» GRÈCE, PERSPECTIVES APRÈS LE DIKTAT NÉOLIBÉRAL COLONIALISTE »


AU SOMMET D’OUFA, LES BRICS PASSENT À L’ACTEChristine Bierre – le 16 juillet 2015;


GRÈCE, TORTURE DE LA BAIGNOIRE, BRICS ET CONJONCTURE MONDIALE, selon Jacques Cheminade;


[DANS LES RUES D’ATHÈNES AVEC FRANTZ FANONpar Omar Benderra –
Fondation Frantz Fanon – le 20 juillet 2015
->#6]


GRÈCE: LA MISE À NUpar Abdelatif Rebah – Le Soir d’Algérie – le 20 juillet 2015;


TRANSFORM! newsletter n°8 – 16 juillet 2015;


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AU SOMMET D’OUFA, LES BRICS PASSENT À L’ACTE

Christine Bierre

solidarité et progrès

le 16 juillet 2015

->http://www.solidariteetprogres.org/actualites-001/au-sommet-d-oufa-les-brics-passent.html]

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AU SOMMET D’OUFA, LES BRICS PASSENT À L’ACTE

« Les BRICS sont les futurs dirigeants de l’économie mondiale» et la Chine en «reste la locomotive» , a déclaré Vladimir Poutine, lors d’une conférence de presse à l’issue des sommets des BRICS et de l’Organisation de la coopération de Shanghai (OCS), tenus à Oufa en Russie du 8 au 10 juillet.

Compte tenu de la crise interminable, et peut-être finale, dans laquelle s’est engagée l’Union européenne en voulant faire de la Grèce la victime expiatoire d’une crise qui est en réalité celle de toute l’Europe, et de la zone transatlantique, plombées par la faillite du système en 2008, les progrès accomplis à Oufa par les BRICS, l’OCS et l’Union économique eurasiatique (UEEA) qui les a rejoints, représentent aujourd’hui le seul espoir d’une sortie de crise et d’un retour à des politiques de croissance permettant d’assurer un avenir à notre planète.

N’en déplaise aux Occidentaux, dont les médias ont, pour la plupart, boycotté la couverture de ces sommets, les BRICS ont annoncé le lancement, en un temps record, de leur Nouvelle banque de développement (NDB) (100 mds de dollars) ainsi que d’un fonds commun de réserve de change (100 mds) , deux initiatives adoptées lors du dernier Sommet des BRICS il y a tout juste un an, à Fortaleza, au Brésil.

La NDB pourra commencer à prêter dès avril 2016 ! Elle pourrait notamment participer au financement de la construction de la ligne à grande vitesse Moscou-Kazan, selon le ministre russe des Finances Anton Silouanov, président du Conseil d’administration de la NDB. « Nous sommes en train d’étudier cette question » , a précisé le ministre avant d’ajouter que la Russie proposera également ce projet à la Banque asiatique d’investissement pour les infrastructures (BAII).

À cela s’ajoute la perspective adoptée par les BRICS d’accroître leurs échanges, non pas en dollar, mais en devises des pays membres, en particulier en yuans et en roubles.
Mais pour Sylvie Kauffman, du quotidien Le Monde (qui avait refusé en 2012 de couvrir la candidature présidentielle de Jacques Cheminade), le sommet des BRICS est un non-évènement et le «Congrès d’Oufa n’aura pas lieu » !

Triple union : BRICS, OCS, UEEA

Oufa fut également le lieu de rassemblement non seulement des BRICS et de l’OCS, mais aussi de l’Union économique eurasiatique (UEEA), organisation fondée en janvier 2015 par la Russie, la Biélorussie, le Kazakhstan, le Kirghizistan et l’Arménie.

Pour ceux qui comptaient encore pouvoir manipuler la Russie contre la Chine, la Chine contre l’Inde, etc. ils en seront pour leurs frais. L’intégration entre BRICS, OCS et UEEA engendrera non seulement un nouvel ordre économique mondial, mais accroîtra les retombées bénéfiques pour les peuples d’Eurasie.

Ce fut le thème répété à l’unisson par les trois dirigeants.

Nous sommes prêts à travailler très étroitement pour coordonner et nouer des liens entre les deux projets d’intégration – UEEA et Ceinture économique de la route de la soie, a déclaré Vladimir Poutine. Nous y voyons la grande promesse de construire un système commun de transports pour l’OCS, utilisant notamment le potentiel de transport offert par le Transsibérien et le Baïkal-Amour en Russie.

« La Chine est prête à renforcer sa coopération avec tous les pays pour réaliser des projets prioritaires», a dit Xi-Jinping, annonçant son intention d’ «organiser le soutien financier pour réaliser des études de faisabilité et de design et participer à des investissements conjoints. » Pour lui :

Il est important d’établir un scénario de coopération pour la région, qui inclura, dans les prochaines années, la construction de 4000 kms de voies ferrées et de plus de 10 000 kms d’autoroutes. La Chine s’engage à créer au plus vite une banque de l’OCS pour aider à financer la production dans la région, et elle est prête à utiliser son fonds de la Route de la soie dans ce but.

Évoquant dans un entretien au quotidien indien The Hindu, le «puissant sursaut économique (…) qui résultera de l’association entre ressources matérielles, capital humain et énormes marchés à la consommation» de ces trois régions du monde, Vladimir Poutine a précisé aussitôt : «Pour nous, il ne s’agit pas d’un échiquier ou de jeux géopolitiques» ; l’espace eurasiatique est « notre maison et nous voulons que la paix et la prospérité règnent chez nous, pour qu’il n’y ait aucune place pour l’extrémisme ou des tentatives pour certains de chercher leur propre intérêt au détriment des autres» .

Rapprocher les frères ennemis indo-pakistanais

Autre flanc consolidé au cours de ces sommets, l’Inde et le Pakistan : les deux frères ennemis ont tous deux fait leur entrée à l’OCS. Associés à la Russie et à la Chine, voilà une combinaison qui bloquera les Games of Thrones chers aux Anglo-américains dans cette région.

Les deux chefs d’État, Narendra Modi et Nawaz Sharif, se sont rencontrés en marge du sommet de l’OCS à Oufa et ont convenu d’une visite de M. Modi au Pakistan, lors du Sommet des pays de l’Asie du Sud l’année prochaine. Autre invité de marque aux sommets, l’Iran, qui a posé sa candidature pour rejoindre l’OCS.

Rappelons le rôle important de cette organisation dans la lutte contre le terrorisme, l’extrémisme et le trafic de drogue, véritables plaies endémiques dans cette partie du monde. La Structure anti-terroriste régionale de l’OCS (SATR) pourra mieux fonctionner avec la présence de l’Inde et du Pakistan. D’autant que l’Afghanistan était aussi parmi les invités. Son président Ashraf Ghani a participé à la réunion en Russie, tournant définitivement la page des années sombres de l’invasion soviétique.

L’entrée de l’Inde et du Pakistan à l’OCS, composée jusqu’à présent de six États, Chine, Russie, Kazakhstan, Kirghizistan, Tadjikistan et Ouzbékistan, a vite fait naître la rumeur qu’un nouveau G8 s’était constitué…

Après Oufa, M. Modi a continué son périple au Turkménistan où il a promu le corridor de transport Nord-Sud passant par l’Iran.

Si nous utilisons la route iranienne, Achgabat (Turkménistan) sera la première capitale desservie en Asie centrale. Avec le chemin de fer Kazakhstan-Turkménistan-Iran et l’investissement proposé par l’Inde dans le port iranien de Chabahar, ces initiatives renforceront les relations économiques entre les deux pays.

Au cours de sa rencontre avec le président turkmène Gurbanguly Berdymuhamedov, M. Modi a appelé à la construction rapide du pipeline Turkménistan-Afghanistan-Pakistan-Inde, devant acheminer 33 milliards de m3 de gaz naturel par an depuis le Turkménistan vers l’Asie du Sud, dont 41 millions de m3 par jour en Inde. Ce gazoduc sera le deuxième au monde en largeur.

Entrer dans l’âge industriel

Infrastructures, recherche de pointe, hautes technologies étaient aussi au menu d’Oufa. Lors du Business Council des BRICS, le dirigeant des chemins de fer russes et proche collaborateur de Poutine, Vladimir Iakounine, a précisé :

La question n’est pas juste de construire des infrastructures – chemins de fer, routes et infrastructure énergétique – mais de créer des plateformes économiques étendues, avec la participation d’institutions financières et manufacturières internationales.

Le vice-premier ministre russe Dmitri Rogozine a annoncé le 6 juillet que la Russie et la Chine s’apprêtent à renforcer leur coopération spatiale. Suite aux tensions avec les États-Unis, les Russes ont en effet réorienté leur collaboration vers la Chine pour en faire leur principal partenaire. Celle-ci s’équipera désormais en moteurs-fusées RD 180 russes pour son programme lunaire, en échange de quoi elle livrera de l’électronique de pointe aux Russes, moins chère que celle achetée aux États-Unis.

Le Sommet de la jeunesse des BRICS fut aussi un point fort de ces journées. Un mémorandum a été signé en vue de construire une station spatiale pour explorer l’espace lointain et faire des programmes spatiaux habités le symbole des valeurs que les BRICS veulent imprimer au nouvel ordre économique qu’ils construisent.

À Oufa, en effet, l’air était bien plus respirable qu’en Europe où un nouveau Traité de Versailles a été imposé à la Grèce.

Battons-nous pour rejoindre au plus vite la dynamique des BRICS.

Sources:

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GRÈCE, TORTURE DE LA BAIGNOIRE, BRICS ET CONJONCTURE MONDIALE

http://www.jacquescheminade.fr/


PAR DELÀ LA GRÈCE: LES BRICS ET LE SÉNAT AMÉRICAIN

le samedi 18 juillet;

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Entretien avec Jacques Cheminade suite au torpillage financier de la Grèce par l’Europe. La question qui se pose est : Qui pourraient être les alliés de la France face aux tortionnaires de la City et de Wall Street ?

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Jacques Cheminade – LES TORTIONNAIRES DE LA GRÈCE

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le 16 juil. 2015
Ce qui s’est réellement passé durant les négociations, comment agir face à la folie des dirigeants européens.

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DANS LES RUES D’ATHÈNES AVEC FRANTZ FANON

par Omar Benderra[[Omar Benderra, responsable de la négociation de la dette extérieure de l’Algérie, 1989-1991]]

Fondation Frantz Fanon

Évoquer depuis la Grèce les quatre-vingt-dix ans de la naissance de Frantz Fanon s’impose comme allant de soi. Le hasard a voulu que je me trouve dans ce pays à cette date et dans ces circonstances. Dans ce pays, ou la société est froidement acculée à la misère, le regard fanonien sur les enjeux politiques du monde, se vérifie implacablement.

Au pied du Parthénon, cette Europe qui se drape dans l’humanisme et les Lumières qu’elle aurait inventés pour éclairer le monde se révèle telle que la voyait cliniquement Fanon dans sa fulgurante conclusion des Damnés de la Terre.

Une Europe dont le centre est à Francfort et dont tout l’esprit est dans son marché bancaire globalisé.

Cette Europe que nous, dans ce qu’il convenait d’appeler alors le tiers monde, avons rencontrée aussi dans les infâmes cercles de négociateurs de la dette des clubs de Londres et de Paris, face à ces fonctionnaires fourbes des ministères des Finances néocoloniaux et leurs ondoyants banquiers centraux ou d’affaires et lors des «assemblées générales» d’aigrefins vraiment très distingués du FMI et de la Banque mondiale.

Cette Europe usurière, boutiquière et sans âme, celle qui, pour paraphraser Yannis Varoufakis, l’ex-ministre grec de l’Économie, pose un regard vide sur les pauvres, les déshérités, ceux qui doivent payer pour épargner les riches.

Cette Europe des technocrates serviles et des multinationales financières.

L’Europe selon Goldman Sachs qui généralise la précarité dans le déroulement logique de sa collusion avec les bourgeoisies apatrides, de droite ou de gauche, qui ont forgé ces liens de sujétion avec les marchés financiers.

Fanon aurait eu quatre-vingt-dix ans ce 20 juillet si le destin en avait voulu autrement, et nul ne sait ce que la correction infligée au peuple grec aurait suscité en lui.

Mais il y a plus que de l’ironie à voir l’arrogance des finanz-kommandos allemands (et de leurs hypocrites collaborateurs) piétiner avec délectation un pays qui fut la matrice, lointaine et par trop orientale certes mais matrice reconnue, de l’Europe des philosophes et de sa Kultur.

Qu’aurait-il pensé de la froide indifférence des autres peuples de cette Union européenne?

Aurait-il renié ce qu’il proclamait puissamment au terme des Damnés de la Terre?

Il est cruellement révélateur d’observer que les peuples d’Europe ne montrent pas beaucoup d’empathie pour leurs « frères » hellènes, illustrant en cela le caractère absolument artificiel d’une construction antidémocratique fondée sur le profit et l’exploitation. Pourtant, la dureté inflexible des conditionnalités imposées à Athènes devrait faire réfléchir, car le laboratoire grec est aujourd’hui le terrain d’expérimentation des médecines qu’ils subiront demain. Cela aussi Fanon le décrivait avec sa lucidité chirurgicale, il suffit de relire les Damnés…

Mais face à la forteresse d’argent et au cynisme des fossoyeurs d’espoir, on peut saluer le courage du peuple grec et la solidarité des peuples du sud du monde avec les manifestants de la place Syntagma.

En effet, même si l’absence de solidarité des peuples du nord est criarde, le peuple grec n’est pas seul.

Ceux qui ont connu les programmes d’ajustement structurel, les rééchelonnements, les restructurations et même les «reprofilages» de la dette – vocable popularisé en Algérie à la fin des années 1980 et au début des années 1990 – n’ignorent rien des souffrances et des privations endurées par les Grecs.

L’Afrique et l’Amérique Latine connaissent d’expérience la religion du marché et les évangélistes criminels de l’ultralibéralisme.

L’Europe des marchés est une impasse sordide, elle débouche sur le mur aveugle des populismes vulgaires, des nationalismes criminels et l’omnipotence de l’argent-roi. Plus que jamais, elle se replie sur les échecs de son histoire, jusqu’à la caricature.
Alors, oui au nom de l’humanisme universel et de la fraternité humaine, il faut sauver cette Europe d’elle-même comme nous y invite Fanon dans son ultime recommandation: «Pour l’Europe, pour nous-mêmes et pour l’humanité, camarades, il faut faire peau neuve, développer une pensée neuve, tenter de mettre sur pied un homme neuf.»

Dans les rues d’Athènes, avec le peuple grec.

Sources:

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GRÈCE: LA MISE À NU

par Abdelatif Rebah

Le Soir d’Algérie

le 20 juillet 2015

Quelques jours seulement après que les Grecs aient rejeté, par une majorité absolue de plus de 61%, le diktat du Fonds monétaire international, de la Commission européenne, de la Banque centrale européenne et de l’Eurogroupe réunis, le gouvernement Tsipras, contre toute attente, a fait adopter par le Parlement grec la Vouli, un nouveau projet de mesures d’austérité de 13 milliards d’euros encore plus rude que le paquet de mesures d’austérité précédentes de 9 milliards d’euros rejetées par le référendum du 5 juillet !
La troïka jubile : les «négociations» (sic!) ont porté leurs fruits… Quelle terrible défaite !

Et c’est Tsipras, le leader du parti de la gauche radicale Syriza, lui-même, qui va devoir accomplir l’infamie qui crucifie son peuple ! Paré de la «légitimité démocratique» des 61%. Au peuple grec d’en payer le prix fort. Très fort ! Après avoir vécu cinq années dans un état de détresse économique et sociale extrême, le peuple grec se voit imposer un nouveau dispositif d’appauvrissement et de misère.

Le nouveau plan d’«aide» de l’Union européenne

  • Les conditions engagent la Grèce sur une obligation d’excédents budgétaires allant crescendo de 1%, 2%, 3%, 3,5% durant les années 2015-2018.
  • TVA (taxe sur la valeur ajoutée) : la réduction de la TVA pour les îles a été supprimée ; elle n’est maintenue que pour les îles éloignées ; la TVA a été augmentée à 23% pour les restaurants, à 13% pour les produits alimentaires de base, l’eau, l’électricité, les hôtels ;
  • retraites : augmentation progressive de l’âge de départ à la retraite de 62 à 67 ans ; suppression de l’aide pour les retraités les plus pauvres et une augmentation de 50% des frais médicaux pour les retraités ; les retraites seront réduites de 2,7 milliards d’euros, dans un délai de 18 mois ; les départs en retraite avant l’âge seront abolis (sauf dans certaines professions) ; au 16 mars 2016, les subventions aux retraités pauvres seront supprimées pour les personnes ayant des revenus «supérieurs», l’élimination progressive se poursuivra jusqu’en 2019.
  • Salaires et emploi : réduction des salaires et traitements dans la fonction publique et le secteur public ; le salaire de début dans le secteur public est de 586 euros brut, égal au salaire minimum dans le secteur privé ; révision de la négociation collective sur un an, élimination du droit de grève, libéralisation du droit des entreprises à procéder à des licenciements massifs.
  • Impôts : augmentation de l’impôt de solidarité ;
  • l’impôt sur les entreprises passera de 26% à 28% ; paiement d’avance de 100% de l’impôt pour les entreprises.
  • Agriculture : suppression de l’aide pour le carburant pour les agriculteurs.
  • Privatisation des aéroports régionaux, de l’aéroport d’Athènes Elliniko, du réseau de transport d’électricité, des chemins de fer grecs, des ports du Pirée et de Salonique et d’autres ; transfert du paquet d’actions des Télecom grecques à l’agence de privatisation ;
  • la Grèce devra transférer plus de 50 milliards d’euros d’actifs publics dans un «fonds de confiance» avant même qu’ils ne soient privatisés, y compris les services électriques nationaux, les ports et de nombreux autres installations publiques indispensables.

Un tableau accablant

Le tableau est accablant. Laissons aux économistes perspicaces la tâche de découvrir la rationalité économique qui guide ce énième programme de «sauvetage» de la Grèce.

Arrêtons-nous sur quelques-unes de ses mesures caractéristiques.

  • L’augmentation de la TVA : outre qu’elle va chasser de la demande les plus pauvres, appliquée sur les biens et services destinés au secteur touristique (hôtellerie, restauration, alimentation, etc.), elle va frapper de plein fouet le secteur économique n°2 de la Grèce, pénalisant ce pays par rapport à ses concurrents touristiques tels que la Turquie où la TVA est à 7% et l’Italie où elle est à 9%.
  • La privatisation : les recettes provenant de la vente des entreprises publiques vont aller pour moitié (25 milliards d’euros) à la recapitalisation des banques et le quart de chaque recette (12,5 milliards d’euros) ira au remboursement de la dette et à l’investissement.

    Un pactole réservé d’office aux multinationales étrangères car, avec une économie ruinée, quelle entreprise grecque pourra accéder à la vente.

Les plans de sauvetage ont encore poussé la Grèce plus loin dans la dette. Tout le monde sait maintenant que les prêts qui sont consentis à la Grèce, non seulement ne sont pas investis dans l’économie grecque mais repartent immédiatement pour payer les intérêts sur les prêts antérieurs et finissent dans les comptes de banques privées.

Le piège est si efficace qu’on apprend par la presse que la Banque centrale européenne (BCE) a réalisé en 2014 et 2015, soit en un an et demi, près de 3,3 milliards de profits sur ses achats d’obligations grecques, ce qui correspond quasiment à la somme qui est due par la Grèce à cette institution financière pour le 20 juillet : 3,5 milliards d’euros.

Alors que la dette attribuée à la Grèce représente 175% du PIB, le FMI annonce que ce taux élevé le restera et qu’il atteindra 118% du PIB en 2030.
Son patrimoine matériel saisi, sa richesse nationale confisquée, son système bancaire sous perfusion de Bruxelles, sa force de travail laminée économiquement et socialement, sans agriculture, sans industrie, enfoncée dans un endettement sans fin, ses institutions tenues en laisse par la troïka, comment la Grèce peut-elle envisager une croissance future ?

Le terrorisme financier

En réalité, l’exemple de la Grèce fait la démonstration tragique et spectaculaire en grandeur nature de la réalité crue du capitalisme.

Le chef de la BCE, Mario Draghi, négociateur majeur de la troïka, s’est permis de fermer totalement le système bancaire grec, laissant l’économie et la population grecques sans liquidités.

Un jour avant le référendum du 5 juillet, le président du Parlement européen, Martin Schulz, exposait au grand jour la machine à broyer du capital financier.
Mettant en garde les électeurs grecs, il déclarait : «Sans liquidités, les salaires ne seront pas payés, le système de santé cessera de fonctionner, le réseau électrique et les transports publics s’effondreront et ils (les Grecs) ne seront pas en mesure d’importer des biens essentiels parce que personne ne peut payer.»

Une capitulation, à proprement parler

De leur côté, les dirigeants du parti Syriza avaient renoncé progressivement à leurs propres «lignes rouges». Après avoir prôné l’annulation de la dette, puis le paiement d’une partie minoritaire de celle-ci, puis son échelonnement contre des «réformes» acceptables par Bruxelles, ils ont fini par entériner purement et simplement les exigences de la troïka. Le chef du gouvernement Alexis Tsipras s’était lui-même tracé ses propres limites en martelant que le référendum du 5 juillet était destiné à revoir le contenu du mémorandum de l’Eurozone et non pas de décider de rester ou non dans l’UE ou dans l’Euro.

Effrayé par le coup de la rupture, il va faire subir à son peuple celui de la non-rupture, fait de régression économique et sociale sans fin et de perte de souveraineté.

Comment, dans ce cas, concilier l’inconciliable : l’opposition structurelle entre les intérêts fondamentaux du peuple grec et ceux du capital financier.
Comment mésestimer le pouvoir économique tentaculaire monstrueux, derrière les négociateurs de la troïka, cette combinaison articulée d’institutions, G8, Union européenne, BCE, FMI, Banque mondiale, agences de notation, think-thanks, OMC, OCDE,OTAN…, toutes au service des propriétaires des banques, des multinationales, des médias, etc. ?
Comment nourrir l’illusion qu’il est possible de «réaliser des choses», pour les classes exploitées et opprimées de la population, changer l’UE, l’euro, etc., en restant à l’intérieur de la règle du jeu du capital financier ?

Les médias répandent volontiers la légende de l’ogre allemand qui s’acharne impitoyablement sur la Grèce. Comme si le sort de la Grèce aurait été tout autre si la Belgique ou la Pologne ou un tout autre Etat de l’UE avait piloté les négociations.
Le bourreau du peuple grec a un nom, c’est le système capitaliste sous son vrai visage. Tsipras n’a pas cédé aux dirigeants cruels et monstrueux d’une UE qui aurait failli à sa vocation humaniste mais à la loi d’airain du capital financier qui broie tout ce qui n’est pas profit sur son passage.
Ce faisant, il a signé l’acte de décès des illusions réformistes dans l’Union européenne. Mais la leçon vaut bien au-delà de cet espace.

Abdelatif Rebah

Sources:

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transform_10_2012-2.jpg newsletter n°8 – 16 juillet 2015
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Sommaire

Nous avons besoin d’un plan B pour une autre Europe, pour toute l’Europe [p. 1]
Walter Baier et Elisabeth Gauthier

Pierre Laurent
« C’est un défi de résister à ces pratiques colonialistes » [p. 2]
Entretien réalisé par julia Hamlaoui, l’Humanité, 15 juillet 2015

Communiqué de « Blockupy goes Athens », 12 juillet
Comprendre la défaite c’est préparer une victoire [p. 4]

Déclaration de Alexis Tsipras à l’issue du Sommet de la zone euro [p. 9]

Derrière le refus de l’Allemagne d’accorder un allègement de la dette de la Grèce [p. 10]
Yanis Varoufakis

« Cette liste de revendications de l’eurogroup est de la folie »
Tuer le projet européen
[p. 13]
Paul Krugman

Lettre ouverte de la CES aux responsables politiques européens [p. 13]

Grèce

Une dette illégale, illégitime, odieuse et insoutenable [p. 15]
Résumé du rapport de commission sur la vérité sur la dette publique du Parlement grec

Le TTIP et la lutte pour la souveraineté et de la dignité [p. 20]
Amelia Martinez

Parti de la Gauche européenne – transform!Europe [p. 22]
Université d’été 2015

Conférence mondiale 2015 Democracy Rising [p. 28]

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