RAPPORT DE SADEK HADJERÈS PRÉPARÉ POUR L’ASSEMBLÉE DES CADRES D’AOÛT 1990

pdf-3.jpg La rédaction de ce document m’avait été demandée par l‘exécutif en place. Il était destiné à l’assemblée d‘information prévue pour les militants et cadres en août 1990.
Socialgerie dans une de ses publications [Juillet-août 90 : Crise du PAGS (suite 4) -ASSEMBLÉE D’AOÛT 1990 : [COMMENT ON ENTERRE UN DÉBAT AVANT DE L’OUVRIR – Sadek Hadjerès – socialgerie, article 259, le 26 juillet 2010.
http://www.socialgerie.net/IMG/pdf/259_juillet_1990_4_assemblee.pdf]] a déjà indiqué les circonstances et motivations de son élaboration puis de son blocage au dernier moment, à l’insu des participants auxquels il était destiné.
Le déroulement de l’assemblée a été décrit dans le même article de Socialgérie, mais le texte du rapport aujourd’hui retrouvé n’avait jamais été porté à la connaissance des militants.

Une précision sur le contexte du moment: toutes les composantes du champ politique et médiatique algérien étaient tournées vers la perspective des futures élections législatives dont la date n’était pas encore fixée. Abderrahmane Chergou présidait la commission chargée de préparer activement les échéances de cette bataille.

Le contexte de l’époque restait encore ouvert aux luttes politiques, sociales et culturelles pacifiques. Le contenu du rapport apporte un éclairage sur les différents points de vue qui se manifestaient dans ce contexte et sur les propositions d’action de masse et de mobilisation démocratique des rangs du parti.


FACE AU DANGER RÉACTIONNAIRE QUI MENACE LE PROCESSUS DÉMOCRATIQUE
MOBILISER LES MASSES
POUR LE SOUTIEN DE LEURS PROBLÈMES DANS LES CONDITIONS LES PLUS FAVORABLES POUR :

  • la clarification politique
  • la bataille des élections législatives
  • la mobilisation du Parti.

Cet exposé n’est pas une évaluation globale et en profondeur de la situation: une telle évaluation avait été confiée à un groupe qui sur la base de multiples données (économiques, internationales, évolution des rapports de force socio-politiques à la base et au sommet, facteurs subjectifs, etc.) poursuivra encore ses efforts et devra recevoir un soutien collectif encore plus large et plus intense. Cela se justifie encore plus avec les développements d’importance géopolitique mondiale survenus autour de la question du Golfe ces derniers jours.

Quant au présent exposé, il m’a été confié avec un objectif politique délimité mais important: apporter ma contribution au débat collectif qui s’est instauré autour du ou des mots d’ordre qui conviendraient le mieux aux besoins de nos luttes dans la situation qui s’est créée après les élections communales, dans la perspective des élections législatives.

Je rappelle que pour ces législatives, considérées comme une bataille centrale, un exposé à part, préparé par un autre groupe, a été prévu pour cette session (en perspective de l’assemblée de «l’encadrement»). Je ne développe donc pas ce thème des législatives, tout en sachant que les mots d’ordre d’action abordés dans l’exposé et leur discussion doivent contribuer à éclairer et appuyer la bataille électorale.

J’aborde donc ici dans leur substance des interrogation, des incompréhensions ou des différences d’approche qui se sont manifestées autour de la question posée après le 12 Juin: comment répondre au besoin vital d’action et d’union des forces populaires et démocratiques après ce que nous avons considéré à juste titre comme une défaite et une grave menace pour notre peuple, pour l’ensemble des forces démocratiques et particulièrement pour notre Parti.

Les interrogations ont porté d’abord sur le mot d’ordre d’annulation des résultats des élections du 12 Juin. Je rappelle que ce mot d’ordre a été atténué dans sa formulation. Il n’était plus une revendication, mais une appréciation sur ce qui aurait dû être fait. Et il n’a pas été présenté comme un mot d’ordre central dans la déclaration du 18 Juin, qui a mis en avant l’action même des forces démocratiques.

Les interrogations se sont poursuivies avec le problème de la constitutionnalité du FIS. Des avis ont été avancés tendant à lancer rapidement la discussion sur le mot d’ordre d’interdiction du FIS. Selon ces avis, cette formulation radicale peut créer les conditions d’un barrage puissant à la montée du FIS. Pour d’autres, ce serait une position dangereuse qui consoliderait le FIS dans sa base électorale, pourrait se retourner contre notre Parti et l’isoler.

Pour avancer dans un débat de cette importance, il faut s’efforcer d’en aborder les données avec ouverture et sang-froid, en évitant d’étiqueter à l’avance les points de vue qui s’expriment de part et d’autre. C’est le cas quand on considère d’emblée que l’un ignore ou sous-estime la contradiction principale qu’affronte notre société ou que l’autre ignore ou néglige les réalités de notre peuple, qui exigent au niveau des masses et de l’opinion une approche plus souple et diversifiée.

De plus, il ne s’agit pas seulement d’estimer que tel mot d’ordre est inapproprié, unilatéral ou insuffisant. Il faut surtout rechercher et aller vers le mot d’ordre et l’alternative qui intègrent le mieux les données et les besoins de la situation.

Tout le monde dans notre Parti partage la conviction que la montée du FIS enregistrée le 12 Juin constitue un grave danger. Celui-ci peut devenir mortel pour la démocratie s’il se prolonge par son succès aux législatives.

Au service du capital spéculateur et mercantile, le FIS est un parti réactionnaire au plan des intérêts de classe et au plan doctrinal. Comme tel il est incapable de faire face aux problèmes de développement de notre pays. Cette incapacité le poussera à l’exercice d’un pouvoir totalitaire sous des formes fascisantes et avec des justifications idéologiques obscurantistes.

S’opposer à cette régression du pays est pour nous et les autres forces démocratiques une tâche vitale. Cette tâche est difficile parce que la riposte doit être donnée avec une ampleur et une qualité exceptionnelles. En l’espace de quelques mois seulement doit surgir un front d’action capable soit de barrer au FIS la route vers le pouvoir central, soit au moins de parvenir à ce que la prise de pouvoir du FIS ne soit pas totale dans ses diverses expression, et que les forces de progrès et de démocratie puissent constituer une opposition assez importante et efficace. Notre préoccupation est également que les luttes immédiates soient engagées dans des formes et des conditions qui favorisent les phases suivantes :

Quelles doivent être la nature et les formes de cette riposte immédiate ? C’est là, il faut le souligner, que les orientations de principe et les données de la réalité doivent se rejoindre pour aboutir à une synthèse opérationnelle.

Si la situation actuelle est tellement dangereuse, c’est parce qu’une organisation politique qui vise des objectifs réactionnaires et bien structurée a pu faire sa jonction avec une forte composante populaire, sur la base de l’aspiration au changement radical.
Pour l’essentiel, ce ne sont pas les falsifications réelles et importantes du scrutin du 12 Juin qui ont été à l’origine de ce résultat électoral. Celui-ci est dû à plusieurs facteurs dont certains ont des racines profondes et durables. Nous aurons à en tenir compte si on veut que notre action ait un impact assez fort dans la campagne pour les législatives.

  • 1. La situation économique a continué à se dégrader après Octobre 88 au détriment du secteur productif, principalement sous l’effet de la diminution de la rente pétrolière. Celui-ci subit fortement les atteintes et l’empreinte négative de l’économie spéculative. L’injustice sociale aggravée par cette situation est mise globalement par les couches populaires et les chômeurs sur le compte de ceux qui contrôlent le secteur d’Etat, cette interprétation étant amplifiée par diverses propagandes partisanes.

    La restructuration du capital international en cours depuis quelques années n’est pas étrangère à ces évolutions. Il n’y a pas encore d’indication assez claire sur toutes les répercussions possibles de cette restructuration sur notre pays et le Maghreb en général; les grands changements survenus en Europe de l’Est et les grandes conséquences à prévoir à partir des événements du Golfe accroissent ces difficultés et incertitudes.

    Dans le meilleur des cas, les réformes économiques et les mesures de redressement ne pourront avoir un effet immédiat assez sensible sur les couches laborieuses et populaires.

    Ce rétrécissement des capacités productives est au cœur des problèmes vécus par le pays. L’ampleur et la complication des mouvements revendicatifs qui continuent à s’étendre soulignent ce phénomène. Sans résultat décisif dans ces domaines (économiques et sociaux), il sera difficile d’atténuer l’impact du mouvement intégriste sur les masses. Cela nous donne une indication sur le contenu essentiel et la difficulté des efforts qui attendent les forces démocratiques et de progrès: le redressement économique et la justice sociale.
  • 2. La foi religieuse a joué un rôle important, souvent décisif : le FIS a réussi à dévoyer les sentiments religieux en se faisant passer aux yeux des fidèles pour le représentant de Dieu, garant, de ce fait à la fois de l’’esprit de justice sociale en ce monde et de paradis dans l’au-delà.

    Pour une grande partie de ces fidèles, la démocratie reste encore une notion lointaine. Elle n’est pas encore à leurs yeux et dans leur vie un facteur capable de les aider à sortir de leur situation précaire d’autant plus que

    • cette démocratie est proclamée par un gouvernement qu’ils jugent responsable de leur situation,
    • de nombreux démocrates leur apparaissent ou leur sont présentés comme hostiles à leur foi religieuse ou étrangers à leur sensibilité identitaire nationale et ignorant leurs problèmes quotidiens;
    • enfin et surtout les promesses de justice sociale fondées sur des lois islamiques n’ont pas encore été mises à l’épreuve de l’exercice du pouvoir, alors que les orientations dites socialistes (en Algérie et dans le monde) ont été perçues négativement et amplifiées par la propagande formidable et quotidienne des mosquées et des médias.

      On doit dire, malgré quelques efforts réalisés dans ce domaine, que notre Parti n’a pas encore accordé la grande attention nécessaire à cette composante majeure de la conscience socio-psychologique de notre peuple. Nous devons maintenant être encore plus attentifs à l’évolution de cette conscience sous l’effet de la flambée du nationalisme arabe et tiers-mondiste («sudiste») avec les événements du Golfe.
  • 3. Au plan politique, les forces patriotiques et démocratiques (dont notre Parti) ont été desservies par la tournure politique fortement bipolarisée qu’a pris le scrutin, poussant la masse des électeurs au vote utile pour départager entre le FIS et le F.L.N.

    Cette bipolarisation elle-même est un reflet de la situation de faiblesse plus ou moins grande que devront surmonter les formations politiques démocratiques qui se sont engagées dans l’arène du multipartisme. Que les positions de ces partis soient tranchantes ou au contraire trop floues, ils doivent rapidement engager des efforts pour asseoir leur autorité politique et idéologique auprès des masses à travers des clarifications objectives et crédibles, surmonter les effets de leur faible implantation et de leur dispersion, forger leur combativité à travers les actions et les tâches du moment. Comme il a été et sera encore possible de l’illustrer dans l’examen autocritique de notre campagne des APC, il y a là des tâches urgentes qui se posent au PAGS s’il veut ne pas être davantage marginalisé et s’il veut jouer un rôle moteur dans le redressement des forces démocratiques.
    _ Car c’est un fait jusqu’ici ces forces (en y incluant le FLN) n’ont pas pu présenter une alternative suffisamment crédible et attrayante pour constituer –chacune prise à part ou toutes ensemble- un contrepoids suffisant à la montée du FIS.

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Comme on peut le constater, aucun des trois facteurs cités ci-dessus (économique, spirituel et politique) ne pourrait être modifié profondément et durablement par les seules mesures administratives telles que l’annulation générale des élections communales.

Dans le rapport de forces actuel et avec le niveau de conscience sociale et politique présent, un tel mot d’ordre serait d’abord irréaliste et non mobilisateur.

Le placer comme mot d’ordre central supposerait que la lutte pour le réaliser pourrait dans les conditions présentes s’appuyer à la fois :

  1. sur un pouvoir résolu à prendre une telle mesure sans en ressentir de sérieux dangers immédiats pour lui et la stabilité du pays ;
  2. sur un mouvement de masse assez fort ayant déjà acquis l’expérience et la conviction que le FIS était bien un mouvement réactionnaire opposé à ses intérêts. Or, aux yeux d’une grande partie des masses populaires, il est apparu comme le sauveur souhaité et pour une autre grande partie comme un mal moindre que le FLN.

Bien plus, dans les conditions qui ont suivi le 12 Juin, on pouvait craindre que l’appel à une telle mesure d’annulation, injustifiée aux yeux d’une grande partie de l’opinion, ne contribue à souder davantage les électeurs autour du FIS considéré comme victime d’une injustice.
On peut objecter que ce mot d’ordre central, s’il avait été lancé, ne visait pas au réalisme dans l’immédiat, mais qu’il se proposait de provoquer un choc de propagande salutaire pour réveiller ceux qui pouvaient sous-estimer le danger.

Mais était-ce la meilleure façon de mobiliser contre les dangers à venir?

La démonstration du danger pouvait être beaucoup plus convaincante en s’ouvrant davantage aux préoccupations des gens encore trompés sur la nature du FIS, et en montrant à de larges milieux qu’il était possible d’avancer vers une issue sans passer obligatoirement par cet affrontement brutal immédiat auquel ils n’étaient pas préparés.

Ne pouvait-on pas faire l’économie d’incompréhensions et de risques d’isolement dans l’intérêt même des luttes contre la montée du FIS?

Fallait-il obligatoirement recourir à ce que de larges milieux progressistes, y compris dans nos rangs ont considéré comme un défi spectaculaire inutile?

N’aurait-on pas gagné –pour la clarification du danger politique et pour une meilleure mobilisation- à prendre en charge davantage les réticences et réserves qui se sont exprimées parmi des militants dont la combativité n’était pas en cause?

Il était juste de condamner sévèrement les irrégularités électorales et de revendiquer avec force des garanties de sincérité du scrutin pour les prochaines élections. Cela n’obligeait pas, par les formulations utilisées et l’ordre de succession des paragraphes, à laisser penser que les falsifications électorales avaient eu plus de poids dans les résultats que l’emprise réelle du FIS sur une partie des masses.

Le problème qui est posé est en fait celui du droit d’un mouvement politique dont la représentativité est indéniable, à se voir reconnaître son existence légale dans des instances officielles régulières, à partir des libertés politiques reconnues par la Constitution. Cette existence légale n’est-elle pas contradictoire avec certains actes imputés à juste titre à des militants du FIS et avec l’orientation générale que ce parti défend dans son projet de société?

C’est le problème de fond qui s’est reposé dans les discussions sur la constitutionnalité du FIS et sur l’opportunité du mot d’ordre de son interdiction.

En fait, comment concevons-nous le processus démocratique et la légalité constitutionnelle que nous avons appuyés, lorsqu’ils sont utilisés par un parti qui ne cache pas qu’il a une autre conception de la démocratie et de la légalité constitutionnelle?

Comment agir pour contrecarrer les conceptions et les actes antidémocratiques sans frapper la légalité constitutionnelle qui est à la base du processus démocratique actuel?

C’est un problème qui s’était posé lorsque le FIS a été agrée malgré les références de son sigle à la religion, c’est-à-dire dans une certaine ambiguïté par rapport à un article de la Constitution. L’ambiguïté était facilitée par la Constitution elle-même qui faisait de l’Islam un des principes fondamentaux que chaque parti devait respecter. En réalité, le problème posé à tous les progressistes n’était pas tellement juridique, c’était le suivant: l’avenir démocratique serait-il mieux protégé en contraignant les courants intégristes à la clandestinité, ou en leur ouvrant l’accès sous certaines conditions à l’activité légale? Ces conditions ont-elles été respectées et quelle est la responsabilité de chaque organisation politique, dont notre Parti, dans ce processus?

C’est ce que nous devons examiner de façon autocritique et objective, en revoyant avec attention notre position à chaque étape de ce processus. À quels moments y a-t-il eu sous-estimation du danger de l’intégrisme, les positons tactiques envers ce danger étaient-elles appropriées, etc…?

Aujourd’hui, dans le paysage légal actuel, notre position est guidée par deux approches de principe:

  • d’une façon générale, nous respectons le droit à la légalité de chaque formation politique qui respecte le cadre constitutionnel,
  • nous avons une appréciation ouverte et objective du facteur identitaire religieux parmi les masses populaires et son utilisation possible par les organisations qui s’expriment au nom de ce facteur[[ Ce facteur identitaire religieux est l’une des seules armes-refuges qui restent à ceux qui ont été exclus de la vie économique et du progrès culturel. Cette arme porte en elle une double potentialité :
  • une confuse combativité de progrès, avec des potentialités pour cette combativité à faire jonction avec les courants qui s’expriment pour la justice sociale, pour la “moralisation” (dans le bon sens du terme) des pratiques sociales , etc…

    C’est pourquoi ce serait une erreur de taxer d’emblée ce facteur identitaire de réactionnaire.
  • un fatalisme rétrograde et obscurantiste (on s’en remet aux lois religieuses anciennes, chariâ, pour nous régler les problèmes).

    Si l’initiative historique est prise sur cette base par une organisation comme le FIS, le risque est énorme pour qu’elle soit un tremplin vers des positions politiques réactionnaires cristallisées.

    L’erreur serait de ne pas barrer la route à temps à ce danger.]]
    .

Sur cette base, la voie qui me paraît la plus juste (et en même temps difficile) c’est celle qui consiste à se placer résolument dans le cadre du processus démocratique avec ses avantages et ses inconvénients. Ce processus implique le droit de chaque peuple à faire son expérience. Pour les forces de progrès, il ne s’agit pas comme l’a montré l’expérience historique, d’imposer la voie qu’on estime bénéfique pour son peuple, mais d’éveiller et mobiliser ce dernier pour qu’il emprunte cette voie. La démocratie est une arme et un objectif dans la voie empruntée. Il s’agit avec les travailleurs et toutes les autres forces de progrès, de défendre pas à pas les droits et libertés démocratiques contenus dans l’esprit et la lettre de chaque Constitution. Il s’agit de contraindre chaque citoyen ou organisation politique à respecter ces droits et libertés, à combattre leurs violations.

C’est en ce sens qu’on est en droit et qu’on a le devoir de lutter pour l’annulation de toute mesure et pour la sanction de tout acte qui violent les droits et libertés de la Constitution de 1989, d’où que vienne cette violation.

Cette lutte doit être menée intensément dans tous les milieux sensibles au problème du respect de la démocratie et de la Constitution.

Dans les milieux (dont l’importance par rapport à l’ensemble de la population reste à déterminer), ces orientations de luttes concrètes sont mobilisatrices et peuvent obliger le FIS à rester dans les limites d’une certaine légalité, sous peine de voir reculer son audience dans ces milieux qu’il voudrait gagner ou neutraliser (sans compter qu’il attache de l’intérêt à l’opinion internationale). L’annulation de chaque mesure et la condamnation de chaque acte contraire aux lois et à la Constitution est également un des moyens de faire mûrir chez les citoyens, par leur propre expérience, la conscience plus globale que la politique du FIS tend à la remise en cause de tous les acquis démocratiques.

Quant au mot d’ordre immédiat de l’interdiction du FIS pour des raisons d’anticonstitutionnalité, il ne me semble pas mûr et convaincant pour mobiliser l’opinion démocratique et politique, encore plus dans cette période où pour des raisons tactiques le FIS a fait beaucoup d’efforts pour présenter une apparence conforme aux règles démocratiques. Avancer ce mot d’ordre d’interdiction peut paraître prématuré pour les plus convaincus des dangers du FIS, et comme injustifié pour d’autres qui y verront un esprit partisan de notre part et un acte dangereux pour le processus démocratique en cours. Cela contribuerait à souder au FIS une partie de son électorat qui n’a pas encore fait son expérience et cela ne favorisera pas les décantations que nous voulons provoquer.

Cela n’est pas contradictoire avec des clarifications politiques qui, à partir du terrain de la vie et des actes concrets mettront davantage le FIS sur la défensive en dévoilant la ligne et la trame anticonstitutionnelles de nombreux actes. Mais ces clarifications pour être plus convaincantes, ne doivent pas prendre la forme de slogans répétitifs, apparaissant comme des prémisses de procès d’intention ou des a priori visant à l’interdiction du FIS. Elles doivent être perçues comme le reflet naturel des actes que l’opinion condamne. Chez nos propres militants, elles ne doivent pas mener à ce style de répétition mécanique qui éloigne de l’effort créateur pour démasquer et démystifier la politique du FIS, dans des formes que la vie permet et facilite, sans qu’il y ait besoin de notre côté de surchauffer l’atmosphère politique de façon préjudiciable à cet effort de démystification du FIS.

Cela est-il possible et réaliste? Toute l’évolution après le 12 Juin indique que face aux dangers, il existe un large champ d’actions offensives et rassembleuses pour mobiliser les couches les plus diverses et les plus vastes de la population autour de la solution de leurs problèmes (la relance économique, la justice sociale, le refus de l’arbitraire, la paix civile, etc..) et d’une façon qui facilite la clarification politico-idéologique et les décantations y compris au sein des couches conquises ou influencées par le FIS.

QUELLE ÉVOLUTION DEPUIS LE 12 JUIN?

De nombreuses actions, spontanées ou organisées par notre Parti ou d’autres forces démocratiques ont confirmé cela.

Lorsque le travail en profondeur est engagé et qu’on amène la population à s’attaquer à des problèmes les plus sensibles, il se crée aussitôt le terrain le plus favorable à la démystification du FIS. Cette prise de conscience, si elle se prolonge par l’action unie à la base avec nos militants et d’autres secteurs démocratiques, est un premier pas pour redonner aux citoyens confiance dans une alternative démocratique, qui prend en charge l’emploi, la justice sociale, la dignité et les droits démocratiques, le patrimoine spirituel, etc… , autant d’éléments qui peuvent constituer notre plateforme électorale rendue crédible par notre présence dans l’action.

C’est ce qu’ont compris de nombreux camarades restés liés à la base populaire après le 12 Juin, y compris ceux qui avaient tendance sous le coup de l’échec électoral à renvoyer les électeurs du FIS venus les solliciter pour la solution de leurs problèmes au lendemain des élections, ou qui avaient tendance à abandonner le terrain syndical au FIS.

C’est aussi ce qu’a bien compris le FIS qui fait des efforts pour s’enraciner sur le terrain de l’action sociale légale en essayant de montrer un visage rassembleur et réaliste sur de nombreux problèmes.

Pour cela, le FIS essaie de s’appuyer sur une plateforme politique modérée (voir déclaration de Abassi Madani). Dans le même temps, il met plus ou moins en veilleuse les activités qui risquent le plus d’effrayer, et procède dans les APC par «ballons d’essais», avançant ou reculant selon les premières réactions. Il semble donner la plus grande importance à l’action sociale en profondeur :

  • enquêtes sur la gestion des anciennes APC dans les différents domaines,
  • comités de quartier avec double mission (mobilisation et «quadrillage»),
  • associations de bienfaisance (où il est en compétition avec d’autres associations religieuses),
  • et diverses actions de volontariat (sanitaire, écoles du soir, colonies de vacances..
  • implantation d’organisation de masse,

    la plus importante étant le SIT (syndicat islamique) qu’il fait de plus en plus intervenir dans les conflits sociaux importants (exemple: les transports) et où il préconise l’entente de classe: «travailleurs-patrons» dans le cadre islamique.

Il nous faut connaître et étudier au maximum toutes ces activités en comparant à nos propres moyens (et ceux des autres démocrates) d’occuper ce terrain, où le plus souvent il s’agit d’orientations et d’initiatives que nous avons laissées en chantier.

Nous devons être attentifs au fait que, contrairement à ce qui a été dit après la marche du FIS du 20 Avril, la partie cachée de l’iceberg du FIS est plus importante qu’on ne croit. Nous devons mieux connaître cette activité quotidienne dans ses formes (porte à porte, mosquées, association, etc..) et son contenu. On ne doit pas non plus exclure qu’il engagera des manifestations spectaculaires à l’occasion d’événements importants comme ceux du Golfe.

Pour mieux faire fructifier les décantations qui peuvent s’opérer nous devons étudier toutes les particularités des mouvements intégristes dans notre pays, dans un pays à tradition sunnite et surtout où notre peuple a connu les avantages concrets de l’industrialisation et d’une politique sociale avancée. Nous devons mieux connaître les caractéristiques de ces mouvements telles qu’elles se dégagent aussi de leur appartenance à l’Internationale Islamique, domaine dans lequel l’expérience de partis tels que soudanais et égyptien nous serait très précieuse.

Nous devons être enfin très attentifs à ce que les difficultés du FIS dans les APC, en cours ou prévisibles, ne nous cachent pas l’impact important qu’aura un argument central dans la campagne des législatives: nous sommes empêchés d’appliquer le programme électoral pour lequel vous nous avez élu : pour le réaliser il faudra une majorité FIS à l’APN!

Ceci dit, c’est un fait que le FIS a commencé à perdre du terrain dans l’opinion. Très peu encore par rapport à ce qu’il faudrait. Mais d’une façon assez significative qui doit inspirer l’action systématique des forces démocratiques. Voici quelques exemples, parmi d’autres, des actions du FIS qui amènent les différents secteurs de l’opinion à s’interroger ou à prendre conscience de leur erreur de vote :

Il ne s’agit pas de simples maladresses, mais de l’application d’une ligne générale.

Les effets de cette ligne ne touchent pas seulement les couches instruites ou matériellement à l’aise ; les plus sensibles aux violations démocratiques de l’individu. Ces couches ont effectivement ressenti de façon vive les interdits vestimentaires (shorts, etc..), les restrictions sur les plages, la fermeture des débits de boisson, les menaces contre la mixité, les entraves ou interdictions concernant les loisirs, les activités culturelles, etc.. En général, il y a eu des ripostes ponctuelles intéressantes, mais pas assez amples encore par rapport à la sensibilité démocratique de ces milieux.

Plus importants et plus prometteurs pour l’action future sont encore les actes et les mesures qui touchent des aspects sensibles des traditions nationales populaires et qui touchent aussi des intérêts de classe des couches concernées qui croyaient voir dans le FIS un défenseur.

Les événements de Berriane ont dévoilé un aspect des sanglantes divisions ethnico-religieuses qui menacent le pays si le FIS persiste à vouloir imposer son hégémonisme sur les mosquées et sur la société. Des dizaines de milliers de fidèles, des dizaines d’imams, sont mécontents du contenu des sermons et de la main mise sur les mosquées et l’ont exprimé de diverses façons. Le risque tragique de «fitnas» en série ou d’une grande «fitna nationale» est mieux perçu. Dans les couches les plus populaires comme dans les couches moyennes, on n’’apprécie pas du tout le nouveau style –étranger au pays et incompréhensible- que les « Frère s» veulent imposer dans les mariages et les enterrements, qui sèment aussitôt la division et la haine dans des familles que ces événements devaient unir.

Les travailleurs et les chômeurs sont sensibles aux revirements des élus du FIS qui leur avaient promis de protéger leurs emplois ou d’en créer (coopérateurs, etc..) et qui, maintenant, tournent le dos à des engagements très concrets (projets présentés par les intéressés à un stade avancé d’élaboration).

Bien plus c’est de licenciement du personnel qu’il est question maintenant dans de nombreuses APC. Le FIS convie et encourage des licenciements massifs dans des unités de production et services, comme c’est le cas à Mostaganem où la solidarité locale ne suffit plus et les travailleurs font appel à la solidarité nationale.

Parmi les paysans qui ont manifesté devant l’APN contre les restitutions aux gros propriétaires fonciers, nombreux ont exprimé à nos camarades leurs déception vis-à-vis du FIS. C’est également leur déception à l’égard du FIS qu’ont voulu exprimer, y compris sur des banderoles, les mal-logés de Bab Ez Zouar. C’est la même réaction chez les bénéficiaires de l’autoconstruction rurale à Boufarik, dont les projets sont maintenant bloqués par les nouveaux élus du FIS, tout cela semblant d’ailleurs lié à des projets spéculatifs de grande envergure auxquels nous devons être très attentifs.

Il y a aussi une série d’actes d’hégémonisme, d’arbitraire, de calomnies et d’interdits, que ce soit dans le domaine de la vie courante ou de la vie politique. Ces actes touchent les citoyens, les choquent, les indignent ou les inquiètent, qu’ils soient ou non conscients du caractère anticonstitutionnel ou non de ces actes : hospitaliers et paramédicaux de Constantine luttant pour leurs droits, commerçants soumis à des souscriptions forcées, réunions ou manifestations politiques interdites ou entravées comme à Bordj el Kiffan, opacité de la gestion des APC à partir des mosquées qui commencent à remplacer dans ce rôle les qasmate du FLN, etc..

Cette longue énumération n’a pour autre objectif que de montrer le large champ de mobilisation et d’action qui reste ouvert avec les citoyens, où qu’ils se situent par rapport à la base électorale du FIS et quel que soit aujourd’hui leur projet de société. Le mot d’ordre central visant à mobiliser les différentes catégories de citoyens pour résoudre leurs problèmes les plus sensibles, d’une part, s’éloigne du danger de confrontations politico-idéologiques abstraites et à partir de faux clivages au sein des masses. D’autre part, il prend en charge la nécessaire clarification politique envers les différents aspects de la montée du danger réactionnaire. Il implique, en effet, un appui sur l’expérience croissante des masses, des luttes pied à pied contre les obstacles de nature politique (antidémocratique), de classe ou idéologiques qui contrecarrent la solution de ces problèmes.

La clarification politique doit continuer à s’appuyer sur les problèmes qui se posent sur les lieux de travail, d’habitation et de la vie associative, pour ne pas se couper des problèmes réels : en même temps, ce passage de la bataille des APC à celle de l’APN va impliquer une politisation encore plus grande au plan national.

La bataille pour l’APN va se dérouler alors que notre pays va affronter:

  1. Une pression énorme des problèmes internationaux sur la scène politique arabe, avec une forte influence sur le paysage et les sensibilités politiques de notre pays,
  2. des tensions sociales très aiguës (nombreuses grèves, et conflits en préparation), au moment où les problèmes de l’investissement et de l’application des réformes économiques entrent dans une période de choix concrets que notre Parti doit sérieusement analyser,
  3. des problèmes d’orientation et d’alliances politico-idéologiques rendus très complexes à la fois par la mobilité de l’opinion à la base en cette période où le multipartisme est en train de se rôder et par les luttes au sommet qui se voient dans le pouvoir et les organisations politiques.

Dans l’ensemble les données internationales vont de plus en plus influencer directement la conjoncture nationale, y compris le comportement du mouvement islamiste.

Quelles que soient la complexité et l’évolution des ces facteurs, pour l’essentiel, l’objectif d’isoler le courant réactionnaire véhiculé par le FIS demeurera notre préoccupation centrale. Et on s’appuiera pour cela à la fois sur notre action à la base et sur une juste politique d’union avec l’ensemble des forces et courants démocratiques.

L’action pour isoler le FIS au niveau de la base populaire a été illustrée par divers exemples au cours desquels nos camarades ont combiné l’action autour des intérêts de classe les plus sensibles et une clarification politique. Cette clarification était souple dans le choix du moment d’intervention, dans sa forme, dans son intensité c’est-à-dire ne se fixait pas comme préalable d’attaquer à tous les coups et systématiquement le parti du FIS, mais s’efforçait de maîtriser les données de cette clarification..

Cela suppose que nos militants comprennent mieux les préoccupations et l’état d’esprit des travailleurs, des paysans, des chômeurs, des enseignants et étudiants et les organisations sociales et syndicales qui doivent être le cadre naturel de leur mobilisation.

Sur ce terrain doit s’affirmer clairement l’identité et la combativité de notre parti autour d’une plateforme nationale électorale issue de l’action et de l’expérience des masses et tournée vers l’action. C’est dans ce sens qu’ont agi nos camarades syndicalistes de Tizi Ouzou en oeuvrant à la coordination des organisations syndicales de base de plusieurs unités de la région pour une véritable relance démocratique de l’UGTA après le dernier Congrès, en appelant à tirer les enseignements de cet événement. C’est dans ce sens aussi qu’ont agi les camarades de Zemmouri en impulsant les Comités de chômeurs qui ont obtenu l’ouverture de 3 Unités pour 45 emplois et qui, sur cette base, ont permis de contrecarrer l’anticommunisme dans l’électorat du FIS. La grande manifestation des paysans attributaires devant l’APN a montré aussi à quels résultats peut aboutir le patient et long travail en profondeur mené aussi bien directement auprès des paysans qu’auprès des responsables à différents niveaux de l’UNPA.

Toutes ces actions sont le meilleur soutien à nos efforts d’unité d’action et de coopération avec les autres courants démocratiques. Dans ce domaine, il nous faudra faire un bilan de cette activité, mieux faire circuler l’information pour que l’ensemble du Parti bénéficie des expériences positives et négatives de la dernière période en les intégrant dans notre ligne d’action.

L’un des premiers grands enseignements est qu’il faut davantage faire fructifier les efforts unitaires à la base, ou à d’autres niveaux, avec les militants et les personnalités les plus actives et les plus unitaires, même si ce n’est pas dans des cadres formels constitués par les partis existants. De ce point de vue, les expériences des camarades de Bou Merdès, de Dely Ibrahim, etc… sont encourageantes. Il est certain qu’un grand nombre d’initiatives, de débats, d’actions communes non formalisées existent dans le pays, mais elles sont encore insuffisantes et elles ne sont pas médiatisées, on se prive de l’influence positive qu’elles peuvent exercer sur l’opinion publique.

De sérieux efforts doivent être poursuivis en direction de ces courants ou personnalités à sensibilité de «gauche», œuvrant formellement en dehors ou à côté des partis, en vue d’un front électoral pouvant se concrétiser ou non dans des listes communes.

Dans le domaine des partis politiques, les obstacles sérieux demeurent pour parvenir à un front électoral se traduisant par exemple par des listes communes de candidats autour de plateformes communes. Nous devons mieux étudier les problèmes de fond qui sont posés, sous un éclairage global, notamment avec le RCD, le FFS, le MDA et le FLN.

Pour ce dernier, deuxième force électorale après le FIS, se pose à nous la nécessité d’une expression plus précise de notre position différenciée, pour faire reculer la confusion, mal digérée dans l’opinion progressiste, entre notre volonté unitaire et ce qui est perçu comme une position opportuniste envers les courants discrédités du FLN…

Quelles que soient les difficultés présentes pour tous ces partis, nous devons faire avancer dans la clarté l’importance que pourraient avoir des listes communes fondées sur une plateforme anti-réactionnaire et d’édification à défendre ensemble bien avant les élections.

Il y a donc trois possibilités qu’on doit étudier en fonction de leurs avantages et de leurs possibilités objectives: front électoral de gauche, front de partis et listes séparées du PAGS.

Dans tous les cas, une donnée (essentielle pour nous) pour influencer l’évolution, c’est la façon dont le Parti parviendra à intervenir avec les masses sur les axes de mobilisation et d’action les plus sensibles. C’est sur cette base que la campagne électorale, jointe aux débats politico-idéologiques autour de la situation et autour de l’AP/RPI jouera le mieux son rôle de clarification politique. C’est le meilleur support pour les listes de candidats du Parti que dans tous les cas nous aurons à préparer au départ.

LA PRISE EN CHARGE DES PRINCIPAUX AXES DE MOBILISATION ET D’ACTION

Il s’agit donc pour la Direction, autour de la tâche centrale des élections de l’APN (dont l’organisation fait l’objet d’un rapport à part) d’articuler le suivi des tâches liées aux principaux axes d’action. Ces axes devraient recouvrir les problèmes les plus sensibles du pays. En dehors de certains cas, ce suivi central a été insuffisant ; il n’a pas été systématique. Il ne suffit pas sur la base d’orientations générales, de dire à la base et aux organisations territoriales : prenez des initiatives. Cet esprit d’initiative est indispensable. Mais surtout dans les phases initiales, il ne fructifiera bien que si on réalise un suivi plus serré, dont les résultats peuvent ensuite être généralisés. En un mot, combiner les avantages de l’organisation territoriale avec ceux d’un suivi et d’une articulation verticale trop abandonnés.

Prenons comme exemple l’axe de la lutte pour l’emploi. Avec l’aide et l’impulsion centrale de quelques camarades, il existe aujourd’hui un mouvement de masse légal des jeunes chômeurs qui a obtenu des résultats dans plusieurs wilayas. Mais ce mouvement est encore trop peu suivi tant au plan politique que technique. Il est nécessaire que ce suivi soit systématisé et qu’un responsable et un groupe d’impulsion central tourné vers la base, aident à libérer et à conseiller les initiatives : essentiellement pour que dans les communes les jeunes, aidés par les cellules, sections ou fédérations du Parti soient en mesure de dégager les objectifs et programmes d’action communaux concrets. L’autre consiste à mieux orienter les relations des camarades avec les masses, les autorités locales et nationales, les médias, etc.. en s’appuyant sur l’expérience déjà accumulée par tout le Parti.

Les mêmes recommandations sont valables pour une série d’autres axes tels que :
– Les APC et la vie associative

les élections à l’APN ne diminuent pas l’importance des problèmes locaux : elles posent au contraire le problème des conditions de réalisation des programmes communaux)

– Autre problème posé par les camarades de la base : comment agir avec les élus des listes du FIS…

– Les Syndicats et les luttes des travailleurs : sera particulièrement sensible avec les hausses du coût de la vie, fermetures d’usines, etc… Le problème de la ligne syndicale se repose avec force avec l’évaluation des suites du 8e Congrès de l’UGTA et la création du SIT.

– La paysannerie : comment poursuivre et systématiser le travail engagé dans une période qui va être très chaude ?

– Les entreprises industrielles et les réformes économique : quelles propositions globales et ponctuelles en reprenant et renforçant les activités et débats menés déjà avec les travailleurs des complexes.

– Les instruments de la clarification politico-idéologique: avoir une politique et une pratique organisée = formation, moyens matériels. ;

  • non seulement la propagande écrite du Parti (journaux, revues) ;
  • mais aussi de l’activité médiatique (porte-paroles, prise de position immédiates, etc.)
  • de la concertation avec les autres organisations politiques , etc.
  • de moyens de communication pour la campagne électorale (meetings, affiches) etc..
  • suivi des journalistes, etc..

– Jeunesse, ses problèmes et ses initiatives…

– Système d’enseignement (à tous les niveaux): grèves de la rentrée!

– Lutte idéologique et identitaire : les problèmes de l’Islam et du socialisme tels qu’ils se reflètent dans notre société: plus particulièrement le problème de l’alternative au projet «intégriste-islamiste».

Émigration

En principe tous ces axes d’action devraient aider à fournir et enrichir la matière de la plateforme qui sera l’illustration vivante et actuelle et condensée des orientations qui se dégageront des discussions de l’AP /RPI.

La remarque la plus importante concernant la mise en œuvre de ces axes d’action sera sans doute abordée dans le rapport sur la campagne électorale APN.

Nous ne devons pas perdre de vue, comme l’a montré la campagne pour les APC, que le travail en profondeur selon ces axes, se déroule dans une période légale et de compétition très animée, où le rythme et le caractère spectaculaire des activités influencent fortement les différentes couches de la population. Dans de telles conditions, le caractère offensif de nos orientations n’est pas lié seulement à leur juste contenu, mais aussi à leur style d’expression et d’action.

Ainsi nous aurons à mieux dégager et organiser les potentialités humaines et matérielles, et à agencer les plans de travail qui permettront à ce caractère offensif de mieux s’exprimer.

Cela veut dire qu’au moment où d’autres formations se préparent activement à la compétition électorale, il nous faut dépasser plus rapidement les facteurs de démobilisation et de découragement politique et pratique qui ont pris une tournure aigue après le 12 Juin dernier.

REMOBILISER LE PARTI

Cela exige démocratie, transparence et participation pleine des camarades aux différents niveaux à l’élaboration et à l’application des tâches.

Le besoin de la remobilisation est partagé pour tous les militants. Mais les cadres et la base mettent en cause tant les orientations que les modalités de leur adoption. Ils considèrent de ce fait la Direction comme responsable du blocage du Parti.

Ce processus remonte déjà à une période plus longue, il a connu un moment culminant après les élections du 12 Juin.

Il y a là une réflexion approfondie à mener sur l’ensemble de ce processus, mais il y a des mesures urgentes à prendre :

  • pour dépasser ce climat
  • pour relancer et rentabiliser les activités du Parti
  • pour approfondir et enrichir la réflexion autour des orientations.

Cela exige à la fois :

  1. qu’on s’efforce de répondre à toutes les interrogations légitimes, tant sur la situation actuelle que sur les orientations de fond,
  2. qu’on élargisse les structures de discussion et d’action, permettant une participation réelle de tous les intéressés selon leurs capacités et leurs possibilités.

C’est ce qui rendra plus crédibles toutes les perspectives d’assemblées de cadres, de conférences ou de Congrès annoncés.

Si nous réalisons de telles conditions, la discussion de l’AP /PRI est l’un des facteurs qui contribuera à redonner espoir, parce que le redressement apparaîtra déjà dans la vie et le fonctionnement quotidiens. C’est la meilleure façon de neutraliser les dérapages à caractère subjectif et les tendances au travail fractionnel (conscient ou inconscient) à tous les niveaux.

Pour le POINT 1° : cela veut dire qu’il faut prendre en considération les critiques et réserves émises sur certains aspects de nos positions qui ont suivi les élections du 12 Juin. Je suis convaincu qu’on ne peut faire l’économie d’une vraie discussion sur ces questions au nom seulement d’une discipline formelle (ex : diffusez d’abord après on discute) ou au nom de la justesse de la ligne générale qui apparaît alors (à tort ou à raison) plaquée.

En fait, cela concerne de nombreuses autres interrogations légitimes avancées dans le passé (le pourquoi et le comment des mises en place des Fédérations, les rythmes et formes de travail de la légalité, les besoins de l’information et de l’organisation, nos alliances (un des aspects aigus : formulation de notre soutien à la marche du FLN du 17 Mai) ; insuffisances du travail théorique et de l’éducation, etc.).

Il est certain que les évolutions politiques objectives en dehors de nous sont très rapides et exigent parfois des positions sans consultations assez larges possibles. Mais même dans ces conditions, l’important est d’utiliser les possibilités après coup, d’être à l’écoute, de ne pas fermer la discussion en considérant comme définitivement acquises toutes les dimensions d’une position. Cela doit permettre aux directions et aux cadres pas seulement de mieux convaincre les autres sur les aspects bien pris en charge par les positions prises, mais de vérifier en soi d’autres aspects de ces positions.

Cette participation aux discussions et décisions ne peut que susciter la participation constructive à la correction de toutes les faiblesses à travers les tâches en cours, c’est-à-dire un renforcement de la discipline et de l’unité d’action réelles dont a besoin le Parti.

Pour le POINT 2° c’est-à-dire l’élargissement des structures, il doit être vu dans la perspective du Congrès, qu’il y ait ou non entre temps des jalons (conférences, etc…). Il se pose à mon sens sous deux formes

  • a) Le besoin d ‘une structure centrale provisoire et de transition dans le domaine de l’élaboration et des décisions (même chose pour les instances fédérales),
  • b) L’appui au travail de Direction à travers des groupes de travail ou commissions.

Depuis longtemps déjà existe le problème de l’impulsion et de l’organisation des tâches susceptibles d’assurer la relance de l’activité globale et sectorielle du Parti à partir de l’échelle centrale. La solution ne pouvait se trouver ni politiquement ni matériellement dans les seuls membres de la Direction actuelle, ceci aussi bien dans l’intérêt de la relance que pour une meilleure appréciation des critères qui assureront l’élargissement et le fonctionnement de la structure centrale provisoire et de la Direction future.

Les conditions pour ces solutions ont beaucoup mûri et certaines mesures, qui débloqueraient les suivantes, pourraient être concrétisées assez rapidement, notamment dans les domaines où l’insuffisance est la plus criante.

La garantie de crédibilité et de succès de ces mesures, notamment pour la structure centrale, réside dans la démocratie et la transparence dans la façon dont seront informés, consultés et associés les cercles larges de cadres et militants qui ont une expérience politique et pratique.

C’est de cette façon qu’on n’aura pas ce simple élargissement quantitatif, qui pourrait reproduire (en plus grand) les insuffisances, les aspects stériles ou hégémoniques existants ou potentiels au sein d’une Direction.

En ce qui concerne le problème des structures d’appui (commissions ou groupes opérationnels composés de spécialistes et de militants liés à la base et à divers milieux de la société), ce problème a été l’objet de nombreux malentendus ou blocages, ce qui, à mon sens, a entretenu ou suscité la paralysie au niveau des tâches concernées.

On doit aborder cette question urgente et vitale en soulignant que la relance de ces groupes ou la création d’autres n’est pas du tout incompatible :

  • avec l’action tournée vers les besoins de la base et la société (expériences des actions impulsées vers la paysannerie, séminaires pour les entreprises, éducation, conférences publiques, séminaire politique et religieux, etc..).

    L’affaiblissement de ces structures d’appui, quand elles ne jouent plus leur rôle, diminue les capacités de réflexion et d’action de la Direction vers ces tâches de la base. Il mène, dans ces domaines, la Direction soit à un activisme et une dispersion par le haut, soit à un vide d’orientation dans les objectifs et problèmes IMMÉDIATS.
  • l’existence de ces groupes ou commissions n’est pas incompatible avec la définition précise (à la lumière de l’expérience) de leurs prérogatives et de leurs tâche, évitant les chevauchements avec ceux de la Direction et créant au contraire les conditions de l’efficacité ;
  • la mise en œuvre de ces groupes n’est pas incompatible avec l’élaboration en cours d’une politique de cadres plus globale. Il est nécessaire et possible de faire fonctionner ces groupes, en faisant reculer les risques d’appareils bureaucratiques, la griserie possible de cadres ou la trop grande spontanéité dans la mise en place ou le choix des participants au travail.

L’important dans la composition et l’activité de ces commissions c’est l ‘effort réel qu’elles apportent à l’activité du Parti (aux plans conceptuel et opérationnel) et l’élément de transparence qu’elles aident à introduire dans le fonctionnement du Parti et de la Direction. La mise à l’épreuve dans les tâches (dans les commissions comme dans toute organisation du Parti) constitue le meilleur éclairage pour l’élaboration et la politique des cadres. La légalité nous fournit un grand champ dans ce domaine, c’est-à-dire que l’évaluation et la mise à l’épreuve deviennent l’affaire de tout le Parti et non des seuls dirigeants.

Nous devons nous interroger si, en plus des retards constatés dans ces domaines et dont il faut rechercher les causes, nous ne sommes pas apparus comme administratifs et autoritaires, comme travaillant en vase clos sans consultations suffisantes organisées?

Il m’apparaît que non seulement la légalité, mais l’époque même que vivent le pays et le monde, nous appellent à l’ouverture vers les potentialités se situant hors de la Direction qui, avec son expérience, sa vision d’ensemble, ne constitue pas cependant le seul creuset des orientations du Parti ou la seule matrice obligatoire des forces dirigeantes nouvelles.

La discipline et l’unité d’action, vitales au Parti pour son travail de masse et son implantation gagneront beaucoup plus par les stimulations positives organisées que par les seuls interdits. Les mesures d’organisation d’un tel travail ne devraient pas apparaître comme un corset ou un obstacle à l’élargissement urgent dont nous avons peut-être manqué l’occasion ces derniers mois, mais comme moyen meilleur de le faire fructifier.

Si nous prenons en considération que l’unité du Parti n’est pas synonyme de monolithisme, on peut dire que nous traversons certes une étape très difficile de l’édification du Parti. Mais l’élan, l’espoir, existent encore dans le Parti, de nombreuses actions et initiatives l’attestent encore, mais ils demeurent repliés sur eux-mêmes, empreints d’amertume et à juste titre exigeants.

Nous devons prouver que nous sommes en mesure de prendre en charge ce qui est valable dans ces exigences pour forger l’unité du Parti, qui est sa force principale, dans l’action et le débat transparent et digne, politiquement et humainement.

Je n’ai pas pris en charge volontairement dans cette évaluation une certaine réversibilité de la situation. Cela mérite une évaluation à part.

LES TREIZE DE KASSERINE

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LES 13 DE KASSERINE

publié par Saoudi Abdelaziz, blog algerieinfos

le 19 février 2016

sources Mediapart

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Khaled Fakraoui, 35 ans, diplômé en droit, chômeur en grève de la faim. Photo Eros Sana

Sous le titre « En Tunisie, «du travail ou la mort» », Mediapart publie hier un reportage d’Eros Sana réalisé à Kasserine auprès des 13 chômeurs grévistes de la faim dont elle fait le portrait illustré de photos. « Il n’arrêteront pas tant qu’ils n’auront pas obtenu un travail. Pour démontrer leur détermination, ils se sont cousu la bouche »

Portraits

Khaled Fakraoui, 35 ans, diplômé en droit, chômeur en grève de la faim.
Il est le leader des Treize. En 2011, il était de toutes les manifestations et protestations durant la révolution qui a mené à la chute de Ben Ali. Il s’est déplacé jusqu’à Tunis et a manifesté pour faire tomber le dictateur.
Mais aujourd’hui, il est amer: «Nous, les chômeurs, avons lancé cette révolution, pour lutter contre la dictature et pour que nous ne soyons plus au chômage. Il y a encore plus de chômage et quand nous manifestons, le pouvoir nous qualifie de terroristes.»
À l’instar de ses douze compagnons, la grève de la faim qu’il a entamée le 29 janvier ne lui a pas enlevé sa détermination. «Diplômés ou non diplômés, nous avons le droit à un travail, nous avons le droit à la dignité humaine (…). Nous sommes treize individus, mais un seul corps, nous aurons un travail ensemble, ou nous mourrons ensemble ! Un travail, ou la mort!»

Wajdi Khardaoui, 27 ans, sans diplôme, est le porte-parole charismatique du mouvement des chômeurs de Kasserine.
Au moment où il est pris en photo, un camarade de lutte lui tend une baguette et lui dit : «Comme ça, on relance à la fois les émeutes du pain et la révolution!»
Wajdi était trop jeune pour avoir participé aux émeutes de 1984 quand Kasserine se soulevait contre la décision du pouvoir d’augmenter le prix du pain affamant les plus pauvres des Tunisiens.
Mais en décembre 2010 et janvier 2011, alors que cette partie de la Tunisie se soulève et déclenche la “Révolution de Jasmin”, Wajdi est de toutes les manifestations. Certains de ses amis tomberont sous les balles de la police et deviendront «martyrs de la révolution».

De gauche à droite et de haut en bas:
Icham Bouazizi, 29 ans, chômeur en grève de la faim.
Malek Bouazizi, 28 ans, diplômé en mathématiques, chômeur en grève de la faim.
Mohassen Moulay, 35 ans, trois enfants, chômeur en grève de la faim.
Mouncef Farkaoui, 22 ans, deux enfants, chômeur en grève de la faim. Il est le plus jeune des treize.

Khaled montre les photos qu’il a gardées du jour où il avait la bouche cousue pour signifier sa détermination à ne pas s’alimenter. Il a dû retirer les fils de ses lèvres lorsque sa mère est venue lui rendre visite. Elle n’a pas supporté de le voir dans un tel état. Aujourd’hui, tous ont de nouveau la bouche cousue.

Rebeh Fezai, 28 ans, porte une minerve sous son voile. Elle est tombée durant une manifestation, aggravant la maladie génétique dont elle souffre et qu’elle ne peut soigner convenablement faute d’argent. Diplômée en biologie, elle ne trouve pas de travail et ne peut acheter le matériel orthopédique indispensable à son état de santé. En dépit de ça, elle est l’une des premières à avoir occupé la wilaya car elle exige «la dignité pour chaque femme de Tunisie qui, après avoir étudié, doit être considérée et travailler».

De gauche à droite et de haut en bas. Hocine Allagui, 25 ans, diplômé de français, chômeur en grève de la faim.
Fayçal Bouazizi, 41 ans et cinq enfants, chômeur en grève de la faim.
Lamine Derbeli, 46 ans, marié, diplômé d’une maîtrise de mathématiques, chômeur en grève de la faim.
Jamel Bouazizi, 28 ans, chômeur en grève de la faim. Malgré sa licence en anglais, il n’est convaincu que par une chose : soit il trouve un travail, soit «il quitte ce pays par tous les moyens».
La mort de Ridha Yahyaoui lui a fait prendre conscience que les seules solutions qui lui restaient étaient «la lutte, le départ ou la mort».

Manaem Tarchi a 30 ans et a obtenu un diplôme en droit foncier en 2009. Depuis, elle ne survit que grâce à des petits boulots.

Icham Lebaoui, 36 ans, sans diplôme, chômeur en grève de la faim. Depuis le début du mouvement, il a essayé à deux reprises de se suicider par pendaison. Deux fois, ses camarades lui sont venus en aide.
Taher Labbaoui, 31 ans, chômeur en grève de la faim.
Mohassen Khadraoui, 35 ans, trois enfants, chômeur en grève de la faim.
Fatih Labraoui, 43 ans, trois enfants, chômeur en grève de la faim. Le 9 février, désespéré, il a tenté de se pendre à l’immense drapeau tunisien qui trônait sur l’un des immeubles de la wilaya. Il ne sait plus comment nourrir sa famille.

Source : mediapart.fr

EUROPE GRÈCE ET LA SOLIDARITÉ AVEC LES MIGRANTS

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collectif de soutien au peuple grec

journal collectif n°4

février mars 2016
[[ Le collectif unitaire de soutien au peuple grec (Paris 5e-13e)
Pour nous contacter :
aveclesgrecs.paris13@gmail.com
www.facebook.com/collectifparis13
]]

LA FORTERESSE EUROPE
A CHOISI LA MER ÉGÉE

COMME CIMETIÈRE DES RÉFUGIÉS

La majorité des réfugiés arrivent dans les îles grecques de la mer Égée en passant par la Turquie. Et voici la Grèce accusée par les institutions européennes de «déficiences sérieuses» pour le contrôle de sa frontière turque.
Sous ce prétexte, elle est menacée d’être exclue de la zone de Schengen. La boucle est bouclée. La guerre qui crée des migrants permet aussi à l’UE de faire du chantage aux pays européens les plus en difficulté, en premier lieu desquels la Grèce.
L’UE feint d’espérer que la Grèce pourrait servir de lieu d’accueil pour les réfugiés, qu’elle pourrait maîtriser ses frontières, tout en exigeant qu’«elle s’ajuste financièrement» pour pouvoir rembourser ses créanciers.
L’asphyxie permettra vite une nouvelle menace de sortie de l’Euro?
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L’EXODE

La catastrophe s’étale dans tous les journaux du monde : « Plus de 3 800 personnes sont mortes l’an dernier en tentant de traverser la Méditerranée.»…
Les médias et les dirigeants des États européens versent des larmes de crocodile devant le corps sans vie d’un petit garçon sur le sable. Les pleureuses de tout poil se répandent sur le sort de ces « pauvres gens victimes de passeurs criminels ».
Les télévisions nous montrent les images des rescapés qui errent dans le plus grand dénuement dans une Europe enneigée.
Mais, après ces douloureux périples, où échouent-ils ? Il restent dehors dans le froid ou dans des camps prisons ou des camps comme Calais qui ne sont rien d’autre que des bidonvilles où survivent plus de deux mille personnes et dans lesquels on condamne à passer l’hiver des enfants transis de froid.

Puis changement de ton. L’un après l’autre, les pays européens ferment leurs frontières aux émigrés. Fini Schengen! «On ne peut accueillir toute la misère du monde.» La France « terre d’asile» n’a pas un meilleur comportement, elle n’a accueilli que quelques centaines de ces réfugiés.
Alors, pourquoi ces gens risquent-ils leur vie ? Qui sont ces migrants ? Pourquoi ont-ils quitté leur pays ? Pour fuir la guerre et la misère qui en découle. Parce que chez eux, depuis des années, ils prennent des bombes sur la tête. Dans tous les médias, on nous montre ces villes éventrées de Syrie, d’Irak, mais on prend bien soin de ne pas souligner le lien entre la question de l’immigration et celle de la guerre.
On accuse à juste titre le boucher Assad et l’État russe mais lorsque les USA ou le président Hollande lâchent des bombes sur les villes de ces pays, combien de morts? On fait état de quelques djihadistes exécutés!
Et la population civile, que fait-elle ? On ne sait pas? Si, on sait! Elle fuit les villes sous les bombardements. Ceux qui ont pu rassembler suffisamment d’argent (les moins nombreux) tenteront la traversée de la Méditerranée pour 5 000 € ou plus, les autres resteront dans les ruines de leur maison ou fuiront par milliers vers des camps.
Ces colonnes d’hommes de femmes et d’enfants rappelle les images qu’on a pu voir de « l’Exode » en France et en Europe lors du déclenchement de la guerre de 1939-1945.

Par ses guerres, l’Europe est la principale cause de ces migrations. Au lieu de pourchasser ces malheureux émigrés, mieux vaudrait stopper le système qui les pousse à partir de chez eux: la guerre.
Rappelons-nous la Libye. Les USA, l’UE et la France de Sarkozy ont détourné la demande d’aide au peuple qui se révoltait contre le boucher Kadhafi pour lancer une opération militaire de grande ampleur sous le drapeau de l’OTAN.

L’autre raison qui a aussi poussé des milliers de gens sur les routes, c’est la politique commerciale agressive menée par l’UE qui exige depuis des années des États africains qu’ils se convertissent au libre échange total. Cela a empêché le développement local et déstructuré des pans entiers de l’économie locale.

C’est pourquoi la distinction entre migrants relevant de l’asile politique et migrants
économiques n’a pas de sens car, dans les deux cas, les responsables sont les
grandes puissances.

Certains médias et politiciens, pour mieux faire des réfugiés des boucs émissaires, nous incitent à relier toutes les actualités autour de l’intensification des flux migratoires. Comme si nous devions voir dans les réfugiés des terroristes ou des violeurs en puissance, comme si leur rejet pouvait nous protéger des violences que nos sociétés produisent elles-mêmes en leur sein.
Pourquoi les criminels qui déclenchent les guerres et la souffrance des populations, les criminels qui déclenchent la mort dans nos pays par les politiques d’austérité ne seraient-ils pas condamnés et punis?

Les bureaucrates européens sont entièrement responsables de la mort de plus de 3 800 personnes en Méditerranée (chiffres de décembre 2015), car ils refusent de proposer «des alternatives légales et sûres à la traversée mortelle de la mer», ce qui a poussé plus d’un million de personnes dans les bras des passeurs et dans des bateaux surpeuplés.
En revanche, l’UE n’intervient pas quand certains pays décident unilatéralement et de manière irresponsable de fermer les frontières.
C’est cette politique qui porte atteinte à la santé, à la vie et la dignité des migrants. Bien sûr, des associations courageuses suppléent aux défaillance de l’Europe et sauvent les migrants de la noyade. Cela ne plaît pas à tout le monde et certains membres d’associations sont même arrêtés.

Qu’a proposé l’Europe pour remédier à cette misère ? La création et aujourd’hui le renforcement de Frontex, ce corps européen de gardes-frontière destiné non pas à sauver les réfugiés fuyant la guerre et les bombardements mais à rendre moins perméables les frontières de l’Europe. Il peut agir sur le territoire d’un État membre sans son accord. Aujourd’hui, ils sont 402, et devraient passer progressivement à 1 000, plus 1 500 réservistes mobilisables en trois jours.
Ce projet d’augmentation du nombre de Frontex est un moyen pour les puissances du centre de l’Europe (en premier lieu la France) de se doter d’un bras armé dans le sud de l’Europe (principalement en Grèce et Italie) sans se salir les mains.
Dans le dernier projet en date, Frontex pourrait même renvoyer les réfugiés dans leur pays d’origine grâce à la mise en place d’ «un bureau de retour».


MIGRATIONS :
LE FANTASME ET LA RÉALITÉ DES CHIFFRES

Quelle est la réalité des chiffres sur les flux migratoires?

D’après le programme des Nations unies pour le développement, il y aurait 200 millions de migrants internationaux, soit 3 % de la population mondiale, pourcentage qui est resté stable ces cinquante dernières années.
Seuls 7 % des migrants dans le monde (soit 15 millions de personnes) sont des réfugiés, les autres vivent dans des régions voisines de leur pays d’origine. Le nombre de réfugiés n’est pas plus important que celui que provoqua la guerre des Balkans dans les années 1990.

La grande majorité des réfugiés gagnent les pays frontaliers. Seuls 14% d’entre eux se dirigent vers les pays européens.

Ainsi, au Liban il y a 209 réfugiés pour mille habitants, tandis qu’en France il y en a 50 pour mille.

Les chiffres sont donc instrumentalisés par certains politiques ou médias, et il faut les considérer avec circonspection, d’autant que les agences comme Frontex, qui publient le nombre d’entrées de réfugiés en Europe, ont reconnu qu’elles pouvaient les compter en double.

Reste un chiffre qui devrait tous nous interpeller : près de 4 000 morts en Méditerranée en 2015.


D’EVROS À CALAIS

EN PASSANT PAR LAMPEDUSA ET ISTANBUL :

SOLIDARITÉ AVEC LES MIGRANTS

Initié par le Mouvement contre le racisme et la menace fasciste, en coordination avec une coalition internationale pour la défense des réfugiés, la mobilisation des 23 et 24 janvier a prôné l’ouverture des frontières partout en Europe pour un digne accueil de tous ceux qui risquent leur vie pour la sauver, victimes de la misère et de la guerre.

La responsabilité des puissances impérialistes qui bombardent la Syrie et poussent des millions de personnes vers l’exil est clairement mise en jeu.

L’appel grec organise un rassemblement à la frontière gréco-turque près du mur d’Evros dont il exige le démantèlement. En effet, c’est cette clôture d’Evros qui, barrant la route terrestre vers la Grèce et donc vers l’Europe, oblige les migrants et leurs familles à embarquer sur de fragiles canots en payant des prix exorbitants afin d’accoster les îles grecques proches des côtes turques.
Les corps inertes d’adultes et d’enfants sont recueillis chaque jour dans les eaux glacées de la mer Égée.

Pour en finir avec ce crime massif de non-assistance à personne en danger, cet appel clame haut et fort la disparition de la clôture d’Evros.


SOLIDARITÉ DANS LES ÎLES GRECQUES :
L’UNION EUROPÉENNE

ENTRE INDIFFÉRENCE ET RÉPRESSION

800 000 réfugiés fuient les pays en guerre par la Turquie, soit 75 % des réfugiés arrivés en Europe. L’aide financière européenne (80 millions d’euros, soit moins de 100 euros par migrant) est largement insuffisante compte tenu de la situation socio-économique catastrophique du pays (26 % de chômage, un tiers des familles en situation de sous-nutrition, selon le gouvernement).

Face aux immenses besoins humanitaires et à la pénurie des structures d’accueil sur les îles, seule la forte mobilisation de la population permet d’apporter aux réfugiés une aide humanitaire d’urgence.

Des bénévoles locaux et internationaux s’investissent dans des dispensaires sociaux autogérés, collectent et distribuent des tentes et des repas, ou organisent des opérations de secourisme sur des bateaux de pêche.
Certaines de ces organisations ont dû interrompre leur action faute d’aide financière des autorités, comme l’association des volontaires de Kos en août 2015.

Mais, depuis quelques semaines, l’agence Frontex (agence européenne de gestion des frontières extérieures), sous un discours officiel de coordination de l’aide aux migrants, effectue un contrôle et un fichage des bénévoles.
Confrontées à la menace d’une exclusion de l’espace Schengen, les autorités grecques collaborent à cette opération et ont déjà procédé à plusieurs arrestations de volontaires internationaux, accusés d’aide à l’entrée illégale d’immigrants.

Après la violence croissante des sanctions économiques imposées par l’Europe, et dans un pays au passé dictatorial pas si lointain, ces mesures ont une résonance particulière. Partagés entre colère et inquiétude, les habitants tentent de continuer leurs actions et s’organisent pour soutenir les volontaires arrêtés.
Face à l’image médiatique d’une population européenne réticente à l’accueil des réfugiés et l’argument d’un « seuil de saturation », y compris en Europe de l’Ouest, ces initiatives locales rappellent que l’engagement solidaire et humanitaire ne dépend ni du nombre de réfugiés accueillis, ni des conditions économiques.
Mais, au-delà même de la situation des réfugiés, la pression des autorités européennes, qui tentent de réprimer ces initiatives populaires, questionne de manière inquiétante les soi-disant valeurs démocratiques de l’Union Européenne


L’aide apportée par les Dispensaires Sociaux et Solidaires est indispensable

LE DISPENSAIRE SOCIAL ET SOLIDAIRE DE PERISTERI
AUX CÔTÉS DES RÉFUGIÉS , AOÛT 2015 [[Le collectif Pour la Grèce Paris 13 soutient financièrement le Dispensaire Social et Solidaire de Peristeri.
Contact : aveclesgrecs.paris13@gmail.com https://www.facebook.com/collectifparis13]]
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Durant la dernière semaine du mois d’août, des bénévoles, médecins et administratifs, des Dispensaires Sociaux Solidaires de Peristeri, de Corinthe et de Korydallos ont visité l’île de Chios afin d’offrir toute assistance possible aux réfugiés sur l’île.

Ce qu’ils y ont vu a été un « coup de poing dans l’estomac».
Cette image, commune à toutes les îles frontalières qui reçoivent quotidiennement les vagues de réfugiés, est une honte pour la civilisation au XXIe siècle : des êtres humains dans une situation de grande misère, des enfants et des nourrissons dénutris, déshydratés, dans un réel état d’urgence.

Notre équipe a réussi à organiser deux dispensaires pour les enfants et pour les adultes, à les approvisionner en fournitures médicales de base et en eau potable, et à garantir des conditions sanitaires plus humaines (douches, toilettes chimiques).

L’aide reçue de la population locale était également importante en ce qui concerne la nourriture, l’eau potable et les vêtements.
La seule dissonance dans cette image de solidarité a été l’absence notable de l’Église.
Enfin, nous avons contacté l’association médicale locale et avons discuté des moyens pour que cet effort se poursuive après notre départ.

Nous tenons à souligner l’importance de notre expérience dans des circonstances si particulières et difficiles. Cette expérience constitue un héritage pour l’avenir. Chaque jour, nous constatons que la vague de solidarité et l’accueil chaleureux des habitants de nos îles et de bien d’autres vient adoucir la situation tragique de ces réfugiés.

Les quelques cas d’exploitation et d’escroquerie constatés ne peuvent pas altérer la force de ce grand effort de solidarité.

La même vague de solidarité se manifeste chez de nombreux peuples européens, à l’opposé de leurs gouvernements qui, en raison des guerres civiles qu’ils fabriquent ou fomentent, sont largement responsables du problème aigu des réfugiés aujourd’hui.

Ces gouvernements démontrent leur aversion pour cette valeur suprême qu’est la solidarité, révélant ainsi le cynisme de leur politique ou, dans le meilleur des cas, leur indifférence.

Malheureusement, sur les côtes grecques ne s’échouent pas seulement des corps inertes mais aussi une partie de notre culture européenne.

Le KIΑΛΛΗ (KIALLI) de Thermi
reprend ses missions à Eidomeni.
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Le dispensaire social solidaire (KIALLI) de Thermi applaudit vivement la décision de réouverture de la station de transition de réfugiés à Eidomeni. Notre diagnostic, après examens médicaux des réfugiés rencontrés à Eidomeni, est net: une partie significative de la population de réfugiés se trouve dans un état de fatigue avancée et d’épuisement.

Ces symptômes étaient encore plus évidents au sein des groupes vulnérables (nourrissons, enfants, femmes enceintes, personnes âgées).
L’exposition des réfugiés à des conditions de déplacement précaires dans la mer Égée a certainement un impact sur leur santé.
Les décès par hypothermie survenus à Skala Skamnias à Mytilène le confirment.

La souffrance éprouvée par les réfugiés lors de leurs longs trajets en autobus, la difficulté d’accéder à des toilettes (dans les aires de stationnement) et leur malnutrition induisent des risques graves pour la santé. Ces risques doivent être pris au sérieux par l’État.

Les difficultés de fonctionnement de la station à Eidomeni rendent la «gestion» des décès encore plus difficile. N’oublions pas que nous parlons de vies humaines.
Pour renforcer l’aide nécessaire face à cet état d’urgence, KIALLI a repris son action
à Eidomeni depuis le 23 janvier.

Le protocole d’action est similaire à celui de nos missions précédentes. Suite à une décision de la réunion des bénévoles, le KIALLI agira en synergie avec Eidomeni Oikopolis.

Soutenez KIALLI ! Nous avons besoin de médicaments, ainsi que de la participation de médecins, d’infirmières et d’autres bénévoles dans nos missions.

Dispensaire Social Solidaire (KIALLI) de Thermi

2e km de la rue Thermis Triadiou,

tél. (0030) 23 10 46 53 53 (10 h – 12 h et 17 h – 20 h de lundi à
vendredi).

E- mail : info@kiallithermis.gr, Site : www.kiallithermis.gr.


FACE AU PROBLÈME DES MIGRANTS,
LA GRÈCE MARIONNETTE

DES GRANDES PUISSANCES EUROPÉENNES

La crise des migrants est l’occasion pour les grandes puissances européennes de renforcer leur domination politique sur les États faibles de la périphérie méditerranéenne, notamment la Grèce.

L’Allemagne a réfléchi un temps à un échange inique: proposer à la Grèce de garder plus de réfugiés sur son sol contre un assouplissement du mémorandum.

Puis il a été reproché à la Grèce une mise en place trop lente des récupérations
d’empreintes digitales des réfugiés et migrants «illégaux».
Le 3 décembre, sous la pression d’une exclusion de l’espace Schengen (espace intraeuropéen dit de libre circulation), la Grèce a été contrainte de demander à Frontex, l’agence européenne de surveillance des frontières de l’UE, le déploiement sur son territoire d’équipes «RABIT» (équipes mobiles d’assistance rapide), pour «mieux contrôler la mer Égée».
Les menaces ont redoublé récemment pour que la Grèce ne se contente pas d’un seul hot spot, centres d’enregistrement et de tri des migrants (actuellement sur l’île de de Lesbos), mais en ouvre cinq.
On apprend enfin qu’Angela Merkel vient de faire miroiter à Alexis Tsipras qu’Athènes pourrait bénéficier d’une ouverture de discussions sur la restructuration de sa dette publique en échange d’un contrôle renforcé des flux migratoires.

En même temps qu’elle fait pression sur la Grèce, la Commission européenne a organisé un sommet en novembre 2015 pour négocier avec la Turquie, principal pays de transit des migrants syriens, la mise en place d’une politique visant à rendre ses frontières plus imperméables contre relance du processus d’adhésion à l’UE et promesse de versement financier (3 milliards), renforçant par là même le pouvoir des dirigeants de l’AKP (le parti au pouvoir) et leur stratégie de répression du peuple kurde.

La politique européenne à courte vue ne règle rien sur le fond et n’empêchera pas les populations civiles de fuir des conflits qui sont attisés par l’Occident pour des raisons impérialistes.

La priorité est bien de transformer l’Europe sur la base d’une véritable coopération entre les peuples et d’agir pour un règlement politique des situations de misère et de conflits qui accablent de nombreux pays notamment la Syrie.


LA BUlGARIE, CHYPRE, LA GRÉCE, LA HONGRIE ET LA ROUMANIE ÉTABLISSENT UN FRONT PRO-ISRAÉLIEN

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RÉSEAU VOLTAIRE

2 FÉVRIER 2016

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La Bulgarie, Chypre, la Grèce, la Hongrie et la Roumanie ont passé un accord avec l’État hébreu pour défendre ses positions au sein de l’Union européenne.

Le 18 janvier, ces cinq États ont fait bloc pour contraindre les ministres européens des Affaires étrangères de retirer toute critique envers Israël du communiqué final de leur sommet mensuel .

Le 29 janvier 2016, Chypre, la Grèce et Israël sont convenus d’un accord pour construire un gazoduc et exporter du gaz au sein de l’Union européenne. Pour ces deux États, il s’agit d’un retournement complet de politique à l’initiative d’Aléxis Tsípras.

L’HOMMAGE DE MOHAMED HARBI À HOCINE AIT AHMED (VIDÉO)

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publié par HuffPost Algérie

le 08 février 2016

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https://www.youtube.com/watch?v=DtP6ctLoshE

Témoignage de Mohamed Harbi sur Hocine Ait- Ahmed
VIDÉO

Par ce témoignage vidéo, l’historien Mohamed Harbi rend hommage à Monsieur Hocine Aït-Ahmed à l’occasion du 40ème jour de son décès, lors d’une rencontre organisée par le FFS à Alger le 6 février 2016. Mohamed Harbi revient à cet effet sur l’engagement et l’action de Hocine Ait-Ahmed pour la construction maghrébine.

Aït Ahmed le militant de la liberté, Aït Ahmed le démocrate et surtout Aït Ahmed le Maghrébin, l’historien Mohamed Harbi a rendu hommage au parcours exceptionnel d’un homme exceptionnel.

Mohamed Harbi revient dans cet hommage filmé à l’occasion du 40e anniversaire de la disparition de son vieil ami, sur la réflexion, l’engagement et l’action de Hocine Ait-Ahmed pour la construction maghrébine. « Une nation unitaire » bâtie selon des « sensibilités différentes des trois pays ». « Un Maghreb de conception ouverte »

Il souligne aussi « le cloisonnement » qui a isolé les peuples du Maghreb chacun dans son propre espace et le coût du non Maghreb aux peuples de la région souvent évoqué par le fondateur du Front des Forces Socialistes (FFS).

Par ce témoignage vidéo de plus de 16 minutes, l’historien Mohamed Harbi rend hommage au grand visionnaire qu’a été Aït Ahmed.

15 FÉVRIER – ALGER: CONFÉRENCE SUR LAKHDAR REBBAH

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L’Assemblée Populaire Communale d’Alger-Centre

organise le samedi 13 février 2016 à 10 heures

à la salle Historial, rue Larbi Ben M’Hidi – Alger

CONFERENCE

sur la vie militante de

LAKHDAR REBBAH

l’homme de confiance de

ABANE RAMDANE

Conférence donnée par
Mohamed Rebah,

chercheur en histoire, auteur de

  • Des Chemins et des Hommes
  • et de Taleb Abderrahmane guillotiné le 24 avril 1958


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DOCUMENTS AUTOUR DE LA CRISE DU PAGS


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Juillet-août 90 : Crise du PAGS (Suite n°3) 1990 : la « RPI » du PAGS, BAUDRUCHE IDÉOLOGIQUE ET DIVERSION POLITIQUE – Quel contenu sous étiquette rénovatrice? – Sadek Hadjerès – le 20 juillet 2010 – socialgerie article 258;


PAGS,1990 : le débat qui n’a pas eu lieu – UNE DÉMYSTIFICATION DU DISCOURS « MODERNISTE » ET PSEUDO-MARXISTE Contribution (bloquée) de Abderrahmane Lagha. – le 19 juin 2009 – socialgerie article 29;


Juillet-aout 90 : Crise du PAGS (suite 4) -ASSEMBLÉE D’AOÛT 1990 : COMMENT ON ENTERRE UN DÉBAT AVANT DE L’OUVRIRSadek Hadjerès – socialgerie, article 259, le 26 juillet 2010.


Sur la pente glissante de la désintégration PAGS, ASSEMBLÉE D’AOÛT 1990 : UN DES DOCUMENTS DIABOLISÉS – Ils avaient tenté en vain de s’exprimer … – Sadek Hadjerès – le 20 juillet 2010 – socialgerie article 218;


RÉHABILITER LE POLITIQUE – HADJERES AU « SOIR D »ALGERIE », GRAND ENTRETIEN avec Arezki METREF, Mai- Juin 2007 – – le 31 mai 2009 ;– socialgerie article 6;


GAUCHES ALGERIENNES EN QUETE D’IDENTITE – ISLAM, MODERNITE, LUTTE DES CLASSES en ALGERIE – ÉCHANGES AUTOUR DE LA CRISE du PAGSpar Sadek Hadjerès – socialgerie, article 81 – le 12 octobre 2009.


Juillet-août 90 : Crise du PAGS (Suite n°3)
1990 : la « RPI » du PAGS, BAUDRUCHE IDÉOLOGIQUE ET DIVERSION POLITIQUE
Quel contenu sous étiquette rénovatrice?
– Sadek Hadjerès – le 20 juillet 2010 – socialgerie article 258;

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L’ « Avant-projet » de la RPI se voulait une pièce maîtresse dans l’objectif global de ceux qui se présentaient comme « refondateurs » du PAGS.

Le texte se réclamait ostensiblement de son héritage d’un quart de siècle de parti national et de classe. Il reprenait formellement nombre de points forts de ce dernier, de ses espoirs et de sa volonté autocritique de progresser dans la voie de ses objectifs fondamentaux.

Mais comme le montrera le sort que ses promoteurs ont réservé sans état d’âme aux principes fondamentaux qu’ils continuaient d’exhiber, la résolution n’a été en définitive qu’un document manœuvrier.

En même temps, malgré son ambiguïté voulue, le document trahissait un penchant marqué sous prétexte de modernité, à épouser les thèses du capitalisme y compris néolibéral qui déferlaient à ce moment là sur le monde.

De sorte que son argumentaire alambiqué servira à ses inspirateurs, par des biais multiples, à justifier le moment venu leur volonté de liquider le parti et son projet socialiste et anti-impérialiste.

Lire aussi à ce propos l’article 81: [« ISLAM, MODERNITE, LUTTE DES CLASSES en ALGÉRIE », mis en ligne le 24 septembre 2009 par Socialgerie, qui reprenait l’échange entre Sadek Hadjerès et des militants d’une fédération du MDS, à propos de la crise du PAG


LE PROJET DE « RPI » (RÉSOLUTION POLITICO-IDÉOLOGIQUE) DE 1990

BAUDRUCHE IDÉOLOGIQUE

ET DIVERSION POLITIQUE DES FAUX RÉNOVATEURS

Un document fantomatique

Pourquoi ai-je parlé précédemment de document éphémère et fantomatique?

Parce que, une fois réalisés les démantèlements organiques souhaités, la fonction manipulatoire du document à double face était épuisée. Dès lors, il fut recouvert de la poussière du temps et de l’oubli, aux sens propre et figuré.

Habituellement, quand un document est jugé fondamental, il est l’objet d’études, de références, de séances de formation et de stages éducatifs.

Il n’y a rien eu de tout cela.

Libérés du souci de cacher leur jeu, les initiateurs du «grand monument idéologique» défendront ouvertement plus tard l’option libérale dans ses dimensions les moins acceptables pour les aspirations sociales et le destin même du pays.

C’est ce qu’on a pu lire dans un article du quotidien Le Matin, dans la première moitié des années 90, dont j’ai malheureusement perdu la référence et la copie. Si quelqu’un pouvait en retrouver la trace, cela en vaudrait la peine, ce fut un vrai monument érigé à l’ultralibéralisme capitaliste, du reaganisme ou thatchérisme pour «sous-développés ». Le texte avait été présenté pompeusement par le quotidien comme génial, et prolongé le lendemain par une suite des plus brouillonnes. Son auteur (H. B) inspirateur et rédacteur principal de l’APRPI, préconisait dans « Le Matin » que l’Algérie sacrifie délibérément plusieurs générations malgré les souffrances populaires sous le talon de fer du Capital afin d’accéder au rang de grande nation moderne.

À cette thèse devenue rapidement poussiéreuse, s’est ajoutée la poussière matérielle qui a recouvert littéralement la presque totalité du stock des brochures censées au départ porter au loin le message du monde à venir.

Après la distribution initiale de deux à trois cent exemplaires environ des textes de résolutions, jamais personne n’est venu demander une seule des milliers de brochures entreposées et recouvertes d’une couche de poussière grise dans un sous sol. Jusqu’à ce que le propriétaire de ce dernier, excédé par l’encombrement stérile de son local durant plusieurs années, se décide à les livrer à la décharge publique.

Manœuvres en vue de la déstabilisation du PAGS

Un autre trait me vient en mémoire quant à l’objectif essentiellement manœuvrier du noyau d’initiateurs de la RPI. Il leur fallait beaucoup plus réussir à court terme une déstabilisation et une prise en mains du PAGS, que chercher à convaincre les militants en présentant franchement et clairement leur volonté de prendre des distances ou renier les objectifs du combat mené jusque là.

Ils avaient besoin, pour apparaître comme sauveurs, porteurs d’une alternative salvatrice face à des évènements critiques, d’un texte dans lequel alternent les vrais acquis du PAGS et des affirmations floues, ambivalentes, difficilement accessibles à une réfutation directe.

L’énoncé de thèses abstraites, de postulats séduisants érigés en conclusions, c’était tout le contraire d’une démarche qui aurait permis des confrontations fructueuses à partir de données précises, accessibles à des évaluations concrètes et vérifiables pour les besoins des luttes en cours. Il était plus facile de qualifier ces besoins de populisme alors que la braise brûlait sous les pieds des couches appauvries de la population.

Le besoin de débats clarificateurs était qualifié d’archaïque face à la vérité Unique présentée sous label moderniste, avec comme pierre de touche une catégorie métaphysique, celle de l’opposition entre l’ancien et le nouveau.

Une suite de survols théoriques dans un langage ésotérique prétendait trancher par le haut en quelques semaines des problèmes complexes qui près de vingt ans plus tard font encore l’objet d’interrogations et de recherches en Algérie et dans le monde.

Il leur fallait en définitive miner les convictions enracinées par les luttes passées, mais sans choquer par des remises en cause brutales.

Dans le texte initial, beaucoup plus touffu et hermétique que celui qui a été livré ensuite (lui-même déjà lourd et laborieux), j’avais repéré trois ou quatre points essentiels. Quoique bien enveloppés, ils heurtaient radicalement des orientations fondamentales de la pensée marxiste, dont ils se réclamaient pourtant.

Je les ai alors soulignés au rédacteur principal du projet, croyant qu’il allait en débattre et justifier la remise en cause de ces principes.

J’ouvre à ce propos une parenthèse. Relever ces dérives signifiait pour moi constater et toucher du doigt des contradictions flagrantes entre les intentions affichées et le contenu des thèses avancées.

Il ne s’agissait pas de ma part d’un attachement dogmatique aux principes, j’estime que y compris ces derniers peuvent être discutés. Au sein ou en dehors du parti, ceux qui m’ont approché ou qui m’ont lu, savent à quel point je suis méfiant envers les dogmes et les a priori, que ce soit à travers les débats qui ont agité dans les années quarante le PPA dont j’étais militant actif, puis le PCA et le PAGS, et encore au milieu des années 80 à propos de la perestroïka soviétique. Je ne suis pas de ceux qui remplacent «les analyses concrètes des situations concrètes» par des citations de classiques aussi prestigieuses soient-elles.

Pas seulement par tempérament, mais par souci et par effort délibéré de tenter d’approcher les faits et les problèmes au plus près de leur mouvement dialectique.

Cela m’a valu à quelques reprises la prudence un peu méfiante de camarades sincères mais plus attachés à la défense des dogmes en tant que tels. J’en étais parfois gêné, irrité ou amusé, sachant que leurs craintes de laxisme «révisionniste» étaient infondées pour ce qui me concernait. Je comprenais leurs réactions de vigilance ou de repli face à tant d’attaques frontales ou sournoises que nous subissions, mais j’ai toujours été convaincu que la crispation n’est pas le meilleur moyen de les mettre en échec.

Je comprenais aussi qu’il n’est pas facile pour le sens commun d’admettre qu’en toute chose il y a un aspect et son contraire, unis et opposés à la fois et qu’on gagne toujours à examiner ces deux aspects avant de trancher.

Lorsque j’ai donc signalé au rédacteur principal les anomalies de son texte, susceptible d’interprétation contraires à l’approche marxiste dont il se réclamait, qu’a-t-il fait ?

Il s’est gardé d’argumenter sur les points précis que je lui signalais. Sentant le terrain incertain, il a tout simplement admis, comme une évidence : «Pas de problème!» Et il accompagne cette dérobade d’une «grande concession», totalement «inattendue»: «je supprime plusieurs pages ou paragraphes avant et autant après chacun des passages incriminés». De l’air de dire, ça te satisfait?

Ainsi le débat de fond sur des points cruciaux était évacué, c’était une «transparence» glauque, celle dont le caméléon Eltsine pratiquait à la même époque les vertus avant de dévoiler «le faux jeton» qu’il était.

Refus absolu de la réflexion collective

Je ne vais pas aborder ici l’analyse de la résolution point par point. Elle serait des plus fastidieuses pour un document de soixante dix pages serrées, bardé de lourdes abstractions dont il était évident que rares ont été ceux qui en ont fait une lecture complète.

Je préfère renvoyer ceux qui voudraient en savoir plus, à un document d’époque de Abderrahmane Lagha (Moumouh pour ses amis) qui avait entrepris une analyse détaillée du noyau socio-économique de l’ARPI. La contribution de Abderrahmane Lagha a été mise en ligne par «Socialgérie», le 19 juin 2009, sous le titre : UNE DÉMYSTIFICATION DU DISCOURS ULTRALIBÉRAL « MODERNISTE » ET PSEUDO-MARXISTE, article n° 29.

Abderahmane Lagha espérait malgré tout et sans trop y croire, à cause du contenu, que sa contribution serait diffusée et versée au large débat que les auteurs et partisans de la RPI disaient souhaiter.

Il n’en fut rien, ni avant ni même après le Congrès.

Pourtant, face aux importantes réticences constatées, la commission «RPI et programme d’action» du Congrès avait demandé à la direction «la diffusion dans le parti de la synthèse des avis et contributions» afin «de permettre à l’ensemble des militants de tirer profit des acquis de la réflexion collective».

La commission «Résolution organique et Statuts» avait constaté de son côté après une vive et longue discussion «autour de certaines questions de fond concernant la ligne stratégique du parti …( que ) le débat sur ces questions est resté ouvert, vu qu’il s’agit de questions théoriques et qui ne pouvaient être tranchées sur place.

On relève aussi d’après quelques interventions, que le projet n’est pas parvenu à temps aux camarades, surtout la version arabe.

De nombreux délégués membres de la commission ont relevé:

  1. La difficulté rencontrée par les militants pour assimiler le projet
  2. La faiblesse des débats et parfois même leur inexistence».

Censure et refus des contributions des militants

Quels que soient les arguments développés dans les différentes contributions, à coup sûr l’ensemble des militants et le parti auraient gagné à être pris à témoin des thèses des uns et des autres.

Le fait que la contribution de Lagha ait été écartée comme celle de beaucoup d’autres en dit déjà long sur les visées assignées à la RPI. Il fallait en faire un Coran intouchable qui cautionnerait l’entreprise de démolition engagée.

On écartait tout ce qui pouvait contribuer à démystifier, dans son noyau central socio-économique, le procédé consistant à combiner la phraséologie marxiste ainsi que les références à l’expérience positive du PAGS, avec les remises en cause insidieuses des fondements historiques du mouvement socialiste et communiste.

Le projet de démolition ne se déclarait pas ouvertement, il était feutré et insidieux comme cela se faisait au même moment en URSS par les Eltsine et ses comparses, que ses admirateurs algériens fervents portaient aux nues comme un nouveau Lénine.

L’objectif réel: le démantèlement du PAGS

À la fin de l’année suivante 1991, les masques tomberont dans les deux pays, du moins aux yeux des moins naïfs, dans le même mouvement et quasiment au même rythme.

D’un côté Eltsine, jusque là grande gueule activiste et «radicale» camouflée dans l’aile droite de la perestroïka soviétique, se fera le valet déclaré du démantèlement de l’URSS en décembre 91.

De l’autre côté, presque aussitôt après, le quinteron (ou la quintette ?) des Cinq du FAM qui après avoir d’abord mis du plomb dans l’aile du PAGS, décrétait qu’il n’y avait nul besoin en Algérie ni d’un parti communiste ni d’autres partis (sinon leur «Front» mais celui-ci ne verra même pas le jour, faute d’adhérents en dépit des milliers de bulletins d’adhésion imprimés sur Alger républicain).

Peu auparavant, durant l’été 91, le futur leader du Tahaddi avait ouvert carrément le chemin idéologique et, d’une façon plus sinueuse le chemin organique d’un démantèlement tout aussi délibéré. Il avait déclaré à la stupéfaction générale des communistes et des non communistes ou même des «anti», que le PAGS n’avait jamais rien eu à voir avec le communisme.

Quant à un des leaders sinon le leader principal du futur PADS, qui héritera plus tard de quelques ruines du démantèlement, il se réveillera seulement à ce moment là et se déchaînera en protestations indignées mais impuissantes contre le projet désormais non caché de liquidation du PAGS. Malgré son passé de défense de l’idéal communiste, il ne comprenait pas dans ces circonstances trop complexes pour son approche linéaire, ce qui lui apparaissait brusquement comme un «retournement» de la part de ceux qui avaient manipulé à qui mieux mieux sa fausse vigilance antiréactionaire et ses visions simplistes et manichéennes tout en flattant ses espoirs de devenir leader maximo, « monter en grade » selon une de ses expressions favorites. Il n’y avait pas eu retournement des manipulateurs, il y avait bel et bien continuité d’un processus qu’il n’avait pas discerné quand il était temps, aveuglé par divers facteurs qu’il serait intéressant d’analyser. Il n’avait pas seulement durant près de deux ans, depuis janvier 90 (au lendemain des manifestations de femmes organisées par le FIS), non seulement cautionné moralement et politiquement l’opération anti-PAGS dans ses phases préparatoires et encore insidieuses. Bien plus, il s’en était fait ensuite un bélier zélé de la campagne de démolition de l’édifice du PAGS, initiateur de coups tordus et parfois hargneux quand les promoteurs de la déstabilisation jugeaient plus habile de mettre en avant un «PCA pure souche» pour s’occuper des besognes les moins propres.

Mauvais gardien du temple d’une orthodoxie dans ce qu’elle avait de plus discutable, il n’avait pas discerné ce que beaucoup d’autres jeunes camarades avaient bien saisi, l’anticommunisme derrière une phraséologie pseudo- marxiste. Ne voyant pas plus loin que ses calculs d’apparatchik, il ne comprenait pas que dans une actualité nationale et internationale aussi délicate, il ne s’agissait pas avec l’opération «RPI» d’efforts salutaires de rénovation et de réajustement autocritique des orientations stratégiques, nationales et de classe, du parti.

La nécessité d’engager ces efforts ne faisait de doute pour personne, à part quelques dogmatiques ou conservateurs indécrottables, dont faisait partie celui qui a apporté brusquement un soutien douteux à la prétendue rénovation. Mais un vraie mise à jour des orientations et des pratiques devait être l’affaire de plusieurs conférences nationales successives à préparer soigneusement, dans la plus grande écoute collective et le respect des opinions des militants engagés sur le terrain.

Or aucun bilan concret des orientations et des actions des vingt cinq années n’avait été encore fait, avec les témoignages vivants et directs de tous ceux qui auraient eu énormément à dire de vrai et constructif sur les vingt cinq ans écoulés, sans les écrans des cloisonnements organiques. Cela aurait permis des analyses critiques sérieuses et circonstanciées sur les orientations dogmatiques ou opportunistes qu’on aurait pu relever et sur le comportement des cadres et des collectifs aux divers niveaux de la clandestinité.

On n’a eu droit avec la RPI qu’à des appréciations générales, abstraites, au nom d’une modernité toute rhétorique dont, selon ces allégations, le PAGS (ainsi que le PCA auparavant) n’aurait pas tenu compte.

Et au nom de laquelle il serait nécessaire de remettre en question les valeurs et les intérêts essentiels des travailleurs et du socialisme comme doctrine et perspective .

Peut-on esquisser à propos de cette fameuse RPI des enseignements utiles aux nouvelles générations politiques? Aujourd’hui, un constat objectif est fait, celui des dégâts, sans que soit encore établi le bilan approfondi des causes qui les ont produits ou favorisés. Les discussions, les échanges et les recherches restent ouvertes.

«Socialgerie» continuera d’y contribuer.

repris sur le blog algerieinfos-saoudi, le 4 février 2016; Étape décisive de la liquidation du PAGS : la RPI de 1990

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PAGS,1990 : le débat qui n’a pas eu lieu
UNE DÉMYSTIFICATION DU DISCOURS « MODERNISTE » ET PSEUDO-MARXISTE

Contribution (bloquée) de Abderrahmane Lagha. – le 19 juin 2009 – socialgerie article 29;

La contribution de Abderrahmane L. a été présentée à titre individuel par son auteur à l’automne 1990, en réplique au document avancé par la direction exécutive provisoire du PAGS sous le titre de « PRPI »(« ‘projet de Résolution politico-idéologique »), en vue du Congrès du PAGS de décembre 1990.

Dans la confusion qui a accompagné en 1990 la remise en cause des régimes socialistes en Europe de l’Est et les interrogations sur la nécessité de réformes en Algérie suite aux bilans économiques des deux décennies contrastées « Boumediène » et « Chadli », la PRPI a été une tentative d’introduire en fraude et dans la précipitation des orientations néolibérales, alors qu’un problème aussi complexe et controversé dans le monde depuis vingt ans, aurait mérité de longs , sérieux et libres échanges.

Les vives réactions suscitées par ce projet, par ailleurs ambigu et hermétique, ont amené ses inspirateurs à recourir à son passage en force à la faveur d’un « état d’urgence » que constituait à leurs yeux l’émergence d’un islamisme politique aux tonalités et intentions agressives.

Comme la plupart des quelques 70 contributions reçues, la contribution de Abderrahmane L. n’avait pas été diffusée, sur l’opposition de quelques membres de la direction provisoire du PAGS (1)


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QUELQUES REMARQUES PRÉLIMINAIRES

« Celui qui croit les gens sur parole est un imbécile fini dont on ne peut rien espérer »
Lénine, tome 32 p. 37 ed. Sociales 1977

L’avant-projet de résolution politico-idéologique présente une ligne politique nouvelle sans référence à ce qui aurait dû en constituer les fondements, à savoir :

  1. un bilan d’application de la ligne du parti depuis sa création
  2. un éclairage de cette même ligne à travers l’analyse du mouvement de masse et son impact sur les changements intervenus dans la société
  3. une analyse même sommaire des tendances d’évolution socio-économique et politique au plan mondial articulée autour de
  • la crise du système capitaliste international en liaison avec la révolution scientifique et technique et les changements en cours dans la division internationale du travail.
  • la crise des pays de l’Est et du « socialisme ».
  • l’impact de cette évolution sur le Tiers Monde en général et un essai de projection sur
  • la place de l’Algérie dans ce tableau d’ensemble.

L’absence de ces éléments d’analyse ne permet pas l’identification des causes principales des erreurs (ou supposées erreurs) qui ont conduit le parti à se «tromper» d’étape (République nationale démocratique à orientation socialiste) avec toutes les conséquences que cela implique.

Une erreur d’une telle nature, qui a persisté près d’un quart de siècle, aurait mérité des explications à sa mesure et il me semble que la tâche d’évaluation de la formation économique et sociale algérienne est plus que jamais à l’ordre du jour si on veut se doter des matériaux permettant précisément d’éviter ce genre « d’erreurs ». Ainsi l’avant projet de la résolution politico-idéologique (AP/RPI) aurait gagné à être imprégné par une analyse en termes de lutte de classes, ce qui aurait permis de situer les enjeux politiques et économiques de classe, des intérêts en présence à la fois sur le plan national mais aussi à travers leurs prolongements au plan international.

A propos de la forme, l’ensemble des thèses est marqué par des affirmations péremptoires, sans démonstration, sans référence à la réalité. Et de surcroît, un ton polémique et arrogant est utilisé. On aurait pu en faire l’économie surtout quand « on s’est trompé » d’étape pendant un quart de siècle.

L’utilisation d’un certain nombre de termes répétés différemment augmente la confusion et ne permet pas d’aller à l’essentiel. Un lexique aurait été le bienvenu.

Ces remarques faites, on peut se poser la question suivante : l’avant projet de la résolution politico-idéologique (AP/RPI) a-t-il atteint son objectif que je suppose résumé comme suit :

  • éclairer la base militante et la société sur l’analyse de la situation actuelle, les prévisions d’évolution future, des forces et intérêts en présence et tracer donc les fondements nécessaires à la définition de la stratégie de lutte des forces de progrès pour une alternative sinon pour une perspective …
  • aider à surmonter le désarroi profond suscité et alimenté par l’absence d’échanges, d’explications quant aux changements fondamentaux intervenus dans le pays et dans le monde, par le questionnement relatif à l’identité, au sens même de l’existence du parti,
  • aider à mobiliser ou remobiliser largement les forces du parti et de la société pour augmenter leur capacité d’action et d’influence sur le réel.

Ceci dit, je voudrais apporter ma contribution à la troisième et quatrième partie de l’avant projet de la résolution politico-idéologique (AP/RPI) au sujet des réformes économiques et des fondements socio-économiques de la politique générale du PAGS autour de quatre points :

  1. Capitalisme moderne et capitalisme archaïque
  2. Les réformes et le secteur d’Etat
  3. La question des hydrocarbures
  4. La dette extérieure.

À PROPOS DES NOTIONS « MODERNE » ET « ARCHAÏQUE »

Nous connaissons au moins deux acceptions de la notion « moderne » en tant que qualificatif du capitalismes.

La première renvoie à l’identification de la modernité avec la Révolution Industrielle (18ème et 19ème siècle) qui marque le passage de la production artisanale à la grande production mécanisée. C’est le passage de l’artisanat à l’industrie qui emporte la modernité.

La seconde acception renvoie à la contemporanéité du capitalisme, à une étape de son développement marqué par des changements structurels avec l’apparition et le développement des monopoles se substituant à la «libre» concurrence. C’est précisément l’impérialisme. [[ Lénine : « Pour une révision du programme du parti » in « De l’impérialisme et des Impérialistes » Ed. du Progrès Moscou 1979, p. 177]]

Rappelons que Lénine voulait initialement intituler son ouvrage sur l’impérialisme comme suit : « L’impérialisme, étape moderne du capitalisme ». Cet ouvrage fut imprimé mi-1917 une première fois sous le titre « L’impérialisme, étape la plus récente du capitalisme ». Il est beaucoup plus connu sous le titre : « L’impérialisme, stade suprême du capitalisme », titre plus actuel que jamais…

En effet, les conclusions de Lénine sont-elles toujours actuelles et quelles implications pour les pays du Tiers Monde ? Quelles adaptations stratégiques sont nécessaires ?

La direction du PAGS, par l’intermédiaire de l’avant projet de la résolution politico-idéologique (AP/RPI) semble en avoir une vue claire puisqu’elle a décidé que l’impérialisme n’est plus l’ennemi principal, conséquence du déplacement de la contradiction principale qui n’oppose plus l’impérialisme aux peuples. Dorénavant, c’est le FIS qui est porteur de cette contradiction.
C’est un changement fondamental et aucune explication n’est donnée à ce sujet (cf. nos remarques préliminaires).

Cette parenthèse close pour un moment, revenons à la question du capitalisme moderne. En général, dans la littérature marxiste, le capitalisme moderne renvoie donc à l’impérialisme, au capitalisme monopoliste…

De ces deux acceptions, laquelle concerne l’Algérie ? Quel est ce capitalisme moderne dont parle l’avant projet de la résolution politico-idéologique (AP/RPI)? Le capitalisme « industriel » ou l’impérialisme ? Si l’on exclut de toute évidence l’impérialisme, il reste le capitalisme qui développe les forces productives dont l’industrie est le vecteur principal. Si tel est le cas, une autre question se pose : les réformes actuelles soutenues avec force dans l’avant projet de la résolution politico-idéologique (AP/RPI) s’inscrivent-elles dans cette perspective de modernité, sont-elles de nature à favoriser un développement sur la base de la grande industrie moderne ?

Cette transition nous permet d’engager la critique de la partie (très faible quantitativement) réservée aux réformes mais avant de l’entamer, quelques mots sur la notion du capitalisme archaïque.

Il serait plus juste d’utiliser les termes de « formes archaïques » du capital au lieu de capitalisme archaïque. Marx parle d’ailleurs des « formes antédiluviennes » du capital dit « marchand » et « usuraire ». [[Marx in le Capital, livre 3, T.1, Ed. sociales, 1970, p. 253]]

Ce sont des formes qui ont existé dès l’antiquité, avec un développement à partir du XV° siècle en Europe qui avaient préparé un développement en grand du capitalisme avec l’avènement du capital industriel et du capital bancaire.

Existe-t-il en Algérie des formes similaires à ces fractions du capital ? Quelle est leur réalité concrète et surtout existent-elles en tant que fractions autonomes et séparées du processus de production et de mise en valeur des autres fractions du capital ?

LA SPÉCULATION

Cette question renvoie au statut de la spéculation dans le procès des reproductions capitalistes.

La spéculation est un moment de la métamorphose du capital. Elle se manifeste au stade de la réalisation de la valeur dans la sphère de la circulation. Elle se traduit par un écart sensible par rapport à la valeur d’échange qui résulterait du jeu de la loi de la valeur, loi de l’offre et de la demande sur le marché, marché où seraient réunies certaines conditions dont le libre jeu de la concurrence.

Ce sont précisément ces conditions qui n’existent pas ou insuffisamment en raison de la logique même du procès d’accumulation capitaliste soumis à la loi de la centralisation et de la concentration du capital avec pour conséquence l’apparition de monopoles en contradiction avec la règle du « libre jeu de la concurrence ».

C’est donc la position sur le marché qui confère à celui qui le maîtrise et le domine une valeur supplémentaire appelée rente de monopole ou de situation. Cette rente renvoie donc à la notion de travail non productif. Elle est alimentée à partir de la demande et « aspire » la plus-value sociale (une partie du moins).

La tendance à la spéculation, (profit maximum) est donc inscrite dans la logique même du fonctionnement du système capitaliste.

Dans ces conditions, le capital spéculatif peut exister de façon autonome et se développer par adjonction d’une partie plus-value sociale et se manifeste sur d’autres marchés : immobilier, foncier, marché noir, devises et investissements à l’étranger. Ici, il n’est déjà plus spéculatif car le capital se transforme en biens et services… et se réinjecte dans le circuit productif national ou international. Par contre, en assurant et jouant le rôle de «banque» (avances à l’économie, achat sur pied), l’existence de cette masse monétaire «permet de garder plus longtemps séparés les actes de l’achat et de la vente et sert donc de base à la spéculation» (Marx, le Capital, livre 3, t2, p 102). La masse de ce capital « spéculatif » est estimée actuellement par dizaines de milliards de DA, soit près de la moitié du budget annuel du pays.

Comment à la fois :

  • agir pour récupérer cette masse en la « forçant »
  • à s’injecter dans le circuit productif et
  • agir pour stopper son développement en lui « coupant » ses sources d’alimentation.

Sa principale source est précisément la partie de la masse des salaires (55% ,ONS n°20 juin 1990) consacrée à l’alimentation des ménages. [[Si l’on s’en tient au seul domaine des produits agricoles y compris les viandes, donc entièrement contrôlé par le capital commercial et spéculatif et si l’on suppose un taux de profit de 100%, la masse des profits annuelle serait de l’ordre de 22,5 milliards de DA. Ceci correspond à 8,5% du PIB (262 milliards de DA en 1988) ou au taux d’inflation moyen 82/85 de 8,5% ce qui tend à prouver que les augmentations de prix vont à la spéculation.]]

C’est donc la base économique qui donne naissance et permet le développement d’une couche sociale ou d’une fraction de la bourgeoisie dite parasitaire, spéculative et compradore. C’est cette jonction entre cette fraction du capital national et sa transformation partielle en capital devises qui permet de comprendre son caractère anti-national car elle ne développe pas les forces productives, elle aspire la plus-value sociale et favorise la fuite des capitaux par le biais du marché parallèle des devises.

Politiquement, cette fraction constitue un des ennemis principaux contre lequel il faut lutter. Il nous semble opportun de souligner que la fraction riche et aisée du FIS s’appuie sur cette base quand elle ne s’y identifie pas totalement. Mais d’autres forces au sein et en-dehors du pouvoir sont liées à la spéculation.

Du point de vue stratégique, qu’est-ce qui peut objectivement enrayer ou freiner la tendance au développement de la fraction spéculative du capital national (avec une volonté affichée de l’Etat et de se désengager de la vie économique) ?

Les réformes en cours apportent-elles une réponse à cette question ? Si oui, laquelle ? L’avant projet de la résolution politico-idéologique (AP/RPI) est muet sur cette question. Peut-être le projet va-t-il nous éclairer…

LES RÉFORMES ÉCONOMIQUES OU LA NOUVELLE POLITIQUE ÉCONOMIQUE

Le dernier paragraphe de la thèse 21 ne résiste pas au constat de la réalité. Qu’est-ce qui permet de dire que les réformes d’après 88 ne sont pas « devenues » le paravent à un démantèlement systématique et illégal du secteur public et des acquis sociaux et démocratiques (et les 200 entreprises du secteur public local qui ont été dissoutes et leur matériel bradé au secteur privé, et les coopératives agricoles qui ont été accaparées par les gros !). «Un moyen de freiner et de paralyser le développement industriel du pays» (le désinvestissement est général et touche en priorité, et ce depuis 85, le secteur industriel qui d’ailleurs à 40% d’utilisation des capacités est prêt d’être paralysé et asphyxié par la dette intérieure et extérieure…).

«Ils ont permis enfin de colmater les larges brèches qui par le biais de nouvelles règles d’importation, ont porté gravement atteinte au monopole du commerce extérieur» (mais il n’y a plus de monopole ! Sauf pour quelques produits), «la stabilité de la monnaie nationale» (et les dévaluations et l’inflation !) et fragilisé la «défense de notre économie nationale face au capital international» (75% des recettes d’exportation servent au remboursement de la dette extérieure).

Je propose la suppression pure et simple de ce paragraphe ainsi que le 4è paragraphe de la thèse 25 qui est une répétition inutile. La dernière phrase de la thèse 23 devait être placée en tête du chapitre des réformes en spécifiant le contexte national et international.

Ce qui manque à cette analyse des réformes, entre autres, c’est l’impact du facteur « externe » qui s’exerce sur l’économie nationale dans son interaction avec l’économie mondiale.

Il se dégage de l’avant projet de la résolution politico-idéologique (AP/RPI), l’impression générale qu’il y a plusieurs Réformes depuis 1980 et qu’elles sont différentes suivant les différentes équipes qui se sont succédées au pouvoir.

Ont-elles vraiment des contenus différents ? Si l’on s’en tient à l’aspect extérieur surtout à travers l’analyse des discours sans confrontation avec la réalité, alors on peut avoir cette impression. Mais on s’éloigne de l’analyse marxiste, de cette dialectique dont tout le monde parle mais qui est pourtant la grande absente dans le projet.

Si on veut saisir l’essence des réformes, leur contenu et signification véritable (sans préjuger de la position à prendre en liaison avec d’autres facteurs de décision), il faut chercher le fil conducteur, leur logique et leur trajectoire non sans avoir recherché leur filiation au plan théorique et pratique. Cette démarche permet de faire abstraction des discours, donc d’apprécier indépendamment du facteur subjectif (les pouvoirs) la nature objective de ces Réformes.

Il s’agit en réalité, d’une nouvelle politique économique qui a, depuis les années 1980, quitté le terrain du développement, et ce, avant la chute des prix du pétrole en 1986.
Désinvestissement et chômage n’ont cessé de s’amplifier. [[L’article de D. Sari in El Moudjahid du 22 octobre 90.]]

Il est souligné dans l’avant projet de la résolution politico-idéologique (AP/RPI), à juste titre d’ailleurs, l’absence du bilan financier du secteur d’Etat et donc des conditions d’émergence et de développement, de ce qui va au fil des années être l’épée de Damoclès ou les boulets de la dette attachés au secteur d’Etat que tout précipite dans la mer (souvent « déchaînée » ) du marché.

On ne doit pas confondre entre des avancées à des rythmes et intensités différents qui sont fonction comme il est dit en fin de thèse 23, du rapport de force politique réel donc du degré de lutte et de résistance multiforme des travailleurs, des cadres, des forces politiques, etc. d’avec le contenu fondamental qui demeure le même et imprègne les réformes à toutes les étapes qu’elles ont connues.

Le contenu vise à mettre en correspondance les rapports de production nouveaux à travers un nouveau mode de direction de l’économie d’avec le niveau de développement des forces productives telles qu’elles se présentent au terme de 25 années d’indépendance politique et d’édification.

L’ancien système des rapports sociaux de production, de direction de l’économie, de distribution des richesses s’avère caduc et doit laisser place sous la poussée politique des classes et groupes sociaux en formation à une économie de marché de type capitaliste.

Cette pression pour accélérer les changements économiques et politiques s’exerce également et de façon conjuguée de « l’extérieur » par le biais :

  • de la dépendance accrue de l’appareil de production et de toute l’économie vis-à-vis de l’extérieur,
  • du poids de la dette extérieure aggravée par la chute des prix du pétrole et des manipulations financières (taux d’intérêt, taux de change du dollar, etc.).

Cette double pression a objectivement obligé l’Algérie à recourir de plus en plus aux institutions multilatérales, Fond monétaire international (FMI) et Banque Mondiale, pour solliciter leur aide et appui, non seulement direct pour l’octroi de prêts mais aussi indirect puisque ces institutions sont sollicitées également pour rétablir la capacité d’endettement de l’Algérie sur les marchés financiers internationaux. Ainsi, on peut constater aujourd’hui que pas un seul domaine de l’économie n’a échappé aux investigations et études ou recommandations de ces institutions, surtout de la Banque Mondiale.

Citons pour mémoire, le secteur financier, l’agriculture,[[Voir contribution de O. Bessaoud : Agriculture et propositions alternatives : le bilan des années 80 in communication au séminaire économique et social, décembre 89]]
les transports, l’industrie, la fiscalité, les exportations, les taux de change, la gestion de la dette extérieure, l’enseignement supérieur, l’environnement, etc.

Les mesures que propose généralement la Banque Mondiale sont connues et ont fait l’objet de nombreuses études et publications et en premier lieu par la Banque elle-même.

Il est aisé d’opérer un recensement par secteur ou domaine d’activité des mesures que préconise la Banque Mondiale et de les comparer aux mesures de politique économique prises par l’Algérie et d’opérer aux déductions nécessaires quant à la filiation théorique du modèle économique mis en œuvre.

«De te fabula narratur» disait Marx ou «c’est ton histoire qu’on raconte», il suffit alors d’examiner les trajectoires et les résultats des pays qui nous ont précédé et suivi les conseils de la Banque Mondiale pour avoir une idée de ce que l’on pourrait devenir si les masses n’interviennent pas pour imprimer un sens à leur histoire
[[Voir contribution de MRH : « L’industrie en péril / notes sur les effets de la politique actuelle » 1990]]
et
[[On lira avec intérêt l’article de M.L. Benhassine relatif à la pensée économique du FMI et de la B.M. in Rasjep n° 2, juin 1988]].

Pourquoi ce type d’approche n’a t’il pas été retenu ? Ce ne sont pourtant pas les compétences qui manquent dans le parti mais c’est le type de question «bizarre» que règle… le centralisme démocratique.

Devons-nous les rejeter pour la simple raison que ces réformes s’inspirent du modèle libéral préconisé et financé par la Banque Mondiale et le FMI ?

Nous devons, au contraire, nous efforcer de tirer les leçons de ce qui se passe dans ces pays pour éviter autant que faire se peut, les erreurs et le coût social et économique qui les accompagne.

Comment faire la jonction entre le noyau de vérité, de rationalité existant dans ces mesures et les besoins réels qu’implique le redressement de l’économie mondiale, étant donné les contraintes objectives pesant sur elle?

Cette approche nous permet d’éviter le «technicisme» (étiquette chère à certains camarades dans leur critique de ce qu’ils ne comprennent pas), «le théoricisme vague» et d’examiner cette nouvelle politique économique à la lumière des intérêts bien compris nationaux et de classe, à court, moyen et long terme des classes et couches sociales censées être la base sociale de notre parti.

Il me semble que l’avant projet de la résolution politico-idéologique (AP/RPI) atteindrait son objectif s’il sert à éclairer les luttes des masses en leur fournissant les points de repères fondamentaux autour desquels elles doivent s’organiser.

Ces points de repère doivent baliser la transition entre l’état actuel de l’économie et son passage à l’économie de marché.

Il s’agit de réaffirmer clairement notre attachement et notre détermination à défendre le secteur d’Etat contre toute tentative de liquidation et/ou privatisation totale en tant qu’il est les résultat du travail et des sacrifices des masse depuis plus d’un quart de siècle prolongeant ainsi les sacrifices des martyrs de la Révolution de libération nationale.

Cette prise de position est indissociable de l’engagement tout aussi nécessaire pour sa rentabilisation et son développement en s’attachant à œuvrer et réunir toutes les conditions pour élever la productivité du travail social à un niveau tel qu’il puisse entrer en coopération et/ou en compétition avec l’économie mondiale.

Dégager des surplus économiques fondés sur la productivité du travail et du capital : telle est la tâche et en même temps la condition de succès du secteur d’Etat pour son passage à l’économie de marché et son insertion avantageuse dans l’économie mondiale.

Dans cet ordre d’idées, deux obstacles liés entre eux sont à lever : il s’agit d’agir sur les causes profondes qui ont amené le secteur d’Etat dans la situation qui est la sienne aujourd’hui et qui a généré :

  1. une situation financière déstructurée, la dette intérieure s’alimentant d’elle-même et masquant tout progrès éventuel.[[ Cette dette intérieure du secteur d’Etat libellée en DA s’élève à près de 80 milliards (M. Hidouci, Ministre de l’Economie, RTA, Ch III, 18/10/89)
    C’est environ l’équivalent de la masse du capital dit « spéculatif ». C’est entre autres pourquoi le PAGS dit dans sa déclaration du 16/10/90 « l’argent existe, il faut le chercher là où il se trouve » (Réforme fiscale).
    Cette dette intérieure s’aggrave, entre autres en raison de la dévaluation du DA quand celui-ci perd par exemple 25% de sa valeur, la dette augmente d’autant.]]
  2. une dépendance accrue à l’égard des inputs importés et nécessitant des financements extérieurs, ces derniers générant et aggravant le poids de la dette extérieure.
    Un troisième facteur et non des moindres, doit être avancé comme principe et en même temps comme objectif pour le Parti :
  3. la valeur créée par le secteur d’Etat doit revenir en premier lieu et en priorité aux couches et classes qui l’ont créée tout en réservant une partie pour la collectivité nationale et une autre pour son renouvellement. C’est une condition décisive pour le redressement et le développement du secteur d’Etat.
  4. Ce sont ces conditions de base devant servir à mettre le secteur d’Etat en mesure de négocier et de s’allier tant avec le capital privé national qu’avec le capital privé international et favoriser ainsi un passage graduel à l’économie de marché ouverte sur l’économie mondiale mais un passage qui préserve et renforce le développement des forces productives nationales capable de se reproduire de façon élargie et sur une base autonome.
    C’est de cette manière que l’économie nationale dépassera progressivement son état actuel de dépendance asymétrique pour passer à un état d’interdépendance réel qui dans les conditions du monde contemporain est la signification moderne de l’ « indépendance économique ». (S’agissant des mesures concrètes à court et moyen terme, cf. contribution de janvier 1990).
  5. On notera que les facteurs de blocage essentiels au développement de l’économie se présentent comme étant liés aux problèmes de la dette intérieure et de la dette extérieure.
    Mais, on notera également l’absence de liaison entre les réformes et ces problèmes d’endettement et valorisation des hydrocarbures dans la 4è partie et notamment à partir de la thèse 36.

À PROPOS DE LA DETTE EXTÉRIEURE

D’abord, il y a confusion entre « crédit international » et « dette extérieure », ce qui ne permet pas de faire la différence entre celui qui prête et celui qui emprunte d’où d’ailleurs une erreur monumentale quant à l’appréciation des USA «qui seraient de très loin le pays le plus endetté du monde».

C’est cet argument polémique (mais sans consistance au plan économique) qui permet de qualifier «d’hypothétique» le Front Mondial des pays endettés alors que la même phrase développe des formes que pourraient prendre ce front…

L’erreur du ou des auteurs de l’avant-projet et de tous ceux qui l’ont approuvé consiste à traiter de la même manière et à mettre sur le même plan des pays comme les USA et d’autres comme l’Algérie ou le Togo par exemple.

Du point de vue conceptuel, la dette extérieure américaine (ce que le département du commerce appelle «position nette négative d’investissements internationaux») équivaut à la différence entre la valeur des avoirs extérieurs détenus par les Américains et la valeur des avoirs américains détenus par les étrangers. Ces avoirs se composent des dépôts dans les banques commerciales, d’avoirs de changes, de titres, de biens immobiliers, d’installations productives et autres investissements directs.

La valeur de l’ensemble des avoirs extérieurs américains à fin 1986 a été estimée à environ 1100 milliards de dollars, les avoirs détenus par des étrangers aux Etats-Unis étant estimés à 1365 milliards de dollars. L’écart entre les deux correspond à la dette extérieure nette des Etats-Unis soit 265 milliards de dollars. [[J. Amuzegar «La dette extérieure des Etats-Unis» in Finances et développement Juin 1988 P. 18 et 19]]

Il faut savoir également que les avoirs extérieurs américains sont évalués, selon les règles et normes comptables en vigueur, à leur valeur comptable le plus souvent ce qui entraîne une sous-estimation évaluée à 100-200 milliards de dollars.

D’un autre côté, le flux de capitaux à destination des Etats-Unis ne sont probablement pas enregistrés dans leur intégralité. Troisièmement, il est admis que les avoirs américains à l’étranger produisent plus d’intérêts et de dividendes par dollar investi que les avoirs étrangers aux USA. Le produit de ces derniers a été estimé à 67 milliards de dollars en 1986 alors que le produit des avoirs américains à l’étranger pourtant inférieur a été de 88 milliards de dollars. [[ Id. Amuzegar]]

Il faut tenir compte également de l’importance et de la taille relative de cette « dette » extérieure :

«Ainsi l’endettement total des Etats-Unis en 1986 représente 6% du PNB US contre plus de 40% du PNB au Brésil, plus de 50% au Mexique et plus de 60% au Venezuela. Le coût annuel du service de la dette extérieure des USA est inférieur à 1% des exportations de biens et de services non compris le revenu des facteurs».

«Le trait le plus caractéristique de la dette extérieure des USA tient à sa dénomination étant donné que le dollar américain est la principale monnaie de réserve mondiale. En théorie au moins, cela implique que, à quelque moment que ce soit, les Etats-Unis pourraient s’acquitter de leurs obligations extérieures (en espèces ou par l’émission de nouveaux emprunts en dollars) sans avoir à accroître leurs exportations pour générer des devises».
[[Id. Amuzegar]]

Je n’irai pas plus loin dans la reprise de l’exposé d’Amuzegar mais j’ajouterai pour ma part, un élément dont il n’a pas traité mais qui est de taille : il s’agit des réserves internationales des USA qui s’élèvent en 1986 à près de 140 milliards de dollars soit près de 53% de leur dite « dette extérieure ».
[[In Rapport sur le développement dans le monde, 1988 p. 285, ligne 119, Banque Mondiale.]]

Ces arguments et éléments d’information (et de formation) suffiront-ils aux décideurs pour supprimer cette ineptie du texte et éviter ses graves conséquences stratégiques au plan de la pratique révolutionnaire.

Avant de poursuivre sur la dette extérieure, quelques mots sur l’utilisation du terme « autarcie » (avant dernier paragraphe thèse 37). Est-ce vraiment possible de prôner et de réaliser une politique économique tournée vers « l’autarcie frileuse dans ses rapports économiques extérieurs et incapable d’utiliser les immenses possibilités du marché international ».

L’Algérie dépend pour son existence économique de l’extérieur, que ce soit pour le problème capital de l’alimentation (60 à 70% de la ration alimentaire est importée donc la force de travail dépend pour son renouvellement de l’extérieur) ou pour toutes les matières premières ou produits, pièces, équipements, inputs nécessaires à la reproduction économique. Que l’on cite un seul produit qui soit entièrement national sans trace directe ou indirecte des importations !

Si tel est le cas, pourquoi parler « d’autarcie » ? C’est-à-dire ce qui n’existe pas et qui n’existera pas… On voit bien que la science n’a pas déserté que les Universités. C’est un phénomène général auquel même notre Parti n’échappe pas…

Revenons à la dette extérieure. Les thèses 38 et 39 exposent, selon leurs auteurs « la logique du mouvement du capital financier et des règles de fonctionnement d’une économie moderne » qui n’autorise au plan purement économique que cette solution : « la dette est reconduite partiellement, intégralement mais comme un crédit nouveau et avec de nouvelles conditions ».

Qu’est-ce que cette économie moderne où s’appliquerait de façon pure cette solution ? Où existe-t-elle ? Quels sont ou quels seront les pays qui bénéficieront de cette solution ? Mais si on considère que l’économie mondiale réelle est très largement dominée par le système capitaliste (à son stade impérialiste) alors il faut examiner ce qui se passe lors du procès de reproduction capitaliste à la lumière des lois (découvertes par Marx pour mémoire !) du développement capitaliste.

« Le système de crédit accélère par conséquent le développement matériel des forces productives et la constitution d’un marché mondial, la tâche historique de la production capitaliste est justement de pousser jusqu’à un certain degré de développement de ces deux facteurs, base matérielle de la nouvelle forme de production. Le crédit accélère en même temps les explosions violentes de cette contradiction, les crises et, partant, les éléments qui dissolvent l’ancien mode de production.

Voici deux aspects de la caractéristique immanente du système de crédit : d’une part développer le moteur de la production capitaliste, c’est-à-dire l’enrichissement par exploitation du travail d’autrui pour en faire le système le plus pur et le plus monstrueux de spéculation et de jeu, et pour limiter de plus en plus le petit nombre de ceux qui exploitent les richesses sociales ; mais d’autre part, constituer la forme de transition vers un nouveau mode de production ».
[[Marx : La Capital « le rôle du crédit dans la production capitaliste » Livre 3è, Tome II, p. 106/107, Editions. Sociales 1970]]

La logique du développement capitaliste est une logique d’accumulation, de centralisation et de concentration du capital avec comme accélérateur le crédit. C’est un processus constamment renouvelé d’absorption et de recomposition du capital, processus se développant de crise en crise.

C’est ce processus d’absorption du capital national par le capital international qui est la conséquence directe de l’incapacité de ce même capital national à se développer au même rythme et à la même intensité productive que le capital international.

C’est ce qui explique qu’aujourd’hui, les créanciers proposent de se faire rembourser par la prise de participation d’actifs dans les pays endettés, ceci passant par le processus de privatisation et de restructuration des entreprises publiques.

C’est ce qui explique également la matrice des mesures proposées par le FMI et la Banque Mondiale, mesures de politique économique visant surtout à rétablir la capacité de remboursement des pays endettés par la réactivation des politiques d’ajustement structurel dont le premier équilibre à rétablir est celui de la balance commerciale où les exportations doivent d’abord servir au remboursement de la dette et le reste aux importations.

La condition pour pouvoir l’utiliser à des fins de développement réel des forces productives demeure la capacité de l’économie nationale à générer un surplus économique en mesure de satisfaire à la fois le service de la dette et l’accumulation sur une base élargie et autonome.
[[cf. : article Dette et développement et indépendance nationale par A. Lagha et D. Abdelmalek in Révolution Africaine n° 1311 du 21/04/89.]]

Au plan économique, il s’agit d’élever le niveau de productivité du travail social à celui qui caractérise en moyenne le niveau mondial de productivité du travail social.

Ce qui s’échange sur le marché mondial capitaliste ce sont des marchandises et « derrière » les marchandises ce sont des quantités de travail social qui s’échangent.

La question essentielle qui se pose est alors : comment élever la rentabilité du travail social dans notre pays ? Le projet devra aborder cette question.

Ci-joint en complément à ces remarques une contribution traitant de la dette élaborée au 1er trimestre 1989 et que je considère comme actuelle et pouvant éclairer les camarades et la société sur cette question.

Dans la thèse 37, il est dit « Notre parti a dangereusement hésité et a même laissé se développer en son sein et publiquement des positions erronées ».

  1. Il vaut mieux dire la Direction Nationale du PAGS au lieu de notre Parti car c’est à la Direction qu’échoit la responsabilité de prendre une position.
  2. Comment préjuger déjà du caractère erroné des positions puisque c’est presque la première fois qu’un texte approfondi est publié par la Direction et que de surcroît il est soumis à la discussion générale au sein du Parti et de la société. Estime t-on détenir la vérité ? Si oui, pourquoi un débat ?

J’estime pour ma part que l’irresponsabilité est celle du silence relatif sur cette question dont les conséquences politiques et sociales ont alimenté et développé ce que la Direction identifie actuellement comme la contradiction principale.
Il aurait été plus judicieux de développer la capacité de l’écoute du Parti lui-même de la société et tirer les leçons du retard apporté au traitement de cette question. Ceci renvoie à la question du fonctionnement du Parti sur lequel j’interviendrai au moment opportun.

L. Abderrahmane


(1) En relation avec les années 1989-1990, et la « crise » du PAGS, socialgérie a mis en ligne certaines contributions et articles, dont les liens sont donnés ci-dessous:

RÉFLEXIONS D’UN MILITANT SUR LA RÉORGANSATION DU PARTI
CONTRIBUTION DE TAHAR ABADA
; en date du 11 décembre 1989,
date de mise en ligne: 30 janvier 2010

Lire la contribution de Tahar Abada…


Le PAGS A BESOIN D’UN FONCTIONNEMENT DEMOCRATIQUE
PAR MHD KHADDA ET CELLULE D’ALGER-CENTRE
; en date du 2 juillet 1990; date de mise en ligne: 17 février 2010

Lire la contribution de la cellule d’Alger-Centre …


SADEK AISSAT, SON APPROCHE SOCIALE ET DÉMOCRATIQUE

COURAGE POLITIQUE CONTRE HÉGÉMONISMES DE TOUS BORDS
; le 24 juillet 1990; date de mise en ligne: dimanche 17 janvier 2010

Lire la lettre de Sadek Aissat


REHABILITER LE POLITIQUE; HADJERES AU « SOIR D »ALGERIE », GRAND ENTRETIEN AVEC AREZKI METREF; mai-juin 2007, date de mise en ligne sur SOCIALGERIE: dimanche 31 mai 2009

Lire l’entretien…


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Juillet-aout 90 : Crise du PAGS (suite 4)

ASSEMBLÉE D’AOÛT 1990 : COMMENT ON ENTERRE UN DÉBAT AVANT DE L’OUVRIR

Socialgerie,le 26 juillet 2010

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La fin du mois de juillet et le début d’août 1990 ont vu chez les militants inquiétés par la crise de juin, se succéder un renouveau d’espoir, suivi très peu après d’une forte déception.

Comme pour tout ce qui concerne cette crise, le site « Socialgerie » évoque cette évolution dans ses grandes lignes et des aspects partiels.

D’autres précisions et compléments (concernant les acteurs, le déroulement des faits, etc.) figureront dans l’ouvrage plus détaillé qui poursuivra l’entretien réalisé avec moi en 2007 par Arezki Metref dans les colonnes du « Soir d’Algérie ».

Il est possible aussi de consulter dès maintenant les contributions et documents d’époque déjà mis en ligne sur le site depuis un an.

Pour l’essentiel, en juin et juillet, les chances d’ouverture d’un réel débat militant existaient encore.

Tout avait été fait jusque là pour l’empêcher, le réduire à un simulacre en faisant mine d’ignorer la soif d’information et le mécontentement militant.

La majorité de l’exécutif national en place avait en effet publié vers la mi-juillet un nouveau communiqué dans le prolongement du précédent de juin. Sur un fond de proclamations abstraites, il ignorait les interrogations et les doutes exprimés par la base et par les cadres à l’assemblée houleuse de juin, qualifiée de simple assemblée «d’information».

Plusieurs exécutifs régionaux provisoires avaient même refusé à cette occasion de diffuser le communiqué central.

Il devenait quand même difficile de passer outre à la volonté grandissante d’éclaircissements des militants.


ASSEMBLÉE D’AOÛT 90 : REFUS D’UN FRANC DÉBAT ET MÉPRIS ENVERS LES OPINIONS MILITANTES

Parmi les raisons qui poussaient à ouvrir enfin des débats utiles, il y avait notamment les faits suivants:

Une partie de l’exécutif central sentait la fragilité de l’argumentation qui avait consisté, à la mi-juin, à sur-dramatiser la situation nationale du moment, déjà elle même assez inquiétante. Aucun évènement grave au cours du mois écoulé n’avait justifié les injonctions alarmistes et l’urgence qui avaient été invoqués pour arracher une décision à l’esbroufe (pas un jour à perdre, disait-on pour forcer la décision, sans doute en conformité avec un scenario et un timing concoctés dans un des cercles ou des officines qui traversaient le pouvoir ).

Chez ceux qui avaient d’abord cédé à un réflexe de panique, un début de clarification et de raisonnement s’opérait.

L’agressivité antidémocratique de la base activiste du FIS, comme les déclarations de plusieurs de ses porte-paroles , étaient bien réelles. Mais justement, nombre de militants PAGS ne comprenaient pas pourquoi des directives émanant de certaines hiérarchies de leur parti leur enjoignaient d’abandonner toute lutte sociale, politique et idéologique au sein de la population, en se bornant exclusivement à revendiquer l’interdiction administrative du FIS par les autorités.

Cela revenait à quoi ? En fait, à inciter l’ensemble des nationaux et de leurs organisations à laisser par des déclarations générales le terrain libre à l’offensive concrète des courants intégristes dans les media et surtout dans leurs activités de proximité intensifiées en direction de tous les milieux.

Il y avait pire : une interdiction du FIS, telle que préconisée dans les conditions particulières du moment (c’est à dire après son agrément officiel et son succès électoral) apporterait aux courants réactionnaires de cette formation un soutien plus grand des milieux, majoritaires dans le pays (bien au delà des cercles et sympathisants islamistes) auprès desquels le pouvoir était discrédité à cause de ses antécédents de gestion autoritaire et répressive.

La pression ouverte ou sourde de la base militante a donc finalement amené une partie de la direction à concéder au moins la tenue d’une assemblée ouverte au débat. Il était peu concevable de fermer cette voie, alors que la perspective d’un Congrès se dessinait (destiné dans l’esprit de ses promoteurs à cautionner dans la précipitation le forcing de juin).

En fait c’est une série de conférences nationales (thématiques et organiques) qu’il aurait fallu d’abord programmer, avec une sérieuse préparation démocratique de chacune d’elles. Néanmoins, avec l’annonce et l’approche de cette assemblée, j’eus l’impression que l’idée d’ouvrir le débat avait progressé et l’espoir semblait renaître chez les militants, même les plus désabusés.

LES TECHNIQUES D’ESCAMOTAGE REMPLACENT L’APPROCHE POLITIQUE

Jusque là tout avait été fait pour que mon point de vue ne franchisse pas les murs de nos bureaux de réunion.

Comment interpréter alors qu’on venait de me proposer de présenter un rapport à cette assemblée dans lequel j’avancerais mes arguments.

J’ai cru sentir à certains signes que les partisans les plus autoritaires de l’alignement sur un clan du pouvoir avaient concédé un repli tactique à d’autres membres de l’exécutif plus réalistes ou plus soucieux de formes démocratiques. Dans leur logique, les membres du groupe autoritaire étaient convaincus que mon point de vue ne tiendrait pas, face au dilemme simpliste auquel ils réduisaient la situation : interdire immédiatement le FIS ou baisser les bras devant ses agissements et sa menace potentielle.

L’occasion était donc opportune d’exposer enfin largement mes points de vue bloqués ou sciemment déformés jusque là.

Mon opinion ne consistait en aucune façon à capituler devant les menaces des dirigeants islamistes ni de suivre aveuglément en tout les injonctions de clans autoritaires du pouvoir guidés par leurs propres intérêts étroits.

Il y avait nécessité, pour faire reculer réellement les tentatives d’intimidation des milieux les plus agressifs du FIS, de sensibiliser une grande partie de l’opinion populaire autrement que par les considérations institutionnelles abstraites qui ne pouvaient convaincre qu’une frange étroite de démocrates politisés.

Il fallait davantage mettre en avant les mots d’ordre concrets les plus rassembleurs et les plus accessibles aux différentes catégories de la population. Le vécu quotidien des dernières semaines montrait que des prises de conscience intéressantes s’opéraient sur cette base dans différents milieux plutôt indécis jusque là. Il s’agissait d’accompagner et d’amplifier ces évolutions.

J’ai pris le temps nécessaire à préparer le rapport demandé, en évitant de nombreuses contraintes protocolaires dont on m’accablait inutilement. J’ai veillé particulièrement à prendre en compte les différentes opinions apparues, afin d’encourager les échanges et le plus d’unité d’action possible entre les points de vue existants.

[Ce rapport est resté à ce jour inconnu des militants et de l’opinion. J’en ferai connaître plus tard le texte intégral).

On comprend que son contenu dérangeait les détracteurs qui n’avaient cessé de présenter une version caricaturale et totalement falsifiée de ma position.

J’ai alors constaté que dans la pratique, l’obstruction se poursuivait par des voies et des obstacles insidieux, inavoués, dans un climat de méfiance artificiellement attisé depuis les précédents débats houleux

Pour éviter que des membres du service technique invoquent des difficultés matérielles pour retarder ou rendre impossible l’impression de ce rapport (c’était devenu une pratique fréquente pour des textes émanant de moi-même ou de quelques autres camarades), je l’ai fait dactylographier par une camarade bénévole (xx). Plusieurs jours se sont écoulés après sa remise aux camarades de l’exécutif, pendant lesquels je leur ai laissé le temps de l’examiner en vue d’une discussion plus fructueuse. J’ai senti alors un flottement, des faux fuyants. Visiblement le contenu du texte gênait.

Mais au lieu de le discuter ouvertement, un prétexte fut trouvé pour tenter de le remplacer par un autre texte portant sur des problèmes plus généraux, préparé des semaines auparavant par un camarade de l’exécutif (je crois me souvenir qu’il s’agissait de (XX), responsable que j’estimais pour son sérieux, sa profondeur et ses qualités humaines).

Je ne me souviens plus du thème et je n’ai pas réussi à ce jour à retrouver une copie de ce document « de rechange ». Dans sa généralité, il avait probablement son intérêt et méritait d’être discuté dans un autre cadre. Mais il avait peu de rapport avec l’actualité brûlante qui interpellait le parti sur des questions précises et exigeait une analyse serrée des faits. Pour l’assemblée prévue, il n’avait pas beaucoup à voir avec ce qui préoccupait concrètement depuis le mois de juin les militants et responsables.

J’ai présenté récemment à des camarades et amis le texte du rapport qui m’avait été confié et dont on avait escamoté même l’existence. Avec le recul du temps, ils ont mesuré avec amertume et révolte le préjudice causé par l’escamotage d’un fructueux échange.

Le document, quelles que soient les diverses opinions, aurait selon eux contribué à sauvegarder l’unité du parti et ses capacités de mobilisation sur le terrain, ainsi qu’une plus large crédibilité auprès d’autres formations politiques et sur la scène publique.

Enterrer le rapport qu’on m’avait expressément demandé, quel qu’en soit le prétexte, n’était pas seulement grotesque dans la forme, c’était inadmissible quant au fond. Les tenants de l’alignement bureaucratique et inconditionnel sur un clan de pouvoir se dérobaient à la confrontation ouverte devant les larges assemblées habilitées à débattre des orientations.

Pourquoi parallèlement n’avaient-ils pas soumis un contre projet réfutant concrètement et point par point l’analyse et les propositions que j’avançais dans le rapport, au lieu de s’en tenir à la trop facile appréciation péremptoire: ce n’est pas conforme à la « ligne »?
Je crois aujourd’hui saisir rétrospectivement une des raisons de leurs réticences. J’ai en effet pris connaissance, parfois des années plus tard, de lettres de militants ou cellules adressées à la direction et qui ne m’étaient pas parvenues. Ces documents, dont certains récemment publiés sur ce site, émanaient de militants et de cadres respectés pour leur engagement et leur sérieux. Il est vraisemblable que la convergence de ces avis avec mon propre point de vue avait fait craindre aux membres les plus sectaires de l’exécutif, une remise en cause massive de la dérive qu’ils avaient amorcée. Tous leurs efforts visaient en effet à faire croire aux militants que le premier secrétaire cautionnait leurs orientations simplistes, cependant que dans des cercles plus restreints, ils déversaient les calomnies de toutes sortes et les déformations de mes points de vue.

Ils préféraient se rassurer en leur cercle de convaincus pour justifier la dérobade: l’exposé n’est pas dans « la ligne » arrêtée par eux en juin juillet.

Mais qui donc était habilité à définir la ligne ? Quand cette ligne avait-elle été débattue ? Quelle légitimité de décision avait l’organisme exécutif provisoire en cette période de retour à la vie légale ?

Et même si un vrai bureau politique avait été élu, n’aurait-il pas été astreint régulièrement à soumettre les orientations proposées aux différents échelons du parti?

J’ai compris à ce moment que les chances s’étaient amenuisées de parvenir à un vrai débat, à un minimum de fonctionnement démocratique. La suite confirmera que cette obstruction n’était malheureusement qu’un prélude, enrobé dans des prétextes douteux.

Ce qui s’est passé ensuite au cours de l’assemblée, sous des formes moins subtiles, dépassait ma personne et ma fonction. Il a concerné l’ensemble des militants dont on a méprisé ouvertement le droit à l’expression et tout simplement la dignité. J’avoue que dans un premier temps, comme beaucoup d’autres, je n’imaginais pas qu’on puisse dans le PAGS franchir ce pas de l’indignité.

INCROYABLE MAIS VRAI

J’ assurais la présidence de l’assemblée. Je nourrissais malgré tout l’espoir que, quel que soit le texte servant de point de départ, l’actualité ramènerait au premier plan les considérations et les interrogations de fond, même si les jusqu’au-boutistes des solutions administratives s’acharnaient à les éluder.

C’est bien ce qui s’est passé: quand on veut chasser le fond, il revient au galop. Je sentais dans la vaste salle du «5 juillet» les militants insatisfaits et impatients face au ronronnement des généralités et des lieux communs qui leur étaient servis.

La langue de bois ne parvenait pas à faire passer les affirmations et points de vue déjà arrêtés, martelés en guise d’analyse.

Brusquement, interrompant ce déroulement de platitudes, je perçus de gros remous qui agitaient l’arrière de l’assemblée. Cris et agitation se sont prolongés un long moment, détournant durablement l’attention générale. A première vue, plusieurs camarades étaient pris à partie pour leurs opinions et battus pour les empêcher de prendre la parole.

Je ne sus que plus tard, à l’interruption de séance qui a suivi, ce qui venait de se dérouler et manifestement continuait à soulever l’émotion et des discussions animées dans la salle. J’apprendrai avec encore plus de détails, le soir et le lendemain, la nature, les motivations et le comportement des protagonistes : la distribution d’un document ou pétition, rédigé par un groupe de camarades qui n’avaient pu jusque là trouver un autre moyen de s’exprimer. Ce document a été reproduit il y a quelques mois sur le site; il contenait nombre d’analyses pertinentes à côté d’affirmations approximatives mais l’ensemble était un document sérieux, il méritait d’être connu et débattu.
Je laisse à plus tard les dessous et les détails de cet incident, grave par ses motivations d’atteinte aux droits militants. C’est progressivement et des années plus tard que j’ai pris connaissance de l’ensemble des chantages indignes qui se sont exercés avant cette Assemblée d’aout et jusqu’à son ouverture pour contraindre au silence des militants et responsables pleins d’abnégation comme Sadek Aïssat et d’autres et les punir du « crime » de n’avoir pas voulu se taire et se soumettre. Ces faits trouveront leur place dans un aperçu des méthodes qui ont été mises en oeuvre contre le PAGS et en son sein pour barrer la route à une transition démocratique au système et à l’esprit du parti unique.

Sans connaître à ce stade la raison de l’incident, j’étais néanmoins déjà certain qu’il n’était pas une diversion marginale, comme il peut s’en produire à l’occasion d’une tension, de malentendus, d’énervements rapidement dépassés entre des assistants surexcités.

Le heurt inadmissible n’était pas « hors sujet». Il s’inscrivait directement au cœur du problème qui rongeait et frappait de stérilité la vie politique de l’Algérie depuis longtemps.

Cette gangrène rejaillissait dans nos propres rangs alors que durant des décennies nous lui avions payé un lourd tribut pour l’avoir dénoncée et combattue. On cherchait à imposer à des militants venus librement à l’engagement partisan le bâillonnement de l’expression démocratique et de progrès.

On travaillait en somme à entretenir et nourrir l’incapacité à assurer des échanges et un débat bénéfiques, y compris entre militants se réclamant formellement de la même cause.
Comme président de séance et premier secrétaire du parti, je ne pouvais admettre et supporter des méthodes que nous étions censés rejeter fondamentalement, quels que soient les points de vue ou les torts des intervenants.

Je le proclamai immédiatement et sans détour devant l’assemblée: je condamne ce genre de comportement; tant que je présiderai et aurai cette responsabilité dans le parti, tout militant a le droit de s’exprimer librement en respectant le droit à l’expression de ses camarades.

Ce que je venais de souligner avait été accueilli avec soulagement par l’assistance comme le rappel, la reconnaissance d’une norme intangible, la norme d’un «parti de Droit», comme on dirait un «Etat de Droit», à qui le respect des règles de son fonctionnement sont source de confiance et de crédibilité .

Mais pour d’autres, que n’ai-je dit! La mise au point avait été ressentie comme une déclaration sacrilège, une offense à «l’autorité»! J’ai constaté à l’interruption de séance qui a suivi, qu’en rappelant ce qui devait être l’ABC d’un parti démocratique, j’avais écorché la susceptibilité de plusieurs membres de l’exécutif.

Ils me l’ont reproché avec véhémence: tu as laissé entendre que tu te désolidarises du reste de la direction!

J’étais stupéfait et répliquai: pourquoi donc? Je m’attendais à ce que vous me félicitiez et souteniez pour avoir rappelé les normes démocratiques que nous proclamons. Vous auriez du vous mêmes intervenir dans le même sens. Vous avez un avis différent? Vous approuvez de telles méthodes?

Rien ne pouvait les dissuader que mon appel à respecter la liberté d’expression des militants était dirigée contre eux. Les plus acharnés ne se rendaient pas compte qu’ils trahissaient ainsi leurs pensées inavouées.

C’était de leur part une façon implicite d’avouer qu’ils approuvaient ces méthodes, s’ils ne les avaient pas eux-mêmes inspirées.

J’eus ainsi confirmation de ce que les semaines précédentes avaient commencé à montrer.

Dans une situation politique du pays fortement instrumentalisée par les enjeux de pouvoir, le mode de pensée de certains s’était cristallisé et figé non seulement sur une conception antidémocratique de la vie du pays mais même sur la raison d’être de notre combat. Ils l’assumaient comme si elle devait devenir la norme naturelle et sacrée d’un parti comme le nôtre.

Il leur était insupportable que cette transgression de nos idéaux soit mise à nu et dénoncée à partir des faits.

La rupture était donc consommée, du moins à notre niveau, car comme on le verra, formellement et dans leur discours envers la base, les repentis de la démocratie révolutionnaire et de la démocratie tout court ne jetteront pas immédiatement le masque au grand jour.

DOUBLE LANGAGE, REPENTANCES ET … RÉCIDIVES

Je fus aussitôt écœuré par ce que je considérai comme une « hogra » envers des militants sincères en quête de réponses convaincantes à leurs interrogations. Je n’admettais pas que des militants soient considérés « sans opinion » et astreints à l’obéissance au doigt et à l’œil comme si le PAGS devait être un parti de « chefs » ou de « patrons ».

Ma décision fut prise sur le champ. «Je ne veux plus présider l’assemblée en cautionnant des actes comme ceux qui se sont produits. Si d’autres ont cette conception, qu’ils en prennent la responsabilité et l’assument ouvertement!».

Je ne me souviens plus qui, devant ma ferme décision, a proposé que (YY) prenne le relai ou si lui-même s’était proposé.

Depuis quelque temps en effet, une rivalité-complicité, une émulation dans la surenchère antidémocratique était apparue entre les quelques responsables qui voulaient se montrer têtes de file ou porte-paroles de la ligne d’une modernité à la carte pour le «salut du pays». Ils rivalisaient de zèle autoritaire sous les regards passifs ou médusés d’autres membres de l’exécutif qui, même lorsqu’ils avaient leurs propres interrogations, les faisaient taire face à des évènements ou une logique supérieure qui paraissaient les dépasser et leur conseillait la prudence du ‘ghir takhti rassi ».

Le responsable de la commission organique semblait séduit et convaincu par la tâche de mater les « rebelles » et les inconscients. Son comportement en général plutôt affable s’était transformé depuis juin, il montrait une hargne particulière envers quiconque « haouess yefhem bezaf» (cherche à trop comprendre). Je n’expose pas ici les ressorts sinueux de cette brusque métamorphose.

A la reprise de l’assemblée, encore sous l’effet de l’indignation, je suivais à peine les paroles du nouveau président de séance. Je apercevais sa silhouette dans la posture et les gestes du tribun intraitable qui veut montrer sa poigne à l’assistance pour obtenir sa soumission. Peu après, des mouvements d’humeur dans l’assemblée ont attiré mon attention puis de sourds grondements entrecoupés de cris ont enflé pour se transformer en une large huée de protestation qui a empli la salle. Le «redresseur» avait probablement outrepassé les bornes du respect et les présents lui renvoyaient la monnaie, indépendamment de leurs opinions sur le fond.

Je reconnus à (YY) l’art de l’esquive puis la souplesse de battre en retraite. Car quand il eût changé progressivement de ton et transformé son attitude arrogante en professions de foi rassurantes , le mécontentement alla en décroissant jusqu’à ce que des applaudissements viennent souligner que la leçon donnée par la salle semblait avoir été bien comprise par son destinataire.

L’avait-elle été vraiment? J’ai su quand nous nous sommes retrouvés pour le bilan, qu’il s’agissait seulement de la part du groupe d’un repli tactique pour noyer le poisson et terminer l’assemblée par des généralités, sans débat réel ni conclusion.

Je me trouvai ainsi le soir face à un groupe aux convictions autoritaires bien arrêtées, qui ne cherchait même pas à s’interroger sur les conséquences de leurs propres comportements auprès des militants.

Préoccupés avant tout de déverser leur bile contre moi, ils me rendaient responsable du désaveu infligé à leurs méthodes. Ils s’étaient habitués à n’aborder les problèmes rencontrés qu’en termes de manipulations, ils étaient persuadés ou feignaient d’y croire, que j’avais moi-même fabriqué la réprobation qui s’était exprimée envers leurs actes. Affirmation plaisante, alors que j’étais étroitement « marqué » dans chacun de mes gestes et déplacements. J’aurais été heureux si j’avais pu entrer en contact avec la base et les cadres comme je l’aurais souhaité. J’en aurais appris beaucoup de choses que je n’ai su que les jours suivants ou des mois plus tard sur certaines des façons dont ils avaient manigancé l’assemblée.

Au cours de cette rencontre houleuse du soir, les leaders de la conspiration politique ne se sont pas avancés directement pour me reprocher mon manque de «solidarité».

Ils ont mis en avant deux ou trois de leurs auxiliaires, certains pas très au courant de tous les tenants et aboutissants mais attachés à eux par des liens de différentes natures ou par un profil psychologique sur fond de naïveté ou d’horizons limités.

L’un d’eux, (ZZ), se disait peiné et s’étonnait, sur le registre de la plainte et presque larmoyant, que j’aie rompu en public la cohésion du cercle dirigeant, moi qu’il avait connu comme ayant toujours défendu le droit à l’expression démocratique et la transparence dans les rapports militants!

Incroyable mais vrai! Je suis resté ébahi par cette salade conceptuelle inattendue.

Curieuse conception du respect démocratique des opinions militantes, qui réduisait ce respect à la complaisance et à la complicité envers les coups tordus perpétrés par des cercles dirigeants qui faisaient tout pour étouffer la voix et jusqu’aux pensées des militants.

«Démocratie» à deux vitesses! Tout permis au « premier collège » des factions dirigeantes, mais bouche cousue, discipline aveugle et contraintes rigides pour les autres, la «piétaille» militante dont le mérite et l’abnégation se mesureraient à leur capacité de soumission sans une plainte.

Je croyais bien connaître (ZZ), ses élans généreux, son abnégation maintes fois prouvée, sa sensibilité humaine et sa curiosité intellectuelle, desservies néanmoins par la quête mécaniste d’absolus idéologiques ou de tutelles symboliques, à l’ombre d’un chef, un « patron », d’un directeur de conscience, d’une personnalité spirituelle ou culturelle faisant autorité. Une subjectivité frisant parfois la candeur et des ressorts intellectuels déroutants qui l’ont exposé maintes fois à des impairs et des déboires dans ses relations militantes ou humaines, dont il a décrit lui même quelques unes avec sincérité.

Mais cette fois, c’était le comble! Sa « sortie » aux accents pathétique pour regretter ma prise de position m’a surpris, contrairement aux impairs dont il était coutumier le plus souvent en toute bonne foi . J’ai mieux compris à travers sa réaction les conceptions perverties et les dérèglements provoqués dans des milieux théoriquement marxisants mais environnés et débordés par les réflexes et les effluves idéologiques d’un nationalisme petit-bourgeois et les manigances des appareils d’Etat formés à la chasse aux courants démocratiques et sociaux conséquents.

Comme cela se déroula en Russie, la montée réactionnaire et la crise progressiste ont fait émerger des cercles élitistes, les uns sincères mais dévoyés et d’autres parfaitement conscients, qui ont chevauché abstraitement la «perestroïka» pour marier dans les faits la dérégulation économique libérale sauvage avec l’autoritarisme intérieur absolu et la dépendance servile ou consciemment assumée envers l’impérialisme US. N’a-t-on pas connu dans ce grand pays des leaders à la Eltsine, qui après avoir claironné un communisme « pur et dur », ont fini par faire tirer au canon sur le siège de la Douma dont la majorité des députés protestaient contre son ascension dictatoriale et anti-populaire et réclamaient le plein exercice de la souveraineté parlementaire ? Pas étonnant que ses quelques émules algériens, qui l’ont élevé au rang d’idole, ont été parmi les maîtres à penser et les initiateurs les plus conscients de l’entreprise de dislocation du PAGS. Les premiers à se désoler, au cours de Assemblée qui les avait désavoués, que les militants sincères protestent contre les assauts d’une caporalisation venant de l’intérieur après les décennies de caporalisation que le système de parti unique avait fait subir à la nation. Les premiers aussi à considérer la démocratie comme un luxe pour l’Algérie, tout comme le faisaient à l’autre pôle du champ politique ceux qui diabolisaient la démocratie comme « kofr », un acte d’hérésie et d’apostasie.

Paradoxal et surprenant en apparence fut, après cette assemblée, le comportement de (WW) qui joignit ses invectives (ce n’était pas la première fois) aux partisans du libéralisme et des futurs repentis du communisme, alors qu’il défendait avec ferveur et sincérité les vertus du communisme, non sans dogmatisme toutefois, qui dans ses fonctions ira en s’accentuant au fil des années. Il n’y a en fait pas de paradoxe: la vision foncièrement antidémocratique et bureaucratique de la situation traversée par le pays et le parti le mettait en cohérence avec la caution sans faille d’«ancien»( en pointe même dans certaines besognes) que je n’analyse pas ici, qu’il n’avait cessé d’apporter à l’entreprise de déstabilisation du PAGS depuis janvier 90 et qu’il maintiendra pendant deux ans, jusqu’à ce qu’ après la disparition du PAGS en 1992 il constatera les résultats de son alignement, sans pour autant amorcer le moindre signe d’autocritique pour le zèle aveugle qu’il avait déployé dans cette démolition.

Au total, l’assemblée d’août a marqué un tournant. Il restait à en tirer des leçons quant aux perspectives d’un «Congrès» qui s’annonçait sous des auspices fortement antidémocratiques.

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pdf_img2353right-doc2352-4.jpg Sur la pente glissante de la désintégration
PAGS, ASSEMBLÉE D’AOÛT 1990 : UN DES DOCUMENTS DIABOLISÉS
Ils avaient tenté en vain de s’exprimer …
– Sadek Hadjerès – le 20 juillet 2010 – socialgerie article 218;

Ce document d’époque est méconnu de la plupart des militants de l’ex-PAGS, comme de nombreux autres documents jusqu’ici mis en ligne sur le site. Sa présentation est instructive et utile pour au moins deux raisons.

Qu’on soit d’accord ou non sur tout ou partie des analyses et opinions avancées, il méritait un large débat et ses thèmes restent actuels en Algérie et dans le monde.

De plus, le contexte trouble de l’époque apporte un éclairage supplémentaire au problème majeur qui allait faire glisser l’Algérie, sa société, ses organisations et ses institutions vers l’abîme que l’on sait: le rejet du débat, des méthodes et des fonctionnements démocratiques.

Cela est illustré dans ce cas particulier par la façon dont furent « punis » (chantages, menaces, calomnies et voies de fait) les six auteurs et signataires du document (liste et copie en bas du texte et en pièce jointe).

En présentant de bonne foi leurs opinions, ils avaient cru en la vertu des échanges constructifs au service des idéaux et valeurs proclamées et défendues par le PAGS depuis sa fondation.

Nombre de ceux qui ont assisté à cette assemblée peuvent se remémorer et témoigner de ce ratage désastreux, marqué entre autres par l’annulation (avant l’ouverture de l’assemblée) du rapport introductif et du plan d’action dont le premier Secrétaire avait été chargé et qu’il avait préparé depuis des semaines.

Les auteurs de ce torpillage, loin d’en tirer les leçons, s’enfonceront au contraire davantage dans un engrenage dont on mesure mieux aujourd’hui les effets …


SORTIR LE PARTI DE LA CRISE

Chers camarades,

Le Parti est en crise.

Les élections de juin ont montré la faillite des orientations actuelles du Parti.

De plus en plus de camarades se sentent désemparés et se démobilisent.
Le Parti risque de s’effriter. Il ne se manifeste plus, essentiellement, qu’à travers les déclarations et les déclarations et communiqués dont chacun aggrave la crise du Parti.

Cette crise est, à notre avis, la résultante de problèmes d’orientation et de fonctionnement du Parti.

Sur le plan des orientations, les dernières prises de position de la direction du Parti ont créé une situation extrêmement grave non seulement pour le Parti mais pour l’avenir même des idées du socialisme scientifique dans notre pays.

LA DÉCLARATION DU 18 JUIN

La déclaration du 18 juin a consterné le militant et porté un grand préjudice au Parti.

Face à la réalité du résultat des élections, la direction du Parti n’a trouvé d’autre explication que de nier cette réalité, se privant ainsi du même coup des moyens de comprendre cette réalité et d’en tirer, courageusement, les leçons qui s’imposent en ce qui concerne les orientations du Parti.

En proclamant, de manière dérisoire, que les résultats de ces élections «auraient pu être purement et simplement annulées», qu’ils sont encourageants pour notre Parti » et que chaque voix qui s’est portée sur lui «vaut son pesant d’or» (nouvelle conception de la quantité en qualité!), la direction a ainsi remplacé le procès du pouvoir et de sa politique par celui du peuple.

Elle a fait preuve en même temps d’irresponsabilité en pouvant donner ainsi l’impression que nous préférions un coup de force et donc d’aventure, à une issue démocratique à la crise politique actuelle.

En n’ayant d’autre souci que de dénoncer le danger du FIS et de mettre «devant l’Histoire» la nation en garde contre «le malheur»
qu’il pouvait apporter, la direction a voulu ainsi prendre ses responsabilités historiques. Certes, il y a là du courage, comparé à l’attitude d’autres forces politiques. Mais ce courage aurait été plus grand, plus convaincant si le fond du problème n’avait été en même temps esquivé, celui de la responsabilité historique du pouvoir dans la société actuelle et celui de ses propres responsabilités dans l’absence de toute autre issue offerte au peuple.

S’agit-il, en effet, de clamer au peuple que nous sommes les adversaires les plus résolus du FIS, ou bien s’agit-il de lui montrer que nous sommes les défenseurs les plus déterminés de ses intérêts? Car derrière le danger qui a été ainsi dénoncé, il y en a encore un plus grand, dont le premier n’est que la conséquence, et que la déclaration n’a cessé d’éviter:
c’est celui d’orientations qui n’ont cessé d’éloigner le Parti du peuple et qui expliquent que le peuple s’est éloigné du Parti.

La déclaration du 18 juin n’est que l’aboutissement d’une ligne politique qui est apparue aux yeux des masses comme une ligne de soutien au pouvoir actuel et donc une politique qui a consisté à faire porter à la classe ouvrière et aux masses populaires le fardeau de la crise et à les écraser.

Cette ligne est apparue comme une ligne opportuniste, empruntant des justifications diverses, mais restant en pratique la même à l’égard des gouvernements successifs et bien que le pouvoir ait basculé dans une politique anti-populaire au début des années 80. Si des critiques ont été formulées, elles sont restées dans les faits verbales, et n’ont en tout cas jamais, sur le terrain des luttes concrètes, orienté notre activité politique. C’est ainsi qu’après les massacres d’Octobre, la direction du Parti a décidé de ne pas dire «non» à la candidature de Chadli, donnant comme explication qu’il fallait « préserver la stabilité d’un pays » en dépit d’une réalité qui montrait que c’était précisément à la politique du pôuvoir représentée par Chadli qui était la cause de l’instabilité du pays.

À cette ligne invariable de «soutien critique», la classe ouvrière a opposé la critique de notre soutien au pouvoir.

La tendance à esquiver en permanence cette question politique clé, la question du pouvoir, s’est exprimée dans la tendance à réduire la position de la classe à une position syndicale. La défense , fatalement alors inconséquente des intérêts économiques de la classe ouvrière (pouvoir d’achats, salaires, etc.) a été présentée comme la défense de ses intérêts politiques. La classe ouvrière a été ainsi livrée à l’influence politique et idéologique des autres forces sociales et des forces politiques qui elles posaient la question du pouvoir et proposaient une alternative.

Pourtant déjà à la veille des événements d’Octobre, la situation était caractérisée par la montée des luttes ouvrières, lesquelles stimulaient la lutte de l’ensemble des travailleurs. C’était le signe que la classe ouvrière s’était portée résolument à l’avant-garde de la protestation populaire, qu’elle recherchait une issue à la situation et qu’il était possible que cette issue soit la plus favorable pour le peuple, à condition de faire la jonction avec les luttes ouvrières.

Mais le Parti n’a pas perçu la signification de ces luttes et de la situation. Les orientations qui ont été données ont consisté, après Octobre 88, à interpréter le mouvement de masse comme la source de tensions préjudiciables à «un processus démocratique fragile». La question centrale de la démocratie a alors été inversée : au lieu de faire de la démocratie un instrument de développement des luttes de masse et donc des luttes de masse un instrument de développement de la démocratie, une démocratie conséquente au profit du peuple, la tendance a prédominé de plus en plus à freiner le mouvement de masse. Le Parti est apparu alors comme une force qui craignait le mouvement populaire, et ceci malgré les efforts de nombreux camarades pour être présents dans les luttes et montrer le danger d’une telle orientation.

Ainsi s’est opéré le passage aux positions du démocratisme bourgeois et la voie s’est trouvée ouverte à la subordination, à la vision et aux intérêts de la bourgeoisie.

Une telle position ne pouvait permettre la jonction avec la classe ouvrière et les couches populaires. Elle ne pouvait permettre que la jonction avec la partie des couches moyennes, la plus proche, pour les …. Culturelles propres à notre pays de l’appareil de l’Etat. C’est effectivement ce qui se passa, encore qu’il faille préciser que d’autres forces politiques telles que le RCD, sont bien plus à même de réaliser «naturellement» cette jonction ou bien, ce qui revient au même, qu’une telle jonction suppose la transformation du contenu de classe du (… ? …) Parti.

C’est dans la logique interne de ce processus qu’il faut chercher l’explication de l’alliance préférentielle avec le RCD comme une tendance de celui-ci à dominer cette alliance.

Mais avec ce processus, un nouveau pas risquait d’être franchi dans la dégradation des positions de classes et des positions nationales du Parti.

«L’avant-projet de résolution politico-idéologique» de Juin 1990 vient de franchir ce pas.

L’AVANT-PROJET DE RESOLUTION POLITICO-IDÉOLOGIQUE

Cette résolution fait des contradictions internes de la bourgeoisie algérienne, divisée pour les besoins de la démonstration en une fraction «archaïque» et une fraction «moderne», le moteur de l’évolution historique de notre société, comme elle fait, sur le plan international, des contradictions interimpérialistes le moteur de l’évolution du monde actuel. Telle est le fond de cette résolution, qui est présentée comme une «percée idéologique».

Il a fallu 40 pages de journal, du journal du parti de la classe ouvrière, pour tenter à la fois de justifier cette idée principale et de la camoufler.

Ainsi se trouve nié le rôle de la classe ouvrière et celui des masses dans l’Histoire. La classe ouvrière est conviée à se contenter de jouer le rôle d’une force d’appoint et à se prosterner devant la bourgeoisie qui désormais « assume l’initiative historique». [[Cf. points de repères stratégiques du 28 / 04 / 1989]]

Abandonnant le point de vue de classe, les auteurs de la résolution divisent la société en une «société moderne» et une «société réactionnaire», «archaïque», «passéiste», obscurantiste». Ils déclarent à ce propos que «la contradiction principale ne se situe pas fondamentalement dans la sphère de l’idéologie et de la culture». Mais ils se contredisent eux-mêmes puisque, par la division qu’ils opèrent, ils situent la source de la contradiction principale justement dans «la sphère de l’idéologie et de la culture».

Car comment décider de l’appartenance à la «société moderne» ou à la «société réactionnaire» et archaïque» (et quels sont les juges ?) si ce n’est en fonction de critères idéologiques et culturels. Un ouvrier ou un paysan pauvre porteur de l’idéologie «féodale» et «passéiste» serait-il à classer dans la «société moderne» ou dans la «société réactionnaire». Faut-il les classer suivant leur être social, comme le réclame le matérialisme historique c’est-à-dire suivant leur position de classe, leur place par rapport à la propriété des moyens de production, ou bien suivant leur conscience sociale?

Donc, si l’on suit le raisonnement de la résolution, des millions de paysans, de jeunes, d’ouvriers aussi, qui ont voté pour le FIS (et qui vivent d’ailleurs souvent dans des villes modernes en travaillant dans des entreprises modernes) seraient à classer dans la «société réactionnaire», puisqu’ils ont montré ainsi qu’ils ne se comporteraient pas en «gens modernes». Ils feraient donc eux aussi partie de ces forces qui, comme le dit la résolution, œuvrent «sous le poids des préjugés et idéologies passéistes et réactionnaires» à freiner «le progrès et la modernisation de la société». Nous revoilà sur la déclaration du 18 Juin qui fait le procès du peuple.

Et si l’on continue à suivre ce raisonnement, les paysans liés aux structures «précapitalistes et féodales» (si tant est qu’il reste beaucoup de structures féodales) seraient eux aussi des adversaires puisque la résolution dit que ces structures font partie de la «société réactionnaire» et que la lutte se déroule entre elles et la «société moderne». Comment expliquer alors que cette masse de paysans qui a fourni le gros des troupes de libération nationale, fait avancer l’Histoire et fait donc acte de modernité ? Ou faudrait-il en conclure que le colonialisme défendait le « société moderne » en combattant ces paysans et en les massacrant. Nous verrons plus loin, à propos de la question nationale, sur quelles conclusions monstrueuses peuvent déboucher de telles erreurs d’analyse.

Ce n’est plus, selon les auteurs de la résolution, les luttes de classe qui seraient le moteur de l’Histoire, mais les luttes à l’intérieur de chaque classe. En effet comme il y a une «bourgeoisie moderne» et une «bourgeoisie archaïque», «réactionnaire », il pourrait y avoir aussi une paysannerie «moderne» et une paysannerie «archaïque» et «réactionnaire», et pourquoi pas une classe ouvrière «moderne» et une classe ouvrière «archaïque» et «réactionnaire» puisqu’il y a bien des ouvriers qui travaillent dans des entreprises artisanales ou archaïques et qu’il y a le semi prolétariat agricole. Ainsi, chacune des classes aurait une partie d’elle dans «la société moderne et de progrès» et une autre dans la société «archaïque» et «réactionnaire».

Bien qu’ils disent que la contradiction principale n’est ni idéologique, ni culturelle (au fait pourquoi le disent-ils?), les auteurs de la résolution ont sans cesse recours à des critères idéologiques, culturels, voire moraux pour différencier les forces sociales ; ici «moderne» et réactionnaire», «archaïque», «préjugés» et «idéologies passéistes», là «Front de l’idéologie libérale»(ce qui ne veut rien dire car comment un Front peut-il être celui d’une idéologie); là encore jérémiades moralisantes contre la spéculation; en oubliant ce que disait Lénine, à savoir que «le capitalisme c’est la spéculation». [[Cf. Lénine : « L’impôt en nature ».]]

Ils sont obligés d’avoir recours à ces critères parce que leur analyse ne peut s’appuyer que sur ces critères. Mais en même temps, ils s’efforcent pas mille subterfuges de cacher leur procédé d’analyse : ainsi les notions de «moderne» et de «progrès», «d’ancien», «d’archaïque» et «réactionnaire», d’ «ignorance» et «d’obscurantisme», sont abusivement assimilées les unes aux autres. L’analyse passe subrepticement de l’une à l’autre comme si elles étaient équivalentes et comme si leur équivalence avait été démontrée.

C’est d’ailleurs là que se trouve le mécanisme intime de l’erreur ou plus exactement ici, de la mystification. Les auteurs de la résolution ont d’évidence lu les classiques du marxisme-léninisme. [[Leurs sources paraissent avoir été ici «Ce que sont les amis du peuple», et «Quel héritage renions-nous?» de Lénine contre le populisme, ainsi que «L’impôt en nature»]] Ils y ont appris que le développement du capitalisme était un progrès par rapport aux structures précapitalistes et que c’était du populisme et un combat d’arrière garde que de prétendre le contraire. Mais de cette vérité indiscutable ils tirent une conclusion fausse, absurde: il y a une «société moderne et de progrès» qui correspond au développement du capitalisme et il y a une «société réactionnaire» qui correspond aux structures précapitalistes et féodales.

C’est une conclusion absurde parce que :

  • Premièrement il y a des forces réactionnaires dans une «société moderne» et des forces progressistes dans une société même la plus arriérée. Par exemple, le fascisme a été en Europe la dictature sanglante du «dernier cri» du capitalisme moderne, le plus évolué; le capitalisme financier. Celui-ci n’a pas hésité, par peur des masses populaires, de céder même le pouvoir politique à la petite bourgeoisie la plus réactionnaire, de se servir d’elle pour instaurer cette dictature. [[D’autre part, l’existence de «structures précapitalistes et féodales» ne prouverait qu’une chose, c’est qu’il existe une des forces progressistes essentielles, la paysannerie, de la révolution démocratique.]]
  • Deuxièmement parce qu’elle crée deux formations économiques et sociales dans la même société, qu’elle dresse artificiellement un mur entre elles et qu’elle se prive par là même de partir de la réalité telle qu’elle est, de voir les différentes structures économiques et sociales existantes dans leur combinaison ; leur interaction, leur unité contradictoire, leurs alliances. Bref, c’est oublier ce qui fait le cœur du marxisme, sa dialectique vivante et aboutir à une simplification mécanique de la situation.
  • Troisièmement, parce qu’elle passe de critères économiques (les structures économiques) à des clivages idéologiques et qu’elle utilise ensuite ces clivages comme instrument d’interprétation de la réalité économique.

Tout ce ci n’aurait pas été grave si c’était resté, ce que cela aurait du rester, un simple exercice d’intellectuel. Mais il s’agit de la ligne générale du Parti et des conclusions pratiques, c’est-à-dire politiques, qui sont tirées de cette analyse.

Cédant à l’engouement actuellement général pour la bourgeoisie, les auteurs de la résolution voient une anomalie dans le fait que la bourgeoisie se présente actuellement chez nous sous la forme d’une idéologie passéiste et réactionnaire. Ils y voient une anomalie parce que, dans leur vision culturaliste, ils ont décidé que la bourgeoisie moderne, c’était l’idéologie moderne et le progrès.

Tournant le dos aux faits, à la réalité, comme la prépondérance actuelle du FIS, qui ne serait pas possible sans le soutien de la bourgeoisie, ils inventent une théorie d’une bourgeoisie archaïque et réactionnaire et d’une bourgeoisie moderne qui seraient en lutte sans merci, car autrement tout leur édifice tomberait comme un château de cartes. Et ils substituent alors à l’analyse scientifique de la réalité des arguments moralisants parlant «d’alliance contre nature» entre ces fractions de la bourgeoisie, reprochant à la bourgeoisie moderne de s’être laissé aller à des intérêts de classe «égoïstes» et «étroits» et de ne pas voir où se trouvent vraiment ses intérêts. Ah, s’ils pouvaient faire preuve d’autant de sollicitude pour la classe ouvrière qui est pratiquement absente du texte.

Ils ne comprennent pas qu’il est question chez nous de révolution démocratique nationale mais à l’orée du 21ème siècle, et c’est pourquoi ils lui appliquent les critères de la révolution démocratique des 18 et 19ème siècle en Occident, à l’époque où la bourgeoisie était une force révolutionnaire démocratique bien que, déjà, comme le signalaient Marx et Engels pour l’Allemagne, et plus tard Lénine pour la révolution démocratique russe, elle perdait ce rôle.

Ils ne voient pas que notre bourgeoisie a désormais pris trop de retard :

  • Parce que premièrement, devant elle se trouve l’impérialisme, c’est-à-dire la bourgeoisie occidentale qui l’a largement devancé et que se pose donc à notre société la question nationale de façon différente : non pas seulement en tant que lutte pour la liquidation de la féodalité et l’émergence d’États nationaux dans cette lutte, comme cela s’est passé en Europe, mais en tant surtout que lutte contre la domination extérieure et la construction de l’État national dans cette lutte,
  • et parce que, deuxièmement, derrière notre bourgeoisie se trouve la classe ouvrière, le mouvement populaire qui lui a déjà fait subir des défaites, qui a déjà contesté son hégémonie et dont elle a peur. Ceci la conduit, non pas seulement à trahir l révolution démocratique an s’alliant avec la féodalité (ou ce qu’il en reste chez nous, c’est à dire surtout son idéologie passéiste dans la petite bourgeoisie) mais en s’alliant avec l’impérialisme. La trahison de la révolution démocratique est celle aussi de la révolution nationale.

C’est pourquoi la trahison de la bourgeoisie, sa veulerie face aux nécessités du progrès social, y compris la modernité, prend dans notre pays deux formes qui peuvent être séparées dans leur expression idéologique et politique mais inévitablement convergentes : soit l’idéologie féodalo-religieuse, soit l’idéologie néocoloniale occidentale, en résumé soit le FIS, soit le RCD, avec toutes les nuances de couleur qui peuvent venir du mélange des deux et qui se retrouvent dans la floraison actuellement de petits partis bourgeois.

Cependant, l’idéologie féodalo-religieuse s’avère plus efficace parce qu’elle permet une certaine expression du nationalisme petit bourgeois dans la mesure où elle a, elle, des racines nationales et que la question centrale est la question nationale.

Bien plus, par peur des masses, comme le massacre d’Octobre l’a montré, la bourgeoisie est prête à renoncer au pouvoir politique pour conserver son pouvoir économique et social et pour cela, elle est prêts à laisser la question du pouvoir politique aux représentants les plus réactionnaires de la petite bourgeoisie.

Ce n’est pas par aveuglement, par égoïsme, pour des «intérêts de classe étroits», comme le dit la résolution, que la «bourgeoisie moderne» le fait mais, au contraire, par conscience de ses intérêts, par lucidité, par la force de la situation, par nécessité.

Il suffit de regarder les faits. Le bijoutier qui sert de banque à la bourgeoisie at qui finance le FIS s’aplatit devant le jeune chômeur, responsable dans le FIS. Le nouveau bourgeois qui introduit de façon impitoyable les rapports capitalistes dans l’agriculture et en détruit les structures traditionnelles veille à entretenir son amitié avec le jeune paysan sans terre, responsable local du FIS. Bref, à la droite de Abassi Madani, il y a Belhadj et c’est celui-ci qui enflammera les asses populaires.

De la même manière que la bourgeoisie économiquement montante est obligée d’accepter la dominante politique de la petite bourgeoisie réactionnaire, elle est obligée d’accepter le domination de son idéologie (dont elle vient d’ailleurs de vérifier l’efficacité aux élections municipales).

L’idéologie de retour au passé, à l’âge d’or, va alors servir de couverture à la destruction douloureuse de ce passé. Elle va servir à la fois d’expression de la révolte, du cri de douleur des masses face à cette situation, tout en masquant ses causes véritables. Elle va servir à canaliser cette révolte, à l’orienter vers d’autres objets que la remise en cause de l’hégémonie de la bourgeoisie (les femmes, l’application de la charia), l’empêchant ainsi de devenir révolutionnaire. Le socialisme religieux, féodal va alors servir d’habit à la justification et à la défense des intérêts de la bourgeoisie.

Vue sous cet angle, l’expression des intérêts d’ensemble de la bourgeoisie sous cette forme idéologique n’est plus une anomalie mais elle est la voie la meilleure par laquelle elle pouvait exprimer et défendre ses intérêts dans les conditions particulières de notre pays. Ou plutôt, ça n’est une anomalie que si on considère le développement du capitalisme sous la forme d’un schéma, celui du modèle de développement du capitalisme occidental, qui plus est au 18 et 19ème siècle, et que l’on ne voit pas, qu’à l’orée du 21ème siècle, le pouvoir de la bourgeoisie est devenue précisément une anomalie, que l’on ne voit pas que la forme idéologique que prend l’expression de ses intérêts exprime précisément son essence, à savoir qu’elle est désormais une force profondément réactionnaire. Et elle l’est d’autant plus qu’elle exerce seule son hégémonie, qu’il n’y a aucune force pour la contrebalancer, pour la lui contester (comme précisément ne le fait pas la résolution en lui reconnaissant l’initiative historique) et que la pression (des forces de progrès et de la classe ouvrière ?) est insuffisante.

Voilà ce que ne voit pas la résolution. Et voilà ce qu’il advient lorsqu’on remplace l’analyse de la réalité, l’analyse d’un processus historique réel par des constructions théoriques et lorsqu’on veut remplacer une analyse qui part des faits par (des désirs?) politiques.

Certes, il y a des contradictions au sein de la bourgeoisie mais ce qu’oublient les auteurs de la résolution qui leur confèrent une importance principale, c’est qu’elles sont secondaires par rapport à l’unité de la bourgeoisie, autrement elle ne serait pas une classe sociale, et que c’est précisément par la domination d’une partie de la bourgeoisie sur l’ensemble de celle-ci que se réalise cette unité dont elle a besoin. Lorsque cette unité n’existe plus, c’est justement l’indic qu’elle n’a plus d’hégémonie, qu’elle subit l’ascendant d’une autre classe, d’une force extérieure à elle et qu’on passe à une révolution qui n’est plus bourgeoise.

Souvenons-nous de la guerre de libération. C’est la pression des masses populaires, c’est le contenu populaire, démocratique de la révolution nationale, qui ont fait que la bourgeoisie n’y a pas eu la prépondérance et que ses penchants néo-coloniaux, réactionnaires ont été en partie neutralisés. Et c’est l’écho de cette première étape de la révolution nationale démocratique qui réveille actuellement les tendances réactionnaires de la bourgeoisie, rétablit même son unité.

L’erreur, ici, des auteurs de la résolution, c’est qu’ils ne voient pas que
les classes n’existent pas en elles-mêmes, que ce qui existe ce sont des rapports entre elles, et que ce sont ces rapports, lesquels sont des rapports de lutte, qui lient les classes entre elles, constituent leur unité et les formes que prend celle-ci à un moment donné, en fonction de la résultante des luttes de classe.

En d’autres termes, c’est la lutte de la classe ouvrière contre la bourgeoisie, le degré de son poids sur la bourgeoisie qui détermine ce qu’est celle-ci, y compris son évolution interne, et ceci aussi bien sur le plan économique que politique. Ainsi, c’est la résistance de la classe ouvrière à l’exploitation, qui a déterminé l’évolution du capitalisme, sa modernité, son développement technologique, etc. et non des qualités intrinsèques à la bourgeoisie, qui elle, n’est orientée que par une seule nécessité historique : la recherche du profit. En ne comprenant pas cela, en idéalisant la « bourgeoisie moderne », les auteurs de la résolution montrent qu’ils ne comprennent pas ce que veut dire que «la lutte des classes est le moteur de l’Histoire».

C’est donc la lutte de la classe ouvrière qui «modernise» le capitalisme, qui le «démocratise» et qui peut déterminer en Algérie le «capitalisme démocratique» dont parle la résolution, un capitalisme avantageux à la classe ouvrière et aux masses. Autrement dit, le capitalisme démocratique c’est la domination politique de la classe ouvrière et de ses alliés populaires sur la bourgeoisie, c’est la démocratie révolutionnaire, c’est la réalisation sous le contrôle, la direction de la classe ouvrière et de ses alliés des tâches du capitalisme.

Le «capitalisme démocratique» est une contradiction, car le capitalisme c’est la dictature, le contraire de la démocratie. Mais c’est précisément cette contradiction entre la domination politique de la classe ouvrière et de ses alliés pendant la période de la révolution démocratique et le contenu économique et social bourgeois de celle-ci. C’est le capitalisme sans la domination politique de la bourgeoisie; c’est le capitalisme avec la prédominance politique de la classe ouvrière et des autres classes populaires sur la bourgeoisie et c’est cet objectif que toute notre lutte politique doit viser, qui doit fonder notre ligne et qui détermine la conséquence de la révolution démocratique nationale.

Les auteurs de la résolution ne voient pas cette possibilité, ou plutôt ils sont capables de l’entrevoir (cf. par. 16 de la résolution) mais pour y renoncer en fait aussitôt.

Ils ne voient pas que le capitalisme est le résultat d’un rapport social, principalement entre la classe ouvrière et la bourgeoisie, que le socialisme est l’inverse de ce rapport social et que la révolution démocratique nationale est un pas vers le socialisme, le pas le plus sûr parce qu’elle commence justement à inverser ce rapport.

LA CONTRADICTION PRINCIPALE ET LA

REVOLUTION DEMOCRATIQUE NATIONALE

Voyons maintenant ces deux questions.

Les auteurs de la résolution ont raison de dire que la contradiction principale est une contradiction interne à notre société. C’est en effet une loi de la dialectique que ce sont les contradictions internes qui jouent le rôle essentiel et que les contradictions externes (par exemple celle qui oppose notre société aux sociétés dominantes) n’agissent qu’à travers le jeu des contradictions internes. En effet c’est le type de réponses apportées aux problèmes nationaux qui ouvrent ou ferment la voie à la domination extérieure.

C’est donc un progrès par rapport aux années 70 où tous les problèmes du pays étaient expliqués, justifiés et donc masqués par «la contradiction principale avec l’impérialisme», laquelle n’était comprise ainsi que sous l’angle d’une contradiction externe, ce qui rendait la propagande anti-impérialiste abstraite, ce qui lassait à juste titre les masses et avait fini dans les années 80 par transformer la lutte contre la domination extérieure en une simple propagande.

Mais là où les auteurs de la résolution se trompent, c’est quand ils ne voient pas que cette contradiction n’est pas interne dans le sens où elle opposerait désormais «une société moderne et réactionnaire» et que la contradiction avec la domination extérieure aurait disparu.

Elle est interne dans la mesure où cette contradiction oppose désormais de plus en plus clairement au sein de la société algérienne les formes démocratiques nationales aux forces anti démocratiques et antinationales, dont les intérêts sont liés à la domination extérieure. Elle est interne dans la mesure où elle oppose de plus en plus clairement des algériens entre eux. Elle est interne dans la mesure où l’aspect interne de cette contradiction s’est développé, apparait de plus en plus clairement, alors qu’il était masqué pendant la période coloniale et n’apparaissait que sous la forme d’une lutte contre des étrangers. Elle est interne enfin parce qu’avec le développement du capitalisme et donc celui des différenciations de classe, le contenu de classe de cette contradiction, son contenu démocratique, son contenu social, s’est désormais développé.

Le développement de ce nouveau contenu devient dès lors une exigence même du développement de la révolution démocratique nationale. Il indique le passage à une nouvelle étape de cette révolution, il l’exige comme condition même de son achèvement.
Il réclame un contenu démocratique, social conséquent de celle-ci, c’est-à-dire la solution des problèmes historiques de la révolution nationale du point de vue des intérêts de l’immense majorité de la population, la classe ouvrière et les masses populaires.

Ce processus historique est le résultat de la dialectique même de la RDN et s’il ne peut se développer, ce qui se développe c’est la réaction à la RDN, c’est l’influence des formes sociales dont les intérêts, dont la prépondérance est menacée par les exigences historique du développement de la RDN moderne.

L’erreur de la résolution c’est d’interpréter ce développement de la contradiction principale comme un changement de la contradiction principale. C’est toujours la même contradiction principale, celle avec la domination extérieure, avec l’impérialisme (autrement cela voudrait dire que la révolution démocratique nationale est achevée, que la question nationale est réglée) mais avec un contenu de classe nouveau.

Ce contenu de classe, ces exigences historiques de la RDN, définissent en même temps les forces historiques motrices de la RDN moderne, les désignent. La classe ouvrière est la classe la plus conséquente sur la question de la démocratie, sur la question nationale, sur la question du progrès social. Elle est donc la seule forme capable de pousser,
sans crainte, le développement de la RDN jusqu’à son terme parce qu’elle vise précisément encore plus loin, au socialisme. Elle doit donc prétendre à diriger la RDN, comprendre qu’elle doit la diriger avec les autres forces populaires, notamment la paysannerie.

Ceci est une exigence objective de la RDN. Que les conditions politiques ne soient pas réunies pour transformer cette exigence en réalité, certes. Mis il ne s’agit pas d’en tirer la conclusion que d’autres forces sociales, et encore moins la bourgeoisie même «moderne» peuvent répondre aux exigences de la RDN et proposer à la classe ouvrière de se subordonner à elles. Ce serait duper la classe ouvrière et perdre sa confiance. Il s’agit au contraire de voir ce qui, dans nos orientations, n’a pas préparé la classe ouvrière à ce rôle et de changer notre orientation.

Ce n’est donc ni la bourgeoisie, ni ses contradictions internes qui peuvent jouer un rôle d’impulsion de la révolution démocratique nationale, ni dans la solution de la question nationale, ni dans celle de la démocratie, lesquelles forment une unité historique, indispensable dans les conditions de notre temps, dans les pays qui doivent faire leur révolution démocratique nationale dans les conditions de la domination étrangère.

La bourgeoisie, si elle a un rôle à jouer, n’y peut jouer qu’un rôle d’appoint, historiquement, à l’orée du 21ème siècle, la classe ouvrière est l’une des forces historiques essentielles de la révolution démocratique et toute notre action doit consister à l’y préparer. Or l’analyse des auteurs de la résolution consiste à la limiter, à la condamner à jouer le rôle d’une force d’appoint et à condamner par là même la révolution démocratique. Ceci est particulièrement clair dans les conclusions politiques de la résolution.

De quelles manières, sur le plan politique, la résolution réduit-elle la classe ouvrière à une force d’appoint?

1. en éludant sans cesse la question des forces dirigeantes de la RDN, ce qui fait que les références à la RDN restent finalement verbales.

2. En n’ouvrant d’autre perspective, en ne proposant d’autre alternative que le soutien au pouvoir actuel, en faisant du programme du pouvoir le programme du parti à part quelques réserves sur «des aspects particuliers», et en exhortant la classe ouvrière à en faire le sien.

Notons ici, au passage, qu’il y a là un nouveau subterfuge, la question du programme du Parti étant discrètement escamoté ; notons aussi que cette tendance au «suivisme», à faire des programmes des différents gouvernements les nôtres n’est pas nouvelle, bien qu’elle soit infiniment plus grave aujourd’hui.

Ce soutien au pouvoir à travers celui de ses réformes, est même présenté dans la résolution comme «un acte de courage». Cette sorte de courage ne peut que masquer le manque de fermeté réelle sur la question de la place de la classe ouvrière dans la RDN, la tendance à escamoter son rôle politique et ainsi à la désarmer, à la démoraliser avant même qu’elle ne livre bataille.

Cette tendance a des racines mécanistes? ou opportunistes? (le socialisme est conçu comme le produit mécanique des contradictions du capitalisme et les luttes de classes n’ont pour rôle que «d’aiguiser» ces contradictions) et réformistes qu’il serait trop long de développer ici.

Mais elle a aussi pour racine, compte tenu de l’Histoire du Parti, l’idée à première vue juste, et sans cesse reprise, que notre Parti ne peut prétendre à un rôle dirigeant dans l’état de ses forces. Cette idée n’est que l’autre face d’une idée, elle fausse, que notre Parti est celui de la classe ouvrière. Il est en effet clair que notre Parti ne peut prétendre à un rôle dirigeant car avec une telle ligne il ne peut précisément faire fusion avec la classe ouvrière, d’autant plus que la ligne préconisée lui nie en pratique son rôle historique, non pas évidemment dans le socialisme (car cela n’engage en rien) mais dans les tâches révolutionnaires de l’heure, celles de la RDN.

Le problème se trouve alors (inversé?), l’état des forces du Parti étant assimilé à celui des forces de la classe ouvrière, d’où en permanence l’utilisation, dans la ligne du Parti, de ce thème du «rapport de forces» et le risque de son détournement au service de compromissions successives.

Qu’en aurait-il été si Marx, Engels et Lénine avaient appliqué une telle «réal politik» (comme la qualifiait avec ironie Marx), s’ils n’avaient pas vu derrière l’état des forces organisées de la classe ouvrière les immenses forces potentielles qu’elle recèle et réduit sa stratégie, sa ligne politique générale à ses capacités du moment.

3. La résolution réduit aussi la classe ouvrière à être une force d’appoint en présentant la situation politique sous la forme de cette alternative: ou le FIS ou le pouvoir, ou la bourgeoisie réactionnaire ou la bourgeoisie moderne, car cela revient finalement à cela dans la résolution si on passe sur ses aspects littéraires.

Poser le problème en ces termes revient à terroriser les forces saines du Parti, à pratiquer un chantage sur la classe ouvrière, le même au fond que celui du Pouvoir.

Cela revient en réalité à lui fermer la porte à toute alternative réelle car c’est rendre équivalent la lutte contre la réaction et le soutien au Pouvoir. C’est n’offrir en fait comme perspective aux masses que la réaction puisqu’elles ont déjà jugé la politique du pouvoir, qu’elles sont dans l’opposition à cette politique.

Pour justifier la politique de soutien au pouvoir, la résolution affirme, en dépit du bon sens, que les événements d’Octobre se sont conclus à «l’avantage des forces démocratiques et de progrès». Et elle précise même qu’après Octobre s’est établi «un rapport de forces favorable (…) allant dans le sens des transformations démocratiques révolutionnaires».

Notons tout d’abord que la question de l’évolution du rapport de forces politiques dans la société est ainsi éludée et que cela révèle cette tendance persistance » à regarder «vers le haut», vers le pouvoir et d’oublier ce qui se passe «en bas». Or c’est le rapport de forces politiques dans la société qui détermine finalement celui du Pouvoir.

D’autre part quels sont les faits qui autorisent la résolution à affirmer qu’il y aurait eu un changement favorable du rapport de forces au sein du pouvoir ? Nous parlons ici de faits et non de ces «informations» sur ce qui se passe dans les couloirs du pouvoir et dont sont friands les appa ???????, ???? de ces interprétations sur la «signification politique» du changement ou de la nomination de tel responsable de l’armée, de tel ministre etc… Rien n’est plus aventureux que d’asseoir une politique sur des données aussi fragiles.

Quels sont ces faits? Quels changements y a-t-il eu dans la réalité du pouvoir? Chadli s’est-il représenté à la présidence pour faire une autre politique? Quel miracle se serait-il produit?

Il n’y a qu’un moyen d’évaluer de façon rigoureusement objective une politique, c’est d’évaluer, d’analyser, de voir les intérêts de quelles classes elle prend en compte, elle renforce, à quelle classe elle profite.

Le pouvoir a-t-il pris une seule mesure en faveur de la classe ouvrière, en dehors de ce que les travailleurs ont pu arracher à partit de grèves?

Qu’on considère l’ensemble des mesures prises (les mesures réelles pas les déclarations ou les projets) et on verra qu’elles répondent à une logique, celle de répondre aux revendications, aux besoins, aux intérêts, à la pression de la bourgeoisie, comme si c’était la seule classe existante dans la société.

Poser le problème en ces termes, le pouvoir ou le FIS et en conclure qu’il faut soutenir le pouvoir, est en réalité une manière fausse de poser le problème. C’est se priver de réfléchir au lien qu’il y a entre la politique du pouvoir et le développement du FIS et d’interpréter ces deux phénomènes comme ils se présentent dans la réalité, c’est-à-dire dans leur unité.

C’est ne pas voir que ce lien, cette unité n’est que la manifestation politique d’un processus économique et social, celui de la tendance à la subordination du capital d’Etat au capital privé, et celui du passage de larges secteurs de l’Etat à la soumission, aux intérêts de la bourgeoisie dans les deux formes politiques sous laquelle celle-ci se présente, le FIS et «le parti français».

C’est aliéner la classe ouvrière au pouvoir ou au FIS, et aux deux à la fois, c’est-à-dire à ce qu’il y a de commun à leur politique, une politique au service des possédants et qui donne quelques os à ronger au peuple.

Le vrai problème est que ce n’est pas au peuple à soutenir le pouvoir mais au pouvoir à soutenir le peuple. Il ne faut pas inverser le problème en disant au peuple: «Soutiens le pouvoir pour qu’il agisse pour toi. Soutiens le pouvoir parce qu’il est plein de bonnes intentions pour toi, la preuve, les réformes ; il est trop faible, menacé. Et ainsi tu le renforceras pour ton propre bien ; ou alors est-ce que tu n’as rien compris et tu n’as qu’à t’en prendre à toi-même et non au pouvoir.»

Car le peuple répondra: «S’il agit pour moi, il aura mon soutien et c’est ainsi qu’il deviendra fort. Mais s’il ne peut agir pour moi c’est qu’il me dupe et je n’ai que faire de ce pouvoir.»

Si la question du soutien au pouvoir se pose, c’est précisément parce que la classe ouvrière, le peuple ne soutient pas le pouvoir. Et il faut donc réfléchir à ce qui dans la politique du pouvoir explique cette position du peuple.

Le vrai problème est que la classe ouvrière (et elle le fait déjà mais instinctivement, spontanément, de façon insuffisamment organisée) doit lutter contre la politique du pouvoir dans la mesure où elle est le terrain sur lequel se développe la réaction, de façon indirecte ou directe.

Le vrai problème c’est que la classe ouvrière doit soutenir ses propres intérêts politiques et sociaux et ceux des masses populaires.

Certes nous ne sommes pas indifférents à la forme que prend le pouvoir, y compris celui de la bourgeoisie et de la petite bourgeoisie, démocratique ou dictatorial, et c’est une question d’une grande importance. Mais il faut bien comprendre, car c’est un aspect crucial, que cette forme ne dépend pas du soutien que nous apportons au pouvoir ou à telle ou telle tendance politique de la bourgeoisie, mais au contraire de la lutte déterminée contre la domination politique de la bourgeoisie sur notre société.

La classe ouvrière doit avoir son propre programme, sa propre politique, indépendante du pouvoir actuel et des autres formes politiques. Le programme doit correspondre rigoureusement à la défense de ses intérêts et de ceux des masses, c’est-à-dire à une solution démocratique conséquente des problèmes actuels du pays dans tous les domaines de la vie politique, économique et sociale.

LA QUESTION NATIONALE

Simplifiant et donc défigurant le marxisme, les auteurs de la résolution en arrivent inévitablement à farder la réalité de l’impérialisme. L’impérialisme n’est plus pour eux, comme le soulignait Lénine: «La réaction sur toute la ligne et le renforcement de l’oppression nationale, conséquence du joug de l’oligarchie financière et de l’élimination de la libre concurrence».[[ Lénine, L’impérialisme, stade suprême du capitalisme.]]

Au contraire, cette vision de l’impérialisme ne peut, selon eux, «à la limite ne se comprendre que dans le cadres de la vulgarisation et de la propagande générale, en particulier dans les moments de forte poussée du mouvement révolutionnaire ou bien lorsque l’impérialisme fait ouvertement bloc contre le pays».

En clair, cela voudrait dire que l’impérialisme n’est réactionnaire que lorsque le mouvement révolutionnaire se développe et que c’est donc la faute du mouvement révolutionnaire si l’impérialisme est réactionnaire ? Et donc conclusion : le mouvement révolutionnaire doit ménager l’impérialisme pour que celui-ci ne soit pas … l’impérialisme.

Cela peut paraître énorme mais c’est confirmé par la suite de la résolution qui nous explique que «c’est la politique trop bruyante menée dans les années 60 par les pays socialistes en direction des pays nouvellement libérés» qui «a obligé l’impérialisme à relever le défi» ; et que c’est «la radicalisation (des) pays d’orientation socialiste» qui a amené le capitalisme international à apparaître «comme un bloc uni derrière la politique néocolonialiste des puissances ex-colonisatrices (avec son expression féodalo-libérale dans les pays libérés) et de ses intérêts conservateurs et réactionnaires».

C’est confirmé aussi par ce qui est dit sur la dette extérieure. Là nous avons droit à un cours sur le crédit (cette notion étant d’ailleurs substituée à celle de la dette extérieure) et à des considérations ironiques sur ceux qui ne comprennent pas que «la dette correspond à la stricte logique du développement économique contemporain» et qui ne voient pas «le crédit comme condition révolutionnaire d’une reproduction sans cesse élargie».

« Stricte logique », certes mais celle comme le faisait remarquer Lénine de « l’exploitation d’un nombre toujours grandissant de nations petites ou faibles par une poignée de nations extrêmement riches et puissantes », et que l’un des traits distinctifs de l’impérialisme qui le font
caractériser par un capitalisme parasitaire ou pourrissant» c’est «la création d’un État rentier», d’un «État usurier», dont la bourgeoisie vit de plus en plus de l’exploitation de ses capitaux et de la «tonte des coupons». [[Idem Lénine, L’impérialisme, stade suprême du capitalisme.]]

Et ils choisissent ce moment historique, celui où profitant des difficultés momentanées du socialisme mondial, l’impérialisme montre son vrai visage, «de réaction sur toute la ligne et d’oppression nationale», reprend ses formes les plus archaïques » (pour reprendre le vocabulaire de la résolution), revient à la politique de la canonnière en faisant débarquer les troupes dans le Golfe, au Panama, etc., pour nous présenter cette nouvelle théorie de l’impérialisme.

Heureusement que nous vivons une période d’accélération extraordinaire de l’Histoire et que de telles théories ne peuvent survivre longtemps face à la réalité et que nous ne sommes plus à l’époque où les théories réformistes de la social-démocratie pouvait durablement tromper le mouvement ouvrier.

C’est d’ailleurs sur cette accélération de l’Histoire que la classe ouvrière, le Parti doivent fonder leur optimisme car elle révèle, quels que soient les hauts et les bas de la lutte des peuples, mieux, elle exprime le développement extrêmement rapide des contradictions de l’impérialisme.

L’offensive actuelle de l’impérialisme peut lui donner une apparence de vitalité et c’est ce qui explique d’ailleurs l’apparition, comme toujours dans ces moments, de telles théories.

Mais face à cette offensive, il aurait fallu conclure que la lutte contre l’impérialisme devrait être encore plus déterminée, et que si elle est la conséquence d’un affaiblissement des États socialistes, elle doit désormais s’appuyer encore plus sur l’autre instrument de lutte dont dispose la classe ouvrière et les peuples : le mouvement de masse sous toutes les formes modernes qu’il prend (mouvements nationaux, mouvements contre la dette extérieure, mouvements écologistes, etc.). Or la résolution ne tire pas cette conclusion.

Ses positions sur l’impérialisme ne sont que la conséquence logique de ses positions sur la bourgeoisie et le développement du capitalisme. À propos de telles positions, on pourrait reprendre ce que disait Lénine sur les positions de Kautsky, le chef de la 2ème internationale. Il disait que la position de celui-ci était «plus subtile, mieux masquée» mais qu’elle revenait à «la conciliation avec l’impérialisme et au raisonnement cynique autant que vulgaire (qui) est celui-ci: l’impér’ialisme, c’est le capitalisme contemporain; le développement du capitalisme est inévitable et progressif; donc l’impérialisme est «progressif, donc il faut se prosterner
devant lui et chanter ses louanges». [[Lénine, Impérialisme, stade suprême du capitalisme.]]

Sur la question nationale, la résolution n’est précisément qu’un retour aux vieilles thèses de la 2ème internationale, sous une forme un peu nouvelle.

Les «socialistes» d’Algérie disaient en 1920: «il s’agit de délivrer les colonies des méthodes impérialistes et non de les abandonner». Les dirigeants de la 2ème internationale développaient en fait la thèse de «la mission civilisatrice du colonialisme» et n’en condamnaient que les méthodes.

La résolution ne dit pas au fond autre chose, même si elle le fait de façon plus voilée, en disant que « le mouvement de libération nationale moderne s’oppose à la colonisation non pas parce qu’elle détruit les structures socio-économiques arriérées et stagnantes et les modes de conscience périmées qui leur correspondent , mais il s’oppose à la colonisation parce qu’elle les détruit par le feu, le fer et le sang (…), et que «ce n’est pas d’excès de modernité et de civilisation ( !) dont est coupable la colonisation française, mais au contraire de leur dramatique insuffisance».

En clair, la colonisation aurait été bonne si elle n’avait pas employé des méthodes, et si elle avait apporté plus de modernité. Comme si on pouvait séparer le colonialisme de ses méthodes et si elles ne révélaient pas sa nature.

Certes le texte se sent obligé d’ajouter que «par nature» le colonialisme ne pouvait faire accéder l’Algérie à la modernité, mais il n’ajoute ainsi qu’une contradiction de plus à ce qu’il dit. Les longs développements par la suite sur la barbarie du colonialisme sont parfaitement inutiles pour un peuple qui sait ce qu’est le colonialisme et n’arrivent pas à atténuer la thèse ainsi développée, car à vouloir trop prouver on prouve exactement le contraire.

Voici ce que disait en 1922, la Section de Sidi bel Abbes exclue de l’internationale communiste pour ses positions: «(…) les indigènes de l’Afrique du Nord sont composés en majeure partie d’arabes réfractaires à l’évolution économique, sociale, intellectuelle et morale indispensable aux individus pour former un Etat autonome (…)».

C’est peut-être dur à dire mais la résolution ne dit pas au fond autre chose même si, elle le dit de façon plus élégante avec sa théorie de la «société moderne» et de la «société réactionnaire», archaïque.

Ainsi se trouvent annulés tous les efforts douloureux, difficiles du mouvement de libération nationale, tous les efforts du Parti pour faire du Marxisme une idéologie nationale.

Les autocritiques faites dans le passé, et qui retracent cette lutte permanente pour passer de l’erreur à la vérité se trouvent elles aussi gommées dans la résolution. On les remplace par une discussion dérisoire pour savoir si elles étaient des «demi erreurs» ou des «demi vérités», en oubliant qu’une demi vérité c’est précisément un mensonge.

Cet avant-projet de résolution risque de déshonorer notre Parti. Il doit être retiré.

LES PROBLÈMES DE FONCTIONNEMENT DU PARTI

Sur cette question, point n’est besoin d’entrer dans les détails. Les camarades connaissent la situation. Ils la vivent.

La convocation d’un Congrès n’a cessé d’être reportée depuis 2 ans ; alors qu’il aurait fallu le réunir au plus vite, dès la sortie de la clandestinité, et profiter ainsi, sans perdre de temps, des possibilités offertes par la légalité.

La justification donnée sur la nécessité de bien préparer ce congrès » n’est pas acceptable, surtout pour un Parti qui est l’un des plus anciens d’Algérie. C’est un argument administratif qui considère cette préparation «par le haut», non pas du point de vue des nécessités de la lutte et d’une situation concrète qui rendait urgent ce congrès, mais du point de vue de la préparation des organes de direction à ce congrès.

C’est ne pas voir que le processus de préparation de ce congrès était précisément le meilleur instrument de solution des problèmes idéologiques, politiques et d’organisation du Parti et qu’il n’y en avait pas d’autre.

Au-delà du souci légitime, mais qui n’aurait pas dû être paralysant, de préparer le congrès dans les meilleures conditions, il aurait fallu comprendre qu’à ce moment là, dans les circonstances particulières de la vie du Parti et du Pays, ce congrès ne pouvait attendre, que l’essentiel était qu’il nous rassemble et que c’était le meilleur organe de direction du Parti dont nous disposions pour préparer les camarades aux luttes à partir de leu existence de lutte.

Il aurait fallu voir que quelles que soient les capacités d’une direction, il était impossible dans des tournants historiques pareils, qu’elle assume, à elle seule la responsabilité du Parti, de son orientation, de l’analyse de la situation nationale et internationale. Là est une conception de la responsabilité qui devrait nous différencier des conceptions petites bourgeoises, étroites, à la fois suffisantes et culpabilisantes.

De toute façon, on juge d’une méthode à la pratique, à ses résultats. Il faut donc se demander si le report continuel du congrès a renforcé ou affaibli le Parti, s’il a fait avancer la solution des problèmes du Parti ou s’il a risqué de les faire pourrir, si le congrès qui normalement doit se tenir dans les plus brefs délais, va désormais avoir lieu dans une situation de renforcement ou d’affaiblissement du Parti.

L’ajournement du congrès a prolongé dangereusement les méthodes de cooptation des organes de direction. Le danger de ces méthodes est leur caractère discrétionnaire dans le choix des cadres, dans la définition de qui est «cadre» et qui ne l’est pas, dans les décisions de réunion de cadres.

Cet aspect est atténué en «période normale» quand ne se pose pas les problèmes de fond, d’orientation, mais il se développe et se révèle avec acuité dans les périodes de crise.

La cooptation a contribué à creuser un fossé entre les organes de direction et la base du Parti, à éloigner ceux-ci de celle-là en ne permettant pas l’ajustement de ces organes aux nouvelles exigences de la lutte, telles qu’elles peuvent être communiquées au Parti et représentées par les nouvelles forces qui y arrivent .

Elle a freiné le renouvellement et le rajeunissement des cadres du Parti, dans un pays où l’essentiel de la population est jeune et (elle) a contribué à l’affaiblissement de la sensibilité du Parti aux nouvelles réalités sociales et culturelles du pays. Elle a donc contribué à la stagnation du Parti.

Elle a favorisé la propension à chercher des solutions administratives aux problèmes de fond du Parti, la tendance à situer les problèmes du Parti dans des problèmes «organiques» (problèmes de «structuration», de réunions de cellules, de présences etc…) en inversant ainsi les problèmes et en ne voyant pas que ces problèmes organiques n’étaient que la conséquence des problèmes de fond, avant tout d’orientation des luttes. Bref, elle a été l’un des facteurs du développement des problèmes d’orientation du Parti en une crise des organes de direction et en une crise de confiance à l’égard de ces organes.

À la cooptation, il ne peut y avoir d’autres solutions que l’élection des organes de direction du Parti à tous les niveaux. La question de la cooptation pose dons directement le problème de la démocratie au sein du Parti.

À ce sujet, déjà pendant la clandestinité, il y avait tendance à l’existence d’une conception, à notre avis, erronée du centralisme démocratique. De ces conditions de clandestinité, on tirait la conclusion qu’il fallait veiller au centralisme, au lieu de comprendre qu’il fallait au contraire veiller à la démocratie, au maximum de démocratie possible, puisque le centralisme avait tendance naturellement à se renforcer. En effet, dans l’unité contradictoire entre centralisme et démocratie, c’est la démocratie qui joue le rôle déterminant, moteur, car sans elle pas de maîtrise de la réalité, pas de discipline librement consentie fondée sur la conviction et la conscience, car c’est elle qui fonde la confiance envers les organes de direction et donc leur autorité.

Il est évident que le Parti ne peut défendre la démocratie dans la société s’il ne la défend pas d’abord en son sein.

QUE FAIRE?

Nos propositions découlent de l’analyse qui vient d’être faite.

L’appel que nous adressons aux camarades est fondé sur les conclusions suivantes:

  1. La situation actuelle ne peut plus durer au risque de l’effondrement du Parti.
  2. La crise a pris une telle acuité que ce qui est en jeu c’est non seulement l’avenir du Parti mais l’avenir même des idées du socialisme scientifique en Algérie.
  3. La direction n’a pu sortir encore le Parti de la crise.
  4. Cette situation exige l’intervention du Parti dans son ensemble, c’est-à-dire de la base du Parti. Il n’y a pas d’autre moyen pour engager un processus de redressement du Parti à la mesure des exigences historiques actuelles. Aujourd’hui l’esprit de Parti se mesure à la conscience de cette situation et de la responsabilité qu’elle entraîne pour chacun de nous.

C’est pourquoi, nous demandons aux camarades d’agir sous toutes les formes (délégations à la direction, pétitions, actions etc.) pour exiger:

  1. Le retrait de la déclaration du 18 juin et de l’avant-projet de résolution politico-idéologique de juillet.
  2. La convocation d’un congrès dans les plus brefs délais et l’annonce immédiate de la date de ce congrès.
  3. Un rapport de la direction sur la situation et les problèmes du Parti.

Chers camarades,

L’articulation qu’il y a entre la crise d’orientation du Parti et sa crise de fonctionnement montre bien qu’il s’agit d’un processus qui ne peut être réduit à des facteurs individuels.

Il s’agit de lutter contre un programme et non contre des individus. S’il s’agit d’être sans complaisance dans la critique, il s’agit aussi de ne jamais oublier que chaque camarade, chaque responsable et chaque militant mérite le respect et l’affection des autres camarades pour son engagement dans le Parti, qui a déterminé sa vie.

Sur la question des erreurs au sein du Parti, nous partons du point de vue qu’elles sont un moment dans la recherche de la vérité et nous savons combien il peut être difficile d’assumer des responsabilités dans la tourmente historique actuelle.

Sur cette question, rien ne peut mieux résumer notre point de vue que ce que disait Lénine :

«Nous ne devons pas dissimuler nos erreurs devant l’ennemi. Celui qui craint pareille chose n’est pas révolutionnaire. Au contraire, si nous déclarons ouvertement aux ouvriers : «oui, nous nous sommes trompés», cela veut dire que nos erreurs ne se reproduiront plus.» (Lénine au 3ème congrès de l’Internationale communiste).

Alger le 28 août 1990

Signataires :

Sadek AISSAT

Akila AOUAMI

Ahmed CHAREF EDDIN

Djamel LABIDI

Abdelatif REBBAH

Mohamed TINE

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[GRAND ENTRETIEN :

Realisé avec Sadek HADJERES par Arezki Metref->6]

(Paru dans Le soir d’Algérie

Vendredi 1er et samedi 2 juin 2007

pages 5 à 10)


courte notice biographique


1. ÊTRE COMMUNISTE ALGÉRIEN AUJOURD’HUI


2. LA PÉRIODE DU PARTI UNIQUE OU LA (RE) – NAISSANCE PARADOXALE.


3. LES ANNÉES CHADLI, DEBUT DE LA FIN ?


4. LE DEVENIR DU MOUVEMENT COMMUNISTE APRES 1990


5. RESTER COMMUNISTE AUJOURD’HUI


Pour lire l’article, cliquer sur le lien (…)

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GAUCHES ALGERIENNES EN QUETE D’IDENTITE

ISLAM, MODERNITE, LUTTE DES CLASSES en ALGERIE

ECHANGES AUTOUR DE LA CRISE du PAGS, par Sadek Hadjerès

Le 24 septembre dernier, Sadek Hadjerès a adressé à la « Fédération d’Oran du MDS » le document ci-dessous. Il fait écho (en posant deux questions) à un communiqué de la même Fédération, qui lui avait été adressé le 2 août précédent, pour le quatrième anniversaire de la disparition de son leader Hachemi Cherif. L’avis de Sadek Hadjerès aborde des questions de fond qui préoccupent les milieux progressistes soucieux d’œuvrer à une relance sérieuse des processus démocratiques et sociaux dans une Algérie sinistrée par les méfaits conjugués des hégémonismes locaux et du néolibéralisme international.

Au centre des échanges, un thème majeur selon l’auteur: la culture du débat sérieux et démocratique, sera-t-elle réhabilitée pour tirer des enseignements essentiels à l’échelle nationale et mondiale ? Et un fil conducteur: l’unité d’action autour des problèmes concrets posés par le vécu social, politique et culturel de,l’Algérie profonde, par delà la diversité des horizons idéologiques progressistes.

__________________

pdf_img2353right-doc2352-4.jpg
Aux amis de la Fédération MDS d’Oran, pour les documents que vous m’avez adressés cet été. […]

1. Je vous remercie tout d’abord d’avoir annoncé le site www.socialgerie.net…

2. Concernant les conférences débats pour lesquelles vous sollicitez des participations…je crois surtout que de petits comptes-rendus des exposés et débats … pourraient inciter davantage aux participations, à partir des points nodaux qui auraient émergé des débats précédents…

3.
[…] Votre document du 2 août dernier (4ème anniversaire de la disparition d’El Hachemi Chérif) m’a inspiré deux sortes de réflexions et, par voie de conséquence, deux questions que je vous adresse, en souhaitant des éclaircissements.

Auparavant, je voudrais que vous compreniez la signification et le ton direct de mon intervention auprès de vous…

Croyez bien que mon intention n’est pas d’attiser de stériles joutes polémiques. Il s’agit pour moi, en espérant que vous partagez ce souci, de contribuer à ouvrir un peu plus l’effort de construction des alternatives par tous ceux dont l’engagement politique ou intellectuel est sincère.

J’ai en vue des évaluations de fond à deux niveaux complémentaires.

L’un est celui des partisans d’une «utopie» socialiste qui ne soit pas un rêve creux mais l’horizon mobilisateur des luttes concrètes immédiates.

L’autre concerne tous ceux qui sans viser forcément un tel horizon, cherchent de tout cœur à assurer dans des délais plus proches à notre pays une sortie du cauchemar, une convalescence plus favorables à des solutions de transition acceptables pour la majorité de la nation.

Donner la prééminence aux problèmes de fond

La première de mes réactions à la lecture de votre document a été une surprise, plutôt agréable, un sentiment de satisfaction pour l’esprit démocratique et d’engagement militant qui m’a semblé s’en dégager. Pourquoi ? Le texte m’a paru se démarquer d’autres documents émanant en avalanche de différents groupes revendiquant chacun pour lui-même et de façon très polémique (le mot est trop faible) le monopole de la représentativité au sein du MDS et l’héritage de son leader.

Habituellement, le premier coup d’œil ne m’incite pas à aller plus loin dans la lecture. Les premières phrases m’amènent au même constat. La plupart de ces textes n’arrivent pas à se dégager d’un piège originel. Ils s’y enfoncent et tournent en rond dans les préoccupations étroites de pouvoir. Etroites à mes yeux, c’est à dire centrées sur quelle personne ou quelle équipe devrait être l’héritier le plus légitime de ce qui reste des groupes revendiquant une étiquette «moderniste», issus des morcellements et fractures successives survenues ou provoquées dans le grand corps du PAGS à partir du début des années 90.

Non pas que les enjeux de pouvoir ne seraient pas une partie constituante et naturelle de la vie politique et de ses luttes. Pour les forces progressistes, ces enjeux sont à prendre en considération à leur juste poids, dans la mesure où ils sont bien articulés aux problèmes de fond. C’est-à-dire, s’ils sont subordonnés et au service des intérêts nationaux et de classe légitimes, sous-jacents aux contradictions de la scène politique.

Le désastre (pour les courants progressistes) survient lorsque, sur la scène politique comme au sein des partis, ces problèmes de fond sont enfermés, stérilisés et dévoyés par les querelles opaques de prééminences. Les conflits de prérogatives personnelles ou de groupes d’intérêt l’emportent alors. Tout se passe comme si ce qui était en jeu était la «carrière» politique d’un homme ou d’une équipe et non pas le sort, les aspirations concrètes et le vécu de la société. Comme si le besoin fondamental de la nation était encore celui des temps révolus (déjà abusifs en leur époque) des Zaïms, des chefs de guerre ou têtes de file de factions tribales, régionales, identitaires et même partisanes. À quoi s’ajoute évidemment, pour compliquer et aggraver les choses, le fait que ces affrontements sont instrumentés par des forces et des intérêts extérieurs aux courants qui s’affrontent dans ces querelles.

Ces pratiques, et l’état d’esprit qui les sous-tend, expliquent dans une grande mesure les déceptions, la grande désaffection envers la sphère politique, devenue massivement politicienne. Cette désaffection a atteint y compris les mouvements et formations à vocation démocratique proclamée.

Je ne vous apprends rien en soulignant que notre peuple en est excédé, il n’en éprouve aucun besoin malgré les tentatives faites pour l’y embarquer. Dans plusieurs de ses composantes, il aspire de plus en plus à être non pas l’objet de projets conçus «pour son bien» et par-dessus sa tête, mais à faire entendre sa voix, se reconnaître dans les acteurs politiques, être le sujet de sa propre Histoire.

Il a besoin de projets socialement et politiquement libérateurs, intériorisés et crédibilisés par son expérience acquise. Des projets qu’il ressent comme les siens, au service desquels s’engagent en actes et indépendamment des jeux politiciens, des centaines de cadres connus à ce jour et surtout encore inconnus, en lesquels se retrouvent, dans le feu de l’action et sur la durée, les travailleurs, les jeunes, les intellectuels, les hommes et femmes venus d’horizons culturels divers, arabo-islamique, amazigh et universaliste.

Seul un processus de ce genre peut fonder une vraie politique de cadres, et non les combinaisons et compétitions d’états-majors pour se partager, «ici et maintenant», ce qui fut lui-même l’accumulation d’un long processus historique. Un parti, s’il est représentatif de courants et aspirations sociales authentiques, ne naît pas déjà avec les moustaches en bataille comme les bébés éprouvettes des laboratoires et officines bien connues. L’émergence de militants et de cadres est l’émanation de longues et profondes maturations sur les terrains social et culturel et non le résultat de décisions et d’agencements par le haut qui ignoreraient ce processus.

L’histoire du PCA et du PAGS l’a bien confirmé, dans leurs avancées comme dans leurs reculs.

Partant des intérêts de l’ensemble des forces de progrès, je me suis réjoui évidemment que votre texte du 2 août dernier, dans le cadre limité des polémiques internes au MDS, m’ait paru exprimer le besoin de distanciation envers ces pratiques étroites, avec le souci de mettre davantage l’accent sur les problèmes de fond. Je ne suis pas surpris que ce souci ait suscité des réactions qui l’ont vilipendé et assimilé à de vulgaires manœuvres d’appareils, ce qui en dit long sur l’enracinement de ce genre d’optique.

Cela dit, quand on donne la prééminence aux questions de fond, celles de la société algérienne et de la scène mondiale, les exigences deviennent plus grandes dans l’approche des problèmes d’orientation. Pour être fécondes, ces approches ont à se prémunir des aprioris, des approximations et des préjugés. D’où le besoin requis d’un effort plus grand à s’en tenir aux faits avérés , à ne pas leur substituer les abstractions, les généralités, les rumeurs, les procès d’intention et les jugements de valeur. Sans quoi, les efforts vers des approches de fond sont facilement entachés et biaisés, même involontairement, par les effets pervers des appartenances partisanes ou des divergences autour des problèmes de conjoncture politique.


Clarification sur deux questions:

Cette préoccupation, que j’espère partagée, explique ma deuxième réaction, de surprise aussi, mais moins positive, quant à certains contenus de votre document. Elle nécessite au moins clarifications dans la sérénité. Je l’exprime en deux interrogations, deux questions que je vous pose sur ces contenus.

Il va sans dire, mais c’est mieux de le préciser, que mes points de vue sur le fond, comme citoyen et militant, m’interdisent tout esprit d’ingérence. Depuis le 1er novembre 90, avant le Congrès du PAGS, ma décision irrévocable de sauvegarder mon autonomie de pensée, au service d’un idéal toujours vivace, n’a besoin d’aucune implication organique partisane. J’ajoute aussi que ma démarche fait effort pour s’interdire les réactions de caractère subjectif, y compris lorsque ma démarche se fait critique envers certaines positions défendues à l’époque par feu Hachemi Cherif. Nos relations personnelles sont restées correctes y compris après 1990 et lors de sa maladie. J’aurais à ce propos souhaité que vous me précisiez si mon message lors de son décès, où j’exprimais mes sentiments envers le camarade « Mustapha » de nos années clandestines, a été diffusé. Je n’en ai pas eu d’écho. Je tiens à souligner que nos divergences politiques ne sont pas des «querelles de chefs» mais des problèmes qui dépassent de loin nos personnes, leur solution ne dépend pas de l’état des relations entre individus.


Ma première question est la suivante. Vous écrivez que des pressions de «camarades haut placés» (ndlr : dans ce contexte, la phrase ne pouvait concerner que le premier Secrétaire) s’étaient exercées pour convaincre que « »le PAGS pouvait enseigner l’économie au FIS qui, lui, lui apprendrait la religion »…

Quand, où, dans quelles circonstances, cette phrase ou cette orientation, ont-elles été écrites ou prononcées, alors que vous les mettez entre guillemets comme gage d’authenticité ? Je regrette qu’en cette occurrence, vous n’ayez été plus prudents quant à la véracité des énormités ainsi colportées.

Je sais que bien des montages grossiers ont été utilisés à une époque où, pour des cercles parfaitement identifiés, il s’agissait – et là je n’invente pas les expressions – de «brûler» le premier Secrétaire (na’hargouh), de le «détruire» (n’kassrouh), pour faire passer leur plan précis. Il leur fallait empêcher le premier Secrétaire (et par là aussi tous ceux qui partageaient ses points de vue ou étaient prêts à les écouter dans de larges débats) de faire connaître et mettre en discussion sa stratégie de mobilisation autonome du PAGS et des courants progressistes. Ces analyses visaient à mettre en échec quand il en était encore temps, la subversion antidémocratique et violente des ailes intégristes et paramilitaires de la direction et des cadres du FIS. La subversion s’était nourrie à des sources et des causes profondes, algériennes et étrangères, il fallait les analyser soigneusement en faisant participer largement à cet effort, sans pressions ni subterfuges, tous les niveaux et forces militantes de terrain.

A défaut de faire connaître et discuter par les cadres et la base militante mon point de vue et les documents qui l’exprimaient, on a bloqué systématiquement et de diverses façons, par les canaux d’appareils ou de façon informelle, la diffusion de ces opinions. On a freiné et brisé pour cela la mise en place du fonctionnement démocratique des instances du PAGS qui faisait ses premiers pas dans la légalité. On leur a substitué, dans un climat de passion volontairement exacerbé, des rumeurs malveillantes multiples, diversifiées et absolument sans fondement.

Celle que vous citez, par rapport aux autres, vaut son «pesant d’or», pour reprendre une formule affectionnée par l’acteur principal du stratagème. Non seulement le ragot contredit ou déforme grossièrement toutes mes déclarations publiques ou privées en matière de religion, mais il brille en soi par sa débilité, que je qualifierai, en pesant l’expression, de double ânerie. Dans tous les cas, deux criantes invraisemblances :

 Première invraisemblance: quel communiste aurait l’ingénuité de penser que des fondamentalistes anticommunistes, dont nombre d’entre eux sont des analphabètes en matière d’exégèse et de théologie, pourraient donner des leçons de religion à nos remarquables connaisseurs communistes de l’islam, tels que ceux qui ont animé les journées d’étude de février 1990 pour la tenue desquelles j’avais beaucoup insisté ? Ou encore ceux qui ont largement inspiré l’approche marxiste de la religion que j’ai opposée avec un réel impact aux contradicteurs islamistes lors de ma prestation télévisée du 6 mars 1990 ?

Par ailleurs, quelle serait l’insondable ingénuité de communistes qui croiraient à l’efficacité de «leçons d’économie» données à des dirigeants ou activistes islamistes dont le credo hautement déclaré sous couvert religieux était et reste celui du libéralisme dans ses formes les plus débridées comme dans ses formes plus camouflées ?

 Deuxième invraisemblance: le chef d’œuvre d’ineptie attribuée aux autres, telle qu’exprimée dans la phrase entre guillemets, ne pouvait surgir que d’esprits formatés au mode de pensée bureaucratique, manœuvrier et manipulateur en matière de travail idéologique. Une mentalité qui voudrait tout faire passer «par le haut», par-dessus la tête des sociétés, une mentalité d’appareils, étrangère à la conception marxiste que je partage, quant à la façon dont se forment les opinions et les courants de pensée, fruits d’interactions multiples sur la durée, en fonction des luttes et des expériences qui jalonnent le travail des sociétés sur elles-mêmes.

Quel triste communiste j’aurais été si, après 50 ans d’une expérience sociale et idéologique substantielle aux Scouts Musulmans et aux medersas libres, au PPA, à l’AEMAN, au PCA et au PAGS, j’avais réduit ce processus complexe d’évolutions sociopolitiques qui m’était devenu familier, à de vulgaires calculs, tractations et négociations, du genre donnant-donnant, entre notre parti et des formations islamistes ouvertement hostiles, hors du tourbillon vivant des luttes et des bouillonnements sociaux et culturels à la base, générateurs des prises de conscience chez les travailleurs, les intellectuels et les couches exploitées ! Mon opinion avait de sérieux répondants à la base et parmi les intellectuels du parti, mais on a tout simplement fait avorter un débat qui s’annonçait prometteur, y compris à travers les contradictions. Je garde un souvenir ému de tous ceux aujourd’hui disparus(je ne cite pas ceux qui sont toujours parmi nous) qui partageaient ce point de vue basique quant à la formation et l’évolution des représentations dans les sociétés islamiques, comme M’hammed Djellid et Abdelkader Alloula, le regretté Rabah Guenzet avec qui j’avais de longues discussions hebdomadaires, ou encore Sadek Aïssat qui a exprimé à plusieurs reprises par écrit son point de vue.

Pour tout dire, j’aurais été plongé dans le plus grand étonnement en constatant l’impact d’une ineptie ainsi colportée sans aucun esprit critique, s’il n’y avait à cela une explication à son origine : les manipulations familières aux auteurs de coups tordus, à l’échelle géopolitique planétaire ou à des échelles socio-politiques plus réduites.

Que de couleuvres, je dirai des boas, on a fait avaler pas seulement à des peuples entiers mal informés et vulnérables aux thèses simplistes, mais aussi à des esprits sérieux, n’ayant pas eux mêmes à priori de raisons de s’associer à des entreprises d’intox.

Des dizaines de milliers de patriotes sincères ont cru des années entières à la fable sinistre de «Abbane tombé au champ d’honneur», diffusée par El Moudjahid, organe officiel du FLN du temps de guerre. Aucun texte officiel n’a jusqu’à ce jour rétabli la vérité sur son assassinat. Dans le monde, des millions parmi les partisans sincères de la paix ont cru durant des décennies à la «trahison» des époux Rosenberg, envoyés à la chaise électrique par le système Mac Carthyste aux USA pour soi-disant espionnage atomique envers l’URSS, mensonge énorme qui a été reconnu seulement ces dernières années par ses auteurs. Des dizaines de millions dans le monde et même dans les pays arabes ont d’abord mordu à la thèse des armes de destruction massive aux mains de Saddam et de sa «quatrième armée du monde». Ce n’est pas pour rien aujourd’hui que même aux USA grandit la revendication d’une commission d’enquête sérieuse sur l’effondrement des «Tours jumelles» de New York et autres évènements super-médiatisés du 11 septembre 2001, dont on connaît les suites jusqu’à nos jours.

L’Histoire du mouvement national et social de libération algérien, n’est-elle pas elle même en attente et en grand besoin d’une ou plusieurs commissions d’investigations historiques impartiales, travaillant sur le mode scientifique ?

Le procédé mis en œuvre au sein du PAGS en 1990 n’avait rien d’original. Il est conforme aux mécanismes bien décrits de la «stratégie du choc», stratégie par nature bassement provocatrice et policière, qualifiée pompeusement de complot «scientifique» par des sous-fifres vantards. Partout, ses inspirateurs occultes exploitent les moments de désarroi massif des populations ou de milieux plus restreints politisés. Ce sont des moments où les manipulateurs escomptent que plus les mystifications sont grossières, plus elles ont des chances de passer parce qu’elles comblent les vides, la paralysie temporaire des esprits et leurs difficultés à accéder à une compréhension rapide et profonde de ce qui se passe.

Sans cette anesthésie temporaire, touchant à la tétanisation d’esprits habituellement plus avisés, sans leur sentiment d’impuissance devant l’énormité et la brusquerie de l’évènement (favorisée aussi par une insuffisance de préparation politique et idéologique), comment expliquer que des personnes douées de raison et en majorité désintéressées, aient pu dans la conjoncture du tournant national et international de 1990, propice aux déstabilisations, croire à une conception aussi caricaturale de la politique marxiste dans le domaine religieux ? Et l’attribuer par-dessus le marché à quelqu’un qui toute sa vie en a connu les écueils et la complexité ?

Le parti avait acquis durant des décennies une longue expérience des pressions idéologiques et physiques hostiles et acharnées de la part des colonialistes, des hégémonismes nationalistes et islamistes. Il avait accumulé et à sa disposition un arsenal vérifié d’orientations à la fois offensives et imprégnées du substrat culturel national. Dans la période la plus récente du retour à la légalité en 1989 et pendant la montée en flèche de la contestation islamiste favorisée par des calculs de certains milieux du pouvoir, ces orientations, qui restaient encore plus appropriées à la situation nouvelle, avaient l’approbation explicite de l’exécutif et particulièrement d’El Hachemi.

Il faut dire que cette période fut celle de riches échanges, une atmosphère de liberté et d’ouverture d’esprit qui était à l’unisson des espoirs algériens d’après Octobre 88. Cela n’a pas réjoui certains milieux dans le parti et hors du parti, que leur formation manigancière ou des intérêts inavoués portaient plutôt à forcer et dicter des prises de positions, plutôt qu’à encourager l’expression des opinions en vue de faire mûrir des décisions collectives.

Les falsifications systématiques de mes points de vue ont commencé à partir de ce fameux «gap» (écart) de juin 1990, lorsque d’aucuns, sous pression d’une stratégie concoctée hors du parti par une fraction du pouvoir d’Etat, ont brusquement exigé, en s’entourant d’une mise en scène suspecte (voir mon entretien avec Arezki Metref au Soir d’Algérie de 2007), que le PAGS revendique l’annulation immédiate des élections municipales auxquelles ces mêmes milieux avaient appelé jusque là avec une ferveur insolite.

Il m’était clair que les inspirateurs de la manœuvre voulaient faire du PAGS le cobaye, le ballon d’essai d’une épreuve qu’ils n’osaient pas engager eux-mêmes et qu’ils ont du reste abandonnée rapidement sous cette forme, non sans avoir provoqué les premiers remous qui ont fragilisé les rangs du PAGS. Dès ce moment, les promoteurs de la manoeuvre n’ont pas pardonné au premier Secrétaire, pas seulement de l’avoir fait échouer en ne la cautionnant pas, mais surtout d’avoir appelé à sauvegarder l’unité d’action par le débat, par l’écoute des instances régionales et de base qui avaient vivement réagi. L’un d’entre eux a même théorisé l’idée que l’exacerbation des conflits internes (qu’ils faisaient tout pour envenimer) était au niveau du parti la meilleure façon de le renforcer et l’assainir et au niveau du pays le meilleur moyen de le sauver.

Leur première manœuvre ayant échoué, les futurs protagonistes du FAM sont passés presque aussitôt à la vitesse supérieure, pour excommunier en paroles et en actes toute action sociale, politique et idéologique autonomes, qualifiées avec hargne de «diversion» à la lutte anti-intégriste. A les croire, cette dernière devait se résumer exclusivement à l’appui sans réserve aux orientations administratives et sécuritaires des appareils dominants du pouvoir, dont on avait connu tout au long de notre histoire le caractère manœuvrier et sans scrupule !

Les promoteurs de cette reculade de fond aux allures faussement offensives et ceux qui de bonne foi s’y sont laissé prendre parmi les «modernistes» comme parmi les «archaïsants», étaient loin comme on le voit, de la «double rupture» prônée des années plus tard, quand les victimes de cette voie aventureuse et piégée sont devenus «jetables», isolés de toutes parts. Ils avaient en effet coupé le parti de sa large base sociale et laborieuse, réelle ou potentielle, la plus fiable. Elle avait été abandonnée en un moment crucial à la démagogie populiste des courants islamistes antidémocratiques. Dans le même temps, cette erreur stratégique était doublée d’une insigne maladresse envers les sentiments profonds de la société. Aux yeux du plus grand nombre, le PAGS en ces graves moments, a prêté le flanc à l’image décevante et imméritée de «supplétif» du pouvoir et d’ennemi de la foi islamique.

Résumons :

  1. Des divergences sur l’appréciation de la conjoncture pouvaient à l’époque expliquer en partie et sans en aucune façon les excuser, des méthodes injustifiables visant à disqualifier un camarade, qu’il soit dirigeant ou pas, mais surtout à briser sans scrupule et par myopie hégémoniste, un instrument de luttes unitaires forgé au prix de décennies de sacrifices et d’héroïsmes individuels et collectifs.
  1. Ces mêmes arguments et procédés sont-ils de mise encore aujourd’hui, quand on veut alimenter un vrai débat sur les rôles convergents et de mobilisation qui incombent aux forces de progrès dans la conjoncture actuelle ?

J’en arrive ainsi à ma deuxième question.

Elle touche aux bilans que les forces de progrès devraient établir ensemble ou séparément, plutôt que de s’enliser dans les diatribes que vous déplorez et qui affectent en particulier les espaces internes du MDS.

Dans ce qui suit, je ne développerai pas ce thème autant que ce serait souhaitable. Je voudrais surtout signaler l’importance de quelques points nodaux, à propos de l’inventaire politico-idéologique que vous abordez de façon allusive, mais qui mérite de devenir plus concret.

Vous indiquez, en vous adressant symboliquement à feu Hachemi Cherif :

«….dans les « souterrains de la liberté » du Parti de l’Avant-garde Socialiste défenseur des opprimés dans le processus d’alors d’édification nationale et que tu as grandement contribué à en préserver l’essentiel après sa légalisation, en te battant pour en adapter la ligne aux réalités nouvelles (souligné par moi) résultant surtout de la chute du Mur de Berlin et de la déferlante intégriste que subissait (et ne s’en remet pas encore) notre pays; et ce, au prix d’un effort théorique inlassable pour comprendre la réalité concrète et d’une action …»

Il serait temps en effet de faire avancer la question normale et controversée que je vous pose:

quel est, de façon très concrète, cet ESSENTIEL qui aurait été préservé à travers le PAGS de 1991 (après-Congrès) puis le Tahaddi-MDS. Et quelles sont les adaptations de cet ESSENTIEL qui se sont avérées (ou non) justifiées par les réalités nouvelles ?

Nouvelles, ces réalités ?

Selon moi, si on veut être plus précis, qu’est ce qui a changé ? C’est le contexte évènementiel et le rapport des forces qui avaient changé en 1990 pour un temps encore indéterminé, de façon surprenante, dramatique et spectaculaire. Ce qui n’avait pas changé, c’était la réalité du « Système-Monde » et la nature fondamentale de l’affrontement à l’échelle planétaire.

De ce point de vue, pas de changement quand on considère les évènements DANS LEUR ESSENCE, quelles que soient les formes tragiques et les reculs qu’ont imprimés à ce grave tournant les forces impérialistes et réactionnaires. Il ne s’agit pas de sous-estimer l’importance de cette évolution pour les générations qui la vivent douloureusement depuis vingt ans. Mais il faut en apprécier la portée à l’échelle historique, celle des décennies en cours et du mouvement global qui continue de se dessiner, à la lumière crue du nouvel épisode de la crise capitaliste mondiale. La réalité de cette trame historique des temps longs ne peut être masquée ni par les défaillances et limites survenues dans les premières mises en œuvre d’alternatives socialistes, ni par les situations calamiteuses engendrées dans le «Tiers Monde» avec les échecs et dérives bien connues des mouvements nationalistes de libération.

Fondamentalement, le système capitaliste, impérialiste, (et ses sous-produits et alliés directs ou indirects) n’ont évolué que dans leur degré de virulence, leurs capacités de se survivre et mettre à jour leurs méthodes par la violence armée, la rapacité accrue de leurs leviers économico-financiers et les machinations de leurs services en vue de diviser et dévoyer les résistances. Fondamentalement, ils n’ont pas changé dans leur nature , ils l’ont confirmée pleinement. L’actualité fait redécouvrir à bien des milieux jadis fermés ou sceptiques, la pertinence se vérifiant encore aujourd’hui, des analyses de Marx, la nécessité non de les jeter aux oubliettes mais d’œuvrer dans l’action et la pensée à leur développement créatif.

Au plan fondamental, la question qui fut posée par la «chute du mur de Berlin» et la flambée des intégrismes est la suivante : ces évènements nous appellent-ils à de nouvelles formes de résistance et de rejet du système capitaliste, encore plus claires, plus fermes et cohérentes, ou bien nous appellent-ils à nous «couler» en ce système, aux deux sens du terme «couler» ?

Ceux qui chez nous ont cherché et continuent le plus ouvertement à s’y couler, sont des pôles politiques et de pouvoir qui se prétendent opposés dans la compétition pour le pouvoir d’Etat, tout en recherchant et réalisant des compromis entre eux. Les uns et les autres n’ont, comme horizon et feuille de route, que de faire plier les Algériens sous le joug de leurs variantes respectives de capitalisme. Pour nous rallier à leurs propres versions du capitalisme, les uns voudraient, idéologiquement parlant, que nous chaussions leurs bottes et les autres que nous nous coiffions de leurs turbans.

Cela voudrait-il dire que, tant que le système capitaliste continue à dominer à l’échelle mondiale, avec ses ramifications et ses sources de superprofits dans le monde arabe et en Algérie, nous pourrions rester indifférents au poids et aux agissements respectifs des courants hégémonistes, présents dans le pouvoir d’État ou qui aspirent à s’en emparer ?

Non bien sûr. Mais pour les travailleurs, les couches populaires, les syndicats, les forces qui aspirent aux libertés et à l’égalité, bien au-delà des seuls communistes ou socialistes, il y a une AUTRE VOIE que le choix de la sauce à laquelle ils continueront à être mangés, exploités, opprimés, selon que pèse davantage l’un ou l’autre des groupes dominants dans notre pays et dans le monde.

Il s’agit d’un choix et d’une voie AUTONOMES, portant à la fois sur l’avenir et le présent. Ainsi les communistes, dont la perspective reste l’instauration d’un vrai système socialiste, préconisent dans l’immédiat de défendre pied à pied et dans l’union la plus large les libertés et les droits sociaux contre la malfaisance exacerbée du capitalisme sous-développé et dépendant de notre pays. Dans le même temps, les luttes engagées dans ce court terme sont de nature à aiguiller et forger la conscience sociale et politique vers l’avènement d’un système socialiste fondamentalement plus équitable.

Cela demande évidemment de la part des courants les plus conscients de cette exigence double du présent et de l’avenir, une forte et lucide conviction en faveur de la voie autonome. Une conviction capable de déjouer autant les obstacles répressifs que les pièges de la séduction et des divisions. La voie autonome est moins aisée que celle du défaitisme et des compromissions, empruntée par nombre de représentants de la social-démocratie internationale ou des nationalismes dévalués et refroidis. Ces derniers, à la traîne des faux-prophètes à la Fukuyama, ont voulu faire voir dans la «chute du mur de Berlin» non pas des leçons à tirer, mais une preuve de la vanité de toute perspective socialiste radicale, selon eux devenue brusquement archaïque et dépassée. Quant aux besoins pressants et incontournables des populations dans l’actualité, ces représentants sombrent aussi dans la complicité active ou passive envers les exploiteurs dès qu’il s’agit de défendre les intérêts immédiats des couches lésées et sévèrement paupérisées. Ils restent plus empêtrés que jamais dans les combinaisons électoralistes et politiciennes, naviguant en permanence entre la carotte et le bâton.

Sur le fond, la position novatrice autonome, dans la nouvelle situation, ne réside-t-elle pas justement et plus encore qu’auparavant, dans l’approche de classe, comme option fondamentale renforcée, enrichie et toujours mieux adaptée aux formes et rapports de force en pleine évolution ?

Face au surcroît d’agressivité capitaliste et ultra-réactionnaire, cette option de classe ne reste-t-elle pas le guide le plus sûr pour les luttes de libération nationale, sociale, culturelle ? Ne permet-elle pas de voir plus clair au delà du rideau de fumée des mystifications médiatiques mondiales, des diabolisations et conflits identitaires et culturels régionaux et locaux ? L’approche de classe contribue à forger chez les travailleurs et les exploités leur «identité sociale» restée encore insuffisante à travers les luttes passées et présentes du mouvement social et politique algérien. Elle tend à faire des travailleurs des sujets de l’Histoire capables de contribuer à démystifier les représentations métaphysiques qui cherchent à leur faire croire qu’ils sont victimes d’autres groupes identitaires et non des logiques diversifiées d’exploitation et d’oppression du système capitaliste.

La conscience de cette «identité sociale» a été sabordée au lieu d’être réaffirmée au moment où militants et travailleurs étaient médusés par l’exacerbation brutale des «identités» ethno-linguistiques et religieuses et où beaucoup d’entre eux s’interrogeaient avec une certaine angoisse : «Ils ont tous leur identité, et nous, où est la nôtre ?» On les sommait de toutes parts et malheureusement aussi en leur propre sein, de mettre sous le boisseau la seule identité tangible qui, vrai dénominateur commun, était consciemment ou non, sous-jacente aux imaginaires et aux références linguistiques et religieuses qui parcouraient la nation. La communauté d’intérêts de classe était et reste le meilleur angle d’approche capable de rendre les nationaux moins vulnérables et plus forts contre les entreprises de division. Certes, cela ne coule pas de source et nécessite des efforts pour faire progresser cette vérité, tout comme il n’avait pas été facile de sauvegarder l’autonomie politique du parti pendant la guerre de libération.

Mais l’approche de classe est-elle en soi une panacée, une arme miraculeuse qu’il suffirait à ceux qui s’en réclament de la mettre en slogans et de lui appliquer un mode d’emploi préétabli pour toutes les situations ?

Je suis de ceux qui estiment, à la lumière des luttes et des expériences diversifiées, qu’elle n’est féconde que lorsqu’elle est assumée de façon créatrice, sans dogmatisme ni laxisme, dans les modalités propres à chaque pays et situation. Un énorme travail théorique et idéologique reste à faire chez nous comme dans l’ensemble du monde arabe, en symbiose avec les luttes. Il exige de faire reculer les simplismes et les clichés paresseux, la répétition mécanique de schémas passe-partout, ainsi que les prétendues novations qui croient faire oeuvre utile en niant ce qui a été confirmé par l’expérience universelle.

L’approche de classe exige entre autres, de mettre à jour et d’éclairer les caractéristiques et les sensibilités psycho-culturelles de chaque peuple, de chacune de ses couches sociales, pour mieux les aiguiller vers leurs meilleures potentialités, vers l’union et la mobilisation dans une voie féconde, au lieu de faire le jeu des exploiteurs. L’exemple récent de l’évolution bolivienne montre quelles avancées puissantes deviennent possibles lorsque se réalise la jonction d’une approche de classe et d’une revendication identitaire, toutes deux légitimes mais vouées séparément jusque là à l’échec.

Dans tous les cas, la correction d’erreurs commises dans l’approche de classe, qu’elles soient d’ordre tactique, stratégique ou de sensibilité culturelle, ne peut justifier l’abandon d’un instrument aussi fondamental. Dans tous les cas, cette approche requiert une jalouse et double attention, visant d’une part à dissiper les ambiguïtés qui tendent à la brouiller ou l’enterrer et, d’autre part, à préserver et non briser les unités d’action qu’exigent les intérêts de classe légitimes des larges courants objectivement anti-impérialistes.

Autrement dit, il est nécessaire de favoriser une large convergence des masses laborieuses, exploitées, opprimées et marginalisées, avec la partie des couches moyennes, des «cadres-et-compétents» et autres couches «managériales» moins défavorisées par le capitalisme mais soucieuses de l’intérêt et du mieux-vivre en commun national. Les pouvoirs redoublent d’efforts pour neutraliser ces dernières, les convaincre de la fatalité historique du capitalisme et de ses méthodes, pour les domestiquer, les couper des couches populaires ou les tourner contre ces couches. Lutter pour réaliser ces convergences n’est donc pas de tout repos, et surtout n’implique pas de renoncer à l’approche de classe. Il y a nécessité au contraire de l’aborder avec autant de responsabilité et créativité que de fermeté.

A ce propos, puisque vous évoquez une adaptation de ligne aux situations surgies de la «chute du mur de Berlin», je ne vous cache pas qu’une lourde ambiguïté, pour le moins, pèse toujours sur l’appréciation donnée publiquement à cette époque par Hachemi Cherif. Selon lui, le PAGS n’aurait rien eu à voir avec le mouvement communiste. Cela avait été accueilli comme une énormité, pas seulement chez les communistes «canal historique» (pour emprunter l’expression de Sid Ahmed Ghozali), mais dans toute l’opinion algérienne bien informée.

Ainsi le PAGS, si on s’en tient au dicton populaire (maâza wa law taret, c’est une chèvre même si on l’a vue voler), n’aurait pas été l’oiseau au cœur rouge qui du 19 juin 1965 à octobre 88 a réussi à voler dans la tempête, les vents contraires, les pressions et les persécutions, en revendiquant sans équivoque sa généalogie et ses parentés internationalistes. Il n’aurait été qu’une «maâza» incolore, chevrotant les versets d’un «socialisme» distant ou absent du mouvement communiste international. En fin d’itinéraire, la maâza finit par brouter dans les pâturages du libre marché, en niant toute parenté avec ses ex-congénaires frappés par l’adversité !

Faut-il être grand analyste pour comprendre la signification de cette nouvelle «chahada» (profession de foi), prononcée inopinément à l’été 91 ? Elle fut bien comprise, dans les milieux les plus larges, pour ce qu’elle était réellement : ses auteurs, sous couvert d’une «modernité» qui jugeait archaïques les expériences socialistes mondiales, décidaient de se mettre à la mode du jour. Il leur fallait se laver du péché d’appartenance au grand Satan, à l’heure du «Lâ yadjouz» lancé conjointement par Eltsine et Bush père, eux-mêmes relayés avec satisfaction en Algérie aussi bien par les services présidentiels heureux du ramollissement du PAGS, leur bête noire depuis 25 ans, que par les partisans du libéralisme débridé, présents dans les rangs républicains comme dans les djamaâtes et madjaliss ach-choura islamistes.

L’ambiguïté sera-t-elle levée

à l’heure où se dispute dans la confusion l’héritage symbolique de Hachemi Cherif ? Conviendra-t-on que la «Modernité», présentée comme la substance ou l’axe d’un projet politique, mérite mieux que le flou et les équivoques dont elle est entourée ? Elle est en effet perçue par certains comme un slogan élitiste se démarquant d’un «ghachi» populaire devenu victime de forces obscurantistes, ou encore par d’autres comme l’apologie des techniques et des moeurs d’un Occident «oppresseur-civilisateur».

Dans le meilleur des cas, la Modernité évoque la référence louable à la Raison, la Science et l’esprit des Lumières (dont les civilisations et cultures occidentales n’ont pas forcément le monopole). Pour autant, elle ne renseigne pas par elle-même sur le contenu économique, social, politique et idéologique des programmes qui s’en réclament. Et de ce fait, souvent la fonction de cette référence est de couvrir les équivoques sociales et politiques de programmes tiraillés entre les deux options fondamentales, socialisme ou capitalisme.

Concrètement et dans le contexte historique des deux décennies passées, la notion et le slogan de « Modernité » ont constitué la base idéologique et le programme d’action pour le ralliement, conscient ou inconscient, de courants et forces politiques de progrès à la stratégie ultralibérale, internationale et locale.

Nul ne peut cependant faire aux représentants d’une formation politique le procès d’avoir renoncé à une idéologie ou une vision du monde qui étaient ouvertement celles du PAGS. Le changement de conviction n’est pas forcément et en soi, une tare dans les évolutions qui touchent tel ou tel segment du large mouvement progressiste. L’éventail politique et idéologique d’un front national d’action pour les libertés et la justice sociale, n’est-il pas très large par définition, cette large diversité pouvant même constituer une des sources et des conditions de son efficacité ?

Mais pour qu’il en soit ainsi, le front et chacune de ses composantes gagnent à s’assumer dans la plus grande clarté, l’essentiel restant fondé sur le critère de l’apport aux actions d’intérêt commun autour d’objectifs concrets communs.

Quand nous nous réclamons de la démocratie et de la justice sociale, nous avons tous à clarifier nos engagements respectifs, les dégager des ambiguïtés nourries par les élitismes idéologiques abstraits aussi nocifs que les populismes. Nous avons à renforcer (ou renouer avec) le lien social, investir et s’investir davantage dans les batailles concrètes au long cours autour des revendications les plus légitimes et les plus rassembleuses, sans les subordonner aux enjeux immédiats de pouvoir et même si le bénéfice politique n’en parait pas immédiat.

Nous avons à jeter un regard plus serein sur le passé. Entre autres, relire avec le bénéfice du recul, si on en retrouve un exemplaire poussiéreux, le laborieux «patchwork» de la «Résolution politique et idéologique» de 1990, si peu lue, encore moins comprise et débattue par l’immense majorité des militants d’alors. A l’instar de la nouvelle Charte nationale du FLN passée à la sauvette dans le pays en 1986, elle fut annoncée par ses initiateurs dans le PAGS comme un passage obligé vers la démocratie et le mieux-être, et même une voie salvatrice. Il serait salvateur en effet de constater à quel point, sur l’essentiel, elle fut une Bible reprenant sous une phraséologie bivalente la plupart des dogmes ultra libéraux, ceux dont les vingt dernières années n’ont pas tardé à faire justice chez nous comme dans le reste du monde.

Pour ces diverses raisons, ne pensez-vous pas qu’il serait utile à tous les courants qui se revendiquent de la démocratie et de la justice sociale, de ne pas en rester aux panégyriques ou aux anathèmes ?

Pourquoi par exemple ne pas dresser à la lumière de l’expérience, un tableau comparatif et circonstancié des continuités du mouvement ouvrier et communiste qu’il fallait à tout prix assurer dans la nouvelle conjoncture internationale et nationale, et celui des abandons envisageables, les uns justifiés, d’autres injustifiables?

Dans une meilleure clarté grandiraient ainsi les solidarités de lutte.

En ce sens, je voudrais me répéter : mes deux questions posées ne sont pas destinées à attiser de stériles joutes polémiques. Elles s’inscrivent dans l’espoir de poursuivre l’effort des évaluations de fond constructives, venant de ceux notamment pour qui «l’utopie» socialiste est plus que jamais auparavant l’horizon mobilisateur des luttes concrètes immédiates.

Avec mes cordiales salutations, en souhaitant que vous ne vous mépreniez pas sur l’esprit amical de mon intervention.

Sadek HADJERES.

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13 FÉVRIER – ALGER- LIBRAIRIE EL IDJTIHAD: PRÉSENTATION – DÉDICACE DU LIVRE « L’ENTENTE DE SÉTIF « 

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INVITATION

librairie.el.idjtihad@gmail.com

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LIBRAIRIE EL IDJTIHAD (ex. Dominique)

Rencontre – Présentation – Dédicace

du Livre « L’Entente de Sétif »

En présence de l’auteur Mr. Omar
Mokhtar Chaâlal, nous parlerons du livre
sur l’équipe de football de l’Entente
de Sétif créée en 1958 en pleine
guerre de libération nationale.

  • Présentation et dédicace du livre par l’auteur,

    Mr. Omar Mokhtar Chaâlal,

    militant social, écrivain, auteur aussi de

    « Kateb Yacine »

    et « Talghouda » sur Abdelhamid Benzine

    aux Editions Casbah.
  • Mr. Mohamed Rebah, Chercheur en histoire, auteur, qui évoquera les joueurs
    de l’équipe de foot ball du Mouloudia de Cherchell qui sont tous morts au maquis
    durant l’été 1956..
  • Mr. Hamid Tahri, journaliste à El Watan, modérateur de l’activité.

Lieu :

Librairie EL IDJTIHAD (ex. Dominique)

Samedi 13 février

14h. 30

9, rue Hamani Arezki (ex. Rue Charras) – Tel. 023 49 25 86

mobile: 0667163243

email: librairie.el.idjtihad@gmail.com

Le PAGS et le PAYS : CINQUANTE ANNÉES PLUS TARD

pdf-3.jpg par Sadek Hadjerès

premier secrétaire du PAGS de 1966 à 1990 [[ Sadek Hadjerès: premier secrétaire du PAGS (Parti de l’Avant Garde Socialiste) de 1966 à 1990

membre du secrétariat du Comité central du Parti Communiste Algérien avant 1966]]

Un demi-siècle a déjà passé depuis 1966, l’année de la proclamation du PAGS.

Chacun sait qu’une date anniversaire ne peut pas être l’occasion à elle seule d’alimenter des évocations multiples ou une réflexion approfondie. C’est l’affaire, sur la longue durée, de tous ceux qui sont préoccupés par la continuité et l’avenir du mouvement social et démocratique algérien.

Pour aujourd’hui, je réduirai mon évocation à quelques réflexions que je crois essentielles pour l’avenir. Quant à des épisodes et problèmes non moins essentiels, il est possible de se référer à mes publications et interventions, dont nombre d’entre elles ont été consignées ou le seront plus tard sur mon site: «Socialgerie.net».

En fait, il ne s’agit pas seulement de l’Histoire du parti qui en 1966, dans des conditions minoritaires très difficiles et complexes nées du coup d’Etat du 19 juin 1965, a pris la relève du PCA, parti de classe, lui-même né trente ans auparavant (1936) et aguerri par les luttes de libération nationale.

Avec les 24 années d’action du PAGS et au-delà des débats et polémiques partisanes, il s’agit aussi en parallèle et en toile de fond, du devenir d’un peuple, d’un Etat, d’une société et d’organisations politiques et associatives. Après l’indépendance, tous ont d’abord vécu (jusqu’à 1990) un quart de siècle marqué d’espoirs ardents mêlés de contradictions et de sérieuses incertitudes, puis (après la disparition du PAGS) un nouveau quart de siècle jalonné de déceptions amères et cruelles.

En cette date symbolique de janvier 1966 et avant d’aborder le fond des basculements politiques et sociaux évoqués, le cœur et l’émotion sont les premiers à parler. Ma pensée et mes sentiments vont à tous les militants et militantes sincères et innombrables, souvent anonymes, qui ont partagé nos épreuves communes. Ils n’ont écouté que leur cœur et leur conscience, pour s’engager dans la cause de la justice et de la libération sociales. Ils n’ont marchandé ni leur temps, ni leur santé, ni leur statut professionnel. Ils n’ont malheureusement pu protéger suffisamment le sort immédiat et à long terme de leurs familles et pour nombre d’entre eux jusqu’au sacrifice de leurs vies.

Dans des cercles très larges de travailleurs et d’intellectuels, ce patrimoine humain et politique d’abnégation a laissé des traces indélébiles dans les cœurs et les mémoires. Avec l’expérience et le recul du temps, il a laissé aussi, après coup, à de larges milieux des enseignements positifs ou critiques de plus en plus reconnus comme dignes de réflexion, pour l’avenir d’une nation et d’un peuple confrontés aujourd’hui à de graves périls régionaux et mondiaux.

Quant à l’analyse des évolutions, j’ai été frappé par le fait global suivant, qui dépasse le cadre du seul PAGS. Si on exclut les couches et cercles parasitaires, autoritaires et opportunistes, on peut considérer que toutes les composantes et forces vives politiques et sociales de la Nation ont été simultanément touchées dans leur ensemble et à des degrés divers, d’abord par les évolutions ascendantes puis par la dégradation générale survenue en Algérie. Jusqu’à sombrer, par étapes, vers la situation actuelle, face à des enjeux et processus internationaux et nationaux qui pour nombre de compatriotes paraissent inexplicables.

Que faut-il en penser si on ne veut pas rester prisonniers de la nostalgie des moments les plus fastes de notre Histoire, ou révulsés et tétanisés par les épisodes les plus sombres ?

Le premier quart de siècle après l’indépendance, comportait dans les couches sociales laborieuses et populaires des capacités potentielles importantes de mobilisations démocratiques et pacifiques, à l’encontre du grave préjudice porté à ce potentiel par les coups de force militaires de l’été 1962 et du 19 juin 1965. Malgré le néfaste système de répression et de caporalisation de la société et de la vie politique, un espace restait ouvert à d’importantes batailles de masse pacifiques pour imposer un contenu social et démocratique plus grand aux tâches d’édification nationales devenues objectivement nécessaires, y compris pour le système antidémocratique en place. Le rapport des forces international de cette époque et les vives aspirations des masses populaires, nourries aux espoirs engendrés par la guerre de libération, rendaient possible de mener ces luttes à grande échelle.

On sait l’importance stratégique des mesures de l’époque telles que nationalisations des grandes ressources naturelles, tombées auparavant dans les mains de grandes sociétés capitalistes étrangères, réforme agraire, mesures importantes dans les domaines de l’enseignement, de la santé, production industrielle, emploi, etc.

Contrairement aux affirmations officielles, elles n’avaient pas un caractère socialiste, et leur orientation comme leur application n’étaient pas exemptes de sérieuses contradictions et déformations. Mais elles avaient initié, malgré les dérives et les sabotages, un socle ou un poumon économique et social sur lequel l’Algérie a survécu jusqu’à ce jour, malheureusement de plus en plus précaire, pour toutes les raisons de classe et de prédation internationales et nationales bien connues. Il était vital pour les Algériens d’édifier un secteur d’Etat comme support et moteur d’une économie nationale productive, y compris pour le privé, au service de leur développement social et culturel.

C’est pourquoi au long de la décennie 70, le PAGS quoique clandestin et sévèrement réprimé, s’est honoré, en appui sur les travailleurs des villes et es campagnes, les étudiants et les cadres, de participer et d’appeler à une participation résolue à cet effort. Il le faisait non pour les beaux yeux du pouvoir, d’ailleurs divisé et en partie hostile à ces orientations, mais pour leur imposer, sur le terrain, un contenu démocratique et de classe plus favorable aux intérêts nationaux et populaires. Des batailles mémorables et fructueuses ont été menées par les militants et militantes du PAGS avec la paysannerie (cf. le grand mouvement du volontariat), les travailleurs industriels, les syndicats et les associations de jeunes et de femmes en proie à la caporalisation, les cadres de l’économie et d’autres secteurs de l’activité nationale.

Cette position n’était pas incompatible, bien au contraire, avec la dénonciation et la résistance concrètes, tout aussi résolues, contre l’arbitraire du système répressif du parti unique. Le PAGS en souffrait lui-même et luttait, pied à pied, en actes et sur le terrain, pour arracher les libertés syndicales et démocratiques, faire reculer les manifestations d’intolérance et de régression culturelle et idéologique, combattre les remises en cause des acquis démocratiques et sociaux de l’indépendance, ainsi que le démantèlement du secteur d’Etat comme ce sera, de plus en plus, le cas dans les années 80 qui déboucheront sur le chaos tragique de la décennie suivante.

Malheureusement, le PAGS fut l’une des rares organisations à engager ce type d’efforts concrets à la base, avec les forces syndicales non domestiquées et quelques courants nationalistes ou personnalités minoritaires.

Les forces politiques les plus influentes dans l’opposition sont ainsi la plupart du temps passées à côté d’une grande bataille. L’une des raisons est que le champ politique était submergé par les positionnements « identitaires », dans les domaines linguistiques et religieux notamment, les différences de sensibilités idéologiques etc., que les tenants du pouvoir et les couches parasitaires leur opposaient. Ils attisaient et brandissaient en permanence ces diversions pour éluder les problèmes économiques et sociaux qui étaient au cœur de la question nationale à cette nouvelle étape.

La question reste d’une brûlante actualité. L’opposition conséquente à un pouvoir autoritaire ou illégitime n’est en aucune façon incompatible, bien au contraire, avec les efforts constructifs en direction de la société laborieuse et populaire, consistant à élever le niveau de conscience et la combattivité à la base pour faire émerger et converger des actions consensuelles autour des intérêts sociaux et nationaux communs. Avec le recul du temps et l’expérience, cette orientation se confirme aujourd’hui par les appels et les efforts plus nombreux visant à forger sur des bases de principe et dans l’action un «consensus national» qui contribue à sortir le pays d’une impasse aux contours tragiques.

Ce qui reste à faire, dans les années et décennies à venir, n’est pas des plus simples ou des plus faciles. En cela, l’expérience du PAGS elle aussi peut nous éclairer. Pas seulement par les élans et les luttes unitaires de masse qu’elle a suscitées, mais aussi, comme pour d’autres formations, par ses limites, ses défaillances ou ses erreurs d’appréciation dont la complexité des situations traversées n’était pas seule responsable.

On peut dire en effet que si par certains côtés ou à certains moments, cette expérience fut exaltante et exemplaire dans sa justesse, elle fut aussi limitée, entravée, inachevée ou même décevante dans d’autres rapports des forces nationales. Ce fut particulièrement le cas au début des années 90.

J’en ai tiré pour ma part deux enseignements de base, liés entre eux. Ils me paraissent expliquer les limites et les faiblesses constatées pour le PAGS, mais restent valables pour toute formation progressiste.

D’abord c’est l’intervention massive des composantes de l’Algérie profonde (et non le seul poids ou comportement des états-majors politiques) qui reste la condition sine qua non des changements substantiels souhaités. En même temps, pour que cette condition fructifie, une conscience politique et idéologique accrue est indispensable, autour de deux volets. Ce sont ces deux volets qui se sont avérés insuffisants chez tous les acteurs concernés, y compris pour le PAGS dont les efforts ont été pourtant notables dans ces deux directions.

La première de cette insuffisance est la sous-estimation des facteurs et des environnements régionaux et internationaux. Les évolutions nationales restent étroitement dépendantes, sous diverses formes, des rapports de force dans la lutte des classes mondiale et régionale. La montée sauvage de l’hégémonisme néolibéral et néocolonial est le dernier avatar des formes de domination précédentes de l’impérialisme. Son poids, même s’il ne s’est manifesté qu’à travers des relais indirects et non ouvertement, a beaucoup pesé dans la crise qui a affecté toutes les formations nationales et pas seulement le PAGS.

La question est : se soumettre à la barbarie moderne multiforme du capitalisme néolibéral, sous prétexte de sa prétendue toute puissance? Ou trouver toutes les façons de lui résister et s’en dégager dans l’intérêt national et populaire? Les camouflages tentent d’éluder la question, mais l’enjeu est incontournable, décisif, si on veut dès aujourd’hui et dans les formes appropriées à chaque pays, commencer à tracer les chemins d’une alternative plus humaine.

La deuxième prise de conscience nécessaire concerne le front intérieur. C’est-à-dire la façon dont les luttes sont à mener sur le terrain par toutes les forces intéressées à un avenir politique et social de liberté et de justice.

La question concerne au premier plan les travailleurs et les déshérités des villes et des campagnes, en particulier les couches les plus conscientes et les plus combatives des jeunes, des femmes et des intellectuels. L’enseignement longtemps méconnu, réside dans l’impératif suivant: comment conjuguer l’existence et les positions autonomes de chaque courant et formation politique progressiste et démocratique, quelle que soit sa sensibilité idéologique ou identitaire, avec les efforts pour l’unité d’action et les convergences de ces formations autour des intérêts concrets communs des couches et milieux qu’elles représentent.

La prise de conscience assez forte de cet impératif, fut le secret et la raison principale de l’aboutissement heureux de notre guerre d’indépendance, malgré toutes les insuffisances de ce mouvement national, parfois graves et aujourd’hui mieux connues.

Malheureusement, après l’indépendance, cet impératif unitaire et démocratique a été soumis au nom de la pensée et du parti unique, à des campagnes de plus en plus virulentes de discrédit et des manœuvres de diversion et de division. Cela était «normal» de la part des cercles autoritaires et prédateurs. Par contre, il fut regrettable et catastrophique que des cercles se réclamant de l’intérêt national soient tombées dans le piège de sous-estimer et combattre cette exigence salutaire, au détriment de la mobilisation unie et consciente d’une société impatiente de réalisations sociales et démocratiques à son profit.

C’était méconnaître, inconsciemment chez les uns, délibérément chez d’autres, la nécessité de l’indispensable FRONT UNI dont avait besoin la société de l’Algérie indépendante. C’était ignorer un mode politique fécond et constructif de gestion de la riche diversité nationale objective. On lui a substitué les faux arguments, les procès d’intention, les diabolisations réciproques, au détriment de la solution des vrais problèmes vitaux. C’était brandir les uns contre les autres l’arme fatale de démolition des espoirs d’une Algérie heureuse et solidaire.

Ce n’est pas un hasard si quatre mois seulement après l’indépendance, le premier parti à être officiellement interdit a été le Parti Communiste Algérien. Laminé dans ses effectifs par les sacrifices de la guerre de libération, mais en rapide développement depuis quatre mois, il effrayait les autorités nouvellement auto-installées, par l’écho positif grandissant que réservait la société à ses appels répétés pour les solutions pacifiques et démocratiques, ainsi qu’aux positions mobilisatrices et rassembleuses qu’il défendait sur l’ensemble des problèmes économiques, sociaux et culturels de l’Algérie nouvelle. Les autres courants politiques et idéologiques, y compris ceux qui se soumettaient à l’idée et la réalité du parti unique, auront rapidement constaté, après cette interdiction, que l’arbitraire sous prétexte anti-communiste allait les frapper à leur tour et préparait les sombres péripéties des décennies suivantes.

Le même mécanisme s’est reproduit après l’émergence à la légalité du PAGS en 1989 après vingt-quatre ans de difficile clandestinité. Sous devanture faussement démocratique, le système étatique en appui sur son appareil policier, craignait par-dessus-tout la mobilisation autonome et démocratique de la population. Il a joué à fond, contre le parti fragilisé par sa réorganisation en cours, la carte de la division et de la caporalisation des rangs militants en attisant les peurs, les méfiances et les amalgames identitaires face à la montée des mouvements islamistes, dont les plus intolérants et les plus hégémonistes d’entre eux (contre tout Etat, toute Constitution, etc.). Ce fut notamment l’argumentaire spécieux des campagnes de panique remplaçant l’analyse, alimentées par une partie de l’instance exécutive du PAGS dont l’infiltration et les motivations ne tardèrent pas à se confirmer. Elle utilisa la mainmise sur des leviers organiques pour fragmenter les saines réactions militantes et étouffer les débats démocratiques au nom d’une urgence sécuritaire. Le PAGS, ne pouvant plus être interdit comme le fut le PCA en novembre 1962, est devenu la cible première des forcings de «redressement» ou de domestication auxquelles seront confrontées pratiquement toutes les formations politiques agréées après 1989.

Les pressions et intrigues devinrent particulièrement brutales aussitôt après l’échec d’une première tentative d’arracher au PAGS, dès juin 1990, un appel précipité à annuler le résultat des élections municipales et à l’interdiction du FIS qui venait de remporter ces élections. Or les auteurs de ces pressions avaient été, quelques jours auparavant, les plus ardents et les plus optimistes à préconiser une participation franche du PAGS à ces élections. Ils tentèrent un «argument-choc» auprès des cadres et militants pour justifier leur revirement et l’abandon de l’autonomie politique du PAGS: la situation nationale, disaient-ils, venait d’atteindre, après ces élections, une exacerbation très dangereuse et l’armée n’attendait qu’un appel du PAGS pour intervenir et sauver le pays d’un péril imminent. Je me suis opposé à ce montage cousu de fil blanc, qui tournait le dos à la raison d’être du parti et le menaçait de devenir l’auxiliaire inconditionnel d’appareils du pouvoir hostiles à notre autonomie politique et organique depuis des décennies. De surcroît la sur-dramatisation de la situation pour justifier une décision précipitée s’est avérée artificiellement gonflée. Et surtout la violence terroriste potentielle ou déclarée ne peut être prévenue ou neutralisée par les seules mesures ou ripostes sécuritaires. Le terrorisme ne peut être prévenu ou vaincu que par l’éradication de ses causes, par les solutions et moyens économiques, sociaux, politiques et culturels appropriés et suffisants, en appui sur la mobilisation et la conscience populaires.

Le scénario de caporalisation de juin 90 préfigurait celui de fin-décembre 91 et début-janvier 92, dix-huit mois plus tard, pendant lesquels les apprentis-sorciers multiplièrent les déclarations alarmistes et les chantages au nom de la sauvegarde nationale, alors que le champ restait ouvert aux efforts de clarifications et de mobilisations unitaires. Ce déni des traditions de lutte politique du parti provoqua avant comme après le Congrès de décembre 1990 la désaffection massive des militants et plus tard la fin du PAGS lui-même.

Je ne décrirai pas ici les mécanismes de cette dégradation progressive, plusieurs épisodes ont été déjà ou seront exposés dans différents écrits.

Il reste à en tirer l’enseignement essentiel, car la question reste d’une brûlante actualité, à l’heure où les «déballages» médiatiques confirment les nuisances d’un mode d’exercice du pouvoir et des méthodes généralisées qui ne sont plus de notre temps et de l’intérêt national.

La finalité de ces méthodes est multiple. Elle consiste à justifier l’abandon de la lutte politique indépendante comme axe essentiel. Elle vise à entraver ou bloquer la lutte sociale et la mobilisation syndicale et associative autonome. Elle vise encore à entraver et discréditer les efforts unitaires entre partis, préconiser l’alignement inconditionnel sur les appareils sécuritaires de l’Etat. Elle pousse à rallier les thèses libérales et à discréditer les luttes sociales. Elle cherche à museler les rangs pour paralyser les initiatives militantes au plus près de la société. Son objectif est aussi d’empêcher de dévoiler au grand jour les pratiques obscures et les dérives anormales occultées dans les conditions de clandestinité. Elle encourage enfin le dénigrement des militants et des cadres honnêtes et pleins d’abnégation, ainsi que les anathèmes en lieu et place de débats ouverts et respectueux des militants, alors que de tels vrais débats purent se dérouler même dans la clandestinité.

Ces facteurs pervers se conjuguaient avec un contexte dominé par le regain conservateur et réactionnaire à l’échelle internationale. Ils poussaient à déboucher sur la désaffection du parti, faute d’une prise de conscience assez massive dans les rangs militants et dans le pays, des graves dessous et dangers apparus. Certes, les méthodes de l’infiltration policière, ainsi que le désarroi entraîné par la dislocation du système des Etats socialistes, ont facilité la déstabilisation du parti. Mais la cause la plus profonde a été une capacité politique et idéologique insuffisante pour mettre en échec l’abandon des bases de principe qui avaient assuré la cohésion du PAGS et lui avaient valu la considération et le soutien d’une partie appréciable de l’opinion nationale.

Ainsi, sur la double toile de fond nationale et internationale, il est possible, avec d’autres courants politiques à vocation démocratique, eux aussi gravement endommagés, paralysés ou dévoyés, de dresser un bilan et des leçons communes après les vingt-cinq ans d’existence du PAGS et les vingt-cinq ans de son absence sur la scène politique après son implosion.

Dans l’immédiat, ces leçons incitent davantage toutes les forces et courants du champ politique progressiste à intervenir, séparément ou ensemble dans les enjeux quotidiens à partir des enseignements tirés par chacun d’eux. Ces prises de conscience ont fait de substantiels progrès dans la récente période où se sont davantage démasqués les mécanismes antidémocratiques, antisociaux et antinationaux.

Quant au plus long terme, qu’en sera-t-il de la nécessaire recomposition des forces de liberté et de justice sociale les plus conséquentes ?

Chacun comprend qu’elle sera un long processus. Les luttes communes unitaires éclaireront mieux les rythmes et les modalités, dans le contexte évolutif du champ politique et géopolitique national et international.

À travers les espaces chaque jour conquis en faveur du débat démocratique et de l’action unie autour des intérêts communs, c’est toute une nouvelle culture politique qui reste à forger et faire fructifier ensemble. Pour cette tâche historique, une responsabilité particulière incombe à toutes les forces où qu’elles se trouvent, attachées à l’idéal de suppression de l’exploitation de l’Homme par l’Homme, seul espoir de sauver la dignité et la survie des habitants de notre planète.

Pour terminer, je ne peux m’empêcher de dire en cet anniversaire, à tous mes compagnons sincères des longues luttes passées : bien que l’expérience à l‘échelle historique et mondiale ne soit pas terminée, vous avez accompli un parcours de courage, d’honneur et de dignité, à contre-courant des régressions dominantes. Je partage avec vous la fierté d’avoir œuvré au sein d’un mouvement qui a enfanté tant d’actes généreux.

Pardonnez-moi si, par besoin incontournable pour nous tous d’analyser de sang-froid les questions du passé, les analyses à elles seules ne peuvent rendre compte de l’élan vivant et chaleureux qui nous a portés avec notre société.

Je suis sûr qu’ils sont nombreux ceux d’entre vous en mesure de restituer cette chaleur et cette foi humaniste aux nouvelles générations, dans ce pays si riche de valeurs matérielles et morales, mais en proie aux injustices explosives et sources de désarrois. Chaque fait de votre lutte que vous tirerez de l’oubli, chaque problème vécu par vous dans l’enthousiasme ou la souffrance, chaque évocation du mouvement que vous avez porté avec ses hauts et ses bas, sera une arme, un stimulant, un enseignement pour tous les jeunes qui se sentent orphelins d’un avenir possible.

Sadek Hadjerès

le 28 Janvier 2016


PARIS – 23 & 24 JANVIER 2016: POUR UN PLAN B EN EUROPE

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à Paris, accueil de 12h30 à 13h
Maison de la Chimie, 28, rue Saint-Dominique 75007 Paris
(sur inscription uniquement)
Mot d’accueil des coordinateur-trice-s du Parti de Gauche,
Danielle Simonnet et Eric Coquerel (13H)
Interprétation : français, anglais et espagnol

OUVERTURE PAR OSKAR LAFONTAINE,
ANCIEN MINISTRE DES FINANCES ALLEMAND (13H15)

Tables rondes sur l’euro (14h-16h)
TABLES RONDES : MAÎTRISER LA MONNAIE

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INTERMEDE PAR ZOE KONSTANTOPOULOU,
ANCIENNE PRÉSIDENTE DU PARLEMENT GREC (16H15)

www.euro-planb.eu

Tables rondes sur la dette (17h-19h)
TABLES RONDES : MAÎTRISER LES DETTES PUBLIQUES
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CONCLUSION PAR STEFANO FASSINA,
ANCIEN MINISTRE DES FINANCES ITALIEN (19H15)

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OUVERTURE PAR YANIS VAROUFAKIS,
ANCIEN MINISTRE DES FINANCES GREC (10H00)

Tables rondes sur les échanges internationaux (10h45-12h45)
TABLES RONDES : MAÎTRISER LE COMMERCE INTERNATIONAL
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CONCLUSION PAR JEAN-LUC MÉLENCHON,
EURODÉPUTÉ FRANÇAIS (13H00)