DOCUMENTS AUTOUR DU 8 MAI 1945

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MASSACRES DU 8 MAI 1945Daho Djerbal, historien : « L’Algérie n’a pas besoin de reconnaissance » des crimes coloniauxpar Hadjer Guenanfa – le 8 mai 2015 – repris sur TSA (Tout sur l’Algérie);


KATEB YACINE on May 8th 1945 in ALGERIA – “Déjà le sang de mai ensemençait novembre” – extrait du film de René Vautier – VIDÉO;


LES PRÉPARATIFS DU 8 MAI 1945 posté par Rédaction LQA – 8 mai 2015 – Mostefai Chawki – Le Quotodoen d’Algérie;


YACINE, MANDOUZE, JEANSON ET BARRAT, TÉMOINS DE LA GRANDE RUPTURE: NOVEMBRE 1954 COMMENCE EN MAI 1945par Youssef Zerarka – HuffPost Algérie – le 8 mai 2015;


8 mai 1945: 70 ème ANNIVERSAIRE DE LA VICTOIRE SUR LE NAZISME ET DES MASSACRES PERPÉTRÉ PAR L’IMPÉRIALISME FRANÇAIS EN ALGÉRIEPARTI ALGÉRIEN POUR LA DÉMOCRATIE ET LE SOCIALISME – le 6 mai 2015



MASSACRES DU 8 MAI 1945

Daho Djerbal, historien :

« L’Algérie n’a pas besoin de reconnaissance » des crimes coloniaux

par Hadjer Guenanfa

le 8 mai 2015

repris sur TSA (Tout sur l’Algérie)

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DAHO DJERBAL, HISTORIEN, DIRECTEUR ET L’UN DES FONDATEURS DE LA REVUE NAQD.

Daho Djerbal est maître de conférences en histoire de l’Algérie contemporaine à l’Université d’Alger. Il est également directeur de la revue Naqd dont il est l’un des fondateurs.

Pourquoi les Algériens manifestent aussi peu d’intérêt pour ces événements historiques dont les massacres du 8 mai 1945 ?

Il ne faut pas généraliser parce qu’il y a la mémoire collective. Même si le manuel scolaire et les travaux de recherches universitaires ne se penchent pas sur cette question, il y a tout ce qui relève de la mémoire collective avec le récit, le conte, la légende, le mythe, la chanson, la poésie et tout cela fonctionne et ne s’oublie pas. À mon humble avis, il y a plusieurs histoires, il y a l’histoire de l’État qui est officielle et une histoire de la Nation et une histoire du peuple. Au fond, dans l’histoire officielle, il y a peu d’intérêt pour l’histoire du peuple et pour la Nation. Souvent, ceux qui nous gouvernent oublient qu’ils représentent un pouvoir souverain qui a été constitué et institué par la lutte du peuple algérien.

Quelle importance revêt la visite du secrétaire d’État français aux anciens combattants à Sétif pour le 70e anniversaire des massacres du 8 mai 1945 ?

Je fais toujours la part entre ce qui est des rapports intergouvernementaux et de ce qui est du rapport à l’histoire. Souvent il s’agit de possibilités pour les deux gouvernements de trouver un terrain dans lequel ils peuvent négocier une renégociation des accords conclus dans le passé récent, c’est-à-dire, depuis les accords d’Evian à aujourd’hui. Chose qui nous laisse penser qu’il y a instrumentalisation ou une utilisation des faits d’histoire pour pouvoir arriver à des accords intergouvernementaux ou interministériels ou interétatiques. Cela ne m’intéresse pas du tout. Et à mon sens, il y a comme une maldonne quand on fait la part entre la mobilisation étatique, gouvernementale et médiatique française concernant un événement comme le génocide arménien et l’événement du 8 mai 1945 et d’autres. Au fond, le fait d’envoyer un sous ministre inaugurer une stèle à Sétif concernant le massacre du 8 mai 1945 est un non-événement pour moi.

Le sujet de la repentance ou de la reconnaissance par la France des crimes coloniaux refait surface lors de chaque commémoration…

Les déclarations de la classe politique ou de personnalités civiles ou religieuses concernant cet événement sont de la pure gesticulation ou des effets de manche pour qu’on puisse défrayer la chronique dans les médias. Le travail sur cette question d’histoire se fait sur le terrain. Quand on exige la reconnaissance, on va exiger un dédommagement. C’est-à-dire le prix du meurtre. Mais est-ce que payer des victimes un siècle ou un demi-siècle plus tard va résoudre le problème de la mémoire collective et du trauma individuel et collectif qui est encore présent ? J’ai plusieurs témoignages de militants de la Fédération de France du FLN, des hauts cadres du PPA-MTLD ou du mouvement national algérien. Quand on leur pose la question pour savoir comment ils sont arrivés à faire de la politique, la plupart évoquent le 8 mai 1945. Il faut savoir que la trace ne s’efface pas. À chaque nouveau traumatisme individuel ou collectif, ce qui est enkysté dans la mémoire individuelle ou collective revient à la surface.

L’Algérie n’a donc pas besoin de cette reconnaissance ?

Absolument ! On doit faire un travail sur nous-mêmes. Dans les manuels scolaires, les médias, les ouvrages, on va retrouver une histoire plus ou moins codifiée, encadrée et orientée. Une histoire des vainqueurs et donc du pouvoir. Nous devons faire cette histoire pour nous-mêmes et par nous-mêmes. C’est-à-dire qu’il faut mettre en parole, verbaliser, publier, travailler, se rencontrer autour de ces questions et se demander : que sommes-nous devenus ? La reconnaissance est d’abord pour nous-mêmes. Pourquoi ? Pour réconcilier les Algériens avec eux-mêmes et avec leur histoire. Des gens sont laissés pour compte dans cette histoire. Il y a des victimes, mais aussi des acteurs de cette histoire et ils sont très nombreux. La question aujourd’hui est de savoir si ce type d’événement ne va pas se reproduire. Est-ce que cela ne va pas se répéter jusqu’à ce jour ? Est-ce que cela n’est pas en train de se répéter à ce jour ?

La violence des années 1990 est aussi une conséquence de ce qu’on a refoulé?

Absolument ! Dans un numéro Naqd, une psychiatre de l’hôpital Frantz Fanon de Blida qui, recevant des rescapés des massacres collectifs des villages de La Mitidja, leur avait demandé de raconter ce qui s’est passé. Eh bien, les gens se mettaient à raconter la descente de parachutistes français dans leur village. Un trauma de la guerre de libération non mis en parole et non verbalisé est refoulé, enkysté dans la mémoire. Nouveau choc ou nouveau traumatisme, il ressort à la surface et lors de la première verbalisation, c’est ce qui était enfui qui revient à la surface. Et vous ne pouvez pas pacifier ou entrer dans une relation pacifiée dans la société si les problèmes qui l’ont agitée, les massacres qui ont atteint les populations, les purges et les luttes intestines, les guerres fratricides ne sont pas mis en parole. Il n’y a pas une famille en France qui n’a pas une armoire fermée où gisent des cadavres. Chez nous aussi. Donc cessons ces mascarades et ces gesticulations intergouvernementales concernant les reconnaissances et la repentance et travaillons sérieusement.

Sources TSA

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KATEB YACINE on May 8th 1945 in ALGERIA

“Déjà le sang de mai ensemençait novembre”

film de René Vautier – extrait

VIDÉO

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https://www.youtube.com/watch?t=10&v=Gu9fSq6NcKY

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LES PRÉPARATIFS DU 8 MAI 1945

Posté par Rédaction LQA

8 mai 2015

Mostefai Chawki

DOCTEUR CHAWKI MOSTEFAI

Communication

En ce jour anniversaire des événements tragiques de 1945, qui ont endeuillé les villes de Guelma et Sétif ainsi que tout leur arrière pays, nous nous recueillons avec émotion et ferveur au souvenir de tous ces martyrs dont on a versé le sang généreux, en ces journées de Mai 1945.

C’est un grand honneur que les organisateurs de cette commémoration me font en me demandant d’apporter un témoignage vivant des évènements que nous avons personnellement vécus et initiés, en même temps d’ailleurs que d’autres militants, dirigeants et cadres du Parti du Peuple Algérien dont la plupart, malheureusement, sont disparus, emportant avec eux une parcelle de l’Histoire du mouvement national algérien.

Je vous remercie , mes frères et mes sœurs , et en même temps , je vous félicite de votre initiative qui porte la marque de la fidélité à notre idéal et à la mémoire de tous ceux qui ont donné leur vie pour la liberté. Le culte du souvenir est une condition de survie de l’âme d’un peuple.

Votre initiative est d’autant plus méritoire que nous avons assisté depuis notre indépendance en 1962, à une conspiration du silence sur l’origine réelle et lointaine de l’action libératrice et l’appropriation, parfois insidieuse, d’autres fois, frontale, de la paternité de la politique et de l’action menée. BENYOUCEF Ben Khedda, a, dans son livre « Les origines du 1er Novembre 1954 » (page 22), mis l’accent sur cette tentative d’escamotage de l’Histoire. «On ne saurait, dit-il, trop insister sur l’aspect pernicieux de l’attitude qui consiste à sanctifier la Révolution mais en faisant table rase du passé».

Beaucoup de choses ont été écrites sur cette période de Mai 45. Et pourtant, malgré la qualité des auteurs, leur professionnalisme ou leur expérience du mouvement national, les tenants et aboutissants des manifestations du 1er Mai 45, du 8 Mai, de ce qu’on appelé l’ordre d’insurrection et du contre-ordre, n’ont pu être cernés avec toute la rigueur nécessaire par ceux qui ont rapporté l’évènement sur la base de témoignages dont les auteurs ont, très certainement, oublié ou confondu certains détails, qui heureusement, n’ont pas modifié, fondamentalement, la substance et la signification des faits.

C’est pourquoi l’initiative de votre association historique et culturelle du 11 décembre 1960, est a ce point judicieuse, de faire appel directement aux personnes qui ont eu à prendre des décisions urgentes et assumer des responsabilités importantes. C’est le cas de Said AMRANI, et de moi-même qui avons la chance et l’avantage d’être deux survivants de cette Direction politique qui a marqué un tournant décisif dans la marche de notre pays vers son indépendance.

L’usage a consacré la dénomination de Direction du Parti, Parti du Peuple Algérien, (P.P.A). pour désigner des membres actifs dont chacun assumait une tâche spécifique, telles que Secrétariat général, organisation, relations publiques, Finances, agitation, propagande, etc.… Ce noyau faisait partie de la Direction élargie qui, elle, englobait tous les militants qui ont eu a jouer un rôle de direction à un moment ou à un autre, et qui se réunissait, soit à l’occasion d’un événement d’importance qui requérait le maximum d’avis en vue d’une décision, soit, tout simplement, parce qu’un membre en manifeste le désir, auquel cas il participe aux réunions de la Direction. C’est par exemple le cas de Chadli EL MEKKI qui se trouvait à Alger au moment des massacres de Sétif et Guelma, de ABDOUN présent à Alger et dont on a jugé bon de demander l’avis, pour maintenir ou arrêter l’ordre d’une action qu’on a par ailleurs, par simplification, amalgame, ou pernicieuse Intention appelé « ordre d’insurrection ». C’est ainsi que , la composition de la Direction du Parti ou bien la responsabilité de décisions ou d’attitudes varient d’un auteur à l’autre. Par exemple Mahfoud KADDACHE dans son livre « Histoire du Nationalisme Algérien » et situant la décision des manifestations du 1er MAI 45 par le Bureau clandestin du PPA au 30 Avril, soit la veille des manifestations, écrit (page 699) que c’est sur l’insistance de HAFIZ Abderrahmane, MEZERNA Ahmed, MOKRI Hocine, et HENNI Mohamed, que la décision a été prise de manifester le 1er Mai ; BENKHEDDA Benyoucef, dans son livre « les origines du 1er Novembre 54 » (page 97), fait remarquer la difficulté de cerner la composition de la Direction du PPA en citant, en plus de la liste précédente, DEBAGHINE Mohamed Lamine, CHERCHALLI Hadj Mohamed, AMRANI Said, BOUDA Ahmed, ASSELAH Hocine, MOSTEFAI Chawki, KHELIL Amar, FILALI Embarek. A ces noms, il faudrait ajouter, rappelle ABDELHAMID Sid Ali, BOUKADOUM Messaoud et TALEB Mohamed.

C’est dire à quel point, est difficile et hasardeuse la relation de l’Histoire d’un mouvement de libération tel que le nôtre, des attitudes et des actes des uns et des autres parmi les opérateurs et protagonistes de l’événement, quand la source de l’information est basée sur le seul souvenir des hommes.

C’est pourquoi, je m’efforcerai d’apporter à mon témoignage, élaboré avec la participation de Said Amrani et Sid Ali Abdelhamid, le maximum d’exactitude avec l’espoir que ce témoignage sera la mise au point attendue à la relation des évènements, des tenants et aboutissants de cet épisode crucial de l’histoire de notre mouvement de libération nationale.

C’est le vœu que j’exprimai déjà dans mon témoignage lors de la commémoration du 8 Mai 45 par la section de Guelma en 1995, témoignage dont je reprends, aujourd’hui, de larges extraits. Mais n’ayant ni le temps, ni la compétence et la prétention de faire œuvre d’historien, il me plait de recommander à notre jeunesse la lecture de travaux de grande qualité sur le mouvement national de libération que sont les livres de Mahfoud KADDACHE (Histoire du nationalisme algérien), de Benyoucef BENKHEDDA (les origines du 1er Novembre 1954), de Mohamed HARBI (le FLN : mirage et réalité), de Redouane AINAD-TABET (le 8 Mai 1945), ainsi que de nombreux autres auteurs.

L’avantage pour moi d’avoir été contemporain et au milieu des évènements, du fait de mes propres responsabilités, me permet, d’apporter aux récits et interprétations des faits de cette période de l’Histoire du mouvement national, une vue originale et vécue pour compléter, préciser et si nécessaire rectifier certaines choses.

Pour en revenir à l’événement, cet épisode de notre lutte qu’est le mois de Mai 1945, se caractérise par quatre faits saillants :

1/ LES MANIFESTATIONS DU 1er Mai 1945.
2/ LES MANIFESTATIONS DU 8 Mai 1945.
3/ L’ORDRE D’ACTION DE DIVERSION DIT «D’INSURRECTION GENERALE» POUR LA NUIT DU 23-24 MAI 45.
4/ LE CONTRE ORDRE DU 18 MAI 1945

Le contexte dans lequel ces évènements ont eu lieu, est le résultat d’une activité militante qui remonte généralement à l’existence et au développement de l’idée nationale à travers l’Etoile Nord Africaine des années 30 et au Parti du Peuple Algérien, et d’une manière plus précise à la réactivation de cette organisation au début de la dernière guerre en 1940.

Le Parti du Peuple Algérien s’était enrichi d’un apport nouveau par l’intégration de la jeunesse universitaire nationaliste a l’occasion d’une tentative de recrutement de Mohamed Lamine DEBAGHINE, par un groupe d’étudiants qui avait décidé le déclenchement de la lutte insurrectionnelle pour le 1er Octobre 1940, suite à la débâcle de la France le 18 juin 1940. Cette tentative s’est soldée, sur les conseils judicieux de Mohamed Lamine DEBAGHINE qui assurait le leadership de la Direction politique du P.P.A, par une intégration du groupe étudiant dans les rouages du P.P.A et la désignation d’un des leurs en l’occurrence MOSTEFAI Chewki, à titre de caution et garantie, et comme membre à part entière de la Direction du Parti.

La défaite militaire de la France ayant entraîné la démobilisation de Ferhat ABBAS, Pharmacien, une démarche a été faite auprès de lui, à l’hôtel des négociants rue d’Isly à Alger au courant de l’automne 1940 par Mohamed Lamine DEBAGHINE et moi-même, au nom du Parti, pour l’inviter, vue la conjoncture nouvelle d’affaiblissement de la France, d’abandonner la politique d’assimilation poursuivie jusque là et d’embrasser une politique indépendantiste de libération nationale. Ferhat ABBAS n’était, dit-il, « pas homme à changer de fusil d’épaule ». La même démarche faite au lendemain du débarquement anglo-américain du 8 novembre 1942 l’a trouvé en de meilleures dispositions.

La Direction, en la personne de Mohamed Lamine DEBAGHINE l’a saisi d’un projet de programme politique devant guider désormais notre action commune. C’est ainsi que Ferhat ABBAS a rédigé un programme politique qu’il a intitulé « Manifeste du Peuple Algérien ». L’initiative du Parti P.P.A dans la naissance du Manifeste a été occultée par tous les auteurs sauf Benyoucef BENKHEDDA dans les origines du 1er Novembre 54 (page 91) y compris par Mahfoud KADDACHE (Page 639) dont l’œuvre, remarquable par ailleurs, constitue l’ouvrage le plus documenté, a ma connaissance, sur l’Histoire du Mouvement National .

Aussi bien en ce qui le concerne que d’autres écrits, mon intervention, plutôt que de refaire l’Histoire, servira davantage à compléter et à corriger éventuellement ce que le vécu des choses m’autorise à combler comme oubli, non information ou erreur.

Grâce au Manifeste, et à son Additif adopté le 26 Mai 1943 par les sections Arabes et Kabyles des Délégations financières, additif que nous n’avons pas avalisé en raison de sa référence à l’Union Française, Ferhat ABBAS a néanmoins accompli un travail considérable en diffusant dans les milieux de la bourgeoisie intellectuelle et commerçante, l’idée du nationalisme, modéré certes, mais remettant en cause le sacro-saint dogme de l’Algérie française. C’était là, une avancée intéressante. La nécessité se fit bientôt sentir de structurer ce vaste mouvement d’opinion pour le rendre capable d’entraîner les masses populaires dans des actions qui s’avéraient indispensables en raison des attitudes négatives et dilatoires des autorités françaises dont le seul souci était l’effort de guerre. KADDACHE décrit parfaitement tout ce scénario, qui explique la montée en température de l’opinion en général. Ferhat ABBAS prend l’initiative de lancer un mouvement politique : les Amis du Manifeste et de la Liberté (les A.M.L.) et invite le P.P.A, en la personne de Hocine ASSELAH, chargé des relations avec lui, de promouvoir une organisation de masse. Le P.P.A s’y employa efficacement grâce à son organisation clandestine qui déploya une activité au grand jour, s’avéra ainsi d’une grande efficacité et, par la force des choses, devint la colonne vertébrale des A.M.L. Si bien que lorsqu’il fallut décider de Manifester pour son propre compte au plan syndical, le 1erMai et le jour de la victoire, le P.P.A fut accusé d’avoir noyauté les A.M.L dans le but de mener sa propre politique en trahissant la confiance de ses partenaires.

Ce qui était absolument contraire à la réalité. En effet le P.P.A, en raison de sa politique radicale , représentait pour le pouvoir colonial l’ennemi à abattre. Et comme il y avait eu des antécédents de tentatives de rapprochements, de nationalistes algériens dont OUAMARA Rachid, RADJAF Belkacem pour obtenir aide et appui des Allemands dans leur action anti-coloniale, il était facile pour l’Administration de taxer le P.P.A et ses militants de collaborateurs de l’Allemagne hitlérienne , et ce malgré la position non équivoque, anti-nazie et pro-occidentale de MESSALI Hadj, emprisonné à El Harrach depuis le 4 Octobre 1939. Il en était de même pour le Parti Communiste Algérien qui prétendait exercer une influence prédominante sur la classe ouvrière algérienne, et dénonçait la politique nationaliste du P.P.A comme une politique aventureuse, contraire aux intérêts du peuple algérien, alors que le salut résidait, d’après lui, dans des liens étroits avec le peuple français. L’influence du P.P.A était contestée par certains, y compris par les Américains. Le P.P.A qui avait gardé son individualité propre se trouvait au printemps de cette année 1945, dans l’obligation absolue de démontrer, si ce n’est son influence sur le prolétariat algérien, influence qui était réelle, au moins la rupture quasi-totale entre l’opinion des masses ouvrières, ne parlons pas des masses paysannes, avec l’idéologie et la politique des Partis Communistes algériens et français.

C’est ainsi que s’expliquent les manifestations du 1er Mai décidées unilatéralement par la Direction du P.P.A au début du mois d’Avril, et ce à travers tout le territoire national. Ce n’est pas la déportation de MESSALI, de Chellala où il était en résidence, a El Goléa dans un premier temps, puis à Brazzaville, qui a motivée les manifestations du 1er Mai, pour la simple raison qu’on ne peut pas, quelle que soit la puissance d’une organisation clandestine, décider d’une action à l’échelle du pays en quelques jours. Said AMRANI raconte que la veille du 1er Mai, soit le 30 Avril il a passé sa journée et une partie de la nuit à tirer des tracts à la ronéo, dans le local de la rue Socgemaa (Souk El Djemaa), pour les transporter à Oran le lendemain par train, en compagnie de Ahmed MEZERNA. Tracts dénonçant la déportation de MESSALI Hadj et les arrestations des militants de Ksar El Challala, Saàd DAHLEB….. Le 1er Mai, fête du travail a été une action essentiellement politique et, occasionnellement, une protestation contre l’arbitraire et la provocation coloniale.

Si on se penche sur les motivations du 8 Mai 45, le caractère politique et impératif est encore plus évident.

Depuis le mois de Mars 1945, la défaite allemande s’avérait imminente. Le mouvement des AML, avait pris un développement fulgurant et ce à l’échelle du territoire national, dû pour une bonne part, à l’action de l’organisation du Parti P.P.A. L’état d’esprit de la population était marqué par l’impatience et le désappointement devant le refus obstiné de l’autorité locale et du pouvoir métropolitain d’accorder une quelconque attention aux revendications nationales, mêmes quand elles sont empreintes de modération et d’esprit de compromis. Les Alliés Anglo-Américains accordaient à la France, le privilège du monopole colonial dans le traitement des affaires politiques en Algérie, et ailleurs, en vertu de la priorité de la guerre sur toute autre préoccupation.

À la Direction du P.P.A, nous étions conscients que les effets conjugués de la propagande française, relayée par celle des Partis Communistes algériens et français, devaient être combattus avec toute la vigueur nécessaire si nous ne voulions pas laisser accréditer aux yeux du camp occidental l’idée que le peuple algérien était l’allié de l’Allemagne nazie. Il fallait frapper un grand coup et démontrer, au moment de la célébration prochaine de la victoire définitive du camp de la Démocratie sur l’Hitlérisme, que le peuple algérien, partisan de la Démocratie et de la Liberté des peuples, entendait célébrer dans la joie et l’enthousiasme la fin du cauchemar né de l’Hitlérisme et son équivalent le Colonialisme, contre lesquels le peuple Algérien a consenti les plus grands sacrifices sur tous les fronts de la guerre et autres Cassino.

Et pour profiter au maximum du retentissement médiatique , à l’échelle mondiale de la victoire des pays de la Charte de l’Atlantique, l’Algérie devait fêter sa victoire en tant que peuple, en tant que nation opprimée, indépendamment de la France et de ses institutions, en arborant tout haut l’Emblème de sa propre souveraineté.

C’est ainsi que nous décidâmes, au sein du Comité Directeur, de défiler le jour des manifestations de la victoire, en arborant le drapeau de l’Etoile Nord Africain et P.P.A en tête des cortèges.

Hocine ASSELAH reçut pour mission de la Direction de trouver un exemplaire du drapeau avec lequel MESSALI Hadj avait défilé en 1937 du Champ de manœuvre à la grande poste ; drapeau, écrira plus tard, ce dernier, dans ses mémoires, qui avait été conçu et cousu par Mme MESSALI elle même. La recherche de Hocine ASSELAH s’avéra infructueuse et au bout d’une semaine, il nous avisa que, même au musée Franchet d’Esperay qu’il avait visité pour la circonstance, il n’y avait pas trace du drapeau de Mme MESSALI. Ce que voyant, nous décidâmes d’en fabriquer un aux couleurs suggérées par différentes personnes , à savoir, vert, blanc et rouge.

Nous fûmes désignés, Hocine ASSELAH, Chadly EL MEKKI et moi même afin de concevoir un, ou plusieurs modèles de drapeaux, que la Direction adopterait. A nous trois, nous décidâmes de nous réunir le lendemain au lieu de nos réunions, rue Socgemaa (Souk El Djemaâ) dans l’appartement de 2 pièces du 2ème étage mis à la disposition de l’organisation en la personne de Said AMRANI par MOUFDI Zakaria et HENNI Mohamed, surnommé DAKI, pour les besoins de l’organisation du Parti, laquelle relevait de la responsabilité de Said AMRANI. Celui-ci le mit à la disposition de SMAI Abderrahmane, militant de l’organisation, pour en faire un local professionnel de tailleur, profession qui appelle des visites nombreuses de clients supposés, sans attirer autrement l’attention d’une quelconque surveillance policière. Cela convenait parfaitement au rôle dévolu à ce local puisque, pendant des années, il servit, sans anicroche, de lieu de réunion aux organismes dirigeants du Parti. C’est là qu’une certaine matinée du mois de Mars ou Avril je me suis rendu avec, dans la poche, mon équerre et mon compas, des feuilles blanches et une boite de crayons de couleurs bien taillés, ainsi que des esquisses de différentes combinaisons de drapeau.

La discussion a porté sur les positions relatives de l’étoile et du croissant, sur les couleurs, sur la signification et les symboles des motifs envisagés. Le choix définitif de la Direction s’est porté sur le modèle actuel. A savoir, le croissant à cheval sur le vert et le blanc et l’étoile dans le blanc à l’intérieur des deux branches du croissant. La forme actuelle a été obtenue grâce à l’initiative de Benyoucef BENKHEDDA et de Hadj CHERCHALLI son chef de cabinet à la présidence du G.P.R.A en 1961, qui ont confié à Mokhtar LAATIRI, un ingénieur tunisien, le soin d’en déterminer les caractéristiques techniques, mathématiques pour la forme, et physiques pour les couleurs, de telle sorte que la fabrication des emblèmes de quelque dimension que ce soit, obéissant à des paramètres stricts, aboutit à une forme et des couleurs rigoureuses toujours identiques à elles-mêmes . Ce drapeau fut par la suite confirmé comme emblème national au comité central du Parti en 1949, puis normalisé par une décision du G.P.R.A au cours de sa réunion du 3 avril 1962 à Tunis et enfin institutionnalisé par la loi n° 63-145 du 25 avril 1963 de la République Algérienne Démocratique et Populaire.
Avant de clore ce chapitre, je crois devoir préciser que dans notre esprit, nous venions de créer un emblème auquel s’attache une volonté de différenciation, de scission avec le symbole tricolore de la souveraineté française, nous n’avions pas crée le futur drapeau de la nation algérienne. Ce sont les évènements, c’est par la force des choses que cet emblème a acquis ses droits de cité, c’est par la puissance de l’idéal qu’il sous-tendait ; c’est par l’abnégation et l’esprit de sacrifice, de ceux qui l’ont porté, avec honneur et gloire, ce sont les milliers et les centaines de milliers de Chouhada qui ont donné leur vie pour qu’il reste debout, face au vent et à l’ennemi ; c’est pour tout cela qu’il est devenu, par le vert, le symbole de l’espérance et du progrès, par le blanc, le symbole de la paix, par l’étoile et le croissant le symbole de l’Islam. Progrès, Paix, Allah ; ce fut une étrange coïncidence avec les trois lettres du Parti du Peuple Algérien (P.P.A) inventeur et artisan de l’Indépendance nationale.

Nous en étions là, à attendre la défaite officielle de l’Allemagne et la célébration de la victoire des Alliés. Les instructions ont été diffusées à travers tout le territoire pour organiser des défilés indépendants de ceux organisés par l’administration coloniale en association, avec les représentants des forces alliées, c’est à dire essentiellement les Anglo-Américains

Le modèle du drapeau, qui venait d’être adopté par la Direction a été distribué aux sections à Alger et distribué au reste des villes de l’intérieur pour le fabriquer et le tenir prêt pour le jour « J » dont, naturellement, on ne connaissait pas encore la date exacte. C’était une tâche dévolue à Said AMRANI en tant que responsable de l’organisation au sein de la Direction.

Nos cortèges avaient pour consignes, dans toute la mesure du possible d’arborer les drapeaux de tous les alliés, Etat-Unis d’Amérique, Grande Bretagne , URSS et y compris celui de la France.

LES MANIFESTATIONS DU 1er MAI.

La consigne donnée aux organisations du Parti était d’une part de boycotter les défilés organisés par la CGT et le PCA et, d’autre part, organiser, dans la mesure du possible, un défilé indépendant en arborant des pancartes portant les slogans nationalistes tels : «Parlement Algérien», «Libérer MESSALI», «Libération de tous les détenus politiques», «Indépendance», etc. Dans de très nombreuses villes de l’Est à l’Ouest, la consigne fut observée avec un grand succès. A Alger la capitale, la manifestation fut grandiose. Pour faciliter les rassemblements et surprendre les forces de police, trois points de départ étaient prévus : la place du Gouvernement actuellement place des Martyrs, Rue Marengo prés de la Mosquée de Sidi Abderrahmane et Bab Ejdid, dans la haute Casbah. La synchronisation des départs avait dévolu à chacun des 3 cortèges, une heure précise de démarrage calculée de telle sorte qu’en tenant compte de la distance à parcourir à une vitesse donnée, le cortège de Bab Ejdid devait déboucher le 1er sur la rue d’Isly (actuelle Ben M’hidi) en venant par les rues Rovigo et Henri Martin et arriver en tête de la manifestation à la Grande Poste ; le cortège de la place des martyrs devait arriver par la rue Dumont Durville et s’accoler au cortège de Bab Ejdid, et celui de la rue Marengo prendre la suite de celui de la place des martyrs. Tout cela devait constituer une masse de plusieurs dizaines de milliers de manifestants avec, à leur tête, les étudiants de l’université, Marocains, Tunisiens, Algériens ainsi que des Etudiantes. Je me dois de citer leurs noms et d’ouvrir une longue parenthèse, car cette jeunesse intellectuelle va jouer un rôle considérable, décisif dans l’histoire du mouvement national. Mamia AISSA (future Madame Abderezzak CHENTOUF), Mimi BELAHOUANE (future Madame Ahmed SIDI MOUSSA) et Kheira BOUAYAD-AGHA, de Tlemcen (future Madame Chawki MOSTEFAI) devaient être sur le devant du cortège ; puis, a coté et derrière elles, les étudiants Marocains dont Abdelkrim KHATIB, EL FASSI, THIBER, BOUCETTA, les frères BELABBES, DIOURI tous futurs ministres du Gouvernement Marocain, les Tunisiens dont, entre autres, Driss GUIGA, futur ministre, Tahar GUIGA, Abdelmalek BERGAOUI, les frères Said MESTIRI chirurgien émérite et Ahmed MESTIRI futur ministre, Mostefa LAAFIF et bien d’autres, soit une cinquantaine d’universitaires Maghrébins en tout . Ce seront ces camarades de faculté qui ont été, à l’instar de nous-même, de véritables militants du Front de Libération Nationale de 1954 à 1962.

Ce que j’atteste avec détermination, puisque, déjà avant et lors de la création du Gouvernement Provisoire de la République Algérienne (G.P.R.A), je reçus pour mission de représenter l’Algérie combattante auprès du Gouvernement Tunisien d’abord, puis du Gouvernement Marocain. Je veux citer particulièrement, puisque l’occasion m’en est donnée , le Dr Abdelkrim KHATIB, ministre du Gouvernement de sa Majesté MOHAMED V puis de sa Majesté HASSAN II dans les années 1960 et 61 qui nous a, dans une large mesure, par son action auprès de l’autorité marocaine aidé à contrecarrer et faire échouer le projet de De Gaulle du « Sahara des riverains » auquel avaient déjà adhéré, avec enthousiasme, tous les autres pays riverains « Tunisie, Libye, Niger, Mali, Mauritanie » ; ce qui ouvrit la voie au succès des négociations entre le FLN et le Gouvernement Français par la déclaration du 5 septembre 1961 du général De Gaulle sur le Sahara : ( lire L’Algérie à Evian de Redha MALEK page 175/176 ) pour aboutir aux accords d’Evian du 19 mars 1962. Par ailleurs, grâce, en plus, à son appartenance à la Direction du Parti de Ahardane, Ministre de la défense du Gouvernement Marocain, nous primes l’initiative, KHATIB et moi, de proposer au Gouvernement Marocain, d’importer, en tant qu’état souverain, de l’armement destiné à l’A.L.N. Le Roi MOHAMED V en a accepté le principe à la condition que les organisations civiles, le F.L.N et militaire l’A.L.N, se comportent sur le territoire Marocain, dans le respect strict de la souveraineté de l’Etat Marocain. L’accord négocié par la Mission du GPRA de Rabat avec le ministre de l’intérieur BEKKAI et signé par BENTOBAL au nom du GPRA, ouvrit la voie à l’importation par le Gouvernement Marocain de 4 bateaux remplis d’armes achetés par le GPRA, auprès des états socialistes, l’URSS notamment et destinés à l’A.L.N de l’ouest.

Revenons au cortège de Bab Ejdid.

Un hasard malencontreux a voulu que la délégation marocaine rejoignit le point de rassemblement avec quelques 10 minutes de retard, ce qui nous a amené, en faisant une marche forcée du cortège, à déboucher directement dans la rue Ben M’hidi (ex Isly) pour rattraper le retard du démarrage. Le cortège de la place des Martyrs était déjà passé. Celui de Sidi Abderrahmane débouchera au début de la rue Ben M’hidi (ex Isly) où les deux cortèges se fondirent l’un dans l’autre. Quelques minutes plus tard en s’acheminant vers la Grande Poste, nous entendîmes, devant nous, le crépitement d’une mitrailleuse qui dura plusieurs secondes, suivie d’une clameur de la foule qui reflua en désordre, les gens abandonnant sur le trottoir chaussures, espadrilles, coiffures, même des sacs et des couffins. En quelques minutes, la rue Ben M’hidi avait retrouvé son calme où régnait un silence de mort. Le soir nous apprîmes que le mitraillage de la police ou de la gendarmerie avait provoqué la mort de 4 personnes Ghazali EL HAFFAF, Ahmed BOUGHLAMALLAH, Abdelkader ZIAR et Abdelkader KADI ainsi que des dizaines de blessés graves.

Le lendemain, nous lûmes, dans le journal du parti communiste algérien, le discours que Amar OUZEGANE a prononcé à la fin du défilé de la CGT, sur l’esplanade de la Grande Poste, appelant à la répression et l’extermination des «agents fascistes» du P.P.A qui osaient saboter la fête sacrée du monde du travail. Mahfoud KADDACHE cite l’article de «Liberté» du 3 mai qui «dénonçait une poignée de misérables provocateurs, agents de l’hitlérisme liés aux féodaux européens et musulmans».

Mais le résultat politique était atteint. Nous avions démontré aux Américains (je cite encore KADDACHE) qu’ils se trompaient quand ils déclaraient à une délégation de nationalistes «Hocine ASSELAH, Hadj Mohamed CHERCHALI et Chadly MEKKI» que le peuple ne suivait pas le mouvement national.

La fusillade avait eu lieu au niveau du casino. Ces cortèges ont eu lieu dans certaines grandes villes avec un succès total. Seules Oran et Blida ont subi le même sort et les deux villes ont eu chacune un mort et des blessés.

LES MANIFESTATIONS DU 8 MAI.

Ayant fait le bilan de l’opération du 1er mai et mobilisé l’organisation pour porter secours aux blessés et à leurs familles, nous nous empressâmes de diffuser à toutes nos organisations locales des directives complémentaires concernant les prochains défilés de la victoire à savoir :

1) Les manifestations doivent être absolument pacifiques ; les mots d’ordre de prudence et de sang-froid largement diffusés parmi les manifestants ; le contrôle de ceux-ci pour récupérer toutes espèces d’armes éventuelles tels que armes à feu, couteaux, même les bâtons etc.
2) Les villes d‘Alger et d’Oran s’abstiendront de manifester ; de crainte que les récentes fusillades du 1er Mai, n’aient crée chez les militants et les manifestants, un esprit de revanche, contre les forces de l’ordre, propice aux provocations de celles-ci, toujours possibles.
3) Déployer en milieu de parcours, le drapeau algérien qui venait d’être adopté par la Direction, quelques semaines auparavant.

Nous attendîmes alors l’armistice qui intervint le 7 Mai et les fêtes de la victoire des alliés furent fixées au 8 Mai 1945. Les détails de ces manifestations ont fait l’objet d’une description très détaillée de Mahfoud KADDACHE dans le Tome II (pages 702 et suivantes) de son livre «Histoire du Nationalisme Algérien» et de Redouane AINAD-TABET dans son livre très documenté «le 8 mai 1945». Ces deux publications sont incontournables pour qui veut connaître les faits survenus. A ceux qui s’intéressent à cette période, je ne saurai trop leur recommander la lecture et la réflexion sur ces deux œuvres. Il se dégage de l’une comme de l’autre mais également du travail de Benyoucef BENKHEDDA dans «les origines du 1er Novembre 54» pages 97 et suivantes et de Mohamed HARBI dans «Mirages et Réalités» quelques données essentielles à la compréhension des Evénements.

Primo : la conjonction des deux mouvements nationalistes, réformiste autour de Ferhat ABBAS, et radical autour de Hadj MESSALI, c’est à dire, le P.P.A, combiné à une intrication structurelle des deux courants dans le mouvement des Amis du Manifeste et de la Liberté (A.M.L), et ce, a la demande de Ferhat ABBAS au P.P.A de lui prêter main forte grâce à son organisation clandestine disséminée sur tout le territoire national, pour créer, rapidement un grand mouvement de masse capable d’appuyer efficacement les revendications contenues dans le Manifeste du Peuple Algérien.

Certains auteurs ont présenté l’association Ferhat ABBAS (A.M.L) comme une initiative et une œuvre unilatérale des amis de Ferhat ABBAS, offrant ainsi l’occasion au P.P.A de s’engouffrer à l’intérieur des A.M.L. pour en prendre le contrôle. Je m’inscris en faux contre cette vision des choses, suggéré après coup, après les événements tragiques de Mai 45, les massacres, des populations et l’emprisonnement des dirigeants des A.M.L. en la personne de Ferhat ABBAS et du Docteur SAADANE ;

La vérité toute simple est que, si Ferhat ABBAS a effectivement pris l’initiative de lancer les A.M.L. et accompli de gros efforts pour la diffusion du Manifeste en sillonnant l’Algérie d’Est en Ouest, le mouvement n’a pas pu dépasser le stade du rassemblement de personnalités, appartenant à la classe moyenne, intellectuels, professions libérales, fonctionnaires, commerçants, bref un rassemblement (bon enfant) typiquement bourgeois. Ce qui a amené Ferhat ABBAS et Hocine ASSELAH à concevoir l’implication de l’organisation clandestine du P.P.A. pour dynamiser, le mouvement existant, en le structurant et en le popularisant.

Lorsque l’idée a été soumise à l’approbation de la Direction cette dernière n’y a vu que des avantages pour le développement de l’idée nationale, avec, en plus, une ouverture plus grande de l’action de nos militants qui pouvaient désormais agir au grand jour, sous l’étiquette et le parapluie d’une organisation légale.

Secondo : La question de savoir qui a décidé et organisé les manifestations du 8 Mai 45 à travers le territoire Algérien a fait l’objet d’interprétation diverses et généralement erronées. En rappelant l’impérieuse nécessité de participer, ostensiblement, aux fêtes de la Victoire du camp occidental, et ce à part entière, indépendamment de l’entité française et en contestation flagrante de la souveraineté française grâce au déploiement d’un emblème national, il est clair que la décision du P.P.A. à l’échelle de sa Direction n’est pas contestable. Il paraît évident que Ferhat ABBAS et ses amis n’ont pas manqué, non plus, d’y avoir songé.

Mais le fait est que, engagé solidairement dans le cadre des A.M.L, nous avons naturellement proposé à l’instance dirigeante de ce mouvement d’en prendre la paternité. La proposition était acceptable, sous réserve de non déploiement du drapeau qui représente une atteinte directe et flagrante à la souveraineté française et entraînerait immanquablement une action répressive immédiate. Mahfoud KADDACHE rapporte dans son livre «Histoire du Nationalisme Algérien» (p 702), qu’afin d’annoncer son désir de participation aux manifestations de la victoire des Alliés, le Comité Central des A.M.L. prépare un tract, dont la diffusion sera d’ailleurs interdite par le préfet d’Alger car, estimé par le préfet, trop violent et inacceptable, et dont voici le texte :

« Le Comité Central, résolu à participer aux fêtes qui suivront une victoire à laquelle le peuple algérien a largement participé,
Voulant s’associer en cette circonstance à tous les éléments démocratiques de l’Algérie
Résolu à manifester dans l’ordre et pacifiquement
Décide : Toutes les sections locales des Amis du Manifeste et de la Liberté, devront prendre contact avec les autorités officielles et les partis démocratiques pour participer à ces manifestations.
Les mots d’ordre seront :
1) Vive la victoire des Démocrates sur le fascisme, l’hitlérisme, le colonialisme et l’impérialisme.
2) Amnistie générale pour tous les détenus et internés politiques musulmans.
Les pancartes qui seront présentées en cette occasion ne devront pas porter d’autres indications que celles de ces mots d’ordre inscrits en langue arabe et en langue française ».
C’était donc, on ne peut mieux, une fin de non recevoir a notre proposition. Ce principe de la sacro-sainte légalité de toute action politique a toujours été la pierre d’achoppement dans nos relations avec les autres partis de la mouvance nationaliste.
Pour nous, la participation aux fêtes de la victoire était un impératif catégorique avec nos mots d’ordre et notre Emblème, afin que nul n’en ignore. Un ordre du jour, rédigé de mes propres mains, et décidé par la Direction du Parti en vue de réitérer, d’une manière pressante et insistante, les consignes de précaution et de prudence face à d’éventuelle provocations, fut diffusé à ,toute l’organisation. Mahmoud GUENIFI responsable du P.P.A. à Sétif rappelle dans une interview de l’époque, citée par KADDACHE : « les directives reçues du Parti qui demandaient de profiter de la victoire des Alliés pour sortir le drapeau algérien. Les manifestants ne devaient avoir aucune arme. Les ordres étaient très stricts à ce sujet. Nous avons enlevé les armes aux militants et aux manifestants ». Avant le 8 Mai, des rumeurs d’insurrection avaient circulé. Nous nous sommes même réunis avec Pierre Bloch, et Zelmati du consistoire, qui étaient inquiets car on leur avait dit que nous allions nous révolter contre les juifs. Nous les avions rassurés.
Benyoucef BENKHEDDA rapporte dans son livre «Les Origines du 1er Novembre 1954», en analysant la question de l’Autorité qui a ordonné les Manifestations du 8 Mai, que Mohamed Lamine DEBAGHINE ne se souvient pas, que Ahmed BOUDA et Mahmoud ABDOUN affirment que l’ordre est venu des A.M.L, invoquant comme preuves l’absence de Manifestations à Alger et Oran. La cause de ces erreurs est que tout bonnement, ces trois dirigeants membres de la Direction étaient justement absents d’Alger au moment du refus de la Direction des A.M.L. de défiler avec nos slogans et le drapeau, soit le 4 Mai 45.
Mohamed Lamine DEBAGHINE se trouvait dans son cabinet médical à El-Eulma, Ahmed BOUDA à Tablât et Mahmoud ABDOUN non concerné par cette opération. Mais ils avaient auparavant participé à la décision de ces manifestations quand elles étaient censées se passer dans le cadre des A.M.L.
C’est vrai qu’ils avaient également le droit de se tromper pour la simple raison que les militants et cadres de section du P.P.A. qui ont reçu instructions pour défiler portaient également la casquette des A.M.L et que, très probablement, ils ont largement usé de cette qualité et de cette notoriété pour entraîner le maximum de monde pour assurer le succès des manifestations.

Le problème est donc très clair. Les défilés de la victoire qui sont la cause déclenchante des évènements douloureux de Mai 45 ont été instrumentalisés par le P.P.A. et par le P.P.A seul.

Comment expliquer qu’une intention, qu’un objectif de nature essentiellement pacifiques débouchent sur une tragédie de cette dimension.

Certains ont incriminé la légèreté, l’incompétence, l’aventurisme des dirigeants du P.P.A. Spécialistes d’omelettes sans casser les œufs, je fais là une amicale allusion aux réformistes de tous poils ; éternels pourfendeurs de ce qui n’est pas eux mêmes et spécialistes défonceurs des portes ouvertes, et là je fais allusion aux militants toujours insatisfaits de ce qui n’a pas été leur œuvre personnelle.

Il est clair que la Manifestation de Sétif au cours de laquelle le jeune Bouzid SAAL a trouvé la mort, à l’instar de ses collègues porteurs du drapeau Vert et Blanc, à Alger, Blida et Oran, le 1er Mai, aurait pu en rester là, si les consignes données par la Direction, et les efforts déployés par les responsables (témoignages de Mahmoud GUENIFI, de Taarabit) pour désarmer, dissuader et disperser les manifestants ivres de vengeance, n’avaient pas été sournoisement et savamment sabotés par les agents de l’ordre public, Commissaire et Inspecteurs de police en tête et civils européens, tirant à partir des fenêtres d’immeubles. Vu l’état d’esprit des populations, rurales notamment, qui étaient majoritaires dans les cas de Sétif et Guelma et qui étaient, par tradition ancestrale, venues armées de gourdins, couteaux et autres armes a feu, dont la plupart avaient été confisquées par les services d’ordre, les manifestants réagirent dans un réflexe de vengeance et de haine accumulée et transformèrent rapidement le défilé en émeute. C’était, de toute évidence, le secret espoir des autorités lesquelles subissaient les pressions des populations européennes qui réclamaient, depuis quelque temps, déjà, une répression exemplaire du mouvement nationaliste.

L’extension rapide des émeutes à d’autres localités du Constantinois, rapportée a la rapidité de l’intervention de l’armée ainsi que la mise en œuvre immédiate de milices civiles qui tiraient a vue dans les villes, villages et campagnes sur tout ce qui portait burnous ou chèche ; tout cela signait la préméditation et la préparation. A ce titre, la relation du 8 Mai 45 de Redouane AINAD-TABET est pleine d’enseignement. Que la spontanéité des populations rurales aient fait le jeu d’une provocation savamment orchestrée, cela aussi est un constat de faiblesse de la montée en puissance du sentiment national ; mais cela servira pour la préparation des actions ultérieures.

Certaines rumeurs ont laissé entendre que l’extension des troubles n’était pas forcement fortuite ni spontané et qu’il se trouvait des agents provocateurs à la solde de l’administration ou des colons qui appelaient au djihad ; peut être, même, des patriotes avérés, partisans organisés ou non, pressés d’en découdre. Incontrôlable, mais vraisemblable.

La réflexion la plus importante en face de ces évènements est la nécessaire prise de conscience de la gravité et du sérieux de la lutte en faveur de l’indépendance nationale. Les évènements de Mai 45, découvrent le vrai visage du colonialisme : sanguinaire, aveugle, impitoyable. C’est à un combat sans merci qu’il faut se préparer.

Telle est la conclusion qui s’est imposée a nous.

Vers le 10 et le 11 Mai, des militants de Sétif et Guelma sont venus chercher de l’aide, supplier le Parti de faire quelque chose pour soulager la région, plongée dans un enfer de tueries et de destructions ; ils demandaient des armes pour se battre ; « aidez-nous par pitié » répétaient t-ils.

Nous étions une petite poignée de dirigeants qui se trouvèrent brutalement confrontés a une situation d’une extrême gravité. La Direction restreinte se composait à ce moment là de cinq ou six personnes. Hocine ASSELAH, Hadj Mohamed CHERCHALLI, Said AMRANI, Chadly El MEKKI, Ahmed BOUDA et moi même.

Le problème posé réclamait une réponse urgente.

Que faire ?

C’est la question que se pose Benyoucef BENKHDDA, voir son livre « Les Origines du 1er Novembre 1954 » pages 102 à 107.

La concision et l’authenticité de sa présentation doivent certainement beaucoup au témoignage de Hadj Mohamed CHERCHALLI qui était son chef de cabinet à la présidence du G.P.R.A, qui possédait une excellente mémoire et avait vécu l’événement dans sa totalité avec Said AMRANI et moi-même.

3/ L’ORDRE D’ACTION DE DIVERSION DIT «D’INSURRECTION GENERALE» POUR LA NUIT DU 23-24 MAI 45.

Nous avons vécu 48 heures de réunion non-stop, à l’affût des moindres informations qui nous rapportaient l’aggravation des massacres de populations et nous faisaient prendre conscience de la distance, qui séparait nos ambitions de nos capacités. Est-ce qu’il y avait place pour une action politique quelconque. Pouvait-on suspendre la tuerie pour alerter les médias à l’échelle mondiale, fallait-il décider de manifestations de masses pour contre carrer une action génocidaire, sans risque de voir ces actions dégénérer en jacqueries entraînant les massacres à l’échelle du pays ; certains ont considéré et écrit que le Comité directeur désemparé, perdant son contrôle, s’est laissé imposer par les responsables Constantinois, le recours à l’insurrection générale.

J’admire les historiens qui confectionnent l’Histoire et ne se sont pas donné le temps de s’informer auprès des protagonistes des évènements qu’ils rapportent.

Au cours de nos échanges de points de vue, une idée me traversa l’esprit. C’est un adage qu’on utilise souvent dans le terroir Sétifien et notamment à Bordj Bou Arreridj où j’ai grandi quand se pose un problème ardu :c’est celui-ci.(كبرها تصغار و خلطها تصفى) .Lorsque j’en fit part à mes collègues , le sens de cette locution apparut au grand jour. Les émeutes paysannes telles celles de Sétif, Guelma ont drainé des forces militaires dans ses régions mais si des troubles éclataient ailleurs, dans le reste du territoire : dans l’Algérois, la Kabylie, l’Oranie, que feraient l’armée française, les régiments de légionnaires, les forces de répression massives ? ils n’auraient d’autres ressources que de se replier pour faire face à la situation. La logique d’une telle hypothèse apparu clairement aux yeux des membres présents.

Que fallait-il faire au juste ? Il fallait surtout ne pas faire appel à la population. L’échauffement des esprits dus aux évènements contribuerait très probablement à multiplier les actes inconsidérés et improvisés qui caractérisent les jacqueries dont le bénéfice est aléatoire pour la raison principale qu’ils sont incontrôlables et échapperaient totalement à l’autorité déclenchante.

Par contre, notre organisation structurée et disciplinée pouvait déclencher à travers l’Algérie des actes de sabotage et de destructions, caractéristiques d’un programme d’actions organisés et assujetti a une Direction moderne, donc capable d’une stratégie de lutte beaucoup plus dangereuse que les flambées meurtrières actuelles.

Ce genre d’action est-il possible.

oui !

Quels en sont les risques :

  • Sur les opérations : se mettre en clandestinité s’ils ont le sentiment de n’être pas découverts ou soupçonnés ; si oui, prendre le maquis :
  • Sur la Direction du Parti et cadres principaux : clandestinité immédiate.

Protéger les archives et les liaisons.

Quels seraient les avantages d’une telle action.

  • Obliger l’ennemi à se déconcentrer, donc à soulager les régions martyrisées du Constantinois,
  • Montrer la capacité de l’organisation à passer a un stade supérieur de la lutte : l’insurrection armée.
  • Enfin, doper le moral de la population et des militants.

Nous évoquons délibérément, des doutes sur notre capacité de faire face à la situation par la suite, sans moyens financiers, sans préparations des militants, certes courageux, mais sans expérience. D’autres arguments balayent d’un geste ces considérations. Peut-on prévoir, dans le moindre détail, comment les choses vont se passer ? Faut-il être experts en insurrection pour l’envisager ? Bref, ce n’est pas faute d’avoir cherché une solution, que petit à petit on s’achemina vers une décision de faire, ce qui était en notre pouvoir et ne pas adopter l’attitude la plus facile, la plus commode, la moins responsable , la moins risquée, la moins critiquable en cas d’erreur ou fausse manœuvre, celle de ne rien faire , celle de se croiser les bras en implorant la pitié des hommes, plus bêtes sauvages que des hommes.

Le vote intervenu fut unanime pour décider de créer des centre de fixation des forces répressives ; en prenant ses précautions, en restant à l’écoute des évènements, en surveillant le développement de ces actions qui pourraient, pourquoi pas à priori, être le prélude à une action plus en profondeur et durable dans le temps. C’était vraiment le contraire d’une «improvisation intempestive» dont nous a gratifié, le professeur agrégé, Gilbert Meynier dans son dernier livre «histoire intérieur du F.L.N» en parlant de Mai 45.

La décision est prise. Non d’une insurrection générale proprement dite comme tout le monde l’écrit y compris Benyoucef BENKHEDDA par simplification de langage, mais en vérité d’une action de diversion, qui devait peut être déboucher sur une insurrection c’est vrai, mais ce n’était là qu’une hypothèse soumise aux réalités du terrain.

Les tâches furent ainsi réparties

-Mohammed BELOUIZDAD pour l’Algérois,
-Ahmed BOUDA pour Tablât et l’Arba « ou deux cents tabors marocains étaient prêts à marcher avec armes et baga¬ge », disait-il,
-M’Hamed BEN M’HEL pour le Sud Algérois,
-Djillali REGUIMI pour Cherchell
-Ali HALLIT pour la Kabylie.
-Messaoud BOUKADOUM et Chadly EL MEKKI pour le Constantinois,
-Mohammed MAHFOUDI et Abdellah FILLALI pour l’Oranie.

En quelques jours l’efficacité de nos structures et de notre organisation a permis donc de transmettre les instructions à la plupart des régions, malgré l’arrestation de Messaoud BOUKADOUM.

Nous étions réunis non-stop dans l’appartement du propre frère de Hadj CHERCHALLI, d’après Sid Ali ABDELHAMID, quelque part à Bab-El-Oued.

Contrairement à notre attente, les militants envoyés auprès des sections nous communiquaient les difficultés rencontrées pour convaincre les cadres du bien fondé de notre décision : trop de précipitations, situations familiales, moyens financiers, état d’esprit de la population, bref un terrain psychologique peu favorable, sauf certaines localités dans l’Ouest, et en Kabylie. A l’Est, la presse faisaient état de la « soumission » des rebelles sans qu’on sache trop ce que cela voulait dire.

Par contre, de bonnes nouvelles nous parvenaient. Sétif et Guelma assistaient à des déplacements de troupes qui prenaient la direction de l’Algérois, et enregistraient un certain ralentissement dans les actes répressifs. Il semblait que notre analyse était correcte et que la menace d’actions considérées comme le début d’un insurrection armée généralisée avaient été prise en considération par les autorités coloniales

Sources LQA

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YACINE, MANDOUZE, JEANSON ET BARRAT, TÉMOINS DE LA GRANDE RUPTURE:
NOVEMBRE 1954 COMMENCE EN MAI 1945

par Youssef Zerarka

HuffPost Algérie

le 8 mai 2015

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C’est un adolescent meurtri qui, en ces infernales journées de mai 1945, assiste, impuissant, à la sauvagerie dans toute sa cruauté.

C’est un jeune collégien de 16 ans qui, au sortir de l’année du brevet d’enseignement général, constate, convaincu, que plus rien ne sera comme avant. Qui mieux que Kateb Yacine (1929-1989) pour témoigner – à titre posthume – à l’heure de la commémoration du 70e anniversaire des massacres du 8 mai 1945.

Page parmi les plus sanglantes de l’histoire de l’humanité, la tragédie de mai 1945 n’en finit pas de se remettre en perspective, d’interroger les historiens et de titiller les mémoires blessées. Au gré des avancées historiennes, ce corpus sanglant de l’histoire contemporaine gagne en éclairage et les grilles de lectures se trouvent étoffées.

Mais le matériau reste globalement le même : Mai 1945 résonnera à jamais comme une blessure qu’il sera difficile de panser, une douleur impossible à apaiser.

LIRE AUSSI: 70 ans après les massacres du 8 mai 1945, Alger et Paris loin du traité d’amitié mais des relations au « beau fixe »

L’amnésie a beau faire son œuvre, rien ne fera oublier les douleurs de Sétif, Kherrata, Guelma et d’autres contrées des ‘trois départements’’. Forte de son fonds documentaire – et pour peu qu’on daigne l’interroger –, la Toile se charge de bousculer les amnésiques. Et nous rappeler au souvenir des pogroms et de la rafle à grande échelle via ‘’ L’Homme aux sandales de caoutchouc’’.

En mai 1945, Kateb Yacine n’est pas encore ce journaliste en herbe chargé d’alimenter les colonnes d’Alger-Républicain d’articles sur la misère des siens à l’heure de l’Algérie coloniale. Mais l’adolescent Kateb est suffisamment éclairé, très conscient politiquement pour exprimer une douleur à la vue des agissements de la bête immonde coloniale.

« C’est en 1945 que mon humanitarisme fut confronté pour la première fois au plus atroce des spectacles, expliquera-t-il en 1982 face à la ‘’caméra politique’’ du regretté René Vautier. Le choc que je ressentis devant l’impitoyable boucherie qui provoqua la mort de plusieurs milliers de musulmans, je ne l’ai jamais oublié. Là se cimente mon nationalisme. Je témoigne que la manifestation du 8 mai était pacifique. En organisant une manifestation qui se voulait pacifique, on a été pris par surprise. Les dirigeants n’avaient pas prévu de réactions. Cela s’est terminé par des dizaines de milliers de victimes. À Guelma, ma mère a perdu la mémoire. On voyait des cadavres partout, dans toutes les rues. La répression était aveugle ; c’était un grand massacre »

.
À 16 ans, un âge de tradition propice aux premières lettres d’amour, l’adolescent Kateb Yacine succombe à l’amour de ‘’Nedjma’’. Une belle virtuelle en compagnie de laquelle il bascule dans le nationalisme indépendance et succombe à l’amour d’une nation algérienne en construction et en marche irréversible vers l’émancipation du joug coloniale.

L’amoureux de ‘’Nedjma’’ n’est pas le seul à constater l’heure de la rupture irrémédiable au sortir d’un printemps 1945 qui se trouve être un ‘’hiver colonial’’. Autrement plus connus que Kateb Yacine à cette période, d’autres observateurs tirent une conclusion avec des accents de fracture. Dans l’Algérie coloniale, plus rien ne sera comme avant, tranchent-ils en connaissance de cause.

Premier à souligner, avec force, le degré de la fracture et la perspective imminente d’un soulèvement révolutionnaire : le professeur André Mandouze (1919-2006).

Normalien et latiniste, cet historien ‘’d’outre-siècle’’ comme il se définit dans ses mémoires prend la mesure de la tragédie coloniale en mai 1945. Face aux cris de douleurs qui lui parviennent de Sétif et de Guelma, le professeur va davantage à l’écoute de la tragédie. Pour l’humaniste et l’intellectuel chrétien, les atrocités sont telles qu’il ne plus rester de marbre. Il s’empare de sa plume pour signer un article – devenu référence – pour les besoins d’un numéro spécial de la revue ‘’Esprit’’ commandé par le fondateur Emmanuel Mounier .

Publié en juillet 1947 sous le titre générique de ‘’Prévenons la guerre’’, le numéro spécial octroie à André Mandouze une surface rédactionnelle à la mesure de l’aura du professeur normalien. Le secrétaire de rédaction Jean-Marie Domenach lui accordera 21 pages. Le normalien latiniste ne lésinera pas sur le verbe.

D’entrée et dès le titre, le professeur Mandouze dessine un ‘’8 mai 1945’’ aux contours d’évènement fracture, d’irréparable sanglant qui va changer le cours des choses. ‘’Impossibilités algériennes ou le Mythe des trois départements’’, souligne le professeur dans un constat à l’allure d’un verdict.

Arrivé à Alger en 1948 dans le costume d’enseignant à l’université d’Alger, André Mandouze s’installe à Hydra à une côte de la paroisse de Birmandreis où officiait le ‘’curé révolutionnaire’’ Jean Scotto avant son départ pour la paroisse de Bab El Oued.

Le temps de de se retremper dans l’ambiance algérienne et de constater la quotidienneté de visu, André Mandouze signe un deuxième article dans ‘’Esprit’’ (‘’l’Algérie n’est pas la France’’), puis un troisième en octobre 1948 dans lequel il dénonce le nihilisme du lobby colonial qui sévit en Algérie. Il n’en fallait pas plus pour que le professeur soit accusé et ‘’condamné’’ par le parti colonial pour crime de ‘’lèse-colonisation’’.

Autre observateur à avoir vu dans la tragédie de mai 1945 une fracture annonciatrice du soulèvement : le philosophe et journaliste Francis Jeanson (1922-2009).

A la différence du professeur Mandouze, F. Jeanson s’est rendu en Algérie avant les évènements de Sétif-Guelma-Kherrata. Il y a séjourné à trois reprises entre 1943 et la vieille de déclenchement de la révolution. ‘’J’en ai effectué trois, le tout d’une durée de deux ans’’, me disait-il en octobre 2004 dans une interview pour les besoins d’un numéro spécial du Quotidien d’Oran pour le cinquantenaire du 1er novembre 1954.

La durée des séjours cumulés était suffisamment longue pour convaincre Francis Jeanson que les évènements du 8 mai 1945 ont servi d’accélération à l’histoire de l’Algérie coloniale.

‘’Le premier séjour, en 1943, m’a fait découvrir une Algérie dont j’ignorais les réalités. A ce moment-là, le pays était fortement marqué par le contexte de la seconde guerre mondiale, l’affrontement entre résistants français et vichystes. J’y suis retourné une seconde fois en septembre 1948.

Ce séjour différait du précédent. Il était plus long et plus chargé en activités. Pendant six mois, j’ai partagé l’essentiel de mon périple avec la grande masse des algériens et des nationalistes de tous bords. J’ai voyagé en voiture particulière, en autocar, en wagons à bestiaux et en wagon-lit. Cette variété de moyens de mobilité m’a donné la possibilité d’une multiplicité de regards sur les réalités algériennes.

L’Algérie des lendemains de mai 1945 était à rebours de celle des cartes postales. L’Algérie des années 1948-49 n’avait rien de l’image – constamment véhiculée — des « trois départements tranquilles ». De visu, la situation semblait fort préoccupante avec son lot de misère, d’inégalités criardes et d’état de non droit. Le statut quo colonial était intenable. Plus que jamais, la volonté d’en découdre, de bousculer l’ordre établi était très forte chez les nationalistes (…) Le sentiment nationaliste prenait de plus en plus corps au sein de la population. La fracture était très perceptible, nourrie par une société à deux vitesses. D’un côté, une population totalement démunie, sans la moindre perspective, survivant au jour le jour. De l’autre, aveuglée par une irrémédiable fuite en avant, la grande colonisation. Un camp foncièrement méprisant, sourd aux appels de réformes’’.

Tout aussi pertinent dans l’analyse, tout aussi perspicace dans l’anticipation, un autre observateur français a prédit un après-mai 1945 chaud pour la France coloniale.

Robert Barrat – c’est de lui qu’il s’agit – a tiré la sonnette d’alarme de l’injustice et condamné le colonialisme. Militant catholique, humaniste et juste dans l’âme à la manière des ‘’gens du Nord’’, Robert Barrat découvre l’Algérie précocement. Il y séjourne dès 1938, un an à peine après sa sortie de l’Ecole normale supérieure.

« L’Algérie, je la découvris pour la première fois en 1938 à travers le prisme déformant qu’avait laissé dans ma mémoire la visite de l’Exposition coloniale de 1933 : un grand jardin exotique encore peuplé d’hommes à demi sauvages que des Français courageux s’employaient à soigner et à civiliser », rappelait-il au début de son livre ‘’Un journaliste au cœur de la guerre d’Algérie’’ (éditions de l’Aube).

Très vite, son regard va changer sous l’effet de la réalité du terrain. Rédacteur –en-chef adjoint de ‘’Témoignage Chrétien’’, il y effectuera d’autres séjours. Sillonnant le ‘’bled’’ à la faveur de reportages, il réalise, preuves à l’appui, que l’Algérie réelle est à rebours de ‘’l’Algérie carte postale’’ vantée par la grande colonisation.

Irrité par un tel mensonge, Robert Barrat pousse un cri de colère : ‘’Qu’étaient devenues les promesses du général De Gaulle à Brazzaville en 1943 à la lueur des gigantesques incendies allumés dans le Constantinois, à Madagascar et au Tonkin ?’’. Cette poussée de colère dans la foulée des événements de l’Est algérien lui fait dire que, dans les ‘’trois départements’’, plus rien ne sera comme avant.

À l’image de Kateb Yacine, d’André Mandouze et de Francis Jeanson, Robert Barrat devait se dire à la fin des années quarante : en Algérie, novembre 1954 a commencé en mai 1945.

Sources: huffpostmaghreb.com

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pads_logo1-2.jpg PARTI ALGÉRIEN POUR LA DÉMOCRATIE ET LE SOCIALISME

8 mai 1945: 70 ème ANNIVERSAIRE DE LA VICTOIRE SUR LE NAZISME ET DES MASSACRES PERPÉTRÉ PAR L’IMPÉRIALISME FRANÇAIS EN ALGÉRIE

Cette rétrospective analyse les traits essentiels de la période de la fin de la 2ème guerre mondiale dans le monde et en Algérie. et d’autre part, une image des massacres du 8 mai 45 dans le Constantinois

Il y a 70 ans le régime nazi responsable du déclenchement d’une guerre mondiale qui a fait 50 millions de morts s’écroulait sous les coups puissants et décisifs de l’armée rouge de l’URSS.

Le régime nazi était l’exécutant des volontés des monopoles capitalistes allemands, l’incarnation de la dictature ouverte du capital. Incapable de maintenir sa domination de classe par les voies de la démocratie formelle et parlementaire face à un puissant mouvement ouvrier et à une crise économique d’une acuité menaçante pour ses intérêts et son pouvoir, la bourgeoisie allemande a opté pour la force brutale en se dotant d’un appareil répressif n’hésitant devant aucun crime de masse pour stabiliser sa domination économique. Les groupes terroristes nazis avaient été chargés d’écraser physiquement toutes les forces en rébellion contre le pouvoir de la bourgeoisie monopoliste et en premier lieu le mouvement ouvrier, son parti et ses organisations syndicales de classe qui constituaient la force principale de la résistance à ses plans anti-ouvriers et antipopulaires. Eloigner le spectre de la révolution socialiste, surmonter la crise capitaliste en en faisant supporter tout son poids sur les épaules des travailleurs, préparer une nouvelle guerre pour détruire le régime socialiste instauré en URSS pour la première fois dans l’histoire de l’humanité en octobre 1917, attaquer les chasse-gardée des pays impérialistes rivaux et procéder au repartage du monde au bénéfice des grands monopoles capitalistes allemands, tels étaient les objectifs à atteindre. Les nazis devaient faire jouer à fond et sans fard à l’Etat bourgeois sa fonction de machine de répression et de guerre contre la classe ouvrière et les couches sociales laborieuses.

L’arrivée au pouvoir de Hitler a été facilitée par l’attitude des dirigeants de la social-démocratie allemande qui a participé de 1918 à 1932 à la répression féroce du mouvement ouvrier et communiste et qui a rejeté la proposition du PC allemand de faire bloc contre Heidenburg pour barrer la route aux nazis. Par son attitude et notamment sa politique de non-intervention en Espagne de Blum, du chef du gouvernement socialiste français, la social-démocratie internationale a favorisé le renforcement des forces fascistes. Sous la direction de François Hollande, la social-démocratie française réédite actuellement les mêmes attitudes en cherchant à abattre le régime syrien, en s’alliant à cette fin aux monarchies réactionnaires d’Arabie Saoudite et du Golfe, en soutenant les forces obscurantistes.

La responsabilité du déclenchement de la 2ème guerre mondiale n’incombe pas seulement aux nazis allemands. Elle était devenue inévitable par suite des manœuvres et des calculs de classe des autres puissances impérialistes, France, Grande-Bretagne, USA, appuyées par leurs satellites en Europe, par leurs alliés polonais notamment. Ces puissances avaient créé les conditions d’un nouveau conflit dans le monde moins de 25 ans après le début de la 1ère guerre mondiale, par leur politique de pillage et de brigandage de l’Allemagne qu’elles avaient soumise aux clauses infâmes du Traité de Versailles. Elles avaient favorisé la montée des groupes fascistes. Et surtout elles avaient sciemment accéléré l’accumulation des prémisses d’une nouvelle guerre par leur rejet systématique des appels de l’URSS à faire front aux plans belliqueux du régime nazi. Tout en dénonçant verbalement les plans de guerre du régime hitlérien, elles s’efforçaient en réalité de pousser ce régime à attaquer l’URSS, berceau de la première révolution socialiste et espoir des peuples dans un monde nouveau débarrassé de l’exploitation de classe et de la domination d’une nation par une autre. Elles croyaient pouvoir gagner sur tous les tableaux : échapper aux coups des nazis en les incitant à concentrer leur tir sur l’URSS pour détruire son régime socialiste, puis récolter les fruits de l’épuisement mutuel de l’Allemagne et de l’URSS dans le désastre d’un conflit militaire, se partager les richesses de l’ensemble de l’Europe. Par leur attitude fondamentalement anticommuniste et antisoviétique, elles n’ont fait qu’encourager les nazis à précipiter le monde dans la nouvelle guerre.

Sous la direction ferme et résolue du parti communiste, avec Staline à sa tête, l’URSS a été l’artisan clé du combat titanesque engagé à l’échelle mondiale pour anéantir le régime fasciste, en Allemagne, en Italie et au Japon, de la victoire consacrée le 8 mai par la reddition sans condition des troupes allemandes. C’est sur le front de l’Est que l’Allemagne nazie avait échoué après avoir lancé puis perdu 80% de ses divisions et de ses forces les mieux entraînées et les plus aguerries. C’est devant Moscou, à Stalingad, Léningrad, dans le saillant de Koursk, que l’issue de la guerre s’est jouée au prix du sacrifice de 25 à 27 millions de Soviétiques. Mais la victoire sur le nazisme a été retardée par les calculs de classe machiavéliques de l’impérialisme des USA qui guettait le moment propice pour s’engager sur le théâtre des opérations militaires en Europe à seule fin de réaliser ses buts impérialistes particuliers. Ce retard s’est traduit par des conséquences humaines et des souffrances inouïes qui auraient pu être évitées. L’impérialisme américain pensait pouvoir profiter de l’affaiblissement de l’URSS sous les coups de l’Allemagne et de celle-ci sous le feu de la riposte soviétique. Outre la destruction de l’URSS, objectif commun de toutes les puissances impérialistes, son but était de réduire le poids de ses rivaux français et anglais, en plaçant sous sa tutelle l’Europe et ses richesses, d’éliminer les forces démocratiques et ouvrières de ce continent et de l’ensemble de la planète. Les USA assument la responsabilité de la prolongation de la guerre et de ses conséquences humaines et matérielles. C’est le peuple soviétique qui a versé le tribut le plus lourd dans la lutte antifasciste et la libération des peuples européens. Sur l’ensemble des fronts où leurs troupes étaient engagées, les USA n’ont essuyé à peine que le centième des pertes en hommes subies par les peuples de l’URSS. Les peuples, leurs forces les plus dévouées et les plus honnêtes n’oublieront jamais le prix payé par l’URSS pour délivrer le monde de la bête immonde du fascisme. Il est de leur devoir de réfuter les entreprises de falsification de l’histoire, de dénigrement du rôle de l’URSS avant, durant et après la 2ème guerre mondiale, de mensonges et d’omissions des propagandistes bourgeois.

La victoire sur le fascisme a été rendu possible aussi par la lutte armée des résistants des territoires occupés par les nazis. Ils ont épaulé l’action de l’armée rouge et favorisé le débarquement des troupes américaines 4 ans après le début de la guerre. Partout où les anti-fascistes ont pris les armes contre les occupants, ce sont les communistes qui y jouèrent un rôle de premier plan. Ce rôle, ils ont pu l’assumer grâce à leurs capacités organisationnelles, reflet de leur détermination politique et idéologique à détruire le nazisme, de leur refus catégorique de toute tentative d’entente et de toute collaboration avec lui. La fermeté de l’URSS dans la conduite de la guerre contre le fascisme, sa détermination à ne pas se contenter de les chasser de son territoire mais à les poursuivre sur des milliers de kilomètres jusque dans leur tanière, jusque dans le bunker de Hitler, a neutralisé toutes les velléités antisoviétiques de paix séparée manifestées soit par certaines fractions nazies soit parmi les alliés eux-mêmes.

Le déploiement en mai 1945 du drapeau rouge de la victoire sur le Reichstag a symbolisé pour tous les peuples du monde le rôle décisif incontestable de l’URSS dans le combat à mort contre le nazisme.

C’est à l’URSS que l’histoire a dévolu ce rôle parce que:

  • sous la direction du parti communiste bolchévique, elle était la plus résolue à mener jusqu’au bout le combat pour abattre un régime personnifiant la volonté de la réaction bourgeoise de mettre fin par la guerre au régime socialiste issu de la grande révolution d’octobre 1917;
  • les peuples réunis sous l’étendard de l’Union soviétique, union fraternelle fondée sur l’égalité des droits et cimentée par les idéaux de l’internationalisme prolétarien inculqués aux travailleurs par les bolchéviques, les peuples délivrés de l’oppression nationale qu’ils subissaient jadis sous l’empire tsariste, ces peuples défendaient de façon consciente et jusqu’à la mort les conquêtes et les fruits de la révolution et de l’édification socialistes: l’abolition des vestiges et des privilèges féodaux, la suppression de l’exploitation capitaliste, la juste répartition des richesses produites, l’industrialisation pour le plus grand bien du peuple, la redistribution des terres au profit de ceux qui la travaillent, la collectivisation, la modernisation et la mécanisation des terres qui avaient affranchi la paysannerie des affres du travail individuel morcelé, l’émancipation des femmes, l’instruction publique et gratuite généralisée, la reconnaissance et la promotion des langues des différentes nationalités, la politique tendant à faire bénéficier des fruits du développement l’ensemble des peuples de l’URSS, etc.
  • le système de la propriété sociale des moyens de production et la planification avaient créé la possibilité d’organiser la défense de l’URSS – illustrés en particulier par le déplacement de milliers d’usines vers des zones plus sûres afin de les mettre à l’abri de l’avancée des troupes allemandes – de réorganiser l’économie en fonction des nécessités de la guerre patriotique, de reconvertir les activités productives à mesure que les territoires occupés étaient libérés; tout cela a permis à l’URSS de rejeter loin de ses frontières les hordes criminelles nazies, alors que son potentiel industriel était inférieur à celui de l’Allemagne ou de la Grande-Bretagne et des USA.

 les dirigeants de l’URSS ont montré à leur peuple qu’ils étaient les plus attachés à la défense de la paix, les plus hostiles à la guerre, que de par la nature de son système socialiste, l’URSS ne cherchait aucun gain territorial, n’était mue par aucun calcul impérialiste. Ils avaient proposé aux dirigeants de la France et de l’Angleterre de conclure des alliances qui auraient isolé les nazis et déjoué leurs plans de guerre. Devant leurs refus et leurs manoeuvres antisoviétiques visant à orienter les attaques de Hitler contre elle, l’URSS a manifesté sa volonté d’épargner à son peuple une nouvelle guerre en signant un pacte de non-agression avec l’Allemagne. Ce pacte devait lui permettre de gagner un temps précieux pour se préparer à la guerre inévitable. Après l’agression de juin 1941, les peuples de l’URSS ont défendu avec d’autant plus d’esprit de résolution leur Etat, union de nations d’ouvriers, de paysans et d’intellectuels, foncièrement pacifique, que cet Etat a montré par toutes ses initiatives qu’il a tout fait pour éviter la guerre et les souffrances qui allaient s’abattre sur le peuple.

En boutant hors de ses territoires les hordes nazis, l’URSS a libéré les peuples d’Europe ainsi que le peuple allemand lui-même de la dictature fasciste.

En ce 70 ème anniversaire de la victoire sur le fascisme, les communistes rendent hommage à tous ceux qui ont contribué à le terrasser. Ils s’inclinent à la mémoire de toutes les victimes de ce régime barbare. Ils invitent à se rappeler que cette victoire est redevable au sacrifice d’innombrables militants communistes qui, loin des calculs, des tergiversations, des plans de repartage et de domination des Etats impérialistes, allaient courageusement au combat avec la conscience que la sauvegarde de l’humanité, la défense des conquêtes du socialisme, la poursuite de la lutte pour mettre fin au système capitaliste qui engendre inévitablement les guerres et le fascisme, exigeaient les plus grands sacrifices.

Ils rendent hommage également à toutes les forces progressistes et à tous les peuples du monde qui, malgré des souffrances incalculables (occupation de leurs pays, restrictions alimentaires, bombardements sauvages des populations civiles et de villes par l’aviation hitlérienne, extermination de masse, etc. ) ont trouvé la force de résister à aux nazis. Les communistes rendent aussi hommage à tous ceux et toutes celles qui dans les rangs des armées alliées de la coalition antifasciste ont apporté leur contribution au prix d’immenses sacrifices à la défaite des armées de l’axe fasciste (Allemagne, Italie, Japon).

La commémoration de ce 70 ème anniversaire doit rappeler à tous les citoyens intoxiqués par les tentatives de falsification ou de réécriture révisionniste de l’histoire par la bourgeoisie et ses valets que l’instauration d’une dictature fasciste cruelle, chauvine et raciste en Allemagne, mais aussi en Italie, au Japon, et dans d’autres pays, les velléités fascistes aux USA, l’éclatement de la 2ème guerre mondiale, n’étaient pas le fruit démentiel de l’action ou de l’ambition morbide de personnages fous et mégalomanes, mais le produit des contradictions internes inhérentes au capitalisme. Les Hitler et les Mussolini ont été portés au pouvoir par les oligarchies industrielles et financières pour juguler la crise, mettre au pas la classe ouvrière par la violence la plus extrême, s’emparer de territoires considérés comme « vitaux » par le Capital en tant que source inépuisable de matières premières et de main d’oeuvre réduite en esclavage direct. Les contradictions du système capitaliste ont atteint depuis 2009 un degré d’acuité et des proportions menaçantes pour le devenir de l’humanité à l’étape de l’impérialisme. Un potentiel nucléaire et technologique capable de réduire en cendres la planète est concentré dans les mains de quelques Etats, Dans leurs tentatives de surmonter leur crise actuelle, les Etats impérialistes sont en lutte les uns contre les autres pour le partage exclusif du monde, ou les uns avec les autres pour briser les résistances populaires et garder sous leur domination la classe ouvrière. ils n’hésitent pas à renverser par la force les régimes qui ne sont pas assez dociles, à déclencher des agressions meurtrières contre les peuples qui leur résistent, à recourir sans hésitation au fascisme et au terrorisme dans ses formes les plus variées et en particulier celles qui sont camouflées sous le voile trompeur de l’Islam.

Le soutien qu’ils apportent en Ukraine et dans les Etats baltes aux forces qui se réclament ouvertement du nazisme, dans les pays arabes aux forces de l’obscurantisme revêtant le masque de la religion, aux Etats théocratiques et monarchiques du Golfe, illustre le fait que les Etats impérialistes ne reculent devant rien.

La seule alternative pour mettre en échec ces tendances dangereuses est de conjuguer la lutte pour la paix, la lutte pour faire prendre conscience au pus grand nombre de travailleurs du cour mortel emprunté par la bourgeoisie mondiale, pour empêcher le recours aux méthodes de la dictature fasciste. La tâche assignée aux communistes est de coordonner toutes ces luttes avec le combat idéologique et politique pour que la classe ouvrière mondiale et les peuples reprennent l’offensive en vue de l’abolition du capitalisme, source de guerres continuelles, en vue de l’instauration du socialisme qui fera disparaître les rapports de production fondés sur l’exploitation dans lesquels gisent les causes économiques et sociales des guerres.

**********

En ce qui concerne le sort des pays colonisés durant la guerre contre le fascisme, il y a lieu de noter que la victoire sur la barbarie nazie, le 8 mai 1945, les joies de la libération des peuples européens n’allaient bien entendu nullement inciter les puissances impérialistes à renoncer de leur plein gré à leur empire colonial. Au contraire, elles lancent une répression sauvage pour juguler la montée du mouvement de libération nationale dans les colonies. En Algérie, ce même jour, le 8 mai, l’impérialisme français tourna le canon de ses armes et toute sa puissance de feu, terrestre, aérienne et maritime, contre les manifestants algériens descendus dans les rues pour réclamer pacifiquement, dans l’est du pays, à Sétif, Kherrata, Guelma, la fin de l’ordre colonial et l’indépendance. Le massacre s’étendit à de nombreuses autres régions du pays. Il fit en moins de deux semaines quelque 45 000 morts, des milliers de blessés et d’handicapés à vie. Des milliers de manifestants furent jetés dans les prisons. Des dizaines d’autres qui eurent la chance de ne pas être exécutés sur place furent condamnés à mort. Ces massacres illustrèrent l’hypocrisie des dirigeants et des propagandistes de l’impérialisme, passés maîtres dans l’art du maniement de belles phrases sur la défense de la liberté et de la démocratie mais prompts à fusiller sur le champ les militants anticolonialistes qui voulaient les transformer en réalité. Ils indiquèrent clairement à ceux qui faisaient leurs premiers pas dans la lutte de classe que la bourgeoisie défendait ses intérêts de classe et non la liberté des peuples. Elle n’agite le drapeau de la liberté que lorsque ses positions sont menacées par ses concurrents ou lorsqu’elle cherche à étendre les champs de sa domination à leurs dépens. Elle se sert de ce drapeau pour discréditer et étouffer les mouvements populaires anticapitalistes. Que ce soit en Algérie, en Syrie, au Vietnam la bourgeoisie française ne fit pas de quartier pour garder les colonies sous son contrôle.
Les manifestations des Algériens, le 8 mai 1945, résultaient d’une lente évolution des luttes entamées contre le colonialisme. Elle avait été amorcée par le travail politique des communistes qui fut concrétisé par la formation en France de l’Etoile Nord africaine. Les manifestations exprimaient également le fait que le mouvement de libération nationale était en passe d’effectuer un saut qualitatif à la faveur du nouveau rapport des forces créé à l’échelle internationale par la victoire sur le nazisme. Grâce au rôle et au renforcement de l’URSS, ce rapport des forces allait rendre possible l’écroulement du système colonial sous l’action conjuguée du camp socialiste, du mouvement de libération nationale et du mouvement ouvrier.

À cela se sont ajoutés l’accentuation des contradictions inter-impérialistes entre les USA, l’Angleterre et la France, dans leurs luttes pour un nouveau partage du monde, le jeu des USA tendant à évincer de l’Afrique du nord leurs rivaux français affaiblis. Ce nouveau contexte mondial a donné au mouvement national une nouvelle impulsion. A la veille du déclenchement de la 2ème guerre mondiale, le mouvement de libération s’était développé à l’échelle de toute l’Algérie. Le mot d’ordre de l’indépendance était repris par la grande majorité des Algériens, malgré la répression continue et l’interdiction des partis nationalistes et du parti communiste prononcée en 1939 par le gouvernement français avec la complicité des socialistes alliés à la bourgeoisie métropolitaine et coloniale.

La guerre avaient aggravé la situation des masses. Les grands colons détenant les terres les plus fertiles et les mieux arrosées, les armateurs, les banquiers et les financiers, les gros commerçants s’étaient enrichis par la spéculation, protégés par leur domination politique absolue. La colère montait au sein des travailleurs, de la paysannerie laborieuse, des couches intermédiaires des villes. En plus du racisme et des humiliations propres au système colonial, les masses populaires algériennes souffraient le plus des conséquences de la guerre, de la faim, des privations, de la confiscation des céréales au profit de l’approvisionnement de l’Allemagne puis des armées des alliés. Des dizaines de milliers d’Algériens avaient été enrôlés de force pour participer à la libération de la France après le débarquement des troupes américaines en novembre 1942. Ils avaient versé leur sang dans les combats contre les fascistes et espéraient qu’en retour la France libérée du nazisme tiendrait ses vagues promesses de réforme de leur statut.

Il n’en fut rien.

Mais le mouvement national n’était pas encore prêt à organiser énergiquement et sur des bases justes une insurrection armée victorieuse. Il n’était pas arrivé à la conclusion qu’il devait compter avant tout sur les ressources internes du peuple algérien. Durant la guerre, certains croyaient que l’Allemagne nazie allait chasser le colonialisme français et donner la liberté aux Algériens. Après le débarquement des troupes américaines en Algérie, beaucoup de ses dirigeants reportèrent leurs espoirs sur l’impérialisme US. Ils étaient convaincus que les USA allaient voler au secours du peuple algérien en faisant pression sur le gouvernement français. Ils ne comprenaient pas, pour la plupart d’entre eux, que les intérêts économiques stratégiques de l’impérialisme américain l’empêcheraient d’entrer en conflit direct avec l’impérialisme français. L’impérialisme américain se préparait à une confrontation ouverte avec l’URSS. Il avait besoin à cette fin de l’aide de l’impérialisme français. Les dirigeants du mouvement national avaient également sous-estimé les ruses et l’absence totale d’hésitation de la bourgeoisie française et de la grosse colonisation, unies face au peuple algérien, à recourir, malgré le climat international antifasciste, aux pires provocations pour décapiter le mouvement national par la violence la plus brutale afin de maintenir intacts les rapports coloniaux d’exploitation.

La répression sanglante des manifestations pacifiques du 8 mai 1945 a eu pour résultat d’instruire le peuple algérien. Elle lui avait fourni la preuve que la libération et l’indépendance ne pouvaient être le fruit que d’une lutte armée mûrement réfléchie, puisant ses forces dans le mouvement populaire et appuyée par tous les anticolonialistes algériens et français les plus conséquents.

Le PCA quant à lui n’a pas réussi à jouer un rôle dirigeant dans ces manifestations. Il n’avait pas mesuré l’ampleur de la revendication nationale. Il s’était coupé des masses populaires algériennes et se trouvait dans l’incapacité de sentir le vent de la révolte qui s’amplifiait. Ceux qui dirigeaient à ce moment-là le PCA, avaient réagi d’une manière négative, assimilant les nationalistes à des agents nazis. Cette réaction constituait une trahison monstrueuse des principes communistes, des mots d’ordre de l’Internationale communiste. Dès sa naissance, l’Internationale communiste avait assigné aux partis communistes des pays colonisés la tâche de placer au premier plan de leurs luttes le combat pour la libération de leur pays et aux partis communistes des pays colonisateurs l’obligation de soutenir inconditionnellement cette revendication nationale. En mai 1945 le PCA s’était complètement écarté de la ligne adoptée et appliquée dans leur travail d’agitation et de propagande par les premiers noyaux communistes des années 1920. Sous l’influence de courants opportunistes du PCF qui accordaient la primauté à l’alliance avec la sociale-démocratie dans la lutte antifasciste, le mot d’ordre de l’indépendance avait été complètement effacé du programme adopté lors du congrès constitutif du PCA en octobre 1936. Les orientations de la lutte antifasciste n’étaient pas liées à la lutte contre le colonialisme. Dans le rapport des forces créé par la formation et l’avènement du gouvernement de Front populaire, dans l’euphorie des nombreuses conquêtes sociales arrachées grâce à l’unité entre les communistes et les socialistes, le PCA avait été submergé par l’adhésion de très nombreux militants véhiculant des idées et des conceptions éloignées des principes révolutionnaires de l’Internationale communiste. Ils étaient non seulement insensibles à la question nationale mais aussi fortement imprégnés de parlementarisme et de réformisme inoffensif pour les intérêts de la bourgeoise. Les racines idéologiques de ces déviations n’avaient pas encore été extirpées au sein du PCA. Pour une bonne partie des militants venus au PCA après les grèves de 1936, celui-ci représentait à leurs yeux le parti qui défendait le mieux les revendications sociales et seulement ces revendications. Ils n’avaient aucune volonté de mettre à bas le système colonial, tâche historique préalable à la révolution socialiste, encore moins à se séparer de la France à laquelle ils s’identifiaient. Le réformisme hérité du parti socialiste tirait en arrière le PCA. Il l’empêchait de réaliser son programme fondateur: aller à la classe ouvrière et à la paysannerie en portant la revendication de la libération nationale, sans la dissocier des luttes sociales qui leur apprenaient à s’organiser et à lutter en vue des batailles plus décisives pour le socialisme. A partir de 1936, les militants et les cadres révolutionnaires ne constituaient plus au fond qu’une minorité au sein du PCA, noyée dans une masse réfractaire à ses perspectives révolutionnaires. Il ne faut pas s’étonner qu’après son interdiction en 1939 et l’arrestation de nombre de ses cadres dirigeants, il se désintégra pratiquement. Seule une petite minorité de militants accepta de poursuivre la lutte politique dans les dures conditions de la clandestinité sous le régime des collaborateurs vichystes des nazis, jusqu’au débarquement en novembre 1942 des armées des USA. Le commandement US et de Gaulle dressèrent de leur côté de nombreux obstacles pour empêcher les communistes de reprendre légalement leurs activités. Ils assortirent de fait cette autorisation de la condition de limiter leur action à la propagande pour la mobilisation contre les nazis. La reconstitution du PCA en 1943-1944 se fit sous la houlette du PCF. Celui-ci refusait de faire de la propagande et de l’agitation pour l’indépendance afin de ne pas diviser les rangs des antifascistes. Comment croire qu’il était possible de convaincre les Algériens d’aller à la mort pour libérer la France de l’occupation nazie alors que leur revendication anti-coloniale était systématiquement suivie de vagues massives d’arrestations ou noyées dans le sang? En conséquence, le mouvement communiste algérien fut réduit à l’impuissance durant cette période. Il ne pouvait s’enraciner dans les masses populaires algériennes. Sa direction tomba facilement dans les mains d’aventuriers spécialistes de la phrase, à l’instar de Amar Ouzegane, son premier secrétaire qui ternit gravement la réputation du parti communiste aux yeux des masses pour sa condamnation ignoble des manifestants du 8 mai.

Mais grâce à leur conviction et à leur combativité, les militants communistes authentiques reprirent le dessus. Réuni en juillet 1946, le comité central du PCA exclut de ses rangs le premier secrétaire et rend publique une autocritique des positions adoptées durant les événements de mai 1945. Marque de sérieux d’un vrai parti révolutionnaire, l’autocritique amorce un processus de redressement. Le PCA lance et organise une campagne d’amnistie en faveur des Algériens condamnés et emprisonnés après l’écrasement des manifestations du 8 mai. Elle suscite un grand élan de mobilisation et contraint le colonialisme à libérer la plupart des détenus. Cette campagne permit au PCA de renouer ses liens avec les travailleurs et les paysans algériens, avec les militants nationalistes ouverts aux idées de progrès et moins marqués par l’anticommunisme.

L’afflux de militants nouveaux et conscients, pour qui la revendication de la libération nationale et la lutte pour le communisme étaient liées, jeta les bases de l’approfondissement de la ligne politique du PCA, de son enracinement au sein des travailleurs et de la paysannerie.

Gloire à tous ceux qui se sont sacrifiés pour que l’Algérie soit affranchie de la domination coloniale!

Hommage aux militants communistes qui en tombant au champ d’honneur avaient conscience que l’indépendance n’était pas une fin mais une étape dans le grand combat pour l’abolition du capitalisme, pour l’avènement de la société socialiste!

PADS
6 mai 2015

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CONTRE QUI ET POUR QUI LA SECRÉTAIRE GÉNÉRALE DU PARTI DES TRAVAILLEURS EST -ELLE EN GUERRE?

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Mohamed Saadoune

Huffpost maghreb

le 9 mai 2015

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Mais qu’est-ce qui fait courir Louisa Hanoune? Même ceux qui préfèrent continuer à retenir la période héroïque des années 90 où elle était, avec Abdelhamid Mehri et Hocine Aït Ahmed notamment, dans une opposition franche au régime, se posent la question.

Aujourd’hui d’ailleurs, Louisa Hanoune et le PT n’évoquent pratiquement plus le contrat national signé à Rome en 1995 comme s’il s’agissait d’une erreur de jeunesse ou d’une hérésie commise dans un moment d’égarement.

En tout cas le discours d’aujourd’hui de Hanoune condamnerait sans le moindre doute cette réunion comme un encouragement à l’ingérence étrangère, exactement comme l’a fait le régime à cette époque.

On peut observer que la « ligne » a commencé à s’infléchir à la fin des années 90 avec un discours hyper-alarmiste sur un État-Nation menacé de l’extérieur. Une traduction mécanique, disent certains, du mot d’ordre de l’internationale lambertiste de défense les États-Nations contre la mondialisation capitaliste.

Cela aurait pu être d’ailleurs une opportunité d’élargir la réflexion politique et de poser également la question de la part « nationale » de cette menace contre l’État-Nation. Or, cela s’est traduit surtout par un soutien permanent à la présidence de Bouteflika même si on critique chemin faisant certains ministres.

La visibilité politique de Louisa Hanoune s’est perdue dans le bouteflikisme. Sa campagne actuelle n’est pas lisible non plus. Est-ce de la rancœur à l’égard d’un éventuel « lâchage » du clan présidentiel? Ou est-ce la confirmation d’un ralliement au « DRS Canal-Historique » comme le note un ancien du PAGS qui suit avec attention le semblant de vie politique algérienne?

LIRE AUSSI: Hamrouche pointe des risques majeurs dans une Algérie non-gouvernée sur fond de montée des instabilités.

Acharnement et oublis

Beaucoup de questions? Il reste que son acharnement actuel contre la ministre de la Culture, Nadia Labidi, commence, sans préjuger de la réalité des accusations qui sont portées contre elle -et qu’en théorie la justice officiellement saisie devrait démêler- a déjà un effet contraire à ce qu’elle souhaite.

Un courant de « sympathie » pour la ministre de la Culture commence à s’exprimer dans les réseaux -ou le PT parait singulièrement absent-, en raison même de cette agressivité avec laquelle Mme Hanoune vitrifie à chacune de ses sorties Nadia Labidi.
Cette « sympathie » ne découle pas d’une conviction que Mme Labidi est « clean » ou qu’elle aurait une gestion inattaquable. Elle exprime surtout cette réticence bien algérienne à l’égard de celui qui agresse les « petits ».

La manière dont Hanoune massacre régulièrement Mme Labidi est perçue comme une Hogra -elle-même utilise cette formule méprisante de « petite oligarque » en parlant d’elle- car en matière « d’affaires », la dirigeante du parti des travailleurs avait des cibles potentielles autrement plus pesantes que Mme Labidi.

Mme Louisa Hanoune, observe-t-on, n’a jamais dit un traître mot de la décision prise en catimini, sans l’aval du conseil d’administration de la Cnas, par Abdelmadjid Sidi Saïd, secrétaire général de l’UGTA, de placer l’argent des travailleurs -et au sens propre du terme- dans la Khalifa Bank.

C’était d’ailleurs l’événement le plus retentissant du procès de la Khalifa Bank de 2007 avec ce fameux aveu suivi d’un « j’assume » qui n’a pas provoqué -comme on aurait pu le penser en situation normale- une quelconque information judiciaire.

Louisa Hanoune n’a pas non plus éprouvé de répulsion morale ou politique à faire cause commune avec Abdelmadjid Sidi Saïd et à défendre en quelque sorte le syndicat « unique ». Bien sûr, il y a également les attaques contre l’homme d’affaires, Ali Haddad, président du FCE, et proche du cercle présidentiel.

La description qu’elle fait d’une oligarchie tentaculaire qui est en train de constituer un État parallèle, qui « privatise » la décision économique et qui est porteuse d’un « projet criminel d’assassinat de l’État algérien » est grave.

LIRE AUSSI: Meeting du FFS: La « fin de la dictature des clans » est proche, œuvrons à ce qu’elle soit la « moins nocive pour le pays ».

Les milliards du FCE sont-ils suffisants pour assassiner l’État?

Si une telle entreprise existe réellement et contre laquelle Mme Hanoune entend nous prémunir -on admet que les complots ça peut exister même si l’histoire n’est pas une succession de complots- alors il y a un problème de casting.

Ali Haddad et les hommes d’affaires du FCE constituent effectivement une force qui grandit et qui, un jour ou l’autre, aspire à faire de la politique et à peser politiquement. Ali Haddad qui ne cache pas sa proximité avec le frère de Bouteflika a gagné probablement de l’influence.

Mais tous les milliards réunis des chiffres d’affaires des patrons du FCE ne leur donnent pas cette capacité fantastique que leur prête Louisa Hanoune « d’assassiner l’État ». Ils sont dans le meilleur des cas une « force d’appoint », ils n’ont pas, pour l’instant du moins, le pouvoir d’assassiner l’État.

Louisa Hanoune pense peut-être -on essaie toujours de chercher une « rationalité » à sa démarche- que Labidi et le FCE sont les maillons « faibles » de ce complot ourdi dans lequel elle a tendance, par glissement, à mettre aussi des contestations, indéniablement populaires, comme le mouvement anti-gaz de schiste de In Salah.

Le problème est que ces « maillons faibles » en question ont été aussi désignés par Abdelaziz Bouteflika qu’elle a constamment soutenu et présenté comme une sorte de digue contre la mondialisation et contre l’ultra-libéralisme.

Il y a certes de la redistribution -fortement accélérée d’ailleurs par le printemps arabe qu’elle voue aux gémonies « globalement et dans le détail »- mais c’est une redistribution inégalitaire. Ce qui est dans « l’ordre des choses », le régime n’ayant pas changé.

Les ressources pétrolières ont permis une redistribution populiste -qui n’a rien à voir, il faut le rappeler, avec le respect du droit des classes populaires à investir le champ politique- qui risque de ne pas être durable.

Louisa Hanoune est-elle en train de revenir de son soutien à Bouteflika qui est resté indéfectible y compris pour son « droit » à un quatrième malgré son état de santé?

LIRE AUSSI: Louisa Hanoune: « Des forces de l’argent aidées par des ministres veulent contrôler la décision ».

Parler politique au lieu de complot ourdi

Ce n’est pas certain. Elle continue à marteler qu’il y a des bons ministres qui seraient des ultra-patriotes propres et des mauvais ministres qui seraient des ripoux et inscrits dans des agendas susceptibles de les mener devant les tribunaux pour haute trahison puisqu’il est question « d’assassinat » de l’État algérien.

Il est évident que la situation du pays n’est pas bonne, qu’il y a un sérieux problème de gouvernance et que les institutions sont vides ce qui renforce le caractère informel du pouvoir et de la prise de décision. La situation est d’autant plus délicate que l’Algérie se trouve dans un espace géopolitique et culturel fortement déstabilisé et probablement promis à de fortes turbulences.

Ce constat le FFS comme Mouloud Hamrouche l’ont fait en veillant à ne pas entrer, volontairement ou non, dans le jeu des clans qui a empêché l’État Algérien de se cristalliser réellement et de s’accomplir dans un État de droit et dans la démocratie.

Poser les questions en termes politiques est plus sérieux que de hurler au complot. Selon El-Khabar, Mme Hanoune a déclaré hier qu’elle « bénéficiait du soutien et de la sympathie de responsables au sein de l’État et dans de nombreux secteurs dans la lutte qu’elle mène contre les symboles de la corruption dans le pays et dans l’État ».

Qui sont donc ces « responsables » qui ont vent d’un complot ourdi aussi grave qu’un projet de liquidation de l’État mais qui ne font rien et se contentent d’exprimer, dans l’ombre, leur soutien à Hanoune?
LIRE AUSSI: Violente diatribe d’Amar Saadani, SG du FLN contre Louisa Hanoune.

GRANDIOSE RUSSIE

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Messaoud Benyoucef

blog braniya chiricahua

le 10 mai 2015

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Quand le péril nazi se mit à grandir, Joseph Staline commanda (1938) à Sergueï Eisenstein un film sur la célèbre bataille du lac Peïpous (avril 1242), dans laquelle le prince Alexandre Nevski défit les chevaliers teutoniques. L’Ordre des Chevaliers teutoniques, adossé à la la papauté et au Saint Empire romain-germanique, était parti à la conquête de la Russie pour la catholiciser. On sait ce qu’il advint de cet Ordre de fer dont la cavalerie lourde -chevaux caparaçonnés, cavaliers murés dans une armure étanche- préfigurait les divisions des Panzers de Hitler. A. Nevski contraignit l’ennemi à se battre sur le lac gelé dont la glace céda sous le poids de la cavalerie teutonne, l’engloutissant sans retour. C’en fut fini de l’armée teutonne et des velléités papales d’éradiquer les orthodoxes chrétiens.

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Mais, dit Hegel, Ce que nous apprend l’histoire, c’est que peuples et gouvernements n’ont jamais rien appris de l’histoire : 600 ans plus tard, le nabot-ogre corse rassemble une formidable armée de 600 000 hommes et le voilà parti à la conquête de la Russie. L’armée russe, commandée par le général Koutouzov, refusa autant que possible l’affrontement -il y en eut un seul, terriblement meurtrier pour les deux camps, celui de Borodino-, entraînant la Grande Armée du nabot toujours plus profondément à l’intérieur des terres. Quand il faudra bien amorcer la retraite, ce sera l’hiver. Et le nabot-ogre -auquel les historiens français prêtent tant de génie militaire- n’avait pas prévu cela. Koutouzov et ses hommes ne laisseront de la formidable armée de 600 000 soldats que 90 000 vivants et l’ogre fuira -comme il avait détalé devant les Mamelouks en Egypte-, abandonnant son armée et traversera l’Europe incognito, déguisé en simple quidam.

330px-dr_richard_sorge_spy.jpg Quand Richard Sorge -espion soviétique en poste à l’ambassade d’Allemagne à Tokyo- donnera l’information suivante : l’Allemagne attaquera l’URSS le 22 juin 1941, Staline ne voulut pas y croire. Sûrement parce qu’il pensait qu’Hitler ne commettrait pas l’erreur de mener une guerre sur deux fronts. Staline n’avait peut-être pas lu Hegel… L’opération Barbarossa commença le 22 juin 1941 : des moyens infernaux avaient été mobilisés par Hitler contre l’URSS. Quatre millions de soldats allemands et 600 000 engins motorisés envahirent le pays des Untermenschen (sous-hommes) slaves promis à la disparition et/ou à l’esclavage, comme le clamait Hitler à ses généraux. Le choc fut terrible et l’armée soviétique battit en retraite jusqu’aux portes de Moscou et de Léningrad. Le 07 novembre 1941 (anniversaire de la révolution bolchevik), Staline fit un discours resté célèbre : larguant les références révolutionnaires, il en appela aux mânes de la Russie éternelle menacée dans son existence même. La Wehrmacht était à 30 km de Moscou et Hitler avait donné à ses généraux ordre de raser entièrement la ville et de créer un lac artificiel à sa place !

Mais Staline refusait de quitter la ville et, le soir, il prenait soin de garder la lumière de son bureau au Kremlin allumée pour que l’on sache bien qu’il était là. La suite est connue. Les centaines de milliers de citoyens creusant des tranchées autour de la ville et une contre-offensive de l’armée rouge qui rejeta, au prix de pertes énormes, la Wehrmacht à 200 km de là. Pendant ce temps, le siège de Léningrad commençait qui allait durer 3 années. La ville, approvisionnée seulement quand le lac Ladoga était gelé (à ce moment, les camions pouvaient rouler dessus), ne capitula pas, consentant des sacrifices inouïs.

Au sud, la VI° armée allemande s’apprêtait à prendre Stalingrad, sur la Volga ; mais retranchés dans l’usine de tracteurs, les hommes du commandant Eremenko, aidés par les habitants, tenaient tête à une armée dix fois supérieure en nombre et en moyens. Abcès de fixation qui sera, finalement, fatal à la VI¨armée qui sera capturée et son maréchal de chef avec elle.

Et comme R. Sorge avait donné le renseignement capital -à savoir que les Japonais n’attaqueraient pas à l’est-, Joukov put dégarnir le front extrême-oriental pour mener l’offensive qui mènera l’Armée rouge à Berlin.

Au total, la Wehrmarcht perdit 80 % de ses effectifs totaux sur le front russe. L’URSS perdit 27 millions de ses enfants (soit près de la moitié du total des morts -60 millions- de la guerre) ; elle compta quelque 56 000 villes et villages rasés et leurs habitants exterminés (cf l’admirable film d’Elem Klimov Viens et regarde). A titre de comparaison, les USA ont perdu 300 000 hommes, dont la plupart sont tombés dans le théâtre de guerre du Pacifique.

Devant cette épopée grandiose, devant ces sacrifices immenses, qui ne s’inclinerait pas en signe de respect pour ce peuple russe ? Justement, il se trouve des nains -les dirigeants occidentaux- pour refuser de participer à l’hommage rendu à la patrie russe. Ces coolies qui n’ont même pas le front de relever les humiliations que leur inflige à tour de bras le criminel Netanyahu. Tant mieux. La présence de nains à cette fête de géants l’aurait ternie. Car il y avait là la Chine, l’Inde, les républiques musulmanes de l’ex-URSS et l’Amérique latine. Rien moins que le monde nouveau en préfiguration. La commémoration du 70° anniversaire du triomphe de la Russie sur l’Allemagne nazie fut grandiose, comme vous pouvez le voir sur cette vidéo. (Mais est-il si étonnant, finalement, que les dirigeants occidentaux préfèrent la compagnie des néo-nazis de Kiev ?)

VIDÉO

Le défilé du 70e anniversaire de la Victoire sur les nazis

https://www.youtube.com/watch?v=E7owLOf60wQ.


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Drapeau rouge sur le Reichstag
Photographie d’Evgueni Khaldei, prise le 2 mai 1945 à Berlin



LES VÉRITÉS DÉRANGEANTES D’EMMANUEL TODD

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LES VÉRITÉS DÉRANGEANTES D’EMMANUEL TODD Akram Belkaïd – Journaliste et écrivain – Huffpostmaghreb.com – le 11 mai 2015;


Emmanuel Todd, invité de BFMTV et RMC vendredi 8 mai 2015, a répondu à Manuel Valls, après les critiques du Premier ministre sur son ouvrage « Qui est Charlie? » – BFM TV – Archives;


Qui est Charlie? sociologie d’une crise religieuse texte de Emmanuel Todd – Cartes et graphiques de Philippe Laforgue – éditions du Seuil;


LES VÉRITÉS DÉRANGEANTES D’EMMANUEL TODD

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Akram Belkaïd

Journaliste et écrivain

Huffpostmaghreb.com

le 11 mai 2015

Il est l’homme par qui le scandale et la polémique arrivent. Sa faute? Avoir remis en cause le consensus, plus ou moins naïf, autour des manifestations qui ont suivi les attentats du début de l’année à Paris. Pour Emmanuel Todd, le fameux « esprit du 11 janvier » n’est rien d’autre qu’une « imposture » et c’est ce qu’il fait valoir dans son dernier ouvrage. Un livre choc où il estime que la bonne conscience des manifestants ne peut faire oublier le fait que les classes moyennes françaises–, c’est-à-dire la catégorie sociale, qui a le plus participé aux marches, à travers la France – ont tourné le dos au monde populaire et qu’elles sont, de plus en plus, séduites par le ressentiment islamophobe[[Qui est Charlie? Sociologie d’une crise religieuse », Seuil, Paris: 2015.]].

Commençons par reprendre le titre de son livre. Qui est Charlie? Une question en réponse au, désormais, mondialement célèbre « je suis Charlie ». Il est vrai que l’on ne peut ignorer les zones d’ombres autour d’un slogan vis-à-vis duquel les musulmans de France continuent de devoir se positionner. Au départ, et c’est ainsi que le présent chroniqueur le comprenait, « je suis Charlie » signifiait une totale solidarité avec les victimes des attentats du 7 janvier et un engagement au nom de la liberté d’expression. Mais, très vite, on a bien senti que cela pouvait signifier, aussi, que l’on était d’accord -que l’on devait être absolument d’accord- avec les dessins parodiant le Prophète ou, de façon plus générale, moquant l’Islam et les musulmans. C’est ce que l’on retrouve, aujourd’hui, dans les écrits ou les propos de certains chroniqueurs, dits de gauche, ces derniers nous expliquant que le fait de critiquer les caricatures revient à être complice des tueurs.

Voici ce qu’en dit Todd, dans un entretien accordé à L’Obs (2): « Lorsqu’on se réunit à 4 millions pour dire que caricaturer la religion des autres est un droit absolu– et même un devoir! – et lorsque ces autres [comprendre les musulmans, ndc] sont les gens les plus faibles de la société, on est parfaitement libre de penser qu’on est dans le bien, dans le droit, qu’on est un pays formidable. Mais ce n’est pas le cas. Il faut aller au-delà du mensonge, au-delà des bons sentiments et des histoires merveilleuses que les gens se racontent sur eux-mêmes. Un simple coup d’œil à de tels niveaux de mobilisation évoque une pure et simple imposture. Il y a, certainement, une quantité innombrable de gens qui ne savaient pas ce qu’ils faisaient là, le 11 janvier. Mais nul n’est censé ignorer pour quoi il manifeste, tout de même ».

La charge est rude et, à bien des égards, quelque peu injuste. Nombre de manifestants n’ont pas marché le 11 janvier pour dire qu’ils soutenaient le droit au blasphème ou le droit à se moquer des religions. À l’époque, la sidération et l’émotion étaient telles, après les attentats, que cette marche s’est imposée d’elle-même. Je continue de croire qu’elle a été un réflexe salvateur et une initiative nécessaire pour prévenir les dérapages. Bien sûr, il est évident qu’elle a été récupérée, ne serait-ce que du fait de la présence de certains chefs d’État et de gouvernement dont la vraie place est au Tribunal pénal international.

Mais je ne pense pas que l’on puisse affirmer que tous les marcheurs du 11 janvier étaient en accord avec les caricatures et qu’ils estimaient urgent de remettre l’Islam de France et les musulmans à leur vraie place, c’est-à-dire dans les caves ou dans l’invisibilité.

Mais ce qui donne raison à Todd c’est la manière dont a évolué la perception de cette marche et, surtout, la manière dont elle est, désormais, présentée par les média prépondérants, assez prompts à prendre leurs désirs pour la réalité. Il faut se souvenir, ainsi, de ce journaliste politique de ‘France Inter’ nous expliquant que le fait de ne pas avoir participé à la marche du 11 janvier à Paris, allait sonner le glas de la dynamique victorieuse de Marine Le Pen. On en a vu, effectivement, le résultat lors des dernières élections.… C’est tout simple à dire mais « l’esprit du 11 janvier » est une expression qui ne veut plus rien dire et qui, plus grave encore, divise d’autant plus qu’elle est devenue le cri de ralliement des laïcistes obsédés par la visibilité croissante de l’Islam.

Dans un pays où le climat entre communautés –-appelons les choses par leur nom-– est explosif. Dans un pays où un quotidien, jadis de référence, titre en cinq colonnes à la une sur la longueur des jupes des collégiennes de confession ou de culture musulmane (rappelons qu’un seul cas, pas plus, d’exclusion a été signalé). Dans un pays où, jour après jour, on sent venir une nouvelle catastrophe, plus grave, encore, que celle de janvier dernier, les débats et les oukases, autour de l’Islam n’en finissent pas d’envenimer la situation.

Pour Emmanuel Todd, il n’y a que deux possibilités: « Le scénario de la confrontation hystérique avec l’Islam et le scénario de l’accommodement ». Et de lancer cette mise en garde: « La confrontation, c’est 100% de chances de désastre pour la France (……) Alors oui, je plaide pour qu’on laisse tranquilles les musulmans de France. Qu’on ne leur fasse pas le coup qu’on a fait aux juifs, dans les années 1930, en les mettant tous dans le même sac, sous la même catégorie sémantique, quel que soit leur degré d’assimilation, quel que soit ce qu’ils étaient vraiment en tant qu’êtres humains. Qu’on arrête de forcer les musulmans à se penser musulmans. Qu’on en finisse avec cette nouvelle religion démente que j’appelle le ‘laïcisme radical, et qui est pour moi la vraie menace » [[« Le 11 janvier a été une imposture », L’Obs (ex-Nouvel Observateur), 30 avril 2015.]]

À entendre et lire les réactions outragées qui accompagnent la sortie de l’ouvrage de Todd, et qui ne concernent pas uniquement ses critiques à l’encontre des marches du 11 janvier,– on se dit qu’il est peut-être déjà trop tard. La France, sans s’en rendre compte, par un long glissement, par calculs politiques des uns, par ambitions éditoriales des autres, est entrée, depuis longtemps, dans le scénario de la confrontation stupide et hystérique. Un scénario où -le présent chroniqueur peut en témoigner- –le seul fait d’affirmer que l’islamophobie existe (à prendre dans le sens de la haine des musulmans) expose aux soupçons de la bien-bien-pensance et des défenseurs du blasphème au nom de la défense de la laïcité. En cela, les propos d’Emmanuel Todd devraient servir à alimenter un débat d’urgence plutôt que les postures outragées des inévitables impostures médiatiques.

Sources: Huffpostmaghreb: « Le 11 janvier a été une imposture », L’Obs (ex-Nouvel Observateur), 30 avril 2015;

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Emmanuel Todd, invité de BFMTV et RMC vendredi 8 mai 2015, a répondu à Manuel Valls, après les critiques du Premier ministre sur son ouvrage « Qui est Charlie? »

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http://www.dailymotion.com/video/x2pj5qu_todd-insulte-petain-en-le-comparant-a-valls_webcam?start=332

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QUI EST CHARLIE

sociologie d’une crise religieuse

Emmanuel Todd

éditions du Seuil

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LES HARRAGAS – POÈME

Ils ont plongé tous corps tendus

Par les désespoirs et les misères vécus,
Dans l’eau glacée de la Méditerranée,
Mille vœux humains dans leurs cœurs.

Ils ont affronté des brises et des houles violentes,

Soufflant de toutes parts et contre tous.
Ils appréhendaient ces nuits profondes à la fin incertaine,
Qui devaient les mener vers leurs espérances.

Ils avaient préparé leurs aventures meurtrières

Des mois et peut-être des années durant,
Soumis aux diktats financiers et de calendriers
De gangs maffieux des traversées vers l’inconnu.

Ils viennent de partout,

De ces contrées proches et lointaines,
De l’Afrique berceau de l’humanité,
De l’Orient d’où fusaient jadis les lumières.

Ils sont surtout jeunes, pensant la vie et le monde devant eux,

Désespérés de l’inconscience des maîtres de leurs pays,
Jusqu’à perdre toute raison,
Puisque la raison n’irrigue pas les neurones de ces maîtres.

Ils ont rasé les murs à longueur de journée,

Arpentant rues et quartiers de leurs villages ou de leurs villes,
Certains avec leurs diplômes, d’autres sans ,
Pour retrouver sommeil, la nuit noircie, dans les dortoirs familiaux.

Ils avaient honte de leurs âges mûrissant,

Se sentant exclus, en marge de la société,
Après avoir épuisé tous les ressorts de leur patience,
Victimes d’un État inconscient de son rapport à la nation.

Ils devaient avoir droit à l’impatience,

Impatients qu’ils étaient d’éclater la vie,
De la vivre avec les fibres de leur temps,
Avec l’amour de leurs pays et des leurs.

Ils ont ouvert les yeux sur et dans un monde effervescent,

Un village global formaté par une digitalisation planétaire,
Un monde produisant richesses pour une infime minorité
Et pauvreté, précarité, exclusion pour l’écrasante majorité.

Ils étaient attirés par le mirage des pays du Ponant,

Les masques de leur opulence cachant sa réelle nature,
Pensant trouver ce qu’ils souhaitaient avoir dans leurs pays,
Les voies du savoir, de la liberté et du travail pour eux et leurs enfants.

Ils ont fini, pour certains, par être engloutis ou rejetés par la mer,

Beaucoup ont franchi, non sans souffrances, les frontières
Demandant un droit d’asile qu’ils ne sont pas assurés de recevoir,
D’autres ont plongé dans une clandestinité de tous les dangers.

Avril 2015

Mahi Ahmed

AVRIL 1982 : LE PRINTEMPS ORANAIS (actualisé)

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Eclairage sur les facettes multiples des actions sociales de masse

Messaoud Benyoucef

30 avril 2015

blog braniya chiricahua

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RÉPÉTITION GÉNÉRALE

Préambule : Beaucoup a été dit et écrit sur les manifestations d’avril 1980 à Tizi-Ouzou, celles de 1986 à Constantine et celles d’octobre 1988 à Alger. En revanche, rien ou presque n’a été dit sur celles d’avril-mai 1982 qui se sont déroulées à Oran : curieux silence sur des événements qui ont été, à bien des égards, comme la répétition générale de ceux de 1986 et de 1988. Y sont déjà repérables, en effet, les mêmes mécanismes que ceux qui seront mis en oeuvre plus tard, soit : 1) la provocation de manifestations, 2) la transformation de ces manifestations en émeutes par l’infiltration d’agents provocateurs, 3) la répression sauvage des émeutiers concomitante d’une répression politique ciblée -visant à chaque fois le PAGS- qui était le véritable objectif de toute l’opération.

Le témoignage que je livre ici n’a d’autre objectif que de faire connaître aux générations nouvelles les luttes difficiles de leurs aînés pour le pluralisme politique et une démocratie qui ne se fît pas au détriment des masses populaires qui venaient de supporter tout le poids d’une guerre d’indépendance particulièrement cruelle. La fortune du mot d’ordre « socialiste » dans toutes les sphères de la société n’a pas d’autre explication que celle-ci : rendre justice à un peuple qui avait souffert un véritable martyre, qui avait tenu bon malgré tout, forçant l’admiration du monde, et qui avait fini, à travers les grandioses manifestations de décembre 1960, par signifier au système colonial sa fin irrémédiable. Ce serait se condamner à ne rien comprendre aux batailles politiques des premières décennies de l’indépendance que d’ignorer le poids écrasant de la dette contractée à l’égard des populations rurales surtout : l’engouement extraordinaire que suscita la Réforme agraire en est une preuve de plus.

Professeur de philosophie, militant du Parti de l’Avant-Garde Socialiste, et l’un des dirigeants des syndicats enseignants, j’étais également l’un des fondateurs et dirigeants de ce que nous appelions « l’intersyndicale », une structure semi légale de concertation et d’action syndicales, inspirée des célèbres Commissions Ouvrières (CO), ces syndicats semi clandestins que les ouvriers communistes espagnols mirent en place durant la période de dictature franquiste.

ORAN, avril 1982 : D’ABORD LA RUMEUR

oran014b.jpg Tout était parti d’une rumeur à propos d’un prétendu remaniement des coefficients du baccalauréat qui devait affecter les matières dites secondaires, ce qui aurait eu pour conséquence de rendre l’examen un peu plus ardu. La rapidité et la force avec lesquelles cette rumeur se propagea dans les lycées de la ville, la solidarité aussi immédiate que massive des étudiants de l’université, l’attitude ambiguë des autorités compétentes -au premier rang desquelles le Secrétariat d’État à l’enseignement secondaire qui, mis sur la sellette et sommé de s’exprimer, répétait « qu’on ne dément pas une rumeur » !-, donnaient à penser aux plus perspicaces des observateurs que quelque chose se tramait qui n’avait rien à voir avec le baccalauréat mais qui en prenait prétexte pour pousser les lycéens dans la rue. À quelles fins ?

LE MICRO-CLIMAT ORANAIS

Il faut dire que le climat politique local était particulièrement tendu en cette veille de manifestations. Ce qui pesait de tout son poids et imposait, en quelque sorte, sa coloration à la vie politique locale, c’était le retour sur la scène politique de l’ancien président Benbella dont les anciens amis et affidés multipliaient les dîners et rencontres privés. La venue de Benbella à Oran n’était pas sans rappeler aux nostalgiques de sa personne sa même arrivée dans cette ville durant l’été 1962 et le discours qu’il fit à la préfecture, véritable appel à la guerre contre le GPRA et les wilayas qui le soutenaient, particulièrement la wilaya 3. On sait ce qu’il en fut de cet été meurtrier et de la condamnation par le bon peuple de ceux qui n’avaient même pas attendu un délai de décence pour dévoiler leur véritable nature et s’étriper sans vergogne pour le trône.

Pour l’heure, cependant, la libération de Benbella était vécue comme le commencement de la grande revanche. Il n’est pas exagéré de dire, en effet, que ce qui dominait à Oran en ces jours d’avant la crise, c’était le sentiment largement partagé que, depuis le coup d’État du 19 juin 1965, la ville était comme frappée d’indignité nationale -pas un de ses fils, déplorait-on, ne figurait dans l’aréopage politique qui dirigeait le pays- et avait, de plus, été mise en coupe réglée par des clans mafieux venus d’ailleurs, et particulièrement de l’est du pays. Brimés, déconsidérés, exclus, ainsi se sentaient beaucoup d’Oranais. Qu’y avait-il de vrai là-dedans ?

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Que le régionalisme et le clanisme fissent partie intégrante de la pratique politique officielle est une vérité de La Palisse. Cette pratique a toujours cours d’ailleurs aujourd’hui -et même plus que jamais-, le pouvoir actuel savourant une revanche longtemps attendue sur celui qui l’avait précédé et qui avait plongé le pays dans un bain de sang qui n’a pas épuisé -loin s’en faut- ses effets délétères dans les consciences. Ce que les spécialistes de la manipulation des masses, fabricants de rumeurs et de ballons d’essai, ont appelé « la revanche de NTM (Nedroma-Tlemcen-Msirda) sur BTS (Batna-Tébessa-Souk-Ahras) ».

Que des clans politico-mafieux aient fait, alors, main basse sur la ville est une réalité ; encore convient-il de savoir précisément de quoi l’on parle. Ces clans, pour l’essentiel, étaient des gagne-petit qui se disputaient les bars-restaurants, les casinos et les boîtes de nuit qui faisaient la renommée de la ville. Ils se différenciaient des quelques « capitaines d’industrie » -qui avaient investi surtout dans le textile , le cuir et l’industrie alimentaire- en ce qu’ils étaient des déclassés organiquement liés aux structures politiques du FLN alors que les capitalistes productifs étaient en général issus des classes moyennes instruites et n’avaient pas d’attaches politiques avec le parti unique.

(N.B. Un cas à part, qui confirme paradoxalement cette analyse : celui d’un ancien officier de l’Armée de libération nationale -ALN- qui investit dans le secteur productif industriel, fit rapidement fortune et entra en guerre idéologique contre le système FLN, parce qu’il empêchait le libre développement de l’entreprise privée. Alors que les clans du secteur parasitaire et mafieux défendaient, quant à eux, le point de vue maximaliste-collectiviste lors des débats sur la Charte nationale !)

Qu’en est-il, par ailleurs, de ces clans « venus de l’est » ? Oran -métropole régionale aux infrastructures modernes et centre dynamique des affaires- attirait nécessairement ceux qui cherchaient des facilités et un milieu propice au business. Alors ces clans de l’est, un fantasme ? Mais il n’y a pas de fantasme sans un noyau de vérité, comme il n’y a pas de fumée sans feu. En l’occurrence, la main-mise des « gens de l’est » est un thème présent depuis le 1er novembre 1954, lorsque les dirigeants du PPA oranais (Hammou Boutlélis, Hadj Benalla, Lahouari Souyah, Ahmed Bouchaïb, Zeddour-Brahim Belkacem…) ont été supplantés par les Boussouf, Benmhidi, Abdelmalek Ramdane…, tous de l’est u pays et réfugiés dans l’Oranie après le démantèlement de l’Organisation Spéciale (l’OS). Rappelons que le coup de filet de la police contre l’OS a eu pour origine la trahison d’un militant de Tébessa.

Ce thème a été opportunément réactivé après deux épisodes précis de la vie politique locale. Un : le limogeage du commissaire national (CNP) du FLN, Abdelkader Issaad, par le président Boukharrouba. Deux : l’affaire dite « Mon château », du nom d’une boîte de nuit très courue de la corniche oranaise, qui avait fini par tomber dans l’escarcelle d’un homme de l’est , en fait une personnalité très liée à la famille du président Chadli Bendjedid.

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L’AFFAIRE ISSAAD

Sans doute au fait de ce que ses services devaient lui présenter comme des récriminations rentrées de la population oranaise, le président Boukharrouba avait nommé un oranais -Abdelkader Issaad- comme CNP d’Oran. On n’avait pas vu cela depuis 1967. Ce commissaire politique était très connu du monde syndical puisqu’il était précédemment membre du secrétariat national de l’Union générale des travailleurs algériens (UGTA), le syndicat unique du pays, où il s’était fait connaître, non comme syndicaliste défendant les intérêts des travailleurs, mais comme un agent actif et particulièrement zélé de la mise au pas de l’UGTA et de sa caporalisation, c’est-à-dire de sa subordination au parti unique, le FLN, dont elle finira par devenir, en effet, un satellite, mais mort.

Ainsi, dans le même temps où il engageait le pays dans un processus de clarification politique avec la promulgation de la Charte nationale (1976), Boukharrouba donnait à la deuxième ville d’Algérie un commissaire politique viscéralement opposé aux orientations de cette même charte et témoignant à tout propos -et hors de propos- d’un anticommunisme obsessionnel. Les milieux ouvriers et syndicaux, une grande partie des militants du parti unique même, furent choqués par cette duplicité qui prenait pour eux l’allure d’une véritable punition : « Les Oranais veulent un gars de chez eux ? Eh bien ils auront Issaad », avait semblé leur dire le président.

Il faut dire que dans les milieux oranais -ma famille est pour partie oranaise-, on n’avait pas digéré le coup d’état du 19 juin 1965 -dont les auteurs avaient fait payer la ville en débaptisant le stade Fouques-Duparc, « stade du 19 juin » ainsi qu’en emprisonnant les opposants à Boukharrouba dans la prison de Sidi-Lahouari et en installant là également la sinistre « cour révolutionnaire » (cf ce qu’en dit le commandant Lakhdar Bouregaa dans ses mémoires : terrifiant, inhumain). C’étaient là autant de stigmates que la ville devait porter en punition de son soutien supposé à Ahmed ben Mahjoub (alias Benbella). Et pourtant, les manifestations contre le coup d’état furent squelettiques à Oran.

Mais il est temps de parler, ici, de cet autre Oran justement, de la ville prolétaire avec ses avant-gardes syndicales très dynamiques. Oran n’était pas que la ville de l’argent facile et des affaires plus ou moins glauques ; la ville avait aussi une tradition ouvrière et syndicale remarquable, commencée avec la CGT durant la période coloniale et prolongée dans les premières années de l’indépendance du pays par des cadres syndicalistes issus majoritairement de cette confédération et qui surent tout de suite donner vie aux structures syndicales nouvelles, largement démarquées des anciennes : dockers et traminots, cheminots et agents hospitaliers, électriciens-gaziers et métallurgistes, postiers et enseignants auxquels viendront bientôt s’ajouter ceux de la pétrochimie, salariés du grand pôle en développement d’Arzew.

L’heure étant à la caporalisation, l’union régionale et l’union locale d’Oran furent dissoutes en 1968 au cours d’un véritable coup de force dirigé par le bras droit de Kaïd Ahmed -responsable du FLN-, Adda Benguettat, qui désigna une équipe d’affidés à la tête de ce qui s’appellera, après le 3ème congrès de l’UGTA (1969), l’union de wilaya (UW). L’union locale, structure intermédiaire, sera, quant à elle, proprement effacée des statuts par ce même congrès. (Elle renaîtra plus tard sous l’appellation d’union territoriale). L’UW d’Oran constitua, dès lors, la totalité de l’appareil syndical officiel local. Tenue par ce qui allait devenir, au fil du temps et des dérives, une véritable mafia dont les donneurs d’ordre et les commanditaires réels n’étaient pas le FLN -dont l’égide était toute nominale- mais les différents services policiers, elle passait le plus clair de son temps à faire la chasse aux militants syndicaux communistes ou simplement anti-caporalisation et à rançonner les petits patrons du secteur privé ; elle s’appuyait pour ce faire sur des nervis et des mouchards issus de milieux ouvriers récemment urbanisés et sans tradition syndicale, beaucoup étant des dockers occasionnels.

La gravité de cette dégénérescence mafieuse (que même les dix kasmas (sections) FLN de la ville dénonçaient régulièrement) suscita une résistance qui allait très vite se structurer et prendre des formes inattendues : à côté de la force d’inertie obstinée que lui opposèrent les syndicats de base, il se développa, en effet, une forme « espagnole » de lutte qui prit le nom d' »intersyndicale ». Référence est faite, ici, aux « commissions ouvrières » espagnoles, organisations syndicales clandestines, qui luttèrent héroïquement -après la victoire franquiste, la grève était punie de mort par fusillade sur le lieu de travail- et efficacement contre les syndicats « verticalistes » franquistes. Les initiateurs de l’intersyndicale oranaise avaient fait du livre de Marcellino Camacho, chef historique des CO espagnoles, « Conversations avec Serge Ravanel » (l’un des dirigeants historiques de la Résistance française), leur livre de chevet. Il s’agissait, en réalité, d’une structure informelle de concertation et d’action qui se situait en marge de la légalité syndicale officielle. Ses fondateurs et animateurs provenaient, historiquement, de deux syndicats, celui des enseignants, Fédération des travailleurs de l’éducation et de la culture, FTEC -dont le bureau de coordination départemental allait devenir le centre de la résistance à l’UW- et celui des gaziers et électriciens, Fédération nationale de l’énergie électrique et gazière, FNEEGA; ils constituaient le premier cercle, le noyau vivant et pensant de l’intersyndicale en quelque sorte. C’étaient tous des militants ou des sympathisants du Parti de l’avant-garde socialiste (PAGS). Il s’agissait de ‘Abdelkader Benfodda, militant du Pags et syndicaliste à la FNEEGA, moi-même et Saïd Chentour, militants du Pags et syndicalistes à la FTEC. Le deuxième cercle, au périmètre beaucoup plus large, rassemblait une douzaine à une quinzaine de syndicalistes dynamiques et courageux, dont certains étaient membres du FLN (Mamoun Fehim, FNEEGA, Sid-Ahmed Benzaïd, pétrochimie, Mohamed Brahim, FTEC). Le troisième comprenait toutes les structures syndicales de base -auxquelles s’ajoutera l’union territoriale d’Arzew- qui se montraient réceptives au travail d’information et d’agitation de l’intersyndicale. L’intense activité de cette dernière donna des résultats rapides : l’UW fut complètement isolée et neutralisée et se transforma en une sorte de bunker, n’osant même plus organiser des festivités ou des assemblées de cadres syndicaux : chaque rassemblement était, en effet, l’occasion d’attaques virulentes de la base syndicale contre ses méthodes et sa corruption.

Un policier de haut rang, membre de la SM, fut très vite infiltré dans l’intersyndicale. Il était syndiqué à la FNEEGA. Ce dernier, pour se rendre crédible et s’introduire dans le saint du saint afin de dévoyer le mouvement, faisait montre d’une activité et d’une audace remarquables, particulièrement lors des grèves de 1977 que les cheminots et les métallurgistes d’Acilor déclenchèrent et qui furent suivies par d’autres secteurs grâce au travail de l’intersyndicale. Ceux du premier cercle l’identifièrent grâce à un renseignement venu… d’un policier ! Ils le laissèrent agir à sa guise car ils considéraient son cas en référence (théorique, toutes proportions étant gardées !) à celui de Malinowski, cet agent que l’Okhrana tsariste russe avait infiltré à l’intérieur du comité central du parti bolchevik clandestin : d’une main, il avait envoyé des dizaines de militants au bagne ; de l’autre il avait formé des dizaines de militants à la lutte de classe. (Nous reparlerons plus loin de ce que fut le destin de notre policier.)

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C’est à ce moment où elle était au plus mal, que l’UW reçut un renfort de poids en la personne du commissaire politique, Issaad. Ce dernier, à peine installé, programma une réunion de cadres syndicaux avec l’UW et annonça la couleur : l’UW avait le soutien inconditionnel du commissaire politique. Que la base syndicale se le tienne pour dit ! Le discours du CNP, particulièrement méprisant et arrogant, lui valut d’être immédiatement pris à partie par plusieurs cadres syndicaux militants de l’intersyndicale en lesquels il ne fut pas sans reconnaître ceux qui s’étaient opposés à la caporalisation de l’UGTA et qu’il appelait « les Pagsistes réactionnaires (sic) ». Il n’eut de cesse, dès lors, de poursuivre de sa vindicte le bureau de coordination (BC) de la FTEC dont il prononça, vainement, la dissolution : le BC était une structure interne à la fédération, mais structure informelle sans existence statutaire légale. Conçu pour résister à la caporalisation, il durera jusqu’en 1990 -près de 20 ans- où il se fondra dans l’intersyndicale II, celle de la légalité consécutive au soi-disant pluralisme politique, décrété en 1989.

Dès lors, le CNP monta en première ligne et se posa comme l’interlocuteur unique de tout ce que la ville comptait d’organisations et d’institutions. Il entra en conflit avec le wali (Abdelaziz Madoui) -qui ne se montrait nullement impressionné par l’activisme tout azimuth du CNP et qui manifestait même une appréciation positive à l’endroit des syndicats qui luttaient contre le vibrionnant commissaire politique. Ce dernier, fort du soutien du bureau des Anciens Moudjahidines ainsi que de la Fédération urbaine du FLN, lança alors une campagne de propagande contre le « chaoui » (ainsi qu’il nommait publiquement le wali) et les « chaouiya » (générique employé pour désigner tous ceux de l’est en général, accusés de vouloir coloniser la ville !) Les affidés du CNP, n’hésitaient pas à recycler les incompréhensions et les rancunes recuites, datant de la période de la préparation de la guerre d’indépendance. Cette rengaine trouvait une audience certaine dans divers milieux oranais.

Un autre fait contribuera à tendre encore plus l’atmosphère politique locale : lors du débat public final (télévisé et co-présidé par le CNP et le wali) autour de la charte nationale, des syndicalistes et des jeunes connus pour être proches du PAGS intervinrent en nombre, malgré la surveillance dont ils faisaient l’objet de la part des nervis du CNP et de l’UW. Ce qui n’alla pas sans vives altercations qui obligèrent le wali à intervenir énergiquement pour que l’accès à la parole -et au micro !- soit libre. Le CNP dut encaisser l’humiliation et l’assistance eut face à elle l’image vivante d’autorités locales en conflit ouvert.

Mais c’est un autre événement, autrement plus important, qui va modifier la donne politique et syndicale : les grèves de 1977 qui éclatèrent à la manière du fameux « coup de tonnerre dans un ciel serein ». En effet, alors que l’heure était au discours politique triomphaliste après l’adoption de la Charte nationale, et qu’on en était aux préparatifs des élections de la première assemblée populaire nationale (APN), les cheminots déclenchèrent une grève nationale qui fut suivie ici et là d’arrêts de travail dans plusieurs autres secteurs. Ces grèves signifièrent l’arrêt de mort de l’équipe dirigeante de l’UGTA au niveau national. Le pouvoir politique se dépêcha d’en changer, en effet, et, semblant retenir la leçon des grèves, choisit une direction nationale dont les membres étaient réputés plus proches des préoccupations des salariés et des syndicats de base. Il désigna même, à la tête du secrétariat national, un ancien militant de la CGT et du PCA, Abdellah Demène-Debbih.

Les espoirs placés dans la nouvelle équipe de la Centrale syndicale ne changèrent rien à la situation à Oran. La nouvelle direction syndicale, après une timide tentative, renoncera définitivement à faire tenir, sous son contrôle, un congrès crédible de l’UW. La protection policière dont jouissait -jouit toujours aujourd’hui- cette dernière était décidément sans faille ! La cause en était -peut-être aussi- le fait qu’il n’y avait pas d’autre force alternative qu’une base syndicale très à gauche et très sensible aux propositions et à l’action du PAGS et, dès lors, difficilement contrôlable pour que les polices se risquent à laisser l’UW à son sort.

Il faut rappeler que la centrale syndicale voyait déjà, dressées contre elle, toutes les structures horizontales (UW et UT) du pays, aiguillonnées par l’appareil central du FLN et la police (qui travaillaient main dans la main au plus haut niveau) qui leur enjoignaient ouvertement de saboter l’action de la Centrale, de lui opposer, à tout le moins, une force d’inertie, en attendant des jours meilleurs. C’est aussi que la centrale avait fait souffler un vent de panique dans les appareils syndicaux en nettoyant, au terme de congrès réguliers, les structures verticales : des fédérations professionnelles dynamiques et proches des travailleurs avaient, alors, émergé qui allaient contrebalancer le frein que constituaient des structures horizontales qui avaient complètement perdu de vue leur simple être salarié pour devenir des exécutants de la police et de l’appareil du FLN.

Pour qualifier la dégénérescence de ces syndicalistes, le PAGS utilisait couramment le terme de « carriériste », qualification ambiguë et sans contenu politique. J’avais proposé, quant à moi, une référence historico-politique plus proche de la réalité algérienne : les syndicats péronistes argentins, inféodés à un pouvoir qui avait su se les attacher en prenant des mesures sociales qu’eux-mêmes n’auraient pas revendiquées, au point de se faire les auxiliaires de la police et même des escadrons de la mort (la AAA, Alliance Anticommuniste Argentine) qu’Isabel Peron et son mentor, le ministre des Affaires sociales Lopez Rega, mirent en place pour lutter contre la gauche. (Un jour, peut-être, un coin du voile sera-t-il levé sur le rôle réel qu’ont pu jouer certains syndicalistes mafieux algériens durant la « décennie noire ».)

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C’est sur ces entrefaites qu’un autre événement allait survenir qui allait exacerber la tension politique locale. On était à la veille des élections de la première APN (1977). La commission des candidatures pour la wilaya d’Oran était présidée par le ministre des industries, Bélaïd Abdesselam, accompagné du secrétaire national de l’UGTA, Hassan Belhadj-Bakir. La veille de la publication de la liste des candidats retenus, une fuite mit ladite liste à la disposition de l’intersyndicale. À la lecture des noms -pour l’essentiel, ceux d’hommes de paille de la police, appartenant à l’UW et à la fédération urbaine du Fln-, l’indignation fut à son comble. Un tract fut rédigé par moi, ronéotypé et distribué dans la soirée même. Ce furent les travailleurs communaux, ceux du service du nettoiement en majorité, qui firent le gros du travail de distribution. La police procéda à l’arrestation de l’un d’entre eux. Les policiers en conclurent -déduction erronée- que le rédacteur du tract était M’hamed Djellid, militant du Pags et organisateur (clandestin) des dockers et des communaux et, en tant que tel, déjà identifié par la police. Il fut arrêté et sauvagement battu dans les locaux de Châteauneuf (là même où la police coloniale torturait sans désemparer). La nouvelle se répandit immédiatement ; on dit que le coordinateur de la Sûreté de wilaya et le CNP avaient supervisé l’interrogatoire barbare. Le CNP, de son côté, voulut exploiter cette arrestation et élargir le champ des représailles aux animateurs de l’intersyndicale. Il commit l’erreur de vouloir se venger de deux membres du BC-FTEC, Saïd Chentour et moi-même, ses ennemis héréditaires. Il exigea leur arrestation. Le wali s’y opposa énergiquement. Il faut dire, qu’en plus de la nécessité pour lui de calmer le jeu dans sa wilaya, le préfet connaissait personnellement et appréciait particulièrement le travail d’élu local de l’un des deux enseignants, en l’occurrence Saïd Chentour qui était vice-président de l’APW d’Oran. L’affaire souleva une grande émotion et eut un retentissement national car le PAGS diffusa une déclaration condamnant l’arrestation de M’hamed Djellid et les brutalités qu’il avait subies. Elle en faisait clairement porter la responsabilité à un commissaire du FLN « particulièrement sectaire » (sic).

(Une anecdote pittoresque ici : le policier infiltré dans l’intersyndicale, qui se démenait comme un beau diable pour faire ronéotyper de nouvelles copies du tract, fut arrêté. La police ne savait pas qu’elle venait de mettre la main sur un officier de la Sécurité militaire. Les supérieurs de l’infiltré durent, intervenir en sa faveur et donc le « griller ». Et c’est ainsi que le monde syndical découvrit sa véritable fonction ! Nous, nous avons bien ri dans notre barbe.)

À la suite de cet événement, l’intersyndicale changea son fusil d’épaule et dirigea toutes ses attaques contre le CNP. Pétitions, dénonciations, rapports envoyés à toutes les autorités ne se comptèrent dès lors plus et trouvèrent leur aboutissement dans un long mémorandum raisonné, rédigé par le premier cercle de l’intersyndicale, et très précisément par Saïd Chentour et moi-même, discuté et signé par la base syndicale (une quarantaine de structures, les plus importantes, les plus représentatives apposèrent leur cachet officiel sur le document) et exigeant le renvoi de Abdelkader Issaad. Le document fut envoyé au chef de l’État sous les auspices du courageux et intègre Ministre du travail et des affaires sociales, Med-Saïd Maazouzi. Il ne passa pas beaucoup de temps avant que Boukharrouba vienne en personne déposer Issaad -qui ne fut même pas convié à la cérémonie officielle- et installer à sa place un officier de l’armée en exercice sur la place d’Arzew, le commandant Hasnaoui.

Ce dernier avait pour mission immédiate d’apaiser la situation. Il reçut très vite une délégation informelle de la base syndicale. Celle-ci lui fit part de la revendication fondamentale des syndicats : l’organisation d’un congrès régulier et démocratique de l’UW, sous la supervision d’une commission de préparation elle-même démocratiquement élue. Le CNP évita soigneusement de s’engager en quoi que ce soit. Les choses se sont passées ainsi : à la demande de ses interlocuteurs, le CNP répondit par une longue digression où il était question de son expérience des syndicats, basée sur son observation personnelle de leur action à Arzew. Et, inopinément, il demanda à ses interlocuteurs ce qu’ils pensaient de tel syndicaliste qui avait « sévi » (sic) à Arzew. Il ajouta, sans attendre la réponse, que lui-même considérait cet homme comme un véritable « fléau » (sic). Ses interlocuteurs n’entrèrent pas dans son jeu et essayèrent de le ramener à leur demande ; toujours fuyant, il ne s’engagea à rien. Ses interlocuteurs traduisirent sa position ainsi : « Ne comptez pas sur moi pour tirer les marrons du feu au profit des communistes. »

Pour la petite histoire, l’homme que Hasnaoui qualifiait de « fléau » était Benamar Mahrouz, le syndicaliste CGT qui osait affronter, dans les années 50, les colons tout puissants de l’Oranie pour organiser les ouvriers agricoles au sein de son syndicat. Il jouissait d’un prestige considérable dans toute la région et s’il avait bien représenté un fléau, en effet, c’était pour les colons-négriers. Après le coup de force contre l’UGTA -1968-, il fit partie du groupe d’anciens cégétistes -tractés par Hassen Khitman- qui se mirent au service du ministre Belaïd Abdesselam.

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LA RÉACTION THERMIDORIENNE EN MARCHE

Un an plus tard, Boukharrouba mourait. La réaction thermidorienne allait commencer qui allait livrer quelques années plus tard la nature véritable de ce qui s’était mis silencieusement en place -une de ces ruses dont l’histoire a le secret- sous le règne « socialiste » de Boukharrouba. Le conclave militaire, réuni près d’Alger pour désigner un successeur au président défunt, « choisit » le colonel Chadli Bendjedid, chef de la Deuxième région militaire -celle d’Oran- depuis 1964 -un record.

On prétend que le chef de la SM, le colonel ‘Abdallah Khalef, a dirigé ce conclave de main de maître. Mais était-il bien au fait de ce que les oranais avertis se disaient : à savoir que Bendjedid avait été pris discrètement en charge depuis belle lurette par la France, et ce par le truchement d’une famille de grands propriétaires fonciers de la région de Mostaganem (qui lui donnera sa petite-fille en mariage). L’un des membres de cette famille s’était répandu, en privé devant moi, en confidences sur les séjours de Bendjedid à Biarritz et Monaco, entièrement aux frais de cette famille. « Voilà comment le ra’i (le berger; Bendjedid était ouvrier à la Tabacoop de ‘Annaba) a été civilisé ! Et c’est à nous qu’il le doit ! »

Donc, ou bien l’homme le mieux informé d’Algérie (A. Khalef) ne savait pas qu’il plaçait à la tête de l’état un suppôt de l’ancienne puissance coloniale, ou bien il savait et a laissé faire. Mais la réalité des choses, c’est que le conclave militaire était sous l’influence des anciens officiers du cadre français qui ne voulaient surtout pas d’une personnalité forte, capable d’échapper à leur contrôle. A charge pour les services de ‘A. Khalef d’écrire le roman de cette péripétie sous la forme d’un duel entre un prétendant du clan de l’est (Yahiaoui) et un autre du clan de l’ouest (Bouteflika).

LA MATRICE EST/OUEST

Ces services instrumentalisent en permanence le même schéma d’opposition binaire est/ouest pour expliquer toute situation politique conflictuelle dans le pays. Cette tendance à tout renvoyer à une sorte de structure figée dévoile la vérité de l’histoire de ces services, elle-même liée de façon consubstantielle à l’histoire de l’armée. Disons-le sous forme de raccourci (qui n’est qu’un raccourci à valeur heuristique) : l’ALN s’est développée, dans une proportion majoritaire, à l’est du pays alors que la sécurité militaire est née et s’est développé essentiellement à l’ouest.

Mais il y a surtout que les intérêts de la hiérarchie de l’armée et ceux des services secrets coïncidaient sur un point précis et décisif : empêcher l’émergence d’un vrai chef d’État : 1) l’armée, parce qu’une partie de ses cadres voulait sa professionnalisation (synonyme de retrait de la vie politique car la politique divise), alors qu’une autre avait hâte de se lancer dans les affaires et de prospérer en toute quiétude : un chef d’état digne de ce nom aurait empêché aucune de ces aspirations de se réaliser. 2) Les services de sécurité, parce que le seul obstacle à leur domination absolue sur la vie politique serait un leader charismatique légitimé par le peuple qui pourrait entreprendre de ramener leur pouvoir à de plus modestes proportions.

Le fait est que le PAGS appela à voter pour Bendjedid. Certains de ses militants oranais -particulièrement ceux qui activaient dans les syndicats et dans l’intersyndicale-, protestèrent vivement. (J’ai personnellement refusé d’appliquer cette directive).

Alors que le centre de gravité du pouvoir réel se déplaçait à l’est, c’est paradoxalement Oran qui apparaissait comme sa base arrière : le nouveau président avait passé quatorze années à la tête de la Deuxième région militaire. Il avait pris pour épouse une descendante, par la branche maternelle, d’une famille de grands propriétaires fonciers de l’ouest, adossée à une confrérie religieuse (zaouia) influente. Les prétendants aux prébendes se bousculaient à son portillon. On vit des walis servir le couscous et nettoyer les tables basses.Les collaborateurs du chef de la Région allaient devenir des personnages considérables de la vie politique : les commandants Larbi Belkheir, tout-puissant secrétaire général de la présidence de la République, et Mohamed Médiène, donné pour le chef sans partage des services secrets depuis les années 9O.

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L’AFFAIRE « MON CHÂTEAU »

C’est à cette époque que se mit à monter à Oran l’étoile du chef de la brigade criminelle (son grade véritable était sujet à caution, mais il se comportait en véritable patron), celui qui était connu sous le sobriquet de « Max » et qui était très redouté pour sa brutalité ; il était originaire de l’est du pays et des rumeurs invérifiables couraient sur son passé, supposé trouble. Il se révéla que Max était très proche de Khélifa Bendjedid -le frère cadet du président- qui venait d’être nommé wali. Max était également l’ami d’un homme d’affaires, originaire de l’est du pays et lui-même proche de Khélifa Bendjedid. Or cet homme d’affaires avait acquis deux lieux de plaisir dans la métropole de l’ouest ; en ville, le « Riad », un bar fréquenté par les proches du nouveau pouvoir, et sur la corniche, le « Mon château », un vrai château au demeurant, transformé en boîte de nuit où se produisaient les chebs du Raï et où la consommation des substances illicites et la prostitution battaient leur plein. Dans ce genre de lieux, les rixes sont monnaie courante. C’est à la suite de l’une d’elles que la police tenta d’intervenir. Mal lui en prit. Les policiers furent interdits d’entrée et même malmenés par les vigiles du lieu.

Pour la police d’Oran, c’était une humiliation d’autant plus intolérable que la nouvelle s’était répandue à la vitesse de la foudre dans toute la ville. Une équipe d’inspecteurs, accompagnés d’une escorte d’agents, vint alors se saisir du patron du Château en son château même. Placé en garde à vue, il fut déféré au Parquet, après avoir subi un traitement « spécial » -aux dires des mouchards qui se répandaient en « révélations » sur la manière dont la police avait lavé l’affront qui lui avait été fait. Mais le prévenu fut remis en liberté quelques heures plus tard sur ordre de la Chancellerie. La police était ainsi désavouée et reçut même le coup de pied de l’âne quand la Direction générale de la sûreté nationale (DGSN), commandée alors par El Hadi Khediri, envoya un inspecteur général des services (la police des polices) enquêter sur le comportement des policiers d’Oran à l’encontre du patron du Château. Durant cette affaire -qui allait laisser des traces profondes-, les policiers ont mesuré la solidarité active de leur collègue Max avec l’homme d’affaires, mais également celle du pouvoir lui-même qui a mis en branle le ministère de la Justice et la DGSN pour venir en aide à l’ami du frère du président de la République.

Longtemps, cette affaire restera au centre des conversations où la seule leçon retenue était encore et toujours celle de « la pauvre ville d’Oran jetée en pâture aux hommes de l’est ». Comme pour renforcer ce sentiment, Max allait encore faire parler de lui. Un matin, le préposé à l’accueil des ateliers de la Sonacome (Société nationale des constructions mécaniques, qui assurait la vente et la maintenance de véhicules aux particuliers) vit arriver, pour révision générale, une voiture dont le propriétaire ne s’était pas donné la peine de prendre rendez-vous et qui prétendait malgré tout que son véhicule était prioritaire. Le préposé à l’accueil refusant de lever la barrière d’entrée, l’homme descendit et le gifla : c’était Max qui convoyait la « Honda » de Khélifa Bendjedid. Les mécaniciens et employés des ateliers Sonacome, sis boulevard Abane Ramdane, cessèrent immédiatement le travail et entreprirent d’informer l’ensemble des travailleurs de l’entreprise. L’émotion fut grande dans les milieux du travail mais la réaction ne fut pas à la hauteur de l’agression : UW et police firent, en effet, ce qu’il fallait pour intimider et isoler les salariés de la Sonacome. Mais c’est aussi que le rapport des forces, aux plans syndical et politique, avait beaucoup changé en cette année 1982.

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DE NOUVEAU LA CAPORALISATION DES SYNDICATS

La centrale UGTA avait fait, de nouveau, l’épreuve d’une caporalisation aussi brutale que celle de 1968. Au cours d’un congrès entièrement préfabriqué et déclaré sixième du nom, le secrétariat national, à l’exception d’un seul de ses dirigeants (qui troqua son honneur contre le plat de lentilles d’une promotion au poste de secrétaire général), fut limogé. Les fédérations professionnelles furent dissoutes et rayées de l’organigramme syndical. Les structures horizontales -UW et UT- collaborationnistes triomphaient. Et avec eux les appareils policier et FLN. Il ne fallait pas témoigner d’une perspicacité d’exception pour comprendre que c’en était bien fini de l’UGTA en tant qu’organisation syndicale représentant et défendant les intérêts des salariés. À Oran, les militants de l’intersyndicale, confrontés de longue date aux structures syndicales mafieuses locales, voyaient l’essentiel de leurs analyses ratifié par les faits : ces structures étaient l’image développée et anticipée de la véritable nature du syndicalisme officiel. Il fallait, maintenant, passer à autre chose. L’édification patiente de véritables syndicats, indépendants et démocratiques, en dehors du cadre officiel, s’inscrivait d’elle-même sur l’agenda stratégique des luttes futures. Cette position des militants oranais -dont j’étais le défenseur acharné- suscita un long débat au sein du PAGS où la doctrine officielle était de militer là où sont les travailleurs, que d’aucuns -la majorité, hélas- traduisait par : militer à l’UGTA. Ce glissement ruineux, dénoncé à maintes reprises par les « Oranais », ne pouvait que lier les mains de militants remarquables de courage et d’abnégation et les enfermer dans des situations sans issue.

(Je me souviens d’une réunion à Alger qui regroupa des cadres du parti activant dans les syndicats : j’y ai défendu ma position face aux deux membres de la direction, H. Cherif et A. Chergou. Appuyés par les militants pagsistes du complexe sidérurgique d’El-Hadjar qui raillaient avec paternalisme mes arguments, perchés qu’ils étaient sur les hauteurs stratosphériques de la plus grande concentration ouvrière du pays -et quels ouvriers ! Les métallos !-, les deux membres de la direction me laissèrent à peine parler. Particulièrement rigide et cassante était l’attitude de A. Chergou qui ne tolérait pas qu’on puisse critiquer la ligne pro-UGTA qu’il défendait. Je me souviens avoir écrit un rapport à la direction après cette rencontre. Il demeura sans suite. Quelques mois plus tard, H. Cherif et A. Chergou se révélaient comme les artisans, sous la houlette de Bakhtaoui, du sabordage du PAGS.)

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À Oran, cependant, un nouveau CNP était installé qui porterait mieux les couleurs de la réaction thermidorienne en marche. Celui qui fut choisi -outre qu’il était originaire de l’est du pays, ce qui, vu le climat local, avait toutes les chances d’apparaître comme une provocation- était un vieux routier de l’appareil du FLN, rompu aux pratiques autoritaristes et caporalisatrices et plein de morgue, Tahar Laadjal. Qu’on en juge : à une délégation de syndicalistes de l’enseignement qui avait demandé à le rencontrer afin de l’entretenir de l’agression commise contre le local du syndicat des enseignants par des responsables de l’UW, le CNP répondit par une longue digression sur sa lutte contre… les goumiers, (supplétifs indigènes de l’armée coloniale) ! J’ai répondu que le mot et la chose étaient inconnus dans l’ouest du pays et nous sommes sortis sans autre forme de procès. La délégation déposa également une demande d’audience auprès de la Région militaire dont le chef, membre du Comité Central (CC) du FLN, était, alors, le colonel Kamel Abderrahim : en réponse, les délégués syndicaux reçurent la visite d’officiers de la SM qui voulaient savoir de quoi les demandeurs voulaient entretenir le colonel en les dissuadant diplomatiquement de le faire.

LA GRÈVE DES LYCÉENS

Au moment où éclata la grève des lycéens, Oran avait trois membres du CC/FLN : le CNP, T. Laadjal, le chef de la RM, Kamal Abderrahim, l’inspecteur d’académie, directeur de l’Éducation et de la culture, Abdelkader Boualga. La qualité de membre du CC d’un instituteur du cadre marocain qui ne rentra en Algérie qu’à l’indépendance (avec un grade de l’ALN) a de quoi intriguer : pas si l’on sait qu’il était le beau-frère du n°2 de la SM, Yazid Zerhouni. Oran avait aussi un wali très proche du cercle présidentiel (Rachid Mérazi) et une police en état de choc mais avec deux hommes forts : l’omniprésent et vibrionnant Max et le chef de la police des Renseignements généraux, Abbas Ghorzi. Les deux principaux responsables de la police, le coordinateur de la sûreté de wilaya -Ghomari- et le chef de la police judiciaire semblaient plombés par leur origine : le premier était de Nédroma et le second de Maghnia, c’est à dire le « pays » de Benbella. Alors que ce dernier venait de quitter le pays et de se positionner en opposant, avec un parti (le MDA, Mouvement Démocratique Algérien) et un journal (El Badil), ceux qui s’étaient commis avec lui, faisaient profil bas. En privé, beaucoup d’entre eux n’avaient pas de mots assez durs pour celui qui les avait compromis et abandonnés à leur sort. La police tirera profit de cette situation : lorsque Benbella rentrera au pays, son MDA grouillait littéralement de policiers infiltrés.

Le mouvement de grève toucha l’ensemble des lycées de la ville avec une rapidité phénoménale et s’étendit non moins rapidement à l’université. Là, il est vrai, le relais avait été pris par les militants de la CNE qui se placèrent immédiatement à l’avant-garde du mouvement, reléguant les lycéens au second plan.

La Commission Nationale des Étudiants (CNE) avait été créée en 1975. Après la dissolution de l’union nationale des étudiants algériens (UNEA), en 1971, le pouvoir supprima la JFLN (Jeunesse du Fln) et définit un cadre unique pour les jeunes, l’UNJA (Union nationale de la jeunesse algérienne), tout en réservant une structure spécifique, à l’intérieur de ce cadre, aux étudiants : la CNE.

oran011e.jpg Les grévistes défilèrent dans les rues de la ville en bon ordre et sans aucun débordement pendant trois jours. L’atmosphère était plutôt bon enfant et les mots d’ordre scandés concernaient le baccalauréat et le prétendu réaménagement des coefficients. Jusqu’à ce que les manifestants décident de faire un sit-in en face du CNP et de la l’académie pour protester contre le silence des autorités qui ne daignaient pas s’exprimer sur la question. Les élèves et étudiants virent fondre sur eux les brigades anti-émeutes (BAE) qui les matraquèrent avec une violence incompréhensible. C’est à l’occasion de cette grève et de sa manifestation publique que les habitants d’Oran allaient découvrir ces brigades pour la première fois. Le mot qui convient après ce matraquage sauvage qui eut lieu en plein centre ville est « sidération ». Les jeunes manifestants et les Oranais découvraient avec stupeur que le pouvoir politique s’était armé silencieusement contre son propre peuple qu’il traitait comme jadis les CRS coloniaux le traitaient. Le choc fut énorme.

Le lendemain, la marche pacifique des grévistes se heurta au barrage des BAE qui fermait l’accès du boulevard Émir Abdelkader. Les policiers chargèrent avec la même brutalité, hors de proportion. Depuis les balcons, les habitants considéraient le spectacle de leurs enfants brutalisés ; alors, se saisissant de tout ce qu’ils pouvaient avoir sous la main, ils bombardèrent les policiers de tuiles, de morceaux de parpaing, de bouteilles de verre et même de gaz butane. C’était du jamais vu. Un autre affrontement eut lieu à proximité de l’université, les BAE voulant empêcher les étudiants de rejoindre le centre-ville; ces derniers ripostèrent à coups de pierre aux tirs de grenades lacrymogènes ; les BAE reculèrent.

Sentant que la ville se mobilisait et craignant d’être débordées, les autorités locales obtenaient la venue du Secrétaire d’État à l’enseignement secondaire (Sees) en même temps que la police procédait aux premières arrestations d’élèves, d’étudiants et… d’enseignants.

Le Sees, Larbi Ould Khelifa, qui s’était tenu jusque là dans une réserve étanche, comme si ce qui se passait ne le concernait en rien, arriva à Oran pour une « visite de travail prévue de longue date », disait la presse officielle. On le promena à travers la wilaya pour donner le change et on programma une rencontre avec les enseignants, au siège de la wilaya. Le principe retenu était que chaque lycée serait représenté par un délégué. Nous -je veux dire cette espèce de tripode BC/FTEC-intersyndicale-PAGS étions syndicalement présents dans tous les établissements et jouissions de la confiance de nos collègues. Nous serions donc fortement présents à cette réunion. Mais il fallait la préparer : nous n’en eûmes pas le temps.

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ARRESTATIONS

La veille de cette rencontre, j’avais été arrêté sans ménagement par trois jeunes policiers en civil, en plein centre-ville. Bien plus tard, j’apprendrai par l’un des policiers qui m’avaient interpellé que c’est à l’instigation d’un membre de la kasma FLN du centre-ville -qui me présenta à eux comme le « cerveau » de toute l’affaire- qu’ils m’étaient tombés dessus. Ces révélations interviendront après que le policier aura appris que j’étais originaire du même bled que lui (!) et -surtout- après qu’il aura découvert que le militant FLN-mouchard et « syndicaliste » dans le secteur financier était connu pour son aptitude à se vendre au plus offrant. Moralité : les mouchards « donnent » les gens aux policiers ; mais il arrive que les policiers « donnent » les mouchards aux gens. (Comment donc s’explique l’hécatombe perpétrée dans les rangs de la police et de ses indicateurs dans les années 90 ?)

Dirigé vers Châteauneuf -siège de la police judiciaire et des RG- et abandonné dans un couloir, j’eus tout le temps d’observer le manège qui se déroulait devant moi. Des élèves et étudiants terrorisés et soumis à un chantage, à même le couloir : « Donne-moi deux noms et tu sors tout de suite » ; les allers et venues des mouchards dont beaucoup ne m’étaient pas inconnus puisqu’il s’agissait de « syndicalistes » proches de l’UW et de militants du FLN qui ne manquaient pas de me jeter des regards de haine et de satisfaction en même temps. Le bureau vers lequel tout convergeait s’avéra être celui de Abbas Ghorzi, chef des RG. Il sortit d’ailleurs à plusieurs reprises de son antre, affairé, papiers en main, suant, soufflant et insultant ceux qui se trouvaient sur son passage. J’eus droit au même traitement sauf que pour moi -qui détonnais au milieu des jeunes gens- il eut ces mots en plus : « Qu’est-ce que tu fais là ? Qui tu es ? Pourquoi tu es là ? » J’ai répondu que je n’en savais rien et que c’était plutôt à la police de dire pourquoi elle a arrêté un professeur. Je crois qu’il a fait des efforts pour ne pas m’insulter encore. Je fus livré à moi-même plus de trois heures durant dans le couloir. Puis quelqu’un sortit du bureau du chef et me dit que je pouvais partir. Sans autre forme de procès.

Le lendemain à huit heures, des policiers m’attendaient sur mon lieu de travail. Mené à Châteauneuf, je fus interrogé par un commissaire de la brigade politique des RG. L’interrogatoire dura sept heures durant lesquelles chaque mot, chaque signe de ponctuation même, fit l’objet d’une âpre négociation. La tactique du policier -froid et retors- consistait à m’épuiser pour que je finisse par accepter les termes du procès-verbal d’audition tels qu’il les formulait. Or, ses formulations étaient toujours savamment pernicieuses, pouvant se prêter à toutes les interprétations. De plus, l’interrogatoire ne portait pas sur des faits précis mais sur ce que je pouvais penser de tel ou tel événement, par exemple du 6ème congrès de l’UGTA, de la grève, etc.

Il m’apparut clairement alors que la police était en train de monter une provocation dont nous étions les victimes désignées. Vers 15H, le commissaire décréta une pause et me demanda de le suivre : nous sortîmes et je vis qu’il se dirigeait vers un café de la rue Philippe. Là, nous prîmes un café sans nous adresser la moindre parole ! Quand le policier me vit allumer ma première cigarette, la surprise se lisait dans son regard. Il venait sûrement de se rendre compte que j’avais résisté à l’envie de fumer pendant plus de 6 heures. Dès lors, il n’insista plus : une heure plus tard, je signais le procès-verbal, rédigé dans les termes qui représentaient un compromis que j’estimais tout à fait valable, et je dis au policier que s’ils avaient l’intention de me garder à vue, il faudrait qu’ils préviennent mon établissement afin qu’on procède à mon remplacement pour la réunion avec le ministre. Le policier n’était pas au courant ; il se retira et revint après un bon quart d’heure -probablement de discussion avec le chef- pour me libérer.

RÉUNION À LA WILAYA

oran049.jpg De Châteauneuf, je me rendis à la réunion. À la tribune, étaient assis le secrétaire d’État Ould Khelifa, le wali Mérazi, le DEC Boualga et un officier du Secteur territorial de l’armée. Sur les sièges de l’hémicycle, les délégués enseignants étaient visiblement intimidés. Le malaise était palpable. Le Sees prit la parole. Son intervention, alambiquée et sans intérêt, réussit le tour de force de ne rien dire de l’objet même qui nous réunissait ! Puis il incita les enseignants à prendre la parole. Il comptait évidemment sur eux pour crever l’abcès. Je fus le premier à la demander. J’allai droit au but ; je dénonçai les arrestations qui touchaient élèves, étudiants et professeurs ; je dis que je venais moi-même de faire l’objet de deux interpellations ; je dis au ministre que les mesures d’apaisement qu’il pourrait prendre étaient simples : 1) opposer un démenti officiel à la rumeur concernant le baccalauréat ; 2) faire cesser les interpellations policières.

Ce que je prenais pour du malaise à mon entrée dans l’hémicycle était en réalité de la peur. Une peur qui devint épaisse, massive, concrète quand j’eus achevé mon intervention -qui n’avait duré guère plus de trois minutes. Le Sees fit une réponse pathétiquement creuse pendant que le DEC soufflait sans vergogne à l’oreille du wali qui prenait des notes. Le wali enchaîna sans tarder et, s’adressant à moi, entonna, d’une voix véhémente, un discours menaçant : 1) « Pourquoi le plaignant n’a-t-il pas saisi le DEC après son interpellation ? 2) Mais nous savons à qui nous avons affaire avec cet individu. 3) Nous ne permettrons pas que nos services de sécurité soient mis en cause. 4) Voici le bilan chiffré et détaillé des violences subies par les forces de l’ordre, notamment à la suite de jets de projectiles depuis les terrasses et les balcons ».

L’intervention du wali, menaçante et dramatique, suggérait perfidement que les arrestations visaient les responsables directs ou indirects de ces voies de fait contre agents de la force publique. Alors la peur s’épaissit encore plus et personne n’osa prendre la parole hormis un professeur d’histoire qui se lança dans un plaidoyer inutile pour sa discipline. Ce qui permit au Sees de tenter une sortie honorable sur le mode triomphaliste de « l’école-algérienne-qui-a-accompli-des-miracles etc ». Et la séance fut levée.

À l’extérieur de l’hémicycle, je retrouvai mes camarades et nous tînmes un rapide conciliabule. Je leur dis que sur le vu de mon interrogatoire, il était clair que la police cherchait à nous mettre l’affaire sur le dos. Je leur conseillai de ne pas passer la nuit chez eux parce que le week-end qui commençait -nous étions le mercredi 28 avril 1982 au soir- serait allongé d’une journée, le samedi (premier jour de la semaine) tombant le 1er mai : la police n’allait pas rater l’occasion d’arrestations dans la discrétion, ainsi que celle d’une garde-à-vue prolongée.

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DÉFÈREMENT AU PARQUET

Je passai le long week-end loin d’Oran. Le dimanche 2 mai à à huit heures du matin, je fus cueilli par deux inspecteurs de la PJ dans mon établissement même et conduit, pour la 3ème fois, à Châteauneuf. Dans la cour, je fus accueilli par un Max vociférant et fulminant Où tu as mis le couteau? Je répondis que j’étais un professeur. Allez ! Emmenez cette racaille ! Je voulais répondre mais je sentis une pression amicale sur mon bras que tenait l’un des deux inspecteurs. Je traduisis par Ne fais pas attention ! La suite dira que je ne me trompais pas. C’est alors que je vis mes camarades surgir par une porte donnant sur la cour : ils sortaient des geôles et étaient dirigés vers le fourgon cellulaire ; pâles, mal rasés, chiffonnés ; les cinq professeurs (dont mes camarades et amis très chers Mahieddine Tsouria-Bélaïd et Mohamed Moulay) avaient passé trois jours et quatre nuits dans les geôles du sinistre Châteauneuf. Parmi les cinq enseignants, un seul n’appartenait pas à notre mouvance : Yazid Khélil, professeur de philosophie. Comme nous fûmes tous deux collègues et amis, je compris immédiatement pourquoi il était là : originaire de Maghnia, sa famille était proche de Benbella et lui-même avait participé à un dîner familial en l’honneur de l’ancien président. Cela dit, il n’avait pas d’opinion politique affirmée et était l’image même de l’homme tranquille se consacrant totalement aux siens et à son travail. Le complot policier m’apparut alors dans toute sa grossièreté : faire croire à une collusion communistes/benbellistes à l’origine des troubles pour justifier une répression dans les deux directions.

On m’emmena chez le chef de la PJ. Il repéra sur une liste le seul nom qui n’était pas encore biffé, le raya et dit sans daigner me regarder : « On ajoutera «délit de fuite» pour que ton compte soit bon ! » Et il fit le geste de chasser une mouche, sans lever la tête et regarder en face celui qui se tenait devant lui. De nouveau dans la cour, je remarquai que le fourgon était parti. Max hurla Les menottes ! Allez ! Racaille ! Les inspecteurs me firent monter à l’arrière d’une voiture et m’encadrèrent ; je tendis mes poignets. L’un des deux inspecteurs me dit Hacha (Sauf ton respect) ! Nous savons qui vous êtes ! Dieu est témoin que nous ne sommes pour rien dans cette affaire et que nous avons honte. Dites-le à vos amis.

J’arrivai donc sans menottes (faveur insigne !) au palais de justice ; je retrouvai mes camarades dans une geôle du tribunal. Je leur donnai les informations dont je disposais et qui permettaient -selon moi- d’être optimiste : pendant les trois jours où j’étais resté libre, je n’avais, en effet, pas chômé, alertant les camarades, les amis, les parents et surtout les milieux de la magistrature où je disposais de connaissances, parents et anciens élèves. Partout, et après l’indignation, c’était le même message : on ne laissera pas faire !

On nous mena ensuite dans la salle d’audience du tribunal où nous allions rester toute la journée assis à ne rien faire, attendant qu’il soit statué sur notre sort. Dans les bureaux, la négociation faisait rage entre le procureur général, représentant la Chancellerie, et les magistrats du tribunal et de l’instruction qui ne dépendent pas -en principe- du Parquet.

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ORAN ET SES INSPECTEURS D’ACADÉMIE

Le Ministre de la justice, à ce moment, était Boualem Baki, ancien inspecteur d’académie d’Oran que nous avions eu donc comme vis-à-vis. Il avait été toujours courtois et même fraternel. Ce fut une période heureuse où le blockhaus qu’était l’académie lors du règne interminable (1965-1973) de Tahar Zerhouni (cousin du n°2 de la SM) -dont la sécheresse et la rigidité empêchaient toute relation normale avec ses collaborateurs et encore moins avec des syndicats dont il ne voyait les interventions légales que comme autant d’attentats contre ses prérogatives- devenait enfin le lieu normal où les enseignants pouvaient, sans trembler, être accueillis à certaines heures et certains jours et voir leur droit à être représentés par des syndicats, reconnu.

Nous avions mené une lutte sans merci contre le despotisme de cet homme, Tahar Zerhouni -avec les mots d’aujourd’hui, on dirait de lui qu’il était psychorigide à tendance paranoïaque-, la terreur qu’il faisait régner sur la famille enseignante et son népotisme familial et « blédard » (Nédroma). Nous allâmes jusqu’à dénoncer publiquement ses travers par une déclaration écrite, tract que nous distribuâmes lors de la cérémonie officielle marquant la commémoration du 1er novembre ; c’était en 1971 et les festivités se déroulaient sur la place du même nom. Les corps constitués, civils et militaires, furent frappés de stupeur quand ils virent de jeunes enseignants leur distribuer des tracts dénonçant l’inspecteur d’académie soi-même, l’homme intouchable parce qu’il jouissait d’une protection suffisamment dissuasive en elle-même.

Or, Boualem Baki fut l’adjoint de Zerhouni, un adjoint confiné dans un minuscule bureau au fond d’un couloir et frappé d’un interdit tacite. Nous ne manquions pas, lors de quelque réunion des commissions paritaires des personnels enseignants -les seules réunions bipartites que Zerhouni ne pouvait pas éviter- où je siégeais avec deux camarades qui venaient de purger des mois de prison pour appartenance à l’ORP (Belarbi Mekki et Baroudi Zegrar)- pour braver l’autocrate, de rendre une visite de courtoisie à l’exclu.

Baki ne manquait pas l’occasion de se plaindre à nous : « Est-ce ainsi qu’on traite un ancien moudjahid ? ». Baki, ancien mouderrès de l’association des Oulamas avait rejoint l’Aln en 1956 ; Zerhouni, ancien médersien, fut professeur d’arabe au collège Ardaillon d’Oran jusqu’en 1962. Baki avait en haute estime le fait que nous tenions tête à l’inspecteur d’académie. À la fin du règne de Zerhouni, Baki prit sa place et ce fut une véritable libération, vécue comme telle par les enseignants. Mais il fut vite appelé à d’autres fonctions et remplacé par Abdelkader Boualga, protégé lui aussi, comme il a été dit plus haut, du n° 2 de la SM. (Apparemment, l’académie d’Oran était un domaine réservé…)

Zerhouni fut muté au Ministère de l’éducation nationale où un poste léonin avait été créé spécialement pour lui : Directeur des personnels enseignants et administratifs ! Que restait-il donc au ministre, (Abdelkrim Benmahmoud) ? À Alger, Zerhouni créa vite le scandale en nommant, par une procédure exorbitante du règlement, sa femme à la tête d’un prestigieux collège. C’est ce qu’il avait fait à Oran pour sa femme et son beau-frère. Un jour que j’accompagnais le secrétaire général de la FTEC, Ahmed Rouidjali, pour une réunion au Ministère, il me proposa que l’on passe saluer son « vieux copain du MTLD », Abdelhamid Mehri. Mehri, malgré son titre de secrétaire général, était confiné dans un « placard », réduit à une seule tâche : signer les autorisations de sortie du territoire national pour les enseignants. C’est lui-même qui nous l’a dit en se plaignant : « Voyez comment on traite un militant comme moi ! ». Mehri était traité comme Baki à Oran. (De là à supposer que l’attitude bienveillante de l’ancien ministre du GPRA, démis par l’armée des frontières et humilié par les hommes du clan d’Oujda, vis-à-vis du Front islamique du salut trouve là un de ses éléments d’explication, il ne paraît pas illégitime de le penser.)

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Avec Boualga, nous n’eûmes pas de problèmes liés à la représentation syndicale. Sans doute instruit par l’expérience de Zerhouni, il savait qu’il y avait dans l’enseignement à Oran une présence syndicale forte et qui ne s’en laisserait pas conter. L’homme était, de plus, prudent et cauteleux. Il comptait sur un réseau d’anciens du Maroc (très nombreux dans l’enseignement à Oran) qui étaient ses yeux et ses oreilles dans les établissements scolaires. La relation se dégrada brutalement à l’occasion d’un épisode précis.

L’inspecteur d’académie est par tradition, et de droit, le responsable des oeuvres post et périscolaires, ainsi que l’on nommait les différentes activités culturelles proposées aux élèves en dehors du temps scolaire. Boualga allait innover en créant, sous l’égide de la fédération des oeuvres post et périscolaires, une coopérative de consommation destinée aux enseignants. Que l’épicerie fût une préoccupation éminemment culturelle, libre au DEC de le croire. Mais ce souci apparent des besoins supposés des enseignants était plus sûrement une ruse de guerre contre le syndicat qui apparaissait ipso facto comme ayant été incapable de prendre en charge le ventre des enseignants. En tout cas, les affidés et thuriféraires du DEC ne se privèrent pas de mener une propagande en ce sens.

Las ! La machine de guerre épicière explosa à la figure de ses mécaniciens : en effet, au cours d’une assemblée générale statutaire de ladite coopérative, les participants découvrirent que les comptes n’étaient pas sains. L’AG finit en queue de poisson et la coopérative resta sans direction, personne ne voulant endosser une gestion sujette à caution. Quelques jours plus tard, Boualga demanda à nous voir. J’y allais en compagnie d’un camarade et ami du BC-FTEC, militant progressiste du Fln, Belkacem Berrouba. Dans son bureau, nous entendîmes le DEC tenir un discours qui faillit nous faire suffoquer : soucieux de renforcer l’action des syndicats -disait-il- et conscient des difficultés d’approvisionnement des enseignants, j’ai décidé de vous rétrocéder la coopérative de consommation. La mutuelle (des enseignants) fournirait l’aide logistique. Alors, on y va ?

Alors que mon camarade essayait de gagner du temps, je répondis sèchement que nous n’étions pas habilités à prendre une décision de cet ordre -ni aucune décision du reste- sans en référer à nos structures ; que nous soumettrions cette proposition à un conseil syndical élargi aux délégués de la mutuelle. Le DEC piqua alors une véritable crise d’hystérie, hurlant après moi, me menaçant, les yeux exorbités. Je me levai et quittai le bureau, suivi par mon camarade.

Quand nous exposâmes sa proposition au conseil mixte syndicat/mutuelle, notre aîné, responsable à la mutuelle, Abdelkader Safer, dit sur un ton solennel et en faisant les gros yeux : Boualga veut nous fourguer un failli ! (sic). Que Safer fît une entorse à son lexique toujours académique et châtié, voilà qui était nouveau. Nous partîmes d’un grand éclat de rire qui enterra, sans autre forme de procès, la manoeuvre subalterne et surréaliste du DEC.

(N.B. Abdelkader Safer, instituteur et membre du PCA fut expulsé d’Algérie en 1956 ; participa au xxème (et historique) congrès du PCUS en 1956 ; membre de la délégation du PCA qui rencontra Mao-Zé-Dong en 1961. Inspecteur de l’enseignement, fondateur de la mutuelle générale des enseignants ; concepteur et directeur du centre médical de Canastel. Arrêté opportunément en 1967 -après la tentative de coup d’État de Tahar Zbiri- alors qu’il venait de remporter le plus grand nombre de voix aux premières élections municipales. Médeghri -ministre de l’Intérieur- s’opposa à ce qu’il fût président et désigna Benali Seghier, instituteur, ancien de l’UDMA. Par contre, il désigna Abderrahmane Tandjaoui, instituteur, ancien du PCA et beau-frère de Safer, à la mairie d’Es-Sénia. C’est que Tandjaoui avait sauvé les Medeghri, père et fils, recherchés par la police coloniale.)

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LIBÉRATIONS, MANŒUVRES

Nous croupissions donc dans une salle du palais de justice ; de temps à autre, une figure magistrate amie -certains hommes de loi ( Lahouari Merad, Omar Babadji) furent nos camarades de lutte à l’UNEA- se montrait dans un discret entrebâillement de porte. Nous traduisions par : On est là ! Vers le milieu de l’après-midi, on commença à nous appeler un par un. Nous ne restâmes plus que deux, mon collègue et ami (Yazid Khelil) supposé benbelliste et moi. Ce qui me conforta pleinement dans mon analyse de la provocation policière. Le soir tomba et on nous ramena dans la geôle. Nous y restâmes, dans le noir total, plus d’une heure. Puis on nous conduisit chez le juge d’instruction. C’était une jeune femme dont j’appris qu’elle était la fille de Maître Abed, célèbre avocat oranais, ami et confrère de Me Thuveny, tous deux assassinés par l’OAS (1961) qui les accusait d’avoir aidé à l’évasion de Abdelhamid Benguesmia, chef des fidas de la ville. La juge nous informa que nous étions mis en liberté provisoire et que nous devions nous tenir à la disposition de la justice. Dans le couloir, un homme se présenta à moi : Je suis votre avocat ! Maître M’hamed Ferhat avait été constitué pour moi (sans que j’en sache rien) par son vieil ami, Abdelkader Safer. Ancien du Parti du peuple algérien (PPA), Me Ferhat fut d’abord un internationaliste. En 1948, il partit à pied pour combattre contre le dépeçage de la Palestine.

PROCÉDÉS DE BASSE POLICE

À l’extérieur du palais de justice, il y avait beaucoup de monde : familles et proches attendaient là depuis les premières heures de la matinée. J’appris qu’une douzaine d’étudiants, membres de la CNE, avaient été mis sous mandat de dépôt et incarcérés à la MAO (Maison d’arrêt d’Oran). Le lendemain matin, ce fut la Section des recherches de la gendarmerie qui vint me cueillir. Je passais presque toute la journée dans ses locaux, cuisiné par un lieutenant borné, qui ne comprenait manifestement rien aux questions politiques qu’il me posait. À la fin de l’interrogatoire -sans procès-verbal-, il me dit de revenir le lendemain, pour continuer l’interrogatoire, en me munissant de quatre photos. En quittant son bureau, j’aperçus « notre » policier infiltré dans l’intersyndicale qui discutait avec lui au seuil d’une porte attenante au bureau du lieutenant. Je fis semblant de ne rien voir mais je compris pourquoi le lieutenant interrompait si souvent l’interrogatoire pour sortir.

Le soir, un de mes amis magistrats me téléphona : inquiet, il me demanda où j’étais passé. Quand je l’eus informé, il me dit que j’avais intérêt à me présenter le lendemain à la première heure à la juge d’instruction car la police me disait en fuite, prétendant m’avoir vainement cherché chez moi et à mon établissement. Ce qui était un mensonge. Quand la juge me vit, le lendemain, elle s’écria : Mais où étiez-vous passé? J’allais justement établir un mandat d’amener contre vous! Quand elle apprit où j’étais, elle comprit et fut saisie d’une colère froide : La police est dessaisie ! La gendarmerie est dessaisie ! Ne répondez plus à leurs convocations dorénavant ! Moi seule ai le droit de vous convoquer à présent ! Puis : Mais qu’est-ce que vous avez donc fait à tous ces gens? Pourquoi tout le monde en a-t-il après vous? Elle était sincèrement intriguée. Elle me dit également que le PV d’audition des RG était inconsistant, que les élèves et étudiants qui m’avaient lourdement chargé devant la police étaient revenus sur leur déposition devant elle et qu’elle ne voyait plus d’utilité à une confrontation avec eux.

Je tombai des nues à cette information -nouvelle pour moi- mais ce fut le dégoût qui me submergea devant ces infâmes manoeuvres de basse police. Je n’allais pas tarder à apprendre, par des lycéens et des étudiants éplorés qui vinrent spontanément me voir pour me demander pardon, que les policiers de Châteauneuf les avaient battus et menacés d’années de prison pour atteinte à la sûreté de l’État s’ils ne me dénonçaient pas comme étant l’organisateur de ces « émeutes ».

Ce n’était pas encore assez : Me Ferhat m’apprit que le Parquet venait de faire appel de la décision de la juge d’instruction de me laisser en liberté provisoire. Le Parquet, aiguillonné par le DEC et le wali, voulait un mandat de dépôt. La parole était dès lors à la chambre d’accusation ; elle devait trancher en faveur du juge d’instruction ou bien donner raison au Parquet.

(N.B. Nous fûmes interrompus, ce jour-là, par l’arrivée intempestive d’une personnalité en vue à Oran, un ancien diplomate de Benbella, qui avait de l’entregent et de l’influence et qui ne me connaissait pas. Il se frottait les mains de satisfaction et déclara de but en blanc : Ça va dans le bon sens ! L’essentiel pour nous est de ne pas être mélangés avec ces chiens de communistes ! Me Ferhat a pâli. Moi qui tenais, depuis l’été 62, Benbella et son engeance politique (avec ses milices, sa police des moeurs, etc.) dans le plus total mépris -et qui n’ai pas adhéré au PCA à cause de son alliance-fusion avec le FLN de Benbella-, j’ai eu beaucoup de mal à retenir mon envie de restituer mon déjeuner.)

Deux jours après, la chambre confirma l’ordonnance de la juge d’instruction. Ainsi des femmes et des hommes, en disant simplement « non », venaient de montrer qu’à tout moment le pouvoir des puissants, aussi puissants fussent-ils, pouvait être battu en brèche. Ce fut un moment d’une intensité exceptionnelle dans ma vie. Aujourd’hui encore je ne peux pas, sans une grande émotion, me remémorer ces moments où des gens se sont mobilisés autour de mon cas pour combattre l’arbitraire. Et il en fallait du courage à l’époque pour ne pas se coucher et ramper devant des potentats de province corrompus, dépravés et capables de tout car ils n’ont justement aucune éthique.

(Un autre témoignage de solidarité vint encore me conforter : une réunion du CC du FLN se tenait durant cette période. Un de ses membres me rapporta cette scène. Le DEC Boualga interpellait les gens dans les couloirs sur le mode : Pourquoi l’agitateur communiste responsable de la chienlit d’Oran n’est-il pas derrière les barreaux ? Escomptait-il ainsi se dédouaner en pointant perfidement le ministre de la Justice ? Quoi qu’il en soit, il fut lui-même interpellé et remis à sa place par Mustapha Boudina, ancien secrétaire national de l’UGTA dans l’équipe de Demène-Debbih, ancien très jeune condamné à mort pour ses activités militantes dans la Fédération de France du FLN et personnalité de la gauche du FLN unanimement respectée pour son courage, sa droiture et son intégrité.)

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FAUSSE NOTE

Quelques jours après mon élargissement, le parti me fit parvenir un message et un document. Le message, oral, m’informait qu’en même temps que nous, un dirigeant du parti, ‘Abderrahmane Chergou, avait été arrêté, à Alger, par la SM. Il a été présenté à un officier de haut rang qui lui aurait déclaré : Ça fait longtemps que j’attends ce moment ! Il ne faisait pas de doute que certains, à la SM, entendaient profiter de la situation qui régnait à Oran pour solder un vieux compte à Alger. Rapidement libéré, Chergou venait donc d’écrire au président de la République. Le document que le parti me faisait parvenir était une copie de cette lettre dont on me demandait de m’inspirer pour écrire, à mon tour, une lettre à Chadli Bendjedid. La lettre de Chergou rappelait les heures du combat anticolonialiste que le Président et lui-même avaient mené dans l’ALN, l’un en wilaya 2, l’autre (Chergou) en wilaya 4, et finissait par un appel à ne pas se tromper d’ennemi et à réaliser l’unité d’action entre tous les patriotes.

L’impression que laissa sur moi la lecture de la lettre fut extrêmement pénible pour deux raisons. L’une de ces raisons avait trait à la stratégie même du parti qui m’apparaissait de plus en plus nettement victime de sa force d’inertie, tardant à affiner ses analyses et à opérer un aggiornamento dans ses concepts : qu’est-ce qu’un démocrate-révolutionnaire -ainsi que l’on dénommait les nationalistes les plus engagés dans la voie du socialisme- au vrai? Bendjedid le jouisseur en était-il un ? Messaadia, qui se gargarisait de socialisme, en était-il un ?

La seconde raison était d’ordre conjoncturel et personnel : après ce que je venais de vivre et vu la mobilisation que mon cas avait suscitée auprès de personnes qui n’avaient pas hésité à prendre des positions extrêmement courageuses contre l’injustice qui m’était faite, il n’était pas question, une seule seconde, que je puisse donner à penser à ces mêmes personnes que je demandais l’aman à un Président sur lequel, au demeurant, ma religion était faite depuis toujours. La situation de Chergou et la mienne n’étaient évidemment pas superposables. (De plus, je ne pouvais pas exciper de hauts faits d’armes durant la guerre d’indépendance; et en supposant que je l’eusse pu, j’aurais trouvé indécent de m’en prévaloir.) Je refusai donc catégoriquement d’obtempérer ; mon interlocuteur eut beau marteler ses deux seuls -et pauvres- arguments :1) Le parti te le demande. 2) C’est pour assurer ta sécurité. Je répondis que le parti ne pouvait pas me demander de trahir ceux qui m’ont soutenu et qui attendaient certainement autre chose de moi. Quant à ma sécurité, je comptais bien continuer à la protéger par les voies de droit que la situation permettait de mettre en oeuvre et certainement pas en venant à résicipence devant un Bendjedid !

Ce que révèle cet épisode -et en quoi réside justement son importance- c’est la dérive très grave du parti qui, arrimé, par l’une de ses composantes, à une aile du pouvoir militaro-policier personnifié dans l’appareil de la SM, avait oublié que « la société civile est la vraie scène de l’Histoire ». D’où le mépris pour l’agitation illusoire que constituait aux yeux de beaucoup de camarades la lutte menée au plan judiciaire, notamment. Quand ce n’était pas la lutte syndicale elle-même qui était l’objet d’un jugement condescendant du type : Mais mon pauvre vieux, c’est pas là que ça se passe ! La lutte syndicale était bornée, sans perspective politique réelle ; la lutte sur le plan judiciaire témoignait de la persistance de l’illusion bourgeoise. Donc il fallait se trouver dans les centres de décision pour peser sur le sens des événements. Certes, personne au parti ne formulait jamais les choses ainsi ; bien au contraire, la littérature de l’époque répétait sans arrêt qu’il ne fallait surtout pas se laisser aspirer dans le jeu des luttes d’appareils. Mais cette insistance même était l’aveu de l’existence d’une tendance profonde de ce type dans le parti. Cela -un parti lesté par une alliance périlleuse avec des appareils d’État- nous n’en savions pas encore le détail, même si nous étions quelques-uns (Abdelkader Alloula et M’hamed Djellid notamment) à commencer à nous poser les questions gênantes et à avoir rompu avec la croyance en une capacité d’évolution positive du système et de ses hommes. Il faudra attendre l’année 90 et le congrès du parti pour que les choses se clarifient pour tous.

Pour l’heure donc, je refusai d’y aller de ma lettre à un président qui représentait déjà très clairement la tendance parasitaire de l’armée et du FLN, celle qui ne rêvait que d’accaparement et de jouissance parce qu’elle n’avait pas d’autre horizon intellectuel que celui que délimite le capitalisme marchand archaïque, celui du boutiquier. Il y avait mieux à faire, selon moi : poursuivre la mobilisation pour faire cesser les poursuites et mettre en échec les procédures instrumentées contre nous et, prioritairement, obtenir la mise en liberté des étudiants emprisonnés. Déjà, un avocat très connu sur la place d’Oran, Me Mahi Gouadni, s’était spontanément constitué pour certains d’entre eux. Les familles se mobilisèrent fortement ; parmi les détenus, il y en avait dont le père était policier ! Les étudiants furent de la partie, quoique timidement, la terreur de la répression étant encore vive.

Nous obtînmes une première victoire : les détenus furent libérés après plus d’un mois de détention. On leur dit de rester à la disposition de la justice car ils étaient dorénavant sous le régime de la liberté provisoire. Cette épée de Damoclès de la liberté provisoire, c’est ce qu’il allait falloir dorénavant casser. En exigeant soit le renvoi de l’affaire devant un tribunal, soit la délivrance d’un non-lieu. Ce sont les termes de la loi et il fallait se battre pour les faire appliquer, ce qui mettrait nos persécuteurs en position délicate étant donné que les dossiers d’accusation étaient vides. C’était l’opinion que je défendais. Elle ne fut pas suivie, tout simplement parce que le complot se dégonflait. Subitement, personne ne parla plus de réforme du baccalauréat et, dans une discrétion totale, le ménage était fait dans le FLN et dans la police locale : Le CNP, Tahar Laadjal, le coordinateur de la sûreté de wilaya, Ghomari, ainsi que le chef de la PJ furent limogés.

À QUI PROFITE LE CRIME ?

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Selon une source très fiable, le coordinateur Ghomari aurait parlé d’un véritable complot ; il dit avoir, dans un rapport écrit, mis en garde contre des manifestations d’élèves quinze jours avant leur survenue. Complot de qui contre qui ? La seule chose que l’on puisse affirmer sans grand risque de se tromper -comme la suite le montrera de manière éclatante à travers les manifestations lycéennes de 1986 à Constantine et celles d’octobre 1988 à Alger- c’est qu’il s’est agi de montages policiers retors à deux, voire trois, étages. Un coup de billard à deux ou trois bandes si l’on préfère.

Le grand classique est, évidemment, à ce titre, police nationale contre SM. Opposition particulièrement sensible à Oran : lors du coup d’État du 19 juin 1965, la SM désarma et neutralisa la police, lui infligeant une humiliation que cette dernière n’était pas près d’oublier. [ N.B. Le lendemain du voyage de Boudiaf à Oran, quelques jours avant son assassinat, un ancien commissaire de police me dit que la SM voulait faire exécuter le président au stade du 19 Juin où il devait assister à un match de football. S’il a été fait sursis au funeste projet -selon « mon » policier toujours- c’est à cause de l’opposition catégorique de la police locale, sur le mode Allez faire ça ailleurs ! Si je rapporte cette anecdote -qui vaut ce qu’elle vaut- c’est parce qu’elle a reçu authentification, en quelque sorte, quelques jours plus tard seulement quand Boudiaf fut assassiné à ‘Annaba.]

Que la crise d’Oran ait été -pour partie- une manipulation de la SM destinée à mettre en difficulté et la police et les autorités locales (wali, CNP, DEC), est une hypothèse à haut niveau de probabilité. Qu’un corps de l’État mette délibérément en difficulté d’autres corps de ce même État peut sembler absurde. Pas si l’on sait que la SM, comme appareil répressif d’État, fonctionne également à l’idéologie et à la politique et peut donc se comporter à certains moments comme un parti politique et à certains autres comme son propre bras armé. De ce point de vue, il n’est pas illégitime de voir dans cette crise les prodromes d’une sourde opposition d’un secteur de la SM au pouvoir de Chadli Bendjedid. Les événements futurs valideront cette hypothèse, comme ils valideront la réalité d’une division au sein même de la SM.

Les règlements de comptes à l’intérieur de l’appareil policier local sont une autre piste sérieuse (pas exclusive de la première non plus) : l’affaire s’est soldée pour la police par sa décapitation, ses deux principaux chefs ayant été éliminés. Les deux hommes ont porté le chapeau : est-ce parce qu’ils étaient tous deux originaires du « pays » de Benbella ? Par contre, le chef des RG (Ghorzi) et le chef de facto de la brigade criminelle (Max), qui se sont le plus impliqués dans la répression du mouvement et qui sont des clients du clan chadliste, en sortent renforcés. Une indication intéressante et pondératrice nous est fournie par la personnalité du nouveau coordinateur de la sûreté -Med-Cherif Roula- et celle du nouveau CNP -Saïd Bouhedja. Tous deux sont originaires de l’est du pays (respectivement Constantine et ‘Annaba) mais aucun ne semble manifester le moindre penchant pour le clan chadliste. Tous deux recevront très vite la délégation mixte étudiants-enseignants -en vérité tous militants connus du PAGS- qui avait été formée pour suivre les développements de l’affaire sur tous les plans : judiciaire (contact avec les avocats pour la délivrance de non-lieu ou le renvoi devant les tribunaux), pratique (passeports refusés à des étudiants qui devaient poursuivre un cursus à l’étranger), et politique (élucidation des manoeuvres occultes qui ont poussé les élèves dans la rue).

Le CNP, frais émoulu de l’UNJA, fut très attentif, compréhensif et même chaleureux. Il promit de faire des revendications de la délégation son affaire, pas plus tard que dans quelques jours, ajouta-t-il, quand le coordinateur de l’appareil du FLN, Med-Chérif Messaadia et le ministre de l’Enseignement supérieur, Abdelhak Brerhi, entreprendront une visite commune à Oran. Ce qu’il fit en effet.

Le chef de la police pour sa part, reçut la délégation en homme civilisé et courtois et l’écouta avec patience et bonhommie. Dans la conversation détendue -avec thé et café-, il fit des réflexions sur le mode léger que la délégation comprit comme signifiant qu’il était évident que ceux qui étaient donnés pour responsables des événements ne l’étaient pas, que les vrais responsables étaient connus. Il s’engagea à ce que les passeports ne soient plus refusés à ceux qui les demandaient. Il tint parole. (Je pus alors disposer pour la première fois de puis des années d’un titre de voyage. Ce n’est toutefois pas sans grincements de dents que les RG n’ont pas mis leur veto à mon dossier, comme me l’a benoîtement dit l’un d’entre eux, sur le mode : On t’attend au tournant.)

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ÉPILOGUE

Sur le terrain judiciaire, la majorité des victimes de l’arbitraire se contenta du désaveu infligé à la police par la Justice qui refusait de poursuivre la procédure. Je tins, quant à moi, à persévérer dans ma demande d’une clôture normale et régulière des poursuites, étant donné les épreuves que j’ai eu à subir : je continuai à exiger la délivrance d’une ordonnance de non-lieu. Ce que mon avocat, Me Ferhat, finit par obtenir. Victoire éclatante que celle-ci, que je dédiais aux magistrats et avocats qui s’étaient mobilisés pour nous, car c’était d’abord leur victoire.

Sur le plan politique, victoire également. Notre parti, qui était visé, n’avait pas été isolé ni réduit à la défensive. Bien au contraire ! Tous les camarades -particulièrement les jeunes- qui ont été aux avant-postes dans cette affaire avaient le triple souci d’être constamment à l’offensive, de garder un contact privilégié avec la société civile et d’élargir autant que faire se pouvait le cercle des sympathisants à leur cause. C’est ainsi qu’aucune erreur d’appréciation n’a été commise qui aurait pu servir à ceux qui -dans ce complot multiforme- avaient le seul PAGS en ligne de mire.

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JUSTICE IMMANENTE ?

Faut-il parler de justice immanente ? Chacun jugera. Voici :
-Le chef de la brigade politique des RG, celui qui m’interrogea pendant sept heures, se tua quelque temps après dans un accident de voiture.
-Après la chute de Chadli Bendjedid, Max sera mis à la retraite et promptement liquidé (1993) par un « terroriste » non identifié.
-Le wali (qui m’avait si grossièrement menacé) perdit la vue brutalement.
-Ghorzi, inamovible chef des RG, deviendra coordinateur de la Sûreté d’Oran. Mais, en 2006, le tout puissant policier sera traîné devant la Justice. Accusé, au terme d’une enquête menée par la SM, d’être l’un des barons de la drogue d’Oran et d’avoir protégé le « Pablo Escobar de l’Algérie », Ahmed Zendjabil.
-Le chef de la 2ème Région militaire, le général Kamal Abderrahmane- a été mis en cause pour complicité dans la mise en place du cartel de l’ouest de la drogue.
-Notre policier (devenu colonel de la SM) a été arrêté et condamné à 5 ans de prison pour détournement de fonds à l’ANSEJ. (Il a été évidemment dégradé et rayé des cadres de l’armée).
-Le DEC Boualga décédera quelques années plus tard, non sans avoir provoqué l’indignation dans la famille enseignante : il réquisitionna la prestigieuse école normale d’instituteurs pour y célébrer les épousailles de son fils ! (Le wali, supérieur hiérarchique direct du DEC, n’a rien trouvé à redire à cette profanation. C’était ‘Abdelmalek Sellal, actuel- 2015- chef du Divan de l’Odjaq).

(P.S. Le général Kamal Abderrahim, ex-chef de la 2ème RM, (ne pas confondre avec le précédent) prit sa retraite au début des années 90 et se lança dans la mise en place d’une entreprise de fabrication de consommables médicaux (seringues jetables et autres) que le pays importait à coups de millions de dollars d’Afrique du sud et d’ailleurs. Il fut mitraillé en 1994 à l’entrée de son usine par un « terroriste » non identifié. Il s’en sortit avec de graves blessures. Personne n’a apparemment songé à diriger l’enquête vers les milieux importateurs de matériel médical. Appartiendraient-ils à la hiérarchie militaire, comme le suggèrent plusieurs journalistes, sans doute mal intentionnés ?)

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LA VÉRIFICATION CONSTANTINOISE

Quatre ans plus tard, les événements qui avaient agité la capitale de l’ouest algérien allaient se reproduire à l’identique dans la capitale de l’est, Constantine. Les lycéens de la ville cessent les cours pour protester contre un réaménagement des épreuves du baccalauréat ; les étudiants se solidarisent avec eux ; les manifestations de rue sont violemment réprimées par les BAE ; les autorités font procéder à l’arrestation de militants en vue du PAGS qui seront assignés à résidence à Bordj Omar Driss, en plein Sahara (Illizi), sur réquisition du ministre de l’Intérieur (Nommons-le pour que le stigmate de la déportation reste attaché à son nom : Hadj Yaala). Des centaines d’étudiants seront arrêtés et condamnés et le chef local de la SM sera limogé. Il y aura un mort.

Au même moment, des émeutes éclataient à Sétif -dont le wali était Khélifa Bendjedid, le frère du Président. Des manifestants lui criaient : « Yanaal bouk bik bkhouk » (« Maudit soit votre père, toi et ton frère »). Un commissaire de police tirera sur la foule, tuant trois personnes. Il faudra que le chef de la DGSN vienne en personne demander pardon à la population et que de substantiels dédommagements soient consentis aux parents des victimes pour ramener un calme précaire et chargé de haine à l’endroit du wali et de la police.

Ces événements, bien que tus par les médias officiels, finirent par se savoir et soulevèrent l’indignation. Des campagnes d’information et de solidarité furent menées. C’est le PAGS qui en était l’initiateur et nous fûmes très offensifs, à ma grande satisfaction.

Ce que montrent ces événements, et qui sera vérifié par la grande manipulation d’octobre 88, c’est qu’il s’opérait alors une redistribution des cartes au niveau du pouvoir d’État et que les règlements de comptes entre factions du pouvoir n’allaient pas tarder à passer à la phase violente. La guerre des lâches n’était pas loin. Mais qui pouvait l’imaginer ?

EN GUISE DE CONCLUSION

En 1975, notre bien-aimé camarade, ‘Abdelkader ‘Alloula, mettait en scène sa pièce « Hammam Rabi ». Il y montrait des responsables de l’État sabotant la réforme agraire tout en s’adonnant au trafic de haschich. J’avoue que je n’avais pas compris que mon camarade et ami très cher donne une importance si grande à un fait que je pensais mineur et subalterne, le trafic de kif, au risque de brouiller le message politique de la pièce. Mais le poète voyait plus loin que l’horizon de la théorie. Aujourd’hui, des avions chargés de cocaïne colombienne atterrissent en plein Sahel africain ; la « blanche » est convoyée jusqu’aux ports algériens, tunisiens, libyens, pour se déverser sur l’Europe. Et c’est précisément à ce moment que les « terroristes d’AQMI » s’établissent dans cette zone…

‘Abdelkader, c’est toi qui avais raison. Il y avait déjà quelque chose de définitivement pourri dans le système militaro-policier qui nous a volé nos vies.

POST SCRIPTUM : HONNEUR À AHMED HALLI

J’ai oublié -ce qui est impardonnable- de rappeler cet événement aussi inattendu que roboratif : durant les journées d’avril-mai 1982 à Oran -où l’on procédait à une répétition générale de ce qui sera un complot méthodiquement dupliqué ailleurs-, et alors que la répression s’abattait sur nous, un journaliste a pris notre défense en priant les services dits de sécurité (alors qu’ils font régner l’insécurité) de chercher les fauteurs de troubles ailleurs que chez les étudiants et les enseignants, victimes trop commodes. Son article avait paru dans l’hebdomadaire « Algérie Actualités » et avait eu un impact certain. La preuve qu’il avait mis dans le mille ? Il fut immédiatement limogé.

Ce journaliste au talent aussi grand que le courage s’appelle Ahmed Halli. Honneur à toi, Ahmed Halli.

AUTOUR DES DOSSIERS DE LA CORRUPTION, DÉBAT AU CPP (VIDÉO)

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Le CPP sur le terrain miné des contrats militaires de l’ANP

par Ahmed Ferki

Maghreb Émergent

le 2 mai 2015

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https://www.youtube.com/watch?v=qBw3NhhGmUk&feature=youtu.be

Emporté par le vent des affaires, enivré par ce qui se dit autour du procès de l’affaire de l’autoroute est-ouest, le Café Presse Politique de Radio M, s’est encore laissé glisser dangereusement, ce jeudi 30 avril, au point d’évoquer la corruption sur les marchés militaires.

Pourquoi trouver des noms d’officiers supérieurs du DRS dans le procès, a demandé Souhila Benali, animatrice de l’émission? « C’est l’inverse qui aurait été surprenant, dans un pays où l’armée a un pouvoir exorbitant », a répondu El Kadi Ihsane.

« Dans un écosystème qui carbure autour de la corruption, pourquoi l’armée ne serait pas l’institution la plus corrompue, alors c’est elle qui a le plus de pouvoir, et c’est elle qui se situe le plus en dehors du droit ? Qui contrôle le budget de l’armée ? L’APN ne peut pas le contrôler. S’il y a un domaine d’impunité du contrat, c’est bien le domaine militaire », a affirmé El Kadi Ihsane.

Akram Kharief, animateur du site Secret Difa3, spécialisé dans les questions militaires et de défense, a rappelé que « la décision économique est parasitée par un système formel et informel », et que « des officiers supérieurs sont présents dans toutes les administrations, dans toutes les entreprises publiques ».

Connexion entre l’armée et la corruption

Ce qui se passe « tend à prouver qu’il y a une connexion entre l’armée et la corruption », à cause d’un « défaut de transparence dans la gestion des affaires de l’Etat », dit-il, ajoutant toutefois qu’au sein de l’armée, il existe une « commission des marchés dont le fonctionnement est très efficace ». L’armée algérienne « n’est pas une armée corrompue, ce n’est pas une armée bananière », et « la commission des marchés très bien organisée », avec des membres qui changent régulièrement.

Comment dès lors expliquer cette affaire de corruption concernant un marché d’hélicoptères Augusta auprès d’une firme italienne ? Il s’agit d’une centaine d’appareils commandés par l’Algérie, et à propos desquels une enquête est en cours en Italie. « Cela se passe en amont », lors de l’élaboration du cahier des charges, estime Akram Kharief. Selon lui, les hélicoptères commandés par l’Algérie ne sont, d’ailleurs, « pas adaptés à ses besoins ».

« Les hélicoptères Augusta sont d’excellente qualité, mais inadaptés », dit-il. « Ni la police ni l’armée ne les ont utilisés dans le désert ». Il rappelle aussi que l’ancien patron de la firme italienne, Giuseppe Ordi, purge une peine deux ans de prison dans une affaire de commission lors d’un contrat avec l’Inde.

Sortie du cadre institutionnel

Pour Abed Charef, le cadre commun à toutes ces affaires de corruption, qu’il s’agisse de l’autoroute est-ouest, de l’affaire Sonatrach ou du contrat d’achat des hélicoptères, c’est « quand la décision sort de son cadre institutionnel ». Saïd Djaafar va dans le même sens, mais relève que « c’était limité à des cercles restreints. Maintenant, ça s’est élargi, pour déboucher sur l’impotence du système et le sentiment que tout est pourri ».

Abdou Semmar, animateur du site Algérie Focus, se demande si le juge peut convoquer un officier cité dans une enquête. Il note aussi que le procès de l’affaire de l’autoroute pose une série de questions, parmi lesquelles l’usage de la torture dont des prévenus affirment en avoir été victimes. « Comment un procès peut se tenir sur la base d’aveux extorqués sous la torture », se demande-t-il.

Abed Charef fait deux remarques sur le procès de l’affaire de l’autoroute. Il rappelle qu’en Algérie, « il y a légalement une justice à deux vitesses ». « Les ministres ne sont pas poursuivis devant les juridictions normales. Ensuite, avec les seules informations rendues publics, lors du procès, n’importe quel service de renseignement étranger peut faire chanter la moitié du gouvernement algérien », note-t-il.

Monsieur l’officier traitant

Le CPP a aussi évoqué l’état de la presse algérienne, à la veille de journée de la liberté de la presse, célébrée le 3 mai. Abdou Semmar, qui participait à l’émission « Djazaïria week-end » suspendue la semaine dernière, a déploré que les patrons de la chaine El-Djazaïria aient affirmé que l’arrêt de l’émission a été décidé par l’équipe qui la réalise. « La chaine a le droit de se préserver, je comprends », mais l’attitude du patron de la chaine « n’est pas acceptable » dit-il. Abdou Semmar a, d’ailleurs, affirmé avoir « rencontré des problèmes surtout avec les patrons de presse » plutôt qu’avec les autorités.

Saïd Djaafar a demandé la permission de faire le rabat-joie à ce sujet. Pour lui, l’existence de ces chaines relève d’une « ingénierie de combine ». Il rappelle que « les patrons (de ces chaines, ndlr) étant officiellement des correspondants de chaines étrangères ». « L’Etat a contourné la loi avec un message implicite » adressé à ces patrons de chaînes : « vous êtes des nôtres ». Ce sont donc « des télés fragiles, n’importe quel responsable peut leur dire d’arrêter les frais ».

Abed Charef trouve difficile d’être solidaire avec une télé informelle. Ces chaines doivent devenir « des télé algériennes obéissant à la loi algérienne ». Autrement, la création d’une chaine est le résultat « d’un deal avec l’officier traitant du DRS ».

Une polémique s’ensuit avec El Kadi Ihsane. « Ce n’est pas vrai », dit-il. « Tous les gens qui ont décidé de créer une télé n’ont pas signé un deal avec le pouvoir ». Saïd Djaafar réplique : « on ne donne pas le statut de correspondant étranger à n’importe qui, on leur donne de l’avance sur les autres et sur la loi ».


PARIS – MAI: RENCONTRE-DÉBAT AVEC SOPHIE BESSIS

Le Manifeste des libertés organise une rencontre-débat

avec Sophie Bessis, pour son livre

« La Double Impasse. L’Universel à l’épreuve des fondamentalismes religieux et marchand » – (La Découverte, Paris, 2015)

Mercredi 6 mai 2015,

de 19h30 à 21h30

Maison des associations du 14° arrondissement,

22, rue Deparcieux, 75014 Paris

(métro Denfert-Rochereau, ou Gaïté)

Le livre de Sophie Bessis soutient une gageure : l’analytique de la crise contemporaine – dans le monde arabe, en particulier – est rapportée à ces deux fondamentalismes que constituent, selon elle, la mondialisation capitaliste et l’intégrisme religieux.

Comme on dit au Manifeste des libertés, Sophie Bessis tient “les deux bouts de la
chaîne à la fois”. Et la critique ne s’en refère pas seulement aux deux bords : aux dictatures et aux islamistes, comme à la crise sans fin de l’Occident et au néolibéralisme. Elle met en évidence l’entrelacement des problèmes, dépliant l’enchevêtrement compliqué de ces « modalités du dérèglement du monde ». Elle ne se contente pas de remettre en cause les insuffisances des idéologies et des lectures univoques, elle file aussi la transversalité des connaissances et des appartenances
Par là-même, elle éclaire des questions difficiles et des thèmes sensibles tels que le rapport à la modernité, la marchandisation du religieux, les impostures identitaires et les révolutions conservatrices. S’ils sont nombreux à énoncer les doubles contraintes, pointer les symétries et les jeux de miroir qui paralysent le politique dans cette région, peu se hasardent à les expliquer, car ils mettent au défi le principe de raison, exigent beaucoup de savoir, et surtout l’ouverture d’un entre-deux, c’est-à-dire d’un espace qu’a toujours voulu frayer le Manifester des libertés


ALGER – 2 MAI – LADH: – CONFÉRENCE DÉBAT: LIBERTE DE LA PRESSE

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JOURNÉE MONDIALE DE LA LIBERTÉ DE LA PRESSE
Un Forum de la LADDH ce samedi

“Les libertés face à la régression continue”

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Par Yacine Omar

le 30 avril 2015

Algerie Focus

La Ligue algérienne pour la défense des droits de l’Homme (LADDH) célébrera la Journée mondiale de la liberté de la presse coïncidant avec le 3 mai de chaque année en organisant un Forum des libertés sous le thème “Les libertés face à la régression continue”.

La rencontre-débat aura lieu
ce samedi 2 mai,

à partir de 10h30
au siège de la LADDH,

sis à 05, rue Pierre Viala, niveau 101, Didouche Mourad, à Alger,

indique l’organisation dans un communiqué.

Quatre thèmes relatifs à la liberté d’expression sont au programme de ce forum.

  • Le premier est “La liberté pour la loi”, qui sera animé par Mme Fatma Oussedik, sociologue et membre du réseau Wassila.
  • Le deuxième sur “La régulation et la publicité deviennent des instruments de contrôle” et il sera développé par M. Belkacem Mestfaoui, professeur à l’Ecole national de journalisme.
  • Le troisième est “Mouvement des chômeur, du droit au travail au droit à la simple expression” autour de Badi Abdelghani, avocat et défenseur des droits de l’Homme.
  • “Pas de liberté de la presse sans les autres libertés” est le dernier thème, qui sera développé par Ammar Belhimer, journaliste et universitaire.

Les débats seront modérés par le président de la LADDH, Me Nouredine Benissad, ajoute-t-on dans le même document.

Le LADDH estime, en effet, que “ce n’est que lorsque les journalistes sont libres de surveiller, d’enquêter et de critiquer les politiques et les actions qu’une bonne gouvernance peut exister”.

Sources Algérie Focus


ALGER 1er MAI 2015

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Déclaration – Appel pour la célébration du 1er mai : « Contrer l’offensive néo-libérale et la remise en cause des acquis sociaux et démocratiques des travailleurs » ;


SPÉCIAL 1er Mai : JOURNÉE INTERNATIONALE DE LUTTE DES TRAVAILLEURSDossier réalisé par raina.dz – le vendredi, 1er mai 2015;


PARTI ALGÉRIEN POUR LA DÉMOCRATIE ET LE SOCIALISME 1er mai 2015 Journée internationale de luttes de la classe ouvrière et des travailleursIntensifions les luttes politiques et sociales pour des changements profonds face à la catastrophe de la chute des recettes pétrolières! Les travailleurs ne doivent pas payer la facture du pillage des ressources du pays!


pour rappel sur socialgerie


  • [ Il y a soixante ans, dans le Sud algérien – LE 1er MAI 1951 à SIDI AMRANE
    par Lakhdar Kaidi, Alger Républicain, 1er mai 1991;->#232]
  • CHRONOLOGIE DES FAITS ET MOUVEMENTS SOCIAUX ET POLITIQUES EN ALGÉRIE-1830 – 1954livre de Abderrahim Taleb Bendiab – Imprimerie du Centre Alger 1983 – numérisé et mis en ligne par socialgerie 30 avril15 mai 2013 – articles 1169 & 1185

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Déclaration

APPEL POUR LA CÉLÉBRATION DU 1er MAI

« Contrer l’offensive néo-libérale et la remise en cause des acquis sociaux et démocratiques des travailleurs »
Chaque année en Algérie comme partout dans le monde la journée du premier mai est célébrée comme journée des combats des travailleurs. Le 1er mai 2015 intervient dans un contexte très particulier que traverse l’Algérie et que vivent les travailleurs.
Notre pays en tant qu’état national est visé par l’impérialisme mondial et ses relais nationaux et les richesses nationales sont plus que jamais convoitées.
Aux menaces sécuritaires aggravées par la déstabilisation des pays de la région viennent se greffer les pressions du capital international et de ses institutions financières. La baisse provoquée des prix du pétrole qui assure l’essentiel des revenus de la nation vient hypothéquer dangereusement la stabilité et le développement de notre pays.
Au plan national le capitalisme spéculatif adossé à la rente a pris le dessus sur les forces productives et affiche clairement ses visées sur les richesses nationales ambitionnant de prendre les commandes du pays et de contrôler tous les secteurs y compris ceux relevant de la souveraineté nationale.
Afin de faire face à ces défis l’Algérie n’a pas d’autres choix que de renforcer le front intérieur des forces nationales. Ceci implique la refondation d’un état national démocratique assis sur le droit et la citoyenneté et garantissant la liberté d’expression, d’association et de manifestation. Ceci implique aussi une politique économique et sociale basée sur les forces productives consacrant la souveraineté de la nation sur les richesses nationales et garantissant la justice sociale et des standards sociaux assurant une vie décente à chaque Algérien.
Le défi qui se pose aux travailleurs et à leurs syndicats est la mise en échec de la politique qui consiste à remettre en cause leurs acquis démocratiques et sociaux et à généraliser la précarité de l’emploi et le secteur informel.
Cette remise en cause du statut salarial en Algérie est véhiculée notamment par :

  • L’avant-projet du code du travail qui vise à transformer le salariat en précariat tout en limitant d’avantage les droits syndicaux, de grève et à la négociation collective qui sont d’ailleurs quasiment inexistant dans le secteur privé.
  • La diminution de la part des salaires dans le revenu national à cause de la politique salariale en vigueur, de l’article 87 bis définissant le SNMG qui n’a pas été abrogé mais seulement amendé d’un côté et d’une politique fiscale injuste qui pèse surtout sur les salaires et les pensions de retraite de l’autre.
  • Les attaques visant à remettre en cause la protection sociale en faveur des catégories défavorisées en général et du système de sécurité sociale basé sur les principes de la répartition et de la solidarité.
  • La politique de la marchandisation de la santé caractérisée par une remise en cause graduelle de la médecine gratuite et le désengagement de l’état et par l’effort insoutenable imposé aux ménages pour financer les couts liés à la santé. La promulgation de la nouvelle loi relative aux mutuelles sociales et le projet de loi relative à la santé s’inscrivent en droite ligne dans cette politique.
  • La remise en cause graduelle de la démocratisation de l’éducation.
  • Le chômage qui touche particulièrement les jeunes de moins de 30 ans et les femmes est une conséquence du déplacement du centre de gravité de l’économie nationale de la sphère productive vers la sphère spéculative adossée à la rente.
Faisons de ce premier mai un moment de réflexion et de mobilisation pour une Algérie démocratique et sociale.
Construisons la résistance pour affirmer fort :

  • Non aux remises en cause des acquis socio-économiques des travailleurs.
  • Non à la remise en cause de la politique de protection sociale en faveur des catégories sociales défavorisées et du systéme de sécurité sociale basé sur le principe de la répartition.
  • Oui à une plus juste répartition du revenu national et à une amélioration de la condition salariale.
  • Non à la remise en cause des acquis démocratiques des travailleurs notamment les atteintes aux droits d’association, syndical, de grève et de manifestation.
  • Oui à la consécration et au développement du droit à la négociation collective dans tous les secteurs d’activité et à l’instauration du droit d’extension.
  • Liberté pour les chômeurs emprisonnés et réintégration des syndicalistes licenciés.
  • Pour un syndicalisme combatif, unitaire et solidaire.

Vive la solidarité des travailleurs au plan national et international.

Alger le 25 avril 2015

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La célébration aura lieu sous forme d’une rencontre débat le 01 mai 2015 à partir de 10 Heures au siège de la LADDH sis à 12 rue docteur Saadane Alger (en face de la DG de la Douane Algérienne).

Les signataires :
– Pour la LADDH Hocine Zehouane
– Pour le MDS Yacine Teguia
– Pour le PST Mahmoud Rechidi
– Pour la Moubadara du 24 février Djamel Eddine Kherouf
– Pour le Comité National de Défense des Libertés Syndicales (CNDLS) Ahmed Badaoui.
– Nouredine Bouderba syndicaliste, ex membre de la FNTPGC-UGTA

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sur socialgerie voir aussi brève 921, du 30 avril 2015:
ALGER 1er MAI 2015 : APPEL UNITAIRE POUR « CONTRER L’OFFENSIVE NÉOLIBÉRALE »
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SPÉCIAL 1er Mai :
JOURNÉE INTERNATIONALE DE LUTTE DES TRAVAILLEURS

« un excellent dossier historique sur les premiers Mai » présenté par le site RAINA »

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À l’occasion du 1er mai journée internationale de lutte des travailleurs, Raina.dz salue fraternellement les travailleuses et travailleurs, véritables créateurs des richesses de notre pays et tient à cette occasion à mettre à la disposition de ses lecteurs un dossier comprenant ce qui suit :

1-Les origines du 1er Mai : Journée internationale de luttes des travailleurs!

2-Alger – Les manifestations de Mai 1945

3 –À la veille du 1 novembre 1954 : Constantine – Évocation 1er mai d’antan

4- Appel pour la célébration du 1er Mai 2O15

5- La déclaration de la FSM :http://www.wftucentral.org/1er-mai-…

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unnamed-33-592e9.jpg LES ORIGINES DU 1er MAI :

journée internationale de lutte des travailleurs !

«Un jour viendra où notre silence sera plus puissant que nos voix qu’on a étranglées», August Spies.
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Le 1er MAI 1886, lancé par la Federation of Organized Trades and Labor Union of the United States and Canada, suivi par les assemblées locales des Knights of Labor, une puissante vague de grèves mobilise des centaines de milliers de grévistes à travers toute l’Amérique du Nord, pour obtenir la journée de 8 heures de travail. Aux USA, il y a 5000 grèves avec environ 350 000 grévistes. Le foyer principal de cette lutte de classe se trouve à Chicago.

par Pierre Klépock
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Le 3 Mai, 7000 ouvriers manifestent à Chicago devant l’usine de machines agricoles McCormick, où les 1200 salariés sont alors en grève. Les patrons, par pure provocation, font sortir les « scabs » (briseurs de grève). Les grévistes et les manifestants, lancent des pierres et s’en prennent aux briseurs de grève. C’est le signal pour écraser les forces ouvrières : la Garde Nationale, la police municipale et les agents Pinkerton tirent à coup de révolvers sur la foule. On relève 6 morts et une cinquantaine de blessés.

L’indignation populaire est grande. Le lendemain, une réunion de protestation est organisée au Haymarket Square. Plus de 15 000 personnes s’y rendent. Un agent provocateur lance une bombe dans les rangs des policiers, faisant 8 morts et une soixantaine de blessés. La police ouvre aussitôt un feu nourri. Plusieurs dizaines de personnes sont mortellement atteintes et des centaines d’autres sont blessées.

Les organisateurs de la manifestation, 8 militants anarchistes, sont arrêtés, mis sous les verrous et condamnés à mort par la justice des patrons, sans que soit fournie la moindre preuve de leur participation à l’attentat. Pour trois d’entre eux, la peine fut commuée au dernier moment en travaux forcés à perpétuité. Pris de désespoir, un quatrième se suicida dans sa cellule. Une campagne internationale de protestation suivit le massacre de Haymarket et la lutte pour les 8 heures continua.

En 1888, l’American Federation of Labor (AFL), qui avait repris le flambeau de la « Federated Trades », décide à son Congrès de St-Louis, de renouer la lutte pour la journée de 8 heures. L’AFL préconise un mouvement de grèves générales par « Vagues d’assaut ». La mise en application de cette tactique est prévue pour le 1er Mai 1890. Le Conseil exécutif de l’AFL choisit les syndicats de métiers les mieux préparés à obtenir les 8 heures et concentre l’action sur eux. Dès le début avril 1890, plusieurs milliers d’ouvriers du bâtiment arrêtent le travail et obtiennent les 8 heures. D’autres unions de métiers suivront.

Le sang versé par les martyrs de Chicago ne le fut pas en vain[voir aussi: [À l’origine du 1er mai, Lucy Parsons, la veuve des martyrs de Chicago – blog algerieinfos]]. Leur sacrifice contribuera à faire croître la revendication des 8 heures, à fertiliser les luttes ouvrières pour l’imposer au capitalisme dans tous les pays, en élevant partout la conscience de classe. Il ouvrit surtout la voie à l’avènement d’un 1er Mai universel, tel qu’allait le lancer trois ans plus tard, à Paris, l’Internationale socialiste (mieux connu sous le nom de : Deuxième internationale).

Le Congrès de fondation de la IIe internationale s’ouvrit le 14 juillet 1889 à Paris. Y participèrent les délégués de 20 pays, qui prirent la décision de célébrer le 1er Mai de chaque année sous le mot d’ordre de la journée de travail de 8 heures.

La résolution de l’Internationale socialiste sur le Premier Mai
Le texte de la résolution adoptée à l’unanimité par le Congrès de l’Internationale socialiste, a valeur d’acte de naissance du 1er Mai, Fête internationale des travailleurs et travailleuses :

Il sera organisé une grande manifestation internationale à date fixe, de manière que, dans tous les pays et dans toutes les villes à la fois, le même jour convenu, les travailleurs mettent les pouvoirs publics en demeure de réduire légalement à huit heures la journée de travail, et d’appliquer les autres résolutions du Congrès international de Paris.

Attendu qu’une semblable manifestation a déjà été décidée pour le 1er Mai 1890 par l’American Federation of Labor (AFL), dans son congrès de décembre 1888 tenu à St-Louis, cette date est adoptée pour la manifestation internationale.

Les travailleurs des diverses nations auront à accomplir cette manifestation dans les conditions qui leur sont imposées par la situation spéciale de leur pays.

La résolution complémentaire suivante fut adoptée :

Sous le titre de la journée de 8 heures, il sera publié, avec le concours des partis socialistes représentés au congrès de Paris, un organe hebdomadaire destiné à centraliser les renseignements sur le mouvement international en vue de la réduction légale de la journée de travail. Recommandation est faite à tous les délégués de faire une démonstration dans tous les centres ouvriers d’Europe et d’Amérique en faveur de la fixation de la journée à 8 heures de travail.

Source de l’article: Unité ouvrière

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LES MANIFESTATIONS DE MAI 1945 EN ALGÉRIE

images_10_-2cbd3.jpg À Alger : Le 1er mai 1945, quatre morts et plusieurs blessés à la manifestation patriotique organisée par le Parti du Peuple Algérien (PPA).
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Ahmed Bouda, un des dirigeants du PPA à l’époque, raconte :
«Nous avons réparti les militants en trois groupes :

  • Groupe de Belcourt et des environs, rendez-vous Place du Gouvernement (place des Martyrs) ;
  • Groupe de la Casbah, rendez-vous à Sidi Abderrahmane ;
  • Groupe El Biar–Birkhadem, rendez-vous devant la prison de Serkadji ;

Les groupes devaient prendre le départ à 17 heures et converger vers la rue d’Isly (…).
Ordre formel avait été donné aux militants de ne porter aucune arme, même blanche, mais de se munir de la carte d’identité.

Ils scandaient les mots d’ordre du parti (…) et marchaient pacifiquement, drapeau déployé en tête du cortège. »

Dans la “Grande Aventure d’Alger républicain”, on peut lire les souvenirs de Boualem Khalfa, alors militant du PPA qui sera plus tard directeur d’Alger républicain et membre de la direction centrale du Parti communiste algérien (PCA) :

« Dans l’après-midi du 1er mai, il participe avec ses amis du PPA à la manifestation organisée à Alger. Sous la couverture des Amis du Manifeste, le PPA a appelé ses membres et sympathisants à défiler indépendamment de la CGT.

Khalfa fait partie du cortège qui, de la Basse-Casbah, doit en fin de parcours rejoindre la Grande-Poste celui de la CGT.

Les consignes données sont très strictes : pas d’armes, “pas même une épingle” ont formellement recommandé les dirigeants pour éviter toute provocation.

Les mots d’ordre lancés sont précis et peu nombreux. L’un d’eux proclame : “Liberté pour tous” et un autre, qui revient très souvent, demande la libération des détenus politiques et notamment celle de Messali Hadj.

Au cours de la manifestation tout à coup, de façon plus ou moins spontanée, un cri libérateur, scandé bientôt par la foule tout entière :
« Yahia el Istiqlal ! » (Vive l’Indépendance !)
et, soudain au-dessus des têtes, le drapeau algérien interdit est brandi.

Dans la rue d’Isly (Larbi Ben M’Hidi), à la hauteur du Casino, tout près du siège de la XXe Région militaire, les forces de l’ordre barrent la route au cortège.

Et, brusquement, sans semonces, les policiers ouvrent le feu. Les pavés se tachent de sang.

Un des responsables de la daira (district) du PPA, Mohamed Belhaffaf, est tué par l’une des premières rafales.

Trois militants, Abdelkader Ziar, Mohamed Laïmèche, et Ahmed Boughmalah sont eux aussi mortellement touchés. Sept autres, emportés par des amis, ne survivront pas à leurs blessures. Des dizaines d’hommes ensanglantés, soutenus par des manifestants valides, tentent de trouver refuge dans les couloirs et sous les portes cochères des immeubles avoisinants. Boualem Khalfa, dans le groupe de tête a vécu tout cela et il ne pourra pas l’oublier. »

Dans la foule descendue de la Casbah, il y avait le jeune Taleb Abderrahmane, 15 ans, qui deviendra, en 1956, le chimiste de l’ALN. Il fabriquera les bombes qu’utilisera la Zone Autonome en riposte aux attentats perpétrés sous les ordres du gouvernement français de Guy Mollet avec son ministre résident, Robert Lacoste.

Condamné trois fois à mort, Taleb Abderrahmane a la tête tranchée, le 24 avril 1958, à la prison de Serkadji.

par Mohamed Rebah – auteur de “Taleb Abderrahmane guillotiné le 24 avril 1958”, éditions APIC. Alger, avril 2013.

sources: Alger républicain, le 30 avril 2014

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moudjahid4_655568101-67c27.jpg À LA VEILLE DU 1er NOVEMBRE 1954

Évocation – 1er mai d’antan

Il a fallu que je sois adulte pour entendre parler du 1er Mai fête du travail et du muguet. Dans ma mémoire d’enfant et d’adolescent le 1er MAI était «la fête de la  castagne», une journée de bagarre et de lutte!

Début des années 50 à Constantine, le printemps avait commencé chaud, beaucoup de conflits sociaux, les traminots étaient en grève depuis plusieurs jours, pour réclamer de meilleures conditions de travail et de salaire. Le patron, un patron de combat, se montra intraitable. Les travailleurs immobilisèrent les trams. Ce fut le lock out et la fermeture de l’entreprise, le patron refusait toujours de recevoir les délégués syndicaux de la CGT. Les traminots forcèrent sa porte en repoussant ses sbires. Le SG du syndicat, mon oncle fut accusé d’avoir maltraité le patron, un gazé de la première guerre mondiale, ce qui était parfaitement faux.

On voulait faire échouer la grève en brandissant la menace de l’emprisonnement du syndicaliste.

Les grévistes reprirent l’initiative en manifestant dans la rue avec femmes et enfants. C’était une première à Constantine! «Nous voulons du travail, du pain pour nos enfants !», scandaient les manifestants. Au premier rang, la main dans la main de mon oncle Amar, je hurlais avec conviction «  nous voulons du travail, du pain pour nos enfants  !  » La lutte paya et le patron recula  ! Les Constantinois retrouvèrent leur transport collectif et les traminots le sourire. Le conflit avait été particulièrement dur et éprouvant.

La mêlée générale

Le 1er mai de cette année portait donc les traces des récentes grèves. Le cortège des manifestants, cheminots, traminots, postiers, hospitaliers, gars de l’EGA et de la sécurité sociale, enseignants…se heurta à un rideau de policiers qui interdisaient l’entrée de la Bourse du travail. Pas question d’y tenir le meeting.

Chaque camp se tenait en position de combat.

Un arrière oncle, une force de la nature conducteur de tram, vint se placer devant mon oncle de la CGT. Il était capable de porter un quintal sur l’épaule. Il était capable aussi de ceinturer deux flics et de les secouer (yanfadhoum!), malgré les coups de matraques.

À notre droite vint se placer ammi Bourrayou , un autre géant, il venait de terminer son service au parc à fourrage. Il avait travaillé, donné à manger aux chevaux et aux mules de l’armée avant de pointer au rassemblement. Il enleva le sac de jute qu’il avait sur la tête le plia et le glissa dans sa ceinture Nous habitions la même maison (une dar sbitar) entre Sidi Bouannaba et Sdi Abdelmoumène, pas loin de Souika , je savais que les nombreux enfants de notre voisin ne mangeaient pas à leur faim, comme tous les gosses de mon quartier.

Un délégué syndical tenta encore de parlementer avec le commissaire, peine perdue. Puis les manifestants tentèrent de pénétrer dans le square jouxtant la maison des syndicats. Nouveau refus, un cri fusa «nous payons les impôts, nous voulons le jardin ».

Je criais avec tout le monde «nous payons les impôts…» Ammi Bourrayou disait «nous bayons…» . Puis c’est la bousculade, les grilles du jardin étaient secouées. On avançait puis on reculait, les choses se gâtaient. Mon oncle me lâcha la main et me dit : file!

Quelques enjambées et j’étais hors de la mêlée, je continuais à m’égosiller «nous voulons le jardin».
«Djenane el mourcantya oua djenane ezzaoualya»

Je tenait tellement à pénétrer dans ce jardin, qui nous était interdit de tout temps, nous les arabes. C’était un jardin magnifique, avec de beaux arbres, ombragé, calme, des allées de rêves, des massifs pleins de fleurs, des tonnelles, un kiosque à musique, des chaises qu’on pouvait déplacer pour s’asseoir dans un coin tranquille. Une discrimination flagrante. Un gardien sifflet au bec et trique à la main, nous chassait comme des intrus de «djenane el mourcantya» jardin des riches.

Nous, nous avions droit à un autre jardin de l’autre côté de la route. Beaucoup plus modeste, pas d’aménagements, pas de massifs soignés, des bancs en pierre au milieu de pierres romaines. «djenane ezzaoualya» , jardin des pauvres pour nous autres.
Quand il faisait beau c’est là que je me rendais les après-midi si je voulais retrouver mon grand père et ma grand’ mère qui prenaient le frais avant d’aller se payer une «glace» place de la Brèche.

Pour moi le premier mai de cette année-là, à travers le parcours de mon oncle, symbolisait la jonction de la revendication nationale et de la revendication sociale.

Nous-nous revîmes très peu de fois par la suite : dès les premiers mois de la guerre il fut coffré, il fut fou de joie quand je rejoins l’équipe d’Alger Républicain à l’indépendance, très triste pour la clandestinité qui nous fut imposée pendant un quart de siècle.

Je l’ai revu au début des années 90, quand notre pays était saigné par la folie des terroristes islamiques, il revenait de la Mecque après une Omra. Il souffrait d’être chassé par les barbus de sa mosquée le vendredi.

Pendant le repas il raconta la rencontre avec Duclos, dirigeant du PCF et le travail et tournées avec Benbadis . Il raconta en riant «notre» 1er Mai du début des années 50 et d’autres luttes et fêtes du travail.

Il garda ses convictions jusqu’au bout.

Mohamed Nedjar

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1er Mai 2015 : avec Determination – avec Internationalisme – avec Les Luttes

17 avr 2015

1ER MAI 2015

À l’occasion de la Journée internationale des travailleurs – 1 mai 2015, la Fédération syndicale mondiale (FSM) envoie de chaleureuses et militantes salutations à la classe ouvrière internationale et les 90 millions de travailleurs organisés dans les organisations membres de la FSM dans 126 pays du monde.

La Journée internationale des travailleurs est une journée de mémoire et honneur aux travailleurs qui ont sacrifié leur vie pour les droits de la classe ouvrière, pour l’abolition de l’exploitation de l’homme par l’homme. Les luttes de la classe ouvrière internationale, du sacrifice des travailleurs à Chicago en 1886 jusqu’à nos jours, ont prouvé que la classe ouvrière n’est pas seulement le créateur de la richesse sociale, mais aussi l’avant-garde, capable de diriger et rassembler à ses côtés les autres couches populaires opprimées, dans la lutte pour le renversement du capitalisme.

Les problèmes aigus et majeurs qui rendent la vie de la classe ouvrière difficile continuent d’exister. Les gouvernements capitalistes relaient les ordres du Capital et des sociétés transnationales d’intensifier et d’étendre les politiques anti-ouvrières : baisses de salaire et de retraite, relations de travail flexibles, privatisations, destruction des régimes de sécurité sociale, élimination des libertés et droits syndicaux et terrorisme d’Etat. Le chômage persiste et ouvre les plaies de la classe ouvrière et poursuit les attaques aux droits des travailleurs. C’est la recette du capitalisme mondial pour la « sortie » de la crise capitaliste et l’augmentation des bénéfices des monopoles.

Au niveau international, l’attaque par les employeurs et les gouvernements capitalistes du droit de grève se poursuit dans tous les pays mais aussi au sein de l’Organisation internationale du Travail. L’OIT pousse la question devant les tribunaux internationaux, contrôlés par la bourgeoisie internationale et l’impérialisme. Cela ne peut pas être accepté. Le droit de grève n’a pas été donné aux travailleurs, mais il a été gagné par des luttes et il ne peut être défendu qu’à travers les luttes de la classe ouvrière.

Les politiques des groupes monopolistes internationaux et la concurrence entre les forces impérialistes ont été intensifiées avec des résultats désastreux pour les peuples du monde. L’intervention impérialiste et la renaissance du nazisme est à blâmer pour le carnage en Ukraine avec des milliers de nos collègues parmi les victimes. En Syrie, l’intervention impérialiste continue. Au Venezuela, le gouvernement des Etats-Unis et les multinationales impérialistes promeuvent des plans d’intervention, de déstabilisation et de coup d’Etat contre le gouvernement démocratiquement élu. Les attaques contre l’irréductible peuple cubain continuent avec l’embargo toujours en vigueur.

La position de la FSM reste stable et cohérente. Les travailleurs et les peuples du monde doivent être les maîtres dans leurs propres pays et libre de décider pour le présent et l’avenir de leurs pays sans interventions impérialistes.

Devant cette situation, la Fédération syndicale mondiale appelle les travailleurs, le mouvement international des syndicats de classe pour organiser des grèves de masse, des manifestations, des rassemblements pour le 1er mai dans tous les pays du monde, des célébrations qui honoreront les 129 ans depuis la révolte des travailleurs à Chicago et projetteront leur internationalisme et exigence pour des droits contemporains pour la classe ouvrière dans chaque pays, de meilleurs salaires, du travail et des libertés et droits syndicaux, la sécurité sociale, des politiques pour faire face au chômage.

Travailleuses et travailleurs, jeunes, chômeurs, travailleurs migrants,

La Journée du 1e mai 2015 doit être un pas en avant international pour le mouvement ouvrier et syndical dans chaque pays, région et secteur. Nous vous demandons d’unir vos voix avec le mouvement des positions de classe dans chaque pays, d’unir vos voix avec la voix de la FSM. Avec le militantisme et l’internationalisme, nous pouvons renforcer notre lutte pour de meilleures relations de travail, de meilleures conditions de vie, pour une société sans exploitation, pour une société où les besoins de la classe ouvrière et les gens viendront en premier.

Chers frères, travailleurs, chômeurs, retraités,

Cette année, en 2015, nous célébrons le 70e anniversaire de la fondation de la FSM. Depuis sa création, la FSM est devenue et continue d’être la maison, la famille, le défenseur de chaque famille de travailleur.

Cette maison commune que nous partageons, cette famille, nous allons l’honorer en la rendant plus forte partout. Rendons la FSM plus forte, plus militante, plus orientée vers la classe, plus internationaliste, plus active, plus efficace dans tous les coins de la planète. En renforçant les organisations syndicales dans tous les secteurs, dans toutes les régions, en organisant de nouveaux membres dans les syndicats, en construisant de nouveaux cadres syndicaux et plus de dirigeants, nous allons aller de l’avant.

AVEC DETERMINATION

AVEC INTERNATIONALISME

AVEC LES LUTTES

sources: raina.dz

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PARTI ALGÉRIEN POUR LA DÉMOCRATIE ET LE SOCIALISME

1er mai 2015

Journée internationale de luttes de la classe ouvrière et des travailleurs

Intensifions les luttes politiques et sociales pour des changements profonds face à la catastrophe de la chute des recettes pétrolières !

Les travailleurs ne doivent pas payer la facture du pillage des ressources du pays !

La situation sociale des travailleurs s’est considérablement dégradée ces derniers mois. La flambée des prix des biens de consommation et notamment des produits alimentaires, en réduisant leur pouvoir d’achat, a conduit à une nouvelle et brutale détérioration de leur nutrition, de leurs conditions de vie et de celles de leurs familles. Les augmentations salariales que les fonctionnaires ont arrachées par leurs luttes ces dernières années ont été réduites à néant. La condition des ouvriers des usines et des chantiers de construction qui n’ont bénéficié d’aucune augmentation notable, malgré les énormes revenus pétroliers enregistrés depuis 15 ans, est encore pire.

Le gouvernement a laissé faire justifiant sa passivité par l’action des « lois du marché » et les conséquences de la chute du prix du pétrole. Mais en dévaluant en catimini le dinar par rapport au dollar, renchérissant le prix des biens importés, il a frappé de plein fouet les salariés, les retraités, tous ceux qui n’ont pas d’autres ressources pour vivre.

A l’opposé, les importateurs et les gros commerçants intermédiaires, les paysans riches et les capitalistes, en un mot la bourgeoisie et les affairistes ont tous accru leurs profits à une échelle sans précédent. Que le prix du pétrole s’élève ou baisse, que le taux de change du dinar s’améliore ou se détériore, les bourgeois continent à s’enrichir par la spéculation et la surexploitation de la classe ouvrière.

Les capitalistes n’acceptent aucune augmentation salariale qui réduirait leurs profits et surprofits ne serait-ce que d’un centime. Toute tentative d’organisation syndicale ou de revendication salariale et matérielle est réprimée de façon impitoyable par le patronat.

Il est couvert et appuyé conjointement par les institutions gouvernementales et le syndicat maison UGTA. Le secrétaire général de ce pseudo syndicat n’a pas eu honte de qualifier publiquement son organisation de « syndicat du pouvoir ». Les Rebrab, Benamor, Sim, Hassnaoui, Hadddad, etc., immensément enrichis grâce aux aides généreuses de l’Etat et à leur qualité de prête-nom de personnages haut placés, écrasent dans l’oeuf toute action ouvrière. Nulle activité syndicale n’est tolérée. Les travailleurs qui tentent de s’organiser en syndicats, même UGTA, sont jetés à la rue dans l’indifférence totale des représentants de l’administration et le silence complice des journaux prétendument libres et indépendants mais achetés par leurs gracieuses pages publicitaires.

Quels que soient cependant leurs appuis, la bourgeoisie et les succursales des multinationales tremblent de peur. Elles savent que sous la cendre couve le feu de la révolte et de la combativité ouvrières, que les travailleurs qu’elles ont défaits grâce à leurs soutiens dans l’Etat ont assimilé les leçons de la lutte et préparent dans l’union et la vigilance leurs contre-offensives.

En ce 1er mai 2015 de lourdes inquiétudes se profilent pour le présent et l’avenir immédiat de la classe ouvrière, de la petite paysannerie et de toutes les couches populaires qui ne tirent leurs maigres revenus que de leur travail. Les contradictions du capitalisme à l’échelle mondiale, les rivalités entre les puissances impérialistes pour la domination et le contrôle des sources d’énergie ont conduit à une chute des revenus pétroliers de l’Algérie. A l’unisson, les défenseurs du capitalisme exploitent cette évolution préoccupante encouragée par les calculs antinationaux du régime. Ils en font un prétexte pour réclamer la rupture avec ce qu’ils qualifient de séquelles des années 1970, de « populisme » et d’ « étatisme ». Ils appellent, entre autres, à mettre fin au soutien du prix des produits de consommation de base, à supprimer les derniers vestiges de la médecine gratuite bien qu’elle ait été réduite à sa plus simple expression. Mais ils sont muets quand il s’agit de dénoncer la fraude fiscale ouvertement pratiquée par les classes privilégiées ou les cadeaux faramineux que le pouvoir leur accorde sans que rien de concret n’ait été obtenu dans la réduction de la dépendance industrielle, technologique et alimentaire. Une nouvelle offensive est en préparation pour enlever à la classe ouvrière et à l’ensemble des travailleurs ce qui reste de conquêtes sociales arrachées durant des décennies de luttes, dans les domaines de la durée du travail, des retraites, de la sécurité sociale, des contrats de travail, etc.

La guéguerre opposant le pouvoir et l’opposition médiatisée par la presse n’a pas pour but d’améliorer les conditions de vie des travailleurs. Des fractions en lice aussi bien dans le pouvoir que dans l’opposition comptent sur leurs appuis impérialistes externes ou des régimes rétrogrades du Golfe pour faire pencher la balance de leur côté en contrepartie de la promesse de satisfaire leurs désirs de mettre la main sur tout ce qui rapporte.

Les Etats impérialistes, français et américains notamment, ne relâchent pas leurs pressions pour obtenir plus du régime ou de l’opposition

Les revendications de ces rapaces, ce sont le contrôle total sur les hydrocarbures convoités, la suppression de toutes les barrières qui entravent la liberté de s’installer en Algérie et de rapatrier sans aucune condition leurs profits, la liquidation de toute législation sociale favorable aux travailleurs afin de pouvoir exploiter sans frein les travailleurs, l’installation de bases militaires au Sahara, la soumission pure et simple de l’armée algérienne à leurs objectifs stratégiques de protection de leurs intérêts en Afrique et comme auxiliaire de leur lutte à grande échelle pour le partage du monde et la confrontation avec leur rivaux russe ou chinois.

Afin d’établir leur mainmise sur les richesses des peuples, les Etats impérialistes, les régimes rétrogrades à leurs bottes et leurs hommes de paille ont mis une bonne partie du monde à feu et à sang: en Palestine, Afghanistan, Irak, Libye, Mali, Centrafrique, Syrie, Yémen, Ukraine, Nigeria, etc. Ils préparent d’autres guerres, aux conséquences catastrophiques pour les peuples, contre la Russie ou la Chine. Foulant au pays toute légalité internationale, ils bafouent le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, à régler les conflits internes sans ingérences extérieures. Ils tentent d’imposer par leurs interventions violentes des pantins à leurs services. Ils sèment les divisions au sein des travailleurs et des peuples sur des bases religieuses, chauvines ou racistes pour les empêcher de s’unir contre eux et de s’affranchir de leur domination.

Notre pays n’échappe pas à ce danger. La résistance des peuples est indispensable. Partout où les peuples arrivent à surmonter les divisions attisées par l’impérialisme et les exploiteurs et à s’organiser, partout où ils ne se laissent pas faire, quels que soient les sacrifices, ils arrivent à mettre en échec les plans des agresseurs impérialistes.

Partout dans le monde, les travailleurs reprennent confiance dans leur capacité à lutter et à obtenir gain de cause. Au Venezuela, à Cuba ou ailleurs, les ingérences impérialistes sont mises en échec.

Dans notre pays, la mobilisation des populations de In Salah contre la collusion des multinationales et du régime dans l’exploitation aventurière du gaz de schiste au Sahara est une preuve que les masses refusent la passivité. A Rouiba, les ouvriers du complexe de véhicules industriels ont chassé le magnat Tahkout des transports universitaires, autre prête-nom d’hommes du régime, qui occupait illégalement un vaste terrain de leur usine. Au port d’Alger les dockers n’acceptent pas le diktat de la société émiratie DWP à laquelle le gouvernement a cédé les activités les plus rentables sans contrepartie, sans un minimum de dignité nationale.

Plus la crise du capitalisme est durable et plus les capitalistes sont effrayés à l’idée qu’une contre-offensive de la classe ouvrière et de ses alliés remette à l’ordre du jour la lutte pour le renversement de la domination de la bourgeoisie. Leur propagande et leurs mensonges anticommunistes redoublent d’intensité. Ils cherchent à empêcher une nouvelle révolution, l’instauration d’une société socialiste fondée sur la propriété sociale des moyens de production, le pouvoir de la classe ouvrière et du peuple, la planification du développement économique et sociale en vue de la satisfaction des besoins sociaux croissants des producteurs, une société dont les bases sociales assureront la paix dans le monde, la fraternité et la solidarité désintéressée entre les peuples.

Les travailleurs les plus conscients ont pour tâche d’inscrire leurs actions dans cette perspective historique:

  • en édifiant dans des luttes anticapitalistes déterminées de la base au sommet un syndicat de classe, de masse, démocratique, unitaire et internationaliste, un syndicat qui lie les luttes pour les revendications matérielles immédiates à la lutte pour l’abolition de la société capitaliste;
  • en participant à la construction d’un parti marxiste-léniniste, enraciné au sein de la classe ouvrière et des masses populaires, résolument tendu vers la réalisation de ce but historique.

Le parti des communistes d’Algérie, le PADS, salue les luttes et les combats des travailleurs et des travailleuses pour leurs revendications matérielles, leurs libertés syndicales, pour les libertés démocratiques, pour la défense des intérêts du pays qui se confondent avec leurs intérêts de classe.

Il salue le combat des travailleurs du monde entier contre l’exploitation capitaliste et la domination impérialiste.

Il appelle toutes les forces communistes révolutionnaires à intensifier leurs luttes idéologiques et politiques pour montrer que le capitalisme est la source des maux des travailleurs, du chômage, des privations et des souffrances, des guerres, du terrorisme et du fascisme; pour préparer les conditions d’une nouvelle offensive en vue de l’abolition du capitalisme.

Il les appellent, à la veille de la célébration du 70 ème anniversaire de la capitulation du nazisme le 9 mai 1945, à méditer les enseignements de la victoire remportée grâce à l’action anti-fasciste résolue de l’URSS et au sacrifice de 25 millions de soviétiques qui, en défendant leur patrie socialiste et les conquêtes sociales et politiques du socialisme, ont contribué de façon essentielle à la libération des peuples du joug du nazisme. L’assimilation des enseignements du combat antifasciste est indispensable afin d’organiser dans une direction anticapitaliste les luttes prolétariennes et populaires actuelles à venir, afin d’infliger une défaite à l’impérialisme qui s’appuie sur le terrorisme et le fascisme de toutes couleurs pour tenter d’arrêter la marche inexorable de l’histoire vers l’émancipation des classes exploitées et opprimées.

Vive l’internationalisme prolétarien !

La classe ouvrière et ses alliés doivent organiser leur contre-offensive !

À bas le capitalisme !

PADS
29 AVRIL 2015

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IL Y A SOIXANTE ANS DANS LE SUD ALGÉRIEN

LE 1er MAI 1951 à SIDI AMRANE

par LAKHDAR KAIDI, Alger Républicain, 1er mai 1991

socialgerie , le 23 février 2011->394]

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