بيان السيد مولود حمروش – ALGER-17 février 2014 – DÉCLARATION DE MOULOUD HAMROUCHE


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Le message de Mouloud Hamrouche est dans la droite ligne du parcours politique qu’on lui connaît. Il fut en 1990-91, comme premier ministre, l’acteur promoteur d’une transition pacifique souhaitée et de réformes démocratiques et sociales dans plusieurs domaines. Elles furent d’abord contrecarrées par les cercles mafieux puis brutalement interrompues par la montée conjointe de deux hégémonismes antagoniques, tous deux mus par les seules logiques de pouvoir et de division, à l’encontre des profonds besoins nationaux et aspirations populaires.

Il en est résulté la catastrophe du choc frontal des violences armées entre un système dictatorial qui a aggravé les tares de son origine (été 62 et juin 65) et une opposition majoritairement intégriste et tout aussi antidémocratique et fortement manipulée.

Toute la population, le devenir algérien et tout l’environnement régional continuent à en payer le prix.

La déclaration de Mouloud Hamrouche sera interprétée de différentes façons dans tous les secteurs de la société et du champ politique. L’important pour les forces démocratiques et sociales soucieuses d’œuvrer de façon autonome à une issue constructive de la grave crise engendrée par la lutte des clans et attisée par les convoitises internationales, est de mesurer les problèmes de fond évoqués par cette déclaration et ne pas s’enliser dans les interprétations étroitement politiciennes.

L’éditorial du Quotidien d’Oran exprime cette préoccupation salutaire.

À quoi il faut ajouter qu’ aucune solution bénéfique à la crise n’adviendra par les seuls consensus au sommet des appareils d’!Etat, si l’opinion populaire, les couches sociales jusqu’ici désabusées, les organisations associatives et les forces les plus conscientes dans toutes les formations politiques de sensibilités idéologiques différentes, ne pèsent pas de tout leur poids en faveur d’issue consensuelle et démocratique.

  • D’abord en refusant de se laisser entraîner, de s’aligner et de s’associer à toute faction intéressée par les seules visées de repartage des pouvoirs en vase clos. Le seul rapport de force bénéfique n’est pas celui entre des égoïsmes claniques et divers appareils au sommet, mais celui qui exprime les besoins et les aspirations du pays profond.
  • En même temps en défendant par toutes les initiatives et actions pacifiques et unitaires possibles les revendications démocratiques et sociales légitimes très concrètes de la population.

À chaque secteur et citoyen de trouver les meilleures formes d’expression et d’action qui doivent interpeller
l’ensemble des acteurs se disant concernés par la mise en place d’une transition et d’une alternative constructive au système de pouvoir qui a mené l’Algérie au bord des périls actuels.

S. H. pour Socialgerie.


بيان السيد مولود حمروش

بيان للسيد مولود حمروش رئيس الحكومة السابق

– تنتظر البلاد محطات دقيقة تحدد مآلها الآني وتحسم صيرورتها المستقبلية، بدءا بالرئاسيات، سواء ترشح لها الرئيس أم لم يترشح، ووصولا إلى تقلد أجيال جديدة لمناصب المسؤولية

وحتى تستقبل البلاد هده المحطات في كنف الانسجام والطمأنينة والانضباط القانوني والهدوء الاجتماعي، من الضروري الحفاظ على مصالح مختلف المجموعات والمناطق والأقليات وصيانتها. كما ينبغي أن تتولى الدولة حماية كل الحقوق وأن تضمن ممارسة كل الحريات. وهذه إجراءات من شأنها توفير قدرة أحسن على حفظ الأمن وعلى تعزيز المنجزات وعلى تصحيح الاختلالات وعلى مجابهة النقائص

من الحكمة اليوم التذكير بأن استعادة هويتنا الجزائرية ومشروعنا الوطني قد وجدا في ثنايا جيش التحرير الوطني ثم في الجيش الوطني الشعبي، فرصة التبلور والتموطن والاحتماء

وما كان أن يتحقق ذلك لولا فضل رجال استطاعوا تحقيق الاجماع وصياغة حلول توافقية. ففي كل مرحلة وفي كل أزمة تمكن هؤلاء من حماية وحدة الصف والانضباط بتجاوزهم كل تقسيم ثقافي أو عشائري أو جهوي وقاية للهوية والمشروع الوطني

هل من الضروري اليوم التذكير بوعد بناء دولة عصرية لا تزول بزوال الرجال والحكومات ولا تتأثر بالأزمات؟ وهل لابد من التذكير كذلك بالتعهد بمواصلة المسار الديمقراطي والتذكير بالتصريحات التي تؤكد استئناف الإصلاح

إن مكونات مجتمعنا لا يمكنها أن تتناغم اليوم مع ممارسة سلطات سيادية بدون سلطات مضادة. كما لا يمكنها أن تتلاءم وممارسة سلطات عمومية أو مهام غير عادية بدون تفويض قانوني وبدون رقابة. إن هذا التناغم وهذا التلاؤم من صميم مصلحة الجزائر وأمنها ومن مصلحة كل الجزائريين وأمنهم ومن مصلحة كل مناطق البلاد وأمنها

هذه شروط تمكن جيشنا الوطني الشعبي من القيام بمهامه بكل يسر ونجاعة وتمكن مؤسساتنا الدستورية من الاضطلاع بمهامها ودورها في الوضوح

وهي شروط تمكن شعبنا من مواصلة السير على طريق الإنصاف والرقي والتضامن بين كل مكوناته ألاجتماعية وتمكنه من إدراك كل المتطلبات ورفع كل التحديات الراهنة

وهي شروط تجعل دولتنا محل ثقة ومصداقية وجدية لدى شركائها وجيرانها

لكل أزمة ضحاياها وفرصها

فلنستغل فرصها ولنتفادى ضحاياها

الجزائر 17/02/2014

sources:lequotidienalgerie.org


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DÉCLARATION

DE

MOULOUD

HAMROUCHE

ALGER

le 17 février 2014

Notre pays vit des moments sensibles qui vont conditionner son avenir immédiat et profiler irrémédiablement son devenir au delà de la présidentielle, indépendamment du fait que le Président soit candidat ou pas, par l’arrivée de nouvelles générations aux postes de responsabilité.
Pour que notre pays vive ces échéances dans la cohésion, la sérénité et la discipline légale et sociale, il est primordial que les différents intérêts de groupes, de régions et de minorités soient préservés et garantis. De même qu’il est impératif que l’Etat préserve tous les droits et garantisse l’exercice de toutes les libertés. Ceci est essentiel pour assurer la sécurité, renforcer les avancées, corriger les distorsions et éliminer les failles.
Faut-il rappeler ici et maintenant que la renaissance de notre identité algérienne et notre projet national ont été cristallisés, abrités et défendus, successivement par l’Armée de libération nationale, puis, l’Armée nationale populaire ?
Cela n’a été possible que grâce aux hommes qui ont su trouver des compromis et élaborer des consensus.
À chaque étape et à chaque crise, ces hommes ont su préserver l’unité des rangs, la discipline et transcender tout clivage culturel, tribal, régional en préservant l’identité et le projet national.

Faut-il convoquer aujourd’hui la promesse d’édifier un Etat moderne qui survit aux hommes, aux gouvernements et aux crises?

Faut-il rappeler encore l’engagement pris de poursuivre le processus démocratique?

Faut-il invoquer la promesse de continuer la réforme?
Nos constituants sociaux ne peuvent s’accommoder de pouvoir souverain sans contrepouvoir.

Il ne peut y avoir d’exercice d’un pouvoir d’autorité ou de mission sans habilitation par la loi et sans un contrôle.

Il y va de l’intérêt et de la sécurité de l’Algérie, de tous les Algériens et de toutes les régions du pays.
C’est à ces conditions que notre Armée nationale populaire assurera sa mission plus aisément et efficacement et nos institutions constitutionnelles assumeront clairement leurs rôles et fonctions.
C’est à ces conditions aussi que notre peuple persévèrera dans la voie du progrès, de l’équité et de la solidarité entre toutes ses composantes sociales et appréhendera les enjeux, tous les enjeux, et relèvera les défis, tous les défis, d’aujourd’hui.
C’est à ces conditions que notre Etat demeurera crédible, sérieux et fiable pour ses partenaires et ses voisins.
Chaque crise a ses victimes et ses opportunités.
Evitons de gâcher ces nouvelles opportunités ou d’avoir de nouvelles victimes.
Alger, le 17 février 2014
sources: El Watan


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UN RETOUR AUX FONDAMENTAUX

par K. Selim

Le Quotidien d’Oran

éditorial

le 18 février 2014

« Chaque crise a ses victimes et ses opportunités. Evitons de gâcher ces nouvelles opportunités ou d’avoir de nouvelles victimes». Le message, très politique, de Mouloud Hamrouche confirme que la crise au sein du régime algérien est réelle. Il suggère qu’il est possible d’en faire, non pas un pas de plus vers l’effondrement, mais une opportunité pour avancer et se renforcer.

L’ancien chef du gouvernement réformateur est connu pour être économe de paroles par refus de faire dans le bavardage dans lequel le système en place a confiné les «animateurs» d’une scène politique factice. La question de la présidentielle devient presque secondaire par rapport à la situation de rupture qui existe au sein du régime. Le vrai enjeu est comment négocier ce changement en marche de manière positive. Comment éviter les coûts exorbitants payés par le pays et la société à chaque tentative de changement. La question du changement est posée depuis au moins 1988, le vrai enjeu est de le réaliser dans la «cohésion, la sérénité et la discipline légale et sociale». Il n’y a pas de recette miracle, il faut aller vers un nouveau contrat social qui préserve les «différents intérêts de groupes, de régions et de minorités» tout en faisant de l’Etat un «garant de l’exercice de toutes les libertés».

L’ancien militaire qui s’adresse à ses pairs rappelle qu’au-delà des vicissitudes du pouvoir, l’ANP comme l’ALN sont engagées par la promesse de l’édification d’un Etat moderne «qui survit aux hommes, aux gouvernements et aux crises», que cette armée est tenue par «l’engagement pris de poursuivre le processus démocratique» et la réforme. Le pays peut progresser à condition de changer de manière fondamentale le rapport de l’Etat à la société. Et d’aller vers la réalisation de l’engagement initial d’un pays indépendant où les libertés, toutes les libertés, sont défendues par l’Etat. Hamrouche a déjà défendu, par le passé, l’idée que les Etats les plus forts sont ceux qui accordent plus d’importance aux libertés qu’à la sécurité. Cela ne relève pas de la naïveté, les citoyens libres et organisés sont plus armés pour défendre leur pays et ses intérêts que toutes les autocraties et les dictateurs éclairés présumés.

Hamrouche suggère qu’il y a une autre voie que celle du statuquo ou du glissement progressif, mais réel, vers la décomposition. Certains y verront, peut-être, l’idée d’une candidature de «troisième voie». C’est en réalité un retour aux fondamentaux du combat des Algériens : l’indépendance et les libertés. Toutes les libertés. «Nos constituants sociaux ne peuvent s’accommoder de pouvoir souverain sans contre-pouvoir. Il ne peut y avoir d’exercice d’un pouvoir d’autorité ou de mission sans habilitation par la loi et sans un contrôle. Il y va de l’intérêt et de la sécurité de l’Algérie, de tous les Algériens et de toutes les régions du pays». Hamrouche ne parle pas de la présidentielle. Et pour cause, l’enjeu fondamental n’est pas un changement de président. C’est d’un changement de régime dont il est question. Un nouveau système politique où l’armée «assurera sa mission plus aisément et efficacement et nos institutions constitutionnelles assumeront clairement leurs rôles et fonctions».

La déclaration de Mouloud Hamrouche sera nécessairement appréhendée comme un positionnement possible dans la course à la présidence. L’ancien chef de gouvernement était de toute façon considéré, qu’il le veuille ou non, comme un candidat possible dans le cas où Bouteflika ne rempile pas. Pourtant, la gravité de son propos montre que l’enjeu est plus lourd : comment réaliser, sans dégâts, un changement inéluctable ? Comment le réaliser, par les Algériens, sans attendre qu’on vienne nous réformer de l’extérieur ? Comment sortir du discours lénifiant de la «stabilité» alors que le statuquo et l’immobilisme sont de vraies menaces ? C’est une sortie éminemment politique qui vient relever la qualité du débat politique. Mouloud Hamrouche énonce publiquement avec beaucoup de responsabilité les normes et les conditions d’un nouveau contrat politique pour remettre l’Algérie en marche et la réconcilier avec son histoire. A défaut d’être entendu, il aura au moins averti.

sources: Le Quotidien d’Oran


JOURNÉE DU CHAHID: JE N’AI PAS BESOIN DU REPENTIR DE LA FRANCE COLONIALE!

sur la photo feu mon père chahid tombé au champ d'honneur avec ma mère, le 6 mai 1958, gloire a nos martyrs!

Socialgerie se joint au symbolique témoignage filial de l’ami et camarade Fateh

En hommage aux centaines de milliers des fils et filles d’une Algérie fière et combattante

Grâce à qui les espoirs de liberté, de justice et de paix sont encore vivants


sur la photo feu mon père chahid tombé au champ d'honneur avec ma mère,  le 6 mai 1958,  gloire a nos martyrs!

Je n’ai pas besoin du repentir de la France coloniale!

Le colonialisme a été vaincu;
battu ,

nous avons gagné ce système oppresseur!

Vois tu?

juste que le rêve des Chouhada a été trahi
par des usurpateurs

Mais là aussi pas de lamentations

c’est un combat, le nôtre
celui de l’heure

Eux ils ont accompli le leur!

Et nous?

Gloire a nos martyrs !!!!

notre honneur!

Fateh Agrane

ALGÉRIE: IL EST URGENT DE CHANGER DE SYSTÈME

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Cet article écrit en fin 2013 garde toute son actualité alors que les « présidentielles », toutes centrées sur les luttes de clans et de pouvoirs, se préparent dans l’opacité totale concernant la stratégie économique dont ont besoin l’Algérie, ses travailleurs et les couches moyennes non impliquées dans le parasitisme compradore.

« Aujourd’hui, on tergiverse encore sur la politique de développement industriel à mettre en œuvre.

Des résistances internes et des pressions externes poussent à éloigner définitivement la perspective d’un développement souverain. Elles ont encore aujourd’hui l’initiative.

Mais des patriotes, peu nombreux encore, n’ont pas cessé d’alerter l’opinion publique sur la politique catastrophique de désindustrialisation menée ces dernières décennies et aussi de dénoncer ses conséquences économiques et sociales.

La tripartite programmée le 10 octobre prochain a mis à son ordre du jour la relance de l’investissement et la promotion des entreprises industrielles. Cette politique ne doit pas rester le monopole du gouvernement et certaines organisations patronales ou syndicales, elle doit nous concerner tous. Nous devons saisir toutes les occasions pour exiger que cette politique soit à la hauteur des attentes et des aspirations de liberté et de démocratie de notre société.

L’échéance prochaine des élections présidentielles, si elle aura lieu, est le moment fort pour exprimer notre volonté de voir notre pays adopter une politique de développement souverain.

Nous devons forcer les futurs candidats de détailler leur programme sur cette question du développement souverain. Le débat est ouvert et nous concerne tous. »


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IL EST URGENT DE CHANGER DE SYSTÈME

M. Morsatt

raina-dz.net

Le 29 septembre 2013

« La richesse des pays c’est le travail » diront tous les économistes toutes tendances confondues.

Les pays les plus avancés, aujourd’hui on le constate, sont ceux où le travail productif est la valeur centrale de la société. C’est le pivot sur lequel s’articulent l’équilibre, le dynamisme et aussi le progrès de toutes les sphères de la société.

Ceci pour la simple raison que la production des biens de consommation et d’équipement résulte d’un effort constant de maîtrise technologique, d’un savoir faire et aussi d’un esprit d’innovation.

Il ne peut donc y avoir de système productif qui satisfait la demande de la société et aussi conserve en perfectionnant l’outil de production, source de richesse inépuisable, sans que toutes les institutions de l’Etat, sans exception, avantagent dans leur fonctionnement le travail productif sur toute autre activité.

Ceci a pour conséquence de valoriser tous les corps de métiers dont la société aura besoin pour fonctionner.

Apprendre un métier devient donc nécessaire pour gagner sa vie et aussi pour s’épanouir.

De nos jours, malheureusement nous constatons tout le contraire.

L’économie de rente en s’installant depuis les dernières décennies a complètement inversé les valeurs. Apprendre un métier n’est plus la meilleure voie de gagner sa vie. « Faire des affaires » c’est devenu le « métier » le plus recherché. Spéculer sur tous les produits est aujourd’hui le sport national. Pourquoi se « fatiguer » à produire dans notre pays quand l’importation des biens de consommations et des équipements peut satisfaire la demande du marché. Grace à l’argent du pétrole c’est possible.

La conséquence de cette économie de Bazar est l’émergence d’une nouvelle restructuration des forces actives de la société. Au lieu que l’activité économique soit axée autour d’investissements, du travail et de la production, elle s’est organisée autour de l’importation, de la distribution et de la marchandise.

Ceci déteint sur les autres secteurs d’activités. Pourquoi développer l’éducation et la formation ou investir dans la recherche scientifique si le système économique rentier n’a pas réellement besoin?

Cette question est aussi valable pour la culture, comme pour tous les corps de métiers. C’est le démantèlement de toute activité de production, en d’autres mots un pays de purs consommateurs.

Cette politique voulue par le libéralisme et soutenue par ses suppôts de l’intérieur n’a abouti qu’à fragiliser l’Etat et hypothéquer la souveraineté nationale.

C’est une des stratégie de l’impérialisme pour dominer notre pays et exploiter ses richesses sans limites ni contraintes.

L’expérience de l’Algérie des années 70, quoi que l’on dise, est riche d’enseignements dans sa lutte anti-impérialiste. Elle a montré que l’on pouvait le faire reculer et parfois remporter des victoires dans la bataille pour le développement souverain.

Aujourd’hui, on tergiverse encore sur la politique de développement industriel à mettre en œuvre.

Des résistances internes et des pressions externes poussent à éloigner définitivement la perspective d’un développement souverain. Elles ont encore aujourd’hui l’initiative.

Mais des patriotes, peu nombreux encore, n’ont pas cessé d’alerter l’opinion publique sur la politique catastrophique de désindustrialisation menée ces dernières décennies et aussi de dénoncer ses conséquences économiques et sociales.

La tripartite programmée le 10 octobre prochain a mis à son ordre du jour la relance de l’investissement et la promotion des entreprises industrielles.

Cette politique ne doit pas rester le monopole du gouvernement et de certaines organisations patronales ou syndicales, elle doit nous concerner tous.

Nous devons saisir toutes les occasions pour exiger que cette politique soit à la hauteur des attentes et des aspirations de liberté et de démocratie de notre société.

L’échéance prochaine des élections présidentielles, si elle aura lieu, est le moment fort pour exprimer notre volonté de voir notre pays adopter une politique de développement souverain.

Nous devons forcer les futurs candidats de détailler leur programme sur cette question du développement souverain.

Le débat est ouvert et nous concerne tous.

Le 29/09/2013.

M. Morsatt.


«APPEL POUR LA PAIX ET LA CONCORDE AU M’ZAB»: LES MOTS SONT IMPORTANTS

par K. Selim

Le Quotidien d’Oran

le 16 février 2014

Un «appel pour la paix et la concorde au M’Zab» signé par diverses personnalités algériennes a été lancé.

Devant l’apparente asthénie nationale au sujet d’une situation qui a anormalement pris le chemin du pourrissement, on ne peut que saluer l’intention louable.

Une suspicion légitime prévaut sur le fait que les violences fratricides qui secouent le Mzab soient un effet des «intrigues et des manœuvres de mains criminelles, de mafieux et de truands qui sèment la discorde et le désordre, si favorables à toutes sortes d’intérêts contraires au bien public».

Mais on peut déplorer dans ce texte une approche excessivement moraliste empreinte de religiosité qui peut toucher l’affect des lecteurs sans pour autant mettre le doigt sur le fond du problème. Que le texte suggère sans réellement le formuler clairement.

L’enjeu au Mzab, comme dans le reste du pays, est l’avènement de la citoyenneté dans le cadre d’un Etat de droit avec des acteurs identifiés.

Beaucoup d’Algériens, mozabites ou non, ont exprimé leurs inquiétudes devant l’enchaînement des violences à Ghardaïa. Mais la plupart avouent ne pas comprendre ce qui s’y passe réellement et quels sont les enjeux derrière ces événements.

Mais confusément prédomine le sentiment d’une «mise en conflit» délibérée dans des jeux opaques. L’idée d’un conflit entre «Mozabites» et «Arabes», que par facilité certains médias véhiculent, est justement trop «évidente» pour être acceptée. C’est clair que des jeunes Mozabites et des jeunes Arabes s’affrontent mais cela fait court comme explication.

L’appel «pour la paix et la concorde au M’Zab» – réitérons qu’il est positif en soi – ne livre pas non plus un diagnostic et en appelle à la «sagesse», au «patriotisme» et met en garde, de manière imprécise, contre des «malfaiteurs» et des «prédateurs» qui ne «pensent qu’à leurs intérêts sordides, sans considération pour la paix et l’unité nationale».

La gravité même des menaces évoquées aurait mérité que l’on aille plus loin qu’une approche moralisante.

Il y a au Mzab comme dans le reste du pays un problème de citoyenneté entravée et de défaillance de l’Etat qui créent un terrain fertile pour toutes les manœuvres séditieuses.

Il existe au Mzab comme dans le reste du pays un problème de représentation authentique de la société.

Les péripéties politiques récentes au sommet de l’Etat ont confirmé le constat déjà fait d’un pays avec des institutions formelles vides de toute substance au profit des pouvoirs informels mais bien réels quant à eux.

Que ce déballage soit lié à une confrontation entre secteurs du «pouvoir réel» alors que les institutions formelles sont totalement assoupies n’ôte rien à la réalité de ce qu’il met en scène.

Une gouvernance où les citoyens n’existent pas – il n’y a, au mieux, que des clientèles -, où le droit paraît très secondaire, est un terrain propice à toutes les intrigues et à l’instrumentalisation de la violence.

Bien sûr, il faut en appeler à la «sagesse», au «patriotisme» et aux valeurs religieuses, mais il est certain que si on ne réhabilite pas l’Etat, la roue de la régression, dont les affrontements au Mzab sont l’expression, continuera à tourner et à écraser sur son passage les meilleures volontés du monde.

C’est la raison pour laquelle il est nécessaire de recourir au vocabulaire adéquat, aux références les plus précises pour poser le diagnostic le plus exact et décider en toute conscience des remèdes à appliquer.

Au Mzab, comme ailleurs, la société est d’abord confrontée à un très grave déficit de citoyenneté, d’Etat de droit.

Ce sont bien là les conditions préalables pour que s’enracinent et soient effectivement défendues les libertés publiques et la paix civile.


GHARDAÏA, ALERTE À LA POUDRIÈRE

RÉAGIR FACE AUX MENÉES DE DIVISION

DE NOTRE NATION ET DE NOTRE PAYS

Samia Zennadi et Mohamed Bouhamidi

La Tribune dz

La Nouvelle République dz

le mercredi 12 février 2014

La mise en circulation le 06 février 2014 sur le site YouTube d’une vidéo sous le titre de: «La profanation des mausolées berbères se poursuit à Ghardaia en Algérie» [[La profanation des mausolées berbères se poursuit à Ghardaia en Algérie – le 5 février 2014:

https://www.youtube.com/watch?v=yjH4UriOttM

le 6 février 2014: « Nouvelle profanation de cimetière berbère à Ghardaia en Algérie! »

https://www.youtube.com/watch?v=DcnKGP3a0H0

…]], postée par «ImazighenLibya», nous conduit à émettre cette alerte quant à la tournure très dangereuse que nous vivons en Algérie.

Rappelons que nous assistons en tant qu’Algériens à la recrudescence de la violence avec son lot macabre de morts de blessés et de destructions dans une région de l’Algérie réputée pour être une oasis de paix, Ghardaia, un centre de diffusion culturel et un symbole de résistance par la culture.

La violence et la barbarie que dégage cette vidéo où, des hommes solidaires s’attaquent à un cimetière, détruisent des tombes, dispersent les os des morts, récupèrent les pierres, et détruisent un mausolée plusieurs fois centenaires, ne peut pas ne pas laisser un impact psychologique et marque ce moment de déchéance où la violence qui tue la vie tente de tuer l’espoir, le souffle de nos ancêtres dont les tombeaux mozabites classés patrimoine mondial de l’humanité en sont le symbole dans cette région de l’Algérie.

Le fait qu’elle soit postée par «ImazighenLibya» constitue un seuil indicateur dans le temps du traitement de l’Algérie qui, soyons lucides, a commencé et prend actuellement une nouvelle tournure. Elle constituera avec les autres «preuves» la nécessité d’une intervention humanitaire au moment où les tambours médiatiques vont se mettre en branle pour justifier une intervention impérialiste en Algérie.

Qu’est ce qu’on voit sur cette vidéo ?

Au-delà de la douleur et de l’inquiétude que nous éprouvons, nous vous invitons à noter ces quelques points d’informations que nous avons relevés en visionnant cette vidéo et que nous jugeons urgent et utile de vous les faire partager.

  • L’occupation des lieux du cimetière mozabite par un groupe très important, dont le nombre dépasse largement la centaine de personnes, armées de haine, de pierres et de barre de fer,
  • Cette attaque se produit malgré la présence d’un effectif sécuritaire impressionnant et dans une conjoncture où les forces de sécurités soumises depuis au moins 3 ans à la sécurisation des frontières algériennes et à un moment de pression où on a enregistré le suicide à Ghardaia d’un jeune policier de 22 ans,
  • Cette opération rappelle les destructions des mausolées de Tombouctou et véhicule à l’opinion publique internationale l’existence d’un conflit ethnique généralisé où la minorité berbère mozabite ibadite est ciblée par des assaillants désignés comme étant tous des arabes chaâmbi malékites, visant ainsi à cacher les buts de groupes politiques particuliers sous les formes d’une adhésion ethnico-religieuse totale détruisant et diluant les liens de notre identité nationale dans des identités particulières et meurtrières,
  • Le groupe d’assaillant ne se constitue pas uniquement de jeunes mais nous voyons bien que des hommes âgés participent activement à la violence,
  • Deux types d’intervenants que nous pouvons classer en deux catégories : les cagoulés et les non cagoulés,
    • Les cagoulés bien équipés, (cagoules, casques, blousons, chaussures adéquates (basket), téléphones portables….) semblent être les chefs. C’est vers eux que se dirigent les non cagoulés pour recevoir les ordres. Ces signes apparents de hiérarchie ne laissent aucun doute sur l’existence de milices bien organisées (même le ravitaillement en pain pour nourrir le groupe qui participe à cette action a été prévu),
    • Parmi les non cagoulés se trouve un nombre très important d’enfants, ce qui montre bien que les enfants sont passés de l’autorité parentale à celle des milices et qui nous rappellent ceux des années 90 en Algérie et ceux d’aujourd’hui en Syrie à qui on a appris comment égorger, dépecer et découper un être humain,

Notre inquiétude est d’autant plus grande que notre pouvoir d’action se trouve encore plus réduit. La majorité des forces de réflexions, en stade de litanie avancée, participent sur des sièges confortables, soit par le silence soit par une focalisation sur des débats «hors série», à amplifier une cacophonie déjà indéchiffrable où l’échéance électorale pour la présidentielle d’avril 2014 semble être le seul enjeu national vital.

Nous écrivons ce texte d’alerte en regardant vers les incendies libyen, syrien et libanais que ce même type de justification ethno-religieuse a allumé.

Samia Zennadi et Mohamed Bouhamidi

PARIS – IREMMO- 19 FÉVRIER – AUTOUR DES LIVRES: « PETIT PRÉCIS D’ISLAMISME: DES HOMMES , DES TEXTES ET DES IDÉES

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Autour des livres

Mercredi 19 février

18h-20h


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Venez découvrir le dernier ouvrage de la collection Bibliothèque de l’iReMMO

« Petit Précis d’islamisme:

des hommes, des textes et des idées »

l’Harmattan, 2014

de Haoues Seniguer.


Cet ouvrage, volontairement succinct, n’a absolument pas la prétention de l’exhaustivité.

Il vise beaucoup plus à donner au lecteur francophone, qui s’intéresse au monde arabe et musulman contemporain, des éléments de compréhension globale de l’islamisme (ou islam politique) dont il est beaucoup question aujourd’hui, notamment après les soulèvements populaires de décembre 2010 en Tunisie, et l’accession au pouvoir de mouvements dits islamistes, autrefois interdits, clandestins, semi-légaux ou dans l’opposition.

Au lieu d’un traitement purement événementiel, qui chercherait à tout prix à «coller» à l’actualité, laquelle court de toutes les façons toujours plus vite que l’observateur, il s’est agi plutôt de concentrer nos efforts sur l’histoire des idées et des textes qui ont servi de ressources au courant islamiste depuis le milieu du XXe siècle.

Une idéologie, qui a vocation à forger un système total de représentation du réel et à orienter les pratiques sociales, n’est pas un isolat; elle ne relève pas de la génération spontanée, car elle naît dans des circonstances données susceptibles d’évoluer en fonction de toutes sortes de paramètres.

C’est pourquoi, elle n’est accessible et intelligible qu’à la seule condition d’en retracer, de façon aussi critique que rigoureuse, la genèse.

C’est donc à un travail de déconstruction que cet ouvrage s’attèle pour mieux saisir le cœur de l’islam politique.

Intervenants :

• Haoues Seniguer,

est docteur en science politique.

Il est chargé de cours à l’IEP de Lyon et chercheur associé au GREMMO.

Animation :

• Annabel Benhaïm,

journaliste pour le Huffington Post, responsable des contributions extérieures.


Inscription : infos@iremmo.org

Participation à la séance: 5 et 3€

(Tarif réduit : étudiants et demandeurs d’emploi)


L’iReMMO a déjà trois ans ! Afin d’encourager et de préserver, une parole engagée et indépendante sur l’histoire et l’actualité de la région Méditerranée Moyen-Orient, soutenez-nous!

iReMMO 5, rue Basse des Carmes 75005 Paris (Maubert Mutualité)

01 43 29 05 65

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ALGERIA- WATCH: UN ÉCLAIRAGE SUR LA CRISE AU SOMMET DU POUVOIR

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ALGÉRIE :

EXPLICATIONS SUR LA CRISE AU SOMMET DU POUVOIR

par Algeria-Watch

10 février 2014

Alors que le climat politique délétère en Algérie n’agite depuis de longs mois que la seule question de la candidature éventuelle – pour un quatrième mandat – d’un Président très diminué physiquement à l’élection présidentielle prévue le 17 avril prochain, une «bombe médiatique» a explosé le 3 février dernier:

dans une sortie publique sans aucun précédent, Amar Saâdani, le secrétaire général du FLN, s’est attaqué très violemment au général-major Mohamed Médiène (74 ans), alias «Tewfik», l’inamovible (depuis septembre 1990) et tout-puissant chef du DRS (Département du renseignement et de la sécurité), la police politique au cœur du régime.

Et trois jours après, le jeudi 6 février, le quotidien arabophone “El-Khabar” annonçait que le président Abdelaziz Bouteflika (75 ans) aurait «démis de ses fonctions» le général Médiène, «ainsi qu’une centaine d’officiers de l’armée, de la gendarmerie et du DRS» – une annonce ni démentie ni confirmée à ce jour. Et le 8 février, on apprenait qu’un ancien adjoint de Tewfik, le général Hacène, avait été arrêté manu militari trois jours plus tôt, car accusé d’«activités séditieuses».

Face à la surprise provoquée par ces événements, à l’avalanche de commentaires le plus souvent confus et biaisés de la presse algérienne et à la perplexité de nombreux médias internationaux, Algeria-Watch a souhaité répondre à six questions de bon sens que pose cet événement, lequel constitue à l’évidence un tournant important dans l’histoire de l’Algérie contemporaine. Des réponses nourries par le constant travail de veille sur la situation algérienne que nous effectuons depuis 1997, grâce notamment aux nombreux informateurs algériens avec lesquels nous sommes en contact, dans tous les milieux.

Comment interpréter la très étonnante sortie du secrétaire général du FLN – lui-même largement contesté au sein de son parti –, l’ancien parti unique, contre le chef du DRS?

Dans le code du régime algérien depuis les années 1980, une des règles veut que, quand le nom d’un responsable de la «coupole» secrète qui le dirige effectivement derrière sa façade démocratique commence à être cité dans la presse, celui-ci a plus ou moins perdu la confiance et la protection du «système» – une étrange similitude avec le modèle des diverses mafias italiennes (Cosa Nostra, Ndrangheta, etc.) et de ses émules d’autres pays. Amar Saâdani est un vieux routier de ce système, dont il connaît intimement le mode de fonctionnement. Qu’il soit honnête ou non, baladin ou percussionniste, intelligent ou non est tout à fait secondaire, particulièrement dans le contexte actuel. Saâdani, proche de Saïd Bouteflika (frère du chef de l’État), a accepté de jouer le rôle d’accusateur public en chargeant le général Tewfik de tous les maux affligeant l’Algérie, de la «sale guerre» des années 1990 à ceux des déconfitures sahariennes des années 2000.

Il est certain qu’un tel apparatchik éprouvé ne se serait jamais aventuré sur un terrain aussi périlleux sans, au moins, l’assentiment et les garanties d’un centre de pouvoir décisif. L’opinion de nombreux observateurs converge sur le fait que ce centre est aujourd’hui l’état-major de l’Armée nationale populaire (ANP). En son sein, derrière le chef d’état-major et vice-ministre de la Défense (nommé à ce poste en septembre 2013), le général de corps d’armée Ahmed Gaïd Salah (74 ans lui aussi, réputé être le général d’active «le plus vieux du monde»), dont le grand âge et l’état de fatigue indiquent qu’il n’a d’autre capacité d’initiative que celle d’un paravent décoratif, on perçoit les ombres portées de généraux (un peu) plus jeunes et plus importants, au premier rang desquels Saïd Bey (71 ans).

Commandant de la 2e région militaire (Oran) jusqu’à l’été 2013, ce dernier est devenu depuis l’adjoint direct de Gaïd Salah à la tête de la nouvelle «Commission spéciale de sécurité», officiellement créée en décembre 2013 pour gérer la carrière des officiers de l’armée (et du DRS). Outre Gaïd Salah et Saïd Bey, cette commission compte dans ses rangs les généraux commandant les six régions militaires, ainsi que le chef de la DCSA (Direction centrale de sécurité de l’armée, importante branche du DRS dirigée depuis septembre 2013 par le général Lakhdar Tirèche, venu de l’armée et non du DRS) et celui de la police nationale (DGSN), lui aussi un militaire, le général Abdelghani Hamel. Cette commission semble bien être désormais le «bras armé» de l’état-major pour mettre au pas le DRS.

Quelles sont donc les forces réellement en présence?

Derrière l’écran de fumée de la «lutte de clans» qui opposerait celui du président Bouteflika à celui du général Tewfik, il est clair que le vrai conflit pour le pouvoir est celui opposant les chefs du DRS à l’état-major de l’ANP, qui souhaite récupérer l’intégralité de ses prérogatives.

Aux yeux de ce dernier, le DRS doit retrouver sa vocation stratégique, essentielle, de défense de la sécurité nationale, largement abandonnée après la fin de l’ère Boumediene (quand ce service s’appelait encore Sécurité militaire), puis complètement depuis l’éviction du gouvernement réformateur en juin 1991.

Depuis cette date, derrière des paravents civils, le DRS a constitué la réalité du pouvoir politique, maître d’œuvre de la répression et de la manipulation, gestionnaire occulte et irresponsable de la vie économique et sociale de la société tout entière.

Après le coup d’État du 11 janvier 1992, les chefs du DRS et ceux de l’état-major étaient parfaitement unis pour conduire de concert une terrible guerre «contre-insurrectionnelle» contre le peuple algérien, afin de préserver leurs privilèges et leurs circuits d’accaparement de la rente pétrolière et gazière.

Mais depuis le début des années 2000, des tensions sont apparues entre ces deux pôles du pouvoir réel, notamment avec la sombre affaire Brown & Root Condor en 2006.

Et depuis 2013, de nombreux indices indiquent que la position auparavant hégémonique du général Médiène – dernier des principaux généraux «janviéristes» encore en poste – s’est nettement affaiblie face à ses pairs de l’état-major.

Comment interpréter les changements annoncés au sein du DRS et la rumeur de la mise à la retraite du général « Tewfik » Médiène ? Ces mouvements et médiatiques sont-ils liés à l’élection présidentielle?

Il n’est pas certain que ce qui se passe actuellement à Alger soit surtout lié à la question du quatrième mandat du président Bouteflika. L’approche des élections présidentielles contextualise certainement le conflit au sommet de l’appareil sécuritaire, mais beaucoup sont persuadés que ce qui se déroule est essentiellement la sanction d’un échec majeur, une des conséquences «organiques» de l’onde de choc de Tiguentourine. L’assaut terroriste sur la base gazière en janvier 2013 et la gestion désastreuse par le DRS de la prise d’otages subséquente a mis en exergue l’incompétence de l’équipe dirigeante de ce département.

Comme l’a relaté dès février 2013 un article d’Habib Souaïdia (l’auteur, en 2001, du livre “La Sale Guerre”) publié par Algeria-Watch, les militaires ont été écartés sans ménagement de la gestion de cette affaire, qui a abouti à un carnage aveugle: c’est le chef d’alors de la DSI (Direction de la sécurité intérieure du DRS, le contre-espionnage), le général Athmane Tartag, dit «Bachir» (et de son vrai nom El-Bachir Sahraoui), qui a décidé contre l’avis des généraux de l’armée présents sur le site d’éliminer les terroristes à coup de missiles tirés par les hélicoptères du DRS, tuant en même temps leurs otages occidentaux. Au-delà, le drame de Tiguentourine a mis en relief l’incapacité flagrante du DRS à fournir du renseignement opérationnel sur les mouvements de groupes terroristes notoires et que ce service aurait, dit-on, infiltré depuis l’origine. Les militaires ont fort peu goûté – c’est un euphémisme – d’être «secondarisés» et plus ou moins rendus responsables de la prise d’otages et de son issue sanglante.

L’incompétence de la direction du DRS, criante depuis l’affaire de la capture de trois humanitaires européens dans un camp de réfugiés du Front Polisario de la région de Tindouf en octobre 2011, revient souvent dans les critiques de plus en plus ouvertement formulées dans l’armée contre la police politique. Les militaires n’ont pas compris ni admis qu’un commando du MUJAO (Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest, un nouveau groupe «islamiste» aux origines douteuses) puisse intervenir dans un périmètre hautement sécurisé, quasiment à l’intersection de trois bases aériennes de haute valeur stratégique. Cette affaire avait été exploitée par Tewfik Médiène, qui en avait profité pour se débarrasser du général Abdelkader Kherfi (successeur en 2007 de Smaïl Lamari à la DCE, devenue ensuite DSI) et rappeler son ami et collaborateur de sinistre mémoire, le général «Bachir» Tartag – comme Algeria-Watch l’a bien documenté, ce dernier a été dans les années 1990 au cœur de la terrible «machine de mort» construite alors par les généraux algériens.

Mais cette très grave défaillance (ou manipulation délibérée?) a été suivie par l’enlèvement de diplomates algériens à Gao en avril 2012 et l’intervention de l’armée française au Mali en janvier 2013, officiellement pour défendre l’intégrité de ce pays menacée par des groupes djihadistes.

Du coup, beaucoup dans l’armée, dans sa périphérie et parmi les cadres «autonomes» reprochent au DRS d’avoir contribué à «pourrir» la situation au Nord-Mali et de jouer dans le Sahara algérien des jeux dangereux en manipulant divers groupes terroristes islamistes. Et donc d’avoir favorisé le retour, visiblement préparé de longue date par l’armée française, dans la région d’une présence militaire néocoloniale et de provoquer des fractures éminemment dangereuses pour l’unité nationale.

À ce propos, quid des influences extérieures et de l’impact du mécontentement à peine voilé des sociétés pétrolières étrangères actives en Algérie?

Il ne fait guère de doutes que ces influences externes – en particulier des gouvernements britannique et américain, mais sûrement aussi des milieux d’affaires français – ont joué un rôle décisif dans l’impulsion de la réorganisation du DRS en cours, comme l’a bien expliqué Hocine Malti (ancien dirigeant de la Sonatrach) à l’occasion du cinquantième anniversaire de la création de Sonatrach.

Le fait que le groupe de terroristes ayant attaqué Tiguentourine se soit librement déplacé dans la région, sur des centaines de kilomètres, la facilité avec laquelle il a pénétré dans le périmètre de la base gazière et la mort de trente-neuf otages occidentaux ont suscité l’incompréhension des partenaires.

Les compagnies pétrolières, notamment British Petroleum, ont naturellement réagi en exigeant d’assurer elles-mêmes la sécurité des sites. Et les gouvernements occidentaux, comme celui du Royaume-Uni, ont «proposé» une assistance sécuritaire directe de leurs services secrets. Si vous démontrez votre incapacité à protéger des intérêts vitaux pour le pays et d’une importance cardinale pour l’Occident, vous vous exposez à être subrogés et à concéder de facto des pertes de souveraineté.

À ce niveau, l’incompétence devient un handicap insupportable. La modernisation de l’armée, la formation des troupes et l’acquisition d’armements modernes ne suffisent pas à assurer la professionnalisation de la défense nationale, encore faut-il disposer d’une organisation opérationnelle fondée sur l’anticipation, le traitement efficace de l’information et la gestion des crises.

C’est sous cet angle que s’explique probablement le rattachement (survenu en septembre 2013) de la DCSA, un des trois services du DRS, à l’état-major et l’éviction d’officiers de ce service, dont son directeur le général M’henna Djebbar, spécialiste de la répression de civils désarmés mais visiblement pas à la hauteur des missions réelles de la DCSA.

Autrement dit, pour les chefs de l’état-major, il serait vital du point de vue de la sécurité nationale que le DRS abandonne son rôle de police politique et de «service du personnel» du régime pour retrouver sa mission de renseignement.

Les médias algériens présentent le conflit comme étant essentiellement l’expression d’une opposition entre la présidence et le DRS, or les principaux relais civils de la police politique ont confirmé leur soutien à la candidature de Bouteflika. Le quatrième mandat fait-il consensus?

Jusqu’à l’éclatement de la crise sur la place publique avec les déclarations de Saâdani, il semble bien que les décideurs dans leur ensemble étaient d’accord pour la continuité. Dans les faits, hormis quelques inimitiés tenaces, Bouteflika a joué son rôle de façade civile du régime de manière plutôt satisfaisante depuis 1999. La presse – à l’exception de quelques sites Internet appartenant à des figures du régime – ne s’est pas frontalement élevée contre sa reconduction à la tête de l’État. On n’apprendra rien à personne en rappelant que la presse dite «indépendante» et l’écrasante majorité des associations de la « sociétécivile» sont notoirement encadrées par le DRS. Il existe bien entendu quelques journalistes réellement autonomes comme quelques personnalités libres de toute allégeance aux «organes de force» – pour reprendre l’expression russe consacrée –, mais ils sont les rares exceptions à une règle établie depuis le 11 janvier 1992.

La remise en question du quatrième mandat s’est brutalement imposée dans l’actualité des journaux aux ordres quand les premiers décrets de mise à la retraite d’officiers du DRS ont été annoncés, le 13 janvier dernier. Avant cela, il semble que malgré l’état évident – au point d’en être gênant pour le téléspectateur – d’épuisement du président, peu de voix contestaient son éventuelle candidature à l’élection d’avril 2014.

Le président Bouteflika, sa famille et les hommes d’affaires qui l’entourent ne représentent pas des pièces maîtresses sur l’échiquier du pouvoir réel. Abdelaziz Bouteflika, qui n’a pas pu empêcher la mise à l’écart des ministres qu’il avait imposés, qui n’a jamais pu nommer un chef de cabinet ni un secrétaire général en quatorze ans de «règne», se serait-il transformé, entre Val-de-Grâce et Invalides, en centre de pouvoir en mesure d’affronter le DRS? À l’évidence non. D’autant que le chef de l’État est très affaibli et ne paraît plus en mesure d’assumer très longtemps une fonction particulièrement exigeante. Son frère Saïd, qui joue le rôle de chef de cabinet informel, tente bien de s’assurer des alliances dans les appareils; mais face à l’omnipotence du DRS et à la puissance de l’état-major, ces alliances paraissent bien précaires.

Pourquoi ce conflit éclate-t-il aujourd’hui? Quels sont les scénarios possibles?

Ce conflit, latent depuis plusieurs mois – rappelons que l’annonce d’une «réorganisation du DRS» date de septembre 2013 –, s’est accéléré avec l’aggravation de l’état de santé d’Abdelaziz Bouteflika. L’état-major souhaite clôturer l’ère Tewfik avant les élections présidentielles. Les généraux autour de Gaïd Salah appréhendent les interférences de Tewfik et de ses collaborateurs dans le processus électoral. L’histoire ne se répète jamais, dit l’adage. Sauf en Algérie, ou Sisyphe a, semble-t-il, la vie dure. Avec des motivations différentes de celles qui étaient les leurs à l’époque, on retrouve en effet aujourd’hui les mêmes protagonistes qu’en 2004: l’état-major et le DRS. Le général Tewfik l’avait alors emporté face à l’ancien chef d’état-major Mohamed Lamari (décédé de mort naturelle en février 2012, sans avoir eu à rendre compte de ses crimes), écarté sans tambours ni trompettes, mais heureusement sans effusion de sang.

Car il est arrivé, surtout dans la période de folie sanguinaire du pouvoir que furent les années 1990, que les conflits au sommet se règlent dans la rue et sur le dos des civils. La crainte des Algériens est que la crise actuelle entre les deux pôles du pouvoir soit une réédition de celle ayant entraîné la démission du président Liamine Zeroual en septembre 1998. Une série de massacres de très grande ampleur avaient eu lieu dans les régions d’Alger et de Rélizane, causant des milliers de morts dans des circonstances indicibles.

Perpétrés par des « escadrons de la mort » relevant du DRS – les trop fameux «groupes islamistes de l’armée» –, ces massacres, point culminant de la «sale guerre», avaient créé un halo de psychose précipitant le départ sans gloire d’un homme respectable et bien intentionné, mais sans autorité sur l’armée et les appareils de sécurité.

À l’heure où ces lignes sont écrites, aucune confirmation officielle – ni aucun démenti d’ailleurs – n’étaye la mise à la retraite du chef du DRS. Mais la crise est bien réelle et si elle dure ou dérape, elle risque de menacer la stabilité du pays. Or le peuple algérien a déjà payé un très lourd tribut à l’impéritie de ses dirigeants, en particulier depuis le coup d’État de 1992.

L’Algérie a urgemment besoin de sortir du tunnel de désespoir dans lequel les aventuriers de la rente l’ont alors jetée.

Le pays est épuisé par une gouvernance inepte exclusivement fondée sur la rente et la violence.

La population est abandonnée à elle-même et des appareils dévoyés n’ont plus que la manipulation et la division pour amener le pays vers l’éclatement.

Si cette dérive suicidaire n’est pas enrayée, aucune force au monde ne pourra arrêter l’explosion à venir.

Difficile, à ce stade, d’en dire plus sur les issues possibles de cette énième crise: les informations sont parcellaires et bien des retournements restent possibles.

Si elle devait être le prélude à la recomposition politique autour d’institutions démocratiques, de la réhabilitation de l’État de droit, du rétablissement d’une justice indépendante et équitable et de la pacification des rapports politiques, alors elle est bienvenue.

L’Algérie a besoin, plus que jamais, d’un gouvernement représentatif composé d’hommes et de femmes jeunes et compétents, d’un chef de l’État dans la force de l’âge pour mener à bien le redressement vital et urgent du pays, d’une armée puissante et moderne pour assurer la défense des frontières et de services de renseignements efficaces pour la protection des intérêts de la Nation dans un environnement international des plus incertains.

Source: algeria-watch.org

ALGER – 15 FÉVRIER – RENCONTRE DÉBAT: LA QUESTION DÉMOCRATIQUE EN ALGÉRIE AUJOURD’HUI

afaqichtirakiya perspectives socialistes

afaqichtirakiya  perspectives socialistes

Samedi 15 février 2014

à 14 h

Le Rassemblement de gauche a le plaisir de vous inviter à une rencontre-débat le samedi 15 février 2014 à 14 heures sur le thème de la question démocratique en Algérie.

Cette rencontre sera animée par Hocine Belalloufi dont le dernier ouvrage paru en 2012 a pour titre: “La démocratie en Algérie, réforme ou révolution”.

Les forces politiques et sociales qui inscrivent la revendication démocratique dans leur combat ne seront guère en mesure de peser sérieusement sur l’échiquier politique à l’occasion de l’élection présidentielle d’avril prochain. Entre un impossible boycott et la présentation d’un ou de plusieurs candidats de témoignage, il ne leur restera très certainement, en définitive, que le choix de l’abstention ou du vote nul.

Une telle absence ou marginalité s’avère d’autant plus dommageable que toute l’actualité politique nationale (précampagne présidentielle, débat sur la place et le rôle du DRS dans la vie politique, affrontements de Ghardaïa, grève dans l’éducation et explosions locales récurrentes…) et régionale (Tunisie, Libye, Mali, Egypte…) souligne l’urgence d’une alternative démocratique.

Mais peut-on bricoler en quelques semaines un semblant de réponse politique à même d’incarner une alternative? Peut-on espérer rattraper en un laps de temps aussi court le travail qui n’a pas été effectué ou qui l’a été insuffisamment durant les années précédentes? Cela est fort peu probable.

Le but de cette rencontre-débat sur la question démocratique n’est pas d’occulter la présidentielle et l’actualité politique immédiate mais de tenter de prendre le recul nécessaire afin d’amorcer un débat et une réflexion de fond sur la perspective démocratique en vue d’instaurer un régime qui soit l’émanation de la volonté populaire librement exprimée.

Car il n’existe pas de raccourcis ni de miracles en politique.

L’activisme aussi généreux soit-il et les trouvailles tactiques aussi intelligentes qu’elles apparaissent ne peuvent se substituer à la compréhension claire et sérieuse du contexte politique et à la définition d’une stratégie adéquate vérifiée et revérifiée constamment par la pratique.

C’est de tout cela que nous vous invitons à venir débattre avec nous.


« TRIBALISATION » DE L’ ALGÉRIE ET « LOGIQUE INTERNATIONALE »

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(Abderrahmane Hadj Nacer)

[

blog algerieinfos

le 8 février 2014

->http://www.algerieinfos-saoudi.com/article-tribalisation-de-l-algerie-et-logique-internationale-abderrahmane-hadj-nacer-122459420.html]

Analysant les événements du M’Zab, survenus après ceux de la nouvelle ville Ali Mendjeli à Constantine, Abderrahmane Hadj Nacer s’interroge ce matin dans El Watan:

« Comment se fait-il que dans un pays où une partie plus que substantielle du budget de l’Etat est consacrée aux forces de sécurité et malgré les nombreux recrutements, elles n’interviennent pas quand il le faut et à temps?

Il conteste la validité de l’explication de la « main de l’étranger » mais estime que la « tribalisation » de la société mise en œuvre en Algérie obéit à une « logique internationale ».

tribalisation_contri_2017122.jpg DR

EXTRAITS

« Pour l’heure, il s’agit toujours de constater que dans aucun des lieux où la violence a éclaté, l’intervention n’a correspondu à une gestion de mise en place de la citoyenneté.

Plus encore, au fil des événements, on se rend progressivement compte qu’il s’agit plutôt d’une gestion tendant à la « tribalisation » de la société, comme si nous avions affaire à une administration préférant traiter avec des tribus, passer des accords avec des chefs, en l’absence de citoyens qui eux s’expriment à travers des partis politiques, des associations de masse, des unions professionnelles et civiques avec qui il faudrait négocier.

L’organisation de cette « tribalisation », il faut le reconnaître, remonte à la seconde moitié des années 1980 — début des années 1990 puisque on a vu s’opérer à travers un certain nombre d’institutions nationales, économiques, de nature administrative ou même dans la gestion de l’ordre public, police ou armée, une sorte de spécialisation de métiers ou de bureaux en fonction des origines, donc une «tribalisation» de corps de métiers et d’administrations complètes.

Et ces gangs rivaux qui prolifèrent au rythme des cités-dortoirs, ghettos et autres recasements de populations, dégradant nos villes, l’entente sociale et l’humanité dans l’homme, sont aussi rappelons-le appelés « tribus urbaines ».

Là aussi, il faut se demander ce à quoi correspond la « tribalisation ». Est-elle tout simplement un processus interne à un pays, mis en marche par un Etat défaillant et qui refuse la citoyenneté? Où est-elle englobée dans une logique internationale et acquiert dans ce cas d’autres significations?

À mon sens, on ne peut considérer qu’il y a ici la « main de l’étranger », car le lien peut s’opérer tout seul.

Je m’explique: dans le fond, la logique actuelle de l’ultra-capital est une logique d’effritement des frontières puis de soumission des populations, parce qu’il veut disposer d’ateliers mobiles, disponibles en fonction de ses besoins de région en région, parce qu’il a besoin de force de travail mobile et servile.

Cette logique internationale qui actuellement se met en place a plus besoin de gangs et de castes pour gérer la soumission que de partis politiques dont l’émergence et le fonctionnement signifient un débat dans et autour du parti.

Pour ma part, je crois beaucoup qu’il y a cette logique dans le monde et la question dès lors s’agissant de notre pays est de se demander pourquoi les autorités se soumettent-elles à cet ordre mondial, est-ce parce que l’on n’arrive pas à analyser les forces actuelles en gestation ou est-ce parce que l’on participe de cette gestion du monde? »

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[pour lire l’article en entier

cliquer sur le lien (…)->http://www.elwatan.com/contributions/au-dela-du-m-zab-au-dela-des-clans-la-servitude-08-02-2014-245036_120.php]


VIEILLE LAÏCITÉ, NOUVEAU CLERGÉ

wall-street

« Ces dogmes sont marché autorégulé, libre concurrence, croissance infinie, justesse scientifique d’enrichissement illimité des riches (surhumains leaders, héros, génies, qui le méritent).

Ils sont produits de temples: facultés d’économie néolibérale, écoles de business, instituts, avec leurs lieux sacrés : Harvard, Sloan, Wall-Street.

En pleine connivence avec les milieux d’affaires (sauf rares exceptions tels des Musk ou Cascades)

ces temples fournissent les savoirs et les élites (nouveaux clercs) dont nos «États» (en fait comités de gestion des intérêts des dominants) se gavent: hauts commis, consultants, conseillers, éminences grises.

Les milieux finance-busines téléguident lois et décisions étatiques. »

wall-street DR

Par Omar Aktouf[[Omar Aktouf, Ph.D., professeur titulaire HEC Montréal

Auteur de “Halte au gâchis”, Liber 2008.]]

3 février 2014

repris sur algerie infos

Devant tant de bruit entourant le débat sur la laïcité et les valeurs au Québec, la montée, un peu partout dans le monde, d’idées communautaristes et xénophobes, revenons sur les origines des idées dites laïques et de laïcité, qui ont, historiquement, bien plus à voir d’abord, avec des révoltes contre l’exploitation des peuples, les inégalités et les injustices, que le seul retrait, stricto sensu, du religieux par rapport au politique.

Origines:

cesser l’exploitation concertée des peuples

(laïkos en grec ancien)

Depuis des temps immémoriaux ceux parmi les humains qui désiraient détenir et conserver des pouvoirs et privilèges réservés devaient s’appuyer sur des complices chargés (par la prétention de détention de savoirs spéciaux: cosmogonies, théologies, idéologies…) de faire accepter aux peuples la légitimité de ce désir.

Ce sont ceux que l’on peut désigner par le terme clercs (qui a donné clergé), c’est-à-dire «ceux qui savent». C’est ainsi que sorciers, chamans, prêtres…, se sont alliés, d’abord, à ceux qui avaient l’usage du plus ancien instrument de pouvoir: les armes (chasseurs, guerriers, noblesses de souche militaire).

Ces clercs élaborèrent les savoirs devant servir à la légitimation de l’accaparement exclusif du pouvoir par un groupe social donné, en échange de quoi ils obtenaient des privilèges garantis.

Ce furent, de tous temps (les études ethnologiques le montrent) des justifications invoquant des raisons transcendantales (transcendant la condition humaine) conférant un statut spécial, hors du commun, aux accapareurs du pouvoir.

Cette collusion clergés-politiques, sans doute née à des époques très reculées, a toujours constitué une farouche défense d’intérêts réciproques, défense indispensablement construite sur l’exploitation et la subordination de ceux qui deviendront sujets, puis simples citoyens.

Ces derniers constituaient la chair à canon des guerres royales et seigneuriales, les sources de fort nombreuses taxes telles que tailles, cens, banalités, gabelles, champarts au bénéfice des seigneurs; et dîmes, corvées, dons, indulgences à celui des clergés.

Voilà pourquoi, pour ne parler que de l’Occident, le roi français devint de «droit divin», le royaume d’Espagne «très catholique», le souverain anglais «doté de corps immortel», l’Empire romain-germanique «saint».

En échange de cette sacralisation du politique et de ses privilèges, l’Église pouvait exploiter de son côté populaces et paysans, jusqu’aux excès culminant avec l’affaire des indulgences sous le pape Léon X, excès qui menèrent au schisme déclenché par Luther au 16e siècle. Schisme survenu précisément en des temps dits de «Renaissance» (avec ses nouvelles idées plus humanistes, plus scientifiques et rationnelles…), un terreau fertile qui enfantera plus ou moins directement ceux qu’on dénommera plus tard libres penseurs et rationalistes: les Rousseau (Discours sur l’inégalité…), Montesquieu, Voltaire, Diderot.

Il est de première importance de rappeler que leurs hérétiques idées furent d’abord dénonciation de l’exploitation concertée du peuple par le couple Monarchie/noblesse-Église.

Le tout trouvera un épilogue, notamment, avec la Révolution de 1789, mettant à bas le pouvoir église-noblesse au profit du tiers-état, mais ouvrant la voie à une nouvelle classe de privilégiés: la bourgeoisie manufacturière, qui aura bientôt son clergé.

Nouveau clergé moderne :

la finance-business et ses «écoles»

À ce qui précède, on comprendra qu’il est fallacieux de réduire l’idée de laïcité à la seule séparation entre religion et politique. La lutte contre les injustices et inégalités sociales y est aussi importante sinon prépondérante.

Est-ce fortuit si l’encyclique Rerum Novarum (sorte de réponse aux Conditions de la classe laborieuse en Angleterre en 1844 de F. Engels) sacralisant propriété privée et droits de gérance parut à l’apogée de la Révolution industrielle?

Est-ce aussi fortuit si, en toute fin du 19e et débuts du 20e apparurent les premiers gourous de l’économie-management moderne, Fayol et Taylor? Ils furent les premiers «clercs» du nouvel ordre bourgeois-manufacturier qui domine aujourd’hui à l’échelle de la planète. Ils en engendreront d’innombrables autres.

Ce nouveau clergé dédié aux intérêts des faiseurs d’argent (money making), fabriquera deux grandes idéologies présentées comme sciences: l’économie néoclassique-néolibérale et le management. S’entre-alimentant sans cesse à tour de rôle, ils ne sont qu’auto-renforcement tautologique de pseudo savoirs: des techniques, habiletés et théories du «comment faire plus d’argent» présentées comme des connaissances.

Ce clergé a ses gourous: Drucker, Simon, Porter… ses messes: congrès, colloques, ses prédicateurs: animateurs-vedettes et experts des médias (propriétés de membres du clergé), ses fanatiques, intégristes, et dogmes… (J. Stiglitz, “La grande désillusion”, 2000) auxquels il faut croire (les journaux rapportent en ce moment que la BCE européenne ne croit pas ce que croit le FMI, qu’au Forum de Davos on croit autre chose).

Ces dogmes sont marché autorégulé, libre concurrence, croissance infinie, justesse scientifique d’enrichissement illimité des riches (surhumains leaders, héros, génies, qui le méritent).

Ils sont produits de temples: facultés d’économie néolibérale, écoles de business, instituts, avec leurs lieux sacrés : Harvard, Sloan, Wall-Street. En pleine connivence avec les milieux d’affaires (sauf rares exceptions tels des Musk ou Cascades)

ces temples fournissent les savoirs et les élites (nouveaux clercs) dont nos «États» (en fait comités de gestion des intérêts des dominants) se gavent : hauts commis, consultants, conseillers, éminences grises.

Les milieux finance-busines téléguident lois et décisions étatiques. Il faut toujours davantage socialiser les coûts et privatiser profits et privilèges (James O’connor, “The Fiscal Crisis of the State”, 1973) pour maintenir richesses des uns et pouvoir des autres.

Laïcité ? Séparez l’argent de l’État

Napoléon disait qu’un État qui dépend des banques (il dirait aujourd’hui finance-business) n’est maître ni de ses décisions ni des intérêts qu’il défend.

L’ampleur grandissante des inégalités sociales (“Inequality for All” de R. Reich; inquiétude n° 1 de l’actuel Forum de Davos; le site https://www.youtube.com/watch?v=QPKKQnijnsM…) due à cette collusion business-État, impose des politiques (dites économiques) d’enrichissement infini des riches qui, forcément, se fait au détriment de la nature, du salariat et des services publics (Oxfam 2014 : la fortune des top 85 mondiaux équivaut à l’avoir de 50% des habitants de la planète; une journée de nos 100 tops PDG égale le revenu familial moyen annuel canadien).

Quand un tel milieu qui prétend détenir le savoir bénéfique à tous (un clergé) s’acoquine, pour des intérêts égoïstes, aussi étroitement avec le milieu des décideurs publics (managers du privé devenant ministres et vice et versa… comme jadis cardinaux et chanceliers; révélations de la Commission Charbonneau…) il n’y a ni démocratie ni laïcité.

La frustration populaire monte et exige des boucs émissaires.

On peut aisément l’abreuver de démagogie, de coupables tout désignés, de diversions de basse politique. Mais demeure le problème de fond: des richesses communes scandaleusement accaparées par des minorités arrogantes.

Donc : la laïcité, bien sûr, mais d’abord la vraie, celle qui sépare tout clergé, quel qu’il soit, de l’État.

Les kippas, kirpans, croix et tchadors… ne sont qu’artéfacts secondaires et viennent bien après.

Omar Aktouf

Source: omaraktouf.over-blog.com