23 MAI 2012 – JOURNÉE D’ETUDE à LA BDIC: Sadek Hadjerès, un itinéraire militant dans le mouvement d’indépendance algérienne, 1939-1963

JOURNEE D’ETUDES

MERCREDI 23 MAI 2012

Organisateur : BDIC

[

Lieu :

Université de Paris Ouest Nanterre La Défense

salle des conférences, bâtiment B

->http://www.bdic.fr/index.php?option=com_content&view=article&id=61&Itemid=67]

RER station « Nanterre-Université »

(entrée libre, dans la limite des places disponibles.

Inscriptions : audiovisuel@bdic.fr)

Sadek Hadjerès, un itinéraire militant

dans le mouvement d’indépendance algérienne

1939-1963

Né le 13 septembre 1928 en Algérie (Kabylie) à Larbaâ Nath Irathen (Fort-National), Sadek Hadjerès a fait des études secondaires à Médéa, Blida et Alger-Ben Aknoun, puis des études de médecine à Alger.

Encore lycéen et responsable local du mouvement SMA (Scouts Musulmans Algériens), il a adhéré en 1944 au parti indépendantiste PPA (qui deviendra le MTLD en novembre 1946). Puis il l’a quitté fin 1949 avec les militants accusés faussement par ses dirigeants de «berbérisme», alors qu’ils demandaient en réalité la prise en compte par le mouvement d’une conception pluraliste de la nation et la définition d’un contenu démocratique et révolutionnaire du nationalisme.

De 1947 à 1951, il fut l’un des principaux animateurs de l’Association des étudiants musulmans d’Afrique du Nord (AEMAN) et son président en 1949-1950.

En janvier 1951, il adhéra au parti communiste algérien (PCA), où il fut élu au comité central en février 1952, puis au bureau politique au printemps 1955.

Dans ses acivités légales, il sera notamment directeur de la revue «Progrès» et élu conseiller général d’El Harrach (ex maison Carrée).

L’interdiction du parti communiste au début de la guerre en 1955 l’a contraint à cesser ses activités de médecin et chercheur en médecine pour entrer en clandestinité.

En mai-juin 1956, il organise l’intégration de communistes du PCA, les Combattants de la Libération (CDL), au sein du FLN-ALN, avec Bachir Hadj-Ali, avec qui il assure, à partir de 1957, la direction clandestine du PCA à Alger jusqu’à l’indépendance.

Devenu après juillet 1962 l’un des trois secrétaires du PCA, il a repris une activité médicale et de recherche, puis, après l’interdiction de ce parti par Ben Bella en novembre 1962, a été l’un des responsables de son appareil redevenu clandestin.

Après le coup d’Etat de Boumediene du 19 juin 1965 qui a provoqué une forte répression à son encontre, le PCA est devenu en 1966 le Parti de l’avant garde socialiste (PAGS), dont Hadjerès est en 1967 confirmé premier secrétaire, responsabilité qu’il exercera durant une nouvelle clandestinité de vingt-quatre ans, jusqu’au lendemain du mouvement populaire d’octobre 1988 qui met fin au Parti unique en Algérie.

Revenu à la vie légale au printemps 1989, il cesse toute affiliation partisane au début de 1992 et dénonce, notamment dans une déclaration publiée fin novembre 1992 dans les journaux El Watan et Alger Républicain, les responsabilités du système politique algérien dans la tragédie qui frappe alors le pays ainsi que son rôle dans le sabordage du PAGS.

Depuis cette date, il vit en exil et se consacre à des travaux historiques et des articles dans la presse algérienne et internationale (il anime un site internet sur le mouvement social algérien (www.socialgerie.net).


Programme

En présence de Sadek Hadjeres.

9h30 : Introduction.

Brève présentation de la production d’archives audiovisuelles à la BDIC et de l’enregistrement du témoignage du militant de l’indépendance algérienne à l’origine de cette journée.

  • Rosa Olmos

Quatre montages d’environ quinze minutes réalisés à partir des entretiens seront projetés (deux par demi-journée), précédés chaque fois d’une courte présentation par les historiens Ali Guenoun et Gilles Manceron qui les ont conduits et suivis de l’intervention de discutants puis d’un débat avec les participants.

9h45 : De 1939 à 1942.

11h : De 1943 à 1951.

  • Discutants : Daho Djerbal, Omar Carlier et Malika Rahal (sous réserves).

12h30 : Déjeuner

14h : De 1952 à 1956.

15h30 : De 1956 à 1963.

  • Discutants : René Gallissot, Alain Ruscio et Sylvie Thénault.

17h : Conclusion

  • Marie-Claire Lavabre

Sadek Hadjerès fait partie des militants du mouvement d’indépendance algérienne qui évoquent, quand il parle de son enfance passée en Kabylie et dans certains villages de la Mitidja, non seulement les injustices et humiliations dont étaient victimes les Algériens du fait de la colonisation, mais aussi les inégalités de la société traditionnelle telles, par exemple, que le statut supérieur des familles maraboutiques, les inégalités femmes/hommes et autres problèmes. Avec précision, il rappelle les effets sur la société algérienne de la seconde guerre mondiale qui a encouragé l’émergence d’un large sentiment patriotique et conduit toute une génération à s’engager pour l’indépendance.

Il témoigne en même temps de ce que, dès les années 1940, le mouvement national était traversé de courants contradictoires bien antérieurs à la fondation du FLN. A des conceptions étroites du nationalisme influencées par l’autoritarisme d’un certain nationalisme arabe, s’opposaient déjà des volontés de ne pas nier les diversités linguistiques et politiques, d’unir avec leurs particularités les forces constitutives de la nation et de forger une conscience démocratique, unitaire et révolutionnaire du mouvement indépendantiste.

Stigmatisé injustement comme « berbériste -séparatiste» par la direction du PPA-MTLD, Hadjerès a rejoint le PCA lorsque ce dernier depuis le début des années cinquante a adopté explicitement le mot d’ordre d’indépendance que ce parti évitait jusque là. Il a participé aux nombreuses luttes politiques, sociales et idéologiques des années qui ont précédé le 1er novembre 1954. Après le déclenchement de la lutte armée et d’âpres discussions avec les dirigeants du Front, il a contribué aux efforts pour intégrer les membres du PCA organisés dans les CDL (Combattants de la Libération) au combat du FLN-ALN. Son témoignage éclaire la nature et les problèmes d’ordre stratégique et tactique qui ont marqué les relations entre le PCA et le PCF et les conséquences de leurs différences d’approches lors de certains épisodes.

Clandestin en plein Alger durant les années 1956 à 1962, il a échappé au terrorisme de l’OAS après le cessez le feu. À l’été 1962, il témoigne des déchirements entre appareils et clans nationalistes Algériens dans la lutte pour la prise du pouvoir. Avec le PCA réorganisé, il a placé ses espoirs d’issue de crise à la fois dans la mobilisation unitaire des bases populaires et militantes et dans l’arrivée au pouvoir de l’alliance Ben Bella-Boumediène, qui l’a pourtant contraint, peu après, à une nouvelle période de clandestinité qui a duré vingt-quatre ans. Son riche témoignage permet de revenir sur quelques uns des obstacles qui ont empêché que l’indépendance tant attendue représente pour le peuple algérien une réelle émancipation.

Intervenants :

Omar Carlier

Historien, Professeur à l’université de Paris 7 Denis Diderot, auteur de nombreux travaux sur le nationalisme algérien, il a publié notamment Entre nation et djihad (Presses de Sciences Po, Paris, 1994).

Daho Djerbal

Historien, maître de conférences à l’Université d’Alger-Bouzaréah, il a été aussi professeur invité de l’Institut d’Études Politiques de Paris et de l’Université de Princeton aux États-Unis. Depuis 1993, il est le directeur de la “revue NAQD” d’études et de critique sociale, créée en 1991.

René Gallissot

Historien, spécialiste du Maghreb colonial, professeur émérite à l’université de Paris VIII. Il a dirigé l’ouvrage “Mouvement ouvrier, communisme et nationalismes dans le monde arabe” (Éditions de l’Atelier, 1978), “Le Maghreb de traverse” (Bouchène, 2000) “La République française et les indigènes. Algérie colonisée, Algérie algérienne, 1870-1962” (L’Atelier, 2007),“ Algérie : Engagements sociaux et question nationale” (L’Atelier, 2007) et est aujourd’hui le directeur de la série Maghreb du “Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier” (Le « Maitron »).

Ali Guenoun

Historien, doctorant à l’Université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne, termine actuellement une thèse sur la construction historique de l’identité berbère entre 1945 et 1980. Il a publié “Chronologie du mouvement berbère” (Éditions Casbah, Alger, 1999).

Marie-Claire Lavabre

docteure d’Etat en science politique (IEP de Paris, 1992), est directrice de recherche au CNRS. Depuis “Le fil rouge, sociologie de la mémoire communiste”, paru en 1994 aux Presses de Sciences Po, ses recherches portent sur la sociologie ou l’histoire du communisme, le phénomène mémoriel, les usages politiques de l’histoire et les approches de la mémoire en sciences sociales.

Gilles Manceron

Historien, délégué Histoire, mémoires, archives de la Ligue des droits de l’homme, il est l’auteur de nombreux ouvrages, dont “D’une rive à l’autre”. “La guerre d’Algérie de la mémoire à l’histoire” (avec Hassan Remaoun, Syros, 1993) et “Marianne et les colonies.Une introduction à l’histoire coloniale de la France” (La Découverte, 2003).

Malika Rahal

Historienne, chercheuse à l’IHTP, a soutenu une thèse de doctorat à l’Inalco en 2007 sur l’“histoire de l’UDMA de Ferhat Abbas” et a notamment publié en 2010 “Ali Boumendjel. Une affaire française, une histoire algérienne”, biographie (Les Belles Lettres, 2010).

Alain Ruscio

Historien, docteur ès Lettres, chercheur indépendant, a consacré l’essentiel de son travail de recherche, dans un premier temps, à l’Indochine coloniale et à la phase finale de cette histoire, la guerre française d’Indochine (1945-1954). Il a soutenu sa thèse en Sorbonne (Université Paris I), en 1984. Il a particulièrement travaillé sur le PCF et la question coloniale.

Sylvie Thénault

Historienne, chargée de recherche au CNRS, au Centre d’histoire sociale du XXe siècle. Elle est notamment l’auteur d’“Une drôle de Justice. Les magistrats dans la guerre d’Algérie” (La Découverte, 2004) et de “Histoire de la guerre d’indépendance algérienne” (Flammarion, 2005).


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