CULTURE ET IDENTITÉ: LA QUESTION BERBÈRE EN DÉBAT A LA SORBONNE

Sarah A

reporters.dz

le 19 mai 2015

La question berbère à la lumière des évolutions postcoloniales en Afrique du Nord est le thème d’un colloque qui se tiendra les 19 et 20 mai à l’Université parisienne de La Sorbonne.[[19 et 20 mai La Sorbonne – amphithéâtre Richelieu, ACB, …]]

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Une première en France. Car « depuis 1990, il n’y a pas eu de grande réunion scientifique sur la question berbère », notent les organisateurs de cette rencontre scientifique, qui ouvrent ainsi le débat sur une problématique qui se pose avec acuité pour l’ensemble des pays de l’Afrique du Nord et de la sous-région du Sahel en butte à la poussée revendicative pour la reconnaissance de l’identité originelle de ces régions de l’Afrique. « Face aux soulèvements populaires de 2011 notamment, aux manifestations, aux revendications et aux acquis du mouvement amazigh, nul n’ignore plus que jamais la force d’un mouvement porté par 20 à 30 millions de berbérophones. Les repères identitaires et culturels de la population sont un objet essentiel de la reconfiguration en cours ou à venir du Maghreb au Sahel. Les Berbères sont le peuple originel du quart nord-ouest du continent africain (de l’oasis de Siwa en Egypte aux îles Canaris). Envahis, progressivement convertis à l’islam, occupés militairement et politiquement par divers peuples depuis l’antiquité, les Berbères non arabisés ont réussi à préserver leur culture, notamment leur langue, jusqu’au XXIe siècle. Bien qu’en régression au cours du XXe siècle sous l’effet paradoxal de la colonisation, puis du nationalisme arabe et des Etats-nations indépendants, il existe encore près de 30 millions de locuteurs berbérophones du Sahel (Touareg) à l’Afrique du Nord (Rifains, Kabyles, Chleuhs, Chaouis, Djerbiens…), en passant par le Sahara (Mozabites, Fguiguis, Siwis). En Europe, les Berbères ont constitué l’essentiel de l’immigration maghrébine au cours du XXe siècle, les principales régions pourvoyeuses étant le Sous, le Rif, la Kabylie et le Sud tunisien. En France, et plus encore en Espagne, en Belgique et aux Pays-Bas, sans oublier l’Italie, la majorité des migrants maghrébins sont d’origine berbère ou amazighe, bien que généralement perçus comme ‘‘arabes’’. (…) Il est aussi à souligner que les Berbères de Tunisie, de Libye, du Sahara algérien et du Rif sont extrêmement méconnus en France, alors que la connaissance de ces régions est d’intérêt public au vu des enjeux et des événements qui traversent ces régions », lit-on sur le document exposant les motifs de la tenue de ce colloque qui rassemble de nombreuses compétences scientifiques en sciences sociales (anthropologues, historiens, linguistes, sociologues…).

Amnésie, renaissance, soulèvements…

« La question berbère depuis 1962, amnésie, renaissance, soulèvements» est la question générique de cette rencontre scientifique ouverte au public et organisée à l’initiative du professeur Pierre Vermeren, historien à Paris Panthéon Sorbonne, et par le laboratoire UMR IMAf spécialisé dans les mondes africains, et se tiendra au sein du plus prestigieux amphithéâtre de la Sorbonne, l’amphi Richelieu.

Le thème sera abordé sous tous ses angles possibles, dans une perspective interdisciplinaire, à travers quatre axes cardinaux, à savoir les événements postcoloniaux ayant initié le retour, sous diverses facettes, de la question berbère sur le devant de la scène du Sahel à l’espace méditerranéen ; les stratégies étatiques employées dans la gestion politique et juridique de cette question, au sein de chaque Etat, leur impact sur la radicalisation du discours berbère.

Les enjeux politiques des récents soulèvements populaires en Afrique du Nord (dits en l’occurrence abusivement du « printemps arabe ») et leurs conséquences, quant à l’évolution progressive des régimes vis-à-vis des revendications berbères, et quant à leur coagulation régionale. Il sera aussi question « des enjeux locaux en France et en Europe, qui interagissent avec les régions d’origine.

L’espace transnational berbériste sur Internet, et maintenant sur les télévisions, sera dévoilé, de même que les connexions complexes au sein de la diaspora berbère, qui représente par exemple les deux-tiers des Maghrébins de France. Sociétés berbères et période postcoloniale est l’intitulé de la première journée qui s’articulera en deux sessions. De l’indépendance aux années 80 : le temps de l’enfouissement est le mot introductif de Benjamin Stora qui en est président.

Celle-ci (la première séance) verra l’intervention de plusieurs universitaires et chercheurs de renom.

Mbark Wanaïmla question berbère dans le Maroc de 1956-1960, les dessous d’une instrumentalisation au lendemain de l’indépendance”,

Melinda Seridj “l’insurrection du Front des forces socialistes 1963-1965”,

Hemimi Hellal “La question kabyle de la fin de la guerre au régime Boumediene”,

Maria Rosa de Madariaga “La figure d’Abd el-Krim dans la mémoire des Rifains”,

Saphia Arezki “Les officiers algériens et la berbérité : une question de réputation”,

Nabil MoulineQui sera l’Etat ? Le soulèvement du Rif reconsidéré 1958-59”.

Thème de la vacation de la soirée que présidera Tassad Yacine:

Des années 80 à 2011.

Ariel Planeix s’interrogera : «Comment rester zénète (malgré soi), formes rémanentes d’une berbérité sans revendication;»

Lahoucine Bouyaakoubi “Le Manifeste amazighe de 2000. A la limite de l’« ethnicisation » de la revendication amazighe au Maroc”;

El Khatir Aboulkacem “Politisation, processus de reconnaissance et instabilité discursive de la revendication amazighe au Maroc”;

Didier le Saout “L’amazighité entre contestation et institutionnalisation”,

Hamid ChabaniDiaspora et berbérité en France depuis les années 1970”,

El Khatir Aboulkacem “Politisation, processus de reconnaissance et instabilité discursive de la revendication amazighe au Maroc”,

Stratégies étatiques, régimes et soulèvements populaires

Le 20 mai, deuxième journée du colloque, les scientifiques analyseront les stratégies étatiques, régimes et soulèvements populaires.

Le professeur Salem Chaker parlera dans sa courte intervention en tant que président de session, “les stratégies étatiques à l’égard de la question berbère”.

Massensen Cherbi “Le discours berbériste et ses contradictions”,

Mansour Ghaki “La question berbère après la colonisation. Le cas tunisien”,

Katherine E. Hoffman “Pratiques juridiques et idéologies langagières au Maroc : le tamazight comme lingua non grata ou lingua franca dans les tribunaux?”;

Ramdane Achab “L’Etat algérien face à la revendication berbère et à ses outils (éditions, médias…”;

Mohand Tilmatine “L’Espagne et ses Berbères. Dilemme et silences officiels”.

Lors de la session de l’après-midi, les interventions s’articuleront atour de la problématique du Printemps berbère : dynamique et conséquences.

Un thème qui sera analysé par

Stéphanie Pouessel “Que reste-t-il au discours amazigh ? Démocratisation et revendications amazighes. Tunisie/Maroc”;

Vermondo Brugnatelli “Les berbères au Sahara : les cas du Mzab et de l’Azawad”,

Dida Badi “Les Touareg et le conflit en Libye”;

Mena Lafkioui “Nouveaux médias et renaissance culturelle berbère (amazighe)”;

Nadia Belalimat “L’impact des diasporas touarègues dans la construction du mouvement azawadien via internet”;

Marisa Fois “La question amazighe en Libye: la fin du silence?”;

Rachid Agrour “Regards actuels sur la mouvance berbère au Maroc. Entre confusion et doxa”.

Tables rondes et projections de films

Au programme,

une table ronde de clôture qui sera animée par Pierre Vermeren, Karima Direche, Todd Schepard, Irène Bellier, Lahoucine Bouyaakoubi.

Au Centre culturel berbère, poursuite du débat sur langues, médias et berbérité avec la participation des intervenants du colloque.

Il y aura, en outre, des projections de deux films,

avec la participation des réalisateurs

“Tinghir-Jerusalem, Les échos du Mellah” (2011) de Kamal Hachkar;

“Kabylie, genèse d’une révolte” (2011) de Youcef Lalami.

Signalons enfin que ce colloque est dédié à Camille Lacoste-Dujardin,

ethnologue française (née en 1929), grande spécialiste de la culture berbère qui a marqué le champ d’étude concerné.

À cette occasion, un hommage lui sera rendu lors de la séance inaugurale et les organisateurs remettront, après évaluation d’un comité, un prix de Master Camille Lacoste-Dujardin.