AUX VISITEURS DE SOCIALGERIE PENDANT CES MOIS D’ÉTÉ

Pour des raisons pratiques incontournables, durant cet été et sauf événements exceptionnels, Socialgerie ne mettra pas en ligne des informations ou des reprises et commentaires d’articles significatifs liés à l’actualité.

Cette période s’annonçant néanmoins riche en évènements et en problèmes nationaux et internationaux, nos lecteurs trouveront certainement intérêt à consulter les nombreux sites amis et de qualité parmi ceux que Socialgerie a souvent cités.

Ce sera aussi, pour tous ceux qui nous ont manifesté leur grand intérêt à la connaissance du mouvement social et national algérien, l’occasion de consulter de plus près l’abondante série des documents, problèmes et débats importants qui ont marqué cette histoire et alimentent la réflexion sur les perspectives.

Plusieurs sondages et les questions qui nous parviennent ont indiqué que pour des raisons diverses (dont la difficulté à s’orienter dans les différentes rubriques), la plus grande part de ce fond de documents et témoignages n’a pas encore été consultée en particulier sur des points qui suscitent curiosité et questionnements.

Socialgerie renouvelle à cette occasion son appel et sa disponibilité à accueillir tous documents et témoignages de nature à enrichir et renforcer le mouvement social, démocratique et national des nouvelles générations.

Avec les meilleurs vœux de Socialgérie pour un été plus faste aux aspirations citoyennes en Algérie et dans le monde

CONTRE L’INVASION DU SAC EN PLASTIQUE, LA CHINE ET LE MAROC DONNENT L’EXEMPLE

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Mois du ramadan :

Le règne du sachet en plastique

Écrit par M’hamed Rebah

L’interdiction de l’offre gratuite de sacs en plastique dans les supermarchés, les magasins et les épiceries, ainsi que la production et l’utilisation de sacs d’une épaisseur inférieure à 0,025 mm, appliquée depuis cinq ans en Chine, a permis de réduire la consommation d’au moins 67 milliards de sacs, l’équivalent de six millions de tonnes de pétrole, selon les estimations de la Commission nationale chinoise pour le développement et la réforme.

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Depuis l’application de cette interdiction, l’utilisation des sacs en plastique a baissé de plus d’un tiers. Des infractions subsistent, mais l’application de cette interdiction est renforcée.

Cette information est intéressante pour nous qui commençons le mois de ramadan au cours duquel, c’est connu, la consommation en produits alimentaires (qui représentent plus de 50 % des achats des ménages en temps normal) bat son plein et, avec elle, l’utilisation des emballages en matière plastique enregistre des records.

Quel est le nombre de sachets en plastique qui seront jetés dans les décharges durant ce mois, avec quel impact sur l’environnement, en termes de ressources naturelles pour les produire et de charge de pollution?

On sait qu’un projet de loi visant à interdire leur production est en cours de préparation au niveau du ministère de l’Aménagement du territoire, de l’Environnement et de la Ville. Il y a plusieurs années, une opération d’éradication du sachet noir avait été tentée. Elle a réduit les sachets de cette couleur, mais n’a pas empêché la prolifération du sachet en plastique.

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En application du principe «pollueur-payeur», l’article 53 de la loi de finances pour 2004 a institué une taxe de 10,50 DA/kg sur les sacs en plastique importés ou produits localement. Le produit de cette taxe parafiscale est destiné au Fonds national pour l’environnement et la dépollution, pour financer spécialement un système public, appelé «Ecojem», de reprise, de recyclage et de valorisation de déchets d’emballage, qui doit permettre la prise en charge d’une partie importante des déchets recyclables. Les sachets en plastique n’ont pas pour autant disparu du paysage. L’alternative est, semble-t-il, prête.

C’est le couffin en alfa, matière première qui pousse dans notre pays et qui sera valorisée de cette façon. Le ministère du Tourisme et de l’Artisanat et celui de l’Environnement ont annoncé qu’ils travaillaient à concrétiser ce projet et les artisans ont été sollicités et mis à contribution.

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Nos voisins, au Maroc, ont choisi comme alternative au sachet en plastique le sac en tissu. Une convention sur le financement de la production de trois millions de sacs en tissu a été passée entre les ministères marocains de l’Energie, des Mines, de l’Eau et de l’Environnement et le ministère marocain des Affaires générales et de la Gouvernance, d’une part, et des coopératives travaillant dans le domaine de la couture. Une enveloppe budgétaire de 70 millions de dirhams financés conjointement par le ministère chargé des Affaires générales (50 millions de dirhams) et le ministère de l’Energie (20 millions de dirhams) a été dégagée pour cette opération. Près de 150 coopératives et quelque 3 000 personnes, essentiellement des femmes et des jeunes, sont concernées.

Cette opération, qui s’inscrit dans le programme pilote d’appui à la production et la distribution des sacs en tissu, a pour objectif d’inciter les établissements opérant dans le domaine de l’économie sociale et solidaire à s’engager dans l’action gouvernementale concernant la protection de l’environnement, notamment le programme d’élimination des sacs en plastique.

Des associations locales seront mobilisées pour la distribution gratuite des sacs en tissu aux familles dans 26 villes du Maroc, et pour sensibiliser ces ménages sur leur utilisation. Une lutte sans merci contre les sacs plastiques est menée dans les pays africains.

La liste de ceux où cet emballage est proscrit a tendance à s’allonger. On y trouve la Mauritanie, l’Afrique du Sud, le Rwanda, l’Erythrée, l’Ouganda, la Tanzanie, le Gabon, le Kenya, la République du Congo, mais pas encore l’Algérie.

DEUX DISPARITIONS EN CE DÉBUT DE RAMADAN

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extrait de la chronique de Arezki Metref

Le Soir d’Algérie

dimandhe 14 juillet

…Deux disparitions en ce début de Ramadan sur lesquelles je veux dire un mot.

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D’abord, celle de notre ami Boukhalfa Bitam qui vient de nous quitter à l’âge de 93 ans. Il a été un merveilleux pédagogue. Instituteur, il a dirigé à l’indépendance l’Ecole normale de Tizi-Ouzou, dont il était une figure incontournable.

Combien de débats à la Maison de la culture n’ont-ils résonné de sa voix de stentor qui ne laissait passer aucune sottise?

Combatif, cogneur, il adorait la controverse pour laquelle d’ailleurs il était armé. Instruit, cultivé en kabyle et en français, et même en arabe me semble-t-il, il savait ferrailler pied à pied avec ses contradicteurs.

Il est l’auteur de plusieurs ouvrages.

Natif de Taourirt Mimoun aux Ath Yenni, le même village natal que Mouloud Mammeri, Boukhalfa Bitam m’a fait l’amitié d’accepter de participer au film que j’ai commis en 2006, «Ath Yanni, paroles d’argent» .

Pendant le tournage, j’ai eu maintes fois l’occasion de vérifier l’étendue de sa culture. Ce qui m’a surpris, c’est la facilité avec laquelle il s’était accoutumé à la caméra. Il se mouvait devant elle comme s’il avait toujours fait ça. Le résultat est d’ailleurs étonnant. Il crève littéralement l’écran.

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L’autre décès est celui d’Ilan Halevi. Ça ne dit rien, à première vue, mais c’est un personnage fascinant. Ancien musicien de jazz à l’âge de 16 ans, journaliste à la radio… malienne, ce natif de Lyon (France) de parents juifs du Yémen, résistants et communistes, vécut en Algérie en 1964-1965.

C’est là qu’il découvre la cause palestinienne. Il se rapproche dans les années 1970 de l’OLP. Yasser Arafat le nomme en 1983 représentant de l’OLP auprès de l’Internationale socialiste puis, un peu plus tard, auprès de la commission des droits de l’Homme de l’ONU.

Il participe en tant que délégué palestinien à la conférence de Madrid de 1991 et occupe même en 2003 le poste de vice-ministre adjoint aux Affaires étrangères dans le gouvernement de Mahmoud Abbas.

Une nécrologie que lui consacrait “Le Monde” (12 juillet) rappelait cet «échange avec une secrétaire palestinienne à Ramallah :

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Ton nom est comme celui d’un juif

– C’est parce que je suis juif.

Mais tu as l’air d’un Arabe.

– C’est parce que je suis arabe.

Et alors qu’est-ce que ça fait d’être moitié-moitié ?

– Je suis à 100% juif et à 100% arabe».

Ilan Halevi a co-fondé en 1981 “La revue d’études palestiniennes” , référence en la matière. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages. Du côté israélien, il était perçu comme un traître.

En 1996, dans le sillage d’Arafat, il s’installe à Ramallah. En 2002, l’armée israélienne saccage son appartement en son absence. Les jeunes d’un camp palestinien voisin pillent ce qui a été épargné par les Israéliens.

100% juif et 100% arabe n’empêche hélas pas ce qui lui est arrivé là.

Mais Ilan Halevi a laissé de nombreux amis, dans tous les milieux.

Comment ne pas admirer son courage d’être passé de l’autre côté, du côté où se trouve la justice? Il est décédé à 70 ans.

A. M.


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Ilan HALEVI invité de TV5 Monde, le 16 novembre 2010


«LES INTELLECTUELS ALGÉRIENS SONT FASCINÉS PAR LE POUVOIR»

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ENTRETIEN

AVEC

AÏSSA KADRI

Sociologue et chercheur

Amel Blidi

El Watan

le 11.07.13

| © Lyès H.

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Aïssa Kadri est professeur émérite.

Il dirige un programme de recherche européen (Marie Curie Action) du 7e plan-cadre
de recherches.

  • Il y a, ces dernières années, comme une torpeur des élites algériennes.

    Pourquoi, selon vous, les intellectuels ne participent-ils pas, ou très peu, aux débats nationaux?

Elites, intellectuels et intelligentsias ne sont pas des concepts interchangeables, ils renvoient à des théories et contextes socioculturels et politiques situés, différenciés.

On parlera pour l’Algérie, plus d’intelligentsias, que d’intellectuels ou d’élites. Si l’on excepte certaines interventions de personnalités ou d’intelligentsias «pilotées» faisant passer des messages subliminaux ou carrément provocateurs pour exister vis-à-vis de certains commanditaires ou cercles occultes autant nationaux qu’étrangers, plus que torpeur, je dirais absence ou retrait pour certains, dans des débats, sinon encadrés du moins pollués.

Pour reprendre l’immense Ibn Khaldoun qui caractérisant «l’Etat et le pouvoir… comme un marché sur la place publique… [où] les conteurs affluent, comme les caravanes» relevait que «tout dépend du gouvernement: quand celui-ci, ajoutait-il, évite l’injustice, la partialité, la faiblesse et la corruption et qu’il est décidé à marcher droit, sans écart, alors son marché ne traite que de l’or pur et l’argent fin. Mais que l’Etat se laisse mener par l’intérêt personnel et les rivalités, par les marchands de tyrannie et de déloyauté et voilà, concluait-il, que la fausse monnaie a cours sur la place!»

Je dirais que ne prévaut dans notre pays que la fausse monnaie qui a tendance à délégitimer, déconsidérer, noyer – tel un processus d’inflation galopante où la mauvaise monnaie chasse la bonne – toute initiative, toute intervention, tout engagement constructif et il y en a heureusement!

  • Cela est-il spécifique à l’Algérie ?

C’est tout un ensemble de causes spécifiques à l’Algérie, à la fois d’ordre historique et sociologique qui expliquent que les intelligentsias et les intellectuels divisés n’ont pu s’autonomiser dans leur rapport à l’Etat et aux pouvoirs.

La période coloniale a été de ce point de vue importante dans la mesure où le mode de structuration vertical, d’assujettissement, entre pouvoir colonial et intelligentsias algériennes ne cesse de faire valoir ses effets.

Les intelligentsias et les intellectuels ont été de manière générale cooptés et instrumentalisés dans le procès de domination coloniale.

Ensuite, dans la contestation de l’ordre colonial, ceux-ci de manière générale, là aussi, se sont agrafés au mouvement plébéien, s’inscrivant comme appendice des différentes directions.

Les velléités d’autonomie de certaines catégories d’intellectuels ont tourné court, au lendemain de l’indépendance et celles-ci ont été très vite mises au pas et domestiquées, à l’image de l’université dont le défunt M.-S. Benyahia, souhaitant «nationaliser les sciences sociales», disait qu’elle était encore une «citadelle du colonialisme».

S’inscrivant dès lors dans une logique de soutien aux thèses du national- développementalisme, certaines autres catégories ont accompagné le pouvoir «césariste», participant à la canalisation et au contrôle du mouvement social.

Si l’après-Octobre 88 a pu constituer un espace-temps de libération de la parole et des engagements, la parenthèse s’est vite refermée avec l’acmé des violences ciblant les intellectuels et intelligentsias, dans la continuité d’un certain anti-intellectualisme profondément ancré chez les intelligentsias autodidactes – au sens sartrien du terme – qui ont occupé les centres du pouvoir.

De fait, les intellectuels et intelligentsias algériens sont fascinés par l’Etat, au-delà, par le pouvoir qui place et classe, en l’absence d’espaces d’affirmation hors de l’Etat et des pouvoirs claniques, en l’absence d’une société civile dense qui puisse leur donner les conditions de leur affirmation.

En demande de reconnaissance par l’Etat, plutôt par le pouvoir, ils sont en grande majorité inscrits dans une logique de «servitude volontaire».

Ils ne participent pas par ailleurs d’un champ intellectuel autonome en tant qu’espace historiquement constitué avec ses institutions spécifiques autonomes et ses règles propres, fonctionnant dans un contexte d’Etat de droit.

  • Le vieillissement de la classe politique algérienne apparaît évident à l’approche de l’élection présidentielle.

    Pourquoi n’y a-t-il pas, d’après-vous, un renouvellement des élites politiques?

Si effectivement le noyau dur du pouvoir est plus que vieillissant, la question au fond n’est pas seulement une question d’âge, mais une question de la «nature» sociopolitique du pouvoir, des modes d’exercice du pouvoir, d’engagement des uns et des autres dans le processus de donner place aux aspirations des jeunes générations et plus largement aux classes populaires.

Le «jeunisme» a aussi ses effets pervers et il y a des vieux qui se sont inscrits dans le combat démocratique de manière plus effective et dynamique que beaucoup de «quadras», qui eux sont plus conservateurs et qui «servent de monture aux rois», selon le mot du célèbre fabuliste Ibn El Mouqaffa caractérisant certains intellectuels en terre d’islam.

Ceci étant, il est avéré que le système politique et social a pratiquement fonctionné depuis l’indépendance jusqu’à aujourd’hui avec une «vieille» élite politique qui doit sa place plus à une légitimité historique que scientifique ou de compétences quelles qu’elles soient, sinon à utiliser la ruse, le cynisme et la corruption.

De fait, il y a eu renouvellement des élites, mais par le bas; c’est leurs caractéristiques qui font problème et leur «circulation» au sens parétien qui est contrôlée voire bloquée pour celles du haut.

  • Mais c’est l’université qui jouait auparavant un rôle dans l’éveil de la conscience politique…

Le fait est qu’à l’université, la fonction idéologique a primé sur la fonction productive, le noyau dur plébéien qui a accaparé le pouvoir au lendemain de l’indépendance a élargi sa clientèle et assis ses bases bureaucratiques, idéologiques et sécuritaires à travers des pratiques de cooptation, ponctionnant selon des critères subjectifs, clientélistes et régionalistes dans le vivier des produits du système d’enseignement, substituant à ses premiers appuis, les élites d’origine sociale petite bourgeoisie francophone, progressivement contenues et refoulées dans certains secteurs économiques, des élites arabisées, produit de la massification de l’enseignement, d’origine sociale plus populaire qui vont occuper les secteurs idéologiques.

Sous le bouclier de la vieille élite légitimée historiquement, se succédèrent deux strates générationnelles formées aux mêmes fondamentaux, mais dans des registres différents.

Dans le même temps, le noyau dur du pouvoir se clonait, s’auto-reproduisait par le biais, des enfants, des fratries, des affinités sociales électives, des assabyas. Il se consolidait à travers l’interpénétration d’alliances matrimoniales, économiques et l’achat des allégeances.

La reconfiguration du système se faisant, comme l’a observé Hughes, à travers le développement de réseaux intriqués de clientélisme, «liant entre eux des hommes politiques, leaders et membres importants de partis, des entrepreneurs et managers d’importants secteurs économiques, de responsables d’organes de sécurité et des membres du système informel».

Ces catégories, opportunistes et cyniques, ne sont pas mobilisées sur la base de principes idéologiques qui animaient les générations précédentes seul prévaut l’aptitude à s’adapter rapidement aux circonstances nouvelles, aux rapports de force qui se mettent en place, aptitude qui est souvent récompensée et légitimée.

  • Est-il encore possible de reconstruire une classe intellectuelle d’opposition?

Il s’agit de processus longs qui vont faire émerger du rapport de force et des luttes sociales de nouvelles configurations sociales.

Cependant, la priorité des priorités est, me semble-t-il, de refonder le système éducatif, de repenser au fond la place de l’école, de l’université, de la recherche, de la culture et de manière générale le rapport au savoir et au travail.

Le développement de la formation, de la connaissance, l’efficience propre de celles-ci sur l’activité productive, sont bien au cœur du devenir des sociétés. Et de ce point de vue, il y a une centralité de l’éducation dans la production et la reproduction sociale.

Je ne parlerai pas ici des dysfonctionnements majeurs qui affectent le déroulement des études. Je ne donnerai qu’un chiffre tout à fait révélateur de la régression de l’Algérie du point de vue de la formation de ses élites. Alors qu’elle était en pointe du point de vue de la formation des ingénieurs dans les grandes écoles françaises, dont beaucoup ont été les grands dirigeants d’entreprises ou d’institutions publiques dans les années 1970, en 2012 selon le quotidien français Le Monde (journal du 13 décembre), parmi les étrangers diplômés des grandes écoles françaises d’ingénieurs, seuls 1,86% sont Algériens, alors que 26,28% sont Marocains, 9,23 Tunisiens et 4,69% Sénégalais et 11,32% Chinois!

Les observateurs lucides, voire même certains parmi ceux qui ont en charge des secteurs concernés constatent l’état de délitement avancé, de désinstitutionalisation effective de ce qui devrait être les locomotives – les institutions éducatives et de formation – de la modernisation du pays.

Car comment expliquer le fait que nombre d’entre les membres de la classe dirigeante et sans doute au-delà, certaines franges des classes moyennes ne voient de salut pour leurs enfants que dans les études à l’étranger.

De fait, la classe politique dirigeante semble faire l’impasse sur un système d’enseignement efficient et produisant des élites qui puissent affronter le siècle.

La rente permet dans le moment cette impasse.

Ce sont les bureaux d’études, les cadres, ingénieurs étrangers qui managent beaucoup de secteurs: la construction, l’eau, les transports, la téléphonie, l’énergie.

Les élites et les travailleurs productifs sont étrangers, le monde de la Fonction publique et des secteurs de l’Etat bureaucratique sont occupés par des élites «rentières» qui sont souvent en demande corporatiste.

La situation est quasiment homologique à celle coloniale: «au pays» la fonction de «dégrossir» une main-d’œuvre de base à bon marché, «à la métropole» de s’accaparer des compétences et de l’encadrement.

  • Comment expliquer l’absence des élites sur le terrain des luttes sociales?

Est posée en effet de manière plus aiguë en Algérie qu’ailleurs la question des modes d’articulation des contestations de base, avec les catégories qui peuvent en coalescence leur donner sens et les faire passer à un niveau qualitatif.

On observe ainsi que sous l’effet conjugué de la rente, d’un syndicalisme instrumentalisé, de la faible autonomie du mouvement associatif, de l’absence de direction et de médiation, les fractures sont plus nettes entre base des mouvements sociaux et intelligentsias commises et instrumentalisées.

Les contestations apparaissent de ce fait débridées et sans autres objectifs que corporatistes ou d’intérêts matériels catégoriels immédiats (logements, eau, routes, emplois, salaires, primes, produits de consommation, concours d’accès aux postes et cycles d’études, actions de moralisation ciblant les femmes et l’alcool, etc.).

Les fractures intellectuelles, linguistiques, intergénérationnelles, entre intellectuels «diasporiques» et intellectuels sur place dont certains se réclament comme nationaux (sic) (l’Appel des intellectuels nationaux du 25 mars 2001), les positionnements et engagements binaires populisme versus étatisme, qui ont eu cours jusque-là, ont fait que ces intelligentsias, ces intellectuels fragmentés, n’ont pu produire du sens.

Ils apparaissent toujours décalés par rapport aux mouvements de fond qui travaillent la société.

  • Comment expliquer que les intellectuels algériens ne se sentent pas concernés par ce qui se passe dans leur pays?

Cependant il n’y a pas que la responsabilité propre des intellectuels qui est engagée.

On observe également que la force motrice, la jeunesse diplômée, est ici tout à fait en décalage voire déconnectée des mouvements sociaux, si l’on excepte de petites minorités actives qui se sont vite épuisées.

Dans le même moment où les pays qui ont vu les jeunes qui sont le produit d’institutions de haut enseignement supérieur public ou privé internationalisé de contournement d’institutions éducatives massifiées, que cela soit dans le mouvement de la place Tahrir en Egypte, de la Tunisie, des blogueurs, ou au Maroc dans le réseau du 20 Février, intervenir de manière plus organisée, plus en lien avec d’autres catégories sociales, l’affirmation des jeunes Algériens produits d’une université massifiée anomique, apparaît plus débridée, plus hétérogène, plus erratique, corporatiste, moins conscientisée et coupée de toute autre forme de mobilisation.

Il faut ajouter que le piétinement du mouvement associatif, son recul, la fermeture engagée à travers la nouvelle loi liberticide, procèdent là aussi d’un enfermement qui ne laisse place, faute d’espaces d’expression autonomes, qu’à des revendications, corporatistes, locales, réactives qui s’enkystent et prennent de plus en plus des formes violentes.

Les intellectuels s’inscrivent ainsi dans la continuité des engagements qui les mobilisaient par le passé, le «crypto-nationalisme», la défense en son nom, de pouvoirs claniques et prébendiers!

Au nom d’une prétendue consolidation de l’Etat (dans le même moment où celui-ci se délite et se privatise), d’un danger extérieur (plus alibi du maintien d’un statu quo), les luttes sociales, la contestation de l’autoritarisme, l’exigence d’une vie plus démocratique, sont perçues comme autant de complots.

  • Le 2 juin dernier, les épreuves du baccalauréat se sont transformées en «mutineries» des candidats qui contestaient les sujets. Ces comportements sont-ils symptomatiques de la faillite du système éducatif?

Ces «mutineries», comme vous le dites, ces contestations, ces dissidences s’enkystent et les unes font oublier les autres dans un processus généralisé de délitement.

Il y a eu des contestations aussi graves, celles d’étudiants refusant leur notation et exigeant de nouveaux barèmes, de postulants à des concours remettant en cause les résultats et les décisions de jurys, de médecins résidents, voire de professeurs insatisfaits des règles de leurs promotions et j’en passe.

De fait, c’est la symbolique du bac ici qui, en tant qu’examen national et rite de passage vers l’âge responsable, en survalorise l’effet. La réponse des autorités a été soit de céder, soit de dire: circulez, y a rien à voir, en créant des commissions qui au mieux prendront des sanctions à la marge.

Ces micro-violences qui s’élargissent, ces contestations qui prennent des formes variées, violences contre les institutions, les personnes et les biens, émeutes, suicides, immolations témoignent de mouvement de fond qui touche aussi bien au délitement des institutions, en premier l’école et la famille, à l’ineffectivité de la norme, qu’aux transformations des représentations vis-à-vis de l’autorité.

Les violences destructrices et autodestructrices des jeunes, les contestations tous azimuts qui se développent, témoignent à mon sens, de blocages de processus d’individuation, d’individus privés de possibilités – en l’absence de registres collectifs de significations – de se construire, de s’estimer, de s’affirmer, d’être reconnus en tant que tels.

Elles témoignent d’une domination qui phagocyte leur émergence en tant qu’individus libres et responsables.

C’est bien l’autorité dans les fondements mêmes de sa légitimité, de haut en bas des appareils, qui est ici contestée.

Il ne reste donc que la répression qui connaîtra très vite ses limites.

Amel Blidi

«QUELQUES REFLEXIONS SUR LA GUERRE DU VIET NAM ET SUR LES ACCORDS DE PARIS (1973)»

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En mai 1968, commençaient à Paris les négociations entre Américains et Nord-Vietnamiens, bientôt rejoints par le Gouvernement révolutionnaire populaire (GRP), créé par le Front National de Libération (FNL), et le Gouvernement de Saïgon. Il s’agissait alors de trouver une solution politique à la «seconde» guerre du Viêt Nam, la guerre «américaine», principal conflit militaire de l’époque.

Le 27 janvier 1973, après cinq années de négociations, les Accords de Paris sont signés. Un cessez-le-feu doit être proclamé dans les 24 heures, les troupes américaines retirées sous 2 mois et les prisonniers américains libérés.

Après avoir fait plier les colonialistes français, le peuple vietnamien met ainsi en échec l’impérialisme américain.

Mais les troupes américaines retirées, les combats perdureront avec le gouvernement de Saïgon jusqu’à sa chute le 30 avril 1975.

La réunification atteinte, la paix se mit en place.


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QUELQUES REFLEXIONS

SUR LA GUERRE

DU VIET NAM

ET LES

ACCORDS DE PARIS

(1973)

Alain Ruscio[[historien, président du cid viêt nam]]

Revue Relations Internationales

n° 95

avril-juin 2013


TRACES


Paris, avenue Kléber, 13 mai 1968. En plein cœur des
«événements», alors qu’une immense manifestation
sillonne Paris (mais dans d’autres quartiers…), les délégations nord-vietnamienne (Hanoi) et américaine de la conférence
de Paris arrivent avenue Kléber et se rencontrent pour la première
fois.

Celle de la République démocratique du Viêt Nam (Hanoi) est
conduite par Xuan Thuy. Le principal décideur sera ensuite Le Duc
Tho, membre du bureau politique du PCV. Côté États-Unis, au début
de la conférence, c’est l’administration Johnson (démocrate) qui dirige
le pays; la délégation est dirigée par Averel Harriman. Plus tard, avec
l’avènement du républicain Nixon, Kissinger prendra le relais.

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Il semble
cependant évident à plus d’un observateur que d’autres interlocuteurs
doivent être parties prenantes. À Saigon subsiste un gouvernement,
que ses adversaires taxent de «fantoche», mais qui contrôle, certes
porté à bout de bras par Washington, une partie du territoire du Sud.
Par contre, de vastes zones lui échappent désormais, contrôlées par
le Front national de libération (FNL), allié de Hanoi.

Quelques mois
plus tard, ces deux nouveaux interlocuteurs rejoignent la table de
négociation. Entre-temps, le FNL s’est doté d’un organisme politique,
le gouvernement révolutionnaire provisoire (GRP), dont la délégation
est menée par son ministre des affaires étrangères, Mme Nguyen Thi
Binh, qui deviendra vite une figure populaire dans le monde entier.

En guerre depuis une génération

En cette années 1968, le Viêt Nam est en guerre, quasi sans
interruption, depuis une génération, précisément depuis qu’un
gouvernement issu de la Résistance française avait décidé de répondre
par la force aux aspirations nationales de son peuple, exprimées par
Ho Chi Minh (proclamation de l’indépendance, 2 septembre 1945,
Hanoi). Deux semaines plus tard, le corps expéditionnaire débarqué à la
hâte au Sud (appelé alors artificiellement Cochinchine) commençait
l’offensive.

Neuf ans plus tard d’une première guerre extrêmement
violente – sans commune mesure cependant avec ce que fut l’ère
américaine – et les colonialistes français étaient battus à Dien Bien
Phu (7 mai 1954), puis quittaient piteusement le pays (d’autant plus
vite que l’épreuve algérienne commençait immédiatement après…).

Les Accords de Genève de juillet 1954, qui avaient sanctionné cet
échec, coupèrent le Viêt Nam en deux, à hauteur du 17e parallèle:
au nord (Hanoi), le régime Ho Chi Minh s’installa; au sud (Saigon),
Ngo Dinh Diem installa un régime de fer, qui se voulait barrage
contre le communisme. On n’insistera jamais assez sur ce point:
ce 17e parallèle ne fut jamais, en droit international, une frontière.

Les accords avaient en effet également programmé une réunification
dans les deux années, au terme d’élections qualifiées de «libres
et générales». Or, tous les observateurs prévoyaient une victoire,
peut-être un raz-de-marée, des partisans d’Ho Chi Minh. Donc… les
élections n’eurent jamais lieu.

Sur le terrain, au sud, Washington,
déjà fortement impliqué dès la guerre française, avait pris en mains
les leviers de commande. Tout, alors, se ligua contre une réunification
pacifique qui eût épargné au Viêt Nam vingt et une années de
malheurs supplémentaires: Mendès France fut, dans le sud-est
asiatique, l’homme qui prit la responsabilité de passer le flambeau
de la défense du «monde libre» à Washington… le gouvernement
de la Chine populaire encouragea, de fait, le maintien de la partition
du Viêt Nam… L’Union soviétique fut étrangement passive… La
coexistence pacifique avait ses raisons: les Vietnamiens attendraient.

Ils n’attendirent pas.

Au sud du Viêt Nam, Diem commença immédiatement une
politique d’élimination systématique des opposants, tous taxés de
«communistes». C’était une question de vie ou de mort: s’ils voulaient
survivre, les partisans de la réunification devaient prendre les armes.

En 1960 fut fondé un Front de libération nationale. Washington
dictant sa loi au sud, Hanoi soutenant le FLN, la «seconde» guerre
du Viêt Nam, dite encore guerre «américaine», commençait.

Sur la violence de la « seconde » guerre du Viêt Nam

L’actualité est hélas remplie, saturée, de nouvelles du monde
qui évoquent des conflits. Depuis plus de 40 ans, Israël occupe
illégalement des territoires palestiniens. En Irak, en Afghanistan,
l’Occident sûr de ses valeurs, a porté le fer. En Libye hier, en Syrie
et au Mali en ce moment, de véritables guerres civiles – où là encore
l’Occident joue un rôle trouble – ont eu lieu, ou ont lieu.

Guerres cruelles, comme elles le sont toutes

La mémoire humaine est ainsi faite que, un conflit chassant
l’autre, la guerre «américaine» du Viêt Nam s’est banalisée, avec
les décennies. Seule peut-être la filmographie américaine raconte
encore, évidemment à sa façon, ce conflit. Ou encore la référence au
Viêt Nam chaque fois qu’une expédition armée occidentale s’enlise.

Et pourtant, il ne faut pas, il ne faudrait pas oublier la
spécificité de cette guerre, la plus longue et sans doute l’une des
plus meurtrières du xxe siècle.

La plus longue: c’est en fait à septembre 1945, on l’a vu, qu’il
faudrait remonter.

Saigon 1945 – Saigon (bientôt Ho Chi Minh-ville) 1975: trente
années, donc, de guerre. Certes, la phase «française» fut moins
intense que la phase «américaine». Certes, il y eut des accalmies,
des moments de négociations. Mais aussi, à partir de 1965, avec
une violence inimaginable, des pertes humaines dramatiques.

La décennie 1965-1975 sera en effet terrifiante. Tout le «complexe
militaro-industriel» américain est mobilisé.

En tout, 3 millions de
soldats américains sont envoyés sur le terrain, l’apogée étant atteint
en 1968 (516 000 hommes). Cette élite de l’armée américaine pourra
compter sur un immense potentiel de feu.

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L’aviation américaine
larguera deux fois plus de bombes que la totalité de celles utilisée
durant la Seconde Guerre mondiale (7 800 000 tonnes contre 3 500 000,
chiffres officiels américains).

La seule RDV (160 000 km², moins du
tiers de la France) recevra autant de bombes que tous les champs
de combats du Pacifique de 1941 à 1945.

Le Sud, le plus touché,
recevra «une tonne de bombes à la minute pendant trois ans», selon
l’image du Washington Post (avril 1972), dont 372 000 tonnes de
napalm.

Et que dire de l’utilisation systématique des défoliants et des
armes chimiques? On sait que c’est pendant cette guerre qu’a été
formé le mot «écocide».

Que dire, encore, de la répression politique
qui atteint des niveaux inimaginables, comme par exemple lors de
l’opération Phénix, véritable entreprise d’extermination physique des
cadres révolutionnaires du sud?

Un autre aspect est l’exportation du
conflit vers le Laos, puis le Cambodge, qui avaient été relativement
épargnés lors de la phase française.

Mais, au grand étonnement du monde, qui craignait la victoire
de la surpuissante machine de guerre américaine, le Viêt Nam résiste,
mais le Viêt Nam marque des points sur le terrain.

L’offensive du
Têt, début 1968, est de ce point de vue un formidable défi à cette
machine de guerre. Si les pertes vietnamiennes sont fortes, si le
bilan militaire doit être de ce fait réévalué, l’écho politique dans
le monde est énorme. Aux États-Unis, l’opinion s’inquiète. Cette
première grande guerre télévisée, comme on l’a qualifiée depuis,
marque les esprits. Des manifestations, d’abord étudiantes, puis
plus générales, ont lieu, en particulier à Washington. Ailleurs dans
le monde – et la France n’est pas la dernière – les manifestations,
les meetings, les prises de parole se multiplient.

Le 31 mars 1968, le président Johnson annonce qu’il ne se
présentera pas pour briguer un second mandat. Le piétinement de ses
armées au Viêt Nam est la cause majeure de cet aveu d’impuissance.

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C’est cette situation, et non une supposée bonne volonté, qui
amène les Américains à accepter la négociation. Pourtant, durant la
négociation de Paris, la guerre ne cessa pas et même, dans certains
cas, s’amplifia. On sait que c’est finalement le 27 janvier 1973, il y
a donc un peu plus de quarante ans, que les délégations entérinent
l’accord. C’est une immense victoire pour un Viêt Nam, qui vient
ainsi, après avoir fait plier les genoux au colonialisme français, de
mettre en échec l’impérialisme américain.

Immense victoire? Certes. Mais le régime de Saigon, toujours
porté à bout de bras et surarmé par Washington, occupe encore une
large portion du territoire du sud. Était-il imaginable que ces bellicistes,
ces militaires anticommunistes acceptent la situation nouvelle? Non.

L’encre à peine sèche, les derniers soldats américains partis, les
accrochages, sur le terrain, reprennent. De janvier 1973 à mai 1974,
Saigon est à l’initiative. Puis, les révolutionnaires, maquisards du
FLN et soldats du nord, reprennent la main. Le rapport des forces,
insensiblement, bascule. Entre un régime vermoulu, impopulaire et
corrompu, et la dynamique révolutionnaire, portée par la perspective
de la réunification, la lutte n’est désormais plus égale.

S’ajoute à cet état de fait l’affaiblissement du grand allié
américain. C’est précisément à cette époque qu’éclate le scandale dit
«du Watergate», qui va affaiblir durablement l’exécutif américain, au
moment même où son allié saïgonnais s’essouffle. Le 8 août 1974,
c’est un Nixon abattu qui annonce à ses compatriotes sa démission,
effective le lendemain. L’aigle de l’impérialisme américain bat de
l’aile. Et ce n’est pas le faible Gerald Ford qui peut lui redonner
son agressivité passée.

Une année encore, une dernière campagne, et les
révolutionnaires entrent à Saigon le 30 avril 1975. Le lendemain,
1er mai, magnifique symbole, le Viêt Nam connaît son premier jour
de paix depuis, donc, 1945.

Sur les racines de la politique vietnamienne

Beaucoup d’observateurs se sont interrogés sur la contradiction
entre la signature d’un accord de paix en janvier 1973 et une offensive
militaire, deux ans plus tard, au printemps 1975.

Contradiction apparente. Il faut, me semble-t-il, partir de
deux données complémentaires pour comprendre cette politique:

  • l’attachement multiséculaire des Vietnamiens à l’unité de leur pays;
  • la confiance limitée qu’ils avaient dans leurs alliances internationales

Sur la première thématique, il faudrait des heures d’explication
pour faire comprendre à des observateurs étrangers l’immense,
l’irrésistible aspiration des Vietnamiens à l’unité de leur pays. La
politique de l’Occident a toujours été de tenter de diviser ce pays.

Les Français avaient imaginé des entités totalement artificielles, une
Cochinchine au sud, un Annam au centre et un Tonkin au nord. Plus
tard, on l’a vu, l’Accord de Genève imagina un Nord Viêt Nam et un
Sud Viêt Nam tout aussi artificiels. À force de répéter sans cesse ces
deux noms, il est à gager que bien des politiques, des journalistes,
des observateurs, crurent sincèrement qu’il y avait désormais deux
pays, de part et d’autre du 17e parallèle.

Pour les Vietnamiens, il n’en était rien: de la frontière chinoise
à la pointe de Ca Mau, toutes sensibilités politiques confondues, il
n’y avait jamais eu, depuis des siècles, qu’un seul pays, leur pays,
le Viêt Nam. Même les hommes politiques que l’Occident a voulu
mettre en avant pour contrecarrer l’influence d’Ho Chi Minh l’ont
affirmé. Lorsque De Gaulle, en 1945, contacte le prince Vinh San,
l’ex-empereur Duy Tan, celui-ci répond qu’il exige une politique
respectant cette unité. Lorsque, ensuite, Paris joue la carte Bao
Dai, lorsque Washington joue celle de Ngo Dinh Diem, puis de ses
multiples successeurs, ces leaders, pourtant plutôt dociles sur les
autres points, ne veulent pas sacrifier cette unité.

Et, bien sûr, les leaders révolutionnaires n’ont jamais transigé
sur ce principe. C’est tout autant sur la question de l’unité que sur
celle de l’indépendance que les négociations avec Ho Chi Minh, à Paris
en 1946, échouent.

Et, plus tard, après Genève, quand ils entendirent
leurs ennemis prétendre que «le Nord» agressait «le Sud», quand
ils constatèrent que leurs alliés leur conseillaient l’attente (jusqu’à
quand ?) avant toute réunification, il y a fort à parier qu’ils laissèrent
parler… mais ne dévièrent pas d’un iota de leur but final.

C’est ici qu’intervient le second facteur, la confiance limitée
dans leurs alliés.

C’est, encore une fois, à l’expérience genevoise qu’il faut revenir.

On l’a vu, en juillet 1954, le monde socialiste a incontestablement
sacrifié la cause de l’unité du Viêt Nam sur l’autel de la coexistence
pacifique. Un mot, jamais écrit à cette époque dans les documents
vietnamiens, a alors pourtant cheminé dans tous les esprits: trahison.

On ne comprendrait rien à l’attitude des dirigeants vietnamiens
lors de la conférence de Paris, puis dans les deux années qui ont
suivi, sans avoir en tête cette situation: ils avaient été piégés une
fois, ils ne le seraient pas une seconde.

Or, une situation comparable se dessinait à l’horizon. Les
voyages de Nixon et Kissinger à Pékin et à Moscou, en 1972,
immédiatement avant la signature des Accords de Paris, avaient fixé
un cadre international qui, une fois de plus, voulait être imposé à
Hanoi: les dirigeants chinois, en particulier, soutiendraient le Viêt
Nam, politiquement et militairement… jusqu’à une certaine limite. Et
cette limite s’appelait maintien de la division du pays, élément garant
à leurs yeux de la docilité à venir d’un Nord Viêt Nam durablement
amputé. On sait aujourd’hui que, lors de l’offensive du printemps
1975, Pékin tenta, en vain, d’imposer in extremis une solution qui
aurait maintenu un État sud-vietnamien neutraliste.

N’oublions jamais un élément déterminant de la diplomatie
chinoise de cette époque: toutes les forces politiques qui n’épousaient
pas les thèses hostiles à Moscou alors en cours à Pékin étaient
suspectes, voire potentiellement ennemies. Les Vietnamiens, fidèles
en cela aux orientations définies par Ho Chi Minh, avaient fait un
choix: ne pas choisir entre les deux frères ennemis.

C’est cette situation internationale et régionale qui explique le court
délai entre la signature des accords de Paris et l’offensive d’avril 1975.

Les Vietnamiens avaient payé de 21 années de division de leur
pays l’échec de la conférence de Genève, ils refusèrent de payer de
20 années supplémentaires les calculs stratégiques des grandes
puissances.

Cette victoire, le peuple vietnamien l’a payée très cher.

Au nord du pays, plus de 4 000 communes, sur 5 778, ont
connu à un moment ou à un autre, souvent plusieurs fois, des
bombardements.

Sur les 30 capitales provinciales, 28 ont été atteintes.

3 000 écoles, 500 hôpitaux, des dizaines de milliers d’habitations,
d’édifices divers, ont été détruits, totalement ou partiellement.

Au sud,
les villes ont certes été moins touchées. Mais les «tares sociales»,
drogue, prostitution, délinquance, guerres des gangs, sont des
phénomènes de masse.

Les campagnes ont souffert, énormément
souffert. Partout dans le pays, les champs, les rizières, les forêts sont
truffés de bombes non explosées ou de défoliants.

Dix millions de
personnes, un Sud-Vietnamien sur deux, ont quitté leurs villages,
ont abandonné leurs terres.

Toutes les familles du pays ont un, deux, dix morts à pleurer.

Les blessés de guerre sont un demi-million, dont 200 000 estropiés,
100 000 aveugles, 20 000 paraplégiques… Il y a un million de veuves,
950 000 orphelins…

Il faut faire face à tout, et vite. Or, on ne doit pas oublier que
ce Viêt-Nam, magnifié (trop ?) par ses amis, est pauvre, très pauvre.

Cela paraît aujourd’hui bien loin. Quarante années plus tard,
le Viêt Nam est un pays en paix, souverain et unifié.


lire aussi sur l’Humanité:


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Il y a quarante ans : les accords de Paris sur le Vietnam

Le 27 janvier 1973, à Paris, sont signés les accords qui aboutiront, deux ans plus tard, à la fin de la guerre.

Le peuple vietnamien a fait plier l’impérialisme américain,

mais le régime de Saigon est toujours en place,

porté à bout de bras et surarmé par Washington.

article du 25 janvier 2013

de Alain Ruscio,

et illustré

avec des coupures de presse

http://www.humanite.fr/monde/il-y-quarante-ans-les-accords-de-paris-sur-le-viet-513708


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Le Vietnam continue à souffrir de de l’agent orange

L’un des produits chimiques les plus dangereux,

la dioxine, contenue dans l’agent orange

et répandue par l’armée américaine

de 1961 à 1971 sur le Sud-Vietnam,

est tenu pour responsable de la multiplicité

de malformations congénitales.

Des centaines de milliers de Vietnamiens en souffrent….

22 juin 2012

http://www.humanite.fr/monde/le-vietnam-continue-souffrir-de-%E2%80%A8la-guerre-sans-fin-de-l%E2%80%99agent-orange-499314


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OMAR AKTOUF: « HALTE AU GÂCHIS. EN FINIR AVEC L’ÉCONOMIE-MANAGEMENT À L’AMÉRICAINE »

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Dans un ouvrage paru aux Editions Arak, dans la collection Savoirs, Omar Aktouf décortique le caractère «insoutenable et non durable du capitalisme financier mondialisé».

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Ammar Belhimer qui présente le livre dans Le Soir d’Algérie dit de l’auteur:  » Omar Aktouf est un incorrigible pourfendeur de la langue de bois et de la nouvelle pensée unique du néolibéralisme ».

Omar Aktouf

Halte au gâchis.

En finir avec

l’économiemanagement

à l’américaine

Arak Editions

collection Savoirs

Alger 2013

156 pages


LES RAVAGES DU CAPITALISME FINANCIER

par Ammar Belhimer

Le Soir d’Algérie

le 25 juin 2013

Chronique du jour : À FONDS PERDUS

Les start-up qui n’arrêtent pas d’éclore dans le secteur de l’édition nous mettent beaucoup de baume au cœur et nous autorisent à rêver de lendemains meilleurs.

Nous évoquions mardi dernier l’effort entrepris par APIC en matière de réédition d’auteurs de renom, comme Georges Corm, Edward Saïd ou Samir Amin.

Aujourd’hui, c’est à un autre éditeur d’Alger que nous rendrons hommage: Abdallah Dahou qui anime avec brio la maison Arak qui vient d’inaugurer sa collection Savoirs avec la réédition d’un essai de haute facture théorique,
«Halte au gâchis. En finir avec l’économie-management à l’américaine », de notre compatriote Omar Aktouf, déjà auteur de nombreux ouvrages universitaires et sociétaux.

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Omar Aktouf est un incorrigible pourfendeur de la langue de bois et de la nouvelle pensée unique du néolibéralisme qui s’installe sans partage, à la faveur de la mondialisation.

L’auteur ouvre son essai avec une mise en garde contre la déferlante de la privatisation qui n’épargne aucun secteur, y compris ceux de la culture, de la connaissance et de la santé.

Première victime de cette déferlante: l’éducation. Elle est désormais chargée de «former des “employables” destinés à servir le profit privé régnant sur des marchés sans règles et sans limites».

Les élèves sont devenus des «clients» à l’entrée et des «produits à la sortie».

«Et c’est à qui “attirera” le plus de “clients” et fournira les “produits” les plus désirés par le “marché” pour se voir doté de plus de subventions et de plus de sources de financement.»

D’autres services publics pâtissent de cette logique de privatisation: l’électricité, le transport ferroviaire, l’eau et même… la gestion des prisons qui ont intérêt à «encourager les condamnations les plus lourdes, la délinquance la plus grave et la criminalité la plus florissante; toute situation contraire saperait les gains et la prospérité du business».

Le «management de type étatsunien», tourné vers la maximisation rapide des profits, plutôt que vers l’équilibre de la valeur d’usage (qualité) et de la valeur d’échange (profit escompté), a été encouragé».

Son produit: le manager de type «financier autoritaire omnipotent». Il est à l’opposé du modèle nippo-allemand, «où ces différences sont considérablement moindres et où l’objectif strictement financier passe après l’objectif d’harmonie employés/dirigeants et de qualité de produits et de services pour le client».

La nouvelle donne de la mondialisation est l’avènement du capitalisme financier à l’américaine en tant que système politico-économique.

Le principal aspect de sa récente évolution est l’expansion du financiarisme, du stratégicomanagérialisme et du technologisme.

Ce que Omar Aktouf qualifie de «bras armé» du néolibéralisme, c’est la prééminence de l’intérêt strictement financier:

«tout est coût ou devient coût à combattre à tout prix (les services publics, l’Etat, la société civile, les biens publics…). La principale et même unique question que doit se poser l’opérateur économique, c’est comment faire le maximum d’argent le plus rapidement possible. C’est alors que l’économie elle-même (si ce n’est le politique également) est devenue simple discours financier-comptable, et l’art du manager celui de maximiser les indicateurs financiers, quel que soit le procédé employé».

S’agissant du stratégico-managérialisme, perçu comme «seul mode de gouvernance et de management efficace, recommandable et universellement adaptable», il est décrit comme étant «pyramidal, centralisateur, donneur de privilèges – exorbitants – aux gros actionnaires et aux patrons au détriment des employés, de la nature et souvent du client luimême».

Peine perdue, soutient l’auteur qui refuse de se résigner.

La mondialisation étant l’agent même de son propre échec, du fait d’un «double mouvement de collapsus interne et externe», la défaite du capitalisme financier et la consécration relative du capitalisme industriel ne font pas de doute.

Le caractère «insoutenable et non durable du capitalisme financier mondialisé» est illustré par l’effondrement, comme un château de cartes, de monstres de la finance internationale, les scandales des subprimes, les délits d’initiés en continu, le gangstérisme des fonds de placements, les paradis fiscaux, la falsification des comptes d’entreprises, et la hausse des prix de l’énergie et des céréales: «Ils montrent que la quête continuelle de profits plus élevés finit par tuer le profit.»
_ Il s’installe alors un «un cercle vicieux, infernal et redoutable dans son expansion» qui combine stratégies de «dégraissage» et délocalisations et qui revient «à constamment tuer un salariat existant pour en générer un autre ailleurs, forcément et exponentiellement plus bas, moins qualifié, moins protégé».

Ce faisant, le capitalisme financier brûle la chandelle par les deux bouts: «Il élimine progressivement les débouchés pour ce qu’il déverse sur les marchés et il abaisse la capacité de la main-d’œuvre (devenue internationalement interchangeable et jetable selon les caprices de court terme des investisseurs) à assurer un minimum soutenable de productivité».

Karl Marx a bien perçu le phénomène il y a plus d’un siècle en écrivant: «Cette guerre (entre capitalistes) a ceci de particulier qu’elle ne se gagne pas en recrutant mais en congédiant les armées de travailleurs. Entre les généraux de l’industrie c’est à qui pourra congédier le plus de soldats.»

On peut alors légitimement se demander si le modèle a encore besoin de main-d’œuvre dans cette «nouvelle économie» ou «économie du virtuel», ou encore «économie sans travail», qui met sur le marché mondiaux «des montagnes d’argent artificiel, qui, n’ayant pas d’équivalent dans l’économie réelle (emplois, produits et services – utilités concrètes), ne peut évidemment qu’être le moteur de l’emballement d’une machinerie d’économie — casino devenu mondial – incontrôlable et plus destructrice que bénéfique».

A contrario, le capitalisme, dit industriel, qui a cours au Japon, en Corée du Sud, en Europe du Nord et, depuis peu, en Chine, au Brésil et en Inde, se porte de mieux en mieux.

Ici prévaut «d’une part, le point de vue de l’ingénieur, du technicien, du producteur directeur, non pas celui du financier comptable ; et d’autre part, la concertation, la cogestion, la codécision et la participation, non pas le centralisme de «stratèges-leaders» aussi omnipotents et omniscients qu’inatteignables et incompétents».

Omar Aktouf réserve une place particulière à la comptabilité, «comme savoir et savoir-faire stratégique», à partir de son rôle historique déterminant dans le passage «de l’économie domestique artisanale» à celle «hors sphère domestique et manufacturière» et le passage du simple «partage du labeur commun» à la calculabilité de l’effort de chacun, c’est-à-dire le salariat.

Le métier en question et ses activités connexes, comme la finance et l’audit, acquiert un statut particulier à l’aune de la mondialisation: il est tourné vers la maximisation de la valeur d’usage.

L’auteur rappelle à juste titre, «la collusion et le conflit d’intérêts entre firmes d’audit et entreprises auditées (qui) ont fait le lit des méga-scandales de faux états financiers, de faux profits, de faux gains des actionnaires que l’on a observés et que l’on continue d’observer dans maints pays du capitalisme financier».

Les conséquences politiques d’une telle évolution sont soigneusement répertoriées; elles tiennent à la sacro-sainte prédiction que «l’entreprise privée est une institution automatiquement fondatrice de liberté et, ipso facto, de démocratie».

Elle sert de support à une hiérarchie de «trois niveaux de serviteurs- reproducteurs du système:

  • les technocrates décideurs, souvent diplômés universitaires, ennemis de la nature et amputés affectifs et sociaux;
  • les techniciens analystes, diplômés professionnels, amputés de cœur et de jugement, bourrés de secs automatismes de résolution de problèmes;
  • et enfin les opérateurs exécutants, amputés de pensée propre et bourrés d’automatismes opératoires».

    Dieu nous en préserve.

A. B.

repris sur le blog algerieinfos-saoudi:


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«HALTE AU GACHIS», LE PROFESSEUR AKTOUF VOUS PARLE…

par Samy Injar

Le Quotidien d’Oran

le 9 juillet 2013

Le professeur Omar Aktouf est enfin édité en Algérie. Ce tribun iconoclaste, enseignant dans une prestigieuse école de management, HEC Montréal, mais néanmoins pourfendeur infatigable du capitalisme financier et du néolibéralisme, nous implore de ne pas imiter le modèle américain.

« Halte au gâchis» est le titre qu’a choisi de publier en premier la maison d’édition Arak. Il s’agit d’un pamphlet flamboyant de 156 pages annonçant la mort du capitalisme financier. Nous sommes alors en 2008 et la crise des subprimes prépare l’écroulement de Lehman Brothers et de Wall Street. Le professeur Omar Aktouf a bien conquis le droit de prendre des postures messianiques. En 2002, dans «la stratégie de l’Autruche», il annonce déjà l’apocalypse au bout de la mondialisation triomphante qui broie les humains et la nature. A contre-courant de l’euphorie ambiante. Dans le livre désormais disponible dans toutes les bonnes librairies, le professeur n’a pas encore «sous la main» le krach de septembre 2008 pour étayer un propos pamphlétaire sur «l’expansion du profit qui tue le profit». Tant pis, les scandales d’Enron, de Tyco, Xerox, jusqu’à Vivendi sont là pour montrer la faillite du management à l’américaine qui écrase «la ressource» devenue non humaine au seul service des actionnaires et qui finit par mendier piteusement le sauvetage aux Etats et aux banques centrales. «Halte au gâchis» reprend pour mieux illustrer quelques-unes des pistes typiques de la pensée Aktoufienne sur le management stratégique. La supériorité du modèle capitaliste rhénan nippon sur l’anglo-saxon. La nocivité des écoles de management qui reprennent dans le monde à l’envi les recettes financières de maximisation du profit de Michael Porter, le théoricien d’un management de la segmentation de la chaîne de valeur. L’ascendant du capitalisme financier d’abord sur le capitalisme industriel ensuite sur le reste du monde a conduit à des drames innommables. Mais aussi à une bonne nouvelle. La mort du capitalisme financier. Ce modèle est en train de s’effondrer qui met le détenteur non pas du métier, mais du capital au centre d’un pouvoir démiurgique.

QUOI DE NEUF PROFESSEUR ?

Pourtant, pour ceux qui connaissent depuis quelques années l’œuvre du professeur, la question fuse au bout de quelques paragraphes de «Halte au gâchis»: quoi de neuf donc dans les anticipations visionnaires de citizen Aktouf, compté parmi les 75 personnes les plus influentes au Canada ? Il y a dans «Halte au gâchis» deux ou trois idées qui à défaut de renouveler le corpus Aktoufien, lui donne une consistance plus forte que les reproches que lui font ses contradicteurs de négliger parfois dans ses travaux. La toute première est une tentative d’expliquer ce qui n’a pas marché dans le nouveau cycle d’expansion du capital mondialisé. Sans revenir sur les moteurs des périodes de croissance antérieures, notamment les trente glorieuses de l’après-seconde guerre mondiale, Omar Aktouf suggère à la page 44 l’échec pour le capitalisme de faire du secteur tertiaire non marchand un moteur de la croissance, comme l’une des raisons de l’écroulement de la mondialisation financière sur elle-même. Les industries de l’information et de la distraction n’ont pas réussi à créer vraiment une nouvelle économie: «Ce secteur, même soumis aux règles et aux jeux de marché, ne peut tout simplement pas se nourrir lui-même et encore moins nourrir les autres secteurs de l’économie». La révolution des nouvelles technologies de l’information et de la communication a oublié quelque chose. La barrière d’accès au numérique. Elle laisse des pans entiers de la société mondiale en dehors de cette consommation de nouvelle génération. Goulot de débouchés dans le cycle marchand.

ARISTOTE FACE A LA BOULIMIE CAPITALISTE

En réalité, «Halte au gâchis» décrit tout au long de paragraphes divers l’étreinte d’une asymétrie qui étrangle la planète. D’un côté «le dessèchement de la demande solvable», une «accentuation dramatique de la paupérisation», et de l’autre une concentration jamais égalée de richesse entre un petit nombre de mains. Une reproduction qui prétend à l’universalité de la distorsion du modèle américain de management. Le boss est tout, le créateur de la valeur rien. Mais «Halte au gâchis» développe encore d’autres intuitions fécondes de l’auteur. Notamment celles qui lui permettent de déconstruire le mécanisme de la pensée de l’enseignement managérial dominant. Le professeur Omar Aktouf propose à la fin de son essai de recourir à Aristote pour refonder une éthique à l’accumulation matérielle des individus et des sociétés. Il constate que la notion de «contentement» est plus forte dans les sociétés arabo-musulmanes et en Afrique. Grâce en partie à l’héritage aristotélicien sauvegardé par les arabes. Dans son «Ethique à Nicomaque», Aristote rapporté par Omar Aktouf épilogue: «Choisissant indéfiniment une chose pour une autre, nous ne connaîtrons ni contentement ni repos, et cette poursuite indéfinie du plaisir nous en éloigne sans cesse».

sources:

http://www.lequotidien-oran.com/index.php?news=5185162


CE QUE L’ÉGYPTE POURRAIT EVITER DANS LE «SCÉNARIO ALGÉRIEN»

Yassin Temlali

Le quotidien d’Oran

Maghreb Emergent

6 juillet 2013

Il est très courant, ces jours-ci, de parler de la «réédition du scénario algérien» en Egypte, où le processus révolutionnaire lancé en janvier 2011 traverse un moment critique, avec le retour de l’armée sur le devant de la scène et son hold-up caractérisé sur la formidable mobilisation anti-Morsi, initié par le mouvement Tamarod.

Il n’est pas nécessaire d’énumérer toutes les différences entre ce qui s’est passé dans ce pays et l’annulation, par les militaires algériens, des élections législatives de décembre 1991, remportées par le Front islamique du salut (FIS). Citons-en seulement deux, les plus importantes.

  • La première est que la démission de Mohamed Morsi était une revendication réellement populaire, ce qui n’était pas le cas de l’arrêt du processus électoral en Algérie, où, pour une partie non négligeable de l’électorat, seuls les intégristes radicaux pouvaient en finir avec le système FLN.
  • La deuxième différence est que cette revendication n’était pas une manifestation de peur abstraite du pouvoir islamiste mais une réaction à l’échec des Frères musulmans à améliorer la situation socio-économique et sécuritaire ainsi qu’à leurs tentatives d’islamisation de l’appareil de l’Etat, dont l’exemple caricatural a été la désignation d’un ancien dirigeant du groupe intégriste qui a assassiné des dizaines de touristes étrangers à Louxor (1997)… à la tête du gouvernorat de Louxor.

    Dans un pays où quelque 10% de la population sont chrétiens et où le développement de la religiosité n’a pas réussi à bloquer le processus de sécularisation de la société, à l’œuvre depuis un siècle et demi, le discours islamiste était de plus en plus perçu comme une surenchère sectaire, menaçant le mutli-confessionnalisme égyptien voire la diversité même de l’islam (le massacre de chiites, le 23 juin 2013).

Ces différences avec l’Algérie signifient-elles que la situation en Egypte n’évoluera pas, pour ainsi dire, «à l’algérienne»? En d’autres termes, les organisations politiques islamistes les plus radicales ne seront-elles pas tentées par la violence? Ce risque n’est, malheureusement, pas à écarter.
Ces organisations n’ont pas toutes révisé leur «doctrine du djihad», et certaines croient encore aux armes comme ultime recours contre le taghout, aujourd’hui incarné, à leur grand désarroi, non seulement par le général Abdelfattah El Sissi mais aussi par des millions d’Egyptiens de toutes conditions sociales. Il n’est pas exclu qu’appliquant la vieille maxime qui enseigne que «la meilleure défense c’est l’attaque», elles réagissent par anticipation à la répression qui pourrait s’abattre sur elles dans le sillage de la destitution de Mohamed Morsi et de l’arrestation de plusieurs dirigeants des Frères musulmans.

Si ce pronostic, à Dieu ne plaise, se réalise, il n’est pas improbable que leurs rangs se renforcent des membres de cette confrérie les plus sensibles au discours jihadiste.

L’ARMEE DE RESERVE DES JIHADISTES

Il serait utile de rappeler ici certains événements des années 1990 en Algérie. La première action militaire islamiste depuis le démantèlement du maquis de Bouyali (1982-1987) a eu lieu fin novembre 1991, soit un mois avant la suspension des législatives remportées par le FIS; il s’agit de l’attaque d’une garnison à Guemar (Sud-est) par le Mouvement islamique armée (MIA), qui n’avait pas de lien organique avec ce parti et rejetait son projet d’édification de l’Etat islamique par la voie électorale.

Le jihadisme algérien, dans les années 1990, avait ainsi son propre agenda, ce qui paraît être le cas du jihadisme égyptien (l’élection de Mohamed Morsi n’a pas mis fin aux attentats dans la presqu’île du Sinaï). Cela veut-il dire que l’arrêt des législatives de 1991 a joué un rôle mineur dans l’explosion de violence et de contre-violence qu’a vécue l’Algérie à partir de 1992? Cette décision du Haut commandement de l’armée, maquillée en sauvetage de la République, a fait apparaître les jihadistes aux yeux des cadres du FIS comme des hommes clairvoyants, qui ne se sont pas laissés envoûter par les sirènes de la légalité. Elle a ouvert aux islamistes radicaux, déjà actifs au sein du MIA et d’autres groupes (dont un issu du FIS, le Mouvement de l’Etat islamique, de Saïd Makhloufi) des perspectives de recrutement inespérées de centaines de militants qui s’estimaient dépossédés de leur victoire et, surtout, fuyaient la répression.

Car on a poussé l’irresponsabilité jusqu’à interner des milliers de cadres du FIS, «à titre préventif», dans les «camps du Sud» et charger des escadrons de la mort d’abattre des centaines d’autres. Une partie des locataires de ces sinistres camps prendront le maquis dès leur libération et y rejoindront ceux qui les y avaient précédés pour échapper aux exécutions sommaires.

Cette gestion catastrophique de l’après-janvier 1992 est la raison majeure de la tragédie des années 1990 et non, «en soi», l’annulation d’élections législatives qui, dans des circonstances de tension politique extrême et de bipolarisation FLN-FIS, ne pouvaient être ni libres ni démocratiques. Nous pouvons dire, plus de 21 ans plus tard, que ce drame aurait peut-être été évité si les dirigeants de l’armée ne s’étaient pas tant aveuglés sur les conséquences de leurs décisions. L’Algérie aurait-elle perdu des dizaines de milliers de ses enfants si on n’avait pas arrêté et exécuté sans jugement tant de militants islamistes, si l’interdiction du FIS n’avait pas été l’annonce des funérailles de l’ouverture démocratique consécutive à l’intifada d’octobre 1988?

EGYPTE: LA TENTATION DU TOUT-SÉCURITAIRE

C’est cet épisode du célèbre «scénario algérien» qui doit être médité en Egypte par les partisans de l’«éradication militaire de l’islamisme», un fantasme qui est loin d’être purement algérien. Les erreurs de la décennie rouge doivent d’autant moins être commises dans ce pays que la désaffection vis-à-vis de l’islam politique y est à son comble et qu’elle-même est sans précédent dans l’histoire. S’il ne veut pas que ce puissant élan anti-islamiste s’éteigne lamentablement, dans des règlements de comptes exécutés par les fouloul (résidus du moubarakisme), le mouvement opposé aux Frères musulmans doit modérer les ardeurs de ses éradicateurs qui rêvent de «renvoyer les islamistes en prison» et non de les vaincre dans une compétition démocratique, dont les règles interdiraient l’étouffement des libertés politiques aussi bien que l’instrumentalisation de la religion pour accéder au pouvoir.

Des poursuites judiciaires à l’encontre des principaux dirigeants des Frères musulmans égyptiens ont déjà été engagées. Elles ont été ordonnées par un Procureur général nommé par Hosni Moubarak, éphémèrement limogé par Mohamed Morsi et revenu à son poste la veille de la destitution de celui-ci. Bien qu’elles soient formellement fondées (appels à la violence et à la haine religieuse¸etc.), elles ont tout l’air d’une vendetta légale, menée par une justice qui n’a toujours pas condamné les responsables de la répression de janvier-février 2011 et qui continue d’innocenter les symboles du régime de Moubarak.

Si cette répression s’élargit à la base de la confrérie islamiste, elle pourrait, comme en Algérie, en 1992, pousser beaucoup de ses cadres dans les bras des jihadistes. La géographie de l’Egypte (l’absence de maquis pouvant constituer des «zones libérées») ne favorise, certes, pas une insurrection à l’algérienne. Mais un retour aux affaires, sous la houlette des militaires, de fouloul ragaillardis et revanchards, qui n’ont de programme que l’asservissement politique et économique des Égyptiens, pourrait en provoquer une, de basse intensité. Le prétexte serait alors tout trouvé pour remettre aux calendes grecques cette démocratisation qui fut une des revendications centrales de l’intifada du 25 janvier 2011.

Yassin Temlali


FACE À UNE AMÉRIQUE DU SUD UNIE ET SOUVERAINE, LA FRANCE ET L’EUROPE RIDICULES

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On aurait aimé que la diplomatie algérienne et les voix officielles, soient l’une des premières et des plus vigoureuses à protester contre cette violation du droit international, car l’Algérie a été dans l’histoire la première victime de ces pratiques jusque là inédites de piraterie internationale aérienne, avec l’interception en octobre 1956 de l’avion transportant cinq dirigeants et personnalités du FLN, en déplacement pour une mission de paix!

Hasard de l’Histoire ou atavisme impérialo-colonialiste, c’était une fois de plus sous un gouvernement socialiste français se réclamant à tous vents d’un ordre démocratique international que s’était déroulé ce méfait d’envergure.

5 juillet 2013

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Les présidents de l’Union des Nations d’Amérique du Sud

Rafael Correa (Equateur),

José « Pepe » Mujica (Uruguay),

Cristina Fernandez (Argentine),

Evo Morales (Bolivie),

Nicolas Maduro (Venezuela),

Dési Bouterse (Surinam)

et d’autres pays membres comme le Pérou ou la Colombie,

demandent « des excuses et des explications à la France et aux autres pays » dont les gouvernements ont abdiqué leur souveraineté et violé le droit international sur injonction du gouvernement des États-Unis.

La réponse n’a pas tardé. Ce 4 juillet à Cochabamba (Bolivie), lors de la réunion d’urgence de l’UNASUR accompagnée d’une mobilisation des mouvements sociaux, le président équatorien Rafael Correa résume la position de ses homologues latino-américains au sujet de l’atteinte à la souveraineté de la Bolivie et à l’immunité de son président Evo Morales[[Lire également l’article de Maurice Lemoine, ex-rédacteur en chef du Monde Diplomatique et spécialiste de l’Amérique Latine, « France – Espagne – Italie – Portugal, les petits chiens de l’Oncle Sam »,http://www.legrandsoir.info/les-petits-chiens-de-l-oncle-sam.html]]: “nous n’acceptons pas qu’on nous traite comme une colonie, le monde entier doit réfléchir à la gravité de ce qui s’est passé : on a empêché un président jouissant d’une absolue légalité de traverser un espace aérien. Si cela s’était produit contre les États-Unis ou un pays européen cela aurait constitué un casus belli. On a détruit la Charte des Nations Unies et l’amitié entre États. (..) Que Edward Snowden fût ou non dans l’avion n’entre pas en ligne de compte. Un président a le droit de transporter qui il veut dans son avion. Le problème est que certains se sont perdus dans l’Histoire il y a 500 ans et que le droit international qu’ils invoquent si souvent ne vaut que quand il leur convient”.

La présidente argentine Cristina Fernandez qui avait dès les premiers instants, depuis son compte Twitter, dénoncé « la violation de l’immunité absolue conférée par le droit international, garantie par la convention de 2004 et le Tribunal de la Haye », souligne qu’ « il ne s’agit ni d’une erreur ni d’un problème technique, ils veulent comme il y a cinq siècles nous soumettre, une fois de plus, à l’humiliation et à l’asservissement. »

Le président vénézuélien Nicolas Maduro explique « qu’en quelques secondes nous nous sommes retrouvés dans ce monde unipolaire que nous rejetons tous, où un seul se croît le maître du monde. L’Amérique Latine rebelle et révolutionaire se lève et parle d’une seule voix » et rappelle que le 12 juillet une réunion du Mercosur analysera également cette violation du droit international, déjà condamnée par l’ALBA, l’OEA et les autres nations latino-américaines, du Chili à Cuba et du Mexique au Nicaragua ou au Brésil.

T.D., Caracas, le 5 juillet 2013.

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Nous publions le point de vue de Patrick Bèle, journaliste au Figaro. Si “Le Monde” ou “Libération” restent enlisés dans des règlements de compte idéologiques franco-français sur ce qui bouge en Amérique Latine, en revanche le Figaro, lu par des entrepreneurs en quête de marchés, se doit à une certaine empathie avec le réel, du moins dans ses pages « internationales ».

AVION DE MORALES: LA FRANCE ET L’EUROPE RIDICULES

Par Patrick Bèle

“Le Figaro”

le 4 juillet 2013

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Ainsi donc, François Hollande, président de la République française, a expliqué depuis Berlin, que dès lors que «j’ai su que c’était l’avion du président bolivien, j’ai donné immédiatement l’autorisation de survol» de la France. Voilà donc l’hôte de l’Elysée transformé en aiguilleur du ciel.

Consternant.

Tout aussi consternant que la déclaration alambiquée du Quai d’Orsay qui exprime «les regrets de la France suite au contretemps occasionné pour le président Morales par les retards dans la confirmation de l’autorisation du survol du territoire par l’avion du président».

Rappel des faits: le président bolivien, Evo Morales, rentrait de Moscou dans son avion présidentiel quand la France et l’Italie ont refusé le survol de leur territoire après que le Portugal a interdit une escale technique indispensable avant la traversée de l’Atlantique, au motif que Edward Snowden, l’informaticien à l’origine des révélations sur l’espionnage massif organisé par les Etats-Unis (programme PRISM) principalement contre l’Europe était dans l’avion. Information qui s’est révélée fausse.

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Le président Evo Morales a dû faire escale à Vienne où l’ambassadeur espagnol, sous prétexte de boire un café avec le président bolivien, aurait tenté de monter dans l’avion présidentiel pour vérifier si Edward Snowden était à bord ou non.

Mais quand bien même la présence de Snowden aurait été avérée, comment la France, qui vient de protester vigoureusement contre l’espionnage massif dont elle est victime, peut-elle se permettre de refuser le survol d’un avion présidentiel à ce motif?

Les circonlocutions du Quai d’Orsay invoquant «un retard dans la confirmation de l’autorisation» sont stupides: quand un avion présidentiel doit survoler le territoire national, les demandes de survol sont déposées très en amont et, en l’espèce, l’autorisation avait été obtenue le 27 juin.

Cette affaire révèle au grand jour la soumission de l’Europe en général et de la France en particulier aux diktats de Washington. Alors que, comme “Reporters sans Frontières” le demande, l’Europe devrait protéger Edward Snowden, trois de ses membres (Italie, France et Portugal) se sont comportés comme les simples supplétifs de Washington dans sa volonté de poursuivre devant la justice ce lanceur d’alerte.

Elle révèle aussi l’incroyable comportement néocolonial de l’Europe qui, au mépris de toutes les règles internationales, se permet d’interdire à un chef d’Etat le survol de son territoire l’obligeant à une humiliante escale de 13 heures à Vienne. Déjà il y a un an, la menace de Londres de donner l’assaut contre l’ambassade équatorienne pour récupérer Julian Assange, créateur de Wikileaks, avait été un exemple de ce mépris européen pour les pays latino-américains et le droit international.

Mais dans cette affaire, ce n’est pas le président bolivien qui a été humilié mais bien l’Europe, qui s’apprête, comme si de rien n’était, à entamer les négociations sur l’accord de libre-échange avec les Etats-Unis à partir de lundi prochain (sous la surveillance des micros de la NSA?).

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Les pays sud-américains n’ont pas manqué de réagir. Un Sommet de l’Unasur[Texte intégral (espagnol) de la déclararation du somment de l’UNASUR, Cochabamba, 4 juillet 2013: [DECLARACIÓN DE COCHABAMBA]] s’est tenu à Cochabambace jeudi 4 juillet.

La présidente argentine Cristina Kirchner a estimé qu’un avion «disposant d’une immunité absolue a été illégalement détenu dans la Vieille Europe, ce qui constitue un vestige du colonialisme que nous pensions totalement dépassé. Cela n’a pas été seulement une humiliation pour la Bolivie, mais pour toute l’Amérique du Sud».

De son coté, le gouvernement chilien «regrette et refuse le traitement auquel a été soumis le président de la Bolivie… et lance un appel à éclaircir ce qui s’est passé». Rappelons que le Chili est présidé par Sebastian Pinera, qui n’est pas exactement un dangereux gauchiste anti-états-unien.

(Photos David Mercado/Reuter à La Paz et Patrick Domingo/ AFP à VIenne.)


1948 – 1954: LES LUTTES PAYSANNES DANS LA RÉGION DE TLEMCEN – LE TÉMOIGNAGE DE JACQUELINE GUERROUDJ

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Cette rétrospective rappelle à ceux qui l’ont connue quelques unes des difficiles et néanmoins exaltantes batailles sociales et politiques qui ont marqué les campagnes algériennes avant l’insurrection de 1954. Elles ont conféré à celle ci une combativité et une conscience politique plus grandes.

Je me souviens avec émotion de l’abnégation, de l’esprit de solidarité, de la soif de connaissances et du niveau de conscience des militants et de la base populaire, ainsi que des moments évoqués pour cette région de Tlemcen-Sidi Bel Abbes, où l’atmosphère générale avait évolué depuis les batailles mémorables qui avaient fait trembler la grosse colonisation, notamment à Descartes, Ain Nehala etc. (où fut installé un des premiers villages agricoles « socialistes » après l’indépendance).

J’y étais, en tant que membre du CC, chargé de suivre régulièrement l’activité des sections et de leur direction régionale.

Deux souvenirs parmi d’autres dont l’un, oublié, m’a été rappelé récemment par Djilali (Abdelqader) Guerroudj: la brusque et grave maladie de Jacqueline dans cette région médicalement démunie, ma présence inopinée avait permis un diagnostic à temps et son évacuation rapide.

Plus tard, à Sidi Bel Abbès où j’étais venu pour la conférence régionale du parti, j’eus la chance inoubliable le 8 mai 1954 d’assister avec mes camarades à la décomposition du moral colonialiste dans cette ville berceau de la “Légion Etrangère”, suite à leur défaite de Dien Bien Phu annoncée la veille.

De leur côté dans une ville qui avait changé d’allure par rapport aux années précédentes, les Algériens pour la première fois célébraient un 8 Mai dans l’allégresse, se souhaitant mutuellement bonne fête et aidkoum mabrouk. « On les a eus les « Chleuhs », (autre nom donné par les français aux « Boches » durant la première guerre mondiale) s’exclamaient de vieux camarades cheminots européens et « l’aqouba lina! » (À nous la prochaine!) ajoutaient la mine réjouie les camarades ouvriers agricoles et paysans.

C’était cinq mois avent le 1er novembre.

S. H.


Synthèse et présentation

des documents et témoignages

par Mohand Salah

L’extrait du livre « des douars et des prisons » donné ci-dessous illustre la montée des grandes luttes des paysans pauvres et ouvriers agricoles à la charnière des années 1948 – 1950.
[[À la fin des années 1940 les luttes paysannes s’organisent, s’amplifient et rejoignent les luttes ouvrières

  • … »L’action revendicative connait des poussées particulières en novembre-décembre 1947, en juin-juillet 1948 et à l’automne de cette même année, et se caractérise par une participation massive d’ouvriers algériens, ouvriers agricoles et mineurs notamment…… » in “Algérie – Mouvement ouvrier et question Nationale – 1919 / 1954″, de Nora Benallègue-Chaouia – OPU Alger 2010.]]

Dans un climat de répression permanente, ces grèves, soutenues par la CGT et le PCA, rejoignent les luttes ouvrières; elles imposent chaque fois davantage la nécessaire unité d’action à la base, et favorisent le rapprochement entre les différentes forces du mouvement syndical et du mouvement national [[le “Front Algérien pour la Défense et le Respect de la Liberté”, constitué en août 1951, permettra, pendant quelques mois, une certaine unité d’action, en dépit de nombreux obstacles, idéologiques et tactiques…

  • … le PCA vit des changements profonds dans sa composition et dans son programme, et par ses revendications de « République Algérienne »… il se rapproche du parti le plus radical le PPA-MTLD…
  • Lors de la formation en juin 1954, de l’Union Générale des Syndicats Algériens (UGSA), le Comité de Coordination des Syndicats Confédérés d’Algérie est confirmée comme son « organe d’orientation et de direction »

in “Algérie – Mouvement ouvrier et question Nationale – 1919 / 1954″, de Nora Benallègue-Chaouia – OPU Alger 2010.

et « Kaidi Lakhdar, une histoire du syndicalisme algérien – entretiensde Nasser Djabi – Chihab éditions – Alger 2005.]].

On se rappelle le procès des “meneurs” de la grève des ouvriers agricoles de l’Oranie en septembre 1951 à Tlemcen,
[[récit du procès de Tlemcen, [article de Maître Ahmed Abid, avocat du barreau d’Oran et historien, le 13 décembre 2006 dans El Watan
« Jacques Vergès,Thuveny, Hassar et les autres… dans le procès de rupture »->http://www.djazairess.com/fr/elwatan/56114] ]]

… quatre grévistes sont condamnés: Berrahou Mahjoub, Boumediène Boumediène, Hallel Ahmed et Hamdaoui Kouider,

Un appel est interjeté et fixé pour le 9 novembre 1951. À la veille du jour d’appel, l’événement est marqué par diverses formes de solidarité pour l’acquittement des condamnés. Des meetings sont organisés par les partis nationalistes toutes tendances confondues. À celui de Tlemcen, prennent la parole: Chalabi (Ouléma), Méziane (UDMA), Bellistant (PCA), Boudha (MTLD), Mahrouz Benamar (CGT), 1000 personnes assistent au meeting.

À Oran, le meeting est organisé par la CGT où cheikh Saïd Zemmouchi (Ouléma) prend la parole devant 600 personnes. La formation d’un comité de défense est composé… Des manifestations populaires agitaient Tlemcen en pleine effervescence. Les manifestants scandent des mots d’ordre qui poussent à la révolte: «S’berr D’berr» (la patience est à bout). Le jugement est mis en délibéré, le verdict n’est rendu que trois jours plus tard. Tandis que les deux autres sont libérés, Berrahou est condamné à 15 mois de prison et Boumediène Boumediène à 6 mois de prison.[[Me Ahmed Abid, déjà cité]]

Les camarades d’Oranie, dont les femmes d’Oran se mettent sur les rails pour empêcher le départ du train qui devait emmener Berrahou au bagne de Berrouaghia[[150 femmes de l’Union des femmes algériennes (UFA) dont Yamina Nora et Gaby Géménez s’opposent au passage du train. qui doit emmener Berrahou au bagne de Berrouaghia.]] .


… / … extraits du livre témoignage de Jacqueline Guerroudj

« des douars et des prisons »[[1ère édition Bouchene 1993 – EDIF – 2000 – réédition- Alger 2010]]

1ère édition Bouchene 1993

EDIF – 2000

réédition- Alger 2010

Refuser l’inacceptable

Les groupes de paysans communistes[[ extraits du livre témoignage de Jacqueline Guerroudj « des douars et des prisons »1ère édition Bouchene 1993; EDIF – 2000; réédition- Alger 2010]]

Ouchba

Ces paysans dont-je viens de parler – celui du café sur la montagne et ceux de Terni – faisaient partie des groupes de paysans communistes de la région[[II s’agit de paysans pauvres, sans terre ou possesseurs d’un lopin dérisoire, s’employant comme ouvriers agricoles ou comme khammès (qui reçoivent une part de la récolte pour salaire, comme les métayers, mais métayer vient de moitié, et khammès vient de cinquième).]], groupes auxquels j’ai été intégrée, puisque j’habitais sur place et que j’appartenais au Parti Communiste Algérien (PCA). Appartenance de fraîche date, mais j’ai trouvé alors bien des raisons pour confirmer mon choix.

J’ai été étonnée de trouver dans ces montagnes des groupes importants de paysans structurés au sein du PCA, groupes qui couvraient une large zone, avec plusieurs centres particulièrement actifs. Ouchba était le plus proche, en rapports étroits avec Chouli, Terni, Oum El-AIou … Il y en avait d’autres à Ouled Mimoun (ex-Larmoricière), Aïn-Témouchent, etc.
L’éclosion surprenante de ces groupes de paysans communistes autour de Tlemcen résulte sans doute d’un faisceau de circonstances difficiles à cerner, parmi lesquelles:

  • une période de sécheresse, de rationnement, et de misère extrême dans l’Oranie entre 1942 et 1947, période au cours de laquelle ces groupes se sont créés.
  • l’existence de « communes mixtes » précisément celles de Sebdou, Remchi et Lamoricière, où les brimades et les exactions des caïds et bachaghas s’ajoutaient à celles de l’administration coloniale,
  • la brusque montée au pouvoir, en 1945 après la guerre mondiale, des forces de gauche qui ont investi plusieurs municipalités de la région,
  • des contacts avec des ouvriers-cheminots syndiqués et la participation à leurs luttes quand on faisait appel à la main-d’œuvre locale pour des travaux de terrassement pour la construction ou la réfection de voies ferrées.
  • l’émergence de personnalités fortes. dont le rayonnement a catalysé les potentialités des paysans de ces régions, comme Tahar Ghomri et Medjdoub Berrahou à Ouchba, Boumédiène Boumédiène à Lamoricière (Ouled Mimoun), ou Benamar Mahrouz à Ain-Temouchent, etc.

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Réunion clandestine aux environs de Tlemcen

Boris Tadslizki – 1952 – Coll. particulière

Leur aptitude, alors qu’ils étaient quasiment illettrés et géographiquement isolés, à la réflexion, à l’organisation efficace et à l’entraide, était surprenante.

J’ai été conquise par leur aisance à m’accueillir, m’adopter, m’intégrer, sans paraître gênés de ce que j’étais une femme, française, citadine, instruite, petite-bourgeoise, ne parlant pas arabe. Cette différence, ils ne la ressentaient pas comme un obstacle à notre possibilité de communiquer et d’agir ensemble, mais plutôt comme un nouvel apport enrichissant.
Je les ai vus, et admirés, à l’œuvre dans des circonstances variées.
Mais la première réunion à laquelle j’ai assisté était pour moi une vraie première! À Ouchba, les militants du parti avaient construit eux-mêmes, en pierre dure, un beau local en forme de rectangle allongé. Dans la pénombre, faiblement éclairée par des bougies ou des lampes à pétrole, une vingtaine à une trentaine d’hommes prenaient place.

Tahar, Berrahou ou Kaddour commençaient par donner toutes les informations récentes, des plus générales à celles qui les concernaient directement. Ensuite, ils exposaient les problèmes qui étaient à l’ordre du jour. Suivait un silence d’un quart d’heure environ, pendant lequel chacun réfléchissait à la situation et y cherchait une réponse appropriée. En ville, les gens ont plutôt tendance à parler tous ensemble, sans qu’on sache s’ils ont pris le temps de réfléchir ! À Ouchba, chacun parlait à son tour, posément, et la discussion s’engageait sans pagaille, pour aboutir à des décisions opérationnelles qui concernaient d’abord leur riposte aux difficultés ponctuelles, aux problèmes immédiats de survie: faire face à l’épidémie de rougeole, aider à construire des maisons, assurer la défense de ceux qui avaient été arrêtés, assister leurs familles qui se trouvaient totalement démunies, etc. Au cours de plusieurs réunions successives, on remontait à la source de ces problèmes (l’administration coloniale, ses structures, ses exécutants), on recherchait des formes de lutte efficaces: lettres, pétitions, délégations chargées de les présenter aux autorités, informations à transmettre aux journaux, préparation des élections, et, naturellement, maintien, élargissement et renforcement des structures du PCA qui permettaient de mener efficacement cette lutte. Enfin, on en arrivait à étudier les bases et les fondements de l’idéologie marxiste. En somme, leur démarche partait de leur vie quotidienne, de la lutte immédiate pour survivre et si possible améliorer leurs conditions de vie, des moyens d’y parvenir, pour aboutir à l’analyse des causes de leur oppression, de la structure économique et politique dans laquelle ils vivaient et des principes sur lesquels ils pouvaient s’appuyer pour leur défense.

L’aptitude incontestable de ces hommes à une réflexion réaliste et efficace, le développement de leurs capacités intellectuelles et de leurs connaissances par leur système de communication – en l’occurrence les structures du parti, adaptées au terrain et aux circonstances de leur vie – étaient consciemment utilisés comme moyen de défense et de survie.
Les camarades de Ouchba contribuaient largement à dynamiser tout le secteur. D’ailleurs, Tahar Ghomri[[Rachid Boudjedra, dans sou livre « Le Démantèlement » (Paris. Denoël, 1982) a investi le personnage de Tahar Ghomri : il a utilisé son nom et des fragments plus ou moins inexacts de sa biographie pour créer un personnage imaginaire. virvant après l’indépendance. Cet ouvrage est une fiction, certes. Mais il donne d’un homme mort une image fausse et qui ne lui plairait pas, bien qu’elle soit prestigieuse. En outre il préjuge de son évolution virtuelle au cas où il ne serait pas mort Il glorifie, de façon tout aussi fantaisiste. Sid Ahmed Inal et trois autres chouhada, qui bénéficient d’un éclairage plus discret, et auxquels il n’impose pas son interprétation de leur survie imaginaire après l’indépendance, Mais pourquoi engager des personnages réels, nommément désignés, dans un roman, alors que, étant morts, ils ne peuvent pas protester.]] et Medjdoub Berrahou étaient membres du Comité central du PCA, ce qui était parfaitement justifié par leur responsabilité et leurs activités. Ils étaient souvent ensemble, mais très différents l’un de l’autre. Tahar, qui savait lire et écrire en arabe, avait un esprit ouvert, fin et aiguisé, assorti d’ailleurs à son visage, une grande curiosité d’autrui et beaucoup de chaleur humaine. Berrahou, plus pondéré, plus réservé, lui était complémentaire. Ils étaient très souvent accompagnés de Kaddour Mohamedi, homme d’une philosophie placide, d’un grand bon sens, et d’un physique assez frappant : grand, les yeux bleus, les pommettes hautes, la peau claire couperosée par le soleil et le grand air. D’autres militants plus jeunes, se tenaient souvent à leurs côtés, un peu comme des disciples, mais ils n’hésitaient pas à formuler des avis pertinents, que leurs aînés écoutaient attentivement et dont ils tenaient compte. Kaddour, Méziane. Djilali Ghomri, Abdelkader Messaoudi, l’épicier, et bien d’autres dont je revois encore les figures, mais dont les noms se sont estompés et mélangés dans ma mémoire, les accompagnaient fréquemment. La plupart sont morts au combat, d’autres vivent encore à Ouchba.

Ils étaient nos voisins : cinq kilomètres, à la campagne, ce n’est pas loin. D’ailleurs, même les plus jeunes de nos enfants faisaient le chemin aller-retour sans se faire porter. Les plus grands circulaient librement sur cette route, non sans une discrète surveillance des camarades qui veillaient sur eux. Nos enfants étaient toujours étroitement mêlés à notre vie, qui n’était d’ailleurs guère cloisonnée : famille, élèves, militants, amis, travail professionnel, politique, loisirs, tout cela formait un joyeux amalgame. Aller avec mon mari dans un village voisin voir des camarades était un plaisir ; j’aimais les longues marches coupées d’une halte au café maure, sous un arbre à côté de la petite maison en pierre. Le kahouadji nous honorait très discrètement d’un service soigné. Les verres à thé garnis d’une feuille de menthe posés sur un plateau de cuivre. Ma présence ne suscitait aucune curiosité, ne choquait personne.

Mon mari, Abdelkader Guerroudj (qu’on n’appelait jamais Abdellkader, mais Djilali), se livrait à un travail politique intense avec un niveau élevé de responsabilité. Je me trouvais constamment sollicitée, invitée à prendre part à leurs activité, et par lui, et par les camarades paysans. Cela me plaisait beaucoup parce que c’était une activité sur le terrain, mêlée à la vie quotidienne des gens, une tentative pour desserrer l’étau qui les étouffait, une action collective accomplie dans une ambiance fraternelle et agréable. En général, nous y participions ensemble, mon mari et moi, quand d’autres tâches urgentes ne lui étaient pas dévolues.

Nous retrouvions les camarades parfois à Ouchba, plus souvent à Ain-Fezza, plusieurs fois par semaine. Ils étaient devenus notre famille. Ce n’était pas seulement des réunions, des séances de lecture collective des journaux et des discussions politiques, mais aussi des rencontres amicales. Les deux se mélangeaient. C’était un plaisir de réfléchir au choix de nos moyens d’action et d’agir ensemble dans la communauté de nos options fondamentales. Les discussions étaient vives et animées, mais on finissait toujours par tomber d’accord. Ce travail collectif était un enrichissement pour tous. Nos camarades paysans étaient à ce point intégrés à la famille qu’il arrivait, quand nous sortions le soir pour ailer à Tlemcen, ce qui était rare, qu’ils viennent nous garder les enfants.

Ils travaillaient tous la terre, et quelques-uns pratiquaient des petits travaux artisanaux, à usage familial; par exemple, ils crochetaient des chéchias ou des «arrakias», d’autres tricotaient. Un jour, nous étions installés dans la cour de l’école à bavarder. J’occupais mes doigts à tricoter une longue bande, aiguilles et laine fines, en côtes. J’abandonnai mon ouvrage pour aller nous préparer du café. Quand je revins, je faillis lâcher mon plateau en voyant Ahmed continuer mon travail avec la plus parfaite décontraction, et sans m’avoir demandé aucune explication. C’était très bien et je le laissai continuer sans remords.

Ils étaient croyants, faisaient la prière et le ramadhan, mais ils n’éprouvaient pas le besoin d’en parler et admettaient très bien que d’’autres soient différents. Ils n’y voyaient non plus aucune contradiction avec leur appartenance au PCA, ni avec leur adhésion au marxisme qui leur fournissait une explication de la société dans laquelle ils vivaient, et des lignes directrices pour la lutte.

Ouchba était un gros village de population exclusivement autochtone. Ses maisons en pierres trouvées sur place étaient réparties irrégulièrement sur une grande longueur, dans une région où les terres étaient cultivables. Une seule épicerie, celle de Abdelkader Messaoudi, pas de boulangerie, aucun service administratif, ni école, ni poste, ni dispensaire, ni moyens de transport. Cependant, ses habitants n’étaient pas aussi démunis que ceux de Terni. Les camarades de Ouchba sillonnaient la région pour rencontrer ceux des autres douars et coordonner leurs efforts. Il nous arrivait de participer à leurs activités, et c’est ainsi que j’ai pu être témoin des pires abus du colonialisme.

Halima, la fille de Tahar, âgée d’une quinzaine d’années, militante elle aussi, venait parfois avec nous à Terni ou à Chouli, et participait aux réunions avec les femmes. Comme dans toutes les campagnes, les femmes n’étaient pas voilées, elles portaient une fouta sur la tête pour se protéger de la pluie ou du soleil. Il n’y avait pas de cloisonnement systématique entre hommes et femmes. Toutefois, ils se réunissaient séparément. Les hommes veillaient à ce que les femmes soient informées et consultées, mais ils nous demandaient surtout de leur donner des conseils pour les soins et l’alimentation des enfants en particulier, l’hygiène en général et sur tout ce qui pouvait les aider à mieux vivre.

Les douars de Ouchba et de Terni, très différents l’un de l’autre, constituaient des points de rencontre, des pôles d’attraction pour les camarades des petits douars environnants, qui faisaient des kilomètres pour se joindre à eux. Hilali Moussa à Iébdar avait une personnalité marquante ainsi que Achour à Béni Berriouache. Haddou Sennous à Terni, Soufi à Oum El-Alou, et les Belodghom à Béni-Ghezli. Je cite ceux-là pour qu’ils représentent tous les autres que je n’ai pas oubliés.

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Terni, commune mixte de Sebdou[[Terni, ainsi que Ouchba et Ain-Fezza, faisait partie de la commune mixte de Sebdou, alors qu’ils étaient plus proches de Tlemcen, mais l’intérêt des populations n’était pas pris en considération.]]

Terni était un secteur particulièrement éprouvé, une région montagneuse et aride qui avait été couverte de forêts dont il ne restait guère que des souches, le colonisateur ayant peu à peu coupé presque tous les arbres et ruiné la région pour un bénéfice immédiat.

Des nomades remontant du Sud s’y étaient sédentarisés depuis longtemps déjà. Toutefois, ils vivaient encore sous des tentes, ce qui était très pénible sous ce rude climat, très froid en hiver (J’y ai trouvé un reste de neige dans un creux abrité un 1er mai), et très chaud en été. L’eau y était rare, les femmes devaient faire jusqu’à cinq à huit kilomètres pour aller la chercher.

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Il n’y avait guère de terre à cultiver à cause de l’érosion et de la sécheresse. Les hommes n’avaient d’autre ressource que d’arracher les souches pour en faire du charbon de bois pour se chauffer et faire la cuisine, et aussi pour aller le vendre à Tlemcen. La fabrication du charbon de bois était interdite par la loi : les souches retenaient la terre, et on ne pouvait accepter que les « indigènes » parachèvent le travail de déboisement impunément accompli par les colons. Les charbonniers faisaient pour un maigre profit, un travail clandestin, donc dangereux. Bouamari leur a consacré un beau film. S’ils se faisaient prendre, ils devaient payer une amende, à moins de graisser la patte du caïd ou du garde-forestier. Comme ils n’en avaient généralement pas les moyens, ils étaient frappés, parfois torturés et emprisonnés pour une durée plus ou moins longue. Leurs familles se retrouvaient alors sans aucune ressource. Les garde-forestiers pourchassaient tous les charbonniers, mais ils s’acharnaient particulièrement sur les communistes et les militants nationalistes ; même si leur culpabilité n’était pas prouvée, ils subissaient une répression beaucoup plus brutale. Un de nos camarades a été arrêté et torturé pour lui faire avouer qu’il avait volé des vaches, ce qui était manifestement faux, mais ils voulaient le déconsidérer et lui faire payer son appartenance à un mouvement qui les effrayait. Il fallait soutenir ces camarades emprisonnés et essayer d’atténuer la répression qui s’acharnait sur eux. Les fellahs descendaient alors sur la ville où des camarades de Tlemcen se joignaient à eux, ils allaient protester devant la prison et chez le juge pour les faire libérer. Ils devaient aussi s’occuper de leurs familles; ceux qui n’avaient presque rien partageaient avec ceux qui n’avaient rien du tout.

Une autre calamité s’abattait sur cette zone : elle servait de champ de manœuvre et de tir, puisqu’il n’y avait aucun colon, les autres habitants ne comptant évidemment pas. Plusieurs fois par an, des exercices de tir et des manœuvres s’y déroulaient. On tirait partout, et les habitants étaient obligés de quitter leurs tentes pour se retrouver sans abri sous la neige ou le soleil. Il y allait de leur vie, tous devaient se sauver, même les vieillards, les malades, les femmes enceintes et les bébés. Outre les dégâts immédiats, il restait toujours des grenades ou des obus qui n’avaient pas éclaté, et qui tuaient ou mutilaient les enfants qui les retrouvaient et jouaient avec. Un comité élargi avait été constitué pour réclamer le déplacement du champ de tir vers des zones réellement désertes, et pour protester contre les abus des «procès forestiers». Tous les moyens furent mis en œuvre, depuis une campagne de presse dans Alger-Républicain et Liberté, jusqu’à l’envoi de délégations (j’avais été désignée pour en faire partie), d’abord à Tlemcen, chez le sous-préfet, puis à Oran auprès du préfet. Les fellahs étaient reçus et soutenus par les militants des sections locales du PCA. Le_delehue.jpg
Une scène significative s’était déroulée à la sous-préfecture de Tlemcen. De nombreux fellahs avaient accompagné leurs délégués pour inciter les autorités à les recevoir. Or, aucun paysan ne sort sans son bâton, fidèle compagnon de route, soigneusement choisi et taillé, qui lui sert de canne et d’outil aux multiples usages (écarter les branches, éloigner les chiens, tuer un serpent, etc.). Leur nombre et leurs bâtons causèrent un certain affolement, et on les obligea à les déposer à l’entrée de la sous-préfecture, avant de recevoir leurs délégués. On les avait sans doute, et à tort, perçus comme un symbole de rébellion et comme une arme potentielle. Les autorités ont certainement été impressionnées et inquiétées par cette manifestation d’un mouvement collectif et organisé des montagnards. Dans de telles circonstances, les montagnards eux-mêmes prenaient conscience de la force qu’ils représentaient quand ils étaient unis. Ils comprenaient aussi que leur insertion dans un mouvement large et structuré, en l’occurrence le PCA, leur permettait de survivre à leur extrême dénuement.

Les habitants de Terni ne bénéficiaient d’aucune infrastructure, ni eau, ni école, ni dispensaire pour ces enfants tragiquement sous-alimentés, pas même de routes. Aucun médecin n’y allait donc jamais. Il fallait amener les malades à dos d’âne jusqu’à Tlemcen, s’ils pouvaient supporter le voyage et si leur famille avait réuni assez d’argent pour payer la visite et les médicaments. Un jour, nous avons été chercher un enfant de trois-quatre ans que ses parents nous avaient amené, jusqu’à la route la plus proche pour que nous le fassions soigner. Il ne digérait plus aucun aliment et était devenu d’une maigreur squelettique, avec des grands yeux tristes et un ventre gonflé. Le docteur diagnostiqua la malnutrition et lui prescrivit un régime simple, mais difficile à suivre dans l’environnement où vivait cette famille ; par exemple, où trouver des carottes? Il a quand même été sauvé par le dévouement de sa mère et [a solidarité des camarades. Le contact de cet enfant que je tenais dans mes bras habitués au volume et aux rondeurs de mes propres enfants, m’a laissé un souvenir insoutenable, inoubliable. Oui, je sais qu’il y en a des millions à travers les pays sous-développés ; ce monde qui le tolère ne peut pas se dire civilisé.

Cette population « indigène », d’une façon générale, et à Terni en particulier, comptait si peu qu’on ne prenait aucune mesure pour qu’elle soit enregistrée à l’étal-civil. Pour déclarer une naissance ou un décès, il fallait aller jusqu’à Sebdou, et souvent donner de l’argent à l’officier d’état-civil pour qu’il prenne la peine d’enregistrer la déclaration. Comme il y avait un taux élevé de natalité et de mortalité, l’état-civil d’un enfant qui mourait était souvent utilisé pour le suivant par la famille qui s’épargnait ainsi deux démarches, d’où des écarts entre l’âge réel et l’âge officiel. Quant aux noms, ils étaient livrés au bon plaisil de l’officier d’état-civil, qui inscrivait ce qui lui passait par la tête, sans tenir compte des déclarations de l’intéressé, manifestation extrême de mépris de l’Homme, dont on nie l’existence en lui refusant son propre nom. On allait jusqu’à appeler des gens «S.N.P.», Sans t Nom Patronymique: j’en ai eu parmi mes élèves, leurs parents venaient du Maroc.

Les habitants de Ouchba avaient une longue tradition d’autoconstruction qu’ils avaient acquise sur leur terrain, au fil des ans. Mais construire son propre village dans le cadre d’une entraide réciproque est une chose, s’en aller à plus de vingt kilomètres, qu’il faudra faire à pied à travers la montagne, aller et retour, pour enseigner cette technique à une population encore plus défavorisée, en est une autre, qui déborde largement le cadre de la « touiza » traditionnelle. Pourtant, les camarades de Ouchba se sont lancés dans cette aventure, conscients qu’il leur était possible d’améliorer le sort des nomades sédentarisés dans cette zone à climat rigoureux, en leur montrant comment construire, avec les matériaux disponibles sur place, des maisons en dur où ils trouveraient un abri réel contre les intempéries. Ils prirent donc régulièrement, par petits groupes, le chemin de Terni. Ils firent de cette activité une occasion de rencontre, de communication, de réjouissance et d’espoir. Cela s’intégrait parfaitement dans le cadre d’un travail politique constant de mobilisation, d’aucuns diraient de propagande.

Les élections étaient un des moyens, dérisoire sans doute, mais il n’en fallait négliger aucun, de se faire entendre. Il s’agit des élections au second collège, celui des « indigènes », qui n’avaient pas accès au premier collège, réservé aux « français » et assimilés, qui entendaient bien garder le pouvoir de décision. Comme cependant ils avaient besoin de la participation de représentants des neuf-dixièmes de la population, ils « contrôlaient » étroitement le déroulement de ces élections, et faisaient le nécessaire pour que les résultats soient conformes à leurs vœux, autrement dit que les élus soient des « bénioui-oui ». Ils trafiquaient donc les élections par tous les procédés des régimes d’oppression, remplissant les urnes sans sourciller, ce qui les amenait parfois à se retrouver avec un nombre de suffrages supérieur à celui des électeurs ! Situation gênante, c’était encore plus simple de remplacer l’urne par une autre préparée à l’avance en toute tranquillité. Les élections étaient donc l’objet de bagarres mémorables pour essayer-de faire respecter la légalité, et les habitants de Terni, avec Haddou Senous, étaient bien décidés à se faire entendre. Il y avait un bureau de vote à Terni, et cette année-là, j’avais été désignée avec d’autres camarades pour contrôler le jeu normal des élections, ce qui m’a valu d’être vivement prise à partie, et même menacée, par l’administration, bien entendu, mais aussi, malheureusement, par certains représentants du PPA-MTLD. Toutefois, mes amis étaient assez nombreux et déterminés pour imposer ma présence et tout s’est bien passé. Les élections n’ont pas été trafiquées.

Je m’attarde sur ce secteur (Ouchba, Chouli, Terni), parce que c’est là que je vivais et que je militais, et aussi parce que c’était le lieu d’une expérience tout à fait nouvelle et d’un contact direct avec une réalité plus dure que je n’aurais pu l’imaginer.

Ces groupes étaient partie intégrante d’une structure plus large qui soutenait leurs revendications et leur ajoutait du poids. 1952_W_agricole_Tlemcen.jpg
Ils n’étaient nullement isolés, ils tissaient de fréquents échanges avec Tlemcen notamment, dont leurs camarades appuyaient fermement toutes leurs actions ; ils venaient très souvent nous voir, mêlant, là aussi, les rapports personnels et amicaux aux activités militantes. Les responsables de chaque village allaient à Tlemcen dès qu’ils avaient besoin d’un contact, d’un appui, d’un avis, d’informations. Les échanges étaient suivis aussi avec Lamoricière (Ouled Mimoun), entourée de grands domaines, où il y avait beaucoup d’ouvriers agricoles, exploités plus qu’on ne peut l’imaginer de nos jours, travaillant de l’aube à la nuit pour un salaire dérisoire. Ils entreprenaient parfois des grèves difficiles à organiser, mais qui secouaient les colons. Leurs responsables venaient assez souvent rencontrer ceux de notre zone, en particulier Boumédiène Boumédiène, toujours sur la brèche, ainsi qu’un camarade aveugle, très actif, qui n’hésitait pas à prendre la route. Ils se déplaçaient par petits groupes de deux ou trois. Plus loin, les camarades de Bel-Abbès, Témouchent et Oran, avec ses dockers et ses cheminots, participaient à ce réseau irrigué pal les échanges et les contacts. Nous n’étions pas coupés non plus du reste du pays; des camarades d’Alger et de l’Est venaient à Tlemcen ou à Ouchba s’informer et nous informer, organisaient conférences et débats. 1952_H_reunion.jpg
D’ailleurs, Tahar et Berrahou, en tant que membres du Comité central, allaient périodiquement à Alger, et nous rendaient compte ensuite de leurs travaux.

Quand il m’arrivait d’être chargée de quelque mission en ville, c’est-à-dire à Tlemcen c’était toujours avec Rachid Inal que j’avais à l’exécuter. Il était très jeune, ce qui ne réduisait en rien sa capacité de travail, ni de réflexion. II venait souvent chez nous, à Aïn Fezza, où il trouvait un deuxième foyer.
Mais je ne me sentais pas vraiment à l’aise à Tlemcen: les gens de la ville ont souvent un sentiment de supériorité par rapport aux montagnards et aux campagnards, et une méfiance manifeste envers tout ce qui est étranger. Heureusement, à Tlemcen il v avait aussi des camarades dont je garde un excellent souvenir, affectueux et chaleureux. Indépendamment du fait que nous partagions les mêmes idées, ils étaient les seuls qui portaient sur moi un regard fraternel au lieu d’un regard critique. Ils étaient les seuls à accepter d’emblée la différence, et pour moi, c’était vital.

Le premier novembre

Vivre avec les fellahs, participer à leur combat quotidien, c’est cela qui m’a convaincue de l’impossibilité d’une solution légaliste, pacifique. tahar-ghomri-382e52f.jpg
Tahar se chargeait de souligner l’évidence, chaque fois que malade d’indignation face à une situation intolérable (arrestations, tortures, mort des enfants, etc.), je lui disais : « Mais il faut faire quelque chose telle ou telle démarche auprès des autorités, écrire à la presse … », il me répondait avec un sourire à la fois discret, ironique et affectueux : « Tu crois encore que ça peut régler les problèmes ? Tu finiras bien par comprendre ! » On faisait quand même les démarches, en attendant mieux, pour freiner quelque peu la répression, et puis cela contribuait à mobiliser les fellahs et à leur faire prendre conscience de la force qu’ils représentaient. Le pouvoir aussi en prenait conscience !

Les paysans étaient donc préparés au déclenchement de l’insurrection, on peut même dire qu’ils l’attendaient, à en juger par leur réaction spontanée et unanime à l’annonce des premiers attentats.

Dès qu’ils en ont appris la nouvelle par la radio et la presse, nos camarades de Ouchba sont immédiatement venus nous trouver pour commenter l’événement et pour que chacun donne son avis. La réaction a été unanime. Aucun n’a suggéré que ce déclenchement était prématuré, contestable, qu’il y avait encore d’autres moyens qu’on n’avait pas épuisés. Ils savaient d’expérience qu’il n’v avait pas d’alternative. Tous étaient prêts à sacrifier leur vie pour cette révolution, à y participer totalement. Ils attendaient des armes et des directives. Malheureusement, elles ont tardé. Côté PCA, la direction était hésitante et attentiste. Côté FLN, on se méfiait des communistes. Ils ont donc renforcé, durci leurs actions habituelles, qui, compte-tenu de leur caractère anti-colonialiste, restaient adaptées au nouveau contexte, bien qu’insuffisantes. Ils y ont ajouté quelques sabotages, en espérant une évolution de la situation.

Je n’essaie pas de taire une analyse de la situation, je raconte seulement ce dont j’ai été témoin, ou acteur. Des noyaux de fellahs communistes, il n’y en avait pas seulement dans la région de Tlemcen et en Oranie, il y en avait, à ma connaissance, dans l’Ouarsenis, du côté d’Aïn-Defla, dans les Aurès, du côté de Batna … Leur nombre n’était certes pas suffisant pour qu’ils exercent une influence notable sur le cours des événements. Mais il y a eu là un phénomène qui mérite d’être signalé et de retenir l’attention.

L’expulsion

Quelques mois plus tard en avril-mai 1955, le préfet d’Oran nous faisait expulser d’Algérie, mon mari, mes enfants et moi. Nous devions prendre le premier bateau en partance pour la France. Tahar et quelques autres étaient expulsés d’Oranie, mais pouvaient rester en Algérie. Les autorités avaient sans doute été effrayées par la force qui émanait de l’organisation et des activités des fellahs communistes de la région.

Le préfet outrepassait ses droits en nous expulsant de toute l’Algérie, puisque ses pouvoirs se limitaient à l’Oranie. Nous avons donc demandé à Maîtrte Thuveny d’attaquer cette décision…….
…… / ……


La préface du livre est de Abdelhamid Benzine

« des douars et des prisons »

livre témoignage de Jacqueline Guerroudj

premières pages

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À la mémoire de Tahar Ghomri, Sid Ahmed Inal, Moussa Hilali, Fernand Iveton, Moh-Arezki Bennanceur, Abderrahmane Taleb, de nos chahidate, de nos chouhada


3 JUILLET 2013 – MAGHREB ÉMERGENT REÇOIT LE PROFESSEUR OMAR AKTOUF À L’INVITÉ DU DIRECT

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Le professeur Omar Aktouf: des idées tranchantes et des convictions fortes

« L’invité du direct » de la radio web de Maghreb Emergent, radio M, reçoit Omar Aktouf, ce mercredi matin. Le professeur de HEC Montréal est une forte personnalité avec des idées tranchantes et des convictions fortes. Promesse d’une émission tonitruante.

La web radio de Maghreb Emergent, reçoit Omar Aktouf ce mercredi 03 juillet à 10h 15.

Le professeur Aktouf est très connu au Canada et dans le monde pour son engagement à la fois académique et militant pour une économie mondiale plus juste et plus solidaire.

Pourfendeur du gaspillage de valeur que provoque le capitalisme, en particulier le modèle ultra libéral anglo-saxon, le professeur Aktouf édite justement en Algérie un de ses livres, «Halte au gachis» (Editions Arak), qui fait suite à son prémonitoire «La stratégie de l’Autruche» annonciateur de la crise des subprimes aux Etats Unis.

Il parlera sur l’antenne de Radio M de sa vision du monde, bien sûr, mais aussi de tous les sujets brûlants de l’heure: la conjoncture nord-américaine, les affaires de corruption (SNC Lavalin notamment), et l’introuvable modèle de croissance algérien après celui des dépenses de fiscalité pétrolière.

Accès libre aux étudiants

L’entretien sera animé par El Kadi Ihsane directeur de Maghreb Emergent, et par Abed Charef journaliste et écrivain partenaire consultant à Maghreb Emergent. Il sera diffusé online, sur le bouton radio du site maghrebemergent.info.


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« L’invité du direct », talkshow hebdomadaire, en est à sa huitième édition.

ces trois derniers invités, l’émission a traité de

http://maghrebemergent.com/les-invites-du-direct-de-radio-m.html

Les rédactions qui souhaitent envoyer un journaliste assister au direct radio peuvent le faire. L’accès sera libre pour les étudiants dans la limite des places à “Interface Médias”, l’agence éditrice du site et de la radio sise 55A rue Larbi Ben M’hidi.


http://maghrebemergent.info/actualite/maghrebine/item/26243-le-professeur-omar-aktouf-invite-de-radio-maghreb-m.html


PS:
sur socialgerie, voir aussi

[VIENT DE PARAÎTRE – NOUVELLE ÉDITION
OMAR AKTOUF : « HALTE AU GÂCHIS. EN FINIR AVEC L’ÉCONOMIE-MANAGEMENT À L’AMÉRICAINE »->1212]