OMAR AKTOUF: « HALTE AU GÂCHIS. EN FINIR AVEC L’ÉCONOMIE-MANAGEMENT À L’AMÉRICAINE »

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Dans un ouvrage paru aux Editions Arak, dans la collection Savoirs, Omar Aktouf décortique le caractère «insoutenable et non durable du capitalisme financier mondialisé».

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Ammar Belhimer qui présente le livre dans Le Soir d’Algérie dit de l’auteur:  » Omar Aktouf est un incorrigible pourfendeur de la langue de bois et de la nouvelle pensée unique du néolibéralisme ».

Omar Aktouf

Halte au gâchis.

En finir avec

l’économiemanagement

à l’américaine

Arak Editions

collection Savoirs

Alger 2013

156 pages


LES RAVAGES DU CAPITALISME FINANCIER

par Ammar Belhimer

Le Soir d’Algérie

le 25 juin 2013

Chronique du jour : À FONDS PERDUS

Les start-up qui n’arrêtent pas d’éclore dans le secteur de l’édition nous mettent beaucoup de baume au cœur et nous autorisent à rêver de lendemains meilleurs.

Nous évoquions mardi dernier l’effort entrepris par APIC en matière de réédition d’auteurs de renom, comme Georges Corm, Edward Saïd ou Samir Amin.

Aujourd’hui, c’est à un autre éditeur d’Alger que nous rendrons hommage: Abdallah Dahou qui anime avec brio la maison Arak qui vient d’inaugurer sa collection Savoirs avec la réédition d’un essai de haute facture théorique,
«Halte au gâchis. En finir avec l’économie-management à l’américaine », de notre compatriote Omar Aktouf, déjà auteur de nombreux ouvrages universitaires et sociétaux.

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Omar Aktouf est un incorrigible pourfendeur de la langue de bois et de la nouvelle pensée unique du néolibéralisme qui s’installe sans partage, à la faveur de la mondialisation.

L’auteur ouvre son essai avec une mise en garde contre la déferlante de la privatisation qui n’épargne aucun secteur, y compris ceux de la culture, de la connaissance et de la santé.

Première victime de cette déferlante: l’éducation. Elle est désormais chargée de «former des “employables” destinés à servir le profit privé régnant sur des marchés sans règles et sans limites».

Les élèves sont devenus des «clients» à l’entrée et des «produits à la sortie».

«Et c’est à qui “attirera” le plus de “clients” et fournira les “produits” les plus désirés par le “marché” pour se voir doté de plus de subventions et de plus de sources de financement.»

D’autres services publics pâtissent de cette logique de privatisation: l’électricité, le transport ferroviaire, l’eau et même… la gestion des prisons qui ont intérêt à «encourager les condamnations les plus lourdes, la délinquance la plus grave et la criminalité la plus florissante; toute situation contraire saperait les gains et la prospérité du business».

Le «management de type étatsunien», tourné vers la maximisation rapide des profits, plutôt que vers l’équilibre de la valeur d’usage (qualité) et de la valeur d’échange (profit escompté), a été encouragé».

Son produit: le manager de type «financier autoritaire omnipotent». Il est à l’opposé du modèle nippo-allemand, «où ces différences sont considérablement moindres et où l’objectif strictement financier passe après l’objectif d’harmonie employés/dirigeants et de qualité de produits et de services pour le client».

La nouvelle donne de la mondialisation est l’avènement du capitalisme financier à l’américaine en tant que système politico-économique.

Le principal aspect de sa récente évolution est l’expansion du financiarisme, du stratégicomanagérialisme et du technologisme.

Ce que Omar Aktouf qualifie de «bras armé» du néolibéralisme, c’est la prééminence de l’intérêt strictement financier:

«tout est coût ou devient coût à combattre à tout prix (les services publics, l’Etat, la société civile, les biens publics…). La principale et même unique question que doit se poser l’opérateur économique, c’est comment faire le maximum d’argent le plus rapidement possible. C’est alors que l’économie elle-même (si ce n’est le politique également) est devenue simple discours financier-comptable, et l’art du manager celui de maximiser les indicateurs financiers, quel que soit le procédé employé».

S’agissant du stratégico-managérialisme, perçu comme «seul mode de gouvernance et de management efficace, recommandable et universellement adaptable», il est décrit comme étant «pyramidal, centralisateur, donneur de privilèges – exorbitants – aux gros actionnaires et aux patrons au détriment des employés, de la nature et souvent du client luimême».

Peine perdue, soutient l’auteur qui refuse de se résigner.

La mondialisation étant l’agent même de son propre échec, du fait d’un «double mouvement de collapsus interne et externe», la défaite du capitalisme financier et la consécration relative du capitalisme industriel ne font pas de doute.

Le caractère «insoutenable et non durable du capitalisme financier mondialisé» est illustré par l’effondrement, comme un château de cartes, de monstres de la finance internationale, les scandales des subprimes, les délits d’initiés en continu, le gangstérisme des fonds de placements, les paradis fiscaux, la falsification des comptes d’entreprises, et la hausse des prix de l’énergie et des céréales: «Ils montrent que la quête continuelle de profits plus élevés finit par tuer le profit.»
_ Il s’installe alors un «un cercle vicieux, infernal et redoutable dans son expansion» qui combine stratégies de «dégraissage» et délocalisations et qui revient «à constamment tuer un salariat existant pour en générer un autre ailleurs, forcément et exponentiellement plus bas, moins qualifié, moins protégé».

Ce faisant, le capitalisme financier brûle la chandelle par les deux bouts: «Il élimine progressivement les débouchés pour ce qu’il déverse sur les marchés et il abaisse la capacité de la main-d’œuvre (devenue internationalement interchangeable et jetable selon les caprices de court terme des investisseurs) à assurer un minimum soutenable de productivité».

Karl Marx a bien perçu le phénomène il y a plus d’un siècle en écrivant: «Cette guerre (entre capitalistes) a ceci de particulier qu’elle ne se gagne pas en recrutant mais en congédiant les armées de travailleurs. Entre les généraux de l’industrie c’est à qui pourra congédier le plus de soldats.»

On peut alors légitimement se demander si le modèle a encore besoin de main-d’œuvre dans cette «nouvelle économie» ou «économie du virtuel», ou encore «économie sans travail», qui met sur le marché mondiaux «des montagnes d’argent artificiel, qui, n’ayant pas d’équivalent dans l’économie réelle (emplois, produits et services – utilités concrètes), ne peut évidemment qu’être le moteur de l’emballement d’une machinerie d’économie — casino devenu mondial – incontrôlable et plus destructrice que bénéfique».

A contrario, le capitalisme, dit industriel, qui a cours au Japon, en Corée du Sud, en Europe du Nord et, depuis peu, en Chine, au Brésil et en Inde, se porte de mieux en mieux.

Ici prévaut «d’une part, le point de vue de l’ingénieur, du technicien, du producteur directeur, non pas celui du financier comptable ; et d’autre part, la concertation, la cogestion, la codécision et la participation, non pas le centralisme de «stratèges-leaders» aussi omnipotents et omniscients qu’inatteignables et incompétents».

Omar Aktouf réserve une place particulière à la comptabilité, «comme savoir et savoir-faire stratégique», à partir de son rôle historique déterminant dans le passage «de l’économie domestique artisanale» à celle «hors sphère domestique et manufacturière» et le passage du simple «partage du labeur commun» à la calculabilité de l’effort de chacun, c’est-à-dire le salariat.

Le métier en question et ses activités connexes, comme la finance et l’audit, acquiert un statut particulier à l’aune de la mondialisation: il est tourné vers la maximisation de la valeur d’usage.

L’auteur rappelle à juste titre, «la collusion et le conflit d’intérêts entre firmes d’audit et entreprises auditées (qui) ont fait le lit des méga-scandales de faux états financiers, de faux profits, de faux gains des actionnaires que l’on a observés et que l’on continue d’observer dans maints pays du capitalisme financier».

Les conséquences politiques d’une telle évolution sont soigneusement répertoriées; elles tiennent à la sacro-sainte prédiction que «l’entreprise privée est une institution automatiquement fondatrice de liberté et, ipso facto, de démocratie».

Elle sert de support à une hiérarchie de «trois niveaux de serviteurs- reproducteurs du système:

  • les technocrates décideurs, souvent diplômés universitaires, ennemis de la nature et amputés affectifs et sociaux;
  • les techniciens analystes, diplômés professionnels, amputés de cœur et de jugement, bourrés de secs automatismes de résolution de problèmes;
  • et enfin les opérateurs exécutants, amputés de pensée propre et bourrés d’automatismes opératoires».

    Dieu nous en préserve.

A. B.

repris sur le blog algerieinfos-saoudi:


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«HALTE AU GACHIS», LE PROFESSEUR AKTOUF VOUS PARLE…

par Samy Injar

Le Quotidien d’Oran

le 9 juillet 2013

Le professeur Omar Aktouf est enfin édité en Algérie. Ce tribun iconoclaste, enseignant dans une prestigieuse école de management, HEC Montréal, mais néanmoins pourfendeur infatigable du capitalisme financier et du néolibéralisme, nous implore de ne pas imiter le modèle américain.

« Halte au gâchis» est le titre qu’a choisi de publier en premier la maison d’édition Arak. Il s’agit d’un pamphlet flamboyant de 156 pages annonçant la mort du capitalisme financier. Nous sommes alors en 2008 et la crise des subprimes prépare l’écroulement de Lehman Brothers et de Wall Street. Le professeur Omar Aktouf a bien conquis le droit de prendre des postures messianiques. En 2002, dans «la stratégie de l’Autruche», il annonce déjà l’apocalypse au bout de la mondialisation triomphante qui broie les humains et la nature. A contre-courant de l’euphorie ambiante. Dans le livre désormais disponible dans toutes les bonnes librairies, le professeur n’a pas encore «sous la main» le krach de septembre 2008 pour étayer un propos pamphlétaire sur «l’expansion du profit qui tue le profit». Tant pis, les scandales d’Enron, de Tyco, Xerox, jusqu’à Vivendi sont là pour montrer la faillite du management à l’américaine qui écrase «la ressource» devenue non humaine au seul service des actionnaires et qui finit par mendier piteusement le sauvetage aux Etats et aux banques centrales. «Halte au gâchis» reprend pour mieux illustrer quelques-unes des pistes typiques de la pensée Aktoufienne sur le management stratégique. La supériorité du modèle capitaliste rhénan nippon sur l’anglo-saxon. La nocivité des écoles de management qui reprennent dans le monde à l’envi les recettes financières de maximisation du profit de Michael Porter, le théoricien d’un management de la segmentation de la chaîne de valeur. L’ascendant du capitalisme financier d’abord sur le capitalisme industriel ensuite sur le reste du monde a conduit à des drames innommables. Mais aussi à une bonne nouvelle. La mort du capitalisme financier. Ce modèle est en train de s’effondrer qui met le détenteur non pas du métier, mais du capital au centre d’un pouvoir démiurgique.

QUOI DE NEUF PROFESSEUR ?

Pourtant, pour ceux qui connaissent depuis quelques années l’œuvre du professeur, la question fuse au bout de quelques paragraphes de «Halte au gâchis»: quoi de neuf donc dans les anticipations visionnaires de citizen Aktouf, compté parmi les 75 personnes les plus influentes au Canada ? Il y a dans «Halte au gâchis» deux ou trois idées qui à défaut de renouveler le corpus Aktoufien, lui donne une consistance plus forte que les reproches que lui font ses contradicteurs de négliger parfois dans ses travaux. La toute première est une tentative d’expliquer ce qui n’a pas marché dans le nouveau cycle d’expansion du capital mondialisé. Sans revenir sur les moteurs des périodes de croissance antérieures, notamment les trente glorieuses de l’après-seconde guerre mondiale, Omar Aktouf suggère à la page 44 l’échec pour le capitalisme de faire du secteur tertiaire non marchand un moteur de la croissance, comme l’une des raisons de l’écroulement de la mondialisation financière sur elle-même. Les industries de l’information et de la distraction n’ont pas réussi à créer vraiment une nouvelle économie: «Ce secteur, même soumis aux règles et aux jeux de marché, ne peut tout simplement pas se nourrir lui-même et encore moins nourrir les autres secteurs de l’économie». La révolution des nouvelles technologies de l’information et de la communication a oublié quelque chose. La barrière d’accès au numérique. Elle laisse des pans entiers de la société mondiale en dehors de cette consommation de nouvelle génération. Goulot de débouchés dans le cycle marchand.

ARISTOTE FACE A LA BOULIMIE CAPITALISTE

En réalité, «Halte au gâchis» décrit tout au long de paragraphes divers l’étreinte d’une asymétrie qui étrangle la planète. D’un côté «le dessèchement de la demande solvable», une «accentuation dramatique de la paupérisation», et de l’autre une concentration jamais égalée de richesse entre un petit nombre de mains. Une reproduction qui prétend à l’universalité de la distorsion du modèle américain de management. Le boss est tout, le créateur de la valeur rien. Mais «Halte au gâchis» développe encore d’autres intuitions fécondes de l’auteur. Notamment celles qui lui permettent de déconstruire le mécanisme de la pensée de l’enseignement managérial dominant. Le professeur Omar Aktouf propose à la fin de son essai de recourir à Aristote pour refonder une éthique à l’accumulation matérielle des individus et des sociétés. Il constate que la notion de «contentement» est plus forte dans les sociétés arabo-musulmanes et en Afrique. Grâce en partie à l’héritage aristotélicien sauvegardé par les arabes. Dans son «Ethique à Nicomaque», Aristote rapporté par Omar Aktouf épilogue: «Choisissant indéfiniment une chose pour une autre, nous ne connaîtrons ni contentement ni repos, et cette poursuite indéfinie du plaisir nous en éloigne sans cesse».

sources:

http://www.lequotidien-oran.com/index.php?news=5185162


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