« LA SOCIÉTÉ FRANÇAISE EST ENCORE MARQUÉE PAR LA QUESTION ALGÉRIENNE »

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entretien réalisé par Grégory MARIN

L’HUMANITÉ

le 15 mai 2015

[repris le 18 mai 2015 par Saoudi Abdelaziz

blog algerieinfos
->http://www.algerieinfos-saoudi.com/2015/05/la-societe-francaise-est-encore-marquee-par-la-question-algerienne.html]

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Plaque commémorative du cimetière de Beziers, inaugurée le 6 décembre 2003, avec des photos des quatre membres de l’OAS fusillés après avoir été condamnés à mort.

« La société française est aujourd’hui encore très fortement marquée par la question algérienne. Il y a plusieurs millions de Français qui sont liés à l’histoire de l’Algérie pour des raisons différentes : les pieds-noirs et leurs descendants qui vivent encore dans la haine et le regret, les soldats de l’époque, qu’ils aient été ou non des héros, et les Algériens qui ont vécu là-bas et leurs descendants français, de quelque côté qu’ils aient été, indépendantistes ou harkis. Des gens qui ont un seul point commun et toutes les raisons de continuer le combat mémoriel.

Et puis, il y a ce que j’appelle un «nouveau vécu» de la guerre d’Algérie. Un ancien soldat qui prend le métro à Saint-Denis ou à Bobigny est confronté à cette sensation de présence massive d’Algériens (ou ce qu’il peut assimiler comme tels) et, pour certains, la théorie du grand remplacement n’est pas loin.

Autant d’éléments qui font que les plaies de la guerre d’Algérie ne sont pas refermées ».


Un entretien avec l’historien Alain Ruscio[[Auteur de « Nostalgérie, l’interminable histoire de l’OAS ». Lire quelques pages sur notre blog]]

par Grégory Marin, le 15 mai 2015. l’Humanité

36423.hr.jpgFrancine Bajande

Dans Nostalgérie, l’interminable histoire de l’OAS, l’historien spécialiste de l’histoire coloniale analyse l’impact que la guerre d’Algérie a encore dans l’inconscient collectif. La faute en revient à « une seule famille politique française, écrit Alain Ruscio, celle des anciens de l’Organisation armée secrète et de leurs héritiers, (qui) l’a malhonnêtement et durablement instrumentalisée ».
Tout le monde a oublié le début de la fameuse tirade sur « le bruit et l’odeur » de Jacques Chirac [[Discours prononcé lors d’un banquet du RPR, 
à Orléans, le 19 juin 1991]]: « Il est certain que d’avoir des 
Espagnols, des Polonais et des Portugais travaillant chez nous, ça pose moins de problèmes que d’avoir des musulmans et des Noirs. » Est-ce à dire qu’il y aurait un « problème » spécifique lié à l’immigration des anciennes colonies françaises?

Alain Ruscio. C’est clair. En particulier vis-à-vis des musulmans, il y a une hostilité très largement antérieure à la colonisation. Pour ma part, je la situe aux croisades. La haine du monde chrétien tient au fait que, après une progression inégalée, la conquête de presque tout le monde connu, il se trouvait face à un bloc inexpugnable, l’Islam. Évidemment, cette tendance s’est creusée avec la colonisation, parce que, parmi les motivations, il y avait la volonté d’évangélisation, même si elle a fait débat, les autorités civiles ne voulant pas ajouter ce motif d’affrontement. Cette hostilité très ancienne, on la retrouve bien évidemment en Algérie, la seule colonie de population – avec la Kanaky, même si les proportions ne sont pas les mêmes. Entre 10 % de colons considérés comme catholiques et 90 % d’Arabes et de Kabyles musulmans, ça ne pouvait qu’exploser. Il y a une sorte de rage de la société européenne de s’être pour la première fois attaquée à un bloc qu’elle n’a pas pu entamer. Cela ne concerne pas seulement l’OAS, mais l’ensemble de la société des colons. C’est très ancien et très profond.

Pourquoi cette hostilité s’est-elle concentrée sur le Maghreb et l’Algérie, et pas sur les autres colonies françaises?

D’abord, il y a un effet de masse. À l’apogée du système colonial en Indochine, par exemple, il y avait à peu près 40 000 Français, gendarmes, douaniers, administrateurs, quelques colons ou planteurs d’hévéa… pour 20 millions d’autochtones vietnamiens, laotiens, cambodgiens. À la limite, un villageois vietnamien pouvait passer sa vie entière sans jamais croiser un Français. Et puis, là-bas, les colons ont très vite fait leurs bagages, dès 1945, quand ça sentait le roussi. Pour des raisons économiques, pour sauver leurs placements, et pour des raisons humaines, ils n’avaient pas envie de vivre dans un pays en guerre. Ceux-là se sont fondus sans souci dans la population de métropole ou d’autres colonies : on en trouve aux Nouvelles-Hébrides, en Nouvelle-Calédonie, en Afrique quand l’AOF était encore française. Mais, même si les soldats qui revenaient de la guerre là-bas colportaient leur haine anti-Viêt-minh, cela n’avait pas la même prise que pour l’Algérie, plus tard: il y a eu 20 000 morts français en Indochine, c’est beaucoup, mais ça touchait peu les familles françaises. Pour faire le parallèle, au moment de la guerre d’Algérie, dans presque toutes les familles françaises moyennes il y avait un appelé. Pour l’Indochine, si on avait quelqu’un là-bas, c’était un engagé, il avait choisi, ça avait moins d’impact.

La guerre d’Algérie était-il un sujet de préoccupation quotidien en métropole ?

Oui, parce que le FLN (Front de libération nationale) avait fait le choix d’importer la guerre sur le territoire métropolitain, avec des attentats dès 1958, des affrontements interalgériens (entre le FLN et le Mouvement national algérien) souvent rapportés par la presse et qui ont fait beaucoup plus de morts – environ 4 000morts – que n’en a fait la police française. Si on ajoute les manifestations, tout cela fait que la guerre d’Algérie était très présente dans la vie quotidienne avant 1962. Après cette date, il y a eu entre 700 000 et 800 000 Français d’Algérie qui n’étaient, c’est vrai, pas bien accueillis parce qu’ils étaient assimilés à une page de l’histoire que les Français voulaient tourner. Néanmoins ils étaient là, ce qui fait que cette histoire continuait à marquer la société.

D’autant qu’elle a traîné en longueur, parce que les pieds-noirs, l’OAS surtout, avaient la « farouche volonté de rester », y compris en utilisant « le flingue, la grenade, le couteau, le plastic ». Une décolonisation pacifique n’aurait de toute façon pas été possible?

Travailler au conditionnel passé est difficile. Ce que je constate dans le livre, c’est que toutes les portes qui ont été entrouvertes à une transformation des rapports humains dans cette société coloniale ont été refermées par la volonté de la grande majorité des colons français, bien avant la création de l’OAS. Pour la majorité coloniale, les musulmans n’avaient pas la capacité d’exercer des droits politiques. Je cite par exemple le projet Viollette, en 1936, sur lequel la gauche a été en dessous de tout, et le PCF pas particulièrement hardi. Il s’agissait d’octroyer le droit de vote à 20 000 ou 30 000 musulmans. Mais il est resté dans les tiroirs, et n’a même pas été présenté à l’Assemblée, à la suite du congrès des maires d’Algérie, qui, à l’unanimité moins une abstention, a menacé de boycotter l’administration. Le monde politique a toujours capitulé devant ce front uni. Ça fait souvent grimacer, mais il n’y a que trois hommes politiques français qui ont tenu tête aux Européens d’Algérie : Napoléon III avec son rêve de « royaume arabe » ; Clemenceau, qui, en 1919, voulait remercier les soldats indigènes de la Grande Guerre en améliorant leur statut, et de Gaulle. Trois hommes de droite. Mais à chaque fois, il y a eu refus catégorique de toute concession. Bien sûr, il y a toujours eu des progressistes, mais leur voix n’a jamais été écoutée. Lorsque les communistes disaient que pour construire une nation algérienne, il fallait que toutes ses composantes s’unissent, les Européens ricanaient.

Pire, les progressistes, les communistes généraient un ressenti particulier : ils étaient des traîtres à leur pays…

Oui. Même avant l’OAS, tout Français d’Algérie « indigénophile », qui voulait assouplir la condition des Algériens, était taxé de trahison, d’utopie dans le meilleur des cas. Le Parti communiste algérien a eu un grand mérite historique en réussissant à unir les deux communautés, Européens et autochtones, dans ses rangs – un exemple unique au monde. Et si, au fur et à mesure que l’aspect nationaliste du PCA s’affirmait, les Européens l’ont quitté, en revendiquant l’accès pour les Algériens aux mêmes droits que les Français, ils risquaient leur peau. Ça s’est accéléré avec l’apparition de l’OAS. Même des gens pas particulièrement révolutionnaires comme le secrétaire de la SFIO, William Levy, ont été tués. Tout ce qui passait pour de la tiédeur était menacé de mort.

Dans le livre, vous parlez de « ces-Français-qui-se-croient-de-souche », pour qui l’histoire coloniale est « dans leur vie d’aujourd’hui »…

La société française est aujourd’hui encore très fortement marquée par la question algérienne. Il y a plusieurs millions de Français qui sont liés à l’histoire de l’Algérie pour des raisons différentes : les pieds-noirs et leurs descendants qui vivent encore dans la haine et le regret, les soldats de l’époque, qu’ils aient été ou non des héros, et les Algériens qui ont vécu là-bas et leurs descendants français, de quelque côté qu’ils aient été, indépendantistes ou harkis. Des gens qui ont un seul point commun et toutes les raisons de continuer le combat mémoriel. Et puis, il y a ce que j’appelle un « nouveau vécu » de la guerre d’Algérie. Un ancien soldat qui prend le métro à Saint-Denis ou à Bobigny est confronté à cette sensation de présence massive d’Algériens (ou ce qu’il peut assimiler comme tels) et, pour certains, la théorie du grand remplacement n’est pas loin. Autant d’éléments qui font que les plaies de la guerre d’Algérie ne sont pas refermées.

Il y a toujours une grande mobilisation de ces anciens d’Algérie liée au milieu des colons et à l’OAS. Quel est l’intérêt pour eux ?

Dans leur logique, on entend : « Ils nous ont virés et maintenant, ils sont là. » Ce constat erroné s’appuie sur un échec, réel celui-là, de l’Algérie nouvelle. Nul ne peut nier que l’enthousiasme de 1962 se soit vite dilué dans la bureaucratie, le parti unique, la prévarication, le népotisme… Les nostalgiques de l’Algérie française s’en servent pour dire que, de leur temps, ça n’allait finalement pas si mal. Comme ils ont fantasmé cette Algérie heureuse, ils font des parallèles historiques totalement dénués de fondements, mais auxquels ils croient dur comme fer.

C’est leur « paradis perdu »…

Oui. J’ai presque une sorte de… (il hésite longuement – NDLR) tendresse pour ces gens-là, qui vont mourir sans jamais rien avoir compris à leur vie. Cette génération toujours rivée à ses certitudes n’a rien compris aux raisons de son douloureux exil. Je cite, par exemple, l’entretien de Marthe Villalonga, cette brave femme qui n’est pas une facho, pas OAS, qui dit [[Dans le documentaire l’Amère Patrie.]]: « On s’entendait bien avec les Arabes. » D’autres maintiennent qu’il y avait des petits Arabes à l’école, alors qu’il n’y en avait pas un sur trente ! Et dans cette société « idyllique », d’un seul coup surgissent des agitateurs, le FLN, probablement payé par Moscou ou Le Caire, qui veulent les égorger ?

Un coup de tonnerre dans un ciel serein…

Évidemment, non. On ne peut comprendre la guerre d’Algérie sans remonter loin. Tout récit de cette guerre qui commence au 1er novembre 1954 est totalement discrédité. Comme on ne peut comprendre le nazisme si on part seulement de la prise du pouvoir en 1933, ou de la Révolution française si on ne traite qu’à partir du 14 juillet 1789.

Si ce groupe minoritaire et hyperactif, qui campe sur ses positions et les transmet à ses enfants, est toujours écouté, comment faire pour « débloquer l’histoire » ?

Je suis assez pessimiste. Si ça n’a pas été possible depuis 1962, ce sera difficile. Depuis la fin de la guerre, il sort à peu près un livre par an de témoignages sur le sujet : tous sont fiers de ce qu’ils ont fait, certains expliquant même dans le détail comment ils ont tué. Ils n’ont aucune décence, ni remords. Pour faire sauter ce bouchon, il faudra sans doute attendre l’extinction naturelle de cette génération. Mais même après, le poison irriguera une partie de la société française. Quand on voit ce que le maire UMP de Wissous, Richard Trinquier (fils de l’officier putschiste Roger Trinquier), dit des musulmans, les prises de position de la maire UMP d’Aix-en-Provence, Maryse Joissains, de Michèle Tabarot, les innombrables stèles et hommages à Béziers, Toulon, Marignane, Nice… cette transmission de leurs valeurs peut faire durer le blocage. Il y a un problème essentiel à mon avis : le manque de porosité entre le monde de la connaissance et la société. Je ne connais aucun historien qui soit dans le registre de l’Algérie heureuse : ils ont tous des yeux pour voir, travaillent sur les archives, les textes – qui sont par ailleurs consultables par le public. Mais ils se heurtent au mur des certitudes. Peut-être que les politiques peuvent faire quelque chose. L’ancien maire de Paris, Bertrand Delanoë, par exemple, en inaugurant une place Maurice-Audin, une plaque à la mémoire des victimes de l’OAS au Père-Lachaise, a bien fait. Mais c’est un rôle qui revient avant tout à l’éducation, au sens large. Je rêve de voir sur le service public une série complète sur la véritable histoire de la colonisation, sans en faire un tableau noir mais en rappelant la réalité. Mais dès qu’on affiche la volonté de présenter une histoire critique, on se heurte à de fortes réticences.

Sources :

  • http://www.humanite.fr/alain-ruscio-la-societe-francaise-est-encore-marquee-par-la-question-algerienne-574124
  • http://www.algerieinfos-saoudi.com/2015/05/la-societe-francaise-est-encore-marquee-par-la-question-algerienne.html

Débat. L’actualité en « Ménardie »

Les citoyens biterrois libèrent la parole, jeudi 21 mai, à 19 heures, au Théâtre du Minotaure de Béziers (15, rue de Solferino). Débat autour de la guerre d’Algérie avec Alain Ruscio (1), le journaliste Pierre Daum, auteur du livre le Dernier Tabou, sur les harkis restés en Algérie après 1962, et Jacques Cros, militant communiste, ancien soldat du contingent en Algérie, et animé par Jean-François Gavoury, président d’une association de victimes de l’OAS.

« LES DERNIERS MOTS », NOUVEAU FILM DE MOHAMMED ZAOUI (AUTEUR RÉALISATEUR DU FILM DU FILM « RETOUR À MONLUC » )

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Le film les « derniers mots » de Tahar Ouettar de Mohamed Zaoui ne viendra-t-il pas à Oran?

par Malik Tahir

HuffPost Algérie

le 16 mai 2015

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Le journaliste et réalisateur Mohamed Zaoui, s’est alarmé vendredi, dans un post publié sur sa page Facebook, d’une « tentative en cours » d’exclure son film documentaire, « Akher Kalam » (Derniers mots) réalisé au cours des derniers mois de la vie du grand écrivain arabophone, Tahar Ouettar, de participation au Festival d’Oran du film arabe (FOFA) qui doit débuter le 3 juin prochain.

« J’ai entendu dire que le film que j’ai réalisé sur le romancier défunt Tahar Ouettar ne sera pas programmé et ne sera pas inclus dans la compétition des films documentaires du Festival d’Oran du film arabe (FOFA) sous l’argument que la date de réalisation du film ne le permettrait pas » a indiqué que le réalisateur qui s’étonne de cet argument.

« La date du film est mentionnée dans le générique », c’est 2015. « C’est un film nouveau dont j’ai terminé la réalisation et la production, le montage et le mixage cette année » précise-t-il.

Le réalisateur est d’autant plus surpris que dit-il, il y a encore quelques semaines le commissaire du Festival, Brahim Seddiki  » me disait son grand enthousiasme de voir le film projeté et représenter l’Algérie dans la compétition. Et voilà que j’apprends qu’il y en a qui ne veulent pas de mon film au Festival »

Le commissaire du Festival lui a de nouveau redit, vendredi, qu’il serait honoré de le voir participer au Festival où un colloque sur le « roman et le cinéma » est prévu. Mais pour le réalisateur, ce serait un non-sens de participer à ce colloque tout en étant empêché d’être dans la compétition officielle. Il attend une réponse définitive des organisateurs sur ce sujet.

Une icône de la littérature algérienne

Mohamed Zaoui a été primé plusieurs fois au niveau international pour son film « Retour à Moutluc » qui suit le retour du militant indépendantiste Mustapha Boudina, 50 ans après, à la prison de Lyon où il était détenu dans le quartier des condamnés à mort.

Mohamed Zaoui avoue ne pas comprendre que l’on puisse vouloir exclure « un film sur l’écrivain Tahar Ouettar, cette grande icone de la littérature algérienne ».

Son film Retour à Montluc » a été distingué à deux reprises en Algérie comme Meilleur film documentaire à Alger, à l’occasion des 4èmes journées cinématographiques d’Alger en novembre 2013 et au festival du cinéma de Mostaganem en décembre 2013.

Au plan international, Retour à Montluc », a obtenu le « Poignard d’or » au Festival international du film de Mascate (Sultanat d’Oman). Il a été classé parmi les trois meilleurs films documentaires au 9e Festival international du film documentaire Al Jazeera, organisé au mois d’avril 2013 à Doha (Qatar).

PLUS: CulturesFestival D’Oran Du Film ArabeFofaTahar OuettarMohamed ZaouiDocumentaire « Akher Kalam »


sur socialgerie:

[Où SITUER TAHAR OUETTAR, l’ ÉCRIVAIN CONTROVERSÉ?

OPINIONS de Yassine Temlali, Arezki Metref, Mohamed Zaoui, Francis Combes
الأربعاء 15 أيلول (سبتمبر) _ 2010->268]


LE CAFÉ PRESSE POLITIQUE (CPP) DE RADIO.M PRIVÉ DU SOURIRE DE SON ANIMATRICE SOUHILA BENALI (VIDÉO)

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Par Ahmed Ferki

Maghreb Émergent

le 15 mai 2015

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LE CCP SANS SOUHILA

Le Café Presse Politique de Radio M est une émission bien algérienne. La preuve: le CPP parle du CPP, et des problèmes de la presse.

Elle apporte un peu de grâce dans une émission politique rébarbative, où on parle de scandales, de corruption, d’impasse politique et de blocage institutionnel. Elle offre son sourire désarmant pour atténuer l’air grave affiché par Saïd Djaafer et le ton sérieux de El Kadi Ihsane. Elle se perd dans de longues phrases pour faire oublier le rythme à la mitraillette de Khaled Drareni. Elle supporte les commentaires de Abed Charef.

Souhila Benali, animatrice du CPP, le café presse politique de Radio M depuis son lancement, début 2014, réunissait tous ces talents. Mais elle ne peut rien contre la bureaucratie et la bêtise. Jeudi 14 mai 2015, elle a raté l’émission, pour la première fois. Elle a été sommée par la chaine 3 de la radio algérienne de ne plus animer le CPP, sous peine d’être licenciée.

Pourtant, Souhila Benali participe à l’émission comme bénévole. Elle en assure l’animation « de manière gracieuse et bénévole ». Tout comme Khaled Drareni. El Kadi Ihsane, patron de Interface Medias, qui a lancé Radio M, l’a précisé lors de l’émission de jeudi. Le CPP permet à la journaliste de s’éclater, de faire ce qu’elle ne peut faire à la radio publique, et ce que ne peuvent faire les journalistes du secteur public de manière générale, a-t-il dit.

| LIRE AUSSI: [Retour sur l’aventure de Radio M, la webradio du CPP

 >http://www.huffpostmaghreb.com/2015/05/14/radio-m-censure-webradio-_n_7282190.html?utm_hp_ref=algeria]
|

Un secteur public étouffant

Souhila Benali a déjà eu des problèmes similaires quand elle présentait le journal de Canal Algérie. Bien avant elle, El Kadi Ihsane avait été licencié de la radio, et Abed Charef licencié de l’ENTV. Ce qui confirme que dans ce monde des médias publics, on en reste au même fonctionnement. Le secteur public constitue une part essentielle dans le système médiatique algérien. Mais ce secteur public est dans l’absurdité. Il est décalé dans le temps. « Il a un siècle de retard sur les médias modernes », estime Abed Charef.

Tranché, Saïd Djaafer relève que « le service public est interdit dans les radios publiques ». C’est une règle qui s’appuie sur un « barbarisme » qui veut que le service public obéisse à « la ligne éditoriale de l’Etat ». La situation s’est aggravée avec Hamid Grine, l’actuel ministre de la Communication, qui « fait dans le zèle », ajoute-t-il. M. Grine « met un excès de zèle » dans ses relations avec « des anciens confrères ». « Il le fait de manière hargneuse. Ça dépasse l’entendement ».

Dans le même sens, Hacen Ouali a noté que M. Grine « passe son temps à régler des comptes avec des journalistes qui ne sont pas dans la maison de l’obéissance ». Il se demande « pourquoi d’autres journalistes, pendant des campagnes électorales, ont pu travailler dans des chaines privées tout en étant payés par des médias publics, comme s’ils y étaient affectés ».

Khaled Drareni, qui a brillamment suppléé à l’absence de Souhila Benali en animant l’émission de jeudi 14 mai, a cité la chaine Wiam (Concorde), favorable au président Bouteflika, où officiaient des journalistes salariés de la télévision publique.

« Pourquoi certains journalistes du secteur public sont autorisés à collaborer ailleurs et d’autres non », s’est-il demandé? « Ceux qui sont autorisés passent un deal au préalable », répond Abed Charef. « Ils savent ce qu’ils peuvent dire et ce qu’ils doivent éviter de dire. Ils sont dans la précarité, comme les chaines privées, officiellement des sociétés étrangères, mais qui négocient un deal avant de commencer à émettre », dit-il. El Kadi Ihsane conteste cette vision. Pour lui, « il n’y a pas de deal ».

Avec cette polémique, le CPP était enfin revenu à sa routine. Avec, toutefois, le sourire de Souhila Benali en moins.

Retrouvez Radio M:

Retrouvez toutes les émissions de Radio M ICI.

BEZIERS – 21 MAI – CONFÉRENCE DÉBAT: LES CITOYENS DE BÉZIERS LIBÈRENT LA PAROLE

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JEUDI 21 MAI à 19h

BÉZIERS

Conférence débat en présence de

Alain RUSCIO, historien, et de

Pierre DAUM, journaliste

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Lieu: local de la Cimade,

14, rue de la Rotonde

Béziers


[

Plus d’informations sur le dernier livre de Pierre Daum

Le dernier tabou – Les harkis restés en Algérie après 1962

->www.lederniertabou.com]


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www.lederniertabou.com

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[

Plus d’informations sur le dernier livre de Alain Ruscio

Nostalgerie – L’interminable histoire de l-OAS

->http://www.editionsladecouverte.fr/catalogue/index-Nostalg__rie-9782707186157.html]

9782707186157.jpgPour des centaines de milliers d’Européens qui ont naguère vécu en Algérie, l’idéalisation du passé s’est transformée en une « nostalgérie », beau mot chargé de mélancolie. Mais le drame commence lorsqu’on constate qu’une seule famille politique française, celle des anciens de l’Organisation armée secrète (OAS) et de leurs héritiers, l’a malhonnêtement et durablement instrumentalisée. Non contents d’avoir mené toute une communauté à l’impasse puis à l’exil, les « ultras » de l’Algérie française ont tenté, depuis, d’accaparer sa mémoire. Et ils y sont en partie parvenus.
Ces hommes ont fait le choix, à partir de février 1961, d’enclencher en toute connaissance de cause une incroyable spirale de violence terroriste, en Algérie comme en France. Alain Ruscio propose dans ce livre un récit synthétique des racines et de l’histoire de ce tragique épisode, ainsi que de ses séquelles contemporaines. Mobilisant un impressionnant corpus documentaire – dont beaucoup de Mémoires d’anciens de l’OAS –, l’auteur retrace la dérive de ces officiers à l’idéal patriotique dévoyé, militants fascisants et petits malfrats transformés en assassins, qui ont eu l’incroyable prétention de « bloquer l’histoire », comme l’avait écrit Pierre Nora dès 1961. Enfin, Alain Ruscio explique comment et pourquoi la mémoire brûlante de ces années de folie meurtrière travaille toujours, de façon souterraine, la société française.
Ce livre est une précieuse réponse à l’un des derniers négationnismes que véhicule encore une certaine histoire coloniale « à la française

PARIS – 20 MAI – MAISON DE LA POÉSIE: HOMMAGE À MALEK ALLOULA

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Une rencontre en hommage à la figure discrète, exigeante et lumineuse de Malek Alloula, décédé en février dernier à Berlin, est organisée à la Maison de la poésie à Paris mercredi 20 mai à 21h.

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« Grand lecteur – il travailla longtemps aux côtés de l’éditeur Christian Bourgois – cinéphile averti, amateur de peinture,

Malek Alloula aimait aller à l’essentiel, avec une lucidité à la fois désespérée et joyeuse.

C’est de tout cela, et de sa curiosité pour la vie, que parleront ses amis lors d’une soirée qui mêlera lectures (dont celle de ses derniers textes inédits), musique et conversations autour d’une œuvre à (re)découvrir. »

Pour l’évoquer ce soir-là, nombre de compagnons, amis, seront présents.

Avec :

Yamna Chadli Abdelkader, Arno Bertina, Sofiane Hadjadj, Nourredine Saadi, …

Lectures accompagnées à l’oud par Claude Barthélémy

HOMMAGE A MALEK ALLOULA
Mercredi 20 mai 2015 – 21H00
Maison de la Poésie
Passage Molière

157, rue Saint-Martin – 75003 Paris

M° Rambuteau – RER Les Halles
Entrée libre dans la limite des places disponibles


À cette occasion, sera présenté son recueil posthume :

Dans tout ce blanc, Écrits de Berlin 2011-2015

(Rhubarbe/barzakh, 2015).


MALEK ALLOULA, né à Oran en 1937, est décédé à Berlin en 2015.

Il a vécu principalement à Paris, où il a longtemps travaillé dans l’édition.

Poète, écrivain, essayiste, il est une figure essentielle de la littérature algérienne.

Il est l’auteur de plusieurs ouvrages, dont

  • Le Harem colonial, essai (rééd. Séguier, 2001),

  • Les Festins de l’Exil (Ed. Françoise Truffaut, 2003),

  • Villes & Autres Lieux et Rêveurs/Sépultures suivi de Mesures du vent, poèmes

    (rééd. barzakh, 2008),

  • Le Cri de Tarzan, nouvelles (barzakh, 2008).
[barzakh]

09, lot petite Provence

Hydra 16035 Alger

T. +213 21 691914

F. +213 21 692906
https://www.facebook.com/editions.barzakh

http://www.editions-barzakh.com/

LES HARRAGAS – POÈME

Ils ont plongé tous corps tendus

Par les désespoirs et les misères vécus,
Dans l’eau glacée de la Méditerranée,
Mille vœux humains dans leurs cœurs.

Ils ont affronté des brises et des houles violentes,

Soufflant de toutes parts et contre tous.
Ils appréhendaient ces nuits profondes à la fin incertaine,
Qui devaient les mener vers leurs espérances.

Ils avaient préparé leurs aventures meurtrières

Des mois et peut-être des années durant,
Soumis aux diktats financiers et de calendriers
De gangs maffieux des traversées vers l’inconnu.

Ils viennent de partout,

De ces contrées proches et lointaines,
De l’Afrique berceau de l’humanité,
De l’Orient d’où fusaient jadis les lumières.

Ils sont surtout jeunes, pensant la vie et le monde devant eux,

Désespérés de l’inconscience des maîtres de leurs pays,
Jusqu’à perdre toute raison,
Puisque la raison n’irrigue pas les neurones de ces maîtres.

Ils ont rasé les murs à longueur de journée,

Arpentant rues et quartiers de leurs villages ou de leurs villes,
Certains avec leurs diplômes, d’autres sans ,
Pour retrouver sommeil, la nuit noircie, dans les dortoirs familiaux.

Ils avaient honte de leurs âges mûrissant,

Se sentant exclus, en marge de la société,
Après avoir épuisé tous les ressorts de leur patience,
Victimes d’un État inconscient de son rapport à la nation.

Ils devaient avoir droit à l’impatience,

Impatients qu’ils étaient d’éclater la vie,
De la vivre avec les fibres de leur temps,
Avec l’amour de leurs pays et des leurs.

Ils ont ouvert les yeux sur et dans un monde effervescent,

Un village global formaté par une digitalisation planétaire,
Un monde produisant richesses pour une infime minorité
Et pauvreté, précarité, exclusion pour l’écrasante majorité.

Ils étaient attirés par le mirage des pays du Ponant,

Les masques de leur opulence cachant sa réelle nature,
Pensant trouver ce qu’ils souhaitaient avoir dans leurs pays,
Les voies du savoir, de la liberté et du travail pour eux et leurs enfants.

Ils ont fini, pour certains, par être engloutis ou rejetés par la mer,

Beaucoup ont franchi, non sans souffrances, les frontières
Demandant un droit d’asile qu’ils ne sont pas assurés de recevoir,
D’autres ont plongé dans une clandestinité de tous les dangers.

Avril 2015

Mahi Ahmed

ALGER – 2 MAI – LADH: – CONFÉRENCE DÉBAT: LIBERTE DE LA PRESSE

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JOURNÉE MONDIALE DE LA LIBERTÉ DE LA PRESSE
Un Forum de la LADDH ce samedi

“Les libertés face à la régression continue”

liberte-de-la-presse.jpgliberté de la presse

Par Yacine Omar

le 30 avril 2015

Algerie Focus

La Ligue algérienne pour la défense des droits de l’Homme (LADDH) célébrera la Journée mondiale de la liberté de la presse coïncidant avec le 3 mai de chaque année en organisant un Forum des libertés sous le thème “Les libertés face à la régression continue”.

La rencontre-débat aura lieu
ce samedi 2 mai,

à partir de 10h30
au siège de la LADDH,

sis à 05, rue Pierre Viala, niveau 101, Didouche Mourad, à Alger,

indique l’organisation dans un communiqué.

Quatre thèmes relatifs à la liberté d’expression sont au programme de ce forum.

  • Le premier est “La liberté pour la loi”, qui sera animé par Mme Fatma Oussedik, sociologue et membre du réseau Wassila.
  • Le deuxième sur “La régulation et la publicité deviennent des instruments de contrôle” et il sera développé par M. Belkacem Mestfaoui, professeur à l’Ecole national de journalisme.
  • Le troisième est “Mouvement des chômeur, du droit au travail au droit à la simple expression” autour de Badi Abdelghani, avocat et défenseur des droits de l’Homme.
  • “Pas de liberté de la presse sans les autres libertés” est le dernier thème, qui sera développé par Ammar Belhimer, journaliste et universitaire.

Les débats seront modérés par le président de la LADDH, Me Nouredine Benissad, ajoute-t-on dans le même document.

Le LADDH estime, en effet, que “ce n’est que lorsque les journalistes sont libres de surveiller, d’enquêter et de critiquer les politiques et les actions qu’une bonne gouvernance peut exister”.

Sources Algérie Focus


ALGER – 22 AVRIL 2015: LA DARIJA, UNE LANGUE À PART ENTIÈRE

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Journée d’études autour de l’arabe algérien: « La darja, une langue à part entière? » par Nejma Rondeleux – HuffPost Algérie – le 23 avril 2015;


La darija, une langue à part entière ? هل الدارجة لغة ؟ الدارجة لغة ولّا ماشي لغة ؟ – le 22 avril 2015 – Programme – البرنامج ;


Journée d’études autour de l’arabe algérien: « La darja, une langue à part entière? »
par Nejma Rondeleux

HuffPost Algérie

le 23 avril 2015

n-tour-babel-large570.jpg Tour de Babel. Flikr/fdecomite

Darija, darja, arabe algérien, l’algérien, le dialectal… les nominations divergent et les orthographes aussi pour qualifier cet arabe parlé dans les rues et les maisons algériennes.

Si la qualification tâtonne encore, une chose est sûre: « Les lignes sont en train de bouger alors que le sujet a été considéré pendant de longues années comme tabou”, pointe d’entrée Khaoula Taleb Ibrahimi, professeure de linguistique à l’Université d’Alger 2, en ouverture de la journée d’étude “La darija, une langue à part entière?” organisée mercredi 22 avril au Centre d’études diocésain des Glycines à Alger.

Pour preuve, depuis 2012, pas moins de cinq dictionnaires bilingues d’arabe algérien ont été publiés ou réédités, a rappelé la modératrice de la journée citant notamment, le Dictionnaire français-arabe de la langue parlée en Algérie de Belkacem Ben Sedira (réédition Dar Khettab, 2015), le Dictionnaire pratique arabe-français de Marcellin Beaussier et Mohamed Ben Cheneb (réédition OPU, 2014), مهدي براشد، معجم العامية الدزيرية بلسان جزائري مبين (Editions Vescera, 2013), le Dictionnaire des locutions de l’arabe dialectal algérien de Mohamed Nazim Aziri (ANEP, 2012).

La sphère des réseaux sociaux et des télécommunications n’est pas en reste qui fourmille de tweets, messages Facebook et sms rédigés en darija. De ce bouillonnement est né l’idée d’organiser “une pause réflexive ” pour regarder ce qui se passe à la fois sur le terrain des études dialectales et sur l’évolution du paysage langagier dans le pays.

| “Que signifie ce regain d’intérêt pour les parlers algériens? Pourquoi maintenant? Peut-on considérer ce phénomène comme autant de signaux qui démontrent que la société algérienne est en pleine évolution, en quête de son algérianité? La stigmatisation au nom d’un purisme exclusif de toute expression non canonique ne semble plus de mise”, a soulevé Khaoula Taleb Ibrahimi. |

Modernisation

Rare lieu d’apprentissage de la darja, le Centre d’études diocésain des Glycines qui a donné naissance à la “Méthode Kamal” en 1971 pour l’enseignement du dialectal, œuvre depuis cette date à la diffusion et à la théorisation de l’arabe algérien.

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“Depuis 2012, une équipe de linguistes composée des professeurs Philippe Blanchet de l’Universités de Rennes 2 et Khaoula Taleb Ibrahimi d’Alger 2, et de deux étudiants, Matthieu Marchadour et Fatma Zohra Chaïb, a entrepris une révision-actualisation de “La Méthode Kamal”, a expliqué dans son introduction dite en darija, Guillaume Michel, directeur du Centre, devant une assemblée venue en nombre assister à cette journée d’étude.

“La Méthode Kamal suit à travers 45 textes et dialogues situationnels la vie quotidienne d’une famille issue d’une classe moyenne composée de Kamal, sa famille et ses quatre enfants, et de son frère Youssef, un immigré rentré de France qui découvrira les changements socio-économiques de l’Algérie indépendante après six ans d’absence”, a expliqué Fatma Zohra Chaïb, étudiante à l’Université Alger 2.

La jeune chercheure qui travaille sur “L’actualisation des contenus langagiers de la méthode Kamal”, a notamment recommandé une “modernisation de la transcription en introduisant les chiffres 7, 3, 9, communément utilisés à l’écrit”, “l’ajout de supports favorisant des démarches interculturelles comme les films de Merzak Allouache, les chansons chaâbi, les proverbes, etc.”, et “plus de dynamisme avec une balade à la Casbah”.

Le “dépoussiérage” de la méthode quarantenaire a d’ailleurs déjà commencé : les 45 dialogues ont tous été réenregistrés par des acteurs, les textes et fiches de vocabulaire ont été réunis dans un livret qui accompagne les élèves. Et un travail d’un véritable manuel pédagogique avec textes, grammaire et exercice, destiné au grand public, a été lancé.

“Oui, la darija est donc bien une langue à part entière, il faut le dire et le répéter”, a conclu Khaoula Taleb Ibrahimi en guise de réponse à la question du jour.

pour lire article en entier et accéder aux photos, cliquer sur le lien (…)

sources Huffpost maghreb.com

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La darija,

une langue à part entière ?

هل الدارجة لغة ؟

الدارجة لغة ولّا ماشي لغة ؟

Mercredi 22 avril 2015

14h00 – 18h00


Programme – البرنامج


1. L’arabe algérien : approches sociolinguistiques et didactiques

مقاربة سوسيولغوية و تعليمية للدارجة الجزائرية


  • Khaoula Taleb Ibrahimi, Université Alger 2 :

    « La darija une langue à part entière » « هل الدارجة لغة ؟ »

  • Matthieu Marchadour, Université Rennes 2

    « La méthode Kamal, une méthode d’apprentissage de l’arabe algérien : étude didactique »

  • Fatma Zohra Chaïb, Université Alger 2

    « L’actualisation des contenus langagiers de la méthode Kamal »

    فاطمة الزهراء شايب : تحديث المحتويات اللغوية لطريقة الكمال (نظرة دينامية لتطور الدارجة)


2. Dictionnaires de l’arabe algérien, nouvelles éditions et rééditions : présentation par les auteurs et éditeurs

تقديم القواميس المزدوجة للغة العربية الجزائرية الصادرة مؤخرا من طرف المؤلفين والناشرين
مهدي براشد، معجم العامية الدزيرية بلسان جزائري مبين- Editions Vescera 2013


  • Belkacemm Ben Sedira, Dictionnaire français-arabe de la langue parlé en Algérie, Dar Khettab, 2015
  • Marcellin Beaussier, Mohamed Ben Cheneb, Dictionnaire pratique arabe-français, OPU, 2015

3. Littératures populaires, conservatoires des parlers arabes algériens »

دور الأدب الشعبي في الحفاظ على الدارجة

  • Abdelhamid Bourayou et Hamid Bouhbib, Université Alger 2 « Le rôle de la littérature populaire dans la préservation de la darija » table ronde

    عبد الحميد بورايو و حميد بوحبيب : دور الأدب الشعبي في الحفاظ على العاميات الجزائرية

Conclusion et synthèse des travaux

ختام اليوم الدراسي


Khaoula Taleb Ibrahimi et Abderrazak Dourari,

Université Alger 2,

Philippe Blanchet,

Rennes 2

« Plaidoyer pour les langues maternelles »

Depuis 2012, le domaine de la linguistique a vu la publication ou la réédition d’au moins cinq dictionnaires bilingues d’arabe algérien* alors que la presse arabophone et francophone a traité à maintes reprises de la question des langues parlées, de l’arabe algérien en particulier et ce sous des formats divers (débats, exposés de spécialistes, interviews, comptes-rendus de manifestations) dont plusieurs dossiers thématiques en pages centrales. Les réseaux sociaux ne sont pas en reste avec diverses initiatives de valorisation du patrimoine vernaculaire, dont d’ambitieuses entreprises de traduction de textes scientifiques et littéraires en langues parlées.

Que signifie ce regain d’intérêt pour les parlers algériens ? Pourquoi maintenant ? Peut-on considérer ce phénomène comme autant de signaux qui n’échappent pas à la vigilance des spécialistes et qui démontrent que la société algérienne est en pleine évolution, en quête de son algérianité ? Vecteurs de la socialisation des locuteurs algériens, socles (avec les parlers amazighes) de leurs pratiques langagières et instruments de communication au quotidien, les langues maternelles et leur perception dans le large public sont en train de changer. La stigmatisation au nom d’un purisme exclusif de toute expression non canonique ne semble plus de mise. Par ailleurs, le répertoire de la poésie populaire citadine d’Alger connue sous l’appellation « chaabi » ne cesse d’être réexploré et valorisé par la jeune génération des écrivains, des chanteurs et des poètes.

Depuis 2013, une équipe de spécialistes des Universités d’Alger 2 et de Rennes 2 entreprend une révision/actualisation de La Méthode Kamal© d’enseignement de l’arabe algérien produite et utilisée par le Centre d’études diocésain Les Glycines depuis quatre décennies. A l’occasion d’une d’étape dans ce travail, le Centre d’études diocésain a voulu rassembler en une journée d’étude un certain nombre de chercheurs et universitaires qui travaillent dans le champ des études dialectales en Algérie et au Maghreb, afin de poursuivre les débats qui animent aujourd’hui le champ des études dialectales.

La journée s’ouvrira par une double approche sociolinguistique et didactique de l’arabe algérien. Appréhendé dans sa dimension sociolinguistique et dans la globalité de ses usages, il s’agit de comprendre la manière dont l’arabe algérien, comme toute langue parlée et écrite par une communauté, connaît la variation, c’est-à-dire l’utilisation d’une série de niveaux et de registres de langue qui constituent une langue à part entière, indépendamment des facteurs politiques, sociaux, économiques et anthropologiques qui déterminent le statut de chacun de ces registres et leur place dans les pratiques d’une communauté. L’approche didactique se focalisera sur La Méthode Kamal© et ses contenus didactiques et langagiers.

Dans un second temps la parole sera donnée aux auteurs et éditeurs des dictionnaires bilingues récemment publiés.

La troisième partie de la rencontre sera animée par des spécialistes de l’une des variations de l’arabe algérien qui correspond au registre de la littérature populaire dans tous ses genres, registre souvent hermétique aux non initiés : chaabi, haouzi, melhoun, proverbes, bouqalate etc. Cette littérature apparait en effet comme le véritable corpus conservatoire des parlers algériens.

منذ 2012 صدرت على الأقل خمسة قواميس للدارجة الجزائرية*. و في السنين الأخيرة تطرقت وسائل الإعلام الناطقة أو المكتوبة بالعربية و الفرنسية لمسألة اللغات المستعملة و بالخصوص الدارجة الجزائرية في ملفات خاصة أو ندوات و غيرها عدة مرات، ضف إلى ذلك مبادرات الشبكات الاجتماعية لترقية التراث اللغوي و ترجمة نصوص علمية و أدبية إلى اللغة المحكية

كيف يمكن لنا أن نفسر هذا الاهتمام المتزايد بالدارجة الجزائرية ؟ و لماذا الآن ؟ هل يمكن اعتبار هذه الظاهرة علامةً على تطور المجتمع الجزائري الذي أصبح اليوم يلح على هويته الجزائرية ؟ هل لأنّ الدارجة عامل قوي في تشكل مجتمع المتكلمين الجزائريين و أساس الممارسات اللغوية اليومية لأغلبية المتكلمين فلا يمكن بأيّ حال من الأحوال أن نتجاهلها باسم الأصالة أو الخوف على العربية الفصحى هذا من جهة و من جهة أخرى هناك التراث الأدبي الشعبي الذي مازال مصدر الإلهام للجيل الجديد من الكتاب والشعراء و المغنين

ابتداء من 2013قام فريق من المختصين من جامعتي الجزائر و ران بعملية مراجعة و تجديد لطريقة كمال لتعليم العربية الجزائرية المؤلفة و المستعملة من طرف المركز الأسقفي للدراسات و الأبحاث مند أربعين سنة

بمناسبة تواجد الفريق هذا الأسبوع في الجزائر، ينظم المركز يوما دراسيا يجمع بعض الباحثين و الجامعيين اللذين يعملون في حقل الدراسات اللغوية و المهتمين بالدارجات المستعملة في الجزائر خاصة و المغرب العربي عامة

يُفتتح اليوم الدراسي بمقاربة سوسيولغوية للدارجة الجزائرية. القصد منها التأكيد على أن الدارجة لغة بالمعنى العلمي و أنّها تعرف كلّ الظواهر التي تعرفها اللغات الطبيعية البشرية إذا ما تناولنا ها مستقلة عن العوامل السياسية والاقتصادية و الاجتماعية والأنثروبولوجية التي تحدد وضعها في أيّ مجتمع. ترتكز المقاربة التعليمية على طريقة كمال و مضامينها اللغوية و التعليمية. في المرحلة الثانية تُعطى الكلمة للمؤلفين والناشرين للحديث عن القواميس المزدوجة الصادرة مؤخرا. في المرحلة الثالثة و الأخيرة يتطرق المختصون في الأدب الشعبي للتراث الأدبي بكل أنواعه : الشعبي و الحوزي و الشعر الملحون و الامثال و البوقالات مبرزين الدور الحاسم الذي يلعبه الأدب الشعبي في الحفاظ على الدارجة دون أن نتغافل عن التجديد الذي يلاحظ في السنوات الأخيرة في ميدان التأليف و الكتابة بالدارجة في الجزائر.

* مهدي براشد معجم العامية الدزيرية بلسان جزائري مبين (Editions Vescera, 2013)

Mohamed Nazim Aziri, Dictionnaire des locutions de l’arabe dialectal algérien, ANEP, 2012) ;

Jihane Madouni-La Peyre Dictionnaire arabe algérien-français, Algérie de l’ouest de L’Asiathèque, 2014 ;

Marcellin Beaussier et Mohamed Ben Cheneb Dictionnaire pratique arabe-français réédition OPU, 2014,

Belkacem Ben Sedira Dictionnaire français-arabe de la langue parlée en Algérie, réédition Dar Khettab, 2015.

0opmm.jpg Illustration : Méthode Kamal, leçon 23, xla:set enna sselaa

اخلا صـت لـنا السـلـعـة

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PARIS-24 AVRIL 2015: À LA MÉMOIRE DE ABDELKADER ALLOULA

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A la mémoire de

Malek Alloula
Vendredi 24 avril 2015
18h30 à l’ACB

Animé par Nourredine Saadi et Arezki Metref

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Avec les témoignages de :

Medhi Alloula
Mourad Bourboune
Denise Brahimi
Nabile Farès
Mohammed Harbi
Abdelatif Laâbi
Véronique Lejeune
Waciny Laâradj
Zozo Maâmar
Kamal Mezoued
Ben Mohammed
Habib Tengour
Aicha Touati

Lecture de textes de Malek Alloula par :

Paule Abecassis
Christiane Corthay
Mélissa Eugénie
Marie-George Laemmel
Renée Salmon

Renseignement et réservations

ACB : 37 bis rue des Maronites 75020 Paris
M° Ménilmontant. Tél : 01.43.58.23.25 .
Mail : contact@acbparis.org

………………………………………………
Retrouvez toute notre actualité sur notre site,
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ainsi que l’actualité de nos partenaires sur « l’ACB vous informe »
et la retranscription vidéo de la dernière rencontre littéraire.

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pour rappel:

Alloula au Théâtre National Algérien : une expérience brisée nette.
article mis en ligne par Alger républicain, le 1er septembre 2014
repris sur le site facebook de la Fondation Abdelkader Alloula, le 20 avril 2015.

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Affiche Rencontres Alloula Oran mars 2014

À l’occasion de la première édition des Rencontres Alloula, organisée par la Fondation Abdelkader Alloula du 13 au 15 mars 2014, vingt ans après son assassinat par les tueurs de l’islam politique, Smaïl Hadj Ali a présenté la communication que nous publions ici, lors d’une table-ronde tenue à l’université d’Oran-Es-Senia autour de l’œuvre et de l’héritage de ce grand dramaturge et patriote. – Alger républicain

abdelkader_alloula_au_maoussem_d_oran_durant_l_ete_de_1990_photo_de_sha-7e59b.png Abdelkader Alloula au Maoussem d’Oran durant l’été 1990 DR S. Hadj Ali PNG

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Alloula au Théâtre National Algérien : une expérience brisée nette.
Le travail et l’œuvre d’Abdelkader Alloula, auteur, comédien, ont été inséparables de son combat pour la formation et l’ancrage d’espaces publics esthétiques et artistiques dans la Cité. Facteurs et vecteurs de vie démocratique, ces espaces publics, parmi lesquels, la scène théâtrale, ont été des lieux de débats pluralistes, [1] d’échanges cultivés, d’apprentissage de la parole publique, mais aussi de développement des capacités de raisonnement et d’esprit critique sur les choses de la Cité. En ce sens, Abdelkader Alloula a été, il le reste, étroitement lié à l’histoire de la culture, des arts et du théâtre, son art de prédilection, de notre pays.

pour lire la suite, cliquer sur le lien: (…)

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DDA LMULUD L’ HÉRITAGE OUBLIÉ

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El Watan

le 17 avril 2015

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«Vous me faites le chantre de la culture berbère et c’est vrai. Cette culture est la mienne, elle est aussi la vôtre. Elle est une des composantes de la culture algérienne, elle contribue à l’enrichir, à la diversifier. Et à ce titre, je tiens – comme vous devriez le faire avec moi – non seulement à la maintenir mais à la développer», disait Mouloud Mammeri en avril 1980.

C’est l’interdiction d’une de ses conférences, à Tizi Ouzou, sur la poésie kabyle ancienne qui est à l’origine des événements du Printemps berbère, le 20 avril 1980. Retour, 35 ans après, sur les idées et les pensées du linguiste, anthropologue et écrivain, jamais enseigné à l’école. Est-ce un héritage ou s’agit-il d’une simple récupération d’un symbole ?

Hend Sadi. Auteur et universitaire : Une dimension historique

L’héritage de Mouloud Mammeri, c’est d’abord une œuvre variée dans son expression mais unie dans sa finalité. Son apport au renouveau amazigh est immense : passage à l’écrit de la langue, création — dans la voie ouverte par Jean Amrouche — d’anthologies devenues des classiques littéraires, travail sur la néologie qui a ouvert les portes de la modernité à la langue amazighe ; travail grâce auquel, par exemple, on a pu voir tout récemment des Amazighs du Nefoussa libyen, de l’Atlas marocain, du M’zab, des Aurès et du Djurdjura algériens échanger en tamazight sur leur devenir commun.

L’héritage qu’il nous lègue, c’est aussi une certaine éthique qui devrait inspirer les acteurs d’aujourd’hui, davantage accaparés par leur ego plutôt que par l’intérêt collectif. Son aura faisait qu’il était, à lui seul, une institution plus écoutée que des organismes qui, au final, œuvrent à l’assujettissement.

Cela étant, son œuvre ne doit pas être figée ou momifiée, mais fécondée à travers une approche critique rationnelle. Quant à ceux qui cherchent à récupérer ce symbole, ils témoignent seulement que pour exister, on peut faire avec lui, contre lui, mais pas sans lui. La liberté, l’honnêteté intellectuelle, si naturelles chez lui, la fidélité à la terre qui l’a vu naître demeurent à mes yeux des valeurs cardinales.

S’il a pu gagner l’estime de personnalités internationales considérables appartenant au monde des idées aussi diverses que Taha Hussein ou Pierre Bourdieu, a priori si loin de sa Colline, tout en étant célébré par son peuple alors qu’il a été combattu, diffamé sans relâche de son vivant par l’élite de son pays soumise au dogme arabo-islamique, c’est qu’il incarne un idéal qui transcende sa personne pour atteindre une dimension historique.

  • Abdennour Abdesselam. Ecrivain : C’est un héritage assumé

On ne peut évoquer Mouloud Mammeri sans signaler que seul, il a réussi à influer sur le cours des événements durant la longue période où la langue amazighe était frappée d’ostracisme. Cette influence, soutenue par une immense œuvre scientifique, a mis en échec la terrible machine mise en place par le pouvoir d’alors pour exterminer la langue amazighe et effacer l’élément principal qui fonde l’identité algérienne, à savoir l’amazighité.

Ceci dit, je considère que l’héritage légué par Mammeri est aujourd’hui assumé et célébré. Il a servi de soubassement et de rampe de lancement dans divers secteurs permettant le développement de la langue. Ainsi, la langue amazighe est aujourd’hui enseignée officiellement en Algérie sur les bases grammaticales établies par Mammeri au niveau des différents cycles et paliers scolaires, après une période de lancement à titre expérimental. Son enseignement est une réalité professionnelle. Les trois départements de langue et culture amazighes des universités de Tizi Ouzou, de Béjaïa et de Bouira assurent une formation universitaire quantitative et qualitative. Des laboratoires de recherche lui sont consacrés.

L’institution du Haut conseil à l’amazighité (HCA), arrachée au prix du boycott d’une année scolaire, fait un travail scientifique et culturel dans ses missions de réhabilitation du fait amazigh. Le monde de l’audiovisuel grouille en production. Des festivals culturels sont organisés régulièrement. Des auteurs et des traducteurs dans différents genres (poésie, littérature, théâtre, nouvelles, etc.) publient des ouvrages intéressants, même si l’on aurait à redire sur certaines productions. Des maisons d’édition spécialisées dans le domaine amazigh voient le jour et les étalages des librairies ne désemplissent pas.

À travers ces quelques exemples qui confirment que l’héritage de Mammeri est assumé, je voudrais apporter ici une réponse à une question teintée d’inquiétude et de pessimisme que ne cessent de se poser des citoyens. En effet, ils pensent que la militance ayant porté la revendication de la question amazighe s’est considérablement affaiblie et est plongée dans une léthargie sans pareille. Certains parlent même d’un effroyable évanouissement et de la désaffection de la population sur le sujet.

L’argument développé autour de cette inquiétude tient de ce que la revendication n’est effectivement plus visible sous les traditionnelles formes de manifestation de rue. Cette constatation — de bonne foi somme toute, surtout lorsqu’elle n’est pas enjointe par des influences politiciennes de centres d’intérêt bien connus — est vraie mais elle peut s’expliquer par un manque de discernement et d’évaluation, justement, de la longue marche de la revendication qui s’est déplacée aujourd’hui sur le terrain de la production plurielle et scientifique d’une extrême et vitale importance.

  • Rachid Bellil. Chercheur au CNRPAH : Nous sommes dans l’«entre-soi»

Aujourd’hui, nous n’avons malheureusement pas une vue d’ensemble pour évaluer l’exploitation de l’héritage de Mammeri mais, première hypothèse, je dirais qu’on s’éloigne de plus en plus de sa pensée. Les horizons sont aujourd’hui réduits alors que ce penseur réfléchissait à l’échelle du Maghreb, allant même jusqu’au Niger et au Mali en passant bien sûr par les Touareg. Nous sommes dans un esprit de rétrécissement. Les discussions sur la société se limitent en kabyle seulement. Il n’y a pas eu, d’ailleurs, d’étude systématique de l’évolution de la pensée de Mammeri.

Il faudrait élargir les horizons et, maintenant, nous sommes dans une autre étape. Nous enregistrons aussi une absence d’aventure. Cela est dû à la difficulté de connaître l’autre. Il y a un sérieux problème de relation avec les autres sociétés. Nous sommes dans l’«entre-soi». Sociologiquement, la société de l’Afrique du Nord n’a pas le désir de connaître l’autre. Elle se limite à la tribu seulement.

  • Slimene Hachi. Directeur du Centre national de recherche préhistorique, anthropologique et historique : C’est une présence permanente

Ce qu’a semé Mammeri est indestructible. C’est une présence permanente. Mammeri, l’écriture entomologique et romanesque, visait le même but, c’est-à-dire parler de sa société. Cet héritage est aujourd’hui là, il a fait le boulot, maintenant le reste, c’est de mobiliser la société. On le trouve si on veut y avoir recours. Certains y recourent. S’il y a une anthropologie maghrébine, c’est Mammeri qui en est le fondateur. Si aujourd’hui l’Algérie a vécu les années 1990, c’est que nous nous sommes éloignés de nous-mêmes et du chemin menant à nous-mêmes, et Mammeri c’est l’exact contraire.

Après le constat des années 1990, le remède est d’aller à nous-mêmes. Et cela est une invitation de Mammeri. C’est surtout reprendre ce que nous sommes dans le monde. Ceux qui le réduisent à une culture kabyle, ce sont des gens qui n’ont pas compris la pensée de Mammeri. Il était Algérien dans toutes ses composantes, sa diversité, sa complicité, bref… son histoire. Il s’agit d’un savant et d’un anthropologue qui avait travaillé sur sa société. Son destin l’a mené à l’âge de 11 ans au Maroc où il a découvert très tôt la vastitude et en même temps l’unité du monde.

Après de brillantes études, il a travaillé sur sa société. Il a emprunté plusieurs chemins pour en parler. A travers ses romans, il n’a pas arrêté d’écrire et de décrire la société en utilisant tous les moyens (le roman, l’analyse anthropologique, la poésie…). Il était un anthropologue en soi. Il était un acteur important dans sa société. C’était quelqu’un qui produisait de l’idée, du savoir, de la connaissance et de la perspective sur et pour sa société. Si, globalement, on a retenu tout cela de lui, cela veut dire qu’il a semé. On ne peut pas ne pas retenir tout cela.

L’héritage est d’abord une quête et une position sur la société maghrébine. Aujourd’hui, au niveau de la sphère intellectuelle et professionnelle, on ne peut pas se déployer sans s’appuyer sur les travaux de Mammeri, car il s’est sérieusement attaqué à de principaux aspects, comme la grammaire et le dictionnaire et d’autres formes esthétiques de la langue. Il était convaincu que les civilisations n’existent qu’avec ce qu’elles ont comme aspects formalistes et esthétiques.

C’est lui qui avait tracé la voie. En 1978, lorsqu’il avait organisé une table ronde, il avait évoqué l’importance de recueillir tout le patrimoine, puisque nous vivons des mutations sociales qui pouvaient mettre en danger notre mémoire. Il fallait, selon lui, fixer cette mémoire. A son époque, au lendemain de l’indépendance, tous les efforts étaient concentrés sur la reconstruction techniciste, sans trop se soucier de la science humaine.

D’où les inquiétudes de Mammeri de voir le patrimoine disparaître, car il savait que les mutations sociales pouvaient mener à une disparition de la mémoire. Nous sommes-nous éloignés du chemin de Mammeri ? Maintenant les choses ont évolué, tamazight pour lequel il avait combattu est devenue langue nationale.

Le plus important, c’est que cette langue a cessé d’être clandestine. Aujourd’hui, on discute pour que le statut puisse évoluer. C’est la victoire de Mammeri. Il s’agit de victoire au plan mondial, face à la mondialisation et à la globalisation. Le monde prend conscience de la culture héritée. Car la culture est un mélange entre l’héritage et la créativité. Lettre à un Français est une missive que Mammeri avait envoyée le 30 novembre 1956 à Jean Senac, installé à Rodez, à la demande de ce dernier de lui fournir un texte pour un numéro sur l’Algérie combattante qu’il envisageait de publier dans la revue Entretiens sur les lettres et les arts. Pourquoi cette lettre n’est pas enseignée à l’école ? Elle devrait être connue de tous les enfants d’Algérie. Il faut qu’elle soit prise comme un texte littéraire.

  • Brahim Tazaghart. Editeur : Le Mouvement berbère est devenu un rite

Aujourd’hui nous pouvons évoquer une société en crise qui ne recourt plus aux idées de Mammeri. On se réfère de moins en moins à Mammeri comme action, c’est-à-dire à tout le travail généreux qu’il a effectué sur l’Afrique du Nord et la société maghrébine. Mammeri est synonyme de la fécondité dans l’action de sa lutte, par exemple sur tamazight. Or ce qui se passe, aujourd’hui, dans le Mouvement berbère obéit à un rite. Il n’y a pas e fécondité ni de production. Contrairement aux idées de ce savant, il n’y a plus de voie qui se dessine.

Nassima Oulebsir