenterie de Hadjra Soud à Annaba. Il poursuivit un stage de formation en Italie mais dut rejoindre Jijel pour des raisons familiales.

Réduit au chômage durant des années, il traversa une pénible situation avant de se faire recruter par le secteur de l’Education en tant qu’enseignant contractuel de comptabilité dans le cycle moyen.

Il fut par la suite employé comme cadre par une entreprise publique d’électricité de Jijel, la Sotral. Sa situation sociale s’améliora. Ses enfants purent aller à l’Université.

À la suite de la privatisation de son entreprise il fut mis à la retraite. Il fut obligé durant quelques années de travailler comme comptable privé.

Le camarade était d’une vaste culture. Sa quête permanente de lecture dans divers domaines l’avait doté d’une connaissance encyclopédique.

Il fut attiré très tôt par la pensée scientifique, rationnelle et progressiste.

C’est ainsi qu’il découvrit les ouvrages marxistes. Leur étude fut fructifiée par une profonde conscience politique, sociale et idéologique.

Il participa aux tâches de la construction nationale, aux campagnes de soutien à la révolution agraire, à la médecine gratuite, à la démocratisation et à la gratuité de l’enseignement, ainsi qu’aux luttes pour la réalisation des tâches nationales-démocratiques.

Il était convaincu que le pouvoir devait être dans les mains des travailleurs et des couches sociales populaires pour que l’option socialiste devienne une réalité concrète.

C’est cette conviction qui l’amena à rejoindre dans les années 1970 les rangs du Parti de l’Avant-Garde Socialiste (PAGS). Il fit partie de sa direction locale. Il déploya de grands efforts pour construire le parti dans la région de Jijel.

Lorsque dans les années 1990 la crise interne fit éclater le PAGS, il refusa de suivre les partisans de sa dissolution. Il resta attaché à ses convictions marxistes et communistes. Même s’il n’eut plus de vie politique organisée, il demeura fidèle à ses idées progressistes. Il était convaincu que les nouvelles générations reprendront la lutte pour abattre le régime capitaliste, mettre fin à l’exploitation de l’homme par l’homme, construire une société socialiste véritable prenant en compte les acquis du socialisme au 20 ème siècle et les exigences de notre ère.

Notre camarade jouissant d’une bonne santé mais avait tendance à devenir de plus en plus fluet. Il aimait plaisanter de son apparence physique soutenant qu’il ne mourrait pas mais qu’il finirait par se dissiper, une plaisanterie originale qui provoquait les rires de ses amis.

Malgré le fait qu’il avait suspendu ses activités militantes, il sympathisait avec les orientations et le programme du Parti Algérien pour la Démocratie et le Socialisme.

À son épouse et à ses enfants, à ses anciens camarades du PAGS et à tous ses amis, nous présentons nos sincères condoléances et nous exprimons notre solidarité totale.

Alger républicain, 22 février 2012


pour lui rendre hommage, socialgerie reprend ci dessous un des reportages de Mokhtar ZINE, remis en ligne sur le blog de algerieinfos

JIJEL: UN REPORTAGE DE MOKHTAR ZINE

Mokhtar Zine

Jijel-Infos n°6 – semaine du 22 au 28 août 2001

C’était au tout début des années 2000, lorsque l’étau de la fitna se desserrait sur les Babors, après la reddition des gens de l’AIS. Mokhtar Zine s’était empressé de monter, son carnet à la main, à la rencontre des montagnards. Nous publions un de ses reportages, parus dans l’hebdomadaire « Jijel-Infos » dont il était le directeur-adjoint. Mokhtar a choisi Jimla, dont une grande partie de la population, fuyant les affrontements, avait trouvé refuge dans la commune de Jijel, souvent dans des bidonvilles.

Jimla : « C’est maintenant que vous venez ? »

La route nationale 77 monte en serpentant, s’enroulant parfois presqu’à 360°. Aujourd’hui, c’est une route praticable et pratiquement achevée.
Les travaux restent à faire sur environ un kilomètre du côté du pont Missa, à quelques vingt cinq kilomètres de Jijel. Ce tronçon est à la limite du lit de l’oued Boussoura dont les berges s’effritent. Pour l’élargir, il faudra entamer le flanc de la montagne au niveau presque le plus bas. La région est traversée par oued S’rour, qui va à la rencontre de oued Boussoura pour ensuite se fondre dans le Jen-Jen. Jimla offre à la vue des amoureux de la nature de splendides et profonds vallons, bien verdoyants en ce mois d’août.

Jimla n’est pas le nom d’une agglomération. C’est celui de toute une région. Elle est devenue une daïra englobant Beni-Yadjis. Le chef lieu administratif de Jimla est El M’hed, adossé à Bouaffroun, face à Bouazza.

Trik Echaouilla

Les limites territoriales de Jimla sont Tassala à l’est de Mila, Zareza au sud, sur la route de Ferdjioua, Ouled-Ameur vers Texenna, Dar Ben Ahmed du côté des Beni-Khettab. Pour traverser à partir de Texenna, elle a ses passages obligés : Missa, Zaouia, El M’hed, F’doulès. C’est par là que passait la route du blé, trik echaouilla, quand les caravaniers allaient à Jijel. Ami Kaddour, de son vrai nom Yacoubi Abdelkader, «cafetier et garçon de café », comme il aime à dire, se souvient: «On voyait ces caravanes jusqu’au début des années cinquante. Chevaux et chameaux transportaient du blé. De nos jours c’est plus rare. Ce sont surtouts des marchands de h’sir. Le cortège comprend de trois à dix bêtes».

Compteurs vacants

Aux portes d’El M’hed, le chef lieu administratif, surgit une image familière dans notre wilaya: dans une sorte de grande crevasse, se bousculent des jeunes et moins jeunes, des femmes aussi. Chacun avec ses bidons, parfois entassés dans des brouettes: certains habitent à trois kilomètres. Tous attendent l’arrivée de l’eau. Il est dix heures passé. «Les compteurs sont installés dans nos maisons, mais l’eau n’arrive pas» disent-ils presque tous à la fois. Un jeune précise: «Certains ont dépensé jusqu’à quinze mille dinars pour les conduites. Nous n’avons pas que des problèmes d’eau. La polyclinique est vide». Pourtant Jimla est réputée pour son eau.

Mise en valeur

«Vous nous devez une cuillère de semoule. C’est maintenant que vous venez?» C’est ainsi que Moussa Boutiouta, 32 ans, accueille l’équipe de Jijel-Infos quand notre photographe lui demande par où accéder à la mosquée de Sidi Tahar ben Mirouh. Il était pendant quatre ans président de l’association sportive Emal Riadi Baladiate Djimla. «Nous sommes branchés surtout sur le foot. Un peu de culturisme. Nous gardons l’espoir de participer au championnat de wilaya. Les joueurs existent, les locaux aussi. Le stade nécessite une réparation générale».

Son compagnon, M. Boucenna, affirme: «Jimla est riche au plan culturel et au plan agricole. Elle n’est pas mise en valeur. Nous avons une polyclinique qui peut être un hôpital. Elle a été ramenée à un niveau de centre de santé».

La noix et la grenade

Pour les Jijéliens d’un certain âge, Jimla, c’est la poterie, la viande de qualité, le potiron et le haricot vert de Ghebala. Ce sont l’orange, la noix, la grenade, le maïs, la tomate et aussi la délicieuse figue de barbarie de Mers Beni-Hassan et Souk Esseb’t, une figue de rocaille et de terre rugueuse. C’est l’olive des flancs des monts de Bouazza et Bouaffroun. Tout cela a bien reculé. Ammi Kaddour énumère: «La poterie a disparu. On travaille encore le bois pour les ustensiles de cuisine, mais sur commande. On ne pratique plus l’élevage de cheptel nourri de plantes de montagne. Le bétail est acheté de l’extérieur. Aujourd’hui seules trois personnes produisent du poulet de chair.»

Aujourd’hui, même le couscous d’El-M’hed et El-Mers, enduit d’huile d’olive et de beurre tirée avec le petit lait, ne se fait plus. Ayerni aussi utilisé pour faire l’âacida, une sorte de purée, ne se récolte plus. Cependant Jimla a encore ses apiculteurs. «Il y en une dizaine, depuis qu’il y a l’aide de l’Etat» affirme M. Yacoubi. Il les connaît tous et récite leurs noms. Il ajoute: «Le succès est garanti pour qui veut planter des oliviers. Plus particulièrement sur la rive nord de Oued S’Rour. Cela a démarré aussi quand l’aide de l’Etat a eu lieu. Malheureusement ces travaux ont cessé pour des raisons que j’ignore».

Mokhtar Zine, Jijel-Infos n°6, semaine du 22 au 28 août 2001

Sources:

Relecture. «LA QUESTION » De Henri Alleg

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Henri Alleg est acteur et témoin de la longue marche de l’Algérie vers l’indépendance. Débarqué à Alger en 1939, il se révolte très vite contre le régime colonial et s’engage, comme journaliste au quotidien « Alger Républicain » et comme militant au Parti communiste algérien.

Arrêté et torturé en juin 1957, il témoigne et dénonce la torture dans « La Question », publié aux « Editions de minuit ».

Le livre, interdit en France à sa parution, participa au retournement de l’opinion publique.

LA MORSURE SAUVAGE

Paru en 1957, en pleine guerre de Libération, ce livre fut un véritable coup de tonnerre.

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L’année 2012 est l’année du cinquantième anniversaire de l’indépendance de l’Algérie. Par devoir de mémoire, il importe de rappeler combien la guerre fut dure et combien le système colonial fut rude pour les combattants anticoloniaux. Nombreux sont les textes qui ont rapporté les hauts faits de la guerre de la libération par le biais de textes d’histoire et de textes littéraires. Des témoignages, des récits de vie ont dénoncé la souffrance des Algériens. Il y a un ouvrage qui reste dans les mémoires et qui est devenu un ouvrage de référence pour les historiens, c’est celui d’Henri Alleg sur la torture, intitulé “La Question”. Ce témoignage autobiographique est écrit avec sobriété, responsabilité, indignation. Henri Alleg use de mots justes, de termes qui vont droit au but, sans fioriture, son texte est percutant. Il dénonce en exprimant sa douleur personnelle. Il parle de l’horreur sans nom qu’est la torture, de la peur qui est présente, qu’il ne faut pas occulter, même si les convictions et le courage sont présents.

L’auteur raconte son passage dans un «certain immeuble» sur les hauteurs d’Alger, du côté d’El-Biar, où il a été torturé et a subi l’humiliation exercée sur sa personne par les parachutistes de la 10e DP. Il raconte comment il a été emprisonné durant un mois entier dans cette bâtisse sinistre et désormais lugubre à ses yeux.

Henri Alleg fut arrêté, car il était le directeur d’Alger Républicain de 1950 à 1955, journal où il défendait la cause des Algériens et la volonté de vivre libre et en démocratie. Ce quotidien fut interdit de publication par les autorités françaises de l’époque, car Henri Alleg ouvrait le journal aux expressions démocratiques, aux opinions différentes et opposées à celles du discours colonial. Les journalistes de sa rédaction furent interrogés, persécutés et Henri Alleg avait dû entrer en clandestinité. Il fut arrêté en juin 1957. En écrivant “La Question”, son souhait était de dénoncer, de ne pas taire cette pratique qu’était la torture appliquée aux Algériens et à tous ceux qui les aidaient. Il hurle ainsi sa douleur et la douleur de tous les torturés: «Des nuits entières, durant un mois, j’ai entendu hurler des hommes que l’on torturait, et leurs cris résonnent pour toujours dans ma mémoire».

Dans “La question”, Henri Alleg n’hésite pas à donner les noms des torturés. Il dénonce, il dépeint, il décrit des scènes de torture dont voici un extrait décrivant un prisonnier torturé: «Il fut attaché, nu, sur une chaise métallique où passait le courant électrique, de Milly porte encore des traces profondes de brûlures aux deux jambes». Il relate, presque chirurgicalement, comment les langues étaient brûlées, tailladées, comment les longues cicatrices restaient à jamais sur les mollets et sur toutes les parties du corps. Les femmes algériennes ont payé aussi un lourd tribut dans ces salles obscures de la torture. Il donne des noms comme ceux de Djamila Bouhired, Elyette Loup, Nassima Hablal ou encore Malika Khène qui ont souffert pour la liberté. Ces femmes courageuses défendaient le droit d’exister, le droit à la parole. Henri Alleg raconte qu’elles étaient «déshabillées, frappées, insultées par des tortionnaires sadiques». Elles ont subi la torture de l’eau et celle de l’électricité. L’auteur de La Question dénonce les insultes des paras à son égard, d’autant plus qu’il était lui-même Français. Il se remémore: «Tiens, c’est un Français! Il a choisi les ratons contre nous? Tu vas le soigner, hein, Lorca?». L’horreur débute pour Henri Alleg. Doublement traître aux yeux de ces paras, ils lui placent des électrodes sur tous les points sensibles de son corps. Les descriptions sont détaillées, difficile à lire, insoutenables. Les douleurs et les blessures infligées par l’électricité sont comparées à «une morsure sauvage d’une bête qui arrachait la chair par saccades».

Au-delà de la torture physique, il y a la torture morale. Ainsi, pour le faire parler, les paras le menacent de ramener son épouse Gilberte pour subir les mêmes tortures physiques que lui. Le principe de la torture est aussi dans la durée. Les séances peuvent s’étaler jusqu’à douze heures d’affilée. Les détails sont nombreux pour dénoncer la sauvagerie de tels procédés, comme la torture des narcotiques: «Je grelottais de froid et de nervosité: j’étais torse nu, l’infirmier s’approcha, il me prit le bras droit, fit saillir la veine avec un ruban de caoutchouc et y enfonça l’aiguille». Le médecin augmentait toujours les doses pour que le torturé parle enfin à son insu.

Le livre raconte aussi l’enfermement dans les camps avec ses frères algériens qui lui répétaient sans cesse: «Courage, frère!». La solidarité, la fraternité, il les trouvait auprès d’eux, affirmant notamment: «Et je me sentais fier justement parce que j’étais Européen d’avoir ma place parmi eux». Les Audin et les Hadjadj restent éternellement dans sa mémoire de résistant.

L’ouvrage dénonciateur de la barbarie humaine est un véritable hymne à la justice, au droit, à l’entente et au dialogue. Henri Alleg conclut “La Question” ainsi: «Tout cela je devais le dire aux Français … Il faut qu’ils sachent que les Algériens ne confondent pas leurs tortionnaires avec le grand peuple de France… dont l’amitié est si chère, il faut qu’ils sachent pourtant ce qui se fait ici EN LEUR NOM».

Ce livre, écrit en 1957 pour témoigner de l’ignominie et alerter l’opinion française et internationale, mérite d’être lu ou relu aujourd’hui. Il vient nous rappeler les méthodes barbares de l’armée coloniale française ainsi que le fait que nombre de Français ont combattu pour l’indépendance de l’Algérie. En l’écrivant, Henri Alleg a réalisé un acte d’un grand courage en prenant de grands risques (ainsi que “Les Editions de Minuit”) et en affrontant, en lui-même, le trauma de la torture qui reste inscrit pour toujours dans la mémoire de l’être qui l’a subi.

Benaouda Lebdaï

El Watan

le 18 février 2012

11 MARS – PARIS: RENCONTRE DES « AMIS DE L’HUMANITE » AVEC H.ALLEG, Cdt AZZEDINE, P.PRADEL, N.BIOUDIAF;

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À l’occasion du cinquantenaire de l’indépendance algérienne, les “ Amis de L’Humanité” organisent au Max Linder, le 11 mars, une rencontre avec Henri Alleg, le Cdt Azzedine, Pierre Pradel (Association des pieds-noirs progressistes) et Nacer Boudiaf.

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Pour les 50 ans de la fin du conflit,

les Amis de l’Huma ouvrent le débat sur son déclenchement

11 mars :

au fait, pourquoi la guerre d’Algérie ?

Pour les cinquante ans de la fin de la guerre d’Algérie, les Amis de l’Humanité proposent un rendez-vous exceptionnel le dimanche 11 mars, à 10 heures, à Paris, au cinéma Max Linder.

Le débat portera sur cette question rarement posée :

« Au fait, pourquoi cette guerre ? ».

Une question qui en appelle d’autres: Quelles en sont les origines? Quel était le but des insurgés du 1er novembre 1954? L’indépendance aurait-elle pu être obtenue par d’autres moyens moins douloureux?

Pour une fois, ce seront des Algériens eux-mêmes qui pourront donner leur point de vue :

le Commandant Azzedine engagé dans le combat indépendantiste à partir de 1955;

Nacer Boudiaf qui évoquera la figure de son père Mohammed Boudiaf, l’un des fondateurs du FLN, exilé après l’indépendance, en 1962, président de l’Algérie en 1992 et aussitôt assassiné;

Henri Alleg, directeur d’“Alger Républicain” en 1954, auteur de “La Question”;

Pierre Pradel, pied noir, fils de colon, aujourd’hui participant à «l’association des pieds noirs progressistes»

La rencontre sera introduite par des documents audiovisuels courts:

Un extrait du film algérien “Ben Boulaïd” d’Ahmed Rachidi

et un magazine télévisé de 1976, sur la Une, confrontant le Commandant Azzedine pour son livre “On nous appelait Fellagha” et le général Bigeard.

Les Amis de l’Humanité remercient le Centre Culturel Algérien pour son concours.

Rencontre des Amis de l’Humanité

« Au fait, pourquoi la guerre d’Algérie ? »

Dimanche 11 mars

10 Heures – Paris

Cinéma Max Linder

28 boulevard Bonne Nouvelle.

Inscriptions indispensables.

Par téléphone : 01 49 22 74 17

Courriel : amis.huma@humanite.fr


pour accéder à l’invitation, cliquer sur le lien: …