IJTIHAD ET MISE AU POINT

Le Quotidien d’Oran
éditorial
par K. Selim
le 22 décembre 2014

En Algérie, le «débat» n’est pas institué. Les institutions politiques officielles ne sont pas des lieux de politique ou de débat. Les journaux servent de manière très imparfaite – et souvent à contre-emploi – d’ersatz de faux et de vrais débats. Tout baigne dans une suspicion entretenue par des «animateurs» de l’impasse qui ne cessent de crier aux complots ou de jeter des anathèmes. Même quand on fait volontairement un choix d’économie de paroles pour ne pas alimenter les discussions oiseuses qui détournent de l’essentiel, on est suspecté de tout et de rien.

Hamrouche en sait quelque chose. Il n’est pas besoin de «décodeur» pour saisir que ses déclarations expriment depuis des mois une inquiétude sérieuse à l’égard de l’incapacité nationale à sortir d’une impasse qui dure depuis au moins 1988. Et où l’institution militaire est sur un mode d’état d’alerte depuis un quart de siècle en raison d’un système politique qui ne favorise ni les grandes concertations ni l’efficience. A Sidi Bel-Abbès, il a avoué une contradiction : il est méfiant à l’égard des solutions trop «rapides» et donc trop faciles pour ne pas être porteuses d’une reconduction, plus ou moins maquillée, de la même situation. Mais en même temps, il estime important que les solutions qualitatives et décisives ne tardent pas. Car, le temps ne joue plus en faveur du pays et de son avenir. La chute des prix pétroliers le montre de manière éloquente. Les recettes d’hydrocarbures sont dans la doxa du régime un moyen de «gagner» du temps en le perdant pour le pays.

Comment amener le pays, avec ses pouvoirs et ses oppositions, à établir un consensus «sur demain» si toute l’attention est focalisée sur l’immédiat ? Refuser de participer à des débats byzantins est une option qui est devenue insuffisante car cela n’empêchera pas les animateurs du vide d’y chercher la preuve que l’on est en attente d’un «appel». Mais au-delà de cet aspect qui peut paraître trivial, il y a une obligation morale et politique à assumer. Quand on souligne la gravité des risques qui peut engendrer un effondrement brutal du système dans un état d’impréparation générale de la société, on ne peut plus s’abstenir d’intervenir. Hamrouche a dégagé sa parole et son ijtihad des débats stériles – car ne débouchant sur rien d’autre que sur l’entretien de l’impasse.»Je ne suis pas candidat à une élection présidentielle anticipée» et une «élection anticipée ne peut reproduire que ce que nous vivons aujourd’hui», a-t-il déclaré. «J’ai parlé de l’armée, je n’ai pas parlé à l’armée».

Ce sont des clarifications nécessaires dans un climat politique devenu encore plus détestable depuis la dernière élection présidentielle. Il faut être de mauvaise foi pour dire qu’on a besoin de décodeur. C’est clairement une volonté de placer le débat là où il devrait être. Comment penser «ensemble», pouvoir et oppositions, à des solutions pour «demain» et dépasser les termes viciés des discussions politiques dans lesquelles le pays a été installé, c’est cela qui est primordial. Et c’est pour cela que le débat national a besoin de Mouloud Hamrouche.

K. Selim