DEUX DISPARITIONS EN CE DÉBUT DE RAMADAN

extrait de la chronique de Arezki Metref

Le Soir d’Algérie

dimandhe 14 juillet

…Deux disparitions en ce début de Ramadan sur lesquelles je veux dire un mot.

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D’abord, celle de notre ami Boukhalfa Bitam qui vient de nous quitter à l’âge de 93 ans. Il a été un merveilleux pédagogue. Instituteur, il a dirigé à l’indépendance l’Ecole normale de Tizi-Ouzou, dont il était une figure incontournable.

Combien de débats à la Maison de la culture n’ont-ils résonné de sa voix de stentor qui ne laissait passer aucune sottise?

Combatif, cogneur, il adorait la controverse pour laquelle d’ailleurs il était armé. Instruit, cultivé en kabyle et en français, et même en arabe me semble-t-il, il savait ferrailler pied à pied avec ses contradicteurs.

Il est l’auteur de plusieurs ouvrages.

Natif de Taourirt Mimoun aux Ath Yenni, le même village natal que Mouloud Mammeri, Boukhalfa Bitam m’a fait l’amitié d’accepter de participer au film que j’ai commis en 2006, «Ath Yanni, paroles d’argent» .

Pendant le tournage, j’ai eu maintes fois l’occasion de vérifier l’étendue de sa culture. Ce qui m’a surpris, c’est la facilité avec laquelle il s’était accoutumé à la caméra. Il se mouvait devant elle comme s’il avait toujours fait ça. Le résultat est d’ailleurs étonnant. Il crève littéralement l’écran.

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L’autre décès est celui d’Ilan Halevi. Ça ne dit rien, à première vue, mais c’est un personnage fascinant. Ancien musicien de jazz à l’âge de 16 ans, journaliste à la radio… malienne, ce natif de Lyon (France) de parents juifs du Yémen, résistants et communistes, vécut en Algérie en 1964-1965.

C’est là qu’il découvre la cause palestinienne. Il se rapproche dans les années 1970 de l’OLP. Yasser Arafat le nomme en 1983 représentant de l’OLP auprès de l’Internationale socialiste puis, un peu plus tard, auprès de la commission des droits de l’Homme de l’ONU.

Il participe en tant que délégué palestinien à la conférence de Madrid de 1991 et occupe même en 2003 le poste de vice-ministre adjoint aux Affaires étrangères dans le gouvernement de Mahmoud Abbas.

Une nécrologie que lui consacrait “Le Monde” (12 juillet) rappelait cet «échange avec une secrétaire palestinienne à Ramallah :

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Ton nom est comme celui d’un juif

– C’est parce que je suis juif.

Mais tu as l’air d’un Arabe.

– C’est parce que je suis arabe.

Et alors qu’est-ce que ça fait d’être moitié-moitié ?

– Je suis à 100% juif et à 100% arabe».

Ilan Halevi a co-fondé en 1981 “La revue d’études palestiniennes” , référence en la matière. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages. Du côté israélien, il était perçu comme un traître.

En 1996, dans le sillage d’Arafat, il s’installe à Ramallah. En 2002, l’armée israélienne saccage son appartement en son absence. Les jeunes d’un camp palestinien voisin pillent ce qui a été épargné par les Israéliens.

100% juif et 100% arabe n’empêche hélas pas ce qui lui est arrivé là.

Mais Ilan Halevi a laissé de nombreux amis, dans tous les milieux.

Comment ne pas admirer son courage d’être passé de l’autre côté, du côté où se trouve la justice? Il est décédé à 70 ans.

A. M.


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Ilan HALEVI invité de TV5 Monde, le 16 novembre 2010


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