VÉRITÉ ET HONNEUR A LA RÉSISTANCE DU PEUPLE GREC: UN APPEL DE MIKIS THEODORAKIS


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Zei LE PEUPLE GRECLe Quotidien d’Oran – jeudi 23 février 2012 – Akram Belkaïd, Paris.


LA VÉRITÉ POUR LA GRÉCE TEXTE de MIKIS THEODORAKIS.


L’EUROPE SE DIRIGE VERS UNE EXPLOSION SOCIALEHocine Belalloufi – La Nation – Mardi 21 Février 2012.


TÉMOIGNAGES: ASPASIA, AVOCATE GRECQUE ET “NOUVELLE PAUVRE”… – Témoignage de David Kyriakidis – 23 février 2012

Manolis Glezos

manifestation

gaz lacrymogènes

Mikis Theodorakis


Zei LE PEUPLE GREC

Le Quotidien d’Oran

jeudi 23 février 2012

Akram Belkaïd, Paris

Il faut relire ou lire Z de l’écrivain Vassilis Vassilikos. Publié en 1966, traduit en langue française en 1967, adapté par la suite au cinéma par Costa Gavras (1969), ce livre parlera à celles et ceux qu’interpelle la situation actuelle de la Grèce. Dans le roman, il est question de l’assassinat, le 22 mai 1963 à Thessalonique, du député pacifiste Grigoris Lambrakis par des nervis d’extrême-droite appointés par la police locale. Renversé volontairement par un triporteur, Lambrakis, médecin et ancien marathonien, décédera de ses blessures. Ses funérailles seront suivies par une foule silencieuse de près de 500.000 personnes tandis que les murs d’Athènes se couvraient de lettres Z peintes dans toutes les couleurs. Z pour zei : il vit. Ce n’est qu’une simple coïncidence mais comment ne pas penser à Z en apprenant la mort du grand réalisateur Théodoros Angelopoulos, renversé par un motard de police en janvier dernier alors qu’il tournait son troisième film consacré à la crise ?

Dans le roman de Vassilikos, l’occupation nazie de la Grèce est souvent mentionnée. Elle détermine le passé de nombre de personnages, leurs engagements, leurs divisions et leurs accointances. Au détour de quelques phrases, on réalise à quel point cette occupation a été féroce et violente. Et l’on comprend alors la colère des Grecs quand ils ont appris que la chancelière allemande Angela Merkel entendait mettre leur pays sous tutelle, son idée étant de placer en permanence un Commissaire européen à Athènes. Le rôle de cet envoyé très spécial aurait été de s’assurer que le gouvernement grec respecte ses engagements en matière d’économies et de réformes structurelles, c’est-à-dire, pour dire les choses telles qu’elles devraient être précisées, qu’il obéisse sans ciller aux injonctions européennes en matière d’appauvrissement de sa propre population.

Merkel voulait donc imposer un Commissaire ou un proconsul pour s’assurer que les créanciers puissent être servis avant la santé et l’éducation des enfants grecs. Ein Kommissar pour veiller au grain et pour exercer un diktat comme au temps de la présence nazie. Impossible alors de ne pas comprendre la colère d’un Manolis Glazos, héros de la résistance grecque – il est celui qui a décroché le drapeau nazi de l’Acropole en 1941. Impossible aussi de ne pas s’indigner quand on apprend que cet homme de 89 ans a été violenté par la police grecque chargée de réprimer les manifestations contre les plans d’austérité imposés par la Troïka (Commission européenne, Banque centrale européenne et Fonds monétaire international).

Depuis le début de la crise en 2009, les Grecs ne cessent de subir l’humiliation de leurs pairs européens. Ils ont beau s’immoler par le feu, faire la queue aux soupes populaires, avoir perdu la moitié de leur pouvoir d’achat en un an (du jamais vu en Occident depuis la Grande Dépression de 1929), avoir perdu leurs logements, être accablés par les banques et se lever chaque matin la peur au ventre, c’est toujours un index méprisant et menaçant qui est pointé sur eux. Il faut se pincer après avoir entendu Jean-Claude Junker, président de l’eurogroupe, exiger des Grecs qu’ils privatisent en affirmant qu’il existe des éléments de corruption à toutes les échelles de leur administration. Il est vrai que ce Luxembourgeois peut donner de telles leçons puisque son pays n’est certainement pas cette blanchisseuse pour argent sale en provenance des quatre coins de la planète y compris de Grèce… D’ailleurs, pourquoi l’Union européenne ne lève-t-elle pas le secret bancaire de certains de ses membres pour permettre à Athènes de récupérer une partie des 200 milliards d’euros ayant échappé au fisc ? Que veulent donc les Européens ? Un coup d’Etat ? Le retour des colonels, ces officiers de triste mémoire qui avaient pris le pouvoir en 1967 et dont on sent bien la menace pointer à la lecture de Z ?

Dans le livre de Vassilikos apparaît une autre réalité de la Grèce. On prend immédiatement conscience du népotisme qui affecte ce pays. Il y est question du couple infernal de pauvreté et de clientélisme. Il y est question de passe-droits et de piston. A la lecture des noms d’hommes politiques de l’époque, on réalise que ce sont leurs enfants ou neveux qui sont en poste aujourd’hui et que la Grèce, est finalement comparable au Liban ou à d’autres pays arabes avec un despotisme népotique ruineux. C’est indéniable, le peuple grec est victime de sa classe politique, de droite comme de gauche. Et le plus terrible c’est que cette dernière refuse qu’on lui impose des sacrifices (les députés grecs ne veulent guère baisser leurs salaires…) tandis que la population, elle, descend aux enfers, le pistolet sur la tempe.

Dans Z, la guerre civile qui a opposé les Grecs au lendemain de la fin de la Seconde Guerre mondiale est toujours présente en arrière-fond. Nationalistes contre communistes, droite contre gauche. On peut penser que cette ligne de fracture a disparu. Pourtant, on sent que désormais tout est possible dans ce pays, y compris le pire. Jamais un peuple européen n’a été aussi maltraité par le néolibéralisme. Même la presse allemande le reconnaît : après la chute du mur de Berlin, les Allemands de l’Est ont subi moins d’avanies que celles que les Talibans néolibéraux, pour reprendre une expression de Daniel Cohn-Bendit, infligent aujourd’hui aux Grecs sous prétexte qu’ils ont vécu au-dessus de leurs moyens. En réalité, ce qui se joue en Grèce concerne le monde entier. Ce qu’endurent les Grecs aujourd’hui, d’autres risquent tôt ou tard de le subir car la machine néolibérale ne rencontre que peu de résistance. C’est pourquoi il faut être solidaire avec ce peuple car, malgré tout, il existe, il se bat, il veut vivre. Il vit encore. Zei……

Sources: Le Quotidien d’Oran …


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LA VÉRITÉ POUR LA GRÉCE

TEXTE de MIKIS THEODORAKIS :

Il existe une conspiration internationale dont le but est d’achever la destruction de mon pays. Ils ont commencé depuis 1975 avec comme cible la civilisation néohellénique, ils ont continué avec la déformation de notre histoire la plus récente et de notre identité nationale, et maintenant ils essayent de nous annihiler biologiquement par le chômage, la faim et la misère. Si le peuple grec ne se soulève pas, uni comme un seul homme, pour les empêcher, le danger que la Grèce disparaisse est réel. Je le situe dans les dix années à venir. De nous ne restera que la mémoire de notre civilisation et de nos luttes pour la liberté.

Jusqu’en 2009 il n’y avait pas de problème économique sérieux. Les grandes blessures à notre économie étaient les dépenses exagérés pour l’achat de matériel de guerre et la corruption d’une partie de l’espace économique-journalistique. Mais pour ces deux blessures des étrangers étaient coresponsables. Comme par exemple les Allemands, les Français, les Britanniques et les étasuniens qui ont gagné des milliards d’euros sur le dos de notre patrimoine national par la vente annuelle de matériel de guerre. Cette constante hémorragie nous a mis à genoux et ne nous permettait pas d’aller de l’avant, alors qu’elle offrait de la richesse à des nations étrangères. La même chose arriva avec la question de la corruption. Par exemple, la société allemande Siemens avait un département spécial consacré l’achat d’intervenants grecs, en vue de placer ses produits sur notre marché. Par conséquent le peuple grec fut la victime de ce duo de larrons qui s’enrichissaient à ses dépens.

Il est évident que ces grandes blessures auraient pu être évitées si les directions des deux partis américanophiles au pouvoir n’avaient pas été pourris par des éléments corrompus, qui pour couvrir la fuite de la richesse (produit du travail du peuple grec) vers les caisses des pays étrangers, avaient eu recours à un endettement excessif, de sorte que la dette publique ait atteint 300 milliards d’euros, soit 130% du PIB (produit national brut).

Avec cette combine les étrangers déjà cités gagnaient doublement. Premièrement par la vente d’armes et de produits et deuxièmement par les intérêts sur l’argent qu’ils prêtaient aux gouvernements et non pas au peuple. Comme vous l’avons vu, le peuple était la victime dans les deux cas. Un seul exemple vous convaincra. Les intérêts de l’emprunt d’un milliard de dollars souscrit par Andréas Papandreou en 1986, auprès d’un grand pays européen, a atteint 54 milliards d’euros quand il a été finalement remboursé en …. 2010!

M. Junger il y a un an a déclaré avoir constaté une grande hémorragie chez les Grecs en raison de leur dépenses exagérées (et nécessaires) destinées à l’achat de matériel de guerre à l’Allemagne et à la France. Il avait conclu en disant que nos citoyens étaient conduits vers une ruine certaine. Toutefois il avait avoué que la Grèce ne s’était engagée à aucune action qui aurait heurté les intérêts des pays amis!

En 2008 il y a eu une grave crise économique en Europe. Il était normal donc que l’économie grecque soit aussi affectée. Cependant, le niveau de vie qui était suffisamment élevé pour que nous soyons parmi les 30 pays le plus riches du monde, est resté fondamentalement le même. Mais il y a eu une augmentation de la dette publique. Mais la dette publique ne conduit pas nécessairement à une crise économique. Les dettes des grands pays, comme par exemple les États-Unis et de l’Allemagne se calculent en trillions d’euros. Le problème consiste à savoir s’il y a développement économique et production. Dans ce cas les grandes banques prêtent avec des intérêts de 5% jusqu’à ce que la crise soit passée.

En 2009 nous étions précisément dans cette position, quand le Premier ministre Georges Papandreou a pris ses fonctions en novembre. Pour que l’on se rende compte de ce que pense le peuple grec aujourd’hui de sa politique catastrophique je donne deux chiffres: aux élections de 2009 le PASOK [Parti socialiste – NdT] avait obtenu 44% des suffrages. Aujourd’hui les sondages lui en donnent 6%.

M. Papandreou aurait pu affronter la crise économique (qui comme je l’ai dit précédemment reflétait celle de l’Europe) par des prêts aux banques étrangères à des taux d’intérêt habituels, soit en dessous de 5%. S’il avait fait cela, il n’y aurait pas eu le moindre problème dans notre pays. C’est même l’inverse qui se serait produit, parce que nous étions dans une phase de développement économique. Par conséquent notre niveau de vie se serait amélioré. Pourtant M. Papandreou avait déjà commencé depuis l’été 2009, à conspirer contre le peuple grec, lorsqu’il avait rencontré secrètement Strauss-Kahn, avec pour objet de mettre la Grèce sous la férule du FMI. L’information concernant cette rencontre a été divulguée publiquement par l’ancien président du FMI…

Pour en arriver là, il fallait déformer la situation réelle de l’économie du pays, afin que les banques étrangèress’alarment et augmentent leurs taux d’intérêt à des niveaux prohibitifs. Cette onéreuse affaire a commencé avec la fausse explosion du déficit budgétaire de 9,2% à 15%. Il y a vingt jours, pour cet acte criminel, le procureur M. Peponis a déferré en justice messieurs Papandréou et Papaconstantinou (ministre de l’économie).

S’en est suivie, en Europe, une campagne systématique orchestrée par M. Papandréou et le ministre de l’économie, et ce durant 5 mois, lors de laquelle ils ont tout fait pour convaincre les étrangers que la Grèce était un Titanic prêt à sombrer, que les Grecs étaient des fainéants corrompus et par conséquent incapables de s’occuper des besoins du pays.

Dans chacune de leurs déclarations les taux d’intérêt montaient au point que nous ne puissions plus emprunter, et que notre subordination au FMI et à la Banque centrale européenne, caractérisait notre salut, alors qu’en réalité c’était le commencement de notre mise à mort.

En mai 2010 fut signée par un seul et unique ministre le fameux Mémorandum, c’est-à-dire notre totale soumission à nos créditeurs. Le droit grec dans le cas d’un si important accord, exige qu’il soit adopté par le vote des trois cinquièmes des députés de l’Assemble nationale. Donc le Mémorandum et la Troïka qui nous gouvernent actuellement, fonctionnent illégalement, non seulement selon le droit grec mais aussi selon le droit européen.

Depuis lors et jusqu’à maintenant, si les marches qui conduisent à notre mort sont au nombre de vingt, nous en avons déjà parcouru plus de la moitié. Imaginez qu’avec ce Mémorandum nous cédons aux étrangers notre indépendance nationale et notre patrimoine public. C’est-à-dire nos ports, nos aérodromes, notre réseau routier, l’électricité, l’eau, les richesses du sous-sol et sous la mer etc. etc. Même nos monuments historiques l’Acropole, Delphes, Olympie, Épidaure etc., puisque nous avons renoncé à faire les objections pertinentes.

La production s’est arrêtée, le chômage est monté à 18%, 80.000 magasins ont fermé, et de même des milliers d’artisanats et des centaines d’industries. En tout 432.000 entreprises ont mis la clé sous la porte. Des milliers de jeunes scientifiques quittent le pays, qui sombre chaque jour davantage dans l’obscurité moyenâgeuse. Des milliers de citoyens, anciennement aisés cherchent dans les ordures et dorment sur les trottoirs.

Entretemps nous sommes supposés vivre de la générosité de nos bailleurs de fonds, de l’Europe, des Banques et du FMI. En réalité chaque paquet de dizaines de milliards avec lesquels la Grèce s’endette, retourne dans sa totalité d’où il provient, alors que s’accumulent de nouveaux insupportables intérêts. Parce qu’il y a nécessité de maintenir l’état, les hôpitaux et les écoles, la “Troïka” accable les couches économiques moyennes et inférieures de la société avec des impôts exorbitants, qui conduisent directement à la famine. C’est le retour de la famine généralisée que nous avions connue au début de l’occupation allemande en 1941 avec ses 300.000 morts en une période de six mois. Depuis le spectre de la faim revient dans notre malheureux pays calomnié.

Quand on pense que l’occupation allemande nous a couté un million de morts et la destruction complète de notre pays, comment nous est-il possible à nous les Grecs d’accepter les menaces de Mme Merkel et la prétention des Allemands de nous imposer un nouveau gauleitercette fois-ci avec une cravate…

Pour démontrer combien la Grèce est riche et combien son Peuple grec est travailleur et consciencieux (conscience de la Dette envers la Liberté et l’amour de la patrie) nous avons la période de l’occupation allemande de 1941 à octobre 1944, quand les SS et la faim ont tué un million de citoyens et que la Wehrmacht détruisait systématiquement le pays, volait la production agricole et l’or des Banques. Les Grecs ont sauvé le Peuple de la faim grâce au mouvement de Solidarité Nationale , ils ont formé une armée de 100.000 partisans, qui a immobilisé dans le pays 20 divisions allemandes [plus de 200.000 troupes – NdT].

Simultanément, non seulement les Grecs ont, grâce à leurs efforts, réussi à survivre, mais ont aussi développé la culture néohellénique dans des conditions d’occupation, particulièrement dans les secteurs de la littérature et de la musique.

La Grèce a choisi la voie du sacrifice pour la liberté en même temps que celle de la survivance.

Alors nous avions été frappés sans justification, nous avons répondu avec la Solidarité et la Résistance et nous avons survécu. Nous ferons de même maintenant avec la certitude que le vainqueur final sera le peuple grec.

C’est ce message que j’envoie maintenant à Mme Merkel et M. Scheuble, tout en déclarant que je reste toujours l’ami du Peuple allemand et admirateur de sa grande contribution à la Science, à la Philosophie et à l’Art, particulièrement à la Musique! La meilleure preuve peut être est d’avoir confié la totalité de mon œuvre à deux éditeurs allemands, Schott et Breitkop, qui comptent parmi les plus grands éditeurs mondiaux, et dont la collaboration a été extrêmement amicale.

Ils menacent de nous expulser de l’Europe. Si cette fois l’Europe ne veut pas de nous, nous cette Europe de Merkel–Sarkozy, nous ne la voulons pas dix fois.

Aujourd’hui dimanche 12 février, je me prépare à prendre part moi aussi à la manifestation avec Manolis Glezos, le héros qui a fait enlever la Swastika de l’Acropole, donnant ainsi le signal de départ non seulement de la résistance grecque mais aussi européenne contre Hitler. Nos rues et nos places seront inondées de centaines de milliers de citoyens qui manifesteront leur fureur contre le gouvernement et la Troïka.

J’ai écouté hier le banquier-Premier ministre dans son discours au peuple grec qui disait que «nous sommes arrivés presqu’au zéro». Mais qui sont ceux qui nous ont conduits au Zéro. Pourquoi? Parce que c’est ce qu’ordonnent le FMI et l’Eurogroupe en faisant du chantage: si nous n’obéissons pas, nous serons conduits à la faillite…. Ici se joue le théâtre de l’insensé. Tous ces cercles qui essentiellement nous haïssent (étrangers et Grecs) et qui sont les seuls responsables de la situation dramatique dans laquelle ils ont plongé le pays, menacent, font du chantage, dans le but de poursuivre leur œuvre de destruction, c’est-à-dire de nous faire passer sous le Zéro, jusqu’à notre disparition définitive.

Nous avons survécu à travers les siècles à des conditions très difficiles et il est certain que même s’ils devaient nous conduire par la force à l’avant-dernière marche avant la mort, les Grecs non seulement survivront mais se régénéreront. En ce moment j’ai consacré toutes mes forces dans l’effort d’unifier dynamiquement le peuple grec. Je tente de convaincre que la Troïka et la FMI ne sont pas l’unique issue et qu’il existe une autre solution. Elle consiste à changer fondamentalement l’orientation de notre pays, à nous tourner vers la Russie pour une collaboration économique et créer des partenariats qui nous aideront à mettre en valeur la richesse naturelle de notre pays dans des conditions garantissant notre intérêt national. En ce qui concerne l’Europe, je propose que nous nous arrêtions d’acheter du matériel militaire à l’Allemagne et à la France. Alors que nous ferons tout ce qui est possible pour que l’Allemagne règle les dommages de guerre qu’elle nous doit et qui aujourd’hui atteignent avec les intérêts, les 500 milliards d’euros.

La seule puissance qui puisse réaliser ces changements révolutionnaires est le peuple grec uni dans un énorme Front de Resistance et de Solidarité, pour que soit expulsé de notre pays la Troïka (FMI et les Banques européennes). Parallèlement seront considérés comme nuls et non avenus tous leurs actes illégaux (prêts, dettes, intérêts, impôts, achats du patrimoine public). Naturellement leurs collaborateurs grecs qui ont déjà été condamnés dans la conscience du peuple comme des traitres, devront être punis.

Je me consacre entièrement à ce but (l’unité du Peuple dans un Front) et je crois que mes efforts seront finalement justifiés. J’ai combattu contre l’occupation hitlérienne l’arme à la main. J’ai connu les donjons de la Gestapo. J’ai été condamné à mort par les Allemands et j’ai survécu comme par miracle. En 1967 j’ai crée le PAM [Front antidictatorial panhéllenique – NdT], la première organisation de résistance contre la junte militaire. J’ai lutté dans l’illégalité. J’ai été pris et emprisonné dans la «boucherie» de la Sûreté de la junte. Au final j’ai tout de même survécu.

Aujourd’hui j’ai 87 ans, et il est probable que je ne survive pas pour voir le salut de ma patrie bien aimée. Cependant je mourrai avec la conscience tranquille, parce que je continuerai jusqu’à la fin à faire mon Devoir par rapport aux idéaux de la Liberté et du Droit.

Athènes 12.2.2012

Mikis Theodorakis

Sources: (…)

article original .spitha-kap.gr…

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L’EUROPE SE DIRIGE VERS UNE EXPLOSION SOCIALE

Hocine Belalloufi

Mardi 21 Février 2012

Les cures d’austérité administrées aux peuples d’Europe provoquent une crise sociale, sans précédent, depuis les années 1930. Tous les acquis sociaux sont remis en cause. Mais la corde, à force de tirer, risque de casser. Les travailleurs des pays les plus touchés se sont en effet levés. La Grèce se trouve même dans une situation pré-insurrectionnelle.

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Les médias des pays dominants, étrangement relayés par ceux des pays dominés (publics et privés) qui reproduisent, sans le moindre esprit critique, tout ce qui vient de « là-bas », présentent les étrangleurs du peuple grec – on peut difficilement appeler autrement ses créanciers –indûment et comme ses sauveteurs.

Officiellement donc, les ministres des Finances de la zone euro sont en négociations pour « accorder un prêt de 130 milliards » d’aide à la Grèce. En réalité, cette manne financière ne servira pas à relancer l’économie grecque afin de permettre à ce pays de retrouver une croissance durable et de satisfaire les besoins de sa population. Elle vise uniquement à rembourser les créanciers d’Athènes qui ne sont rien d’autres que les banques européennes, allemandes et françaises en premier lieu. L’UE aide ainsi les marchés financiers et non le peuple grec. Car ces « généreux » prêts seront remboursés par les couches populaires de la société grecque. Ainsi, et dans le cas fort peu probable où ce « plan de sauvetage » réussirait, la dette grecque qui est de l’ordre de 160% du PIB de ce pays aujourd’hui en représenterait encore 129% en 2020 ! Le peuple grec risque de passer des décennies à tenter d’honorer des dettes qui ne sont pas les siennes. Sans garantie de parvenir à les rembourser ni même de les réduire substantiellement.

Des « plans de sauvetage » de ce genre, la Grèce en a déjà « bénéficié ». Un prêt de 110 milliards d’euros lui avait été accordé par l’UE et le FMI. Il a essentiellement servi à rembourser les banques et s’est traduit par la suppression, depuis 2009, de 100 000 postes de fonctionnaires. Et la dette, qui était de 263 milliards d’euros en 2008, a grimpé à 355 milliards en 2011 alors que le PIB baissait dans le même temps de 233 milliards à 218 milliards d’euros. Le chômage explosait quant à lui, passant de 8% à 20%.

La crise grecque n’est pas seulement sociale. Elle est de plus en plus politique, avec une véritable mise sous tutelle européenne du pays, par l’Allemagne, la France, les Pays-Bas… Les dirigeants européens ne se contentent plus de dicter leurs ordres et de désigner les dirigeants du pays. Ils entendent décider de la manière dont l’argent est dépensé à Athènes. Le nombre d’experts européens, chargés de contrôler les dépenses du pays, envoyés en Grèce, ne cesse d’augmenter.

La grande mystification

Aujourd’hui, le nouveau « plan de sauvetage » va se traduire par une cure d’austérité draconienne qui ramènera le pays au IXXe siècle. Il est en effet prévu de réduire les effectifs de la Fonction publique de 150 000 salarié d’ici à 2015 : entre licenciements et non renouvellement des postes de travail laissés vacants (décès, démissions, départs en retraite…). Plus de 15 000 emplois seront supprimés cette année dans la Fonction publique. Le chômage atteint déjà 25% de la population active. Chez les jeunes de 16 à 24 ans, il dépasse les 50% ! Ceux qui conservent un emploi voient leur pouvoir d’achat se contracter fortement. Le salaire minimum a perdu 22% de sa valeur. Un travailleur payé à ce tarif ne touchera que 586 euros par mois soit 480 euros nets. Les bénéficiaires d’une retraite minimum toucheront quant à eux 392 euros par mois. Enfin et pour ce qui est des travailleurs âgés de moins de 25 ans qui ont la chance d’avoir un travail à plein temps, leur salaire de base mensuel sera de 527 euros, soit moins de 400 euros par mois.

La TVA a pour sa part augmenté de 20% en moyenne alors que les taxes sur l’alcool augmentent de 33%. Les politiques « d’aide » à la Grèce se sont traduites jusqu’ici par le fait que près d’un tiers de la population (30%) vit sous le seuil de pauvreté. De nombreux Grecs n’arrivent plus à payer leurs impôts. Les hôpitaux n’ont plus de médicaments, les établissements scolaires ne chauffent plus alors que le pays est touché, comme toute la région, par un froid polaire venu de Sibérie. Les manuels scolaires n’ont pas été distribués…
Tous ces plans de « sauvetage » de la Grèce ne sont pas gratuits. Ils entrainent des privatisations d’entreprises et de services publics pour un montant de 50 milliards d’euros d’ici 2015. Quatre entreprises publiques devront être vendues au premier semestre de 2012 dans l’énergie (gaz et pétrole), l’eau et les jeux. Le massacre du secteur public ne s’arrêtera pas là puisqu’il est prévu de privatiser pour un montant de 285 milliards d’euros. Les plans de « sauvetage » provoquent la faillite de 60 000 petites entreprises familiales. Près de 50 000 autres devraient suivre cette année.

Pendant ce temps, les grands capitalistes grecs placent leurs comptes dans des comptes bancaires secrets suisses. Alors que la flotte marchande grecque est la première du monde, les grands entrepreneurs, armateurs notamment, ne paient pas le moindre impôt à l’Etat grec. Le montant de ces capitaux évadés s’élève 280 milliards d’euros, soit 120% du PIB.

Les plans de « sauvetage » se généralisent à toute l’Europe

Les politiques « d’aide » aux pays en difficultés se multiplient, ces derniers mois, dans le reste de l’Europe. Ils obéissent toujours à la même logique qui voit les peuples – les salariés essentiellement –subir l’austérité alors que le patronat engrange de nombreux acquis et que les banques européennes « prêteuses » voient affluer l’argent prêté aux débiteurs. Qui a dit que la lutte des classes n’existait pas, ou n’existait plus ?

En Espagne, une réforme du travail est entrée en application depuis le 12 février. Elle prévoit d’assouplir les conditions de licenciement, ce qui ne pourra que faire bondir le chômage qui frappe déjà 5,3 millions de salariés, soit 23% de la population active du pays, un record en Europe. Les jeunes de moins de 25 ans sont 48,6% à être au chômage, soit une personne sur deux. Afin d’enrayer cette spirale, le nouveau gouvernement de droite vient de doubler la période d’essai qu’il a ramenée à une année. Il s’est par ailleurs attaqué aux indemnités de licenciement. Le gouvernement socialiste précédent les avait déjà réduites. L’actuel accentue cette tendance pour réduire cette indemnité à 33 jours de salaire payés par année de travail – voire à 22 jours si l’entreprise est en difficulté – contre 45 jours actuellement. Le gouvernement entend également autoriser les patrons à ne pas tenir compte des accords collectifs de branche durant la crise.

Dans la région de Valence, qui est la plus endettée d’Espagne, les autorités ont annoncé, début janvier, des augmentations d’impôts et des diminutions, de l’ordre de plus d’un milliards d’euros, des dépenses dans l’éducation et la santé. Le gouvernement régional n’ayant pas réglé ses factures, le chauffage des établissements scolaires n’est plus assuré cet hiver.

Au Portugal, où le chômage atteint 13%, le plan de rigueur contient des coupes dans les dépenses publiques, un accroissement des impôts et un train de privatisation d’entreprises et de services publics. Un groupe chinois vient ainsi d’acquérir 21% des actions de la société d’électricité portugaise EDP. Le réseau électrique REN et la compagnie aérienne TAP font également partie des entreprises privatisables.

En Italie, les plans d’austérité qui se multiplient depuis 2010 ont provoqué une récession à la fin de 2011. Le PIB s’est contracté de 0,7% au quatrième trimestre et de 0,2% au troisième. En 2012, le gouvernement de Mario Monti prévoit un recul de 0,4% de ce même PIB. Trop optimiste considère la Banque d’Italie qui table sur un recul de 1,5%. Le FMI, qui n’a pas à gérer le mécontentement de la population, annonce une contraction de 2,2%. On ne voit pas très bien, dans ces conditions, comment l’Italie pourrait honorer ses dettes alors que le taux de croissance économique est négatif. La rigueur qui frappe les classes populaires ne pourra que se poursuivre et s’accentuer, en dépit des promesses de l’ancien banquier de Goldman Sachs.

Un mouvement social de grande ampleur se lève

Face à l’offensive antisociale dont ils sont victimes, les peuples de la région – les salariés en premier lieu – se rebellent. Près de deux millions de travailleurs ont manifesté le 19 février dernier dans près de 60 villes espagnoles à l’appel des deux principales centrales syndicales : l’Union générale des travailleurs (UGT) et les Commissions ouvrières (CCOO). Madrid et Barcelone ont laissé de côté leur contentieux en matière de football pour s’unir dans la lutte contre la réforme du travail. Des centaines de milliers de salariés sont descendus dans chacune de ces deux villes. Des manifestations sont par ailleurs organisées localement, comme à Valence, pour protester contre la politique d’austérité. La question de la grève générale est désormais évoquée, soutenue par les Commissions ouvrières, mais pas encore par les dirigeants de l’UGT. Soumis à une forte pression de la base, les deux centrales se trouvent dans l’obligation d’apporter des réponses concrètes afin de contrer la réforme du travail.

À Lisbonne, capitale du Portugal, ce sont pas moins de 300 000 manifestants qui ont battu le pavé, dernièrement, à l’appel de la Confédération générale des travailleurs portugais (CGTP) pour dénoncer l’austérité et les plans de rigueurs qui frappent les plus démunis. Il s’agissait du plus puissant rassemblement organisé dans le pays depuis 30 ans. Une nouvelle journée de manifestations se déroulera le 29 février.

Mais c’est en Grèce que la révolte est la plus spectaculaire. Les manifestations de rue se multiplient et deviennent violentes du fait des provocations policières (incendies d’immeubles et de magasins…) visant à déconsidérer les protestations et les protestataires. Le peuple grec est entré en résistance. Il dispose de solides traditions en la matière. Le pays a connu une douzaine de grèves générales en deux années. Les grèves se multiplient dans tous les secteurs ainsi que les occupations d’entreprises et d’établissements scolaires (universités…), voire de ministères. Le mouvement des Indignés (Aganaktismeni) s’est étendu à tout le pays alors que nombre de ministres et députés n’osent plus sortir de chez eux de peur d’être insultés ou agressés par les citoyens. Des comités contre la coupure des compteurs électriques de ceux qui ne peuvent plus payer leurs factures ont été mis en place. Des structures de solidarité se créent au niveau des quartiers pour venir en aide aux plus démunis. Plus de 100 000 personnes ont manifesté le 19 février à Athènes devant le Parlement grec qui votait les mesures d’austérité imposées par les marchés financiers et l’UE. Les couches populaires étant laminées, un climat pré-insurrectionnel se répand dans le pays. On imagine mal que la situation qui empire ne débouche pas sur une révolte généralisée. Les semaines et mois qui viennent s’annoncent décisifs pour l’avenir de ce pays et, au-delà, pour celui de tout le Vieux continent.

[Sources: “La Nation”

pour lire l’article en entier, cliquer sur le lien->http://www.lanation.info/L-Europe-se-dirige-vers-une-explosion-sociale_a746.html]

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ASPASIA, AVOCATE GRECQUE ET “NOUVELLE PAUVRE”….

23 février 2012

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Tout allait si bien pour Aspasia, avocate. Un bel appartement dans un quartier chic d’Athènes, des enfants dans une école privée, un mari entrepreneur… Aujourd’hui sans revenus, elle vit chichement, touchée de plein fouet par la déroute économique de son pays. Portrait.

Aspasia tourne en rond dans son bel appartement, dans une tenue passe-partout. Elle attend le début d’après-midi pour aller à la “laïki”, le marché en plein air, qui a lieu une fois par semaine sur la place. Parce que ce sera la fin du marché, l’heure où les producteurs bradent leurs marchandises à moitié prix avant de les remballer. Elle se regarde une dernière fois dans la glace et ne se reconnait pas.

Où est la brillante avocate, toujours habillée à la dernière mode, femme comblée, mère de deux enfants, notable de Kaisariani, un quartier tout proche du centre-ville d’Athènes ? Un quartier surgi de terre avec l’arrivée des réfugiés d’Asie Mineure, lors de l’échange de population gréco-turc de 1923.

Des petites maisons bâties de bric et de broc, avec jardins de vignes et lauriers. Et remplacées depuis une décennie par de magnifiques immeubles de standing, les rues pleines de restaurants branchés devant lesquelles stationnaient les voitures des nouveaux riches.

C’est au rez-de-chaussée d’un de ces immeubles que, revenue d’Angleterre après son doctorat, elle avait ouvert son appartement-cabinet. Sa vie professionnelle s’écoulait sans souci entre les rendez-vous et les plaidoiries au tribunal. Tout allait si bien pour elle : son mari s’était lancé dans le commerce des produits biologiques, les enfants allaient au jardin d’enfants bilingue (+ de 2.000 € par mois), une Philippine faisait le ménage. La misère racontée par ses grands-parents semblait bien loin.

Chute brutale

Aujourd’hui, Aspasia se demande si tout cela n’a pas été pas un mirage. Le cabinet ne fonctionne plus, quasiment plus, faute de clients. Finies les querelles de voisinages sur les murs mitoyens (le bâtiment a chuté de 60 %) , finis les divorces (les familles serrent les coudes), plus aucune rentrée d’argent. Et l’entreprise de Dimitri est en faillite, avec des milliers d’euros d’impayés. Les enfants ont été retirés de la crèche et la femme de ménage remerciée. C’est la grand-mère qui garde les petits, puisqu’elle habite désormais avec eux. La location du deux-pièces où elle vivait a été résiliée.

La chute est brutale. Aspasia, qui n’avait jamais tenu un budget de sa vie, rogne sur tout aujourd’hui. Elle a éteint le chauffage central et alimente la cheminée avec le bois ramassé illégalement dans la forêt proche de l’Hymette. Mais cela sera plus difficile maintenant, car Dimitri a eu un accident de voiture. Il s’en est sorti heureusement, mais la voiture est irrécupérable. Et avec l’argent de l’assurance, impossible d’en acheter une nouvelle, même d’occasion.

Tout était si dérisoire!

Alors Aspasia a repris le bus, ce qu’elle n’avait plus fait depuis qu’elle allait se promener avec son grand-père à l’Acropole, il y a bien longtemps. Pourtant elle ne se plaint pas. Sa meilleure amie a fait la semaine passée une tentative de suicide, comme le font de plus en plus de Grecs. Ne pouvant plus rembourser ses crédits, elle avait l’angoisse qu’on lui prenne sa maison. Heureusement, Aspasia l’a aiguillé vers une association qui s’occupe des dossiers de surendettement.

Aspasia jette un dernier coup d’œil à la décoration chic de son intérieur, qui lui parait aujourd’hui tellement dérisoire. Et avec son cabas, elle se dirige vers la place. Passant devant une soupe populaire, elle se rassure en se disant qu’elle n’en est pas encore là. Pour combien de temps ?

Source

REALINFOS

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