Octobre-novembre 2015- NAQD N°32: COMMUNAUTÉ / COMMUNAUTAIRE / COMMUNAUTARISME

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NAQD N°32

Octobre-novembre 2015

COMMUNAUTÉ

COMMUNAUTAIRE

COMMUNAUTARISME

ASIE DU SUD / PACIFIQUE

Samir Kumar Das: Vers une théorie indienne de la reconnaissance (en arabe et en français)
Ranabir Samaddar: Une séquence de maintien de l’ordre dans une ville déchirée par l’émeute : Kolkata, 16-18 août 1946 (en arabe et en français)
Pervez Hoodbhoy: L’illusion du khalifat et la guerre à l’intérieur de l’Islam. Une opinion pakistanaise (en arabe et en français)
Hamid Mokaddem: Une perpétuation de la guerre dans le rapport ethnico-politique en Kanaky / Nouvelle-Calédonie

ALGÉRIE / AFRIQUE SUBSAHARIENNE

Dida Badi: Les Touaregs du Tassili N’Ajjer. Pour une lecture de la structure socio-politique touarègue.
Meriem Bouzid: La formation des obédiences tribales et de pouvoir dans le Tassili (en arabe)
Fatma Oussedik: « Les émeutes de Ghardaïa ». L’Algérie, une société en guerre contre elle-même (en arabe et en français)
Mohommodou Houssouba: Conscience collective et imaginaire collectif autour de l’appartenance (supposée) à une communauté linguistique. Le cas des parlers songhay berbérisés de l’espace sahélo-saharien (korandjé de Tabelbala, tadasahak de Ménaka, etc.)

THÉORIE

Abderrahman Moussaoui: L’Algérie, d’une communauté à l’autre
Abdelhafid Hamdi-Cherif: Communauté, Communautés. La hiérarchie des appartenances
Hartmut Elsenhans: Économie politique des Nouveaux Mouvements Identitaires et Culturels

ÉTUDES & DOCUMENTS

Nacer Baelhadj: L’évolution historique de la communauté dans le Oued M’zab, du XVe siècle à ce jour (en arabe)
Mohammed Khaled: L’ordre confrérique : De la zaouiya el mokhtariya chez les Ouled Jallal (en arabe)
Salim Khiat: Noirs autochtones et immigrés subsahariens en Algérie. L’Altérité en circulation (en français)
Goran Fejic et Kajsa Eriksson: La démocratie dans les sociétés déchirées par la guerre


GRÈCE – LES ÉVOLUTIONS POLITIQUES

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#haut<-] [LA CRISE, LE PEUPLE GREC ET LES RESPONSABILITÉS DU GOUVERNEMENT DE SYRIZAESSAI SUR LES ÉVOLUTIONS POLITIQUES EN GRÈCE -Aliki Papadomichelaki – le 25 août 2015;


L’AVENIR DE LA GRECE (ET DE L’EUROPE) N’EST PAS ÉCRITFrancis Wurtz – L’Humanité Dimanche – le 27 août 2015;


GRÈCE – STATHIS KOUVELAKIS: «AUCUNE ILLUSION SUR LE CARCAN DE L’EURO»Entretien réalisé par Thomas Lemahieu – le 27 Août, 2015 – L’Humanité;


SOCIAL DEMOCRACY OR REVOLUTIONARY DEMOCRATY – Syriza and UsMichael A. Lebowitz – le 2 août 2015;


GRÈCE : POURQUOI LA CAPITULATION? UNE AUTRE VOIE EST POSSIBLE – VIDÉO – Eric Toussaint – CADTM – 23 août 2015;


ATHÈNES EST DEVENU UN THÉÂTRE DE L’ABSURDELe Monde Débats le 28 août 2015 – Monde des Idées – par Maria Negreponti-Delivanis (ancienne conseillère de l’OTAN et de l’OCDE);


L’ÉCHEC DE LA RIGUEUR: LES 8 PLANS D’AUSTÉRITÉ GRECSLe blog de Jean-Luc Mélenchon;


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L’AVENIR DE LA GRÈCE (ET DE L’EUROPE) N’EST PAS ÉCRIT !

Francis Wurtz

L’Humanité Dimanche

wurtz-l-humanite-dimanche.jpg Le 13 Juillet noir de la Grèce a vu l’ambition transformatrice du gouvernement Tsipras se fracasser sur le « Bloc des durs » -qui concentre aujourd’hui l’essentiel du pouvoir européen- et leur bras armé: la Banque centrale européenne.
Ce terrible revers -même si les objectifs finaux d’un Schaüble n’ont pas été atteints- suscite naturellement une immense déception dans la gauche européenne.
L’expérience de Syriza était la première brèche ouverte par un gouvernement dans la forteresse austéritaire européenne.
Le courage des dirigeants grecs dans l’interminable bras de fer avec « les institutions » a forcé notre admiration. Leur loyauté exemplaire à l’égard des citoyens a nourri notre confiance. L’impressionnante dignité du peuple grec a dopé nos espoirs. La désillusion est aujourd’hui à la mesure de cette espérance.

Dans ce contexte douloureux, les opinions les plus diverses sinon contradictoires s’expriment sur les causes de cette issue malheureuse.
Certaines d’entre elles se concentrent sur les dirigeants grecs, et notamment le premier d’entre eux, accusé d’avoir capitulé, quitte à sacrifier son peuple.
Comment expliquer alors qu’il continue de bénéficier d’une large confiance de la part de ses concitoyens ? Ne serait-ce pas précisément en raison du respect qu’il leur témoigne en toute circonstance ?

D’abord, en leur donnant à voir l’ensemble des éléments de la situation, sans chercher à en émousser les contradictions ni à taire ses propres erreurs.

Ensuite, en les appelant à trancher les différends de fond qui ont surgi au sein de la majorité qu’ils ont élue.

Enfin, en restant fidèle au projet qu’il incarne depuis la victoire de Syriza : il s’est, en effet, engagé -comme aucun de ses prédécesseurs ne l’avait jamais fait- aussi loin que le lui permettent les rapports de force dans l’Europe d’aujourd’hui.

Justement : comment les faire bouger, ces rapports de force en Europe?

Voilà un enjeu crucial pour qui nourrit l’ambition de réorienter (pour de bon) la construction européenne en vue de sa refondation. À cet égard, certains courants de la gauche européenne devraient coûte que coûte dépasser la vision -illusoire et coûteuse- du «il n’y a qu’à», sous peine de négliger des exigences incontournables pour élargir pas à pas les marges d’action favorables qui nous font cruellement défaut aujourd’hui.

Ainsi, la question qui mérite avant tout d’être débattue, à gauche, me semble être: sommes-nous au niveau requis en matière de bataille politique -permanente et de haut niveau- dans chaque société sur les enjeux européens (sans simplification outrancière)?

Et surtout : notre stratégie de rassemblement, de recherche d’alliés, de construction de convergences -y compris sur le plan européen- est-elle suffisamment audacieuse? Pour faire bouger le molosse, il faut faire le poids : en nombre, en diversité de sensibilités et en intelligence politique des citoyens.

Et c’est possible ! La crise de légitimité de l’actuelle « Union » est de plus en plus profonde. L’attitude de ses actuels « patrons » vis-à-vis de la Grèce a scandalisé de larges secteurs de nos sociétés, bien au-delà des forces de progrès traditionnellement engagées dans le combat pour changer l’Europe!

Les gens en recherche d’Europe solidaire sont légion.
Voilà pourquoi l’avenir de la Grèce, et de l’Europe, n’est pas écrit. C’est le moment, à gauche, de reprendre l’initiative.

27 aout 2015
Sources Le blog de Francis Wurtz

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GRÈCE. STATHIS KOUVELAKIS :

« AUCUNE ILLUSION SUR LE CARCAN DE L’EURO »

Entretien réalisé par Thomas Lemahieu

Jeudi, 27 Août, 2015

L’Humanité

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Patrick Nussbaum

Membre de la direction d’Unité populaire, Stathis Kouvelakis détaille, pour l’Humanité, les grands axes programmatiques du parti créé par les dissidents de Syriza en vue des élections de septembre.

Athènes (Grèce), envoyé spécial.

Quel est le point de non-retour au sein de Syriza qui vous conduit aujourd’hui à créer un nouveau parti, Unité populaire ?
Stathis Kouvelakis. C’est à la signature de l’accord du 13 juillet. La fracture était apparue avant, quand, en l’espace de quelques jours, le « non » du référendum a été transformé en « oui » et quand le gouvernement grec est allé négocier à Bruxelles avec un mandat qui signifiait de fait l’acceptation du cadre austéritaire.
Mais c’est la signature par Alexis Tsipras de l’accord qui a ouvert le processus conduisant à la scission de Syriza – il faudrait d’ailleurs parler plutôt de désintégration de Syriza.
Il y a eu ensuite les deux votes au Parlement sur les deux paquets de mesures préliminaires à l’accord, puis celui sur le mémorandum qui est venu sceller la rupture.

Le gouvernement Tsipras a signé le mémorandum sans jamais, à aucun moment, obtenir l’approbation d’une quelconque instance de Syriza.
Alexis Tsipras ne peut pas se réclamer d’un seul texte, d’une seule décision qui l’autorisent à faire ce qu’il a fait ; au contraire, les rares fois où le Comité central s’est réuni depuis que Syriza est au pouvoir, il a pris des décisions qui, toutes, allaient dans le même sens : en aucun cas, nous ne signerons un mémorandum. « Tout sauf ça ! »

Et ce qui est arrivé, c’est précisément ce qui était en principe totalement exclu.
Autant la coexistence dans un même parti de courants, de sensibilités ayant des désaccords, y compris sur la question de l’euro, était possible tant que l’objectif central du renversement des mémorandums était maintenu, autant la coexistence dans un même parti de tenants de la signature d’un mémorandum et d’opposants ne l’était pas.

Quand Alexis Tsipras a décidé d’accepter un mémorandum, il prenait dans le même geste la décision de dissoudre son parti !

Avez-vous rassemblé tous les parlementaires de Syriza qui se sont prononcés contre le nouveau memorandum ? Avec les vingt-cinq députés, au départ, d’Unité populaire, le compte n’y est pas, si ?
Stathis Kouvelakis. Lors du vote, il y a eu 32 « contre » et 17 votes « présent » – ce qui, dans le système parlementaire grec, n’équivaut pas exactement à une abstention, c’est très proche d’un vote « non »… Ceux que nous n’avons pas encore rassemblé, c’est Zoe Konstantopoulou, la présidente du Parlement qui occupe encore ses fonctions institutionnelles, mais qui ne va pas tarder à nous rejoindre, et trois députés du courant maoïste KOE de Syriza avec lesquels nous sommes en discussion. Puis il y a Yanis Varoufakis qui, lui, ne nous viendra pas car nos positions sont trop éloignées.

De manière plus large, Unité populaire n’est pas un parti, c’est un front qui rassemble une dizaine de composantes. Certaines sont issues de Syriza, d’autres ont fait partie de Syriza dans le passé ou y ont collaboré, d’autres encore viennent de l’extrême gauche comme des courants de la coalition Antarsya.
Au fond, Unité populaire est assez proche de ce que la coalition Syriza a été jusqu’en 2013, avant de se fondre dans un seul parti. C’est une formule à laquelle nous tenons : nous sommes un front politique, avec le pluralisme, avec le respect des différences, avec l’accent mis sur l’auto-organisation.
Notre objectif est d’assurer la structuration politique du « non » qui s’est exprimé lors du référendum le 5 juillet et qui a été majoritaire de façon écrasante dans la jeunesse comme dans les catégories ouvrières et populaires. Nous voulons construire par en bas des comités larges et ouverts. Bien entendu, nous attendons que des militants, des individus, des personnalités politiques nous rejoignent également…
On pourra ne pas être d’accord sur tous les points du programme, mais le cœur, c’est bien de considérer que la rupture avec les mémorandums est indispensable, que ça implique une confrontation avec l’Union européenne, même si, quant aux moyens à utiliser dans cette confrontation, il peut y avoir des points de divergence.
Mais il est très clair que nous tirons tous la leçon de l’échec stratégique de Syriza et que nous avons une approche alternative pour ne pas aboutir à la même capitulation.

En tant que troisième groupe au Parlement grec, la Constitution grecque donne à Unité populaire un « mandat exploratoire » pour tenter de former un gouvernement. Comment utilisez-vous cette phase qui va s’achever ce jeudi ?
Stathis Kouvelakis. Nous cherchons à utiliser les trois jours qui nous sont donnés pour montrer quelle est notre manière de concevoir la politique.
Notre mot d’ordre, c’est la parole aux forces sociales, et nos propositions vont dans le sens d’une démocratisation institutionnelle.
Premièrement, Panayiotis Lafazanis rencontre de façon thématique les représentants de forces sociales particulièrement affectées par les divers aspects du memorandum et en première ligne des combats contre le memorandum et ses effets : ce sont les syndicats de salariés et de retraités lourdement affectés par les coupes à venir sur les pensions et par la liquidation des droits sociaux restants, ce sont les campagnes citoyennes contre les privatisations, ce sont les agriculteurs, les pécheurs, etc. L’idée, c’est de montrer que, pour nous, la politique, ce n’est pas simplement des conciliabules avec des représentants des partis. La politique se fait avec les forces sociales, avec les mobilisations.
Deuxièmement, nous faisons des propositions institutionnelles : pour aller dans le sens de la démocratisation, on veut supprimer le bonus de 50 sièges donné au parti qui arrive premier lors des élections, conformément à un engagement électoral de Syriza – c’était l’une des mesures phares de Syriza, pas respectée comme les autres -, et nous proposons d’appuyer la discussion que Zoe Konstantopoulou tente de lancer au Parlement sur les réparations de guerre allemandes pour permettre au Parlement de continuer son travail jusqu’au bout.

Vous avez critiqué durement l’appel aux urnes d’Alexis Tsipras… Pour quelles raisons?
Stathis Kouvelakis. Ce que nous critiquons, c’est le fait de faire des élections express! C’est assez classique pour essayer de prendre de court ses adversaires, mais Tsipras a fait quelque chose qu’aucun parti systémique n’avait osé faire jusque là, c’est aller vers des élections en plein mois d’août, alors que, dans un pays comme la Grèce, les gens sont en vacances, précisément à ce moment-là… Ce qui réduit d’autant plus la campagne électorale. Le but de la manœuvre est extrêmement clair : il s’agit d’aller aux urnes le plus vite possible avant que les impacts concrets du mémorandum ne se fassent sentir dans la population.

Quels sont les éléments saillants du programme d’Unité populaire ?
Stathis Kouvelakis. La rupture avec le mémorandum et avec les politiques d’austérité est déterminante. Nous voulons annuler les mémorandums, comme Syriza l’avait promis. Nous voulons rompre avec les objectifs des excédents budgétaires. Nous comptons cesser immédiatement le remboursement de la dette et négocier pour l’annulation de sa plus grande partie, mais sur ces bases!
Aucun redressement n’est possible pour la Grèce tant que le pays est saigné pour rembourser cette dette. L’une des erreurs majeures du gouvernement Syriza, c’est qu’il a continué à rembourser la dette: 7 milliards d’euros se sont envolés entre janvier et juin, les caisses publiques se sont totalement vidées.
Et puis, nous ne nous faisons aucune illusion quant à la compatibilité d’un programme de rupture dans le cadre de l’euro.

Donc, en cas d’intransigeance des institutions, avec les restrictions de l’accès aux liquidités décidées par la Banque centrale européenne (BCE), nous retournerons à la monnaie nationale. La phase de transition présente certes des difficultés, mais aussi des opportunités importantes pour la relance et pour une politique économique qui aille dans le sens de la justice sociale et environnementale.

Vous évoquiez « l’intransigeance » des institutions… Sur la sortie de l’euro, êtes-vous tous d’accord au sein d’Unité populaire?
Stathis Kouvelakis. Oui, nous pensons qu’il faut nous préparer pour la sortie de l’euro. C’est absolument clair!
Le programme d’Unité populaire est finalisé, il sera rendu public à la fin de la semaine.

La préparation de la sortie de l’euro est un point fondamental. Cette question comporte plusieurs aspects.

Le premier, c’est évidemment la récupération de la souveraineté politique dans le cadre où un gouvernement se retrouve confronté à la sainte-alliance de toutes les puissances néolibérales. Dépourvu de l’outil monétaire, on l’a vu, nous sommes pris en otage par la BCE. Syriza l’a subi dès le 4 février…

Deuxièmement, c’est un moyen pour permettre le redémarrage économique en assurant l’approvisionnement en liquidités.

Ensuite, c’est un moyen extrêmement important sur la question de la dette: en passant par la monnaie nationale, la dette devient quasiment impayable, personne ne va accepter le remboursement d’une dette qui se retrouve libellée en une monnaie nationale. Cela nous place en position de force.

Enfin, la dévaluation permet de relancer vigoureusement la croissance: tous les pays qui se sont retrouvés dans une situation de récession profonde n’ont pu redémarrer économiquement qu’avec une dévaluation monétaire. Le choix est simple, en réalité : c’est soit une dévaluation monétaire, soit la dévaluation interne, c’est-a-dire les plans d’ajustement structurel qui sont imposés pour faire baisser les salaires et les retraites, et qui écrasent le coût du travail. C’est sûr que la dévaluation monétaire crée un certain nombre de problèmes, mais elle crée aussi des opportunités: elle booste la production nationale, elle permet une substitution des importations par les exportations, elle rend les exportations plus compétitives… Certes elle peut être problématique là où il faut payer en devises fortes: les carburants, l’énergie, certains médicaments qui sont nécessairement importés – mais pas tant que ça, par parenthèse, la production nationale peut assurer une bonne partie… Tout cela ouvre des difficultés transitoires.

Mais, en réalité, on le voit avec les économistes hostiles au néo-libéralisme, que ce soit Krugman ou Stiglitz, que ce soit Aglietta ou Lordon en France, le débat est tranché: le meilleur choix possible pour la Grèce, le seul viable en réalité, disent-ils, c’est le retour à une monnaie nationale, dans le cadre, bien sûr, d’une politique progressiste de relance qui peut gérer les problèmes. Il y aura des pressions inflationnistes, mais un gouvernement de gauche peut protéger les salaires dans ce contexte…

Dans votre programme, la Grèce sort de l’euro, mais quitte-t-elle l’Union européenne?
Stathis Kouvelakis. Non, pas nécessairement. La question est susceptible de se poser, mais ce n’est pas automatique. Après tout, il y a dix pays de l’Union européenne qui ne sont pas dans l’euro. Ce n’est pas tranché pour nous…

Ce que notre programme prévoit si la confrontation devait aller plus loin, c’est d’aller vers un référendum. Le gouvernement britannique le prépare, avec une orientation politique tout à fait éloignée de la nôtre, mais nous ne voyons pas pourquoi on ne pourrait pas se poser la question de notre côté.

Mais le départ de l’Union européenne ne fait pas partie des objectifs d’Unité populaire.

Ces derniers mois, face aux prétentions du gouvernement grec, les cercles néolibéraux ont manifesté une détermination phénoménale, ils paraissaient prêts à détruire totalement l’économie du pays. En cas de dévaluation, par exemple, avec les effets attendus sur la dette, comment parer les foudres de tels adversaires?
Stathis Kouvelakis. La conclusion que nous tirons de l’expérience du gouvernement Syriza, qui a été confronté immédiatement au blocus et à la guerre déclenchée par les institutions européennes, c’est qu’il faut faire preuve d’une détermination au moins équivalente. C’est précisément là que le gouvernement Syriza a échoué: il n’a pris aucune mesure d’auto-défense.

C’est dans ce cadre que nous concevons le retour à la monnaie nationale. Ce moyen va nous aider dans le cadre du remboursement de la dette car il nous place en position de force pour obtenir de la part des créanciers l’annulation de la plus grande partie de la dette.

Nous voulons un compromis de cette nature, comme cela s’est passé dans tous les pays surendettés, je pense à l’Argentine, à l’Equateur…

Nous considérons qu’il est indispensable de récupérer la souveraineté monétaire dans le cadre du rétablissement démocratique de la souveraineté populaire, et absolument pas dans une perspective de repli nationaliste…

Notre démarche est profondément internationaliste. Nous ne racontons pas des salades, comme l’a fait Syriza: nous ne disons pas que nous allons convaincre les autres Européens, nous n’avons pas d’illusions sur le fait que Hollande ou Renzi ou je ne sais qui vont nous aider dans l’Union européenne.

Nous comptons sur la mobilisation du peuple grec, sur la sensibilisation de l’opinion publique européenne, sur la solidarité internationale des mouvements sociaux. Les véritables alliés pour nous sont là!

Vous ne voyez aucun allié institutionnel en Europe ?
Stathis Kouvelakis. Non, pas en Europe! On peut en trouver ailleurs… C’est une autre dimension.

À ce propos, vous semblez vouloir instituer des relations fortes avec d’autres Etats ailleurs sur la planète afin de couvrir les besoins de financement de la Grèce. Mais ce qu’il se dit dans le gouvernement Tsipras, encore aujourd’hui, c’est que ces tentatives ont été faites, mais qu’elles n’ont pas pu aboutir… C’est faux?
Stathis Kouvelakis. Alors, d’abord, tout n’a pas été négatif dans ce que le gouvernement Syriza a réalisé. Le fait que, dans de larges secteurs de la population grecque, la réalité de ce qu’est l’Union européenne apparaisse, c’est le gouvernement Syriza avec sa stratégie erronée qui l’a rendu possible.
La bataille du référendum a permis une forte mobilisation populaire et une avancée déterminante dans les termes du débat, c’est aussi au gouvernement Syriza qu’on la doit. Tout ça aboutit à une défaite, mais il faut bien voir le chemin qui a été parcouru.

Alors, dans les tentatives que le gouvernement a faites, il y a eu effectivement des ouvertures vers certains pays, mais nous sommes restés bloqués à mi-chemin. Vis-à-vis de la Russie, en particulier, l’attitude a été hésitante: des démarches ont été entreprises, mais au moment crucial, le gouvernement Syriza n’a pas donné suite.

À quel moment ?
Stathis Kouvelakis. Lors du tournant critique du référendum.

L’accord pour le gazoduc, obtenu par Panayiotis Lafazanis qui était ministre à ce moment-là, est extrêmement favorable. Lafazanis a eu la marge politique pour faire ce geste important, les contacts se sont poursuivis. Mais il faut savoir que les Russes ne savaient pas, au fond, ce que les Grecs voulaient. Ils étaient extrêmement méfiants car ils avaient l’impression que ces gestes d’ouverture de la Grèce étaient utilisés comme une carte dans la négociation avec les institutions européennes, comme un outil de com’. Les photos avec Poutine servaient de moyens de pression, mais tout ça restait très superficiel, et ça n’allait pas, ils le sentaient, être suivis d’engagements concrets. Et ils n’aiment pas qu’on joue avec eux.

Donc, si la Grèce sortait de l’euro, trouveriez-vous des financements à la hauteur nécessaire en dehors de l’Union européenne?
Stathis Kouvelakis. Nous n’avons pas une vision eurocentrique. L’Europe, d’ailleurs, ne se limite pas à l’Union européenne. La Russie et la Turquie, par exemple, sont des réalités européennes.

L’Europe elle-même doit sortir des attitudes impérialistes et néo-coloniales vis-à-vis des autres pays du monde.

Et bien entendu, nous voulons développer les relations avec les gouvernements progressistes des pays du Sud, tout particulièrement en Amérique du Sud – c’est un choix stratégique d’Unité populaire -, mais aussi avec des puissances comme les Brics.

Tout cela, évidemment, dans des conditions qui soient favorables aux intérêts du peuple grec.

Développer les relations avec la Russie ou avec la Chine, ce n’est pas exactement la même chose, par exemple: la Chine, c’est vraiment le business et le commerce qui les intéressent. Nous, nous ne voulons pas des privatisations qui attirent les Chinois, mais en même temps, ils ont fait des ouvertures au niveau de la banque des Brics…

Avec la Russie, c’est autre chose car elle a une vision essentiellement géopolitique: pour elle, les intérêts économiques sont subordonnés à une vision géopolitique. Il est clair aussi que les relations avec la Russie ne signifient en aucun cas que nous considérons que Poutine est politiquement ou idéologiquement proche de nous. Ce sont des relations internationales…

Toujours sur votre programme, comment comptez-vous arrêter les privatisations?
Stathis Kouvelakis. L’un des points-clés pour nous, c’est la nationalisation des quatre banques systémiques. C’est très simple et c’était un élément fort du programme de Syriza. Dans trois des quatre banques, le public est aujourd’hui majoritaire, mais ces droits demeurent muets et passifs car ce sont les conditions de la recapitalisation imposées par le mécanisme européen de stabilité monétaire. Nous sommes pour la désobéissance par rapport à ces règles et, donc, nous voulons prendre le contrôle immédiat de ces banques: en principe, c’est simple, il suffit d’activer les parts du public qui sont déjà là.

L’un des aspects les plus scandaleux du troisième mémorandum, c’est que 25 milliards d’euros vont être consacrés à la recapitalisation des banques et que ces 25 milliards, ce sont les premiers fonds issus de la braderie des ressources publiques grecques! C’est un crime que le gouvernement Syriza a accepté de cautionner. Ces 25 milliards seront exclusivement consacrés au remboursement des prêts pour la recapitalisation à venir des banques.

Il faut mettre un terme à ce scandale et nationaliser les banques.

Nous sommes également favorables au retour dans la sphère publique des infrastructures essentielles pour le pays, c’est le cas des réseaux d’électricité, les ports, les télécommunications.

Pour nous, la relance passe par l’investissement public: tous les pays dans l’histoire du monde – et je ne parle pas des pays en transition vers le socialisme – n’ont pu redémarrer qu’avec un secteur public et des investissements publics qui ont servi de locomotives.

Nous ne croyons pas aux fariboles des investissements privés dans un pays bradé, avec des salaires de misère… Ce n’est pas comme ça qu’on va faire redémarrer l’économie grecque ! Et ce n’est surtout pas avec ces financements européens, très étroitement conditionnés : pendant les cinq années de la crise, ils n’ont absolument pas permis un quelconque redémarrage de l’économie.

Tout le monde sait que les objectifs de privatisation, en l’occurrence les 50 milliards d’euros exigés par les créanciers, sont parfaitement inatteignables et que, du coup, le pays ne pourra pas respecter de tels engagements… À quoi servent ces exigences ?
Stathis Kouvelakis. Cela sert à mettre le pays en coupe réglée. C’est une véritable entreprise de néo-colonisation, de liquidation de l’Etat grec en tant qu’Etat démocratique et souverain.
Le fonds de privatisation de 50 milliards est directement contrôlé par la troïka. Le conseil de politique budgétaire est composé de sept membres et quatre d’entre eux sont directement nommés par les quatre institutions : Fonds monétaire international (FMI), Commission européenne, BCE et Mécanisme européen de stabilité.

Ils ont le pouvoir de décider de coupes horizontales et automatiques en cas de dépassements budgétaires.
L’institut national de la statistique est également sous contrôle des institutions.
Le secrétariat général aux recettes fiscales devient une autorité complètement indépendante, mais en réalité, elle est sous la coupe des institutions, évidemment, et elle est susceptible de prendre des décisions qui ont valeur de décrets ministériels.

Le gouvernement, quel qu’il soit, n’a aujourd’hui plus aucun levier sous son contrôle. Ce qui signifie que l’on va beaucoup plus loin encore avec ce troisième mémorandum que tout ce qui avait été fait jusque là.

Comment vous expliquez cet acharnement contre le premier gouvernement de gauche radicale en Europe?
Stathis Kouvelakis. Il y a eu une dimension punitive très claire. En brisant Syriza, on veut tuer toute tentative de rupture avec l’austérité. En même temps, il faut bien voir que la crise capitaliste actuelle n’est pas du tout terminée et que les classes dirigeantes semblent tout à fait disposées à aller vers un approfondissement des politiques d’austérité.

Là, une fois de plus, la Grèce sert de laboratoire: elle a été le cobaye pour la première étape austéritaire, mais maintenant, elle devrait servir de cobaye pour la deuxième étape d’agression encore plus violente des politiques austéritaires.
Syriza a été la riposte à la phase un de l’expérimentation austéritaire, Unité populaire est la réponse politique à la phase deux.

Vous faites irruption dans le paysage politique grec. A quel niveau fixez-vous votre ambition pour les prochaines élections?
Stathis Kouvelakis. Si il y a bien un aspect de Syriza que nous entendons garder, c’est de tenir un langage compréhensible par la population, avoir comme objectif d’être majoritaire sur un programme simple mais radical qui réponde vraiment aux urgences et aux besoins, et être en mesure d’offrir une alternative applicable.
C’était un point fondamental de Syriza : faire de la politique de masse, pas faire de la politique de petits groupes, pas faire de la politique sectaire, pas faire de la politique cantonnée à la protestation.

Il est tout à fait possible qu’Alexis Tsipras et Syriza remportent les prochaines élections. Sans faire de politique-fiction, ils pourraient toutefois ne pas atteindre la majorité absolue. Est-ce qu’au cas où, de votre côté, vous réussiriez votre percée électorale, vous pourriez encore gouverner ensemble?
Stathis Kouvelakis. Les mémorandums sont comme le dieu Moloch, ils demandent des sacrifices de plus en plus importants.

Avant Syriza, les mémorandums avaient déjà détruits deux gouvernements. Ils ont anéanti le Pasok, un parti autrement plus solide et mieux implanté dans la société grecque que Syriza, qu’ils ont transformé en groupuscule. Ils ont détruit en bonne partie la Nouvelle démocratie. Le troisième memorandum va détruire Syriza, c’est d’ailleurs très largement en cours : la démission du secrétaire général, ces derniers jours, est un symptôme éclatant, tout de même.

Donc, les gens qui pensent que l’instabilité politique est terminée en Grèce se trompent lourdement. Un nouveau cycle s’ouvre grâce à Unité populaire qui permet aux secteurs populaires et aux mouvements sociaux hostiles aux memorandums de trouver une traduction politique.
De ce point de vue, notre stratégie n’est pas bien différente de celle de Podemos. Nous voulons faire irruption, bouleverser le paysage politique et faire au fond ce que Syriza a fait entre 2012 et 2015…

Je ne vois pas pourquoi nous serions plus mal placés qu’eux pour le faire. Le «eux», c’est aussi en partie nous, évidemment !

Sources : L’Humanité

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LA CRISE, LE PEUPLE GREC ET LES RESPONSABILITÉS DU GOUVERNEMENT DE SYRIZA

ESSAI SUR LES ÉVOLUTIONS POLITIQUES EN GRÈCE

a-2.jpgAliki Papadomichelaki

le 25 août 2015

Chers camarades et amis francophones,

Je me permets de vous envoyer cette lettre, qui s’efforcera d’éclairer certains aspects des dernières évolutions politiques, économiques et sociales, surtout depuis le gouvernement (aujourd’hui démissionnaire) de SYRIZA.

Je faisais partie de cette formation politique depuis sa constitution en 1991 (et pendant 18 ans membre de sa direction nationale). Actuellement je ne dispose pas d’autres titres que celui de mes études, économiste avec spécialisation en géopolitique, et ma condition sociale celle d’une retraitée grecque à 500 euro par mois. Je me sens cependant chanceuse, car presque 1/3 de la population de mon pays en âge de travailler est au chômage, dont près de 60% de jeunes.

Avec une grande partie des membres et cadres de SYRIZA, je suis convaincue que face à la soumission au diktat néolibéral de l’Austérité, il y avait une alternative (There Is Alternative- TIA), contrairement au dogme infâme martelé par Thatcher (There Is No Alternative- TINA) au nom duquel le néolibéralisme s’est installé en Europe, en grignotant graduellement, mais sûrement, les bases économiques et de redistribution de l’Etat.

Passons au sujet.

Est-ce que le gouvernement de SYRIZA fut élu pour appliquer un nouveau plan d’austérité et de dictats néocoloniaux?
Est-ce que le référendum du mois de Juillet, avec le NON du peuple grec de 62%, habilitait le gouvernement -notamment son équipe dirigeante- à signer l’accord, sans même consulter les instances du Parti et les militants par un Congrès? Pourtant les statuts même de SYRIZA prévoient la convocation du Congrès permanent en cas de questions d’ordre exceptionnel.

La majorité des ex-membres de l’organisation de « SYRIZA-Paris », pensent que le groupe dirigeant de l’ex gouvernement SYRIZA a échoué dans sa mission.

Le nouvel accord signé en pleine période estivale (constituant ainsi juridiquement une nouvelle obligation de l’Etat grec), dicte en effet:

la vente de la richesse nationale restante (Société de l’Électricité, Sociétés de distribution de l’eau à Athènes et à Salonique, Société Nationale du Gaz, de toute l’aire de l’ex-aéroport international d’Athènes, ainsi que des nombreux aéroports régionaux, la Société Nationale du Chemin de Fer, les ports de Pirée, de Salonique etc.). Les acheteurs sont retenus parmi ceux qui ont posé candidature durant le gouvernement de la Nouvelle Démocratie et Pasok.

La baisse accentuée des salaires et des retraites, déjà frappés précédemment.

La montée de la TVA du 12% à 23% y compris pour des produits de première nécessite (pain et produits dérivés de farine, laitages, viandes, fruits légumes).

Le droit des banques de procéder à l’expulsion de citoyens ne pouvant pas honorer les échéances de leurs prêts, y compris pour le seul toit au dessus de leur tête.

L’utilisation des recettes du fisc pour le remboursement de la dette.

La liste est très longue (100 pages présentées en anglais), obligeant les députés à les lire et les voter en express (dans les 24h). Il est déjà connu que 47 députés de SYRIZA ne se sont pas prononcés en sa faveur, dont 44 ont voté NON. Leur vote avait été anticipé par la démission de 5 ministres du gouvernement.

Le 3ème Mémorandum (*) fut adopté avec l’appui de seulement 118 députés de SYRIZA, avec l’appui de la Nouvelle Démocratie (droite) de l’AN.EL (droite), de Potami (centre) et du PASOK. ¬Il est à souligner que le nombre de 118 députés de SYRIZA ne leurs permettait plus institutionnellement de gouverner.

Était-il possible de faire autrement que de renier les engagements passés ?

Citons rapidement nos objectifs et engagements programmatiques de Janvier 2015

  • 1/ faire face à la crise humanitaire.

    Effectivement de premières mesures ont été prises pour assurer aux citoyens nécessiteux un plat chaud (par la distribution de coupons d’alimentation).

    Il a été aussi aboli le ticket de 5 euros pour accès à une visite médicale à l’hôpital, où il faut attendre plus de 3-4 mois pour avoir un spécialiste (sauf urgences).

    Nous admettons que la crise humanitaire ne peut pas être résolue en 4-5 mois. Or beaucoup de temps a été accordé aux négociations, n’apportant pas de résultats palpables, cependant que des sommes qui pouvaient y être consacrées ont pris la destination du remboursement des prêts.
  • 2/ Stopper l’augmentation du chômage, et développer l’économie.

    Nous ne pouvons pas prétendre que la hausse nominale du surplus budgétaire est en soi du développement, ni au niveau de l’emploi, ni au niveau de la dynamique économique. Sauf le tourisme, qui fut augmenté cet été, vu l’instabilité politico-sécuritaire en Tunisie et en Turquie, aucun autre secteur n’a connu de la reprise, vu la crise rampante dans l’UE, et dans le monde, notamment en Asie.

    Cette évolution était prévisible et soulignée à maintes reprises par des économistes de grande renommée mondiale, mais aussi par des collègues spécialistes du département de politique économique de SYRIZA. Malheureusement leur approches n’ont pas été prises en compte par l’équipe gouvernementale dirigeante.
  • 4/ l’élaboration d’une fiscalité alternative, de la collecte des impôts sur les grandes fortunes, l’échelonnement des dettes fiscales des PME et des particuliers en difficulté.

    Nous devons souligner le travail positif qui a été fait dans ce sens durant les 7 mois.

    Cependant cet apport en ressources ne peut que s’effacer sous le poids accablant des nouveaux dictats.

Mais nombreux peuvent se questionner, comment pouvions nous faire autrement?

Tout d’abord nous aurions dû rechercher et discuter au sein des instances du parti depuis 2 ans, les éventuelles alternatives en cas d’échec des négociations. Ceci n’a pas été fait, malgré les rappels et les insistances de 45% de membres et cadres du parti.

Ce manque de pratique démocratique, puis le comportement bonapartiste du groupe restreint autour du 1er ministre, n’a pas permis la maturation collective, politique, technique mais aussi idéologique d’une alternative.

Le secrétaire du parti, le cde Tassos Koronakis a démissionné de son poste récemment, ne voulant cautionner ni la marginalisation du parti, durant la dernière période, ni la scission.


Vous me permettrez de confirmer aujourd’hui, que je n’ai pas été surprise. Au fur et à mesure que le temps avançait, les faits donnaient malheureusement raison aux craintes de nombreux cadres et membres de SYRIZA quant aux illusions de l’équipe dirigeante de gagner à la faveur du peuple les négociations avec des instances européennes et le FMI.

Les faits sont criants

Nous avons payé depuis le mois de janvier plus de 10 mds d’euros aux créanciers, et nous nous sommes enchaînés pour 25 autres milliards pour la période à venir.

En quoi cela va-t-il aider le peuple grec et les peuples européens ?

Des 85 milliards promis, 50 mds iront dans un fond-garantie du remboursement de la dette, avec comme contrepartie les privatisations précédemment citées.

D’autres 15 milliards iront à la recapitalisation des banques grecques

et seulement les 15 mds restants seront, probablement, verses à l’économie réelle et aux besoins du budget de l’Etat.
Or nous avons remboursé déjà – depuis Janvier 2015 – ce même montant sans qu’un sou n’ait bénéficié à la société. Qu’est-ce donc qui autorisait les dirigeants du gouvernement de SYRIZA à conclure que les négociations ont été certes dures mais fructueuses?

Fructueuses pour qui? Pour les créanciers? Pour le peuple grec? Pour les peuples européens ?

Le seul bilan fructueux -et personne ne peut l’ignorer – est que la lutte courageuse d’un peuple grec harassé a fait progresser dans les opinions la conscience des impasses et des méfaits des orientations néolibérales, notamment allemandes. Nous tous avons travaillé durement pour cela.

Mais faut-il absolument sacrifier le peuple grec comme une nouvelle Iphigénie sur l’autel du capital, notamment spéculatif, en attendant que le rapport de forces avance chez d’autres peuples en Europe?

Est-ce que la capitulation du gouvernement grec par la signature du nouveau diktat, servira de levier à des luttes victorieuses en Espagne, Irlande, France, Portugal et Italie, ou renforceront-elles au contraire les représentations pessimistes chez les populations qu’on cherche à persuader qu’il n’y a pas d’alternative? Des centres puissants travaillent quotidiennement dans ce sens.

Ma question n’est pas posée aux créanciers. Je la pose à ceux qui se sont battus à nos côtés durant ces longs mois. Qui ont dit NON aux diktats et aux nouvelles formes de colonialisme économique.

À ceux qui se sentent déçus, démobilisés, trahis. Réfléchissez, mes camarades, et surtout continuez à agir.

Une grande partie des militants de la Gauche combative et alternative en Grèce et à l’étranger ont refusé de se plier aux diktats. Nos luttes se poursuivront vers les victoires, malgré les bâtons dans les roues, les trous noirs et les sirènes de l’ile de Kirke (Iliade).

Nous ex-militants de SYRIZA, chair de la chair de SYRIZA, nous continuerons nos luttes, ouvrant des horizons toujours plus larges, conscients et combatifs, que ce soit dans le cadre de L’UNITÉ POPULAIRE, (nouvelle formation politique) ou à travers les mouvements sociaux alternatifs, contre le néolibéralisme oppresseur et prédateur, contre les nationalismes stériles, contre la xénophobie, pour le respect des droits humains, sur cette planète qui nous enfante et que nous devons préserver soigneusement.

Nous remercions du fond du cœur tous ceux et toutes celles, qui ont exprimé leur solidarité envers le peuple grec.

Nous vous assurons chers amis, ainsi que vous tous militants de mouvements sociaux, de partis et des simples citoyens épris de liberté, d’égalité, de démocratie -notamment participative- que vous aurez aussi notre entier soutien.

Ensemble, vous, nous, ainsi que la majeure partie de nos cds qui restent encore à SYRIZA, nous ferons front à la misère, aux guerres, aux hégémonismes.

Avec mes salutations les plus chaleureuses

Aliki Papadomichelaki, le 25 août 2015
Publié par socialgerie

publié sur le site grecefrance resistance le 25 août 2015

(*) La différence entre austérité et mémorandum, se trouve dans le caractère à la fois impératif et structurant l’ensemble de l’économie, que véhicule se dernier.

La dette grecque est régie par le droit britannique, très contraignant pour le débiteur, abolissant sa souveraineté nationale. Il impose par là-même un contrôle régulier (par des représentants des créanciers, -dans le cas précis du 3eme mémorandum- par quatre instances : le Eurogroup, la BCE, le FES, et le FMI.

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SOCIAL DEMOCRACY OR REVOLUTIONARY DEMOCRATY

Syriza and Us

Michael A. Lebowitz

le 2 août 2015

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All eyes on the Left are upon Greece. Not because of a general interest in the contradictions of capitalism in the midst of this particular crisis but because of Syriza.
Unfortunately, what we are observing is not unique to Syriza. The story has been told before, and the story inevitably will occur again if we do not learn from it.

Rather than debating the arguments of individuals (many of them good comrades) who may hold different views, I think it is essential to try to understand how this happened and why.

Let me begin by setting out my premises, which may be sufficient to draw a red line between my argument and that of some others:

1. For several years, Syriza has been the hope of the working-class in Greece, Europe and in every country suffering from neoliberalism and austerity.
It was sending a message that a better opposition was possible; and as such it was an inspiration to similar anti-austerity struggles (in particular, that of Podemos in Spain).

2. European and Greek capital was determined to kill that messenger. Accordingly, it was and is relentless in its determination to send a quite different message: TINA, there is no alternative to neoliberalism and austerity.

3. Despite its programme as a party, the platform on which it was elected to govern and a strong popular vote endorsing its rejection of the demands of European capital, the Syriza government totally capitulated and accepted a colonial status for Greece.

4. It is never too late (or too soon) to unleash the creative power of the masses.

The Construction of Syriza

Syriza didn’t drop from the sky. It took shape as the result of a process through which different political groups gained experience in working together.

Beginning in particular with the Space for Dialogue at the beginning of the century and continuing with the developments and protests in the Social Forum and in the common struggle against neoliberalism and austerity, the Coalition of the Radical Left (Syriza) emerged – one in which Synaspismos (the old eurocommunist formation), environmental, Trotskyist and Maoist formations found a common interest in working together.
And that coalition attracted young people in particular because of its support of struggles in the streets in the context of the Social Forum (mobilized by the slogans of ‘people before profit’ and ‘another world is possible’), and it emerged increasingly as a pole of attraction as people rejected the neoliberal and austerity packages that right-wing and social democratic governments imposed following the dictates of the Troika.
In the June 2012 elections, Syriza received almost 27 per cent of the vote and became the main opposition party to the governing coalition of rightwing and social democratic parties.

Syriza also didn’t drop from the sky in that its perspective reflected the ideas of socialism for the 21st century.
Its founding document as a unitary party in July 2013 declared that the possible other world is the world of socialism with democracy and freedom, the world where the needs of people come before profit. There was the explicit rejection of capitalism but also the insistence that the socialist alternative is ‘inseparably tied to democracy’ – a conception of democracy in which workers can plan, manage and control with the purpose of satisfying social needs, a democracy not merely formal but necessarily incorporating direct democracy with the active participation of all.

Our goal, Syriza’s founding Congress declared, is socialism for the 21st Century, and its declaration reflected the understanding that this goal requires you to walk on two legs – both to capture the existing state and reverse policies supportive of capital and also to build and nurture the elements of a new socialist state based upon self-government from below.[1] Particularly urgent, of course, was the need to defeat the policy memoranda and to change the government, given the misery that these were imposing upon the Greek people. Accordingly, in its political resolution, Syriza declared it would cancel the memoranda and the implementing laws, would place the banking system under public ownership, would cancel planned privatizations and the looting of public wealth, would rehire all state employees who have been laid off, and would renegotiate the loan contracts and cancel their onerous terms following an audit of the debt. We commit ourselves, Syriza promised, to tackle any possible threats and blackmail from the lenders with all possible means we can mobilize, and we are certain that the Greek people will support us. As its old slogan, “no sacrifice for the euro,” indicated, Syriza’s absolute priority was to prevent humanitarian disaster and to meet social needs, and not to submit to obligations taken on by others.

To build the new economy based upon social solidarity, though, more than the rupture with neoliberal state policies through government degrees was necessary. A more profound rupture was required for a socialist regeneration – rupture with a society characterised by patriarchy, rupture with the drive toward ecological destruction, rupture with subordination of everything to the market. And, this was a lesson taught by the social and political movement through its struggles in the streets, its demonstrations, social solidarity networks and initiatives based on disobedience. Syriza, the programme declared, has learned from its participation with its forces in all these forms of social movements. It has learned the necessity for a broad self-governing movement in which direct democracy flourishes, and it recognizes the need to reform the entire local government and to nurture forms of popular self-organization that can systematically pressure institutions. To create the space in which governing from below can flourish, the political resolution declared that a Syriza government would introduce the concept and practice of democratic planning and social control at all levels of central and local government and that it would promote democracy in the workplace through workers’ councils composed of representatives elected by and recallable by workers. Here was the second leg upon which Syriza meant to advance – fostering the cells of a new socialist state from below.

But Syriza also learned another lesson through its direct participation in the social and political movements – the importance of a unified, mass, democratic, multi-tendency party. Drawing upon communist, radical, regenerative, anticapitalist, radical feminist, ecological, revolutionary and libertarian left streams, Syriza stressed the importance of respecting inevitable internal differences and thus the need to ensure that differing political assessments would be represented through internal democracy. Just as it had learned by participating in the movements to fully respect opposite opinions, so also did it seek to apply this internally. Syriza, the founding congress declared, “systematically endeavors to be a model of the society it seeks to build.”

The Path to Social Democracy

Something happened, however, in the approach to new elections. In September 2014, Syriza presented its electoral programme, the Thessaloniki Programme. As in its earlier positions, the programme stressed the need for a new government that would challenge the neoliberal austerity demands of the Troika and, in particular, would reduce the debt. Yet, there were some obvious differences. There was no pledge to cancel the memoranda and the implementing laws, no call for public ownership of the banks, no declaration that planned privatizations and the looting of public wealth would be canceled. Indeed, there was no explicit critique of capitalism.

In place of any anti-capitalist (let alone, socialist) measures was a National Reconstruction Plan which focused upon restarting the Greek economy through public investment and tax reduction for the middle class. Recovery and growth (along with a negotiated moratorium on debt servicing) would rescue the Greek economy and allow it to ‘gradually’ reverse all the memorandum injustices, ‘gradually’ restore salaries and pensions and rebuild the welfare state. Economically, the Thessaloniki Programme was based upon Keynesian (not even post-Keynesian) theory, and it supplemented its focus upon aggregate demand stimulation by proposed measures to deal with the humanitarian crisis (e.g., subsidies for meals, electricity, medical care and public transit for the poor and unemployed).

Although there was little sign of the earlier determination to use the state to make inroads upon capital, the Thessaloniki Programme did suggest the possibility of introducing measures which could foster development of the cells of a new state. A Syriza government, it pledged, would empower citizen’s democratic participation (including institutions of direct democracy) and would introduce democratic measures such as a people’s veto and a people’s initiative to call a referendum. Important democratic openings promised but, again, nothing challenging capital (as the demand for workers’ councils and workers’ control would). Everything in the electoral programme was consistent with support for capital. The proposal contained in that programme was to walk on two legs to social democracy.

Some may praise Syriza’s tactical ‘realism’ while others criticise it for deviating from its socialist programme. It is not the central issue. More significant is what followed Thessaloniki – a classic example of path dependency. While there may be extended discussion of steps along the way (‘errors’ and ‘mistakes’ identified) and new exciting revelations about events and threats, it must be admitted that, from its initial retreats in post-electoral negotiations with the Troika to its successive surrenders to its ultimate rout and capitulation, Syriza has followed the familiar trajectory of social democracy. And, it is, of course, the path followed earlier by PASOK which also promised social democracy and ended up enforcing the neoliberalism and austerity to which Syriza has now agreed. To this, the Syriza government has added the unique step of calling for a popular referendum against austerity proposals and then negating the Greek people’s negation.

Of course, Syriza (like PASOK before it) faced a very difficult situation when it came to relations with its European creditors – especially given its commitment to remaining in the eurozone. But there are always choices. In a talk in Cuba in 2004, I proposed that “when capital goes on strike, there are two choices, give in or move in.” Unfortunately, I noted, “when capital has gone on strike, the social-democratic response has been to give in” and the result is to reinforce the logic of capital.[2] Subsequently, in a private exchange with a Syriza activist in May 2013, I returned to this trope and wrote: “when the organized forces of finance capital of the European Union demand sacrifice from the working-class of Greece (and not only Greece but also Portugal, Spain, etc.) and have the power under the existing set of institutions, there are two choices: give in or move out. And, however these options may be muddied in the minds of both masses and Syriza leadership, as the crisis continues the clever dancing of Syriza leadership will be less and less convincing.”

Was the appropriate focus, then, upon moving out? “Would I call for an immediate departure from the euro? That would not be very wise,” I argued, “compared to an alternative of opening the books in order to ensure ‘fair’ taxation, canceling the debt, capital controls, nationalization of the banks, etc. i.e., policies which would be clearly presented as policies in the interests of the working-class, class policies. This would inevitably create a condition in which remaining within the euro zone would not be possible or, indeed, permitted. But, then, the departure would not be the result of the waving of a national flag but rather the result of class struggle politics. In short, I think the latter would necessarily lead to departure from the euro and I think that should be anticipated and planned for.”

As was always apparent (to both friends and enemies), though, the Syriza leadership was determined that Greece not move out of the eurozone and, above all, was committed to do everything possible to prevent it. So, it did give in but not before euros moved out of Greece.

Another Path is Possible

Any country that would challenge neoliberalism inevitably will face the assorted weapons of international capital. The central question, then, is whether a government is “willing to mobilize its people on behalf of the policies that meet the needs of people.”[3] And this was the question I posed about Syriza in 2013: “do the stances taken by the Syriza leadership (e.g. the strong reluctance to abandon the euro, the apparent backtracking on cancellation of the debt [negotiation], etc.) foster or weaken the movements from below? My worry, as you may guess, is that the latter is true.”

Unfortunately, it was true. A government can win the battle against neoliberalism, I argued in 2004, but only if it is “prepared to break ideologically and politically with capital, only if it is prepared to make social movements actors in the realization of an economic theory based upon the concept of human capacities.” If it is not, “such a government inevitably will disappoint and demobilize all those looking for an alternative to neoliberalism; and, once again, its immediate product will be the conclusion that there is no alternative.”[4] The Syriza government was not prepared to break ideologically and politically with capital, and it was not prepared to mobilize the masses.

There are always choices. We can take the path of ‘defeats without glory’ (Badiou) characteristic of social democracy or we can move in the direction of the revolutionary democracy that builds the capacities of the working-class. At the core of the latter is that it embraces the centrality of the concept of revolutionary practice – “the coincidence of the changing of circumstances and human activity or self-change.” It begins, in short, by grasping the ‘key link’ of human development and practice that Marx consistently stressed. Revolutionary democracy recognizes that every activity in which people engage forms them. Thus, there are two products of every activity – the changing of circumstance or things and the human product.

Recognizing the importance of the ‘second product’, the human product of activity, is absolutely essential for a government which is serious about building socialism because it stresses the necessity to build the capacities of the working-class. In a paper I wrote for Chavez in December 2006, I asked:

“What’s the significance of recognizing this process of producing people explicitly? First, it helps us to understand why changes must occur in all spheres – every moment that people act within old relations is a process of reproducing old ideas and attitudes. Working under hierarchical relations, functioning without the ability to make decisions in the workplace and society, focusing upon self-interest rather than upon solidarity within society – these activities produce people on a daily basis; it is the reproduction of the conservatism of everyday life.

“Recognizing this second side also directs us to focus upon the introduction of concrete measures which explicitly take into account the effect of those measures upon human development. Thus, for every step two questions must be asked: (1) how does this change circumstances and (2) how does this help to produce revolutionary subjects and increase their capacities?”[5]

Despite all that has occurred, revolutionary democracy is still a path open to the Syriza government. As a government, it can introduce measures that can help to produce revolutionary subjects and to unleash the creative energies of the masses. Further, it can use its power as government not only to support the development of a new state from below but also to ensure that the existing state (with its police, judicial, military, etc powers) is not under the direct command of capital. These are possibilities for Syriza still as government, and it would be tragic if its story were to end as a defeat without glory.

But, as the story of PASOK demonstrates, this would not be the first time for such an ending. That is what makes the denouement of Syriza a ‘teachable moment.’ We can learn from both the promise of Syriza and its subsequent trajectory – both the way in which its direct involvement in the revolutionary democratic struggles of the social movements produced it as an important political force and also the way in which its refusal to break ideologically and politically with capital left it only with Keynesians of various stripes negotiating the terms of its surrender and with disappointed masses.

Certainly, there is a lesson here for future governments (and perhaps even the current Syriza government) – the absolute necessity to learn to walk upon two legs. But there is also a lesson for us – those of us without the present luxury of government. A socialist party must also walk upon two legs. Of course, it must struggle to capture the existing state from capital so that state can serve the needs of the working-class rather than capital. However, it also must “promote by all means possible new democratic institutions, new spaces in which people can develop their powers through their protagonism.” Through the development of communal councils and workers’ councils (essential cells of the new socialist state), the working-class develops its capacities and the strength to challenge capital and the old state.[6]

The lesson of Syriza should be to never forget the concept of revolutionary practice – the simultaneous changing of circumstances and human activity or self-change. It is never too late to remember and apply this… and never too soon. •

Michael A. Lebowitz is a professor emeritus of economics at Simon Fraser University in British Columbia. His latest book is The Contradictions of “Real Socialism”.


Endnotes:

1. See the discussion of the old state and the new state in Michael Lebowitz, Building Socialism for the 21st Century: the Logic of the State, the Fourth Annual Nicos Poulantzas Memorial Lecture, 8 December 2010 (published by the Poulantzas Institute in 2011). This talk appeared in an expanded version as “The State and the Future of Socialism” in the Socialist Register 2013 and is included as Chapter 10 of my new book, The Socialist Imperative: from Gotha to Now (Monthly Review, 2015).
2. This talk, presented at the annual Globalization Conference in Havana in February 2004, was published in Michael A. Lebowitz, Build it Now: Socialism for the 21st Century (Monthly Review Press, 2006), 39.
3. Lebowitz, Build it Now, 40.
4. Lebowitz, Build it Now, 42.
5. “Proposing a Path to Socialism: Two Papers for Hugo Chavez” is reproduced as Chapter 5 of The Socialist Imperative.
6. See the discussion of the socialist party and its relation to social movements and struggles in “End the System,” Chapter 11 of The Socialist Imperative.

Sources: socialist project

repris sur d’autres sites :
http://links.org.au/node/4538

Social Democracy Or Revolutionary Democracy: Syriza & Us

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essais de traduction en français par socialgerie

Social-démocratie
ou
démocratie révolutionnaire:

Syriza et nous

Michael A. Lebowitz, août 2015

Tous les yeux de la gauche sont fixés sur la Grèce. Non pas pour l’intérêt général des contradictions du capitalisme dans le contexte de cette crise particulière mais en raison de Syriza.
Malheureusement, ce que nous observons n’est pas unique à Syriza. L’histoire a existé avant, et l’histoire va inévitablement se reproduire à nouveau si nous n’en tirons pas les enseignements.
Plutôt que de débattre sur des arguments de personnes (beaucoup d’entre eux sont de bons camarades) qui peuvent avoir des vues différentes, je pense qu’il est essentiel d’essayer de comprendre comment cela est arrivé et pourquoi.

Permettez-moi de commencer en énonçant mes remarques préliminaires, qui peuvent suffire pour tracer une ligne rouge entre mon argumentation et celle de quelques autres :

1. Depuis plusieurs années, Syriza a été l’espoir de la classe ouvrière en Grèce, en Europe et dans tous les pays qui souffrent du néolibéralisme et de l’austérité.
Il envoyait le message qu’une meilleure opposition était possible ; et pour cela il était une inspiration pour les luttes anti-austérité similaires (en particulier, celle de Podemos en Espagne).

2. Le capitalisme européen et grec était déterminé à tuer ce messager. En conséquence, il a été et est implacable dans sa détermination à envoyer un message tout à fait différent : TINA (- There Is No Alternative), il n’y a aucune alternative au néolibéralisme et à l’austérité.

3. En dépit de son programme en tant que parti, de la plate-forme sur laquelle il a été élu pour gouverner, et du fort vote populaire approuvant son rejet des demandes du capitalisme européen, le gouvernement Syriza a totalement capitulé et accepté un statut colonial pour la Grèce.

4. Il n’est jamais trop tard (ou trop tôt) pour libérer la puissance créatrice des masses.

La construction de Syriza

Syriza n’est pas tombé du ciel. Il a pris forme à la suite d’un processus dans lequel différents groupes politiques ont acquis une expérience à travailler ensemble.

Commençant en particulier par un espace pour le dialogue au début du siècle et en continuant avec les développements et les manifestations dans le Forum social et dans la lutte commune contre le néolibéralisme et l’austérité, la Coalition de la gauche radicale (Syriza) a émergé – à l’intérieur de Synaspismos (l’ancienne formation eurocommuniste), là où trotskystes, maoïstes et formations environnementales ont trouvé un intérêt commun à travailler ensemble.

Et cette coalition a attiré les jeunes en particulier par son soutien aux luttes dans les rues dans le cadre du Forum social (mobilisés par les slogans «le peuple avant le profit» et «un autre monde est possible»), et il est apparu de plus en plus (essentiellement) comme un pôle d’attraction où le peuple rejette les plans néolibéraux et d’austérité portés autant par les gouvernements de droite que par ceux de la social-démocratie, et imposés suivant les préceptes de la Troïka.

Lors des élections de Juin 2012, Syriza a reçu près de 27 pour cent des voix et est devenu le principal parti d’opposition à la coalition gouvernementale de droite et des partis sociaux-démocrates.
Syriza n’est pas non plus tombé du ciel en ce que son point de vue reflète les idées du socialisme du 21e siècle.

Son document fondateur en tant que parti unitaire en Juillet 2013 déclarait qu’un autre monde est possible, le monde du socialisme avec la démocratie et la liberté, le monde où les besoins des gens passent avant le profit.

Il y avait le rejet explicite du capitalisme mais aussi l’insistance (essentielle) que l’alternative socialiste est «indissociablement liée à la démocratie» – une conception de la démocratie dans laquelle les travailleurs peuvent planifier, gérer et contrôler dans le but de satisfaire les besoins sociaux, une démocratie non seulement formelle, mais qui intègre nécessairement la démocratie directe avec la participation active de tous.

Notre objectif, déclarait le Congrès fondateur de Syriza, est le socialisme du 21e siècle, et cette déclaration implique que cet objectif vous oblige à marcher sur les deux jambes – à la fois pour prendre l’état actuel et inverser les politiques de soutien du capital, et aussi pour développer et cultiver les éléments d’un nouveau socialisme basé sur l’autonomie du gouvernement depuis la base. [1]
Particulièrement urgente, bien sûr, était la nécessité de défaire les mémorandums politiques et de changer le gouvernement, compte tenu de la misère que ceux-ci imposaient au peuple grec.

En conséquence, dans sa résolution politique, Syriza a déclaré qu’il annulerait les mémorandums et leurs lois d’application, mettrait le système bancaire sous le contrôle du secteur publique, annulerait les privatisations prévues et le pillage de la richesse du secteur publique, ferait réembaucher tous les employés de l’État qui avaient été licenciés, et renégocierait les contrats de prêts en annulant leurs conditions onéreuses, cela se faisant suite à un audit de la dette.

Nous nous engageons, avait promis Syriza, à lutter contre toutes les menaces possibles et le chantage des prêteurs avec tous les moyens possibles que nous pouvons mobiliser, et nous sommes certains que le peuple grec nous soutiendra. Comme son vieux slogan, « aucun sacrifice pour l’euro », la priorité absolue de Syriza était d’empêcher une catastrophe humanitaire, de répondre aux besoins sociaux, et de ne pas se soumettre aux obligations prises par les autres.

Pour construire la nouvelle économie fondée sur la solidarité sociale, cependant, il fallait plus que la rupture nécessaire avec les politiques néolibérales de l’État à tous les niveaux du gouvernement.

Une rupture plus profonde était nécessaire pour une régénération socialiste – rupture avec une société caractérisée par le patriarcat, rupture avec les conduites qui entraînent la destruction écologique, rupture avec la subordination à chaque élément du marché. Et c’était là, la leçon enseignée par le mouvement social et politique à travers ses luttes dans les rues, ses manifestations, les réseaux de solidarité sociale et les initiatives basées sur la désobéissance.

Le programme déclarait que Syriza avait appris avec la participation de ses forces dans toutes ces formes de mouvements sociaux. Il avait appris la nécessité d’un mouvement autonome large dans lequel la démocratie directe se développe, et qu’il reconnaît la nécessité de réformer l’ensemble des gouvernements locaux, et de nourrir les formes d’auto-organisation populaire qui peuvent systématiquement faire pression sur les institutions.

Pour créer l’espace dans lequel le poids de décision de la base pourra s’épanouir, la résolution politique avait déclaré que le gouvernement Syriza introduirait le concept et la pratique de la planification démocratique et le contrôle social à tous les niveaux du gouvernement central et local, et que la démocratie serait promue dans le milieu de travail à travers des conseils ouvriers composés de représentants élus par les travailleurs, et révocables par les travailleurs. Cela était la deuxième jambe avec laquelle Syriza pensait avancer – favorisant les cellules d’un nouvel état socialiste régénéré par la base.

Mais Syriza a aussi appris une autre leçon à travers sa participation directe dans les mouvements sociaux et politiques – l’importance d’un parti unifié, de masse, démocratique, de multiples tendances. Se dessinant à travers des courants communistes, radicaux, régénération, anticapitaliste, féministe radical, gauche écologie, révolutionnaire et libertaire, Syriza a souligné l’importance du respect des différences internes inévitables et donc la nécessité de veiller à ce que les différents avis politiques soient représentés dans la pratique de la démocratie interne. Tout comme il avait appris, en participant aux mouvements, à respecter pleinement les opinions opposées, de même a-t-il cherché à l’appliquer en interne. Le congrès fondateur avait déclaré que Syriza, « devait chercher systématiquement à être un modèle de la société qu’il cherche à construire. »

Le chemin (la voie) de la démocratie sociale

Quelque chose survint, cependant, à l’approche des nouvelles élections. En Septembre 2014, Syriza présentait son programme électoral, le Programme de Thessalonique. Comme dans ses positions antérieures, le programme soulignait la nécessité d’un nouveau gouvernement qui remettrait en cause les exigences d’austérité néolibérales de la Troïka et, en particulier, permettrait de réduire la dette. Pourtant, il y avait des différences évidentes. Il n’y avait aucun engagement à annuler les mémorandums et leurs lois d’application, aucun appel à la nationalisation des banques, aucune déclaration sur les privatisations planifiées ni que le pillage de la richesse publique serait annulée. En effet, il n’y avait aucune critique explicite du capitalisme.

En lieu et place de toute mesure anti-capitaliste (et encore moins, socialiste) il y avait un Plan de Reconstruction Nationale articulé sur le redémarrage de l’économie grecque par l’investissement public et la réduction d’impôt pour la classe moyenne. Reprise et croissance (avec un moratoire négocié sur le service de la dette) sauveraient l’économie grecque et lui permettraient de ‘progressivement’ inverser toutes les injustices des mémorandums, et ‘progressivement’ rétabliraient les salaires et pensions et reconstruiraient l’Etat-providence.

Economiquement, le Programme de Thessalonique était construit sur des théories keynésiennes (même pas postkeynésiennes), et il complétait l’accent mis sur la stimulation par la demande globale avec des mesures proposées pour faire face à la crise humanitaire (par exemple, subventions pour les repas, l’électricité, les soins médicaux et le transport en commun pour les pauvres et les chômeurs).

Bien qu’il y ait peu de signes d’un début de détermination à utiliser l’Etat pour mener des incursions contre le capitalisme, le Programme de Thessalonique suggérait la possibilité d’introduire des mesures favorables au développement des cellules d’un nouvel Etat. Il était promis qu’un gouvernement Syriza autoriserait la participation démocratique des citoyens (incluant les institutions de démocratie directe) et introduirait des mesures démocratiques telles le veto populaire, et l’initiative populaire à s’exprimer dans un référendum.

D’importantes ouvertures démocratiques étaient promises, mais, encore une fois, aucun engagement anticapitaliste (comme l’aurait été la constitution de conseils des travailleurs, et le contrôle par les travailleurs). Tout dans le programme électoral était compatible avec le soutien au capitalisme. La proposition contenue dans ce programme était de marcher sur deux jambes vers la social-démocratie.

Certains peuvent louer la tactique «réaliste» de Syriza tandis que d’autres lui reprochent de dévier de son programme socialiste. Cela n’est pas la question centrale. Plus important est ce qui a suivi Thessalonique – un exemple classique de la dépendance dans cette voie. Malgré les analyses – discussions menées tout au long des étapes de cette voie (identification d’«erreurs» et de «fautes») et de nouvelles révélations intéressantes sur les événements et les menaces, il faut admettre que, depuis qu’il a cédé initialement à la troïka dans les négociations post-électorales, puis lors des rachats successifs jusqu’à sa déroute ultime et sa capitulation, Syriza a suivi la trajectoire familière de la social-démocratie. Et, c’est bien sûr, aussi, la voie suivie plus tôt par le PASOK, qui avait également promis la démocratie sociale et avait fini par faire respecter le néolibéralisme et l’austérité que Syriza a maintenant accepté. Pour cela, le gouvernement Syriza a ajouté l’étape unique appelant à un référendum populaire contre les propositions d’austérité et ensuite niant le NON du peuple grec.

Bien sûr, Syriza (comme PASOK avant lui) fait face à une situation très difficile quand il en vient aux relations avec ses créanciers européens – surtout compte tenu de son engagement à rester dans la zone euro. Mais il y a toujours des choix.
Dans un discours à Cuba en 2004, je proposai «lorsque le capital se met en grève, il y a deux choix, lui donner ou s’y déplacer. » Malheureusement, je l’ai noté, « lorsque le capital fait la grève, la réponse social-démocrate est de lui donner « , et le résultat est de renforcer la logique du capital [2]

Par la suite, dans un échange privé avec un militant Syriza en mai 2013, je suis retourné à cette remarque et ai écrit : «lorsque les forces organisées du capital financier de l’Union européenne exigent le sacrifice de la classe ouvrière de la Grèce (et pas seulement de la Grèce mais aussi du Portugal, de l’Espagne, etc.) et ont le pouvoir en vertu de l’ensemble existant des institutions, il y a deux choix : donner ou en sortir. Et, alors que ces options peuvent être brouillées dans l’esprit à la fois des masses et du leadership Syriza, et que la crise continue, la danse intelligente du leadership de Syriza sera de moins en moins convaincante. »

Quel objectif aurait été approprié ensuite après la sortie ? « Aurais-je appelé pour un départ immédiat de l’euro? Ce ne serait pas très sage, « je l’ai soutenu, » par rapport à une alternative d’ouvrir les livres afin d’assurer l’imposition « équitable », l’annulation de la dette, les contrôles des capitaux, la nationalisation des banques, etc., -c’est-à-dire, des politiques qui seraient clairement présentées comme des politiques dans l’intérêt de la classe ouvrière, les politiques de classe. Cela aurait inévitablement créer un état dans lequel rester dans la zone euro ne serait pas possible ou, en effet, permis. Mais, ensuite, le départ ne serait pas le fait de la présentation d’un drapeau national, mais plutôt le résultat de la politique de lutte de classe. En bref, je pense qu’à la fin, cela entraînerait nécessairement le départ de l’euro et je pense que cela aurait dû être prévu et planifié « .

Comme il est apparu constamment (à la fois à ses amis et à ses ennemis), la direction de Syriza était déterminée à ce que la Grèce ne sorte pas de la zone euro et, surtout, elle s’est engagée à faire tout son possible pour empêcher cette sortie. Donc, il a cédé (donné), mais avant que l’euro n’abandonne la Grèce.

Une autre voie est possible

Tout pays qui remettrait en cause le néolibéralisme va inévitablement faire face aux armes diverses du capitalisme international. La question centrale alors est donc de savoir si un gouvernement « a la volonté de mobiliser la population au nom d’une politique qui réponde aux besoins des gens ».[3] Et ce fut la question que je posais à propos de Syriza en 2013: « Est-ce que les positions prises par les dirigeants de Syriza (par exemple la forte réticence à abandonner l’euro, le retour en arrière apparent sur l’annulation de la dette [négociation], etc.) favorisent ou affaiblissent les mouvements de la base ? Mon inquiétude, comme vous pouvez le deviner, est que ce dernier cas de figure est le vrai « .

Malheureusement, cela est vrai. Un gouvernement peut gagner la bataille contre le néolibéralisme, je l’ai soutenu en 2004, mais seulement si il est « prêt à rompre idéologiquement et politiquement avec le capital, et uniquement si il est prêt à faire des mouvements sociaux les acteurs de la réalisation d’une théorie économique basée sur le concept des capacités humaines. « Si il n’est pas cela, » un gouvernement inévitablement décevra et démobilisera tous ceux qui recherchent une alternative au néolibéralisme ; et, une fois de plus, le résultat immédiat sera la conviction qu’il n’y a pas d’alternative. »[4] Le gouvernement Syriza n’était pas prêt à rompre idéologiquement et politiquement avec le capital, et il n’a pas été préparé pour mobiliser les masses.

Il y a toujours des choix. Nous pouvons prendre le chemin de « défaites sans gloire» (Badiou) caractéristique de la social-démocratie ou nous pouvons aller dans le sens de la démocratie révolutionnaire qui renforce les capacités de la classe ouvrière.

La démocratie révolutionnaire embrasse, en son cœur, la notion centrale de pratique révolutionnaire-« . La coïncidence du changement des circonstances (contextes) et de l’activité humaine ou auto-changement » Elle commence, en bref, en saisissant le «maillon essentiel» du développement humain et de la pratique que Marx a constamment souligné. La démocratie révolutionnaire reconnaît que chaque activité dans laquelle les gens s’engagent la constitue. Ainsi, il existe deux produits dans chaque activité – le changement du contexte ou des choses et la production (création) humaine.

Reconnaître l’importance de ce «second produit», le produit de l’activité (la création) humaine, est absolument essentiel pour un gouvernement qui est sérieux au sujet de la construction du socialisme, car il souligne la nécessité de renforcer les capacités de la classe ouvrière.

Dans un article écrit pour Chavez en Décembre 2006, je lui demandais :

« Quel signifie reconnaître ce processus de production des gens explicitement?

Premièrement, il nous aide à comprendre pourquoi les changements doivent se produire dans tous les domaines – à chaque instant où les gens agissent dans de vieilles relations avec la reproduction de vieilles idées et attitudes.
Travaillant sous relations hiérarchiques, fonctionnant sans la capacité de prendre des décisions dans le lieu de travail et de la société, mettant l’accent sur l’intérêt personnel plutôt que sur la solidarité au sein de la société – ces activités produisent les gens sur une base quotidienne ; il est la reproduction du conservatisme de la vie quotidienne.

« Conscient de cette seconde facette (de l’activité humaine), cela nous permet également de nous orienter sur la mise en place de mesures concrètes, qui prennent explicitement en compte l’effet de ces mesures sur le développement humain.

Ainsi, à chaque étape deux questions doivent être posées :

  1. Comment cela intervient sur le changement du contexte (les circonstances)
  2. comment cela aidera à la production de sujets révolutionnaires, et augmentera leurs capacités » [5] ?

Malgré tout ce qui a eu lieu, la démocratie révolutionnaire est encore une voie ouverte au gouvernement Syriza. En tant que gouvernement, il peut introduire des mesures qui peuvent aider à produire des sujets révolutionnaires et à libérer les énergies créatrices des masses. En outre, il peut utiliser son pouvoir en tant que gouvernement, non seulement pour soutenir le développement d’un nouvel état à partir de la base, mais aussi pour veiller à ce que l’état actuel (avec ses pouvoirs policer, judiciaire, militaire, etc.) ne soient pas sous le commandement direct du capital. Ce sont des possibilités pour Syriza encore au gouvernement, et il serait tragique si son histoire devait se terminer comme une défaite sans gloire.

Mais, comme le démontre l’histoire du PASOK, ce ne serait pas la première fois pour une telle fin. C’est ce qui rend le dénouement de Syriza un « moment d’enseignement » particulier. Nous pouvons apprendre à la fois de l’engagement de Syriza et de sa trajectoire qui s’en est suivi – en même temps que de la manière dont son implication directe dans les luttes démocratiques révolutionnaires des mouvements sociaux l’a conduit à être une importante force politique, et aussi du fait qu’il ait refusé de rompre idéologiquement et politiquement avec le capitalisme laissant seulement les keynésiens de diverses allégeances négocier les termes de sa reddition, entraînant la déception des masses.

Certes, il y a ici une leçon pour les gouvernements futurs (et peut-être même le gouvernement actuel Syriza) – la nécessité absolue d’apprendre à marcher sur deux jambes.

Mais il y a aussi une leçon pour nous – ceux d’entre nous sans le luxe actuel de gouvernement. Un parti socialiste doit aussi marcher sur deux jambes. Bien sûr, il doit lutter pour prendre l’état actuel du capital de telle sorte que l’Etat puisse servir les besoins de la classe ouvrière plutôt que ceux du capital.

Cependant, il doit aussi « promouvoir par tous les moyens possibles de nouvelles institutions démocratiques, de nouveaux espaces dans lesquels les gens peuvent développer leurs compétences par leur créations. »

Grâce au développement des conseils communaux et des conseils ouvriers (cellules essentielles du nouvel Etat socialiste), la classe ouvrière développe ses capacités et sa force pour changer le capital et l’ancien état. [6]

La leçon de Syriza devrait être de ne jamais oublier la notion de pratique révolutionnaire – le changement simultané des circonstances et de l’activité humaine ou auto-changement. Il n’est jamais trop tard pour se la rappeler et l’appliquer… et jamais trop tôt. •

Michael A. Lebowitz est professeur émérite d’économie à l’Université Simon Fraser, en Colombie-Britannique. Son dernier livre est «The Contradictions of “Real Socialism”.»

Notes:

1. Voir la discussion sur l’ancien état et le nouvel état de Michael Lebowitz, Building Socialism for the 21st Century: the Logic of the State, the Fourth Annual Nicos Poulantzas Memorial Lecture, 8 December 2010 (publié par l’Institut Poulantzas en 2011). Cette conférence est apparue dans une version élargie “The State and the Future of Socialism” in the Socialist Register 2013, et est inclus dans le chapitre 10 de mon nouveau livre, The Socialist Imperative: from Gotha to Now (Monthly Review, 2015).

2. Cet exposé, présenté à la Conférence annuelle de la mondialisation à La Havane en Février 2004, a été publié en Michael A. Lebowitz, Build it Now: Socialism for the 21st Century (Monthly Review Press, 2006), 39.

3. Lebowitz, Build it Now, 40.

4. Lebowitz, Build it Now, 42.

5. “Proposing a Path to Socialism : Two Papers for Hugo Chavez” « Proposition d’une voie vers le socialisme : Deux documents pour Hugo Chavez » est reproduit au chapitre 5 The Socialist Imperative..

6. Voir la discussion du parti socialiste et sa relation avec les mouvements sociaux et les luttes dans “End the System,” chapitre 11 dans The Socialist Imperative.

Traduction pour socialgerie
Septembre 2015

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GRÈCE : POURQUOI LA CAPITULATION ?

UNE AUTRE VOIE EST POSSIBLE

23 août par Eric Toussaint , Philippe Menut

VIDÉO

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https://www.youtube.com/watch?v=8DNGcXOKWPE

Éric Toussaint analyse de manière critique l’attitude de Syriza en ce qui concerne la dette depuis 2010, pour expliquer comment le gouvernement grec en est venu à signer l’accord funeste du 13 juillet 2015. Une des explications fondamentales est la non prise en compte de l’audit de la dette qui aurait pourtant permis, en suspendant son paiement, de ne pas se soumettre aux diktats des créanciers. Éric Toussaint présente un plan B portant sur la dette, les banques, l’austérité, la monnaie et la fiscalité.

Durée : 38 minutes

Titres des différents chapitres :

  • La commission d’audit citoyen de 2011
  • La position de la direction de Syriza vis-à-vis du Comité d’audit citoyen de 2011
  • Le programme de Syriza aux élections législatives de mai-juin 2012
  • Fin 2012 : La direction de Syriza modère ses propositions
  • Octobre 2013 : Alexis Tsipras souhaite une conférence européenne sur la dette publique
  • Syriza devient le premier parti de Grèce aux élections européennes de mai 2014
  • La victoire de janvier 2015
  • L’accord funeste du 20 février 2015 avec les créanciers institutionnels
  • Une autre politique était souhaitable et possible
  • Lancement de la commission pour la vérité sur la dette grecque par la Présidente du Parlement hellénique.
  • Le gouvernement grec ne s’appuie pas sur l’audit
  • Du référendum du 5 juillet à l’accord du 13 juillet 2015
  • Les leçons de la capitulation du 13 juillet
  • Une monnaie complémentaire dans le cadre d’un plan B

Enregistré le 14 août 2015

Réalisation Philippe Menut, auteur du documentaire “La Tourmente grecque”

Auteur Eric Toussaint [[Eric Toussaint est maître de conférence à l’université de Liège, est le porte-parole du CADTM International et est membre du Conseil scientifique d’ATTAC France.

Il est auteur des livres “Procès d’un homme exemplaire”, Editions Al Dante, Marseille, 2013 ;

  • “Un coup d’œil dans le rétroviseur. L’idéologie néolibérale des origines jusqu’à aujourd’hui”, Le Cerisier, Mons, 2010.
  • Il est coauteur avec Damien Millet du livre “AAA, Audit, Annulation, Autre politique”, Le Seuil, Paris, 2012 ;
  • “La dette ou la vie”, Aden/CADTM, Bruxelles, 2011. Ce dernier livre a reçu le Prix du livre politique octroyé par la Foire du livre politique de Liège
  • Dernier livre: “Bancocratie” ADEN, Brussels, 2014.

Il est coordonnateur de la Commission pour la Vérité sur la dette publique de la Grèce créée le 4 avril 2015.]]

Sources CADTM

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ATHÈNES EST DEVENU UN THÉÂTRE DE L’ABSURDE

Le Monde Débats le 28 août 2015 – Monde des Idées

par Maria Negreponti-Delivanis (ancienne conseillère de l’OTAN et de l’OCDE)

4739394_7_0c83_des-habitants-d-athenes-lisent-les-gros-titres_a3e6d8a5768caa49f1e147e7618819b1.jpgDes habitants d’Athènes lisent les gros titres des journaux le 21 août 2015.

À quelques semaines des élections législatives anticipées, le 20 septembre, le premier ministre grec Alexis Tsipras, veut faire entrer son pays dans un régime colonial de la dette en s’obstoinant à la maintenir dans la zone euro. (Le Monde).

Par Maria NEGREPONTI – DELIVANIS

Le peuple grec suit les faits et gestes de son premier ministre avec confusion et désespoir.
Lors du référendum du 5 juillet, Alexis Tsipras avait demandé aux électeurs de répondre par un non tonitruant qui lui servirait d’arme dans les négociations avec l’Union européenne. Non seulement il avait promis l’abolition définitive des mémorandums qui ont précipité la Grèce dans la misère depuis cinq ans, mais il avait également une Europe nouvelle, enfin libérée de l’obsession de l’austérité.

Toutefois, le non franc et massif de 62 % du peuple grec qui a osé choisir un gouvernement de gauche et contester la justesse des mémorandums semble avoir rendu fous furieux les dirigeants européens.
Et, au lieu de l’allègement des mesures inhumaines et totalement inefficaces imposées par ceux-ci, la « troïka » (Fonds monétaire international, Banque centrale européenne et Commission européenne) a émis un troisième plan dont les termes sont encore plus durs.
Le premier effet de ce monstrueux accord sera l’augmentation de la dette qui, de son montant actuel de 173 % du produit intérieur brut, passera à 201 %.
La volte-face spectaculaire de Syriza, aux antipodes de l’ambiance révolutionnaire des «mémorandums déchirés» , de la «souveraineté nationale» et du «refus catégorique de l’austérité» , a suivi.

Conséquence: une certaine forme de « nettoyage» du gouvernement et du parti, visant à exclure les membres restés fidèles aux principes de Syriza, et qui avaient refusé de se convertir au culte de l’euro.
Ensuite, M. Tsipras n’a nullement ressenti le besoin d’expliquer à ses compatriotes cet incompréhensible revirement.
Au contraire il s’est empressé de démissionner et de fixer la date des élections législatives anticipées pour le 20 septembre.
Cette fois-ci Alexis Tsipras exige du peuple grec qu’il annule le non spectaculaire du référendum du 5 juillet pour le remplacer par un grand oui qui légitimera le troisième mémorandum.

ANTIDÉMOCRATIQUE

Il était tout naturel que le comportement antidémocratique du premier ministre grec suscite des rumeurs de coups d’Etat, de trahison etn de complots ourdis contre le peuple grec.
Une chose est certaine : l’ambiance qui prévaut ces derniers mois en Grèce est celle d’un théâtre de l’absurde, où le bon sens n’a plus sa place.
Le non au référendum visait sans équivoque les mémorandums et incitait directement à rompre avec les créanciers, s’ils persistaient dans leur politique.

Le premier ministre avait pour mandat d’en tirer les consaquences, y compris en envisageant la sortie de la zone euro. Il aurait dû, entre autres, élaborer un « plan B » crédible de retour de la monnaie nationale.
Et, surtout, il n’aurait pas dû lancer après coup des accusations ridicules sur une trahison présumée prétendument commise par ceux (en admettant qu’ils avaient existé) qui avaient pris soin de préparer un tel plan en assurant la liquidité élémentaire des banques et en imposant, en temps utile, des restrictions, comme l’exportation de capitaux à l’ étranger.

Même en admettant que ces actions ou manquements pourraient lui être pardonnés en les attribuant à son inexpérience, d’autres sont vraiment inexcusables.
Par exemple quand M. Tsipras a proclamé qu’il livrerait « terre et eau » pour rester dans l’euro.
Voilà la manière frivole et inébranlable avec laquelle le gouvernement considère le retour inévitable à la monnaie nationale.

Des membres du gouvernement, en parfaite harmonie avec la direction de l’Union européenne et la puissante opposition qui s’est récemment transformée en force progouvernementale, prétendent que « le retour à la drachme serait une catastrophe ». Toutefois, ils se gardent bien d’expliquer les méthodes et les chiffres qui leur ont permis de conclure que l’instauration d’une nouvelle drachme constituerait une catastrophe supérieure à celle que provoquent les mémorandums.

Car il n’est plus permis de douter que ceux-ci conduisent la Grèce tout droit vers une disparition nationale, économique et démographique, en contraignant les Grecs à vendre leurs avoirs, en abolissant le secteur public après l’avoir démantelé, en jetant impitoyablement à la rue ceux qui n’arrivent pas à rembourser leur prêt immobilier pour leur résidence principale, en premettant aux employeurs de licencier massivement, en réduisant les salariés et les retraités à la misère, en éliminant toute trace de protection sur le marché du travail et en renonçant à toute forme de souveraineté et de fierté nationale, avec pour horizon exclusif le régime colonial de la dette.

Certes, l’instauration d’une nouvelle drachme ne serait pas anodine. Mais c’est la seule solution offrant une issue à l’impasse actuelle. M. Tsipras peut remporter ou perdre les élections du 20 septembre. Mais, dans les deux cas, le résultat sera le même : le premier gouvernement de gauche radicale en Grèce aura donné sa bénédiction à la poursuite d’une dictature financière étouffante, dans un pays membre de l’Union européenne, mettant en péril la paix sociale. Et pas seulement celle-ci.

Car ce sacrilège aura , inévitablement, des conséquances délétères sur l’ensemble de l’Europe, mais aussi dans le monde entier.
À court terme, le seul vœu, utopique à ce stade, qu’on peut formuler est d’éviter que cet accord criminel soit mis en œuvre. C’est après seulement que les Grecs soutiendront, tous ensemble, le retour à la souveraineté et à l’Europe.

Maria NEGREPONTI – DELIVANIS, économiste et ancienne rectrice de l’université macédonienne de Thessalonique, fut conseillère de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord et de l’Organisation de coopération et de développement économiques.

Sources : Le Monde des Idées

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L’ÉCHEC DE LA RIGUEUR: LES 8 PLANS D’AUSTÉRITÉ GRECS

Le blog de Jean-Luc Mélenchon

Alors que l’ensemble des pays européens appliquent des plans de rigueur, l’exemple grec montre depuis deux ans que cette politique est désastreuse. Principal artisan de cette politique aux côtés de Papandréou, le ministre social-démocrate des finances vient d’être conforté dans le nouveau gouvernement grec.

Loin d’assainir les comptes publics, les 8 plans d’austérité votés depuis 2010 ont conduit à une augmentation de 25 % de la dette.
En asphyxiant la demande et en réduisant les services publics ils ont en effet contracté l’activité avec une récession qui s’est accélérée en 2011 et un chômage qui s’est envolé en passant de 12 à 17 % de la population active.

Le détail des 8 plans d’austérité grecs

  • 1e plan janvier 2010 : objectif : ramener le déficit sous les 3% de PIB d’ici 2012
    • hausse des impôts
    • gel des embauches dans la fonction publique
  • 2e plan, février 2010 : durcissement du premier plan d’austérité
    • gel total du salaire des fonctionnaires
    • relèvement de l’âge de départ légal à la retraite
    • augmentation des taxes sur les carburants
  • 3e plan, mars 2010 :

    • gel des retraites

    • augmentation des taxes (alcool, tabac, essence)
  • 4e plan, mai 2010 : objectif d’une réduction des dépenses publiques de 7% d’ici 2013

    • suppression des 13e et 14e mois pour les retraités et salariés du public

    • gel des salaires et retraites

    • non remplacement de 4 fonctionnaires sur 5

    • augmentation de la TVA (de 19 à 23%)

    • augmentation des taxes sur les carburants, le tabac et l’alcool

    • âge de la retraite unifié à 65 ans ; augmentation progressive de la durée de cotisation (de 37 à 40 ans)
  • 5e plan, avril 2011 : 23 milliards d’économie supplémentaires d’ici 2015
  • 6e plan, juin 2011 : objectif de 28,4 milliards d’économie et 50 milliards de privatisation d’ici 2015

    • durcissement des critères pour les allocations sociales et chômage

    • réduction des retraites complémentaires

    • non remplacement de 9 fonctionnaires sur 5 à partir de 2011

    • licenciement des salariés d’organismes publics ou fusionnés devient possible

    • privatisations : ports, aéroport, poste, banque, etc.
  • 7e plan, septembre 2011

    • taxe spéciale sur la propriété immobilière

    • l’Union européenne et le FMI font pressions pour imposer de nouvelles mesures d’austérité avant le déblocage de la 6e tranche de leur aide de 110 milliards d’euros accordée en 2010
  • 8e plan, octobre 2011

    • baisse des pensions de retraites

    • gel des conventions collectives

    • chômage partiel puis licenciement de 30 000 agents publics
Les conséquences pour la dette, de l’activité et du chômage
+ 25 % de dette en deux ans :

  • fin 2009 dette : 298 milliards d’euros

    1er trimestre 2010 : la dette augmente de 3,7% par rapport au trimestre précédent.
  • Mars 2010 dette : 309 milliards d’euros

    2e trimestre 2010 : la dette augmente de 1,4% par rapport au trimestre précédent.
  • Juin 2010 dette : 314 milliards d’euros

    1e trimestre 2011 : la dette a augmenté de 9,8% par rapport au premier trimestre 2010.
  • Juin 2011 Montant de la dette : 340 milliards d’euros
  • Fin 2011 Montant prévu de dette : 365 milliards d’euros
Dette 2009 : 127 % PIB

Dette 2010 : 143 % PIB

Dette 2011 : 165 % PIB
la récession accélérée :

2010 PIB : moins 2%

2011 PIB: moins 4,80%
le chômage creusé :

12,6 % en 2010

17,6 % en 2011

Sources : jean luc melenchon blog – arguments

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APPEL INTERNATIONAL: LAISSONS LES FOSSILES DANS LE SOL, POUR EN FINIR AVEC LES CRIMES CLIMATIQUES

6 Août 2015

publié par Saoudi Abdelaziz

blog algerieinfos

De tous les continents monte la volonté d’intervenir pour que la prochaine conférence de l’ONU sur le climat attaque le mal à la racine, en forçant Etats et industries à laisser les énergies fossiles dans le sol.

L’appel que vous êtes invités à signer propose:

« Concrètement, les gouvernements doivent mettre un terme aux subventions qu’ils versent à l’industrie fossile, et geler leur extraction en renonçant à exploiter 80% de toutes les réserves de carburant fossile ».

Appel international

Nous sommes à la croisée des chemins.

Nous ne voulons pas nous retrouver contraint(e)s à survivre dans un monde devenu à peine vivable.

Des îles du Pacifique Sud à la Louisiane, des Maldives au Sahel, du Groenland aux Alpes, la vie quotidienne de millions d’entre nous est déjà perturbée par les conséquences du changement climatique.

Par l’acidification des océans, par la submersion des îles du Pacifique Sud, par le déracinement de réfugiés climatiques en Afrique et dans le sous-continent indien, par la recrudescence des tempêtes et ouragans, l’écocide en cours violente l’ensemble des êtres vivants, des écosystèmes et des sociétés, menaçant les droits des générations futures.

Ces violences climatiques nous frappent inégalement : les communautés paysannes et indigènes, les pauvres du Sud comme du Nord sont les plus affectés par les conséquences du dérèglement climatique.

Nous ne nous faisons pas d’illusions.

Depuis plus de vingt ans, les gouvernements négocient mais les émissions de gaz à effet de serre n’ont pas baissé et le climat poursuit sa dérive.

Alors que les constats de la communauté scientifique se font plus alarmants, les forces de blocage et de paralysie l’emportent.

Ce n’est pas une surprise.

Des décennies de libéralisation commerciale et financière ont affaibli la capacité des Etats à faire face à la crise climatique. Partout, des forces puissantes – entreprises du secteur fossile, multinationales de l’agro-business, institutions financières, économistes dogmatiques, climatosceptiques et climatonégationnistes, décideurs politiques prisonniers de ces lobbies – font barrage et promeuvent de fausses solutions.

90 entreprises sont à l’origine des deux tiers des émissions mondiales de gaz à effet de serre. De véritables réponses au changement climatique nuiraient à leurs intérêts et à leur pouvoir, remettraient en cause l’idéologie du libre-échange, et menaceraient les structures et les subventions qui les soutiennent.

Nous savons que les multinationales et les gouvernements n’abandonneront pas aisément les profits qu’ils tirent

de l’extraction des réserves de charbon, de gaz et de pétrole ou de l’agriculture industrielle globalisée gourmande en énergie fossile.

Pour continuer à agir, penser, aimer, prendre soin, créer, produire, contempler, lutter, nous devons donc les y contraindre. Pour nous épanouir en tant que sociétés, individus et citoyen(ne)s nous devons tout(e)s agir pour tout changer.

Notre humanité commune et la Terre le demandent.

Nous gardons confiance en notre capacité à stopper les crimes climatiques.

Par le passé, des femmes et des hommes déterminé(e)s ont mis fin aux crimes de l’esclavage, du totalitarisme, du colonialisme ou de l’apartheid. Elles et ils ont fait le choix de combattre pour la justice et l’égalité et savaient que personne ne se battrait à leur place.

Le changement climatique est un enjeu comparable et nous préparons une insurrection similaire.

Nous travaillons à tout changer.

Nous pouvons ouvrir les chemins vers un futur vivable.

Notre pouvoir d’agir est souvent plus important que nous ne l’imaginons.

À travers le monde, nous luttons contre les véritables moteurs de la crise climatique, défendons les territoires, réduisons les émissions, organisons la résilience, développons l’autonomie alimentaire par l’agro-écologie paysanne, etc.

À l’approche de la conférence de l’ONU sur le climat à Paris-Le Bourget, nous affirmons notre détermination à laisser les énergies fossiles dans le sol. C’est la seule issue.

Concrètement, les gouvernements doivent mettre un terme aux subventions qu’ils versent à l’industrie fossile, et geler leur extraction en renonçant à exploiter 80% de toutes les réserves de carburant fossile.

Nous savons que cela implique un changement historique majeur. Nous n’attendrons pas que les Etats agissent. L’esclavage et l’apartheid n’ont pas disparu parce que des Etats ont décidé de les abolir, mais par des mobilisations massives qui ne leur ont pas laissé le choix.

L’issue est incertaine. Nous avons toutefois une occasion unique de renouveler la démocratie, de démanteler le pouvoir hégémonique des multinationales et de transformer radicalement nos modes de production et de consommation.

Tourner la page des fossiles est une étape décisive vers la société juste et soutenable dont nous avons besoin.

Nous ne gâcherons pas cette chance, à Paris comme ailleurs, aujourd’hui comme demain.

Pour signer l’appel :

http://350.org/climate-crimes-fr/


Cent premiers signataires :

Desmond Tutu, archevêque émérite; Bill McKibben, fondateur de 350.org; Naomi Klein, journaliste et essayiste; Vandana Shiva, physicienne et écologiste; Agnès Sinaï, Institut Momentum; Alberto Acosta, économiste; Alex Randall, Climate Outreach; Amy Dahan, historienne des Sciences; Bernard Guri, Centre for Indigenous Knowledge & Organisational Development; Boaventura de Sousa Santos, sociologue; Catherine Larrère, philosophe; Christophe Bonneuil, historien; Cindy Wiesner, Coordinator of Grassroots, Global Justice Alliance, USA; Claire Nouvian, Bloom; Claude Lorius, glaciologue; Clive Hamilton, philosophe; David Graeber, anthropologue; Dominique Bourg, philosophe; Dominique Méda, sociologue; Edgardo Lander, sociologue; Eduardo Viveiros de Castro, anthropologue; Emilie Hache, philosophe; Erri de Luca, écrivain; Esperanza Martinez, ancienne ministre de la Santé publique du Paraguay; Esther Vivas, chercheure et militante altermondialiste; François Gemenne, politiste; Frank Murazumi, Amis de la Terre Ouganda; Gaël Giraud, économiste; Geneviève Azam, économiste; George Monbiot, journaliste; Gerry Arrances, militant anti-charbon; Gilles Boeuf, président du MNHN; Gilles Clément, paysagiste; Godwin Ojo, Amis de la Terre, Nigeria; Gus Massiah, Cedetim; Guy Aurenche, président du CCFD; Isabelle Frémeaux, Laboratoire des Imaginaires Insurrectionnels; Isabelle Stengers, philosophe; Jean-Baptiste Fressoz, historien; Jean-Pierre Dupuy, philosophe; Jean Gadrey, économiste; Jeanne Planche, Attac France; John Holloway, sociologue et philosophe; Joan Martinez Alier, économiste; John Jordan, Laboratoire des Imaginaires Insurrectionnels; Jon Palais, Bizi !; Kaddour Hadadi, musicien et chanteur, HK et les Saltimbanks; Kevin Smith, Liberate Tate; Kumi Naidoo, Greenpeace International; Larry Lohmann, The Corner House; Lech Kowalski, réalisateur; Leonardo Boff, théologien; Lidy Nacpil, Jubilee South; Mamadou Goïta, Institut de recherche et de promotion des alternatives au développement, Mali; Marc Dufumier, agronome; Marc Luyckx Ghisi, écrivain; Marie-Monique Robin, journaliste; Maude Barlow, Food & Water Watch; Maxime Combes, économiste, membre d’Attac; Michael Hardt, philosophe; Michael Löwy, sociologue; Mike Davis, historien et sociologue; Noam Chosmky, linguiste et philosophe; Nick Hildyard, The Corner House; Nicolas Haeringer, 350.org; Nnimmo Bassey, Oil Watch International; Noble Wadzah, Oil Watch Afrique; Olivier Bétourné, éditeur; Olivier de Schutter, juriste; Pablo Servigne, collapsologue; Pablo Solon, ancien ambassadeur de la Bolivie; Pat Mooney, ETC Group; Patrick Chamoiseau, écrivain; Patrick Viveret, philosophe; Paul Lannoye, ancien député européen; Philippe Bihouix, ingénieur; Philippe Desbrosses, Intelligence Verte; Philippe Descola, anthropologue; Pierre Rabhi, agronome et penseur de l’écologie; Pierre-Henri Gouyon, écologue; Priscilla Achakpa, Water Supply and Sanitation Collaborative Council, Nigéria; Razmig Keucheyan, sociologue; Rebecca Foon, musicienne; Roger Cox, avocat; Saskia Sassen, sociologue; Serge Latouche, économiste; Soumya Dutta, Alliance nationale des mouvements anti-nucléaires, Inde; Stefan C. Aykut, politiste; Susan George, économiste; Swoon, artiste; Thomas Coutrot, économiste, porte-parole d’Attac; Tom Kucharz, Ecologistas en Accion, Espagne; Tony Clarke, International Forum on Globalization; Txetx Etcheverry, Alternatiba; Valérie Cabannes, End Ecocide; Valérie Masson-Delmotte, climatologue; Vincent Devictor, écologiste; Vivienne Westwood, styliste; Yeb Saño, ancien ambassadeur des Philippines pour le climat; Yvonne Yanez (Oil Watch)…

YANIS VAROUFAKIS: « NOUS AVONS TRAHI LA GRANDE MAJORITÉ DU PEUPLE GREC! »

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Propos recueillis par Pavlos Kapantais.
L’OBS, le 20 août 2015

Nous avons rencontré l’ex-ministre des Finances grec un jour avant qu’Alexis Tsipras annonce la tenue d’élections anticipées. Il sera l’invité d’honneur ce dimanche de la Fête de la rose organisée par Arnaud Montebourg. Il revient sur sa démission et ses rapports avec le Premier ministre grec.

14287591.jpgYánis Varoufákis, ancien ministre grec des Finances (Maxime Gyselinck pour l’Obs)

C’est un homme souriant, en apparence apaisé, qui nous accueille dans sa résidence secondaire sur l’île d’Egine. Sa femme, Danaé, et un ami proche sont assis sur la terrasse qui donne sur la mer. Propos recueillis par Pavlos Kapantais .

Vous vous êtes opposé à la décision d’Alexis Tsipras, le 13 juillet, d’accéder aux demandes des créanciers. Pourrions-nous vous voir sur les listes électorales d’un autre parti lors des prochaines élections?
Yanis Varoufakis : Si les élections anticipées débouchent sur un gouvernement et un parti qui auront reçu un mandat populaire pour appliquer l’accord du 13 juillet, je ne pourrai évidemment pas en faire partie. Alexis Tsipras est rentré du sommet européen du 12 juillet, où nous avons assisté de fait à la capitulation du pays, en expliquant son positionnement. Celui-ci reposait, selon lui, sur un grave dilemme : soit on acceptait ce programme non viable, soit le plan Schäuble [le ministre allemand des Finances, NDLR] de « défenestration » de la Grèce de la zone euro était mis en action. C’est là que commence ma principale objection : je ne crois pas que le dilemme soit là. Je crois que le « plan Schäuble » est en train de se réaliser. C’est en votant « non » au référendum que je reste fidèle au programme de Syriza. Si je suis d’accord avec Alexis Tsipras pour dire que le Grexit doit être évité, selon moi, le maintien de la Grèce dans la zone euro passait justement par le rejet de ce nouveau et troisième mémorandum. C’est là que nos opinions divergent. Alexis [Tsipras] considère que cet accord est l’alternative au « Grexit » de Schäuble, moi je considère que ce mémorandum fait partie du plan de Schäuble [de sortie de la Grèce de la zone euro].

Pendant les négociations, vous avez souvent dit que pour que les négociations puissent aboutir, il aurait fallu que le FMI, la Commission et la Banque centrale européenne soient moins divisées. Quelle était la nature de ces divisions?
Yanis Varoufakis : Il est évident que cela aurait été plus simple… Le FMI a reconnu dès le départ que la dette était beaucoup trop importante pour que le pays puisse espérer s’en sortir. Mais la même institution était intraitable sur les réformes du droit du travail. En revanche, lorsqu’on allait parler aux Européens, ils nous disaient exactement le contraire ! Ils étaient d’accord avec nous sur le droit du travail, mais, pour eux, le fait d’envisager un effacement même partiel de la dette était un sujet tabou. Leurs divergences sont impossible à gérer, il faut qu’ils se mettent d’accord. Quand vous vous retrouvez pris en étau entre des discours contradictoires, la négociation devient quasiment impossible : vous êtes cerné par les lignes rouges des uns et des autres et, par conséquent, la discussion ne peut pas avancer.

Quel a été le rôle de la France au sein de l’Eurogroupe, et comment jugez-vous ce rôle?
Yanis Varoufakis : Le gouvernement français avait une perception très proche de la nôtre. Mais excepté quelques phrases de soutien lancées par Michel Sapin, cela ne s’est pas traduit par un réel soutien. Ses interventions ont été immédiatement rejettées par les autres, et plus particulièrement par Schäuble. Il est vrai que, lorsque j’ai fait remarquer la grande différence entre ce qui se disait à huis clos et ce qui se disait publiquement, un personnage haut-placé m’a dit que « la France n’était plus ce qu’elle était ». A l’intérieur de l’Eurogroupe, nous avons pu travailler avec Michel Sapin, notamment pour trouver un compromis entre la continuité des engagements pris par l’Etat grec et le principe de démocratie. Car le peuple grec s’est très nettement exprimé contre l’austérité lors des élections législatives de janvier. Michel Sapin l’a rappelé à plusieurs reprises au sein de l’Eurogroupe. Cependant, la réponse de Schäuble fut catégorique : les élections ne changeaient rien au problème car si les règles devaient évoluer à chaque fois qu’un nouveau gouvernement était élu, l’Eurogroupe n’aurait plus de raison d’être et la zone euro s’effondrerait.

14287583.jpg(Maxime Gyselinck pour l’Obs)

Comment s’est passée exactement votre démission le soir du référendum? Que vous a dit Alexis Tsipras ? Avez-vous pris cette décision ensemble, ou est-ce un gage qu’il a dû respecter sous le chantage, une reddition?
Yanis Varoufakis : La semaine qui a précédé la fermeture des banques, je considérais – et je considère toujours – que nous aurions dû nous opposer à cette décision scandaleuse de l’Eurogroupe. Mais comme nous étions dans la ligne droite qui menait au référendum, il était de notre devoir de rester unis et de travailler pour la victoire du « Non ». Et le « Non » l’a emporté. Α ce moment-là, j’ai ressenti une immense responsabilité face à ces gens qui ont su s’opposer à toutes les attaques médiatiques contre les partisans du « Non », au moment même où les banques avaient été fermées pour leur faire peur. J’ai considéré alors que notre rôle était d’honorer ce courage. Je suis rentré à Maximou [résidence officielle du premier ministre grec, NDLR] imprégné et motivé par l’énergie de notre très courageuse population et je me suis trouvé confronté à la volonté de capitulation de la part des autres membres de notre groupe politique responsables des négociations[[(groupe de six membres du gouvernement responsable des négociations comprenant à l’époque Alexis Tsipras, Yannis Dragasakis le vice-président du gouvernement grec, Yanis Varoufakis, George Stathakis le ministre de l’économie, Euclide Tsakalotos à l’époque vice-ministre des finances, et Nikos Pappas ministre auprès du premier ministre et bras droit d’Alexis Tsipras.]]. Ma position ayant toujours été de dire : « Je préfère que l’on me coupe la main plutôt que de signer un nouveau mémorandum », mon départ à ce moment s’est imposé à tout le monde comme une évidence.

Alexis Tsipras aurait-il dû démissionner ?
Yanis Varoufakis : Personnellement, je crois toujours ce que l’on me dit. Lors de notre arrivée au pouvoir, nous nous étions dit deux choses Alexis Tsipras et moi : premièrement, que notre gouvernement essaierait de créer la surprise en faisant réellement ce que nous avions promis de faire. Deuxièmement, que si jamais nous n’y arrivions pas, nous démissionnerions plutôt que de trahir nos promesses électorales. C’est pourquoi, d’ailleurs, à quelques jours du référendum, j’avais déclaré que si le « Oui » l’emportait, je démissionnerais immédiatement. Je n’ai pas la capacité de faire des choses en lesquelles je ne crois pas. Je pensais que c’était notre ligne commune. Finalement, à travers les décisions gouvernementales, c’est le « Oui » qui l’a emporté et pas le « Non »…

Vous sentez-vous trahi par Alexis Tsipras ?
Yanis Varoufakis : Je crois que nous avons trahi la grande majorité (62%) du peuple grec. En même temps, il est évident que ce résultat n’était pas un mandat de sortie de la zone euro. Comme Alexis Tsipras, j’ai toujours été opposé à ce scénario, même si je critique avec virulence l’architecture de l’eurozone. C’est d’ailleurs la raison principale pour laquelle j’ai été nommé ministre des Finances. Mais à travers ce référendum, le peuple nous a clairement dit : « Battez-vous pour un meilleur accord, et si l’on vous menace de Grexit ou de tout autre catastrophe, n’ayez pas peur. »

Étiez-vous matériellement prêt à sortir de l’euro ?
Yanis Varoufakis : C’est une question intéressante pour la zone euro dans son ensemble. Le problème, c’est qu’on ne peut pas envisager sérieusement une éventuelle sortie d’un pays de la zone euro. Car dès que la discussion commence, le mécanisme est enclenché et aussitôt les banques du pays concerné s’écroulent. Par conséquent, il est tout simplement impossible d’avoir un plan B opérationnel. Il ne peut être que théorique. Nos études sur la question, comme celles de la BCE d’ailleurs, n’était confiées qu’à 5-6 personnes pour rester discrètes. Pour qu’un tel plan soit opérationnel, il faudrait que près d’un millier d’experts se coordonnent. Cela ne pourrait plus rester secret, et provoquerait donc une panique bancaire, avec une sortie de l’euro à la clé…

Alexis Tsipras n’a donc jamais sérieusement envisagé ce scénario ?
Yanis Varoufakis : Je crois que cela n’a jamais été envisagé, ni par Tsipras, ni par moi. Ce que j’ai essayé de mettre en place, après que Dijsselbloem [le président de l’Eurogroupe], dès le 30 janvier, a menacé de fermer nos banques si nous n’appliquions pas le mémorandum, çela a été une série de solutions d’urgence pour créer de la liquidité si ce scénario devait se produire. Le but était de survivre quelques semaines à l’intérieur de la zone euro malgré les banques fermées, jusqu’à ce que l’on arrive à un accord. Malheureusement, le gouvernement n’a pas voulu appliquer ce programme : on a juste attendu que le référendum ait lieu pour capituler juste après.

À quoi aura servi le référendum finalement ?
Yanis Varoufakis : Pour la Grèce, il n’aura servi à rien. Il n’a pas aidé le gouvernement. Il n’a pas non plus aidé le peuple qui a voté « Non ». Le peuple a été abandonné et trahi. Et pourtant, à cette occasion, les peuples européens ont vu qu’il pouvait y avoir des citoyens fiers qui refusaient les chantages et ne se faisaient pas manipuler par leurs médias. Les Grecs ont montré l’exemple aux autres peuples européens. Mais le leadership politique grec, moi y compris, n’a pas su capter cette résistance populaire et la transformer en une force pour mettre fin à l’autoritarisme et l’absurdité du système.

14287581.jpg(Maxime Gyselinck pour l’Obs)

Croyez-vous que le FMI participera au programme grec?
Yanis Varoufakis : Je ne peux pas imaginer comment le FMI pourrait participer à ce nouveau programme sans que cela ne lui crée d’immenses problèmes internes. Ces derniers jours cependant, des voix au sein de l’Europe commencent à discuter d’un rallongement des maturités concernant la dette grecque.

Ne croyez pas que cela sera suffisant pour convaincre le FMI de participer?
Yanis Varoufakis : Cela dépendra des paramètres mis en place. Si l’Eurogroupe décide que les 312 milliards de dette pourront être remboursés à partir de l’année 2785 et que d’ici là il n’y aura aucun versement à réaliser, cela pourrait fonctionner car il s’agirait de fait d’un effacement de la dette. Pour le moment il y a un problème tant avec la valeur nominale de la dette qu’avec le calendrier des paiements. Pour être concret, regardez ce qui est prévu pour 2022. C’est comique ! Les paiements annuels prévus passent d’un coup de 10 milliards annuels à 30 milliards ! C’est comme si l’on déclarait à la terre entière qu’à l’horizon 2022-2023, la Grèce allait faire faillite ! Qui dans ces conditions viendra investir à long terme, quand on sait qu’en 2018 le pays doit afficher un excèdent budgétaire de 3,5%, ce qui signifie évidemment d’importantes hausses d’impôts, qui conduiront le pays dans le mur…

Quelle est votre solution ?
Yanis Varoufakis : Laissez-moi plutôt poser une autre question, que j’ai soumise aux membres de l’Eurogroupe en poussant leur raisonnement jusqu’au bout : « Ne serait-il pas mieux d’abolir les élections pour les pays se trouvant dans un programme d’aide ? Cela aurait le mérite d’être clair. Nous pourrions déclarer par la suite que nous avons créé une union monétaire en Europe qui abolit la démocratie pour les pays ayant une dette qu’ils ne peuvent pas rembourser ». Comme vous l’aurez compris, la discussion s’est arrêtée là… Par ailleurs, mes opposants les plus farouches, au-delà de Schäuble, ont été les pays ayant imposé à leurs populations des cures d’austérité très dures. Quand on sait, par exemple, qu’en Lettonie la moitié de la population a dû s’expatrier à cause de la cure d’austérité imposée au pays, il est prévisible que les dirigeants lettons ne veuillent pas s’exposer à la vindicte populaire en laissant le gouvernement grec démontrer qu’une autre voie existe.

Que pensez d’Euclide Tsakalotos, le nouveau ministre des finances ? Quels conseils lui avez-vous donnés?
Yanis Varoufakis : Euclide est un ami très cher et un excellent collègue. Nous sommes très proches. Il est comme un frère pour moi. Et j’ai de la peine pour lui : au moment où j’ai pris en charge le ministère, nous vivions des moments de joie, des moments historiques et héroïques. Euclide a été nommé, et il en est tout à fait conscient, pour mettre en place la capitulation.

Comment voyez-vous aujourd’hui l’avenir de Syriza et celui de la Grèce ?
Yanis Varoufakis : Il faut toujours rester optimiste quand on parle d’un pays comme la Grèce qui a derrière lui une histoire longue de plusieurs millénaires. Je considère que plus la crise s’intensifie, plus nous sommes proches du moment où, enfin, on accèdera à la lumière. L’heure la plus sombre vient toujours avant l’aube. Quant à Syriza, si le parti ne parvient pas à rester uni malgré les différences d’opinion qui le traversent concernant l’accord, il n’a aucun avenir. S’il réussit, il jouera un rôle hégémonique en Grèce pendant de très nombreuses années.

Mais comment Syriza pourrait-il rester uni, étant données ses profondes divisions actuelles?
Yanis Varoufakis : Les bons camarades peuvent rester unis malgré leurs divergences. Si nous parvenons à garder cet esprit, il a un espoir d’unité. Mais cet espoir disparaitra tôt ou tard si l’on continue à appliquer le mémorandum en prétendant qu’il est viable.

Pensez-vous que l’administration et l’Etat grec sont capables de se réformer ?
Yanis Varoufakis : Evidemment ! Il ne faut pas être négatif. Depuis une vingtaine d’années, il y a eu de nombreux progrès. Mais malheureusement la Troïka ne s’intéresse pas réellement à cela. Ce qu’elle veut avant tout c’est de garder sa mainmise sur l’économie de notre pays.

Pensez-vous publier un jour les enregistrements que vous avez des réunions de l’Eurogroupe ?
Yanis Varoufakis : Si je ne l’ai pas fait jusqu’ici, et malgré tous les mensonges que l’on a racontés sur moi , c’est pour démontrer que je respecte les règles du jeu. Mais malgré leur importance, il n’y a pas de compte rendu officiel de ses réunions ! Un jour, je rendrai donc ces enregistrements publics.

Comment voyez-vous votre avenir ?
Yanis Varoufakis : (rires) Question intéressante ! Je resterai actif politiquement quoi qu’il arrive, avec cependant une nouvelle certitude : toutes ces questions, l’austérité, la dette… doivent être pensées au niveau européen. Et en concertation avec les peuples qui souffrent et leurs représentants et non un Eurogroupe qui, lui, n’a aucune existence institutionnelle et donc n’a de comptes à rendre à aucune institution. S’il n’y a pas un mouvement européen pour démocratiser la zone euro, aucun peuple européen ne verra de jours meilleurs : ni les Français, ni les Italiens, ni les Irlandais, personne. C’est un combat fondamental qui nous reste à mener.

Propos recueillis par Pavlos Kapantais

14287575.jpg(Maxime Gyselinck pour l’Obs)

pour lire l’article en entier aller sur le lien (…)

 » GRÈCE, PERSPECTIVES APRÈS LE DIKTAT NÉOLIBÉRAL COLONIALISTE »

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AU SOMMET D’OUFA, LES BRICS PASSENT À L’ACTEChristine Bierre – le 16 juillet 2015;


GRÈCE, TORTURE DE LA BAIGNOIRE, BRICS ET CONJONCTURE MONDIALE, selon Jacques Cheminade;


[DANS LES RUES D’ATHÈNES AVEC FRANTZ FANONpar Omar Benderra –
Fondation Frantz Fanon – le 20 juillet 2015
->#6]


GRÈCE: LA MISE À NUpar Abdelatif Rebah – Le Soir d’Algérie – le 20 juillet 2015;


TRANSFORM! newsletter n°8 – 16 juillet 2015;


[

AU SOMMET D’OUFA, LES BRICS PASSENT À L’ACTE

Christine Bierre

solidarité et progrès

le 16 juillet 2015

->http://www.solidariteetprogres.org/actualites-001/au-sommet-d-oufa-les-brics-passent.html]

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AU SOMMET D’OUFA, LES BRICS PASSENT À L’ACTE

« Les BRICS sont les futurs dirigeants de l’économie mondiale» et la Chine en «reste la locomotive» , a déclaré Vladimir Poutine, lors d’une conférence de presse à l’issue des sommets des BRICS et de l’Organisation de la coopération de Shanghai (OCS), tenus à Oufa en Russie du 8 au 10 juillet.

Compte tenu de la crise interminable, et peut-être finale, dans laquelle s’est engagée l’Union européenne en voulant faire de la Grèce la victime expiatoire d’une crise qui est en réalité celle de toute l’Europe, et de la zone transatlantique, plombées par la faillite du système en 2008, les progrès accomplis à Oufa par les BRICS, l’OCS et l’Union économique eurasiatique (UEEA) qui les a rejoints, représentent aujourd’hui le seul espoir d’une sortie de crise et d’un retour à des politiques de croissance permettant d’assurer un avenir à notre planète.

N’en déplaise aux Occidentaux, dont les médias ont, pour la plupart, boycotté la couverture de ces sommets, les BRICS ont annoncé le lancement, en un temps record, de leur Nouvelle banque de développement (NDB) (100 mds de dollars) ainsi que d’un fonds commun de réserve de change (100 mds) , deux initiatives adoptées lors du dernier Sommet des BRICS il y a tout juste un an, à Fortaleza, au Brésil.

La NDB pourra commencer à prêter dès avril 2016 ! Elle pourrait notamment participer au financement de la construction de la ligne à grande vitesse Moscou-Kazan, selon le ministre russe des Finances Anton Silouanov, président du Conseil d’administration de la NDB. « Nous sommes en train d’étudier cette question » , a précisé le ministre avant d’ajouter que la Russie proposera également ce projet à la Banque asiatique d’investissement pour les infrastructures (BAII).

À cela s’ajoute la perspective adoptée par les BRICS d’accroître leurs échanges, non pas en dollar, mais en devises des pays membres, en particulier en yuans et en roubles.
Mais pour Sylvie Kauffman, du quotidien Le Monde (qui avait refusé en 2012 de couvrir la candidature présidentielle de Jacques Cheminade), le sommet des BRICS est un non-évènement et le «Congrès d’Oufa n’aura pas lieu » !

Triple union : BRICS, OCS, UEEA

Oufa fut également le lieu de rassemblement non seulement des BRICS et de l’OCS, mais aussi de l’Union économique eurasiatique (UEEA), organisation fondée en janvier 2015 par la Russie, la Biélorussie, le Kazakhstan, le Kirghizistan et l’Arménie.

Pour ceux qui comptaient encore pouvoir manipuler la Russie contre la Chine, la Chine contre l’Inde, etc. ils en seront pour leurs frais. L’intégration entre BRICS, OCS et UEEA engendrera non seulement un nouvel ordre économique mondial, mais accroîtra les retombées bénéfiques pour les peuples d’Eurasie.

Ce fut le thème répété à l’unisson par les trois dirigeants.

Nous sommes prêts à travailler très étroitement pour coordonner et nouer des liens entre les deux projets d’intégration – UEEA et Ceinture économique de la route de la soie, a déclaré Vladimir Poutine. Nous y voyons la grande promesse de construire un système commun de transports pour l’OCS, utilisant notamment le potentiel de transport offert par le Transsibérien et le Baïkal-Amour en Russie.

« La Chine est prête à renforcer sa coopération avec tous les pays pour réaliser des projets prioritaires», a dit Xi-Jinping, annonçant son intention d’ «organiser le soutien financier pour réaliser des études de faisabilité et de design et participer à des investissements conjoints. » Pour lui :

Il est important d’établir un scénario de coopération pour la région, qui inclura, dans les prochaines années, la construction de 4000 kms de voies ferrées et de plus de 10 000 kms d’autoroutes. La Chine s’engage à créer au plus vite une banque de l’OCS pour aider à financer la production dans la région, et elle est prête à utiliser son fonds de la Route de la soie dans ce but.

Évoquant dans un entretien au quotidien indien The Hindu, le «puissant sursaut économique (…) qui résultera de l’association entre ressources matérielles, capital humain et énormes marchés à la consommation» de ces trois régions du monde, Vladimir Poutine a précisé aussitôt : «Pour nous, il ne s’agit pas d’un échiquier ou de jeux géopolitiques» ; l’espace eurasiatique est « notre maison et nous voulons que la paix et la prospérité règnent chez nous, pour qu’il n’y ait aucune place pour l’extrémisme ou des tentatives pour certains de chercher leur propre intérêt au détriment des autres» .

Rapprocher les frères ennemis indo-pakistanais

Autre flanc consolidé au cours de ces sommets, l’Inde et le Pakistan : les deux frères ennemis ont tous deux fait leur entrée à l’OCS. Associés à la Russie et à la Chine, voilà une combinaison qui bloquera les Games of Thrones chers aux Anglo-américains dans cette région.

Les deux chefs d’État, Narendra Modi et Nawaz Sharif, se sont rencontrés en marge du sommet de l’OCS à Oufa et ont convenu d’une visite de M. Modi au Pakistan, lors du Sommet des pays de l’Asie du Sud l’année prochaine. Autre invité de marque aux sommets, l’Iran, qui a posé sa candidature pour rejoindre l’OCS.

Rappelons le rôle important de cette organisation dans la lutte contre le terrorisme, l’extrémisme et le trafic de drogue, véritables plaies endémiques dans cette partie du monde. La Structure anti-terroriste régionale de l’OCS (SATR) pourra mieux fonctionner avec la présence de l’Inde et du Pakistan. D’autant que l’Afghanistan était aussi parmi les invités. Son président Ashraf Ghani a participé à la réunion en Russie, tournant définitivement la page des années sombres de l’invasion soviétique.

L’entrée de l’Inde et du Pakistan à l’OCS, composée jusqu’à présent de six États, Chine, Russie, Kazakhstan, Kirghizistan, Tadjikistan et Ouzbékistan, a vite fait naître la rumeur qu’un nouveau G8 s’était constitué…

Après Oufa, M. Modi a continué son périple au Turkménistan où il a promu le corridor de transport Nord-Sud passant par l’Iran.

Si nous utilisons la route iranienne, Achgabat (Turkménistan) sera la première capitale desservie en Asie centrale. Avec le chemin de fer Kazakhstan-Turkménistan-Iran et l’investissement proposé par l’Inde dans le port iranien de Chabahar, ces initiatives renforceront les relations économiques entre les deux pays.

Au cours de sa rencontre avec le président turkmène Gurbanguly Berdymuhamedov, M. Modi a appelé à la construction rapide du pipeline Turkménistan-Afghanistan-Pakistan-Inde, devant acheminer 33 milliards de m3 de gaz naturel par an depuis le Turkménistan vers l’Asie du Sud, dont 41 millions de m3 par jour en Inde. Ce gazoduc sera le deuxième au monde en largeur.

Entrer dans l’âge industriel

Infrastructures, recherche de pointe, hautes technologies étaient aussi au menu d’Oufa. Lors du Business Council des BRICS, le dirigeant des chemins de fer russes et proche collaborateur de Poutine, Vladimir Iakounine, a précisé :

La question n’est pas juste de construire des infrastructures – chemins de fer, routes et infrastructure énergétique – mais de créer des plateformes économiques étendues, avec la participation d’institutions financières et manufacturières internationales.

Le vice-premier ministre russe Dmitri Rogozine a annoncé le 6 juillet que la Russie et la Chine s’apprêtent à renforcer leur coopération spatiale. Suite aux tensions avec les États-Unis, les Russes ont en effet réorienté leur collaboration vers la Chine pour en faire leur principal partenaire. Celle-ci s’équipera désormais en moteurs-fusées RD 180 russes pour son programme lunaire, en échange de quoi elle livrera de l’électronique de pointe aux Russes, moins chère que celle achetée aux États-Unis.

Le Sommet de la jeunesse des BRICS fut aussi un point fort de ces journées. Un mémorandum a été signé en vue de construire une station spatiale pour explorer l’espace lointain et faire des programmes spatiaux habités le symbole des valeurs que les BRICS veulent imprimer au nouvel ordre économique qu’ils construisent.

À Oufa, en effet, l’air était bien plus respirable qu’en Europe où un nouveau Traité de Versailles a été imposé à la Grèce.

Battons-nous pour rejoindre au plus vite la dynamique des BRICS.

Sources:

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GRÈCE, TORTURE DE LA BAIGNOIRE, BRICS ET CONJONCTURE MONDIALE

http://www.jacquescheminade.fr/


PAR DELÀ LA GRÈCE: LES BRICS ET LE SÉNAT AMÉRICAIN

le samedi 18 juillet;

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Entretien avec Jacques Cheminade suite au torpillage financier de la Grèce par l’Europe. La question qui se pose est : Qui pourraient être les alliés de la France face aux tortionnaires de la City et de Wall Street ?

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Jacques Cheminade – LES TORTIONNAIRES DE LA GRÈCE

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le 16 juil. 2015
Ce qui s’est réellement passé durant les négociations, comment agir face à la folie des dirigeants européens.

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DANS LES RUES D’ATHÈNES AVEC FRANTZ FANON

par Omar Benderra[[Omar Benderra, responsable de la négociation de la dette extérieure de l’Algérie, 1989-1991]]

Fondation Frantz Fanon

Évoquer depuis la Grèce les quatre-vingt-dix ans de la naissance de Frantz Fanon s’impose comme allant de soi. Le hasard a voulu que je me trouve dans ce pays à cette date et dans ces circonstances. Dans ce pays, ou la société est froidement acculée à la misère, le regard fanonien sur les enjeux politiques du monde, se vérifie implacablement.

Au pied du Parthénon, cette Europe qui se drape dans l’humanisme et les Lumières qu’elle aurait inventés pour éclairer le monde se révèle telle que la voyait cliniquement Fanon dans sa fulgurante conclusion des Damnés de la Terre.

Une Europe dont le centre est à Francfort et dont tout l’esprit est dans son marché bancaire globalisé.

Cette Europe que nous, dans ce qu’il convenait d’appeler alors le tiers monde, avons rencontrée aussi dans les infâmes cercles de négociateurs de la dette des clubs de Londres et de Paris, face à ces fonctionnaires fourbes des ministères des Finances néocoloniaux et leurs ondoyants banquiers centraux ou d’affaires et lors des «assemblées générales» d’aigrefins vraiment très distingués du FMI et de la Banque mondiale.

Cette Europe usurière, boutiquière et sans âme, celle qui, pour paraphraser Yannis Varoufakis, l’ex-ministre grec de l’Économie, pose un regard vide sur les pauvres, les déshérités, ceux qui doivent payer pour épargner les riches.

Cette Europe des technocrates serviles et des multinationales financières.

L’Europe selon Goldman Sachs qui généralise la précarité dans le déroulement logique de sa collusion avec les bourgeoisies apatrides, de droite ou de gauche, qui ont forgé ces liens de sujétion avec les marchés financiers.

Fanon aurait eu quatre-vingt-dix ans ce 20 juillet si le destin en avait voulu autrement, et nul ne sait ce que la correction infligée au peuple grec aurait suscité en lui.

Mais il y a plus que de l’ironie à voir l’arrogance des finanz-kommandos allemands (et de leurs hypocrites collaborateurs) piétiner avec délectation un pays qui fut la matrice, lointaine et par trop orientale certes mais matrice reconnue, de l’Europe des philosophes et de sa Kultur.

Qu’aurait-il pensé de la froide indifférence des autres peuples de cette Union européenne?

Aurait-il renié ce qu’il proclamait puissamment au terme des Damnés de la Terre?

Il est cruellement révélateur d’observer que les peuples d’Europe ne montrent pas beaucoup d’empathie pour leurs « frères » hellènes, illustrant en cela le caractère absolument artificiel d’une construction antidémocratique fondée sur le profit et l’exploitation. Pourtant, la dureté inflexible des conditionnalités imposées à Athènes devrait faire réfléchir, car le laboratoire grec est aujourd’hui le terrain d’expérimentation des médecines qu’ils subiront demain. Cela aussi Fanon le décrivait avec sa lucidité chirurgicale, il suffit de relire les Damnés…

Mais face à la forteresse d’argent et au cynisme des fossoyeurs d’espoir, on peut saluer le courage du peuple grec et la solidarité des peuples du sud du monde avec les manifestants de la place Syntagma.

En effet, même si l’absence de solidarité des peuples du nord est criarde, le peuple grec n’est pas seul.

Ceux qui ont connu les programmes d’ajustement structurel, les rééchelonnements, les restructurations et même les «reprofilages» de la dette – vocable popularisé en Algérie à la fin des années 1980 et au début des années 1990 – n’ignorent rien des souffrances et des privations endurées par les Grecs.

L’Afrique et l’Amérique Latine connaissent d’expérience la religion du marché et les évangélistes criminels de l’ultralibéralisme.

L’Europe des marchés est une impasse sordide, elle débouche sur le mur aveugle des populismes vulgaires, des nationalismes criminels et l’omnipotence de l’argent-roi. Plus que jamais, elle se replie sur les échecs de son histoire, jusqu’à la caricature.
Alors, oui au nom de l’humanisme universel et de la fraternité humaine, il faut sauver cette Europe d’elle-même comme nous y invite Fanon dans son ultime recommandation: «Pour l’Europe, pour nous-mêmes et pour l’humanité, camarades, il faut faire peau neuve, développer une pensée neuve, tenter de mettre sur pied un homme neuf.»

Dans les rues d’Athènes, avec le peuple grec.

Sources:

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GRÈCE: LA MISE À NU

par Abdelatif Rebah

Le Soir d’Algérie

le 20 juillet 2015

Quelques jours seulement après que les Grecs aient rejeté, par une majorité absolue de plus de 61%, le diktat du Fonds monétaire international, de la Commission européenne, de la Banque centrale européenne et de l’Eurogroupe réunis, le gouvernement Tsipras, contre toute attente, a fait adopter par le Parlement grec la Vouli, un nouveau projet de mesures d’austérité de 13 milliards d’euros encore plus rude que le paquet de mesures d’austérité précédentes de 9 milliards d’euros rejetées par le référendum du 5 juillet !
La troïka jubile : les «négociations» (sic!) ont porté leurs fruits… Quelle terrible défaite !

Et c’est Tsipras, le leader du parti de la gauche radicale Syriza, lui-même, qui va devoir accomplir l’infamie qui crucifie son peuple ! Paré de la «légitimité démocratique» des 61%. Au peuple grec d’en payer le prix fort. Très fort ! Après avoir vécu cinq années dans un état de détresse économique et sociale extrême, le peuple grec se voit imposer un nouveau dispositif d’appauvrissement et de misère.

Le nouveau plan d’«aide» de l’Union européenne

  • Les conditions engagent la Grèce sur une obligation d’excédents budgétaires allant crescendo de 1%, 2%, 3%, 3,5% durant les années 2015-2018.
  • TVA (taxe sur la valeur ajoutée) : la réduction de la TVA pour les îles a été supprimée ; elle n’est maintenue que pour les îles éloignées ; la TVA a été augmentée à 23% pour les restaurants, à 13% pour les produits alimentaires de base, l’eau, l’électricité, les hôtels ;
  • retraites : augmentation progressive de l’âge de départ à la retraite de 62 à 67 ans ; suppression de l’aide pour les retraités les plus pauvres et une augmentation de 50% des frais médicaux pour les retraités ; les retraites seront réduites de 2,7 milliards d’euros, dans un délai de 18 mois ; les départs en retraite avant l’âge seront abolis (sauf dans certaines professions) ; au 16 mars 2016, les subventions aux retraités pauvres seront supprimées pour les personnes ayant des revenus «supérieurs», l’élimination progressive se poursuivra jusqu’en 2019.
  • Salaires et emploi : réduction des salaires et traitements dans la fonction publique et le secteur public ; le salaire de début dans le secteur public est de 586 euros brut, égal au salaire minimum dans le secteur privé ; révision de la négociation collective sur un an, élimination du droit de grève, libéralisation du droit des entreprises à procéder à des licenciements massifs.
  • Impôts : augmentation de l’impôt de solidarité ;
  • l’impôt sur les entreprises passera de 26% à 28% ; paiement d’avance de 100% de l’impôt pour les entreprises.
  • Agriculture : suppression de l’aide pour le carburant pour les agriculteurs.
  • Privatisation des aéroports régionaux, de l’aéroport d’Athènes Elliniko, du réseau de transport d’électricité, des chemins de fer grecs, des ports du Pirée et de Salonique et d’autres ; transfert du paquet d’actions des Télecom grecques à l’agence de privatisation ;
  • la Grèce devra transférer plus de 50 milliards d’euros d’actifs publics dans un «fonds de confiance» avant même qu’ils ne soient privatisés, y compris les services électriques nationaux, les ports et de nombreux autres installations publiques indispensables.

Un tableau accablant

Le tableau est accablant. Laissons aux économistes perspicaces la tâche de découvrir la rationalité économique qui guide ce énième programme de «sauvetage» de la Grèce.

Arrêtons-nous sur quelques-unes de ses mesures caractéristiques.

  • L’augmentation de la TVA : outre qu’elle va chasser de la demande les plus pauvres, appliquée sur les biens et services destinés au secteur touristique (hôtellerie, restauration, alimentation, etc.), elle va frapper de plein fouet le secteur économique n°2 de la Grèce, pénalisant ce pays par rapport à ses concurrents touristiques tels que la Turquie où la TVA est à 7% et l’Italie où elle est à 9%.
  • La privatisation : les recettes provenant de la vente des entreprises publiques vont aller pour moitié (25 milliards d’euros) à la recapitalisation des banques et le quart de chaque recette (12,5 milliards d’euros) ira au remboursement de la dette et à l’investissement.

    Un pactole réservé d’office aux multinationales étrangères car, avec une économie ruinée, quelle entreprise grecque pourra accéder à la vente.

Les plans de sauvetage ont encore poussé la Grèce plus loin dans la dette. Tout le monde sait maintenant que les prêts qui sont consentis à la Grèce, non seulement ne sont pas investis dans l’économie grecque mais repartent immédiatement pour payer les intérêts sur les prêts antérieurs et finissent dans les comptes de banques privées.

Le piège est si efficace qu’on apprend par la presse que la Banque centrale européenne (BCE) a réalisé en 2014 et 2015, soit en un an et demi, près de 3,3 milliards de profits sur ses achats d’obligations grecques, ce qui correspond quasiment à la somme qui est due par la Grèce à cette institution financière pour le 20 juillet : 3,5 milliards d’euros.

Alors que la dette attribuée à la Grèce représente 175% du PIB, le FMI annonce que ce taux élevé le restera et qu’il atteindra 118% du PIB en 2030.
Son patrimoine matériel saisi, sa richesse nationale confisquée, son système bancaire sous perfusion de Bruxelles, sa force de travail laminée économiquement et socialement, sans agriculture, sans industrie, enfoncée dans un endettement sans fin, ses institutions tenues en laisse par la troïka, comment la Grèce peut-elle envisager une croissance future ?

Le terrorisme financier

En réalité, l’exemple de la Grèce fait la démonstration tragique et spectaculaire en grandeur nature de la réalité crue du capitalisme.

Le chef de la BCE, Mario Draghi, négociateur majeur de la troïka, s’est permis de fermer totalement le système bancaire grec, laissant l’économie et la population grecques sans liquidités.

Un jour avant le référendum du 5 juillet, le président du Parlement européen, Martin Schulz, exposait au grand jour la machine à broyer du capital financier.
Mettant en garde les électeurs grecs, il déclarait : «Sans liquidités, les salaires ne seront pas payés, le système de santé cessera de fonctionner, le réseau électrique et les transports publics s’effondreront et ils (les Grecs) ne seront pas en mesure d’importer des biens essentiels parce que personne ne peut payer.»

Une capitulation, à proprement parler

De leur côté, les dirigeants du parti Syriza avaient renoncé progressivement à leurs propres «lignes rouges». Après avoir prôné l’annulation de la dette, puis le paiement d’une partie minoritaire de celle-ci, puis son échelonnement contre des «réformes» acceptables par Bruxelles, ils ont fini par entériner purement et simplement les exigences de la troïka. Le chef du gouvernement Alexis Tsipras s’était lui-même tracé ses propres limites en martelant que le référendum du 5 juillet était destiné à revoir le contenu du mémorandum de l’Eurozone et non pas de décider de rester ou non dans l’UE ou dans l’Euro.

Effrayé par le coup de la rupture, il va faire subir à son peuple celui de la non-rupture, fait de régression économique et sociale sans fin et de perte de souveraineté.

Comment, dans ce cas, concilier l’inconciliable : l’opposition structurelle entre les intérêts fondamentaux du peuple grec et ceux du capital financier.
Comment mésestimer le pouvoir économique tentaculaire monstrueux, derrière les négociateurs de la troïka, cette combinaison articulée d’institutions, G8, Union européenne, BCE, FMI, Banque mondiale, agences de notation, think-thanks, OMC, OCDE,OTAN…, toutes au service des propriétaires des banques, des multinationales, des médias, etc. ?
Comment nourrir l’illusion qu’il est possible de «réaliser des choses», pour les classes exploitées et opprimées de la population, changer l’UE, l’euro, etc., en restant à l’intérieur de la règle du jeu du capital financier ?

Les médias répandent volontiers la légende de l’ogre allemand qui s’acharne impitoyablement sur la Grèce. Comme si le sort de la Grèce aurait été tout autre si la Belgique ou la Pologne ou un tout autre Etat de l’UE avait piloté les négociations.
Le bourreau du peuple grec a un nom, c’est le système capitaliste sous son vrai visage. Tsipras n’a pas cédé aux dirigeants cruels et monstrueux d’une UE qui aurait failli à sa vocation humaniste mais à la loi d’airain du capital financier qui broie tout ce qui n’est pas profit sur son passage.
Ce faisant, il a signé l’acte de décès des illusions réformistes dans l’Union européenne. Mais la leçon vaut bien au-delà de cet espace.

Abdelatif Rebah

Sources:

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transform_10_2012-2.jpg newsletter n°8 – 16 juillet 2015
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Sommaire

Nous avons besoin d’un plan B pour une autre Europe, pour toute l’Europe [p. 1]
Walter Baier et Elisabeth Gauthier

Pierre Laurent
« C’est un défi de résister à ces pratiques colonialistes » [p. 2]
Entretien réalisé par julia Hamlaoui, l’Humanité, 15 juillet 2015

Communiqué de « Blockupy goes Athens », 12 juillet
Comprendre la défaite c’est préparer une victoire [p. 4]

Déclaration de Alexis Tsipras à l’issue du Sommet de la zone euro [p. 9]

Derrière le refus de l’Allemagne d’accorder un allègement de la dette de la Grèce [p. 10]
Yanis Varoufakis

« Cette liste de revendications de l’eurogroup est de la folie »
Tuer le projet européen
[p. 13]
Paul Krugman

Lettre ouverte de la CES aux responsables politiques européens [p. 13]

Grèce

Une dette illégale, illégitime, odieuse et insoutenable [p. 15]
Résumé du rapport de commission sur la vérité sur la dette publique du Parlement grec

Le TTIP et la lutte pour la souveraineté et de la dignité [p. 20]
Amelia Martinez

Parti de la Gauche européenne – transform!Europe [p. 22]
Université d’été 2015

Conférence mondiale 2015 Democracy Rising [p. 28]

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GRÈCE – APRES LES « NÉGOCIATIONS »

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VAROUFAKIS ANALYSE LE DIKTAT IMPOSÉ À LA GRÈCEpar Jean Baptiste Duval – Huffpostmaghreb – le 19 juillet 2015;


« LA BCE A DÉSTABILISE L’ÉCONOMIE POUR SOUMETTRE LA GRÈCE AUX EXIGENCES DES CRÉANCIERS»entretien avec Eric Toussaint CADTM – Rosa Moussaoui – L’Humanité – le 17 juillet 2015;


LA GRÈCE SOUS TUTELLE EUROPÉO-COLONIALE Le Quotidien d’Oran – La chronique du blédard – le 16 juillet 2015;


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GRÈCE: YANIS VAROUFAKIS PUBLIE SA VERSION ANNOTÉE ET CORROSIVE DU NOUVEL ACCORD AVEC LA TROÏKA

Le HuffPost

par Jean-Baptiste Duval

le 16 juillet 2015

L’ex ministre des finances grec Yanis Varoufakis, démis de ses fonctions au lendemain du référendum du 5 juillet, ne s’est pas résigné à prendre une retraite discrète. Au contraire. Après plusieurs interventions musclées et à quelques heures du vote du Parlement sur l’accord du 13 juillet, il a publié une version intégrale du texte, avec ses remarques et annotations corrosives.

Voici ses dix remarques les plus cinglantes à propos de cet accord qu’il a comparé au Traité de Versailles, symbole de l’humiliation de l’Allemagne à l’issue de la Première guerre mondiale, en 1919:

Et aussi: La version intégrale de l’accord annoté par Varoufakis

1. Berlin ne fait confiance qu’au FMI

« Il est attendu d’un État membre de la zone euro demandant l’assistance financière du MES qu’il adresse, lorsque cela est possible, une demande similaire au FMI. Il s’agit d’une condition préalable pour que l’Eurogroupe approuve un nouveau programme du MES. La Grèce demandera donc que le FMI maintienne son soutien (surveillance et financement) à partir de mars 2016. [Berlin croit toujours que la Commission n’est pas fiable pour ‘policer’ les propres plans de sauvetage de l’Europe.]

2. Une totale soumission de la Grèce est exigée

« Compte tenu de la nécessité de rétablir la confiance avec la Grèce, le sommet de la zone euro se félicite que la Grèce ait pris l’engagement de légiférer sans délai sur une première série de mesures. » [la Grèce doit se soumettre elle-même à un waterboarding (technique d’interrogatoire qui simule la noyade, NDLR) fiscal, avant même qu’aucun financement ne soit proposé]

3. La hausse de la TVA, catastrophique et inefficace

« une rationalisation du régime de TVA [pour la rendre plus rétrograde, grâce à une hausse des taux qui encourage la fraude à la TVA] et un élargissement de l’assiette fiscale afin d’accroître les recettes » [infligeant un coup majeur à la seule industrie de croissance grecque – le tourisme]

4. Encore et toujours plus d’austérité

« la pleine mise en œuvre des dispositions pertinentes du traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance au sein de l’Union économique et monétaire, notamment en rendant opérationnel le conseil budgétaire avant la finalisation du protocole d’accord et en introduisant des réductions quasi automatiques des dépenses en cas de dérapages par rapport à des objectifs ambitieux d’excédents primaires, après avoir sollicité l’avis du conseil budgétaire et sous réserve de l’accord préalable des institutions [le gouvernement grec, qui sait que les objectifs fiscaux imposés ne seront jamais atteint avec l’austérité imposée, doit s’engager à plus d’austérité automatique comme résultat des nouveaux échecs de la troïka]

5. Faillites en cascade

« l’adoption du code de procédure civile, qui représente une refonte en profondeur des procédures et modalités propres au système de justice civile et peut accélérer considérablement les procédures judiciaires et réduire les coûts dans ce domaine [faillites, expulsions, et liquidation de milliers de foyers et de commerces qui ne sont plus en position de payer leur emprunt/loyer]

6. Syriza doit être humilié

« Le sommet de la zone euro souligne la nécessité cruciale de rétablir la confiance avec les autorités grecques, condition préalable pour un éventuel futur accord sur un nouveau programme du MES. À cet égard, il est essentiel que la maîtrise du processus revienne aux autorités grecques, et les engagements pris dans ce contexte devraient être suivis d’une mise en œuvre effective. [le gouvernement Syriza doit être humilié au point qu’il lui est demandé de s’imposer à lui-même une rude austérité comme premier pas vers la demande d’un autre prêt de sauvetage toxic, du genre de ceux que Syriza combat, ce pour quoi il est connu internationalement]

7. L’asphyxie tactique des créanciers

« Afin de pouvoir servir de base à la conclusion positive du protocole d’accord, les mesures de réforme présentées par la Grèce doivent être sérieusement renforcées compte tenu de la profonde dégradation de la situation économique et budgétaire du pays au cours de l’année dernière. [le gouvernement Syriza doit accepter le mensonge selon lequel il a, et non l’asphyxie tactique de ses créanciers, causé la profonde détérioration des six derniers mois – la victime doit prendre le blâme à la place du méchant]

8. Les sommes dérisoires des privatisations

« élaborer un programme de privatisation nettement plus étoffé avec une meilleure gouvernance; des actifs grecs de valeur seront transférés dans un fonds indépendant qui monétisera les actifs par des privatisations et d’autres moyens. La monétisation des actifs constituera une source permettant le remboursement programmé du nouveau prêt du MES et générera sur la durée du nouveau prêt un montant total fixé à 50 milliards d’euros, dont 25 milliards d’euros serviront au remboursement de la recapitalisation des banques et d’autres actifs, et 50 % de chaque euro restant (c’est-à-dire 50 % de 25 milliards d’euros) serviront à diminuer le ratio d’endettement,
les autres 50% étant utilisés pour des investissements. [le bien public sera vendu et les sommes dérisoires iront au service d’une dette insoutenable – avec précisément aucun reste pour l’investissement public ou privé]

9. Faire de la Grèce une technocratie inepte

« conformément aux ambitions du gouvernement grec, moderniser et considérablement renforcer l’administration publique grecque, et mettre en place, sous l’égide de la Commission européenne, un programme de renforcement des capacités et de dépolitisation de l’administration publique grecque. [Transformer la Grèce en une zone zéro-démocratie calquée sur Bruxelles, une forme de prétendu gouvernement technocratique, qui est politiquement toxique et macro-économiquement inepte]

10. Une dette insoutenable? Ca alors!

« De sérieux doutes planent sur le caractère soutenable de la dette grecque. [Vraiment? Ca alors!] Cela est dû au relâchement des politiques au cours des douze derniers mois, qui a entraîné la dégradation récente de l’environnement macroéconomique et financier du pays. Le sommet de la zone euro rappelle que les États membres de la zone euro ont, tout au long de ces dernières années, adopté une série impressionnante de mesures pour soutenir la viabilité de la dette de la Grèce, qui ont allégé le service de la dette de la Grèce et sensiblement réduit les coûts. » [ce ne sont pas les plans de ‘sauvetage’ de 2010 et 2012 qui, en conjonction avec une austérité destructrice de PIB, ont fait grimper la dette jusqu’à des hauteurs immenses – c’est la perspective, et la réalité, d’un gouvernement qui a critiqué ces prêts… qui a rendu la dette insoutenable!]

Pour lire l’article en entier et accéder aux photos, aller sur HUFFPOST MAGHREB

Sources:

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Eric Toussaint : « LA BCE A DÉSTABILISE L’ÉCONOMIE POUR SOUMETTRE LA GRÈCE AUX EXIGENCES DES CREANCIERS»

Entretien réalisé par Rosa Moussaoui

le 17 JUILLET, 2015
L’HUMANITÉ

toussaint1707.jpg Éric Toussaint universitaire 
et porte-parole du CADTM –
Photo : DR

Maître de conférences à l’université de Liège, porte-parole du Comité pour l’annulation de la dette du tiers-monde (CADTM), Éric Toussaint est le coordinateur scientifique de la Commission pour la vérité sur la dette grecque.

Athènes, envoyée spéciale.

Avons-nous assisté ces dernières semaines, à Athènes, à un coup d’État financier, comme l’affirment nombreux observateurs, en Grèce et à l’étranger ?

Éric Toussaint Oui et non. Ce qui était décisif ici tenait à des décisions politiques, prises par des instances politiques complices, bien sûr, des intérêts financiers. Ce n’est pas un coup d’État mené directement par la finance, mais par les institutions, la Commission européenne, les chefs d’État et de gouvernement des pays de la zone euro. L’Allemagne n’est pas seule impliquée. Il est clair que l’Espagnol Mariano Rajoy ou le Portugais Pedro Passos Coelho, sans parler des gouvernements finlandais ou letton, dévoués aux politiques néolibérales, tenaient à démontrer à leurs peuples respectifs que l’option présentée aux Grecs et aux peuples d’Europe par Syriza ne pouvait pas fonctionner. Il s’agit donc bien de décisions d’abord politiques. Il est clair que les grandes banques privées, les multinationales voulaient aussi obtenir la démonstration qu’il est impossible de tourner le dos à l’austérité. Mais il faut rappeler que les principaux créanciers de la Grèce sont aujourd’hui des créanciers publics. Les banques ne sont plus aux premières loges, elles l’étaient jusqu’en 2012, avant de se défaire des créances qu’elles détenaient. La restructuration de la dette en 2012 leur a permis de s’en tirer à bon compte. Aujourd’hui, la Commission européenne, la Banque centrale européenne et les États de la zone euro veulent absolument, en dépit de l’échec des politiques économiques imposées à la Grèce, que le pays reste sur les rails du néolibéralisme. Le FMI aussi, bien entendu, qui est aussi une instance politique.

Alexis Tsipras espérait, en contrepartie de sa capitulation sur les politiques d’austérité, obtenir des engagements sur un allégement de la dette. Les créanciers, eux, concèdent tout juste l’ouverture en 2015 d’une discussion sur un éventuel réaménagement de la dette à partir de 2022. Pourquoi cette intransigeance, alors que le FMI lui-même juge désormais la dette insoutenable ?

Éric Toussaint À mon avis, il pourrait y avoir une restructuration de la dette avant 2022. Les créanciers disent « pas avant 2022 » parce qu’ils savent que ce plan ne va pas fonctionner, que le paiement de la dette sera insoutenable. Ils la restructureront, cette dette. Mais en conditionnant cette restructuration à la poursuite de réformes néolibérales. La dette est un moyen de chantage, un instrument de domination. Fondamentalement, dans le cas grec, ce n’est pas tellement la rentabilité qui compte pour les créanciers, même si elle existe. Ce qui les motive, c’est de démontrer à leurs propres peuples et à ceux des autres pays périphériques qu’il n’est pas question de dévier du modèle. 
Pour Hollande, pouvoir dire : « Regardez, même Tsipras, même la gauche radicale ne peut sortir du carcan ! », c’est a posteriori et dans le débat français la justification de sa propre abdication, en 2012, sur la promesse de renégocier le traité européen sur la stabilité budgétaire.

Devant la violence de l’offensive des créanciers, Tsipras avait-il d’autres choix ? L’alternative se résumait-elle à la sortie de l’euro ?

Éric Toussaint Non, je ne le crois pas. Le choix n’est pas entre le Grexit et le maintien dans la zone euro assorti d’un nouveau plan d’austérité, en continuant à payer la dette. Il était possible de rester dans la zone euro en désobéissant aux créanciers par l’invocation du droit. Des violations de droits humains sont en jeu, ici. Il fallait suspendre le paiement de la dette ; prendre le contrôle de la Banque de Grèce dont le gouverneur, nommé par Antonis Samaras, joue contre les intérêts du pays et peut-être, aussi, lancer une monnaie électronique complémentaire qui aurait pu aider à faire face à l’assèchement organisé des liquidités, tout en restant dans la zone euro.

La BCE, instrument du coup d’État, inonde les marchés financiers de liquidités, dopant la machine à spéculer. Peut-on mettre la création monétaire au service de l’économie réelle, des besoins sociaux, du développement humain ?

Éric Toussaint Bien sûr ! Mario Draghi n’est pas « indépendant ». Il est l’interface entre les grandes banques privées et les gouvernements de la zone euro. La BCE a déstabilisé l’économie grecque de façon délibérée, pour soumettre la Grèce à ses exigences et à celle des autres créanciers.

Sources:

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LA GRÈCE SOUS TUTELLE EUROPÉO-COLONIALE

Lignes quotidiennes, par Akram Belkaïd
Blog au fil des jours, quand la chose et l’écriture sont possibles.
le 16 JUILLET 2015

Le Quotidien d’Oran, jeudi 16 juillet 2015
Akram Belkaïd, Paris

Il est à craindre que la date du 13 juillet 2015 demeure dans les annales de l’histoire européenne comme celle d’un jour de honte et d’infamie. Un jour de vérité aussi où l’Union européenne, ou plus encore, l’Union monétaire européenne, sont apparues sous un même et seul visage, celui du diktat néolibéral et de la haine de la démocratie. Car comment qualifier autrement cet accord que le Premier ministre grec Alexis Tsipras a signé avec un Luger Parabellum collé à sa tempe ? Un accord imposé à la Grèce quelques jours à peine après que son peuple a dit non par voie référendaire à l’austérité…

Pour ne pas être exclue de la zone euro et pour bénéficier d’un plan « d’aide » de trois ans, le gouvernement grec s’est vu imposer une longue liste de conditions drastiques. Certaines sont classiques et ressemblent à s’y méprendre aux mesures qui accompagnent habituellement tout plan d’ajustement structurel concocté par le Fonds monétaire international (FMI). Limitation des dépenses publiques, hausse de la TVA, réforme fiscale, allongement de l’âge de la retraite et baisse des pensions : la potion, amère, va continuer de faire des dégâts dans la population grecque mais, de cela, les dirigeants européens, notamment allemands, n’en ont cure.

« Une liste d’horreurs », c’est ainsi que de nombreux médias occidentaux, pourtant peu suspects de sympathie pour les idées de gauche du parti Syriza, ont qualifié l’accord du 13 juillet destiné donc à prévenir un « Grexit », autrement dit une sortie de la Grèce de la zone euro. Une liste d’horreurs et, surtout, une sorte de Traité de Versailles où ce pays a été traité comme s’il venait de capituler et qu’il convenait de le punir de la manière la plus dure qui soit pour qu’il ne recommence plus. Recommencer quoi ? Certains diront que ce sont les errements de la Grèce qui méritent punition, notamment le fait d’avoir vécu au-dessus de ses moyens ou d’avoir maquillé ses chiffres afin d’entrer, puis de rester, dans la zone euro (des dérives réelles mais pour lesquelles le parti Syriza n’est pas responsable).

Mais, en vérité, ce qui est en jeu dans l’affaire c’est de punir un peuple parce qu’il a « mal » voté. D’abord, en portant au pouvoir Syriza en janvier dernier puis en se prononçant majoritairement contre l’austérité prônée par l’axe Berlin-Bruxelles. Le message est clair. Ce qui arrive à la Grèce aujourd’hui est aussi une mise en garde à l’encontre des Italiens, des Espagnols ou des Portugais, des pays où la colère contre les politiques d’austérité ne cessent de monter. Et ce qui a été signifié à Tsipras durant de longues et éprouvantes négociations c’est qu’il est le Premier ministre d’un pays qui n’est plus souverain. Un pays qui devra privatiser pour 50 milliards d’euros d’actifs non pas pour se développer ou se doter d’infrastructures mais pour rembourser ses créanciers et restructurer ses banques. Le quotidien Bild qui réclamait des Grecs qu’ils vendent leurs îles (à des tour-opérateurs allemands ?) peut enfin pavoiser…

Plus grave encore, l’accord prévoit qu’Athènes devra soumettre tout projet de loi relatif à l’économie ou aux finances à ses créanciers avant de le proposer au vote du Parlement (*). Voilà qui permet de mieux nommer les choses. Cela s’appelle une mise sous tutelle ou encore une mise sous protectorat. Cela rappelle l’Egypte ou la Tunisie du dix-neuvième siècle, toutes deux étranglées par la dette avant de perdre leur indépendance. Les temps changent mais les idées réactionnaires perdurent affirmant notamment que certains peuples ne seraient pas dignes d’exercer leur libre-choix. Comment oublier ces articles et ces déclarations racistes – le qualificatif n’est pas trop fort – à l’égard des Grecs tout au long de ces dernières semaines ?

Le pire dans l’affaire, c’est que tout le monde sait que ce plan triennal ne servira à rien. La Grèce est dans une situation économique et financière dramatique – avec notamment une dette de 310 milliards de dollars soit 177% de son Produit intérieur brut – qui va mécaniquement gonfler en raison des intérêts. La solution idéale serait une remise des compteurs à zéro, c’est-à-dire un effacement de la plus grande partie de cette dette combinée à des mesures de relance mais aussi de réformes menées par le gouvernement Tsipras. Ce n’est pas ce qui est envisagé, loin de là, des dirigeants européens comme Wolfgang Schäuble continuant même à plaider pour le Grexit, autrement dit pour que la Grèce soit abandonnée à son sort.

Parmi les enseignements de cette grave crise, on peut aussi relever que l’Union européenne ressemble de plus en plus à une chimère. Ses idéaux de fraternité et de solidarité rabâchés à l’envi ne veulent plus rien dire à l’aune de l’humiliation subie par la Grèce. On relèvera aussi que la France, et c’est devenu une habitude, s’est distinguée par d’inutiles gesticulations dilatoires avant de rentrer dans le rang (à l’image de ce qui s’est passé d’ailleurs durant les négociations sur le dossier du nucléaire iranien). In fine, la vraie conclusion de toute cette tragédie, c’est que le vrai patron de l’Europe et de la zone euro – l’unique patron – c’est l’Allemagne. C’est elle qui décide, impulse et définit les lignes rouges à ne pas franchir. Ce pays qui, en 1953, a bénéficié d’un effacement presque total de sa dette de guerre – y compris celle contractée à l’égard de la Grèce – impose désormais sa loi et sa manière de voir les choses (on relèvera que la gauche allemande n’a guère pris ses distances avec Angela Merkel et Wolfgang Schäuble). Et, en prenant toutes les précautions oratoires qui s’imposent pour prévenir toute accusation de germanophobie, il est impossible de ne pas se dire qu’une Allemagne devenue ivre de sa puissance (économique et politique) est une très mauvaise nouvelle pour l’avenir de l’Europe.

(*) Cette chronique a été rédigée quelques heures avant la décision du Parlement grec d’adopter l’accord du 13 juillet 2015.

Sources:

haut de page


TROIS IDÉES REÇUES SUR LA CRISE GRECQUE

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https://www.youtube.com/watch?v=4RqU_cYxCJk

AttacTVFrance

Ajoutée le 15 juin 2015

Plus d’information :

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  • Grèce : petit guide contre les bobards médiatiques : http://www.audit-citoyen.org/?p=6374
  • Rapport d’audit de la dette grecque : http://www.okeanews.fr/20150617-la-de…
  • 20-27 juin, semaine de mobilisation contre l’austérité et l’injustice sociale : http://www.audit-citoyen.org/?p=6454

Ecrit par Thomas Coutrot et Frédéric Lemaire,
Animé par Philippe Massonnet,
Sonorisé par Bruno Guéraçague,
Raconté et réalisé par Joris Clerté,
Produit par Virginie Giachino / Doncvoilà Productions

DÉBAT JOURNALISTIQUE SUR LES ÉVOLUTIONS POLITIQUES DU MOIS

Khaïma du Café Presse Politique:

l’émission décryptée par son public

(PHOTOS-VIDÉO)

HuffPost Algérie

par Nejma Rondeleux

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Pour sa dernière émission de la saison, le Café presse politique (CPP) – le rendez-vous phare de la webradio Radio M qui décrypte chaque semaine l’actualité avec des journalistes – a ouvert ses portes au public, mercredi 15 juillet.

Une trentaine de personnes, auditeurs assidus, journalistes solidaires, tweetos chevronnés, et même chef d’entreprise en la personne de Slim Othmani, PDG de NCA Rouiba, ont assisté à l’émission qui a débuté vers 22H30, dans les bureaux d’Interface Médias, à Alger, transformés en khaïma pour l’occasion.

Pour ce CPP exceptionnel étaient réunis autour de l’animateur Khaled Drareni, les fidèles Abed Charef, Saïd Djaafer, Ihsane El Kadi mais aussi les journalistes de passage occasionnel comme Adlène Meddi et Akram Kharief de El Watan week-end.

Et, surprise, au milieu de ces voix masculines a résonné la voix familière de Souhila Benali, la présentatrice du CPP, jusqu’à son départ forcé, il y a deux mois.

« Je tiens à remercier tous les gens qui m’ont soutenu au moment où j’ai été menacée de licenciement à la radio », a déclaré la journaliste de la chaîne 3 qui anime le CPP depuis sa naissance au moment des présidentielles d’avril 2012.

« J’ai trouvé une immense solidarité avec des amis nouveaux que je n’ai pas trouvé auprès de ma famille à la radio », a ajouté Souhila Benali qui reprendra les commandes de l’émission à la rentrée en septembre.

LIRE AUSSI: Le Café presse politique (CPP) de Radio M privé du sourire de son animatrice Souhila Benali (VIDÉO)

Des suites des affrontements de Ghardaia au traité avec l’Iran, les huit journalistes ont débattu une heure durant de l’actualité de la semaine, sous l’oreille attentive du public.

« J’ai trouvé le débat vraiment impressionnant », a jugé Andrew Lebovitch, doctorant américain et visiting fellow à l’European Council on Foreign Relations, de passage à Alger. « Il prouve la grande qualité des journalistes en Algérie mais aussi les efforts qu’ils font et continuent à faire pour approfondir un discours sur la politique et la société en Algérie et dans le monde entier ».

Démystification

Venu surtout pour marquer son soutien à ce qu’il estime être une excellente initiative (non seulement le CPP mais aussi Radio M et Maghreb Emergent), Karim, 56 ans, a apprécié la soirée et « l’ambiance conviviale » qui régnait.

« J’ai pu observer que les divergences d’opinions qu’on entend souvent en écoutant l’émission cachent en fait une bonne entente entre les journalistes du CPP « , a souligné ce fidèle auditeur qui apprécie de pouvoir écouter des journalistes informés qui prennent le temps de partager leur appréciation de la situation.

De son côté, Nadia Ghanem, doctorante en langues anciennes qui tient un blog en anglais sur l’Algérie Machaho, a particulièrement aimé le concept de l’émission live ouverte à une audience.

« Dans le contexte algérien, démystifier le coté intouchable, un peu élitiste et inapprochable du journaliste algérien par un face à face avec des algériens lambda est louable et je pense vital, notamment pour démystifier aussi le coté complotiste et vendu de la presse algérienne », a-t-elle estimé.

« Pour la prochaine fois, une interaction avec l’audience en live serait un plus », a-t-elle suggéré pour conclure.

LIRE AUSSI: [Retour sur l’aventure de Radio M, la webradio du CPP
Retrouvez toutes les émissions de Radio M ICI.
->http://www.huffpostmaghreb.com/2015/05/14/radio-m-censure-webradio-_n_7282190.html]

VIOLENCES À GHARDAÏA : ENTRETIEN AVEC ABDERRAHMANE HADJ NACER

Important entretien de Hadj Nacer avec TSA, clarté de l’analyse et sa qualité de lanceur d’alerte patriotique et démocratique, en faveur d’un large rassemblement pour la sauvegarde de la nation et de la sociéété algriennes avant qu’il ne soit trop tard.


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TSA

par Hadjer Guenanfa

le vendredi 10 juillet 2015

Entretiens

a1.jpgAbderrahmane Hadj Nacer, ancien gouverneur de la Banque d’Algérie

« Je ne me sens pas Mozabite dans cette affaire, ni Chaâmbis. Mais je sens qu’il y a véritable danger sur l’Algérie », lance Abderrahmane Hadj Nacer avant de répondre à nos questions. L’ancien gouverneur de la Banque d’Algérie revient, dans cet entretien, sur les violences qui secouent Ghardaïa depuis plus de deux ans.

Que pensez-vous de l’intervention de l’armée dans la crise à Ghardaïa après les derniers affrontements?

Cela veut dire qu’on reconnait officiellement que les institutions ne fonctionnent plus et que les gens n’ont plus confiance dans la police ou la gendarmerie. Il est surprenant tout de même de constater que lorsqu’il y a danger de mort, ces deux corps de sécurité sont systématiquement défaillants dans l’incapacité d’agir parce qu’ils n’ont pas reçu d’ordre d’Alger pour intervenir ou parce qu’ils ne sont pas assez équipés pour intervenir.

Cela pose problème surtout quand on pense aux budgets dépensés par ces deux corps de sécurité pour des équipements qui ne servent qu’à matraquer la population lorsqu’elle manifeste paisiblement. À Guerrara, au plus mauvais moment, la gendarmerie et la police ne pouvaient pas intervenir. Les citoyens algériens les paient pour les protéger et pour les avertir à temps. Ils ne le sont pas.

Ensuite, il faut s’interroger pourquoi veut-on mobiliser l’armée ? La désignation du commandant d’une région militaire pour gérer un problème civil, même s’il y a des armes, veut dire qu’on voudrait tester la capacité de résilience de l’armée. Une armée dont l’unité et sa capacité de résilience sont désormais en jeu. Ce test, peu importe qui est derrière, est fondamental.

Pourquoi est-il fondamental ?

Dans les années 1990, on s’est évertué à casser le FLN. C’est-à-dire à casser le lien politique entre le régime et la population. Dans les années 2000, on a cassé Sonatrach et à travers elle tout le tissu industriel. Il reste le troisième pied sur lequel repose l’Algérie : l’armée.

L’armée peut être en danger en intervenant dans ce conflit?

Je pense que l’armée a échappé au piège qu’était l’intervention à l’extérieur du pays.
L’autre piège est qu’elle soit utilisée dans des guerres picrocholines à l’intérieur. Nous avons une armée nationale populaire qui constitue une force reconnue, une colonne vertébrale puisque elle est l’émanation de toute la population. Tout le monde estime que cette armée lui appartient même si on n’est pas d’accord avec ses chefs. Tout le monde la réclame. Si on mouille l’armée dans des mini-conflits qui se tribalisent, on l’oblige à prendre position d’une certaine façon. Elle ne pourrait pas sortir indemne d’une guerre pour laquelle elle n’est pas faite.

Une armée est faite pour tuer l’ennemi et non pour assurer l’ordre. Souvent, on a bien vu ce qui s’est passé en octobre 1988. On avait tiré des conclusions sur « l’armée tueuse ». On oublie que ce qu’on apprend à un militaire, c’est de tirer sur l’ennemi et à viser juste. L’intervention dans ce genre de conflits est très dangereuse pour l’armée parce que la tribalisation va gangrener l’armée! Alors qu’une armée ne doit appartenir ni à un clan, ni à une caste ou à une tribu. Méditons le cas syrien.

Des visites officielles ont été effectuées et des décisions ont été prises mais la crise continue…

Le problème essentiel est le système d’arbitrage qui a été cassé en 1992. Dans tous les systèmes de gouvernance, il y un arbitrage entre les différents intérêts et intervenants. En Algérie, la disparition de Chadli s’est accompagnée par l’effondrement progressif du système d’arbitrage. L’arbitrage est un rôle dévolu au président de la République ou à un groupe au sein duquel un individu peut jouer le rôle d’arbitre de dernier recours. En l’absence de ce système d’arbitrage et d’un arbitre reconnu par tout le monde, les sous groupes peuvent se multiplier.

Vous avez également des gens qui peuvent s’allier aux empires étrangers ou à ces nouveaux pouvoirs occultes. C’est le début de la trahison même si elle n’est pas perçue comme telle au départ.

Comment expliquez-vous ce qui se passe entre les deux communautés arabe et mozabite à Ghardaïa depuis plus de deux ans?

Peut-être qu’il faut se demander qui fait quoi au M’zab ? Je crois que si on veut éviter une mauvaise compréhension de la situation dans cette région, on ne doit justement pas se restreindre à parler de Mozabites et de Chaâmbas qui peuvent être des victimes expiatoires ou de la chair à canon. Parce que c’est exactement là où on veut nous mener pour contraindre notre expression et notre réflexion dans des limites qui ne nous permettent pas de voir la réalité du problème: c’est-à-dire ce qui se passe réellement et qui a intérêt à quoi.

Est-ce que ce sont les Américains qui manifesteraient leur volonté d’avoir une maîtrise absolue de tout ce qui se passe dans le monde? Les Français qui voudraient montrer leur détermination de tenir en main leur pré-carré? Les Israéliens qui accroissent leur mainmise sur l’Afrique? Est-ce que c’est l’Arabie saoudite qui, à travers le wahhabisme, offre ses capacités d’intervention notamment aux Israéliens? Ou est-ce que ce sont des manipulations de segments mafieux du pouvoir algérien qui manifestent aussi leurs capacités à rompre ou perturber les nouveaux équilibres en gestation s’ils ne sont pas pris en considération? Est-ce que finalement ce n’est pas aussi les soubresauts d’un système qui a totalement échoué?

Quelle hypothèse vous semble la plus plausible ?

Je considère que les Israéliens, les Français, les Américains et les Saoudiens ont tous des légitimités à intervenir en Algérie parce qu’ils ont des intérêts. Cela ne veut pas dire que je leur reconnais le droit ! Le problème se pose en ce qui concerne nos services de sécurité. Ces services sont par définition là pour anticiper ce qui risque d’arriver à l’intérieur ou à l’extérieur d’un pays pour qu’on puisse intervenir à temps. Si nous ne sommes pas intervenus à temps, c’est que quelque part il y a des intervenants qui ont un agenda antipatriotique. Je ne sais pas lesquels. Je n’ai pas les capacités de vous dire si ce sont juste des gens qui ont été achetés ou est-ce que c’est une logique plus fondamentale. En fait, il y a une logique plus stupide liée à la volonté de sauvegarder le statut quo, de protéger des intérêts, de maintenir cet algorithme entre les intérêts nationaux et internationaux qui peut conduire à des sujétions qui sont de l’ordre de la trahison.

C’est-à-dire qu’on peut aller vers les déshydratas de tel ou tel intervenant étranger pour être adoubé et être considéré comme étant l’équipe qui les a aidés et qui doit donc gérer le pays pour les 15 ou 20 ou 30 prochaines années. La question: est-ce que les acteurs locaux travaillent avec ou contre eux? Là on rentre dans un périmètre très complexe. Je pense qu’il y a des intérêts convergents.

Pourquoi le choix de Ghardaïa ?

Si on prend l’Arabie saoudite, on sait qu’elle s’est fait doubler dans le Golfe par Oman (dont la population est en majorité ibadite) qui a facilité les discussions entre les États-Unis et l’Iran. On sait également qu’il y a régulièrement un appel contre les Ibadites à la Mecque.

Vous avez la France qui n’a jamais supporté de n’avoir pas récupéré son «Sahara». Et ici localement, on peut considérer que le M’zab est la meilleure région pour une mise en scène entre Daech d’un côté et des « Khawaridj » de l’autre. On a l’expérience des manipulations qui peuvent mal tourner comme octobre 1988 qui a failli emporter le système. Maintenant, on va vers des territoires beaucoup plus étroits et petits et qui ne parlent pas autant aux gens du Nord qui continuent à considérer le Sud comme n’étant pas véritablement une partie de l’Algérie. Sauf qu’on est à l’ère d’Internet. On est plus à l’ère où on peut tuer sans témoignages.

Vous croyez qu’il y a complot ?

On ne doit exclure aucune hypothèse ! On ne distribue pas les armes spontanément et naturellement par exemple. Il est clair qu’il y a la main de l’homme, qu’il y a un minimum d’ingénierie. Et on ne va pas nous empêcher de penser. Quand il y a complot, il faut le dire!

Je vous rappelle que ce qui s’est passé avant-hier a failli se réaliser il y a quelques mois. Sauf qu’il y a eu une erreur de casting et un problème d’organisation. Trois jeunes « arabes » avaient été tués et on avait propagé une rumeur disant que des Mozabites allaient violer les femmes dans les quartiers arabes. Le scénario ne pouvait pas tenir la route parce que les Mozabites ne rentraient pas dans ces quartiers et ne pouvaient pas tuer à bout portant. Cela n’a pas marché. Les Ghardaouis se sont alors interrogés sur qui fait quoi.

Voilà pourquoi il ne faut plus parler de Mozabites et de Chaâmbas. Il faut parler des populations de cette région qui, dans le fond, sont solidaires parce qu’ils subissent les mêmes pressions. Ils parlent tous de professionnels encagoulés qui tantôt tuent dans une direction et tantôt dans une autre.

Si ces professionnels sont des étrangers, à quoi servent les services de sécurité ? Si ce sont des Nationaux, ils jouent à quoi ? Pour l’instant, je n’ai pas les moyens de savoir qui fait quoi ?

Ghardaïa est devenue un laboratoire, selon vous ?

Oui, je considère que c’est un laboratoire. Et ce qui est grave, ce n’est pas tant que des étrangers veuillent faire de mon pays un laboratoire mais qu’on participe avec eux.

Comment se fait-il qu’on arrête quelqu’un pour une vidéo et qu’on n’arrive pas à arrêter des assassins ou des gens qui appellent au meurtre. Comment arrive-t-on à savoir qui a filmé qui et quoi? Et on n’arrive pas à savoir qui a tué qui? Je n’ai pas de réponse.

Vous parlez de complicité des services de sécurité ?

Je ne peux pas aller avec vous dans ce sens. Si j’avais les éléments pour être aussi affirmatif, je le serai! J’ai parlé de segments du pouvoir. On ne va pas accuser le DRS, la police, les renseignements généraux ou la gendarmerie.

Dans tous les pays, vous pouvez avoir des sous-structures inconnues qui ont une autonomie totale parce qu’ils ont leurs propres intérêts. Même s’il ne s’agit que de trois ou quatre brebis galeuses qui ont constitué un groupuscule pour peser sur les nouveaux équilibres algériens, le rôle des instruments légaux de contrôle et de sécurité consiste à lutter contre ces gens et ces déviations.

Sommes-nous passés à une nouvelle étape dans le conflit avec l’utilisation des armes à feu?

Si on a fait l’effort de distribuer des armes de chasse plutôt que des armes de guerre, c’est justement pour dire: on peut aller loin. Cela dit, je ne sais pas qui parle à qui.

Il n’y a pas eu que des armes de chasse selon certains témoignages…

Oui, bien sûr. Il ne faut pas oublier qu’il y a eu beaucoup de distribution d’armes dans les années 1990. Mais ce ne sont pas ces armes qui ont été utilisées. Il y a beaucoup de distributeurs d’armes de chasse. Ces wahhabites qui viennent chasser l’outarde dans le Sud algérien ne repartent pas avec le matériel qu’ils ramènent en Algérie. Tout ça peut circuler. Et si ce n’est pas des armes de guerre mais des armes de chasse, c’est bien la preuve qu’il y a manipulation. C’est-à-dire que nous sommes encore à un stade où on montre qu’on peut aller plus loin.

Est-ce que la crise à Ghardaïa s’inscrit dans le cadre de la lutte pour la succession de Bouteflika et donc la préparation de l’après-Bouteflika?

L’histoire de l’Algérie s’est construite d’abord sur une légitimité d’hommes (l’émir Abdelkader et Messali Hadj par exemple). La légitimité du groupe est venue avec la Guerre de libération. Maintenant, on peut considérer que les événements du M’zab sont une énième tentative de refus du passage à la troisième phase de notre histoire : la légitimation populaire. On a eu un ratage en octobre 1988. On aurait pu terminer sur un certain succès dans les années 1990 et on aurait accepté tout ce qui s’est passé auparavant parce que ce sont des expériences nécessaires. Maintenant, nous n’allons retenir que le négatif. C’est dommage car, cet échec ne permet pas aux jeunes, qui vont prendre le pouvoir demain je ne sais comment, de se construire positivement. C’est dommage parce que la Guerre de libération nous a construit . Il faut reprendre le dialogue de façon tranquille, s’asseoir tous ensemble et discuter de la façon avec laquelle on peut organiser le pays pour les prochaines années. On ne pourra pas aller à l’encontre de la légitimité populaire sauf à se soumettre au diktat d’un autre pays.

Les conflits entre les deux communautés arabe et mozabite ne datent pas d’aujoud’hui, mais des années 1960. Est-ce un problème de terrains et de pouvoir local?

Les problèmes issus des anciennes tribus existent partout en Algérie et cela est normal. Ce sont des problèmes de territoires et de pouvoir. Par contre, les choses ont beaucoup changé sur le plan anthropologique (au Sud). Dans la hiérarchie anthropologique pré-coloniale du Grand Sud, vous avez en haut les Zénètes ibadites, les Chaâmbas en deuxième position, puis les harratines . Ce mille-feuilles s’est totalement bouleversé. Une bonne partie des Zénètes ont refusé de voir que le monde changeait alors que les harratines ont su tirer profit des bouleversements de pouvoir. Dans tous les pays du monde, le rôle de l’État est de gommer ces aspérités et d’aider ceux qui ont raté des marches. En Algérie, tous ces bouleversements, dans le Sud anthropologique comme sociologique, sont très mal perçus par les dirigeants algériens car à l’école, on n’étudie pas l’anthropologie. Et donc à force de nier l’existence de différenciation régionale et linguistique, plus personne n’étudie réellement la consistance sociologique et anthropologique en Algérie.

Quelle est la particularité du M’zab au Sud ?

Chez les Mozabites et les Touareg, il y a des institutions séculaires qui ont permis à des groupes d’exister en tant que tels, d’absorber le changement, de le refuser ou de ne pas comprendre le changement. C’est ce qui les rend visibles et fragiles par rapport aux manipulations. Ces institutions leurs permettent aussi de rester solides. Ce qui n’est pas le cas des autres groupes de la population qui, elles, ont été tellement déstabilisés et qui n’ont plus de repères. Quand vous allez au M’zab et quand vous passez d’un quartier à un autre, vous avez l’impression de changer de pays. Non pas à cause de différences de coutumes ou de vêtements mais par rapport aux comportements.

Quelle solution peut-on apporter à cette crise selon vous ?

Il faut certainement éviter les fausses solutions de distribution d’argent sans contrepartie, de distribution de terrains pour favoriser des mouvements de population déstabilisants. Rappelons-nous que des «repentis» ont été installés à Ghardaïa avec énormément de moyens au détriment des locaux. Leurs quartiers abritent deux mosquées takfiristes qui appellent ouvertement au meurtre sans être pour autant inquiétés. Les Ghardaouis ont besoin de croire en leurs dirigeants et cela passe par la ré-légitimation du pouvoir et la reconstruction de l’État.

Que pensez-vous de l’installation d’une commission d’enquête indépendante revendiquée par une partie de l’opposition?

Il est triste de devoir passer par une commission d’enquête indépendante et impartiale. C’est bien la preuve de la perte de légitimité de toutes les institutions, dont la justice. Dans le même moment, cela peut être nécessaire pour ramener la confiance entre les Ghardaouis.

Sources TSA


GRÈCE – VILLEPIN: «NOTRE DEVOIR POUR L’EUROPE»

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«NOTRE DEVOIR POUR L’EUROPE»

par Dominique de Villepin,

Premier ministre,

le 7 juillet 2015

repris par Saoudi Abdelaziz

blog algerieinfos

le 8 Juillet 2015

Merkel-Hollande : « méchant flic, gentil flic »
« Il est nécessaire que la Grèce reprenne son destin en main et c’est pourquoi le référendum de dimanche dernier était une bonne nouvelle et d’une certaine manière un geste gaullien ».

EXTRAIT

(…) L’histoire récente de la Grèce, c’est l’histoire de la plus grande punition d’un pays en temps de paix.
Il n’y a guère d’exemple d’un pays développé subissant, sans guerre, une telle chute de son revenu -25% depuis 2009.

Un chômage des jeunes de 60%, c’est à dire une génération sacrifiée.

Peut-on imaginer la rancœur qui s’installe pour des décennies dans ce pays, cultivant le ressentiment et le sentiment d’être victime de l’histoire ?

La morale de l’histoire grecque, c’est bien : « Selon que vous serez puissant ou misérable, Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir. »

Les grands pays ne payent pas les dettes quand elles sont écrasantes. Les Allemands en premier – ni en 1919, ni en 1945 puisque les dettes ont été remises en 1953. Et la France n’a cessé de dissoudre ses dettes par la planche à billets du temps du franc. Nous ne sommes pas les mieux placés pour donner des leçons à la Grèce, y compris dans notre histoire récente.

En somme c’est un pays qui ressemble davantage aux pays du Moyen-Orient qu’à ceux d’Europe du Nord, qui peine à surmonter son passé et à s’affranchir de sa dépendance aux capitaux étrangers. C’est un pays que nous punissons de ne pas être à la hauteur de nos rêves. C’est la vengeance de Lord Byron, des philhellènes déçus et des belles âmes romantiques. Et c’est d’ailleurs la même déception de notre orientalisme de pacotille qui nous rend incapable de voir les pays arabes tels qu’ils sont et nous plonge dans une spirale d’interventions militaires.

L’erreur de l’Europe c’est de croire qu’on change des peuples par des directives européennes. Nous, Français, nous devrions comprendre ce que c’est de faire face à ses démons.

C’est aux Grecs de prendre en main leur destin. Et c’est aux Européens de les aider :

Parce qu’on ne change pas de voisins. Un continent, ça ne déménage pas.

Parce qu’une Grèce forte est importante pour le rôle de l’Europe en Méditerranée. Une Grèce nationaliste et humiliée c’est la garantie de tensions avec une Turquie qui, elle-même, est en proie au doute. C’est le conflit chypriote qui se pérennise. C’est une immigration plus difficile encore à maîtriser.

Parce que punir les Grecs, c’est donner le signe de la mise au pas de toute l’Europe. Et qui décidera à quoi doit ressembler un bon Européen ?

Avons-nous « sauvé » une Grèce ingrate en la renflouant depuis 2010 ? Trois fois non.

D’abord nous avons substitué des créances publiques à des créances privées pour sauver nos banques, les banques françaises et allemandes essentiellement, exposées à la dette grecque. Et nous avons eu raison de le faire, pour éviter une nouvelle crise économique.

Ensuite nous avons imposé des réformes à contre-temps qui ont cassé l’économie grecque, au point de la rendre incapable de rembourser les 317 milliards de dettes accumulées.

Un exemple : on demande à grands cris la fin des préretraites – c’est légitime sans doute, mais cela n’a aucun sens dans un pays avec 26% de chômage où le seul effet de la réforme serait de mettre au chômage des préretraités et donc de réduire leurs pensions.

Enfin nous avons volontairement refusé de la sauver complètement, pour maintenir la pression, parce que nous n’avions aucune confiance dans leurs gouvernants. Résultat : une crise qui pouvait se régler presque sans coûts en 2010 promet aujourd’hui une perte sèche – rien que pour la France – d’un tiers à la totalité des 42 milliards d’euros que la Grèce doit, directement ou indirectement, à la France.

Alors que faire ? En finir avec la morale et faire enfin de la politique – en Grèce comme en Europe.

La clé en Grèce c’est l’investissement. Il y a des propositions sur la table. Pourquoi ne pas coupler le remboursement des créances à des investissements en Grèce, à travers les banques de développement européennes et grecque ? Chaque euro remboursé dans les cinq prochaines années serait réinvesti en Grèce. On créerait ainsi un cercle vertueux de relance économique sans un sou payé par les contribuables européens, puisque les sommes seraient à terme remboursées.

Il est urgent de rappeler que l’avenir de la Grèce est dans l’Union européenne et dans la zone euro. Le coût d’une sortie de l’euro serait économiquement effarant pour une Grèce qui importe tout ce qu’elle consomme et serait politiquement calamiteux pour une zone euro qui reviendrait trente ans en arrière au Serpent Monétaire Européen, ni assez souple, ni assez rigide et conduisant à la concurrence de tous contre tous par la désinflation compétitive. Il est temps d’avoir une gouvernance économique de la zone euro avec un budget propre et une représentation parlementaire spécifique, visant à l’harmonisation fiscale et sociale graduelle.

Il est urgent également que le FMI sorte de la gestion de la crise grecque pour européaniser la gestion de la crise.

Il est nécessaire que la Grèce reprenne son destin en main et c’est pourquoi le référendum de dimanche dernier était une bonne nouvelle et d’une certaine manière un geste gaullien. On peut espérer que ce soit un point de départ de la démocratie grecque davantage qu’un point final à la crise grecque.

Il est essentiel, enfin, de trouver un tiers de confiance entre la Grèce et l’Allemagne, qui ne sont plus en mesure de se parler sereinement. Ce devrait être le rôle de la France, mais notre gouvernement n’a cessé de tenir un double langage qui nous a disqualifiés, dans un jeu de rôle « méchant flic, gentil flic » totalement inefficace. Le sommet européen aujourd’hui doit aboutir à des gestes forts autant qu’à des décisions, par exemple un voyage commun de François Hollande et Angela Merkel à Athènes.

Gageons que le général de Gaulle y serait allé et, à la fin de son discours place Syntagma, aurait levé les bras au ciel en s’exclamant « Vive la Grèce ! ».

Source : Mediapart

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