6 JUIN 44 : CE QU’ON NE VOUS DIRA PAS

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Dans son discours du 6 juin, Obama a affirmé que les USA n’ont rien demandé en retour pour prix de leur entrée en guerre tardive, les soldats US sont morts uniquement par solidarité démocratique envers les peuples d’Europe !

socialgerie reprend ici un texte bref d’nvestigation, concernant les intérêts US durant la 2ème guerre mondiale .

MICHEL COLLON

Investig’Action

4 juin 2014

« Oui, mais quand même les Américains nous ont ont libérés en 45!» Combien de fois, l’ai-je entendue celle-là ! Sur les bancs de l’école. Mais aussi lors de débats sur les guerres actuelles des USA.

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40-45, la seule ‘bonne’ guerre US ? Peut-être à nuancer. Quelques faits troublants sont documentés dans un excellent livre de l’historien Jacques Pauwels [[ PAUWELS, Jacques R. Le mythe de la bonne guerre : les États-Unis et la Seconde Guerre mondiale. Bruxelles : Aden éditions, 2012. (EPO), 378 p. À recommander, c’est aussi plein de révélations sur Roosevelt, Truman, la menace d’envahir l’URSS, la récupération des espions et criminels nazis, Churchill, De Gaulle, Yalta… ]]. Ses documents irréfutables prouvent qu’une grande partie des sociétés US ont carrément collaboré avec Hitler, et pas seulement au début de la guerre : Du Pont, Union Carbide, Westinghouse, General Electric, Goodrich, Singer, Kodak, ITT, JP Morgan…

Pire. La grande nouveauté stratégique d’Hitler, ce fut la « Blitzkrieg », la guerre-éclair: porter très vite ses troupes au cœur de l’adversaire. Pour cela, deux conditions indispensables: des camions et de l’essence. L’Allemagne n’ayant aucun des deux, c’est Esso qui a fourni l’essence, tandis que les camions provenaient des usines allemandes de Ford et General Motors.

« Que cette guerre dure le plus longtemps possible ! »

Pauwels montre que :

  1. Une grande partie du patronat US était pro-Hitler dans les années 30 et 40.
  2. Cela n’a changé qu’au moment où les ventes des firmes US furent mises en danger par l’agressivité commerciale allemande en Amérique latine et ailleurs. Et par les occupations japonaises qui confisquaient tout le commerce en Asie.

En fait, les Etats-Unis jouaient double jeu. Ils souhaitaient que la guerre dure longtemps.

Pourquoi ?

D’un côté, les énormes profits que leurs sociétés réalisaient en Allemagne étaient en croissance. De l’autre côté, ils s’enrichissaient en prêtant à la Grande-Bretagne qui supportait tout le poids financier de la guerre. Washington posait d’ailleurs comme condition que Londres abandonne ses colonies après la guerre. Ce qui fut fait. Les Etats-Unis ont réussi à profiter de la Deuxième Guerre mondiale pour affaiblir leurs rivaux et devenir la seule superpuissance capitaliste.

Henry Ford : « Ni les Alliés, ni l’Axe ne devraient gagner la guerre. Les USA devraient fournir aux deux camps les moyens de continuer à se battre jusqu’à ce que tous deux s’effondrent. »

Le futur président Harry Truman, 1941: « Si l’Allemagne gagne, nous devons aider la Russie et si la Russie gagne, nous devons aider l’Allemagne, afin qu’il en meure le maximum de chaque côté. »

Ce jeu cynique ne cessa que lorsque l’URSS vainquit Hitler. Alors seulement, les Etats-Unis se précipitèrent pour sauver leurs intérêts en Europe.

Demain 6 juin, on fera comme si la guerre avait été gagnée en Normandie et non à Stalingrad. On ne dira pas qu’Hitler perdit 90% de ses soldats à l’Est. Que pour un soldat US tué, il y en eut 53 soviétiques. Les manuels scolaires sont parfois bizarres, non?

Voilà, désolé de vous avoir ôté une de vos dernières illusions. Demain, 6 juin, vous pourrez penser à tout ça lorsque sur une plage normande, on fêtera George Bush alors que son grand-père a financé Hitler. Dans quel monde vivons-nous?

MICHEL COLLON

Vous pouvez également lire la récente analyse d’Annie Lacroix-Riz publiée sur Investig’Action

Source : Investig’Action

FOOTBALL ALGÉRO- BRÉSILIEN 1965: LE REPORTAGE DE OMAR LARDJANE

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par : Omar Lardjane

Liberté

Dossiers sportifs

09 Juin 2014

Quand le Brésil de Pelé est venu à Alger en juin 1965

Au mois de juin 1965, la grande équipe nationale du Brésil, double championne du monde (Suède 1958, Mexique 1962), entame une tournée en Europe et en Afrique du Nord, préparatoire à la Coupe du monde devant se dérouler l’année suivante, en Angleterre.

Menée par son célèbre entraîneur, Vicente Féola, l’équipe brésilienne se déplace avec un effectif quasi complet, parmi lequel les déjà légendaires Pelé, Garrincha, Djalma Santos, Bellini, etc…

Le jeudi 17 juin, elle rencontre l’équipe nationale algérienne à Oran, dans un stade comble et en présence du président Benbella.

Malgré la bonne prestation des Algériens Mekhloufi, Soukhane, Melaksou, Defnoun, etc., les Brésiliens l’emportent par trois buts à zéro.

Le vendredi 18 juin, elle est à Alger, en prévision d’un deuxième match devant se dérouler le dimanche 20 juin, au stade municipal du Ruisseau (aujourd’hui Stade du 20-Août 1955 à El Anassers).

Le public algérois est impatient d’assister, après celui d’Oran, au spectacle des meilleurs joueurs du monde.

Une réception en l’honneur des deux équipes est organisée à l’ambassade du Brésil, à El Biar.

Le matin de ce vendredi, je suis chargé par le rédacteur en chef de la rubrique sportive, Mohamed Rebah, de couvrir l’événement. Il insiste pour que je revienne avec le maximum d’informations et me donne carte blanche pour remplir la page sportive d’“Alger républicain” du lendemain:

“Cela fait deux mois que ta signature a disparu du journal… il faut faire un grand retour !”.

En effet, mobilisé par la préparation au baccalauréat, j’avais suspendu ma collaboration au journal, où j’étais responsable de la rubrique football, ainsi que ma participation aux rencontres de mon équipe, l’OM Ruisseau. Les épreuves du bac étant passées, j’étais de nouveau disponible.

En début d’après-midi, je me rends, avec un photographe du journal, à la résidence de l’ambassade du Brésil. La réception se tient autour de la grande piscine de la résidence. Salutations et échanges brefs avec les joueurs de l’équipe nationale que je connaissais déjà. Bresil_Alger_1965.jpg

Puis, je fais mon travail. Interview en règle de Vicente Feola, avec l’aide du traducteur de l’ambassade.

Ensuite, discussion avec Pelé et d’autres joueurs brésiliens. Des photos sont prises.

Quelques heures après, il est temps pour moi de retourner au siège du journal pour m’atteler à la rédaction des articles.

Je redescends en ville avec Rachid Mekhloufi, dans sa voiture. Nous nous dirigeons vers Bab El-Oued par la route de Frais-Vallon. Durant le trajet, j’en profite pour l’interviewer. Arrivé au journal, j’informe mon chef, Rebah, de la riche moisson d’informations et de photos réalisée.

Il me confirme sa promesse : noircir toute la page sportive!

Lourde responsabilité…

“Alger républicain” était alors le journal le plus lu et la page sportive, avec ses rubriques hebdomadaires sur les sports corporatifs et les sports scolaires, contribuait à ce succès d’audience.

Je me mets au travail dans la grande salle silencieuse de la rédaction sportive.

Au fur et à mesure qu’ils sont rédigés, les papiers sont envoyés, par un coursier, à l’imprimerie située en haut de la Grande Poste, à quelques deux cents mètres seulement du siège d’“Alger-républicain”.

Le travail de rédaction se termine vers 23h 00. Il me reste à rejoindre l’imprimerie pour vérifier, sur les morasses, qu’il n’y a pas eu d’erreurs dans la saisie des textes par les typographes.

L’impression du journal sur la grande rotative n’attend que la page sportive pour démarrer.

Vers 01h00 du matin, la rotative est lancée. Fourbu, je n’ai pas la force d’attendre la tombée des premiers exemplaires (je le regretterai plus tard et longtemps, comme on le comprendra dans la suite de ce récit).

Je redescends vers le siège du journal. La ville est silencieuse, la température est douce. Je crois me souvenir avoir remarqué, sans y prêter grande attention, quelques véhicules militaires près de la Grande Poste. De fait, depuis plusieurs jours, le tournage du film “La Bataille d’Alger” perturbait la circulation des grandes artères du centre-ville. Je récupère ma petite Vespa 400 sur le boulevard Amirouche. Il me reste à parcourir une dizaine de kilomètres pour me rendre chez moi. Sitôt arrivé à la maison, sitôt au lit!

Avec le sentiment d’avoir fait mon travail correctement et d’avoir vécu une journée particulière.

Je suis réveillé brutalement à neuf heures du matin! On m’appelle au téléphone. On m’apprend qu’un “coup d’état” vient d’avoir lieu pendant la nuit… Le président Benbella a été destitué!

En fin de matinée, je me rends au siège d’“Alger-républicain”. Étrange atmosphère…

Je n’y trouve aucun rédacteur, ni responsable. Le journal du jour n’a pas paru.

Dans la rue Didouche, près de l’université, quelques petits groupes de manifestants apparaissent puis se dispersent.

La rencontre Brésil-Algérie qui devait se dérouler le 20 juin a été annulée.

Le 21 juin au matin, je retrouve quelques amis au lycée Emir-Abdelkader. J’ai été reçu au Bac. Satisfaction.

Mais l’avenir? Plus de nouvelles des collègues d’“Alger républicain”, dont les locaux sont fermés et qui n’a plus paru.

Quelques semaines plus tard, je croise dans la rue le photographe qui m’avait accompagné à l’ambassade du Brésil. Par lui, je récupère des photos prises lors de la réception. Ce sont celles qui accompagnent ce texte. Elles sont restées, à ce jour, inédites.

Quant au numéro du 19 juin d’“Alger-républicain”, il a bien été imprimé mais, malgré les rumeurs selon lesquelles quelques exemplaires auraient été récupérés à l’imprimerie, je ne l’ai jamais vu.

Voilà pourquoi je ne peux témoigner que par ces photos et ce texte, que l’équipe nationale brésilienne est bien venue à Alger en juin 1965, même si elle n’y a pas joué de match.

Mais, que s’est-il dit lors de mes échanges avec Pelé, Garrincha, avec Mekhloufi, Bentifour, Soukhane, et surtout au cours de l’interview de l’entraîneur Vicente Féola? Je suis incapable de le rapporter aujourd’hui, n’ayant plus aucune trace écrite.

Les articles que j’avais rédigés au soir du 18 juin, et donc jamais parus, ont été mes derniers articles en tant que journaliste sportif. Ils seront aussi les derniers tout court, puisqu’ils mettaient un terme, après trois ans de pratique, au métier dans lequel je m’étais engagé, et auquel je rêvais dès mon adolescence.

Quelques mois après, je rejoindrais l’université.

Quant à “Alger républicain”, il ne reparaîtra que 24 ans plus tard, en 1989. Ainsi, l’histoire politique de l’Algérie avait interféré dans l’histoire sportive du pays, la grande histoire avait perturbé la petite histoire.

Presque 50 ans après, et à la veille du départ de l’équipe nationale algérienne pour le Brésil, il m’a semblé utile de rappeler ces faits et de publier ces photos-témoignage d’un événement sportif qui a failli avoir lieu…

O. L.

http://www.liberte-algerie.com/images/pdf/suplement_foot.pdf

en PDF, page 18

IL Y A 57 ans, TOMBAIT AU CHAMP D’HONNEUR NOUR EDDINE REBAH

à Alger en 1951, rue Ben M’Hidi, allant vers le local de l’UJDA rue Bab-Azzoum: de D à G Noureddine Rebbah, Sadek Hadjeres

[samedi 7 juin 2014

par raina->http://www.raina-dz.net/spip.php?article479]

à Alger en 1951, rue Ben M’Hidi, allant vers le local de l’UJDA rue Bab-Azzoum: de D à G Noureddine Rebbah, Sadek Hadjeres

Évocation

Il y a 57 ans,

tombait au champ d’honneur

Nour Eddine Rebah

De Saint Eugène à Bouhandès

«Si nous venions à mourir, défendez nos mémoires ».

Didouche Mourad.

Il y aura cinquante-sept ans, le 13 septembre 1957, au cours d’un terrible accrochage entre l’ALN et l’armée française, dans le djebel Beni Salah, à Bouhandès, à quelques km au sud-ouest de Chréa, dans le massif blidéen, tombait pour l’indépendance du pays, l’arme à la main, Nour Eddine Rebah. Il était voltigeur au commando de la zone 2 de la wilaya 4. Avant de s’engager dans la lutte armée, il était étudiant à l’université d’Alger, dirigeant des Jeunesses communistes et membre du Conseil de la Fédération mondiale de la jeunesse démocratique (FMJD).

« Sa mort hante mes nuits » me confia le chef de la zone 2, Ali Lounici. Le souvenir de la mort au combat de Nour Eddine Rebah ne le quitta jamais.

Nour Eddine Rebah, qui doit son éveil politique précoce à ses oncles maternels, Makhlouf et Ali Longo, militants au syndicat CGT et membres du Parti communiste algérien (PCA), est né le 20 juin 1932 dans le vieux quartier andalou des Ouled Sultan, à Blida. Aîné des neuf enfants d’Ahmed Rebah et Hafsa Longo, il fit ses études primaires successivement à Blida (école Cazenaves), Charon (aujourd’hui, Boukadir, à l’ouest de Chlef) et Alger (école de la rue du Soudan, dans la Basse-Casbah). À Saint Eugène (Bologhine, banlieue d’Alger), enfant, il suivit l’école coranique où enseignait l’imam cheikh Sahnoun.

Après avoir passé brillamment le concours national des bourses, il entra au Collège moderne du boulevard Guillemin (aujourd’hui annexe du Lycée Okba), à Bab El Oued. Il termina, ensuite, le cycle secondaire au Lycée Bugeaud (Lycée Emir Abdelkader, actuellement), en classe de philosophie, en menant de pair ses études et l’activité politique anticoloniale intense dans laquelle il s’était pleinement engagé et qui le mena, en tant que militant du PCA, à intervenir dans les meeting visant à mettre en échec la répression qui s’abattait, alors, sur les militants du mouvement national, et particulièrement sur les membres de l’Organisation spéciale (OS), dans ces années 1950.

Une dimension internationale

En août 1950, à l’âge de 18 ans, Nour Eddine Rebah fit partie de la délégation algérienne au 2ème congrès de l’Union internationale des étudiants (UIE), tenu à Prague, qui vit la participation des militants anticolonialistes que les Algériens connaîtront plus tard, comme Maître Jacques Vergès ou le professeur d’économie Gérard Destannes De Bernis.

Devant les représentants des étudiants venus de tous les coins du monde, il fit un exposé saisissant sur la misère des enfants algériens sous le colonialisme.

Une année après, en 1951, à Berlin, au festival mondial de la jeunesse, placé sous la présidence d’honneur du savant Frédéric Joliot-Curie, il rencontra les poètes Pablo Neruda (Chili) et Nazim Hikmet (Turquie).

En 1953, au défilé inaugural du festival mondial de la jeunesse de Bucarest, il était en tête d’une importante délégation algérienne qui comprenait des personnalités de la culture comme Mahieddine Bachtarzi et Mustapha Kateb.

Brandissant une banderole avec le mot d’ordre, écrit en arabe, «la jeunesse algérienne en lutte pour l’indépendance » , la délégation fut acclamée par des centaines de jeunes venus du monde entier.

Entre temps, il obtint le bac et s’inscrivit, en novembre 1952, à la Faculté de médecine de l’Université d’Alger.

En décembre 1953, il fut élu vice-président de l’Association des étudiants musulmans d’Afrique du Nord (AEMAN), dans un contexte fortement marqué par la diffusion des idées marxistes dans les milieux universitaires.

Ses conditions matérielles très difficiles le contraignirent, en octobre 1954, à prendre un poste d’instituteur à Ain Rich, à 300 km au sud d’Alger, tout en continuant à suivre ses études par correspondance.

Dans ce douar isolé, il eut à apprendre à lire et à écrire à des enfants dont les conditions de vie étaient des plus pénibles: pieds nus, en haillons et la faim au ventre, ils effectuaient de longs trajets pour arriver à leur école-gourbi, comme l’appelaient, à ses débuts, les autorités coloniales. Les anciens de Ain Rich qui l’ont connu gardent en mémoire sa sollicitude à l’égard de ces enfants, privés de tout, qu’il aidait comme il pouvait.

En mars 1955, il retourna à Alger et reprit le chemin de l’Université.

Pendant les vacances d’été, il travailla à Tourisme et Travail à Cap Aokas, près de Bejaia, puis, à la rentrée suivante, au Collège de Tizi Ouzou (aujourd’hui lycée Amirouche) comme maître d’internat.

C’était, évidemment, une «couverture» à ses activités militantes.

Il était, en effet, connu des services de la DST qui l’avait déjà arrêté à deux reprises, en octobre 1952 et en avril 1953, en prolongement de l’affaire appelée «complot des pigeons» qui fut un prétexte, en France, en mai 1952, à l’arrestation du dirigeant communiste Jacques Duclos. Conduit au siège de la DST, qui se trouvait à Bouzaréah, Nour Eddine Rebah avait refusé, les deux fois, de répondre aux questions des policiers et de signer le PV de son interrogatoire.

L’engagement dans la lutte armée

En octobre 1955, il intégra, à Alger, un groupe des “Combattants de la libération”, organisation armée créée par le PCA. Il prit part ensuite à un convoi d’acheminement, vers le maquis de l’Arba, près d’Alger, des armes récupérées par son ami Henri Maillot, qui avait détourné, le 4 avril 1956, un camion de l’armée française.

En juillet 1956, suite aux accords FLN-PCA, il intégra les rangs de l’ALN. Amar Ouamrane, chef des maquis de la zone 4 (qui deviendra wilaya 4, après le congrès de la Soummam), l’affecta au commando dirigé par Ali Khodja, dans le quadrilatère montagneux l’Arba –Tablat -Palestro (actuelle Lakhdaria)-Fondouk (actuelle Khemis el Khechna). En octobre, il fit partie du commando chargé d’organiser la lutte armée dans le sud de l’Ouarsenis, à partir du douar Beni Hendel.

Après la retentissante élimination du sinistre Masmoudi, auteur du massacre, en août 1956, de djounoud du premier détachement conduit par Si Abdelaziz, Nour Eddine Rebah, artisan de cette opération, fut promu au grade d’officier-commissaire politique de la région d’El Meddad-Theniet el Had, nouvellement créée et, en cette qualité, eut pour mission d’organiser la lutte dans la région de Vialar (Tissemsilt, aujourd’hui) au cœur du Sersou.

C’est à cette période qu’il rencontra, dans un refuge, incidemment, un ami de Saint Eugène, le docteur Youcef Damardji, installé à Tiaret, qui tombera plus tard, lui aussi, au champ d’honneur.

Les moudjahidine, survivants de cette région, se souviennent de Nour Eddine, leur commissaire politique et, particulièrement, de la façon dont il réussit à démêler l’affaire du caid Ben Youcef, chef de l’ancestral réseau caïdal d’Ighoud-Beni Maida, tissé par les Ben Ferhat.

Arrêté fortuitement par l’ALN, en février 1957, le caïd avait été conduit au poste régional de commandement où Nour Eddine Rebah le convainquit, après des heures de discussions et en lui assurant la vie sauve et la liberté, de se mettre au service de l’ALN.

Il évitait ainsi la création d’une harka dans la région.

Découvert par la suite, le caid Benyoucef fut arrêté par l’armée française et condamné avec d’autres membres de sa famille pour «collaboration» avec l’ALN.

Mort sans sépulture

L’action menée au Sersou aurait pu valoir à Nour Eddine Rebah d’accéder à de plus grandes responsabilités au niveau de la zone; c’était, d’ailleurs, le sentiment de Si Mohamed Bounaâma, futur chef de la wilaya 4.

Il n’en fut pas ainsi.

À la grande surprise des djounoud qui lui vouaient une grande estime, Nour Eddine Rebah fut appelé précipitamment, par ses supérieurs, à quitter la région.

C’était en mars 1957. La machine de l’ostracisme se mettait en marche dans la wilaya 4. Elle touchera les anciens cadres du PCA qui s’y trouvaient, tels Bouali Taleb, Abdelhamid Boudiaf ou Mustapha Saadoun.

Dans un recueil publié par l’historien Mohamed Harbi, Les Archives de la Révolution, Abdelhamid Boudiaf, un des premiers commissaires politiques de l’Orléansvillois (Chlef), décrit cette pratique sectaire qui s’est traduite, dans le cas de Nour Eddine Rebah, par une forte pression pour le faire fléchir et l’amener à renier les idées politiques généreuses, qu’il portait depuis son jeune âge, sur l’avenir social de l’Algérie une fois indépendante.

Nour Eddine Rebah, qui refusa de céder à ce diktat idéologique, traversa alors un moment très dur. Une phase dite «de transit», consistant à le faire passer d’un groupe à l’autre, sans arme; en fait, une mise à l’écart.

À la fin du mois d’août 1957, après avoir décliné l’offre d’une formation à l’Ecole militaire de Baghdad, il rejoignit, à sa demande, le commando de la zone 2 de la wilaya 4, en qualité de voltigeur et fut doté d’un fusil MAS 49.

Cette unité d’élite s’était distinguée, quelques jours plus tôt, le 3 septembre 1957, dans un accrochage avec un commando de parachutistes, dans le secteur d’Ouled Benaissa, au sud-ouest de Médéa, où, de l’aveu-même de la presse coloniale, l’armée d’occupation subit de lourdes pertes.

L’instant fatal arriva le vendredi 13 septembre 1957, dans le djebel Beni Salah, au sud-ouest de Chréa.

Arrivé la veille dans la cuvette d’oued Merdja, avec ses compagnons des commandos des zones 1 et 2, majoritairement étudiants et lycéens, il fut encerclé par l’ennemi.

Au petit matin, l’alerte fut donnée quand l’armée française actionna son dispositif infernal : les bombes au napalm larguées par les B-26 enflammaient le lit de l’oued pendant que les obus de l’artillerie s’écrasaient sur Bouhandès. Son fusil MAS 49 à la main, Nour Eddine Rebah tenta une percée du côté de l’Ancienne Redoute, dans le massif Guerroumène dont la crête était tenue par les parachutistes du général Massu. Les premières balles ennemies furent pour lui. Grièvement blessé, il rendit l’âme dans des circonstances encore inconnues. Il avait 25 ans.

Mort sans sépulture, mais d’une mort tranquille. Sans reniement de ses idées et principes, malgré le spectre hideux de la «fosse» (ech châaba, allusion à la liquidation physique) constamment agité, au maquis, par des «frères d’armes» à l’esprit malheureusement étroit.

Après sa mort, son nom continua à être cité au Tribunal permanent des forces armées d’Alger, dans des procès intentés à ses amis Georges Acampora, Yahia Briki et Abderrahmane Taleb. Nour Eddine Rebah fut même condamné à mort par contumace, en mars 1958, alors qu’il n’était déjà plus de ce monde.

Sur les lieux de son dernier combat, dans la vallée d’oued El Merdja, à Bouhandès, où, quelque part dans le ravin, se trouvent ses restes blanchis, une modeste stèle, érigée en 1987 par ses anciens camarades de la wilaya 4, rappelle son souvenir et celui de ses jeunes compagnons d’armes tombés au champ d’honneur, en ce vendredi 13 septembre 1957, à l’exemple du lycéen Mokhtar Chebout, d’Hussein Dey, que l’on appelait le «poète», et du collégien Sellami dit Didouche, de Médéa, qui était un sportif connu.

Mohamed Rebah

Chercheur en histoire

Auteur de

“Des Chemins et des Hommes”, paru à Alger en novembre 2009

“Taleb Abderrahmane guillotiné le 24 avril 1958”, paru à Alger en avril 2013

Sources: raina


FORUM

MESSAGES:


IL Y A 57 ans, TOMBAIT AU CHAMP D’HONNEUR NOUREDDINE REBAH

14 juin 2014, par Tahar

Cher Monsieur,

Bel hommage !

Noureddine Rebah est bel et bien, et là j’emprunte de l’un de vos écrits, de ceux et celles qui ont prouvé leur engagement pour la liberté et la justice sociale par les actes les plus élevés.

Malgré une vie si courte, le fait d’avoir milité et par la suite dirigé une organisation de jeunes toujours inégalable, comme celui d’avoir eu des responsabilités internationales au moment où cet important aspect de la lutte était encore ignoré par les autres composantes du mouvement national qui se confinaient à des contacts éphémères avec des personnalités étrangères à la faible influence, attestent de la grandeur d’esprit, de la force de l’idéal, et des capacités intellectuelles et d’organisateur de la personne.

Il serait opportun de revoir les articles plein d’enthousiasme et de générosité qu’il envoyait à Alger républicain lors des festivals de la jeunesse où grâce à la ferveur militante et à la force de l’argument unitaire de Rebah et de ses camarades, des algériens différents, formaient la même délégation et défilaient derrière les mêmes slogans rassembleurs.

Il serait tout aussi révélateur de revoir le travail accompli par Noureddine Rebah et d’autres au sein des organisations démocratiques internationales d’avant la période de la lutte armée.

Noureddine Rebah devait etre bien entouré par ses ainés et par ses pairs. Son histoire et celle de ses camarades appartiennent indéniablement au patrimoine du peuple algerien.

Cordialement,


REOUVERTURE DE LA LIBRAIRIE FATEH KITEB

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La librairie

« Fateh kitab »

située à la cité des Bananiers

commune de Mohamadia Alger

prés du poste de police

rouvrira ses portes

le samedi 14 juin 2O14

à partir de 14h30

Le public et vous mes ami(e)s,

êtes cordialement invités

à l’occasion de cette inauguration

L’auteur : MOHAMED REBBAH

L’artiste REDA DOUMAZ

Et probablement le groupe Caméléon

(en fonction de leur programme en cours)

Dédicaceront leurs dernières publications

et autres productions artistiques

Soyez les bienvenu(e)s

Nous serons heureux de vous recevoir

JEAN ZIEGLER: « UN MEURTRE COLLECTIF! »

Une vidéo de Jacques Cointat et Bruno Masseboeuf

«Pas une ligne sur cette question de la spéculation. Pourquoi? Parce que les dix géants– Cargill…–, qui contrôlent 85% de la nourriture commercialisée dans le monde sont intervenus, à la Maison Blanche, Paris, Londres. Ils ont le pouvoir, politique, financier…

L’an dernier, les 500 plus grandes multinationales contrôlaient 52,8% du produit mondial brut.

Cette oligarchie du capital financier mondialisé qui règne en dictateur sur la planète a un pouvoir qu’aucun roi, aucun empereur ou aucun pape n’a jamais eu.

Il y a donc bien un problème de reconquête de la souveraineté étatique.

Le président de la France, qui est quand même la quatrième puissance économique du monde, s’est mis à genou. Il y a un constat d’impuissance total de ceux qui sont dépositaires de l’intérêt général et du bien public.»

Je pense partager ce que dit Jean Ziegler. Mais suffit-il de partager? La question n’est-elle pas: «Comment concrétiser?»

Michel Peyret


Jean Ziegler : « La faim est un crime contre l’humanité »

Entretien – Vidéo

recueillis par Y. B., M. DEL., D. D’H.

La Voix du Nord

le 29 mars 2012

Sur une invitation de La Voix du Nord, Jean Ziegler, spécialiste de la question alimentaire dans le monde à l’ONU, est venu à Lille pour répondre à nos questions. Un milliard de personnes souffrent de malnutrition. Le constat ne fait qu’empirer depuis la crise. Dans l’indifférence. [[Source : La Voix du Nord, mars 2012

http://www.lavoixdunord.fr/france-monde/jean-ziegler-la-faim-est-un-crime-contre-l-humanite-video-ia0b0n361680]]

Une vidéo de Jacques Cointat et Bruno Masseboeuf

Quel est l’état de la situation de la faim dans le monde aujourd’hui?

«C’est LE scandale. Un meurtre collectif. Selon le rapport sur l’insécurité alimentaire dans le monde de la FAO (Food and Agriculture Organization), l’année dernière, toutes les cinq secondes, un enfant de moins de 10 ans est mort de faim ; 37 000 personnes par jour ; et près d’un milliard – sur les sept milliards que nous sommes – sont en permanence gravement sous-alimentées. Le même rapport, qui n’est contesté par personne, dit que l’agriculture mondiale en l’état actuel de ses forces de production pourrait nourrir – à raison de 2 200 calories par jour selon les critères de l’Organisation mondiale de la santé – 12 milliards d’êtres humains, c’est-à-dire presque le double de l’humanité!»

Aujourd’hui, il est donc possible d’enrayer la faim dans le monde… «Il n’y a pas de fatalité. Un enfant qui meurt de faim est assassiné. Le problème de la destruction de millions d’êtres humains par la faim est dû à des mécanismes qui sont le fait de mains d’hommes – ce que j’appelle l’ordre cannibale du monde – et qui peuvent être détruits par les hommes aussi.»

Pourquoi meurt-on encore de faim aujourd’hui ?

«Il y a la faim structurelle et la faim conjoncturelle. La structurelle, c’est la destruction implicite due au développement insuffisant des forces de production, un sous-développement d’une société, la faim invisible qui tue. La faim conjoncturelle, c’est quand une société, une économie, implose. Suite à une guerre, comme au Darfour, ou à une catastrophe climatique.»

Un enfant malnutri est condamné à vie, pourquoi?

«Il y a une reproduction biologique de la malédiction par la faim. Des millions de mères sous-alimentées donnent naissance à des millions d’enfants sous-alimentés, ce sont des crucifiés de naissance, c’est la sous-alimentation fétale. La moitié des femmes du Mali ne peuvent allaiter par sous-alimentation. Un enfant entre 0 et 2 ans, qui n’a pas une nourriture suffisante, ne reviendra jamais à une vie « normale »; car c’est à cet âge que les neurones se forment. S’il est sous-alimenté, il est multilé pour la vie.»

Vous qui côtoyez des chefs d’État, Kofi Annan et Ban ki-moon à l’ONU…

Pourquoi n’arrive-t-on pas à résoudre le problème?

«Un des mécanismes les plus meurtriers à dénoncer, c’est la spéculation actuelle sur les aliments de base, le maïs, le riz et le blé, qui couvrent 75 % de la consommation mondiale. En 2007-2008, les grands spéculateurs ont perdu 85 000 milliards de dollars de valeur patrimoniale dans les bourses financières. Ils ont, du coup, migré vers les bourses de matières premières, notamment agricoles. Ils ont ainsi réalisé des profits astronomiques. Et ce, de manière tout à fait légale. De ce fait, les prix du marché mondial flambent. Tout le monde est d’accord pour dire que la spéculation boursière sur les aliments de base est l’une des raisons principales du massacre collectif. Le prix du maïs a augmenté de 93 % en dix-huit mois ; la tonne de blé meunière a doublé (271 €) en un an; la tonne de blé philippin a augmenté de 113 %. L’impact dans les bidonvilles du monde est énorme. À Lima, le riz s’achète dans des gobelets maintenant. Et dans la soupe du soir, ce sont quelques grains seulement qui flottent… Les spéculateurs devraient être traduits devant un tribunal, c’est un crime contre l’humanité!»

Contre la spéculation, n’y a-t-il aucune intention de faire évoluer les choses?

« Le 5 octobre dernier, Nicolas Sarkozy dit à la télévision qu’au prochain G20 à Cannes la France va s’occuper du contrôle de la spéculation sur les aliments de base; en France, des couches modestes commencent à souffrir de l’augmentation des prix. Trois semaines et demi plus tard, pas une ligne sur cette question de la spéculation. Pourquoi? Parce que les dix géants– Cargill…–, qui contrôlent 85% de la nourriture commercialisé dans le monde sont intervenus, à la Maison Blanche, Paris, Londres. Ils ont le pouvoir, politique, financier… L’an dernier, les 500 plus grandes multinationales contrôlaient 52,8% du produit mondial brut. Cette oligarchie du capital financier mondialisé qui règne en dictateur sur la planète a un pouvoir qu’aucun roi, aucun empereur ou aucun pape n’a jamais eu. Il y a donc bien un problème de reconquête de la souveraineté étatique. Le président de la France, qui est quand même la quatrième puissance économique du monde, s’est mis à genou. Il y a un constat d’impuissance total de ceux qui sont dépositaires de l’intérêt général et du bien public.»

Vous dénoncez également le dumping agricole…

«Oui, l’Union européenne déverse des centaines de milliers de tonnes de surplus agricoles, fruits, légumes, poulets, sur les marchés africains pour la moitié ou le tiers du prix du produit africain équivalent. Et quelques kilomètres plus loin, le paysan local s’épuise au travail, dix heures par jour, avec sa femme et ses enfants, sous un soleil brûlant, et il n’a pas la moindre chance d’arriver à un minimum vital. Le dumping agricole détruit les pays agricoles africains. L’hypocrisie des commissaires de Bruxelles est abyssale. Ils fabriquent la faim en Afrique et refoulent par des moyens militaires les réfugiés de la faim, ceux qui cherchent à atteindre la frontière sud de la forteresse Europe.»

Y a-t-il une volonté de lutter contre ?

«Le 5 octobre dernier, Nicolas Sarkozy dit à la télévision qu’au G20 de Cannes, la France va s’occuper du contrôle de la spéculation sur les aliments de base; en France, des couches modestes commencent à souffrir de l’augmentation des prix. Trois semaines et demi plus tard, pas une ligne. Pourquoi? Parce que les dix firmes géantes, qui contrôlent 85 % de la nourriture commercialisée dans le monde, sont intervenues, à la Maison Blanche, à Paris, à Londres… Elles ont le pouvoir politique, financier… Le président de la France, quatrième puissance économique du monde, s’est mis à genoux. Il y a un constat d’impuissance totale.»

Quel a été l’impact de la crise ?

« La crise a fait que les grands pays ont dû renflouer leurs banques et ont biffé pratiquement totalement leurs contributions au Programme alimentaire mondial (PAM), qui fournit l’aide urgente en cas de famine. En 2008, le budget était de 6 milliards de dollars, il est aujourd’hui de 2,8 milliards ! L’affaiblissement de l’ONU sur le terrain est dramatique, ce qui fait qu’en Éthiopie ou en Érythrée, ses fonctionnaires doivent refouler des centaines de personnes, des familles entières, qui veulent accéder aux centres d’alimentation mais qui se retrouvent brutalement dans les savanes….»

Vous évoquez aussi les agrocarburants…

« Les agrocarburants et l’accaparement des terres. Bolloré, Billegrain… raflent des milliers d’hectares de terres arables en Afrique pour en faire des matières premières de biocarburants. C’est la banque mondiale qui soutient cet accaparement des terres. Avec une théorie fallacieuse. La productivité des pays africains est très basse. Ça c’est vrai. Un hectare de terre, de mil, de céréales au Sahel ou au Niger donne en temps normal– quand il n’y a pas de crise, ou de sécheresse– donne 600 à 700 kg. En Bretagne, en Normandie, c’est 10000 kg. La banque mondiale dit, il faut donner ces terres à l’étranger pour rentabiliser, donner la possibilité à l’investisseur étranger qui a les capitaux, la technologie, l’accès au marché pour les rentabiliser. Et on chasse les paysans africains et les grandes groupes s’installent avec des crédits de la banque européenne d’investissement, la banque africaine de développement, la banque mondiale…

Pourquoi la productivité est basse dans les pays africains?
« Parce que 3,8% des terres sont irriguées. Là où la machette est l’instrument de travail depuis des millénaires; pratiquement pas de tracteur; sur tout le continent pour un milliard de personnes 250000animaux de traite… Il faut désentter les pays les plus pauvres pour leur permettre d’investir dans l’irrigation et la semence de leurs paysans. Car ce n’est pas que le paysan n’est pas capable. Il faut affronter la banque mondiale là-dessus.

Même mensonge. C’est vrai que le climat se détériore. Mais dire que la solution, pour réduire l’énergie fossile, est de substituer par de l’énergie végétale, c’est un mensonge. Les multinationales répondent par les biocarburants. L’année dernière, les Américains ont brûlé 138millions de tonnes de maïs et des centaines de millions de tonnes de blé. Une directive européenne dit que pour 2020, 10% de toute l’énergie consommée doit être d’origine végétale. Et c’est encore l’Afrique qui souffrirait– 36% des Africains sont gravement sous-alimentés– et c’est à ce continent qu’on imposerait la production de l’énergie végétale.»

Qu’est-ce qui vous scandalise aujourd’hui?

«Ce qui me scandalise, c’est la faim silencieuse. La Corne de l’Afrique, soit 12,4 millions de personnes dans cinq pays (Djibouti, Erythrée, Kenya, Somalie, Ethiopie), qui subissent, depuis avril et pour la cinquième année consécutive, une sécheresse absolument meurtrière. Comme les prix ont augmenté, les pays n’ont pas pu faire de réserves alimentaires et, deuxièmement, le PAM n’a pas suffisamment de moyens pour aider les survivants. Dans la Corne de l’Afrique, des milliers et des milliers de gens meurent à cause de ces différentes causes.

Et maintenant, la tragédie commence au Sahel: cinq pays, trente millions d’habitants. Là aussi, c’est ça qui m’énerve, le crétinisme télévisuel, en quelques secondes, on dit: “À cause de la sécheresse, des gens meurent de faim, à cause de la sécheresse, le Niger est au bord de l’effondrement, etc.” C’est vrai mais derrière la sécheresse, il y a les vraies causes: l’impossibilité pour ces pays de faire et d’acheter des réserves alimentaires. Ils vont de récolte en récolte mais les récoltes s’épuisent en avril. Et même si les pluies de juin et septembre sont importantes, la récolte suivante est en octobre: la soudure est donc de six mois. Pendant ces six mois, il n’y a rien à manger. Alors, il va y avoir des appels contre la faim – évidemment il en faut, ça n’a pas de prix un enfant qui peut manger – il faut l’intervention d’urgence, mais il faut des réformes structurelles pour interdire la spéculation et que les prix sur le marché mondial baissent. Il faut réduire la dette de ces pays. Au Niger, la Banque mondiale a fait une étude de faisabilité pour l’irrigation capillaire de 44000 ha, avec des canaux. Si ce projet se réalisait, on pourrait faire trois récoltes par an et, avec le produit des récoltes, ad vitam aeternam, la population nigérienne serait à l’abri de la faim. Le projet coûter 852 millions de dollars mais le Niger, qui est le deuxième producteur d’uranium du monde, n’a pas le moindre sou.»

On n’entend pas, ou très peu, d’échos dans la campagne présidentielle…

«Je suis sidéré. ça n’intéresse pas les énarques, il y a une inconscience incroyable. Et en plus un mauvais calcul tactique. Je constate que le massacre quotidien de la faim de millions de personnes est le scandale inacceptable de notre temps. Et je suis sûr que les générations suivantes vont regarder notre génération avec une incrédulité totale: comment ont-ils pu tolérer ça ? Comme on regarde aujourd’hui les générations qui ont toléré l’esclavage dans une Europe civilisée, qui avait derrière elle les Lumières. Alors, que ce meurtre collectif ne fasse pas l’objet principal de la campagne présidentielle est incompréhensible d’autant que la France est le pays d’Europe qui comprend la densité la plus forte d’ONG, d’organismes, de gens engagés…

Ici, la pensée de la solidarité internationale est très fortement ancrée dans la conscience collective. Les socialistes scandinaves ont, dans les quinze provinces, un secrétaire national et un international. Et ils gagnent les élections essentiellement sur des arguments de solidarité internationale. Si j’étais un stratège de François Hollande, je lui dirais: un discours sur deux, je le ferais là-dessus, je mobiliserais. Que le principal candidat de gauche ne mobilise pas la conscience de solidarité des Français, qui est réelle, est incompréhensible. »

Y a-t-il des raisons d’espérer ?

«Oui, énormes! Je pense que nous sommes proches de l’insurrection des consciences. Che Guevara a dit: “Les murs les plus puissants s’écroulent par des fissures.” Partout, des fissures apparaissent. Partout, les gens se battent contre les délocalisations, qui est l’incarnation même du néolibéralisme, il y a des résistances… Par exemple, ATTAC, contre le capital financier. Même Nicolas Sarkozy a évoqué la taxe Tobin. Il y a une conscience qui se fait. La spéculation sur les biens alimentaires touche les gens en France maintenant. Il faut montrer aux gens qu’ils ont toutes les armes, qu’il suffit de se baisser et de les ramasser: la mobilisation populaire, le vote et l’exigence citoyenne! Kant a dit: l’inhumanité infligée à un autre détruit l’humanité en moi. Et Bernanos dit Dieu n’a pas d’autres mains que les nôtres. Les responsables du meurtre collectif sont connus, les victimes sont connues, les mécanismes qui tuent aussi, et les armes démocratiques, c’est à moi de les utiliser. Avec la misère qui augmente, le pouvoir d’achat qui baisse, les gens vont se mettre en route et ça peut aller très vite. Les processus révolutionnaires sont très mystérieux.»

Le printemps arabe, aujourd’hui les Indignés… n’est-ce pas le début d’une prise de conscience?

«Il est vrai que l’explosion du prix de la galette (orge ou maïs), en Egypte a créé l’angoisse et favorisé les revendications de la place Tahrir. L’explosion du prix de la baguette tunisienne dans les régions pauvres a jeté les gens dans la rue qui revendiquaient un contrôle des prix que Ben Ali ne voulait pas accorder. À leur origine, c’était essentiellement des révoltes de la faim, c’est certain.»

Et si vous aviez un message à envoyer au futur président…

«Qu’il agisse pour l’interdiction de la spéculation, du dumping, qu’il combatte la directive européenne sur les agrocarburants et interdise les accaparements de terres par les multinationales d’origine française ; il faut intervenir au FMI pour lutter en faveur du désendettement des pays les plus pauvres et honorer les cotisations à l’aide alimentaire. Tout cela, immédiatement!

Vous savez, on est passé à un millimètre de résoudre ce problème. Pendant la guerre, Hitler a utilisé la faim comme arme d’extermination dans les camps de concentration et pour réduire les peuples occupés. Là, les Européens ont compris que la faim était due à la main de l’homme. Cette expérience ont fait que les Nations unies ont créé le droit à l’alimentation comme le premier droit humain ; ensuite l’Organisation a lancé en 1946 le FAO, puis le programme alimentaire mondial. On est passé à un millimètre de la victoire, de l’élimination de la faim. Et tout de suite après est venue la bipolarisation du monde, la glaciation Est-Ouest puis le néolibéralisme. La pyramide des martyrs ne cesse de croître, c’est la situation dans laquelle nous sommes.»


Jean Ziegler peut enfin dire «qui sont les canailles»

Source : Le Matin

octobre 2012

TÉMOIGNAGE

«Il y a aujourd’hui assez pour nourrir douze milliards d’êtres humains. Si des gens meurent de faim, c’est à cause de la spéculation, dénonce Jean Ziegler.

«Je peux dire enfin qui sont les canailles», répond le Genevois, interrogé sur ce qui le motive à témoigner encore et toujours sur la faim dans le monde.

Pour la sortie de la version allemande son livre «Destruction massive. Géopolitique de la faim», Jean Ziegler fait lundi la Une du Tages-Anzeiger. Il dit avoir consigné ce qu’il a appris de 2000 à 2008 comme rapporteur spécial des Nations Unies pour le droit à l’alimentation.

«Longtemps j’ai dû me taire, parce que j’étais quotidiennement en contact avec des grands groupes, le Fonds monétaire International, la Banque mondiale et de nombreux chefs d’État», explique le sociologue, qui avoue que son silence lui a été pénible. Il s’est même «souvent senti comme un traître», par exemple en rejoignant les paysans mayas guatémaltèques dans sa grosse Toyota blanche frappée aux armes de l’ONU.

De l’espoir tout de même

«Ces gens très pauvres me regardaient les yeux plein d’espérance et je savais que je ne pouvais pas satisfaire leurs espoirs. Lorsque je leur demandais la seule chose qui puisse les aider, je savais que je n’avais aucune chance de faire passer l’idée d’une réforme agraire et que celle-ci serait balayée trois mois plus tard à New York», note l’ancien professeur et politicien genevois.

Jean Zieger dit ne pas être désillusionné pour autant. Son ouvrage, dit-il, est «aussi un livre de l’espoir». Car pour la première fois dans l’Histoire de l’humanité, il serait aujourd’hui possible de nourrir tout le monde.
«Le fait qu’un enfant de moins de 10 ans meurt de famine toutes les cinq secondes et que près d’un milliard d’êtres humains sont fortement sous-alimentés relève du massacre». C’est une sorte de «crime organisé», commente-il.

Pas coupables mais complices

Nous ne sommes pas coupables de cette situation dont nous n’avons pas conscience, admet l’ancien conseiller national socialiste connu pour ses positions altermondialistes. «Mais nous sommes complices en tolérant que des multinationales et des spéculateurs décident chaque jour de qui mangera et vivra et de qui aura faim et mourra».

Questionné sur ce que nous pouvons faire comme individu, Jean Ziegler répond que l’action politique est plus efficace que de faire des dons ou de restreindre sa consommation de viande, même s’«il y a lieu de s’interroger dès lors qu’un quart des céréales produites sert à engraisser le bétail de boucherie».

Il est possible d’agir à l’échelon politique, ajoute-il, «car nous vivons dans une démocratie». «Nous pourrions par exemple faire exclure les non-producteurs et les non-utilisateurs directs de produits alimentaires des bourses aux matières premières.»

« Il faut savoir qu’au moment où les États de la zone euro libéraient 1 700 milliards pour remobiliser le crédit interbancaire, dans le même temps, ils coupaient d’un tiers le financement de l’aide alimentaire d’urgence. Or, 71 millions de personnes dans le monde ne vivent que de cette aide »
Un milliard d’êtres humains sont en permanence gravement sous-alimentés. « Un milliard de crucifiés dès la naissance ! Alors que la FAO indique que l’agriculture mondial peut nourrir sans problème 12 milliards d’êtres humains, soit le double de l’humanité présente. Un enfant qui meurt de faim est assassiné », ajoute le sociologue.

« Autrefois, les enfants du Sud mouraient sous l’esclavage et la colonisation.

Aujourd’hui, ils meurent sous le capitalisme globalisé », affirme-t-il.

Les Chinois comme les Impérialistes du 19e siècle

«Les paysans travaillent dur», répond Jean Ziegler questionné sur les faibles rendements de l’agriculture en Afrique. «Mais ils n’ont aucun soutien: ni irrigation, ni semences, ni bêtes de trait, pas de tracteur, pas de fertilisants de synthèse, rien de rien».

«Ils ont un grand savoir-faire», mais plutôt que de les aider, on tire prétexte de ce manque de ressources et de rendement pour les déposséder des terres les plus fertiles, explique Jean Ziegler. «Selon la banque mondiale, on leur a déjà pris 41 millions d’hectares de terres arables».

L’arrivée d’investisseurs chinois ne change rien, «au contraire». Ils se comportent en Afrique «comme les Impérialistes occidentaux du 19e siècle». Pour Jean Ziegler, «la Chine est une dictature qui pratique le néo-libéralisme et qui s’est adaptée au mieux au capitalisme prédateur».

«Pékin soutient au Soudan une dictature qui mène une guerre abominable contre son propre peuple», ajoute l’ancien rapporteur spécial de l’ONU pour le droit à l’alimentation. Ce «uniquement parce qu’ils s’intéressent aux réserves de pétrole».


GAZ DE SCHISTE, SUICIDE ANTINATIONAL: C’EST MAINTENANT QU’IL FAUT AGIR!

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Sabrina Rahmani, militante écologiste: «Il est temps de nous organiser pour la défense de l’environnement et la promotion du développement durable»;


[ALGÉRIENS, INDIGNEZ-VOUS …! – Adresse à Monsieur le Président de la République Par Hocine Malti – le 27 mai 2014;

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FORUM – MESSAGES :Nécessité d’une mobilisation citoyenne – le 31 mai 2014, par abdellaoui boubekeur;


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Sabrina Rahmani, militante écologiste:

«Il est temps de nous organiser pour la défense de l’environnement et la promotion du développement durable»

Sabrina Rahmani est médecin spécialiste. Hors de sa profession, elle se distingue par son implication dans la vie associative Elle se singularise aussi par son fervent engagement pour la préservation de l’environnement en Algérie et la sensibilisation contre les dangers de l’utilisation dans notre pays des énergies non conventionnelles.

Elle appelle à un moratoire pour les gaz de schistes et un débat national sur la politique économique et énergétique en Algérie.

Reporters : Dans une contribution récente à Maghreb Emergent, vous avez appelé à un moratoire sur l’exploitation des gaz de schistes. Vous vous adressez aussi bien au chef de l’Etat, à son Premier ministre qu’aux parlementaires. Pourquoi?

Sabrina Rahmani : Pour de multiples raisons! La technique actuelle d’extraction des schistes par fracturation hydraulique utilise des quantités gigantesques d’eau – 20 millions de mètres cubes par puits de fracturation – et des cocktails de produits chimiques «détonants», extrêmement nuisibles pour l’environnement, la santé et les ressources en eau si précieuses dans un pays déjà en stress hydrique. Il s’agit, donc, d’une question trop lourde de conséquences sur l’avenir de l’Algérie pour qu’elle ne soit traitée que dans les seuls bureaux du gouvernement et sans concertation. Tous les signaux, dans les pays qui ont fait l’expérience des gaz de schistes et en premier lieu les USA, sont au rouge et trop d’interrogations persistent sur la pertinence économique d’y avoir recours. L’empressement du gouvernement d’aller vers les gaz de schistes nous semble être une véritable fuite en avant. Au vu des conclusions unanimes de nos experts et des experts dans le monde, il ne nous semble que ce soit la bonne stratégie à suivre.

Le plus à craindre, selon vous, c’est donc l’impact environnemental?

Oui, et quitte à le répéter une énième fois, le recours à ce type d’énergie non conventionnelle est très dangereux pour l’environnement, la santé et les ressources en eau. Par ailleurs, sa rentabilité en termes de technique d’exploration et d’exploitation est très discutable dans la mesure où les coûts sur l’environnement ne sont pas inclus à ce jour et restent évidemment à la charge des pays qui prennent le risque de l’utiliser. Contrairement à ce que l’on dit, les gaz et pétrole de schistes aux Etats-Unis font aujourd’hui l’effet d’un mirage, dont beaucoup reviennent. Un géant mondial du secteur comme Total s’en est complètement désengagé aux Etats-Unis. Et il faut se donner la peine de lire les conclusions d’organismes sérieux indépendants ou même d’Etat sur la question. Le rapport de l’Agence chimie et toxicologie France sur le danger des gaz de schistes est un document très didactique que je conseillerai à tout le monde de le lire.

Les projets d’exploration et d’exploitation des gaz et pétrole de schistes, affirme le gouvernement, seront concrétisés dans des zones et des territoires où le risque écologique ne sera pas important parce qu’il s’agit de zones désertiques et loin de tout peuplement. Qu’en pensez-vous?

Il s’agira de sacrifier la nappe albienne, d’injecter en profondeur des boues toxiques ou de les laisser à l’air libre dans des bacs de décantation, d’aggraver l’effet de serre, d’apporter des nuisances à l’équilibre des populations locales. Après les hydrocarbures, notre seule richesse sera cette eau qui d’ores et déjà peut servir à développer une nouvelle économie non rentière qui tiendrait compte du développement durable des populations locales du Sud. Elles manifestent, à juste titre, de plus en plus leur mécontentement à être exclues de décisions qui les impliquent.

L’argument développé contre les militants écologistes est qu’ils ne tiennent pas compte de l’impératif économique et font dans l’utopie environnementale. Entre écologie et nécessité d’assurer la sécurité économique d’un pays, il n’y a pas photo, disent leurs détracteurs. Que pensez-vous de cette façon qu’ont les défenseurs des énergies non conventionnelles à défendre leurs arguments?

L’environnement, c’est aussi de l’économie, du patrimoine et du capital à préserver pour nous autres et les générations à venir. Ce n’est donc pas une utopie que de parler de la protection et de la préservation de notre milieu. Mais nous ne sommes pas sur ce terrain uniquement. En appelant à un moratoire sur les schistes, nous voulons aussi un débat national sur l’avenir économique et énergétique du pays. Il s’agit d’expliquer aux Algériens certaines réalités : que l’Algérie va être en « stress énergétique » en raison d’une mauvaise gestion de ces ressources fossiles et en raison d’une augmentation effrénée de ses besoins en énergie, que notre richesse est factice, puisque nous consommons comme des riches, alors que nous ne produisons rien, que la prospérité future de l’Algérie ne pourra plus dépendre des hydrocarbures uniquement, mais d’une économie nouvelle, productive et compétitive, que le prix de l’énergie va et doit augmenter, que la «rente providence» ne peut plus perdurer et qu’il faut rétablir «la valeur effort». Qu’il est impératif de prendre conscience que nous devons changer notre mode de consommation pour préserver nos ressources. Que la sécurité économique de l’Algérie, c’est de sortir de la dépendance de la rente énergétique. Ce ne sont donc pas des préoccupations uniquement d’écologistes que nous avons. Se sont impliqués dans le débat, des scientifiques, des membres de la société civile, dont je fais partie, soucieux et inquiets, de voir avec quelle légèreté l’avenir de l’Algérie peut être joué.

Au-delà de cet argument, ce qui est reproché aux militants pro-environnement, c’est leur absence de visibilité et d’audience dans notre pays. Pourquoi sont-ils si peu écoutés. Manque d’action ou manque de crédibilité?

Manque d’action certainement, manque de visibilité aussi, mais pas par manque de crédibilité. Ces militants sont peu écoutés, car en vérité, nous n’avons aucune culture citoyenne de la chose environnementale. C’est donc un problème d’éducation et de sensibilisation à la base qui débute au sein de la cellule familiale puis devrait se continuer à l’école. Sur un terrain politique concret, malgré la forte mobilisation sur le sujet et malgré les arguments irréfutables apportés, nos décideurs sont restés hermétiques au sujet. Il se pose alors la question de la formation et de la sensibilité de ceux qui nous représentent et de ceux qui décident pour nous, surtout que beaucoup d’associations rencontrent des difficultés après la mise en application de la nouvelle loi sur les associations.

Certes, la question de la sensibilisation de l’opinion aux questions écologiques est importante, encore faut-il que l’on ait un tissu associatif assez important et surtout crédible. Pourquoi nous ne l’avons pas jusqu’à présent?

Il n’y a pas que ça que nous n’ayons pas! Et il n’y a pas que la question des schistes pour se mobiliser ou s’indigner. L’enjeu est sociétal ! Une étude du CNES a mis en évidence que nous avions un engagement associatif des plus faibles. C’est là un point important à débattre et il n’est jamais tard pour le faire. Surtout que beaucoup d’associations rencontrent des difficultés après la mise en application de la nouvelle loi sur les associations. Pour ce qui nous concerne, la préoccupation environnementale ne doit pas être conjoncturelle. Ce que je constate dans un premier temps, et avec une réjouissance certaine, est de voir que beaucoup de gens au gouvernement et ailleurs sont déstabilisés de voir les Algériens, hors « experts conventionnels », s’emparer d’un sujet aussi technique et aussi exclusif et de le démocratiser. Dans un deuxième temps, il faut maintenant que la décision politique dans ce sens soit affirmée, il faut que les partis politiques s’éveillent à cette question, que les associations aient les moyens de le faire… Beaucoup prennent le train en marche, alors que c’était pendant longtemps le dernier de leurs soucis.

Il est temps que nous nous organisions pour la défense de l’environnement et la promotion du développement durable.

Si l’on devait vous demander de présenter des alternatives aux énergies non conventionnelles pour « faire tourner le pays », lesquelles proposez-vous et pourquoi?

Ce que je peux vous dire, c’est que le passage au mix énergétique est une nécessité et que nous devons intégrer dans notre quotidien la culture de l’économie d’énergie. Repenser notre mode de consommation domestique, notre façon de construire, ainsi que le choix des produits surpuissants énergivores (climatiseurs, chauffages électriques…).

Des pays voisins ont plus de 20 ans d’avance sur nous dans l’intégration des énergies renouvelables dans la vie quotidienne des citoyens, essentiellement dans l’habitat individuel et semi-collectif. Autre exemple, durant le premier trimestre 2013, 70% de l’électricité consommée au Portugal a été d’origine renouvelable selon Redes Energéticas Nacionais (REN), le réseau de transport de l’électricité portugais.

Sources: Reporters.dz:

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ALGÉRIENS, INDIGNEZ-VOUS … !

Adresse à Monsieur le Président de la République

Par Hocine Malti, 27 mai 2014

Monsieur le Président de la République,

Vous venez d’autoriser l’exploration et l’exploitation du gaz de schiste sur le territoire de notre pays à tous, l’Algérie. Nous avez-vous consultés, nous les citoyens, avant de prendre une décision aussi grave? Avez-vous, ne serait-ce que pour la forme, consulté la représentation nationale? Sachant à quel point vous et le régime dont vous êtes la façade avez travesti les règles de la démocratie dans notre pays, vous auriez probablement obtenu l’accord quasi-unanime de ceux qui sont censés nous représenter. Cela nous aurait cependant permis de repérer les quelques courageux qui auraient osé vous dire, non. Savez-vous ce qu’est le gaz de schiste, Monsieur le Président? Savez-vous comment l’on procède pour extraire ce gaz de la roche qui le contient ? Savez-vous quels sont les dangers encourus lors de l’extraction? Savez-vous de quelles réserves l’Algérie dispose-t-elle? Savez-vous qu’elles seront les retombées financières sur le pays, une fois l’exploitation entamée? Savez-vous quelles décisions ont été prises en la matière par d’autres pays, censés disposer de réserves importantes de cette ressource?

Vous souvenez-vous, Monsieur le Président, de l’ardoise que vous transportiez dans votre cartable d’écolier ? Imaginez plusieurs ardoises collées les unes aux autres jusqu’à constituer une couche épaisse de quelques dizaines de mètres située à deux ou trois mille mètres sous terre. La roche ainsi constituée s’appelle schiste. (D’autres roches identiques à l’ardoise de par leur consistance et leur dureté s’appellent également schiste. Ce sont celles-ci surtout qui sont présentes au Sahara, mais j’ai choisi l’ardoise car elle plus parlante pour le commun des mortels.) A l’intérieur de cette roche se trouvent des milliards de micropores, voire de nanopores qui contiennent du gaz: c’est le gaz de schiste. Vous est-il arrivé, Monsieur le Président, de faire tomber votre ardoise sur le chemin de l’école? Pouviez-vous dire, à l’avance, si elle allait se briser en deux, trois ou plusieurs morceaux ? Et quelles seraient la taille et la forme de ces morceaux ? Bien évidemment, non. Afin de produire le gaz contenu dans cette roche très peu poreuse, on doit le libérer en provoquant par des techniques particulières un phénomène identique, on doit faire éclater la roche ; en jargon du métier on dit que l’on doit procéder à la fracturation du schiste. Tout comme dans l’exemple de l’ardoise qui se brise, on est dans l’incapacité de dire quel en sera le résultat, mais aussi et surtout, on ne pourra prédire jusqu’à quelle profondeur s’étendra la fracturation. L’opération est d’autant plus incontrôlable qu’elle se déroule dans les entrailles de la terre. On ne sait donc pas si seule la couche de schiste a été fracturée, tout comme on ne sait pas
si, ce faisant, les fissures que l’on a créées ne sont pas devenues autant de canaux de communication vers d’autres couches plus poreuses situées au-dessus ou au-dessous de la couche porteuse. C’est malheureusement ce qui arrive dans la très grande majorité des cas car, sachez Monsieur le Président, que pour extraire le gaz de schiste, on doit pénétrer cette couche par un forage dit horizontal et procéder de proche en proche au plus grand nombre possible de fracturations qui peuvent alors atteindre d’autres niveaux. La fracturation en elle-même se fait par injection à très haute pression d’eau à laquelle on a additionné du sable et des composants chimiques extrêmement nocifs pour la santé des hommes et des animaux, mais aussi pour la végétation ; en effet, certains sont radioactifs, tandis que d’autres sont cancérigènes. Les quantités d’eau utilisées sont de l’ordre de quelques dizaines de milliers de mètres cubes par forage, ce qui est une quantité énorme, vu la rareté de cette denrée précieuse dans les zones arides sahariennes. De retour à la surface après usage, ce mélange eau-produits chimiques est généralement jeté dans la nature. Comme vous le voyez, Monsieur le Président, on a là un énorme gaspillage d’eau, qui s’infiltrera dans le sol, entrainant sa pollution avec elle et laissant derrière elle d’immenses décharges de produits chimiques. Je dois donc vous dire, Monsieur le Président, que si vous maintenez votre décision, l’Histoire retiendra que vous aurez semé la mort pour plusieurs décennies dans toutes les zones sur lesquelles auront travaillé les compagnies que votre gouvernement aura agrées ; et que vous aurez traité votre peuple de la même manière que l’a traité la puissance colonisatrice dans les années 1960, en procédant à des essais nucléaires au Sahara. Et ce n’est pas tout. L’eau polluée par les composants chimiques qu’elle contient, injectée sous très haute pression, pénètrera à travers les fractures qu’elle aura créées dans d’autres couches plus perméables et plus poreuses puis migrera probablement vers les trois grandes zones aquifères présentes dans le sous-sol saharien, dont la couche albienne notamment qui contient – je ne sais si vous le savez – des milliers de milliards de mètres cubes d’eau accumulés durant des siècles. C’est cela le plus grand risque que votre décision fait courir à la plus importante richesse que recèle le Sahara. L’Histoire a déjà enregistré que vous et le système que vous représentez avez privé la génération actuelle d’Algériens du bien-être que leur aurait procuré la manne pétrolière du pays en bradant ses ressources en hydrocarbures[[Voir «Sonatrach, 50 ans après» , par Hocine Malti, in mon blog sur “Mediapart”, in “Algeria Watch”, 22 décembre 2013, in “El Watan”, 23 décembre 2013 et autres.]] afin de satisfaire les appétits des majors pétroliers, américains notamment, dans le but affiché de vous acheter des alliances, mais aussi celui de gonfler les comptes en banque de vos proches et des mafieux qui vous entourent. De même, qu’elle retiendra que, pour les mêmes raisons vous aurez également privé les générations futures de l’eau, source de la vie. Comment peut-on qualifier cela, Monsieur le Président ? Non-assistance à personne en danger ? Crime contre l’Humanité ? Je vous laisse le choix du qualificatif. Ce n’est pas parce que vous avez donné comme instruction, lors du conseil des ministres du 21 mai 2014 qui a entériné la décision «de veiller à ce que la prospection, et plus tard l’exploitation des hydrocarbures schisteux soient menés en permanence avec le souci de préserver les ressources hydriques et de protéger l’environnement» que vous vous serez délié de toute responsabilité en la matière. Car, plus que la corruption que vous et vos maîtres de l’ombre[[Il s’agit, vous m’avez compris, des généraux janviéristes qui vous ont installé à la tête de l’Etat.]] avez instaurée comme méthode de gouvernance, plus que la maltraitance et le mépris avec lesquels vous avez traité votre peuple durant les quinze années de votre règne –et plus sachant que vous venez d’entamer un quatrième mandat – poussant notamment la jeunesse de ce pays vers l’exil, y compris sur une embarcation de fortune avec la mort au bout du voyage, c’est un crime autrement plus grave que vous allez commettre, Monsieur le Président. J’espère que vous êtes conscient que l’Histoire retiendra que ce crime vous est imputable à vous et à vous seul, car eux, vos maîtres de l’ombre, s’en laveront les mains bien sûr. D’autant plus que vous n’ignorez pas que les guerres du futur seront des guerres pour l’eau ; mais cela vous n’en avez cure visiblement, car ce ne seront pas vos guerres, ni même celles de votre descendance, car vous n’en avez pas. Au lieu de préserver ce bien précieux pour l’Humanité toute entière et pour des millions d’Algériens qui ne sont pas encore nés, vous nous dites: «Après moi le déluge!»

Monsieur le Président,

Je suppose que l’on vous a dit que l’Algérie était classée en troisième position dans le monde pour ce qui est des réserves de gaz de schiste. Sachez que les chiffres qui vous ont été avancés émanent apparemment de rapports établis par le Secrétariat à l’Energie américain, dans lesquels il est bien spécifié qu’il s’agit là de réserves non prouvées, qu’elles seraient de l’ordre de 19 800 milliards de mètres cubes et qu’elles seraient situées en majorité au sud-est du Sahara dans une zone de 120 000 kms² environ. Aucune étude sérieuse, ni aucun travail de recherche sur le terrain ne sont venus, à ce jour, confirmer la véracité de ces chiffres. La lecture de ces rapports, qui utilisent tous des verbes déclinés au conditionnel, montre d’ailleurs bien que ce ne sont là que des estimations grossières, basées sur une superficie calculée très approximativement – je dirais même outrageusement gonflée – tout comme le sont les autres éléments (épaisseurs des couches, porosité, etc.), qui entrent en jeu dans les calculs. On ne peut par conséquent pas bâtir une politique d’exploitation, et encore moins prendre des engagements commerciaux sur la base de chiffres de réserves qui sont loin d’être prouvées, comme l’ont si bien souligné les auteurs des rapports en question. Ce qui est par contre toujours constaté dans le domaine du calcul des réserves en hydrocarbures, c’est que l’on aboutit généralement à des réserves prouvées 2,3 ou 4 fois inférieures, si ce n’est plus, à celles des réserves initialement estimées. Le fait que nous soient répétés sur tous les tons, tant par les responsables de Sonatrach, que par des membres de votre gouvernement, ou par certains médias algériens, des chiffres mirobolants de réserves qui flattent l’égo des Algériens, n’en fait pas pour autant des vérités.

Saviez-vous, Monsieur le Président, que la Chine, que les mêmes milieux pétroliers américains classent en première position dans le monde pour ce qui est des réserves non prouvées de gaz de schiste, qu’ils estiment être de 32 000 milliards de mètres cubes, vient de signer un méga contrat de livraison de gaz naturel avec la Russie, qui lui livrera à compter de 2018 et pendant 30 ans des quantités qui iront crescendo jusqu’à atteindre 38 milliards de mètres cubes par an ? Pourriez-vous m’expliquer, Monsieur le Président, pourquoi les Chinois s’engageraient à ce point avec les Russes alors qu’ils disposeraient de réserves de gaz de schiste équivalentes à 1000 années d’importation depuis la Russie ? Visiblement les Chinois sont moins enthousiastes que les Américains sur l’estimation des réserves que recèlerait leur pays, mais surtout refusent de s’engager dans l’exploitation d’une ressource qui, dans les limites des connaissances actuelles, est dangereuse pour l’homme et son environnement, quitte à payer une énorme facture aux Russes. Pourriez-vous me dire aussi, Monsieur le Président, pourquoi la France, qui posséderait elle aussi des réserves importantes de gaz de schiste, a adopté un moratoire qui en interdit l’exploitation sur le sol français, tant que la technologie n’aura pas suffisamment évolué et permettra de protéger le peuple français contre un désastre écologique ? Quitte à continuer à payer dans ce cas-là aussi d’importantes factures à la Russie et à l’Algérie. Face à une telle interdiction, le groupe Total se dit alors: «Si on ne peut pas le faire chez nous, pourquoi n’utiliserions-nous pas comme laboratoire des pays moins regardants en la matière, tels que l’Algérie?» et décida donc de venir polluer notre Sahara et semer la mort dans notre pays. Puis, au passage, Total testera de nouvelles techniques, moins polluantes, moins mortelles, qu’il utilisera en France lorsqu’il les aura mises au point et qu’il nous vendra très cher ce jour-là. Total n’est pas le seul groupe pétrolier à vouloir se lancer dans l’aventure du gaz de schiste en dehors des frontières de son pays. Les majors anglo-saxons en font de même.

Alors de grâce, Monsieur le Président, évitez à ce pauvre peuple algérien une nouvelle catastrophe. Ne trouvez-vous pas qu’il a suffisamment souffert après avoir subi 132 années de colonialisme, après avoir payé un lourd tribu de quelques centaines de milliers de morts durant les 7 années et demie de la guerre de libération, après que 200 000 de ses enfants aient laissé leurs vies lors d’une guerre civile qui ne dit pas son nom, après que votre régime ait décidé d’innocenter les auteurs de tous bords des atrocités commises durant cette période, puis enfin après que la Cosa Nostra qui constitue l’ossature de votre pouvoir ait dépouillé, avec votre bénédiction, ce pauvre peuple d’une richesse que la Nature a attribué à toute la nation algérienne et pas uniquement à la caste que vous et vos maîtres de l’ombre avez constituée autour de vous ? Le gaz de schiste présent dans notre pays n’est pas votre propriété privée, vous ne pouvez donc pas en disposer et l’utiliser comme bon vous semble, comme vous le faites, Monsieur le Président.

Venons-en maintenant à l’aspect économique de la question. Aux Etats-Unis, pays pionnier en ce domaine, nombre de compagnies ont démarré voici plusieurs années une telle activité. Pour des raisons purement économiques bien entendu, puisqu’il n’y a – nous le savons tous – qu’un seul dieu qu’elles adorent, un dieu qui s’appelle Dollar. Or, les dollars n’étaient pas au rendez-vous, en tout cas pas autant qu’elles l’auraient souhaité. Pour une raison bien simple : les découvertes qu’elles avaient faites ne constituaient pas des gisements au sens où on l’entend habituellement ; ce ne sont que des poches de gaz qui recèlent des quantités qui ne justifient pas les énormes investissements qu’elles ont consentis pour les exploiter. Ceci est, sachez-le Monsieur le Président, un phénomène normal et connu en la matière, car la technique utilisée à ce jour ne permet de fracturer qu’une zone limitée et de ne drainer donc qu’un volume relativement restreint de gaz. Si l’on veut produire plus, il faudrait forer un nombre beaucoup plus grand de puits horizontaux, donc plus compliqués et plus chers, ce qui rendrait l’opération non rentable. Tant et si bien que nombreuses sont celles parmi ces compagnies, qui avaient sollicité des crédits bancaires pour lancer leurs opérations, qui aujourd’hui éprouvent de grosses difficultés à honorer leurs engagements de remboursement. Certaines ont dû tout simplement mettre la clé sous le paillasson, cesser toute exploitation de gaz de schiste. Certains experts disent même que cette histoire de gaz de schiste n’est, dans l’état actuel des connaissances, qu’une opération purement spéculative, une bulle qui finira par éclater un jour. Pourquoi, me diriez-vous alors, voudraient-elles démarrer en Algérie, une activité similaire à celle qui n’avait pas fonctionné comme elles l’auraient voulu chez elles ? Elles pensent probablement, que la configuration géologique du Sahara, la nature des roches qu’on y rencontre et la sédimentation qu’elles ont subie durant plusieurs millénaires rendent les gisements plus prolifiques qu’ils ne le sont dans les Montagnes Rocheuses du Colorado ou dans les plaines de l’Oklahoma. Elles sont surtout convaincues que la règlementation algérienne en matière d’écologie et d’environnement – dans la mesure où il en existe une – est moins contraignante qu’elle ne l’est aux Etats-Unis, ce qui rendrait rentable l’exploitation. Et puis, elles savent, qu’en tout état de cause, un gros paquet de dollars versés au compte du « parrain » du secteur, intronisé par votre régime, permettra de régler la question. Enfin, la dernière raison qui pousserait ces entreprises à venir exploiter notre gaz de schiste est celle déjà évoquée plus haut, à savoir que l’Algérie constituerait pour elles un laboratoire d’essais.
Quoiqu’il en soit, sachez Monsieur le Président, que les techniques que l’on utilise jusqu’à ce jour pour extraire le gaz de schiste en font une activité dévoreuse de capitaux. Il ne faut donc pas s’attendre à ce que des milliards de dollars se mettent à pleuvoir sur les caisses du Trésor algérien, comme on vous l’a fait peut-être miroiter. On n’est pas aujourd’hui, comme on l’était en 1956, à la veille de la découverte d’un nouvel Eldorado au Sahara. Aussi, vous dirais-je que si ce qui motive votre décision c’est – comme je le suppose – le fait que l’Algérie va se trouver très bientôt dans l’impossibilité d’honorer ses engagements en matière de livraison de gaz naturel au marché intérieur et à l’exportation, la parade est pourtant simple. Engagez, tout d’abord, Monsieur le Président, une lutte impitoyable contre la corruption dans le secteur pétrolier, dans celui de la construction des autoroutes ou celui des caisses agricoles et vous économiserez immédiatement et au minimum, une bonne dizaine de milliards de dollars par an, qui viendront compenser les pertes qui résulteraient d’une éventuelle non livraison de gaz à certains clients. Demandez l’avis de Chakib Khelil, de Amar Ghoul, de Amar Saâdani et celui de votre frère Saïd sur la question, ils vous éclaireront certainement plus que je ne peux le faire Entreprenez également et dans les plus brefs délais une étude sérieuse du modèle énergétique que devrait adopter l’Algérie. Vous constaterez que l’on y produit des quantités de pétrole et de gaz qui ne sont nullement en adéquation avec les besoins financiers réels du pays, qu’une énorme gabegie règne dans ce secteur, que les recettes engrangées par les ventes d’hydrocarbures ne sont qu’un grand cache-misère qui donne l’impression que les Algériens vivent dans l’opulence, si l’on se réfère à la quantité et à la variété des produits que l’on trouve sur le marché. L’essentiel et le superflu, mais le tout entièrement manufacturé ailleurs. Vous parlez de plans quinquennaux ? Faites alors en sorte que par une série de mesures que vous adopterez dans le cadre de ces plans, une partie au moins de ces marchandises soit produite dans le pays. Et puis posez-vous la question, Monsieur le Président : l’Algérie est-elle condamnée à demeurer ad vitam aeternam un simple fournisseur d’énergie ? Et même si la réponse à cette question était « Oui », ce dont je doute personnellement, n’existe-t-il pas dans le pays d’autres sources d’énergie que les hydrocarbures, qu’ils soient conventionnels ou non ? Quid par exemple de l’énergie solaire dans un pays dont les 4/5 de la superficie sont inondés de soleil pratiquement 365 jours par an ?

À tous les Algériens: arrêtez la minuterie de cette bombe à retardement

C’est maintenant à vous, mes compatriotes que je m’adresse. C’est pour faire savoir à toutes les Algériennes et à tous les Algériens quel sera le triste sort que réserve le régime en place aux générations futures, que j’ai interpellé d’une manière aussi violente, dira-t-on peut-être, le Président de la République. C’est animé d’une grande révolte et avec une énorme tristesse sur le coeur que j’ai écrit ces lignes. Encore que je n’ai pas décrit tous les dangers qui guettent notre pays et notre peuple. D’autres que moi se sont exprimés sur la question ces derniers temps ; il suffit simplement de lire ce qui a été publié sur le sujet par la presse algérienne dans le courant de la semaine écoulée pour se rendre compte que je n’ai nullement exagéré la description de la bombe à retardement que le gouvernement vient de planter au coeur du système hydrique de notre pays. Comme toute bombe à retardement, ce n’est pas dans l’immédiat qu’elle explosera ; c’est sur la durée que se feront sentir ses effets. Celle-ci est particulièrement traîtresse et pernicieuse ; c’est petit à petit et par petites doses presque imperceptibles qu’elle distillera son poison. Mais une fois qu’elle aura entamé son processus de destruction, plus rien ni personne ne l’arrêtera. Ce sera l’apocalypse, mais ce sera trop tard. C’est pourquoi je dis à tous les Algériens que c’est maintenant qu’il faut agir, c’est aujourd’hui qu’il faut empêcher qu’un tel crime soit commis contre notre descendance, contre nos enfants, contre nos petits-enfants et contre ceux qui arriveront plus tard. Je sais que les termes que j’ai utilisés sont très durs et je sais que je prends des risques en dénonçant de cette manière l’infamie que le régime s’apprête à accomplir en notre nom à tous. Je sais que l’on va m’accuser de tous les maux et de tous les vices de la terre. On les inventera s’il le faut. Je n’irai pas jusqu’à dire comme Amar Saâdani que s’il devait m’arriver quelque chose, c’est Tewfik ou quelqu’un d’autre qui en sera responsable. Je ne pouvais cependant pas me taire, car je sais quelles seront, sur le long terme, les conséquences de la décision prise lors de la dernière séance du conseil des ministres. C’est pourquoi je dis aux Algériens, à tous les Algériens, indignez-vous. Faites des pétitions, faites des manifestations, faites en sorte que le Président de la République renonce à cette fausse bonne idée d’accorder son feu vert à l’exploitation du gaz de schiste. Agissez de telle manière qu’il fasse ce qu’il a été poussé à faire en 2006 quand sous la pression à laquelle il a été soumis de toutes parts, il a été amené à renoncer à mettre en vigueur la loi scélérate sur les hydrocarbures de Chakib Khelil et ce malgré le soutien de la première puissance mondiale. Je suis pour ma part fier d’avoir alors participé par certains de mes écrits, pour une part aussi minime soit-elle, à la victoire qui a permis au peuple algérien de préserver ses richesses en hydrocarbures de la prédation par les multinationales pétrolières à laquelle les avait condamnées cette loi.

Alors je vous dis, Algériennes, Algériens, unissez-vous, obligez le pouvoir en place à renoncer à ce suicide collectif qu’il cherche à nous imposer. Indignez-vous ! Indignez-vous ! Indignez-vous !

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FORUM

MESSAGES:


Nécessité d’une mobilisation citoyenne

31 mai 20:44, par abdellaoui boubekeur

Jusqu’à présent, aucun débat sur les gaz de schiste en Algérie n’a eu lieu par la question environnementale et les dangers écologiques….

Comment l’Algérie peut-elle justifier l’exploitation de son gaz de schiste?

Pour alimenter l’Europe en gaz, l’Algérie va encaisser tous les coûts environnementaux et écologiques que l’Europe se refuse à payer pour disposer de son propre gaz!

Proscrite en Europe, la technique de fracturation hydraulique de la roche va être déployée en grand sur le continent africain. Elle prend son départ à partir de l’Algérie.

En conclusion, L’exploitation du gaz de schiste en Algérie s’inscrit dans la droite ligne du saccage de notre environnement.

Une grande mobilisation citoyenne est nécessaire pour que soit mise en place une politique de transition énergétique résolue, fondée sur les énergies renouvelables et l’économie verte.

Une politique qui au passage améliorerait notre qualité de vie et permettrait de créer de nombreux emplois.

Voir en ligne: Comment l’Algérie peut-elle justifier l’exploitation de son gaz de schiste? “Liberté” – le 26 mai 2014


FORUM:

  • GAZ DE SCHISTE, SUICIDE ANTINATIONAL : C’EST MAINTENANT QU’IL FAUT AGIR !

    9 octobre 11:35

    quand les individus sont saqués , qui va s’occuper de l’environnement ?protégeons l’algerie du pouvoir en place et de ses sbires , celle de l’environnement deviendra naturelle .
  • Necessite d’une mobilisation citoyenne

    31 mai 2014 à 20h44min / abdellaoui boubekeur — abdellaoui2005@yahoo.fr

    Jusqu’à présent, aucun débat sur les gaz de schiste en Algérie n’a eu lieu par la question environnementale et les dangers écologiques…. Comment l’Algérie peut-elle justifier l’exploitation de son gaz de schiste ? Pour alimenter l’Europe en gaz, l’Algérie va encaisser tous les coûts environnementaux et écologiques que l’Europe se refuse à payer pour disposer de son propre gaz ! Proscrite en Europe, la technique de fracturation hydraulique de la roche va être déployée en grand sur le continent africain. Elle prend son départ à partir de l’Algérie.

    En conclusion, L’exploitation du gaz de schiste en Algérie s’inscrit dans la droite ligne du saccage de notre environnement. Une grande mobilisation citoyenne est nécessaire pour que soit mise en place une politique de transition énergétique résolue, fondée sur les énergies renouvelables et l’économie verte. Une politique qui au passage améliorerait notre qualité de vie et permettrait de créer de nombreux emplois.

    Comment l’Algérie peut-elle justifier l’exploitation de son gaz de schiste?


TEXTES LUS AUX OBSÈQUES DE LUCETTE HADJ ALI LARRIBÈRE

textes lus aux obsèques de Lucette Hadj Ali Larribère,

par William Sportisse,

Malika Remaoun,

Claudie Martinez Médiène


HOMMAGE À LUCETTE HADJ ALI LARRIBÉRE William Sportisse – La Seyne sur mer – le 30 mai 2014;


LUCETTE A ÉTÉ POUR MOI UNE DES PLUS BELLES RENCONTRES DE MA VIE – Claudie Matrinez Mediene – le 28 mai 2014;


LUCETTE MON AMIEMalika Remaoun – Seyne sur Mer – le 30 mai 2014;


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HOMMAGE À LUCETTE HADJ ALI LARRIBÉRE

William Sportisse

La Seyne sur mer

le 30 mai 2014

Mesdames, Messieurs, chers amis et camarades,

La nouvelle du décès de ma camarade et amie Lucette a provoqué une profonde tristesse parmi tous ceux qui l’ont connue et qui ont milité à ses côtés au Parti communiste Algérien, au Parti de l’Avant-garde Socialiste, dans les organisations féminines dont l’Union des Femmes d’Algérie dont elle fut l’une des dirigeantes dans les années qui ont précédé la guerre de libération nationale du peuple Algérien.

J’ai fait la connaissance de Lucette, au lendemain de la seconde guerre mondiale. Notre rencontre se produisit dans un restaurant de la rue Burdeau à Alger, non loin du siège de l’Union des Femmes d’Algérie. J’étais au côté de ma belle-sœur Alice Sportisse quand Lucette et Robert Manaranche, son premier époux entrèrent dans le restaurant. Ma belle-sœur les invita à notre table et nous avons pris notre repas du midi ensemble. Alice en me présentant Lucette m’informa qu’elle était la cheville ouvrière du journal de l’Union des Femmes d’Algérie.

J’avais senti lors de cette présentation qu’Alice nourrissait une grande affection pour Lucette, et personnellement j’ai aussitôt éprouvé beaucoup de sympathie pour elle et Robert.

Mais notre amitié s’est nouée deux années plus tard quand, succédant à la direction de l’Union de la Jeunesse démocratique Algérienne à mon camarade Henri Alleg je vins à Alger. Souvent Lucette et Robert nous invitaient Henri, Coco Nahori et moi-même à partager le dimanche leur repas.

C’était l’occasion pour nous, encore bien jeunes, de débattre sur les combats menés par notre peuple, sur les développements de la situation en Algérie et dans le monde, et toujours de rêver à édifier un monde nouveau qui apporterait beaucoup de bonheur à tous.

Nous étions profondément convaincus que ce rêve se réaliserait et je pense que si nous lui sommes demeurés attachés cela est dû avant tout à nos convictions idéologiques et politiques et surtout à notre confiance dans la capacité des peuples du monde de tracer leur chemin pour aller vers cette société sans oppression d’un peuple par un autre ni d’une classe sociale par une autre.

Cette conviction qui, je le pense, a animé toute la vie de Lucette jusqu’au moment de nous quitter, repose sur l’expérience humaine. Si la société esclavagiste a fait place à la société féodale puis à la société capitaliste pourquoi celle-ci qui a fait son temps ne céderait pas sa place à une nouvelle société humaine basée sur la propriété sociale des moyens de production et une répartition des richesses produites par les femmes et les hommes de manière à satisfaire leurs besoins.

Certains pensent que nous sommes des conservateurs. Oui nous sommes des conservateurs de l’espérance d’un monde meilleur.

Le meilleur hommage que je pense rendre à Lucette c’est de rappeler ces vérités auxquelles elle était attachée.

C’est pourquoi durant toute sa vie elle s’est placée au service des couches les plus déshéritées de la société algérienne. J’ai toujours en souvenir sa réaction passionnée et critique à mon égard , lors de l’un de ses passages à Constantine. Elle assista à ce moment là à la commémoration d’un anniversaire organisée par le PCA. La direction de la région de Constantine m’avait désigné pour présenter une intervention sur la situation politique. Quelques jours auparavant, de grandes manifestations animées par les femmes des quartiers populaires d’ Oran, auxquelles Lucette s’était jointe, avaient eu lieu pour soutenir les dockers du port d’ Oran en grève. Les manifestations impulsées par de nombreux communistes algériens avaient été durement réprimées par la police coloniale.

Mais mon intervention à la commémoration organisée à Constantine avait sous-estimé la portée politique de ces manifestations. Aussi, à juste raison, Lucette ne manqua pas de me critiquer bien durement. Je lui en ai été très reconnaissant car elle m’ avait fait comprendre qu’en aucun cas nous ne devions demeurer insensible au combat des couches déshéritées et que notre devoir était de leur manifester pleinement notre solidarité.

Ces relations franches entre nous camarades d’un même parti confortaient notre amitié et nos liens de camaraderie.

Ces souvenirs et d’autres restent dans notre mémoire, dont notamment, le soutien constant qu’elle nous apportait au lendemain de notre arrestation après le coup d’Etat de 1965, lorsque nous étions avec Bachir Hadj Ali son second compagnon emprisonnés à Lambèse.

Accompagnée de toutes nos familles, elle venait à ce moment là périodiquement à la prison de Lambèse pour nous apporter des nouvelles de l’extérieur mais en même temps pour recueillir auprès de nous des informations qu’elle transmettait à la direction de notre parti clandestin.

C’est elle qui a ramené de prison pour les remettre à la direction de notre Parti, le récit de notre camarade Bachir Hadj Ali intitulé « l’Arbitraire » consacré aux tortures subies par tous nos camarades qui avaient été arrêtées à cette époque.

C’est elle qui, accompagnée de nos familles, est venue à Annaba, alors que nous étions placés au secret dans un hôpital durant notre grève de la faim qui a duré plus de vingt quatre jours pour arracher notre libération.

Lucette était animée par cet esprit de solidarité avec tous les militants progressistes et démocrates qui étaient victimes de la répression.

Je me contenterai de rappeler ces traits essentiels de son engagement, à mes yeux si importants et caractéristiques de sa personnalité. Je voudrais achever ces souvenirs en disant que Lucette a bien rempli sa vie et que le souvenir de ses combats ne s’effacera pas et qu’il éclairera les combats des générations d’aujourd’hui et de demain.

À sa famille, à ses enfants, mes camarades et moi-même présentons en cette bien douloureuse circonstance nos condoléances et notre solidarité.

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LUCETTE A ÉTÉ POUR MOI

UNE DES PLUS BELLES RENCONTRES DE MA VIE

Claudie Matrinez Mediene

le 28 mai 2014

Texte un peu raccourci

extraits:

Lucette a été pour moi une des plus belles rencontres de ma vie.

Pourtant, elle avait été d’abord une de ces personnalités admirables de l’Algérie, de celles qui, sur le piédestal où je les avais placées, me servaient de repères.

Je l’avais croisée à Alger, je crois que c’était lors du vernissage d’une exposition: le peintre Ali Silem. Elle était passée devant moi, droite et belle, et je n’avais pas osé lui parler.

Pensez donc: fille du docteur Laribère, qui dans sa clinique, à Oran, en 1940, avait fait naître mon frère. Epouse de Bachir Hadj Ali: un concentré de militantisme dans ces deux noms.

Je l’ai revue en 1994, à la création du RAFD de Marseille. C’est dans ce cadre que nous nous sommes connues.

J’ai tout de suite admiré son efficacité, son sens de l’organisation, ses capacités de travail, toujours à l’écoute, pourtant, des moins expérimentées qu’elle.

Par modestie, je l’ai vue se recroqueviller sur son fauteuil, au Toursky, un jour où quelqu’un, sur l’estrade, avait annoncé que Lucette Hadj Ali était présente dans la salle.

Petit à petit, nous nous sommes rapprochées l’une de l’autre, elle est venue passer des séjours à la maison, au village, et nous avons partagé le quotidien

Elle aimait le grand bouleau face à la fenêtre, vert au printemps, roux à l’automne, et que nous avions baptisé «son arbre». Pour le contempler depuis son fauteuil préféré, elle devait prendre de vitesse la chatte qui le convoitait aussi.

Elle faisait sa sieste sur ce fauteuil, en face de la télé qui diffusait un interminable feuilleton comme «Les feux de l’amour», assez lent pour la bercer et lui permettre de s’assoupir sans perdre le fil de l’action.

Par contre, les émissions politiques, qu’elle ne ratait pas, la faisaient réagir avec force et à haute voix

Même les maths de foot ball l’intéressaient.

Elle était curieuse de tout, avait des indignations et des rires de jeune fille.
Lucette était curieuse de tout. Sans doute le secret de sa jeunesse.

Lucette aurait pu être ma mère: 22ans de différence, mais c’était une amie. Ma seule amie plus âgée que moi.

Il arrivait que, nous voyant ensemble, on lui demande: «C’est votre fille?» Avec quel plaisir elle répondait: non, c’est une amie, et nos regards se croisaient.

Avec elle, pas de tabous comme ceux qui ont écrasé les femmes de sa génération. Nous pouvions parler de tout, de tous les sujets qu’abordent les femmes entre elles, avec naturel, sans que ce soit indiscret.

Au cours de ces années, elle m’a parlé avec délicatesse de ses parents, ses sœurs, neveux et nièces, ses enfants et petits enfants. Elle était émerveillée par son arrière petite fille, par le nouveau né, par la fille de Malika qui l’avait adoptée.

Elle m’a parlé des deux hommes qu’elle a aimés, le père de ses fils, puis Bachir, avec douceur et pudeur.

Lucette tenait à participer aux tâches ménagères. Elle nous régalait parfois avec du magret de canard, et en préparant sa spécialité: des pommes dauphines, recette trop compliquée pour moi, et qui l’occupait une bonne partie de la matinée.

J’ai aussi la vision de Lucette dans le patio, sous l’ombrage du rosier grimpant auquel se mêlait le jasmin, installée devant la table de jardin. Elle y a passé tellement de temps, occupée à classer les lettres de Bachir dans des enveloppes craft. Grâce à elle, nous avons pu lire les «Lettres à Lucette» qui nous ont tellement appris. Il y en avait un carton plein qu’elle a laissé chez nous,des années, comme oublié. Jusqu’à ce que je le lui apporte dans son studio, à La Seyne.

Car Lucette, comme un oiseau migrateur, traversait la Méditerranée, allait chez les uns, les autres,avec pour bagage l’indispensable dans lequel figurait une bonne lecture, souvent conseillée par Françoise et dont je bénéficiais parfois.

Quand s’achevait l’escale qu’elle avait faite chez nous, elle préparait ses valises sans rien oublier. Ces valises n’étaient pas volumineuses, mais elle pouvait tout caser, même les cadeaux.

Lucette ne gardait avec elle que l’essentiel, sans doute parce qu’elle a longtemps vécu dans la clandestinité

Une seule fois, elle a manifesté de l’intérêt pour un objet: une théière qui avait appartenu à ses parents et qu’elle m’a demandé de lui rapporter d’Oran, avec un album de photos, très lourd. Elle venait de se fixer dans son studio du foyer Ambroise Croizat.

Cette forme d’ascétisme était une leçon pour moi: savoir se détacher de ce qui n’est pas essentiel.

Lucette avait un appétit d’oiseau, ce qui ne l’empêchait pas d’être gourmande. Elle savait apprécier ce qu’elle mangeait. Quand je venais la voir à La Seyne, il était convenu que je l’emmène au restaurant. Elle choisissait le jour après avoir examiné les menus du foyer, cela lui permettait de ne pas rater un menu, ou d’en éviter un. Quand elles étaient au menu du restaurant, Lucette prenait toujours les crevettes, elle les adorait. Elle aimait aussi les magrets de canard qu’elle m’avait fait découvrir.Elle même les avait découverts grâce à ses fils, m’a-t-elle dit, jeudi dernier.

Elle était fière de ses fils, heureuse de me parler de ce qu’ils faisaient pour elle,tout en formulant ses craintes, crainte de peser trop lourd dans leur vie

Après le restaurant,nous partions pour une promenade en voiture, le long de la mer.La mer comme à Alger, ses clapotis, ses odeurs, ses bateaux, les mouettes et l’horizon. C’était notre rituel.

Quand elle s’est mise à différer ces sorties,à me dire qu’elle n’allait plus déjeuner avec les autres, je me suis inquiétée. Car elle avait toujours aimé la convivialité des repas, avait toujours eu le contact facile,

Nous avions tous été agréablement surpris par la façon dont elle s’est habituée à la vie au foyer.Elle nous a même invités une fois, Ben et moi,à venir déjeuner au foyer, pour le repas mensuel des anniversaires,très bon d’ailleurs. À cette occasion, je l’ai vue saluer ses nouveaux amis, elle m’en a présenté quelques uns, avec un grand sourire.

Jamais Lucette ne s’est plainte. Elle m’a parlé de ses soucis, oui, parce que tout le monde en a, mais ce n’était pas de la plainte, c’était de l’ordre de la réflexion, du partage. Toujours dans le présent, elle n’exprimait jamais de regrets, rien de négatif. Elle se contentait de se taire, parfois, à propos d’Alger.

Au téléphone, quand je lui demandais comment elle allait, si elle me répondait: cela va mieux maintenant,je savais qu’elle avait eu un problème de santé.

Voilà ma Lucette : un mélange de force et de douceur,de rigueur et d’ouverture, la roche et la mer.

Le jeudi de ma dernière visite, je ne savais pas que ce serait la dernière. Mais elle était si faible…peut-être n’avais-je pas voulu savoir. Elle n’a rien voulu manger, ni de la Mouna, ni des gâteaux secs qu’elle affectionnait. Mais comme je lui massais le dos, la nuque, les épaules, elle me demandait «encore, encore». C’était bien ma Lucette, si spontanée, qui avec naturel, jusqu’au bout, a su montrer ce qu’elle aimait

Chaque fois que j’ai partagé des moments avec elle, je me suis sentie enrichie. Elle m’a jusqu’au bout communiqué un peu de son amour de la vie, de son énergie, grâce à l’importance qu’elle accordait à l’amitié, grâce à son naturel et sa simplicité

Elle me réchauffait le coeur

Claudie, le 28 mai 2014

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Lucette, mon amie !

Que dois-je te dire ?

Si c’est au PAGS, Parti de l’avant-garde socialiste, que je t’ai connue en 1980, c’est plutôt dans le combat du mouvement des femmes contre l’intégrisme d’abord, et pour l’égalité entre les femmes et les hommes ensuite, que j’ai eu à apprécier tes qualités humaines et militantes: ta gentillesse, ta douceur, ta générosité, ta discrétion, ta modestie, ta rigueur, ton organisation, ton sérieux, tes exigences dans le travail,… mais aussi ton humour, et ta joie de vivre!

Lucette, la militante active contre l’intégrisme !

Tu as été de toutes les réunions et des actions de la coordination nationale des associations de femmes qui étaient à l’avant-garde du combat anti-intégriste et anti-terroriste. Militante active et infatigable du RAFD, “Rassemblement Algérien des Femmes Démocrates”, dès ton arrivée à Marseille en 1994, tu fondes avec d’autres amies, le RAFD à Marseille et un bulletin pour relayer en France le combat anti-intégriste des femmes mené en Algérie.

En 1997, de retour à Oran, tu es avec nous à l’AFEPEC – “Association Féministe pour l’Exercice de la Citoyenneté et l’Épanouissement de la Personne”– où tu milites sans relâche jusqu’à ce que ton état de santé ne te le permette plus.

Lucette la militante pour l’égalité entre les femmes et les hommes

Pendant les réunions du bureau, tu voulais prendre toutes les tâches pratiques sous prétexte que tu étais plus disponible. Il était très difficile de te faire admettre les talents d’écriture!

Je me souviens de 2 moments particuliers :

  • Tu es arrivée à un moment où l’AFEPEC faisait le point de deux années de réflexion-critique de son expérience qui a débouché sur le séminaire national «Femmes et Citoyenneté en Algérie», organisé en mai 1998 (décidément mai!).

    Ta contribution à ce séminaire fut capitale dans la réflexion. Alors qu’on se répartissait les tâches et que tu étais censée te concentrer sur les interventions et le débat pour en faire le compte-rendu, tu insistais pour prendre d’autres tâches,…Tu t’es presque fâchée!
    Le compte rendu que tu en as fait est révélateur du rôle que tu y as joué.
  • et cette réunion pour préparer un voyage des enfants de victimes du terrorisme en France, tu insistais pour aller prendre les billets alors qu’une jeune devait le faire. Alors là, tu t’es vraiment fâchée… heureusement que les fous rires nous ont sauvées.

Lucette et les jeunes

Tu as été parmi les premières à croire que l’action en direction des jeunes est une garantie du changement de la société et des rapports entre les femmes et les hommes!

Tu étais HEUREUSE de retrouver ces jeunes intimidées par ta stature et honoré-e-s de t’avoir parmi elles/eux à chaque fois que tu venais. Ils t’ont adoptée et voulaient connaître ton itinéraire;

Ils découvraient ta modestie et ton refus catégorique de parler de toi, refus qu’ils n’ont pas tout de suite compris.

Ces jeunes auxquels tu croyais, ont aidé «tes amies qui t’ont harcelée sans relâche pour que tu commences à écrire».

Lucette, ces jeunes t’ont beaucoup apportée, t’ont marquée; tu en parlais à certaines copines. Mais sache, que tu as été pour beaucoup dans leur engagement, tu as été un modèle pour elles/eux, tu les as aidé-e-s à aller de l’avant. Tu fais partie de leur mémoire et de leur identité.

Lucette, mon amie, toi la discrète qui ne voulais jamais qu’on parle de toi, tu es partout: télévision, radios, presse écrite, presse en ligne, réseaux sociaux….

Depuis 6 jours, ta ville natale, Oran te pleure, cette ville où tu as grandi et où tu es revenue t’installer.

Cette ville que tu aimes et qui t’aime tant !

Oran a perdu une de ses vaillantes filles, une de ses grandes militantes de toutes les causes justes et nobles!

Tes ami-e-s et camarades d’Oran et de la région te rendent un premier hommage ce samedi au siège de l’Afepec!

D’autres hommages te seront rendus dans ta ville natale.

Tes jeunes s’organisent pour que nul ne t’oublie !

Tu es partie… mais tu resteras parmi nous pour toujours!

Repose en paix, Lucette mon amie !

Malika Remaoun

Seyne sur Mer le 30 mai 2014

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