30 JUIN AU 7 JUILLET 2014 : SÉLECTION DE LA SEMAINE


HOMMAGE À MON CAMARADE LE PROFESSEUR BENHASSINE MOHAMED LAKHDARpar Mahi Ahmed – raina – le 6 juillet 2014;


NOTES DE LECTURES: par Belkacem Ahcene-Djaballah – Le Quotidien d’Oran – L’actualité Autrement Vue – Des lieux, des noms… et des hommes!


LA CRISE DE L’ ÉTÉ 1962 : DES ORIGINES A LA FRACTURE, LES FISSURES D’UNE JEUNE RÉVOLUTIONBoukhalfa Amazit – El Watan – le 5 juillet 2014;


LA CRISE DE L’ETE 1962: DES ORIGINES À LA FRACTURE, LES MILITAIRES PRENNENT LE POUVOIRBoukhalfa Amazit – El Watan – le 5 juillet 2014;


[ « CE MATIN JE ME SUIS RÉVEILLÉE AU BRUIT DES HÉLICOPTÈRES »… INÉGAUX DANS LA VIE ET DANS LA MORT Par Samah Jabr –>#6
]


Dda VINCI CLAUDEpar Arezki Metref – Le Soir d’Algérie – Balade dans le Mentir/vrai(21) – e 29 juin 2014;


JUILLET 1936. GRÈVE DES OUVRIERS LIÉGEURS DE JIJEL – blog algerieinfos – Saoudi Abdelaziz – 4 juillet 2014;


Recueillement sur la tombe de Mohamed BoudiafNACER BOUDIAF INTERPELLE LE PRÉSIDENTEl Watan – le 03 juillet 2014;


POURQUOI LE « CALIFAT ISLAMIQUE » SÉDUIT EN IRAKmercredi 2 juillet 2014 – Asswara – La Rédaction;


EGYPTE. SISSI À L’ÉPREUVE DES MANIFESTATIONS OUVRIÈRESpublié par Saoudi Abdelaziz – blog algerieinfos – le 2 Juillet 2014;


HOMMAGE À MON CAMARADE LE PROFESSEUR BENHASSINE MOHAMED LAKHDAR

par Mahi Ahmed

raina

le dimanche 6 juillet 2014

Toute vie a une fin. C’est une évidence que le cœur et la raison acceptent difficilement. Surtout quand il s’agit d’Êtres chères qui ont marqué cette vie par la force de leurs valeurs humaines et intellectuelles.

Lakhdar était de cette trempe d’hommes qui nous manque terriblement aujourd’hui.

Il vient de nous quitter ce 28 juin 2014. Nos mémoires et nos consciences s’apprêtaient à être remuées par l’anniversaire de la disparition cruelle et ravalée aux oubliettes du Président Mohammed Boudiaf, victime d’évolutions historiques où l’impératif de la fondation d’un système d’Etat national démocratique s’est brisé sur les écueils des propensions autoritaristes, claniques, régionalistes, népotiques, intégristes qui ont plongé notre pays dans une crise qui le ronge depuis plusieurs décennies.

Lakhdar a certes succombé aux suites d’un AVC. Mais la perception profonde qu’il se faisait des maladies congénitales qui travaillaient dangereusement les tissus de notre nation et de notre société, sans disposer de possibilités et de capacités d’intervenir, d’être écouté, d’en débattre scientifiquement avec ses collègues et l’opinion publique, a certainement prédisposé sa constitution physique et psychologique à un tel accident. Cela sans parler de l’état dans lequel se trouve notre système national de santé où l’incompétence et l’ignorance avérées dirigent, souvent, les compétences scientifiques et humaines ou les étouffent.

Lakhdar est parti à l’âge de quatre-vingt-trois ans. Il a eu une vie intense, honnêtement vécue, mais surtout riche en actions militantes et en productions académiques, scientifiques et intellectuelles de haut niveau.
Son nom restera gravé dans les facultés de sciences économiques d’Alger et de Blida, dans les centres de recherches où il a activé que ce soit au pays, au Maghreb où à l’échelle international. Ses étudiants et doctorants comme nombre de ses collègues le garderont en mémoire tout en bénéficiant de ce qu’il a légué.

C’était un éminent professeur dont la modestie et la rigueur scientifique, pédagogique et l’humanisme étaient exemplaires.

Ce fils de Khanaget Sidi Nagi était un pur produit du mouvement national. Il portait, en lui, la flamme allumée dans le mont des Aurés un premier novembre 1954.

Dés les débuts de la révolution, il fut parmi ceux qui ont bénéficié d’une bourse de l’UGEMA, en 1956-57, pour poursuivre des études en URSS. Il fut inscrit à la prestigieuse université Lomonossov pour y faire des études en sciences économiques.

J’ai fait sa connaissance durant l’été de l’année 1959. Nous faisions partie de la délégation algérienne qui a participé au septième festival de la jeunesse et des étudiants à Vienne en Autriche. Lui, le frère Basta de Bruxelles et moi de Dresde avions été désignés pour être, comme traducteurs dans les langues anglaises, allemandes et russes, au service des frères Mustapha Ferroukhi et Belaid Abdeslem qui dirigeaient notre délégation. Nous avons depuis noué une amitié qui a bravé le temps et ses méandres et qui s’est renforcé, au fil des années et de l’âpreté des luttes auxquelles nous étions confrontés pour tenter de faire avancer la pratique démocratique, le progrès et la justice sociale.

J’ai retrouvé Lakhdar à Berlin en RDA où, après avoir terminé ses études en sciences économiques à Moscou, il avait obtenu une bourse pour commencer une thèse de doctorat. Mais, en fait, il voulait avoir la maîtrise de la langue de Goethe pour aller au plus profond dans l’étude et la compréhension de la méthodologie scientifique de Marx et d’Engels et de leurs camarades, dans l’étude des lois et des mécanismes qui fondent et régissent le capital et du système économique et social qu’il engendre sous sa domination.

Lakhdar a été à Berlin un militant actif et productif de la section des étudiants algériens aux côtés de Bounedjar Hachemi, Mouffok Houari et bien d’autres. Il faisait parti des cercles marxistes que nous animions en relation avec la délégation extérieure du PCA.

Il a brillamment soutenu sa thèse de doctorat. Celle-ci a, sans doute, aiguisé son intérêt, voire sa passion, d’aller au plus profond et au plus loin dans la recherche et l’étude bibliographique et scientifique des écrits de tous les fondateurs de la pensée marxiste. L’histoire de la pensée économique est devenu un de ses centres d’intérêts et un de ses cours magistraux qu’ont fréquenté tant d’étudiants qui forment aujourd’hui un dense tissu de l’encadrement de notre pays.

Sa rigueur scientifique, si elle l’a poussé à aller au plus profond des écoles des sciences économiques en présence, tout au long de l’histoire, elle a accentué, en même temps, ses efforts dans la maîtrise et l’intelligibilité de la complexité du réel surtout au niveau des deux facteurs déterminants que sont le capital et le travail ainsi que leurs rapports dialectiques. Son acribie dans ses études et recherches visait à montrer concrètement, le plus souvent à partir du cas concret et chiffré de l’Algérie et des pays sous-développés, la nature exploiteuse, aiguisant les luttes de classes, du système de pouvoir capitaliste dans ses diverses variantes.

C’était un dévoreur intellectuel des archives relevant de ses pistes d’études et de recherches. Je ne pouvais pas contenir mon admiration pour le plaisir qu’il éprouvait à passer des semaines entières, durant son année sabbatique, au British Museum pour compulser et étudier les manuscrits, les livres , les études ou les archives se rapportant à Marx et Engels particulièrement durant leur séjour en Angleterre.

C’était un chercheur qui a consacré de nombreuses études à l’œuvre et à la pensée d’Ibn Khaldoun. Par exemple, entre autres, une étude sur « La conception du commerce et de l’activité commerciale dans la Muquadima d’Ibn Khaldoun.1332-1406 »

Lakhdar a accordé une attention particulière à l’étude de la formation économique et sociale de l’Algérie indépendante comme, par exemple, dans les études suivantes :

  1. Le secteur d’Etat en Algérie et la révolution nationale démocratique, sa situation et ses problèmes.
  2. À propos de la rentabilité du secteur d’Etat ;
  3. Les rapports PME secteur public en Algérie : complémentarité ou substitution.
  4. Contribution à l’économie du sous-développement et du développement
  5. Relation entre la dépendance économique des pays du tiers-monde et la crise du système capitaliste international.
  6. La pensée économique du FMI et de la BIRD et les incidences de leur politique d’ajustement sur la politique de développement des pays du tiers-monde avec référence à l’Algérie.

Sa disponibilité pour ses étudiants comme son exigence de rigueur scientifique à leur égard étaient légendaires.

Il avait aussi un contact mutuellement enrichissant avec les travailleurs des différentes catégories et leurs organisations syndicales Il a intensément participé aux différents cycles de formation syndicale et particulièrement de l’Institut Arabe du Travail dont le siège était à Alger.

Il ne craignait ni les confrontations intellectuelles et pédagogiques avec ses collègues adeptes des « sciences économiques libérales » comme le professeur Tiano et ses assistants tels que Temmar, ni les cabales ou entraves que ceux-ci lui montaient comme celles liée à son agrégation ou aux orientations de ses cours.

Lakhdar était un immense homme de culture, un polyglotte éprouvé, un amoureux de son pays, de son histoire profonde, de ses diversités géographiques et ethniques. Je l’entends encore me parler avec passion et érudition, lors d’une visite dans la région, des gorges de Ghoufi , du mont appelé l’Ahmar Kheddou, de l’Oasis de Taghit ,des Ksars de Gourara , du Mzab et de la ville de Ghardaia. Je ne peux oublier nos visites au Théâtre National d’Alger pour voir et apprécier des pièces de théâtres mises en scène et jouées par des troupes venues de Bordj Bou Arreridj, de Tlemcen ou de Tindouf.

Lakhdar était un camarade courageux qui défendait ses convictions philosophiques et politiques, qui n’a jamais reculé devant les débats productifs et enrichissants susceptibles de faire avancer, le progrès, la justice sociale, la liberté individuelle et collective, la liberté de conscience et la démocratie. La fermeté et la profondeur de ses convictions renforçaient son esprit d’ouverture. Cette fermeté se rattachait à un savoir en permanence développé et à un souci de profondeur scientifique dans les analyses des processus économiques, sociaux, culturelles ou politiques. Il avait une haute conscience que la théorie était surtout le produit de la maîtrise des processus multiples et interactifs qui façonnent et donnent formes au réel en mouvement et qu’elle devait être mise à l’épreuve de la pratique. L’unité dialectique entre la théorie et la pratique nourrissait ses efforts d’études et de recherche. Il est ainsi resté fidèle à la cause de la classe ouvrière et des masses déshéritées. Ses apports dans et pour notre parti, le PAGS, étaient précieux.

Il a intensément travaillé sur les crises et recherché les conditions objectives qui les ont fait murir et qui les ont aiguisé jusqu’à leur éclatement. La dislocation du système socialiste mondial, la disparition de l’URSS, les crises qui ont marqué et marquent encore le mouvement communiste international et le mouvement de gauche en général, y compris le PAGS, ont été au centre des préoccupations de Lakhdar. Il a su souligné la force de la validité des analyses de Marx, Engels, Lénine relatives aux fondements du système capitaliste et impérialiste basés sur l’exploitation éhontée de l’homme par l’homme et des peuples. Il a montré les ressorts qui portent la mondialisation néolibérale et les voies de la déchéance de la société de consommation dont elle impose et la forme et le cours et des contrecoups et reconfigurations géostratégiques qu’elle engage et attise.

Les convictions de Lakhdar sont restées inébranlables. Pour lui l’alternative au système social du capitalisme demeurait la construction du socialisme, un système social débarrassé de l’exploitation de l’homme par l’homme et fondé sur le progrès continu et la justice sociale. Il savait aussi et il travaillait dans ce sens que la classe ouvrière, la paysannerie laborieuse, la jeunesse, les femmes avaient, plus que jamais, besoin de refonder, en se basant sur les riches expériences et acquis du mouvement ouvrier et de progrès dans notre pays, le parti politique et les organisations de masses qui portent au plus loin leurs aspirations et soutiennent leurs combats et leurs contributions pour la satisfaction de leurs revendications légitimes et surtout pour la refondation d’un Etat National démocratique et de progrès .

Repose en paix Lakhdar. Tu as accompli amplement ton devoir. Tu as surtout semé du savoir et les pousses finiront par donner leurs fruits à ta satisfaction et à celle de notre pays.

Sources: raina.dz

http://raina-dz.net/spip.php?article503

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NOTES DE LECTURES

par Belkacem Ahcene-Djaballah

Le Quotidien d’Oran

L’actualité Autrement Vue:

Des lieux, des noms… et des hommes !


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LES MINEURS DU DÉSERT.

Kenadsa, 1913-1962.

Récit historique de Farid Larab.

Chihab Editions.

198 pages,

620 dinars,

Alger 2013

Rares sont les ouvrages qui retracent de manière aussi fidèle que celui-ci, et du dedans, la vie des travailleurs algériens durant l’occupation coloniale. Ici, la vie (et la mort) des mineurs kenadsis (le métier le plus dur et le plus représentatif de l’exploitation capitaliste au temps où celle-ci était la moins contrôlée et en l’absence de forces politiques progressistes et syndicales organisées et fortes) qui est décrite presque au jour le jour (sic !), avec des souvenirs, des archives, des documents, des analyses, des témoignages de gens ayant vécu la période… Ce qui nous ramène loin, très loin en arrière.

L’auteur livre bien des informations, rappelant les faits essentiels marquant la colonisation de Colomb-Béchar.

De la souffrance, des grèves, des luttes et aussi bien des morts… avec, le désespoir «mal-» aidant, des actions à la limite du suicidaire. Ainsi, au tout début, les travailleurs qui étaient surtout des déportés de nationalités allemande, espagnole et italienne et des condamnés aux travaux forcés ont été jusqu’à provoquer (fin 1917) un accident de travail… un éboulement de terrain qui a englouti, sous des tonnes de boue, tous les protestataires. Cela n’a pas empêché l’entreprise des Chemins de fer (qui gérait alors la mine) de continuer l’activité minière.

Au départ, les habitants originaires de la région étaient employés, mais c’est seulement à partir des années 40 qu’on fit appel à des «gens du Nord» dont beaucoup de jeunes qui, appâtés par des recruteurs, pensaient y trouver un Eldorado.

Fin 48, il y avait 4 172 ouvriers, 297 agents commissionnés et 20 ingénieurs… mais c’est seulement à la fin des années 60 que l’on vit une certaine prise en charge de la condition sociale des travailleurs. Il est vrai que les syndicats, surtout la CGT, avaient fait leur apparition sur le terrain. Mais, trop tard!

Le déficit financier de la société (Houillères du Sud-Oranais, entreprise créée en 1947 dans le cadre de la nationalisation des mines) dû bien plus au financement occulte de la stratégie politique de l’occupant lui permettant la préservation de ses intérêts économiques et surtout militaires dans la région (Colomb-Béchar était classée comme zone de déportation avec 3 camps: Béni Abbès, Djenen Bourezg et Tabelbala, déjà dans les années vingt, avec comme premier «pensionnaire», l’Emir Khaled… et 10 000 détenus au lendemain du 8 mai 45, et l’entretien de l’aérodrome revenait assez cher), s’accentuait et l’Indépendance pointait. Premières victimes… comme d’habitude: les employés qu’on licencie en masse ou par «paquets».

Avis : Des pages noires de l’Histoire économique et industrielle du pays…, une Histoire qui, après avoir «assassiné» les gens, a …continué à empoisonner l’atmosphère.

Extraits : «La maladie de la silicose qui les ronge quotidiennement et l’inexistence de structures d’accompagnement (associations et autres) n’ont fait qu’enfoncer ces «Gueules noires» dans les ténèbres de l’anonymat» (p 15),


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BOU SAADA, EN QUELQUES TRAITS…

Récit monographique

de Farouk Zahi

(ouvrage préfacé par Kamel Bouchama).

Enag Editions.210 pages,

Alger 2013

L’auteur, ancien fonctionnaire de l’administration sanitaire ayant «bourlingué» à travers l’Algérie, est, aujourd’hui, journaliste-chroniqueur qui sévit dans les colonnes de la presse nationale (surtout Le Quotidien d’Oran). Quoi de plus normal, quoi de plus naturel, que de revenir sur les traces d’une enfance heureuse passée en un lieu de «douceur de vivre», une oasis «heureuse». Un lieu dont il a fait, imaginaire enfantin aidant, son ancrage identitaire. A-t-il eu tort? A-t-il eu raison?

Il a eu raison car les monographies, commentées cela va de soi pour leur donner plus de «vie», reconstituent presque à l’identique la quasi-totalité de la société en situation et ce sont les flambeaux intellectuels nécessaires aux générations suivantes.

Il a eu tort (en partie), car sensible comme il est (il nous le montre à travers ses commentaires pour la plupart assez tristes), il n’a fait que souffrir tout au long des chapitres abordés. La «Cité du bonheur» est bien loin derrière, enfouie dans la nostalgie douloureuse et dans «les squelettes du rond à béton». «L’eau claire, les jardins, les herbes folles, la joie, les roses du laurier… Ne sont plus que souvenirs, dans la besace de l’oubli…».

Tout au long des pages, il broie du noir. Mais, il est tout de même arrivé à ne pas nous communiquer le désappointement. Car, il nous a fourni tant et tant d’informations, d’évènements et de noms historiques sur cette merveilleuse et, malgré tout, encore enchanteresse ville du pays d’ailleurs toujours assez demandée par les touristes nationaux et étrangers – que nous en oublions les côtés sombres créés par l’avidité et l’inconscience de l’homme.

Avis : Comme il a dit lui (le préfacier, Kamel Bouchama), «un ouvrage à lire, à relire et à conserver minutieusement dans sa bibliothèque…».

Un bel exemple à suivre (on a déjà présenté un ouvrage de M’hamsadji sur Sour El Ghozlane) par tous ceux qui aiment ou se souviennent de leur enfance et de leur jeunesse en des lieux pour beaucoup bel et bien disparus… et qui étaient (tout regard dans le rétroviseur mis à part) des bouts de «Cité du bonheur». Nostalgie? Une autre réalité encore insaisissable?

Extraits : «On peut faire nourrir, plus facilement, l’espoir que la désespérance» (p 5),

«On dit que mon pays est libre maintenant, qu’on dédie la journée du 18 février à notre mémoire …j’espère qu’il n’y a plus de damnés de la terre comme nous l’étions… sinon pourquoi tant de sacrifices ?» (réflexions post-mortem d’un chahid, p 154),

«C’est dans l’adversité que germent les grands desseins» (p 62),

«C’est dans la grande douleur que naissent les grandes espérances» (p 193),

«Le seul aspect urbanistique que présente la ville se trouve, malheureusement, conservé par le quartier anciennement européen et c’est vexatoire» (p 204).


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LE SANG DE LA LIBERTÉ

Mémoires d’un combattant de l’ALN.

Récit historico-monographique

de Si Djamel Ahmed Bennai (préfacé par Ali Laib).

Dahlab Editions.

291 pages,

Alger 2012

À peine âgé de 15 ans et il décide de rejoindre le maquis pour combattre à entrer en contact avec les combattants de la wialya VI…. . Une première fois, il est «refusé» en raison de son jeune âge. Alors, toujours «poussé par l’idée enfantine de jouer au héros», il s’en est allé à s’aventurer, seul, en janvier 57, avec quelques sous en poche, dans la région de Berrouaghia où il réussit à entrer en contact avec les combattants de la wilaya VI…. Cette fois-ci, c’est la bonne. Peu de temps après, il est réaffecté au Sahel (dont il est originaire… de Baba-Ali). La grande aventure va alors commencer. Elle durera jusqu’en octobre 1961, avec de hauts faits de guerre toujours dans les mémoires populaires de l’Algérois … Il est arrêté à Alger, sur dénonciation, par les «bleus» de Hassène Ghandriche. Torturé, emprisonné… jusqu’en avril 1962. Libéré… Heureux, mais très vite rattrapé, en août-septembre, par les luttes intestines pour le pouvoir (Wilaya 4- Gpra /Armée des frontières).

La grande aventure? non. Mille et une aventures (et mésaventures). Des lieux, des faits, des noms, des prénoms, des surnoms (parfois incroyables), des prouesses, des exploits, des joies et des rires, comme des erreurs, des faiblesses, des peurs, des souffrances, des lâchetés, des «mauvais tours » et des trahisons aussi… La lutte de libération nationale vécue presque au jour le jour. Avec des hommes et des femmes dont vous ne connaissez, aujourd’hui, le nom qu’en lisant une (souvent bien laide et incomplète) plaque signalétique de rue… mais pas leurs exploits

Avis : Un livre à lire. Ne pas se décourager en raison des détails nombreux fournis , …et, surtout, ne pas croire que l’auteur est narcissique. En fait, il ne fait que remettre les pendules à l’heure et chacun à sa place …en fonction de ce qu’il a effectivement fait et de ce qu’il a été. Et, pour la lutte de libération nationale, bien des récits (de ce genre) sont encore à écrire. Feu Mohamed Teguia, durant les années 70, avait ouvert la voie avec un livre “«L’Aln en wilaya IV»”, mais il n’avait pas été beaucoup suivi, l’ «histoire événementielle» étant alors (toujours?) bannie. À cause de ses «vérités», bien souvent démythifiantes?

Extraits : «Au début des années 1955 et 1956 (…), la plupart des Algériens refusaient de croire qu’une poignée de moudjahidine, armés de fusils de chasse et de vieux pistolets, pouvaient mener une lutte armée contre la quatrième puissance militaire du monde» (p 12), «Il ne faut pas croire que tous les Algériens étaient du côté de la révolution, très rares sont en réalité ceux qui acceptaient de nous recevoir chez eux car il y avait des traîtres prêts à nous dénoncer. Il en est qui adoptaient une certaine neutralité à notre égard. Il y a aussi ceux qui acceptent de payer leur cotisation et qui nous disent de loin, «Dieu vous aidera à vaincre».

Enfin, il y avait une minorité qui était dévouée corps et âme à notre cause…» (p 62), «Contrairement à ce qu’ont l’habitude de montrer les réalisateurs de films de la télévision algérienne sur la vie dans les maquis, c’est-à-dire des moudjahidine à la mine patibulaire, au comportement rigide, grave et austère, et qui ne sourient presque jamais, nous étions la plupart du temps décontractés, faisant des farces de temps à autre, et menant le combat dans la plus grande sérénité «(p 74).

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LA CRISE DE L’ ÉTÉ 1962 :

DES ORIGINES À LA FRACTURE,

LES FISSURES D’UNE JEUNE RÉVOLUTION

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Boukhalfa Amazit

El Watan

le 5 juillet 2014

Durant le deuxième semestre de l’année 1959, la Révolutions algérienne va s’enfoncer dans une profonde crise de croissance que l’inexpérience du GPRA, rudement secoué, n’explique pas entièrement.

Des frottements râpeux, au sommet, enfiellaient l’atmosphère déjà lourde depuis la formation du premier gouvernement provisoire en septembre 1958. Certains noms avaient été contestés en raison de leurs origines politiques, tout comme on dénonçait aussi l’absence d’autres dans cette liste qu’on aurait dit établie par un peseur. «En juillet 1959, le GPRA fut mis en demeure» de remettre le pouvoir aux «3 B», écrit Saâd Dahlab. Belkacem Krim, Lakhdar Bentobbal et Abdelhafid Boussouf, le triumvirat qui menait d’une poigne de fer les destinées de la révolution, décident de forcer la main au président Ferhat Abbas et de convoquer un sommet militaire chargé de proposer une sortie de crise politique.

Un consistoire de 10 colonels se réunit 100 jours durant, avec des moments de forte houle. Et, pendant que se réunissait ce cénacle, pratiquement en apnée, ne voilà-t-il pas que de Gaulle défait la trame et détricote certains calculs. Il annonce le 16 septembre 1959, alors que ses généraux avaient sérieusement ébranlé l’ALN, son intention d’organiser un référendum d’autodétermination. Les responsables de la révolution y voient l’issue tant attendue à l’horizon.

L’indépendance était entrée en gestation.

Trois mois après, pas moins, la réunion s’achève et débouche sur la décision de réunir de le CNRA. Celui-ci va créer le Comité interministériel de guerre (CIG) composé des trois «B» et un Etat-major général (EMG) qui porte à sa tête un rouquin, au visage émacié, aux saillantes pommettes, à la voix métallique et au regard vert perçant. Le plus jeune des colonels, à peine âgé de 30 ans: Houari Boumediène. Il sera secondé par les commandants Azzedine, ancien chef de l’illustre commando Ali Khodja, héros de Bouzegza. Ainsi que Kaïd Ahmed, ancien de l’UDMA, un militant au verbe haut et à la plume habile. Et, enfin, Ali Mendjeli, héros de la célèbre bataille de Mila (1957).

Les raisons principales qui ont présidé à la création de l’EMG étaient évidemment d’ordre militaire mais elles relevaient aussi de la stratégie politique. Elles étaient liées à la volonté des dirigeants de l’insurrection de mettre fin à de dangereuses dérives aux frontières que d’aucuns qualifiaient d’anarchiques et périlleuses. Particulièrement en Tunisie, vivier de ce qui charpentera, une fois la nouvelle politique mise en œuvre, l’ossature de la future Armée nationale populaire (ANP).

Il faut dire que ces hommes, comme des fauves en cage, montraient des signes d’agitation malsaine. «Insuffisamment organisés, en proie au régionalisme et aux luttes de factions, ils sont guettés par les mutineries, les complots». La discipline faisant la force principale des armées, l’impérieuse nécessité s’imposait donc de procéder à l’encadrement rigoureux de ces djounoud.

La solution des Commandements Est et Ouest, lesquels avaient été créés en avril 1958, ayant montré ses limites, tant du point de vue de la stratégie que celui de la formation.

Par ailleurs, une nouvelle doctrine militaire, impulsée par Krim Belkacem (ministre de la guerre) et développée par Houari Boumediène et l’EMG, va voir le jour et préconiser la structuration d’une armée moderne par la formation d’officiers et d’hommes de troupes qui allaient constituer le cœur actif autour duquel allaient s’agréger les forces populaires, pour poursuivre la lutte et peupler à nouveau les maquis.

Les deux hommes vont l’un après l’autre s’appuyer sur les cadres de l’armée française qui ont répondu à l’appel qui avait été lancé en leur direction pour rejoindre les rangs de l’ALN. Un encadrement injustement controversé du simple fait d’avoir figuré sur les listes des effectifs de l’ennemi. La plupart n’ayant pas subi l’épreuve du feu dans les djebels algériens. Ils avaient d’ailleurs rejoint Tunis via la filière du FLN en Allemagne. Enfin, l’objectif politique, quant à lui, visait principalement à évincer Krim Belkacem, ministre de la guerre dans le GPRA, de ce poste stratégique. Surtout depuis la proposition gaullienne du référendum. L’armée étant, depuis, convoitée et regardée comme le sésame qui ouvrirait les portes du pouvoir.

Aux trois «B», (Belkacem Krim, Lakhdar Ben Tobbal et Abdelhafid Boussouf) qui exerçaient déjà leur puissance tutélaire sur l’ALN des frontières, il convient d’ajouter un quatrième «B», Boumediène, pour avoir une idée du patchwork militaro-politique qui dirigeait l’ALN en ce début des années 1960. Ainsi naquit la bipolarisation de l’autorité supérieure de la Révolution: le militaire et le politique, l’un ne voulant rien céder à l’autre. Contrairement donc à la doxa, la dangereuse crise qui agitait le landernau des combattants de l’extérieur n’est pas née avec les accords d’Evian.

Le conflit a éclaté bien avant Evian I, qui s’est déroulé du 20 mai au 13 juin 1961. Il faut savoir que quand la décision fut prise d’ouvrir des négociations, la liste de la délégation chargée de mener les pourparlers comprenait, entre autres, Benyoucef Ben Khedda. Selon Abdelhamid Mehri, «Ben Khedda avait, à cette époque, une autre vision et estimait en gros qu’accepter le principe de l’autodétermination, c’était revenir sur l’exigence de la reconnaissance de l’indépendance. Aussi a-t-il décliné l’offre de faire partie de la délégation». L’Etat-major s’est aligné sur cette position et Kaïd Ahmed, commandant politique au sein de l’EMG, qui avait été désigné, a d’abord refusé d’en être et de se joindre à la délégation. L’EMG s’était dit que si le politique Ben Khedda refusait de participer à la mission, c’est qu’il y avait quelque part une anomalie. Il a fallu lui intimer l’ordre militaire qu’il ne pouvait refuser, pour qu’il s’exécutât.

«Par la suite, nous avons signifié à la délégation de trouver un prétexte pour interrompre les négociations et rentrer pour que nous réglions le problème avec l’EMG».

Puis est intervenu le remaniement du GPRA, (Tripoli, 27 août 1961), qui mènera les négociations des Rousses (11 au 19 février 1962) et Evian II (7 au 18 mars). Ben Khedda qui avait été désigné à la tête du GPRA, et, du reste, tout le FLN avaient abandonné le préalable aux négociations, de la reconnaissance de l’indépendance. Toutefois, l’EMG, réduit à trois membres avec le retrait du commandant Azzedine, rentré pour prendre le commandement de la deuxième Zone autonome d’Alger, demeurait opposé à un certain nombre de points des accords.

Nous sommes le 19 février 1962. La délégation qui a mené tambour battant les négociations des Rousses quitte à cinq heures du matin l’hôtel «Yeti». Rédha Malek écrit: «Belkacem Krim n’est pas au bout de ses peines. Soulagé du fardeau écrasant des Rousses, il va affronter, à Tripoli, l’épreuve la plus périlleuse de sa carrière…. Krim, Bentobbal, Dahlab, Yazid, n’ont pas le droit de flâner. Il faut rendre compte au GPRA, puis au CNRA, convoqué en session extraordinaire pour le 22 février à 13 heures dans l’enceinte de l’Assemblée nationale libyenne». Car, le CNRA était «le seul habilité à juger de la conclusion de la paix, d’un cessez-le-feu et d’accords internationaux», il fut donc mandé «pour entériner ce que les pourparlers avaient arrêté». Ainsi, du 22 au 27 février 1962, l’organe suprême de la révolution a passé au crible les dix déclarations de l’accord négocié au Rousses.

«L’atmosphère était loin d’être à l’enthousiasme» , déplore Saâd Dahlab. Même si, ajoute l’ancien ministre des Affaires étrangères de l’Algérie combattante, «tous les membres du CNRA étaient d’accord pour le cessez-le-feu…»… «Les ministres emprisonnés à Aulnoy avaient été non seulement informés régulièrement du contenu des négociations, mais nous avaient même communiqué leurs suggestions dont nous tenions naturellement compte. Ils étaient d’accord pour le cessez-le-feu.» «Les cinq, relève l’auteur de ‘‘Mission Accomplie’’, étaient parmi les responsables les plus modérés et les plus réalistes. Khider et Ben Bella en tête», souligne-t-il. En apparence, mais en apparence seulement, l’union sacrée s’était faite autour du cessez-le-feu.

Tous les points abordés par les négociateurs ont rencontré l’assentiment des membres du CNRA. Jusque et y compris les délicates questions de la double nationalité pour les Français désireux de demeurer en Algérie ou l’épineux problème du «français comme langue officielle».

Ben Bella, pro nassérien, agissant et arabophile militant «était même le moins intransigeant», rapporte Dahlab. Il relève également que l’Etat-major aussi souhaitait le cessez-le feu mais, note-t-il, «ils avaient cessé d’obéir au GPRA qui n’était plus que leur caissier. Il fallait bien entretenir l’armée et condamner par principe toutes ses initiatives. Ils avaient alors le dos au mur».

Intraitable, l’ombrageux colonel Houari Boumediène exige de savoir avant toute discussion si les documents qui sont soumis à l’appréciation du CNRA constituent «un accord ou un préaccord». Le chef de l’Etat-major général était pourtant démissionnaire depuis le 15 juillet 1961, après l’affaire du lieutenant Gaillard qui avait empoisonné les relations, en principe hiérarchiques, entre le GPRA et l’institution militaire.

L’avion du lieutenant Gaillard avait été abattu par l’ALN au-dessus de la région de Mellègue en territoire tunisien, proche de la frontière algérienne. Son pilote s’étant éjecté, il a été capturé et mis au secret par les responsables de l’EMG. Les autorités tunisiennes, pressées par Paris, avaient demandé au GPRA de leur remettre le prisonnier. Ce à quoi l’EMG s’était opposé avant d’obtempérer. On aurait tendance à croire qu’ayant démissionné, l’EMG avait perdu la haute-main haute sur l’armée.

Erreur! «Avant de partir nous avons désigné des hommes de confiance pour garder la maison, nous confessait le Commandant Azzedine, commandant militaire au sein de l’EMG. En effet, nous avions confié les clés aux responsables de la zone nord dirigée par le capitaine Ben Salem, assisté des lieutenants Abdelghani, devenu plus tard Premier ministre, Abdelkader Chabou devenu responsable de l’ANP sous Boumediène, et Chadli Bendjedid le futur président de la République. Il y avait également les gars de la zone sud avec Salah Soufi, futur membre démissionnaire du conseil de la Révolution issu du coup d’Etat de juin 1965, Saïd Abid, lui aussi membre mais qui est mort mystérieusement à la suite de la tentative de prise du pouvoir par le colonel Tahar Zbiri. Je citerai également les membres du bureau technique avec les capitaines Zerguini et Boutella, et le lieutenant Slimane Hoffman».

À l’heure où les négociations avancent vers la solution et que le drapeau national est en phase ascensionnelle sur sa hampe, toute absence risque de se payer cher. Boumediène est donc revenu à l’exercice pour la circonstance, avec le grade, la fonction et toute l’autorité due au titre. Pour le principe, ses partisans et lui donnèrent de l’ergot. Kaïd Ahmed avouera plus tard: «Nous savions très bien que le cessez-le-feu allait être voté, mais nous voulions prendre date».

L’argument avancé était la crainte que les négociateurs se soient laissé aller à la tentation du «cessez-le-feu à tout prix». Autrement dit, la crainte de faire «fausse route et l’angoisse d’être mal informés sur les conditions du cessez-le-feu à tout prix». Un principe condamné par avance par l’EMG, lequel redoutait des accords bâclés signés sous la pression de la folie meurtrière de l’OAS qui assassinait dans un terrible amok médiéval, des dizaines d’Algériens par jour.

À ce propos, Rédha Malek écrit: «Les conditions de secret dans lesquelles se sont tenues ces assises ont constitué un des facteurs de leur succès. Délestés du fardeau médiatique et des pressions trop fortes d’une opinion déboussolée, les négociateurs n’ont qu’une hâte: aboutir. Une nuance s’impose cependant. Quoique les victimes de l’OAS soient principalement musulmanes, il n’est pas sûr que les délégués algériens consentent à bâcler leur travail au seul motif d’abréger les souffrances de leurs compatriotes, non qu’ils soient insensibles à la tragédie mais parce qu’ils mesurent les conséquences d’un mauvais accord». Les inquiétudes de Boumediène et des membres de l’Etat-major pour légitimes qu’elles fussent auront néanmoins suscité un certain agacement chez les négociateurs qui n’y lisaient qu’une pinaillerie de pure forme.

Par ailleurs, pour les membres de l’EMG, les négociations d’un cessez-le-feu étaient prématurées, d’autant que la situation interne du FLN n’était guère reluisante du fait de tiraillements de tous ordres et dans tous les sens. Pour marquer leur présence pendant les négociations, les troupes de l’extérieur ont multiplié les opérations contre les lignes Morrice et Challe. Sans doute pour démontrer que «les capacités de résistance militaire des Algériens étaient intactes et que la guerre pourrait encore durer longtemps».

Boukhalfa Amazit
Lire l’article en entier:

http://www.elwatan.com//une/la-crise-de-l-ete-1962-des-origines-a-la-fracture-les-fissures-d-une-jeune-revolution-05-07-2014-263583_108.php

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Les fissures d’une jeune Révolution


Entrée en force de l’armée des frontières...

LA CRISE DE L’ ÉTÉ 1962:

DES ORIGINES À LA FRACTURE,

LES MILITAIRES PRENNENT LE POUVOIR

Boukhalfa Amazit

El Watan

le 5 juillet 2014

Le 4 juillet 1962, Alger ville héroïque, vit ses premiers instants de capitale de «l’Etat algérien restauré».

Le «Peuple-citoyen», souverain mais éphémère, d’une République issante de la gueule du colonialisme finissant, se répand.

Il investit les quartiers européens, jusqu’alors interdits par le racisme ordinaire, et l’apartheid génétique du colonialisme et depuis quelques mois par oukase des sicaires de l’OAS, fanatiques partisans de l’Algérie française. Ils les avaient décrétés zones interdites aux «chiens et aux arabes», sous peine de mort. De tout le pays, ils affluaient par bataillons. Sur les bennes des camions, par essaims agrippés aux wagons des trains bondés; dans les voitures, sur les voitures; à pied; par phratries, entassées sur des charrettes tractées par des bêtes de trait fourbues.

Ils étaient des millions, la citoyenneté conquise, l’indépendance en tête, l’espoir en bandoulière, des chants pleins la gorge. Ils étaient des dizaines de milliers à investir la ville blanche, maculée du sang de ses héros, fouettant, encore de l’odeur acre de la poudre et du plastic. De mémoire d’Algérien, jamais une telle symbiose n’avait réuni ce peuple qui sortait du cauchemar colonial de 132 ans et après 7 ans et demi de la guerre de décolonisation, sans doute la plus meurtrière du XXe siècle. Il est 16 heures, la plèbe, relevant la tête, masse compacte, fleuve humain, se meut plus qu’elle ne se déplace, pour converger vers le siège de la préfecture.

Le Président en exercice du Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA), Benyoucef Ben Khedda, s’adresse à la nation ressuscitée. Sa voix de fausset grésillante, altérée par les haut-parleurs d’une sono bricolée à la hâte, était bien connue de celles et ceux qui l’écoutaient, à la sourdine en tapinois, à travers les ondes de la Voix de l’Algérie. Bien plus que le discours, c’est l’incarnation même de la République proclamée, qui a aspiré toute l’Algérie, autour de l’élégant bâtiment néo-mauresque, siège de l’igamie d’Alger, qui deviendra celui de la wilaya.

Ceux qui sont là, sur le boulevard Carnot, qu’on baptisera plus tard du nom de Zighout Youcef, légende du Nord Constantinois, donnaient le dos au port, où des navires embarquaient dans l’incuriosité et l’indifférence des vainqueurs, sur le ressac de l’histoire, la géniture des conquérants de 1830. Les uns déménageaient l’âme baignée de larmes, vers la France, cette mère, pourtant inconnue, qu’ils ont préférée à la justice. Les autres, justice faite, s’abandonnaient dans le giron leur mère, retrouvée une fois libérée.

Les nuées grouillantes aperçoivent à peine au balcon du second étage le deuxième président du GPRA, costume sombre, lunettes noires. Le successeur, presque inconnu des foules, du populaire Ferhat Abbas. Pharmacien comme son prédécesseur, il avait quitté Alger cinq ans auparavant, en mars 1957, avec ses quatre compagnons du Comité de coordination et d’exécution, le premier CCE, issu du Congrès de la Soummam du 20 août 1956 (Abane Ramdane; Belkacem Krim; Mohamed Larbi Ben M’hidi; Saâd Dahlab et lui-même). La direction collégiale de la Révolution avait pris la décision, tout aussi collégiale, de s’établir à l’étranger après l’arrestation, le 23 février 1957 et l’assassinat, grossièrement maquillé en suicide, par l’Etat français, de Ben M’hidi, le 4 mars. Dominant la somptueuse baie d’Alger, resplendissante sous le soleil étésien, le Président déclarait: «Le problème de l’heure c’est l’Etat. Il est fondamental que l’Etat algérien repose sur des institutions démocratiques saines et solides». Que voilà un programme exaltant pour les décennies à venir.

Pourtant, en son for intérieur, le président du GPRA n’ignorait pas que des périls létaux pesaient non seulement sur la construction de l’Etat démocratique qu’il appelait de ses vœux, mais sur le devenir immédiat de l’unité nationale elle-même. Le spectre d’une nouvelle conflagration hantait l’Algérie aussitôt qu’elle s’extirpait de la tyrannie colonialiste. Le syndrome de la «congolisation», comme l’écrivaient les journalistes de l’époque. Et des journalistes, ce n’est pas ce qui manquait à Alger en ce juillet brûlant d’un été torride.

Ben Khedda, le «centraliste» qui avait tenu tête à Hadj Messali aux heures noires du PPA-MTLD, était aussi à Tripoli entre le 27 mai et le 7 juin 1962 . Il avait assisté à l’irruption des sombres et épaisses nuées ardentes dans la capitale libyenne. Une poussée fulgurante d’un contentieux historique multidimensionnel. Un maelstrom dans lequel s’enchevêtraient les ambitions antithétiques des uns et des autres; des projets de pouvoir contrariés; des rêves de grandeur inassouvis. Une guerre d’egos hypertrophiés pour une pensée politique parfois, hélas, atrophique. «J’y étais, par conséquent je dois en être». Une implacable logique égocentrique et simpliste bouffait gloutonnement, de l’intérieur, comme un cancer vorace, cette prestigieuse Révolution. Elle qui avait suscité la sympathie des forces de paix et de liberté de par le monde, encore éblouies par le courage de ses artisans.

Jusque-là, les luttes étaient certes âpres mais ouatées, assourdies délibérément. Parfois, montaient de quelque réunion, tenue dans un pays voisin, des tonitruances inquiétantes, messagères de drames fratricides. Mais la terrible tragédie de l’intérieur primait toujours sur les grenouillages prolixes mais étouffés, à l’extérieur. Et dans cette lugubre partie de carré arabe, les militaires, seule force organisée, conservaient leur primauté sur les politiques avec l’assentiment des politiques, prééminence affirmée depuis la réunion du Caire d’août 1957. Peu à peu, les abréviatifs FLN et ALN commuent en «politique» et «militaire».

Le processus de phagocytose du premier par le deuxième s’accélère. On militarise. La révolution se radicalise. La plupart des historiens s’accordent pour dire que la session du CNRA qui s’est déroulée au Caire en août 1957 est un tournant dans l’évolution du FLN. En effet, certains membres issus des «22» du Comité révolutionnaire pour l’unité et l’action (CRUA), générateur du Front de libération nationale, dont Lakhdar Bentobbal et Abdelhafid Boussouf se sont coalisés avec Krim Belkacem, Amar Ouamrane et Mahmoud Cherif.

Des personnalités qu’on désignait traditionnellement par «les militaires», opportunément appuyés par des figures émergentes, étaient partisanes de la remise en cause de la plateforme du Congrès de la Soummam, dans la lettre et dans l’esprit. Abdelhamid Mehri, membre du CCE issu des assises du CNRA de la rue Sarouet, dans la capitale égyptienne, précisait à ce propos dans un entretien avec El Watan: «…Après des discussions acharnées, on a accepté le maintien des structures dirigeantes de la Révolution et bien des décisions issues du 20 août 56, mais en changeant ou plutôt en enrichissant la composante humaine du CNRA, en particulier et du CCE. Tout comme on a mis en veilleuse, sinon gommé d’autres résolutions, notamment la classification entre ceux de l’intérieur et ceux de l’extérieur et la primauté du politique sur le militaire, etc. C’était en quelque sorte un compromis.»

Un arrangement qui balayait les principes «Abaniens» et réduisait, par conséquent, l’influence au sein de la direction de la révolution d’Abane Ramdane, jusqu’alors chargé de la coordination du CCE. Ainsi déclassé, ses prérogatives sont accourcies à celles de directeur du journal El Moudjahid, organe central de la révolution. À son élimination politique, succédera en décembre 1957 le terrible épisode de son assassinat physique lors d’un traquenard qui lui a été tendu par ses «frères», dans la campagne nord-marocaine, non loin de Tétouan.

Puis, à partir de septembre 1958, le GPRA va se substituer au CCE, puisqu’il deviendra l’organe d’exécution des décisions du CNRA. Le FLN cessera d’être le référent immédiat de la révolution, pour devenir une abstraction idéologique transcendantale de la Révolution. L’esprit politique de la guerre de libération, en quelque sorte, même si la littérature des journalistes du monde entier conservait la terminologie.

Les autorités françaises et leurs négociateurs, qui n’ont jamais reconnu le GPRA quant à eux, se gardaient bien de ne mentionner que le FLN, souvent pour le diaboliser mais aussi dans les correspondances ou plus tard les accords. Ce pouvoir des militaires va définitivement s’installer et perdurer après la réunion du «Comité des dix» colonels, dite des «100 jours» (Tunis, août à décembre 1959). Un étrange et interminable synode, destiné, disait-on, à apaiser le malaise politique qui s’est emparé subitement du GPRA. En effet, de graves troubles ont commencé à agiter la jeune institution quelques mois seulement après sa proclamation triomphale le 18 septembre 1958.

Les causes sont multiples et d’entre elles les plus graves liées à la situation alarmante et dangereuse que traversent les maquis du territoire national. Les effets du déploiement du terrible plan Challe, initié par le général dont il porte le nom, à compter de l’année 1959, se font ressentir par les pertes considérables en hommes. À ce désastre, il convient d’ajouter le mauvais climat de suspicion né de la bleuite et des purges, principalement dans les Wilayas III et IV enclavées qui subissaient de plein fouet le manque d’armes, de munitions et souvent de ravitaillement.

En outre, les barrages électrifiés est et ouest hermétisent pratiquement les frontières et rendent non seulement aléatoires les approvisionnements en armes, munitions et nourriture, mais transforment en hécatombe chaque tentative de franchissement.

Des responsables de l’ALN parlent de 80 à 90% de pertes en hommes. Bref, la situation dramatique des maquis conduit à la convocation, à l’initiative du colonel Amirouche de la wilaya III, d’une rencontre au sommet des responsables de l’intérieur.

Elle se tiendra à Oued Asker, dans la presqu’île d’El Qoll, du 6 au 12 décembre 1958. Elle regroupera les colonels El Hadj Lakhdar, de la Wilaya I (Aurès) ; Ali Kafi, chef de la wilaya II (Nord Constantinois), ne participera pas, bien que la réunion se tienne sur son territoire et sous ses auspices. Il déléguera, en tant qu’observateur, Lamine Khène fraîchement désigné comme secrétaire d’Etat au premier GPRA (septembre 1958). Le colonel Ali Kafi expliquera dans ses mémoires que son absence était due à son refus de cautionner les purges engagées par le chef de la Wilaya de Kabylie. Cette dernière sera justement représentée par Amirouche. La IV (Centre), par Si M’hamed; la V (Oranie) n’assistera pas non plus et enfin Si El Houès, pour la VI (Sud).

«Amirouche et les participants à la rencontre affirmaient qu’ils espéraient redonner de l’avenir aux maquis». Un rapport accablant contre «l’extérieur» sanctionnera les travaux de ces assises qui seront souvent comparées, au congrès de la Soummam, la dimension politique en moins. Un cahier de doléances sera élaboré pour «secouer» le GPRA. «Le malaise des Wilayas ne peut pas ne pas gagner les bases arrières. Les quelque dix mille hommes postés à la frontière tunisienne rongent leur frein», indique Rédha Malek.

À l’extérieur, une sombre affaire de «mort suspecte» d’un de ses collaborateurs amène le ministre des Affaires étrangères, Lamine Debaghine, à claquer la porte du gouvernement le 14 mars 1959. Le chef de la diplomatie du FLN impute la mort de son assistant aux services d’Abdelhafid Boussouf, responsable du ministère des Liaisons générales et des communications, aïeul de la Sécurité militaire et de l’actuel DRS.

L’anémie du GPRA ne fait plus aucun doute. Ses carences sont criantes. En juillet 1959, chacun y va de son couplet.

Krim Belkacem (vice-président du Conseil et ministre des Forces armées), parle de «l’isolement de l’intérieur, du mécontentement général».

Boussouf (liaisons générales communications) déplore, de son côté, le fait qu’il y a «des gens pour l’indépendance et d’autres qui ne le sont pas».

Ce que conteste Ahmed Francis (Affaires économiques et des finances), qui a vu dans la charge du puissant patron du MALG une attaque contre les militants issus de l’UDMA (Union démocratique pour le Manifeste algérien), sa famille politique d’avant avril 1956, date de son ralliement au FLN au Caire en compagnie du Président Abbas, fondateur de la formation.

L’ancien bras droit du leader historique rétorque que «l’objectif est le même pout tout militant du FLN. Quiconque adhère à ce mouvement est pour l’indépendance de l’Algérie.»(4)

Ferhat Abbas dit de lui-même qu’il est «un Président qui préside mais ne gouverne pas».

Mahmoud Cherif (ministre de l’Armement et du Ravitaillement), lui aussi ancien membre de l’UDMA, contesté par la wilaya des Aurès, sa wilaya d’origine, appelle à la nécessité d’une «autorité ferme, solide, homogène, révolutionnaire et restreinte pour diriger le pays et la guerre». Il enfonce le clou en proposant que le GPRA s’installe en Algérie pour diriger le combat. Tewfik El Madani (ministre des Affaires culturelles) en arrive à la conclusion que «le premier GPRA est mort le 1er juillet à 18 heures…Krim Belkacem et Mahmoud Cherif, nouveaux Bossuet, en ont prononcé l’oraison funèbre».

Boukhalfa Amazit

http://www.elwatan.com/hebdo/histoire/

Pour lire en ligne, avec les commentaires :

http://www.elwatan.com/hebdo/histoire/la-crise-de-l-ete-1962-des-origines-a-la-fracture-les-militaires-prennent-le-pouvoir-05-07-2014-263579_161.php

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« CE MATIN JE ME SUIS RÉVEILLÉE AU BRUIT DES HÉLICOPTÈRES »…

INÉGAUX DANS LA VIE ET DANS LA MORT

Par Samah Jabr**[[Samah Jabr est Jérusalémite, psychiatre et psychothérapeute, dévouée au bien-être de sa communauté, au-delà des questions de la maladie mentale. L’un des objets politiques de son combat est un État unique pour une perspective de paix et de liberté commune.

Ses chroniques touchantes nous parlent d’une vie au quotidien en pleine occupation ; d’un regard lucide, elle nous fait partager ses réflexions en tissant des liens entre sa vie intime, son travail en milieu psychiatrique et les différents aspects politique d’une situation d’apartheid.]]

5 juillet 2014

Publié par Saoudi Abdelaziz

blog algeieinfos

5 Juillet 2014

Ce matin, je me suis réveillée au bruit des hélicoptères, des voitures de police et des ambulances, alors qu’un affrontement éclatait dans notre quartier de Shuafat, jusqu’ici paisible, à Jérusalem-Est.

Les forces de sécurité israéliennes tiraient sur des jeunes Palestiniens qui manifestaient contre le meurtre de Muhammed Abu Khdeir, 16 ans, enlevé dans notre quartier alors qu’il se rendait à la prière de l’aube. Des témoins ont vu Muhammed forcé de monter dans un véhicule et en avaient informé la police. Quelques heures plus tard, la police israélienne retrouvait son corps dans la forêt de Jérusalem, dans le village de Deir Yassin – presque comme un retour en arrière sur la scène de ce massacre traumatique infligé à ce village, il y a plus de six décennies ! Muhammed a été poignardé, son corps carbonisé et défiguré. Juste la nuit précédente, des Israéliens avaient tenté d’enlever Mousa Zalloum, 10 ans, qui fut sauvé grâce à la résistance courageuse de sa maman, Deema. Tous les deux ont vécu pour raconteur leur histoire.

Incitation et vengeance

Immédiatement après l’enlèvement le 12 juin de trois colons israéliens en Cisjordanie occupée – dans un secteur où Israël détient le contrôle total, militaire et civil -, le Premier ministre israélien, Benjamin Nethanyahu, annonçait que “le Hamas était responsable et que le Hamas allait payer”. L’armée israélienne a lancé des raids violents et imposé des couvre-feux dans toute la Cisjordanie, tuant une dizaine de jeunes, ré-arrêtant des membres du Parlement et des prisonniers précédemment libérés, et démolissant les maisons des suspects, avant même qu’une preuve n’ait été produite devant l’opinion ou un tribunal. Ce ne serait pas une surprise pour moi si les Palestiniens qu’Israël accuse étaient assassinés, car ainsi il ne subsisterait que la version israélienne.

Cependant, l’escalade militaire israélienne depuis le 12 juin ne consistait pas seulement à rechercher les trois colons disparus. Le régime de Netanyahu profitait de la situation pour tenter d’inspirer une sympathie internationale après les critiques venant du monde entier contre le rôle d’Israël dans le gel des négociations de paix. Israël a infligé une punition collective au peuple palestinien, restreignant ses déplacements dans toute la Cisjordanie et interdisant aux Hébronites non juifs de quitter le pays, effectuant des incursions brutales et des fouilles dans les maisons, villes et camps de réfugiés palestiniens, arrêtant beaucoup de Palestiniens, et tuant quiconque était perçu comme une menace.

Ces actions israéliennes ont servi à réduire les pouvoirs du gouvernement d’union de Palestine, et à attiser les flammes de la polarisation. En outre, les dirigeants et propagandistes israéliens ont créé un climat hostile aux Palestiniens, caractérisé par leur déshumanisation extrême, y compris des enfants, dans les médias officiels comme dans les médias sociaux. Après la découverte des corps des trois colons, Netanyahu a declaré, “Ils ont été enlevés et assassinés de sang-froid, par des animaux humains,”, et “ Ils sanctifient la mort, nous sanctifions la vie”. Il a également évoqué « un large fossé moral (qui) nous sépare de nos ennemis”. Benny Kashriel, maire de la colonie illégale de Ma’ale Adumim, a demandé aux autorités israéliennes de construire de nouvelles unités de logement en Cisjordanie, en réponse au meurtre des trois colons israéliens. Les slogans du genre “Mort aux Arabes” et “Pas d’Arabes, pas d’attentats terrorists”, sont devenus de plus en plus stridents dans l’opinion israélienne.

Des dirigeants et diplomates dans le monde, qui ne connaissent pas les noms de ces gamins palestiniens qui se font tuer quasiment tous les jours, ont déploré dans les termes les plus forts le meurtre des trois colons, citant leurs noms. Mais qu’en est-il de Youssef Shawamra, 15 ans, tué en mars pendant qu’il cueillait de la gundelia, cette plante épineuse sauvage qu’on mange en légume (Akkoub) à Deir Al Asal, au sud d’Hébron ? et d’Ahmad Sabarin, 20 ans, qui regardait un match de la Coupe du monde quand les Israéliens sont entrés faire des arrestations dans le camp de réfugiés d’Al Jalazoun, et qu’ils ont abattu Ahmad alors qu’il sortait de chez lui pour voir ce qui se passait ? et de Saker Daraghmeh, 16 ans, tué à Tayaseer, près de la vallée du Jourdain, alors qu’il faisait paître son bétail ? Mahmoud Odeh et Nadeem Nawara, ces deux adolescents tués pendant qu’ils commémoraient la Nakba, n’ont reçu aucune de cette attention internationale qui fut accordée aux trois colons juifs ! Le meurtre d’un Palestinien ne se voit pas de façon aussi atroce que celui d’Israéliens ; notre douleur n’est pas perçue comme aussi vive que la leur. Assimiler injustement la responsabilité palestinienne dans des actes, présumés, de quelques individus, avec la responsabilité officielle d’un gouvernement israélien démocratiquement élu dans les actions de son armée, c’est une autre insulte à la logique et à la raison, une insulte souvent commise par les amis d’Israël.

En réalité, jamais un Israélien n’a reçu une peine sérieuse après avoir tué un Palestinien. Aujourd’hui, après le meurtre de Muhammad Abu Khdeir, les troupes israéliennes ont envahi Shuafat – pas le quartier des tueurs ! Ceux-ci resteront probablement anonymes, leurs maisons ne seront pas démolies, il n’y aura aucun bouclage d’imposé sur les quartiers israéliens, et les colons israéliens ne seront pas empêchés d’aller travailler ou de partir à l’étranger. Les rabbins et les dirigeants des colons qui incitent leurs partisans continueront de le faire en toute impunité.

Depuis qu’il occupe notre terre, Israël nous a enlevé notre liberté, nos vies, et nos perspectives. Aussi longtemps que le meurtre d’un gentil sera considéré avec plus de légèreté que celui d’un juif, aussi longtemps qu’il y aura cette énorme divergence dans la valeur de l’être humain et ce manque de validation de l’expérience palestinienne, aussi longtemps qu’Israël restera le seul auteur de ce récit sur la terre, et le seul acteur politique qui compte, la mort et le nihilisme continueront de nous enlever nos perspectives de vie – tant palestiniennes qu’israéliennes.

Lien: http://www.assawra.info/spip.php?article7591

Sources: Washington Report on Middle East Affairs – 2 juillet 2014

wrmea.org

_ Traduction : JPP pour les Amis de Jayyous

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Dda VINCI CLAUDE

par Arezki Metref

Le Soir d’Algérie

le 29 juin 2014

Balade dans le Mentir/vrai(21)

Nous devions être en 1999. Le téléphone sonna au bureau que j’occupais à la rédaction de Politis.

Un certain Claude Vinci veut te parler, me dit la standardiste.

Je ne savais pas grand-chose sur lui, sinon qu’il était chanteur, de la trempe de Marc Ogeret, interprète de chansons à texte de sensibilité libertaire qui reprit notamment les chansons d’Aragon.

Bonjour, je suis Claude Vinci

Oui, je vois bien qui vous êtes, répondis-je chaleureusement.

S’ensuivit un monologue de sa part au cours duquel il m’avoua:

J’ai transporté clandestinement de Rome à Paris, pour le compte du FLN, les enregistrements de Kassaman.

Je saurai plus tard, après l’avoir mieux connu, qu’en juin 1960, la Fédération de France l’avait, depuis Paris, envoyé chercher à Milan 3 000 exemplaires du 30 cm “«Canti della Rivoluzione Algerina»” (Chants de la révolution algérienne) dont le premier titre était Kassaman. Cette mission au profit du FLN, au cours de laquelle il risquait sa liberté, était dans le droit fil de sa désertion et même de son ralliement, lors de la Seconde Guerre mondiale, à la résistance française dès l’âge de 12 ans dans son Berry natal. Il menait le même combat: la liberté des peuples!

Nous dûmes nous rencontrer quelque temps après à la fête de l’Huma où il signait une compilation de ses CD. Il me promit de m’envoyer sitôt paru “Les Portes de fer”, un récit de son rappel au service militaire en 1956, et de sa désertion.

Par la suite, le hasard étant un comploteur émérite, je devais consacrer un article au témoignage de Nadia Matoub, «Pour l’amour d’un rebelle» (Robert Laffont), dans la revue de l’Association de Culture Berbère que je dirigeais.

Le titre de cet article, «Du témoignage comme genre littéraire», n’avait pas manqué d’attirer l’attention de Claude qui y retrouvait, me dira-t-il, les deux termes de son équation personnelle. Bientôt, il me téléphona pour me remettre “Les Portes de fer”, enfin paru aux éditions “Le Temps des cerises.” J’avoue avoir lu ce livre avec beaucoup de délectation. J’aimais cette légèreté avec laquelle il pouvait raconter des faits dramatiques, et en particulier l’épisode où, rappelé pour une guerre qui n’était pas le sienne, il avait stationné dans une ferme y faisant main basse sur la cave à vins du colon.

La parution de ce livre eut trois conséquences immédiates.

La première, c’est que je l’ai invité avec Jean Galland, un instituteur communiste et anticolonialiste, à une soirée de présentation de son livre à l’ACB.

Ensuite nous lui avons consacré un article dans Actualités et culture berbères.

Et enfin, j’avais demandé à Marie-Joëlle Rupp, qui collaborait à notre revue, de réaliser une interview de Claude. Le courant passa si bien entre eux qu’elle s’attela à sa biographie, Vinci soit-il, préfacée par Gilles Perrault, et qu’elle demeura une amie fidèle jusqu’au décès du chanteur, le 7 mars 2012.

En revenant sur ma rencontre avec Claude Vinci, je m’aperçois que jamais un personnage de cette «Balade dans le mentir-vrai» n’a été de façon aussi équivoque entre la fiction et la réalité. Aucun finalement n’a été aussi littéraire dans son essentialité. Cette impression ne provient pas uniquement du fait que l’une de ses chansons identitaires soit «L’Affiche rouge», ce qui nous renvoie presto à Aragon, le père du mentir-vrai. C’est aussi et surtout à cause de l’art avec lequel il composait ses souvenirs comme s’il s’était agi d’une œuvre musicale ou poétique. Peut-on reprocher à un créateur de concevoir du souvenir à partir, ou non, de la réalité? Chez Claude Vinci, le récit est toujours à la limite de la vérité.

À propos de «l’Affiche rouge», titre de la chanson mise en musique par Léo Ferré, à partir du poème d’Aragon «Strophes pour se souvenir», un hymne à la mémoire de la section arménienne FTP MOI (Francs Tireurs Partisans-Main-d’œuvre Immigrée) dirigée par Missak (dit Michel) Manouchian, fusillés par les nazis le 21 février 1944, Claude Vinci racontait cette curieuse coïncidence:

C’était à Reims en 1964. Je venais de chanter «L’Affiche rouge». Je vois une femme bouleversée monter sur scène. Elle me serre dans ses bras en pleurant. C’était Mélinée, l’épouse de Manouchian.

Résistant, Manouchian était aussi et surtout un poète d’origine arménienne, chantre de l’amour. Juste avant d’être exécuté, il laissa à sa femme une lettre dans laquelle il lui demandait de continuer à vivre. C’est cette lettre qui inspira son poème à Aragon: «Ma Mélinée ô mon amour mon orpheline/ Et je te dis de vivre et d’avoir un enfant.»

Le travail sur cette chanson et sur quelques autres avait rapproché Claude d’Aragon avec qui il partageait l’idéal communiste. Cependant ses amis durables et tutélaires étaient des communistes défroqués qui, sans doute comme lui, se considéraient plutôt comme des «anarcocos».

Celui dont il parlera toute sa vie avec affection et reconnaissance, c’est son mentor et parrain de scène, Yves Montand, sans oublier Simone Signoret à qui il vouait une profonde tendresse. C’était chez eux, racontait-il, que jeune chanteur sans le sou, il trouvait gîte, couvert et un souffle nouveau pour poursuivre sa carrière. Lorsque la chanson à texte du courant progressiste Rive gauche auquel il appartenait en même temps que Ferré, Ferrat, Anne Sylvestre, Catherine Sauvage, et bien d’autres, se fut dispersé, de nouvelles modes musicales engloutirent les plus vulnérables. Lucide, Claude Vinci vécut sa marginalité comme une fierté.

Je ne le vis qu’une seule fois sur scène. C’était lors d’un concert d’adieu pour ses amis, au début des années 2000. Pourtant jamais il n’abandonna l’espoir de remonter sur scène. Il avait toujours un ou plusieurs projets sur le feu. L’un des derniers, sinon le dernier, puisqu’interrompu par son décès, fut la préparation d’un album pour lequel il m’avait fait l’honneur de me solliciter pour l’écriture de textes. Je demandai à Oriane Peignelin, une amie musicienne de la Nièvre, d’en composer les musiques. A cette occasion, Claude nous fit rencontrer son ami Jean-Claude Petit. La maladie qui le rongeait depuis de nombreuses années l’emporta au moment où ce projet pouvait se concrétiser.

Dans nos rencontres, je demeurais toujours fasciné par l’humour quasi kafkaïen avec lequel il racontait sa mobilisation pour la guerre d’Algérie. Lorsqu’il reçut son avis de rappel pour le 2 mai 1956, sa pensée immédiate fut l’insoumission: «Je ne vais pas aller combattre un peuple qui se bat pour son indépendance.» Mais le PCF venait de voter les pleins pouvoirs au gouvernement Guy Mollet . En militant discipliné de la cellule du PC de Levallois Perret, Claude soumit son cas à ses camarades: «J’y va-t’y ? J’y va-t’y pas?». La majorité de la cellule se prononça pour l’application du principe léniniste de la propagande au sein de l’armée. Conséquence, il partira le 6 mai pour l’Algérie.

Sa guerre durera 3 mois. Après avoir refusé de tirer sur des femmes et des enfants dans un douar près du barrage de Ksob, il désertera le 13 août. Marie-Joëlle Rupp écrit dans sa biographie: «Pour Claude, c’est Oradour-sur-Glane, ce village martyr (…) où, en 1944, les nazis ont exterminé la population. Ce sont encore les pages noires de la colonisation. Bugeaud et sa politique de la terre brûlée. Saint-Arnaud, Pélissier et les enfumades.»

Cette désertion le rapprochera du FLN. Il nouera une amitié avec Mohamed Boudia, son contact à la Fédération de France, dans le sillage duquel il continuera à militer, cette fois pour la Palestine, dans les années 1970.

Lorsque Mohamed Benchicou fut emprisonné en 2004, nous avions pris l’initiative avec quelques amis, de constituer un collectif pour la liberté de la presse en Algérie, afin de porter à la connaissance de l’opinion internationale l’injustice de cette sanction à l’égard d’un confrère. Claude accepta avec empressement d’en faire partie. Nous nous sommes alors retrouvés régulièrement. Nous organisâmes une rencontre au Sénat. Comme il était le plus connu d’entre nous, il fut chargé de représenter la parole du collectif à la tribune. C’est d’ailleurs au cours des réunions de ce collectif que se forma l’idée de faire ensemble un album.

Au fond, pour tout dire, étant moi-même un amateur de foot quoique de façon platonique, autant que son combat et son courage militant, autant que le prestige d’une carrière d’artiste, autant que sa disponibilité jusqu’à son dernier souffle pour toute juste cause, ce qui m’a le plus impressionné chez Claude Vinci, c’est qu’il fut gardien de but de l’équipe nationale de France junior…

Arezki Metref

http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2014/06/29/article.php?sid=165345&cid=8

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JUILLET 1936.

GRÈVE DES OUVRIERS LIÉGEURS DE JIJEL

Publié par Saoudi Abdelaziz

4 Juillet 2014

Usine de liège de Jijel dans les années 30. Photo DR

Le 8 juillet 1936, M. Silvers, consul général des Etats-Unis à Alger envoie une note urgente au gouverneur général de l’Algérie: «La succursale de Djidjelli de la Armstrong Cook Compagny de Lancaster, Pennsylvanie, Etats-Unis d’Amérique, est occupée par les grévistes depuis deux heures de l’après-midi d’hier». La grève paralyse toutes les usines de liège de Jijel, à commencer par la plus importante, celle de Cazalda. Les usines sont occupées par les grévistes.

Dans sa note au chef de l’administration coloniale, le Consul général américain demande que «les autorités compétentes soient prévenues afin que les autorités de Djidjelli reçoivent les instructions nécessaires pour protéger l’usine contre l’incendie et d’autres dégâts, et pour faire évacuer les locaux qui sont actuellement occupés par cent vingt ouvriers indigènes et cinq ouvriers européens»

Les opérations d’évacuation sont engagées, deux jours après cette demande du consul. Le 10 juillet, les ouvriers sont délogés à coup de matraque.

Ces évènements ouvrent une période de grèves massivement suivies et violemment réprimées qui se prolongent jusqu’à l’automne de 1936. En février 1937, les dockers du port de Jijel prennent la relève et se mettent eux aussi en grève.

Deux syndicalistes de la CGT, animateurs de l’Union locale de Djidjelli, se sont distingués dans la direction des luttes sociales mythiques des liégeurs et des dockers: Clément Oculi et Larbi Roula. Tous deux ont subi la condamnation et l’emprisonnement pour leur participation au mouvement. Tous deux étaient instituteurs, formés le premier à l’Ecole normale de Constantine, le second à celle de Bouzaréah.

Clément Oculi, fils d’un cabaretier, est né à Chekfa et sera toujours communiste. Il fera partie, en 1956, du fameux commando des Combattant de la libération du PCA mené par Henri Maillot qui s’empara d’un camion d’armes, acheminé ensuite vers les maquis de l’ALN. Après l’indépendance, il sera instituteur dans l’Algérois jusqu’en 1970. Il a pris sa retraite à Nice.

J’ai davantage croisé Larbi Roula. Je garde en mémoire la silhouette et la blouse de Maître Roula le pédagogue indépendant, devant le petit hangar qui lui servait de classe, en bordure du terrain vague du quartier où nous jouions au foot.

Voici la fiche établie le 15 juillet 1938 sur Larbi Roula par les services de la Préfecture de Constantine: «Communiste fanatique… Incite la masse ouvrière à désobéir aux lois et à la violence pour l’obtention de leur indépendance. Son manque de perspicacité lui fait confondre les buts poursuivis par le Parti du peuple algérien et les Communistes, mais dans ses discours, il n’est question que de rejeter les Français à la mer. Agitateur dangereux en cas de tension politique ou de mobilisation». En fait, Larbi Roula, qui était un habitué des geôles coloniales dès les années 30, n’a jamais appartenu au Parti communiste, ni à aucun autre parti d’ailleurs. Son compagnon de lutte, le communiste Clément Oculi dira de lui que c’était «un nationaliste religieux». Une définition un peu réductrice peut-être. A l’époque des grèves de 1936, ce rapport rédigé par la police coloniale mettait le doigt sur le danger mortel que représenterait la fusion entre la lutte sociale et la lutte nationale. Larbi Roula était le symbole de la recherche active de cette fusion dangereuse.

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Larbi Roula, publia en 1962 un ouvrage intitulé «L’Algérie par l’Istiklal» où il appelle à gouverner le pays «dans la liberté et dans l’Islam». Il reprendra son métier d’instituteur libre jusqu’en 1977. Une foule imposante l’accompagna le 16 janvier 1985 au cimetière marin de Jijel.

Nos informations sont puisées dans l’ouvrage, disponible en librairie, publié par Abderrahim Sekfali, Grèves et luttes syndicales à Djidjelli (Jijel et sa région). Le regretté Abderrahim était maître-assistant d’histoire à l’Université de Constantine. Fruit de nombreuses années et persévérantes recherches, cet ouvrage foisonne de précieux documents d’archive, de témoignages des protagonistes, dont celle de Clément Oculi.

Notre article a paru le 1er juin 2011 sous le titre Jijel: deux instituteurs au cœur des luttes ouvrières

Photo DR

#Evocations, #memoire jijelienne

http://www.algerieinfos-saoudi.com/2014/07/juillet-1936-greve-des-ouvriers-liegeurs-de-jijel.html

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Recueillement sur la tombe de Mohamed Boudiaf

NACER BOUDIAF INTERPELLE LE PRÉSIDENT

El Watan

le 03 juillet 2014

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Des citoyens ont voulu commémorer le 22e anniversaire de la mort de Mohamed Boudiaf, ce 29 juin 2014. Cette année, notre peuple célébrera le 60e anniversaire de la glorieuse Révolution du 1er Novembre 1954.

Un 1er Novembre dont Mohamed Boudiaf, Mostefa Ben Boulaïd, Didouche Mourad, Larbi Ben M’hidi, Rabah Bitat et Krim Belkacem ont été les premiers éléments de cette explosion du peuple algérien contre plus d’un siècle d’injustice. Mais voilà que l’injustice rattrape Mohamed Boudiaf, 22 ans après son lâche assassinat. L’injustice le rattrape car il a été, même dans sa tombe, privé de sentir que le peuple n’a pas oublié son sacrifice et n’a pas oublié qu’il a été l’homme de Novembre.

Des ordres seraient venus d’en haut pour ne pas permettre au peuple de se réunir avec «l’espoir» à El Alia. J’aurais souhaité que des ordres soient venus de la Présidence pour instruire le jeune ministre des Moudjahidine et le secrétaire général de la vieille Organisation des moudjahidine pour aller, en votre nom, commémorer l’anniversaire de «l’acte isolé». Mais voilà que de simples citoyens, simples comme l’a toujours été Mohamed Boudiaf, sont rentrés déçus, le premier jour du mois sacré de Ramadhan, assoiffés d’avoir été exposés au soleil et assoiffés par tant d’injustices dont souffre le peuple et dont a souffert Mohamed Boudiaf.

Dans la vie, il y a un temps pour vivre et un temps pour quitter la vie. Mohamed Boudiaf a choisi le chemin difficile durant toute sa vie. Il n’a jamais demandé que sa tombe soit recouverte de tant de tonnes de marbre car il se serait contenté d’une simple tombe, simple comme celle du peuple, et que le peuple peut venir visiter à tout moment. De par son itinéraire historique, Mohamed Boudiaf et les autres grands leaders de la Révolution, que j’ai cités plus haut, n’appartiennent plus à leurs familles ni à leur parti ni encore moins au «pouvoir»; ils appartiennent à tout le peuple algérien et, de ce fait, le peuple a le droit d’aller se recueillir sur leurs tombes tout au long de l’année.

Un cri contre l’injustice. Sera-t-il entendu par le premier magistrat du pays? Je l’espère.

Nacer Boudiaf

El Watan

le 3 juillet 2014

Sources: El Watan

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POURQUOI LE « CALIFAT ISLAMIQUE » SÉDUIT EN IRAK

mercredi 2 juillet 2014

Asswara

La Rédaction

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Près d’un siècle après sa disparition, le « califat » renaît de ses cendres au Moyen-Orient. Alors qu’il a été proclamé par l’État islamique en Irak et au Levant (EIIL) – organisation djihadiste auteur ces derniers jours d’une fulgurante offensive en Irak -, son territoire s’étend de la province d’Alep, au nord de la Syrie, à celle de Diyala, à l’est de l’Irak. Soit les zones conquises par l’EIIL au cours des guerres civiles syriennes et irakiennes. À la tête de l’entité, renommée « État islamique » (EI), le « calife Ibrahim », nouveau nom du chef djihadiste irakien Abou Bakr al-Baghdadi.

Successeur autoproclamé du prophète Mahomet, al-Baghdadi est désormais considéré par l’EI comme le « chef des musulmans » du monde entier. « En plus de l’autorité territoriale temporelle, Abou Bakr al-Baghdadi revêt désormais une autorité spirituelle », explique Romain Caillet, chercheur et consultant sur les questions islamistes au cabinet NGC Consulting. « Il s’adresse aux djihadistes du monde entier qu’il considère comme l’avant-garde de la communauté musulmane afin d’obtenir leur allégeance et d’asseoir l’autorité de l’État islamique. » Et de supplanter al-Qaida et son chef Ayman al-Zawahiri, dont il tirait pourtant les ordres il y a encore un an.

Créé en 2004, au lendemain de l’intervention américaine en Irak, l’EI est né sous les traits d’al-Qaida en Mésopotamie. En 2006, il englobe plusieurs groupes d’insurgés et devient l’État islamique en Irak. En difficulté sur le terrain face à l’action coordonnée des armées américaine, irakienne et des milices sunnites sahwas, l’organisation, dirigée par al-Bagdadi depuis 2010, trouve un second souffle à la faveur du conflit syrien, qui lui permet d’étendre son influence.

En 2013, il devient l’État islamique en Irak et au Levant, avec pour ambition l’établissement d’un califat s’étendant d’Irak au Liban, en passant par la Jordanie et la Palestine. Sauf qu’en Syrie un autre groupe djihadiste combat déjà à l’époque, le Front Al-Nosra, branche syrienne d’al-Qaida. Ayman al-Zawahiri enjoint alors à al-Baghdadi et à ses hommes de retourner en Irak. Le chef de l’État islamique en Irak et au Levant refuse et sort du giron d’al-Qaida.

Composé, à la différence d’Al-Nosra, de combattants djihadistes étrangers, l’État islamique se démarque des autres groupes rebelles par ses ambitions hégémoniques. Dans chaque territoire conquis, il nomme un gouverneur militaire, un juge islamique ainsi qu’un chef de police, garants d’une application très stricte de la charia. Mais cette politique de « terreur » ciblant les populations locales est atténuée par la prise en charge de nombreux services sociaux, dont la distribution de pain et d’eau. « En Irak comme en Syrie, l’État islamique a mis en place une flopée d’organisations caritatives, telles que le service de protection des consommateurs (qui contrôlent les prix des denrées alimentaires), un organisme de contrôle de la viande hallal, un bureau de relation avec les tribus ou même un bureau de conciliation des citoyens », souligne l’expert Romain Caillet.

Pas à pas, l’organisation construit les fondations du califat qu’ils viennent de proclamer. Toutefois, le spécialiste de l’Irak Pierre-Jean Luizard, directeur de recherche au Centre national de la recherche scientifique (CNRS), pointe l’ »autoritarisme » avec lequel « l’État islamique » a autoproclamé son califat, « en dehors de toutes les normes sunnites en vigueur ». « Un calife doit bénéficier du consensus des oulémas (autorités religieuses sunnites) pour être désigné », rappelle le chercheur, pour qui « l’exemple de l’État islamique montre que l’identité religieuse sert désormais beaucoup plus de porte-drapeau identitaire que de fondement d’une société religieuse respectueuse de l’autorité des oulémas ».

Au contraire, le chercheur Romain Caillet souligne que les djihadistes s’estiment légitimes, car ils ne reconnaissent que les oulémas qui leur sont favorables. « Au sein du monde arabe, l’État islamique considère l’élite sunnite ainsi que les islamistes modérés comme des traîtres », rappelle Romain Caillet. « Il demeure plutôt condescendant à l’égard des masses populaires qu’il estime endormies. Mais son ennemi numéro un se nomme l’Iran chiite. » Combattus en Syrie par une coalition de rebelles modérés depuis janvier, les djihadistes ont profité en Irak de la marginalisation des populations sunnites pour gagner leur soutien et former une alliance hétéroclite allant de tribus sunnites à d’anciens officiers de Saddam Hussein.

« Le sentiment de discrimination, voire d’humiliation, des Arabes sunnites fait que ces derniers voient pour l’heure dans l’État islamique une opportunité unique pour regagner leurs droits et venir à bout du régime chiite de Bagdad », résume Romain Caillet. Pour ces populations, le terme « califat » résonne comme l’âge d’or de l’islam sunnite. À la mort du prophète Mahomet en 1932, ses fidèles désignent son successeur désigné, le calife, disposant d’une autorité politique et spirituelle sur le territoire, le califat, qu’il dirige.

Cet empire islamique connaît son apogée avec l’accession au pouvoir cinquième calife, Mu’awiya, qui inaugure la dynastie des Omeyyades (661-750). Basé à Damas, le califat s’étend alors de la péninsule ibérique jusqu’au Pakistan d’aujourd’hui. Mais il est renversé par la dynastie des Abbassides (750-1517), qui déplacent la capitale à Bagdad. Le dernier « califat islamique » sera gouverné par l’Empire ottoman (1517-1924). Mais l’alliance ottomano-allemande lors de la Première Guerre mondiale aura raison de ce dernier.

En 1916, les alliés français et britanniques concluent secrètement les accords de Sykes-Picot sur le partage du Moyen-Orient. En même temps, s’appuyant à l’époque sur la montée du nationalisme arabe, Londres et Paris promettent la création d’un royaume arabe unifié en lieu et place du califat ottoman. Il n’en sera rien. « Au contraire, les Français et les Britanniques vont établir un système de mandats avec des États croupion », souligne le chercheur Pierre-Jean Luizard. « Dans la mémoire collective arabe, les accords Sykes-Picot ont symbolisé la première étape de la trahison des promesses faites par les Alliés. »

En 1920, la France reçoit de la Société des Nations un mandat sur le Liban et la Syrie, tandis que la Grande-Bretagne fait main basse sur l’Irak, la Transjordanie (Jordanie actuelle) et la Palestine. Lorsqu’ils accèdent à l’indépendance (excepté la Palestine), ces nouveaux États reposent sur de précaires équilibres démographiques et confessionnels. Dans la vallée de l’Euphrate qui se prolonge de la Syrie en Irak, des tribus et des clans se retrouvent déchirés entre les deux pays. Le scénario se reproduit dans la plaine de la Bekaa, entre le Liban et la Syrie.

Après des années d’instabilité, la décennie 1970 voit des dictateurs s’emparer durablement du pouvoir en s’appuyant sur la suprématie d’une confession sur l’autre. En Syrie, le président alaouite (secte issue du chiisme) Hafez el-Assad puis son fils Bachar dirigent leur pays d’une main de fer au détriment de la majorité sunnite. Tout le contraire de l’Irak, où Saddam Hussein a gouverné vingt-quatre ans durant en faveur des sunnites, pourtant minoritaires dans le pays.

À la chute du raïs irakien après l’invasion américaine de 2003, les chiites remportent logiquement les premières élections législatives de 2005. Mais l’autoritaire Premier ministre chiite Nouri al-Maliki va à son tour mettre les sunnites au ban de la nation irakienne. « Si les sunnites ne parviennent pas à y trouver leur place, les États syrien et irakien, qui sont des créations coloniales, pourraient à terme être vus comme les instruments d’un pouvoir entre les mains des minorités », avertit le spécialiste de l’Irak Pierre-Jean Luizard.

En proclamant le califat à cheval sur la Syrie et l’Irak, l’État islamique a mis un point d’honneur à annoncer la mort des frontières Sykes-Picot. Une déclaration-choc visant à attirer les djihadistes du monde entier, mais qui ébranle les populations sunnites, autrefois ultra-majoritaires sous le califat et aujourd’hui ouvertement discriminées dans leur pays respectif.

(02-07-2014 – Armin Arefi)

Sources assawra

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EGYPTE.

SISSI À L’ÉPREUVE DES MANIFESTATIONS OUVRIÈRES

publié par Saoudi Abdelaziz

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le 2 Juillet 2014

Les procès se poursuivent, avec un événement d’un autre genre cette semaine: la première manifestation ouvrière de la présidence Sissi.

«Les gouvernements successifs adoptent les mêmes politiques, comme si nous changeons seulement les personnes, et les politiques restent inchangées avec un alignement sur les hommes d’affaires contre les pauvres»,

lance Gamal, l’un des ouvriers de “Tanta Flax” qui manifestaient devant le siège du Conseil des ministres.

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LE MALAISE DES OUVRIERS

Par Samar Al-Gamal

le 2 juillet 2014

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Après un mois de répit, les protestations ouvrières ont repris avec les mêmes revendications. Le gouvernement, lui, propose une nouvelle loi sur le travail qui ne satisfait pas vraiment la classe ouvrière.

Ils étaient quelques dizaines à manifester cette semaine devant un Conseil des ministres déserté. «Ni Frères, ni libéraux, nous voulons travailler», pouvait-on lire sur les pancartes. Ils exigent l’application du verdict de la Cour administrative suprême, qui avait jugé nulle la privatisation de la compagnie de lin “Tanta Flax”.

L’entreprise a été créée en 1954 sur une superficie de 311 000 m2 avec 10 usines produisant plus de la moitié de la production de lin dans le monde. Mais un demi-siècle plus tard, en 2005, la société a été vendue à l’investisseur saoudien Abdallah Kaki, qui a entamé une série de licenciements des ouvriers. Le verdict, émis en septembre 2013, exige le retour de l’usine dans le secteur public, et avec elle les ouvriers. 3 mois plus tard, l’ancien premier ministre du président islamiste destitué Mohamad Morsi, Hicham Qandil, est apparu à la télé, menotté et les yeux bandés pour ne pas avoir exécuté le jugement qui annulait la privatisation de la compagnie.

Hazem Al-Beblawy succède à Qandil, puis il est écarté en faveur d’Ibrahim Mahlab, et la situation des ouvriers reste la même. La ligne de production est toujours en halte. Le gouvernement a même modifié la loi sur les investissements, pour permettre une réconciliation dans «la corruption de la privatisation» et éviter les décisions judiciaires.

La semaine dernière, le Centre égyptien pour les droits économiques et sociaux a tenu une conférence ouvrière intitulée «Les demandes des ouvriers au troisième président» sous le slogan: «Nous voulons revenir dans nos usines».

Le cas de la compagnie de Tanta est loin d’être le seul. À la compagnie Suez pour les conteneurs à Port-Saïd, la compagnie de polypropylène, celle de la sidérurgie à Hélouan, presque partout on repère des ouvriers licenciés ou encore en lutte pour toucher leurs primes.

Selon le Centre égyptien, le taux des protestations a baissé durant le mois de mai, alors que le mois de février avait enregistré le taux de manifestation le plus élevé, poussant Hazem Al-Beblawy à démissionner.

Mai a cependant enregistré 46 protestations, en grande majorité de nature «ouvrière», et la baisse temporaire rompue la semaine dernière avec la première manifestation ouvrière sous Sissi n’a pas été accompagnée d’une satisfaction des revendications. «Ces revendications avaient été soulevées même avant la révolution contre Moubarak», explique Fatma Ramadan, l’une des fondatrices de l’ “Union des syndicats indépendants” . Sous Moubarak ou après sa chute, les ouvriers revendiquaient une amélioration de leurs conditions de vie et le droit de s’organiser en syndicats. Mais plus de trois ans après une révolution, dont ils étaient les vrais instigateurs, les ouvriers ont de plus en plus de mal à faire entendre leurs voix.

Le comité juridique du ministère de la Main-d’oeuvre vient de publier le projet d’une nouvelle loi sur le travail qui, une fois de plus, est en deçà des attentes de la classe ouvrière.

Officiellement, le projet de loi devrait être proposé à un débat de société, avant d’être promulgué par le président.

Le comité législatif qui a formulé le projet n’a pas cherché à éviter les critiques émises par les travailleurs et par l’“Organisation Internationale du Travail” (OIT) et s’est contenté de reformuler le texte sans rien changer sur le fond limitant ainsi le droit de grève des travailleurs.

Après avoir confirmé le droit des travailleurs à la grève pacifique, le texte interdit pourtant la grève totale ou l’appel en sa faveur dans des installations stratégiques ou vitales, où l’arrêt du travail peut porter préjudice à la sécurité nationale ou à un danger clair et imminent pour la vie d’une partie de la population, sa sécurité ou santé personnelle.

Le projet de loi impose aussi plusieurs conditions pour la tenue des sit-in et les interdit sur les lieux de travail, s’ils «conduisent à la suspension partielle ou entière du travail, ou empêchent ceux en charge de la gestion, ou les ouvriers, voulant travailler, d’entrer ou de faire leur travail».

Le texte du gouvernement exige d’autres mesures pyramidales, dont la participation d’au moins 25 % des ouvriers, au sit-in et son annonce par leur syndicat, ou encore que l’employeur soit informé au moins 10 jours à l’avance par lettre recommandée avec accusé de réception.

Rahma Réfaat, conseillère juridique du “Centre de services pour les syndicats et les ouvriers”, estime que la nouvelle loi ne met pas de terme au malaise ouvrier, et «ne rime surtout pas avec les textes de la nouvelle Constitution relatifs aux droits économiques et sociaux» (lire entretien page 4).

Même si le texte, tel qu’il est émis par le gouvernement, comprend certaines clauses positives selon les dirigeants ouvriers, comme les clauses relatives au travail des femmes ou à la création d’un conseil national pour la sécurité professionnelle et la santé, ou encore la reconnaissance implicite des syndicats indépendants, il consacre l’alignement du gouvernement sur les employeurs (lire Lecture dans la loi page 5).

«Certaines modifications sont certes négatives», estime l’ancien ministre de la Main-d’oeuvres, Kamal Abou-Eta, dont le ministère avait travaillé sur un projet de loi qui n’a jamais vu le jour. «Ce texte reflète le point de vue d’un comité technique et ne pourra pas être traduit en loi sans l’approbation des partenaires sociaux», dit-il, en référence aux ouvriers. Et d’ajouter: «C’est l’un des acquis de la classe ouvrière, aucune loi ne pourra être promulguée sans leur aval ainsi que celui des employeurs».

Des militants ouvriers ont déjà commencé une campagne sous le slogan: «Vers une loi juste du travail», pour traduire les préoccupations des ouvriers dans la nouvelle législation, notamment concernant les contrats d’embauche, la politique de privatisation du secteur public et la liberté d’organisation.

«L’Egypte a été retirée temporairement de la courte liste noire de l’OIT, car nous avions présenté au gouvernement un projet de loi sur le droit d’organisation, lequel est encore lettre morte, et s’il ne voit pas le jour, on récupérera notre place sur la liste noire», explique Abou-Eta.

L’OIT avait, en mai dernier, classé l’Egypte sur la liste noire des pays violant les libertés et droits ouvriers, avant de la retirer début juin, estimant que Le Caire faisait des «pas positifs».

«Les gouvernements successifs adoptent les mêmes politiques, comme si nous changeons seulement les personnes, et les politiques restent inchangées avec un alignement sur les hommes d’affaires contre les pauvres», lance Gamal, l’un des ouvriers de “Tanta Flax” qui manifestait.

Le même jour, à l’Ecole militaire, le président Sissi annonçait: «Je ne pourrai pas répondre à une seule revendication factionnelle. Ce n’est pas que je ne veux pas ou que le gouvernement ne veut pas. C’est que nous ne pouvons pas».

Selon l’ancien ministre Kamal Abou-Eta, le gouvernement, dans le budget qui vient de s’achever, a accordé 500 millions de L.E. à la rénovation et à la restructuration des usines, mais pas une seule L.E. n’a été dépensée. Parce qu’il n’y a pas de volonté!

Source: http://hebdo.ahram.org.eg/

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