ALGERIE EN FEMMES – INTERVIEW DE HORRIA SAIHI PAR RAINA – VIDÉO

ALGERIE_EN_FEMMESRaina.jpg

Interview DE HORRIA SAIHI

AUTOUR de son film

ALGERIE EN FEMMES

SUR RAINA

Le 19 janvier 2013, au Centre de Ressources de la rue Ader, a eu lieu la projection du film

“ALGÉRIE EN FEMMES”

de HORRIA SAIHI

Ce film a été réalisé en 1996, durant la dure épreuve imposée à notre peuple par la mafia intégristo-affairiste, et qui a vu la résistance héroïque de la femme algérienne à cette déferlante de la mort et du chaos!

Coproduction algéro-italienne, en signe de solidarité du parlement italien et de certaines personnalités italiennes; il n’a jamais été projeté à ce jour par l’ENTV!

Il nous présente cinq portraits de femmes résistantes.

Notre journal Raina, présent lors de cette projection, en a profité pour poser deux questions à Horria Saihi, écoutons la:

[

ALGERIE_EN_FEMMESRaina.jpg

http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=_GXP-DlTWIw#!

->http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=_GXP-DlTWIw#!]

ALGER: EXPULSION D’UNE FAMILLE DE SON LOGEMENT AU MOINS DE JANVIER

expulsion_janvier_alger_Raina.jpg

Madame OURAD 26 JANVIER 2013

Mme Ourad s’est vue expulsée (avec son mari et ses trois enfants)sur décision de justice en plein mois de janvier!

… Du domicile qu’elle gardait depuis dix huit ans à BAB EL OUED (BASETA), les héritiers ont récupéré ainsi leurs biens!

LA Famille OURAD se retrouve ainsi dans la rue sous une tente en plein hiver,

le journal
RAINA s’est déplacé sur les lieux et vous livre cet appel de Mme Ourad

Mahmoud K

[expulsion_janvier_alger_Raina.jpg

http://youtu.be/KmiNzbSVos0->http://youtu.be/KmiNzbSVos0]


QUOI FAIRE POUR METTRE EN ÉCHEC LA STRATÉGIE DE LA TENSION EN TUNISIE

revolution_tn.jpg

LA RÉVOLUTION TUNISIENNE CONDAMNÉE À AVANCER

revolution_tn.jpg

Hocine Belalloufi

La Nation.info

le 13 Février 2013

Au temps de l’effroi suscité par l’assassinat de Chokri Belaïd a succédé le temps de l’émotion et de la colère lors de la mise en terre de ce martyr de la révolution tunisienne. Puis est venu le temps des interrogations et de la recherche de solutions pour tenter d’enrayer la stratégie de la tension mise en œuvre par les tueurs et leurs commanditaires politiques.

… extraits…

POURSUIVRE ET APPROFONDIR LA RÉVOLUTION

Au-delà des réponses politiques immédiates qu’apporteront les forces politiques tunisiennes, la véritable solution au problème posé par les assassins de Choukri consiste à poursuivre et à approfondir la révolution. Celle-ci se trouve confrontée à des défis majeurs.

Sur le plan politique, l’exigence d’une réforme et d’une épuration des appareils coercitifs de l’ancien régime dictatorial (police et justice en premier lieu) n’a pas encore abouti. Or, le coup porté à Chokri est peut-être parti de là. Seule une mobilisation populaire forte et déterminée contraindra les gouvernants, quels qu’ils soient, à procéder à une réforme démocratique des forces de sécurité et de la Justice.

Le retard pris par la Constituante dans l’élaboration du projet de constitution et, partant, dans l’organisation d’élections constitue un autre problème politique majeur car il permet à un gouvernement désormais illégitime, car en situation de dépassement de son mandat, de rester en place alors même qu’il s’est révélé incapable de résoudre les principaux problèmes du peuple tunisien.

La présente crise est l’occasion d’exercer des pressions sur Ennahda afin de pousser les différentes tendances qui composent ce mouvement à se positionner clairement. L’objectif consiste à amener une majorité à prendre ses distances vis-à-vis des salafistes et de leur projet politique et à s’engager de façon résolue dans la voie d’une conciliation toujours plus grande des principes de l’islam dont se réclame Ennahda et de ceux de la démocratie représentative. C’est au cours de telles crises que des pressions peuvent être exercées sur le courant islamiste en vue de lui faire renoncer à l’instauration d’un régime théocratique et de s’orienter vers une démocratie-musulmane. Il s’agit là d’un combat politique, c’est-à-dire de la construction d’un rapport de forces, et non d’une action pédagogique visant à inculquer aux islamistes des principes démocratiques qu’ils connaissent aussi bien que ceux qui s’en réclament formellement.

Sur le plan économique et social, la situation n’a cessé de se dégrader, en particulier pour les couches populaires défavorisées. La nécessité de rompre avec les fondements du néolibéralisme est devenue urgente. Or, le gouvernement de coalition a conclu récemment avec le FMI un plan d’austérité et de relance de l’endettement extérieur qui ne peut que pénaliser et mécontenter davantage les classes populaires et les régions déshéritées de l’intérieur du pays. La révolution a été réalisée pour arracher le droit de parler, mais aussi celui de manger, de travailler, de se vêtir, de se loger… La question économique et sociale constitue justement le point faible qui bloque le processus révolutionnaire en Tunisie, comme en Egypte d’ailleurs. La résoudre est devenu incontournable pour aller de l’avant. Les forces révolutionnaires peuvent compter dans cette tâche sur la majorité des couches populaires pauvres du pays. Combatives, celles-ci restent néanmoins non organisées, ce qui réduit leur intervention à des actions sporadiques, à des explosions sans lendemain. Seule l’organisation permanente de comités populaires pourra faire peser la balance dans le sens de la démocratie et du progrès social. A défaut de prendre en charge ces questions, la révolution court le danger de se briser et de déboucher sur l’instauration d’une nouvelle dictature.

L’autre grand défi est celui de la défense de la souveraineté nationale mise à mal par une alliance avec le Qatar et l’Arabie saoudite qui s’ingèrent sans vergogne dans les affaires des Etats du monde arabe et qui embarquent des Etats en difficulté dans leur politique aventuriste (agression de la Libye, « Amis de la Syrie »…). La domination paternaliste de l’Etat néocolonial français constitue également un obstacle à l’épanouissement de la révolution.

L’urgence de la construction d’une alternative politique à Ennahda et à la troïka se fait sentir. L’élaboration d’un programme et d’un bloc social et politique pour le porter et se porter candidat au pouvoir est incontournable. L’opposition démocratique et populaire et le mouvement social (partis de gauche, Front populaire, UGTT…) ont toute la légitimité requise pour incarner ce bloc. La Tunisie se trouve ainsi à la croisée des chemins. Elle a le choix entre la poursuite de la révolution et la victoire de la contre-révolution sous la forme d’une dictature laïque (policière ou militaire) ou religieuse (régime théocratique).

Pour lire l’article en entier, cliquer sur le lien (…)


UNE VOIX ET UNE ANALYSE PATRIOTIQUE MALIENNE AU CONGRÈS DU PCF

MALI-1_Deschamps-2.jpg


ÉCOUTEZ LA VOIX DU MALI AU 36ème CONGRÈS DU PCFIntervention de M. le Professeur Issa Ndiaye;


DETTE ET CORRUPTION, PARASITENT LES ROUAGES DE L’ÉCONOMIE POLITIQUECADTM: BULLETIN ELECTRONIQUE n° 54vient de paraître – signalé par un lecteur.


MALI-1_Deschamps-2.jpg

ÉCOUTEZ LA VOIX DU MALI

AU 36ème CONGRÈS DU PCF

Le Mali était présent au 36e Congrès du PCF.

M. le Professeur Issa Ndiaye, ancien Ministre de “l’Education Nationale” et Responsable du “Mouvement du 22 mars” est intervenu à la tribune. Voici son allocution.

[MALI_Issa_Ndiaye_3.jpg

http://www.bernard-deschamps.net/article-ecoutez-la-voix-du-mali-au-36e-congres-du-pcf-115224436.html

->http://www.dailymotion.com/video/xxe7g7_36e-congres-du-pcf-issa-ndiaye-mouvemement-populaire-du-22-mars_news?start=3#.URjZWx0sDDU]

Sources:

le blog de Bernard Deschamps

le 10 février 2013

haut



pdf-3.jpg

cadtm1.jpg

DETTE ET CORRUPTION, PARASITENT LES ROUAGES DE L’ÉCONOMIE POLITIQUE

CADTM: BULLETIN ELECTRONIQUE n° 54

Ce premier bulletin 2013 montre que dette et corruption, loin de régresser, continuent à envahir tous les rouages de l’économie politique.

Au Sud, la guerre de l’armée française au Mali a été déclenchée par l’appel au secours d’un président fantoche. L’armée malienne était non seulement incapable de reprendre la partie nord envahie par quelques milliers de djihadistes mais tellement désorganisée, et si mal armée, que même la partie sud et sa capitale était menacée. La dette, les plans d’ajustement structurel du FMI et la corruption généralisée de l’appareil politique, administratif et militaire en sont les causes. Elles forment une boucle de rétroactions à l’origine de la faiblesse de ce pays sur un plan militaire et de la pauvreté généralisée de sa population.

Au Nord, la croissance de la dette publique est instrumentalisée depuis une trentaine d’années par les gouvernements successifs, dans le but d’affaiblir les services publics de l’État. Les détenteurs de capitaux ne supportent plus que l’énorme budget de la Sécurité sociale et les profits qu’ils pourraient en tirer, leur échappent. Avec 480 milliards d’euros, il dépasse de 75% celui de l’ensemble des administrations publiques françaises. Alors pour faire face aux cotisations patronales non versées, la Sécurité sociale publique s’endette sur les marchés privés. Ce pourrissement organisé n’est-il pas aussi une forme de corruption passive de ce magnifique système de sécurité sociale publique imaginé par le Conseil national de la résistance. Le crash social des pays du sud de l’Europe sont eux aussi le résultat du couple dette et corruption qui touche en premier et très violemment les femmes.

Résister pour exister est un chemin étroit. La progression de la prise de conscience des asservissements pourra l’élargir. Un jour, un boulevard…

haut


JEAN LUC MELENCHON DANS UN ENTRETIEN à EL-WATAN

Jean-Luc Mélenchon. Leader du Front de gauche en France:

«Chokri Belaïd était un grand tribun des pauvres, des ouvriers et des femmes»

Jean-Luc Mélenchon est le leader du Front de gauche en France qui regroupe 9 partis politiques de la gauche radicale.

Lors de l’élection présidentielle française de 2012, il termine quatrième derrière Hollande, Sarkozy et sa première rivale politique Marine Le Pen, en totalisant 11,10% des voix.

Né à Tanger en 1951, de parents originaires d’Oran et de Staouéli, ce philosophe de formation fait entendre la voix de la gauche radicale dans ses combats contre l’austérité en Europe.

Au plan politique, sa philosophie est de privilégier les relations bilatérales franco-maghrébines. Ce qu’il nous explique dans ce long entretien, à la veille de la tournée maghrébine qu’il va entamer en Tunisie aujourd’hui, le 11 février, et qui le conduira au Maroc le 15 février.

Demain, il sera à Alger pour animer une conférence à l’Institut français.

Avec une grande diplomatie et son franc-parler habituel, il défend ses positions politiques et appelle la gauche radicale algérienne et maghrébine à s’unifier autour d’un idéal commun.

pdf-3.jpg

jean-luc-melenchon_1414406_465x348.jpg
Jean-Luc Mélenchon, leader du Front de gauche en France
«Chokri Belaïd était un grand tribun des pauvres, des ouvriers et des femmes»

Le peuple algérien, notamment sa communauté établie en France, a découvert et admiré vos positions politiques lors de la présidentielle 2012. Plus de six mois après, quels enseignements tirez-vous de cette élection?
_ La campagne présidentielle du Front de gauche a fait émerger une nouvelle grande force politique en France, éduquée, autonome, disciplinée et conquérante. Pour la première fois depuis 30 ans, en rassemblant 4 millions de voix, une deuxième force politique de gauche a réalisé un score à deux chiffres.

Au-delà de ce résultat électoral, notre campagne a lancé un processus d’implication populaire qui se prolonge et s’élargit aujourd’hui dans la résistance aux politiques d’austérité.

Nous incarnons une alternative concrète aux politiques libérales qui détruisent le pays et appauvrissent le peuple. Cette alternative s’appuie sur une nouvelle synthèse politique que nous nommons éco-socialisme. Et sur la méthode de la révolution citoyenne qui veut que le peuple reprenne le pouvoir pour imposer l’intérêt général partout où règnent aujourd’hui les intérêts marchands et financiers. Notre programme sera au pouvoir en France avant dix ans.

Vous avez déclaré que vous vous sentiez, humainement et socialement, plus proche des Maghrébins que de certains Européens. Et que l’Algérie serait le premier pays où vous vous rendriez en tant que président de la République française.

Pouvez-vous nous expliquer le fondement intellectuel de ce positionnement en faveur de relations et de partenariat exceptionnels entre la France et l’Algérie?


Je veux donner un signal humain fort qui percute les routines.

Nous constituons par bien des aspects une seule famille humaine, sociale et culturelle des deux côtés de la Méditerranée. Aucun autre pays européen n’est humainement aussi lié que la France aux peuples du Maghreb. Combien d’enfants, de parentèles en commun? Des dizaines de milliers! On ne peut en dire autant ni des Lettons ni des Croates pourtant membres de l’Union européenne!

De plus, nos sociétés sont confrontées à de nombreux défis communs, comme l’appauvrissement des travailleurs lié aux politiques libérales ou la précarité rencontrée par une jeunesse de plus en plus éduquée.

En partageant la mer Méditerranée, nous affrontons aussi les mêmes défis écologiques vitaux pour nos peuples puisque plus de la moitié des habitants de nos pays vivent au bord de la mer. Les solutions éco-socialistes que je défends offrent des perspectives de politiques communes pour résoudre des problèmes aussi concrets que le développement des énergies de la mer ou la lutte contre les pollutions qui menacent la biodiversité sur laquelle repose notre écosystème commun. Il n’y a pas d’avenir utile sans que nos peuples s’imbriquent davantage.

Comptez-vous faire de votre visite en Algérie une occasion pour expliquer votre vision des relations bilatérales franco-algériennes?

Je me rends en Algérie, ce 12 février, pour proposer au débat de la gauche, avec l’éco-socialisme, un nouveau chemin partagé de progrès humain entre nos peuples. Nous avons d’immenses chantiers à traiter en commun, en pleine égalité, en s’appuyant sur la souveraineté et l’énergie de nos peuples.

Lors de sa visite en Algérie, François Hollande a complètement ignoré le combat quotidien de l’opposition démocratique en Algérie, des syndicats autonomes et des défenseurs des droits de l’homme. Que pensez-vous de cette attitude?

C’est très curieux, car la tradition veut que le chef de l’Etat français, en déplacement à l’étranger, rencontre naturellement les représentants du pouvoir légitime en place, mais aussi ceux de l’opposition. Je pense que c’est une mauvaise appréciation, faite par le président de la République. Et, franchement, je ne pense pas que les autorités algériennes lui ont demandé ça. Pourquoi l’auraient-elles fait?

En ce qui vous concerne, allez-vous donc rencontrer tous ces acteurs de la lutte démocratique en Algérie?

Ma visite est très limitée par le temps. Ce sera dans le cadre d’une seule conférence organisée à l’Institut français d’Alger.

Mon objectif est de partager mes réflexions politiques et de sensibiliser la jeunesse maghrébine aux nouveaux enjeux de ce que j’appelle l’éco-socialisme.

Je n’ai pas l’intention de m’impliquer dans les questions politiques des pays qui me reçoivent. D’abord ce n’est pas mon rôle. Puis, je ne veux pas paraître arrogant ou imbu de paternalisme politique. Je viens pour faire état de ma pensée politique laquelle, je sais, est estimée et peut contribuer aux débats de la gauche maghrébine.

En parlant plutôt de la gauche algérienne, la jeunesse militante de plusieurs partis politiques, comme le FFS, le PST, le PT et le RCD, se retrouve dans l’esprit de revendications communes de la gauche radicale et démocratique. En revanche, ces formations préfèrent faire cavalier seul. Avec votre expérience au sein du Front de gauche, que pensez-vous de cette division qui perdure dans les rangs de la gauche radicale algérienne?

Je ne suis pas en mesure de donner des leçons. Je fais confiance à l’intelligence de l’élite politique de la gauche algérienne.

Ce que je peux recommander modestement à tous nos camarades algériens, sans exception, c’est de mesurer l’importance et l’intérêt qu’il y a, à savoir se regrouper. Non seulement du point de vue de l’efficacité électorale mais pour déclencher des dynamiques refondatrices pour chaque partenaire.

Regardez, c’est comme ça que nous, fronts de gauche radicale, sommes devenus, en tout cas dans les enquêtes d’opinion, la première force politique en Grèce. C’est comme ça qu’en France, nous sommes ressortis des catacombes. C’est comme ça que nos camarades en Espagne ont franchi la barre des 10% des voix et actuellement dans les enquêtes sont entre 14 et 16%.

En Tunisie, la constitution du Front Populaire a créé une alarme chez les adversaires de la gauche tunisienne. Ce front représente dorénavant une alternative crédible à la disposition du peuple tunisien.

Mais en Algérie, chacun de ces partis campe sur ses positions et refuse d’aller vers les autres…

Il faut que nos camarades algériens regardent comment nous fonctionnons au Front de gauche français.

Aucun de nous n’a renoncé à ce qu’il est. Les 9 partis qui constituent notre union ne sont pas, pour autant, dissous. Ils agissent toujours, chacun de son faire côté.

En Grèce, il y a 16 partis qui ont unifié leurs efforts pour la défense et la promotion des idées de notre gauche.

En revanche, cette union ne doit pas être seulement un cartel électoral.

Elle doit partir d’un programme partagé qui soit constructif.

Il ne faut pas s’enfermer dans l’espoir vain d’une convergence doctrinale.

Cette politique de fronts est une stratégie de gauche qui a prouvé son efficacité.

En Amérique latine, nous n’avons perdu aucune élection depuis 13 ans! Aucune au Venezuela, en Équateur, en Argentine, en Uruguay, au Brésil, etc.

Je ne veux pas présenter cela comme un modèle. L’idée du modèle est dépassée.

Par contre, ces expériences peuvent être des sources d’inspiration efficaces, puisque la recette fonctionne malgré la diversité des situations de ces pays.

L’opinion populaire juge positivement les efforts d’entente au profit de l’intérêt général.

Je crois que la gauche radicale algérienne pourrait être plus facilement une proposition crédible, raisonnée et raisonnable aux yeux du peuple algérien, si elle parvenait comme nous l’avons fait à s’accorder.

Nous au Front de gauche, nous ne sommes mis aucune limite à gauche pour nous rassembler. Il ne faut jamais se dire qu’il y a quelqu’un de trop.

Dans ce genre de combats, nous avons besoin de tout le monde, de toutes les intelligences, de toutes les énergies et de toutes les capacités de réseaux dans la société.

Notre méthode est rassemblement et radicalité concrète.

Après la reconnaissance des massacres du 17 Octobre 1961, François Hollande a reconnu les souffrances infligées au peuple algérien par la colonisation, lors de sa visite à Alger, sans présenter réellement des excuses. Ne pensez-vous pas que la réconciliation entre les deux pays passe forcément par une vraie repentance de la France officielle pour ses crimes, commis tout au long de 132 ans d’occupation violente de la terre algérienne?

Non. Pas du tout. Ce serait produire une confusion de plus! Le peuple français n’a pas décidé l’invasion de 1830. C’est la monarchie qui l’a fait. Quand il a été consulté démocratiquement, le peuple français a toujours opté pour la solution la plus avancée. Le peuple français n’est pas davantage responsable de la colonisation que de l’esclavage ou de la déportation des juifs ! Allons au bout du devoir de mémoire, car, à ceux qui ont souffert, à ceux qui ont perdu, à ceux qui sont morts, à ceux qui ont été blessés, à tous ceux qui aiment l’Algérie, nous ne devons pas que de bonnes paroles ; nous leur devons la vérité, la vérité qui est politique et qui permet à la nation, épreuve après épreuve, de renforcer son expérience et de savoir ce qu’elle doit, pour l’avenir, éviter à jamais. J’ai dit devant le Sénat français que nos armes ont combattu pour un ordre injuste, celui de la colonisation et qu’il était juste qu’elles perdent ce combat. Le peuple algérien et l’Algérie se sont constitués dans la guerre d’indépendance. Cette guerre il l’a gagnée. Quel genre de vainqueur a besoin des excuses du vaincu ? En avons-nous jamais demandé, après les avoir vaincus, aux Allemands qui nous ont envahis trois fois en un siècle ? Maintenant La guerre est finie. Nous vivons ensemble. Offrons sans barguigner à nos enfants communs, à nos familles communes les bienfaits de la paix et de l’effort commun sans regarder sans cesse par-dessus nos épaules.

Vos rivaux politiques directs — le Front National dont le fondateur a «du sang jusqu’aux coudes, le sang d’un tortureur pendant la guerre d’Algérie», selon votre propre expression, ainsi que plusieurs cadres de l’UMP comme Gérard Longuet et, plus récemment, Michèle Tabarot qui, entre autres, refuse de condamner le terrorisme de l’OAS cofondée par son père et ses acolytes — persistent dans la défense des bienfaits de la colonisation et maintiennent leurs discours hostiles vis-à-vis de l’Algérie indépendante. Quel objectif politique stratégique à élucider se cacherait derrière cette position troublante de l’extrême droite et d’une grande partie de la droite?

Dans ce cas, l’Algérie est un prétexte! C’est une autre façon de formuler un projet politique pour la France.

Marine Le Pen et ses relais à l’UMP veulent justifier la violence la plus abjecte pour défendre un ordre injuste. La figure du musulman occupe la place de celle du juif avant-guerre pour cette droite. Il s’agit de faire croire que les musulmans ne peuvent pas être nos compatriotes et que les Français peuvent être inégaux en droits du fait de leur prétendues racines.

Ce déni justifie l’usage de tous les moyens politiques de discrimination et de ségrégation sociale. Et j’affirme haut et fort que cela suffit pour exiger des immigrés et des citoyens français issus de l’immigration de se justifier ou de rendre des comptes. Qu’on leur permette de vivre tranquilles. Moi je veux faire France de tout bois !

Puisque vous évoquez la question de l’islam, des récentes études d’opinion montrent qu’une grande partie des Français adhère aux idées du Front National et une quasi-majorité d’entre-eux, 74% selon Ipsos, pense que l’islam est incompatible avec les lois de la République. Quelle analyse faites-vous sur ce sujet?

Ces études sont totalement biaisées!

Elles illustrent bien ce harcèlement médiatique qui vise en fait à produire ce qu’il fait mine de dénoncer.

Je veux rappeler que l’islam n’est pas un fait lié seulement à l’immigration. De nombreux Français sont musulmans. L’islam est la deuxième religion pratiquée en France. N’oubliez jamais le nombre considérable des binationaux maghrébins. Telle est la France contemporaine! C’est là un point de départ de ma pensée sur la construction de l’identité dans mon pays. Le camp auquel j’appartiens pense que la France est en train de se reformuler à travers ce mélange qui succède à bien d’autres dans l’histoire. L’autre camp voit cela comme une opportunité politicienne.

La xénophobie ne tombe pas du ciel; elle résulte de stratégies politiques, de moyens et d’un terrain favorable.

Il y a, en France, un courant qui a fait de l’immigration un prétexte pour créer une division dans le monde du travail et entre les citoyens français pour des fins électoralistes et sociales.

Voyez comment cela s’est passé durant la présidentielle, par exemple!

Est arrivé le texte sur la stabilité financière en Europe qui oblige la France à une austérité sans fin, mais les médias n’ont pas trouvé mieux que de mettre en avant les délires de Marine Le Pen pour imposer un débat sur la viande halal et la manière dont les bêtes sont abattues dans les abattoirs. Ce sujet a occupé l’espace public des scènes médiatiques pendant plusieurs jours à la place des vraies questions d’intérêt public.

Quel honte ! Quel abaissement! Finalement, on nous crée des faux débats pour éviter les vrais.

Que faire alors pour lutter contre cette islamophobie qui se banalise et menace la cohésion sociale en France?

C’est vrai que ce genre de campagne menace la cohésion républicaine et sociale. Comprenons qu’il s’agit de manipulations et non de faits objectifs. Luttons pour la défense du fondement politique universaliste de la France depuis les Lumières et la Révolution française. Il faut mener la lutte idéologique tous azimuts. La religion musulmane, pas plus que la catholique ou la judaïque, n’ont de droits dans le champ politique. Notre République a été fondée sur la séparation entre les églises et l’Etat. J’assume cette laïcité; elle protège notre liberté de conscience et notre liberté de pratiquer ou non notre religion.

Il ne faut pas confondre cela avec la laïcité-prétexte de Mme Le Pen qui s’est emparée du thème pour s’en prendre aux musulmans et, en même temps, met en avant dans ses discours les prétendues racines chrétiennes de la nation française. Moi je le réaffirme, il n’y a aucune incompatibilité entre l’islam et la République. D’ailleurs, selon ce que je crois savoir, il est ordonné dans le Coran de se conformer aux lois des pays où l’on se trouve.

Par conséquent, ici c’est la loi laïque qui n’interdit, je le rappelle, aucun aspect de la pratique religieuse. L’interdiction des prières de rues s’adresse à toutes les religions comme problème de circulation et d’appropriation de l’espace public. De même, le voile intégral est interdit car considéré par notre société comme une maltraitance faite aux femmes et une privation du droit de dévisager. Cela n’a rien à voir avec une appréciation sur la religion.

Mais il est vrai qu’il y a une minorité d’extrémistes qui abusent. Ils tombent sous le coup de la loi. Ce n’est pas spécifique aux musulmans. Je rappelle quand même que le seul bâtiment public occupé de force par une religion est l’église Saint-Nicolas-du-Chardonnet et que c’est l’œuvre d’intégristes catholiques.

La République n’est pas un régime neutre. C’est un régime de liberté de conscience et d’égalité humaine. Sur cette base, on peut gérer pacifiquement une vie commune harmonieuse et contenir le sectarisme et l’intolérance.

Toujours sur la question de l’immigration, vous vous démarquez complètement du reste de la classe politique française en appelant à la régularisation de tous les sans-papiers. Cette démarche est-elle réaliste vu les conséquences qu’elle pourrait engendrer?

Ceux qui refusent la régularisation des sans-papiers qui vivent et travaillent sur notre territoire sont soit des hypocrites soit des menteurs.

Les travailleurs et les familles de sans-papiers participent à la vie de notre pays. Leur traque est un gigantesque gâchis et leur expulsion globale est concrètement impraticable. L’appel d’air que provoqueraient les régularisations est un fantasme. Cela méconnaît complètement les causes de l’immigration des sans-papiers. La misère ne vous fait pas quitter votre pays de bon cœur. C’est un arrachement violent. Les pays du Nord et en particulier l’Union européenne en sont directement responsables en raison des politiques d’ouverture forcée des marchés qu’ils imposent aux pays du Sud.

Entre l’Europe et l’Afrique, nous devons passer du règne actuel de la libre-concurrence et de la compétition à la coopération et la protection sociale et écologique de nos économies. Là se trouve la clé des défis migratoires.

Les visas de circulation et la loi régissant les titres de séjour des immigrés algériens restent des points sensibles à régler entre les deux pays. A titre d’exemple, les étudiants algériens souffrent le martyre en France pour trouver du travail ou des stages pratiques. Quelles sont les bonnes formules, à votre avis, pour résoudre les problèmes des expatriés des deux pays et instaurer une réciprocité?

Il faut partir de l’intérêt commun à agir. Dans le cadre des projets communs éco-socialistes que je propose pour nos deux pays, des programmes communs d’enseignement professionnel et d’enseignement supérieur devraient être mis en chantier pour affronter avec des savoir-faire communs, les défis écologiques auxquels nous sommes pareillement confrontés dans la Méditerranée. En tirant le meilleur parti de la science et de la technologie, nous donnerions ainsi à un nombre croissant de jeunes des deux rives la possibilité d’acquérir une qualification dans un autre pays. _ C’est un besoin urgent pour résoudre ensemble les défis de la transition écologique qu’il faut conduire.

Sur un autre registre, malgré tout ce qu’on dit sur les relations économiques entre les deux pays, la réalité des chiffres et des statistiques prouve que l’Algérie ne représente pour la France qu’un marché juteux. Selon vous, quel est le meilleur partenariat économique gagnant-gagnant qui pourrait exister entre Alger et Paris?

D’abord je vous rappelle que l’Algérie est maître de ses choix, non ? Commencez par balayer devant votre porte, ensuite cessez d’appeler «la France» les capitalistes de mon pays! C’est un cliché très pénible!

Je suis aussi la France, nos enfants communs sont la France. Nous ne pillons pas l’Algérie et nous ne sommes pas d’accord pour qu’elle le soit.

Est-ce que je dis, moi, «l’Algérie» pour parler des Algériens qui s’entendent avec les capitalistes de mon pays?

Ces sortes de confort de langage permettent trop souvent de ne pas identifier l’adversaire réel ce qui est une autre façon de le protéger! Et ils nous empêchent de fraterniser quand il le faudrait!

Pour reconstruire un partenariat économique sur des bases égalitaires, nous devons d’abord tourner le dos aux politiques d’ouverture forcée des marchés et de libéralisation des échanges. Ces politiques ont conduit à une économie de jungle et de pillage qui ne profite ni aux travailleurs français ni aux travailleurs algériens.

En rompant avec ce modèle libéral périmé, nous pourrions travailler ensemble à de grands projets de développement commun, au service de l’intérêt général humain que la crise écologique fait apparaître.

Nos deux pays ayant une tradition forte d’intervention économique de l’Etat, des axes communs de planification écologique pourraient nous permettre de réorienter nos systèmes productifs et de consommation au service des besoins réels des populations et de l’emploi, dans le respect des écosystèmes.

Voilà le point de vue qui fait d’un Français un Algérien comme un autre.

La lutte antiterroriste est l’une des priorités suprêmes de la coopération algéro-française. Ceci s’est traduit récemment par l’ouverture de l’espace aérien algérien aux avions français menant une guerre au Mali. Comme la quasi-totalité de l’opinion publique algérienne, vous avez exprimé des réserves sur l’utilité de l’intervention française et émis des doutes sur ses vrais objectifs.

Pourquoi pensez-vous que la solution militaire n’est pas la bonne au Mali?


J’ai réagi en citoyen d’un pays démocratique. En démocratie, le respect du droit international, la clarté des buts de guerre, la soutenabilité d’une stratégie militaire sont des questions préalables au recours à la force.

L’argument de l’urgence est une imposture.

La guerre a un concept; le terrorisme est une sottise. Je trouve désolant que l’on n’ait tiré aucune leçon des interventions militaires successives en Afghanistan, en Irak et en Libye. Toutes ont prétendu apporter une solution militaire au terrorisme. Toutes se sont soldées par un désastre, à tel point qu’elles ont même fait fructifier le terrorisme qu’elles étaient censées combattre.

Ainsi, la déstabilisation du Mali est en partie une conséquence de l’intervention militaire en Libye.

Quant aux autres problèmes profonds du Mali que cache la question du terrorisme, à commencer par l’insurrection touareg, la solution militaire ne peut que les envenimer au détriment de la paix civile et de la reconstruction de ce pays.

Que proposez-vous comme alternative afin d’éradiquer le terrorisme international?

Le terrorisme international est un concept fourre-tout, sans signification géopolitique ni militaire.

Les interventions militaires impériales et la bienveillante cécité à l’égard de bailleurs de fonds aggravent le mal qu’elles prétendent combattre.

Ensuite, elles évitent de s’attaquer à ses causes qui n’ont souvent rien de vraiment religieux ou culturel. Les guerres d’Etats ont tendance à suivre les pipelines!

Les guerres privées que mènent les bandes armées terroristes sont surtout une des modalités, parmi les plus rentables, des trafics dont la mondialisation libérale de l’économie a permis l’explosion. L’affaiblissement des Etats et l’appauvrissement des populations engendrés par les politiques du FMI et de l’OMC sont le terreau profond du «terrorisme» contemporain. Le djihadisme n’est ainsi bien souvent que l’emballage médiatique d’un banditisme qui prospère dans les sociétés désertées par l’Etat. Les mêmes phénomènes s’observent sous d’autres emballages jusqu’au cœur de l’empire nord-américain. C’est en permettant aux économies des pays du Sud de se protéger socialement et écologiquement et en s’appuyant sur la souveraineté populaire des peuples pour reconstruire des Etats forts et légitimes que l’on fera reculer le retour des «guerres privées».

Cela nous amène à évoquer le Printemps arabe. Que pensez-vous des conséquences engendrées par ces évènements?

Déjà, je suis méfiant vis-à-vis de cette appellation de Printemps «arabe». Veut-on sous-entendre qu’il est enfermé d’avance dans un cadre ethnique, voire religieux?

Je n’ai vu dans l’exemple de la révolution tunisienne que des revendications universalistes. On y réclamait la paix, la démocratie et le respect des droits de l’homme. Cette révolution reste un prototype d’un extrême intérêt universel.

Le peuple tunisien est héritier des avancées considérables de ses droits civiques, comme l’égalité des sexes, grâce à un cumul de luttes dans le temps. La révolution tunisienne est notre enfant chéri à tous.

C’est une révolution sociale. Et, en tant que telle, elle défend les questions sur lesquelles est constituée la modernité.

Aussi, c’est une révolution pacifique malgré certains épisodes violents.

Son intérêt est de poursuivre sur ce chemin pacifique. Car si les armes s’en mêlent, le dernier mot reviendra au mieux armé et cela n’est pas une garantie de démocratie pour le futur.

Voilà pourquoi je pense que les révolutions libyenne et syrienne sont mal parties à causes des violences qui les ont défigurées.

Je sais que la révolution tunisienne va s’arc-bouter pour ne pas basculer dans le chaos de la violence après l’infâme assassinat de Chokri Belaïd.

À ce propos, qu’est-ce que vous inspire le combat de cette grande figure de la gauche radicale tunisienne?
melenchon_au_djellaz_ptt_24658_610391358987213_1665679826_n.png

J-L Mélenchon au Djellaz se recueille sur la tombe de Chokri Belaïd.

La foule grandiose qui a accompagné la dépouille du défunt à sa dernière demeure prouve que l’émotion a dépassé les rangs partisans qu’il a influencés.

Il y a une perception nationale commune du rôle important qu’il jouait dans le processus démocratique en Tunisie du fait de sa participation au Front populaire auquel appartient son parti.

Je ne partage pas seulement la cravate rouge avec ce grand monsieur, mais aussi une compréhension commune du rôle tribunicien.

Il était un grand tribun, le tribun des pauvres, des ouvriers et des femmes. Il nous a donné une leçon de courage. Il n’a provoqué personne, il a juste dit ce qu’il y avait à dire. Il l’a dit haut et fort. Je suis persuadé qu’au Maghreb, il y a beaucoup de femmes et d’hommes qui ont cette même conscience politique exigeante. Ils ne sont pas seulement utiles à leurs idées, mais à leur peuple tout entier.

Samir Ghezlaoui

El-Watan

10 février 2013


TUNISIE – HOMMAGE À CHOKRI BELAÏD

pdf-3.jpg


CHOKRI BELAID: LES MOTS D’UN HOMME AVANT SON MEURTRE;


HOMMAGE DE HAMMA HAMMAMI, porte-parole du “FRONT POPULAIRE TUNISIEN” à CHOKRI BELAÏDVIDÉO


pdf-3.jpg
L’APPEL À UN DIALOGUE NATIONAL DE CHOKRI BELAÏDécrit par CHÉRIF FERJANI – maghrebemergent – le 08 FÉVRIER 2013 -“ POUR QUE LA MORT DE CHOKRI BELAÏD SAUVE LA TUNISIE”


pdf-3.jpg
L’UGTT SERA-T-ELLE ÉCOUTÉE: APPEL À UNE BASE DE DIALOGUE ET D’ACTION CONSENSUELLEL’INITIATIVE DE L’UGTT SUR LE LANCEMENT D’UN CONSEIL DE DIALOGUE NATIONAL;


pdf-3.jpgMENACES SUR LA RÉVOLUTIONpar M. Saadoune – le Quotidien d’Oran – éditorial – le 7 février 2013;


pdf-3.jpg LETTRE À MES FRÈRES TUNISIENSJeudi 7 février 2013 – chiricahua.over-blog.


pdf-3.jpg
CHOKRI BELAÏD: LA VOIX QUI DÉRANGEEl Watan – Mourad Sellami – le 08 février 2013.


CHOKRI BELAID

LES MOTS D’UN HOMME AVANT SON MEURTRE

ce document audiovisuel a une profondeur historique sur les culture et civilisation arabes et tunisiennes

http://www.youtube.com/watch?v=bAlG1UWCvXs&list=PLXLvo-fYZAMj-QWuaeBSl03BjgxeLkks2&index=1

Invité le soir du 23 janvier 2013 [[Le lundi 23 janvier 2013 a été marqué en Tunisie par une série d’agressions barbares ciblant des avocats, des journalistes et des universitaires venus soutenir en marge d’un procès inquisitoire contre une chaîne de télé la liberté de création et d’expression.

Ce jour-là, une foule d’islamistes embrigadés par les cheikhs du fascisme religieux s’est ameutée à Tunis autour du tribunal qui jugeait Nessma TV et son directeur -pour la diffusion de Persépolis.

Aux yeux des prisonniers de la pensée unique, ce film iranien est impie et le directeur de Nessma TV, « apologiste de l’art impie », mérite le bûcher.

Pour rappel, ce procès de la honte répondait à une poursuite judiciaire engagée par des soi-disant avocats, une centaine de ceux qui portent indûment la robe de la profession, d’obédience nahdhaouie. Il rappelle à juste titre la Hisba remise au goût du jour en Egypte, une censure religieuse draconienne dirigée contre tout ce qui s’appelle création artistique et littéraire, toute œuvre s’écartant des passages cloutés islamistes.

A leur sortie de l’audience, plus d’un de l’élite éclairée tunisienne engagée contre l’importation de la Hisba en Tunisie se sont vus conspuer, subir insultes et crachats, agresser physiquement, menacer de mort et de lynchage par la foule fanatisée, qui ressuscitait ce jour-là les tristement célèbres scènes de la sainte inquisition chrétienne du Moyen âge.
]] au plateau de Nessma TV, feu Chokri Belaid prononce cet inoubliable réquisitoire, énergique et accablant, contre « les ennemis jurés de l’intelligence tunisienne. »

Le présent document audio-visuel du plus haut intérêt mérite d’être consulté et partagé sur les réseaux sociaux, les blogs et tout ce qui s’apparente aux pages de contre-pouvoir médiatique par tous les défenseurs de la démocratie et du progrès.

A. Amri

12 février 2013

haut


chokri_belaid.jpg

HOMMAGE DE HAMMA HAMMAMI,

porte-parole
du
“FRONT POPULAIRE TUNISIEN”

à CHOKRI BELAÏD

[

samedi 9 février 2013

Accès au discours:

VIDÉO

HAMAMI_-_CHOKRI.jpg

www.assawra.info/chokri.htm

->www.assawra.info/chokri.htm]

haut


chokri_belaid.jpg

L’APPEL À UN DIALOGUE NATIONAL DE CHOKRI BELAÏD

ÉCRIT PAR CHÉRIF FERJANI

le 08 FÉVRIER 2013

maghrebemergent:

POUR QUE LA MORT DE CHOKRI BELAÏD SAUVE LA TUNISIE

Dans ce texte écrit au lendemain de l’assassinat du leader de la gauche tunisienne Chokri Belaïd, mercredi 6 février, et que nous publions ici avec l’aimable autorisation de son auteur, le politologue Chérif Ferjani* revient sur le parcours de son ancien élève et compagnon de combat politique en formulant le vœu que «sa mort soit le début de la fin politique de ceux qui représentent le principal obstacle à la réussite de la transition démocratique» à savoir, pour lui, le parti Ennahda et son chef Rachid Ghannouchi.

Chokri Belaïd a été lâchement assassiné devant chez lui au matin du mercredi 6 février 2013, au lendemain d’une émission télévisée où il avait dénoncé la violence politique en appelant à une rencontre de dialogue national pour y mettre fin. Comme à son habitude, il avait identifié clairement les responsables de cette violence: les ligues dites de « protection de la révolution », les groupes armés salafistes qui agissent impunément, le parti hégémonique au pouvoir, son aile radicale et son chef Rachid Ghannouchi.

Chokri Belaïd avait rappelé les propos de celui-ci qualifiant les salafistes de ses «enfants qui lui rappellent (sa) jeunesse», et les ligues criminelles de « conscience de la révolution ». Il avait également rappelé, dans cette émission, la déclaration du bureau politique d’Ennahda (son conseil de consultation, Choura), demandant la fin de l’injustice contre ses militants et les membres des ligues de « protection de la révolution » arrêtés suite à l’assassinat du militant de Nida Tounes à Tataouine, Lotfi Naggadh, qualifié par un élu d’Ennahda à l’ANC d’ »acte révolutionnaire »!

Chokri était mon élève en cours de philosophie au Lycée de Ouardia, au début des années 1980. Nous étions plus des amis qu’élève et professeur, même s’il a toujours tenu, jusqu’à la veille de sa mort tragique, à s’adresser à moi en disant « mon professeur ». Je l’ai retrouvé à Paris, dans les années 1990, lors des manifestations dénonçant les politiques répressives du régime de Ben Ali. Puis nous nous sommes revus ces deux dernières années dans les manifestations et les réunions pour la poursuite des objectifs de la révolution et la résistance à l’orientation antidémocratique prise par la transition depuis les élections du 23 octobre 2013.

L’APPEL À UN DIALOGUE NATIONAL DE CHOKRI BELAÏD

Notre dernière rencontre a eu lieu en octobre 2012 au procès du doyen Habib Khazdaghli dont il était l’un des avocats. Je l’ai eu au téléphone à deux reprises la veille de sa disparition et nous devions nous voir le 6 février 2013 à 17 heures avec Hamma Hammami pour discuter de la situation dans le pays et de la position du Front Populaire. Il m’a parlé des menaces dont il était l’objet et de l’attaque qui avait visé la réunion de son parti au Kef le week-end dernier. Il m’a dit qu’il était contre la violence mais que si les forces de sécurité n’assument pas leur rôle pour protéger les citoyens contre les hordes cherchant à terroriser la population et les opposants, il était prêt à rendre coup pour coup!

Son dernier message était l’appel à un dialogue national pour mettre fin à la violence politique… qui vient de l’emporter à l’âge de 48 ans.

Espérons qu’il n’est pas mort pour rien et que sa fin tragique sera un choc salutaire pour toutes les forces politiques et l’ensemble des acteurs qui tiennent à la réussite de la transition démocratique.

Les premières réactions semblent indiquer que les choses évoluent dans ce sens.

Les expressions organisées de la société civile et les partis de l’opposition démocratique se sont retrouvés autour du “Front Populaire”, dont Chokri Belaïd était l’un des leaders les plus appréciés, pour prendre des décisions allant dans ce sens: organisation de funérailles nationales le jour de son inhumation, grève générale le même jour, suspension de la participation des députés de l’opposition démocratique jusqu’à la démission du gouvernement, réunion d’un congrès de salut national pour établir des orientations politiques, sociales et économiques répondant aux aspirations qui ont porté la révolution, et d’un calendrier clair pour la fin de la transition, mise en place d’une coordination regroupant des représentants de tous les partis, des syndicats et des expressions organisées de la société civile partageant ces objectifs.

OPPOSITION ENTRE LES PARTISANS DE JÉBALI ET DE GHANOUCHI

Le chef du gouvernement a, de son côté, déclaré, la formation d’un gouvernement de technocrates dont aucun membre, y compris lui-même ne se présenterait aux prochaines élections, en précisant: «Je n’ai consulté aucun parti, n’obéissant qu’à ma conscience et à mon sens du devoir national».

Ce gouvernement devra gérer les affaires du pays, réaliser autant que possible les objectifs de la révolution, jusqu’aux prochaines élections qu’il souhaite avoir lieu dans les plus brefs délais. Cette décision va à l’encontre des positions défendues par son parti et équivaut à un acte de démission de celui-ci. Rachid Ghannouchi, qui déclarait juste avant le discours de H. Jébali qu’il n’était plus question de parler d’un remaniement ministériel, aurait réagi à ce discours en traitant le chef du gouvernement de « traître » … avant de prendre l’avion pour Londres! Il faut que les organisations humanitaires demandent, comme elles l’avaient fait contre les ministres de Ben Ali impliqués dans la torture des islamistes, son arrestation et des poursuites judiciaires contre lui pour incitation au meurtre et à la guerre civile dans le pays! Il est devenu l’homme le plus dangereux pour la paix civile et le principal obstacle à l’aboutissement de la transition démocratique!

La direction d’Ennahda a réagi au matin du 7 février, moins de 12 heures après la déclaration du Chef du gouvernement, en rejetant cette proposition et en disant que H. Jébali n’avait pas à la faire sans consulter au préalable les instances de son parti. Quels seront les développements de ce bras de fer entre H. Jébali et son parti? H. Jébali sera-t-il suivi par d’autres dirigeants et par une partie de son mouvement? Quelle sera l’attitude des autres composantes de la Troïka, des présidents de la République et de l’ANC et de l’opposition?

Il me semble que l’opposition entre les partisans de H. Jébali et de R. Ghannouchi a atteint un point de non-retour qui peut s’avérer décisif pour l’avenir de la transition démocratique. L’opposition démocratique et les acteurs de la société civile doivent tout faire pour isoler R. Ghannouchi et ses partisans en trouvant un terrain d’entente avec la proposition de H. Jébali qui est allé au-delà de leurs demandes au sujet de la composition du gouvernement.

Ils doivent, en même temps, maintenir la pression pour les autres demandes concernant:

  1. un calendrier clair pour aller vers les prochaines élections ;
  2. l’accélération du travail de l’ANC ou sa dissolution;
  3. la révision de toutes les nominations partisanes dans les administrations et les corps de l’Etat, dont celles des gouverneurs, des délégués, des membres des conseils municipaux, à la tête des médias publics, etc.;
  4. la réunion d’un congrès national regroupant les partis et les acteurs de la société civile, dont les syndicats, pour déterminer la feuille de route pour la fin de la transition démocratique et veiller à son application;
  5. la dissolution des ligues dites de « protection de la révolution » et de toutes les milices et groupes armés, l’arrestation des auteurs d’actes de violence pour les juger et sortir le pays de la violence politique dans laquelle ces groupes veulent le conduire.

Chokri Belaïd est tombé sous les balles des ennemis de la démocratie protégés et entretenus par l’aile dure d’Ennahda et en premier lieu, par R. Ghannouchi. Que sa mort soit le début de la fin politique de ceux qui représentent le principal obstacle à la réussite de la transition démocratique.

cherif_Ferjani.jpg
*Chérif Ferjani est professeur de civilisation arabe et de sciences politiques à “l’Université Lumière Lyon 2” et à “l’IEP” de Lyon,

chercheur au “GREMMO” (“Groupe – pluridisciplinaire – de recherche et d’études sur la Méditerranée et le Moyen-Orient”),

auteur de travaux concernant la laïcité, les droits humains et les faits islamiques dont

“Le politique et le religieux dans le champ islamique” (Fayard, 2005),

“Les voies de l’islam, approche laïque des faits islamiques” (CRDP de Franche Comté et CERF, 1996)

et “Islamisme, laïcité et droits de l’Homme”, (L’Harmattan, 1991).

Sources: maghrebemergent…

haut


L’UGTT SERA-T-ELLE ÉCOUTÉE

APPEL À UNE BASE DE DIALOGUE ET D’ACTION CONSENSUELLE

Copie_de_greve08-02-2013.jpg

L’INITIATIVE DE L’UGTT

SUR LE LANCEMENT D’UN CONSEIL DE DIALOGUE NATIONAL

Partant de la conviction de la nécessité de conjuguer les efforts en vue de réaliser les objectifs de la Révolution et de parachever ses échéances, cherchant avant tout à contribuer au traitement de la situation économique, sociale et sécuritaire dans cette étape délicate qui dicte de faire face aux différents défis, eu égard à la situation prévalant dans le pays et caractérisée par une tension politique et l’absence de dialogue entre les différents protagonistes,

Appelant à un dialogue sérieux, structuré et permanent en vue de trouver un consensus sur les grandes questions suscitant les tiraillements entre les différents partenaires de la vie politique nationale

En se basant sur sa responsabilité nationale et son rôle historique L’UGTT fidèle à la ligne de ses leaders historiques, appelle à la création d’un conseil national qui instaurera un véritable dialogue en vue d’élaborer une approche consensuelle sur les grandes problématiques politiques, économiques, sociales que rencontre le pays et d’assurer une gestion de la période de transition sur la base des principes suivants:

1 – l’attachement au caractère civil de l’Etat, au régime républicain démocratique et aux acquis sociaux du peuple tunisien.

2 – respect des droits de l’homme, garantie des libertés publiques et individuelles et consécration de la citoyenneté et de la justice afin de rompre avec le système autoritaire.

3 – rejet de la violence sous toutes ses formes et de l’extrémisme.

4 – tenir l’administration, les mosquées et les institutions économiques, éducatives et universitaires à l’écart de toute instrumentalisation à caractère politique.

5 – considérer les institutions de l’État comme le seul garant et responsable de l’application de la loi, de la protection des institutions et des biens des citoyens et du respect des droits et libertés

6 – mise en œuvre d’un nouveau modèle de développement qui réduirait les disparités sociales et régionales et ferait face à la pauvreté en renforçant l’investissement et la culture de travail et de la production.

Le consensus sera fondé exclusivement sur:

  • Le dossier des blessés et les familles des martyrs de la révolution qui sera pris en charge par l’Etat avec le soutien de l’effort national.
  • La consécration de la transparence en matière d’emploi et de recrutement des diplômés en chômage.
  • La mise en place d’un calendrier qui fixe la date définitive de l’élaboration de la Constitution et celle des prochaines élections.
  • La composition de l’Instance supérieure indépendante des élections ainsi que la mise au point du prochain code électoral.
  • La composition de l’Instance supérieure indépendante de l’information.
  • La composition de l’Instance provisoire de la magistrature.
  • La composition de la commission d’enquête sur la corruption et la malversation ainsi que la commission de confiscation des biens spoliés.
  • L’instauration de l’Instance nationale de la justice transitionnelle fondée sur l’obligation de rendre des comptes puis la réconciliation.
  • La mise en œuvre d’un mécanisme relatif aux nominations administratives, aux désignations dans les hauts postes de manière à consacrer la neutralité de l’administration et à éviter qu’elle tombe sous la coupe du parti au pouvoir.
  • Le lancement de réformes urgentes du système bancaire propre à encourager l’investissement et la création de postes d’emploi.
  • La réforme du système sécuritaire et sa restructuration de manière à consacrer la sécurité républicaine.

Cette initiative vise à raffermir l’unité nationale, à protéger la transition démocratique et à assurer une gestion collégiale de la période de transition.

Cette démarche exige des mécanismes et des structures adéquats d’où l’appel de l’UGTT à la création d’un conseil national de dialogue pour gérer les conflits et parvenir à un consensus.

Ce cadre de dialogue et de consensus constitue une force de proposition qui ne remplacera en aucune manière les institutions constitutionnelles et législatives qui demeurent l’autorité de décision.

Le Secrétaire général de l’UGTT

Hassine Abassi

http://www.ugtt.org/

Sources:

UGTT

algérie infos
Tunisie- L’UGTT sera-t-elle enfin écoutée ? – Vendredi 8 février 2013 – blog algerieinfos

20121204162207__houcine-abbassi-0086.png

DR: Hassine Abbassi

Indépendante des partis politiques, l’UGTT principal artisan de la chute de Ben Ali s’efforce depuis l’automne dernier d’imposer aux partis une approche patriotique pour isoler la violence et sortir de l’impasse politique. Les partis « libéraux » d’opposition groupés autour d’Essebsi et Ennahda ont refusé, jusqu’ici, de participer au «dialogue national» initié par l’UGTT. Par contre, lors d’un meeting populaire organisé à Gafsa, début janvier, Hamma Hammami porte-parole du Front populaire, s’était déclaré favorable à l’initiative.

Depuis l’automne dernier, l’UGTT s’en tient à cette ligne de «dialogue national», pour sortir de la crise et de la violence et préparer sereinement les échéances electoral.

Voici le texte intégral des propositions de l’UGTT formulées il y a quelques mois par Hassine Abassi le secrétaire général de l’UGTT…
pour lire cliquer sur le lien

haut


MENACES SUR LA RÉVOLUTION

par M. Saadoune

Le Quotidien d’Oran – éditorial

le 7 février 2013

Qui a tué l’avocat Chokri Belaïd, figure de l’opposition de gauche? Ceux qui sont dans une opposition frontale au mouvement Ennahda – et le défunt en faisait partie – ont immédiatement accusé le parti de Ghannouchi. Et il ne s’agit pas d’une simple accusation morale en direction d’un parti qui a la charge du gouvernement – et donc de la sécurité – mais d’une mise en cause en bonne et due forme. Cette accusation paraît trop facile car automatique et sans recul. Elle contribue directement à une stratégie de la tension destinée à entraver la transition politique vers un régime démocratique.

Le gouvernement dominé par Ennahda est comptable de la sécurité des citoyens et il est lourdement en défaillance. Mais l’accusation qui est portée contre le parti islamiste d’avoir fait assassiner Chokri Belaïd est aussi injuste que dangereuse. Elle vient conforter l’argumentaire simpliste des milieux qui travaillent à une confrontation idéologique allant jusqu’à la guerre civile. Jusque-là, malgré des graves difficultés, la transition tunisienne a connu des dérapages limités dans la violence. Il reste que l’activisme des salafistes djihadistes à l’extérieur, en Syrie principalement et récemment à Tiguentourine où ils étaient très nombreux au sein du groupe des assaillants, fait peser un grave risque sur le pays. Ces activistes d’une culture frustre constituent le vivier d’aventuriers aussi fanatisés qu’aisément manipulables et c’est une piste possible dans l’affaire de l’assassinat de Chokri Belaïd.

L’autre piste est celle des hommes de l’ancien régime qui disposent de l’argent et de «l’ingénierie» pour manipuler des jeunes nervis qu’ils soient islamistes ou plus prosaïquement des délinquants. C’est à eux que pense probablement Moncef Marzouki en qualifiant l’assassinat de «message des ennemis de la révolution». «Nous refusons cette lettre, nous refusons ce message et nous continuerons à démasquer les ennemis de la révolution», a-t-il déclaré. Rien n’est certain cependant sur les auteurs et les commanditaires de ce crime et les hypothèses sont plus grandes que les certitudes. Pour l’heure, l’affaire empoisonne un climat politique déjà très détestable. Il faudra que l’enquête se fasse correctement et vite pour démasquer les coupables et les traduire devant la justice.

En attendant, il faudra aux tunisiens beaucoup de volonté et d’effort politique pour éviter de tomber dans le piège de la tension et de la confrontation. C’est bien la plus grande menace qui guette la tunisie.

Le président tunisien qui se trouvait à Strasbourg et qui a décidé de renoncer à participer au sommet de l’Oci au caire pour revenir au pays a mis le doigt sur le risque majeur pour le pays.
«Cet odieux assassinat n’a pas d’autre objectif que d’opposer la composante laïque à la composante musulmane de la société pour susciter le chaos».

Il s’agit bien pour la Tunisie de ne pas permettre aux assassins, quels qu’ils soient, d’atteindre ce funeste objectif.

Beaucoup travaillent à un scénario de confrontation entre islamistes et laïques pour le plus grand bénéfice des néo-fascistes et des nostalgiques de l’absolutisme.

Il reviendra aux forces démocratiques tunisiennes, celles qui sont au pouvoir comme celles qui sont dans l’opposition, d’étouffer dans l’œuf ceux qui veulent la guerre civile et cherchent a rendre désirables les temps humiliants de la dictature de Ben Ali.

535702_0202550533225_web.jpg

Sources: Le Quotidien d’Oran

repris sous le titre: “Tunisie- Objectif : le chaos” le 7 février 2013 sur algerieinfos:

haut


LETTRE À MES FRÈRES TUNISIENS

Jeudi 7 février 2013

chiricahua.over-blog

L’assassinat de Choukri Belaïd, le dirigeant d’un parti tunisien

d’opposition de la gauche laïque et démocratique, a certainement ébranlé douloureusement la majorité des Algériens attachés à la liberté d’expression et de conscience. Ce meurtre odieux ne manquera pas, en effet, de réactiver chez eux les traumatismes terribles vécus durant les années 90 de sinistre mémoire. Je sais, pour l’avoir vécu, combien étaient terrifiants ces petits matins où, pas encore entièrement dépêtré des brumes du sommeil, il fallait descendre les escaliers de sa cité de banlieue pour aller à un travail sans joie, sachant qu’à chaque palier un tueur pouvait être embusqué qui mettrait fin à votre vie et plongerait votre petite famille dans la nuit du désespoir.

Ainsi ont été lâchement tués beaucoup de nos amis et camarades: le mode opératoire était le même; aux premières heures du matin, le tueur est là qui attend à proximité du véhicule de la future victime. Il l’abat à bout portant d’une balle derrière la tête et s’enfuit à bord de la voiture, garée près de là, dans laquelle son complice l’attendait. Les assassins de Choukri Belaïd en ont pris de la graine. À la différence près qu’ils se seraient enfuis sur un deux-roues, scooter ou moto, à ce que l’on dit. Ce qui n’est pas sans rappeler les assassins italiens des années de plomb qui tuaient sur un deux-roues. Ceux-là, on le sait aujourd’hui, étaient manipulés par les services secrets italiens (SISMI) et yankees (CIA), dans le cadre de ce qui a été nommé «la stratégie de la tension». Il s’agissait pour ses concepteurs d’enclencher un engrenage de violence terroriste telle que les deux partis dominant la vie politique italienne à l’époque (la Démocratie chrétienne et le Parti communiste) soient emportés par la tourmente et que l’aspiration à l’ordre soit telle que l’armée et ses services prendraient le pouvoir sans coup férir.

La situation qui prévalait en Algérie au début des années 90

était la suivante: le pouvoir dit du FLN, déchiré entre les factions, était entré dans une crise profonde et irréversible. Il a dû consentir à se dépouiller du monopole de la représentation politique et ouvrir le champ au pluralisme.

Très vite un parti islamique tentaculaire a surgi comme par enchantement, le Front islamique du salut (FIS).

En face de lui, il n’y avait qu’un seul parti politique véritable, celui qui venait de sortir de 25 ans de clandestinité, le Parti de l’avant-garde socialiste (PAGS), héritier du Parti communiste algérien (PCA).

Face à l’activisme du FIS -encouragé par une partie de l’armée- qui voulait tout le pouvoir tout de suite pour rétablir rien moins que le califat et qui mobilisait des foules impressionnantes, le PAGS se divisa entre, d’une part les partisans de la poursuite du travail politique et social «normal» parmi les masses populaires, sans se laisser impressionner par l’agitation du FIS, d’autre part ceux qui voulaient larguer toute préoccupation sociale et se préparer à mener une guerre idéologique contre le FIS, en ne se battant plus que pour la «modernité» et la «laïcité». Ils proposaient même de saborder le parti et de former un front de l’Algérie moderne contre le front de l’Algérie archaïque (les islamistes).

La vérité -on le sait aujourd’hui de science sûre-, c’est que les promoteurs de la ligne anti-FIS au niveau de la direction exécutive du PAGS étaient des agents de la police politique, la Sécurité militaire. Ces derniers étaient des taupes dormantes de longue date dans les rouages du parti. Les conditions difficiles de la clandestinité autant que le système de cooptation expliquent -pour partie- cette infestation policière. Ils réussirent à gagner la majorité de la direction à leurs « thèses » en mettant en minorité puis en isolant le premier secrétaire qui refusait de les avaliser.

En l’absence de débats transparents qui auraient associé la base -ce dont les taupes ne voulaient à aucun prix- le parti finira par éclater.

Le PAGS neutralisé, libre cours sera alors donné à une campagne d’une incroyable violence verbale entre les islamistes et le parti politico-policier que la minorité du PAGS historique avait créé à la hâte.

À l’affrontement verbal succédera vite la violence meurtrière des balles.

À signaler, cependant, que parmi ceux qui tomberont, on compte de nombreuses personnalités qui prônaient le dialogue et la sagesse, à tout le moins la retenue.

Comme si les deux belligérants avaient un égal intérêt à supprimer toute autre voie que celle de la violence, dont ils prenaient bien garde, toutefois, de la revendiquer. Guerre de lâches.

À qui a profité la décennie algérienne sanglante?

Au début des années 90, le pouvoir militaro-policier (qui s’abritait derrière le sigle FLN) était à bout de souffle, exsangue. 20 ans et 200 000 morts après, il s’est remis en selle, s’est refait une santé et nargue les Algériens -encore dans la sidération devant le déchaînement de violence sauvage auquel ils ont assisté-, avec sa morgue naturelle: ana raboukoumou el a’la: je suis votre dieu tout-puissant.

Les deux grands partis (PAGS et FIS), emportés par la tourmente, la caste militaro-compradore a conforté son assise économique et financière et plastronne en pillant sans vergogne les richesses nationales, tout en quémandant auprès de la «communauté internationale» -c’est-à-dire l’Occident- la palme «d’État antiterroriste» (car elle a une peur bleue du label de «rogue state» que pourrait lui décerner Rogue Sam, avec une pluie de missiles de croisière à la clé).

Mes chers frères Tunisiens,

Il est impensable, il est impossible que les clients et autres profiteurs -sans parler des agents actifs-du régime de Leila Trabelsi et de son mari, aient dit leur dernier mot.

L’épuration des services de sécurité n’ayant pas eu lieu, il est inévitable que des taupes de l’ancien régime se terrent encore dans des alvéoles secrètes, attendant le moment où elles pourraient frapper. Et elles frapperont de préférence par le truchement des nébuleuses djihadistes que les polices du monde entier manipulent sans désemparer, suivant en cela l’exemple du big brother yankee et celui de l’État sioniste paria.

Il serait moralement et politiquement meurtrier de s’abandonner à la surenchère verbale et de s’attaquer sans discernement au parti d’En-Nahdha et à ses dirigeants. C’est très exactement le piège que vous tendent ceux qui ont assassiné Belaïd.

Ne laissez pas le traquenard algérien (décrit supra) se refermer sur vous. Ceux qui appelleraient à un affrontement sans nuance avec l’islamisme (pris comme totalité abstraite) feraient preuve de pusillanimité dans l’analyse en même temps qu’ils commettraient une faute politique dont les conséquences seraient désastreuses pour le peuple tunisien.

Certes, il est juste d’exercer sur En-Nahdha une pression afin de l’amener à se démarquer catégoriquement des soi-disant djihadistes qui prospèrent sur ses marges. Mais une pression efficace ne peut provenir que de la base populaire, ce qui implique de ne jamais abandonner ce terrain aux seuls islamistes.

La répétition incantatoire des mots d’ordre de «modernité» et de «laïcité» ne fera pas avancer les choses d’un millimètre.

Pas plus que l’avenue Bourguiba ne remplacera le pays réel.

Avancer dans la contradiction, c’est être capable d’en tenir les deux termes ensemble sans jamais succomber à la tentation d’en supprimer un.

Chers frères,

En toute circonstance, n’oubliez pas que vous avez à votre disposition le contre-exemple algérien que je vous conjure de bien méditer.

À la mémoire de Khélifa Brahimi, Tunisien ayant vécu en Algérie, qui fut mon camarade de combat syndical et mon ami très cher.

tunisie_meurtrie_Hic.jpg

Sources: chiricahua overblog

haut


CHOKRI BELAÏD: LA VOIX QUI DÉRANGE

El Watan

Mourad Sellami

le 08 février 2013

Avec l’assassinat, mercredi 6 février, de Chokri Belaïd, la violence politique en Tunisie a atteint un seuil dangereux. Mais pourquoi lui? Pour répondre à cette question, il a fallu faire le tour de la classe politique, aussi bien sa famille, ses amis que ses détracteurs. En posant la question à son épouse Besma, elle répond fièrement: «C’est celui qui n’a pas peur de dire la vérité, même si elle dérange.» La veuve rappelle que «ce n’est pas par hasard que Chokri a été ciblé par des prêches incendiaires dans les mosquées de dirigeants islamistes comme Habib Ellouze» (membre de l’Assemblée nationale constituante et l’un des faucons d’Ennahda).

Des propos similaires sont repris par Hamma Hammami, porte-parole du Front populaire (l’alliance de dix partis, dont celui des Patriotes démocrates dirigé par Chokri Belaïd). Hamma souligne que «Chokri dérange car la tonalité de ses propos atteint directement ses auditeurs». Il explique que «l’aspect direct de ses discours est accessible à son public, notamment les classes laborieuses, dont il partage les soucis». Hamma justifie la rancœur des islamistes radicaux à l’encontre du «martyr» par le fait que «cette même population soit la cible privilégiée pour l’embrigadement par ses adversaires djihadistes. D’où la gêne qu’il leur cause et la haine qu’ils ont contre lui». Du côté de ses détracteurs, le membre du conseil de la choura d’Ennahda, Hichem Laâreyedh, dit «respecter ce leader de la vie politique tunisienne malgré les différences entre nos idéologies respectives». Il considère que «sa mort est une perte pour la Tunisie».

Le parcours du militant

Le militant qu’est Chokri Belaïd est né le 26 novembre 1964 à Jebel Jeloud, dans les environs de Tunis. Son père est originaire de la zone de Sidi Abid, à Boussalem dans le gouvernorat de Jendouba, au nord-ouest de la Tunisie. Selon ceux qui l’ont connu, le jeune Chokri s’est imprégné de la pensée patriotique démocratique à partir du secondaire, quand il a commencé à fréquenter les cercles clandestins du mouvement. À l’université, qu’il a intégrée durant la deuxième moitié des années 1980, il brille grâce à ses qualités hors pair d’orateur et devient un virulent adversaire des islamistes qui commencent à élargir leur influence sur la sphère estudiantine, après des décennies de domination de la pensée de gauche.

En 1988, lors du 18e congrès extraordinaire de l’Union générale des étudiants de Tunisie, Chokri Belaïd est un candidat potentiel pour diriger cette organisation. Mais les tractations politiciennes lui préfèrent Samir Laâbidi, candidat indépendant et plus conciliant avec le pouvoir de Ben Ali en place. Quoi qu’il en soit, le leader Watad (patriotique démocratique) a marqué de son empreinte les trois années de sa mandature au bureau exécutif de l’organisation estudiantine. Par la suite, cet opposant radical a terminé son master de droit à Paris aux débuts des années 1990 pour accéder directement au barreau, sans passer par l’examen très sélectif du certificat d’aptitude à la profession d’avocat (CAPA).

De retour en Tunisie, il intègre le barreau et brille par ses plaidoiries dans les procès politiques, ce qui lui a valu pas mal de tracas avec le régime en place. Il fait l’objet d’un enlèvement, en compagnie de Me Abderraouf Ayadi, par les sbires du régime déchu, quelques jours avant le 14 janvier 2011. Après la chute de Ben Ali, l’avocat et militant démocratique poursuit son combat. Sa femme dit de lui qu’il n’avait jamais peur et qu’il croyait fermement aux ressources du peuple tunisien. «Il se savait menacé.
Pourtant, il poursuivait le combat avec la même ferveur», n’a-t-elle cessé de répéter depuis son assassinat. Humainement parlant, la veuve Besma dit que Chokri Belaïd était très proche de ses deux filles, de 7 et 9 ans, dont il suivait la scolarité.

Loin de tout machisme que laissent inspirer ses moustaches à la Staline, le défunt avait l’habitude d’aider son épouse en cuisine et ne rechignait pas aux tâches ménagères. De l’avis de tous, partisans et détracteurs, la Tunisie a perdu un combattant de la liberté.

Mourad Sellami

Sources El-Watan

haut


HOMMAGE À BOUGUERMOUH

BOUGUERMOUH_Abderrahmane_1996_La-colline-oubliee_00.jpg

BOUGUERMOUH_Abderrahmane_1996_La-colline-oubliee_00.jpg

Salut, Abderahmane !

J’ai appris avec consternation la disparition de Abderhamane Bouguermouh. Bien que le sachant malade depuis longtemps, sa disparition m’afflige. C’est un homme de cœur et un homme pourvu d’une rare noblesse d’esprit qui nous quitte.

C’est aussi un homme de culture qui, par son cinéma, nous a donné à nous réconcilier avec nos racines et notre être profond tout en restant présent au monde.

On n’est pas près d’oublier son savoureux“ Kahla ou Beïda,” ce film plein de sensibilité et de finesse.

Et, bien sûr, avec “La Colline oubliée,” le cinéma amazigh lui doit un acte de naissance flamboyant qui, en outre, a transformé le modèle de production cinématographique en Algérie puisqu’il a été financé par des cotisations de particuliers.

En réalisant ce film qui demeurera quoi qu’il arrive le premier film amazigh du cinéma algérien, Abderhamane Bouguermouh tenait la promesse faite à Mouloud Mammeri qu’il porterait un jour son roman à l’écran.

Avec lui, disparaît aussi un écrivain qui, malheureusement, a peu produit.

Son livre de mémoires, cependant, nous révèle un écrivain accompli, un maître de la narration et de la langue qui nous aurait certainement légué une œuvre littéraire notable s’il s’y était consacré.

En cette douloureuse circonstance, je prie sa famille de croire en mes sentiments amicaux et en mes condoléances attristées.

[

Arezki Metre

Le Soir d’Algérie

le 7 février 2013

->http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2013/02/07/article.php?sid=144890&cid=16]


BOUGUERMOUH_Abderrahmane.jpg

Né le 25 février 1936 à Ouzellaguène (Wilaya de Béjaia), fils d’un instituteur de la sévère école normale française et d’une mère analphabète qui ne connait que les poèmes et chants kabyles. Etudes secondaires à Sétif où il voit de prés l’horreur et la mort lors des événements de 1945. En 1957, il rencontre l’écrivain Mouloud Mameri ! Début d’une longue amitié. Après un passage à l’IDHEC (Institut des hautes des Etudes Cinématographiques) en 1960. Bouguermouh réalise des émissions de variétés pour la télévision, RTF, à Cognacq Jay.

En 1963, il retourne au pays et participe à la création du CNCA (Centre National Cinématographique Algérien). Il en est exclu en 1964, à cause de ses idées. En 1965, sur un texte de Malek Haddad, il tourne « Comme une âme », un moyen métrage en berbère. Le film est refusé par le ministère qui en exige une version arabe. Il part alors pour Paris où, il post-synchronise le film en français: cela lui vaudra un deuxième licenciement, la confiscation et la destruction des positifs et des négatifs. Le film ne sera jamais diffusé.

De 1965 à 1968, il réalise une série de documentaires de commande et prend contact avec les premiers intellectuels de la revendication berbère, Monsieur Hannouz, Taous Amrouche, Mouloud Mameri, Batouche Mouloud et Bessaoud Mohand Arab. Le réalisateur s’intéresse à un documentaire archéologique avant de tourner un autre moyen métrage « La grive », en 1967. Plusieurs fois primés, le film constitue selon les journalistes l’une des premières anthologies cinématographique algérienne.
À partir de la fin des années 60, il tourne plusieurs courts métrages et contribue par la réalisation d’un épisode au film collectif L’Enfer à dix ans (1968).
En 1968, il dépose « La colline oubliée » à la commission de censure. Dans une lettre d’intention, il précise que ce film ne peut se faire qu’en kabyle. Le projet est rejeté sans explication.

Commence alors une longue traversée du désert au cours de laquelle, il collabore avec Mohamed Lakhdar Hamina, comme assistant réalisateur, dans « Chronique des années de braises », en 1973.
Il réalise successivement pour la télévision (la RTA), deux longs métrages : Les Oiseaux de l’été (1978) et Noir et blanc / Kahla wa beida (1980), grand succès populaire. En 1987, il tourne son premier long métrage en 35mm Cri de pierre / Ourâkh al-hajar, plusieurs fois primé à l’étranger, mais très attaqué en Algérie. En 1989, on lui accorde enfin, l’autorisation de tourner en berbère La Colline oubliée (1996).

Abderrahmane Bouguermouh décède le 03 février 2013, à l’hôpital de Birtraria (Alger) à l’age de 77 ans, des suites d’une longue maladie.

Africultures


FORUM message

Message

HOMMAGE À BOUGUERMOUH


9 février 09:02

« Il a été le pionnier. Vous pensez, avec sa ténacité, le film a eu droit à 32 km d’affiches dans le métro, abribus, salles de cinéma, Champs Elysées !, les plus grandes radios en plus avec des spots fréquents!

Pour la première fois, un film en berbère,un film de la visibilité! Du jamais vu dans Paris et dans le monde.

J’ai revu Bouguermouh à Monaco, cette fois-ci dans une salle avec des spécialistes.

Il leur expliquait ce qu’est la misère, le typhus, les poux, lot des plus démunis dans la montagne de Kabylie, pendant la guerre!

Nous nous sommes revus une seule fois après, juste pour échanger quelques mots, la maladie ayant pris le dessus.

Humble parmi les humbles, il sait exprimer leur détresse.

Il ne pouvait que rejoindre Ighzer « Amweqran » , celui des «Imweqranen» , « des grands » comme l’indique le nom.

Gana Mammeri


ANNIVERSAIRE – 26 JANVIER 1966: NAISSANCE FORMELLE DU PAGS


pdf-3.jpg
26 JANVIER 1966: Il y a quarante ans, naissait formellement le PAGStexte de Sadek Hadjerès – 26 janvier 2006.


pdf-3.jpg
[POUR UNE ISSUE DÉMOCRATIQUE ET PACIFIQUE À LA CRISE OUVERTE LE 19 JUIN – UN PROGRAMME DE FRONT DÉMOCRATIQUE ET POPULAIRE –
ÉLARGIR TOUTES LES POSSIBILITÉS LÉGALES
F L N – O R P – Direction Nationale Provisoire – Alger, le 26 Janvier 1966->doc3236]


pdf-3.jpg

LA PÉRIODE DU PARTI UNIQUE ou LA (RE) – NAISSANCE PARADOXALE AVÈNEMENT DE LA PÉRIODE BOUMEDIENE
situation avant le coup d’Etat et ses motivations – l’épisode de l’ORP – la fondation du PAGS.

Extraits de notes prises au cours de l’entretien de Sadek Hadjerès avec Arezki Metref en Mai- Juin 2007, entretien publié dans Le Soir d’Algérie des 1er et 2 juin 2007 – mis en ligne en ligne sur socialgerie – article 6 – le 31 mai 2009 sous le titre : REHABILITER LE POLITIQUE – HADJERES AU « SOIR D »ALGERIE », GRAND ENTRETIEN avec Arezki METREF.


pdf-3.jpg
L’HÉGÉMONISME… DES AUTRES OU LE VRAI « DRAME ALGÉRIEN«  – texte de Sadek Hadjerès – le 29 février 1996.


pdf-3.jpg

LES DÉRIVES DU PAGS DANS SA DERNIÈRE ANNÉE D’EXISTENCE JUILLET – AOÛT 1990: LE PAGS SUR UNE PENTE FATALE – Sadek Hadjerès – SUITE DE 5 ARTICLES mis en ligne par socialgerie entre le 15 et le 26 juillet 2010.


pdf-3.jpg

[DEUX MOMENTS DU MOUVEMENT COMMUNISTE ALGERIEN;
La fondation (1936) et son contre-exemple (1992)

Interrogations et enseignements pour de larges milieux démocratiques par Sadek Hadjerès (décembre 2006)->http://www.socialgerie.net/IMG/pdf/1992_2006_12_08_Fondation_et_contre_exemple_QO_20_12_2006.pdf]
[[socialgerie article 160 – mis en ligne le 17 février 2010:
“2 Juillet 1990 : Le PAGS A BESOIN D’UN FONCTIONNEMENT DÉMOCRATIQUEMILITANTS ET CADRES DANS LA CRISE DE 1990”

pdf-3.jpg
dans ce même article on peut aussi accéder à l’article de Sadek Hadjerès de novembre 1992: “FAIRE VIVRE LA DÉMOCRATIE AU CŒUR DE LA MODERNITÉ” – publié dans “EL WATAN” les 28 & 29 NOVEMBRE 1992 et
“ALGER RÉPUBLICAIN” du 29 NOVEMBRE 1992]]


pdf_img2353right-doc2352-4.jpg

26 JANVIER 1966

Il y a quarante ans, naissait formellement le PAGS

par Sadek HADJERES

(premier secrétaire du PAGS de 1966 à 1990)

Il est difficile d’aborder un évènement qui a amorcé un quart de siècle chargé de luttes et de problèmes, sans évoquer ce qui s’est passé en amont et en aval. Dans le cadre d’un seul article, je me limiterai à quelques évocations et réflexions. Pourvu qu’elles illustrent pour les générations montantes la force, la fierté et aussi les difficultés, les insuffisances et les enseignements d’un mouvement social et démocratique algérien dont les travailleurs manuels et intellectuels se voudraient un noyau dynamique et productif. .

Le 26 janvier 1966 est plus précisément la date d’une première déclaration inaugurale, élaborée à l’initiative de trois catégories de responsables: des membres du PCA, d’autres issus de la gauche du FLN, et d’autres enfin issus du mouvement de masse syndical et étudiant.

C’était en pleine répression et dans la clandestinité totale imposée par les nouveaux tenants du pouvoir depuis le 19 juin 65.

Pour l’essentiel, la déclaration appelait à agir et s’unir pour une solution démocratique et pacifique de la crise politique grave ouverte six mois auparavant par le coup d’Etat.

Cette initiative abordait la situation du pays avec plus de profondeur politique que la réaction immédiate et légitime impulsée après le 19 juin par le rassemblement protestataire de l’ORP (Organisation de la Résistance Populaire).

Cette condamnation du coup d’Etat par l’ORP avait été lancée quelques semaines avant que nombre de ses initiateurs soient durement frappés, en septembre 65 par les arrestations et une répression féroce.

Le contenu de la déclaration de janvier 66 a fait l’objet d’échanges entre les responsables du PCA qui avaient comme moi échappé à la répression et les camarades FLN et PCA emprisonnés dont Zahouane, Harbi et Hadj Ali.

À l’occasion de ces échanges m’étaient parvenus également après de longs détours les textes de Bachir Hadj Ali ( « L’arbitraire » et les poèmes de Septembre ), préfacés par Zahouane et Harbi.

Ils furent aussitôt imprimés et diffusés malgré d’énormes difficultés pratiques, car le PCA, pendant sa mise en veilleuse officieuse au cours de l’année précédente avait préservé nombre de ses structures organiques et moyens matériels.

Les textes eurent un grand retentissement dans les milieux progressistes en Algérie et à l’étranger.

Comme « La Question » de Alleg pendant la guerre d’indépendance, ils dévoilaient les méthodes et les tortures subies par Hadj Ali, Zahouane et plusieurs autres.

On trouvera plus tard d’autres échos de ces pratiques infâmes dans l’ouvrage « Les Torturés d’El Harrach » avec les témoignages d’un grand nombre des victimes de cette répression. Tâche sombre parmi d’autres dans l’histoire algérienne de cette époque.

Ainsi, nous avions appris les exactions subies par les populations de Kabylie durant les affrontements malheureux qui venaient de cesser peu avant le coup d’Etat.

Il y avait aussi le constat peu réjouissant que le Comité central du parti FLN avait refusé d’aborder, au moins sur le principe comme le suggéraient des éléments de gauche de ce CC, certaines pratiques qui avaient entaché la glorieuse lutte d’indépendance.

À ces motifs d’inquiétude s’est ajouté le coup d’arrêt donné par le 19 juin 65 à la montée du mouvement de masse qui avait commencé à surmonter les mesures antidémocratiques et antisociales qui avaient été prises dès les premiers mois de l’indépendance contre le PCA, le FFS, le PRS et l’UGTA.

Au cours du printemps 65, les congrès syndicaux, ceux des étudiants, des mouvements de jeunes et de femmes avaient illustré cette évolution, tandis que le tirage d’Alger républicain avait depuis longtemps et de beaucoup surpassé celui des publications officielles en raison de son contenu ouvert sur les aspirations populaires.

Jusqu’où iraient les dérives nationales qui hypothéquaient de plus en plus les promesses et les possibilités immenses ouvertes par la guerre de libération? Cette préoccupation nous a guidés dans la recherche des voies à proposer à un peuple harassé par les affrontements de « chefs » qui le dépassaient et dont il payait le prix alors qu’il demandait à respirer et à construire.

L’un des mérites des orientations de Janvier 66 a été justement d’éviter la voie de l’alignement sur les conflits de personnalités aussi historiques soient-elles et de rejeter radicalement la voie des affrontements armés.

La tentation n’en était pas absente chez bien des opposants sincères au régime. Elle était même encouragée par les infiltrés ou les environnements policiers. Car le pouvoir souhaitait que ses opposants s’engagent sur cette voie où il était sûr de les éliminer et les isoler du reste de la nation et de la société.

Toutes les aventures engagées en ce sens depuis l’indépendance jusqu’à ce jour n’ont fait que fournir des prétextes aux pouvoirs successifs et consolider leur main mise autoritaire.

L’échec de ces aventures incitait d’autres courants ou les mêmes à s’engager dans une voie apparemment contraire mais tout aussi négative, celle de la soumission fataliste, des jeux ou complots politiciens et de l’alignement sur le courant le plus fort du moment.

L’orientation du PAGS a été le refus de s’inscrire dans l’impasse où le pouvoir voulait enfermer le peuple tout entier: soit se soumettre à ses diktats, soit se briser contre eux.

Nuisances majeures

L’intervention brutale de l’institution militaire dans l’arène politique est loin d’avoir été le « sursaut révolutionnaire » ou le « redressement » des insuffisances ou erreurs des trois années précédentes, dont se réclamaient ses auteurs, regroupés autour du « clan d’Oujda ».

Leur initiative a été un rebondissement et une accentuation des épisodes hégémonistes de la crise de l’été 62. D’autres courants et hommes politiques, motivés par des raisons diverses, contradictoires et versatiles, ont suivi et appuyé le nouveau pouvoir, illustrant déjà l’appauvrissement et la dégradation de la vie politique.

Pour quel résultat?

La main mise des hautes sphères de l’armée et de ses auxiliaires civils, au lieu de corriger la logique qui avait marqué durant l’été 1962 le « règlement » de la question du pouvoir, a accentué pour longtemps (jusqu’à aujourd’hui) cette logique contraire aux perspectives proclamées par le FLN historique et le GPRA.

Plus qu’avant le 19 juin, la vie politique, sociale et culturelle du pays allait dépendre beaucoup plus des fluctuations des rapports de force militaires et policiers entre les différents clans au sommet, que de la volonté des Algériens et de la nation d’exprimer et défendre au grand jour et pacifiquement leurs intérêts légitimes.

Ceux qui se sont dressés immédiatement contre le coup de force en se regroupant durant l’été 65 dans l’ORP, avaient pensé un moment qu’un régime qui foulait aux pieds les aspirations démocratiques ne durerait pas longtemps.

Les quarante années qui se sont écoulées depuis, ont confirmé à quel point le choix de la voie antidémocratique a été maléfique sur le long terme pour le pays.

Pour faire face à ces graves nuisances, il fallait non pas des compromissions, des pratiques clientélistes et des jeux politiciens conjoncturels camouflés sous des idéaux démagogiques, mais une stratégie plus ancrée dans la société et de plus long terme.

C’est ce que se sont efforcés de préconiser les courants qui ont conflué au sein du PAGS en privilégiant la promotion d’une identité « sociale » capable de rassembler les Algériens honnêtes sur la base de leurs intérêts concrets, au delà et dans le respect de leurs sensibilités légitimes, culturelles, idéologiques, linguistiques, religieuses et philosophiques.

En vue de solutions démocratiques et pacifiques, la déclaration du 26 janvier avait mis l’accent sur la nécessité d’oeuvrer à deux niveaux simultanés et complémentaires.

  • D’une part, rassembler dans un large front pour l’action et sous de multiples formes, le maximum de couches et catégories sociales différentes par leurs affinités politiques et idéologiques ou par leur statut civil ou militaire, autour de leurs objectifs et intérêts communs et de l’intérêt national.
  • D’autre part et à un autre niveau, œuvrer à édifier une organisation d’avant-garde indépendante, ayant à cœur d’ animer par son exemple l’action pacifique et démocratique à partir du point de vue et des intérêts propres des couches laborieuses et populaires.

Mais avant et encore plus après le 19 juin, le pouvoir ne voulait admettre qu’un parti unique officiel, vitrine et instrument docile, dont l’essentiel de ses activités visait à empêcher tout débat démocratique et saboter les moindres avancées sociales proclamées.

Le pouvoir tournait le dos à une réalité nationale et sociale plurielle.

Un long processus

Des années plus tard, la date du 26 janvier a été choisie symboliquement pour commémorer la naissance du PAGS. Mais, l’émergence et la construction de ce parti, l’affirmation de son identité communiste ont été un long processus s’appuyant sur le travail patient de masse et les luttes engagées à la base.

Son organisation était constituée des nouvelles structures accueillant les adhésions individuelles, s’ajoutant aux structures déjà existantes et maintenues ou reconstituées du PCA.

Durant l’occultation officieuse du PCA à partir de mai-juin 64, j’avais été en effet, comme un des trois secrétaires du PCA, le responsable organique des structures régionales et locales maintenues et de celles articulées avec les militants communistes qui avaient commencé avec beaucoup de difficultés à œuvrer dans le FLN sur la base des orientations de la “Charte d’Alger”. Cette expérience avait atteint rapidement ses limites.

Face à la volonté notoire de l’encadrement du FLN de la faire échouer, Bachir Hadj Ali qui a posé clairement le problème à Ben Bella peu de temps avant le coup d’Etat s’était vu répondre: «faites comme vous l’entendez». À l’évidence, l’Algérie n’était pas Cuba.

L’expérience confirmait le caractère infondé des pressions douces ou des harcèlements des courants progressistes ou non du FLN qui nous incitaient à dissoudre le PCA, se faisant en particulier le relais des communistes égyptiens et des pronassériens qui avaient fait ce choix dans les conditions de leur pays.

L’année 66 et les années suivantes, l’entité politique du “Parti d’Avant Garde” a mûri dans sa volonté d’œuvrer selon des orientations et une perspective socialistes, différentes de la confuse version « spécifique » officielles.

Les jalons idéologiques et organiques ont été adoptés par la “Conférence nationale de 1967”, résultat de plusieurs mois de débats internes tenus dans la clandestinité à tous les niveaux. Les conclusions en ont été complétées et précisées à la conférence nationale de 1969 tenue dans les mêmes conditions.

À cette même période, le PAGS a été reconnu officiellement par les assises du mouvement communiste et ouvrier international, ce qui a provoqué une suspension des relations diplomatiques entre le pouvoir algérien et l’Etat hongrois où s’était déroulée la réunion préparatoire qui a pris cette décision.

Deux ou trois années auparavant, Cherif Belqacem, l’un des représentants du pouvoir, avait quitté spectaculairement le “Congrès du PCUS”, protestant contre la présence de Larbi Bouhali, et prétendant que le PAGS n’avait d’existence que comme un groupuscule à l’étranger.

Entre les deux dates, ces orientations et positions de fond ont été explicitées en septembre 1968 dans une longue lettre que j’ai adressée au nom du parti à Boumediène.

Il y a fait allusion au cours d’un meeting mouvementé tenu au cinéma Atlas (Bab El Oued) car les activités associatives de nos militants faisaient problème au pouvoir et l’embarrassaient justement parce qu’elles étaient à la fois d’opposition et constructives.

Nous avons publié ce document intégralement quelques semaines plus tard.

Nous étions alors au sommet d’une des campagnes répressives les plus dures, quand dans tout l’Algérois nos familles et parents les plus lointains, les collègues de travail, les amis supposés, les cercles sympathisants et autres milieux démocratiques étaient passés au peigne fin par la Sécurité militaire et les autres services policiers.

La répression ne s’atténuera qu’à partir de 72-74, quand un certain nombre d’orientations anti-impérialistes, d’édification nationale et de justice sociale prévaudront pendant quelques années dans le pouvoir sous l’impulsion de Boumediène.

Mais la chape lourde et stérilisante du parti unique, l’absence de libertés, la répression à l’encontre des courants à vocation démocratique et sociale qui cherchaient à se maintenir ou à émerger ont facilité la remise en cause de ces avancées par les courants conservateurs, réactionnaires ou tout simplement opportunistes.

Neuf ans après le 19 juin 65, quand nous avons exprimé en 74 notre volonté de faire sortir au grand jour, quoiqu’il arrive, quelques-uns de nos responsables épuisés par la vie clandestine, Boumediène était prêt à accepter la sortie de tous les dirigeants à la vie légale, à condition que le principe du parti unique ne soit pas remis en cause.

D’où une rallonge de quinze ans de vie clandestine pour plusieurs d’entre nous jusqu’à Octobre 88.

C’était une question de principe incontournable à nos yeux. La même raison qui a décidé Alger républicain en juin 1965 à refuser de devenir le porte-plume servile d’un pouvoir opposé à la liberté d’expression.

C’est en vain que Fukuyama claironnait au début des années 1990 la fin de l’Histoire, dans le même temps que ses émules de la modernité atlantiste proclamaient en Algérie « Les partis doivent partir » et qu’ils enjoignaient aux travailleurs des grands complexes industriels de mettre fin à leurs luttes.

C’était plus que jamais le moment que les partis jouent pleinement et sainement leur rôle indépendant et que les travailleurs poursuivent dans la tradition de cette mobilisation forte, pacifique et consciente de 1988 qui fut court-circuitée comme par hasard par les émeutes de jeunes dont on sait ce que le pouvoir a fait.

Les peuples, les travailleurs et les citoyens continueront à lutter contre l’oppression et l’exploitation tant que celles-ci existeront.

L’essentiel est de tirer les vraies leçons qui aident dans la tâche difficile d’éviter les écueils dogmatiques ou opportunistes.

Sadek Hadjerès

le 15 janvier 2006

haut


pdf_img2353right-doc2352-4.jpg

L’HÉGÉMONISME… DES AUTRES

OU LE VRAI « DRAME ALGÉRIEN « 

Sadek Hadjerès

le 29 février 1996

Faisant le point des « cent premiers jours » du président Zeroual, la presse algérienne a souligné le sentiment d’impasse tragique vécu à nouveau par la population après les espoirs soulevés par le scrutin de Novembre dernier.

Le regain d’attentats à la bombe n’est pas seul à agresser l’attente angoissée de solution politique chez les citoyens assoiffés de paix. La violence d’une hausse des prix insoutenable s’ajoute à la recrudescence des épidémies, du banditisme, alors que les licenciements massifs ont frappé et menacent encore des centaines de milliers de nouvelles victimes. L’économie sous perfusion des crédits du FMI qui ont servi prioritairement aux besoins sécuritaires et aux importations d’urgence va se trouver confrontée à des privatisations dans lesquelles la population, a l’exception évidemment des milieux d’affaires qui vont en bénéficier, ne voit que nouveaux dangers de compression du personnel dans l’immédiat.

La libéralisation et la moralisation de la vie politique (ou ce qui en tient lieu), tant revendiquées et proclamées, sont pour l’instant remplacées par la restriction des libertés d’expression, les comités de lecture et interdictions pour les organes de presse, pendant que chaque semaine des journalistes tombent sous les balles. Les opérations de domestication, division, manipulation des formations politiques sont devenues systématiques. Les artisans de la dernière en date, envers le FLN, qui a remis en selle (provisoirement ?) un personnel parmi les plus vomis des anciennes équipes, se sont vantés publiquement de ces nouvelles mœurs politiques. La dernière grève générale, aux objectifs légitimes par ailleurs, s’est déroulée à l’initiative du secrétaire général de l’UGTA, dans un climat fortement connoté par les enjeux et rivalités politiques des hautes sphères du pouvoir.

Revient alors la question lancinante : qui est responsable de tout cela et comment s’en sortir?

La population a fait ce qu’elle a pu en inventant sa contribution dans toute la confusion et les pressions ambiantes: une participation massive au scrutin présidentiel comme pour exorciser la malédiction.

L’éventail politique, avec des motivations diverses, a salué ou perçu le message. Et au delà?

Les puissances occidentales, en quête de stabilité régionale conforme a leurs intérêts, ont multiplié les pressions sur les protagonistes en misant tour à tour ou simultanément sur les capacités militaires et les vertus du dialogue.

Mais le pouvoir d’Etat aussi bien que la mouvance islamiste sont déchirés par la division en clans rivaux et orientations divergentes qui ne parviennent pas à se décanter et contribuent à un pourrissement de la situation, dont l’Algérie paye le prix.

Pourtant le vrai blocage ne se situe pas dans les ambitions chaotiques de pouvoir absolu des islamistes ou l’incapacité du pouvoir des militaires à concevoir ou maitriser une alternance, dans un système qu’ils ont verrouillé. Cela est somme toute chose « normale ».

Le drame véritable se situe dans le champ des acteurs politiques, partis, formations diverses, personnalités, etc., qui ne sont pas parvenus à traduire et amplifier l’élan populaire et social vers les solutions pacifiques et l’orienter vers une conscience démocratique. Les conditions d’émergence de ces courants à la faveur de la configuration géopolitique particulière (nationale et internationale) d’ après Octobre 88 ont accentué leurs difficultés de maturation. La maturation se fait aujourd’hui à travers des expériences et un constat douloureux. Le drame, c’est l’incapacité chronique des courants démocratiques, forts ou faibles, dans toutes les mouvances idéologiques (nationalistes, marxistes, libérales, islamistes, berbéristes…) à se constituer et agir en force autonome, responsable, consciente des enjeux énormes et consentant, pour cela, sans sacrifier leur diversité, à se rejoindre sur quelques objectifs essentiels. D’abord le premier de tous : ne pas laisser l’affrontement sanglant des hégémonismes paralyser le pays et le vouer à la ruine et à la folie collective.

L’absence d’un tel « pôle démocratique », jusqu’ici invoqué et attendu en vain comme le Messie laisse évidemment le champ libre a d’autres « sauveurs », tous ceux qui voudraient fonder leur autorité ou leurs pouvoirs sur la seule logique des armes, de l’argent, de l’ancrage dans les rouages bureaucratiques et des allégeances de clans ou communautaires (d’ordre religieux, linguistique, régionaliste, etc.).

Son affirmation dans les faits ne serait évidemment pas la bienvenue pour tous les centres de décision en place qui préféreraient continuer à en instrumentaliser les composantes isolément.

Mais que font les démocrates pour surmonter ces obstacles, même si on sait qu’il s’agit seulement d’un objectif immédiat, modeste mais non moins vital.

Car il ne s’agit même pas aujourd’hui d’assurer l’accès au pouvoir d’un « bloc démocratique » homogène en évinçant les pôles qui dans un jeu biparti se disputent le pouvoir les armes a la main. L’expérience coûteuse des années écoulées a montré qu’il s’agirait plutôt de contribuer avec plus d’autorité et de poids, avec l’ensemble des forces aspirant légitimement à participer à la direction, à la gestion et au contrôle des affaires du pays, à ce que les conditions d’accès au pouvoir soient définies par des règles du jeu strictes, acceptées par l’ensemble des partenaires. Des conditions qui assurent l’alternance démocratique dans l’exercice des pouvoirs et contre-pouvoirs, et qui soient garanties conjointement par la puissance de l’État et les prérogatives des citoyens.

Ce sont les orientations vers lesquelles ont convergé aussi bien la plate-forme préparée par la Commission officielle du dialogue pour la « Conférence nationale » de Janvier 94, que le « pacte national » de Sant’ Egidio.

Or ce qui s’étale quotidiennement sur les journaux indique que ceux qui se disent — et se veulent sans doute – démocrates, chevronnés ou potentiels, annihilent souvent ce qui en principe fait la force des courants démocratiques:

  • leur esprit d’unité d’action malgré les divergences reconnues,
  • leur ancrage dans les problèmes multiples et quotidiens de leur société,
  • leur autonomie par rapport aux centres de pouvoir étatiques,
  • l’ouverture et le respect des opinions et points de vue des autres courants démocratiques,
  • et l’attention à ne pas idéologiser excessivement les actions et conflits politiques.

Leçons sur mesure

Sur chacun de ces points, qui sont l’essentiel de la culture démocratique, l’histoire du mouvement politique algérien avant et après l’indépendance fournit de précieuses leçons. A la condition toutefois d’être réceptifs à ce que fut cette histoire et de ne pas inverser la démarche en la remodelant pour des besoins politiciens. C’est ce que je voudrais montrer à travers un article qui, animé au départ de l’intention d’en appeler au passé pour éclairer le présent, s’est fourvoyé à mon avis en cours de route.

L’ouvrage ”Le drame algérien »[[ « Le drame algérien, un peuple en otage » , ouvrage collectif initié par « Reporters sans frontières », Éd. La Découverte 1ère et 2ème édition en 1995 et 1995.
J’aurai à me référer fréquemment à l’article de Malika Khaldoun (M.K.) dont j’ai regroupé au départ les extraits qui me paraissent les plus significatifs. Le lecteur se reportera utilement à l’article intégral p.155 (1ère édition) et 149 (2ème édition).]]
se fixe l’objectif louable d’inciter à une issue politique et pacifique de la tragédie algérienne actuelle. J’y ai choisi un article intitulé « Le PAGS, aventure et aventurisme », signé de Malika Khaldoun, parce qu’il avance des faits sur lesquels je suis, comme témoin- acteur pour la période indiquée, en mesure d’apporter des informations de première main.

En même temps, il illustre la façon étroitement partisane avec laquelle est menée la réflexion sur la mouvance démocratique algérienne.

Dans cet esprit, il reprend le lieu commun fréquemment entendu à propos de la genèse de la crise algérienne: « tout ça c’est la faute au socialisme », en englobant pêle-mêle, à défaut d’information et d’analyse précises et factuelles, les pays socialistes et le mouvement communiste international, le socialisme « spécifique » du pouvoir algérien et du FLN, les communistes algériens du PAGS, les groupes issus du PAGS après 1991 comme Ettahaddi ( dont le leader, avant même sa création avait récusé toute référence au communisme), et dont M.Khaldoun traduit le sigle par « union », au lieu de « défi », ce qui est un grossier contresens tant du point de vue sémantique que politique, révélateur en plus d’une méconnaissance du vocabulaire politique algérien qui en dit long.

Tout cela est amalgamé, en vertu peut-être du fameux monolithisme prêté au mouvement communiste, en miroir des approches paresseuses et de stéréotypes de ceux qui sont censés l’analyser.

En l’occurrence, l’auteur fait une véritable fixation sur le Tahaddi et reconstruit le PAGS à l’image de ce dernier.

Enfin et surtout, par certaines de ses simplifications et déformations, l’article montre en creux et sans le vouloir quelques unes des raisons (a la fois politiques et de société) pour lesquelles les démocrates de diverses tendances ne sont pas parvenus a surmonter leurs faiblesses, qui pour l’essentiel ne sont pas précisément celles imputées au PAGS dans cet article.

Pour éviter toute équivoque, je prie le lecteur de considérer que je n’ai aucune complaisance, ni envers les dérives du PAGS dans sa dernière année d’existence, ni envers les orientations des groupes qui, après avoir appartenu à cette formation, ont à mon avis tourné le dos aux enseignements les plus féconds de plusieurs décennies tant du mouvement communiste que de l’ensemble du mouvement national. Si dans les limites de cet article, je ne peux consacrer plus de place à cette dernière et courte période du PAGS aussi complexe qu’instructive, c’est par nécessité de faire le point sur la période privilégiée par l’article.

Le même prisme déformant affecte toute la partie de l’ouvrage consacrée aux acteurs politiques (organisations, leaders, etc.) selon qu’ils appartiennent ou non au « camp » de Sant’ Egidio, alors que les articles consacrés à certains problèmes de fond du pays sont en général plus objectifs. Certes, les « démocrates-républicains » plutôt favorables à une autre démarche concrète d’issue de crise (centrée sur les élections présidentielles) out eux aussi envers les tenants du « pacte national » les mêmes attitudes intolérantes, réductrices On a là un flash saisissant des raccourcis et des condamnations sommaires grâce auxquelles les démocrates n’ont cessé de se morceler depuis trente ans, en étant persuades d’être les seuls démocrates que mérite l’Algérie.

Dans l’article en cause, il est écrit: « Seul parti autre que le FLN à être toléré ses militants seront moins ’’clandestins » (à partir de 72-74 – le PAGS participe au pouvoir… Il considère qu’il s’agit là d’une reconnaissance suprême au niveau national où il récupère la dimension mythique du FLN et au niveau international, où il est en parfaite conformité avec la ligne du mouvement communiste international et du PC soviétique, qui soutiennent le régime algérien…. »

« Les étudiants, pourchassés pendant un laps de temps très court sous la présidence de Boumediene, ne tardent pas à devenir cadres de sociétés nationales, et surtout enseignants dans le secondaire et le supérieur… (il est sous-entendu que ces étudiants appartiennent au PAGS ou en sont des sympathisants)

« Au total, le PAGS s’est toujours considéré comme le détenteur de la vérité officielle et de la vérité tout court, considérant qu’il détient le monopole de toute contestation… Cet opportunisme constitue une constante de ce parti, dont l’attitude lors des émeutes d’Octobre 1988 a aussi été au départ franchement ambigüe”.

Pour apporter une preuve de cet opportunisme, M. K. reproche aux communistes de « soutenir paradoxalement (souligné par moi) l’arabisation, considérée (par les communistes) « comme le ciment du peuple ». L’auteur prolonge sa critique par un autre reproche de la même eau: ”0n peut être musulman et communiste » affirmait ainsi sans craindre la contradiction un de ses militants (du PAGS)”.

Parlant enfin du mouvement « Tahaddi”, que l’auteur caractérise comme « une composante du PAGS » et connu comme opposé à toute voie qui ne soit pas la sienne, il affirme que « un point commun réunit toutefois les « ex- pagsistes de 1993 et 1994 : leur engagement farouche dans le camp des éradicateurs »[[Groupe issu du PAGS en 1992 mais qui menait déjà une action interne an sein de ce dernier à partir de 1990, dans le sens d’un règlement essentiellement sécuritaire et administratif de la question islamiste. Ce qui l’a amené à un alignement très poussé sur l’aile du pouvoir qui appliquait cette ligne, et à lui servir, avec d’autres formations, de caution politique « de gauche ». Une erreur très fréquente dans des publications sérieuses consiste à accoler à ce groupe dont les initiateurs officiels sont d’anciens membres du PAGS l’étiquette de communiste (ex : p. 156 dans l’article de Khalifa Said sur le RCD, on lit « les communistes du Tahaddi ». D’autres, disent : le parti Tahaddi (communiste) ou Tahaddi, ex PAGS. Le moment et les conditions dans lesquelles s’est constitué ce groupe (qui veut s’intituler mouvement et non parti) n’ont pas permis à une information plus exacte de circuler dans de larges milieux.

Le leader de cette formation, Hachemi Cherif, avait au cours de l’été 1991, alors qu’il était encore membre du PAGS, déclaré publiquement que lui et ses camarades n’avaient rien et jamais eu quoi que ce soit affaire avec le communisme, ce qui avait soulevé dans la presse algérienne d’unanimes échos d’étonnement et d’ironie.

La décision de tenir un Congrès de dissolution du PAGS n’ayant été approuvée que par moins du tiers des membres du Comité central, les initiateurs du Tahaddi ont néanmoins décidé de tenir ces assises en appelant ouvertement a la participation massive à ces assises de non-membres du PAGS, tandis que l’écrasante majorité des militants du PAGS n’y a pas participé. Ces assises se sont néanmoins tenues avec la participation de quelques dizaines d' »auto-délégués » à la faveur de la situation politique exceptionnelle et avec l’appui occulte de certains appareils du pouvoir.

Bien que ne se sentant pas et ne souhaitant pas être considérés comme communistes. ( ayant rejeté en particulier, au nom d’une conception se voulant moderniste et en fait néo-libérale l’action sociale revendicative des couches populaires), les représentants du Tahaddi ou leurs amis dans une fraction du pouvoir évitent de démentir formellement les étiquettes d’ex-PAGS ou de communistes qui leur sont prêtées pour bénéficier dans certains milieux de l’opinion algérienne internationale du capital politique acquis par la mouvance communiste. ]]

Magnanimité du pouvoir ou impuissance de la répression ?

L’argumentation est par certains côtés assez curieuse. Si le fait pour le PAGS d’avoir pu déployer des activités pendant les 25 ans où il n’était pas reconnu signifie que le pouvoir les avait « tolérées », signifierait aussi que les activités de masse menées par le mouvement national pendant l’occupation française devraient être mises sur le compte de la bienveillance des autorités coloniales. Il y a là comme une ignorance de la façon dont se déroulent les mouvements sociaux réels.

Quant à la première vague brutale de répression qui a frappé les communistes et les membres de l’ORP[ORP : Organisaton de la Résistance Populaire, constituée au lendemain du putsch militaire qui a renversé Benbella. Elle a regroupé, pour la défense et la restauration de la légalité constitutionnelle, des communistes et des cadres de la gauche du FLN comme Hocine Zahouane et Mohammed Harbi. Après l’arrestation des responsables principaux de l’ORP, odieusement torturés, une stratégie de plus long terme a été adoptée en accord entre eux et les autres cadres FLN ou communistes restés en liberté. Elle s’est concrétisée entre autres par [l’appel fondateur du PAGS (26 Janvier 1966), avec la revendication d’une solution démocratique, politique et pacifique à la crise ouverte par le coup d’Etat du 19 Juin et l’appui sur la mise en mouvement de la société à la base autour de ses besoins et aspirations légitimes.]]
après le coup d’Etat militaire de Boumediene du 19 Juin 65 (ainsi que de nombreux militants et cadres de la gauche du FLN et des organisations de masse), l’auteur ne pouvait décemment la cacher, car elle a été l’objet de grandes réactions de l’opinion nationale et internationale, grâce justement a une intense activité d’information et de protestation. La répression brutale a frappé tous les milieux sociaux->135] [(en particulier syndicalistes ouvriers, paysans des domaines autogérés, salariés du secteur public). Elle a dépassé de loin en ampleur les seuls milieux étudiants (où elle était plus « visible ») que cite l’auteur, qui évoque sa durée avec une imprécision voulue. Malheureusement pour ceux qui l’ont subie et leurs familles, ce « très court laps de temps » fut de sept années, à peu prés autant que toute la guerre d’Algérie.

Pas de trace non plus du contexte historique et politique précis qui a contraint le pouvoir du 19 Juin et son noyau du clan d’Oujda à desserrer l’étau de cette répression et à en modifier les formes. Le « Conseil de la Révolution » se trouvait de plus en plus divisé et en position inconfortable face aux exigences sociales croissantes, au choix des voies concrètes de développement, au divorce entre les proclamations de socialisme (fût-il « spécifique ») et les pratiques qui tournaient le dos aux libertés et aspirations sociales des citoyens. Il était surtout mis au pied du mur par les formes de lutte pacifiques alors que toutes ses tentatives de justifier la répression se ramenaient aux menaces de subversion, aux complots armés contre la sécurité de l’Etat, etc. Il faut dire que le soulèvement armé du FFS en 1963, la tentative de putsch militaire de Zbiri (chef d’Etat-major de l’ANP) en 1967 et d’autres activités ou intentions similaires de moindre envergure faisaient l’affaire de ce mode habituel d’autojustification des pouvoirs fondés sur le poids des armes.

Se tournant vers de nouveaux modes de légitimation (édification de l’État, redistribution de la rente pétrolière, projet de société), le pouvoir a privilégié de plus en plus les formes de répression banalisées, le quadrillage quotidien de la société et de toutes les activités, les entraves et atteintes les moins spectaculaires possibles aux personnes. L’auteur de l’article sous-estime complètement le poids de cette chape de plomb sur une organisation comme le PAGS dont l’objectif était de créer par les luttes quotidiennes à la base les éléments de contre-pouvoirs et d’une conscience démocratiques. D’autres mouvements d’opposition se réclamant du socialisme n’ont pu maintenir un niveau d’activité suffisant face à ces formes insidieuses mais efficaces de dissuasion pesant sur leurs bases sociales potentielles[[Le PRS de Mohamed Boudiaf, qui reprit de longues années sur son bulletin édité en France les citations de Mao, interrompit ses activités. L’une des raisons aurait été que Boudiaf fut impressionné par l’audience de Boumediene révélée par les réactions populaires à l’occasion de sa mort. Le FFS, après la flambée insurrectionnelle et la répression de 64-65 et l’évasion de son leader emprisonné, ne se manifestera pratiquement plus jusqu’en 1988 dans les activités de masse en tant que telles. Seuls deux mouvements mèneront surtout à partir des années 80 d’intenses activités à la base comparables à celles qu’a menées le PAGS dans la société. Ce sera des mouvements initialement « sans-parti », dont l’expression et l’audience à caractère principalement identitaire bénéficieront du déficit et des frustrations sociales imposées par le régime. Ce sera d’une part le mouvement islamiste qui va tisser sa toile dans les mosquées, refuge aux âmes tourmentées d’une jeunesse désemparée. Et d’autre part le mouvement culturel berbère, qui prenant son élan printanier en 1980 sur une base tout a fait non-partisane, subira des tensions de caractère politique entre ceux qui souhaitaient lui garder ce caractère et ceux qui voulaient l’engager directement dans l’arène politique, eux-mêmes divisés sur la nature de ces orientations ou par des rivalités personnelles.]].

Cela n’empêchait pas le pouvoir de revenir périodiquement aux formes les plus brutales (emprisonnements, tortures), en particulier sous la présidence de Chadli dont le PAGS dénonçait le « glissement à droite ». C’est ce qui se passait chaque fois que se déroulaient des émeutes dans les différentes villes, comme a Sétif et Constantine en 1986, les communistes étant régulièrement accusés de susciter et organiser la protestation des jeunes lycéens , étudiants et chômeurs et suspectés de vouloir opérer la jonction de ces jeunes avec le mouvement ouvrier[[C’est aussi à ce moment, à partir des années 80, soit quinze ans après le 19 Juin 65, que sont apparus de façon plus visible sur la scène contestataire au niveau de la base populaire de nouveaux acteurs, essentiellement en appui sur des revendications de caractère identitaire.

Qu’ils soient culturaliste berbère ou islamiste, ces mouvements ont eu eux aussi a subir la répression brutale, même lorsque leurs activités n’étaient qu’associatives, non encore cristallisées en projets politiques partisans.

C’était le cas du MCB, initiateur du « printemps berbère » de l980, vis à vis duquel le FFS, pour des raisons d’opportunité tactique peut-être, avait gardé ses distances, ce qui sera l’une des causes lointaines de son lourd contentieux avec le RCD, constitué comme parti en l989.]].

Le dernier épisode, que l’article déforme étrangement alors qu’il s’agit de faits connus et incontestables, illustre le rôle qu’ont joué en Octobre 1988 les travailleurs de la zone industrielle de Rouiba, en effervescence déjà depuis deux semaines et l’arrestation, pour certains la veille même des évènements, de dizaines de militants syndicaux et communistes dont on apprendra après les évènements qu’ils ont été atrocement torturés. Une grande campagne de dénonciation des méthodes policières s’ensuivra pendant plusieurs mois.

Est-il possible d’avoir ignoré ces derniers faits, largement médiatisés dans les semaines qui ont suivi? Mais à défaut d’information détaillée, certains jalons significatifs n’auraient pas dû échapper à une analyse sérieuse.

N’est-il pas significatif que le PCA ait été le premier (et longtemps le seul) parti qui ait affirmé son existence aussitôt après l’indépendance, malgré l’hostilité du FLN?[[Mieux que cela, le PCA avait été, en dehors du MNA de Messali Hadj, qui avait fait scission du MTLD-PPA avant l’insurrection, le seul parmi les formations patriotiques d’avant 1954, à avoir maintenu une existence indépendante durant la guerre de libération. Il soutenait ainsi sous toutes les formes et dans les grands axes le combat de l’ALN et du FLN, sans partager forcément certaines de leurs positions ponctuelles dont il pouvait se démarquer précisément par cette existence indépendante. Il avait conclu avec la direction de ce front, en mai-juin 56, un modus vivendi qui a connu des fortunes diverses. Cette double exigence unitaire et de différenciation a rendu la lutte des combattants et militants extrêmement éprouvante.]]

Il fut interdit par Benbella quatre mois plus tard dans le plus parfait arbitraire (aucun texte officiel ne justifiait encore le parti unique, pas même la Charte de Tripoli). Ce pouvoir ne put en faire autant pour « Alger républcain », devenu le premier quotidien du pays par son tirage, sa qualité et le soutien que lui apportait son large lectorat. Mais ce quotidien fut interdit à son tour, trois ans plus tard, le jour même du coup d’Etat de Boumediene, parce qu’il a refusé la proposition explicite de continuer à paraitre avec une ligne éditoriale favorable au nouveau pouvoir. Le quotidien n’a pu reparaitre que vingt cinq ans plus tard, après les événements d‘Octobre 88. Ce seul fait indique ce qu’il faut penser de la tolérance du pouvoir, dont M. Kh fait la pièce maitresse de son argumentation.

Que vaut aussi cette thèse en regard du fait que de nombreux cadres du PAGS ont dû traverser cette période en purgeant de longues années de prison et d’assignations à résidence. Les autres n’y ont échappé que par une vie clandestine pénible sur le sol national, avec des bouleversements de leur vie familiale et professionnelle. Cela a duré pour quelques uns d’entre eux la totalité de cette période de vingt quatre ans, ce qui totalisera trente et un ans de sa vie pour le premier secrétaire si on y ajoute les sept années de guerre de libération.

En 1974, quand plusieurs d’entre eux, après neuf années de cette vie éprouvante, ont pu forcer leur retour a une vie légale, le PAGS aurait pu obtenir le même statut pour tous les autres s’il avait cédé sur la question du parti unique, dont Boumediene affirmait qu’elle était intangible. Face à cette « tolérance », ces cadres ont vécu quinze années clandestines supplémentaires. Etait-ce par masochisme ou une façon pour les communistes de rappeler au pouvoir comme à l’opinion qu’on pouvait appeler à l’unité d’action pour les intérêts généraux communs de la population et du pays malgré les divergences, mais que cela n’obligeait pas à renoncer a défendre en même temps la satisfaction des besoins sociaux, les libertés démocratiques et son propre projet de société.

Les orientations et pratiques du PAGS

C’est certainement ce que M. Kh, à travers ses reproches au PAGS, ne parvient pas à comprendre, pas forcément par mauvaise foi ou simple parti pris. Elle est prisonnière d’une philosophie politique plus proche de la Asabiyya des siècles passés que de la culture démocratique dont le besoin apparait plus aigu à l’expérience de la tragédie actuelle. Cette conception a été partagée pendant le règne du parti unique (et même aujourd’hui ) par de nombreux politiciens et elle est encore enracinée dans une grande partie de la société. Elle ne laisse de choix qu’entre la soumission (ou le semblant) attentiste et la révolte revancharde. Ce qui explique le bel unanimisme avec lequel les chartes, programmes et constitutions officielles étaient adoptées par tous ceux qui les violaient sur le terrain en attendant de tourner casaque si le pouvoir changeait de main ou en spéculant sur les meilleures chances et alliances possibles en vue du renversement du pouvoir en place, indépendamment de toutes questions d’orientations.

Concernant les orientations prêtées au PAGS, il aurait été plus opportun d’être attentif à la signification d’un certain nombre de faits, que de se livrer a des procès d’intention s’inscrivant dans la logique politicienne que je viens d’évoquer.

Le meilleur démenti aces allégations, qui est en même temps le meilleur hommage rendu aux luttes du PAGS contre la « caporalisation » (terme de l’époque) du pays par le régime, c’est le fameux article 120 des statuts du parti FLN, édicté par le pouvoir après quinze années de ses vains efforts aussi bien de répression que de séduction. Si ces efforts avaient été suffisants pour intimider ou amadouer le PAGS comme l’avance imprudemment l’auteur, aurait-il été besoin de recourir en 1981 à cette mesure, dont tout le monde avait compris à l’époque qu’elle était dirigée contre les militants socialistes et démocrates, en premier lieu les pagsistes. Elle était destinée à leur barrer l’accès aux responsabilités dans les organisations de masse et certaines institutions et services publics, en instituant pour cela le préalable obligatoire de l’adhésion au parti unique FLN.

En occultant ce fait incontestable et pourtant l’un des plus caractéristiques du régime, l’article du « Drame algérien » tend d’occulter en réalité plusieurs faits capitaux, qui ne laissent pierre sur pierre de ses spéculations abstraites destinées à reconstruire un autre PAGS que celui de l’histoire.

La mise en vigueur renforcée de ce barrage FLN et anti-PAGS en 1981 signifie tout à la fois que:

  • jusque là, ce n’était pas à la bienveillance du pouvoir envers eux ou à leur adhésion au FLN que les militants du PAGS devaient leur présence et leur activité dans les organisations officielles. Celle-ci n’était pas souhaitée car elle ne s’accompagnait pas d’allégeance au FLN.
  • Les militants du PAGS n’étaient pas aux postes de responsabilité pour faire plaisir au pouvoir et le servir. Ils y étaient mandatés et imposés aux appareils bureaucratiques et policiers par les adhérents de base de ces organisations pour y défendre leurs intérêts et leurs libertés, le plus souvent a travers des luttes et faits de répression interminables.
  • Le fait de vouloir mettre en difficulté les militants du PAGS en leur opposant l’obligation d’adhérer au parti unique montre à quel point la qualité de membre du PAGS était liée dans l’esprit de tous, à l’idée d’opposition au « système » et aux mœurs politiques en vigueur.

En vérité, pour qui veut s’en tenir aux faits et ne pas céder au simplisme, il serait relativement aisé de constater que les orientations du PAGS, telles que définies dans plusieurs de ses documents fondamentaux [[On consultera avec intérêt:

D’une part le PAGS se refusait à pratiquer la politique de la terre brûlée pour des raisons partisanes, toutes les fois que le pouvoir œuvrait à des réalisations bénéfiques à l’édification nationale et aux besoins légitimes de promotion sociale. Ce fut le cas en particulier à partir des années 72 avec les grandes nationalisations, la réforme agraire, les mesures de démocratisation dans les domaines de la scolarisation et de la santé, qui constituaient une importante évolution du régime par rapport à certaines des motivations du coup d’Etat sept années auparavant. Ce n’est pas le PAGS qui s’est aligné sur le régime, c’est le pouvoir de Boumediene qui a évolué comme Nasser et Castro avant lui face aux contraintes économiques pressantes.

D’autre part, le PAGS s’efforçait d’affirmer son autonomie, avec la fermeté et les formes convenant à chaque problème ou circonstance. Il se démarquait de ce qui lui paraissait porter atteinte aux principes démocratiques, à l’intérêt national ou aux perspectives socialistes dont se réclamait son appel fondateur du 26 Janvier 1966.

Certaines de ces démarcations ont eu valeur de test national pour cette démarche transparente à double composante qui n’avait rien de contradictoire ou d’une duplicité envers la population ou le pouvoir.

Il en fut ainsi par exemple avec la lettre ouverte que j’adressai à Boumediene en Septembre 1968, au plus fort de la vague répressive de cette période, pour souligner en substance que cette répression ne nous impressionnait pas mais qu’il y avait d’autres voies plus fécondes pour notre peuple.

Autre test : en 1974, certains milieux dans le pouvoir caressaient l’idée d’acheter auprès du PAGS « leur » paix sociale en échange de l’élargissement de clandestins, qu’ils ne pouvaient de toute façon plus empêcher sous peine de se discréditer encore davantage. Ils perdirent leurs illusions avec le tract par lequel le PAGS, qui habituellement ne publiait pas de déclaration nationale à l’occasion d’actions revendicatives ponctuelles, appela à redoubler de soutien à la grève en cours des travailleurs de la SNS-Carnaud (Emballages métalliques du Gué de Constantine). C’était, sans démagogie, l’occasion de rappeler combien de telles actions étaient nécessaires et bénéfiques aux revendications immédiates des travailleurs mais aussi à la solution des problèmes de l’économie nationale et à une issue démocratique et pacifique de la crise politique ouverte par le 19 Juin 65.

Il y a eu les méfaits de l’étatisme, du clientélisme et de la débâcle du système éducatif, perpétrés au nom d’un pseudo-socialisme. À ce sujet les documents du PAGS, replacés dans leur contexte (l’article n’en fait aucune citation) montreraient que ce parti les dénonçait sans équivoque et rappelait que les objectifs ouvrant la voie à des transitions vers le socialisme telles qu’il les préconisait ou figuraient même dans certains documents du régime, appelaient d’autres méthodes. Il dévoilait concrètement les obstacles qui leur étaient dressés dans la pratique ainsi que les profondes déformations et fuites en avant provoquées sciemment ou non avec l’effet de les discréditer. Ces révélations et dénonciations concrètes étaient l’une des raisons pour laquelle chaque numéro du « Saout ech-chaab » (« la voix du peuple ») clandestin, réalisé au prix d’énormes sacrifices et d’opérations en chaîne compliquées, mais dont la parution ne fut jamais interrompue durablement, était attendu avec impatience et s’arrachait dans les milieux les plus divers.

C’est ce qui disqualifie aussi les assertions de M. Kh selon lesquelles les positions du PAGS auraient été la conséquence de son suivisme envers le mouvement communiste international, favorable au pouvoir algérien. En parti hors-la loi, porté à s’appuyer quotidiennement sur sa base sociale pour survivre, le PAGS était aux premières loges pour apprécier les « bienfaits » et la nature du régime. Le dit socialisme réel algérien servait de couverture propagandiste à un étatisme bureaucratique, rentier et redistributeur, abritant à côté de ses structures productives, des formes parasitaires et sauvages de capitalisme, tout en s’efforçant de tirer profit, en bon non aligné, des rivalités des deux blocs mondiaux. Le PAGS n’a jamais suivi, ni approuvé ou cautionné les déclarations apologétiques de la presse du PCF ou du PCUS, qui avaient chacun d’autres motivations, d’autres critères et un autre angle de vue que les nôtres. Pour cette raison, les relations furent totalement rompues pendant quinze ans a partir de 1974 avec le PCF, jusqu’à la chute du mythe qu’il s’est fabriqué, je me demande pourquoi, n’étant même pas au pouvoir pour invoquer, comme le PCUS, des raisons d’Etat.

Ce dernier parti ne se faisait pas trop d’illusions sur le socialisme du pouvoir et comprenait les raisons de nos positions. Mais il se gardait d’exprimer cette opinion, étant prisonnier de la confusion parti — Etat qui existait dans les deux régimes et dont jouait admirablement le FLN pour exercer son chantage. Le PAGS estimait que ces positions équivoques portaient tort au prestige de l’URSS et du socialisme dans notre pays. Chacun des partis est resté sur ses positions en respectant les raisons de l’autre.

Les communistes et la nation

Malika Khaldoun s’indigne que les communistes aient soutenu l’arabisation et elle trouve cela paradoxal selon ses propres critères. Pourtant, dans le même texte, elle reprochait aux communistes de ne pas avoir défendu assez rapidement les aspirations nationales dans la première moitié des années quarante, c’est-à-dire (ce qu’elle omet de préciser), à l’époque ou le parti communiste en Algérie n’était encore qu’un prolongement à majorité européenne du PCF. Pourquoi alors reprocher aux communistes d’avoir intériorisé l’une de ces aspirations et revendications patriotiques qui ont fait l’unanimité, à travers tout le territoire de l’Algérie, pendant la lutte de libération. A moins que la langue arabe (classique, populaire ou moderne) ne soit pas considérée par l’auteur comme un des soubassements les plus importants de cette nation?

Pour une raison similaire peut-être, M. Kh a trouvé peu normal qu’un membre du PAGS lui ait dit qu’il pouvait être à la fois communiste et musulman. Visiblement, elle voit les communistes à sa façon et s’en tient au stéréotype faussement marxiste d’une révolution sociale qui passerait obligatoirement par l’athéisme militant. Pourquoi imposer aux militants du PAGS d’acclimater chez eux une marchandise périmée, un schéma désastreux qui a fait son temps dans le monde depuis longtemps déjà?

C’est une autre chose, plus importante et nécessaire, de lutter, en respectant la dignité des gens, contre les dommages causés par les approches chauvines dans les domaines linguistique et religieux: désastres pédagogiques, dérives idéologiques, démagogie politique, avec au bout du compte des fractures graves dans la nation et des risques d’éclatement de l’Etat. Les communistes ont fait de grands efforts pour contrecarrer ces étroitesses. C’est l’une des raisons pour lesquelles ils ont souffert au plus haut point des sectarismes nationalistes dans les maquis de la guerre de libération. C’est pourquoi ils sont aussi l’une des premières cibles de la propagande et des attentats des extrémistes islamistes aujourd’hui.

Un article récent de l’hebdomadaire « La Nation » (133, début Février 96) reconnait ces efforts lorsqu’ il rappelle que le PAGS a soutenu l’idée ”d’arabisation progressive et progressiste ». Mais à l’inverse de M. Kh, l’auteur de cet article pense que cette position a été préjudiciable aux progrès du PAGS dans les milieux arabisants, à qui elle est apparue comme des réticences à l’arabisation. Elle a été en effet déformée et exploitée contre le PAGS par des milieux baathistes ou islamistes pour des visées d’hégémonie politique. Mais cette qualité souhaitée de l’arabisation, sa meilleure contribution au développement à la tolérance et à la cohésion sociale, auraient été encore mieux assumées si les Algériens et démocrates mieux formés en langue française s’étaient dans leur ensemble davantage impliqués dans l’arabisation comme tache nationale. Ils auraient ainsi enlevé la possibilité de l’exploiter à ceux qui n’en faisaient qu’un instrument d’hégémonie sur les couches frustrées en raison de leur formation arabophone au rabais.

D’où vient l’erreur d’optique chez M. Kh comme chez bon nombre de nos compatriotes, ce vif réflexe d’ostracisme à l’égard de tout ce qui est arabe ou islamique? Au fil du texte, il apparaît qu’il est à rechercher plutôt dans sa conception particulière et réactionnelle de la berbérité (ou amazighité), alimentée par les pratiques étroites subies au nom d’une réappropriation (mal faite) par l’Algérie de sa langue arabe.

Cette subjectivité explique que dans la même foulée, après avoir reproché aux militants du PAGS leur relation jugée coupable à la langue arabe et à l’islam, M. Kh. fasse à « certains militants du PAGS » un autre reproche, infondé à ma connaissance et n’engageant pas de toute façon le PAGS en tant que tel. Elle leur reproche d’avoir condamné le mouvement culturel berbère, l’accusant, comme le pouvoir, « d’allégeance à l’impérialisme français”.

Ces allégations sont erronées concernant le PAGS, elles reflètent surtout le souhait de l’auteur de voir tout le monde embrasser les conceptions qu’il a de cette question.

Il y a réellement eu, dans la population et les régions arabophones d’Algérie, c‘est à dire environ 80 % de l’Algérie profonde, des réactions de méfiance au début, lorsque cette revendication culturelle berbère s’est exprimée de façon explosive en 1980 à Tizi Ouzou, qui fut d’ailleurs pour le plus grand nombre d’Algériens une révélation. Cela est incontestable, y compris parmi des démocrates arabophones. Cette réalité, comme toute réalité psychoculturelle, vaut la peine qu’on la voie en face pour la faire évoluer à son rythme et selon ses potentialités propres plutôt que de croire qu’elle peut être remodelée à marches forcées et taillée à la hache comme ont voulu le faire les politiciens volontaristes et apprentis-sorciers pour l’arabisation.

Mais ce qui a été aussi confirmé par mille faits d’époque, c’est la rapidité avec laquelle, dans les milieux démocratiques comme dans la base populaire, les choses se clarifiaient dès qu’étaient présents une bonne information, une argumentation sérieuse, des actes et des comportements appropriés aux préoccupations de chaque milieu. C’est ainsi que les militants arabophones et berbérophones du PAGS ont dissuadé un grand nombre de militants et sympathisants du FLN et la population d’embarquer sur les bus et les camions que les apparatchiks du parti unique mobilisaient pour aller « bastonner les Kabyles » de Tizi.

Par contre, le fossé se creusait partout où les outrances des uns et des autres défiguraient et amplifiaient leurs appréhensions réciproques. Les Algériens ont encore à apprendre comment défendre leurs causes respectables sans jouer avec ce feu, qui de nos jours a incendié le Liban, la Yougoslavie. Les communistes ont été les premiers en Algérie à avoir défini dans les années 30 et le début des années quarante la personnalité de ce peuple comme étant arabo-berbère. Il est significatif aussi que les premiers pas de cette revendication culturelle, avancée de la façon la plus unitaire et la plus démocratique possible au nom d’une « Algérie algérienne » par des militants et responsables du PPA, dont j’étais, ait été qualifiée, pour la déconsidérer, de complot « berbéro-marxiste » par la direction du MTLD. Personnellement, l’une des raisons qui m’ont amené à partir de 1951 à devenir communiste après six années de militantisme et de responsabilités dans le PPA, c’est l’ouverture dont témoignaient les communistes en ce qui concerne les fondements culturels de la nation et d’une « Algérie algérienne ».

Ce qui parait gêner M. Kh., c’est en fait que les communistes n’ont pas la même conception agressive qu’elle de l’amazighité algérienne. Les communistes la considèrent comme une donnée incontournable, qu’il faut défendre contre ceux qui la nient, mais qu’on défend mieux en l’illustrant par des réalisations constructives, en l’intégrant de façon créatrice dans la formation nationale algérienne en gestation vigoureuse.

Cette nation a besoin pour vivre et se développer, d’harmoniser et non d’opposer les unes aux autres ses diverses et riches composantes. Tassadit Yacine souligne à juste titre dans le même ouvrage (p. 169 de la première édition et 164 de la deuxième) les manifestations d’étroitesse: «La question culturelle en Algérie n’a jamais fait l’objet d’une approche globale. Elle a toujours été présentée de manière parcellaire: la revendication berbère a été perçue comme un problème spécifique aux berbérophones… celle des femmes spécifique aux seules femmes… il en est de même pour la langue française ou la liberté d’expression…”.

L’étroitesse qui se drape de l’étendard amazigh rend un mauvais service à cette cause parce qu’elle la rend vulnérable aux tentations aventuristes. Elle fait le jeu de ceux qui refusent à l’amazighité sa place naturelle dans la nation.

Elle laisse comme seule alternative (objectivement et pas seulement dans l’esprit des détracteurs de la berbérophonie) uniquement l’alliance du « camp » de la berbéro-francophonie » contre celui de « l’arabo-islamité ». Cette alternative serait explosive pour la nation. L’ouverture universaliste est vitale pour notre peuple. Mais elle alimente des réactions régressives si elle est perçue comme opposition ou concurrence à certaines des valeurs nationales de base parmi les plus ancrées. Peut-on à ce sujet, sans crispation chauvine aucune envers les cultures française et occidentales, fermer les yeux sur le fait que la francophonie comme facteur politique, est liée aussi a des enjeux géopolitiques et géostratégiques ?

Dans la bataille d’une algérianité en cours d’édification, il appartient aux citoyens et aux acteurs politiques d’en mesurer les conséquences, d’en maitriser le climat et l’esprit les plus productifs.

La surenchère entre FFS et RCD, pour le contrôle de l’espace physique et symbolique kabyle, a placé ces partis en porte-à-faux. Elle a nui au statut national qu’ils auraient souhaité se voir reconnaitre à l’échelle de tout le pays au lieu d’être relégués à une représentativité régionale. D’un autre côté, leur rivalité partisane les pousse à se coaliser, selon la logique kabyle ancestrale des alliances de çoffs, aux côtés de l’un ou l’autre des deux pôles rivaux à l’échelle nationale, (fraction des islamistes ou du pouvoir d’Etat) qui s’en sont remis au sort des armes. Cela envenime leur rivalité, d’où une division accrue dans le mouvement culturel berbère lui-même, avec ses conséquences négatives sur l’élan populaire, la créativité des artistes, des linguistes et des associations dont les initiatives et le déploiement avaient été remarquables.

On l’a bien vu lors de la longue grève scolaire de Kabylie, au cours de laquelle élèves et étudiants, enseignants et parents d’élèves, associations, se sont plaints de n’avoir pas eu suffisamment leur mot à dire.

Souhaitons pour l’Algérie, que les courants politiques qui revendiquent à bon droit la démocratisation du pouvoir d’Etat (contenu, mode d’accession et d’exercice), étendent aussi cette exigence au fonctionnement et aux pratiques des partis eux-mêmes. Ainsi ne seront pas réédités de tristes scénarios déjà vécus par notre peuple, avec l’évolution du FLN dont la proclamation du 1er Novembre 1954 avait pourtant mis en bonne place la nature et les objectifs démocratiques du combat engagé.

Tous concernés

Le constat qui sous-tend ce souhait concerne l’ensemble des formations politiques et des mouvances idéologiques qui ces dernières années composent, décomposent et recomposent la scène algérienne, en un chassé-croisé qui n’a fait que commencer. Je suis bien placé pour connaitre le grand besoin et le grand déficit en matière de réflexion démocratique qui sont ceux de la mouvance communiste et les dérapages de première grandeur qui en ont résulté.

À ce propos, une chose m’a frappé en écrivant cet article. J’aurais souhaité, plutôt que de présenter ce qui a constitué les points forts et les avancées réelles du mouvement communiste algérien ces dernières décennies, consacrer cet écrit aux erreurs, aux faiblesses, aux causes profondes, extérieures et intérieures qui ont favorisé la désintégration du PAGS, parler des dérives fortement médiatisées des météorites qui en sont issues, en concentrant en elles ce qui avait miné le PAGS mais que ce denier avait jusque là relativement surmonté.

Or il se trouve, et c’est assez révélateur de ce qui « cloche » dans le paysage politique algérien, avec des retombées sur les débats correspondants en France, que j’ai été contraint en toute priorité de faire reculer une désinformation sur le PAGS dont l’ampleur et la partialité m’ont impressionné.

Ce sont les avancées réalisées par le PAGS dans la revendication et les luttes concrètes pour faire mûrir la culture des solutions démocratiques que nous considérons vitale aujourd’hui pour le tissu social et politique algérien, c’est ce mérite principal qui est critiqué.

Dans le même temps, l’auteur de ces affirmations aussi péremptoires passe à côté des critiques plus profondes et fondées.
Il ne pouvait en effet percevoir ni les mérites ni les erreurs véritables en partant d’images d’Epinal et des fausses vérités qu’il croyait détenir.

Il ne pouvait le faire surtout parce qu’il lui manquait la conscience de la nature et de l’importance du travail dans la société pour faciliter à cette dernière le travail sur elle-même et sur ses propres représentations.

Ces efforts ne peuvent être réduits aux seuls enjeux immédiats de prise ou de partage du pouvoir en se branchant sur les luttes de clans et les luttes d’appareils.

Sous le règne du parti unique, ce travail n’a été fait que par le PAGS comme parti, avec ses difficultés et ses erreurs. Les autres formations d’opposition à vocation démocratique s’étaient à mon avis fourvoyées dans des formes d’opposition aventureuses qui ne pouvaient mobiliser largement la société civile et n’ont fait que consolider le poids des sources militaires du pouvoir, pour se replier ensuite dans l’attentisme ou même disparaître.

Par contre, ce travail a été engagé ultérieurement (surtout à partir du milieu des années 70) par des mouvements associatifs qui se sont assuré une audience large en appui sur des références et des revendications identitaires : mouvement islamiste et mouvement culturel berbère.

La base de masse de ces mouvements a été récupérée après Octobre 88 par des partis politiques jusque là inexistants ou restés en veilleuse. Ces partis ont conservé à cette base populaire la charge affective liée aux représentations linguistiques ou religieuses, avec des orientations et des avatars divers que l’on connait quant aux références démocratiques, tandis que leurs objectifs se sont pratiquement tous polarisés sur les enjeux immédiats de pouvoir. D’une façon générale, les débats de fond sont dominés par ces enjeux.

Dans l’ouvrage « Le Drame algérien », à côté d’analyses de fond sérieuses, et une introduction qui met l’accent sur la complexité des problèmes algériens et la nocivité de leur vision schématique, la plupart des articles consacrés aux acteurs politiques : pouvoir, FIS, RCD, FLN, FFS, PAGS, sont abordés unilatéralement à partir d’une grille de lecture qui donne automatiquement les bons et les mauvais.

Le critère, c’est l’attitude envers les initiatives réconciliatrices comme celle de Sant’ Egidio, à partir de quoi, les uns sont diabolisés, les autres lavés de tous péchés.

Sur ce chemin étroitement balisé, des réflexions plus équilibrées réconcilient avec le monde réel, comme ces appréciations de Mohamed Harbi ou El-Kadi Ihsan qui montrent la responsabilité politique du FIS dans l’escalade tragique. Bien entendu, en miroir, on trouvera dans d’autres publications, des tableaux aussi simplifiés du paysage politique algérien vu à travers les lunettes des « présidentialistes ».

De nos jours, quand on a la chance de tomber sur un ouvrage dont les analyses échappent aux pressions des hégémonismes croisés (exemple: “Algérie, histoire d‘un naufrage”, de « Hassan », Le Seuil), on croit rêver.

Mais l’ouvrage collectif de « Reporters sans frontières » a un mérite. Il fait toucher du doigt ce drame algérien qui empêche les porteurs d’une volonté démocratique, parce qu’ils sont positionnés différemment dans la conjoncture politique, de mettre en commun leurs expériences heureuses et malheureuses pour explorer les voies de la commune et nécessaire dédramatisation.

haut


pdf_img2353right-doc2352-4.jpg

Juillet-Aout 1990 : LE PAGS SUR UNE PENTE FATALE

UN ÉCLAIRAGE GLOBAL DES ÉPISODES SUCCESSIFS

par Sadek Hadjerès

5 articles ( 31pages)

mis en ligne par socialgerie

entre le 15 juillet et le 36 juillet 2010


[

(JUILLET-AOUT 1990 ) :

LE PAGS SUR UNE PENTE FATALE

->251]

par Sadek Hadjerès

socialgerie article 251, 4 pages

le 15 juillet 2010

_____

1990 : LE PAGS SUR UNE PENTE FATALE (SUITE 1)

[JUILLET 1990 : COUP D’ENVOI DE L’OFFENSIVE ANTISOCIALE

SOUS LE FAUX PRÉTEXTE DE
LUTTE ANTI- INTÉGRISTE->255]

UNE DES FACETTES PRINCIPALES DE LA CRISE DU PAGS

par Sadek HADJERES

socialgerie article 255, 6 pages
le 17 juillet 2010

_____

1990 : RETOUR SUR CRISE DU PAGS (SUITE 2)

[JUILLET-AOÛT 1990 : DE QUELLE STRATÉGIE
ANTICRISE L’ALGÉRIE AVAIT-ELLE BESOIN?->254]

CONVAINCRE ET MOBILISER OU DÉCRÉTER ET INTERDIRE?

par Sadek HADJERES

socialgerie article 254 – 9 pages

le 17 juillet 2010

QUELLE STRATÉGIE POUR LES FORCES
DÉMOCRATIQUES :
Convaincre et Mobiliser
ou décréter des interdits administratifs? …

_____

JUILLET-AOÛT 90 : CRISE DU PAGS (SUITE N°3)

[1990 : la « RPI » du PAGS,
BAUDRUCHE
IDÉOLOGIQUE
ET DIVERSION POLITIQUE->258]

QUEL CONTENU SOUS ÉTIQUETTE RÉNOVATRICE?

Socialgerie article 258, 5 pages

le 20 juillet 2010

par Sadek Hadjerès

_____

JUILLET-AOÛT 90 : CRISE DU PAGS (SUITE 4)

[ASSEMBLÉE D’AOÛT 1990 :
COMMENT ON ENTERRE UN DÉBAT AVANT DE L’OUVRIR->259]

Sadek Hadjerès

socialgerie article 259, 7 pages

le 26 juillet 2010

haut

PARIS – 16 & 17 FÉVRIER 2013: MAGHREB DES LIVRES – PROGRAMME DÉTAILLÉ

MDL_2013.jpg

19ème édition du Maghreb des livres

les 16 et 17 février 2013

à l’Hôtel de ville de Paris

PROGRAMME

disponible sur le site

Maghreb des Livres – Coup de soleil

http://www.coupdesoleil.net/

Pour consulter le PROGRAMME:

[

CLIQUEZ ICI

MDL_2013.jpg->http://www.coupdesoleil.net/pdf/l0050213171629.pdf]


[

La 19ème édition

du MAGHREB DES LIVRES

avait été annoncée sur socialgerie

brève 626

->br626]