Montréal – samedi 8 juin 2013 : LANCEMENT DU LIVRE – CD « COMPTINES KABYLES ANCIENNES »

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Comptines kabyles anciennes

Tuɣac n zik i yimeẓyanen

Par l’Académie de Musique Kabylia

Éditions dialogue Nord-Sud

Les éditions Dialogue Nord-Sud sont heureuses d’annoncer la parution du livre-CD «Comptines kabyles anciennes» de l’Académie de Musique Kabylia.

Le lancement aura lieu

le samedi 8 juin

de 14h00 à 18h00

à la SSJB de Montréal

sise au 82 rue Sherbrooke

(métro Sherbrooke).

Au programme :

vente-dédicaces, couscous et apéro offerts.

Venez avec vos enfants !


http://www.youtube.com/watch?v=Xwt3wswAZ_M


Introduction de Karim Akouche:

Il est des chants, authentiques et puissants, qui saisissent aux tripes le commun des mortels, aussi bien l’initié que le profane, et le renvoient, dès les premières notes, à la terre natale, aux odeurs du passé, à l’enfance, au pays de l’insouciance.

Je suis envahi d’une avalanche d’émotions en écoutant les comptines que contient ce livre-CD. Elles ont été glanées du terroir kabyle; quelques-unes proviennent du livre d’Adolphe Hanoteau, “Poésies populaires de la Kabylie du Jurjura”. On y découvre l’âme des montagnards, la maman berçant son bébé, les gavroches jouant dans des ruelles étroites, les premières lueurs du jour émerveillant le berger, l’hiver rude couvrant les masures de neige, les hirondelles ivres disputant le ciel aux rapaces, les fillettes aux nattes fleuronnées célébrant le printemps et même des jeunes femmes raillant les hommes expatriés en France.

Ces comptines sont un miracle de culture; elles égaieront les parents et berceront les enfants. Ceux qui savent en apprécier la quintessence y saisiront la mémoire plurimillénaire d’un peuple singulier. Grâce aux artistes de l’Académie de Musique Kabylia (Smaïl Hami, Mourad Itim, Yassine Aissa El Bey et Fatiha Hami), soucieux non seulement de défendre leur identité, mais également de la défolkloriser, ces vieilles comptines sont désormais sauvées de l’oubli.

Un conseil, ne vous contentez pas de tendre l’oreille: ces comptines, imprégnées de magie, s’écoutent surtout avec le cœur.

Extrait :

Tafukt

Effeγ-d nekker-d a tafukt

Ad am-neqqen taγifuft

Ad am-nekrez taεerqubt

Taεerqubt n yedγaγen

S tyuga n iγerdayen

Ô soleil montre-toi

Nous sommes déjà levés

Nous te mettrons un bonnet usé

Nous te labourerons une parcelle de terre

Un petit champ caillouteux

Avec une paire de souris


L’APPORT DE IDIR AIT AMRANE À LA CAUSE NATIONALE

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DES IDENTITÉS LINGUISTIQUES

À LA CONSTRUCTION NATIONALE

L’œuvre créatrice et pédagogique de Yidir Aït Amrane


TEXTE DE SADEK HADJERES À L’ANNONCE DU DÉCÈS DE YIDIR AÏT AMRANE 2004.


« Ekker a mmis oumazigh » – janvier 1945.


LIVRES – ARTICLES – LIENS SUR LE WEB.


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TEXTE DE SADEK HADJERES À L’ANNONCE DU DÉCÈS DE YIDIR AÏT AMRANE

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extrait

novembre 2004

Alger 1948, ex-rue d’Isly (Ben Mehidi), au niveau de la place ex- Bugeaud (aujourd’hui Emir:Abdelkader):

MOHAND U YIDIR AIT AMRANE et SADEK HADJERES, venant du foyer de l’AEMAN (place de la Lyre), se dirigeant vers la Bibliothèque universitaire (ex rue Michelet, aujourd’hui Didouche) à la recherche de documentation sur l’Histoire de l’Afrique du Nord
.

…/…

Je viens d’apprendre la disparition de Idir Aït-Amrane. Depuis près de soixante ans d’une amitié ininterrompue, rehaussée par son affable simplicité, nous avons continué, après les épisodes intenses de la fin des années quarante et dans les rares intervalles légaux de ma vie militante, à échanger nos opinions sur les questions linguistiques. Invariablement, il terminait ses lettres par la formule: «Seg oul zeddigen am aman» (D’un cœur aussi clair et pur que de l’eau).

Ses qualités de cœur n’avaient effectivement d’égale que son ouverture d’esprit, son abnégation patriotique et ses compétences linguistiques. Je voudrais illustrer pourquoi c’est pour moi aujourd’hui comme si une étoile venait de s’éteindre dans le ciel de l’amazighité culturelle. Comme les étoiles lointaines qui ont cessé d’exister mais dont la lumière nous parvient encore, son œuvre et son apport à la fondation d’un édifice national viable continueront d’éclairer notre route vers l’épanouissement culturel dans son enracinement de civilisation et de culture pluriel.

Notre amitié et notre engagement commun remontent à Octobre 1944, quand, jeunes lycéens des deux années terminales, nous étions venus au lycée de Ben Aknoun réouvert, lui de Tiaret, moi de Larbâa (Mitidja) avec d’autres originaires de tous les coins de l’Algérie centrale, surtout de Kabylie, chacun porteur de représentations culturelles et identitaires liées à son itinéraire familial et social, que nous mettions en commun de façon assez heureuse dans le creuset chaleureux du bouillonnement patriotique qui avait suivi le débarquement anglo-américain de 1942. Après le tournant de Stalingrad, la deuxième guerre mondiale entrait dans sa phase finale, elle portait pour nous des effluves d’espoir et de liberté des peuples.

Je me souviens alors comment, à la pause d’après midi d’ une grise journée hivernale de début 1945, dans un préau du lycée balayé par un vent glacial, il nous chanta le refrain et l’ébauche des premiers couplets de ce qui allait devenir l’hymne «Ekker a miss en Mazigh», qui allait désormais accompagner pour nous le fulgurant «Min Djibalina» en arabe, son frère jumeau complémentaire et inséparable.

Il venait de le composer, après une longue maturation, en griffonnant le texte (qu’il a conservé avec toutes ses ratures) pendant un cours de maths, matière dans laquelle il excellait.

Les paroles aussi bien que l’air nous ont aussitôt électrisés, tant elles répondaient dans la ferveur de l’époque à la fois à une culture orale venue du fond des âges, exprimée en une langue simple qui nous était charnelle, et aux sentiments patriotiques algériens qui nous habitaient.

Il y avait notamment là autour de lui Laïmèche Ali, qui allait à 19 ans trouver la mort dix huit mois plus tard au début d’août 1946 en ayant contracté une typhoïde dans le maquis qu’il avait gagné dès ce moment.

Il y avait Ammar Ould Hammouda, un des futurs et premiers responsables de l’OS qui trouvera la mort (en fin 1956 ou début 1957?) victime des odieuses «épurations» qui ont assombri l’histoire de la wilaya III.

Il y avait aussi Omar Oussedik, un des futurs officiers de la wilaya IV qui sera aussi un membre du GPRA pendant la guerre puis un des responsables de la zone autonome d’Alger après le cessez le feu, Yahia Henine alors maître d’internat et un des futurs rédacteurs de la brochure «l’Algérie libre vivra» et enfin, encore vivant, Hocine Aït Ahmed dont il n’est nul besoin de rappeler l’itinéraire.

C’était là le noyau de la cellule du PPA du lycée, qui comprenait environ une vingtaine à une trentaine de membres, une cellule au dynamisme certain sur le plan des activités et des débats, sous l’impulsion et le suivi de Abdallah Filali d’abord puis du regretté Bennaï Ouali à qui la direction du PPA avait confié cette tâche en même temps que la direction du district de Haute Kabylie.

L’un et l’autre de ces deux derniers périront eux aussi au cours de la guerre d’indépendance, victimes du gâchis et des aberrations inspirées, comme l’a admirablement dépeint une chanson de Lounis Aït Manguellat, par le monstre que portent en eux autant les révolutions que les individus quand il ne sont pas capables de maîtriser ces dérives.

L’hymne s’est aussitôt répandu comme une traînée de poudre, non seulement dans les monts de Kabylie, mais aussi dans la capitale et les villes principales du pays, porté en particulier par le véhicule et l’instrument performant de l’éveil national que fut le mouvement de jeunesse des SMA (Scouts Musulmans Algériens). Rares étaient les circoncisions, les mariages, les fêtes annuelles d’associations ou les «sahrat» en des occasions diverses où cet hymne ne côtoyait pas son équivalent arabophone «min djibalina» qui lui aussi se distinguait par une langue dépouillée qui allait droit au cœur.

Une chose m’a frappé par sa signification de convergence profonde dans cette première moitié des années quarante. Je me souviens qu’à Larbâa des Beni Ouacif ou encore à Larbâa nath Irathen , les jeunes nationalistes de Kabylie chantaient avec grande ferveur des chants patriotiques en arabe, y compris classique dont ils ne comprenaient pas la plupart des paroles. Cependant qu’à Larbâa Beni Moussa, localité arabophone à 95 pour cent, les gosiers arabophones des jeunes scouts faisaient découvrir en kabyle à la population, sinon le sens des paroles (appréhendé seulement globalement, à partir de mots clefs comme Ifriqiya, Messali etc), du moins l’existence d’une langue et de compatriotes qui brûlaient du même amour de l’indépendance et de la même haine contre l’oppression coloniale.

Je fus frappé comment les deux cheikhs (de la medersa et du lieu de prières) de Nadi-l-Islah ne virent aucun « péché » dans cette démonstration de la diversité culturelle nationale, qui se renouvela d’ailleurs sans problème pour d’autres chants dont «Dhi Jerjer», encore plus difficiles et pour lesquels les gosiers inhabitués avaient commencé à prendre goût.

Que dire alors de la population, des gens simples et honnêtes pour qui tout cela allait de soi dans ce tourbillon nouveau d’idées et de représentations, dont la mutation des modes vestimentaires venait d’être un élément spectaculaire après le débarquement américain et l’inondation des souks par les tenues bradées au marché noir par les GI à une jeunesse dont les frusques tombaient de plus en plus en haillons?

La majorité des patriotes sincères voyaient du bien dans une forme d’expression, une arme de plus (s’ajoutant au «butin de guerre» francophone largement utilisé dans maintes activités) qui permettait de faire connaître en tamazight, jusqu’aux grand mères et aux fellahs et leurs enfants jamais sortis de leur terroir, les mots magiques de l’indépendance, la fierté du projet de liberté pour l’Ifriqiya (appellation fréquente à l’époque des trois pays d’Afrique du Nord aujourd’hui désignés comme Maghreb) et les défis lancés par les leaders charismatiques Allal El Fassi, Messali et Bourguiba.

Quant aux couches de lettrés honnêtes, que pouvaient ils reprocher, bien au contraire, à la façon dont l’hymne glorifiait la patrie à travers Mazigh, l’ancêtre mythique, en faisant de la Kahina le trait d’union positif entre deux époques de notre histoire?

Deux époques que les colonisateurs faisaient tout pour opposer entre elles afin de justifier «l’arbitrage civilisateur» d’une « latinité » portée par les armes et la domination économique. Un couplet de l’hymne de Aït Amrane soulignait:

«Il Kahina Ichaouihen, Thin isseddan irgazen, Inas eddin idh agh dedjidh, Nennough fellas akken dennidh».

Il n’y avait pas meilleure façon d’exprimer, d’unir et de valoriser ce double héritage qu’a été pour nous l’amour de la liberté et l’attachement à ce que nos ancêtres et notre peuple ont créé de meilleur dans le champ de la civilisation islamique. Il n’y avait pas de façon plus saisissante d’exprimer cette exigence de synthèse dont notre histoire et notre société contemporaines ont le plus grand besoin, que de s’adresser avec Aït-Amrane, à chaque jeune de notre pays:

«Va dire à la Kahina des Aurès, Celle qui a dirigé et conduit des hommes, La religion (ou aussi la dette) que tu nous as laissée, Nous avons combattu pour elle comme tu nous l’as recommandé».

Qu’est devenu ce message à partir des années 40? Comment Aït Amrane, ses frères ou camarades de lutte et d’espoir ont-ils affronté les tempêtes qui ont cherché à brouiller ce message? C’est ce que je m’efforcerai d’illustrer ultérieurement.

…/…

Sadek Hadjerès

novembre 2004

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« Ekker a mmis oumazigh »

Lycée de Ben Aknoun

janvier 1945

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Kker a mmis umazigh

Itij nnegh yuli-d

Atas aya g ur t zrigh

A gma nnuba nnegh tezzi-d.

Azzel in-as i Massinisa:

Tamurt-is tukwi-d ass-a,

Win ur nebgh ad iqeddem,

Argaz ssegnegh yif izem.

In-as, in-as i Yugurta:

Araw-is ur t ttun ara,

ttar ines da t-id rren,

Ism-ls a t-id skeflen.

.

I Lkahina icawiyen

Atin is ddam irgazen

In-as ddin i gh-d ydja

Di laâmer ur ten tett ara

S umeslay nnegh an-nili

Azekka ad yif idali,

Tamazight ad tegm ad ternu

D-tagjdit bb wer nteddu.

Seg duran id tekka tighri,

S amennugh nedba tikli

Tura ulac, ulac akukru

An-nerrez wal’an-neknu.

Ledzayer tamurt âzizen

Fell am an-efk idammen

Igenni-m yeffegh it usigna

Tafat im d-lhurriya.

Igider n tiggureg yufgen

Siwd azul i watmaten

Si Terga Zeggwaghen ar Siwa

D-asif idammen a tarwa.

Aït Amrane Mohand Idir (23 janvier 1945)

______________

Paroles de l’hymne national Amazigh

Debout fils d’Amazigh!

Composé par Mohand u yidir Aït Amrane à l’àge de 24 ans en 1948 au
lycée de Ben Aknoun (Alger)

Debout fils d’Amazigh !

Notre soleil s’est levé,

Il y a longtemps que que je ne l’avais vu,

Frère, notre tour est arrivé.

Cours dire à Massinissa :

Que son pays est aujourd’hui réveillé,

Quant à celui qui ne veut pas avancer,

(Qu’il sache) Qu’un seul de nous vaut plus qu’un lion.

Dis, dis à Yugurtha :

Que ses enfants ne l’ont pas oublié,

Qu’ils le vengeront,

Qu’ils déterreront son nom.

À la Kahina des Chaouis

Qui a guidé les hommes,

Dis (lui): « le pacte qu’elle nous a laissé,

Jamais nous ne l’oublierons ».

Nous vivrons avec notre langue,

Demain sera meilleur qu’hier,

Le berbère croîtra et prospérera,

C’est le pilier du progrès.

Des monts est venu l’appel,

Nous sommes partis pour le combat.

Maintenant, maintenant plus d’hésitation,

Nous briserons mais nous ne plierons pas.

Algérie bien aimée,

Pour toi, nous verserons notre sang,

Ton ciel s’est éclairé,

au soleil de la liberté.

Ô faucon qui vole en liberté,

Salue bien nos frères.

De Rio de Oro à Siwa,

Enfants, le même sang nous unit.

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ÉCRITS – LIVRES DE YIDIR AIT AMRANE

  • « Ekker a mmis oumazigh » – écrit en janvier 1945

    Paroles de l’hymne national Amazigh Debout fils d’Amazigh! Composé par Mohand u yidir Aït Amrane à l’àge de 24 ans en 1948 au lycée de Ben Aknoun (Alger)
  • “Mémoire. Au lycée de Ben Aknoun 1945” – Ait Amrane Idir – Alger, Compte d’auteur, 1992, 127 p. Souvenirs.
  • “Ekkr a mmis oumazigh – Mémoire – Au Lycée de Ben-Aknoun 1945”AIT-AMRANE (Mohammed, Idir)

    – traduction en kabyle – octobre 2011 – HCA: [[LE LIVRE DE IDIR AÏT AMRANE TRADUIT EN TAMAZIGHT

    Le Haut Commissariat à l’amazighité vient d’éditer la traduction du livre de Mohand Idir Aït Amrane, Kker a mmi-s umazigh, mémoires du lycée de Ben Aknoun, 1945. Pour rappel, le défunt Idir Aït Amrane a été nommé haut commissaire du HCA juste après la création de celui-ci en 1995 et ce, jusqu’à son décès le 31 octobre 2004.

    Le livre écrit initialement par Aït Amrane en langue française, a fait l’objet de plusieurs rééditions avant épuisement.

    À la veille de la commémoration du 7e anniversaire de son décès, le HCA a pris cette initiative en confiant les travaux de traduction à Mohand Oubelkacem Kheddam. Le livre revient sur les première prises de conscience en Algérie par rapport à l’identité amazighe et permet au lecteur de revenir sur le trace des précurseurs du combat identitaire à l’image de Laïmèche Ali, Bennaï Ouali, Aich, Mohand saïd, Ould Brahim Saïd, Amar Ould Hamouda…

    L’ouvrage est disponible gratuitement au niveau du siège du HCA ex-rue Debussy Alger.

http://www.orientespace.com/le-livre-de-idir-ait-amrane-traduit-en-tamazight

http://www.lexpressiondz.com/culture/140662-le-livre-de-idir-ait-amrane-traduit-en-tamazight.html]]

  • “Inachid oumennough : chansons de combats 1945- 1951, l’éveil de conscience identitaire” – AIT Amrane Mohand Idir, , tiré sur les presse de l’ENAP, (sd).
  • “Langue berbere moderne” – Auteur M. Idir Aït Amrane Éditeur En.A.P., 1990 Longueur 61 pages;

    “Ils amazigh atrar – La langue berbère moderne” – AIT-AMRANE (Mohammed, Idir) -1992.

PARMI LES NOMBREUX LIENS SUR LE WEB

http://hcamazighite.org/index.php?p=4_6

www.centrederechercheberbere…

www.limag.refer.org/

www.limag.refer.org/Volumes/…

www.ummto.dz/IMG/pdf/approch…

fr.wikisource.org/wiki/Debou…

www.amazighworld.org/culture…

Aït Amrane Mohand ou Idir Aït Amrane – 1923 – 12 novembre 2004 – harder 48 blog – 19 septembre 2007 … umanugh (chants patriotiques), Tajarumt n’tmazight (grammaire berbère)…

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OUIZA BACHA SERA ENTERRÉE À ALGER LE 9 MAI 2013

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Pour Ouiza BACHA

décédée à Marseille le 06 mai 2013

enterrement le 09 mai à Alger, cité Malki

Entre tes doigts, la poterie kabyle prenait des formes, des couleurs, des usages modernes sans pour autant, trahir l’authenticité héritée de cette tradition millénaire de nos potières.

Les symboles amazigh et les Tifinagh retrouvaient chez toi un large espace de renaissance. Oui, ton art était de réussir un mariage harmonieux entre l’authenticité et la modernité, tant dans ton travail que dans ta vie quotidienne.

Tes expositions en Algérie ou à l’étranger, ont toujours été de véritables moments de plaisir pour l’œil, pour l’esprit et pour les relations humaines.

Le nouveau visiteur, y découvrait une nouvelle expression artistique, bénéficiait des échanges culturels fructueux qui s’y développaient et nouait de nouvelles relations amicales.

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L’amitié avec toi, Ouiza, Ahmed, ton époux, vos quatre enfants, c’est une amitié avec une famille modèle où l’ont se sent membre.

C’est pour cela qu’en nous quittant aujourd’hui, tu laisses derrière toi un vide immense dans cette grande famille élargie.

Tu as cessé de souffrir, mais on ne cessera jamais de te faire vivre en nous tous, parents et amis.

Pars en paix chère amie.

BEN MOHAMED


Pourquoi sommes-nous morts assassinés un jour de printemps?

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Aux enfants de ma tribu

À Dyla et à Hsisou le renaissant

À Akli et son papa Dda Mekhlouf

Qu’il est tragique de mourir si jeune. Qu’il est tragique de mourir

assassiné un jour de printemps, la poitrine gonflée de désir de

renaître ; surgir aux balbutiements des herbes, au resurgissement des

sources, et à la renaissance du Pays. Etre. Le printemps c’est

renaître ; c’est muer. Bonder. C’est quand la nature vibre au contact

de la musique de la terre. Quand les herbes, les sources, l’air, les

insectes, les êtres, réapprennent à revivre. L’été comme l’hiver

comme l’automne sont des saisons terribles. Plus effroyables depuis que

la guerre a accouché des monstres. Des neiges, des tempêtes, des

canicules, des noyages, des séismes rythment alors la tragique

symphonie de ce pays le vôtre, le nôtre. On dit qu’elle n’est plus.

L’on tait les cadavres et les blessures. L’on ment. On achète tout

même les humains. Mais jamais faire taire le remords ; les poitrines

inassouvies et les enfances. Nos enfances. Elle est encore là. Elle

bouge. Discrète. Quelquefois muette. Mais elle coupe. Elle est là sans

merci. Sans pitié. Elle tranche froidement. . Elle agit selon la

pluviométrie des appétits. La saison du meurtre est encore plus longue

et plus vraie que la creuse phraséologie de cet homme, de ses hommes qui

cadenassent le pays, carnassiers ; faiseur de charniers. Et dont le seul

désir : s’emparer des terres et des hommes ; de l’air et de la mer.

Héritiers de vielles féodalités. On n’impose pas la paix par la

matraque ni par les urnes surtout quand on a crée soi-même la guerre,

quand on la mène contre soi-même, contre les autres. Pour satisfaire sa

mégalomanie, le Roi est capable de l’inimaginable, l’insupportable.

Et ses valets sont prêts à nourrir la folie à la mamelle de

l’allégeance. Mais l’Histoire est aussi froide. Elle tranche aussi

froidement comme la mort. Elle est sans pitié.

C’était un jour de printemps. C’est un jour de printemps…

Renaître pour/dans un pays qui ne cesse de mourir ; -étrange agonie!!!;

tué; saigné, et qui renaît avec ses enfances, c’est réapprendre

son profond chant; reconquérir sa renaissance. Etre digne de sa beauté.

Sa puissance. Sa vérité profonde. Qu’il est tragique d’être tués

impunément par un Etat qui a cessé d’être ce qu’il devait être, –
responsable de protéger ses citoyennes et citoyens des abus – parce que

Pouvoir. Ordre dont la seule légitimité est faite de dates falsifiées,

de noms triturés, morceaux d’une épopée truffée. Imposé au pays la

tyrannie du fusil et l’ignorance du Livre qui désapprend à vivre

debout. Mais même trahie. Confisquée. Son secret survit clandestinement

dans des petits bouts de chair d’enfants. NOVEMBRE est tellement grand

qu’il est endormi dans la poitrine des enfants. Seules capables de le

porter. Une poitrine d’enfant est la maison de la vérité. Petit Omar

du printemps renaissant. Petit Omar de tous les printemps. Qu’il est

tragique de taire ce qui le prend à la gorge : crime, haine, mensonge,

fraude … D’immenses cadavres grouillent dans son crâne. Une tumeur y

naît. . Mais le Cancer d’être de ses enfants est plus grand, plus

vorace parce que sauvage, beau, vrai. Il survit. Il vit au-delà de la

guerre. Depuis fort longtemps, dans ma chair-pays, la guerre n’a jamais

cessé . Elle change de visage, de costume et de nom. Elle voyage, prie,

boit, respire. Elle enfante… l’intolérable.. dans le sang. Des

cadavres, disparitions, tortures à la corruption, à l’altération des

sources ; à la prostitution de la terre et à la destruction, à la

tuerie au feu ; à la profanation du langage des possibles. Aux enfances

brûlées vives. Elle est sans amour et sans pitié. Insatiable jouissance

du meurtre. A force de bouffer des morts, de nous bouffer, oui, Sadek le

grand frère mort au front de l’exil, ce pays souffre a de digestion.

Pourtant, il nous digère. Surtout au printemps, ce jour de printemps. A

force de boire dans la coupe du meurtre l’impunité, l’on trinque avec

de noires divinités : ogresses descendantes de l’obscure Taryel. Il se

tue. Il nous tue. Nous mourrons assassinés. Tragiquement au printemps

quand le monde réapprend à respirer, à goutter au pollen de l’Abeille.

Quand les nids revivent l’idylle des oiseaux . Nous mourrons

assassinés. S’il nous arrive de le vomir, c’est par amour. Nos faims

ne sont sustentées que par un profond appétit à être. Si on le quitte

c’est aussi par amour parce que mourir tués, assassinés dans le giron

du printemps ; dans les genoux de sa Mère-Terre, c’est désespérer de

l’humanité. Regretter son amour. En amour, point de regrets sinon, ce

n’est plus l’amour. C’est de la haine maquillée. La vérité est

nue. Ne plus sentir son cœur battre avec la jouissance de la terre

c’est disparaître définitivement. Il vit de nous. Nous le vivons

jusqu’à à en mourir. Ne le quittons pas, nous le quêtons. Nous le

portons écharde dans la chair ; prairie verte d’espérance, nos folles

espérances. C’est pour ça que nous le payons cher, très cher avec nos

plus belles énergies, notre chair, notre part belle : nos vies. Nous

mourrons alors assassinés. Nous le portons comme une croix sanguinolente.

Dans son giron. Dans l’exil. Dans ses peaux qui nous démangent parce

qu’elles refusent de se trahir. Emeutier-Pachyderme. Descendants de

l’intraitable tribu des Numides. Nous le quêtons indéfiniment. Il

n’y a que l’amour qui est capable d’une si grande histoire. Notre

poème. Notre Asefrou. Notre Asafou. Mais les canons réapparaissent et

exécutent l’ordre du Clan. INJURES. FEUX. MEURTRES. Avions-nous perdu

le sens du Hawfi, Asefrou de Tayri ? Pourquoi, chez nous, le printemps ne

dure pas longtemps ? Et quelquefois, s’il arrive à nous laver des

pourritures, Anza l’accompagne. Et le fusil adossé à l’impunité

tire. En uniforme. Arc-bouté sur le Livre et la Loi, il s’appuie sur la

gâchette de l’Ordre … Des enfants y tombent. Nous y mourrons

assassinés. Pourquoi notre histoire est envahie par des chars, par de

bruits meurtriers, par le deuil et la puanteur de morts sans cadavres ;

des morts sans sépultures ? Un pays vivable est-il encore possible

au-delà de l’obscure loi du meurtre ? Nos champs renaîtront-ils un

jour ? Blé d’avenir. Fleurissement. Nos chants feront-ils écouter leur

vérité ? On brandit des fusils. Et l’on tire. Des enfants y tombent.

Nous y renaissons plus vivants parce que le désir du Pays, un autre Pays

est encore plus fort, invincible. Inatteignable aussi bien par balle que

par le khedmi.

O chair-pays, qu’avions-nous commis comme erreur pour mourir assassinés

un jour de printemps ? Nos chansons sont nos seules armes. Notre misère.

Notre seule richesse c’est nos poitrines o(e)uvertes au possible Pays.

Terre généreuse où chacun saura vivre différemment ; où chacun saura

chanter son qcid sans avoir peur de perdre sa langue, coupée par les

ogres… Vivre ne peut être vrai qu’au pluriel.

Et l’enfance qu’on assassine, qu’on tue au nom d’une obscure loi

désespère-elle de renaître au printemps ? A-t-on légalisé le crime

pour qu’il devienne un langage, un mode d’être ? La guerre n’a pas

quitté son lit. Nos lits. Nos peaux. La Révolution couche avec tout le

monde ; oui mon frère Yahia. Notre chance est en nous. L’autre bout de

nous-mêmes. Nos sacrés sacrifices. Et la vôtre, triste légitimité

d’une histoire mensongère où de successifs parâtes venus dicter au

sabre et à la mitrailleuse élevant des divinités à tout ce qui altère

le Pays. Et le pays renaît dans sa propre déchéance décomposé puant la

putride fumée des saccages. Nos espérances-métempsychose. Geste

répété depuis des siècles et qui ne cesse de durer, de faire durer

l’autre Pays, un possible Pays . Quel héritage avions-nous reçu? Quel

legs laisserons-nous aux enfants, aux enfants de nos enfances ? Le crime,

le crime, le crime. ET LA CHANSON POUR DURER AU-DELA DES CADAVRES et du

TEMPS… Des enfants y mourraient, y meurent, tués, violés, disparus,

suicidés. La bouche de l’ogresse s’ouvre voracement. Et le conte

devient réalité. Et de meurtrières rafales viennent nuitamment sceller

le désastre. Des enfants y tombent. Assassinés. Et les ronrons de la

nation des mallettes gémirent, jouissant d’avoir vaincu ce qu’ils

n’auront jamais ni par le sperme noir du pétrole ni par le fusil :

l’enfance, l’âge d’or de la beauté. L’érection des enfances

jamais vaincues est plus puissante que vos tristes puits de

pétroles-mosquées, divinités phalliques qui prêchent la mort. Et

enflamme d’une si étrange poudre l’incendie. Notre incendie où nous

y mourrons brûlés. Car elle est promesse de ce qui sera. Ce que nous

serons. Ce que nous sauront fonder, Le Pays . Le nôtre. Le v-autre.

C’était un jour de printemps. C’est un jour de printemps…

Chair-pays, sommes-nous condamnés à n’exister que canon à chair ? Que

morts pourris dans les poubelles de l’histoire où les vainqueurs se

lavent à l’impure eau de l’impunité, de l’inhumanité ? Nos rêves

sont plus grands que votre pays ; notre chanson est aussi sacrée que les

plus belles épopées ; nos mots plus perçants que vos épées. Nous

étions et nous sommes encore chair à canon chair-pays ; nous refusons de

mourir, chiffres de tristes calculettes fortifiant le Pouvoir et la

féodalité de tristes ogres. Ma chair-Pays, je n’ai plus besoin de

t’écrire, te hurler, te brûler, t’embrasser, te respirer, t’es

sang, mon sang, notre sang. Et t’es ma propre mort. Notre mort. Ta mort.

Ma vie. Pourquoi au printemps ? Notre vie. Notre renaissance.

Pourquoi sommes-nous morts assassinés un jour de printemps ?

Des odeurs meurtrières se mêlent à ce printemps naissant. Et le canon

de l’Assassin fait entendre la mort, la disparition et le pays

désapprend à vivre… Des enfants y tombent. Et la guerre exécute ses

tragiques symphonies. D’étranges ogres jaillis d’un temps anonyme

claironnent l’orgie. Ils viennent bouffer des enfants dans le giron du

printemps. Pourquoi sommes-nous morts assassinés un jour de printemps ?

Pour quel crime je suis assassiné ? Ma mort est-elle votre paix, la paix

de vos tristes guéguerres, faux prophètes, faux seigneurs d’une

fausse histoire, d’un faux-pays où seul le mensonge croît?

La mort ne saura nous atteindre parce que nos raisons de vivre sont plus

fortes que vos canons ; notre chanson ne marche que par ce qui triomphe de

la haine, l’amour et le pays, un autre Pays. Elle est plus belle et plus

vraie que la haine jaillie des hauts-parleurs où l’on fait parler un

obscur Dieu appelant la guerre. Notre Dieu est amour. Notre Dieu c’est

l’enfance qui balbutie le langage de la naissance ; la renaissance.

C’est l’ABSOLU.

Oui. Un pays sans amour est un enfer, c’est l’enfer. On n’a pas

besoin de l’entendre venir de vos tristes chapelles ; on n’a pas

besoin non plus d’aller dans le Livre, dans les froides banquettes

d’écoles pour le connaître, il existe sur terre, inventé par

l’homme, charbon de sa bêtise. Les livres s’écrivent au sang. Nous

sommes morts assassinés. Notre sang est sacré parce qu’il a ruisselé

au printemps. Il rejailli. Dans la terre, il y a notre Livre. Ecrit avec

notre chair. Chaque printemps, il fleurit. Sa musique redouble de

vérité. Nous nous multiplierons. Comme cette terre de siècle en siècle

envahie mais renaissante, nous renaissons, renaîtrons rien que pour

veiller sur ce chant. Et le printemps sera peut-être plus beau. Nous

déterrons nos achewiq et nous chantons une émeute d’être. Nous

n’avons plus peur de vos canons. Nous renaîtrons à chaque salve de

Haine. N’avions-nous pas dit, ce jour de printemps, « Nous n’avons rien

à perdre. Ils peuvent pas nous tuer, car nous sommes déjà morts. » Les

morts ne sont pas tout à fait morts. Ils survivent herbes, humus au

printemps surtout quand ils sont enfants, êtres fragiles. Ils repoussent

vite. Fourmillent dans la terre. Pourquoi sommes-nous morts assassinés un

jour de printemps ? Nous vivrons. VIVRONS. VIVRONS. Si nous ne sommes

pas/serons pas assassinés un jour de printemps. Nous survivrons. Et

peut-être le printemps sera beau, plus beau. Et nous vivants. Etres

d’un pays Vivable.

Azeddine Lateb

28 AVRIL 2013 – PARIS – ACB: L’AMÉNAGEMENT DU TIFINAGH

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Dimanche 28 avril 2013

16 h à l’ACB

Conférence/Débat

L’AMÉNAGEMENT DU TIFINAGH

organisé par

L’ACB

l’association ACAL

avec

Mehdi Iazzi

Chercheur et enseignant à l’université d’Agadir

et Ancien membre de l’IRCAM

Conférence suivie d’une expo-vente d’accessoires

et de drapeaux amazighs


Renseignements et réservations :

ACB : 37 bis rue des Maronites 75020 Paris M° Ménilmontant.

Tél : 01.43.58.23.25 . Mail : contact@acbparis.org

ACAL : acal.association@orange.fr


Retrouvez toute notre actualité sur notre site, rubrique «l’agenda de l’ACB»

ainsi que l’actualité de nos partenaires sur «l’ACB vous informe»


«TAMAZIGHT FACTEUR D’ INTÉGRATION NATIONALE ET MAGHRÉBINE»

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Entretien avec Brahim Tazaghart

militant du Mouvement amazigh et auteur

à l’occasion d’une journée d’études recommandant la tenue d’une Conférence nationale autour des questions linguistiques

Chafaa Bouaïche

la Nation info

le 24 Avril 2013

Dans quel contexte intervient la célébration du printemps amazigh de cette année 2013?

Brahim Tazaghart Le printemps amazigh de cette année intervient dans un moment particulier. En premier lieu, il y’a la continuité de ce que la presse désigne sous le vocable de «printemps arabe» avec la persistance des événements en Syrie; en second lieu, il y’a l’annonce de la révision constitutionnelle qui va intervenir prochainement, et en troisième lieu, il y’a l’élection présidentielle d’avril 2014 qui va coïncider avec le 34ème anniversaire des événements de 1980.

Vous voyez, la célébration de cette année, et à plus d’un titre, particulière…

Avant d’avancer, quel bilan faites-vous en ce 33ème anniversaire?

Brahim Tazaghart L’irruption de la population sur la scène publique en 1980, la formulation rationnelle de la revendication amazighe et son articulation à la demande démocratique constituent des moments essentiels de notre histoire postcoloniale. À ce sujet, il faut réaffirmer le rôle du printemps amazigh dans le renforcement du mouvement démocratique qui avait atteint sa maturation avec les événements d’octobre 1988 et l’ouverture des champs politique et médiatique qui a suivi.

Il faut reconnaitre, avec bonheur, que malgré le fait que le pouvoir, dans son aveuglement politique, avait utilisé l’islam et la langue arabe pour combattre la revendication amazighe, la majorité du peuple algérien a fini par sortir du conditionnement et faire sienne cette demande.

Aujourd’hui, Tamazight fait partie du paysage linguistique, culturel, médiatique de notre pays.

La lutte incessante de plusieurs générations de militantes et militants a fini par payer. En 1990, trois jours avant le rassemblement du 25 janvier devant l’APN, le gouvernement de M. Mouloud Hamrouche avait annoncé la création de l’institut de langue et de culture amazigh à l’université de Tizi-Ouzou. Suite au boycott de l’année scolaire 1994-95, tamazight avait intégré l’école et le Haut Commissariat à l’Amazighité (HCA), institution chargée de sa réhabilitation, fut crée. En 1996, Tamazight apparait dans le préambule de la constitution comme élément de l’identité nationale. En 2002, en plein printemps citoyen, elle est reconnue, pour la première fois de son histoire, comme langue nationale en vertu de l’article 3 bis.

Seulement, force est de constater qu’aucun texte de mise en œuvre de cette reconnaissance n’a été promulgué. Plus grave encore, des décrets qui font obstacle à la promotion de l’amazighité sont toujours en vigueur. Je parle du décret portant arabisation de l’environnement qui doit être enrichi ou abrogé, du décret portant code de l’état civil… À cela, il faut signaler le refus du législateur de faire à tamazight une place dans l’article 178 comme constante nationale. Fait qui ne la sécurise nullement et qui maintient ses défenseurs sous pressions.

L’enseignement quant à lui reste expérimental après 18 de son entame. Il est facultatif et point généralisé. Plus grave encore, de 15 wilayas en 1995, et au lieu de gagner de plus en plus d’espace, Tamazight est enseignée aujourd’hui dans 10 wilayas avec les wilayas d’Alger et Bordj Bou Arreridj qui ne disposent que d’un enseignant chacune!!

Face à cette situation intenable, il est plus que temps de réagir….

À cet effet, le Front des Forces Socialistes a organisé une journée d’étude sur tamazight que vous avez présentée…

Brahim Tazaghart Oui, la direction du FFS m’a sollicité pour contribuer à l’organisation d’une journée d’étude sous le slogan “«Tamazight facteur d’intégration nationale et maghrébine»”. C’est avec un immense plaisir que j’ai participé à la conception et à l’animation de cette rencontre rehaussée par la présence de Mme Meryam Demnati du Maroc et de M. Mahmoud Abekkouche de Libye. En plus de ces deux amis, nous aurions aimé recevoir quelqu’un de la Tunisie, mais ce n’est que partie remise. Lors de cette journée d’étude, nous avons tenu à mettre en évidence la dimension Nord Africaine de la question amazighe, d’autant plus que tamazight est langue officielle au Maroc et va le devenir prochainement en Libye.

Par la suite, nous avons tenté de cerner la situation de l’amazighophonie et de l’amazighité dans notre pays, essentiellement en Kabylie et dans le M’zab.

Durant les travaux, la qualité des intervenants: le Pr Kacher, le Pr Mestfaoui, le Dr Salhi et les autres, a permis de dresser un état de lieux profitable, avec des éclairages indispensables pour une meilleure visibilité. Tamazight dans la constitution, dans les médias, à l’université, à l’école…

Un bilan en somme …

Brahim Tazaghart La modernité politique impose d’établir à chaque étape de la lutte un bilan en mesure de permettre des perspectives viables. Nous avons essayé de le faire, avec l’espoir que d’autres vont aller dans la même direction. C’est la seule façon d’être dans le réel et d’éviter diversion et égarement qui guettent souvent les luttes et leurs meneurs.

D’un autre coté, il faut dire qu’avec cette rencontre riche en débats, le FFS, principale force d’opposition démocratique en Algérie, a replacé tamazight dans le champ politique national avec comme mission essentielle la contribution à l’intégration nationale et nord africaine. C’est là une ambition à la hauteur du parti, du pays et de la région.

Seulement, force est d’admettre que tamazight ne peut remplir cette mission sans qu’elle soit rétablie dans ses droits légitimes et en premier, son élévation au statut de langue officielle.

Pourquoi le choix du slogan « Tamazight facteur d’intégration nationale et maghrébine»?

Brahim Tazaghart Incontestablement, nous sommes à la croisée des chemins. Tamazight sera un facteur d’intégration nationale ou un facteur de désintégration! Il n’y a pas de position médiane possible. Il faut se voiler la face et faire preuve de naïveté politique pour ne pas saisir cela.

Autour de nous, le monde bouge, il est comme sur un volcan. Les répliques peuvent être très dangereuses sur l’avenir de notre pays. Cela, d’autant plus que le pouvoir en place cherche plus son maintien que la pérennité de l’Etat qu’il lie maladroitement à son sort.

La vigilance nous dicte de ne pas perdre de vue que l’utilisation de l’Islam à des fins politiques nous a occasionné plus de 150 000 morts.

L’instrumentalisation de tamazight sera, sans aucun doute, une hécatombe.

Vous liez la question amazighe au printemps arabe?

Brahim Tazaghart Ce que vous nommez printemps arabe nous concerne, nous implique directement, d’autant plus qu’il est parti de Tunisie. Nous ne pouvons pas échapper à sa face négative faite de violence et de drame de sang sans engager un grand chantier de changement de gouvernance.

Le changement sera le produit de notre action en tant que forces de changement ou bien il nous sera imposé de l’extérieur, ce qui sera dramatique.

Il faut observer, d’ailleurs, qu’au moment même ou dans le nord, l’Europe s’unie pour éviter d’être définitivement déclassée par les USA et la Chine engagés dans une course implacable, les pays d’Afrique et du monde arabe se précipitent, têtes baissées, vers la fragmentation, préparant leur «douce» recolonisation et leur mise sous tutelle.

Nous sommes conscients des enjeux et de la sensibilité du moment historique.

Fidèle à l’esprit d’Avril 1980, le Mouvement amazigh ne peut s’installer dans cette perspective sans se remettre en cause et sans renier les sacrifices inestimables de ses militants. Kamal Amzal, assassiné par les salafistes en 1981, n’accepterait jamais de servir l’offensive impérialiste enveloppée sous le couvert de la fin de l’histoire et de la guerre des religieux et des identités!

C’est loin d’être cohérent que d’être séduit par l’occident et de rompre au même temps avec l’esprit républicain et l’humanisme qui prévaut chez lui et qui fait sa force.

Comment peut-on réagir face à cette situation?

Brahim Tazaghart Anticiper sur les événements pour ne pas les subir. Demain se fera aujourd’hui comme dit l’adage.

Ceux qui sont éblouis actuellement par un «radicalisme Kabyle sectaire» peuvent nous imposer une intégration négative du dit printemps arabe, avec toutes les conséquences dramatiques que cette perspective peut induire. L’internationale terroriste et d’autres forces embusquées dans les ténèbres n’attendent que ça!

Or, comme peuple de paix et hommes libres, nous devons travailler à privilégier une intégration positive qui fera notre salut. L’intégration positive c’est le travail sans relâche à la construction d’un rapport de force favorable à un changement pacifique et démocratique, imaginé ici et maintenant ! Le premier axe est celui de renforcer l’algérianité en donnant tous les moyens aux langues algériennes afin qu’elles se développent dans l’harmonie.

Revenant à la rencontre, vous êtes sortis avec la recommandation d’une conférence nationale sur la question des langues en Algérie.

Brahim Tazaghart Effectivement, nous sommes sortis avec la recommandation d’une conférence nationale sur la question des langues. Il s’agit de penser, de débattre et de proposer une politique linguistique pour notre pays. Définir les statuts, les fonctions, les moyens à mettre au service des langues arabe et tamazight qui sont les langues de la nation, mais aussi, discuter de la place des langues étrangères qui permettent notre relation avec le monde, la science et le développement.

Tamazight langue officielle doit faire l’objet d’un consensus entre l’ensemble des forces sociales et politiques conscientes de leur algérianité et des défis à relever pour placer le pays sur la voie du progrès. La conférence nationale peut être un moment idéal pour le réaliser.

Dans ce sens, je crois que toutes les élites doivent s’impliquer dans ce combat. Il est aisé d’observer que l’élite française avait soutenue la guerre d’Algérie avec le manifeste des 121, alors que l’élite nationale, dans sa majorité, observe un silence lourd et une attitude défensive face à la revendication amazighe.

Il est temps de se secouer et de réagir.

Êtes-vous optimiste ?

Brahim Tazaghart Je suis réaliste. Tamazight sera langue officielle. Comme conséquence, la langue arabe, libérée d’une dualité injustifiée, s’épanouira davantage. À cet instant précis, il faut mettre en place une politique d’échange et de traduction entre ces deux langues au bonheur de la culture nationale.


Tamaziɣt d tutlayt taweryant (tunṣibt) di tmendawt n Dzayer.

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Azul (salut)

Tamaziɣt d tutlayt taweryant (tunṣibt) di tmendawt n Dzayer.

الجزائري دستور في رسمية اللغة الأمازيغية

Tamazight langue officielle dans la constitution algérienne

Ssekbeb atraru-ya, tazneḍ-t ɣer tansa-ya:

Contact (signer la pétition) : tamazightofficielle@yahoo.fr

Neɣ ɣer : tigawtdwawal@gmail.com

Tanemmirt (merci)

Awlawal seg wehran (Oran)


ATRARU – عريضة – P É T I T I O N

Tamaziɣt d tutlayt taweryant (tunṣibt) di tmendawt n Dzayer.

الجزائري دستور في رسمية اللغة الأمازيغية

Tamazight langue officielle dans la constitution algérienne

Dans l’histoire des luttes pour la liberté des peuples à disposer d’eux-mêmes, la guerre de libération nationale a constitué une période clé. Elle a donné naissance aux droits des Algériens à la liberté individuelle et collective allant dans le sens des textes internationaux ratifiés par l’Algérie.

La quasi -totalité des courants politiques du pays ont pris acte de cette nécessité de libérer le peuple algérien de toutes les oppressions et ont posé le concept de citoyenneté au cœur du projet politique indépendantiste, projet qui implique l’égalité des Algériens quels que soient leur sexe, leur origine, leur langue, leur religion, etc.

Ce droit du peuple algérien fondé sur un projet de société juste et non sur une idéologie de domination de quelque nature qu’elle soit a déteint sur l’ensemble des pays sous domination coloniale.

Plus de 50 ans après l’indépendance, force est de constater que des droits élémentaires n’ont pu être obtenus qu’au prix de nouveaux sacrifices dont l’Algérie aurait pu faire l’économie, elle qui a subi des atrocités innommables pour accéder à sa souveraineté.

Force est de constater également qu’un des droits fondamentaux et inaliénables reste encore à conquérir, celui de la langue ancestrale, Tamazight, à être officialisée dans la constitution.

Certes des acquis, comme Tamazight langue nationale, ont été obtenus suite aux luttes qui ont encore valu de grands sacrifices aux générations post-indépendantes. Mais ces acquis ne sont pas à la hauteur de nos espoirs et ne doivent, en aucun cas, être l’arbre qui cache la forêt.

Trop de larmes et de sang ont été versés dans notre pays, il est temps que l’officialisation de Tamazight soit intégrée dans la constitution, texte qui protège nos droits fondamentaux. La coexistence de deux ou de plusieurs langues officielles est un fait dans de nombreux pays, elle permettra à l’Algérie de se réconcilier avec elle-même et d’asseoir la démocratie.

Nous, soussignés, sommes déterminés à conquérir ce droit et appelons, de façon pressante, le chef de l’Etat, l’ensemble des parlementaires, des sénateurs et de la classe politique à œuvrer avec force pour que Tamazight soit inscrite, sans ambiguïtés, langue officielle dans la constitution et qu’elle acquiert tous les droits liés à ce statut.

Pour une Algérie démocratique et plurielle

Contact : tamazightofficielle@yahoo.fr

Ssekbeb atraru-ya, tazneḍ-t ɣer tansa-ya:

Contact (signer la pétition) : tamazightofficielle@yahoo.fr

Neɣ ɣer : tigawtdwawal@gmail.com

awetniri.awlawal@gmail.com

Amedya/ Exemple/ مثال :

ISEM-NOM / AZARISEM-PRENOM / TAWURI-FONCTION/ ADEG- LIEU

MASSA BENƐUF, ḌRIFA, LALL N WEXXAM, WEHRAN;

Madame BENAOUF, DRIFA, FEMME AU FOYER, ORAN;

BENƐUF, ǦAMAL, AMESKAR, WEHRAN;

BENAOUF, DJAMEL, AUTEUR, ORAN;

BESSAY, HEWWARI, AMESDAWAN, WEHRAN;

BESSAY, HAOUARI, UNIVERSITAIRE, ORAN;

ḤAMAN, ƐEBDELLA, AMESKAR, WEHRAN;

HAMANE, ABDELLAH, AUTEUR, ORAN;

ẒAMUC, SAƐID, ASELWAY N TIDDUKLA NUMIDYA, WEHRAN;

ZAMOUCHE, SAID, PRÉSIDENT DE L’ASSOCIATION NUMIDYA;


«AUCUN ALGÉRIEN DIGNE NE PEUT S’OPPOSER A L’OFFICIALISATION DE TAMAZIGHT»

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Hend Sadi, Universitaire et écrivain spécialiste du mouvement berbère:

«Aucun Algérien digne ne peut s’opposer à l’officialisation de tamazight

»

Samir Ghezlaoui

El Watan

le 21 avril 2013

Trente-trois ans après, quel souvenir gardez-vous du Printemps berbère?

Hend Sadi Le premier souvenir qui remonte à ma mémoire n’est pas celui des émeutes, des blessés qui gisaient par dizaines à même la cour de l’hôpital de Tizi Ouzou le 20 avril 1980, après l’assaut des forces de l’ordre, mais celui de l’explosion d’espoir des jours qui ont précédé cet assaut.

Le foisonnement d’activités dans lesquelles chacun s’impliquait avec une générosité extraordinaire, étudiante ou étudiant, enseignant, ouvrier, femme de ménage, personnel de l’administration…, la formidable sensation de maîtriser son destin.

La chape de plomb du parti unique qui sautait, la farouche volonté de vivre au grand jour son identité amazighe jusque-là interdite dans son propre pays. En un mot, le souvenir d’un Printemps berbère qui ne porte pas en son sein les germes d’un hiver. Un printemps qui dure.

La génération de 1980 est fatiguée, comme disait le défunt Matoub, et pire, elle est dispersée et divisée. Que pensez-vous de cette situation qui complique l’aboutissement du combat identitaire amazigh?

Hend Sadi Cette génération n’a jamais été homogène politiquement. C’est peut-être cela qui a fait l’intérêt de ce mouvement.

En 1980 déjà, il y avait beaucoup de tension, disons, pour aller vite, entre «pagsistes» et «berbéristes». Mais il y avait aussi les militants du PRS, du FUAA. Pour beaucoup, les berbéristes étaient regroupés sous le sigle FFS. Ces tensions ont failli faire éclater le séminaire de Yakouren, en août 1980.

Puis au lendemain de 1980, les «berbéristes» ont repris leur autonomie d’action par rapport au FFS. Forte d’un soutien qui s’est rapidement propagé à l’ensemble de la population kabyle, la revendication amazighe, formulée avec beaucoup d’ouverture d’esprit, a fédéré ces différentes familles politiques. Une partie de l’élite politique, des personnalités de premier plan, à l’instar de Kateb Yacine, ont apporté un soutien total et sans équivoque au mouvement de 1980.

C’est après 1990, avec le multipartisme, que les divisions politiques ont pris le pas sur la revendication amazighe qui, progressivement, s’est trouvée reléguée au second plan.

Mais le printemps 1980 reste un repère sans égal et l’ancrage que la revendication amazighe a considérablement gagné: il s’est d’abord étendu à toute la Kabylie puis a gagné du terrain dans d’autres espaces berbérophones, y compris en dehors de l’Algérie.

Ce qui est important, aujourd’hui, c’est que ce problème n’est plus celui de la génération 1980, d’autres ont suivi et pris le relais.

Parmi les occasions ratées dans ce sens, c’est la grève du cartable en 1994-1995 en Kabylie, menée par un MCB réunifié. Mais Ferhat Mehenni, alors porte-parole de l’aile Rcdiste, a fait marche arrière en appelant à reprendre les cours et en acceptant, plus tard, un compromis de création du HCA à la place de la revendication unique de ce mouvement, en l’occurrence l’officialisation du tamazight. Pouvez-vous éclaircir cet épisode?

Hend Sadi Si les deux tendances du MCB (MCB/coordination nationale pro-RCD et MCB/commissions nationales pro-FFS) se sont présentées unies dans les négociations face au pouvoir en avril 1995, sur la base d’une plateforme publique, personnellement, je n’ai jamais su sur quelle base Ferhat Mehenni qui, à l’époque déjà, avait un pied à l’extérieur du RCD et un autre encore dedans, a rencontré le général Betchine, je crois, avait lancé à la télévision un appel à la reprise des cours qui ne fut pas entendu.

En outre, la cohésion entre MCB/commissions nationales et MCB/coordination nationale a été de courte durée. C’est dans cette confusion et dans l’essoufflement du mouvement qu’est né le HCA, dont la création ne pouvait en aucun cas constituer une fin en soi.

Par ailleurs, il était sans doute possible de trouver une forme de lutte, forte, mais qui ne sacrifie pas une année scolaire entière pour toute une génération. La gestion de cet épisode a en effet laissé un arrière-goût amer dans la population.

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Ce goût amer, justement, on le retrouve encore une fois avec le Printemps noir en 2001.

La Kabylie a été martyrisée tout en confirmant son statut de bastion de la revendication identitaire berbère. Mais ce combat n’a jamais gagné du terrain dans les autres régions d’Algérie. Comment expliquez-vous cela?


Hend Sadi Le prix du sang versé par la jeunesse kabyle lors du Printemps noir et l’exceptionnelle mobilisation de la marche du 14 juin 2001 faussent souvent le regard porté sur cette période. Longtemps, ce mouvement est resté sans voix, avec pour toute expression une banderole noire pour marquer le deuil. Lorsqu’il a commencé à s’exprimer politiquement, à désigner des porte-parole, il avait déjà perdu beaucoup de son assise populaire.

Le fondement de son discours était le rejet du FFS et du RCD qui se disputaient la Kabylie. Ce rejet est né de l’exaspération largement partagée devant les luttes aussi interminables que stériles opposant FFS et RCD. Cependant, ce rejet, qui ne pouvait constituer à lui seul un programme, laissait la porte grande ouverte à toutes sortes de manipulations.

Avec le recul, on reste consternés par la vacuité et la pauvreté de la plateforme d’El Kseur, qui ne mentionne tamazight qu’au point 8.

Naturellement, on peut regretter qu’une mobilisation d’une telle ampleur n’ait pas réussi à se donner des porte-voix à sa mesure. Au final, cette phase s’est soldée par une forte régression politique, dont les effets négatifs perdurent encore aujourd’hui. Une des raisons de l’absence d’audience de ce mouvement est, à mon sens, due à la faiblesse de son discours, la méfiance du reste du pays, largement travaillé par l’arabo-islamisme, vis-à-vis de tout ce qui émane de la Kabylie a fait le reste.

Après ce retour explicatif dans le passé, revenons à un présent très pesant. Bientôt une nouvelle Constitution pour l’Algérie. Sera-t-elle la bonne pour officialiser enfin tamazight?

Hend Sadi Plus de cinquante ans après l’indépendance, qu’on en soit à se poser ce genre de question est honteux. Cette situation renseigne bien sur la volonté hégémonique de l’arabo-islamisme à régner sans partage sur l’ Algérie, comme sur tous les pays qu’il a conquis.

Car sur le fond, quelle langue est plus légitime en Algérie que tamazight? _ A-t-on besoin d’enquêtes approfondies pour répondre à cette question?

Aussi loin que l’on remonte dans le temps, c’est indiscutablement notre première langue nationale et officielle. Il n’y a pas une once du territoire national, pas un lieu, pas un village, pas une ville, qui ne possède un toponyme marqué au sceau de la langue amazighe. Combien de pierres gravées -sur les sépultures des plus humbles, comme sur les frontons des mausolées royaux- nous rappellent que si nos ancêtres ont souvent maîtrisé, à la perfection, les langues des occupants ils n’ont pas renoncé à la leur.

Mais il faut se garder d’un leurre. Celui qui consiste à consacrer tamazight dans la Constitution comme langue officielle et l’exclure, de fait, du quotidien des Algériens. Les «quarante-sept élèves» qui suivent l’«enseignement de tamazight langue nationale» à Alger -20 ans après son lancement- informent clairement sur la volonté réelle du pouvoir en ce domaine!

Quand il s’était agi d’arabisation, à quel Algérien a-t-on demandé s’il voulait bien apprendre l’arabe? Dans le cas de l’arabe, la règle n’est pas le libre-service: on se souvient d’Abdelkader Hadjar, alors président de la commission d’arabisation, proclamant en 1974: «Je ferai de tout Algérien qui refuse de s’arabiser un étranger dans son propre pays.» Gageons que les Amazighs d’Algérie feront cette réponse de bon sens.

Le régime doit savoir qu’en refusant d’intégrer pleinement tamazight comme langue officielle, il prend la responsabilité d’enterrer définitivement le modèle d’Etat-nation défendu par le mouvement national.

L’Algérie de Ben M’hidi et de Abane n’a jamais eu pour vocation d’être une province vassale d’Arabie ni sur le plan identitaire ni sur le plan culturel.

Manif-printemps-noir-650x360.png Malgré ce qu’on peut penser et jusqu’à preuve du contraire, aucune formation politique algérienne, même parmi les plus réticentes, ne s’oppose clairement à cette officialisation. Ne faut-il donc pas faire front commun pour la passer par voie parlementaire?

Hend Sadi Cette question dépasse en effet le cadre partisan. Aucun Algérien digne de ce nom ne peut s’opposer aujourd’hui à l’officialisation de la langue amazighe sur la terre amazighe, sans s’assumer comme un renégat.

La dynamique en faveur de l’amazighité dépasse nos frontières: il n’y a qu’à voir ce qui se passe autour de nous, en Libye, au Maroc, dans l’Azawad et même en Tunisie, où des voix se font entendre pour revendiquer leur amazighité…

Même l’ONU a tout récemment interpellé le gouvernement algérien, par le biais de son Comité de lutte contre les discriminations, sur la question de l’inscription dans la Constitution de la langue amazighe comme langue officielle. Quant aux parlementaires, ils voteront ou ne voteront pas selon les instructions qu’ils recevront de ceux qui les ont désignés… –

Samir Ghezlaoui