SOLIDARITÉ AVEC AHMED FOUAD NEDJM

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حملة تضامن مع الشاعر أحمد فؤاد نجم وحرية المعتقد والرأي والإبداع في مصر

حملة تضامن مع الشاعر أحمد فؤاد نجم وحرية المعتقد والرأي والإبداع في مص

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adressé par un lecteur de socialgerie

Bonjour à tous,

À signer et à faire signer pour ceux qui sauront le faire.

J’ai eu le plaisir de rencontrer Fouad Nejm, lors de son premier voyage en Algérie en compagnie de son interprète de l’époque, Cheikh Immam.

Signer la pétition

pour la cessation des poursuites pour atteinte à la religion,

contre l’immense poète égyptien Ahmed Fouad Nedjm.

http://www.ahewar.org/camp/i.asp?id=344&show=700&#sig

23 MAI 2012 – JOURNÉE D’ETUDE à LA BDIC: Sadek Hadjerès, un itinéraire militant dans le mouvement d’indépendance algérienne, 1939-1963

JOURNEE D’ETUDES

MERCREDI 23 MAI 2012

Organisateur : BDIC

[

Lieu :

Université de Paris Ouest Nanterre La Défense

salle des conférences, bâtiment B

->http://www.bdic.fr/index.php?option=com_content&view=article&id=61&Itemid=67]

RER station « Nanterre-Université »

(entrée libre, dans la limite des places disponibles.

Inscriptions : audiovisuel@bdic.fr)

Sadek Hadjerès, un itinéraire militant

dans le mouvement d’indépendance algérienne

1939-1963

Né le 13 septembre 1928 en Algérie (Kabylie) à Larbaâ Nath Irathen (Fort-National), Sadek Hadjerès a fait des études secondaires à Médéa, Blida et Alger-Ben Aknoun, puis des études de médecine à Alger.

Encore lycéen et responsable local du mouvement SMA (Scouts Musulmans Algériens), il a adhéré en 1944 au parti indépendantiste PPA (qui deviendra le MTLD en novembre 1946). Puis il l’a quitté fin 1949 avec les militants accusés faussement par ses dirigeants de «berbérisme», alors qu’ils demandaient en réalité la prise en compte par le mouvement d’une conception pluraliste de la nation et la définition d’un contenu démocratique et révolutionnaire du nationalisme.

De 1947 à 1951, il fut l’un des principaux animateurs de l’Association des étudiants musulmans d’Afrique du Nord (AEMAN) et son président en 1949-1950.

En janvier 1951, il adhéra au parti communiste algérien (PCA), où il fut élu au comité central en février 1952, puis au bureau politique au printemps 1955.

Dans ses acivités légales, il sera notamment directeur de la revue «Progrès» et élu conseiller général d’El Harrach (ex maison Carrée).

L’interdiction du parti communiste au début de la guerre en 1955 l’a contraint à cesser ses activités de médecin et chercheur en médecine pour entrer en clandestinité.

En mai-juin 1956, il organise l’intégration de communistes du PCA, les Combattants de la Libération (CDL), au sein du FLN-ALN, avec Bachir Hadj-Ali, avec qui il assure, à partir de 1957, la direction clandestine du PCA à Alger jusqu’à l’indépendance.

Devenu après juillet 1962 l’un des trois secrétaires du PCA, il a repris une activité médicale et de recherche, puis, après l’interdiction de ce parti par Ben Bella en novembre 1962, a été l’un des responsables de son appareil redevenu clandestin.

Après le coup d’Etat de Boumediene du 19 juin 1965 qui a provoqué une forte répression à son encontre, le PCA est devenu en 1966 le Parti de l’avant garde socialiste (PAGS), dont Hadjerès est en 1967 confirmé premier secrétaire, responsabilité qu’il exercera durant une nouvelle clandestinité de vingt-quatre ans, jusqu’au lendemain du mouvement populaire d’octobre 1988 qui met fin au Parti unique en Algérie.

Revenu à la vie légale au printemps 1989, il cesse toute affiliation partisane au début de 1992 et dénonce, notamment dans une déclaration publiée fin novembre 1992 dans les journaux El Watan et Alger Républicain, les responsabilités du système politique algérien dans la tragédie qui frappe alors le pays ainsi que son rôle dans le sabordage du PAGS.

Depuis cette date, il vit en exil et se consacre à des travaux historiques et des articles dans la presse algérienne et internationale (il anime un site internet sur le mouvement social algérien (www.socialgerie.net).


Programme

En présence de Sadek Hadjeres.

9h30 : Introduction.

Brève présentation de la production d’archives audiovisuelles à la BDIC et de l’enregistrement du témoignage du militant de l’indépendance algérienne à l’origine de cette journée.

  • Rosa Olmos

Quatre montages d’environ quinze minutes réalisés à partir des entretiens seront projetés (deux par demi-journée), précédés chaque fois d’une courte présentation par les historiens Ali Guenoun et Gilles Manceron qui les ont conduits et suivis de l’intervention de discutants puis d’un débat avec les participants.

9h45 : De 1939 à 1942.

11h : De 1943 à 1951.

  • Discutants : Daho Djerbal, Omar Carlier et Malika Rahal (sous réserves).

12h30 : Déjeuner

14h : De 1952 à 1956.

15h30 : De 1956 à 1963.

  • Discutants : René Gallissot, Alain Ruscio et Sylvie Thénault.

17h : Conclusion

  • Marie-Claire Lavabre

Sadek Hadjerès fait partie des militants du mouvement d’indépendance algérienne qui évoquent, quand il parle de son enfance passée en Kabylie et dans certains villages de la Mitidja, non seulement les injustices et humiliations dont étaient victimes les Algériens du fait de la colonisation, mais aussi les inégalités de la société traditionnelle telles, par exemple, que le statut supérieur des familles maraboutiques, les inégalités femmes/hommes et autres problèmes. Avec précision, il rappelle les effets sur la société algérienne de la seconde guerre mondiale qui a encouragé l’émergence d’un large sentiment patriotique et conduit toute une génération à s’engager pour l’indépendance.

Il témoigne en même temps de ce que, dès les années 1940, le mouvement national était traversé de courants contradictoires bien antérieurs à la fondation du FLN. A des conceptions étroites du nationalisme influencées par l’autoritarisme d’un certain nationalisme arabe, s’opposaient déjà des volontés de ne pas nier les diversités linguistiques et politiques, d’unir avec leurs particularités les forces constitutives de la nation et de forger une conscience démocratique, unitaire et révolutionnaire du mouvement indépendantiste.

Stigmatisé injustement comme « berbériste -séparatiste» par la direction du PPA-MTLD, Hadjerès a rejoint le PCA lorsque ce dernier depuis le début des années cinquante a adopté explicitement le mot d’ordre d’indépendance que ce parti évitait jusque là. Il a participé aux nombreuses luttes politiques, sociales et idéologiques des années qui ont précédé le 1er novembre 1954. Après le déclenchement de la lutte armée et d’âpres discussions avec les dirigeants du Front, il a contribué aux efforts pour intégrer les membres du PCA organisés dans les CDL (Combattants de la Libération) au combat du FLN-ALN. Son témoignage éclaire la nature et les problèmes d’ordre stratégique et tactique qui ont marqué les relations entre le PCA et le PCF et les conséquences de leurs différences d’approches lors de certains épisodes.

Clandestin en plein Alger durant les années 1956 à 1962, il a échappé au terrorisme de l’OAS après le cessez le feu. À l’été 1962, il témoigne des déchirements entre appareils et clans nationalistes Algériens dans la lutte pour la prise du pouvoir. Avec le PCA réorganisé, il a placé ses espoirs d’issue de crise à la fois dans la mobilisation unitaire des bases populaires et militantes et dans l’arrivée au pouvoir de l’alliance Ben Bella-Boumediène, qui l’a pourtant contraint, peu après, à une nouvelle période de clandestinité qui a duré vingt-quatre ans. Son riche témoignage permet de revenir sur quelques uns des obstacles qui ont empêché que l’indépendance tant attendue représente pour le peuple algérien une réelle émancipation.

Intervenants :

Omar Carlier

Historien, Professeur à l’université de Paris 7 Denis Diderot, auteur de nombreux travaux sur le nationalisme algérien, il a publié notamment Entre nation et djihad (Presses de Sciences Po, Paris, 1994).

Daho Djerbal

Historien, maître de conférences à l’Université d’Alger-Bouzaréah, il a été aussi professeur invité de l’Institut d’Études Politiques de Paris et de l’Université de Princeton aux États-Unis. Depuis 1993, il est le directeur de la “revue NAQD” d’études et de critique sociale, créée en 1991.

René Gallissot

Historien, spécialiste du Maghreb colonial, professeur émérite à l’université de Paris VIII. Il a dirigé l’ouvrage “Mouvement ouvrier, communisme et nationalismes dans le monde arabe” (Éditions de l’Atelier, 1978), “Le Maghreb de traverse” (Bouchène, 2000) “La République française et les indigènes. Algérie colonisée, Algérie algérienne, 1870-1962” (L’Atelier, 2007),“ Algérie : Engagements sociaux et question nationale” (L’Atelier, 2007) et est aujourd’hui le directeur de la série Maghreb du “Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier” (Le « Maitron »).

Ali Guenoun

Historien, doctorant à l’Université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne, termine actuellement une thèse sur la construction historique de l’identité berbère entre 1945 et 1980. Il a publié “Chronologie du mouvement berbère” (Éditions Casbah, Alger, 1999).

Marie-Claire Lavabre

docteure d’Etat en science politique (IEP de Paris, 1992), est directrice de recherche au CNRS. Depuis “Le fil rouge, sociologie de la mémoire communiste”, paru en 1994 aux Presses de Sciences Po, ses recherches portent sur la sociologie ou l’histoire du communisme, le phénomène mémoriel, les usages politiques de l’histoire et les approches de la mémoire en sciences sociales.

Gilles Manceron

Historien, délégué Histoire, mémoires, archives de la Ligue des droits de l’homme, il est l’auteur de nombreux ouvrages, dont “D’une rive à l’autre”. “La guerre d’Algérie de la mémoire à l’histoire” (avec Hassan Remaoun, Syros, 1993) et “Marianne et les colonies.Une introduction à l’histoire coloniale de la France” (La Découverte, 2003).

Malika Rahal

Historienne, chercheuse à l’IHTP, a soutenu une thèse de doctorat à l’Inalco en 2007 sur l’“histoire de l’UDMA de Ferhat Abbas” et a notamment publié en 2010 “Ali Boumendjel. Une affaire française, une histoire algérienne”, biographie (Les Belles Lettres, 2010).

Alain Ruscio

Historien, docteur ès Lettres, chercheur indépendant, a consacré l’essentiel de son travail de recherche, dans un premier temps, à l’Indochine coloniale et à la phase finale de cette histoire, la guerre française d’Indochine (1945-1954). Il a soutenu sa thèse en Sorbonne (Université Paris I), en 1984. Il a particulièrement travaillé sur le PCF et la question coloniale.

Sylvie Thénault

Historienne, chargée de recherche au CNRS, au Centre d’histoire sociale du XXe siècle. Elle est notamment l’auteur d’“Une drôle de Justice. Les magistrats dans la guerre d’Algérie” (La Découverte, 2004) et de “Histoire de la guerre d’indépendance algérienne” (Flammarion, 2005).


http://www.bdic.fr/index.php?option=com_eventlist&view=details&id=226:sadek-hadjeres-un-itineraire-militant-dans-le-mouvement-dindependance-algerienne&Itemid=68


IREMMO – PARIS – 22 au 25 MAI 2012: SEMAINE SPÉCIALE ALGÉRIE

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Programme


Quatre tables rondes (18h-20h):

Mardi 22 mai: “Pourquoi le 1er novembre 1954 ”

Mercredi 23 mai : “Les résistances pieds noirs à l’OAS”

Jeudi 24 mai: “ L’Algérie et les migrations”

Vendredi 25 mai: “Bilan de l’Algérie indépendante et système politique actuel”

Une soirée projection-débat (17h-19h):

Samedi 26 mai:

Récits d’engagement anticolonialistes à Lyon pendant la guerre d’Algérie. Un film de Béatrice Dubell « El-Bir, Le puits ».

Avec : Gilbert Meynier, Sylvie Thénault, Sadek Hadjeres, Gilles Manceron, Hélène Vérin, Jean-Pierre Gonon, Michel Laxenaire, Bernard Zimmerman, Pierrette Meynier, Farida Souiah, Smaïl Goumeziane, Omar Carlier.


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Mardi 22 mai :

Pourquoi le 1er novembre 1954 ?

18h-20h [ [se référer à article socialgerie – brève 435: « PCA-CDL (Combattants de la libération) et FLN-ALN DANS LA GUERRE D’ INDÉPENDANCE : LIENS UTILES SUR SOCIALGERIE » ]]

Gilbert Meynier

historien, professeur émérite des Universités

Sylvie Thenault

historienne, chargée de recherche au CNRS

Sadek Hadjeres

ancien membre du bureau politique du PCA

et premier secrétaire du PAGS jusqu’en 1992


Mercredi 23 mai : Les résistances pieds noirs à l’OAS

18h-20h

Historiens :

Gilles Manceron

historien français spécialiste du colonialisme français

___

Témoins :

Georges Vérin

cinéaste

Jean-Pierre Gonon

ancien avocat et membre du groupe ayant publié le journal des libéraux d’Alger, “l’Espoir”

Michel Laxenaire

Né en 1928 à Alger, il a été responsable au sein d’un mouvement de jeunesse et a dirigé une coopérative ouvrière de production.

Co-auteur, avec Bernard Zimmerman, de
“Retours de mémoires sur l’Algérie” (Bouchene, 2003)

Témoins et animateur du débat :

Bernard Zimmerman

professeur émérite.

Né en 1940 à Oran. Instituteur dans cette région avant et après l’indépendance, puis professeur d’histoire et géographie. Membre de l’association culturelle franco-maghrébine
«coup de soleil».

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Jeudi 24 mai : L’Algérie et les migrations

18h-20h

Pierrette Meynier

responsable régionale de la “Cimade Rhône Alpes”

Smaïn Laacher

sociologue (CNRS-EHESS)


Vendredi 25 mai :

Bilan de l’Algérie indépendante et système politique actuel

18h-20h

Gilbert Meynier

historien, professeur émérite des Universités

Smaïl Goumeziane

économiste de Paris X-Dauphine, ancien ministre du commerce extérieur du gouvernement Hamrouche

Omar Carlier

chercheur à l’Ehess, professeur d’Université


Samedi 26 mai : Récits d’engagement anticolonialistes à Lyon pendant la guerre d’Algérie

17h-19h

Projection débat autour du film

« El-Bir, Le puits »

de Béatrice Dubell

(Intervenants à confirmer)


Participation

8 euros par séance

(5 euros en tarif réduit : étudiants & demandeurs d’emploi).

Si vous assistez à plusieurs rencontres : moitié prix pour les séances suivantes.


Lieu

5, rue Basse des Carmes – 75005 Paris

Métro : Maubert-Mutualité


Inscription : infos@iremmo.org


note remise aux participants

au cours de la conférence-débat du 22 mai 2012


Quelques LIENS (socialgerie)

et notes pour la table ronde IREMMO


RENCONTRE OUAMRANE (futur colonel dirigeant wilaya IV) AVEC JJ GALLAND

http://www.socialgerie.net/IMG/pdf/1954


Communistes et leur attitude au 1er novembre 1954

(réponse au journal Le Monde du 5 nov2005)

L’HISTOIRE PAR LE BOUT D’UNE LORGNETTE IDÉOLOGIQUE

http://www.socialgerie.net/spip.php?article75


Opération Maillot 4 Avril 1956 :

OPERATION C.D.L-HENRI MAILLOT, PRÉLUDE AUX ACCORDS PCA – FLN

http://www.socialgerie.net/spip.php?article1


Rencontre PCA- FLN

1956 FLN ET PCA : RENCONTRES ET PREMIERS ACCORDS

http://www.socialgerie.net/spip.php?article31


Lettres du PCA au GPRA

LETTRES ADRESSÉES AU G.P.R.A.

AU COURS DE LA GUERRE POUR L’INDÉPENDANCE

AU NOM DU COMITÉ CENTRAL DU PARTI COMMUNISTE ALGÉRIEN

http://www.socialgerie.net


  • Ce qu’avait écrit il y a dix ans un historien français, Gilbert Meynier, par ailleurs consciencieux et acquis à la cause algérienne de libération tant qu’il s’agissait du mouvement nationaliste, et dont je pense que son point de vue a évolué à partir d’une meilleure information:

    « …Le 1er novembre fut apprécié par le P.C.A. comme une entreprise aventuriste irresponsable. A plusieurs reprises il stigmatisa l’ « individualisme » des actions armées de l’A.L.N. Sur le fond , le P.C.A. n’était pas un parti indépendantiste et il ne militait pas pour l’indépendance…
  • Avis de Boualem LECHLECH, historien algérien

    À propos de l’effet de « surprise » qu’aurait eu le 1er novembre 54 pour les communistes algériens, cela concerne uniquement le choix de la dernière date par les initiateurs de l’action armée programmée simultanément sur l’ensemble du territoire national et gardée secrète.

    Mais tout le monde savait, qu’en général, on se préparait pour l’insurrection qui avait déjà embrasé ‘’ les deux ailes‘’ de l’Afrique du Nord Française.

    Par contre parler d’hostilité à l’insurrection armée des communistes algériens, du PCA est de la pure calomnie dans les luttes politico-idéologiques d’aujourd’hui par divers courants, y compris lorsqu’elles prennent la forme d’écrits d’histoire falsifiée.

(allusion est faite ici à un chapitre, modèle d’un genre périmé, d’un ouvrage tout récent de Stora et Rochebrune qui reprend tous les poncifs des hégémonistes du FLN d’une autre époque)


MEMOIRES DE PIERRE ET CLAUDINE CHAULET: « LE CHOIX DE L’ALGERIE », LE CHOIX D’ÂMES NOBLES.

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مذكرات بيار وكلودين شولي: « خيار الجزائر »، خيار الشرفاء

الأخبار، 15 مايو 2012

http://www.al-akhbar.com/node/64299

ياسين تملالي

« خيارُ الجزائر: صوتان وذاكرة » (Le choix de l’Algérie: deux voix, une mémoire)، الصادر عن دار البرزخ (مارس 2012) بتقديمٍ من مناضل الاستقلال والوزير الأول السابق رضا مالك، هو قصّة حياة بيار وكلودين شولي: « فرنسي من الجزائر » « وفرنسية من فرنسا » لم يتردّدا في الالتحاق بجبهة التحرير الوطني حالَ اندلاع الثورة الجزائرية، في نوفمبر 1954، واختارا الجزائرَ بعد تحرُّرها، في 5 يوليو 1962، موطناً وجنسيّةً لهما ولأبنائهما.

وعدا أنها قصة حياة والتزامات كاتبيْها، يمكن اعتبار هذه المذكرات تحيَّة إجلال لكل جزائري وجزائرية من أصل أوروبي فهموا أنْ لا مستقبلَ لجنتهم المشمسة طالما بقيت مضبوطةً على توقيت ساعة استعمارية بالية، فكان خيارُهم « خيارَ الجزائر » ودفعوا ثمنَ ذلك تهميشًا في محيطهم الاجتماعي أو موتَا برصاص « منظمة الجيش السري »، التي جنّدت، في بداية الستينيات، غلاةَ « الجزائر الفرنسية ».

ويروي المؤلّفان، في القسم الأول من الكتاب، « حياةً أولى » لهما قبل أن يلتقيا ويقابلا الثورةَ الجزائرية، ويفصّلان قصة انفلاتهما التدريجي من الأقلية الأوروبية المقيمة آنذاك في الجزائر والتي كانت غالبيتُها، تحت وطأة إيديولوجية كولونيالية مقيتة، ترى الفصلَ بينها وبين « الأهالي » طبيعيا بل ضروريا. ويقدّم هذا القسم للقارئ صورةً فوتوغرافية وافية لعالم عتيق، غرق بغرق سفينة الاستعمار، عالمٍ وُلد وتطوّر « موازيا » لعالم « الأنديجان » (السكان الأصليين)، واقتصرت علاقاتُه به على القمع الوحشي في أوقات الحرب والاستعلاء العنصري في أوقات « السلم ».

كان لقاءُ الشابين المثاليين المتشبعين بذات القيم في 21 نوفمبر 1954، أي ثلاثة أسابيع بعد بدء الكفاح المسلح ضد الاستعمار، وبهذا اللقاء اتّحد مصيراهما، فانطلقا معا على درب التضامن مع المضطَهدين « الأنديجان » في سعيهم إلى الاستقلال ثم شاركاهم، كجزائرييْن، بناءَ دولتهم المستقلة. قرارٌ واحد بالالتزام السياسي والإنساني اتّخذاه وهما بعدُ في ريعان العشرين، وطريقان مختلفان للوصول إليه : طريقُ الكاثوليكية الاجتماعية بالنسبة لبيار، الذي كان أبوه أحد قادةَ الحركة النقابية المسيحية، وطريقُ أفكار المدرسة العلمانية الإنسانيةِ بالنسبة لرفيقة دربه كلودين، التي انتقلت إلى الجزائر مع أسرتها في الخمسينيات، لتُفتح لها أبواب حياة جديدة في بلد جديد.

وجاءت أقسامُ الكتاب الأربعة الأخرى في شكل سرد بصوتين (منفردين تارة وموحّدين تارة أخرى)، يسلّط الضوءَ على ملابسات عدد كبير من الأحداث التاريخية المؤثرة إبان الثورة (« تهريب » قادة الكفاح المسلح، مثل « عبّان رمضان من العاصمة، طبع لائحة مؤتمر الصومام، عودة اللاجئين من تونس بعد إعلان وقف إطلاق النار، الخ) وبعدَ الاستقلال، في الجزائر والخارج، حيث تنوّعت أسفارُ بيار وكلودين شولي تنوّعَ المهام التي كُلِّفا بها، من طرف الحكومة المؤقتة (ومقرها آنذاك العاصمة التونسية) ثم من طرف الدولة الجزائرية.

وعلاوة على كونه وصفاً مفصّلا لنضال مثالي وقصّةَ تضامن إنساني نادرةَ المثيل، « خيار الجزائر » هو روايةٌ شخصية ذاتية لفترة الاستقلال، وما توالى على البلاد من مِحن وما عبقت به سماؤُها من أحلام، من أولى سنين الحرية الجامحة إلى أيامنا الكئيبة هذه.

بعد الاستقلال، عمل بيار طبيبا مختصا في السلّ والأمراض الصدرية وتقلّد عدة مسؤوليات في قطاع الصحة العمومية، فيما عملت كلودين باحثةً في علم الاجتماع مختصةً في العالم الريفي ووضع النساء الريفيات. ومن موقعيهما المختلفين، عاشا تواليَ الأحداث والحقب التاريخية. عرفا التفاؤل وهما يشهدان الشبكةَ الصحية والمدرسية تتوسّع إلى أعالي الجبال وأطراف السهوب و »الثورةَ الزراعية » تُخرج الأريافَ من عزلة شبه أزلية، ثم رأيا انحدار الجزائر إلى هاوية الليبرالية في الثمانينيات وصعودَ الحركةَ الإسلامية في مطلع التسعينيات، ما أجبرَهما على الهجرة (إلى فرنسا ثم سويسرا) حتى 1999. ولم تفقدهما الخيبات التي كانت في بعض الأحيان نصيبَهما، وما رافقها من تمزق عائلي وعاطفي، إيمانَهما بالمستقبل، فبلدُهما لا يزال، في نظرهما، واقفا على قدميه بعد عقدين من « الاقتصاد الحر » وعقد كامل من العنف السياسي، والأجيالُ التي ساهما في تكوينها لم تتحول كلُّها إلى كتائب أصولية أو طوابير ليبرالية متبجحة.

هذه الأجيال هي من يخاطبُها بيار وكلودين شولي بمذكراتهما، راجييْن أن يجد فيها « الشبان والشابات الجزائريون (…) عناصرَ ماض لا يعرفونه جيدا وقد لا يتصورون أصلا أنه وُجد يوما »، وآمليْن أن « يكوِّنوا عن بلدهم صورةً حداثة وانفتاح، هي صورةُ الرجال والنساء الذين ألقوا بأنفسهم في غمار الكفاح التحرّري ».


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Le choix de l’Algérie

Claudine Chaulet

Pierre Chaulet

Essais

16×23 cm

504 pages

Date de parution : mar 2012

Langue(s) : Français

ISBN : 978-9931-325-25-3

ALGER – BOUMERDES – CONFERENCE DEBAT: « CRISE ECONOMIQUE OU CRISE DU NEO-LIBERALISME

“Crise économique

ou

crise du néo-libéralisme”

Conférence débat

à l’université de Boumerdès

محاضرة

مع

الأستاذ توفيق أحمين أستاذ بكلية الاقتصاد-جامعة الجزائر العاصمة

حول الموضوع

أزمة اقتصادية أو أزمة الليبرالية الجديدة

1 ا لمكان: قاعة المحاضرات في كلية العلوم بلوك

التاريخ: الخميس 17 ماي2012 على الساعة الثانية زوال

CONFÉRENCE-DÉBAT َ

AVEC

Le professeur Ahmine Toufik

de la faculté des sciences économiques(Alger)

sur le thème :

Crise économique ou crise du néo-libéralisme

Lieu :

Faculté des sciences,

salle de conférence au bloc 1

Date :

Jeudi 17 MAI 2012

à 14h.


« MANVOTECH!» CHRONIQUE D’UNE HISTORIENNE EN CAMPAGNE

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TABLE RASE RÉVOLUTIONNAIRE

VS. TRADITION PARLEMENTAIRE?

par Malika Rahal

Publié le 11/05/2012

Pour ce premier billet d’Alger, l’actualité l’emporte sur l’archive. C’était aujourd’hui jour d’élection législative en Algérie, et pour moi, l’occasion d’une tournée d’Alger à la Kabylie, pour visiter plusieurs bureaux de vote. Le rat d’archive que je suis n’a pas résisté à l’invitation d’amis journalistes; je n’aimais d’ailleurs pas l’idée de me voir infliger ce soir des chiffres de participation parfaitement invraisemblables sans aucun moyen de les vérifier. J’avais déjà écouté la radio nationale la veille: en parfaite synchronie la chaîne 1 (arabophone) et la chaîne 3 (francophone) avaient annoncé une participation record dans l’émigration [Le vote des Algériens de l’étranger est réparti sur plusieurs jours, permettant des reportages d’ambiance qui sont aussi des appels au vote à destination de la population de l’intérieur.]], qui s’expliquait, disait-on, par [le discours de Sétif du président de la république à l’occasion des célébrations du 8 mai 1945. On évoquait ainsi en multilingue un enthousiasme populaire qui me laissait rêveuse et n’avait aucun correspondant autour de moi.

De fait, ce soir, le ministre de l’intérieur Daho Ould Kablia annonce un taux de participation d’environ 35% à 17h30, ce qui au vu de cette petite virée, est parfaitement risible. En fin de soirée, on annonce entre 40 et 50% de participation.

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Lycée Amir Abdelkader, Alger, 10 mai 2012

Vers 11h du matin, à Belcourt, les bureaux de vote étaient quasiment vides. _ Deux centres de vote à «10 000 électeurs», en plein cœur de ce quartier populaire à forte densité de population, étaient parfaitement paisibles. L’ambiance dans les bureaux était à une franche (et un peu curieuse) ouverture: c’est sans souci que nous avons pu entrer, poser des questions, obtenir les chiffres bureau par bureau et même discuter avec les assesseurs et les chefs de bureau de leur propre avis sur l’élection.

Paisibles, donc, ces bureaux. Et vides, chaque responsable de bureau indiquant une participation inférieure à 5% à la mi-journée. La discussion s’engage avec des assesseurs pour savoir s’ils allaient voter ou pas. L’une explique qu’il fallait voter afin d’éviter l’invasion par les forces de l’OTAN: l’argument a en effet été brandi, parmi d’autres, pour pousser les électeurs aux urnes dans les derniers jours. Une autre qu’elle ne votera pas. Le chef de bureau lui-même le dit clairement: «Manvotech!» [je ne vote pas]. «Pour les photos», nous a-t-on indiqué, il faut aller à l’école Sékou Touré de Belcourt. En effet, deux des bureaux étaient plein à craquer, les autres toujours aussi vides (avec la même proportion de votants). L’explication se fait jour: les deux bureaux étaient réservés aux militaires et aux policiers, très fortement encouragés à participer et tous venus en civils. Un seul votant civil sortant d’un autre bureau essuyait très consciencieusement et longuement l’encre de son doigt avec un kleenex. Penaud il avoue très vite: «votet» [j’ai voté].

On nous répète : les gens ont fait la grasse matinée, ils viendront plus tard… En fait beaucoup de ceux qui veulent voter ont choisi de voter tôt pour profiter ainsi d’une journée chômée et d’un week-end de trois jours. Les téléphones sonnent les rumeurs circulent, il y aurait eu des émeutes localisées à Bouïra et Bejaïa, où des bureaux de vote auraient été saccagés.

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Bab-el-Oued, 10 mai 2012

À Bab-el-Oued, visite du très important centre de vote du Lycée Abdelkader. Les chiffres sont les mêmes qu’à Belcourt (environ 5%), la cour du lycée également calme. Seule la délégation de l’Union Africaine, menée par Joachim Chissano, crée de l’animation. Le dialogue est surréaliste entre Chissano et les journalistes: alors comment ça se passe? non, pour vous comment ça se passe? non vous d’abord, c’est nous qui posons les questions. Tout le monde est donc à la recherche d’information. Chissano s’amuse: aujourd’hui c’est nous qui demandons, demain, à 16h à l’hôtel Aurassi, nous parlerons lors de notre conférence de presse et vous pourrez nous questionner. L’un des délégués m’explique que pour l’heure tout se passe plutôt bien: dans d’autres lieux du monde, dit-il, «nous avons marché sur des cadavres pour aller d’un bureau à l’autre.» C’est vrai, qu’en Algérie, ça fait plusieurs années qu’on ne trouve plus de cadavres à l’angle des rues. C’est vrai aussi que le vote se déroule tranquillement, selon toute apparence. Et que les jeunes hommes rencontrés à l’extérieur du Lycée n’entrent pas dans le cahier des charges des observateurs, qui étudient le déroulement des opérations de vote dans le pays, et pas le niveau de frustration et de colère de ses habitants.

L’un de ces hommes au dehors avait sursauté à la question de savoir s’il avait voté, comme si nous allions, nous aussi, le harceler pour voter. Il crie que bien sûr les journalistes écriront qu’il a voté même si ce n’est pas vrai, que bien sûr ils déformeront ses propos, car personne ne dit la vérité. Il vomit sa rancœur dans une longue diatribe: l’adolescence gâchée par la guerre civile, le mal-logement, le pays perdu. Les Américains veulent venir? Mais qu’ils viennent, on les accueille! Manvotech! comme un refrain. Jamais ce pays n’a rien fait pour nous. Manvotech! Il sort quelques dinars de sa poche pour nous montrer l’étendue de sa fortune, nous montre sa chemise. Manvotech! Ses amis acquiescent. Manvotewch! Manvotewch! Il hurle ce que tant de personnes nous ont répété aujourd’hui.

Mais pour les observateurs observants, il est hors-sujet.

Ils sont tous hors-sujet.

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Bouïra, 10 mai 2012

Dans l’après-midi, nous prenons la route pour Bouïra, afin de savoir ce qu’il en est des émeutes. Sur la route, la douce musique de la radio nationale crée un curieux effet « Corée du Nord » : « L’élément marquant de cette demi-journée, c’est la forte présence des jeunes » indique un commentateur (Alger chaîne 3, 14h30). Rires dans la voiture. L’argumentation se déroule : le discours de Sétif du président de la république aurait mobilisé massivement les jeunes. Il est vrai que le président Bouteflika y affirmait que sa génération (c’est-à-dire celle de la guerre de libération) était désormais fatiguée, usée et désireuse de passer le relais : discours d’adieu pour certains, il était perçu par d’autres comme une fausse promesse de départ pour mobiliser les votants. Il est devenu le pivot du discours officiel des médias lourds.

À Bouïra, où la participation est traditionnellement très élevée, elle ne dépassait pas les 20% vers 17h. Et effectivement, l’on y photographie notre première «votante», qu’un assesseur aide à prélever chacun des plus de quarante bulletins(!) avant de passer dans l’isoloir.

Rumeur: il y aurait eu des émeutes à Belcourt, d’ailleurs une vidéo a été mise en ligne. Mais nous y étions à l’heure dite, et n’avons vu aucune émeute. L’info s’avère une intox, confirmée par d’autres sources, et les vidéos des documents recyclés d’anciennes émeutes.

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Bouïra, 10 mai 2012

Direction la daïra de Mchadallah, où, dans le village de Saharidj, les citoyens ont mis à sac les bureaux de vote dès le matin et détruit les urnes pour empêcher l’élection. Alors que l’émeute s’était interrompue, en début d’après midi de nouvelles urnes ont été apportées depuis Bouïra. Elle a repris et est toujours en cours à notre arrivée, les CNS faisant l’objet de lancers de pierre nourris et constants. L’énervement est monté depuis le matin, et la foule d’émeutiers (entièrement masculine) se demande si nous ne sommes pas des agents de police venus les photographier en vue d’arrestations à venir, comme c’est si souvent le cas. La phrase «je suis historienne» rend tout le monde perplexe. M’enfin, il semble clair qu’aucun agent des services n’utiliserait jamais une excuse aussi parfaitement incongrue. Sur le départ, nous sommes accompagnés d’une version nouvelle du slogan du jour: «ulac vote!» [pas de vote].

Sur le chemin du retour, radio-Corée-du-Nord poursuit son discours halluciné, déconnecté de toute réalité: «Les citoyens sont toujours fiers d’accomplir le devoir électoral.» (Alger Chaîne 3, 19h30).

Manvotech.

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Saharidj, 10 mai 2012

***

Étais-je historienne en ce 10 mai de vote? Ce soir, je pense aux sources, à la nécessité de savoir quand il n’existe pas de documentation fiable, à l’utilisation d’entretiens, aux rencontres que comme historien(ne) l’on fait sur le terrain avec des gens qui sont aux prises pas seulement avec leur passé mais avec le présent de leurs vies et avec les combats actuels. Aux risques que peut-être l’on courre et que l’on fait courir.

Je n’étais pas si loin de mon métier, je crois, aujourd’hui. Il est minuit, le FLN revendique une victoire nationale. Pour le reste, j’y penserai demain.


Ce texte doit presque tout aux camarades journalistes qui m’ont embarquée dans leur travail quotidien. Merci à eux.


UN ETAT LAÏC, LE MEILLEUR GARANT DES LIBERTES DE CONSCIENCE RELIGIEUSES ET PHILOSOPHIQUES

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UNE SOCIÉTÉ RELIGIEUSE DANS UN ETAT LAÏQUE

ISLAMPLURIEL

Article extrait d’Al Ahram Hebdo

le 09 mai 2012

Dans son dernier ouvrage, Talaat Radwan revient sur les fondements de la notion de laïcité. Il s’insurge contre l’islam politique, tout en restant optimiste sur l’avenir de l’Egypte.

Il est certainement légitime pour Talaat Radwan, vu les données actuelles, de se demander dans son dernier ouvrage, A propos de la laïcité, et la relation entre la religion et la politique, si la révolution du 25 janvier peut se transformer en échec. Surtout après la percée des groupes de l’islam politique qui ont raflé la majorité aux élections parlementaires. Le livre, publié par l’organisme général des palais de la culture, fait partie d’une série de livres de poche ayant pour vocation la sensibilisation politique.

Bien que l’Egypte se trouve à la croisée des chemins, Radwan demeure néanmoins optimiste quant à la possibilité d’éviter un échec par l’établissement d’un Etat moderne et non discriminatoire. Un Etat qui évaluerait l’individu selon l’unique critère du travail et non pas selon un arrière-plan confessionnel. Selon lui, c’est là que réside la voie du développement et du progrès.

Aux yeux de Radwan, l’autre voie mènerait à un retour aux époques de la préhistoire, où les fils d’un seul peuple s’entretuaient à cause d’un quelconque problème résultant d’une culture générale dominante négligeant totalement les valeurs et les droits de la citoyenneté.

Radwan estime que tout doit commencer par une lutte contre le radicalisme religieux avec ses deux volets islamo-chrétien. Il devient donc impératif d’effacer tout ce qui véhicule le racisme dans nos programmes médiatiques et éducatifs et d’inculquer aux Egyptiens qu’ils font tous partie d’un même tissu social. Il faut donc cesser de ressasser le refrain qui émerge à chaque fois qu’un accident d’ordre confessionnel survient, et selon lequel musulmans et chrétiens sont les deux composantes de la société.

L’auteur s’érige contre les méthodes d’affrontements sécuritaires adoptées pour mettre fin à la sédition confessionnelle. « Qu’est-il arrivé après l’exécution de Sayed Qotb en 1966 ? Cette exécution a-t-elle mis fin à la série d’accusations d’apostasie ? Ou bien at- elle entraîné l’émergence d’autres groupes ? », se demande l’auteur dans une allusion à Al-takfir wal-hijra (le groupe de l’excommunication et de l’exil), ayant commis des crimes qui ont secoué l’opinion publique en Egypte, dont l’enlèvement en 1977 du cheikh AlZahabi, alors ministre des Waqfs.

Mettant en garde contre l’emprise du langage religieux et le kidnapping de la révolution, Radwan tient à noter des témoignages entendus sur la place emblématique Tahrir. Il dit avoir vu un jeune chrétien aidant un musulman à faire ses ablutions. Et avoir vu un jeune homme brandissant une pancarte où l’on pouvait lire : « Le nom : citoyen. La religion : Egyptien. La date de naissance : le 25 janvier. Le lieu de naissance : la place Tahrir ».

Contre l’islam politique

Radwan écrit: «A la place Tahrir, des groupes salafistes se sont mobilisés le vendredi 29 juillet 2011, scandant des slogans comme : Le peuple veut appliquer la charia, ou bien : Islamiya … islamiya ». Quelques-uns ont même suspendu une photo de Ben Laden, leader d’al- Qaëda. L’auteur incrimine les Etats Unis et ne les innocente pas du soutien apporté aux organisations ou régimes dits rigoristes. Pour étayer ses propos, il rapporte des déclarations de l’intellectuel et éminent linguiste américain, Noam Chomsky : « Les Etats Unis ont intentionnellement, et de manière régulière, soutenu des islamistes radicaux afin d’obstruer le danger des tendances nationalistes et laïques. La réelle menace guettant l’Amérique est l’indépendance. Elle soutient les islamistes rigoristes afin d’empêcher l’établissement de tout Etat national laïque ».

Il saisit dans ce contexte l’occasion de rappeler que la laïcité ne veut pas dire bâtir une vie sans religion, tel qu’argumenté par les fondamentalistes. Elle est uniquement contre l’instrumentalisation de la religion à des fins politiques.
Beaucoup de philosophes laïques ont refusé l’option de la guerre, dont Bertrand Russel, JeanPaul Sartre et Sigmund Freud. Ce dernier a contesté « l’idée de la mise en place d’un Etat israélien, parce qu’il n’était pas convaincu de l’idée de créer une patrie pour les juifs sur le sol d’un autre peuple. Arthur Miller, quant à lui, a refusé le prix de Jérusalem que lui a décerné le gouvernement israélien affichant ainsi, à sa manière, sa désolation vis-à-vis de la politique de Sharon contre les Palestiniens ».

Radwan n’omet pas également de reprendre les déclarations de l’écrivain britannique Harold Pinter, décédé en 2008. Pour lui, il faut tout faire pour amener Bill Clinton, Georges Bush et Tony Blair devant le tribunal des criminels de guerre, suite à l’invasion de l’iraq en 2003.

Radwan insère toutes ces citations pour prouver que la pensée laïque se focalise sur la « conscience humaine vivante … et sur la dimension spirituelle » qui, à leur tour, sont en quête de tout ce qui est positif et réalise le bien-être des individus.

Radwan affirme avec détermination que la laïcité tient fermement à séparer les institutions religieuses des institutions politiques. Elle ne vise pas à séparer la religion de la société, mais elle accorde à l’homme le droit de se convertir aux religions et aux politiques qui lui plaisent. Les régimes de gouvernance en Europe, en Inde et au Japon autorisent la construction côte à côte des lieux de culte, à un moment où aucune église ou cathédrale n’est édifiée dans un certain pays arabe, faisant allusion bien sûr à l’Arabie saoudite

(Al Ahram Hebdo

le 09 mai 2012)


L’EXTRÊME DROITE EN EUROPE

REVUE HÉRODOTE – N° 144.


PRÉSENTATION.


SOMMAIRE.


[

“EXTRÊME DROITE EN EUROPE: UNE ANALYSE GÉOPOLITIQUE” Éditorial de Béatrice Giblin, Professeur des Universités,

Institut Français de Géopolitique

Université Paris 8

Directrice de la revue Hérodote, revue de Géographie et de Géopolitique
.

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Présentation

La montée électorale du Front national dans les années 1980 avait fait de la France une exception en Europe. Depuis, des Etats comme l’Autriche et la Belgique ont aussi connu la percée de partis politiques d’extrême droite, revendiquant la préférence nationale, dénonçant le cosmopolitisme, le multiculturalisme et, plus directement encore, la présence des étrangers.

Les démocraties de l’Europe du Nord, en particulier scandinaves, qui semblaient échapper à cette poussée politique nationaliste, sont à leur tour touchées. Et si les scores de l’extrême droite sont encore faibles en Grande Bretagne et en Espagne, les conditions de leur essor sont bien présentes, surtout si la crise économique s’installe durablement.

Les ressorts communs à la montée de l’extrême droite en Europe sont l’immigration musulmane, la mondialisation ( à laquelle la désindustrialisation et la montée du chômage sont associées) et l’Union européenne ne suffisent cependant pas à effacer les particularités des situations nationales de chaque Etat. C’est pourquoi Hérodote a choisi de présenter diverses situations européennes pour mieux les comprendre, sans oublier de s’intéresser à la Russie.

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Sommaire

Béatrice Giblin “L’extrême droite en Europe : une analyse géopolitique”

Bernard Alidières “Les temps du vote Front national et de ses représentations”

Balaz Ablonczy et Balint Abloncsy “L’extrême droite en Hongrie, Racines, culture, espace”

Delphine Iost L’extrême droite allemande “une stratégie de communication moderne”

Cyril Coulet “Les droites extrêmes et populistes dans les pays nordiques”

Wouter Van Gent et Sako Musterd “Les transformations urbaines et l’émergence des partis populistes de la droite radicale en Europe”

Mamadoudh Virginie et Herman Van der Wusten “«Ceci n’est pas un parti » : le véhicule fantôme de l’anti-islamisme de Geert Wilders”

Laurent Hassid “Deux visions de l’extrême droite dans l’ex-Yougoslavie: les cas de la Slovénie et de la Serbie”

Anastasia Mitrofanova “Le nouveau nationalisme en Russie”

Kevin Limonier “Les législatives de 2011 dans l’ « archipel de la puissance »: prémices d’un pluralisme politique à la russe?”

Hassen Guedioura La forte croissance de Plataforma per Catalunya : à l’aube d’un nouveau national-populisme en Espagne?

Kevin Braouzec “L’extrême droite au Royaume-Uni : une réelle imprégnation idéologique dans l’espace politique et public au cours de la dernière décennie”

Xavier Houdoy Lettre d’Athènes

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Extrême droite en Europe :

une analyse géopolitique

éditorial

Béatrice Giblin (*)

La montée électorale dès le début des années 1980 du Front National, créé en 1972, a fait de la France une exception en Europe. On sait que ce n’est plus le cas et que dans nombre de pays européens les partis d’extrême droite obtiennent désormais non seulement des scores comparables à ceux du FN et parfois supérieurs mais aussi que le système électoral leur permet de faire partie de coalitions gouvernementales pour constituer des majorités de droite. On se souvient que l’Autriche fut le premier Etat européen à avoir une coalition gouvernementale dans laquelle se trouvaient des élus du parti d’extrême droite FPÖ. C’était une première depuis la seconde guerre mondiale, et l’émoi politique fut grand dans les pays de l’UE car on se souvenait que la population autrichienne dans sa grande majorité avait été favorable à l’Anchluss et que les responsables politiques étaient pour partie les mêmes que durant cette triste période, tel que Kurt Waldheim. Depuis la présence de ministres d’extrême droite dans certains gouvernements européens ne suscitent plus des réactions aussi fortes, sans doute parce que leur histoire n’est pas identique à celle de l’Autriche, sans doute aussi parce que la mise au ban des Autrichiens n’a eu aucun effet, le FPÖ a continué de prospérer y compris après la mort accidentelle de son leader Jorg Haïder. On voit en 2011 combien les dirigeants de l’UE et la secrétaire d’Etat américaine, Hillary Clinton, sont inquiets de la dérive autoritaire nationaliste du gouvernement hongrois dirigé par le Fidesz et son leader Viktor Orban, mais sans avoir guère plus de moyens de s’y opposer qu’une lettre officielle de mise en garde. Viktor Orban, sûr du soutien de la majorité des Hongrois, défie l’UE en faisant voter des lois jugées incompatibles avec la législation communautaire : loi qui limite la liberté de la presse, loi sur les cultes religieux, loi électorale qui permet aux Hongrois des Etats voisins de voter pour les listes de partis.

Les politologues sont bien évidemment nombreux à s’intéresser à ce phénomène du développement de l’extrême droite en Europe [Perrineau, Camus] et s’attachent à en montrer les spécificités, extrême droite, droite populiste, droite radicale. Ces travaux très utiles n’intègrent que rarement une approche géographique même si la cartographie électorale y est désormais plus présente grâce à l’informatique. A l’approche localisée des résultats électoraux l’approche géopolitique ajoute l’analyse au plan local du contexte économique social et culturel et prend aussi en compte l’importance des représentations liées à la Nation dans le comportement politique.

Nous ne distinguerons pas dans cet article les partis classés par les spécialistes de Science Politique à l’extrême droite de ceux qu’ils classent dans la droite radicale ou populiste, différence à prendre en compte dans une analyse de science politique mais qui l’est beaucoup moins dans une approche géopolitique et nous allons voir pour quoi. Nous parlerons donc des partis d’extrême droite c’est plus clair et même si à l’exemple du FN de Marine Le Pen les thèmes classiques de l’extrême droite, comme l’antisémitisme, l’opposition à la laïcité, la défense de la chrétienté occidentale, l’opposition à l’avortement et à l’homosexualité, etc. ne sont plus mis en avant, ils n’ont pas disparu des convictions de nombre de militants. Et bien que les leaders des partis de droite populiste comme en Scandinavie, veulent apparaître comme n’ayant rien de commun avec l’extrême droite classique condamnant d’ailleurs les propos publics racistes et xénophobes de leurs militants ou sympathisants, ce qu’on ne peut qu’approuver, cela ne signifie pas que les discours et comportements racistes et xénophobes aient réellement disparus.

Il faut encore que soient bien distingué les différents sens que prend le terme « nationaliste ». Ce terme est d’évidence chargé de valeurs positives quand il s’agit de combattants qui luttent pour l’indépendance de leur pays. Le combat dans ce cas est juste aux yeux des démocrates et être qualifiés de nationalistes n’a rien d’infamant bien au contraire. En revanche, dans les Etats indépendants où il n’est plus question depuis longtemps de lutte pour l’indépendance, le qualificatif de nationaliste prend un sens nettement négatif et péjoratif aux yeux des démocrates. En effet, ceux qui se revendiquent nationalistes se présentent comme les « vrais » défenseurs de la Nation farouchement opposés aux représentants de la majorité du peuple accusés de « brader » les valeurs nationales, de fragiliser l’identité nationale, voire même d’abandonner la Nation aux étrangers. C’est au nom de la défense de la Nation, en 1936, que Franco et les siens ont lutté contre la République espagnole qui en accordant de larges pouvoirs à la Catalogne et au Pays Basque, « bradait » l’unité nationale. C’est au nom du refus de l’humiliation de la Nation allemande et dans un contexte de crise économique que le national socialiste allemand, d’abord très minoritaire, a prospéré et pris le pouvoir en 1933.

Si les citoyens des pays européens dans leur grande majorité, refusent à juste titre le qualificatif de nationaliste, ils n’en sont pour autant pas moins très attachés à leur Nation et à la solidarité qui doit s’exercer entre ses concitoyens. Faudrait il les qualifier de « patriotes » pour éviter tout ambiguïté avec les « nationalistes »?

Ni la fin de la Nation ni la fin des territoires

Rappelons qu’Hérodote s’est depuis longtemps intéressé au vote FN, peu après sa percée aux élections européennes de 1984 [Giblin 1986] et particulièrement à sa géographie abordée par plusieurs auteurs de la Géopolitique des Régions françaises [Lacoste 1986]. Nous étions déjà convaincus que cette percée n’était nullement un accident, et encore moins une réaction presque épidermique au gouvernement « sociolo-communiste ». La géographie de cette percée se fait en effet dans les « beaux quartiers » comme si des électeurs de droite voulaient faire payer aux partis de droite classique leurs divisions causes, à leurs yeux, de l’arrivée de la gauche au pouvoir. Pour nous, l’affaire était sérieuse et la suite l’a prouvé. En 1986 la géographie électorale avait changé, elle concernait en majorité les zones traditionnelles du vote de gauche. Le point commun de cette géographie du vote FN que ce soit dans le midi, le nord de la France ou la « banlieue rouge », était la présence d’une population immigrée maghrébine, que celle-ci soit française ou non. En 1988 , dans un numéro intitulé La France, Une Nation, des citoyens je publiais deux articles sur le vote FN : « Le vote Front National un vote raciste ? » le second : « Le vote Front National dans une région de gauche. » Ainsi, prenant l’exemple de Roubaix, une cartographie à grande échelle, c’est-à-dire à l’échelle des quartiers voire des bureaux de vote, montrait clairement la corrélation entre vote FN et présence immigrée (à forte proportion d’origine maghrébine dans cette ville). Mais ce qui était aussi très intéressant à noter, c’est que cette présence ancienne (dès le début des années 1960) et antérieure au regroupement familial (1976), même si celui-ci était devenu plus important, n’avait suscité pendant plusieurs années aucun vote hostile. Peut être faute d’offre électorale et sans doute parce que les conditions économiques n’étaient pas aussi mauvaises que celles des années 1980. La crise du textile était passée par là, le chômage y était parmi les plus élevé de France et la délinquance avait brusquement flambé en quelques années, touchant en tout premier lieu les quartiers populaires. [Alidières 2006]. Il en était de même dans les cités des banlieues parisienne, lyonnaise, grenobloise, niçoise et à Marseille – au sens où les quartiers nord, bien que sur le territoire communal, peuvent être comparés à des cités de banlieue, ce que les travaux de Sebastian Roché confirmaient au début des années 1990.

Dans l’éditorial de ce numéro d’Hérodote Yves Lacoste rappelait l’importance de l’idée de Nation jugée alors par beaucoup au mieux ringarde, au pire dangereusement de droite, qu’il développera près de dix ans plus tard dans l’ouvrage “Vive la Nation” [Fayard 1997]. L’intuition, ou mieux la conviction de Lacoste, était que ce vote pour le Front national dans les quartiers populaires était du aussi au fait que Le Pen était le seul à parler de la Nation, à en faire une valeur importante, voire essentielle à l’heure où la gauche, mal à l’aise avec l’idée de Nation en particulier après la guerre d’Algérie, parlait de la République. Or les deux termes ne sont pas équivalents. Un régime politique ne suscite pas dans la population un attachement aussi fort que l’idée de la nation. Après plusieurs débats entre les membres de l’équipe d’Hérodote et autant de recherches, je publiais un article L’immigration et la Nation: un problème géopolitique [Hérodote 1993], dans lequel étaient abordées, entre autres, l’immigration musulmane et sa manipulation par le FN.

Pourquoi ce rappel ? Parce que je pense que le vote en faveur des partis d’extrême droite dans nombre de pays européens, a pour cause principale le rejet de l’immigration musulmane, vue par certains citoyens comme une menace sur l’identité nationale et les valeurs de la Nation. Dans notre conception de la géopolitique, la Nation est un concept fondamental qui doit être pris en compte, et ce quelle que soit la définition qu’en donnent les élites intellectuelles et politiques, que cette définition soit ouverte et généreuse comme celle que partage la majorité des Français, une nation politique formée de citoyens, ou qu’elle soit fermée et exclusive, comme dans certains pays européens, une nation ethnique où le sang commun est le facteur essentiel d’unité. Il est néanmoins un point commun à ces définitions opposées : c’est l’attachement au territoire car il n’existe pas de Nation sans territoire [[Le contre exemple toujours cité de la nation Rom sans territoire est peu convaincant, cette représentation de l’existence d’une nation rom est en effet récente et construite à l’initiative d’une petit groupe d’intellectuels et n’est pas partagée par l’ensemble de Roms dispersés en Europe. Ainsi, en France les gens du voyage sont hostiles à la présence des Roms venus de Roumanie, avec lesquels ils ne veulent surtout ne pas être confondus]] [Lacoste 1993].

Or, dans certains quartiers fortement ségrégués tels que les Zones Urbaines Sensibles (ZUS)[[ 751 ZUS en France principalement en Ile de France, Nord Pas de Calais, Corse et DOM la proportion de population d’origine étrangère (étrangers ou français par acquisition) y est deux fois plus élevée dans les Zus (17,5 %) que dans le reste de ces agglomérations INSEE 2010]] où se trouve concentrée une population « noire et arabe », même si celle-ci est toujours minoritaire et souvent de nationalité française, celle-ci est toujours vue comme étrangère par la population « blanche », française, et que celle-ci soit d’origine immigrée ou non.

La France est un vieux pays d’immigration, dont les migrants et leurs familles – qu’ils fussent italiens, polonais, flamands – ont aussi connu des conditions de vie difficiles et furent aussi fortement rejetés pendant la crise économique du début des années 1930, voire perçus comme étant incapables de s’intégrer à la nation [Noiriel1988]. Une partie de ces migrants et de leurs descendants, français à part entière et fiers de l’être, peut même parfois voter pour le FN, et ce justement au nom de la défense de la Nation qu’ils ont choisie car il faut bien qu’elle ait quelque valeur pour justifier à leurs yeux le sacrifice de l’abandon de leur nation d’origine et le fait d’avoir supporté des conditions de vie difficiles pendant de longues années. Prenons l’exemple du bassin minier du Pas-de-Calais où les mineurs étrangers, belges mais surtout polonais, italiens, marocains, sont venus nombreux travailler à la suite des deux guerres mondiales pour relancer l’extraction minière et gagner la fameuse « bataille du charbon » (objectif : atteindre 100 000 tonnes par jour en 1946). On sait combien, depuis l’arrêt définitif de l’extraction (1991), la situation économique et sociale reste plus que difficile (taux de chômage 15 %) malgré les efforts colossaux entrepris par l’Etat sous la pression permanente des élus régionaux et locaux. Compte tenu de la domination électorale de la gauche depuis des décennies, au niveau local, départemental et régional, celle-ci est logiquement rendu responsable par une partie des habitants de la permanence des difficultés économiques et sociales qu’ils rencontrent. On comprend alors le choix stratégique de Marine Le Pen de s’implanter à Hénin-Beaumont, au cœur du bassin minier à proximité de Lens, sur une idée d’un militant FN de la ville Steeve Briois, désormais l’un de ses plus proches collaborateurs. Les malversations financières du maire PS d’Hénin-Beaumont, et de ses proches, l’endettement colossal de la municipalité lui assurent un électorat populaire de plus en plus révolté et en colère. Parce que déçue par la gauche, seule une très faible partie de cet électorat rejoint les rangs de l’extrême – gauche. En revanche, le discours « tous pourris » de Marine Le Pen mais aussi le travail social des élus municipaux FN auprès des habitants séduisent de nombreux électeurs. Marine Le Pen est ainsi confortablement élue au conseil municipal d’Hénin-Beaumont. Cependant, le discours sur la défense des classes populaires et sur son engagement à lutter avec elles lui suffit, car, contrainte par le cumul des mandats (député européenne, élue au Conseil régional et au conseil municipal) elle a choisi d’abandonner le moins rémunéré des trois, c’est-à-dire son mandat municipal (le fidèle Steeve Briois est chargé d’assurer la garde locale).

Des situations européennes avec des points communs

Dans le contexte actuel de la mondialisation économique, qui est rendue directement responsable des délocalisations des entreprises industrielles et donc du chômage, l’étranger, ou celui dont on se représente qu’il l’est même s’il ne l’est pas, sert, on le sait, de bouc émissaire.

Dans le raisonnement simpliste et surtout démagogique du FN, qui n’a pas changé sur le fond quoique Marine Le Pen essaie de le faire croire [[Voir les trois ouvrages parus en 2011 Fourest, Monnot enquêtes sérieuses sur l’entourage de Marine Le Pen et celui de Parizot, Lapresle qui fait une analyse fouillée des discours de Marine Le Pen]], l’immigration est la source de tous les maux de la France : chômage, délinquance, insécurité, déficits publics aggravés par le coût des prestations sociales versées aux étrangers et à leurs familles. Une affirmation d’autant plus scandaleuse que l’on sait que les comptes de la Sécurité sociale seraient encore plus déficitaires sans les travailleurs étrangers (audit des parlementaires de la politique d’immigration, d’intégration et de codéveloppement mai 2011).

Mais si l’immigration reste au centre des discours du FN, elle est désormais présentée comme étant surtout menaçante parce que musulmane. Ce discours trouve écho et crédibilité à cause du le terrorisme islamique depuis les attentats de New York le 11 septembre 2001 et ceux de Madrid (mars 2004) et de Londres (Juillet 2005). Et s’il n’a pas (encore) touché le territoire national grâce à l’action efficace de la DCRI (Direction centrale du renseignement intérieur), des Français en sont néanmoins victimes à l’étranger en étant otages de l’AQMI (Al-Qaïda au Maghreb islamique – Niger, Mali). Un contexte exploité sans vergogne pour laisser entendre qu’en tout musulman, français ou étranger, sommeille un islamiste potentiel.

Dans un pays comme la France, où pourtant l’immigration parce qu’ancienne est un phénomène connu et dont on sait que l’intégration ne se fait pas sans hostilité et demande du temps (parfois plus de deux générations), le discours sur l’impossible immigration des migrants musulmans rencontre un écho certain, encore accru par l’amalgame musulman/islamiste. On peut donc imaginer que, dans les pays où l’immigration est un phénomène récent, ce discours puisse trouver encore plus facilement un écho favorable. C’est le cas dans les pays scandinaves ou dans des pays qui furent des pays d’émigration et qui sont devenus des pays d’immigration Italie et Espagne.

La tragédie de la folie meurtrière de ce trentenaire norvégien à l’été 2011 ne doit-elle rien aux discours des militants d’extrême droite nationalistes qui dénoncent par le canal d’internet la menace que ferait peser le monde musulman sur l’Occident chrétien et sur la Norvège blonde aux yeux bleus ? Internet est en effet une formidable aubaine pour ces militants : tout peut se dire, s’écrire et se diffuser sans risque. Les réseaux sociaux, dont on a dit qu’ils avaient joué un rôle certain dans la mobilisation des manifestants tunisiens ou égyptiens, du moins pour ceux et celles qui ont un téléphone portable et accès à Internet, jouent aussi un rôle dans la diffusion des idées populistes et démagogiques de l’extrême droite. Sans être numériquement très nombreux, avec des sites bien répertoriés on peut désormais toucher un très grand nombre de gens.

Selon les partisans d’extrême droite, face à cette supposée menace que ferait peser l’immigration musulmane sur la nation chrétienne occidentale, celle-ci doit être protégée. Le contrôle des frontières doit donc être renforcé pour bloquer l’arrivée de nouveaux migrants de confession musulmane. L’argumentation repose sur une représentation doublement fausse: les arrivées massives et totalement incontrôlées des migrants et les effets positifs du blocage total des frontières sans dire ses effets négatifs puisque fortement préjudiciables à l’activité économique. Les migrants clandestins qui arrivent, souvent au péril de leur vie, à passer entre les mailles du filet des radars côtiers et autres contrôles aéroportuaires ou portuaires, sont de moins en moins nombreux ce qui a d’ailleurs conduit les militants des associations de défense des étrangers à présenter l’UE comme une forteresse, quand les militants d’extrême droite la présente toujours comme une passoire. A leurs yeux, la libre circulation des biens et des personnes au sein de l’espace Schengen est vue comme le cheval de Troie qui permet l’arrivée incontrôlée de migrants. Dès lors, l’UE n’apparaît plus comme un projet politique et économique aux effets positifs – la paix durable entre anciens ennemis, la forte croissance des échanges commerciaux, la fin d’une concurrence monétaire préjudiciable aux uns et aux autres – mais comme une entreprise qui contribue à fragiliser la nation en facilitant l’immigration, en mettant en concurrence des ouvriers européens aux salaires inégaux, les salariés les mieux payés voyant leurs emplois être délocalisés dans les pays de l’UE où les ouvriers sont beaucoup moins payés.

L’euro n’est plus une monnaie qui préserve des dévaluations inflationnistes. Il est seulement une monnaie qui a renchéri le coût de la vie quotidienne et qui affaiblit la souveraineté nationale puisque les dévaluations ne sont plus possibles. Ces dernières sont présentées comme permettant de relancer les exportations. Sans vouloir voir, d’ailleurs, qu’elles augmenteraient d’autant le coût des importations (le pétrole par exemple) et que l’épargne, si forte en France, perdrait de sa valeur au rythme des dévaluations successives. Sans parler de cette proposition invraisemblable de Marine Le Pen : « 1 nouveau (sic) franc équivaudrait 1 euro ». Les Français verraient donc leur épargne perdre plus de six fois sa valeur puisque 1000 € équivaudrait alors à 1000 Francs et non plus à 6 500 Francs ! Mais plus le discours est assuré, la formule percutante et l’argumentaire simpliste, plus le téléspectateur (plus encore que l’auditeur car Marine Le Pen passe très bien à la télévision), a l’impression de comprendre une situation qui lui paraissait compliquée et les solutions proposées qui paraissent frappées au coin d’un bon sens fallacieux.

Des situations européennes pour partie uniques

Ces ressorts communs à la montée de l’extrême droite en Europe que sont l’immigration musulmane, la mondialisation (à laquelle la désindustrialisation[[Même si ce n’est pas forcément le cas comme le montre l’exemple de l’Allemagne mais plutôt le résultat d’un choix d’orientation économique vers les services et la finance]] et la montée du chômage sont associées) et l’UE – surtout depuis la crise financière de la zone euro en 2010 -2011, accusée d’être responsable de l’abandon de la souveraineté nationale sur la monnaie – ne suffisent cependant pas à effacer les particularités des situations nationales de chaque Etat. C’est pourquoi nous avons choisi de présenter diverses situations européennes pour mieux les comprendre, sans oublier de nous intéresser à la Russie. D’une part, parce que l’évolution politique de la Russie concerne bien évidemment l’UE [Hérodote n°138 2010] et, d’autre part, parce que des partis d’extrême droite tels que le FN de Marine Le Pen, voient en la Russie un partenaire majeur de leur politique étrangère, ce qui est justifié aussi par leur détestation des Etats-Unis et surtout celle de leur domination économique. Le discours et la politique de Poutine destinés à rétablir la grandeur de la Russie, autrement dit le respect que l’on doit à toute grande nation, pour partie aussi parce qu’on la craint, et le rôle du chef incontesté dans ce rétablissement ne peuvent en effet que séduire les partisans de l’extrême droite.

Même si dans tous les partis d’extrême droite on retrouve la représentation selon laquelle la nation doit être protégée d’une menace qui pourrait mettre son existence en péril, les ressorts de la montée des partis d’extrême droite de l’Europe de l’Ouest ne sont pas exactement similaires à ceux de l’Europe de l’Est. De plus, l’extrême droite ne rencontre pas forcément le même écho dans tous les pays de l’Europe de l’Ouest.

Droitisation des politiques publiques

Dans les petits Etats de l’Europe du Nord, tels que les Pays-Bas ou les pays scandinaves, l’image positive de leur exemplarité sociale et démocratique a été quelque peu écornée par les résultats électoraux des partis politiques de la droite radicale (voir l’article de Cyril Coulet). Une fois encore, il n’est nul besoin que les migrants soient très nombreux pour susciter une franche hostilité parmi les électeurs. La manipulation médiatique de conflits religieux et sociétaux entre des familles migrantes musulmanes islamistes et la société d’accueil a des effets supérieurs à ce que le nombre réel de migrants laisser supposer. En outre, du fait de leur présence indispensable pour assurer la majorité dans des coalitions gouvernementales de droite. l’influence politique des partis populistes de droite se fait désormais sentir dans l’orientation des politiques publiques.

De plus, même si les scores de ces partis ne sont élevés que dans quelques villes ou quartiers, leurs discours sont repris par les partis classiques dans le but de conserver ou récupérer l’électorat séduit par les solutions simplistes et radicales de l’extrême droite. Ces solutions sont d’autant plus crédibles qu’elles n’ont jamais été mises en œuvre et donc n’ont jamais déçu. C’est ce qu’illustrent les discours de ceux qui constituent au sein de l’UMP (Union pour le Mouvement Populaire) la droite populaire qui reprennent sans états d’âme les arguments du FN. Ils le font avec d’autant plus d’ardeur qu’ils sont confortés dans leur stratégie électorale par la politique du ministre français de l’intérieur, Claude Guéant, mise en œuvre sur injonction du Président Sarkozy. Or non seulement ce calcul électoral [[Mais est ce seulement un calcul car il y a peut être aussi une analyse commune de la situation entre la droite populaire et l’extrême droite et une vision de la Nation qui n’est peut être pas si éloignée l’une de l’autre ?]] est condamnable car il contribue à crédibiliser les solutions fallacieuses prônées par le FN, mais il risque de conforter les électeurs du FN dans leur choix. Ceux-ci préféreront sans doute choisir l’original à la copie, original dont ils n’ont encore jamais fait l’expérience au niveau national. Rappelons que dans les quelques villes du midi de la France où il y eut des municipalités FN, leur mandat ne fut guère concluant ni sur le plan de la lutte contre la corruption, ni sur celui de l’emploi, ni même sur celui de l’insécurité et encore moins sur celui de la gestion des finances municipales. Rappelons aussi que, jusqu’à la prise de position très ferme de Jacques Chirac en 1995 dans le refus de toute alliance avec le FN, la droite libérale comme le RPR n’avaient pas eu tant de scrupules à la fin des années 1980 et au début des années 1990 pour faire alliance avec le FN afin d’emporter quelques majorités régionales comme en PACA [Lefevre, 2005]. Comment affirmer que, pour assurer par exemple une majorité de droite à l’Assemblée Nationale, il n’y aurait pas quelque désistement en faveur de candidats du FN mieux placer pour faire barrage à un candidat de gauche? Et ce d’autant plus facilement que Marine Le Pen et ses conseillers ont mis en place une stratégie de «dédiabolisation» du FN depuis que le père fondateur a laissé sa place à sa fille. Une stratégie apparemment efficace au vu des intentions de vote qu’indiquent les sondages (19 % à 100 jours des élections présidentielles) bien que Marine Le Pen revendique un soutien sans faille à son père dont elle n’a jamais désavoué publiquement les prises de position ou propos les plus scandaleux.

À première vue on pourrait se dire que des pays européens résistent mieux que d’autres à l’idéologie nationaliste du repli sur soi. Les scores de l’extrême droite sont en effet faibles en Grande-Bretagne et en Espagne. Cependant, l’article de Kevin Braouzec sur le vote des électeurs du Labour Party pour les candidats du British National Party (BNP) dans certains districts de l’Est londonien, montre que les conditions d’une montée des partis d’extrême droit sont bien présentes, surtout si la crise économique s’installe durablement. Dans cet exemple, le sentiment de ne plus être chez soi et d’être en train de devenir une minorité blanche, bien qu’étant anglais depuis des générations [Giblin 2011], radicalise le vote de ces électeurs fidèles au Labour, là aussi depuis plusieurs générations. En vérité, la plupart d’entre eux choisissent l’abstention, mais ceux qui votent pour le BNP le font car ils pensent ainsi défendre leur identité nationale. La radicalisation des militants de l’English Defence League (EDL), créée en 2009, donne une petite idée de la violence que peuvent atteindre ces mouvements d’extrême droite encore fort heureusement très minoritaires.

Le nationalisme régional

Il y a déjà quelques années, nous avions écrit que le nationalisme régional pouvait séduire les partis d’extrême droite [Hérodote n°95 1999]. On le constate en Italie avec les succès électoraux de la Ligue du Nord ou en Belgique, avec ceux du Vlaams Belang et du NV-A (Nouvelle alliance flamande). Ce dernier obtient près de 30% des voix aux élections fédérales de juin 2010, et le Vlaams Belang et la Lijst Dedecker [[parti indépendantiste qui n’existe que grâce à son leader Jean Marie Dedecker et ne score que dans sa ville Nieuport]] obtiennent ensemble 13%, c’est une contre-performance pour le Vlaams Belang qui résiste surtout dans son fief d’Anvers. Cette différence est due au rejet par les classes moyennes et éduquées de la radicalité du Vlaams Belang qui séduit les classes ouvrières et peu qualifiées et qui sont de moins en moins nombreuses. Le NV-A apparaît plus fréquentable, le régionalisme radical n’étant pas ouvertement xénophobe et raciste.

Dans ce dernier cas, le poids élevé de ce parti a permis de bloquer la formation d’un gouvernement belge pendant 534 jours, un record! Plusieurs facteurs peuvent l’expliquer: la faiblesse du sentiment national belge ; la revanche des Flamands sur la domination politique, culturelle et économique exercée par les francophones, qu’ils fussent wallons ou bruxellois voire même flamands, les bourgeois fransquillons [[Appellation péjorative des Flamands qui s’exprimaient en français]], la bonne santé économique de la Flandre (taux de chômage 6,4 % en 2010) comparée au déclin économique de la Wallonie (taux de chômage 17%). Il est vrai que les Wallons ne peuvent se passer des aides sociales fédérales en grande partie financées par les contributions flamandes (chaque Flamand paie par jour à l’Etat fédéral 2,50 €, quand chaque Wallon en reçoit 4,50 €).

Mais ce sont sur de tout petits territoires que les revendications nationalistes flamandes extrémistes se font le plus sentir. Le règlement des tensions politiques entre Flamands, Bruxellois et Wallons, s’est fait en accordant, à chaque crise sérieuse, une autonomie toujours plus grande aux régions, au point que la Belgique, grande comme la Bretagne, est désormais un Etat fédéral. La fixation définitive, en 1962, de la limite linguistique entre la langue flamande et le français wallon fut une grande victoire flamande. En effet, hormis dans les communes à facilités [[Le tracé précis de la frontière linguistique nécessite de trouver quelques arrangements pour les communes qui se trouvent à proximité quand le pourcentage de population qui parle l’autre langue atteint 30%, c’est ce qu’on a appelé le bilinguisme externe dans les communes à facilités, car on y tolère que la population francophone en Flandre ou néerlandophone en Wallonie, puisse s’exprimer dans sa langue pour les questions administratives et judiciaires.]] où l’on peut s’exprimer publiquement dans les deux langues, peu nombreuses et proches de la frontière linguistique ou de la région de Bruxelles (où 80% de la population est francophone), tout francophone qui s’installe dans une commune flamande doit s’exprimer en flamand dans les services publics au nom de l’unilinguisme régional décidé en 1932, et il ne peut voter que pour des partis flamands. Or il existe un canton électoral et judiciaire – le fameux canton Bruxelles, Halle, Vilvoorde (BHV) – qui est à cheval sur le territoire de la région de Bruxelles et sur celui de la Flandre, ce qui en fait un canton bilingue. C’est pourquoi les francophones installés dans des communes flamandes sans facilités, sont autorisés à voter pour des partis francophones, ce que les nationalistes flamands du Vlaams Belang et du N-VA n’acceptent plus, qui réclament donc à cor et à cri la division de ce canton. Mais diviser ce canton risque d’accroître le territoire de la région de Bruxelles aux dépends de celui de la Flandre. Les six communes limitrophes de la région Bruxelles sont donc un enjeu géopolitique : les francophones souhaitent qu’elles soient rattachées à la région Bruxelles, ce que les Flamands refusent obstinément. Si l’acquisition de la nationalité par le droit du sol apparaît comme plus ouverte et généreuse que le droit du sang, il n’en est rien dans le cas de la Flandre. Le droit du sol est en effet le moyen d’assurer que toute personne née sur le territoire flamand est obligatoirement flamande, même si elle parle le français et souhaite ne pas être flamande.

En Espagne, la percée du parti d’extrême droite Plataforma en Catalogne (voir l’article de Hassen Guedioura) qui a surpris les analystes électorau, d’autant plus qu’on ne s’y attendait sans doute encore moins qu’ailleurs en Espagne. On y tient en effet le discours, y compris parmi les nationalistes indépendantistes catalans, de la «Catalogne accueillante», terre d’immigration aux traditions intégratrices (en vérité surtout s’il s’agit d’Espagnols venus travailler en Catalogne, beaucoup moins avec les «Moros», les travailleurs marocains). L’Andalousie aurait moins surpris au vu des émeutes anti-immigrées qui ont eu lieu à El Ejido en 2000. La brutalité et la gravité de la crise économique ont logiquement conduit à la défaite du gouvernement socialiste mais aussi à la majorité absolue pour le parti populaire de droite et à la percée de nouveaux partis. La suite électorale et politique est à venir.

L’inacceptable amputation du territoire national

Le lien entre la Nation et le territoire est particulièrement fort j’allais écrire charnel, il suffit d’évoquer la défense du territoire de la Patrie, « aux armes citoyens ! », la reconquête des provinces perdues, telle que l’Alsace-Lorraine, la question des territoires irrédentistes ou l’espoir jamais totalement abandonné de réunir dans un même ensemble territorial tous ceux qui parlent la même langue. Les années 1990 avec le démantèlement de la Yougoslavie ont vu se réveiller les nationalismes balkaniques. En Slovénie, la Carinthie et, en Serbie, le Kosovo sont régulièrement évoqués par des formations politiques ou des groupuscules. L’un des ressorts du succès des partis de la droite nationaliste radicale en Serbie ou en Slovénie, même si le degré de radicalité et l’importance électorale diffèrent fortement entre les deux Etats (voir l’article de Laurent Hassid), est sans nul doute dû à la perte de territoires, récemment dans le cas de la Serbie, soit anciennement dans le cas de la Carinthie (1920, alors même que la Slovénie n’était pas un Etat indépendant). Les partis extrémistes jouent de la représentation de « nation victime » de l’ingérence occidentale. A cet irrédentisme s’ajoute le rejet des populations allogènes non serbes et non slovènes, avec un rejet encore plus fort pour les populations musulmanes. La stratégie nationaliste serbe a essayé de réunir dans un même ensemble politique tous les territoires peuplés de Serbes pour former la Grande Serbie, Serbes de Bosnie, Serbes de Croatie, et pour atteindre ce but employer les moyens de la guerre furent employés pour faire fuir les « autres », les Musulmans et les Croates de Bosnie, les Albanais musulmans du Kosovo. On sait les conséquences dramatiques de cette violente politique de nettoyage ethnique et combien son échec a coûté cher aux Serbes. Cependant, la sensibilité nationaliste est loin d’être calmée.

L’extrême droite allemande, très contrôlée par différentes instances étatiques, ne joue pas la carte des territoires perdus. Cependant, même si la référence aux territoires perdus n’est pas explicite, celle à la nation allemande, avec des accents qui évoquent un passé où elle était la plus puissante d’Europe est bien présente, comme le montre l’article de Delphine Iost qui a étudié les textes diffusés par l’extrême droite sur Internet ou par l’intermédiaire de textes de chansons. La glorification de l’âme allemande, sous entendu de sa supériorité sur les autres peuples rappelle de mauvais souvenir. La vigilance extrême des démocrates allemands de droite comme de gauche donne à penser que cette résurgence restera sous contrôle.

La situation de la Hongrie est très différente et plus préoccupante. Si les erreurs de gestion des précédents gouvernements de gauche, si la corruption de certains de leur ministres et de leurs proches, si la situation économique catastrophique du pays expliquent la majorité absolue du parti de droite hongrois, le Fidesz, sa dérive autoritaire est d’un autre ordre et évoque des périodes fâcheuses de l’histoire politique hongroise. Or le Fidesz peut d’autant plus compter sur le soutien d’une majorité de Hongrois qu’il peut apparaître comme un parti de droite classique, venu au pouvoir très légalement, car il a à sa droite un parti beaucoup plus extrémiste encore : le Jobbik – L’Alliance des Jeunes de Droite-Mouvement pour une meilleure Hongrie (Jobbik en hongrois signifie « le plus à droite et le meilleur »). Ce parti très récent, créé en 2003, prône l’idéologie traditionnelle de l’extrême droite, la chrétienté, la famille, le rôle d’autorité de l’Etat, l’antisémitisme et ses militants entretiennent le souvenir d’Horthy, dirigeant de la Hongrie entre les deux guerres, nationaliste autoritaire et antisémite soutenu par les gouvernements allemand et italien. Le FN de Marine Le Pen entretient de bonnes relations avec ce parti. Les Roms sont pour ces deux partis très utiles. Pourchassés par les militants Jobbik, les Roms fuient vers d’autres pays comme la France ce qui permet au FN d’agiter la menace de l’invasion des étrangers et de l’insécurité.

Ce succès de la droite nationaliste et de l’extrême droite [[Le Jobbik obtient en 2009 3 élus sur 22 au Parlement européen près de 15% des voix, et en 2010 aux élections législatives de Hongrie 47 sièges plus de 17% des voix]] ne s’explique pas seulement par le contexte économique et financier difficile de la Hongrie. Il y a assurément depuis deux ou trois ans dans une partie de la population hongroise un fort rejet de l’UE, accusée de vouloir exercer un droit de regard sur la politique hongroise et donc d’attenter à sa souveraineté nationale. Or ce sujet est très sensible pour de nombreux Hongrois. En effet, la perte des deux tiers de son territoire à l’issue de la Première Guerre mondiale reste un souvenir douloureux ce qui est compréhensible, et très présent. Ainsi, la fameuse carte rouge [[ Carte réalisée à partir de 1918 par le géographe hongrois Pal Teleki pour représenter la répartition spatiale des nationalités en Hongrie et montrer ainsi l’importance du territoire où les Hongrois sont nettement majoritaire. Le choix du rouge pour les Hongrois, (orange pour les Allemands, violet pour les Roumains et vert pour les Slovaques) est à l’origine de cette référence constante à la « carte rouge ».]][Kubassek 2011], est largement diffusée sur tout type de supports : autocollant pour les automobiles, set de table, carte postale, décoration pour fond de vitrine, illustrant la force de la représentation du territoire national dans l’imaginaire d’un peuple, même si les Hongrois dans leur très large majorité savent très bien que ces territoires sont à jamais perdus, (les conséquences négatives de l’alliance avec l’Allemagne pendant la Seconde Guerre mondiale dans l’espoir de les récupérer est encore dans les mémoires). De plus, les Hongrois ne souhaitent pas voir arriver les Hongrois des pays voisins, ce qui ne ferait qu’accroître, pensent ils, leurs difficultés économiques. Néanmoins, l’utilisation par les partis de droite nationaliste de cette blessure nationale s’avère efficace pour attirer des électeurs de tous âges. Orban vient d’ailleurs de décider la suppression de l’appellation République de Hongrie, pour celle de Hongrie.

Enfin le réveil d’un nationalisme russe d’extrême droite a lui aussi, parmi ses ressorts, le désir de retrouver la puissance perdue de la Russie, si ce n’est celle de l’Union soviétique.

Une fois au pouvoir, Vladimir Poutine a décidé de mettre un terme au dépeçage du territoire russe en reprenant la guerre en Tchétchénie, république fédérée de Russie et qui n’avait donc aux yeux de Poutine aucun droit à l’indépendance à la différence des République fédérées de l’Union soviétique. Cependant, l’article d’Anastasia Mitrofanova sur les nationalismes russes montre que le nouveau nationalisme russe, celui qui prospère depuis les années 2000, se distingue fortement du nationalisme russe traditionnel. En particulier, son rejet de toute immigration et plus encore celui de l’immigration musulmane (Azerbaïdjanais, Tatars, populations caucasiennes) amène les militants de ce mouvement à se rapprocher d’Israël, vu comme un rempart contre l’Islam, ce qui par conséquent désamorce l’antisémitisme qui fut à la base du nationalisme russe du XIX è siècle. Le rejet de l’immigration musulmane est donc bien le point commun de nombreux nationalismes européens, russe compris.

Conclusion

On ne peut donc qu’être préoccupé par la montée des discours nationalistes et surtout leur banalisation dans des partis qui se disent modérés afin d’attirer le plus grand nombre possible d’adhérents. C’est pourquoi ils se sont éloignés à la fois des accoutrements des skinheads, des discours ouvertement racistes et interdisent à leurs militants de provoquer la bagarre avec les Arabes et les Juifs. Leur vison du rôle de l’Etat varie selon les cas. Le nouveau nationalisme russe rejette toute intervention économique et sociale étatique (du fait d’un mauvais souvenir du centralisme soviétique ?) en revanche, le FN nouveau prône le rôle actif et protecteur de l’Etat contre les capitalistes prédateurs qui appauvrissent les plus faibles. C’est presque un bouleversement dans l’idéologie classique de l’extrême droite où les faibles sont méprisés et les forts glorifiés.

Dans un contexte économique difficile, où chacun peut avoir le sentiment qu’il subit les conséquences des choix scabreux d’acteurs économiques soucieux de profits rapides et élevés, le discours nationaliste dont seule l’apparence est modérée et qui dénonce avec force et simplisme le « tous pourris » des responsables politiques et économiques séduit un électorat de plus en large. Il y a donc lieu d’être inquiet car les élections démocratiques peuvent aussi conduire à une amplification des effets de séduction de l’idéologie d’extrême droite si ceux-ci ne sont pas pris suffisamment au sérieux ou contrecarrés par des discours trop généraux. La vigilance et les contre-argumentations s’imposent. La stratégie pour lutter efficacement contre ces partis et autres mouvements doit être adaptée à chaque situation spécifique, c’est pourquoi il est utile de bien les comprendre.

Béatrice Giblin, Professeur des Universités,

Institut Français de Géopolitique

Université Paris 8

Directrice de la revue Hérodote, revue de Géographie et de Géopolitique

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Bibliographie

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Hodier V “Langue et citoyenneté en Allemagne” Hérodote n°95 La Découverte Paris 1999

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Lacoste Y Géopolitique des régions françaises 3 tomes Paris Fayard 1986

Lacoste Y Editorial Hérodote n° 69/70 Paris La Découverte 1993

Lacoste Y Vive la Nation Destin d’une idée géopolitique Paris Fayard 1997 344 p

Lefevre M “La région PACA” Nouvelle Géopolitique des Régions françaises dir B Giblin Paris Fayard 2005 1005 p

Monnot C, Mestre A., Le système Le Pen – Enquête sur les réseaux du Front national Denoël Paris 2011 198 p

Noiriel G., Le Creuset français. Histoire de l’immigration (XIXe –XXe siècle), Paris, Seuil, 1988

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Robine J “Les ghettos de la nation. Ségrégation, délinquance, identités, islam,” Paris Vendémaire 2011

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VENEZUELA: LOI ORGANIQUE DU TRAVAIL (LOT)

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LOI ORGANIQUE DU TRAVAIL

(LOT)

AU VENEZUELA

AVANCÉES ET INSUFFISANCES D’UNE RÉFORME PROGRESSISTE DU CODE DU TRAVAIL

http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

Chaque nouvelle réforme du code du travail, en France et en Europe plus largement, sont autant d’occasions de remettre en cause les acquis de décennies de luttes du mouvement ouvrier. Au Vénézuela et dans une grande partie du continent latino-américain, chaque réforme apporte de nouvelles protections aux travailleurs de ces pays.

Certes, le Vénézuela part de très loin après plusieurs décennies de dictatures et de politiques ultra-libérales qui ont fait de ce pays, au moment de l’accession d’Hugo Chavez en 1999, un des pays où les inégalités et les taux de pauvreté étaient les plus élevés au monde.

La nouvelle Loi organique du Travail (LOT) promulgée lors de la Journée des travailleurs, le 1er mai, permet de réelles avancées dans les conditions de travail des travailleurs du secteur privé comme du secteur public.

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  • Réduction du temps de travail avec la semaine de travail à 40 heures
  • et obligation du respect de deux jours de repos consécutifs;
  • réaffirmation de la stabilité de l’emploi,
  • avec pénalisation des licenciements sans motif valable
  • et interdiction de la sous-traitance;

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  • de nouveaux droits, comme le congé maternel universel, six semaines avant la naissance et vingt après.

Le président Chavez s’est empressé de qualifier ce nouveau code du travail de « loi qui restera dans l’histoire ». Une loi « libératrice » qui selon le leader de la révolution bolivarienne est la consécration de décennies de luttes du peuple vénézuelien:

« Si on remet cette loi en perspective, aucun acquis des peuples, des travailleurs et des travailleurs n’a été possible sans un long processus de résistance, de lutte et même de souffrances».

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Il a finalement conclu en se plaçant résolument du côté des travailleurs:

«Ils ont en moi un allié inconditionnel. Nous sommes en train de construire une nouvelle culture du travail et de la responsabilité. Tant que je serai en vie, ils peuvent me considérer comme un travailleur comme un autre. J’ai pris le parti des travailleurs».

Les communistes et les syndicats soulignent les «avancées et les insuffisances» de ce nouveau “Code du travail” et appellent à poursuivre la lutte

Fidèles à leur position de meilleur allié du président Chavez mais aussi de force critique dans la perspective de la révolution socialiste et du pouvoir ouvrier, les communistes du PCV ont à la fois salué les avancées de ce texte mais aussi ses insuffisances par rapport aux espoirs qu’il a suscité.

« On constate en effet que la nouvelle Loi organique du travail des travailleurs et travailleuses est un instrument qui comporte d’importantes conquêtes pour les travailleurs vénézueliens, tout en révélant des manques tout aussi importants, et sans répondre à toutes les attentes exprimées dans les débats préalables », a souligné le secrétaire du PCV Oscar Figuera.

Il a également rappelé que par rapport à l’objectif socialiste, l’aménagement des conditions d’exploitation en système capitaliste ne peut jamais satisfaire les communistes mais qu’il constitue un point d’appui pour la construction de la société future:

« Les communistes ne peuvent jamais totalement se satisfaire de ce qui est fait dans le cadre d’une société capitaliste, nous ne nous en satisfaisons jamais. Nous faisons toujours un effort pour aller encore plus loin de ce qui peut être obtenu dans le cadre étroit d’une société capitaliste. Car notre objectif est bien de détruire le capitalisme et de construire une société socialiste », a-t-il ajouté.

Le dirigeant communiste a enfin insisté sur le fait que seule la lutte et l’organisation syndicale et politique des travailleurs sera en mesure d’inverser le rapport de force entre capital et travail au Vénézuela:

« Il n’est pas concevable que dans chaque lieu de travail, on trouvera un fonctionnaire du Ministère du Travail pour vérifier si le patronat respecte telle ou telle norme, il nous faut sur place un groupe de travailleurs organisés, qui connaissent leurs droits, capables d’en découdre devant les instances correspondantes pour forcer le patron à respecter la Loi ».

Le syndicat de classe UNETE, dirigé par le communiste Pedro Eusse, un des deux principaux syndicats vénézueliens – avec la CTV, anti-chaviste et syndicat de collaboration – caractérise cette loi comme «une victoire partiell ».

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« Nous savons que des conquêtes et des avancées ont été obtenues, mais nous n’avons pas encore gagné les éléments suffisants qui nous permettent de faire de la classe ouvrière la classe dirigeante du processus révolutionnaire», analyse Pedro Eusse.

Nous n’avons pas encore conquis le socialisme et le président Chavez a dit quelque chose de très juste: non seulement les patrons privés violent les droits des travailleurs, mais la bureaucratie aussi porte chaque jour atteinte à nos droits les plus élémentaires».

Le dirigeant syndical communiste conclut son analyse par un appel à la lutte pour inverser le rapport de force et faire reconnaître ses droits élémentaires:

« Cela ne se quémande pas, cela se conquiert par la prise de conscience et par la lutte ».


illustrations prises dans l’article:

“ LE VENEZUELA OUVRE LE DÉBAT POUR CONSTRUIRE UNE NOUVELLE LOI DU TRAVAIL”mis en ligne par Venezuela infos

http://venezuelainfos.wordpress.com/2012/03/09/le-venezuela-ouvre-le-debat-pour-construire-une-nouvelle-loi-du-travail/