UN SANDWICH GREC

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Un syndicaliste CGT des hauts fourneaux du site lorrain de Florange en France, que le groupe sidérurgiste pourtant florissant Arcelormittal devrait fermer, a persisté dans sa détermination.[Depuis plusieurs mois Internet est l’écho des multiples luttes des travailleurs qui s’organisent face au bradage et à la destruction de la sidérurgie européenne par arcelormittal: [Liège 7 décembre, Seraing, Florange février 2012 après septembre 2011, etc.]] Il a confirmé à qui voulait l’entendre la volonté de poursuivre le combat avec ses camarades de lutte, pour éviter coûte que coûte les licenciements qu’impliquerait cette fermeture qui les laisserait, tous, sur le carreau! Lapidaire, il lança: «Nous ne voulons pas être les Grecs de l’histoire».

Mutation de langage! Et d’importance! Voilà comment la désignation d’une nationalité, sans doute l’une des plus anciennes dans l’histoire des Nations, à l’origine étymologiquement du mot démocratie, vire au nom commun, car dans la bouche de ce syndicaliste, «le Grec» signifie bien le dindon de la farce, la victime propitiatoire, le laissé-pour-compte.

Compte tenu de la façon dont a été amenée la crise et son management, car c’est bien de management sans ménagement dont il s’agit, on peut le dir: nous sommes tous le Grec de quelqu’un!

Sans rien avoir demandé, et sans avoir été consultés, voilà que nous nous retrouvons devant une situation qui nous contraint à rembourser les pots cassés par les plus riches. Pas les nôtres, bas de gamme, mais les leurs, genre vases de Chine, qui soyons en sûrs, sont en parfait état!

Mais revenons à ce processus par lequel naissent les mots ou qui amène à ce que le sens en soit subverti. Il y a plusieurs années, lorsqu’en France on découvrit le chawarma, j’ai lu sous la plume d’un jeune de banlieue, relatant une virée en goguette à Paris, les lignes suivantes: «Avec mon pote, on a pris le RER puis, à Gare Saint-Lazare, on s’est avalé un Grec sur le pouce». Renseignements pris, il s’agissait seulement du sandwich grec.

Ah l’usage ! Il y a à boire et à manger là-dedans. Sandwich ou dindon de la farce, le Grec refuse le sort que le capitalisme financier lui assigne, celui de se faire dévorer tout cru à, au mieux, une sauce faite de larmes, des vraies… Les crocodiles qui le dévorent, eux, s’ils pleurent, c’est de rire!

Car c’est bien de cela dont il s’agit depuis le début. Les Grecs raquent et trinquent pour tout le monde. Que ce soit pour les armateurs qui ne s’acquittent pas de leurs impôts, pour les gouvernements qui ont menti sur les chiffres, ou pour les banques et les groupes financiers qui ne laissent pas passer une miette, les Grecs casquent. Le pays n’est pas loin de la cessation de paiement. Le report par la zone euro de la décision d’apporter une nouvelle aide de 130 milliards d’euros couplée à l’abandon par les créanciers privés de 100 milliards d’euros fait atteindre un point de rupture.

De nouvelles mesures d’austérité sont prises mais elles ne visent que les plus faibles.

Le mot austérité, quand il s’applique aux riches, ne désigne que leur mine, austère, celle qu’ils prennent pour annoncer les mesures visant à canarder les plus faibles. Une gueule de circonstance! Même arbitraire, celui qui consiste à raccourcir le salaire, et qui ne frappe que les catégories sociales les plus vulnérables. Ce qui fera dire à Guy Verhofstadt, le patron du groupe libéral au Parlement européen, que les politiciens grecs devraient passer à la caisse, en commençant par imposer une baisse de salaires des députés grecs «parmi les mieux payés d’Europe», une réduction du nombre de ministres ainsi que des salaires des juges, diplomates, etc. On ne peut pas vraiment dire que celui qui tient ces propos est un chaud partisan de la république sociale. Et pourtant, il voit bien que trop d’ultralibéralisme, c’est vraiment trop!

Quelques-unes des mesures prises à l’encontre des classes populaires tandis que les capitalistes grecs ont sauvé, eux, leur fric placé dans les paradis fiscaux? Un tissu d’humiliations. Baisse de 22% du salaire minimum ainsi que de toutes les primes; les moins de 25 ans, verront leur salaire minimum baisser de 10% en plus des 22% qui concernent le reste de la population; gel des salaires pendant au moins trois ans; gel des primes à l’ancienneté; baisse des cotisations sociales; baisse des grilles de salaires dans la fonction publique; baisse de 15% des retraites complémentaires; baisse de 15% des retraites principales à DEI (compagnie d’électricité ), OTE (le téléphone) et dans les banques nationalisées ou semi nationalisées; suppression directe de 15.000 postes dans la fonction publique (par non-reconduction de postes après retraites, etc.) d’ici 2015.

Résultat de cet autre tour de ceinture: manifestations massives, scènes de guérilla urbaine, minimes, fait de provocateurs mais tout cela a été sacrément mis en scène par les médias européens pour discréditer les manifestants, les présenter comme des sauvages.

Daniel Cohn-Bendit, coprésident du groupe Vert au Parlement européen, a fustigé «les talibans néolibéraux qui règnent sur l’Europe». Qui sont-ils? «La troïka (Commission, Banque centrale européenne, FMI) agit de façon criminelle en Grèce en lui imposant toujours plus de mesures d’austérité (…) On ne peut pas mettre en permanence ce peuple à genoux».

On atteint là un paradoxe. Aujourd’hui, la Grèce, berceau de la pensée occidentale, se surprend à devenir antioccidentale tant le traitement éhonté qu’on lui fait subir depuis 2 ans l’accule à une pauvreté jamais égalée tout en l’humiliant comme jamais, et à travers elle, son peuple.

Des parents en sont réduits à munir leurs enfants d’un papier pour l’école priant ceux qui le peuvent de leur donner à manger! Humiliant….

Humiliation d’un peuple fier qui, ayant bouté les Nazis, voit l’un des symboles de la résistance se faire agresser par les forces de répression, Manolis Glezos, écrivain, qui était monté le 30 mai 1941, au sommet de l’Acropole en compagnie d’Apostolos Santas pour y dérober le drapeau nazi qui flottait sur la ville depuis le 27 avril 1941 et l’entrée des Allemands dans Athènes.

Ce geste, premier acte de résistance en Grèce, est aussi probablement l’un des tout premiers actes de cette nature en Europe. Manolis Glezos est un héros pour les Grecs. À quatre vingt ans passés, la résistance chevillée au corps, en compagnie de Mikis Theodorakis, autre symbole, il se joint aux millions de grecs sortis pour dire leur colère. Pacifiquement.[[Le 27 novembre 2011 socialgerie avait diffusé [l’“ANALYSE ET APPEL DE MIKIS THEODOAKIS, MANOLIS GLEZOS ET COLLECTIF DE GRÈCE”
SAUVER LES PEUPLES D’EUROPE!->654]]] Il se fait agresser à coups de gaz de lacrymogènes. Manolis Glezos rappelle que le peuple grec a été le seul à ne pas avoir été indemnisé par le gouvernement allemand pour les dégâts et crimes de la deuxième guerre mondiale. Pire, on ne lui a pas rendu l’or que les Nazis ont volé à la Banque centrale durant l’occupation!

Le mouvement d’opposition des Grecs a été, et sera à n’en point douter, à la mesure de l’addition qu’on veut leur faire payer par l’accumulation des plans d’austérité, la destruction des capacités productives et du tissu social.

Jamais dicton n’aura sonné plus juste, les conseilleurs ne sont pas les payeurs! Et que l’on arrête de parler de plan de sauvetage et d’aide, concernant la Grèce, c’est obscène!

C’est à cela que mène la politique de prédation menée par les banques et les institutions financières qui œuvrent au seul profit à court terme de leurs actionnaires.

La façon dont a été gérée la crise des subprimes de 2007 (accroissement phénoménal du crédit bancaire à taux variable, petite «trouvaille» de Blythe Masters, opérateur de la banque J.P. Morgan & Co.) puis celle qui a suivi le dépôt de bilan le 15 septembre 2008 par Lehmann Brothers (conséquence: croissance exponentielle de l’endettement public, celui-ci prenant la place de l’endettement privé) a conduit à exposer les Etats les plus fragiles au défaut de paiement.

La question de la profitabilité du capitalisme est posée, au détriment du travail. La crise ne va pas s’en tenir là. Quand ça fonctionne si bien à un endroit, pourquoi ne pas continuer? Pourquoi s’en priver? À l’évidence, d’autres peuples, dans d’autres pays en feront les frais. Des économistes prévoient que, dans quatre ans, la France risque d’être elle même au bord de la faillite. Ces chercheurs ont déjà trouvé! À croire que la Grèce leur sert de laboratoire destiné à peaufiner leur stratégie! Y’a du Nobel dans l’air! [Socialgerie a signalé le 18 février 2012, dans la brève [“PAR SOLIDARITÉ, JE SUIS GREC AUSSI” le blog http://jesuisgrec.blogspot.com/]] .

Tiens! Jeudi dernier, la municipalité d’Athènes a procédé à une distribution de viande. Cela faisait un bail qu’elle avait disparu des menus Athéniens.

Désormais, le Grec dont parlait le banlieusard, il est végétarien! Et ça! Ça n’le fait pas!

Arezki metref

le 18 février 2012

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