HENRI ALLEG -COMMUNIQUÉ –

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COMMUNIQUÉ

Le 9 juillet 2012, un accident vasculaire cérébral (AVC) a frappé notre père, Henri Alleg. Depuis une semaine environ, il se remet progressivement et les médecins formulent désormais un pronostic moins défavorable.

Pour les mois qui viennent, notre père sera dans l’impossibilité de faire face aux engagements pris avant l’été 2012: rendez-vous, participations à des réunions, conférences, rédaction de textes, etc.

Nous remercions chaleureusement tous ses amis, tous ses camarades pour les pensées amicales qu’ils ont eues à son égard durant cette période.

Nous tenons notre père informé des nombreux témoignages de sympathie et d’affection qui nous parviennent, dans l’espoir que cette période de convalescence sera la plus brève possible et qu’il lui sera à nouveau donné de reprendre une place dans les luttes qui ont marqué sa vie entière.

André et Jean Salem

andre.et.jean.salem@gmail.com


Socialgerie se joint aux « témoignages de sympathie et d’affection reçus par sa famille, dans l’espoir que cette période de convalescence sera la plus brève possible et qu’il lui sera à nouveau donné de reprendre une place dans les luttes qui ont marqué sa vie entière. »


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À cette occasion socialgerie rediffuse la “Lettre” [[Ce texte avait été repris dans la presse entre autres par El-Watan le 7 septembre 2005

il a été mis en ligne le 28 décembre 2011, par socialgerie, brève 399…]]

adressée par Sadek HADJERES à Henri ALLEG

le 2 septembre 2005

à l’occasion de la sortie de son ouvrage:

« MÉMOIRE ALGÉRIENNE,

SOUVENIRS DE LUTTES

ET D’ESPÉRANCES »

Cher(e)s ami(e)s,

Henri Alleg vient de publier un ouvrage relatant son itinéraire algérien depuis le début des années quarante. Il sera présenté incessamment à la fête de l’Huma, au cours d’une réception à laquelle j’ai été invité. Dans l’impossibilité d’y assister, j’ai souhaité faire part de mes sentiments et de quelques opinions à l’auteur et à tous ceux de mes ami(e)s que l’événement ne laisse pas indifférents.

Sentiments et opinions fondées sur nombre d’épisodes au cours desquels nous avons appris à nous connaître et, chacun de son côté, à réfléchir au sens du combat mené par les communistes algériens et les communistes en général, avec sa grandeur et ses faiblesses. Nul doute que le récent ouvrage de Henri nous permettra d’enrichir et ajuster notre vision, au-delà des seuls faits que j’évoque ici en hommage et en respect à une vie de lutte exemplaire. S.H.

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Lettre adressée par Sadek HADJERES à l’auteur

Bien cher Henri,

Voilà ce que je t’aurais dit si j’avais été présent à la Fête de l’Huma pour la présentation de ton livre. D’abord que je suis impatient de te lire. Ensuite, je suis heureux que tu aies mené à bien la publication des mémoires consacrés à ton itinéraire algérien. Plus exactement à la partie de ta vie et des combats auxquels tu as contribué sur le sol algérien, en communion directe et vivante avec les femmes, les hommes et la jeunesse ardente de ce pays. Car même plus tard, les problèmes de l’Algérie que tu as découverte en y arrivant et l’amour de son peuple ne t’ont jamais quitté, lorsque les évolutions historiques ont mené vers une autre contrée l’internationaliste que tu as toujours été. Je suis heureux en particulier que l’évocation de ton itinéraire fasse mieux connaître le visage humain trop souvent méconnu de ton idéal et de ton engagement communistes.

Je suis persuadé par avance de la richesse du témoignage et des opinions que tu apporteras sur les tourments de l’Algérie coloniale, l’héroïsme populaire déployé pour l’arracher à sa condition humiliante et la contribution apportée par les communistes et leur parti à cette libération. C’est la dimension que tu souhaitais avant tout donner à ton ouvrage. Je ne m’aventure pas en prédisant que le résultat sera au moins à l’égal des témoignages que tu as apportés dans le passé à l’opinion internationale et aux Algériens eux mêmes, au prix d’un engagement souvent périlleux

J’ajouterai que dans sa simplicité et sa sincérité, ta rétrospective montrera non seulement ce que le combat algérien a apporté à la formation de ta personnalité, mais aussi ce que ta personnalité a apporté au combat national et anti-colonial, à son intensité et à son efficacité politique, à ses efforts d’ouverture vers les acquis et les horizons communs de l’humanité progressiste.

Je ne peux donc m’empêcher à cette occasion, dût ta modestie en souffrir, d’évoquer des épisodes et des traits de ton activité qui m’ont particulièrement touché à différents moments de notre vie militante. Par leur signification, ils méritent selon moi d’être mieux connus des jeunes générations et je crains que ta retenue habituelle quand il s’agit de toi-même risque de les en priver. C’est pour l’instant et en mon absence, ma contribution aux débats que suscitera directement ou indirectement la sortie de ton ouvrage.

Je me souviens en premier lieu, de mon contact avec tes préoccupations de formateur et d’éducateur. De leur côté, les jeunes rédacteurs d’Alger républicain formés sur le tas en avaient tiré un grand profit. Le climat chaleureux et attentif que tu avais créé, tourné vers le concret et dénué d’attitude hautaine, avait compensé les conditions précaires de fonctionnement du journal et les inévitables contradictions et incidents de parcours.

Moi-même, nouvel adhérent du PCA au début des années 50, j’avais participé avec une quinzaine de jeunes à une école élémentaire de la région algéroise du Parti que tu avais dirigée dans les locaux d’architecte du regretté camarade Abderrahmane Bouchama. Jusque là, je te connaissais surtout par le pseudonyme sympathique et comme prédestiné q’on te donnait, celui de « Hamrito » (à la fois le rouquin et le Rouge). J’ai découvert à cette école ton souci d’expliquer et d’argumenter, ta volonté d’aller au plus précis, de coller au réel, loin des clichés apologétiques et du verbiage creux de l’endoctrinement étroitement partisan. Avec bien d’autres, j’étais venu depuis peu de la mouvance nationaliste du PPA, active et assoiffée de lutte mais où la réflexion et le débat politique et idéologique étaient plutôt tenus en suspicion ou même réprimés. Le changement m’aida beaucoup, il s’avéra précieux pour mes activités dans le mouvement de masse et pour mon ancrage idéologique et organique ultérieurs. A côté des camarades musulmans participants à cette école et qui tous honorèrent plus tard leur engagement dans la lutte sociale et patriotique, il y avait aussi Henri Maillot et Fernand Iveton. Je les avais rencontrés là pour la première fois, modestes et cordiaux ; je les trouvais parfois réservés et taciturnes mais je les sentais surtout avides de s’approprier les repères théoriques pour les confronter avec leur vécu social.

Le deuxième trait qu’au fil des années j’ai apprécié chez toi, Henri, a été le courage politique.

Je ne parle pas du courage physique et moral face aux colonialistes méprisants, sans pitié et sans scrupules envers nos compatriotes et les militants résolus. Cette forme de courage t’est reconnue largement, y compris par ceux qui ne partagent pas nécessairement tel ou tel de tes points de vue. Elle n’est certes pas donnée à tous. Néanmoins à tes yeux, elle allait de soi dès lors que, par haine de l’injustice et de l’oppression, par sensibilité et solidarité envers ses semblables, on a fait le choix d’en payer le prix.

Mais à côté de cette exigence du combat libérateur, il en existe une autre, que tu as bien illustrée. Je parle du courage politique, qui fait sa place à l’incontournable discipline et solidarité de combat, mais pousse en même temps le militant et le responsable à dire franchement son opinion et ses propositions à ses camarades, à ses compagnons de lutte ou à ses alliés. Il en fait état même quand il sait que, partant d’intentions constructives et d’une expérience avérée, elles courent le risque d’être insuffisantes ou erronées, minoritaires, incomprises, déformées, ou pire encore, l’objet de réactions et d’interprétations hostiles et malveillantes. Ce risque, tu l’a pris à quelques reprises.

Le choix du débat transparent et contradictoire entre militants d’un même parti ou avec des partis frères ou des alliés n’est pas chose facile. A l’opposé du suivisme timoré ou intéressé, il est moralement encore plus éprouvant que le courage déployé face à l’ennemi, aux adversaires ou rivaux politiques. Comme je vais l’indiquer, tu as été de ceux qui se sont efforcés en diverses circonstances d’en faire ta ligne de conduite, considérant qu’il s’agit autant d’intérêt collectif que de respect de soi-même.

Au début des années quarante, dans les rangs des Jeunesses Communistes, réagissant aux ambiguïtés paternalistes fréquentes chez les anti-colonialistes européens, tu as été attentif et sensible aux signaux provenant de la montée du sentiment et du mouvement national algérien. Tu as été un de ceux qui ont contribué au redressement de la conception erronée et unilatérale, inspirée par les mouvements communiste et socialiste français, selon laquelle l’aspiration à l’indépendance et sa revendication étaient au moment de la menace nazie et de l’immédiate après-guerre, contradictoires avec la participation à la lutte antifasciste mondiale et non pas une bonne voie pour imposer au colonialisme français des relations nouvelles, libres et mutuellement avantageuses de la nation algérienne avec la France.

Je me souviens aussi comment en août 1949, lors de la crise du PPA-MTLD, qualifiée à tort et de façon anachronique de « berbériste », tu avais, avec les camarades de la direction du PCA et du journal ; contribué à faire connaître la vérité en faisant publier par Alger républicain le démenti patriotique des militants contestataires du PPA. Le démenti de ces derniers répondait aux allégations provocatrices de la presse colonialiste, selon lesquelles ces militants avaient créé un PPK, parti de scission et de sécession kabyle. Le gros mensonge était aussi dangereux que fantaisiste et peu crédible pour l’opinion nationale dans le climat politique de l’époque. Il s’expliquait seulement par le fait que la presse colonialiste et les services français du 2ème Bureau prenaient leur désir pour des réalités, ils étaient heureux de porter un coup à un des secteurs les plus dynamiques et les plus politisés du PPA et de l’OS dont ils avaient, comme par hasard, arrêté les responsables du district de Kabylie recherchés depuis Mai 45. Ils faisaient le calcul, qui s’avéra malheureusement juste, que les dirigeants du MTLD garderaient sur le bluff de l’Echo d’Alger un silence équivoque, pour faire diversion aux exigences radicales montantes et demandes de compte de la base militante.

La décision clarificatrice de publier le démenti, que refusaient aussi bien l’Echo d’Alger que l’organe du MTLD, n’allait pas sans quelques problèmes avec les dirigeants nationalistes, du fait des grands efforts unitaires qu’Alger républicain déployait en leur direction. A la direction d’Alger républicain, comme à la direction du PCA, vous avez eu le mérite de comprendre que l’approche démocratique de la diversité culturelle arabo-berbère de l’Algérie était plus bénéfique à la cohésion nationale et à l’unité d’action des forces patriotiques que sa négation. Vous avez ainsi contribué à déjouer, auprès de secteurs sincères et conscients de l’opinion, les méfaits d’une conjonction au moins objective entre les colonialistes qui cherchaient à instrumenter cette diversité à des fins de division et les dirigeants nationalistes du moment qui aggravaient les méfiances et les tensions en niant ou réprimant.cette diversité. Ces méfaits, s’étendant à d’autres domaines de la vie politique, n’ont cessé dès lors de miner le MTLD qui vécut crise sur crise jusqu’à la veille du 1er novembre 54, crises qui furent transférées en plus grave au FLN de la période de guerre et ont amoindri son immense potentiel de mobilisation et d’espoirs démocratiques.

Je précise en passant que votre position clairvoyante dans ce domaine ( quand on connaît les suites au cours des décennies suivantes), s’ajoutant à des motivations sociales et théoriques, m’a rapproché comme nombre de militants syndicaux, d’étudiants et d’intellectuels, du Parti communiste auquel j’ai adhéré deux ans plus tard.

Après l’indépendance, tout en tenant en grande estime l’évolution cubaine vers le socialisme (dont tu étais un bon connaisseur), et tout en soutenant les mesures de progrès social du gouvernement Benbella et les déclarations d’intention socialistes du Congrès du FLN de 1964, tu estimais inadéquates et même dangereuses par certains côtés les formes par lesquelles le PCA exprimait son soutien à ces orientations proclamées. Elles risquaient en effet par leur caractère unilatéral public de cautionner les calculs des cercles qui en dehors et au sein du pouvoir (et chez Benbella lui même) visaient à mettre fin à l’existence politique et organique du PCA, qui en fait se poursuivait clandestinement. L’essor rapide de ce dernier dans les premiers mois qui ont suivi l’indépendance, constituait un obstacle aux visées antidémocratiques et claniques du pouvoir, camouflées sous couvert de spécificité de l’expérience algérienne et à l’ombre de relations amicales avec les pays du camp socialiste. Le coup d’Etat antidémocratique du 19 juin 65 a confirmé que le mouvement algérien vers le socialisme était loin de bénéficier de la base sociale, du conditionnement historique et de la maturité subjective qui ont fait l’originalité et le succès de la révolution cubaine.

À ce propos, tu as été des plus actifs après ce coup d’Etat dans les efforts de la direction du PCA et du PAGS auprès des dirigeants des pays socialistes et d’un certain nombre de partis communistes des pays capitalistes et du monde arabe, afin de les éclairer sur la nature du régime algérien. Il s’agissait, à contre-courant d’idées simplistes et de pressions multiples, de les persuader que les orientations effectives et les pratiques dominantes du nouveau pouvoir étaient en contradiction avec ses proclamations socialistes et démocratiques, même si certaines orientations anti-impérialistes et d’édification nationale d’une aile de ce pouvoir méritaient un soutien réel, vigoureux, mais vigilant et n’excluant pas une critique et une opposition actives. C’est le point de vue que j’avais exprimé dans ma lettre à Boumediène du 14 septembre 1968 (rendue intégralement publique quelques semaines plus tard).

Tu te souviens sans doute des réserves sérieuses que nous avions exprimées à la direction du PCUS, quant à l’attribution du titre de « Héros de l’Union Soviétique » à Ahmed Benbella. C’était l’initiative personnelle de Khrouchtchev, qui avait néanmoins exprimé publiquement sa solidarité avec le PCA interdit dès 1962. Tu dois te souvenir aussi comment nous avons exprimé à diverses reprises à nos camarades des pays socialistes (qui par ailleurs nous ont donné de nombreuses preuves de leur solidarité), un avis autonome à propos d’orientations et de méthodes qui concernaient soit le mouvement communiste en général (comme à propos de la façon dont Khrouchtchev a été remplacé à a tête du PCUS), soit la situation algérienne. Notre préoccupation était d’amener ces partis au pouvoir à mieux maîtriser le rapport entre les stratégies et raisons d’Etat justifiées et le rôle autonome que leurs partis dirigeants devaient naturellement jouer en solidarité avec les luttes de libération sociales et démocratiques des peuples du Tiers-Monde.

Tu as payé en particulier de ta personne, en compagnie de Larbi Bouhali et d’autres camarades de la délégation extérieure, durant la période difficile après le 19 juin 65. Il fallut en effet beaucoup de persévérance pour faire échouer les pressions exercées de divers côtés sur les grands partis communistes. Elles visaient sous l’inspiration des autorités algériennes issues du coup d’Etat, à isoler le PAGS présenté mensongèrement comme une organisation fantôme et aventuriste existant seulement à l’étranger.

Il te fallut aussi plus tard, à partir des années 70, beaucoup de fermeté et de savoir faire, lorsque tu auras rejoint le PCF et son quotidien l’Huma, pour résister aux pressions du parti FLN et de la direction du PCF qui se conjuguaient pour amener les communistes algériens à abandonner leur position de principe de parti indépendant luttant contre la répression de classe, pour la liberté d’expression et d’organisation en faveur des travailleurs et des couches déshéritées. Les autorités algériennes avaient en effet changé leur fusil d’épaule suite à l’échec de leurs campagnes de répression ouverte accusant les communistes algériens de subversion anti-nationale. Désormais, il leur paraissait plus efficace de les présenter comme des sectaires refusant de prendre en marche le train soi-disant socialiste du parti FLN et de s’y dissoudre. Il faut reconnaître que ces campagnes de séduction et de chantage ont trouvé quelque crédit auprès de la direction du PCF de l’époque, lorsque Georges Marchais en particulier en 1975 à Berlin, se félicitait de la construction du socialisme en Algérie sous la direction d’un parti non marxiste. Curieuse conception qui fustigeait avec virulence les « goulags de l’Est» vrais ou supposés ; mais admettait et cautionnait ouvertement l’emprisonnement ; la torture et les persécutions envers les militants syndicaux, associatifs et politiques qui se battaient pour des orientations démocratiques et socialistes C’était une rupture avec la solidarité de principe et de fait dont avait fait preuve le PCF envers les aspirations des couches populaires et laborieuses algériennes durant la guerre et les premières années de l’indépendance. Sur cette période sombre ; le PCF jette aujourd’hui me semble-t-il, un regard rétrospectif critique et conforme à ses meilleures traditions anticolonialistes ; se doublant d’un effort réel pour « l’approche concrète des réalités concrètes».

Je sais, Henri, combien tu as bataillé contre les nuisances multiples de ces errements. Elles ont pourtant duré une quinzaine d’années pendant lesquelles le PCF avait coupé unilatéralement toute relation avec le PAGS, depuis 1973 jusqu’à la répression sanglante des remous populaires d’octobre 88 qui ont commencé à ouvrir les yeux des plus aveugles.

Enfreignant, durant toute cette période, les consignes absurdes d’appareils bureaucratiques coupés des réalités, tu tenais à chacun de tes voyages en Algérie à rencontrer ouvertement ceux des camarades algériens vivant légalement et à rendre visite aux familles des camarades victimes de la répression ou contraints à la clandestinité. Cela t’a valu encore plus de respect, non seulement des travailleurs, des progressistes et des militants socialistes, mais aussi des autorités algériennes habituées aux courbettes d’invités ou de délégués étrangers timorés ou cédant aux apparats et « gracieusetés » officielles.

À l’occasion d’un de ces voyages, tu n’as pas hésité à prendre le risque politique de me rencontrer clandestinement pour m’interviewer à propos de l’action des « Combattants de la Libération » dont j’avais été un des responsables durant la guerre d’indépendance et au sujet des accords avec le FLN-ALN conclus au printemps 1956, après des discussions menées du côté PCA par Bachir Hadj Ali et moi-même. Tu préparais à ce moment des matériaux pour l’Histoire de la Guerre d’Algérie en trois tomes.

Cet épisode lié à l’ouvrage collectif réalisé sous ta direction, m’inspire avec le recul du temps deux réflexions.

J’apprécie aujourd’hui d’autant plus la rencontre que nous avions eue alors, car vingt cinq ans plus tard et alors que je vis légalement depuis une quinzaine d’années, nombre d’historiens croient possible d’émettre en passant des commentaires et jugements sur le mouvement communiste algérien, sans avoir pris la peine d’entretiens documentés à la source et éventuellement contradictoires avec moi ou d’autres acteurs et dirigeants centraux des décennies écoulées.

Un autre fait montre à quel point parfois des commentateurs et publicistes, se croient libérés de leur normale et habituelle exigence de rigueur dès lors qu’il s’agit du mouvement communiste. Lorsque parurent les trois tomes de « la Guerre d’Algérie », certains commentaires en France se sont dispensés d’une analyse de contenu, aussi sévère soit-elle, qui aurait ouvert un débat bénéfique entre les différents points de vue favorables à la lutte du peuple algérien pour son indépendance. Certains de ces commentaires se sont contentés d’avancer que l’ouvrage serait une commande du PCF, raison suffisante à leurs yeux pour le traiter par le dédain et les allusions malveillantes.

Dommage que l’analyse et le débat productif aient dans ces milieux cédé le pas au procès d’intention et à la polémique stérile. Car à cette époque, la guerre d’Algérie était encore dans l’opinion française un tabou très fort, il appelait les anticolonialistes à coopérer pour le balayer par les multiples éclairages possibles, hors de tout esprit de pensée unique. Quand bien même l’ouvrage aurait répondu à une « commande » du PCF, en quoi était-ce une raison d’éluder une approche argumentée et une critique concrète, aussi objective que possible, des informations et opinions rapportées dans l’ouvrage?

Plus désolant et piquant à la fois, le procès d’intention était lui même sans fondement. Si les a priori idéologiques avaient été refrénés par la prudence professionnelle, les commentateurs auraient appris que non seulement le PCF n’était pas le commanditaire de l’ouvrage, mais que l’initiative avait été contrecarrée de diverses façons par certains de ses appareils bureaucratiques en charge des questions algériennes. Il s’en fallut de peu qu’elle soit étouffée, sans ta persévérance, Henri, et la coopération de tous ceux, communistes et non communistes, qui ont contribué à finaliser et à publier vos efforts. Il reste que des débats utiles, non biaisés par les passions, ont été retardés entre artisans de travaux d’histoire et de mémoire soucieux de briser les chapes officielles de silence, d’occultations et de déformations des deux côtés de la Méditerranée.

Pas besoin de te dire, Henri, que les secteurs d’opinion intéressés par les faits et par la confrontation des opinions, restent froids aux querelles de chapelles ou s’en méfient. Pour eux, les trois tomes parus à une époque déjà ancienne restent parmi les bonnes références, ne serait ce que par l’ampleur des matériaux présentés. Ils contribueront, comme l’ouvrage que tu viens d’achever, à alimenter les travaux et débats objectifs qui ont manqué jusqu’ici pour ce qui concerne en particulier le mouvement communiste au cours du dernier demi-siècle.

De la même façon, les milliers de militants français ou algériens qui dans les années 70 et 80 s’interrogeaient sur les raisons inexplicables de l’absence d’un stand communiste algérien à la fête de l’Huma (absence que certains dirigeants du PCF n’hésitaient pas à travestir comme si elle avait été voulue par notre parti) te seront reconnaissants de ton internationalisme prouvé en actes.

Cher Henri,

Il y a certaines choses que je tiens à te dire en cette période de grands remous mondiaux, parce que j’ai en mémoire le climat de reflux et de défaitisme qui a démarré il y a une quinzaine d’années ; quand la « chute du mur de Berlin » devait ouvrir ; selon d’arrogantes prévisions, une ère de paix, de liberté et de prospérité. Défaite historique il est vrai, au même titre que nombre de celles qui se sont succédées durant des siècles depuis celles de Spartacus, de la révolte des Zendj, de l’expérience des Qaramita, des guerres paysannes d’Allemagne, jusqu’à la Commune de Paris. Mais ce grand revers n’a anéanti ni la pensée ni l’action communistes, ni surtout ce qui en est la source profonde, le besoin et le mouvement social des exploités en faveur de la liberté, de la justice et de l’égalité. Fondements indéracinables, qui aident à comprendre et pas seulement espérer, que les puissants changements planétaires amenés par la Grande révolution soviétique d’octobre 1917, la Longue Marche chinoise des années trente et l’écrasement du fascisme mondial ne sont que les nouveaux jalons qui ont semé plus que des graines vivaces des changements futurs. Leurs leçons, en ce qui concerne notamment les modalités d’exercice du pouvoir d’Etat ; éclairent les nouvelles et diverses formes à venir du mouvement irrépressible des sociétés humaines.

Le reflux de ces quinze dernières années (rien à l’échelle du temps historique) avait fait dire imprudemment à des « philosophes » que c‘était désormais « la fin de l’Histoire ». Il a amené aussi d’anciens membres du PAGS à jurer leurs grands dieux dans un moment de panique et de manigances politiciennes qu’ils n’avaient jamais rien eu à voir avec le communisme. A une échelle plus large, les mille et un moyens de la haute finance mondiale et de ses complexes militaro-industriels ont travaillé à forger et répandre le « politiquement correct » consistant à prendre en dérision toute vision de l’avenir qui ne dansait pas aux trompettes d’une belle modernité façonnée par le grand «Marché mondial».

Comme s’il était interdit à une cause juste ancrée au plus profond des aspirations humaines, de tirer des leçons pour tracer dans l’action de nouvelles voies qui tiennent compte à la fois des débats sur les leçons du passé et de l’examen de réalités nouvelles ou jusque là méconnues. L’expérience de chacun, selon son poste d’observation ou d’action, apporte aux autres sa part d‘enseignements.

Quelle part nous en livres-tu, Henri?

S’il m’était possible de résumer en un seul (ou principal) enseignement ton itinéraire militant et humain, ce serait celui que m’a inspiré le film « Un rêve algérien ». Il est la clef du respect et de la considération que te portent les Algériens non obnubilés par les idéologies rétrogrades ou petites bourgeoises et qui te considèrent comme l’un des leurs, quelle que soit leur opinion sur telle ou telle de tes prises de position. Ils ne se posent pas la question de ton arbre généalogique parce que l’expérience séculaire ou quotidienne leur a appris une chose simple: la fraternité prouvée dans les actes est souvent plus forte et plus fiable que celle fondée sur les liens du sang. Je ne t’apprends rien en te disant que l’ostracisme émane plus souvent des milieux conditionnés par les enjeux et ambitions de pouvoir que des couches engagées consciemment dans les combats sociaux et démocratiques.

Il était pour cette raison regrettable que les organisateurs des invitations au Congrès du PAGS de décembre 1990, et plus encore certains de ceux qui ont été tes proches compagnons dans le parcours professionnel, se soient laissés aller (ou ont laissé faire) à t’étiqueter comme « étranger », t’excluant par là même de la liste des invités nationaux, seuls admis à ce congrès ! Tu avais pourtant aussi officiellement la nationalité algérienne ; acquise par ta participation directe au combat libérateur .

Faux pas désolant et, j’en conviens, difficile politiquement et humainement à avaler. Au-delà des calculs de coulisses et des pressions occultes, il reflète, me semble-t-il, une défaillance de fond, qui s’est exprimée de différentes façons, dans la conjoncture opaque du début des années 90. Le fait est à contre-courant de ce qui avait été jusque là dans les adversités successives la boussole, la force et la fierté du mouvement communiste en Algérie et dans le monde : déceler les intérêts en cause et les vraies lignes de clivage sous le dessous des passions exacerbées.

Qu’est ce qui est décisif quoique moins spectaculaire, qui rassemble, unit et mobilise le plus durablement dans la voie des libertés, de la justice sociale et de la démocratie réelle? Ce ne sont pas, aussi compréhensibles soient-ils ; les réflexes identitaires de peur ou d’agressivité, les appartenances, les affinités, les états d’âme, les replis, fascinations ou répulsions liées à la langue, à la religion, à la culture, aux coutumes, aux penchants idéologiques et politiques etc.. Ces pulsions ne sont pas à confondre avec les liens et sentiments de solidarité inspirés par une communauté d’aspirations culturelles et morales légitimes et démocratiques. Elles en sont une caricature, une déformation dangereuse. Elles servent de fond de commerce que les uns portent aux nues tandis que leurs adversaires les utilisent comme épouvantail pour les diaboliser. Séduisantes et souvent efficaces sur le court terme, les incitations sur le terrain exclusivement identitaire ou idéologique conduisent presque à coup sûr à des impasses souvent tragiques du fait qu’elles cachent les vrais enjeux socio-politiques, les solutions de fond correspondantes et surtout les motivations les plus fiables qui rapprochent et rassemblent par delà les différences, à savoir les intérêts concrets communs, depuis les plus terre à terre et quotidiens jusqu’aux plus généraux et à long terme.

Mais comme le confirme l’actualité, les objectifs sociaux et démocratiques légitimes, tant sacrifiés et maltraités par les appétits hégémoniques et par les rivalités de pouvoir des exploiteurs et des couches parasitaires, finissent par rebondir face à la réalité des mécanismes d’exploitation et d’oppression. Les illusions et les mirages entretenus sur l’efficacité et les « valeurs » supposées de la modernité libérale s’effritent les unes après les autres à la lumière des réalités; même si les prises de conscience se font encore souvent sous des formes dévoyées. Les objectifs concrets et potentiellement rassembleurs guident les mobilisations tournées vers la libération sociale et démocratique sur des bases et des voies renouvelées. En Algérie, en France et dans le monde, la montée d’un mouvement social et démocratique plus conscient est réelle, avec ses reculs et ses avancées, ses obstacles et ses facteurs favorables, face aux nouvelles formes de l’impérialisme mondialisé.

Comme au temps où le colonialisme croyait s’imposer à nous comme l’horizon indépassable, les combats actuels sont prometteurs, pour peu que les enseignements, ceux que tu tires de tes luttes passées et d’autres encore, contribuent aux grands débats mobilisateurs et rassembleurs.

Le contexte mondial actuel a plus que jamais besoin de personnalités, de forces militantes, de courants et de combats communs trans-nationaux, trans-continentaux et transcendant les cultures et les civilisations. Les temps mûrissent pour aller plus hardiment encore au devant du besoin grandissant de passerelles entre les différents groupes humains dont les aspirations convergent vers la liberté et le bonheur. Ta vie et tes combats sont de ceux qui font surgir ces passerelles indispensables. L’action des jeunes générations en tirera certainement profit. Je ne crois pas me tromper en retrouvant ces raisons d’espérer quand j’aurai le plaisir de lire ton ouvrage.

La parution d’un ouvrage n’est pas le point final à une vie de lutte qui se poursuit. Surtout quand ce jalon appelle et suscite déjà de nouvelles mobilisations, de nouvelles solidarités. Il encouragera les jeunes générations à prendre la relève

Bon succès à ton livre et aux débats qu’il suscitera

haut de page


ALAIN SORAL ÉGRATIGNE TARIQ RAMADAN

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Cette polémique contribue à éclairer une question majeure: quelle est
la pierre de touche qui permet d’évaluer de la façon la plus fiable
la validité des projets de société préconisés par les uns ou les
autres dans leurs analyses, prêches et plates-formes ?

Le critère le
plus pertinent n’est pas dans les références idéologiques affichées et
sacralisées, qu’elles soient à point de départ religieux ou profane.

La ligne de partage véritable est dans l’existence, l’absence ou
l’ambigüité des orientations démocratiques et sociales dans les actes
et les engagements réels de ceux qui défendent leurs projets de
société idéale dans l’arène politique.

JUGER AUX ACTES reste le
meilleur fil conducteur pour tous ceux qui aspirent à la liberté, à la
paix, à la justice et la solidarité sociales, à la fraternité humaine
sur la planète.

oumma.com

le 13. septembre 2012

La polémique entre Alain Soral et Tariq Ramadan se poursuit sur le net. Depuis le 15 janvier 2012, Tariq Ramadan est devenu à Doha le directeur du «Centre de recherche pour la législation islamique et l’éthique»,totalement financé par la monarchie du Qatar.

Sans faire le procès de T. Ramadan, force est de constater que l’éthique musulmane (un des objectifs de ce centre de recherche) est très éloignée de cette monarchie du Golfe, véritable dictature où l’on peut être condamné pour blasphème (peine de 100 coups de fouet, lire rapport Amnesty International), sans compter l’arrestation et torture des opposants.

Temple du consumérisme et du luxe, adepte du libéralisme économique, le Qatar réserve par ailleurs un sort effroyable aux immigrés originaires d’Asie du Sud et du Sud-Est. « Les travailleurs étrangers, qui constituaient plus de 80 % de la population du Qatar, continuaient d’être exposés aux abus et à l’exploitation de la part de leurs employeurs. Ils ne bénéficiaient toujours pas d’une protection juridique satisfaisante. Les employées de maison étrangères risquaient tout particulièrement d’être exploitées et maltraitées, et notamment d’être battues ou violées, entre autres violences sexuelles » selon Amnesty International.

Hébergeant une base militaire américaine colossale sur son sol, cette monarchie archaïque jouit d’une excellente image en Occident grâce à ses gazo-dollars. Ce sont ces caractéristiques de la monarchie du Qatar que l’essayiste à succès Alain Soral (son dernier ouvrage Comprendre l’empire s’est vendu à plus de 40 000 exemplaires) pointe du doigt dans ses traditionnels entretiens mensuels suivis par un très nombreux public sur le net.

Dans son intervention diffusée le 11 septembre 2012, Alain Soral interpelle l’islamologue suisse en ces termes: «Être religieux en dernier instance, c’est prouver qu’on craint Dieu dans ses actes. Et que Personne après ça ne vienne me donner de leçons de théologie authentique. Et je peux même poser la question en annexe. Comment Ramadan fait-il aujourd’hui pour accepter l’argent des Qataris? S’il est capable de comprendre ce qui se joue en ce moment, notamment en écoutant un grand théologien musulman qui est Cheikh Imran Hosein (…) J’ai un très grand respect pourCheikh Imran Hosein, j’en ai un peu moins pour Tariq Ramadan (…) je pense qu’il a été séduit, je pense malheureusement que le diable qui existe et les envoyés du diable lui ont chanté une chanson aux oreilles qui a un peu perturbé sa saine compréhension de la religion du Dieu unique.»

Le passage en question sur Tariq Ramadan dans son intégralité

est accessible en cliquant ici…soral.jpg.

PARIS – PROGRAMME 2012-2013 – MARX au XXIe siècle : L’ESPRIT ET LA LETTRE

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Marx au XXIe siècle :

l’esprit et la lettre 2012-2013

Séminaire hebdomadaire,

sous la responsabilité de Jean Salem (Paris I),

Isabelle Garo (Paris, Lycée Chaptal)

et Jean-Numa Ducange (Université de Rouen)

Publié le 27 août 2012, mise à jour le 9 septembre 2012

Organisé dans le cadre du

Centre d’Histoire des Systèmes de Pensée Moderne,

avec le soutien du CERPHI (ENS Lettres et Sciences Humaines)

et de la revue ContreTemps (Textuel)

Les séances ont lieu le samedi, de 14 à 16 h,

à la Sorbonne

amphithéâtre Lefebvre

(Galerie Jean-Baptiste Dumas, escalier R, 1er étage)

entrée par le 14, rue Cujas,

Métro : Cluny-Sorbonne – RER : Luxembourg


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• PROGRAMME DU SÉMINAIRE ‘MARX AU XXIe SIÈCLE’

pour l’ année 2012-2013


* PREMIER SEMESTRE


samedi 29 septembre 2012 :

Jean-Numa DUCANGE

Maître de conférences en Histoire contemporaine
à l’Université de Rouen


“Quelle histoire du marxisme ?

Réflexions sur la réception politique et théorique de Marx
aux XIXe-XXe siècles”

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samedi 6 octobre 2012 :

Jean VIGREUX

Professeur d’Histoire contemporaine à l’Université de Bourgogne

“La faucille après le marteau.

Le communisme aux champs dans l’entre-deux-guerres”

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samedi 13 octobre 2012 :

Lucien SÈVE

Philosophe

“L’aliénation, concept majeur du Capital”

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samedi 20 octobre 2012 :

Deniz UZTOPAL

Docteur en Histoire

et Isabelle GOUARNÉ

Post-doctorante au Centre Alexandre-Koyré

(CNRS / EHESS / Muséum d’Histoire naturelle)

“Les scientifiques marxistes français
après la Deuxième Guerre mondiale”

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samedi 27 octobre 2012 :

Enrique DUSSEL

Professeur d’Éthique et de Philosophie politique
à l’Université de México (UNAM)


Titre à préciser

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samedi 3 novembre 2012 :

Roger MARTELLI

Historien, professeur au Lycée Édouard-Branly (Nogent-sur-Marne)

“Faut-il se débarrasser du concept de totalitrisme ?”

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samedi 10 novembre 2012 :

Samir AMIN

Professeur agrégé en Sciences économiques
aux Universités de Paris, Dakar, Le Caire


Président du Forum Mondial des Alternatives

“L’Implosion du système de la mondialisation néolibérale”

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samedi 17 novembre 2012 :

Fayçal TOUATI

Chargé de cours au département de Philosophie
de l’Université de Toulouse 2 – Le Mirail


“Hegel et la Terreur. Une lecture marxiste”

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samedi 24 novembre 2012 :

Mylène GAULARD

Maître de conférences en Économie
à l’Université de Grenoble 2

Centre de recherche en Économie de Grenoble (CREG)


“Les dangers de la suraccumulation en Chine :
une analyse marxiste”

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samedi 1er décembre 2012 :

Peter DRUCKER

Fellow à l’International Institute for Research and Education (Amsterdam)

“Trois phases de l’économie politique impérialiste
et leurs conséquences
pour les formations socio-sexuelles européennes

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* DEUXIÈME SEMESTRE


samedi 12 janvier 2013 :

Patrick TORT

Directeur de l’Institut Charles Darwin International

Darwinisme et marxisme

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samedi 19 janvier 2013 :

Michael CHRISTOFFERSON

Professeur associé au Département d’Histoire d’Adelphi University (New York)

“Supplément aux Intellectuels contre la gauche (trad. fr. : Agone, 2009):
Penser la biographie de François Furet”

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samedi 26 janvier 2013 :

Isabelle GARO

Professeure en Classes préparatoires au Lycée Chaptal (Paris)

“Marx et l’art”

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samedi 2 février 2013 :

Michel HUSSON

Économiste à l’Institut de Recherches Économiques et Sociales (IRES)

et Claude SERFATI

Chercheur associé à l’Institut de Recherches Économiques et Sociales (IRES)

“Le monde capitaliste en crise :
1. l’Europe – 2. les grands groupes capitalistes”

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samedi 9 février 2013 :

Annie COLLOVALD

Professeur de sociologie à l’Université de Nantes,
Directrice du CENS (Centre nantais de sociologie)

“Populisme, fascisme, extrême-droite ?

Sur l’interprétation des liens entre le Front national
et les classes populaires”

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samedi 16 février 2013 :

Michel PINÇON et Monique PINÇON-CHARLOT

Sociologues, anciens directeurs de recherche au CNRS

“Le Marxisme discrédité dans l’actuelle guerre idéologique :
mais jusqu’à quand ?”

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samedi 23 février 2013 :

Hervé TOUBOUL

Maître de conférences en Philosophie
à l’Université de Besançon


“Derrida, lecteur de Marx”

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samedi 2 mars 2013 :

Stéphanie ROZA

Professeure agrégée de Philosophie (Acad. de Versailles)
ATER à l’Université Paris 1


“Utopie et Révolution : la figure de Gracchus Babeuf”

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samedi 9 mars 2013 :
François JARRIGE et Xavier VIGNA

Maîtres de conférence en Histoire contemporaine
à l’Université de Bourgogne


“E. P. Thompson, le marxisme et l’écriture de l’histoire ouvrière”

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samedi 16 mars 2013 :

Hocine BELALLOUFI

Journaliste, écrivain

“La recomposition de l’ordre impérialiste
dans le monde arabe”

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samedi 23 mars 2013 :

Journées d’Étude s/ Gramsci

Programme à préciser


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• ARGUMENT

Dire que la pensée de Marx est vivante ne peut plus être aujourd’hui une déclaration abstraite et sans conséquence. C’est donc bien la radicalité même de cette pensée qui est en cause, et non la perspective de son inscription sans heurt au sein d’une tradition « classique ». Dès lors, c’est seulement un travail assidu d’exploration et d’invention qui peut le montrer. Et c’est pourquoi ce séminaire se veut un lieu de débat, de découverte et de confrontation, original à plusieurs titres.

1/ Il s’agit de se confronter aux textes de Marx et du marxisme avec la plus grande rigueur historique et philologique, en développant et en présentant, le travail éditorial autant que critique, déjà réalisé ou en cours de réalisation, et cela sur le plan international.

2/ Il s’agit ensuite de surmonter les découpages rigides et les barrières disciplinaires, de faire se croiser les axes, philosophique, sociologique, économique, etc., en les unissant autour de leur portée concrète ou pratique : c’est la volonté d’intervention théorique et politique de l’engagement critique qui, sans dogmatisme, définit un rapport vivant à Marx aujourd’hui.

3/ Il s’agit enfin d’être offensifs, dans un contexte d’hégémonie, à la fois puissante et fragile, de la pensée dominante. Car il importe d’ouvrir les fenêtres, de déranger les évidences, de rejeter les mauvais procès, de récuser les anathèmes. Rien de plus utile pour cela que de se confronter à toutes les idées du présent, d’être attentif à tous les courants de pensée, bref, d’investir tous les points hauts de la pensée contemporaine, en philosophie, économie, histoire, sciences sociales, sciences de la nature, etc., en vue d’une confrontation informée et exempte de timidité.

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• ARCHIVES DU SÉMINAIRE ‘MARX AU XXIe SIÈCLE’

2011-2012

2010-2011

2009-2010

2008-2009

2007-2008

2006-2007

2005-2006


LES MOTS DU «SOFT POWER» DE L’ IMPÉRIALISME

« Ce large panorama sémantique de l’ultra-libéralo-colonialisme
confirme à quel point le système mondial prédateur a énormément
sophistiqué le langage hypocrite des deux derniers siècles.

Il ne pouvait plus en rester à la caricature de la « mission civilisatrice »
recouvrant mal les montagnes de turpitudes racistes.

Tout à fait « normale », l’ évolution vers un langage plus insidieux mais plus
criminel que jamais, face aux conquêtes populaires et prises de
conscience accrues des décennies indépendantistes et du mouvement
social.

Beaucoup moins normal est le suivisme de « perroquets », adopté
parmi les quelques journalistes ou pseudo-intellectuels nationaux qui
lâchent pied face à l’escroquerie. Ce faisant, consciemment ou non,
ils participent à l’entreprise qui prétend faire des citoyens
algériens des poules consentantes à l’abattoir.

Peine perdue, jugeant les faits, les actes et non les paroles, dans leur grande majorité, peuples et intellectuels disent « FAQOU »!


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LES MOTS DU «SOFT POWER» DE L’ IMPÉRIALISME

LE NOUVEL HABILLAGE

DU « DEUX POIDS ET DEUX MESURES »

Abdelatif Rebah

4 Septembre 2012

« Ce que le peuple américain a retiré de l’expérience de la guerre du Golfe, c’est qu’il est bien plus amusant d’aller botter les fesses des gens du Moyen Orient que de faire des sacrifices pour limiter la dépendance vis-à-vis du pétrole importé ».

C’est un ancien Secrétaire d’Etat américain à l’énergie, James Schlesinger, qui tient ce propos empli de délicatesse aux participants au Congrès mondial de l’énergie, à Madrid en septembre 1992. Le langage fleure bon le verbe arrogant du cow-boy, colt à la main, qui fait la loi dans le Far-West. Périodiquement et pour les besoins de la cause, les Etats-Unis nous font revivre cette bonne vieille tradition du seigneur qui ne se refuse aucun écart de vocabulaire, quand il y va de ses «intérêts vitaux», c’est-à-dire impériaux.

Tout crûment, Sarkozy parle de karcher et de racaille, en parlant des Arabes et des Noirs des banlieues françaises, Merkel grogne contre les PIGS, qui veut dire cochons en anglais, en désignant, sous cet acronyme, les Portugais, les Irlandais, les Grecs et les Espagnols, mauvais élèves de l’Union Européenne. Tout récemment, lors des Jeux Olympiques de Londres, un journal britannique n’a pas pu s’empêcher de dire tout le mal que lui inspirait Kassamen, notre hymne national. Il ne le trouve pas très soft à son gout, trop agressif. Un jour, qui sait, décréteront-ils de mauvais goût le vert et blanc (nadjma wa hlal) de notre emblème national. Pourquoi s’en étonner. La pensée occidentale est depuis si longtemps habituée à donner le La et à dire l’alpha et l’oméga. Faut-il le leur reprocher? Normal, comme on dit, aujourd’hui, chez nous. Ces mots des puissants parlent pour les puissants. Ils leur appartiennent, on ne peut les faire nôtres, sauf à épouser leur cause. Cependant, pour être crus et sans fioritures, les mots de l’ennemi n’en sont pas moins francs. La ligne de partage est donc assez nette qui devrait, en principe, nous éviter de nous égarer en territoire adverse.

Mondialisation du langage et des cerveaux

et homogénéisation du lexique

Mais il se trouve qu’aujourd’hui, les repères frontaliers sont rudement mis à mal par la tempête de mondialisation du langage et des cerveaux qui balaye nos modestes contrées à partir des grands centres du Nord. A défaut d’homogénéiser les niveaux de vie, les niveaux de bien-être social, les niveaux de développement des peuples de la planète, cette mondialisation homogénéise le lexique dans lequel nous devons joyeusement puiser le vocabulaire pour dire ce que nous sommes et ce que nous voulons être, et en extraire la grille de lecture de notre propre réalité. La fabrique de l’agenda politique occidental accorde une attention stratégique aux mots qui doivent le servir. La mode est à la mise au point, par des spécialistes de la communication et de la propagande, de ce qu’on appelle des «éléments de langage» destinés à être repris et répétés ad nauséam par hommes politiques, radio, télé, etc..

Même l’autonomie lexicale nous est refusée. Les mêmes mots et expressions servent à tous: les riches et les pauvres, les travailleurs et les patrons, les ex-colonisés et les ex-colonisateurs, le maître et son esclave, le serf et son seigneur. Communauté internationale, climat des affaires, gouvernance, économie de marché, réformes structurelles, Etat providence, souverainisme, société civile, droits de l’homme, devoir d’ingérence, gagnant- gagnant, paix sociale, employabilité, etc, etc, sans oublier la sempiternelle tarte à la crème de l’économie rentière, ces mots de l’errance indigène dans la mondialisation «impérative» ont déclassé indépendance nationale, souveraineté nationale, développement national, système productif national, justice sociale qui balisent la terre ferme de notre individualité historique nationale, mais qui sont, à présent, dénigrés pour cause, dit-on, de péremption.

Le pouvoir terminologique, qui affirme et met en exergue la sphère de nos intérêts nationaux, s’estompe devant la puissance du verbe globalisé qui nous dessine jusqu’aux contours du camp de nos amis et de nos alliés en nous désignant les lignes de nos ennemis. Ainsi, nos médias donnent généreusement du vocable «communauté internationale», à propos de la Côte d’Ivoire, de la Lybie, de la Syrie ou de l’Iran, sans se soucier apparemment du fait que cette «ruse de Blancs», à l’ombre de laquelle se tapit, tous crocs dehors, le bloc euratlantique dirigé par les Etats-Unis, porte, inscrit au cœur même de sa définition non dite, le programme de la démolition de notre propre pays, au cas où…

On a même vu des médias algériens reprendre à leur compte le «dirty writing» odieux et raciste de la presse occidentale qui stigmatise les travailleurs et le peuple grecs, coupables, par leur «fainéantise et leur irresponsabilité», d’avoir mis en danger la stabilité de l’Euro et de l’Union Européenne. Le vocable Communauté internationale est obligatoirement suivi des verbes s’inquiète, s’indigne, demande, exige, condamne, sanctionne…, puis d’une liste de pays choisis avec le plus grand soin. Il est tout à fait exclu qu’il ait comme complément d’objet direct le nom des pays suivants, par exemple: Israël, les Etats-Unis, la France, la Grande Bretagne, l’Allemagne, l’Italie, le Japon.

Prenons un exemple, à titre d’illustration. Il y a quelque temps, Newt Gingrich, qui briguait l’investiture républicaine contre Obama aux prochaines élections américaines a déclaré: “Les Palestiniens ne sont pas un peuple parce qu’ils n’ont jamais eu d’État et qu’ils faisaient partie de l’empire ottoman avant la création d’Israël”. Les Palestiniens seraient, à ses dires «un peuple inventé». Aussi choquant qu’il puisse paraitre pour la «conscience universelle», ce cas de figure ne peut, en aucun cas, autoriser à construire une phrase sur le mode de «La communauté internationale s’indigne des propos de New Gringrich» ou de quelque variante apparentée. Tout comme il est, disons inapproprié, d’écrire, par exemple, pour rester dans la brulante actualité de «la crise de l’euro»: «La communauté internationale» s’inquiète des conséquences dramatiques des agissements des banksters sur les peuples grec, espagnol ou portugais et particulièrement sur leur jeunesse». Il est loisible à tout un chacun curieux de modernité langagière de cueillir sur les pages des mainstreams une floraison d’exemples instructifs de l’usage que l’impérialisme peut faire de la langue. Un drone américain s’est égaré par erreur dans l’espace aérien iranien. L’erreur est humaine n’est-ce pas? Mais un avion syrien, on va dire, a forcément violé l’espace aérien israélien! Etc, etc, etc..

Le masque de l’universalité et la réalité des dominations

Parfois, les dominants jettent, sans subtilité aucune, le masque de l’universalité du lexique. On apprendra à nos dépens que le mot boycott n’a pas le même sens selon qu’il s’agisse d’Israël, contre lequel la sanction devient injuste et illégale, ou de l’Irak, de l’Iran, de la Lybie et de la Syrie sur lesquels la mise en quarantaine internationale est pleinement justifiée et méritée. Des personnalités dirigeantes du Parti socialiste français multiplient fébrilement les appels au blocus de la Syrie et de l’Iran mais apposent leurs signatures au bas d’une pétition condamnant le boycott d’Israël. Le degré d’acuité de «l’urgence humanitaire» non plus n’a pas la même pertinence. En juillet 2006, au plus fort de l’agression israélienne contre le Liban, Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’intérieur, peu pressé de voir l’Etat hébreu «traduit» devant le Conseil de sécurité de l’ONU, appelle à «laisser Israël terminer le travail». En août 2012, le désormais ex-président de la république française sort brusquement de sa réserve pour appeler, cette fois, à une intervention militaire urgente contre un Etat souverain, la Syrie. Rivalisant d’ardeur guerrière, le ministre français des affaires étrangères appelle, lui à «abattre le régime syrien et rapidement». Il juge même que «Bachar Al Assad ne mériterait pas d’être sur la terre». Gageons, sans absolument nul risque, qu’il n’en dirait pas autant de Netanyahou, de Tzipi Livni, ou de Ehud Barak, ces doux bienfaiteurs, comme chacun le sait, du peuple palestinien.

Avant l’occupation israélienne en 1967, la population Palestinienne de la vallée du Jourdan était estimée entre 200 000 à 320 000 personnes. En 2009, elle n’était plus que de 56 000 personnes. Mais pour la «communauté internationale», il est hors de question de parler de nettoyage ethnique. Le mot est réservé aux «dictatures» arabes ou africaines ciblées par les démocraties occidentales. Quant au qualificatif «pauvre», il peut impliquer des conséquences totalement insoupçonnées. La Banque mondiale, une «institution internationale», ainsi que prescrit de la nommer «le lexique», s’est prononcée, dans un rapport, contre l’indépendance palestinienne et donc pour la poursuite de l’occupation israélienne, au motif mentionné dans ce rapport que c’est un pays «trop pauvre pour pouvoir être autonome». Le Rapport conclut que les Palestiniens «prennent insuffisamment part (sic!) au commerce extérieur et que ces dernières années la production et l’agriculture ont diminué de manière significative». La boussole des «droits de l’homme» perd le Nord dès qu’il s’agit des intérêts occidentaux. En juin 2001, 23 Palestiniens rescapés de la tuerie de Sabra et Chatila avaient porté plainte, pour crimes de guerre, crimes contre l’humanité et actes de génocide contre Ariel Sharon, qui était à l’époque des faits ministre israélien de la Défense. La Cour de Cassation de Bruxelles, par décision du 24 septembre 2003, prononcera le dessaisissement de la justice belge pour les plaintes déposées contre le Premier ministre Ariel Sharon et les officiels israéliens. La chambre des mises en accusation de la cour d’appel de Bruxelles a jugé que la plainte, déposée au nom de la loi belge dite de «compétence universelle», était irrecevable car M. Sharon «n’a pas été trouvé sur le territoire du royaume de Belgique». En novembre 2009, les tribunaux norvégiens qui ont une compétence universelle dans le domaine des droits de l’homme décident de ne pas donner suite à une plainte pour crimes de guerre déposée à l’encontre de hauts responsables israéliens dont l’ex-ministre des affaires étrangères, Tzipi Livni et l’ex Premier ministre Ehud Olmert pour «crimes de guerre» à Ghaza. La même année, la Cour pénale internationale de La Haye dont le procureur était alors le fameux Luis Moreno-Ocampo, s’était déclarée non compétente pour les crimes israéliens commis sur la population de Ghaza, lors de l’opération «Plomb durci» qui a ôté la vie à 1300 Palestiniens

Autre mot du lexique à géométrie variable: «menace nucléaire». Le compteur Geiger occidental est réglé pour détecter la menace nucléaire là où, osons ici l’infidélité au lexique, les plans de domination impérialiste occidentale le commandent. Ainsi, les armes nucléaires sont bel et bien physiquement stockées en Israël et depuis des décennies, mais l’inlassable navette du ministre des affaires étrangères de l’Union Européenne Xavier Solana, ce n’était pas Bruxelles-Tel -Aviv mais Bruxelles-Téhéran, la capitale de l’Iran soupçonné de vouloir en posséder un jour.

Les médias et le formatage idéologique

Inutile d’aller chercher une bouffée d’oxygène pluraliste dans l’explosion des bouquets satellitaires de la planète médiatique occidentale. Un même et unique couplet tourne en boucle, démultiplié aux quatre coins de la Terre. Quand on a vu un journal télévisé, on en a vu cinquante: 50 terrorisme palestinien à Ghaza, 50 armes de destruction massive de Saddam Hussein, 50 menace nucléaire iranienne, 50 dictature de Chavez au Venezuela, etc., etc. Une gigantesque entreprise de formatage des esprits qui, non seulement nous qualifie les choses mais nous désigne aussi les mots pour les dire. Ainsi, on dira le gouvernement de Sarkozy, Cameron ou Berlusconi, par exemple, mais le régime de Kadhafi, de Bachar El Assad, de Bouteflika…De la même façon, on parlera de l’armée française ou britannique, des forces armées américaines, voire de la poétique Tsahal israélienne, mais des troupes de Kaddafi, des forces du régime Al Assad et quand cela empire des milices du régime ou des éléments et combattants loyalistes restés fidèles au régime (Al Assad, Kaddafi, Bouteflika, etc.). On parlera volontiers du courant Rocard, Hollande ou Fabius, au PS, des centristes de l’UMP en France, des socio-libéraux chez les travaillistes outre-Manche, mais quand il s’agit de ce côté-ci de la Méditerranée le maître-mot c’est les clans, exemple le clan Bouteflika, le clan de l’armée….

« Même les mots ont une fonction, s’écrie, un journaliste Grec, indigné par la perversion néolibérale de la langue. Depuis des décennies, les sociétés se bâtissent systématiquement sur le nouveau lexique du capitalisme cynique. Les partisans en général ignares du néolibéralisme, avec leurs diplômes et leurs distinctions académiques accrochés aux murs de leurs bureaux de luxe, ont commencé à s’attaquer à la langue elle-même, s’étant retrouvés dans l’incapacité de produire de nouveaux termes. … Ils ont violemment vidé des centaines de mots de leur contenu historique pour les affubler d’un sens répugnant et erroné. De la même façon que le pogrom lancé contre les immigrés a été nommé ‘Xenios Zeus’, le nom du dieu suprême de l’antiquité grecque, dans son épithète protecteur des hôtes et de l’hospitalité, la destruction de notre pays par nos créanciers est également qualifiée de ‘sauvetage’. Et chaque outil avec lequel cette catastrophe est mise en œuvre est appelé ‘réforme’. …On nomme ‘privatisation’ la moindre vente d’une entreprise publique qui dérange apparemment le ‘libre marché’. »  (le chroniqueur Giannis Kibouropoulos dans l’hebdomadaire Ependytis du 12.08.2012).

Une violence symbolique (guerre de basse intensité ?) qui nous dépossède de notre propre regard sur nos réalités, de nos propres mots pour les représenter, de notre propre grille d’analyse pour les interpréter et les qualifier.

Dans le cas de l’Algérie du cinquantenaire, rien n’a été épargné pour ancrer dans les consciences l’image d’un pays victime des errements idéologiques de ses dirigeants depuis l’indépendance, accumulant sans discontinuer gâchis et ratages. L’Histoire est revisitée à travers le prisme occidental. L’indépendance n’a pas été une rupture mais un leurre, la guerre de libération a été l’occasion de règlements de compte entre clans, la souveraineté nationale n’a été qu’un prétexte pour asseoir le diktat d’un pouvoir militaro-politique… L’inventaire des ratés, déboires et crises de la construction étatique-nationale tient lieu, en permanence, de bilan critique auquel doit sacrifier tout esprit d’analyse s’il ne veut pas encourir le soupçon d’être asservi au pouvoir. Ecrits médiatiques et/ou analyses à prétention critique s’assimilent à une interminable liste d’attendus qui doivent instruire un procès dont le verdict est connu d’avance. Et quand il s’agira, le moment opportun, de fabriquer l’image détestable-repoussoir du pays coupable, afin de préparer l’opinion au coup de force légitime contre lui, la machinerie qui se mettra en branle trouvera des yeux et des oreilles réceptifs, familiers, jusqu’à l’intoxication, des grilles d’analyse et de diagnostic forgées outre-mer.

Le lexique euro-labellisé ou dollaro-estampillé, homogénéisé aura rempli sa fonction: faire que les poules aillent à l’abattoir de leur propre gré.

Abdelatif Rebah, le 29 août 2012.

ALGER: HOMMAGE DE SES AMIES A FEU ZOULIKHA BENZINE INAL, COMBATTANTE ARDENTE ET MODESTE , UNE DAME AU GRAND COEUR

autoportrait. Issiakhem citant Zoulikha Inal

Une de ses proches amies témoigne:

Zoulikha , comme la plupart de nos combattantes, a toujours été d’une grande modestie et d’une discrétion exemplaire, aussi bien sur sa propre participation à la lutte de libération nationale, que sur sa participation à l’édification de notre pays.

Pour moi c’était avant tout une amie dont je respectais le silence douloureux….

Lalia D.


Plusieurs visiteurs du site ont souhaité que ses nombreux amis et amies apportent leur témoignage et leur hommage.

Socialgerie s’associe à cet appel. La mémoire militante communiste reste toujours vivante des sacrifices de cette famille aux nombreux martyrs. Le souvenir entre autres de l’abnégation avec laquelle Zoulikha, sa soeur Fadhela et leur mère, montagnarde chaleureuse et admirable ont traversé les épreuves de la guerre de libération. jusqu’au moment où elles ont pu clamer en décembre 1960 « L’Algérie mizermane » (la maman dixit!). Ce n’était pas la fin des épreuves et des émotions, Comme en l’été 1961, un des moments culminants du nouveau sursaut ultra colonialiste, quand Hamid en danger de mort comme prisonnier de guerre au bagne militaire français de Boghari, a été sauvé par leur courage et leur ingéniosité. Elles avaient réussi à nous transmettre le manuscrit soigneusement camouflé du « CAMP », diffusé peu après largement dans l’opinion mondiale.

L’engagement, dans ses multiples dimensions humaines, s’est poursuivi pour l’édification de l’Algérie indépendante, alors que les conditions ont été rendues encore plus complexes par l’attention toute particulière apportée par les services répressifs spéciaux officiels aux activités des membres d’une famille qui a beaucoup donné aux causes politique, sociale et culturelle de l’Algérie.


autoportrait. Issiakhem citant Zoulikha Inal

Zoulikha Benzine,

épouse Inal,

sœur de Abdelhamid Benzine,

ancienne Moudjahida et femme de lettres,

est décédée, aujourd’hui, jeudi 9 août,

en son domicile à Alger,

des suites d’une longue maladie.

Elle était âgée de 71 ans.

“autoportrait”. “Issiakhem” citant “Zoulikha Inal”

Après avoir vécu au côté de son époux, Inal Djaâfar, attaché culturel à l’ambassade d’Algérie dans l’ex-Union soviétique, elle a été, dans les années 1970, une grande amie de Kateb Yacine et de M’hamed Issiakhem qui a peint son portrait à sa manière surréaliste et dont elle a conservé l’original.

Passionnée de peinture, elle a été une conservatrice attitrée des toiles d’Issiakhem. Elle en a fait don, il y a quelques années, au Musée national d’Alger.

Femme de grande culture, ses correspondances écrites avec les écrivains, peintres, acteurs algériens de son temps, recèlent nombre d’aspects restés jusque-là inédits dans le vie et l’œuvre des nombreux et illustres correspondants d’Inal Zoulikha.

Grande collectionneuse, elle affectionne également le disque Vinyle de la chanson algérienne, kabyle en particulier.

Nombre de témoignages écrits sur la guerre de libération la citent et lui ont rendu hommage de son vivant. Ces témoignages attestent que Zoulikha Inal a pris le maquis toute jeune dans la zone ouest d’Alger où elle a connu, alors agent de liaison, Djamila Boupacha qui l’a hébergée dans sa famille.

Zoulikha Inal, durant les années 1990 de la décennie noire, a assuré le gîte et le couvert à de nombreux journalistes menacés par le terrorisme.

Retirée depuis quelques années dans son appartement des hauteurs d’Alger, elle ne recevait plus que ses ami(e)s intimes et elle s’est toujours refusé de parler publiquement de son passé révolutionnaire. Malgré leur insistance, ses proches n’ont pu la persuder de publier les échanges épistolaires avec Kateb Yacine qui lui rendait visite alors déjà atteint de maladie, ou de Malek Haddad.

Discrète et fidèle à ses engagements pour l’indépendance de l’Algérie et les libertés démocratiques, Zoulikha Inal a su créer autour d’elle, jusqu’à son dernier souffle, une ambiance intellectuelle à la mesure de ses appétits livresques.

Elle était mère de deux filles, dont, Souad, conservatrice, chargée de la bibliothèque de l’Ecole des Beaux Arts d’Alger, qui a initié le prix annuel « Abdelhamid Benzine » attribué au meilleur reportage /enquête journalistique.

Rachid Mokhtari

http://www.lematindz.net/news/8963-deces-de-zoulikha-inal-aujourdhui-a-alger.html


[

DÉCÈS DE ZOULIKHA INAL

samedi 11 août 2012

par Alger Republicain

->http://www.alger-republicain.com/spip.php?article913]

Nous venons d’apprendre la triste nouvelle du décès de Zoulikha Inal des suites d’une longue maladie, à l’âge de 71 ans.

Zoulikha Inal avait participé très jeune au combat pour la libération nationale inscrivant naturellement mais aussi avec conviction son action dans la tradition de luttes et de militantisme de la famille Benzine.

Femme de culture, sensible à l’art, elle avait eu pour amis de grands artistes tel le peintre Issiakhem et a été également très proche de Kateb Yacine et d’autres écrivains et poètes.

Zoulikha Inal était la sœur de notre camarade Abdelhamid Benzine, ancien membre du mouvement nationaliste MTLD, puis militant communiste de 1949 à sa mort en mars 2003, ancien dirigeant du PCA et du PAGS, ancien directeur d’Alger républicain. Ayant rejoint l’ALN en 1956 Abdelhamid fut capturé les armes à la main et connut le bagne de Lambèse puis le camp de la mort de Boghari dont il ne sortit miraculeusement qu’après le cessez-le-feu du 19 mars 1962.

Zoulikha était une femme de grande réserve et de modestie. Mais elle savait dire tout haut son mot pour remettre à leur place ceux qui minimisent ou dénigrent la contribution des communistes à la lutte pour l’indépendance. Nous gardons d’elle le souvenir impérissable de sa réaction indignée aux propos tenus par un ancien responsable militaire de la wilaya 4 lors de l’hommage rendu en juin 2006 au martyre de Henri Maillot. Invité à une rencontre organisée à Riadh el Feth par des anciens moudjahidine, cet ancien responsable s’était lancé dans un dénigrement incongru et complètement déplacé des résultats et de la portée de l’action de Henri Maillot. Elle lui répondit vivement et d’une voix chargée d’émotion en exprimant toute l’indignation qu’elle ressentait face à un anticommunisme aussi primaire que négateur d’un fait politique et militaire inscrit à jamais dans l’histoire de la guerre de libération. Son intervention cinglante rencontra l’approbation de toute l’assistance et notamment d’un moudjahed héroïque auquel avait échu une mitraillette qui faisait partie du lot d’armements dont Henri Maillot s’était emparé en avril 1956.

Alger républicain présente à ses filles Souad et Farah, à son mari Djaafar et à toute sa famille ses sincères condoléances dans cette épreuve.

Zoheir Bessa

http://www.alger-republicain.com/spip.php?article913


LES INDIGÈNES DE LA RÉPUBLIQUE, L’ ÉTAT ET LE CAHIER DES CHARGES

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Salima Ghezali

lanation.info

Mercredi 29 Août 2012

  • « C’était atroce mais nécessaire… »

    Anders Behring Breivik
  • « … les prévisions faisaient état de 60.000 morts. C’est-à-dire qu’au moment où les auteurs de ce redressement s’apprêtaient à agir ils savaient qu’un grand nombre d’algériens allaient mourir».

    Maamar Farah
  • « … le problème, c’est à mon avis, (que) le prétexte de défense des droits de l’homme est déjà en soi une immixtion dans la politique intérieure de l’Algérie.»

    Ali Haroun
  • « En fin de compte que peut dire un peuple occupé à un peuple occupant ? Sortez de moi!»

    Mahmoud Darwich

La crise algérienne donne des signes potentiels de dérapages incontrôlables. Est-ce l’effet cumulé de l’usure, des émeutes, de la non-gouvernance et du silence officiel ? Pourtant, rien de ce que nous avons vécu cet été n’est inédit. Au chapitre des saisons en enfer, il y en eût de plus atroces. L’été 1997 [[Quand l’innommable est érigé en tabou ( Nous ne pouvons énumérer tous les massacres qui ont endeuillé la population algérienne durant cette période. Citons seulement quelques-uns de ceux qui se sont succédé de façon infernale entre la mi-août et la mi-septembre 1997 , pour nous en remémorer l’ampleur et l’horreur : 60 personnes à Souhane près de Tablat (Médéa) le 20 août ; 64 personnes à Béni-Ali près de Chréa (Blida) le 26 août ; entre 300 et 500 personnes à Raïs (Sidi-Moussa) dans la banlieue d’Alger le 28 août ; plus de 70 personnes à Sidi-Youcef à Béni-Messous (Alger) le 5 septembre ; plus de 50 personnes à Béni-Slimane, près de Tablat (Médéa) le 20 septembre ; plus de 400 personnes à Bentalha dans la banlieue d’Alger le 22 septembre.
Dans les mois qui suivent, la fureur sanguinaire est sans limite. Presque quotidiennement, des hordes d’hommes armés de couteaux et de kalachnikovs attaquent des villages ou des banlieues de villes et massacrent plusieurs dizaines de victimes. L’armée algérienne, pourtant omnipotente et omniprésente, semble impuissante. Et à la charnière de l’année 1998, l’horreur dépasse tout entendement : à l’ouest du pays, dans différentes bourgades, non loin de Relizane, près de 1 000 personnes sont tuées dans les nuits du 30 décembre 1997 et du 4 janvier 1998.)

http://www.algeria-watch.org/fr/aw/general_lamari_massacres.htm]] fût autrement plus scandaleux que l’été 2012, avec les massacres de population, le silence du Président Zeroual, la légèreté de la gestion officielle (par un Ouyahia qui s’obstinait à déclarer le terrorisme « résiduel » alors même que la faucheuse emportait des villages entiers) et l’intervention publique de l’ambassadeur américain [[Depuis l’arrêt du processus électoral de décembre 1991, les USA n’ont pas arrêté d’avoir un regard critique vis à vis de la démarche des autorités algériennes. Ce n’est que le 10 septembre 1997 que l’ambassadeur des États-Unis d’Amérique en Algérie, Ronald E. Neumann rend publique une déclaration assez «différente» après sa rencontre avec le président Liamine Zeroual. Condamnant les massacres horribles, les attentats à la bombe et les attaques contre les civils algériens, la déclaration américaine stipule que le gouvernement des USA appuie «les mesures militaires, compatibles avec un état de droit, pour la protection des civils». Le texte de l’ambassadeur américain fait part du soutien des USA à «la politique énoncée par le président Zeroual sur les réformes économiques et politiques, la liberté de la presse et l’état de droit». Les américains séparent ainsi les paroles du président Liamine Zeroual de la réalité qu’ils savent plus nuancée. Ensuite la déclaration de l’ambassadeur américain énonce les positions classiques des USA en rapport avec l’Algérie à savoir: la nécessité de la réconciliation nationale et «l’inclusion dans le processus politique de tous ceux qui rejettent la violence». Avec des mots à peine voilés, le texte de l’ambassadeur s’attaque aussi à la fraude électorale que le régime algérien a presque institutionnalisé. «(…) Nous espérons que le gouvernement algérien abordera les problèmes soulevés par les observateurs algériens et internationaux lors des élections de juin, au moment où l’Algérie prépare les élections locales du 23 octobre», affirme la déclaration américaine.

http://esteurop.free.fr/artic15/alger15.html]], en matière de politique intérieure algérienne. La réponse du système à tant d’horreurs s’était alors cristallisée autour de la démission de Zeroual et la candidature de Bouteflika à la succession. Une réponse qui portait en creux, le deal avec l’AIS, le Printemps noir de Kabylie, et, avec l’intronisation de nouvelles mœurs présidentielles, l’accélération du processus de délitement de l’organisation administrative et politique du pays.

Les fuites [[http://algeria-watch.org/farticle/sale_guerre/rapport_secret.htm]] sur les intentions stratégiques du pouvoir organisées occasionnellement, n’ont pas obligatoirement valeur documentaire sur les faits, mais leur lecture jette un certain éclairage sur la manière avec laquelle le pouvoir fait du pays un perpétuel champ de manœuvres dépourvu de volonté propre. Depuis toujours, la société est soumise à des réaménagements, qui n’ont que peu à voir avec l’apport de solutions véritables aux problèmes qui se posent à elle.

Syndrome Tab Jnanou

Quinze ans après l’horrible été 97, c’est un autre été pourri qui prend les algériens à la gorge. Avec la réédition de pénuries d’un autre âge, les incendies sur lesquels pèsent parfois de lourdes présomptions, la canicule et son cortège de coupures d’électricité, la «gestion courante» de l’impuissance publique, et le silence officiel. Les rebondissements de l’affaire Nezzar s’accompagnant de la montée au créneau d’un courant déterminé à faire supporter à l’Etat les turpitudes du régime [[http://www.algerie1.com/actualite/ali-haroun-appelle-a-la-solidarite-de-l%E2%80%99etat-en-faveur-du-general-khaled-nezzar/ ]], donnent ainsi à voir dans sa nudité un système fondé sur des hommes, prompts à se prendre pour l’Etat quand ils sont aux affaires et déterminés à nier toute responsabilité personnelle au moment de rendre des comptes
[[Declaration de Khaled Nezzar au quotidien “El Fejr” «Moi, à titre personnel, je n’ai rien à me reprocher, donc, je suis serein.»]]. Un état d’esprit fait d’irresponsabilité chronique dans les hautes sphères qui tient lieu de morale publique et fait de l’incivisme, de la prédation à tous crins, de la violence routière et des gangs de quartier un simple reflet de l’esprit d’époque. La morale publique, au même titre que la famille, l’école et les médias, et peut-être même davantage, est un transmetteur majeur des valeurs dominantes. Tout ce qui précède, sur fond de montée en cadence de la violence criminelle, donne au pays l’allure d’une terre barbare où l’on tue, détruit, viole et vole sans conséquences. Impasse systémique ? Faillite de cinquante ans d’indépendance? Syndrome «Tab Jnanou» pour qualifier les turpitudes d’une génération de dirigeants qui a fait de la ruse, de la brutalité, de l’impunité et de l’irresponsabilité individuelle, la porte ouverte à tous les dérapages dans un pays rendu ingouvernable?

L’esquive bi- polaire : Boumedienne, Camus et bi-nationalité

On assiste à la réédition régulière, à l’occasion d’une polémique ou d’une autre, d’une scène qui met un courant révisionniste, caricatural, arrogant et surdimensionné, face à un courant «nationaliste-populiste» qui n’a rien à lui envier en termes de «décors Potemkine». Dans des journaux, privés et francophones, on donne (par exemple) la parole à des détracteurs virulents de l’ancien président Boumedienne et dans des télés, tout aussi privées mais arabophones, on passe des discours du leader charismatique, dont l’effet explosif est assuré sur un public qui vit la décadence actuelle comme une humiliation intime, une blessure douloureuse. En temps voulu, il suffira de désigner des cibles à la colère. Peut-être en un remake du discours de Sétif qui se posait lui-même un pastiche de l’appel de Novembre…

Les polémiques autour de l’Histoire, dans un cadre aussi cyniquement chaotique, où les étiquettes sont distribuées à la criée, n’ont d’autre finalité prévisible que d’entretenir des antagonismes, d’autant plus irréductibles qu’il n’existe aucun espace public, pacifié et codifié, dans lequel ce qui n’est, pour l’essentiel, que parti-pris sommaires et marginaux, pourrait évoluer en courants d’opinion autrement plus nuancés. Dans tous les pays il existe des courants révisionnistes minoritaires, mais en Algérie, ce courant a de tout temps été soupçonné d’avoir la mainmise sur la haute administration du pays [[Lire à ce propos : “La colonie française en Algérie.” Sous-titre : “200 ANS D’INAVOUABLE”“Rapines et péculats”. Lounis AGGOUN Essai broché, Demi-Lune]].

Un récent article de A. Belhimer attire l’attention sur l’exil des hauts responsables: « «Que deviennent les ministres et les hauts responsables de l’Etat algérien une fois écartés des responsabilités officielles?», s’interrogeait récemment le journal en ligne TSA. «Quand ils ne sont plus aux commandes, les hauts cadres de l’Etat algérien préfèrent majoritairement s’exiler et vivre à l’étranger, en Europe et dans les pays arabes. Selon les données d’un rapport officiel réalisé en Algérie et dont TSA a eu connaissance, sur près de 700 anciens ministres et Premiers ministres qui se sont succédé aux différents gouvernements depuis l’indépendance, au moins 500 vivent à l’étranger (…) Le même phénomène touche les hauts cadres de l’Etat : anciens gouverneurs de la Banque d’Algérie, anciens P-dg et vice-présidents de Sonatrach, des généraux à la retraite… À l’étranger, ces anciens hauts responsables algériens exercent comme consultants, enseignants, cadres dans des entreprises, etc. Mais on les retrouve également dans des métiers plus surprenants comme le commerce, l’hôtellerie, la restauration et même la boucherie hallal», commente la même source. Cette tendance à l’exil pose un sérieux problème. Comment en effet un ministre dont le projet après son départ du gouvernement est de partir vivre ailleurs peut-il se consacrer sérieusement au développement d’un pays dans lequel ni lui ni ses enfants ne vivront? Bien plus grave: quelles conséquences attacher au fait que le cadre chargé d’enquêter sur votre patriotisme, votre intégrité ou votre moralité termine ses jours et se fait enterrer à l’étranger sous, éventuellement, une autre nationalité ? L’économie de comptoir a pour pilier des ministres et des hauts fonctionnaires coopérants techniques.» [[http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2012/08/07/article.php?sid=137634&cid=8]]

Le même auteur poursuit la réflexion dans un deuxième article en posant la question de la bi-nationalité dans un contexte où la détention du passeport français devient «un indice de réussite sociale». Or, cette manière de s’assurer un avenir individuel repose sur une remise en cause fondamentale de choix collectifs. «Ce choix convoquerait la «réactivation de l’ancien statut de « Français-Musulmans » et éclairerait «l’ancienne revendication des élites algériennes d’un élargissement, dans l’Algérie coloniale, des droits politiques et civiques aux indigènes musulmans.»

De son côté, Ahmed Tessa prend prétexte d’un débat sur Camus pour abonder dans le même sens: «D’abord sur la lutte armée pour l’indépendance. Que Camus ne se soit pas affiché avec enthousiasme pour la lutte armée contre le colonisateur est une réalité. Peut-on exiger à un écrivain humaniste ayant «une vision puérile des réalités historiques de l’Algérie» (Pr Djidjelli) d’afficher un engagement militant à la hauteur d’un Didouche Mourad ou d’un Mohamed Belouizdad? Camus rejetait la violence d’où qu’elle vienne, c’est peut-être une erreur; encore que! Il rêvait d’une Algérie plurielle avec un statut particulier à l’instar des assimilationnistes de souche musulmane mais que l’on ne saurait accuser d’antipatriotisme. Une idée que les Algériens rejetaient à l’époque. Mais cinquante après l’indépendance, cette idée d’Algérie plurielle prend forme puisque de nos jours des centaines de milliers d’Algériens (et la saignée continue de plus belle, jusqu’à quand?) traversent la Méditerranée pour adopter la bi-nationalité et faire allégeance au drapeau français. La majorité appartiennent à l’élite du pays – universitaires, médecins, ingénieurs et autres cadres de talent. Certains d’entre-eux sont d’authentiques anciens moudjahidine ou fils et filles de chahid.» [[http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2012/08/27/article.php?sid=138353&cid=41]]

Janus au Pouvoir

Les clivages-soigneusement entretenus et pervertis- qui traversent en profondeur la société algérienne méritent depuis longtemps un traitement autre que les habituelles manipulations passionnelles.

Or, jusqu’ici, cette situation offre surtout, de manière cyclique, au système de pouvoir l’opportunité de remodeler à sa guise la carte des allégeances. Sans rien changer à ses impasses structurelles. Véritable Janus, le pouvoir montre tantôt l’une et tantôt l’autre de ses deux faces, et ceci, inlassablement au fil des décennies: Progressistes vs réactionnaires, modernistes vs islamistes, éradicateurs vs réconciliateurs, nationalistes vs révisionnistes. Une bi- polarisation permanente qui assure la pérennité du système. Et obère les possibilités de structuration politique de la société autour d’un état de droit.

Les « caricatures » laïques.

Qui peut aujourd’hui dire à quel besoin correspond un débat sur Boumédienne ou sur Camus? À l’organisation rationnelle de la vie publique? À l’élaboration d’un contrat social? À la défense des libertés? À la sortie de crise? Au changement de régime? A la crise de l’électricité? Au quatrième mandat? À la construction d’un état de droit? Il semble bien que la tendance à se laisser dicter l’agenda de ses emballements médiatiques, que l’on avait, jusqu’ici, observée surtout chez les islamistes, s’exprime avec la même candeur dans tous les secteurs d’opinion. Quelqu’un commet un article sur notre histoire et voici les rangs divisés en « pro» et «anti». Étrange caricature de débat dont il ne reste que l’approfondissement d’une fracture.

Et cela alors que d’autres sujets-autrement plus brûlants- laissent curieusement de marbre. Quand Maamar Farah
[[http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2012/08/13/article.php?sid=137900&cid=2]] dit que les patrons de presse ont été avertis en 1992 par l’ancien ministre A. Belkaïd, que l’armée allait intervenir pour interrompre le processus électoral et qu’il y aurait autour de 60.000 morts, cela n’a pas eu l’air de choquer outre mesure. Le fait n’est pourtant pas anodin. Dans quelle société ce type de propos peut-il passer inaperçu? Quel type de citoyen, de journaliste, d’être humain est ainsi conditionné à ces choix «atroces mais nécessaires» censés sauver le pays?

Est-ce l’horreur de vivre dans un pays dont le régime considère le chiffre de 60.000 morts comme un «dommage collatéral» acceptable qui fait se taire ceux d’ordinaire bien prompts à avoir une opinion?

Ou faut-il en déduire que ceux qui ont fait ces choix terribles-en connaissance de cause- bénéficient de l’approbation implicite d’intellectuels qui n’hésitent pourtant pas à se prononcer par ailleurs sur des sujets aussi sérieux que la démocratie, l’algérianité, la réconciliation (franco-algérienne plus certainement que l’algéro-algérienne) le patriotisme et l’engagement humaniste des uns et des autres?

Le fait est que le clivage ne doit plus rester, au bout de 50 ans de jeu de rôles, entre privilégiés du système «nationalistes» ou «hizb frança» mais entre Etat de droit et Etat de servitude.

S’il faut absolument se battre, qu’au moins cela serve à obtenir des droits pour tous les indigènes. Avec un cahier des charges clair pour l’État.

Salima Ghezali

La Nation info

le 29 Août 2012


TÉHÉRAN – SOMMET DES NON-ALIGNES: AFFLUENCE RECORD – L’IRAN DEMANDE L’INTERDICTION DES ARMES NUCLÉAIRES

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AFFLUENCE RECORD À TÉHÉRAN

ET DEFAITE DES USA/UE

AU SOMMET DES NON-ALIGNES :

L’IRAN DEMANDE L’INTERDICTION DES ARMES NUCLÉAIRES

par François ASSELINEAU

29 août 2012

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la défaite diplomatique cinglante de Washington et du camp euro-atlantiste se confirme avec la présence supplémentaire de Vladimir Poutine, Evo Morales, Rafael Correa, Hugo Chavez et des secrétaires généraux de l’ONU, de la Ligue arabe, de l’OCI et de l’OUA.

Voici quelques jours, j’ai déjà eu l’occasion d’attirer l’attention de mes lecteurs sur le succès diplomatique très important de l’Iran qui semblait s’annoncer avec la forte participation attendue au prochain Sommet des Non-Alignés.

Alors que ce 16ème Sommet des Non-Alignés vient de s’ouvrir (pour l’instant au niveau des délégations), ce succès se confirme de façon encore plus importante que prévue.

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L’amphithéâtre pour les sessions plénières du 16ème Sommet des Non-Alignés à Téhéran

110 ÉTATS REPRÉSENTÉS,

DONT 50 AU PLUS HAUT NIVEAU POLITIQUE

En effet, dès le 1er jour, des délégations représentant 110 des 120 États membres du Mouvement des Non-Alignés sont déjà arrivées à Téhéran.
En outre, selon les toutes dernières annonces présentées par le ministère iranien des affaires étrangères, 50 des 110 États seront représentés au plus haut niveau :

  • 29 États seront représentés par leur chef d’État en personne
    [ 27 Présidents, 1 Sultan (Oman) et 1 Émir (Qatar) ]
  • 9 États seront représentés par leur Vice-Président de la République
  • 7 États seront représentés par le Premier ministre, chef du gouvernement C’est d’ailleurs souvent le véritable chef de l’exécutif, comme c’est le cas du Premier ministre indien Manmohan Singh.
  • 5 États seront représentés par un envoyé spécial

Tous les autres États sont représentés au niveau de leur ambassadeur à Téhéran et/ou par des délégations de hauts-fonctionnaires mandatés par leurs gouvernements.

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DE NOMBREUSES SURPRISES DE DERNIÈRE MINUTE

Plusieurs surprises de dernière minute contribuent à faire de ce XVIe Sommet des Non-Alignés un très grand succès diplomatique pour Téhéran, et une défaite cinglante pour les États-Unis, le Canada, l’Union européenne et Israël, qui avaient exercé les plus fortes pressions possibles pour tenter d’isoler l’Iran.

Ces surprises sont la venue à Téhéran, les 30 et 31 août :

  • a)- du Secrétaire général de l’ONU, M. Ban Ki-Moon Le camp euro-atlantiste avait pourtant tout fait pour le dissuader de s’y rendre, car sa présence, même si elle est présentée comme critique, comporte un effet de symbole considérable.
  • b)- des Président et Secrétaires généraux de trois autres grosses organisations internationales, qui sont moins connues que l’ONU mais qui n’en jouent pas moins un rôle important dans la diplomatie mondiale :
    • la Ligue Arabe, pourtant très divisée sur le cas de la Syrie et majoritairement hostile au régime de Damas,
    • l’Organisation de la Conférence Islamique ( OCI ),
    • et l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA).
  • du président russe Vladimir Poutine. C’était d’autant moins prévisible que la Russie ne fait pas partie du Mouvement des Non-Alignés et qu’elle l’est donc cette année à titre de nation invitée.
  • des présidents latino-américains Hugo Chavez ( Venezuela ), Evo Morales ( Bolivie ), Rafael Correa ( Équateur ) et de Michel Temer, vice-président du Brésil

    Ce n’est pas vraiment une surprise, compte tenu de la ligne politique des trois premiers dirigeants, mais leur présence n’allait quand même pas de soir et n’avait pas été annoncée préalablement par le ministère iranien des affaires étrangères.La surprise est plus importante venant du gouvernement de Brasilia, qui se fait représenter par le vice-président de la République en personne alors que le Brésil n’est pas membre du Mouvement des Non-Alignés mais seulement « observateur ».
  • du Vice-Premier ministre d’Arabie saoudite et de l’Émir d’Umm al-Quwain, envoyé spécial du gouvernement des Émirats Arabes Unis : Ce sont des surprises totales ( qui n’avaient pas été annoncées auparavant ), compte tenu de l’alignement de ces régimes sur les États-Unis et de leur hostilité latente à l’égard de l’Iran.

    Je relève que, le Premier ministre irakien, le Sultan d’Oman et l’Émir du Qatar faisant aussi le déplacement, de même que les Ministres des affaires étrangères du Koweït et du Bahreïn, cela signifie que tous les pays riverains du Golfe Persique font donc le déplacement de Téhéran. L’Iran est ainsi le seul pays au monde à pouvoir actuellement rassembler des dirigeants de cette zone ô combien stratégique pour l’économie et la paix du monde.
  • par ailleurs, il faut relever que le représentant du Hamas à Gaza, M. Ismaïl Haniyeh, n’a finalement pas été invité, mais cela fait suite à un imbroglio qui montre les dissensions extrêmes des Palestiniens. Cette absence permettra la présence du président de l’Autorité Nationale Palestinienne, M. Mahmoud Abbas, qui avait menacé de ne pas venir dans le cas contraire.
  • enfin, je note que l’Australie a accepté de figurer à côté de la Russie comme « nation invitée ». Le gouvernement de Canberra ne se fait, certes, représenter qu’au niveau de son ambassadeur à l’ONU, mais le geste est pour le moins inattendu de la part d’un État occidental traditionnellement inféodé à Washington.

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LES PERSONNALITÉS POLITIQUES VENUES DU MONDE ENTIER

  • Afghanistan : Hamid Karzai – Président de la République
  • Afrique du sud : Maite Nkoana-Mashabane – Ministre des affaires étrangères
  • Algérie: Abdelkader Bensalah, président du Conseil de la Nation. [[La participation de l’Algérie, avait été omise par M. Asselineau dans son article initial repris sur de nombreux sites Mediapart, etc… Socialgerie corrige cette erreur (sources El Moudjahid), voir le forum ci dessous.]]
  • Arabie Saoudite : Abdulaziz bin Abdullah Al Saud – Vice-Premier ministre
  • Azerbaïdjan : Elmar Mammadyarov – Ministre des affaires étrangères
  • Bahreïn : Khalid bin Ahmed Al Khalifa – Ministre des affaires étrangères
  • Bangladesh : Sheikha Hasina – Premier ministre
  • Bénin : Yayi Boni – Président de la République
  • Bhoutan : Ugyen Tshering – Ministre des affaires étrangères
  • Birmanie : Wunna Maung Lwin – Ministre des affaires étrangères
  • Bolivie : Evo Morales – Président de la République
  • Cambodge : Hun Sen – Premier ministre
  • Cuba : Raul Castro – Président du Conseil d’État
  • Corée du Nord : Kim Yong-nam – Président du Présidium de l’Assemblée populaire suprême
  • Égypte : Mohamed Morsi – Président de la République
  • Émirats Arabes Unis : Saud bin Rashid Al Mu’alla – Envoyé spécial, Émir de l’Émirat de Umm al-Quwain
  • Équateur : Rafael Correa – Président de la République
  • Gabon : Ali Bongo Ondimba – Président de la République
  • Jordanie : Fayez al-Tarawneh – Premier ministre
  • Inde : Manmohan Singh – Premier ministre
  • Iran : Mahmoud Ahmadinejad – Président de la République
  • Irak : Nouri al-Maliki – Premier ministre
  • Indonésie : Boediono – Vice-Président de la République
  • Koweït : Muhammad Sabah Al-Salem Al-Sabah – Ministre des affaires étrangères
  • Liban : Michel Suleiman – Président de la République
  • Lesotho : Mohlabi Tsekoa – Ministre des affaires étrangères
  • Libye : Ashour Bin Khayal – Ministre des affaires étrangères
  • Malaisie : Anifah Aman – Ministre des affaires étrangères
  • Mauritanie : Mohamed Ould Abdel Aziz – Président de la République
  • Maroc : Abdelillah Benkirane – Premier ministre
  • Namibie : Marco Hausiku – Ministre des affaires étrangères
  • Népal : Baburam Bhattarai – Premier ministre
  • Pakistan : Asif Ali Zardari – Président de la République
  • Philippines : Jejomar Binay[34] Vice President
  • Oman : Qaboos bin Said al Said – Sultan
  • Qatar : Hamad bin Khalifa Al Thani – Emir
  • Sénégal : Macky Sall – Président de la République
  • Serbie : Tomislav Nikolić – Président de la République
  • Sri Lanka : Mahinda Rajapaksa – Président de la République
  • Soudan : Omar al-Bashir – Président de la République
  • Swaziland : Lutfo Dlamini – Ministre des affaires étrangères
  • Syrie : Faisal Mekdad – Vice-Ministre des affaires étrangères
  • Tanzanie : Mohamed Gharib Bilal – Vice-Président de la République
  • Territoires palestiniens : Mahmoud Abbas – Président de l’Autorité Nationale Palestinienne
  • Thaïlande : Surapong Tovichakchaikul – Ministre des affaires étrangères
  • Tunisie : Rafik Abdessalem – Ministre des affaires étrangères
  • Turkménistan : Gurbanguly Berdimuhamedow – Président de la République
  • Venezuela : Hugo Chavez – Président de la République
  • Vietnam : Nguyen Tan Dung – Premier ministre
  • Zimbabwe : Robert Mugabe – Président de la République

    Observateurs

  • Arménie : Serzh Sargsyan – Président de la République
  • Brésil : Michel Temer – Vice-Président de la République
  • Tadjikistan : Emomali Rahmonov – Président de la République

    Nations spécialement invitées

  • Australie : Gary Quinlan – Ambassadeur d’Australie à l’ONU
  • Russie : Vladimir Poutine – Président de la République

    Organisations représentées

  • Organisation de l’Unité Africaine (OUA) : Yayi Boni – Président
  • Ligue Arabe : Nabil el-Araby – Secrétaire général
  • Organisation de la Coopération Islamique (OCI) : Ekmeleddin İhsanoğlu – Secrétaire général
  • Organisation des Nations Unies (ONU) : Ban Ki-moon, Secrétaire général

DANS SON DISCOURS D’OUVERTURE, LE MINISTRE IRANIEN

DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES RAPPELLE ET SOUTIENT


LA DEMANDE DES NON-ALIGNES

DE L’INTERDICTION MONDIALE DES ARMES NUCLÉAIRES

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26 août 2012 : M. Ali Akbar Salehi, Ministre iranien des affaires étrangères, prononce le discours inaugural du 16ème Sommet des Non-Alignés à Téhéran

Enfin, il convient de noter que M. Ali Akbar Salehi, ministre iranien des affaires étrangères, a fait très fort, dès son discours inaugural du 16ème Sommet des Non-Alignés, en appelant l’ensemble des pays réunis :

  • à prendre position contre les sanctions occidentales à l’encontre de l’Iran. Il a affirmé au passage que de nombreux États-membres des Non-Alignés soutenaient le programme nucléaire iranien.
  • à renouveler leur appel pour une interdiction mondiale de toutes les armes nucléaires dans 13 ans, donc en 2025. Il a eu beau jeu d rappeler que cet objectif avait déjà été adopté par un précédent Sommet des Non-Alignés et a ainsi lancé : « Nous croyons que le calendrier de retrait définitif des armes nucléaires d’ici 2025, qui a déjà été proposé par les Non-Alignés, ne sera effectivement réalisé que si nous en exerçons le suivi minutieux.»

Le ministre iranien a une nouvelle fois assuré que son pays ne cherche pas à se doter d’armes nucléaires , en dépit des affirmations des États-Unis et de leurs alliés qui soupçonnent que l’enrichissement d’uranium de Téhéran pourrait éventuellement conduire à cela.

Commentant les déclarations du gouvernement israélien, qui a dit qu’il examinerait les options militaires si les pressions diplomatiques et économiques ne parviennent pas à freiner les ambitions nucléaires de l’Iran, il a rétorqué qu’Israël avait pour sa part refusé de ratifier le Traité de Non Prolifération nucléaire (TNP) de l’ONU et qu’il refusait de discuter de la gamme complète de ses capacités militaires, alors que tout le monde soupçonne cet État avoir un arsenal nucléaire.

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Pour tenter de répondre à l’accusation de terrorisme qui pèse régulièrement sur l’Iran, les organisateurs du Sommet ont jugé bon de présenter, à l’extérieur du lieu de la réunion, trois voitures détruites par des attentas à l’explosif. Selon le gouvernement iranien, ces explosions ont été organisées par des agents britanniques et américains et ont visé à assassiner des membres participant au programme nucléaire. Au moins cinq membres de la communauté scientifique iranienne, y compris des experts nucléaires, ont ainsi été tués depuis le début de 2010, dans le cadre d’une guerre présumée secrète avec ses ennemis principaux.

Enfin, le Ministre iranien des affaires étrangères a déploré la « chute» du poids individuel des États membres de l’ONU, qui s’est exercée au bénéfice de la « montée en puissance du Conseil de Sécurité de l’ONU », dirigé par les Cinq membres permanents : États-Unis, Grande-Bretagne, France, Russie et Chine.

Il a donc réclamé la «création d’un Conseil de Sécurité plus démocratique, qui devrait être considérée comme une partie importante de la réforme de l’ONU».

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Quelques-uns des principaux responsables politiques mondiaux présents au 16e Sommet des Non-Alignés à Téhéran.
De gauche à droite et de haut en bas :

  • Evo Morales – Président de la République de Bolivie
  • Manmohan Singh – Premier ministre de l’Union Indienne
  • Hugo Chavez – Président de la République du Venezuela
  • Maité Nkoana-Mashabane – Ministre des affaires étrangères d’Afrique du sud
  • Vladimir Poutine – Président de la Fédération de Russie
  • Sheikha Hasina – Premier ministre du Bangla Desh
  • Ali Bongo Ondimba – Président de la République du Gabon
  • Michel Temer – Vice-Président de la République fédérative du Brésil
  • Qaboos bin Said al Said – Sultan d’Oman
  • Nguyen Tan Dung – Premier ministre du Vietnam

CONCLUSION :

LA FRANCE AURAIT DÛ FAIRE AU MINIMUM COMME L’AUSTRALIE !

Comme je l’indiquais déjà dans mon premier article, – et les événements renforcent encore mon analyse – cette capacité massive de rassemblement du Mouvement des Non-Alignés, avec la présence de la Russie en prime, fait ressortir par contraste ce qu’est l’OTAN / UE : un bunker agressif, qui ose se qualifier de « communauté internationale » alors qu’il ne représente même pas 20% des êtres humains vivant sur terre.

Comme je l’ai déjà dit, ci la France renouait avec la grandeur de son histoire, ce n’est certes pas dans ce bunker occidental de l’OTAN / UE qu’elle devrait se placer. C’est son adhésion au Mouvement des Non-Alignés qu’elle devrait envisager. Pour contribuer à faire du IIIe millénaire un avenir de paix entre toutes les nations, tous les peuples et toutes les religions du monde.

Quelques-uns de mes lecteurs avaient pu s’étonner de cette suggestion.
Elle est certes iconoclaste dans la France actuelle, où toute pensée non conforme à la logorrhée euro-atlantiste des médias est aussitôt disqualifiée, par un réflexe pavlovien de soumission à la propagande et à l’intimidation.

Or je note que l’Australie sera présente comme « nation invitée ». Voilà de quoi rasséréner ceux qui tiquaient devant ma proposition !
Je rappelle que cette proposition, tout comme le présent article ou le précédent, n’ont évidemment pas pour objet de faire l’apologie de tel ou tel régime. Pas plus du régime iranien que des régimes indien, costaricain (dont le chef d’Etat est Prix Nobel de la Paix), péruvien, libanais, vénézuélien, sud-africain et j’en passe, qui sont tous membres des Non-Alignés.

Mon analyse et ma proposition se situent sur un autre plan, qui est celui des relations internationales et de ce que devrait être le rôle de tout pays soucieux d’assurer l’équilibre et la paix du monde. Je rappelle donc 3 points importants :

  1. Le Mouvement des Non-Alignés regroupe, comme je l’ai dit, 120 États sur les 193 des Nations-Unies, et une vingtaine d’autres observateurs. On notera au passage que certains « Non Alignés » sont désormais très alignés sur les États-Unis : Arabie Saoudite, Bahreïn et Qatar notamment.
  2. Il se trouve que la France et tous les pays membres de l’OTAN reconnaissent diplomatiquement tous ces États, qu’ils siègent à leurs côtés à l’ONU, sans pour autant, bien entendu, s’aligner sur tel ou tel. Participer aux Non-Alignés ne pourrait donc pas signifier « s’aligner sur les Non-Alignés »…
  3. Du reste, il n’y a vraiment à peu près aucun point commun en matière économique, sociale, démocratique, religieuse, diplomatique, militaire, entre Cuba et Singapour, l’Iran et le Qatar, l’Île Maurice et la Corée du nord, le Pérou et le Sri Lanka, l’Inde et le Turkménistan, etc

Leur seul point commun, au fond, c’est de vouloir faire respecter les principes du droit international public et notamment le refus de tout empire et le principe de non-ingérence dans les affaires intérieures d’un État souverain.

C’est bien parce que notre pays doit partager ce point commun fondamental que la France, une fois qu’elle sera sortie de l’OTAN et de l’Union européenne, aura vocation à rejoindre le Mouvement des Non-Alignés. Il n’y aurait pas de plus belle victoire diplomatique, conforme au génie du peuple de 1789, que de rassembler, à Paris cette fois-ci, un futur Sommet des Non-Alignés.

par François ASSELINEAU

Union Populaire Républicaine

29 août 2012


Sources:

  • http://www.u-p-r.fr/actualite/monde/affluence-record-a-teheran-et-defaite-des-usa-ue-au-sommet-des-non-alignes
  • https://www.facebook.com/notes/fran%C3%A7ois-asselineau-union-populaire-r%C3%A9publicaine/affluence-record-%C3%A0-t%C3%A9h%C3%A9ran-et-d%C3%A9faite-des-usaue-au-sommet-des-non-align%C3%A9s-liran-/10150999687797038

et aussi

« Le succès annoncé du sommet des non-alignés met à mal la tentative d’isoler l’Iran »

  • http://www.rfi.fr/moyen-orient/20120826-sommet-non-alignes-succes-diplomatique-iran-morsi-egypte-etats-unis
  • http://bellaciao.org/fr/spip.php?article129721

15 DECEMBRE 2011 – CENTRE CULTUREL ALGERIEN: HOMMAGE À FERNAND IVETON

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REVUE KALILA

CENTRE CULTUREL ALGÉRIEN – PARIS

décembre 2011 – pages 34 et 35

HOMMAGE À FERNAND IVETON

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«Ce matin, ils ont osé

Ils ont osé

Vous assassiner

C’était un matin clair

Aussi doux que les autres

Où vous aviez de vivre et de chanter

Vivre était votre droit

Vous l’avez refusé

Pour que par votre sang d’autres soient libérés

____________

Que vive votre idéal»

poème écrit par Annie Steiner, du fond de la cellule de la prison, à sa gloire et à celle de tous les suppliciés


L’hommage à Fernand Iveton

avait précédemment été annoncé

sur socialgerie le 10 décembre 2012

brève 376,

CENTRE CULTUREL ALGÉRIEN À PARIS

HOMMAGE À FERNAND IVETON

Jeudi 15 décembre

18H30

En présence de Mohamed Rebah, moudjahid et auteur du “Des chemins et des hommes”, Abdelkader Djilali GUEROUDJ (ancien chef des combattants de la libération intégré au FLN) et de l’historien Jean-Luc EINAUDI, auteur du “Pour l’exemple; l’affaire Fernand Iveton”

Fernand IVETON fut guillotiné le 11 février 1957, dans la cour de la prison Serkadji, à Alger, aux côtés de Mohamed OUENOURI et Mohamed LAKHNECHE.

Avant d’être suppliciés, les trois hommes s’embrassèrent et IVETON s’écria: “L’Algérie libre vivra!”

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