JACQUELINE GUERROUDJ NOUS A QUITTÉ

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Obsèques de Jacqueline Gueroudj

L’enterrement de notre défunte camarade et Moudjahida
Jaqueline Geuroudj
décédée le dimanche 18 Janvier à l’hôpital LAMINE DEBAGHINE « Maillot » Bab El Oued Alger,
aura lieu le mardi 2O janvier 2015

au carré des martyrs

du cimetière d’El Alia Alger

La levée du corps se fera à partir de son domicile situé entre la rue Trolard et le boulevard Krim Belkacem ,Telemly Alger centre à 13h

Nous tiendrons nos lecteurs au courant d’éventuelles nouvelles informations

Raina.dz, le 19 janvier 2015


Message de condoléances de Sadek Hadjerès
adressé à toute la famille Guerroudj

Cher Tewfik

La disparition de notre chère et grande Jacqueline m’attriste, d’autant plus que je gardais encore l’espoir de la revoir après que son état de santé ne me l’ait pas permis en octobre dernier..

Je garde toujours en moi les nombreux souvenirs de Ouchba ainsi que celui de votre bref séjour à Ain Taya avant l’engagement dans les CDL

Jacqueline est toujours vivante dans nos coeurs et nos esprits, elle continuera à inspirer les nouvelles générations pour sa ferme et courageuse abnégation, la constance de son engagement et de ses convictions, sa modestie et sa sensibilité humaine

Aliki et moi nous nous associons à votre peine et vous embrassons tous

Sadek Hadjerès


JACQUELINE GUERROUDJ REPOSERA DEMAIN À EL-ALIA
publié par Saoudi Abdelaziz

le 19 Janvier 2015

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En attendant la mort, la sereine assurance

de Jacqueline Guerroudj face à la presse coloniale

Jacqueline Guerroudj est décédée hier à l’hôpital Maillot de Bab El Oued. La doyenne des condamnés à mort sera enterrée demain mardi au cimetière d’ El Alia.

Elle était âgée de 96 ans, mère de 5 enfants et plusieurs fois grand-mère. Elle a toujours vécu en Algerie, depuis cette année 1948 où, venant de France, elle fut à la fin de ses études affectée comme institutrice, à Négrier (Chtouane) près de Tlemcen. Dans cette localité qui portait bien son nom, les paysans pauvres et sans terre étaient écrasés sous le joug colonial.

Elle raconte : « Mon entourage était essentiellement communiste, ce n’était pas le hasard, mais le jeu des affinités. J’étais d’accord avec l’analyse faite par mes futurs camarades qui, contrairement à ce qu’on dit souvent, posaient l’indépendance de l’Algérie comme condition préalable à toute amélioration de la situation.J’étais d’accord aussi avec l’attention qu’ils portaient aux conditions de vie des plus défavorisés et j’appréciais la lutte constante et efficace qu’ils menaient à leur côté. Au contact des paysans, j’ai beaucoup appris de la vie à Tlemcen, c’était la période la plus féconde de mon existence ».

Dès le déclenchement de la lutte armée, elle réjoint -avec son mari Abdelkader et sa fille Djamila- les Combattants de la libération (CDL) groupes armés créés par le Parti communiste algérien. Puis elle poursuivra son combat dans l’ALN, après les accords PCA-FLN conclu en 1956 entre Abane ramdane et la direction du PCA. Arrêtée en 1957 en pleine bataille d’Alger, elle sera condamnée à mort en même temps que Fernand Yveton, qui sera exécuté.

La levée du corps se fera à 13 heures à partir de son domicile d’Alger-centre, situé entre la rue Trolard et le boulevard Krim Belkacem (Telemly).

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AIN FEZZA: LES ANCIENS PLEURENT JACQUELINE GUERROUDJ
par Khaled Boumediene

C’est avec émotion que les habitants de la ville d’Ain Fezza (daïra de Chetouane) ont appris le décès de la valeureuse moudjahida Jacqueline Guerroudj, le 18 janvier dernier.

Née en France où elle a vécu jusqu’en 1948, Jacqueline Guerroudj a enseigné le français dans les écoles à Négrier (actuellement Chétouane ) et Ain Fezza entre 1948 et 1955.

Âgée de 95 ans, la mort de la doyenne des ex-condamnés à mort, a suscité de nombreuses réactions dans toute la région. Ses anciens élèves par la voix de l’actuel président de l’APC d’AïnFezza, Mekkaoui Hamza, lui rendent un vibrant hommage.

«C’est avec une très vive émotion que je viens d’apprendre la mort de celle qui m’a enseigné le français quand j’étais petit. J’ai eu le bonheur d’être son élève de 1952 jusqu’à 1955 à l’école d’Ain Fezza. Son départ me cause une douleur insupportable. C’était une institutrice d’une grande qualité intellectuelle, d’une très large culture
et une femme d’une qualité morale exceptionnelle. Elle était très présente aux côtés des élèves. La distance m’empêche de suivre son dernier voyage. J’y serai présent par l’esprit pour vivre l’émotion avec sa famille. Du fond du cœur, je voudrais transmettre à toute sa famille mes condoléances les plus attristées. On baptisera de son nom l’une des artères principales de la ville d’AïnFezza»
, raconte ainsi le président de l’APC d’Ain Fezza, Mekkaoui Hamza, tout ému.

Et d’ajouter: «beaucoup de ses élèves sont encore en vie : Mohammedi Mohamed, ex-garde républicain d’Ouchba, Mohammedi Miloud dit Yazid, moudjahid de Chetouane, Abdelhak Omar, ancien cheminot, ChikhiKada ex-cadre des mines, Ghomrikaddour, ex-cheminot, Ourad Mohamed, ex-cadre des ponts et chaussées.
En 1992, nous l’avions invité à visiter Ain Fezza. Elle y est restée pendant une semaine pour rencontrer ses anciens élèves et voisins. D’ailleurs, c’est ici à Ain
Fezza, qu’elle a commencé à écrire son livre intitulé les douars et les prisons dans lequel, elle explique les conditions des ouvriers agricoles et de leur famille qui relevaient de l’époque féodale, l’épidémie de rougeole qui atteignit les enfants de Chouly, qui moururent comme des mouches, car ils n’y avait pas de docteur, ni de route pour les amener dans un dispensaire, ainsi que l’histoire des chiens lâchés contre elle par Dollfuss, lorsqu’elle s’opposa à celui-ci, pour que le fils doué d’un espagnol, continue à 14 ans les études. Age auquel un enfant peut avoir un rendement d’adulte»
.

D’un air abattu, son ex-élève ChikhiAissa (Moudjahid) souligne lui aussi : »il ne faut pas oublier, que Jacqueline Guerroudj, qui activait dans la zone autonome et qui fut arrêtée en 1957 puis condamnée à Mort, a pris part à la bataille d’Alger en compagnie de Djamila Bouhired, J. Boupacha, J.Bouazza , Zohra Drif, de la chahida raymondepeschard,
Fadhila etc… Jacqueline a aussi participé avec le chahid Fernand Iveton au projet d’attentat de l’usine à gaz du Hammaà Alger. Iveton fut le 11 février 1957, à l’âge de 31 ans, le premier Français guillotiné. Sa fille, Danielle, poseuse de bombes à Alger, est aussi une grande moudjahida. Au nom des anciens élèves de la Ville d’Ain Fezza, j’adresse mes sincères condoléances à sa famille et à ses proches ».

 »beaucoup de ses élèves sont encore en vie :
En avril 1955, Jacqueline et son mari sont expulsés du département d’Oran vers la France en raison de leurs opinions politiques. Djilali revient clandestinement en Algérie, mais seulement en décembre 1955 que toute la famille obtient de s’installer légalement dans l’Algérois. Jacqueline milite avec son mari qui est responsable des combattants de la liberté (organisation militaire qui dépend à l’origine du PCA et qui est ensuite intégrée au FLN). Tous deux sont arrêtés en
janvier 1957. Condamnés à mort, ils seront graciés après une intense campagne faite en France contre leur exécution.

Après l’indépendance, Jacqueline, mère de cinq enfants, retrouve sa famille et reprend des activités professionnelles. Elle est restée au FLN jusqu’en 1965.

Repose en paix Jacqueline Guerroudj.

Le Quotidien d’Oran


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1948 – 1954 : LES LUTTES PAYSANNES DANS LA RÉGION DE TLEMCEN – LE TÉMOIGNAGE DE JACQUELINE GUERROUDJ
socialgerie, article 1215 – mis en ligne le 5 juillet 2013
repris sur raina.dz, le 19 janvier 2015

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Jacqueline Guerroudj, moudjahida, doyenne des ex-condamnés à mort
L’INSTITUTRICE QUI PRÔNAIT LA LUTTE DES CLASSES
El Watan, le 14 mai 2009

«Quand on suit quelqu’un de bon, on apprend à devenir bon : quand on suit un tigre, on apprend à mordre» Proverbe chinois

Je ne regrette rien, tout ce que j’ai fait était réfléchi. Jacqueline avait déjà connu les privations lors de la Seconde Guerre mondiale. Les «sœurs» en prison, c’était une famille soudée.

C’est en bonne voisine, que Mimi Maziz, la doyenne des journalistes, rencontrée par hasard sur les lieux, nous indiqua la demeure de Jacqueline. Noble geste de Mimi qui fera encore mieux en participant à une partie de l’entretien malgré «une cocotte laissée sur le feu». La maison d’un beau style est située à l’embouchure d’un chemin tortueux qui monte pas très loin de la Faculté d’Alger où Jacqueline a tant servi en tant que bibliothécaire. C’est dans cet environnement familier que la vieille et grande dame digne a vécu et vit toujours.
À 90 ans, la silhouette frêle, la mémoire parfois oublieuse, mais toujours les mêmes convictions et les mêmes idéaux «qu’elle défend becs et ongles quoi qu’il en coûte jusqu’au dernier souffle.»

«C’est un être exceptionnel que j’ai eu la chance de connaître il y a plus d’un demi-siècle, se souvient son amie Annie Steiner. Elle est dotée d’une forte personnalité et a horreur des injustices. Tout en elle est sublimé dans la simplicité.»

Ainsi est Jacqueline Guerroudj qui avoue avoir deux habitudes indécrottables. Rigoler de tout et dire tout ce qu’elle pense sans prendre de gants. En fait, Jacqueline, moudjahida, doyenne des condamnées à mort, toujours égale à elle-même s’est jurée de refuser l’inacceptable et de faire reculer les murs. Ces slogans, le regretté Abdelhamid Benzine appelait à les conjuguer à tous les temps par tous ceux qui aiment les fleurs et le chant des cigales. Jacqueline n’aime pas parler de sa petite personne. «Je n’ai pas de prétention, je n’ai pas de mérite, car je n’ai rien d’extraordinaire», lance-t-elle en guise de préambule à des discussions qu’elle a acceptées presque malgré elle.

Jacqueline a un point commun avec Steiner : deux femmes résolument de gauche qui ont le triomphe modeste et qui préfèrent l’ombre aux feux de la rampe. C’est leur choix, elles sont comme ça et nul ne peut les dévier de leur trajectoire, nous confie leur amie tout aussi discrète, Khadidja, qui a subi les mêmes affres qu’elles pendant la guerre.

Les chemins de la liberté

Les chemins de la liberté des femmes algériennes sont sinueux et appellent parfois des décisions ambiguës que Fanon a l’honnêteté de remarquer. Le rôle des femmes algériennes dans la résistance est peu connu. Et pourtant, nul ne peut nier leur apport remarquable à la révolution. Fanon indique la conscience que les responsables du FLN ont toujours eue du rôle important de la femme dans la libération nationale. Ainsi, le même problème s’est posé aux femmes et aux individus colonisés, héritant les uns et les autres d’un lourd passé de domination. Il s’agit pour eux de forger un avenir nouveau pour une révolution libératrice. Les femmes et les peuples colonisés partagent l’expérience à la fois intime et collective de l’oppression et ont en commun d’avoir été privés de leur humanité. Fanon soutient la thèse de la nécessité et de la valeur de la violence, puisque c’est en elle que l’opprimé puise son humanité. «Côte à côte avec nous, nos sœurs bousculent un peu plus le dispositif ennemi et liquident définitivement les vieilles mystifications.»

Parlant des femmes condamnées à mort et de leurs cellules à Serkadji, Jacqueline avait écrit : «Quand nous étions dans la cour, toutes les cinq, nous dansions et nous chantions, parfaites cigales, moitié par défi, moitié pour nous défouler. «Ah ce qu’elles étaient belles», s’écriait Annie dans l’émouvant film “Barberousse” mes “«sœurs”, de Bouabdallah.

Plus tard, Jacqueline écrira en témoignage des liens affectifs avec ses codétenues : «J’étais fille unique, mais j’ai trouvé en Algérie les frères et sœurs qui m’avaient manqué…»

Une vie de combat

Lorsque Jacqueline se met à raconter sa vie, il faut rester tout ouïe, car elle a la hantise de perdre le fil conducteur. Elle est née en France à Rouen dans une famille modeste entourée de l’affection de ses parents auxquels elle n’a jamais cessé de rendre un hommage appuyé. «Ce sont eux qui m’ont ouvert les yeux sur le monde. Mon père Louis était respectueux des gens. Il aimait converser avec les hommes de condition modeste et il comprenait parfaitement leur difficulté à s’accrocher à la vie avec toutes ses vicissitudes. Je le voyais souvent bavarder avec le balayeur devant le pas de porte de notre domicile. Il ne faisait pas de distinction et lorsqu’il était question de prodiguer des conseils, il ne s’en privait pas. Même moi je n’ai pas été épargnée, lorsque je lui ai fait part de mon intention de passer le bac philo ; il m’a répondu, ce n’est pas avec ça que tu vas gagner ta vie, fais du droit comme ça tu pourras trouver un débouché. En vérité, je n’y ai jamais pensé !» Mais grosso modo, mes parents ne se sont jamais mis en travers de mes projets. J’ai fait la philo et le droit et je m’en suis bien sortie !

Jacqueline aime à dire que les voyages instruisent la jeunesse. Elle en a fait beaucoup, mais celui qui l’a marquée c’est son séjour au Sénégal où elle a été affectée en tant qu’institutrice. «J’étais à Saint Louis au Sénégal, et là j’ai fait la connaissance de Senghor et Alioune Diop qui allaient devenir d’illustres personnages par la suite. J’avais déjà compris ce que c’était la colonie.»

Marquée par la Seconde Guerre mondiale, elle en parle non sans stigmatiser le comportement barbare des Allemands. C’est à cette période qu’elle a su ce que le vocable résistance veut dire.

Jacqueline arrive en Algérie en 1948 et est nommée institutrice à Négrier (Chetouane) près de Tlemcen. «J’avais une classe unique de 50 élèves.» Dans cette région, elle s’imprègne des dures conditions vécues par les paysans pauvres et sans terre soumis au joug des colons et qui sont traités presque comme des esclaves. «Mon entourage était essentiellement communiste, ce n’était pas le hasard, mais le jeu des affinités. J’étais d’accord avec l’analyse faite par mes futurs camarades qui, contrairement à ce qu’on dit souvent, posaient l’indépendance de l’Algérie comme condition préalable à toute amélioration de la situation. J’étais d’accord aussi avec l’attention qu’ils portaient aux conditions de vie des plus défavorisés et j’appréciais la lutte constante et efficace qu’ils menaient à leur côté. Au contact des paysans, j’ai beaucoup appris de la vie à Tlemcen, c’était la période la plus féconde de mon existence. Je dois préciser que je n’avais pas adhéré au Parti communiste français quand je vivais en France. Je ne me sentais sans doute pas assez impliquée pour ressentir le besoin de militer.»

En Algérie, son adhésion au communisme coulait de source. «Elle était le fruit de mes premiers contacts avec la réalité coloniale qui m’obligeait à prendre position pour ne pas être complice.» Jacqueline milite au milieu de noyaux de fellahs communistes dans la région de Tlemcen, mais leur nombre n’était pas suffisant pour qu’ils exercent une influence notable sur le cours des événements.

En mai 1955, Jacqueline, son mari Djillali et leurs cinq enfants sont expulsés d’Algérie. Ils vivront quelques mois à Rouen, chez la famille de Jacqueline.

Au début de l’année 1956, la famille Guerroudj obtient l’annulation de la détention de bannissement, en lui interdisant toutefois de s’établir dans l’Oranie. «J’avais quitté la France, à une époque où il faisait si froid que le linge gelait sur les cordes où je l’étendais pour sécher et devenait raide comme de la tôle. L’arrivée à Alger a été un éblouissement, la baie d’Alger, d’abord puis la plage de Aïn Taya sous le soleil, le ciel bleu pur, le temps doux et ce premier bain délicieux, revigorant.» Djillali, le mari était responsable pour Alger des «combattants de la libération, organisation armée du PCA et Jacqueline était son agent de liaison. Communiste engagée Les activités de Jacqueline se sont multipliées au fil du temps.

L’accord FLN/PCA a été accueilli avec enthousiasme malgré tous les problèmes qu’il posait. Nos groupes étaient rattachés au responsable FLN de la zone autonome Yacef Saâdi.

Étroitement impliquée dans les opérations, Jacqueline a participé avec Fernand Iveton, militant communiste, au projet d’attentat à l’usine à gaz du Hamma. C’était le 11 février 1957. Iveton 31 ans avait été guillotiné. Sa grâce avait été refusée par le gouvernement de Guy Mollet. «Je vais mourir, mais l’Algérie sera indépendante», furent les derniers mots prononcés par Iveton avant d’être guillotiné juste après Mohamed Ounouri et Ahmed Lakhnache.

Ce matin, ils ont osé

Ils ont osé vous assassiner

C’était un matin clair

Aussi doux que les autres, où vous aviez envie de vivre et de chanter

déclamait dans un poème écrit après son exécution Annie Steiner dans le quartier des femmes de la prison de Barberousse d’Alger.

Avec le développement de la bataille d’Alger, les rafles, l’utilisation intensive de la torture et les arrestations se multiplient. Jacqueline et Djillali sont arrêtés en 1957. M’ayant reconnue pour sœur, les détenues, les Djamila, Zhor, Ghania, Djouher, Fadéla, Houria, Malika et les autres se sont précipitées sur moi, m’ont fait une fête. Un accueil que je n’oublierai pas. C’était fabuleux de se retrouver aussi bien au chaud, dans une vraie famille, alors que je ne pensais atterrir dans quelque geôle sombre et solitaire.

Transférées à El Harrach, les prisonnières seront de nouveau amenées à Marseille puis à Paris, enfin à Toulon, Toulouse et Pau.

À sa libération en 1961, Jacqueline et sa fille rejoignent Tunis.

Ces dernières années à l’instar de ses sœurs, Jacqueline s’est largement mobilisée autour des objectifs de code de la famille, de démocratie, contre la torture et plus généralement pour les bonnes causes de par le monde.

Dans son livre «Des douars et des prisons», paru il y a quelques années, Jacqueline, désabusée quelque part, s’interrogeait sur le destin de cette Algérie, dont les dirigeants en 1962 n’ont pas su, ou pas pu, «surfer» assez loin sur cette grande vague porteuse qu’était l’indépendance.

Maintenant, avait-elle écrit, on se retrouve dans le creux de la vague et les jeunes se demandent où est leur place et quelles sont leurs possibilités. «Je n’ai pas de réponse, mais chacun doit mener sa propre réflexion basée sur la connaissance du passé.»

Parcours

Jacqueline Guerroudj est née en 1919 à Rouen. Elle fait des études de philo et de droit et vient en Algérie en 1948 où elle est affectée en qualité d’institutrice près de Tlemcen. Dès le déclenchement de la lutte armée, elle prend fait et cause pour l’indépendance de l’Algérie. Avec son mari Djillali, militant communiste et sa fille Minne Djamila, elle intègre le FLN. Elle est arrêtée en 1957 en pleine bataille d’Alger et condamnée à mort. Au lendemain de l’indépendance, elle entreprend une longue carrière à la Faculté d’Alger en tant que bibliothécaire. A 90 ans, Jacqueline qui a toujours vécu à Alger se consacre à la lecture et à la rédaction de ses mémoires. Jacqueline est mère de 5 enfants et plusieurs fois grand-mère.|

Hamid Tahri


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sur socialgerie, voir aussi

[HOMMAGE AUX MOUDJAHIDATE ALGÉRIENNES D’ORIGINE EUROPÉENNE
PAR LA FONDATION « OMAR OURTILANE » INTERNATIONALE
JACQUELINE GUERROUDJ, DAME DE L’ANNÉE 2010

->214]

MOUDJAHIDATE – El Khabar – le 9 mars 2010, page 15


DISPARITION
JACQUELINE INDÉPENDANTISTE ENTRE DEUX RIVES
L’Humanité, le 20 janvier 2015

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La militante Jacqueline Guerroudj, qui a œuvré pour l’indépendance de l’Algérie, vient de nous quitter. Ses obsèques se tiendront aujourd’hui, 20 janvier, à 13heures, au cimetière El Alia à Alger.

La doyenne des moudjahidate est partie. Âgée de quatre-vingt-quinze ans, la moudjahida – littéralement femme combattante- Jacqueline Guerroudj est décédée dimanche dernier à Alger, des suites d’une longue maladie, a-t-on appris par ses proches. Cette femme aux engagements exceptionnels a éprouvé les plaies du XXe siècle. Parmi ses nombreux combats, l’histoire retiendra la manière dont elle s’est illustrée en faveur de l’indépendance de l’Algérie. « Née en 1919 à Rouen, de famille française et de confession israélite, elle fit des études de philosophie et de droit. Internée à Tours au début de 1942 par les nazis, elle échappa à la déportation et à la chambre à gaz en réussissant à gagner la zone sud. Nommée institutrice en Algérie, elle y épouse en 1951 Abdelkader Guerroudj, instituteur lui aussi, membre du Parti communiste algérien », résume en 1957 Pierre Durand, journaliste à l’Humanité.
Dans cette période la militante intègre le réseau du Comité de défense des libertés (CDL), et s’engage, en 1956, au Front de libération nationale (FLN) comme agent de liaison dans les commandes de l’Armée de libération nationale (ALN). Ces faits lui vaudront d’être arrêtée et condamnée à mort en 1957. Si elle échappe à la l’application de cette peine, son compagnon de lutte, l’ouvrier syndicaliste Fernand Iveton, est lui, exécuté, en dépit d’un recours en grâce et des efforts répétés de Jacqueline pour le sauver. « Je vais mourir, mais l’Algérie sera indépendante», furent les dernières paroles entonnées par le militant communiste avant d’être guillotiné. Éclair de lucidité dans le ciel de la mort.

L’indépendance établie, Jacqueline poursuit une carrière de bibliothécaire à la faculté d’Alger, tout en élevant ses cinq enfants.

Pour mesurer l’intégrité de cette femme qui a fait l’histoire entre deux rives, il est utile de relire la Guerre d’Algérie (Temps actuels, sous la direction d’Henri Alleg). Dans un passage qui relate le procès retentissant des « combattants de la libération » de décembre 1957, devant le tribunal permanent des forces armées d’Alger, Jacqueline revient fièrement sur la nature de ses convictions, qui évoquent la couleur de l’époque : « J’ai réalisé qu’il y a des circonstances où il était impossible de ne pas prendre position et que j’avais contracté une dette que je me suis promis de payer. Toutes mes sympathies allaient au communisme, mais je n’ai commencé à militer que lorsque je me suis installée en Algérie, pour pouvoir lutter efficacement contre les injustices que j’avais constamment sous les yeux et qui me révoltaient.»

Nicolas Dutent.
L’Humanité
le 20 janvier 2015
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