PAPE FRANÇOIS : SON ATTITUDE SOUS LA DICTATURE DE VIDELA POINTÉE DU DOIGT

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Julien Vlassenbroek

jeudi 14 mars 2013

Dans Matin première ce jeudi matin, Christian Terras, le rédacteur en chef du magazine catholique Golias, ne partageait pas l’enthousiasme de certains par rapport au nouveau pape François. Pour lui, non seulement Jorge Mario Bergoglio n’est pas « aussi social » qu’on le dit mais surtout, son attitude durant la dictature militaire en Argentine constitue une « ombre au tableau ».

Si l’élection d’un pape issu du continent latino-américain et présenté comme proche des pauvres peut paraître amener une certaine fraîcheur et un vent nouveau au Vatican, « il y a une ombre au tableau », relevait Christian Terras au micro de Bertrand Henne sur La Première.

« Tout d’abord, ce pape n’est pas aussi social qu’on pourrait le dire », avance le fondateur de Golias. « Il ne fait que reprendre le refrain de l’Eglise catholique par rapport à la dénonciation de l’ultralibéralisme et du capitalisme », précise-t-il, rappelant au passage que Benoît XVI lui-même s’était fendu d’une tribune dénonçant les excès du néolibéralisme dans le Wall Street Journal.

Certes, il a une « sensibilité sociale », reconnaît cet observateur avisé du monde chrétien, mais il n’est pas non plus, loin s’en faut, un tenant de la théologie de la libération (courant de pensée catholique d’Amérique latine progressiste et socialement engagé en faveur des plus démunis).

Surtout, dans les années 70, au moment de la dictature militaire de Videla, qui a fait 30 000 « disparus », « Bergoglio n’a pas été un exemple de courage », déclare Christian Terras. En effet, alors qu’il était le patron des Jésuites en Argentine, il n’a pas protégé certains de ses confrères engagés dans la théologie de la libération et dans la résistance contre le régime.

« Il y a des faits, des documents qui montrent que Bergoglio n’a pas défendu ses collègues »

« Au contraire même, il a pu les signaler à certaines autorités militaires, ce qui amènera leur enlèvement par la police militaire de Videla ». « Il y a des faits, des documents qui montrent que Bergoglio n’a pas défendu ses collègues qui étaient dans le viseur de Videla », pointe-t-il pour appuyer ses dires.

Jorge Mario Bergoglio a toujours clamé son innocence dans ce dossier. Il a même expliqué qu’au contraire, il avait caché des dissidents politiques et ainsi pu les sauver des escadrons de la mort.

Ensuite, la dictature est passée et certains des gouvernements civils qui lui ont succédé ont tenté de réaliser un travail de mémoire sur la période du régime militaire. Devenu Archevêque de Buenos Aires, Jorge Mario Bergoglio, « n’a rien fait pour revisiter la posture de l’Eglise et documenter la mémoire de la complicité de l’Eglise catholique » dans les crimes dudit régime. Pourtant, cette complicité est « d’une évidence incroyable puisque sur les 89 évêques argentins, cinq seulement ont élevé la voix pour dénoncer ce qui se passait » alors en Argentine.

Lors de ce travail de mémoire réalisé par différents gouvernements argentins, notamment l’actuel gouvernement de Cristina Kirchner, « on a vu Bergoglio prendre des positions très défensives, en disant que le procès des prêtres qui avaient participé à des séances de torture était un procès contre l’Eglise, une campagne de calomnie organisée contre l’Eglise, qu’il s’agissait de cas individuels et qu’on ne pouvait pas mettre en cause l’attitude de l’Eglise sous Videla », « ce qui est faux », affirme Christian Terras.

Pour rappel, l’ex-dictateur argentin Jorge Videla (au pouvoir de 1976 à 1981) a été condamné, en juillet 2012, à 50 ans de prison pour vols de bébés d’opposants. Il a lui-même reconnu que son régime avait directement causé la mort de 8000 personnes. D’après les historiens cependant, on serait plutôt proche des 30 000 victimes.

« Je sais que lorsqu’on vit dans une dictature ou un totalitarisme, ce n’est pas toujours simple pour discerner au moment voulu », a pour sa part tempéré Guy Harpigny, l’évêque de Tournai. « Il faut vérifier, je ne sais rien de cette période-là pour le pape actuel », a-t-il tenu à préciser. Mais « s’il faut revisiter l’affaire et demander pardon, d’accord », a concédé l’évêque.

Julien Vlassenbroek


ÉCONOMIE: L’ÉCUEIL PRINCIPAL, LA CRÉDIBILITÉ POLITIQUE!

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« LE PATRONAT JUBILE »: VERS UNE NOUVELLE BRADERIE DU SECTEUR PUBLIC INDUSTRIEL? – algerieinfos-saoudi – le 14 mars 2013 & L’ÉCONOMIE ALGÉRIENNE PIÉGÉE PAR LES AFFAIRES Abed Charef – Le Quotidien d’Oran;


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[

SÉRIE: BANQUES – PEUPLES:

LES DESSOUS D’UN MATCH TRUQUÉ!

(6e partie)

MÊME LE FMI LE DIT…

par Éric Toussaint

8 mars 2013

Des déclarations du FMI qui heurtent les dirigeants européens;

->#2]


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[

TUNIS

24 MARS 2013:

RENCONTRE

MÉDITERRANÉENNE

CONTRE

LA DICTATURE DE LA DETTE

POUR

LA SOUVERAINETÉ

DES PEUPLES

->#3]

Affiche

Front Populaire de Tunisie


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[

POLITIQUES PUBLIQUES

MONNAIE ET DETTE SOUVERAINE:

DES DÉFICITS BUDGÉTAIRES

AUX CRISES AUTO-RÉALISATRICES

par Ahcène AMAROUCHE

“Recherches internationales”

n° 94, janvier-mars 2013;

->#1]


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[

SÉRIE: BANQUES – PEUPLES:

LES DESSOUS D’UN MATCH TRUQUÉ!

(6e partie)

MÊME LE FMI LE DIT…

par Éric Toussaint

8 mars 2013

Des déclarations du FMI qui heurtent les dirigeants européens;

->#2]


monnaie/ endettement/ crise?:

mieux analyser

définir les priorités

inventer

définir puis appliquer

uniquement les solutions justes et nécessaires

articles signalés par des visiteurs de socialgerie


« LE PATRONAT JUBILE »: VERS UNE NOUVELLE BRADERIE DU SECTEUR PUBLIC INDUSTRIEL?

algérie infos

le 14 mars 2013

Le partenariat public-privé comme moteur de la relance industriel? «Quoi de plus naturel que d’organiser les jonctions entre ces deux mondes?» écrit Abed Charef qui s’interroge cependant sur l’efficacité de cette option dans les conditions actuelles: «Tant que l’Algérie n’aura pas réussi à rétablir un minimum de crédibilité au sein de ses institutions et chez les dirigeants, toute initiative économique sera forcément suspecte». Il met en garde contre «des dérives graves»: «Les gestionnaires des entreprises eux-mêmes, soumis à la pression de leur tutelle, seront prêts à tout accepter pour faire plaisir à leurs ministres respectifs. Lesquels ministres ont montré une déplorable aptitude à servir leurs amis et à se servir. On risque donc d’aller, non à des participations croisées répondant à une logique économique, mais à une cession massive des entreprises publiques à des privés. Avec un effet nul sur la croissance».

http://www.algerieinfos-saoudi.com/article-le-patronat-jubile-vers-une-nouvelle-braderie-du-secteur-public-industriel-116172700.html

L’ÉCONOMIE ALGÉRIENNE PIÉGÉE PAR LES AFFAIRES

Abed Charef –

Le Quotidien d’Oran

le 14 mars 2013

Les privatisations reprennent discrètement, sous l’appellation de «prise de participation». Le patronat jubile.

Mais l’opération risque de capoter, ou de déboucher sur de nouveaux scandales, tant que le préalable politique n’est pas réglé.

La décision a été entourée d’une une certaine discrétion. Un groupe privé algérien, Benamor, a pris le contrôle de l’ERIAD Corso. La transaction n’a pas soulevé de tempête. Elle a même été plutôt bien accueillie. Du coup, le Forum des Chefs d’Entreprises s’en est emparé, et veut aller plus loin. Il a annoncé que de nombreuses opérations similaires vont être lancées pour redynamiser l’activité économique du pays.

Côté jardin, l’opération est séduisante. Il faut dire que l’emballage est très joli. En effet, des entreprises publiques algériennes disposent d’infrastructures de qualité, ou d’installations qui ont coûté très cher, mais elles n’arrivent pas à les exploiter. Face à elles, des opérateurs privés, disposant de fonds, de projets et d’ambitions, cherchent des opportunités pour investir, en allant vite, dans un pays où tout est à construire. Quoi de plus naturel que d’organiser les jonctions entre ces deux mondes? Donner la possibilité à cet opérateur privé avide d’investir son argent, tout en sauvant et en rentabilisant des équipements qui rouillent, relève du bons sens.

Autre avantage de l’opération, elle met les entreprises algériennes dans une logique nouvelle, celle de la modernité. Une entreprise ne doit pas être forcément propriété intégrale de l’Etat, ni condamnée à être vendue totalement à un privé. Comme on fait appel au partenariat avec les entreprises étrangères, rien n’interdit un partenariat entre entreprises algériennes, publiques et privées.

La formule est même ce qui pouvait arriver de mieux à l’Algérie dans le contexte actuel. Pour une raison simple. Les entreprises privées algériennes n’ont pas l’envergure nécessaire pour assurer la croissance souhaitée. L’industrie algérienne, rappelons-le, ne représente que 4.6% du PIB en 2012. Quel que soit leur effort, les entreprises privées ne pourront développer ce secteur à un niveau acceptable dans la décennie à venir. Quant aux entreprises publiques, elles n’ont pas le dynamisme nécessaire pour jouer ce rôle. Elles ont l’argent, les terrains, mais pas l’encadrement ni le management requis. Bureaucratisées, soumises à une tutelle pesante, elles ne sont pas en mesure de servir de locomotive. Elles risquent même de demeurer un boulet pour l’économie algérienne.

Autant donc les pousser à se frotter à des entreprises gérées autrement, en espérant qu’à terme, s’opérera une «normalisation» par le haut. Sans oublier une hypothèse, peut-être farfelue, mais en théorie possible, grâce à ce type de partenariat: une entreprise publique possédant une forte trésorerie pourrait toujours prendre des participations dans un secteur qu’elle ne maîtrise pas, mais qui lui permettrait de gagner de l’argent. Un exemple? La CNEP, qui croule sous les liquidités, pourrait acheter des parts chez Cevital ou chez Uno. Cela permettrait au propriétaire de Cevital de disposer de fonds frais pour se lancer dans de nouveaux projets. Du moins en théorie.

C’est une voie comme une autre pour associer le dynamisme des entrepreneurs privés, leur débrouillardise, leur sens des affaires, et leur aptitude à gagner de l’argent, aux capacités financières des entreprises publiques et à leur patrimoine. Une option qui permet de booster l’investissement, d’amener progressivement le secteur privé à une gestion plus transparente, de pousser l’entreprise publique à mieux s’adapter au marché, pour déboucher, en fin de parcours, sur une économie mixte, avec des participations croisées. Une économie comme il en existe partout dans les pays avancés, comme dans les pays émergents.

Mais aussi séduisant soit-il, ce schéma bute sur deux écueils. Le premier concerne le risque de voir les entrepreneurs privés se détourner des investissements nouveaux, pour consacrer leur énergie et leur argent au rachat des actifs des entreprises publiques.

Pourquoi en effet se casser la tête à lancer un nouvel investissement quand on peut s’emparer de quelque chose de disponible, qu’on peut avoir à bas prix, avec un terrain qui vaut de l’or?

C’est un risque sérieux, qui peut mener à des dérives graves. Avec une tendance évidente à une sous-estimation des biens des entreprises publiques, à la fois pour en faciliter la vente, et pour servir les copains et les amis. Les gestionnaires des entreprises eux-mêmes, soumis à la pression de leur tutelle, seront prêts à tout accepter pour faire plaisir à leurs ministres respectifs. Lesquels ministres ont montré une déplorable aptitude à servir leurs amis et à se servir. On risque donc d’aller, non à des participations croisées répondant à une logique économique, mais à une cession massive des entreprises publiques à des privés. Avec un effet nul sur la croissance.

Le second écueil est le plus difficile. Il est politique. Une telle opération n’est pas possible en l’état actuel des institutions algériennes. Même si elle était réalisée par des anges, aucun algérien ne croira qu’elle est motivée par des soucis économiques. Tout le monde sera convaincu que le gouvernement est en train de « chakiber » les entreprises publiques, en opérant un transfert massif de leurs actifs au profit du privé.

C’est dire que l’Algérie est désormais piégée. Avec toutes les affaires de corruption, toute initiative est désormais suspecte, et l’embellie financière ne sert à rien. Les institutions ont si peu de crédibilité que toute idée nouvelle est perçue comme un coup tordu. Ce qui révèle les priorités de l’Algérie de 2013 : la question politique devient une priorité absolue. Tant que l’Algérie n’aura pas réussi à rétablir un minimum de crédibilité au sein de ses institutions et chez les dirigeants, toute initiative économique sera forcément suspecte. C’est le prix, entre autres, de l’affaire Saïpem.

http://www.lequotidien-oran.com/index.php?news=5180384

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POLITIQUES PUBLIQUES, MONNAIE ET DETTE SOUVERAINE :

DES DÉFICITS BUDGÉTAIRES AUX CRISES AUTO-RÉALISATRICES

par Ahcène AMAROUCHE (*)

“Recherches internationales,” n° 94, janvier-mars 2013

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…/…
L’analyse qui précède a tenté de montrer le poids des
phénomènes monétaires dans la crise de la dette souveraine des
pays aujourd’hui lourdement endettés. Ces phénomènes ont été
dissociés des facteurs relevant des politiques publiques qui, dans
la conjoncture internationale marquée du sceau de la libéralisation
et de la globalisation financière, peuvent avoir un impact effectif
sur les déficits budgétaires.

L’analyse a montré l’importance des crises auto-réalisatrices en
situation de surendettement des États, surendettement qui, depuis 2007,
s’est alimenté du rachat par les pouvoirs publics des titres toxiques
que les banques ont créés de toutes pièces dans la phase ascendante
du cycle économique nourri par les bulles Internet et de l’immobilier.

Cependant, c’est moins le retournement du cycle, après
l’éclatement de la bulle immobilière, que la logique même du
capital porteur d’intérêt, forme fétichisée du rapport économique
fondamental sous le capitalisme en tant qu’il apparaît comme rapport
de l’argent à lui-même, qui est la source du surendettement des
États puis de la crise de la dette souveraine. Dans ces conditions,
la réforme du système financier mondial est-elle envisageable?

Sans doute. Mais pas tant que la crise financière internationale,
dont celle de la dette souveraine est partie intégrante, n’ait produit
tous ses effets sur l’économie réelle.

par Ahcène AMAROUCHE (*)

“Recherches internationales,” n° 94, janvier-mars 2013

(*) École nationale supérieure de statistique et d’économie appliquée (ENSSEA), Alger

pour accéder au texte de l’étude cliquer sur le lien: (…)

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SÉRIE: BANQUES – PEUPLES:

LES DESSOUS D’UN MATCH TRUQUÉ!

(6e partie)

MÊME LE FMI LE DIT…

par Éric Toussaint

8 mars 2013

Des déclarations du FMI qui heurtent les dirigeants européens

En octobre 2012, le FMI a fourni une clé d’explication de l’approfondissement de la crise en Europe. Son service d’étude a affirmé que chaque euro de réduction de dépenses publiques entraînait une réduction du Produit intérieur brut (PIB) comprise entre 0,9 et 1,7 euro.

Wolfgang Münchau, éditorialiste au Financial Times, en déduit qu’en ces temps de crise, un ajustement budgétaire de 3% (c’est-à-dire une réduction de dépenses publiques de 3%) produit une réduction du PIB de 4,5% [ Wolfgang Münchau, [“Heed the siren voices to end fixation with austerity”, Financial Times, 15 octobre 2012.
]]…. Dès lors, la politique suivie par les gouvernements européens conduit à une baisse de l’activité économique et empêche de réduire le poids de la dette publique.

Comme le dit Wolfgang Münchau, il ne faut pas se méprendre sur la motivation du FMI :«Le FMI ne dit pas que l’austérité est trop forte, injuste, provoque trop de souffrance à court terme ou que les pauvres sont plus touchés que les riches. Il dit simplement que l’austérité risque de ne pas permettre d’atteindre l’objectif de réduction de la dette dans un délai raisonnable[[“The IMF does not say that austerity is too hard, too unfair, causes too much pain in the short term or hits the poor more than the rich. It says simply that austerity may not achieve its goal of reducing debt within a reasonable amount of time.”]].»

De son côté, si Christine Lagarde, directrice générale du FMI, a laissé entendre qu’on devrait répartir sur une plus longue période le démarrage de certains efforts d’austérité et qu’on pourrait augmenter certaines dépenses publiques afin de stimuler l’économie, c’est qu’elle est mise sous pression par les pays émergents membres du FMI (notamment les Brics, avec en tête la Chine et le Brésil) qui craignent l’effet boomerang de la baisse des importations européennes et critiquent l’importance de l’engagement financier du FMI en Europe.

La directrice du FMI a exprimé ce point de vue à Tokyo, lors de l’assemblée annuelle du FMI et de la Banque mondiale en octobre 2012. Le document du FMI et les recommandations de Christine Lagarde ont soulevé des réactions de mécontentement de la part des dirigeants européens. Par exemple, à Tokyo, Wolfgang Schaüble, ministre des Finances du gouvernement Merkel, a publiquement critiqué Christine Lagarde pour son intervention intempestive [[Financial Times, « German minister rebukes IMF head. Schaüble criticises Lagarde call to ease up on austerity », 12 octobre 2012.]].
Wolfgang Münchau considère que les réserves exprimées par le FMI sur la profondeur des mesures d’austérité ne modifieront en rien l’attitude des dirigeants européens qui campent sur une ligne dure: «Les gouvernants européens sont paranoïaques quand leur crédibilité est en jeu, et je prévois qu’ils vont maintenir le cap sur l’austérité jusque sa conclusion amère, quand cette politique implosera [[Article déjà cité de Wolfgang Münchau, “Heed the siren voices to end fixation with austerity”, Financial Times, 15 octobre 2012. “European policy makers are paranoid about their credibility, and I expect them to hold on to austerity until the bitter end, when the policy implodes”.]].»

Les tensions entre le FMI et la Commission européenne se sont de nouveau exprimées publiquement le 14 novembre 2012. …/…

Le FMI revient sur les échecs historiques des politiques brutales d’austérité

Une autre étude du FMI a fait couler beaucoup d’encre, il s’agit d’un chapitre des Perspectives de l’économie mondiale publiées juste avant son assemblée annuelle d’octobre 2012. Dans ce chapitre, le FMI étudie 26 épisodes de crise de la dette publique depuis 1875 en prenant comme critère les cas où la dette publique a dépassé 100 % du PIB. Il passe en revue les politiques de sortie de crise qui ont été appliquées. Un des épisodes analysés est celui qui s’est déroulé au Royaume-Uni après la première guerre mondiale [Martin Wolf, [« Ce que nous enseigne l’histoire de la dette publique », Le Monde, 15.10.2012, ]]. La dette publique britannique atteignait 140% du PIB. Le gouvernement britannique a appliqué une politique radicale d’austérité budgétaire et une politique monétaire très stricte. Le gouvernement dégagea un excédent budgétaire primaire (avant paiement des intérêts) d’environ 7% du PIB pendant toute la décennie 1920 afin de réduire la dette en la remboursant à marche forcée. Mais la dette publique ne diminua pas: en 1930, elle s’élevait à 170 % du PIB et, trois ans plus tard en 1933, elle équivalait à 190 % du PIB.

Martin Wolf, commentateur au Financial Times, affirme que l’objectif réel de la politique du gouvernement britannique «était de briser le mouvement syndical. Ces politiques aboutirent à la grève générale de 1926. Elles suscitèrent une amertume qui perdura pendant plusieurs décennies après la seconde guerre mondiale [Martin Wolf, [«Ce que nous enseigne l’histoire de la dette publique», Le Monde, 15.10.2012,]].» Cela rappelle tout à fait ce qui est mis en œuvre aujourd’hui en Europe[Voir Éric Toussaint, [«La plus grande offensive contre les droits sociaux menée depuis la seconde guerre mondiale à l’échelle européenne», 3e partie de la série « Banques – Peuples: les dessous d’un match truqué!», publié le 23 décembre 2012, http://cadtm.org/La-plus-grande-off…]]. Wolf explique que les dirigeants européens et le gouvernement espagnol de Mariano Rajoy veulent faire baisser fortement les salaires en utilisant l’arme du chômage. Il affirme: «Dans le même temps, le PIB réel de l’Espagne se contracte. Les efforts pour resserrer la politique budgétaire auront pour effet de le réduire encore.». Il poursuit en disant que cette politique inspire aussi le gouvernement italien. Il conclut son éditorial par une affirmation qui peut paraître inhabituelle sous la plume d’une icône d’un des principaux quotidiens financiers de la planète: «L’austérité budgétaire et les efforts pour diminuer les salaires dans les pays subissant un étranglement monétaire pourraient briser les sociétés, les gouvernements, voire les Etats.» . En fait, depuis des mois, Martin Wolf enfonce le clou: l’austérité mène les pays droit dans le mur. Il en prend pour preuve le cuisant échec électoral de Mario Monti en mars 2013 en Italie.

Comme l’écrit Wolfgang Münchau déjà cité, les dirigeants européens vont prolonger et approfondir cette politique.

Pourquoi les dirigeants européens radicalisent-ils les politiques d’austérité?

Ce serait une erreur de considérer que les dirigeants européens sont devenus aveugles. Leur motivation n’est ni le retour à la croissance économique, ni la réduction des asymétries au sein de la zone euro et de l’UE afin d’en faire un ensemble plus cohérent où serait de retour la prospérité. Le patronat qui guide les actes des gouvernements veut avancer dans la plus grande offensive à l’échelle européenne contre les droits économiques et sociaux conquis après la seconde guerre mondiale.

De ce point de vue, les politiques menées ces dernières années sont des réussites.

Avec les politiques d’austérité qui augmentent le chômage, ils réussissent à accroître toujours plus la précarisation des travailleurs, à diminuer radicalement leur capacité de résistance et de lutte, à réduire les salaires et les différentes indemnités sociales tout en maintenant les énormes disparités entre les travailleurs dans l’UE afin d’augmenter la compétition entre eux. Un des objectifs poursuivis par les dirigeants européens est d’améliorer la capacité des entreprises européennes à conquérir des parts de marché face à leurs concurrents ailleurs dans le monde. Pour ce faire, il faut réduire radicalement le coût du travail, pour reprendre leur expression. Cela implique d’infliger une défaite majeure aux travailleurs d’Europe.

D’autres objectifs sont poursuivis : pousser plus loin l’offensive contre les services publics, éviter autant que faire se peut de nouveaux krach bancaires, renforcer le pouvoir des exécutifs (Commission européenne, gouvernements nationaux) face aux pouvoirs législatifs, renforcer les contraintes imposées par les traités de manière à couler dans le bronze les politiques favorables au Capital…

Le coût politico-électoral peut être élevé, mais globalement les grandes familles politiques traditionnelles qui dominent la scène européenne font le pari …/…

…/… Conclusion : À l’aune des objectifs décrits plus haut, la convergence est totale entre le FMI et les dirigeants européens. D’ailleurs, depuis décembre 2012, moment où l’administration Obama a annoncé qu’elle allait radicaliser les politiques d’austérité aux États-Unis, on n’a plus entendu de déclarations critiques de la part de Christine Lagarde ou d’autres dirigeants du FMI à l’égard de la politique menée en Europe.

Il ne faut donc pas se méprendre sur le sens des déclarations du FMI: s’il a pris un peu de distance par rapport aux dirigeants européens, ce n’est pas pour les convaincre d’abandonner les politiques structurelles favorables aux privatisations et à l’approfondissement de l’offensive contre les conquêtes sociales de l’après seconde guerre mondiale. Il souhaite gagner du poids dans les décisions et il donne de la voix. On verra dans les mois qui viennent s’il continuera à affirmer qu’il convient de ralentir un peu le rythme auquel les dirigeants européens veulent se rapprocher de l’équilibre budgétaire. Si les travaux de certains services de recherche du FMI contiennent des arguments qui vont plus ou moins clairement à l’encontre des politiques dominantes, l’action globale du FMI n’a pas changé d’un iota. C’est cette action qu’il faut combattre de toutes nos forces.

…/… pour lire la suite, cliquer sur le lien (…)

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[

TUNIS

24 MARS 2013:

RENCONTRE

MÉDITERRANÉENNE

CONTRE

LA DICTATURE DE LA DETTE

POUR

LA SOUVERAINETÉ

DES PEUPLES

->https://www.facebook.com/photo.php?fbid=325646394224257&set=a.238007419654822.50082.237006876421543&type=1&relevant_count=953]

[ Sources: Front Populaire de Tunisie

http://www.facebook.com/Jabha.Tunisie->http://www.facebook.com/Jabha.Tunisie]

voir aussi: http://www.facebook.com/raid.attac.tunisie

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PARIS-21 MARS 2013 – DÉBAT: Où VA LA CHINE APRÈS LE 18ème CONGRES DU PCC?

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Le Collectif communiste Polex a le plaisir de vous inviter à une

RENCONTRE-DÉBAT

sous la présidence de JEAN-JACQUES CANDELIER, député du Nord

animée par ALINE PAILLER, journaliste

Jeudi 21 MARS 2013

à 18h

ASSEMBLÉE NATIONALE – Salle du 6ème bureau

126 Rue de l’Université 75007 PARIS

(métro Invalides ou Assemblée Nationale)

Où VA LA CHINE APRES LE 18ème CONGRES DU PCC?

Avec la participation de:

  • Francis ARZALIER, historien, secrétaire du Collectif Polex
  • Samir AMIN, économiste, directeur du Forum du Tiers-Monde à Dakar
  • Dominique BARI, journaliste à l’Humanité
  • ZHENG Ruolin, journaliste et écrivain, correspondant du quotidien de Shanghai “Wen Hui Bao”,

    auteur de “Les Chinois sont des hommes comme les autres”
  • WEN Tiejun, doyen du département du développement rural à l’“Université du Peuple de Pékin”

Initiative soutenue par le Forum Mondial des Alternatives(FMA)

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S’inscrire avant le 18 mars:

collectifcommunistepolex@hotmail.fr

ou

auprès de Jean-Louis Glory, 7 Allée des Jonquilles 78260 Achères


Attention ! Accueil des participants à 17h30,

pièce d’identité exigée


50 VÉRITÉS, SUR CHÀVEZ ET LA RÉVOLUTION BOLIVARIENNE!

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par Salim Lamrani

IRIB

  • 1. Jamais, dans l’histoire de l’Amérique latine, …
    ….un leader politique n’avait atteint une légitimité démocratique aussi incontestable.
    Depuis son arrivée au pouvoir, en 1999, seize élections ont eu lieu, au Venezuela. Hugo Chávez en a remporté quinze, dont la dernière, en date, le 7 octobre 2012. Il a, toujours, battu ses opposants, avec un écart allant de dix à vingt points.
  • 2. Toutes les instances internationales, de l’Union européenne à l’Organisation des Etats américains, en passant par l’Union des nations sud-américaines et le Centre Carter, ont été unanimes, pour reconnaître la transparence des scrutins.
  • 3. James Carter, ancien Président des Etats-Unis, a déclaré que le système électoral vénézuélien était le «meilleur au monde».
  • 4. L’universalisation de l’accès à l’éducation, élaborée, depuis 1998, a eu des résultats exceptionnels. Près de 1,5 millions de Vénézuéliens ont appris à lire, écrire et compter, grâce à la campagne d’alphabétisation, nommée Mission Robinson I.
  • 5. En décembre 2005, l’UNESCO a décrété que l’illettrisme avait été éradiqué, au Venezuela.
  • 6. Le nombre d’enfants scolarisés est passé de 6 millions, en 1998, à 13 millions, en 2011, et le taux de scolarité, dans l’enseignement primaire, est, désormais, de 93,2%.
  • 7. La Mission Robinson II a été lancée, afin d’amener l’ensemble de la population à atteindre le niveau du collège. Ainsi, le taux de scolarité, dans l’enseignement secondaire, est passé de 53,6%, en 2000, à 73,3%, en 2011.
    -* 8. Les Missions Ribas et Sucre ont permis à des centaines de milliers de jeunes adultes d’entreprendre des études universitaires. Ainsi, le nombre d’étudiants est passé de 895.000, en 2000, à 2,3 millions, en 2011, avec la création de nouvelles universités.
  • 9. Au niveau de la santé, le Système national public de santé a été créé afin de garantir l’accès gratuit aux soins à tous les Vénézuéliens. Entre 2005 et 2012, 7.873 centres médicaux ont été créés, au Venezuela.
  • 10. Le nombre de médecins est passé de 20 pour 100.000 habitants, en 1999, à 80 pour 100.000 habitants, en 2010, soit une augmentation de 400%.
  • 11. La Mission Barrio Adentro I a permis de réaliser 534 millions de consultations médicales. Près de 17 millions de personnes ont ainsi pu être soignées, alors qu’en 1998, moins de 3 millions de personnes avaient un accès régulier aux soins. 1,7 millions de vies ont ainsi, été sauvées, entre 2003 et 2011.
  • 12. Le taux de mortalité infantile est passé de 19,1 pour mille, en 1999, à 10 pour mille, en 2012, soit une réduction de 49%.
  • 13. L’espérance de vie est passée de 72,2 ans, en 1999, à 74,3 ans, en 2011.
  • 14. Grâce à l’Opération Milagro lancée, en 2004, 1,5 millions de Vénézuéliens atteints de cataractes et autres maladies oculaires, ont retrouvé la vue.
  • 15. De 1999 à 2011, le taux de pauvreté est passé de 42,8% à 26,5% et le taux de pauvreté extrême de 16,6% à 7%.
  • 16. Au classement de l’Indice de développement humain (IDH) du Programme des Nations unies, pour le développement (PNUD), le Venezuela est passé du 83ème rang, en 2000, (0,656) au 73ème rang, en 2011, (0,735), intégrant, ainsi, la catégorie des nations à l’IDH élevé.
  • 17. Le coefficient de GINI, qui permet de calculer les inégalités, dans un pays, est passé de 0,46, en 1999, à 0,39, en 2011.
  • 18. Selon le PNUD, le Venezuela, qui dispose du coefficient de GINI le plus bas d’Amérique latine, est le pays de la région où il y a le moins d’inégalités.
  • 19. Le taux de malnutrition infantile a été réduit de près de 40%, depuis 1999.
  • 20. En 1999, 82% de la population avait accès à l’eau potable. Ils sont désormais 95%.
  • 21. Durant la présidence de Chávez, les dépenses sociales ont augmenté de 60,6%.
  • 22. Avant 1999, seules, 387.000 personnes âgées recevaient une pension de retraite. Elles sont, désormais, 2,1 millions à en bénéficier.
  • 23. Depuis 1999, 700.000 logements ont été construits, au Venezuela.
  • 24. Depuis 1999, le gouvernement a remis plus d’un million d’hectares de terres aux peuples aborigènes du pays.
  • 25. La réforme agraire a permis à des dizaines de milliers d’agriculteurs de posséder leurs terres. Au total, plus de 3 millions d’hectares de terres ont été distribués.
  • 26. En 1999, le Venezuela produisait 51% des aliments qu’il consommait. En 2012, la production est de 71%, alors que la consommation d’aliments a augmenté de 81%, depuis 1999. Si la consommation de 2012 était similaire à celle de 1999, le Venezuela produirait 140% des aliments consommés au niveau national.
  • 27. Depuis 1999, le taux de calories consommées par les Vénézuéliens a augmenté de 50% grâce à la Mission Alimentation qui a créé une chaîne de distribution de 22.000 magasins alimentaires (MERCAL, Casas de Alimentación, Red PDVAL), où les produits sont subventionnés à hauteur de 30%. La consommation de viande a augmenté de 75%, depuis 1999.
  • 28. Cinq millions d’enfants reçoivent, désormais, une alimentation gratuite, à travers le Programme d’alimentation scolaire. Ils étaient 250.000, en 1999.
  • 29. Le taux de malnutrition est passé de 21%, en 1998, à moins 3%, en 2012.
  • 30. Selon la FAO, le Venezuela est le pays d’Amérique latine et de la Caraïbe le plus avancé, dans l’éradication de la faim.
  • 31. La nationalisation de l’entreprise pétrolière PDVSA, en 2003, a permis au Venezuela de retrouver sa souveraineté énergétique.
  • 32. La nationalisation des secteurs électriques et de télécommunications (CANTV et Electricidad de Caracas) ont permis de mettre fin à des situations de monopole et d’universaliser l’accès à ces services.
  • 33. Depuis 1999, plus de 50.000 coopératives ont été créées, dans tous les secteurs de l’économie.
  • 34. Le taux de chômage est passé de 15,2%, en 1998, à 6,4%, en 2012, avec la création de plus de 4 millions d’emplois.
  • 35. Le salaire minimum est passé de 100 bolivars (16 dollars), en 1999, à 2047,52 bolivars (330 dollars), en 2012, soit une augmentation de plus de 2000%. Il s’agit du salaire minimum en dollars le plus élevé d’Amérique latine.
  • 36. En 1999, 65% de la population active touchait le salaire minimum. En 2012, seuls, 21,1% des travailleurs disposent de ce niveau de salaire.
  • 37. Les adultes d’un certain âge n’ayant jamais travaillé disposent d’un revenu de protection équivalant à 60% du salaire minimum.
  • 38. Les femmes seules et les personnes handicapées reçoivent une allocation équivalente à 80% du salaire minimum.
  • 39. Le temps de travail est passé à 6h par jour et à 36 heures hebdomadaires, sans diminution de salaire.
  • 40. La dette publique est passée de 45% du PIB, en 1998, à 20%, en 2011. Le Venezuela s’est retiré du FMI et de la Banque mondiale, en remboursant, par anticipation, toutes ses dettes.
  • 41. En 2012, le taux de croissance, au Venezuela, a été de 5,5%, l’un des plus élevés au monde.
  • 42. Le PIB, par habitant, est passé de 4.100 dollars, en 1999, à 10.810 dollars, en 2011.
  • 43. Selon le rapport annuel World Happiness de 2012, le Venezuela est le second pays le plus heureux d’Amérique latine, derrière le Costa Rica, et le 19ème, au niveau mondial, devant l’Allemagne ou l’Espagne.
  • 44. Le Venezuela offre un soutien direct au continent américain plus important que les Etats-Unis. En 2007, Chávez a alloué pas moins de 8,8 milliards de dollars en dons, financements et aide énergétique contre, seulement, 3 milliards, pour l’administration Bush.
  • 45. Pour la première fois de son histoire, le Venezuela dispose de ses propres satellites (Bolívar et Miranda) et est, désormais, souverain, dans le domaine de la technologie spatiale. Internet et les télécommunications sont disponibles, sur tout le territoire.
  • 46. La création de Pétrocaribe, en 2005, permet à 18 pays d’Amérique latine et de la Caraïbe, soit 90 millions de personnes, d’acquérir du pétrole subventionné, à hauteur de 40% à 60%, et d’assurer leur sécurité énergétique.
  • 47. Le Venezuela apporte, également, son aide aux communautés défavorisées des Etats-Unis, en lui fournissant de l’essence, à des tarifs subventionnés.
  • 48. La création de l’Alliance bolivarienne, pour les peuples de notre Amérique, (ALBA) en 2004, entre Cuba et le Venezuela, a jeté les bases d’une alliance intégratrice basée sur la coopération et la réciprocité, qui regroupe huit pays membres, et qui place l’être humain au centre du projet de société, avec l’objectif de lutter contre la pauvreté et l’exclusion sociale.
  • 49. Hugo Chávez est à l’origine de la création, en 2011, de la Communauté des Etats d’Amérique latine et de la Caraïbe (CELAC), qui regroupe, pour la première fois, les 33 nations de la région, qui s’émancipent, ainsi, de la tutelle des Etats-Unis et du Canada.
  • 50. Hugo Chávez a joué un rôle essentiel, dans le processus de paix, en Colombie. Selon le Président Juan Manuel Santos, «si nous avançons, dans un projet solide de paix, avec des progrès clairs et concrets, des progrès jamais atteints, auparavant, avec les FARC, c’est, également, grâce au dévouement et à l’engagement de Chávez et du gouvernement du Venezuela».

POLITIQUES PUBLIQUES, MONNAIE ET DETTE SOUVERAINE : DES DÉFICITS BUDGÉTAIRES AUX CRISES AUTO-RÉALISATRICES

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par Ahcène AMAROUCHE (*)

“Recherches internationales,” n° 94, janvier-mars 2013

La question de la dette souveraine a fait irruption dans
les débats qui ont lieu présentement entre économistes
politologues et publicistes sur les tenants et aboutissants
de la crise actuelle, passée de la sphère financière à la
sphère réelle des économies nationales et de l’économie
mondiale. Le rapport direct établi entre les politiques
publiques et les déficits budgétaires – qui alimentent la dette
souveraine – paraît devoir être revisité en mobilisant fortement
l’histoire économique, de laquelle il ressort qu’il existe un
lien étroit entre dette souveraine et phénomènes monétaires.
L’ambition de la présente contribution est de déconstruire la
mécanique selon laquelle la dette souveraine s’alimente à la
fois des politiques publiques et des phénomènes monétaires
déconnectés de ces politiques ; lesquels conduisent aux crises
auto-réalisatrices de la dette souveraine.

«Le progrès des dettes énormes, qui écrasent à présent
toutes les grandes nations d’Europe et qui probablement
les ruineront toutes à la longue, a eu un cours uniforme.»


Adam Smith

La crise de la dette souveraine dans de nombreux pays est-elle de nature à mettre en cause les fondements du système économique ou bien prélude-t-elle seulement à l’abandon par les États de certains volets des politiques publiques?

C’est la question qu’on peut légitimement se poser au vu de l’ampleur de cette crise et des mesures de réduction des dépenses budgétaires censées y mettre fin. Les cas de certains pays européens – Irlande,
Islande, Grèce – qui ont successivement défrayé la chronique ces
dernières années ne sont pas des cas isolés : l’Espagne, l’Italie, le
Portugal, voire la France semblent être dans la même trajectoire
si l’on se fie aux décisions récentes des agences de notation de
dégrader leur note et à la réaction immédiate des marchés financiers
consistant à relever les taux d’intérêt à l’emprunt pour ces pays.
L’administration Obama est passée à deux doigts d’être bloquée par
le Congrès le 2 août 2011 après que la dette souveraine du pays a
franchi le plafond légal de 14 294 milliards de dollars. Dans les années
1980 et 1990, de nombreux pays émergents et sous-développés
ont fait défaut sur leur dette souveraine et ont dû passer sous les
fourches caudines du FMI pour son rééchelonnement.

Cette question n’est pourtant toujours pas posée en des
termes susceptibles de mettre en cause le mécanisme pervers qui
conduit les États au surendettement, mais seulement en termes
de capacités d’emprunt de ces derniers. Les investisseurs [[Dans le langage de l’économie orthodoxe, le terme investisseur désigne aussi
bien le détenteur d’actifs réels, susceptibles d’être investis productivement,
que le détenteur d’actifs financiers, pouvant donner lieu à des placements
spéculatifs.]] comme
les autorités publiques et les organismes multilatéraux (FMI,
Banque mondiale, BCE, etc.) mettent directement en cause les
politiques publiques comme facteur déterminant le volume et le
taux des déficits budgétaires à niveau donné de recettes fiscales.
On peut néanmoins se demander si les politiques publiques sont
responsables des déficits récurrents et si le retour à une discipline
budgétaire stricte est de nature à résoudre la crise – non pas tant
seulement d’ailleurs la crise de la dette souveraine mais la crise, plus
globale, de l’économie dont elle est partie intégrante. La question
de la monnaie se trouvant au coeur de la problématique de la crise,
il nous paraît logique de l’associer à la crise de la dette souveraine
dans l’analyse des causes de cette dernière: elle n’est pas étrangère
en effet à ce que certains auteurs désignent sous le nom de crises
auto-réalisatrices.

L’objet de la présente contribution est de tenter de faire le lien
entre les trois termes de la problématique annoncée en recherchant
aussi bien dans l’histoire ancienne que dans l’histoire moderne les
déterminants de la crise de la dette souveraine. Précisons au préalable
que, pour ne pas devoir traiter en détail de toutes les actions de
l’État qui entrent dans la définition des politiques publiques, nous
entendrons de façon restrictive par politiques publiques celles de
ces actions qui se traduisent directement par l’amélioration des
conditions de vie des franges de la population les plus sujettes
à précarité (politiques en faveur de l’emploi, du logement, de la
protection sociale, etc.).

Nous chercherons, tout d’abord, à mettre en exergue la genèse
de la dette souveraine et à en indiquer le lien organique, quoique
ambivalent, avec la monnaie dans ses trois principaux attributs : ceux
de souveraineté, de confiance et d’universalité. Puis, nous essaierons
de faire le distinguo entre les causes de la dette souveraine relevant
des politiques publiques (crises budgétaires) et celles relevant de
phénomènes purement monétaires (crises auto-réalisatrices).

Aux origines de la dette publique :

au-delà de
la souveraineté, la crédibilité et l’universalité
monétaires

La question de la dette publique a un triple rapport à la monnaie:

–* Le premier est un rapport de confiance: en tant qu’elle articule
des offres et des demandes sociales de toutes natures, la monnaie
est une institution fondée sur la confiance, laquelle suppose la
crédibilité – qualité qui se retrouve dans la notion de crédit, terme par
lequel on désigne aussi la dette, celle-ci fût-elle la dette souveraine.

–* Le second est un rapport de souveraineté: la frappe des monnaies
dévolue à l’autorité, qui remonte à l’antiquité, est l’expression même
du lien entre la monnaie et la souveraineté politique : « dans les cités
grecques comme dans les royaumes asiatiques, la monnaie signée
et frappée a affirmé la prérogative étatique […] » écrit J.-M. Carrié,
[2007, p. 78] qui ajoute : « la question de la fiduciarité est née avec
la monnaie signée et frappée » [id. p. 79].

–* Le troisième est un rapport d’universalité: la monnaie comme
équivalent général se double de la transnationalité quand une
partie de la dette souveraine est libellée en monnaie étrangère (dette
publique extérieure).

La monnaie dans ses rapports organiques à la dette
souveraine

Que le lien entre monnaie frappée et État ait toujours été fort,
c’est un fait avéré dans la totalité des empires et royaumes des temps
anciens (jusques et y compris les régimes féodaux de type asiatique
et européen antérieurs à l’avènement de l’ordre libéral moderne,
où la monnaie ne possédait pourtant pas totalement l’attribut
d’universalité qu’elle a de nos jours). Ce lien est établi au travers de
l’impôt, dont le Trésor (public), organe de souveraineté s’il en est,
est l’institution de sa gestion. « La logique qui prime dans le circuit
fiscal [étant] celle de la reproduction de l’autorité politique » [Yildirim,
2007, p. 208], l’objectif d’alimenter par l’impôt le Trésor central en
revenus réguliers ou en revenus exceptionnels a toujours été réalisé
au moyen de la monnaie signée et frappée qui, en tant qu’attribut
de la souveraineté, a cours légal dans le pays. Si, par suite, l’on a pu
établir que des réformes monétaires ont eu lieu dans l’empire romain
(iiie siècle av. J.-C.) comme dans l’empire ottoman (xvie-xviie siècles)
ou sous le régime du shogunat au Japon (xviie-xixe siècles) et que ces
réformes ont souvent consisté en une manipulation de la valeur des
monnaies en circulation, c’est en vue de faire entrer plus d’argent
au Trésor ou, à défaut, de lui permettre d’en dépenser moins ; ce
qui n’est possible que parce que l’attribut de souveraineté dont jouit
la monnaie signée et frappée lui est conféré par l’autorité politique
qui peut par conséquent en modifier la teneur. Aussi, la confiance
en la monnaie reflète-t-elle presque immédiatement la confiance en
l’autorité et les crises monétaires sont toujours, à un degré ou à un
autre, l’expression de crises politiques.

Cependant, dans tous les pays et sous tous les régimes, la forme
institutionnelle Monnaie est aussi dans un rapport ambivalent avec
les institutions de sa gestion – le Trésor public et la Banque centrale
qui sont des sièges de souveraineté – ne serait-ce que parce que, en
partie tout du moins, elle leur échappe dans la circulation : « Monnaie
et souveraineté entretiennent donc une relation constitutive étroite
jusque dans leurs ambivalences respectives » [Théret, 2007, p. 23].

Cela est-il encore vrai depuis l’avènement des monnaies nationales
autoréférentielles
qui « a fait faire un bond à l’abstraction monétaire »
[Aglietta, 2007, p. 38)] ? La question mérite un examen approfondi
mais nous ne ferons qu’en signaler ici les présupposés.

Si l’on convient de partir de l’idée que la monnaie est une
forme institutionnelle par le pouvoir qu’elle a de représenter en les
désincarnant les rapports entre les personnes (qui se dégagent de la
sorte d’une situation conflictuelle larvée – les rapports de force réels
étant dépouillés de la subjectivité des personnes en présence pour
revêtir le caractère de rapports impersonnels) –, on doit conclure
qu’elle contient nécessairement un principe d’ordre : celui à la base
de toutes les institutions qui se résume dans le concept d’autorité
entendu ici au sens générique d’ascendance sur autrui. Aussi n’est-il
pas étonnant que la monnaie, qui a pu naître de la nécessité de la
double coïncidence des besoins en économie d’échange, n’ait pu se
développer que sous l’impulsion du « pouvoir supra individuel de
l’organisation collective » [Alary, 2009]. Dès que l’autorité en question
a revêtu la forme État et que l’organisation collective a revêtu une
forme quelconque de gouvernement, la monnaie, représentant
symbolique des rapports économiques dans la sphère de l’échange
[Théret, 1992], acquiert aussi la fonction de représentant symbolique
d’autres types de rapports sociaux dans les sphères politique et culturelle.
Les monnaies autoréférentielles n’échappent pas à cette loi puisqu’elles
font l’objet d’une réglementation de leurs usages au même titre que les
monnaies dont la valeur leur est conférée par l’or ou l’argent.

De fait, la monnaie a partie liée avec le droit puisqu’elle est
elle-même l’expression de droits (créances) sur autrui – l’émetteur,
qui se trouve donc en situation de débiteur vis-à-vis du détenteur
de la monnaie, celui-ci fût-il étranger à l’espace économique où a
cours légal la monnaie signée et frappée. Il s’établit de la sorte, au
travers de la monnaie, une hiérarchie de positions sociales qui confère
à la monnaie en tant que médium des relations sociales l’attribut
de la fiduciarité. Confiance, souveraineté et universalité sont donc
les trois termes de l’équation Monnaie, celle-ci fût-elle la monnaie
autoréférentielle : la monnaie procède de la dette dans son rapport
à la souveraineté, écrivent Michel Aglietta et André Orléan [1998].

La monnaie dans l’histoire du crédit à l’État

On trouve la monnaie sous la forme de métaux précieux dans
la Haute Antiquité comme au Moyen-Âge et jusque dans les temps
modernes. Dans tous les âges, des pièces d’or et d’argent sont frappées
à l’effigie de rois, princes et autres seigneurs et à l’effigie d’hommes
d’État moins favorisés par le ciel mais investis d’une autorité non moins
réelle. Le monopole de la frappe des monnaies que se sont arrogé les
gouvernants est un signe du lien indéfectible qui existait dans les
temps anciens entre le pouvoir et la monnaie. Bien que se présentant
sous une forme différente, ce lien n’est pas moins fort de nos jours.
Qu’est-ce qui justifie sa permanence sous des régimes, en des époques
et en des lieux si éloignés les uns des autres ? Cette question n’est pas
oiseuse pour qui veut comprendre les rapports intimes que le pouvoir
entretient avec la monnaie. Mais peut-être ne faut-il pas remonter très
loin dans l’histoire pour découvrir la genèse de ce rapport : il suffit de
se reporter à l’Occident médiéval pour voir comment, dans certains
cas, le seigneur est sorti des flancs de l’homme riche et comment, par
suite, il se servit de la monnaie pour asseoir son pouvoir.

Des études portant sur les conditions de la naissance du système
seigneurial [[M. Gonon, Le Moyen-Âge, archives départementales de la Loire, cité par
J.L. Corriéras in: «Fraude fiscale et pratiques monétaires au Moyen Âge:le cas de l’évaluation et du paiement du cens», Économies et Sociétés,
n° 4-5, 1996.]] ont montré en effet que, dès le xe siècle en Europe, la
majeure partie des paysans qui désiraient s’installer sur de nouvelles
terres contractaient, pour les défricher, y construire leur maison et
les travailler, des dettes trop lourdes pour espérer un jour pouvoir
les rembourser. Le prêteur, qui pouvait être un homme riche du
voisinage, un abbé ou un prieur à la tête d’un couvent, « consentit à
n’être jamais remboursé en échange de quoi l’emprunteur s’engagea
à mettre en valeur une terre jusque-là sans valeur et à servir au
prêteur, à perpétuité l’intérêt de la somme avancée» [Corriéras,
1996, p. 250].

Relatant les conditions économiques de la formation du système
seigneurial, J. L Corriéras fait le commentaire suivant qui indique
combien pouvoir et monnaie sont liés: «La féodalité a surtout laissé
l’image du seigneur chef de guerre et justicier mais le rayonnement
de la gloire chevaleresque a caché le pouvoir économique: le seigneur
est d’abord un créancier».

Bientôt cependant, le seigneur lui-même, sous l’effet de
l’amenuisement des rentes et redevances qu’il percevait du paysan, et
alors qu’il est pris dans le tourbillon de la vie de château, exubérante
et luxueuse, « fait le bonheur des prêteurs bourgeois » [Braudel,
1986, p. 226]. Alors, le seigneur ruiné cède la place « à d’autres
seigneurs, souvent de riches bourgeois qui n’en maintiennent pas
moins le système » (id.).

Ce système consiste à faire payer au paysan, même libéré des
liens du servage, toutes sortes de redevances auxquelles s’ajoutent
la dîme versée à l’église et l’impôt, versé à l’État, tout entier
représenté en la personne du roi, lui-même n’étant qu’un seigneur
de plus grande envergure que les autres. Le souverain a beau se
présenter alors comme l’incarnation du pouvoir céleste, le maître
absolu «ne dépendant quant au contenu de ses décisions que de
Dieu» [Burdeau, 1970, p. 63], son pouvoir, il le tient en réalité de
sa capacité à lever l’impôt et, le cas échéant, à faire valoir autorité
et confiance pour contracter des emprunts.

L’impôt est la source sinon unique, du moins primordiale, de
la richesse pérenne du souverain. Mais l’impôt n’est pas autre chose
qu’une partie du surproduit de l’économie paysanne, peut-être la plus
importante, en tous cas la plus apte à se convertir en monnaie si on
en juge par l’importance et la diversité des dépenses du souverain
qui servent à entretenir la cour, à mener des guerres incessantes, à
construire châteaux et cathédrales, etc. ; toutes choses qui attestent
de l’universalité de la monnaie comme équivalent général.

Mais il vient un temps où l’impôt ne suffit plus à financer ces
dépenses. Pour rétablir la paix, pour asseoir l’ordre et la discipline
ou pour mener une guerre, «l’État a besoin d’argent, et de plus en
plus à mesure qu’il étend et diversifie son autorité» [Braudel, 1986,
p. 467]. Le pouvoir central est pris dans la tourmente: il a beau
« se retourner contre les contribuables, les pourchasser, inventer
de nouveaux impôts, créer des loteries – rien n’y fait; le déficit se
creuse comme un gouffre. Il n’est pas possible d’aller au-delà de
certaines limites, de faire entrer dans les caisses de l’État la totalité
du stock monétaire du royaume» (ibid.). Il recourt à l’emprunt.

Venise, cité-État comme il en existe tant dans l’Europe
médiévale, inventa l’emprunt forcé. C’est Venise, « plus ouverte
encore que ses voisines aux influences de l’Orient, qui devint le grand
laboratoire européen du crédit » [Ferguson, 2011, p. 39]. L’emprunt
forcé consistait à contraindre les riches à souscrire, au profit de
l’État, à un emprunt remboursable pour financer la guerre. La dette
souveraine était née et avec elle tout un arsenal de procédés qui
conduisirent à l’éclosion de ce que bien plus tard on désignera par
l’expression de marché financier – qui allait fournir à l’État cette
nouvelle source de revenus : l’emprunt. Tous les États européens,
grands ou petits, eurent recours à l’emprunt. Le pape lui-même
fit appel au crédit « pour équilibrer les finances pontificales… au
moment où s’amoindrissent ou disparaissent les redevances de la
chrétienté » [Braudel, 1986, p. 467].

Certains États lancent des emprunts à l’extérieur de leur
territoire, auprès d’autres États. Les rois d’Angleterre, de France,
d’Espagne et de bien d’autres pays encore ont ainsi fait usage de
l’emprunt public «qui ne fera que grandir», note F. Braudel, qui
ajoute: «Bien des capitaux accumulés à Amsterdam s’engouffreront
au xviiie siècle dans les caisses des princes d’Europe.» (ibid). C’est
maintenant les marchands, les capitalistes qui, par le biais de
l’emprunt public, deviennent les créanciers de l’État – à perpétuité,
pourrait-on presque ajouter, tant les déficits s’accumulent, offrant
aux créanciers des perspectives sans fin de profit garanti[[A. Smith écrit au sujet des dettes publiques accumulées par les souverains
de l’Europe: «Les besoins de l’État rendent le gouvernement très disposé,
dans la plupart des occasions, à emprunter à des conditions extrêmement
avantageuses pour le prêteur». Il ajoute une page plus loin la phrase mise
en exergue dans la présente recherche.]].

Quand la bourgeoisie s’empara enfin du pouvoir d’État, elle
ne fit pour ainsi dire que rentrer dans ses fonds: économiquement,
le pouvoir lui appartenait déjà et elle n’avait plus pour souci que
de le consolider : en perpétuant l’emprunt d’État dont elle tire au
passage un profit garanti. Quand, donc, survient la crise de la
dette, le pouvoir d’État est ébranlé dans l’un de ses fondements :
la confiance, dont la monnaie est le porteur attitré.

Crises de la dette souveraine et crises monétaires: la
« nature versatile de la confiance»
[[L’expression est de Reinart C. M. et Rogoff K. S. (2010, p. 13).]]

Si l’on admet, avec Michel Aglietta, que la monnaie procède de
la dette [Aglietta, 2007, p. 18], on doit conclure que l’émission de
monnaie par l’État institue l’État comme débiteur social universel.
« La monnaie est le principe social de la valeur qui apparaît, écrit
l’auteur, lorsque la société se divise, se stratifie, et polarise la
conservation de son unité dans un centre unificateur, l’État »
[Aglietta, PDF non daté, p. 5]. En ce sens, l’État, qu’il soit ou non
l’émanation de la société, est son débiteur perpétuel alors même
qu’il apparaît comme le siège d’un pouvoir qui la transcende ! En
tant que tel, il doit jouir en permanence de la confiance de la société
pour continuer de jouir de l’attribut de souveraineté ; ce que la
monnaie signée et frappée lui assure tant qu’il ne sombre pas dans
une crise politique susceptible de le déposséder du droit d’exercer
la violence légitime au sens de Max Weber.

La crise de la dette souveraine est-elle de nature à conduire
à cette issue fatale ? Ce qui est sûr, c’est qu’elle a, dans maintes
situations historiques, fortement érodé la confiance en la monnaie
qui sombre alors dans un processus de dépréciation plus ou moins
accéléré. Pour recouvrer ses attributs de souveraineté et de légitimité,
l’État n’a d’autre choix que de procéder à une réforme monétaire
susceptible d’alléger le fardeau de la dette souveraine.

Cette situation se rencontre d’abord dans les crises de la dette
publique intérieure libellée en monnaie locale. Alors que le premier
attribut de la monnaie – la confiance – est fortement entamé par
l’altération monétaire (physique dans le cas des pièces en or ou en
argent, morale dans le cas de la monnaie papier) qui se résout en
inflation, le second attribut de la monnaie – la souveraineté – est
mobilisé pour opérer une réforme monétaire de grande ampleur
(conversion monétaire) à même de réduire très sensiblement la dette
publique intérieure. Ce fut le cas dans les royaumes et empires
anciens depuis l’époque de la Grèce antique jusqu’à celle du Japon
des shoguns. Ainsi, dans la Grèce ancienne, «certaines cités […]
ont réformé leur système monétaire pour y introduire des fractions
de bronze frappées de manière régulière, l’argent étant désormais
réservé aux plus grosses dénominations» [Granjean, 2007, p. 88].
Au Japon, sous le shogunat, de nombreuses refontes eurent lieu,
dont la dernière « battit tous les records et aboutit à inverser les
proportions de métal […]: de 80 % d’argent et 20 % de plomb, on
était finalement passé, pour les monnaies dites yotsutakari-gin (ou
shihôgin) produites en 1711, à 20 % d’argent et 80 % de plomb »
[Carré, 2007, p. 242].

Plus près de nous, et bien que des réformes monétaires de
grande ampleur aient eu lieu dans certains pays pour réduire la
dette publique intérieure selon les mêmes procédés que dans les
temps anciens, les gouvernements préfèrent le plus souvent «laisser
aller l’inflation» [Reinart et Rogoff, 2010, p. 145] pour obtenir le
même effet. Reinart et Rogoff analysent l’inflation – toujours très
élevée en période de crise de la dette publique intérieure – comme
une forme implicite d’expropriation des résidents (id. p. 153) –, ce
qui évite aux détenteurs de l’autorité de recourir inconsidérément à
l’attribut de souveraineté pour réduire la dette de l’État. L’inflation
permet en outre de contourner l’obstacle de la détention des actifs
constitutifs de la dette par des «groupes d’intérêts politiquement
importants» (id. p. 156) qui empêchent que la dette soit abolie
purement et simplement. Selon ces auteurs, des centaines de
défauts sur la dette intérieure ont ainsi pu être sinon évités, du
moins surmontés au cours des xixe et xxe siècles de par le monde[[Voir échantillon, tableau n° 8.1 de leur ouvrage susmentionné p. 140.]].

La dette publique intérieure a donc ceci de particulier qu’elle
met directement en cause le premier attribut de la monnaie: la
confiance. Aussi, la crise de la dette souveraine, quand la composition
de celle-ci est à forte teneur en dette publique intérieure, se traduitelle
presque systématiquement en crise monétaire. Dans le cas de
certains pays émergents à l’ère de l’économie d’endettement, la perte
de confiance en la monnaie nationale est telle que ceux-ci finissent
par adosser leur monnaie à une monnaie de référence (le dollar par
exemple dans le cas du Mexique à la fin des années 1980) ou à
l’or (cas de l’Argentine à la fin de la décennie 1980). Dans d’autres
cas, les autorités fermèrent les yeux sur l’intrusion d’une monnaie
étrangère dans les transactions locales ou même acceptèrent et
facilitèrent la détention d’actifs en monnaie(s) étrangère(s) (ouverture
de comptes devises pour les résidents dans le cas de l’Algérie sous
le gouvernement réformateur en 1990). Enfin, un marché parallèle
de devises se développe dans d’autres cas, où la dépréciation de la
monnaie nationale se reflète immédiatement dans la baisse du taux
de change, alors que les prix des produits domestiques peuvent ne
pas connaître d’augmentation proportionnelle à cette dépréciation.

Mais ces situations sont pour l’essentiel caractéristiques des défauts
sur la dette publique extérieure dont il nous faut dire à présent
quelques mots.

La dette publique extérieure mobilise l’attribut d’universalité
de la monnaie dans sa dimension transnationale. Tout comme la
dette publique intérieure, elle a une longue histoire. Les défauts
sur la dette extérieure ne sont pas l’apanage des pays émergents
ni même de pays sous-développés confrontés à la contrainte de
ressources : l’Allemagne, l’Angleterre, l’Autriche, l’Espagne, la France
et le Portugal connurent des défauts sur la dette extérieure dès le
xive siècle – certains, comme l’Espagne et la France, ayant vécu une
série de défauts entre le xive et le xixe siècles. Dans le cas des pays
émergents d’Amérique latine, les défauts sur leur dette extérieure
étaient en rapport direct avec les guerres d’indépendance, tandis
que, à l’inverse, d’autres pays comme l’égypte se virent confisquer
leur indépendance à cause du défaut sur leur dette extérieure[[«Gladstone n’aurait sans doute pas ordonné l’invasion de l’égypte en 1882
si le gouvernement égyptien n’avait pas menacé de refuser d’honorer sa
promesse envers les détenteurs d’obligations, lui-même au premier chef »
(Ferguson [2011] p. 96).]].

Depuis la fin des années 1970, et en dépit de la très forte revalorisation
des prix des matières premières dont sont pourvoyeurs les pays émergents
et les pays nouvellement indépendants d’Afrique, le recours à la dette
extérieure était devenu systématique, alimenté par les énormes excédents
des banques occidentales en pétrodollars et autres devises fortes. Les
défauts sur la dette publique extérieure ont commencé à poindre dès qu’il
y eut un retournement de situation sur le marché mondial des matières
premières ; certains de ces défauts s’étant transformés en de graves
crises de la dette souveraine dont les effets pervers se sont répercutés sur
d’autres pays de la région – voire sur des pays d’autres continents. Ce
fut en particulier le cas de la crise mexicaine de 1982 à partir de laquelle
on peut dater la fin de l’ère d’abondance des ressources en provenance
de l’étranger et le début de l’interférence du Club de Londres et du Club
de Paris – via le FMI – dans la gestion des budgets des États.

Comme indiqué supra, la crise de la dette publique extérieure
s’est traduite sur le plan intérieur par des perturbations monétaires
majeures qui se sont conclues par des dépréciations rampantes
des monnaies locales. Des dévaluations ont eu lieu ensuite, qui ont
laminé le pouvoir d’achat de ces monnaies et incité le FMI (2009) à
élaborer une « stratégie de gestion de la dette à moyen terme – SDMT »
à l’adresse des autorités des pays endettés. La question du taux de
change est placée au coeur de cette stratégie puisque «dans certains
pays (par exemple l’Argentine, le Brésil, l’Indonésie et la Russie), le
risque de change fut un déterminant clé dans l’accroissement des
niveaux de la dette [alors que] dans le cas particulier des pays à
faible revenu (PFR), les développements des taux de change effectif
réel, souvent provoqués par des tendances défavorables des prix
des matières premières, ont contribué de façon significative aux
problèmes de vulnérabilité de la dette» (p. 1).

Comme on peut le comprendre à la lecture de ce qui précède,
la crise de la dette souveraine a donc aussi pour déterminants des
phénomènes monétaires à l’origine des crises auto-réalisatrices.
Dans quelle proportion ces phénomènes l’alimentent-elles ?, c’est
la question qu’on peut se poser à bon droit. Dans la prochaine
section nous tenterons de faire le point sur les déterminants de
la dette souveraine en opérant une distinction entre les politiques
publiques comme source éventuelle de déficits budgétaires et les
phénomènes monétaires et financiers à l’origine des crises autoréalisatrices.

Les politiques publiques à l’épreuve

de la crise de
la dette souveraine

L’encours de la dette souveraine d’un pays au cours d’un exercice
est le cumul des emprunts qu’il aura contractés pour combler les
déficits budgétaires annuels, diminués des amortissements de la
dette effectués au cours des exercices antérieurs et augmentés des
intérêts échus non acquittés. Aussi, quand l’encours de la dette
dépasse un certain seuil – 60 % du PIB dans le cas des pays de
l’UE signataires du Traité de Maastricht – le problème des déficits
budgétaires suscite-t-il inquiétudes et débats. Les politiques
publiques que les gouvernements mettent en oeuvre sont alors
directement visées par les adeptes de l’équilibre budgétaire. Ce
sont en premier lieu les politiques publiques les plus en prise
sur le bien-être de la population qui sont prises pour cibles :
éducation, logement, santé, etc., pour ne rien dire des transferts
sociaux au profit des retraités, des chômeurs et des franges
démunies de la population. Dans l’esprit de l’individualisme
méthodologique revisité par le courant néolibéral, l’État social
de type keynésien est pris pour cible et l’on cherche à revenir à
une perception néosmithienne d’un «laissez faire laissez passer»
dénué d’attaches morales où tout peut prendre la forme de
marchandise [Amarouche, 2011].

Mais l’impossibilité virtuelle des manipulations monétaires
en situation d’interconnexion mondiale des marchés financiers est
une raison majeure de nonréduction en interne de la crise de la
dette souveraine, en dépit des tentatives partiellement abouties de
réduire les politiques publiques à la portion congrue.

Aux origines des politiques publiques

La crise de la dette souveraine de nombreux pays de l’OCDE a
amorcé un cycle de commentaires catastrophistes qui aboutissent à
la nécessité de revoir de fond en comble – voire d’annuler purement
et simplement – les politiques publiques mises en oeuvre par les
États dans le cadre du consensus classico-keynésien [Hugon, 1999]
adopté après la Deuxième Guerre mondiale par la plupart de ces
pays. Ces commentaires s’inscrivent dans la ligne des analyses
néolibérales inspirées par Robert Barro selon lequel les agents,
considérant le déficit public comme un impôt différé, diminueraient
leur consommation (privée) à proportion de l’augmentation de la
consommation publique permise par le déficit ; ce qui annulerait les
effets attendus des politiques d’inspiration keynésienne de relance
par la dépense publique [Grenier, 2006, p. 14].

Sans doute doit-on imputer à Keynes la théorisation de
l’interventionnisme étatique sous la forme de politiques publiques
destinées à relancer la consommation et à redonner ce faisant un
nouveau souffle à l’économie en période de récession, voire de crise
ouverte. Mais la logique des circonstances étant toujours plus forte
que la logique des intentions [Fursov, 2012], il faut bien admettre que
le mouvement ayant conduit à l’adoption des politiques publiques
dans tous les pays occidentaux, puis dans les pays émergents, est
parti des États-Unis avant même la publication de la Théorie générale
et qu’il ne peut être dissocié d’une conjoncture historique incitant
à « un interventionnisme à la fois plus direct et plus structuré de
l’État dont le New Deal fut l’expression exemplaire » [Duran, 2010,
p. 290].

Cependant, plus que la Grande Dépression, ce sont les
destructions causées par la Deuxième Guerre mondiale qui ont
obligé les États à devenir des acteurs de policy process, quitte à ce
que leurs programmes connussent des déconvenues parce qu’ils
reposaient sur des prémisses fausses ou qu’ils fussent en partie
détournés de leurs finalités par de puissants lobbies. Toujours
est-il que, grâce à ces programmes, les années 1950 et 1960 ont
enregistré une croissance économique sans précédent dans les
pays occidentaux, en même temps qu’elles virent se produire
des mutations profondes dans les systèmes socioéconomiques à
vocation nationale, devenus tellement productifs que le marché
domestique ne leur a plus suffi pour se maintenir aux niveaux de
croissance qu’ils avaient atteints. Si, par suite, à partir des années
1970, l’ensemble du monde occidental s’est trouvé affecté par
une crise « dont l’ampleur va marquer durablement le devenir des
sociétés industrielles et remettre gravement en question le modèle
même de l’État providence qui avait fondé jusque-là la légitimité de
l’intervention étatique » [Duran, op. cit., p. 293], c’est parce que les
frontières des possibilités de croissance domestique furent atteintes,
tandis que se profilaient de nouvelles possibilités de croissance à
l’international, pour autant du moins que le système économique
de chaque pays fût apte à affronter une rude concurrence où de
nouvelles puissances industrielles (NPI) commençaient à émerger.

Dans ce contexte, les politiques publiques à contenu social
peuvent devenir un frein à la croissance si leur seule finalité est
d’opérer des transferts sociaux en faveur des franges de la population
inactives ou défavorisées. Car la perte de pouvoir d’achat qui
résulterait pour les industries domestiques de l’arrêt des subventions
à la consommation des ménages concernés serait largement
compensée par le gain en force de vente des industries exportatrices
du pays qui, de surcroît, peuvent occuper in situ le marché des pays
émergents en y développant l’investissement direct (IDE). Grâce à
une libéralisation toujours plus poussée du commerce mondial en
situation d’inégalités de développement des pays en concurrence,
grâce aussi à l’inversion de la structure sectionnelle des économies
nationales en faveur de la section I au sens de Marx (qui intègre
l’industrie de l’armement dans la croissance de laquelle les guerres
trouvent un mobile à défaut de justification), la perspective d’une
compensation toujours plus forte du déficit de demande effective
domestique par un surcroît de demande effective externe a produit
un retournement de perception des élites dirigeantes des pays
occidentaux ; lequel s’est traduit dans un double rejet :
–* le rejet de l’État providence – voire de l’État tout court – assimilé
à un simple agent dépensier 7 ;
–* le rejet de la hausse des impôts pour financer les déficits et réduire
en conséquence la dette souveraine.

Ces deux postures élitaires, marquées du sceau de l’idéologie
néolibérale adossée à la philosophie hayekienne de la liberté,
eurent pour conséquence logique que la réduction des déficits
budgétaires ne pouvait être obtenue que par la contraction des
dépenses gouvernementales en faveur des franges de la société à
faible revenu, celles-ci n’étaient plus porteuses d’un même niveau
de demande effective que par le passé pour contribuer au maintien
de la croissance. Bien avant la crise de la dette souveraine des
pays occidentaux dont ceux de la zone euro semblent les plus
affectés, des pays émergents ont expérimenté le remède consistant
à tailler dans les dépenses publiques en visant tout spécialement
les chapitres budgétaires les plus en lien avec le pouvoir d’achat
des franges nécessiteuses de la population. Des pays d’Amérique
latine à l’exemple du Mexique, de l’Argentine, etc., d’Afrique à
l’exemple de l’Algérie, etc., ont dû passer par l’exigence du FMI
dite de stabilisation macroéconomique pour bénéficier d’un report
d’échéances sur leur dette souveraine contractée auprès des pays
membres des Clubs de Paris et de Londres. Mais la crise ayant
atteint le coeur du système capitaliste, il ne pouvait être autrement
que de faire valoir les mêmes arguments contre les populations
bénéficiaires de certains volets des politiques publiques dans les
pays de l’OCDE eux-mêmes. Or la crise actuelle a pour partie
sa source dans les décisions des autorités publiques de porter
secours aux banques d’affaires qui ont développé un système de
crédits à base de capital spéculatif et d’actifs toxiques. Comme « il
est dans la nature du capital de faire fructifier sa propre valeur
indépendamment de la reproduction » [Marx, 1969, p. 56], les
effets pervers sur l’économie réelle de la spirale spéculative sont
passés au second plan, jusqu’à ce que la crise se traduise aussi en
fermetures d’usines et en compressions d’effectifs dans la plupart
des pays touchés par la récession.

Dans la mesure où le capital, qu’il soit réel ou fictif, est
donné dans la même monnaie et que la monnaie elle-même fait
l’objet d’attaques spéculatives, la crise de la dette souveraine est
aggravée par la perte des attributs de confiance et de souveraineté
de la monnaie. Dans le cas de la zone euro, des contradictions
interétatiques se font jour de surcroît, empêchant les États les plus
endettés (ceux de l’Europe du Sud) d’user des procédés classiques
de réduction de la dette par la dépréciation de la monnaie – sur
laquelle ils n’ont plus de souveraineté – ou par une intervention
massive de la Banque centrale sur les marchés financiers pour
contenir l’emballement des taux d’intérêt. Si on ajoute à cela
que, bien que la dette publique ait joué un rôle crucial dans la
prospérité des nations, la raison première qui a toujours conduit
à un endettement massif est le besoin de financement de la guerre
[Stasavage, 2011], on peut se faire une idée des causes autres que
les politiques publiques d’accroissement de la dette souveraine. Mais
l’idéologie de l’efficacité des politiques publiques les a dissimulées
jusqu’à l’éclatement de la crise financière internationale où elles se
révélèrent au grand jour.

L’efficacité des politiques publiques : entre nécessité et
ambiguïté

Venons-en donc à la question de l’efficacité des politiques
publiques. Celle-ci n’est évidemment pas neutre socialement:
la logique à la base de l’intervention des pouvoirs publics
dans les champs social et économique consiste à réduire les
dysfonctionnements socioéconomiques susceptibles de remettre en
cause sinon le consensus social – toujours mouvant en fonction
des conjonctures – du moins la cohésion sur le moyen-long terme
des strates de la société formant le corps social. Aussi n’obéitelle
guère, dans son principe fondateur, à la loi du marché, en
dépit des imbrications des sphères marchande (économie privée)
et non marchande (économie publique) de l’économie. La sphère
non marchande étant celle des activités socialisées entrant dans
la reproduction d’ensemble, elle participe de la reproduction
des invariants à la base de la formation sociale. Le recul de
l’économie publique, quand il a lieu, revient donc à recentrer la
reproduction sociale sur certains pans de la société au détriment
d’autres. L’exercice est évidemment périlleux dans la mesure où
l’économie publique, dont au moins une partie des strates qui se
nourrissent de l’économie privée tire un substantiel avantage[[Il suffit de penser au poids des marchés publics dans le maintien en
activité d’entreprises privées – voire de secteurs industriels tout entiers.]],
est située au croisement des rapports entre les forces politiques
en présence: l’économie publique – ou ce qui lui tient lieu de
mode opératoire : les politiques publiques – a aussi pour fonction
de produire des externalités publiques [Vianès, 1980] destinées à
soutenir la rentabilité d’activités relevant de la sphère marchande.
Les politiques publiques «véhiculent des contenus, se traduisent
par des prestations et génèrent des effets» [Thoenig, 2010, p. 420]
qu’il n’est pas aisé d’évaluer sans a priori sociaux et politiques –
autrement dit, sans prise de position implicite dans le champ des
conflits sociaux et des luttes d’influence politique. Les politiques
publiques donnent ainsi lieu à une pluralité de significations qui
crée une « situation d’ambiguïté cognitive » [Salais, 2010, p. 131]
pour toute entreprise d’évaluation de leurs performances. Aussi,
est-il toujours politiquement inconfortable pour les autorités d’un
pays d’introduire des réformes dans les politiques publiques sur la
base d’évaluation de leurs performances passées. Si, par suite, en
période de crise de la dette souveraine, de telles réformes s’avèrent
nécessaires, l’attention ne peut rester focalisée sur la viabilité
budgétaire pour tailler dans les dépenses sans « compromettre la
croissance à long terme et les niveaux de vie » [OCDE, 2010, p. 22].

Sur le plan théorique, le curseur se déplace constamment
entre les rôles respectifs de l’État et du marché pour situer le
paradigme de référence [Diarra et Plane, 2012/2, p. 52], mais
l’ambiguïté cognitive demeure, modulée seulement par «la logique
des circonstances». Dans la version mise au goût du jour par
la Banque mondiale à partir de 1989 sous la dénomination de
« bonne gouvernance », cette ambiguïté reparaît en des termes
qui semblent pourtant relever du bon sens, où il est question de,
«la qualité d’exécution des fonctions régaliennes de l’État dans sa
capacité à dynamiser l’économie, à la stabiliser, à redistribuer les
ressources sous une forme permettant d’atténuer les inégalités de
revenus» (ibid). Mais en pratique, l’institution de Bretton-Woods
a réussi la gageure de concilier État et marché en élargissant les
domaines d’intervention du premier pour y inclure la conduite de
la libéralisation de la sphère des biens et services dans les pays en
transition et celle des facteurs de production (flexibilité du marché
du travail) dans les pays à économie de marché constituée. Pour
les premiers, les programmes d’ajustement structurel que le FMI
leur a dictés en étaient souvent réduits à n’être qu’une «politique
de stabilisation de long terme» comme le faisaient remarquer
Corbo et Fischer dans une étude pour le compte de la Banque
mondiale[[«Adjustment lending revisited : policies to restore growth », Washington,
World Bank. Cité par J.-M. Fontaine, 1990, p. 493.]]. Pour les seconds, c’est par un transfert de charge de
l’impôt sur le revenu (impôts directs) vers la consommation (impôts
indirects) que les organismes multilatéraux (FMI, OCDE) veulent
relancer la croissance [OCDE, 2010, p. 22] parce que la croissance
ne dépend plus de la consommation domestique autant qu’avant
la libéralisation planétaire. D’où leurs recommandations visant
à flexibiliser le marché du travail pour rester dans la course à la
compétitivité internationale.

Les causes autres que les politiques publiques de la crise de
la dette souveraine

L’accroissement exponentiel de la dette souveraine de nombreux
pays occidentaux et de certains pays émergents soulève depuis
la crise financière internationale de 2007-2008 de lancinantes
interrogations. Pour irrationnelle qu’elle puisse paraître [Bernestein,
2011, p. 29], la peur qu’elle suscite n’en est pas moins justifiée tant
le niveau de la dette est élevé : 60, 70, voire 100 % du PIB ou plus.
Reste pourtant que, ainsi que le souligne Jared Bernstein, le ratio
dette/PIB n’est pas le plus pertinent pour juger de la soutenabilité
de la dette souveraine: «nous n’avons pas à refinancer la dette
publique tout entière chaque année» écrit-il à l’appui de cette
assertion (op. cit. p. 33). Ce qu’il y a lieu de considérer en revanche
comme le motif implicite de la peur, c’est la nature des causes de
son déclenchement ou de son aggravation.

Indépendamment même des baisses inconsidérées d’impôts
dont Jared Bernstein dit que (dans le cas des États-Unis) celles
opérées par G.W. Bush «ajoutent 20 % de dette cette année [2012]
et, si elles restent en place, 34 % d’ici à 2019» (p. 32), on peut
recenser au moins deux types de motifs autres que les politiques
publiques pouvant conduire à une crise de la dette souveraine.
–* Le premier à trait à la perte de confiance des investisseurs;
–* Le second à la dégradation des fondamentaux de l’économie
consécutive à la globalisation financière.

Reprenons ces deux motifs par le menu.

  • La perte de confiance des investisseurs

C’est au moyen de l’intérêt et des manipulations du change
que l’oligarchie financière, qui a partie liée avec le pouvoir politique,
assure sa mainmise sur les affaires de l’État. Stasavage avait déjà
souligné l’intérêt, dans les régimes anciens de l’Europe médiévale,
de la présence d’une oligarchie marchande au sein des institutions
publiques et municipales: «la meilleure recette pour avoir accès
au crédit est de posséder une oligarchie marchande» écrit-il (p. 2).
Cet intérêt ne s’est jamais démenti depuis. Bien au contraire : les
intérêts de l’élite des affaires ont joué un rôle déterminant dans
l’amoncellement des dettes. «L’industrie financière américaine,
écrit Johnson [2009, p. 55], a choisi de renforcer son pouvoir
politique en accumulant une sorte de capital culturel au moyen
d’un système de croyances» (p. 56); la principale de ces croyances
étant la foi indéfectible dans les vertus du marché (financier), fûtil
complètement déconnecté de l’économie réelle. Selon Cohen et
Portes [2003, p. 11], le poids de la composante «intérêt et crise de
change» dans l’amoncellement des dettes de l’État peut représenter
jusqu’à 40 % dans le cas de certains pays endettés.

Préludant à ce que la littérature économique a retenu des
développements théoriques consécutifs à la crise de l’État providence
sous la dénomination de «Consensus de Washington», l’industrie
financière états-unienne a profité en effet de la volatilité accrue des
taux d’intérêt pour rendre le commerce des obligations très lucratif.
On connaît la suite des événements : abrogation de la loi américaine
de 1933 dite Glass-Steagall Act qui interdisait aux banques de dépôt
les activités d’investissement, dérèglementations bancaires ayant
conduit à des montages financiers de plus en plus sophistiqués
sous le nom de titrisation – en fait la transformation en actifs
fictifs de crédits hypothécaires quasiment irrécouvrables – volatilité
internationale des capitaux, falsification de comptes de grandes
entreprises et de sociétés financières, distribution de stock-options
sans commune mesure avec les résultats comptables dûment
certifiés, apparition de comptes off shore et, last but not least, abandon
des systèmes de comptabilité fondés sur les valeurs historiques au
profit d’un système universel fondé sur les valeurs de marché dit
IFRS (International Financial Reporting Standards). Paraphrasant
Barry Eichengreen[[L’auteur écrit en effet au sujet de la tendance à l’expansion du capital
de la période d’après-guerre : « Les banques centrales se trouvèrent
dans l’obligation de construire une pyramide toujours croissante de
superstructure de dettes sur une base d’or monétaire assez étroite » (p. 86).]], on peut dire des banques primaires qu’elles
se trouvèrent dans l’obligation de construire une pyramide toujours
croissante de superstructure de crédits sur une base de dépôts assez
étroite. Rien d’étonnant donc à ce que la « surenchère, avec l’accord
tacite du gouvernement, a[it] conduit à l’inévitable effondrement [de
la confiance] » [Johnson, 2009, p. 55].

Quand la crise financière internationale s’est produite au milieu
de l’année 2007, ce furent d’abord les banques qui souffrirent de
la perte de confiance des investisseurs, laquelle a vite fait de se
propager, par le biais des créances interbancaires. La faillite de la
banque Lehman Brothers sonna comme un avertissement pour les
marchés financiers ainsi que pour le gouvernement des États-Unis.
Celui-ci intervint donc massivement pour racheter ou garantir les
crédits hypothécaires dits toxiques dont les banques se sont fait
d’énormes stocks à la faveur de la bulle immobilière du début des
années 2000. Ainsi que le dit fort joliment Simon Johnson, «on se
persuada que ce qui était bon pour Wall Street l’était aussi pour les
États-Unis» (p. 57) et la dette bancaire put ainsi être partiellement
transformée en dette souveraine sans effet négatif notable sur la
confiance dans le dollar ni sur la souveraineté de la monnaie des
États-Unis, étant donné le privilège exorbitant, selon l’expression
du général de Gaulle, dont jouissait ce pays ; privilège qui revenait
pratiquement à battre monnaie en partie pour le reste du monde.

Il en va tout autrement des autres pays occidentaux qui, soit
parce qu’ils sont intervenus massivement pour racheter de la dette
bancaire, soit parce que les fondamentaux de leur économie s’étaient
dégradés, ont vu leur dette publique s’accroître inconsidérément
sans qu’ils aient la possibilité d’intervenir souverainement sur les
marchés financiers selon les procédés classiques évoqués supra.
Ne leur restait alors que de renflouer les banques en rachetant
les crédits hypothécaires réputés les plus toxiques et, ce faisant, à
accroître du jour au lendemain leur dette souveraine de plusieurs
points de pourcentage du PIB.

Confrontés à l’imminence d’un défaut sur leur dette, certains
pays de la zone euro, à l’exemple de la Grèce, ont vu les taux d’intérêt
de celle-ci grimper en flèche, accélérant de la sorte l’avènement de
la crise auto-réalisatrice.

  • La dégradation des fondamentaux de l’économie consécutive à
    la globalisation financière

Bien que l’économie mondiale ait trouvé, dans la libéralisation
des marchés et dans la dérégulation, de puissants moteurs de
croissance après la crise de la fin des années 1970, la situation au
début des années 2000 n’en a pas moins été paradoxale en ce sens
que la prospérité annoncée (soutenue par une élévation jamais égalée
de la productivité dans les pays les plus développés) était d’une
fragilité inouïe en raison de la déconnexion grandissante de la sphère
financière de l’économie réelle. D’importants excédents commerciaux
et de forts taux d’épargne ont permis une augmentation des réserves
monétaires mais celles-ci n’ont pu être que partiellement stérilisées
tandis que se profilait déjà, à travers l’éclatement de la bulle Internet,
les limites d’un modèle de croissance fondé sur une économie de
services. Un accroissement sans précédent de la masse monétaire
par rapport au PIB dans les six grands pays ou zones monétaires
représentant les principaux centres de croissance mondiale a donc
pu être observé à partir de 2002 [Arthus et al., 2008, p. 15][[De 18-20 % en moyenne sur la période 1980-2000, ce rapport est passé
à 26 % à partir de 2002 selon les auteurs.]]. Si,
par suite, dans les pays de l’OCDE, l’accroissement inexorable du
chômage a constitué un frein à la croissance tout en remettant en
question le bienfondé de l’approche orthodoxe de la relation emploi/
croissance, la faiblesse du pouvoir d’achat des salariés et des autres
franges de la population dans certains pays hors OCDE a joué le
même rôle, en dépit des taux d’épargne élevés que certains – à l’instar
des BRICS – ont pu réaliser: «le PIB a reculé de quatre points de
pourcentage en 2009, la production industrielle et le commerce
mondial se sont fortement contractés […] et le chômage a dépassé
10 % dans nombre de pays de l’OCDE» [OCDE, 2010, p. 18]. Dans
le prolongement logique de l’éclatement de la bulle internet, celui
de la bulle immobilière provoqué par la crise des subprimes a mis
en évidence les déséquilibres entre les sphères réelle et financière
des économies et «contribué à affaiblir les finances publiques»
[OCDE, 2012/9, p. 35] en situation de crise de la dette souveraine.

Le recours à l’emprunt pour payer le service de la dette devint une
nécessité pour de nombreux États, alors même que ce procédé ne
faisait qu’aggraver la crise auto-réalisatrice de la dette.

Conclusion

L’analyse qui précède a tenté de montrer le poids des
phénomènes monétaires dans la crise de la dette souveraine des
pays aujourd’hui lourdement endettés. Ces phénomènes ont été
dissociés des facteurs relevant des politiques publiques qui, dans
la conjoncture internationale marquée du sceau de la libéralisation
et de la globalisation financière, peuvent avoir un impact effectif
sur les déficits budgétaires.

L’analyse a montré l’importance des crises auto-réalisatrices en
situation de surendettement des États, surendettement qui, depuis 2007,
s’est alimenté du rachat par les pouvoirs publics des titres toxiques
que les banques ont créés de toutes pièces dans la phase ascendante
du cycle économique nourri par les bulles Internet et de l’immobilier.

Cependant, c’est moins le retournement du cycle, après
l’éclatement de la bulle immobilière, que la logique même du
capital porteur d’intérêt, forme fétichisée du rapport économique
fondamental sous le capitalisme en tant qu’il apparaît comme rapport
de l’argent à lui-même, qui est la source du surendettement des
États puis de la crise de la dette souveraine. Dans ces conditions,
la réforme du système financier mondial est-elle envisageable?

Sans doute. Mais pas tant que la crise financière internationale,
dont celle de la dette souveraine est partie intégrante, n’ait produit
tous ses effets sur l’économie réelle.

par Ahcène AMAROUCHE (*)

“Recherches internationales,” n° 94, janvier-mars 2013

(*) École nationale supérieure de statistique et d’économie appliquée (ENSSEA), Alger


Bibliographie

  • Aglietta M., doc. PDF non daté, Monnaie et histoire : les univers des
    monnaies métalliques jusqu’à la Première Guerre mondiale. Pour le Collège
    international de philosophie.
  • Aglietta M., 2007, vol. II, « Universalité et transformations de la monnaie:
    la nature des crises monétaires », in (Théret B.), “La monnaie dévoilée par
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GAMAL Al BANNA, PENSEUR DU CHANGEMENT SOCIAL ET D’UN NOUVEAU FIQH ISLAMIQUE

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Tariq Ramadan :
Gamal Al-Banna, un penseur à contresens des Frères musulmans

Interview

Rédigé par Hanan Ben Rhouma

le 9 Mars 2013

Gamal Al-Banna

La mort de Gamal Al-Banna, survenue le 30 janvier au Caire à l’âge de 93 ans, n’a eu que très peu d’écho dans le monde, y compris musulman.

À l’opposé de son frère aîné, Hassan Al-Banna, fondateur des Frères musulmans, il s’est en effet très tôt démarqué dans ses positions vis-à-vis de sa famille et de la confrérie, en s’inscrivant dans une volonté de rompre avec les traditions conservatrices en vigueur en Egypte.

Tariq Ramadan, professeur d’études islamiques contemporaines à l’université d’Oxford dont Gamal Al-Banna n’est autre que son grand oncle, a bien souhaité nous livrer, en février, son témoignage afin de mettre en lumière la vie d’un homme qui ne cherchait pas à suivre le consensus des savants, quitte à être mis au ban du monde intellectuel musulman.

Saphirnews : On connaît très peu Gamal Al-Banna. Pouvez-nous dire déjà qui était-il?

Tariq Ramadan : Il est le plus jeune des frères Al-Banna. Ce qui est tout à fait particulier chez lui, c’est qu’il s’est très tôt distingué dans la famille par un formidable engagement intellectuel et une originalité car il ne suivait pas les traces, en terme d’engagement religieux, de son père qui était un imam et un savant.

Il s’est distingué assez tôt par un engagement à gauche, au côté des travailleurs, sur le terrain syndical. Il était plutôt intéressé par la pensée communiste et la lutte politique à l’époque, tout en ayant un respect extrêmement profond de la tradition musulmane et de son grand frère, dont il ne partageait pas ses idées mais pour lequel il avait travaillé.

Lorsqu’en 1946, Hassan Al-Banna lance son propre journal “Al-Shihab” (hebdomadaire, ndlr), il donne à son jeune frère le poste de rédacteur en chef, le charge de veiller à la ligne éditoriale de sa publication alors même que Gamal al-Banna ne partageait ni les idées de son frère, ni celles des Frères musulmans.

Gamal Al-Banna n’a donc jamais fait partie de la confrérie à un moment donné de sa vie?

Tariq Ramadan : Il n’a jamais été membre des Frères musulmans.

Dans quel courant de pensée s’inscrivait-il alors ?

Tariq Ramadan : C’était un penseur très à gauche, défenseur de la lutte ouvrière. D’une gauche influencée par les idées marxistes et les idées de résistance qui était très répandue dans les années 1940 et 1950.

Sans être pour le panarabisme, il était dans une logique de résistance de la classe ouvrière face à la colonisation, au pouvoir en place et, plus généralement, au système d’oppression de manière générale.

Était-il le seul dans la famille à avoir emprunté cette voie?

Tariq Ramadan : Il s’est clairement distingué de ce point de vue. Dans la famille, il y a eu des personnes qui avaient un engagement religieux plus ou moins important, alors que Gamal Al-Banna n’en avait pas à proprement parler.

Ce fut d’abord un penseur politique qui partageait avec son frère l’idée qu’il fallait libérer l’Egypte et les pays du Sud de l’emprise coloniale.

C’est une personne pour qui j’ai un très profond respect et que j’ai bien connu malgré l’exil de notre famille à l’étranger (Gamal Al-Banna a vécu presque toute sa vie en Egypte, ndlr).

À partir des années 1980, il a commencé à venir à Genève, chaque année, au “Bureau international du travail” parce qu’il avait fondé la “Confédération Islamique Internationale du Travail” (en 1981, elle n’existe plus, ndlr).

Il n’était pas opposé à la référence musulmane, au contraire, mais il était essentiellement préoccupé par les plus marginalisés et par les prolétaires.

Au fil des années qu’il a réconcilié cet engagement avec la référence musulmane.

Il est devenu un penseur de l’intérieur de la référence islamique durant le dernier tiers de sa vie essentiellement.

Vous diriez qu’auparavant il mettait une distance claire entre son engagement politique et la religion?

Tariq Ramadan : Son engagement politique n’avait pas d’abord de résonance musulmane: il ne voyait pas de contradiction mais ce n’était pas une priorité pour lui.

Quels rapports entretenaient-ils avec la confrérie et dans quelle mesure ces rapports ont influé sur ses relations avec son frère, le fondateur, et sa famille?

Tariq Ramadan : Ses relations avec son frère étaient très respectueuses. Gamal Al-Banna est bien plus jeune que son frère aîné puisque il avaient 14 ans de différence (Hassan est né en 1906, Gamal en 1920, ndlr). Lorsque Hassan Al-Banna est assassiné (en 1949, ndlr), il va garder très précieusement les correspondances de son frère avec son père, ses archives. Il en fera un livre. Il a toujours exprimé un très profond respect de l’homme, de son projet, de sa vision, de son ouverture, même s’il ne partageait pas son application concrète sur le terrain avec la confrérie.

Plus tard, il va se distancer beaucoup plus clairement des Frères, en particulier avec la prééminence qu’aura dans les années 1960 la pensée de Saïd Qutb. Il était plus proche de ceux qui suivaient la tradition des Al-Banna dans l’éducation des masses.

Dans les années 1980, Gamal Al-Banna écrira un livre qui va tendre les rapports, et qui resteront tendues jusqu’à la fin: “Madha ba’da al-Ikhwan?”, littéralement «Quoi donc après les Frères musulmans?».

Il s’interrogeait sur ce qui devait leur succéder sur le plan idéologique et politique. En l’occurrence, il estimait que les Frères devaient être dépassés, et au fond disparaître pour ne pas avoir su évoluer. Un avis qui va refroidir jusqu’à la fin les relations avec la confrérie. Il restera distant et critique à l’encontre de l’organisation en tant que telle et il a très tôt posé de vraies questions, fondamentales, et que trop de personnes ont disqualifiées à cause de positions religieuses qui avaient suscité la polémique.

Qu’est-ce que Gamal Al-Banna critiquait au sein de la confrérie?

Tariq Ramadan : D’un point de vue interne, sa structure et sa hiérarchie. Ensuite, selon lui, ils n’allaient pas suffisamment loin dans la réforme de la pensée.

Il leur a aussi reproché de s’être embourgeoisés. Autant la première vague des Frères musulmans était plutôt proche de la théologie de la libération, ce qui était, d’une certaine façon, proche de sa pensée puisque la théologie de la libération est une référence religieuse lue à travers le prisme du marxisme privilégiant l’angle des pauvres et des exploités.

Hassan Al-Banna s’en rapprochait par sa proximité du peuple et sa lecture des textes appelant à la résistance multidimensionnelle dès les années 1930 et 1940, sans aucune référence marxiste néanmoins. Selon lui, le mouvement a trahi cet héritage et s’est embourgeoisé.

Enfin, sa critique de leur acceptation de l’ordre capitaliste, qui n’existait point initialement, sera extrêmement ferme.

Il n’a jamais cessé d’être critique de l’organisation mais cela s’est renforcé dès les années 1980. En fait, plus il s’engageait avec une parole musulmane, plus il marquait sa différence avec les Frères.

On le présente justement comme un réformiste mais en Occident, on réduit souvent sa pensée à des avis, des «fatwas», sur le voile qu’il ne voit pas comme une obligation, sur la femme qui peut se marier avec des non musulmans… Pouvez-vous approfondir sa pensée?

Tariq Ramadan : Évidemment, il est devenu populaire en Occident à partir du moment où il a donné ces avis, qui n’étaient pas des fatwas en l’occurrence. Il n’a jamais exprimé, il le disait lui-même, que ses opinions.

Il pensa les termes et les modalités d’un «fiqh nouveau», il a écrit “Nahwa fiqhin jadid” : Vers un nouveau droit et jurisprudence, mais il ne se considérait pas comme un faqih, un spécialiste du droit et de la jurisprudence.

Il avait quelques opinions juridiques très controversées et certaines étaient très bien accueillies en Occident: l’idée que le foulard effectivement n’était pas une obligation, qu’il doit y avoir une séparation claire entre l’État et la religion, qu’on doit permettre aux jeunes filles et aux jeunes hommes d’avoir des relations affectives avant le mariage… Cela a provoqué de belles polémiques, c’est vrai.

Ce sont pourtant des épiphénomènes, si je puis dire: nous pouvons ne pas être d’accord avec certaines opinions mais la pensée de l’homme était autrement plus profonde et complexe.

C’était un penseur du changement social qui insistait énormément sur la mobilisation pour les plus pauvres et les plus marginalisés, l’éducation, l’accès au travail…

C’est un homme qui n’a été reconnu que ces 20 dernières années mais qui, pendant près de 60 ans, vivait dans une bibliothèque pleine d’archives incroyables.

C’était une personne qui écrivait énormément, une véritable horloge avec une force de travail absolument phénoménale, très discipliné avec lui-même.

Il était extrêmement brillant et ouvert intellectuellement: j’ai passé des heures avec lui à discuter, j’étais jeune, il m’enseigna les clivages politiques, les priorités de l’engagement social et politique.

Il me conseilla des lectures et m’a soutenu jusqu’au bout avec ses derniers conseils.

Il ne s’est jamais compromis politiquement comme certains de ces penseurs musulmans dits «progressistes», qui ont été «progressistes» à la mesure de leur besoin de reconnaissance intellectuelle, académique, politique ou idéologique.

Il est resté cohérent et sans compromis et ses opinions religieuses étaient le produit d’une pensée sincère et non de calculs politiques.

Il avait des avis qui pouvaient être discutés, et discutables…il en discutait.

Mais ce qui est le plus important chez Gamal Al-Banna, c’est sa profonde honnêteté intellectuelle et sa capacité à poser les bonnes questions sur la tradition musulmane, sur le fiqh.

Dans le débat, ses réponses controversées ont occulté l’importance de ses questions critiques et si bienvenues. La profondeur des questions qu’il posait sur nos lectures des textes, la société contemporaine, la corruption, les pauvres, le racisme, le statut des femmes… sont des questions fondamentales et qui doivent être entendues.

Des questionnements que vous-même partagez?

Tariq Ramadan : Je partage ses questions et son positionnement critique et ouvert. Je ne partage pas toutes ses réponses bien entendu, mais je ne suis pas sûr non plus de toutes mes réponses. Je peux être critique avec certains de ses avis mais j’ai toujours été attentif à ses avis, ses prises de position. C’était un homme qu’on ne pouvait qu’aimer, une intelligence de cœur et d’esprit. Un homme courageux, simple, accessible. J’ai beaucoup appris de sa rigueur intellectuelle et de sa générosité.

Il répétait souvent que ce qui est sacré, pour nous (musulmans), est le Coran, que la tradition du Prophète Muhammad est seconde et que les opinions des savants dans l’Histoire ne sont pas sacrées: ce sont des opinions parmi d’autres qu’il faut étudier et critiquer, évaluer et contester si besoin est. (Gamal Al-Banna a contesté l’authenticité de très nombreux hadiths, récits rapportés du Prophète, au cours de sa vie et a appelé à maintes reprises les musulmans à privilégier le Coran et la raison pour se forger leur opinion, ndlr). Sur ces points, je partage sa position.

Avait-il crée son propre courant?

Tariq Ramadan : Non, Gamal Al-Banna était un penseur solitaire.

Il avait crée son mouvement ouvrier (“Confédération Islamique Internationale du Travail”, ndlr) mais du point de vue islamique, il était isolé pendant 30 ans.

Par la suite, des gens se sont intéressés à lui, notamment parce qu’il était le frère de Hassan Al-Banna et qu’il avait des opinions qui n’étaient pas communes. Il n’était pas très écouté quand il disait qu’on se trompait sur Hassan al-Banna en Occident. Il essayait de faire en sorte qu’on ait une autre opinion de la personne de son frère qui fut méconnu selon lui, même des Frères musulmans.

Quel impact avait-il dans le monde arabe?

Tariq Ramadan : Il n’a pas eu tellement d’impact mais il était apprécié, connu, et d’aucuns, dans le monde arabe, y trouvaient de l’intérêt. Les savants musulmans et les mouvements religieux ne le reconnaissaient pas comme une référence. Rarement, on entendait une personne ressortir un avis de Gamal Al-Banna. Il commençait à être connu en Egypte grâce à son émission régulière à la télévision. Les institutions musulmanes ne l’ont jamais considéré.

Quel était son rapport avec le pouvoir politique, avant et après l’ère Moubarak? N’a-t-il eu aucun rôle lors de sa chute?

Tariq Ramadan : Il était loin du pouvoir et toujours critique. Il n’a pas joué de rôle direct mais il a fortement soutenu la jeunesse malgré son âge et son état de faiblesse.

Après l’accession au pouvoir des Frères en 2012, quelle fut sa réaction?

Tariq Ramadan : Il avait suggéré aux Frères musulmans de ne pas participé aux élections et de se tenir loin du pouvoir. Une position que nous partagions sans nous être concertés sur ce point précis.

Que retiendrez-vous de lui ?

Tariq Ramadan : Sa formidable générosité, sa discipline personnelle, sa capacité intellectuelle. Sa capacité de travail phénoménale. Il était toujours à l’écoute, il avait très bon cœur et une grande ouverture d’esprit.

Je relève sa volonté de renouveler le droit et la jurisprudence et le principe me paraît indiscutable: ses opinions lui appartiennent, elles ne feront sans doute pas date, mais sa volonté de renouveler la pensée islamique est primordiale.

Il mérite d’être lu. Quand il sera davantage lu et mieux compris, on relèvera enfin la pertinence de ses questions. Je prépare d’ailleurs un texte en sa mémoire: un penseur libre qui n’a jamais trahi sa pensée, ses principes et son engagement.

Quel est le livre justement le plus important qu’il ait écrit de sa vie?

Tariq Ramadan : Ils sont très nombreux et sur de nombreux sujets.

Du point de vue de la pensée religieuse, celui que j’apprécie est celui que j’ai cité auparavant “Nahwa fiqhin jadîd.”


MARS 2013: ACTIVITÉS TRIBUNES

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[TIZI-OUZOU

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GUERRES POUR LA DÉMOCRATIE

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[PARIS – 14 MARS 2013

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L’ÉNIGME DES DEUX CHAVEZ

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CONTROVERSES AU VENEZUELA

par Gabriel García Márquez

LE MONDE DIPLOMATIQUE

août 2000

Triomphalement élu président du Venezuela en 1998, le commandant Hugo Chávez a engagé son pays dans une série de réformes politiques de grande envergure. Le Congrès a été dissous et une nouvelle Constitution approuvée par référendum. Sa popularité reste très grande — au point que, lors de nouvelles élections, le 30 juillet 2000, il n’a pas hésité à remettre en jeu son mandat. Mais, malgré l’augmentation spectaculaire des recettes pétrolières, le président Chávez ne parvient pas à redresser une situation économique et sociale fort préoccupante. Il apparaît de plus en plus isolé politiquement, et de nombreux observateurs se demandent si le populisme actuel ne va pas virer au despotisme.

À la tombée du jour, Carlos Andrés Pérez descendit de l’avion qui l’amenait de Davos, en Suisse, et fut surpris de trouver, pour l’accueillir, le général Fernando Ochoa Antich, son ministre de la défense. «Qu’y a-t-il?» demanda le président, intrigué. Le ministre usa d’arguments si efficaces pour le rassurer que le président ne se rendit pas au palais de Miraflores, au coeur de Caracas, mais à sa résidence de La Casona. Il commençait à s’endormir lorsque le même ministre le réveilla au téléphone pour l’informer qu’un soulèvement militaire avait lieu dans la région de Maracay. Il regagnait à peine Miraflores quand éclatèrent les premières décharges d’artillerie.

C’était le 4 février 1992. Le colonel Hugo Chávez Frías, avec son culte liturgique pour les dates historiques, dirigeait le soulèvement depuis son quartier général improvisé dans les locaux du Musée historique de La Planicie. Le président comprit alors que son unique recours était le soutien populaire et gagna les studios de télévision pour parler au pays. Deux heures plus tard, le coup d’Etat avait échoué. Chávez se rendit, à condition qu’on lui permette de s’adresser, lui aussi, au peuple.

Le jeune colonel créole, avec son béret rouge de parachutiste et son admirable aisance d’élocution, assuma l’entière responsabilité du mouvement. Son allocution à la télévision fut un triomphe politique. Il passa deux années en prison avant d’être amnistié par le président Rafael Caldera. Cependant, nombre de ses partisans – et de ses adversaires – avaient compris que son discours, au moment de la défaite, était le premier d’une campagne électorale qui allait le conduire à la présidence de la République qu’il assumera en 1999.

Le président Hugo Chávez me racontait cette histoire, il y a quelques semaines, dans l’avion des forces aériennes vénézuéliennes qui nous conduisait de La Havane à Caracas. Nous nous étions rencontrés pour la première fois trois jours auparavant à La Havane, lors d’une réunion avec les présidents Fidel Castro et Andrés Pastrana, de Colombie. Ce qui m’impressionna d’emblée chez ce personnage fut la puissance que dégageait son corps de granit. Il avait la cordialité spontanée et la grâce créole d’un Vénézuélien de souche. Nous avions tous deux tenté de nous revoir sans y parvenir à cause de nos emplois du temps respectifs ; c’est donc dans l’avion pour Caracas que nous avons pu nous entretenir de ses actions et de ses projets.

Ce fut une expérience enrichissante de journaliste au repos. En l’écoutant me raconter sa vie, je découvrais une personnalité qui ne correspondait en rien à l’image de despote que les médias en avaient donnée. C’était un autre Chávez. Lequel des deux était le vrai ?

Sous le signe de Bolivar

L’argument majeur qui avait joué en sa défaveur, lors de la campagne électorale de 1998, avait été son passé de conspirateur et de putschiste. Mais l’histoire du Venezuela en avait déjà digéré plus de quatre. En commençant par Rómulo Bétancourt, reconnu, à tort ou à raison, comme le père de la démocratie vénézuélienne, qui avait renversé Isaías Medina Angarita, un ancien militaire démocrate qui tentait de purger son pays des trente-six ans de dictature de Juan Vicente Gómez. Son successeur, l’écrivain Rómulo Gallegos, fut renversé par le général Marcos Pérez Jiménez, qui resta pratiquement onze ans à la tête du pouvoir. Celui-ci, à son tour, fut détrôné par toute une génération de jeunes démocrates, et cela inaugura la plus longue période de présidents élus.

Le coup d’Etat de février 1992 semble être la seule chose que le colonel Hugo Chávez ait ratée. Il y a pourtant vu un revers providentiel. C’est sa façon d’appréhender la chance, ou tout ce qui émane du souffle magique qui inspire ses gestes depuis sa venue au monde à Sabaneta, dans la région de Barinas, le 28 juillet 1954, sous le signe du pouvoir : le lion. Catholique convaincu, Chávez attribue son heureuse destinée au scapulaire vieux de plus de cent ans qu’il porte au cou depuis l’enfance, héritage d’un arrière-grand-père maternel, le colonel Pedro Pérez Delgado, un de ses héros tutélaires.

Ses parents parvenaient difficilement à survivre avec leur salaire d’instituteurs, et il dut les aider dès l’âge de neuf ans en vendant, dans les rues, des friandises et des fruits. Parfois, à dos d’âne, il rendait visite à sa tante maternelle à Los Rastrojos, un village voisin. A ses yeux, une vraie ville, parce qu’il possédait une petite centrale électrique qui dispensait deux heures de lumière au début de la nuit, et une sage-femme qui les avait mis au monde, lui et ses quatre frères. Sa mère voulait qu’il soit curé, mais il n’était parvenu qu’à être enfant de choeur, et sonnait les cloches avec tant de grâce que tout le monde le reconnaissait à sa façon de les faire carillonner. «Tiens, c’est Hugo qui sonne les cloches», disait-on. Un jour, parmi les livres de sa mère, il dénicha une encyclopédie providentielle dont le premier chapitre le séduisit immédiatement: «Comment réussir dans la vie».

C’était, en fait, un répertoire de carrières, et il les essaya pratiquement toutes. Peintre admiratif de Michel-Ange et de David, il remporta un premier prix à l’âge de douze ans, lors d’un concours régional. Musicien, il se rendit indispensable dans les fêtes d’anniversaire et les sérénades, tant sa maîtrise de la guitare et sa voix étaient remarquables. Au base-ball, il devint un catcher (1) formidable. L’option militaire ne faisait pas partie de la liste, et lui-même n’y aurait jamais songé si on ne lui avait dit que le meilleur moyen de rejoindre les grandes équipes de base-ball était d’intégrer l’académie militaire de Barinas.

Il y étudia les sciences politiques, l’histoire du marxisme au léninisme. Se passionna pour la vie et l’oeuvre de Bolivar, son plus grand « Lion », dont il apprit tous les discours par coeur. Son premier conflit avec la politique réelle eut lieu lors de la mort d’Allende, en septembre 1973. Chávez ne comprenait pas pourquoi, si les Chiliens avaient élu Allende, les militaires chiliens devaient le renverser. Peu de temps après, son capitaine lui confia la mission de surveiller le fils de José Vicente Rangel, que l’on soupçonnait d’être communiste. «La vie réserve des surprises, me dit Chávez en éclatant de rire. Aujourd’hui, son père est mon ministre des affaires étrangères!»

Autre ironie du sort: à la fin de sa carrière, il reçut son sabre d’officier des mains du président qu’il devait tenter de renverser vingt ans plus tard : Carlos Andrés Pérez. «En plus, lui dis-je, vous avez failli le tuer.» «Absolument pas, protesta Chávez. Notre projet était d’installer une Assemblée constituante et de retourner dans nos casernes.»

Dès le premier instant, je m’étais rendu compte que c’était un narrateur-né. Un pur produit de la culture populaire vénézuélienne, qui est fort créatrice et poétique. Il a un grand sens du temps et une mémoire presque surnaturelle qui lui permet de réciter par coeur des poèmes entiers de Neruda ou Whitman, et de pleines pages de Rómulo Gallegos.

Très jeune, il découvrit par hasard que son arrière-grand-père n’était pas un brigand de grand chemin, comme disait sa mère, mais un guerrier légendaire du temps de Juan Vicente Gómez. Son enthousiasme fut tel qu’il décida d’écrire sa biographie pour purifier son souvenir. Il fouilla dans les archives historiques et les bibliothèques militaires, arpenta la région avec une besace d’historien pour reconstruire, d’après les témoignages des survivants, les iti néraires de l’aïeul. Il décida finalement de l’ajouter à l’autel de ses héros et résolut de porter, autour du cou, le scapulaire protecteur de l’ancêtre.

Un jour, plongé dans ses recherches, il traversa par mégarde la frontière au pont d’Arauca, et le capitaine colombien qui fouilla sa sacoche trouva maintes raisons de l’accuser d’espionnage: il portait un appareil photographique, un magnétophone, des documents secrets, des vues de la région, une carte militaire avec des graphiques, et deux pistolets réglementaires. Les papiers d’identité, comme chez tout bon espion, pouvaient être faux.

La discussion se prolongea durant plusieurs heures dans un bureau où trônait un tableau de Bolivar à cheval. «Je n’en pouvais plus, me raconta Chávez, car, plus je lui expliquais, moins il me comprenait.» Il eut alors l’idée salvatrice: «Voyez comment sont les choses, mon capitaine: il y a à peine un siècle, nous étions une seule armée, et celui du tableau qui nous regarde était notre chef à tous les deux. Comment pourrais-je être un espion?» Le capitaine, ému, commença à dire alors des merveilles de la Grande Colombie, et tous deux finirent la nuit dans une taverne d’Arauca à boire des bières des deux pays. Le lendemain matin, avec une migraine partagée, le capitaine rendit à Chávez ses instruments d’historien et prit congé de lui en lui donnant une longue accolade au milieu du pont international.

«C’est à cette époque que j’ai commencé à comprendre que quelque chose allait mal au Venezuela», me dit Chávez. Il avait été nommé commandant d’un peloton de treize soldats et d’une équipe de transmissions dans la province d’Oriente pour liquider les derniers réduits de guérilleros. Un soir de grande pluie, un colonel des services de renseignement avec une patrouille de soldats et quelques guérilleros supposés, verdâtres et squelettiques, demandèrent à s’abriter dans leur caserne. Vers 10 heures du soir, comme Chávez commençait à s’endormir, il entendit dans la pièce voisine des cris déchirants. «C’étaient les prisonniers que les soldats tabassaient avec des battes de base-ball enveloppées dans des chiffons pour ne pas laisser de traces», me raconta Chávez. Indigné, il ordonna au colonel de lui remettre les prisonniers ou de quitter sur-le-champ la caserne. «Le lendemain, on me menaça d’un procès militaire pour désobéissance, me dit Chávez, mais on se borna à me placer, pendant quelque temps, en observation.»

Quelques jours plus tard, il eut une nouvelle expérience plus éprouvante. Un hélicoptère militaire atterrit dans la cour de sa caserne avec un chargement de soldats gravement blessés dans une embuscade tendue par des guérilleros. Chávez prit dans ses bras un jeune soldat blessé de plusieurs balles, terrorisé: «Ne me laissez pas mourir, mon lieutenant…» Il eut juste le temps de l’installer dans un véhicule. Sept autres devaient mourir. Cette nuit-là, dans son hamac, Chávez se demandait: «Qu’est-ce que je fais ici? D’un côté, des paysans en tenue militaire torturent des paysans guérilleros, et de l’autre, des paysans guérilleros tuent des paysans en tenue militaire. Alors que la guerre est terminée, cela n’a plus aucun sens de tirer les uns sur les autres.» Et il conclut, dans l’avion qui nous conduisait à Caracas: «Ce fut ma première crise existentielle.»

Le lendemain, il se réveilla convaincu que sa destinée était de fonder un mouvement. Et il le fit à l’âge de vingt-trois ans, avec un nom évident : Armée bolivarienne du peuple du Venezuela. Ses membres fondateurs : cinq soldats et lui, avec le grade de sous-lieutenant. «Dans quel but?» lui demandai-je. Très simple, me dit-il: «Dans le but de nous préparer au cas où.» Un an après, devenu officier parachutiste au sein d’un bataillon blindé de Maracay, il commença à conspirer sérieusement. Mais il me précisa qu’il utilisait le mot conspiration seulement au sens figuré : convoquer des volontés pour un objectif commun.

Sauveur ou despote ?

Telle était la situation le 17 décembre 1982, lorsqu’un épisode inattendu, que Chávez considère décisif dans sa vie, se produisit. Il était devenu capitaine du second régiment de parachutistes et officier de renseignement. Alors qu’il ne s’y attendait pas, le commandant du régiment, Angel Manrique, lui demanda de prononcer un discours devant 1 200 officiers et soldats. Une fois le bataillon rassemblé sur un terrain de football, à une heure de l’après-midi, le maître de cérémonie lui donna la parole. «Et votre discours?» lui demanda le commandant en le voyant monter, sans aucun papier, à la tribune. «Je ne l’ai pas écrit», lui dit Chávez. Et il commença à improviser. Ce fut un discours bref, inspiré de Bolivar et Martí, mais avec une réflexion personnelle sur la situation d’injustice en Amérique latine deux cents ans après l’indépendance.

Les officiers l’écoutèrent impassibles. Parmi eux, le capitaine Felipe Acosta Carle et Jesús Urdaneta Hernández, sympathisants de son mouvement. Le commandant, très mécontent, lui lança à la cantonade ce reproche: «Chávez, vous m’avez l’air d’un politicien.» Felipe Acosta, qui mesurait deux mètres, s’avança alors vers le commandant: «Vous vous trompez, mon commandant. Chávez n’est pas un politicien, c’est un capitaine de la nouvelle génération, et, quand certains puissants corrompus l’écoutent, ils fientent dans leur froc.»

Après cela, Chávez s’en alla à cheval avec les capitaines Felipe Acosta et Jesús Urdaneta vers le Samán del Guere, à 10 kilomètres de là, où ils reprirent le serment solennel de Simon Bolivar sur le mont Aventin. «À la fin, bien sûr, je l’ai modifié un peu», me dit Chávez. Au lieu de: «Lorsque nous aurons brisé les chaînes qui nous oppriment par la volonté du pouvoir espagnol», ils dirent: «Jusqu’à ce que nous ayons brisé les chaînes qui nous oppriment et qui oppriment le peuple par la volonté des puissants.»

Tous les officiers qui s’incorporaient au mouvement secret devaient désormais prêter ce serment. Pendant des années, ils ont tenu des congrès clandestins, avec des représentants militaires de tout le pays. «Pendant deux jours, nous faisions des réunions dans des endroits secrets, nous étudiions la situation du pays, produisions des analyses, établissions des contacts avec des groupes civils amis. En dix ans, me dit Chávez, nous réussîmes à tenir cinq congrès sans être découverts.»

L’événement le plus important dans la vie du commandant Chávez fut le «Caracazo», l’insurrection populaire qui ravagea Caracas en février 1989. Il répète souvent: «Napoléon dit qu’une seconde d’inspiration du stratège décide du sort d’une bataille.» À partir de cette pensée, Chávez développa trois concepts. Un, l’heure historique. Deux, la minute stratégique. Trois, la seconde tactique.

Un drame terrible eut lieu, et ils n’y étaient pas préparés. «Oui, admet Chávez, nous fûmes surpris par la minute stratégique.» Il faisait allu-sion à l’insurrection du 27 février 1989: le « Caracazo ». Élu avec une large majorité, Carlos Andrés Pérez venait d’accéder à la présidence, et il était inconcevable que, à peine vingt jours plus tard, une révolte aussi violente puisse se produire. «Je me dirigeais vers l’université suivre un cours de doctorat, le soir du 27, et me suis arrêté à la caserne Tiura prendre un peu d’essence», me raconta Chávez quelques minutes avant d’atterrir à Caracas. «Je vois des troupes sortir. Je demande à un colonel : « Où vont ces soldats?» On faisait même sortir les hommes de la logistique qui n’ont pas été entraînés, encore moins pour le combat de rue. C’étaient des recrues effrayées par leur propre fusil. Je demande donc au colonel: «Mais où vont ces gens?» Et le colonel me dit: «Tenir la rue. J’ai reçu l’ordre d’arrêter les troubles par tous les moyens. Et je vais le faire.» Et moi, je lui dis: «Mais, mon colonel, vous imaginez ce qui peut se passer!» Il me répond: «Ecoutez, Chávez, c’est un ordre. Il n’y a rien à faire. A la grâce de Dieu.»»

Chávez se souvient qu’il avait beaucoup de fièvre ce soir-là, une crise de rubéole. Quand il démarra sa voiture, il vit venir en courant un petit soldat avec le casque de travers, le fusil brinquebalant et dispersant ses munitions. «Alors je m’arrête et l’appelle, dit Chávez. Il monte, tout agité, en sueur, un jeune homme de dix-huit ans. Et je lui demande: «Où cours-tu? – C’est que j’ai perdu ma brigade; elle est dans ce camion qui s’éloigne là-bas. Aidez-moi, major, rattrapez-le.» Alors je rattrape le camion et interroge l’officier: «Où allez-vous? – Je l’ignore, me dit-il, personne ne le sait!»»

Chávez reprend son souffle, il crie presque, et manque de s’étouffer en replongeant dans l’angoisse du souvenir de cette nuit terrible. «Tu sais, on envoie les soldats dans la rue, paniqués, avec des fusils et cinq cents cartouches. Et ils tirent sur tout ce qui bouge. Ils arrosaient de balles les rues, les bidonvilles, les quartiers populaires. Ce fut un désastre. Des milliers de morts. Et parmi eux, Felipe Acosta. Mon instinct me dit qu’ils l’ont fait tuer, affirme Chávez. C’était le moment que nous attendions pour agir.» À partir de là, ils ont commencé à préparer le coup d’Etat qui devait échouer trois ans plus tard.

L’avion atterrit à Caracas vers 3 heures du matin. Je regardais par le hublot le lac de lumières de cette ville inoubliable. Avec une accolade caribéenne, le pré sident prit congé de moi. Tandis que je le voyais s’éloigner, entouré de ses gardes militaires décorés, je fus saisi par l’étrange sensation d’avoir voyagé et conversé avec plaisir avec deux hommes fort distincts. L’un, auquel la chance obstinée offrait la possibilité de sauver son pays. Et l’autre, un illusionniste, qui pourrait bien rester dans l’histoire comme un nouveau despote.

Gabriel García Márquez

Gabriel García Márquez est né à Aracataca, en Colombie, en 1927. Son roman “Cent ans de solitude” (Seuil, Paris, 1968) connut un succès international et est considéré comme le récit le plus représentatif du roman latino-américain moderne et de l’école dite du «réel merveilleux».

Il est l’écrivain de langue espagnole le plus célèbre au monde et la plupart de ses livres sont devenus des classiques de la littérature contemporaine, en particulier: “L’Automne du patriarche” (Grasset, Paris, 1975), “L’Amour au temps du choléra” (Grasset, 1987) et “Chronique d’une mort annoncée” (Grasset, 1981).

Il a reçu le prix Nobel de littérature en 1982.


EGYPTE : TROIS BONNES NOUVELLES CETTE SEMAINE

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Ces trois bonnes nouvelles apportent une confirmation importante à ceux qui en doutent encore:

À travers la complexité, les lenteurs et la dureté des processus de libération,

OUI, LES PEUPLES PEUVENT

DÉS QUE, FORTS DE LEURS EXPÉRIENCES,

ILS S’UNISSENT DANS L’ACTION !

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Ahmed Ezz au tribunal du Caire.

AFP Photo/STR

Ahmad Ezz vient d’être condamné à 37 années de prison et à une amende de 600 millions d’euros pour enrichissement illicite. Dans les années qui ont précédé la Révolution, Ahmad Ezz était la personnalité la plus influente de l’Etat après Suzanne Moubarak, épouse du président et mère de son dauphin Gamal. Quand le soulèvement contre Moubarak a commencé le 25 janvier 2011, les postes-clés du gouvernement étaient occupés par de grands hommes d’affaires tous condamnés aujourd’hui. Alexandre Buccianti un des meilleurs journalistes spécialistes de l’Egypte explique que c’est sous son influence que les Moubarak ont célébré les noces du pouvoir et de l’argent. Ezz doit sa fortune colossale au rachat d’une aciérie étatique en difficulté. C’est cette opération qui lui vaut sa condamnation.

Les Frères musulmans ont perdu pratiquement les trois quarts des sièges lors des élections professionnelles parmi les étudiants qui se sont terminées le mercredi dernier. Dans les unions d’étudiants élues dans toutes les universités publiques egyptiennes, les Frères détenaient une majorité écrasante, l’année dernière. Ces résultats sont un indice de la perte de vitesse des Frères Musulmans.

Plusieurs milliers de policiers égyptiens ont entamé une série de grèves dans diverses villes du Canal de Suez et du Delta. Ce sont les policiers des brigades anti-émeutes, des conscrits pour la majorité, qui sont le plus en colère. Ce sont eux qui, depuis des semaines, sont confrontés aux manifestants de Port-Saïd sur le Canal de Suez et de Mansourah et Méhalla dans le Delta. Mercredi, ils ont enfermé un général de police durant trois heures dans un camp d’Ismaïlia avant de le relâcher. Ils accusent le ministre de l’Intérieur de les sacrifier. Ils ne veulent plus être l’outil permanent de répression des manifestants.

Source : agérie-ionfos.saoudi


GASTON REVEL, INSTITUTEUR COMMUNISTE EN ALGERIE: RETROSPECTIVE SUR BEJAÏA- BOUGIE- (1936-1965)

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Pour les contemporains, dans les batailles politiques qui ont précédé et préparé l’insurrection du 1er novembre 1954, Gaston Revel a été notamment une figure emblématique du PCA à Bejaïa-Begayet ex Bougie. Il fut en effet élu conseiller municipal sur une liste d’union nationale dans le deuxième collège (musulman). Ce résultat de luttes et mobilisations intenses avait symboliquement marqué les esprits: cela fait partie du patrimoine de combat et de conscience politique de cette ville au riche passé historique .

Indiquons au passage que cet épisode fut marqué entre autres par la participation active de Me Mabrouk Belhocine (un des futurs hauts cadres du GPRA), alors avocat dans cette ville, l’un des trois rédacteurs en 1949 de la brochure « L’Algérie libre vivra » et qui après l’indépendance publiera les lettres du courrier révélateur « Alger-Le Caire », notamment entre Abbane Ramdane et Benbella dans les deux premières années de l’insurrection.

Le regretté Jean Galland, cité dans le même ouvrage, lui aussi instituteur communiste à la même période, est auteur de trois ouvrages sur son intinéraire avant, pendant et après la guerre de libération. C’est lui qui à Djemaa Saharidj discuta toute une nuit en juin 1954 avec le futur colonel Ouamrane au sujet du projet insurrectionnel (entretien rapporté dans Socialgerie).


UN INSTITUTEUR COMMUNISTE EN ALGÉRIE (1936-1965) – BULLETIN DE SOUSCRIPTION;


Extraits du livreChapitre 5 UN INSTITUTEUR DANS LE BLED (1940-1942)pages 95 à 104;


Extraits du livreChapitre 13 LE CORRESPONDANT LOCAL D’ALGER RÉPUBLICAIN pages 297 à 310;


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BULLETIN DE SOUSCRIPTION

UN INSTITUTEUR

COMMUNISTE EN

ALGÉRIE (1936-1965)

En 1936, Gaston Revel entre à l’École Normale d’Alger,
où l’on est censé lui apprendre à «éduquer l’indigène».

C’est aussi l’époque où il commence à s’intéresser à la politique: il est attiré par le Front Populaire, puis par l’anarchisme
espagnol. Au cours de son service militaire, enfin,
il approche pour la première fois le communisme.

De 1940
à 1955, il enseigne en Algérie, dans le bled, puis à Bougie.
De ces quinze ans d’enseignement au plus près des populations,
qu’il aime et respecte sans réserve, il a laissé un
témoignage fort et très engagé, beaucoup de lettres, de
carnets, d’articles de presse et de photographies.

C’est à
Bougie, en 1945, qu’il franchit le pas et s’engage résolument,
en militant déterminé, au Parti Communiste Algérien: en 1953, il se présente aux élections municipales
dans le second Collège (réservé aux Algériens) et siège
aux côtés des musulmans. Il est expulsé d’Algérie en 1955.

Ainsi que des milliers d’autres “pieds rouges”, il y revient
après l’indépendance, et reprend son métier d’enseignant.
Il rentre définitivement en France en 1965.

Ces textes, présentés et annotés par Alexis Sempé, permettent
de percevoir ces années algériennes de l’intérieur,
à travers l’engagement et les combats d’un instituteur de
la République, adversaire résolu de la colonisation.

Gaston Revel était également photographe amateur. Ce
livre est donc très largement illustré : près de 250 photographies
jusqu’ici inédites jalonnent ce parcours de trente
années, de l’Algérie à la France, à l’Allemagne, à l’Europe
de l’est, puis de nouveau à l’Algérie.


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BULLETIN DE SOUSCRIPTION

à retourner accompagné de votre règlement avant le 15 avril 2013 à

LA LOUVE éditions, BP 225, 46004 CAHORS cedex

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UN INSTITUTEUR COMMUNISTE EN ALGÉRIE

(parution avril 2013)

Prix : 27,00 euros / EN SOUSCRIPTION : 24,00 euros

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Extraits du livre

Chapitre 5

UN INSTITUTEUR DANS LE BLED (1940-1942)

pages 95 à 104

Gaston Revel est un jeune homme de vingt-cinq ans quand il
arrive dans la campagne algérienne. Originaire de l’Aude, département
pauvre, il croit savoir ce qu’est la précarité. Pourtant, à
Aïn-Tabia, il découvre au quotidien une autre réalité, une misère
qu’il n’a jamais vue et qu’il n’a peut-être jamais imaginée. Ainsi,
c’est depuis l’Algérie qu’il suit et soutient la Révolution nationale
lancée par le gouvernement de Vichy.

Cette période est un moment important dans sa vie. Lors de
son installation, ses repères changent face à un environnement
complètement nouveau: ses difficultés d’adaptation sont nombreuses
et son rôle d’instituteur particulier. Il faut aussi s’interroger
sur le regard qu’il peut avoir sur Aïn-Tabia ainsi que les
répercussions de cette expérience dans sa réflexion sur le système
colonial.

À la fin du mois d’août 1940, après un repos de plusieurs
semaines, il embarque à Marseille pour se rendre à Alger où il
arrive le 31 août. Il y reste plusieurs jours dans l’attente d’être
nommé à un poste. Le 9 septembre, il apprend dans la presse
qu’il est affecté à Aïn-Tabia dans le Nord constantinois. Le lendemain,
il part en direction de Constantine. Le 12 septembre, il se trouve à Collo où il rencontre l’administrateur[[Les administrateurs gèrent les «communes mixtes». Ils disposent de pouvoirs étendus
puisqu’ils ont les attributions du maire mais ils sont aussi officiers de police judiciaire. Ils
peuvent ainsi infliger des amendes et des jours de prison pour réprimer une infraction.

Pour plus d’informations voir Thénault (Sylvie), 1881-1918: l’«apogée de l’Algérie française
et les débuts de l’Algérie algérienne
, in Abderrahmane (Bouchène), Peyroulou (Jean-
Pierre), Siari Tengour (Ouanassa) et Thénault (Sylvie) (dir.), [ Histoire de l’Algérie à la
période coloniale
, Éditions La Découverte et Éditions Barzakh, Paris et Alger, 2012,->http://www.algerienews.info/le-livre-quon-doit-lire/] p. 166.]]. Le jour suivant,
il se rend enfin à Aïn-Tabia où il est accueilli par le gardechampêtre
(voir carte p. xxx).

Situé dans le département de Constantine et dans l’arrondissement
de Philippeville, Aïn-Tabia est l’un des douars[[Circonscription administrative rurale.]] de la
commune mixte de Collo[[La commune mixte est une circonscription administrative rurale qui correspond à la taille
d’un arrondissement. Les populations « indigènes » sont très largement majoritaires. Par
opposition à la commune de plein exercice organisée sur le modèle français, ces communes
sont gérées par un administrateur français associé à un personnel français et des adjoints
indigènes appelés aussi « caïds ».]]. Il se trouve dans le triangle Collo-
Philippeville-Constantine (Philippeville est à cinquante kilomètres
et Collo à trente kilomètres). Une de ses principales caractéristiques
est l’isolement. Le centre de ravitaillement le plus
proche est situé à Tamalous où se tient un marché hebdomadaire.
Gaston Revel souligne qu’ «Aïn-Tabia se situe au coeur
du massif forestier de Collo : belles forêts de chêne liège et de
chêne zéen. Mais tout ce qui n’est pas boisé est constitué par des
terrains semi-arides localisés sur des pentes rocailleuses, ravinées,
ou dans une dépression peu fertile infestée par le paludisme,
souvent envahie par un brouillard très malsain.»
[[Revel (Gaston), Le colonialisme témoin à charge…, op. cit., p. 4.]]

C’est donc une toute nouvelle expérience qui attend Gaston
Revel. Bien qu’isolé, l’instituteur est souvent sollicité et ne manque
pas d’occupation dans le douar. De plus, il découvre durant
cette période une réalité algérienne bien différente de celle qu’il
a connue à l’École Normale de Bouzaréah. Il devient le témoin
d’une Algérie misérable, sans aucune trace de modernité.

À son arrivée, le choc est sûrement brutal. Il connaît l’existence
de ces bleds[[En Afrique du Nord, le bled représente l’intérieur des terres c’est-à-dire la campagne.]] et partir enseigner là-bas aux indigènes relève
certainement d’une volonté profonde. Mais, face à la solitude et

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« L’école (vue prise de la colline qui domine l’école). On aperçoit le toit de l’école et les
eucalyptus de la cour. Remarquer gourbis disséminés. À droite, traîné blanchâtre : l’oued. Au
fond, en bas de la montagne : Tamalous (sept km de l’école). Derrière la montagne, El-Atba
(résidence de Pelouze à 25 km) » (février 1941).

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Le passage de l’oued Guebli (avril 1942).

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« Vue d’ensemble de l’école. La première porte à gauche est celle de la classe. La deuxième,
celle du logement gardée par le chat. La troisième, celle de l’atelier débarras. La porte du
logement s’ouvre sur un hall assez spacieux. À droite la cuisine (on voit la fenêtre). Derrière,
deux pièces bien éclaircies quoique donnant sur un remblai» (mars 1941).

au manque de structure dans le village, les premiers jours doivent
pourtant être difficiles. Les voisins les plus proches se trouvent
à un kilomètre de sa maison. De plus, il est le seul Européen
du village et la majorité des indigènes ne parle pas français. Il
constate également que la modernisation apportée par les Français
n’est pas encore arrivée dans la région: «De route, de
chemin de fer, d’adduction d’eau, d’électricité, de téléphone, de
poste, de service sanitaire, d’un simple pont sur l’oued pour
accéder au marché de Tamalous, de tout cela je n’ai rien vu au
douar Aïn-Tabia.»
[[Revel (Gaston), Le colonialisme témoin à charge…, op. cit., p. 2.]]

Le 16 septembre 1940 au matin, l’administrateur de la commune
mixte de Collo, Michel Pardini, installe le nouvel instituteur
du village dans ses fonctions[[Procès-verbal d’installation du 16 septembre 1940 (arch. priv. Gaston Revel).]]. La rentrée est un moment

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Non daté. Sans
commentaire.

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Élèves dans la cour de l’école
(7 janvier 1941).

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7 janvier 1941.

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Élèves de l’école d’Aïn-Tabia (mars 1941).

important pour Revel. C’est la première confrontation réelle avec
les enfants du douar. La salle de classe et son logement sont anciens
et plutôt vétustes. Gaston Revel constate également des
problèmes de matériel scolaire. Jean Galland, lui aussi instituteur
dans le bled, a vécu cette expérience en arrivant à Akerrou
en Kabylie: «On se trouvait dans une salle de classe, bien sûr,
mais d’un autre âge. La vétusté pourtant ne justifiait pas le vide
pédagogique, l’absence totale des instruments les plus élémentaires
et encore moins la dégradation du mobilier et la saleté
scandaleuse de ce lieu où l’on était censé dispenser l’éducation.»
[[Galland (Jean), En Algérie du temps de la France, Paris, éditions Tirésias, 1998, p. 120.]]

Les conditions d’enseignement sont donc difficiles. Le gros de
la journée se déroule en classe, suivi le soir d’une sérieuse préparation
de la classe du lendemain. Revel a une classe avec un
effectif de 23 à 24 élèves. En Algérie, le programme dans les
écoles indigènes n’est pas le même que dans les autres écoles. La
langue française constitue le soubassement sur lequel tout repose.
La lecture et l’écriture associées à des leçons de langage fixent
l’acquisition de la langue écrite et de l’orthographe. La morale
occupe aussi une place importante. Il s’agit de «développer chez
le jeune enfant ce qui fait l’honnête homme
». L’histoire, la géographie
et l’instruction civique jouent un rôle crucial dans le
processus d’assimilation. Les cours comprennent également du
calcul ainsi que de l’observation (économie domestique, hygiène,
notions scientifiques). De plus, une bonne partie de la journée
est consacrée à l’enseignement manuel et à l’agriculture. Cette
dernière doit permettre à «l’indigène» «d’améliorer sa situation
matérielle par une culture plus intelligente de son jardin et
de sa terre»
[[L’Amicale des anciens instituteurs et instructeurs d’Algérie et le Cercle algérianiste, 1830-
1962 des enseignants d’Algérie…, op. cit.,
pp. 133-144.]]. Gaston Revel doit également faire face à l’inégale
fréquentation de l’école par les élèves.

Après la classe, les habitants sollicitent régulièrement son aide
pour différentes tâches. Par ce biais, les rapports avec les familles,
malgré la barrière linguistique, sont fréquents. L’instituteur
occupe une place centrale auprès de la population. Il est régulièrement
appelé auprès des malades. Faute de médecin, l’école
possède d’ailleurs une petite pharmacie. En 1951, Jean Galland
connaît lui aussi une expérience semblable à Messaad dans les
territoires du sud: «Il n’avait pas fallu longtemps au village et
dans les douars pour que l’on sache que l’on pouvait se faire
soigner chez les Français. Et c’est quotidiennement qu’à la sortie
des classes, plusieurs personnes attendaient de pouvoir profiter
des bons offices gratuits des
chioukh (instituteurs) et de leurs
femmes. Il y avait tant à faire que leur réputation avait vite connu
un crédit aussi élogieux qu’embarrassant»
[[Galland (Jean), En Algérie du temps de la France…, op. cit., p. 19.]]

Malgré son incompétence en matière médicale, Gaston Revel
sent bien qu’il ne faut pas décevoir les indigènes. Il veut conserver
cette place particulière de l’enseignant: «Seul l’instituteur
que je suis ne dispose d’aucune autorité contraignante et je m’en
félicite car cela me permet d’entretenir de bonnes relations avec
la population qui se rend compte que je suis le seul à donner sans
rien demander.»
[[Revel (Gaston), Le colonialisme témoin à charge…, op. cit., p. 9.]]

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Le marché de Tamalous (mars 1941).

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Jour de marché à Collo (avril 1942).

Bien qu’occupé une bonne partie de la journée, Gaston Revel
se retrouve cependant souvent seul. Ses occupations, en dehors
des tâches ménagères, restent essentiellement intellectuelles.

La question alimentaire est aussi une préoccupation primordiale.
Le ravitaillement à Aïn-Tabia pose problème puisqu’il est
difficile de trouver quelque chose dans le douar. Revel fait donc
venir des caisses de ravitaillement jusqu’à l’école, ou se rend de
temps en temps au marché de Tamalous ou de Collo. La vie dans
le bled n’est donc pas de tout repos et, pour résister, l’instituteur

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« Marché de Tamalous.

Revendeur de pain: Embarek» (mars 1941).

doit avoir un moral très solide. Malgré les nombreuses satisfactions
apportées par son métier, il éprouve le vif désir de quitter
Aïn-Tabia. Les difficultés évoquées jouent un rôle déterminant
dans sa volonté de partir. Le problème de l’isolement tient une
place centrale et il en souffre énormément. Pour autant, il ne
reste pas enfermé toute l’année dans son douar. On connaît sa
curiosité et son envie de découvrir le monde. Pendant les vacances
scolaires, il va, par exemple, à Philippeville ou à Constantine.

Il voit aussi régulièrement son ami André Pelouze. Comme lui
instituteur en Algérie, celui-ci se trouve à El Atba à vingt-cinq
kilomètres d’Aïn-Tabia. Revel visite donc une assez grande partie
du Constantinois.

Comment les autres instituteurs envoyés dans les différents
bleds vivent-ils leur situation? De façon générale, l’arrivée dans
le bled nécessite une adaptation souvent difficile[[Le livre 1830-1962 des enseignants d’Algérie se souviennent de ce que fut l’enseignement primaire,
réalisé par l’amicale des anciens instituteurs et instructeurs d’Algérie et le cercle
algérianiste, apporte des éclaircissements intéressants. Construit à partir de plusieurs dizaines
de témoignages, il retrace quelques grands traits de la vie des instituteurs du bled.
Gaston Revel semble avoir rencontré les mêmes difficultés que ses collègues.]]. L’instituteur
trouve une école la plupart du temps délabrée, le ravitaillement
est problématique et l’isolement est parfois vécu de façon tragique.
Il découvre finalement une Algérie très éloignée de celle
représentée en 1930 lors du centenaire de la conquête, ou en
1931 dans le cadre de l’exposition coloniale.

Une constatation s’impose: les «indigènes» d’Aïn-Tabia et
des alentours vivent dans la misère. Mais que découvre réellement
Gaston Revel en arrivant là-bas? Qu’est-ce qui le marque
le plus? Quelles sont les répercussions de ces deux années
dans sa prise de conscience du système colonial? Quotidiennement
confrontés à la pauvreté des autochtones, «les instituteurs
indigènes ou français qu’on envoie dans les rares écoles
du bled sont les meilleurs témoins de la détresse paysanne»
[[Alleg (Henri), «Le Torrent souterrain», dans Henri Alleg (dir.), La Guerre d’Algérie, Paris,
Temps actuel, 1981, p. 133.]].
Gaston Revel n’a pas besoin de rechercher la misère. Il n’a qu’à
observer et constater.

Il devient un témoin pour l’Histoire.

haut


Extraits du livre

Chapitre 13

LE CORRESPONDANT LOCAL D’ALGER RÉPUBLICAIN

pages 297 à 310

Pour Gaston Revel les journaux Alger républicain et Liberté ont
un rôle décisif. Ils sont un moyen d’information mais aussi de
dénonciation du système colonial. Avec ses camarades bougiotes,
il va donc s’investir pleinement en devenant, dans les années
50, correspondant local d’Alger républicain.

Créé en 1938 (premier numéro paru le 6 octobre), Alger républicain
se veut au départ un petit journal républicain animé par
des libéraux, socialistes et hommes de gauche. Réduit au silence
au début de la guerre, en septembre 1939, il ne réapparaît que le
24 février 1943, plusieurs mois après le débarquement des troupes
anglo-américaines. Dès lors, il devient un journal de la
France combattante. Le journal fait «tout pour la victoire sur
l’Allemagne hitlérienne»[[Khalfa (Boualem), Alleg (Henri), Benzine (Abdelhamid), La grande aventure d’Alger républicain,
Paris, Messidor, 1987, p. 35.]].

En 1946, Alger républicain s’installe dans les locaux de la Dépêche
algérienne,
expulsée après avoir collaboré pendant la Seconde
guerre mondiale. Dès lors, les rédacteurs d’Alger républicain vont
pouvoir travailler dans de meilleures conditions avec un matériel
de qualité. Malgré un tirage en augmentation (15.000 en 1944-
1945, 28.000 fin 1946, 31.400 en 1947), le journal doit faire face
à des difficultés financières, et Michel Rouzé, rédacteur en chef,
propose le rachat d’Alger républicain par l’UFI (Union française
d’informations) dont la fonction est à la fois d’être une agence
d’informations mais aussi de coordonner l’administration des
quotidiens communistes ou proches du PCF. Statutairement,
Alger républicain n’est pas un organe du PCA. Cependant, son
contrat avec l’UFI et l’évolution de son personnel rédactionnel
font rapidement coïncider sa ligne politique avec celle du PCA.

Au départ de Michel Rouzé, Boualem Khalfa[[Boualem Khalfa est né en 1923. Il entre à Alger républicain à la fin de 1944. Il adhère au
PCA en 1947.]] est promu rédacteur
en chef. Il est le premier Français musulman à occuper une
telle responsabilité dans un quotidien. Puis, le 1er février 1951,
Henri Alleg, 31 ans, prend officiellement la direction du journal[[Henri Alleg, né en 1921, est membre du Comité central du PCA depuis 1946. Sur Alleg
et Alger Répubicain voir Alleg (Henri), Mémoire algérienne, Paris, Stock, 2005, pp. 155-175.]].

Emmanuel Sivan remarque que «déjà sous Rouzé, le journal
se distinguait par l’intérêt qu’il portait aux problèmes musulmans,
par des enquêtes sur les scandales et les iniquités coloniales
et par la place très importante donnée aux nouvelles du
monde arabe». Il constate également que le journal ouvre ses
colonnes «aux communiqués des organisations nationalistes»
et que «poursuivie et amplifiée sous Alleg, cette politique fit
d’Alger républicain le quotidien le plus lu dans la communauté
musulmane»[[Sivan (Emmanuel), Communisme et nationalisme en Algérie… , op. cit., p. 175.]].

Néanmoins, en dépit de son engagement de plus en plus net
dans le mouvement de libération nationale de l’Algérie, «Alger
républicain
reste jusqu’à la fin des années 40, aux yeux de beaucoup
de ses lecteurs algériens, un journal apparenté à la gauche
anticolonialiste française et plus précisément au PCF». La
mutation se fait très rapidement à partir de 1950 et pour les
acteurs «au centre de l’activité militante des partis, des organisations
progressistes, du mouvement syndical, il devient leur
lieu naturel de rencontre, un extraordinaire instrument de rassemblement
en même temps que d’éducation politique des plus
larges masses populaires»[[Khalfa (Boualem), Alleg (Henri), Benzine (Abdelhamid), La grande aventure…, op. cit., p. 61.]]. C’est ainsi que les directions de
l’UDMA et du MTLD apprécient le journal qui, certes favorise
la propagande communiste dans le milieu musulman, mais qui
facilite également le dialogue avec les nationalistes. Cette coopération
entre la rédaction et les deux partis contribue au rapprochement
entre le PCA et les nationalistes.

À Bougie, Gaston Revel et ses camarades ont bien conscience
de l’importance pour les communistes de l’existence d’un tel
quotidien en Algérie. Ils sont également responsables actifs de
la diffusion de l’hebdomadaire du parti: Liberté. Pour Gaston
Revel «si Alger républicain n’avait pas existé, il aurait fallu le
créer, car ce fut un outil irremplaçable d’information et de clarification»[[Revel (Gaston), Alger républicain à Bougie et en Petite-Kabylie… , op. cit., p. 1.]].

Pour aider au rayonnement des deux journaux, les communistes
bougiotes agissent régulièrement. Ils vendent ainsi très
fréquemment l’hebdomadaire Liberté à la population. Andrée
Timsit, qui a vécu à Bougie dans les années 1950-1951, croise
souvent Gaston Revel dans les rues: «Il était capable de vendre
les journaux tout seul. Il allait vers les gens et discutait avec
eux. Il vendait Liberté presque quotidiennement»[[Entretien avec Andrée Timsit, vendredi 7 décembre 2001 à Béziers. Liberté est exclusivement
vendu par les militants dans la rue contrairement à Alger républicain que l’on trouve
en kiosque.]].

Au cours des années cinquante, l’intense activité politique
suscite autour d’Alger républicain un intérêt exceptionnel. Le
journal dérange l’administration coloniale. Le nombre de ses
lecteurs dépasse celui des hebdomadaires communistes et nationalistes[[Laisne (Guillaume), Engagements d’un quotidien en société coloniale, Le cas d’Alger Républicain
(1938-1955)
, IEP Paris, mémoire pour le master recherche, 2007, p. 120.]].
Il faut aussi noter qu’ «à mesure que ses positions sur
la question se radicalisent, des lecteurs d’origine européenne
l’abandonnent»[[Khalfa (Boualem), Alleg (Henri), Benzine (Abdelhamid), La grande aventure…, op. cit., p. 166.]]. Depuis 1949, le tirage baisse régulièrement
pour se stabiliser à 25.000 exemplaires entre 1952 et 1954. Cependant,
Revel note que la diffusion d’Alger républicain «était
sans commune mesure avec son immense rayonnement (résultat
surtout d’un bouche à oreille fort efficace)»[[Revel (Gaston), Alger républicain à Bougie et en Petite-Kabylie… , op. cit., p. 2.]].

Gaston_Revel_Algerep_1.jpg

Vente du journal Liberté

avec Khoudir Abdelkrim, Gaston Revel et Lalla Adjaout.

Gaston_Revel_Algerep_2.jpg

Khoudir Abdelkrim.

En effet, le plus souvent, les gens, pauvres et analphabètes, achètent le journal
collectivement. Les articles sont ainsi lus en groupe et parfois
traduits par une personne ayant déjà fréquenté l’école. La lecture
en public dans les cafés maures est un phénomène répandu.

De plus, de par sa ligne éditoriale, le journal s’attire la haine
des milieux coloniaux qui vont s’acharner sur lui afin de «l’étrangler
financièrement»[[Khalfa (Boualem), Alleg (Henri), Benzine (Abdelhamid), La grande aventure…, op. cit., p.165.]]. De ce fait, pour Alger républicain, appelé
par les colons «le petit mendiant», l’argent demeure le souci
permanent. Le journal est constamment en quête de nouvelles
ressources. Les militants communistes, aidés parfois par les
nationalistes, participent régulièrement à des souscriptions afin
d’aider le quotidien.

Gaston Revel, «qui n’avait pas besoin d’être convaincu que
l’argent est le nerf de la guerre»[[Entretien avec Henri Alleg, 23 novembre 2001.]], se lance donc activement
Gaston_Revel_Algerep_3.jpg

Lalla Adjaout.

dans les campagnes de souscription. En 1951, la responsabilité
de coordonner la collecte à Bougie lui est confiée. Le lundi 7 janvier
1952, il peut annoncer en première page du journal : « À ce
jour j’ai collecté la somme de 19.800 francs (80 souscripteurs) ».
Pour intensifier la campagne, il écrit: «Bien entendu, la souscription
se poursuit et je serais heureux que d’autres amis
d’Alger républicain viennent relever le défi que je leur propose
fraternellement». Il espère ainsi que les lecteurs démocrates et
progressistes «contribueront à battre la presse du mensonge et
de la guerre, à sauver Alger républicain»[[Gaston Revel, «Un défi lancé à tous nos amis», Alger républicain, 6-7 janvier 1952.]].

Gaston Revel semble donc avoir été un des meilleurs collecteurs
pour Alger républicain. Gaston_Revel_Algerep_4.jpgIl propose aux Bougiotes une carte
de soutien à 50 francs pour «aider le quotidien de la Liberté, de
la Justice et de la Paix à vivre»[[Carte de soutien à Alger républicain.]]. L’ancien directeur d’Alger
républicain,
Henri Alleg, constate «qu’il était un homme très
connu, très estimé, et de voir un homme comme lui circuler dans
les rues avec une liste de souscription, aller aux portes des
commerçants, frapper à leur porte pour leur expliquer pourquoi
ils devaient souscrire, cela avait du poids. À Bougie, grâce à
l’activité de Revel, on ramassait beaucoup plus d’argent que dans
d’autres endroits.»[[Entretien avec Henri Alleg, 23 novembre 2001.]]

Gaston_Revel_Algerep_5.jpg

Lettre de Henri Alleg, directeur d’Alger républicain, écrite

le 21 avril 1952 à Alger et adressée à Gaston Revel.

Pour sauver le journal, de nouvelles campagnes de souscription
sont régulièrement lancées. En 1952, ajoutée aux problèmes
financiers, la menace d’un retour dans leurs anciens locaux
de Robe et Perrier, ex-propriétaires de la Dépêche algérienne,
inquiète la direction d’Alger républicain. L’existence du journal
est directement remise en cause. Ainsi, Henri Alleg sollicite
Gaston Revel et tous les militants afin «d’accentuer encore la
campagne» leur demandant de «faire expédier encore des lettres
par des personnalités, des télégrammes par des groupes
d’amis, par entreprises, par maisons, par ateliers etc. au président
du conseil d’État»[[Lettre de Henri Alleg, directeur d’Alger républicain, écrite le 25 mars 1952 à Alger et adressée
à Gaston Revel.]].

Cette sollicitation directe montre que Revel, de par son
sérieux et son engagement, devient à Bougie l’intermédiaire
principal pour Alger républicain. Il est incontournable. Le 21 avril
1952, Henri Alleg écrit au «champion des collecteurs» afin de
commencer une nouvelle campagne de souscription. Il lui demande
de lancer «un défi aux autres collecteurs d’Algérie afin
de susciter leur émulation»[[Lettre de Henri Alleg, écrite le 21 avril 1952 à Alger et adressée à Gaston Revel.]]. C’est ainsi que quelques jours plus
tard, le 28 avril 1952, en première page du journal, Gaston
Revel demande aux progressistes «de répondre immédiatement
à l’appel d’Alger républicain» et «de participer largement au succès
de sa souscription»[[Gaston Revel, Alger républicain, 27-28 avril 1952.]].

  • guillemets_1.jpgArt. 2 Article de Gaston Revel dans Alger républicain du 27-28 avril 1952.

    Trois millions avant l’été! M. Revel (de Bougie), qui collecta
    plus de 20.000 francs, lance un fraternel défi à tous
    les collecteurs.

    Imaginons qu’un matin nous apprenions la bouleversante
    nouvelle: faute de moyens financiers, Alger républicain
    cesse de paraître.

    Beaucoup de lecteurs, d’amis de notre journal se lamenteraient
    alors en disant: «Est-ce possible?» Et poseraient
    la question: «Que devons-nous faire?» Est-ce
    possible que disparaisse notre journal? L’administration
    d’Alger républicain nous a très franchement fait part des
    graves menaces qui pèsent sur l’existence de notre quotidien.
    Alger républicain vivra si tous ses amis prennent
    résolument sa défense.

    Que devons-nous faire? Répondre immédiatement à l’appel
    d’Alger républicain, participer largement au succès de
    sa souscription. N’ayons pas un jour à nous reprocher tardivement
    notre négligence.

    Je sais, par expérience, que de nombreux lecteurs dont la
    sympathie est toute acquise au journal attendent simplement
    l’occasion d’apporter leur aide matérielle. Souvent
    même des lecteurs prennent les devants et demandent:
    «Qui s’occupe de la souscription d’Alger républicain?»

    Cela signifie que nos possibilités de sauver notre journal
    sont immenses. Oui, Alger républicain vivra à condition
    que nous allions vers tous ses lecteurs et amis, que nous
    expliquions clairement ses difficultés, que nous sollicitions
    leur aide. Que tous nos amis de Bougie, et de la région,
    que tous les sympathisants, que toutes les organisations
    progressistes prennent cette tâche à coeur.

    Personnellement, je prends l’engagement de contacter un
    à un tous les amis bougiotes d’Alger républicain, en faisant
    circuler les listes de souscription. Je souhaite vivement ne
    pas être l’unique collecteur à Bougie. À tous les collecteurs
    de Bougie et des autres localités d’Algérie, je lance un défi
    fraternel que j’aimerais voir relevé, et je leur donne rendez-
    vous chaque semaine dans les colonnes du journal
    pour confronter les résultats obtenus.
    [[Lors des souscriptions, le journal tient à jour un classement des meilleurs collecteurs.
    Gaston Revel est toujours dans les premiers. Il faut dire aussi qu’il aime particulièrement
    les concours!]]guillemets_2.jpg

Gaston Revel est profondément attaché à ce journal dans lequel
il s’investit de plus en plus. La ligne éditoriale d’ouverture, qui
s’adresse aux autres mouvements nationaux, lui convient à merveille.
D’autant plus que dès 1952 Alger républicain réalise un
effort considérable afin de recruter de nouveaux correspondants
locaux dont Gaston Revel et ses amis font partie. Ces correspondants
doivent être un instrument de liaison avec le pays tout
entier. Pour la direction, ce réseau «contribue à faire sans
conteste d’Alger républicain le journal qui traduit le mieux ce qui
s’y passe». L’objectif doit être de «dévoiler tout ce que cache
la propagande officielle» et «montrer le vrai visage du colonialisme»[[Khalfa (Boualem), Alleg (Henri), Benzine (Abdelhamid), La grande aventure…, op. cit., p. 111.]].

Bougie offre un bel exemple sur la mise en place des correspondants
ainsi que sur le rôle qu’ils ont pu avoir dans la région.

Avant de recruter des journalistes de plus en plus politisés, Alger
républicain
avait souvent les mêmes correspondants que ceux des
autres journaux, colonialistes y compris. Le journal utilisait des
employés de mairie qui fournissaient diverses informations. Afin
de devenir les yeux et les oreilles de l’Algérie, ces correspondants
de type «apolitique» cessent peu à peu leur collaboration
et sont remplacés le plus souvent par des militants. Ainsi,
«à partir de 1952, mais surtout de l’automne 1953, Alger républicain
lance une grande offensive pour élargir son réseau de
diffusion et s’enraciner davantage encore dans tout le pays.[…]
En liaison avec cet effort, la direction s’efforce de trouver et de
former des dizaines de nouveaux correspondants, politiquement
motivés et capables de résister aux pressions et aux menaces des
agents de l’autorité»[[ Ibid., p. 113.]].

Omar Heraoua, un ancien du Secours populaire algérien, est
chargé d’aider à la mise en place de ces correspondants. À
Bougie, il peut s’appuyer sur Gaston Revel qui veille à tout et
comprend bien l’importance des correspondants locaux. Il semble
que ce système s’instaure rapidement à Bougie. Dès le mois
de mai 1952, des articles sont écrits par les correspondants bougiotes.
Les auteurs de La grande aventure d’Alger républicain
constatent qu’ «à Bougie le journal est servi par une extraordinaire
équipe». Combative, très régulière dans ses communications,
«elle est à l’écoute des revendications populaires et se saisit des moindres faits qui intéressent la vie des habitants de
Bougie et de la Petite Kabylie»[[Khalfa (Boualem), Alleg (Henri), Benzine (Abdelhamid), La grande aventure…, op. cit., p. 116.]].

Gaston_Revel_Algerep_6.jpg

Lettre de Omar Heraoua écrite le 19 mai 1952 à Alger

et adressée à Gaston Revel.

Le groupe des correspondants
est composé des militants déjà cités. Impulsé par Gaston
Revel, ce collectif comprend: Lalla Adjaout, Khoudir Abdelkrim,
Ahcène Khithmane, Ali Boulharouz, Abdennour Mahindad, Ernest
Chaix ainsi que l’ancien député communiste Chérif Djemad.

Cependant, il faut un certain temps de rodage aux correspondants
pour améliorer la qualité des articles. Omar Heraoua joue
auprès de Gaston Revel le rôle de conseiller en lui suggérant,
lors d’une lettre, plusieurs points à ne pas négliger. Il lui
demande de veiller particulièrement à l’impact des articles de la
rubrique locale sur les ventes de journaux à Bougie. Il souligne
également «qu’il est avantageux de prévenir les lecteurs avant
la parution des articles par une propagande de bouches à oreilles
et d’attirer leur attention le jour même de leur insertion par une
affichette exposée chez les dépositaires»[[Lettre de Omar Heraoua écrite le 19 mai 1952 à Alger et adressée à Gaston Revel.]].

Le correspondant d’Alger républicain doit donc non seulement
écrire des articles dans la rubrique locale mais aussi veiller à
leur diffusion. Il semble que Revel se fasse très bien à son nouveau
rôle. Pour Henri Alleg, il «a été un modèle de ces correspondants», ajoutant même que «c’était sans aucun doute un
des meilleurs correspondants qu’Alger républicain ait jamais eu à
travers toute l’Algérie»[[Entretien avec Henri Alleg, 23 novembre 2001.]].

L’instauration de ce système de correspondants locaux permet
avant tout au journal d’illustrer et de dénoncer le colonialisme
dans toute l’Algérie. Pour Revel, «Alger républicain joue le rôle
de trait d’union en aidant les travailleurs à défendre leurs revendications,
les démocrates à défendre leurs libertés, les patriotes
à défendre la liberté de leur pays, les opprimés à lutter contre les
injustices et les inégalités». Il souligne que «les correspondants
de Bougie se relayent en permanence pour que les projecteurs
d’Alger républicain éclairent l’opinion publique sur toutes les
exactions commises par le patronat et l’administration»[[Revel (Gaston), Alger républicain à Bougie et en Petite-Kabylie…, op. cit., p. 1.]].

Ainsi, les articles peuvent traiter de problèmes particuliers
(tracasseries policières contre les petits vendeurs de légumes)
mais aussi de problèmes plus essentiels comme le chômage, l’habitat
(bidonvilles), la scolarisation ou le truquage des élections.

Ainsi, Gaston Revel se rend à l’hôpital de Bougie et constate sa
faible capacité d’accueil.

  • guillemets_1.jpgArt. 3

    Alger républicain (mardi 1er juillet 1953).

    300.000 habitants… 250 lits d’hôpital!

«Au cours du 1er trimestre de l’année en cours 24 nouveaux
dispensaires et 5 maternités rurales ont été créées
dans la région de Teleorman; une nouvelle polyclinique
infantile à Jassy; une maternité dans le village de Rupea;
une maison de la Mère et de l’Enfant dans la gare de Titu,
etc…».

Nous recevons, au hasard, ces informations fort intéressantes
dans le dernier numéro de la revue: La Roumanie
nouvelle.


Car malheureusement, ce n’est pas encore en Algérie que
nous pouvons trouver de telles réalisations pour développer
les moyens de défense de la santé de la population.

Le ministre de la santé publique a beau se déclarer satisfait
de l’équipement sanitaire de l’Algérie, ce qui existe est
bien peu à côté de ce qui devrait et qui pourrait exister
[[En Algérie des efforts ont été faits, ce qui a permis de faire passer en cinquante ans le
taux de mortalité de 20‰ à 11‰. Cependant, les infrastructures et l’encadrement médical
sont très en dessous de ceux de la métropole. Par exemple, en 1954, d’après Benjamin
Stora, on compte, en Algérie, un médecin pour 5137 habitants contre 1 pour 1091 en
France métropolitaine. Stora (Benjamin), Histoire de l’Algérie coloniale…, op. cit., p. 106.]].

Bougie et sa région, avec la commune mixte d’Oued-
Marsa et la vallée de la Soummam ont une densité de
population très élevée. Pour une population de 300.000
habitants, avec des installations sanitaires que l’on peut
considérer comme tout à fait secondaires à Cap-Aokas,
Sidi-Aïch et Akbou, il n’existe qu’un seul hôpital, celui de
Bougie. Cet établissement, doté de 250 lits, ne peut satisfaire,
bien entendu, toutes les demandes d’admission.

Souvent, aux périodes de pointe, le nombre des malades
s’élève à 350, de nombreux malades étant obligés de coucher
par terre, sur de simples matelas exposés aux courants
d’air. Le pavillon des tuberculeux a été prévu pour
une trentaine de places. Mais quelquefois, 80 ou même
100 malades sont entassés dans les salles ou installés dans
les couloirs
[[La tuberculose commence à être réduite en France dans les années 1950 grâce aux antibiotiques
mais le nombre de malades reste encore très important en Algérie.]].

Dans de telles conditions, malgré la compétence et le
dévouement du personnel, il est difficile d’améliorer le
confort des malades.

Il est inconcevable qu’une région peuplée comme celle de
Bougie ne dispose que de 250 lits d’hôpital. L’équipement
sanitaire de Bougie devrait comprendre au moins un millier
de lits, avec les spécialistes, le personnel et toutes les

installations correspondantes, sans oublier une maternité
et un centre de transfusion sanguine, sans oublier également
un laboratoire d’analyses réclamé en vain par le
corps médical.

Il existe, paraît-il, un vieux projet d’agrandissement de
l’hôpital. Ce projet doit sortir des cartons et être immédiatement
réalisé. Dans ce domaine, on ne fera jamais
assez vite et on ne verra jamais assez grand.

Au camp intérieur, d’autre part, un centre de santé est en
construction depuis plusieurs années. Pourquoi les travaux
sont-ils interrompus et qu’attend-on pour les terminer?

Bien sûr, il n’est pas possible de construire des hôpitaux,
des écoles, des logements et de consacrer en même temps
2 milliards par jour à la guerre d’Indochine, 1.400 milliards
par an au budget militaire. Un char de 13 tonnes
revient à 38 millions de francs. Avec la valeur de deux
chars, on pourrait édifier un hôpital digne de la ville de
Bougie et de ses environs.
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