ORAN – 8 MARS: L’ASSOCIATION CULTURELLE NUMIDYA D’ORAN FÊTE JOURNÉE DE LA FEMME

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Ilmend n wass agraɣlan n tmeṭṭut (8 Meɣres).

Tiddukla tadelsant Numidya n Wehran ad tessudes:

  • Asarag askasi.

“ɣef waddad ideg tettidir tmeṭṭut di tmurt-nneɣ”

Sɣur: Amina Aɛrab-Ssaɛid akk d Nadya Benɛmer.

  • Tameɣra n ccna

D ucennay Ḥusin Seḥwan.

I wass n Sem 8 Meɣres 2013 ɣef 15 (t)00, deg ugezdu aɣiwan uẓawan “Ḥmed Wehbi” , Wehran.

Ansuf yes-wen (kent).


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JOURNEE DE LA FEMME

L’association culturelle Numidya d’Oran organise

  • Une conférence – débat

    Avec Amina Arab-Said & Nadia Benamer
    (membres de Numidya.)
  • Un gala

    Avec le chanteur Hocine Sahouane.

Vendredi 08 mars

à 15h00

au conservatoire « Ahmed Wahbi », Oran.

Soyez les biens venu (e)s.


Association. Légalisée le 01/10/1991. Agrément n°24/91. loi n°31/90.


Siège : 5, Rue Amrani Ali (Montauban). Centre Ville. Oran.

Email : numidya@yahoo.fr

Tel et fax : 041 33 66 33 / M. Zamouche 0770 411363


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Tawlaft-a, d aktay n tannant n wass n 22/02/2013.

Stage de langue amazighe du 22/02/2013.

Awetniri seg Wehran.

ALGERIE EN FEMMES – INTERVIEW DE HORRIA SAIHI PAR RAINA – VIDÉO

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Interview DE HORRIA SAIHI

AUTOUR de son film

ALGERIE EN FEMMES

SUR RAINA

Le 19 janvier 2013, au Centre de Ressources de la rue Ader, a eu lieu la projection du film

“ALGÉRIE EN FEMMES”

de HORRIA SAIHI

Ce film a été réalisé en 1996, durant la dure épreuve imposée à notre peuple par la mafia intégristo-affairiste, et qui a vu la résistance héroïque de la femme algérienne à cette déferlante de la mort et du chaos!

Coproduction algéro-italienne, en signe de solidarité du parlement italien et de certaines personnalités italiennes; il n’a jamais été projeté à ce jour par l’ENTV!

Il nous présente cinq portraits de femmes résistantes.

Notre journal Raina, présent lors de cette projection, en a profité pour poser deux questions à Horria Saihi, écoutons la:

[

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http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=_GXP-DlTWIw#!

->http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=_GXP-DlTWIw#!]

ISRAËL – JÉRUSALEM: LES FEMMES SE HEURTENT À UN MUR

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À Jérusalem, devant le Mur des lamentations, des femmes qui souhaitent prier sont victimes d’une police aux ordres des ultraorthodoxes. Le symbole de l’emprise croissante des religieux sur la société et des menaces sur l’égalité des sexes.

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Le mouvement Femmes du mur, (Nashot HaKotel), Jérusalem

– Dan Balilty/AP/SIPA

C’est à n’y pas croire. Pas plus en Dieu dont c’est, paraît-il, l’un des sanctuaires, qu’en les hommes. Devant le Mur des lamentations, lieu le plus saint du judaïsme, dernier vestige du second Temple de la Judée antique, la police arrête des femmes, les fouille brutalement et les emprisonne. Des terroristes présumées ? Pas un instant.

Des Israéliennes et des juives de la Diaspora venues simplement prier et chanter. Avec leur talith, le châle de prière traditionnel, et à voix haute. Attention, cela ne constitue pas un acte de piété, mais un crime! Selon le peloton de barbus ultraorthodoxes qui dirige la “Fondation pour le Mur occidental”, chargée de maintenir l’ordre moral autour de la muraille bimillénaire, le port du talith est interdit aux femmes.

Quant à leur voix trop mélodieuse, elle ne peut résonner en public dans un lieu sacré sans déclencher des ondes d’impureté. Pourtant, comme les intégristes de tout poil et de toute religion, ces bricoleurs de «fatwa» ne s’appuient sur aucune source autorisée. Ils ont mitonné leurs interdits avec les ingrédients habituels : obsession de la souillure féminine, discrimination farouche des filles d’Eve.

«PROSTITUÉES ! PROVOCATRICES !»

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Prière des Femmes du mur – Dan Balilty/AP/SIPA

La police de Jérusalem n’a rien de religieux. Elle comprend des femmes comme des hommes. Ces femmes et leurs collègues sont en théorie neutres et laïcs: on ne leur demande pas quel est leur rabbin ou s’ils ou elles sont athées. Néanmoins, cette police s’est mise aux ordres de la secte.

Les officiels ne peuvent rien refuser à la “Fondation du Mur occidental”, que chapeaute le rabbin Shmuel Rabinovitch, proche du Shas, le parti ultrareligieux des séfarades. Le Shas fait et défait les coalitions gouvernementales. Un nombre croissant d’Israéliens, à droite comme à gauche, ne peuvent plus supporter son archaïsme. Et l’affaire des femmes du Mur, après celle des rues et des bus séparés pour mâles et femelles dans certains quartiers, ajoute une nouvelle épine à la couronne de scandales qui barre le front obtus des ultraorthodoxes.

«Je portais mon châle. Je n’ai même pas eu le temps de réciter le «Chema Israël»[«Ecoute, Israël», la prière fondatrice du judaïsme]. On m’a arrêtée, menottée. J’avais les poignets et les chevilles entravés. Au commissariat, on m’a entièrement déshabillée pour me fouiller. Quelle bombe est-ce que je portais sur moi en dehors de ma volonté de pratiquer ma religion en femme juive digne près de notre lieu le plus saint ? Ensuite, j’ai été jetée dans une cellule et détenue pendant vingt-quatre heures avec deux prisonnières de droit commun…» Anat Hoffman, fondatrice du mouvement Femmes du Mur (“Nashot HaKotel)”, raconte encore avec incrédulité le traitement qu’elle a subi le 16 octobre dernier.

Cette psychologue de 58 ans, née à Jérusalem d’une famille qui fonda en 1921 le kibboutz Ramat-Rachel, se bat depuis longtemps pour que les femmes cessent d’être des ombres aux lèvres chuchotantes dans une atmosphère qui ferait horreur aux pionniers et aux pionnières de l’Etat hébreu.

Dans le minuscule bureau de son organisation, à Jérusalem, enclave au cœur des locaux plutôt chic du Mouvement israélien pour le judaïsme réformé, Anat déploie le talith du scandale: une large étoffe en lin, tissée de couleurs solaires, ornée aux quatre coins des noms des quatre «Mères d’Israël»: Sarah, Léa, Rachel, Rebecca. Ce bel objet agit comme un chiffon rouge sur les bigots et bigotes du Mur.

Dès qu’Anat et ses compagnes, de plus en plus nombreuses, parviennent sur l’esplanade, drapées dans leur châle, les rouleaux de la Torah dans leurs bras, les insultes fusent: «Prostituées! Provocatrices! C’est vous qui retardez la venue du Messie! C’est à cause de vous, impudiques, qu’il y a le terrorisme et le Hamas!» Un Israël en noir s’enfonce dans l’obscurantisme tandis qu’un Israël en blanc et en couleurs, féminin et fervent, refuse d’être expulsé de lui-même.

UNE MILICE DE LA PUDEUR

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Les femmes du Mur – Dan Balilty/AP/SIPA

“Les Femmes du Mur” ont porté plainte des centaines de fois, toutes les procédures dirigées contre elles étant illégales. La Cour suprême, embarrassée, est allée d’esquive en esquive. Une première décision, qui leur donnait l’autorisation de prier onze heures par an, soit chaque premier jour du mois hébraïque, a jeté dans la rue 250 000 ultraorthodoxes hystériques. La cour renvoya l’affaire devant neuf autres juges. Mais les recours se perdent dans les sables mouvants.

Selon la loi, les femmes ne peuvent être déclarées coupables. Et, cependant, elles sont pourchassées et brutalisées. Au terme de sa détention, après une nuit enveloppée dans son châle, sur le sol de sa cellule, on signifia à Anat Hoffman qu’elle n’était pas coupable. Alors?

«Alors, explique-t-elle, sa haute silhouette réchauffée, dans le pluvieux hiver de Jérusalem, par le beau châle si mode mais si maudit, la police a reçu l’ordre des rabbins de la fondation de multiplier les intimidations physiques. C’est très grave. On a donné les clés du Mur des lamentations à une faction du peuple juif qui s’en sert contre nous, contre le reste d’Israël, contre les valeurs juives et contre la Diaspora. Notre histoire est le symbole de toute une série de nouvelles atteintes au droit et à la dignité des femmes. Désormais, une milice de la pudeur se précipite sur les petites filles de 6 ans dès qu’elles arrivent sur l’esplanade pour leur couvrir les épaules!»

Qui soutient “les Femmes du Mur” en Israël? Peu de braves, tout le monde ayant peur de se mettre à dos les religieux de l’institution quasi intouchable qui administre le Kotel, le nom hébreu du Mur. Contester la gestion de ce lieu où viennent prêter serment soldats… et soldates? Dangereux!

Au Parti travailliste, l’étoile montante, Merav Michaeli, ose pourtant les défendre. Et pour cause: cette animatrice de shows télévisés à succès avait lancé un groupe féministe: «L’affaire des Femmes du Mur va loin : elle touche un aspect négatif de notre société, l’exclusion des femmes. Tout cela a un rapport avec la dignité, les offenses, les humiliations, les viols. En 1996, j’ai voulu mener une action intitulée «Ezrat Nachim», «Aide aux femmes», qui est en fait le nom réservé à la section des femmes dans les synagogues. Je voulais transformer la discrimination en lobby!»

La campagne a eu un succès fou, largement dû à l’énergie de Merav Michaeli. De nouvelles lois ont été votées. L’ancien président israélien, Moshe Katsav, purge une peine de sept ans de prison pour viol. Mais, paradoxalement, la ségrégation des sexes s’aggrave dans les quartiers ultraorthodoxes: entrées et files d’attente séparées aux caisses des supermarchés, draps tendus dans les rues entre le trottoir des femmes et celui des hommes. La séparation des garçons et des filles dans des fêtes dites «municipales», comme récemment à Petah Tikva, près de Tel-Aviv, traduit l’influence croissante des milieux haredi, très pratiquants.

A l’armée même, la bigoterie grandissante des nouveaux conscrits commence à poser de sérieux problèmes. Les jeunes soldats religieux remettent en cause la participation des jeunes filles aux chorales, toujours au motif que leur voix déchaîne des désirs impurs! Ils s’insurgent contre leur tenue. Les instructeurs protestent, réclament des excuses des pieux troufions à leurs trop jolies camarades. Peine perdue!

Les rabbins des séminaires militaires s’en mêlent, menaçant de retirer leurs troupes si on ne respecte pas les obligations religieuses d’une «armée juive». Qu’en sera-t-il si, demain, Benyamin Netanyahou remet en cause, comme il s’y était engagé, la loi Tal, qui permet aux jeunes ultraorthodoxes de ne pas faire leur service militaire? «D’un côté, ce ne sera que justice, de l’autre, la vie des filles à l’armée deviendra encore plus intenable…» redoute Shulamit, une étudiante en philosophie, peu religieuse, mais qui se rend régulièrement au Kotel pour soutenir le mouvement d’Anat Hoffman.

La dernière arrestation de femmes au Mur des lamentations a eu lieu le 14 décembre, pendant la fête d’Hanoukka qui commémore l’insurrection juive contre les Séleucides en 148 av. J.-C. Une Américaine, Elyse Frishman, par ailleurs rabbin dans le New Jersey (le judaïsme réformé, plus libéral que celui d’Israël, est majoritaire dans les communautés d’outre-Atlantique), a été interpellée dès ses premiers pas avec son châle et soumise à un interrogatoire «illégal et sans aucun sens».

Le déni de la loi et la perte du sens : c’est, dans l’Israël d’aujourd’hui, toute l’histoire violente des filles du Mur.

Vendredi 28 décembre 2012

Martine Gozlan

“Marianne”


FÉMINISTE, ARABE ET ISRAÉLIENNE

Dans la communauté arabe israélienne, ultraconservatrice, où la majorité des femmes portent désormais le voile, Yara Mashour est celle qui ose. Rédactrice en chef d’un magazine féminin (“Lilac”) – «parce que la mode aide à briser les tabous» -, cette jeune femme de Nazareth, à l’hébreu parfait et à l’allure de fashionista, n’a pas hésité à mettre en une des mannequins en maillot de bain. Anodin? Carrément frondeur! «Mon journal est le seul à l’avoir fait dans tout le monde arabe», souligne ironiquement Yara, qui se souvient de s’être «sentie très isolée dans des réunions de confrères, au Qatar et en Egypte: je ne faisais pas partie de leur monde. Je suis palestinienne, ce qui ne veut pas dire que je ne suis pas israélienne. J’ai un passeport hébreu, une identité compliquée…» Entre deux pages «beauté», la journaliste s’attaque au problème des violences conjugales, du viol, de la place de la femme dans l’espace public, à commencer par les rues: «Les choses bougent, on commence à voir des jeunes filles qui n’ont pas froid aux yeux dans les cafés de Nazareth…»

Née à Jérusalem, citadine de Nazareth et promeneuse de Tel-Aviv, Yara Mashour, de qui son père Lotfi, lui aussi journaliste, avait décidé de faire une femme libre, mène crânement son combat féministe en terre arabe d’Israël.



PARIS – 8 DÉCEMBRE: QUEL BILAN POUR LES FEMMES 50 ANS APRÈS L’INDÉPENDANCE DE L’ ALGÉRIE?

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Cinquante ans après l’indépendance de l’Algérie,

quel bilan pour les femmes ?

Journée de réflexion

et de débat

organisée par

l’association

APEL-Égalité

et

le collectif algérien

en France ACDA

En 1962, l’indépendance a soulevé un immense espoir chez les Algériennes et les Algériens d’en finir avec l’exploitation économique, la discrimination et l’inégalité.

Quel bilan les femmes peuvent-elles faire de ces attentes cinquante ans après?

Réfléchissons ensemble à ces questions en participant au débat

Samedi 8 décembre 2012, de 10 h à 18 h

Maison des associations Madeleine-Rébérioux

5, rue Perrée, 75003 Paris

métro République – bus 75, arrêt Mairie du 3°)

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10 heures

Accueil.

10 h 30 – 12 h 15

Première table-ronde :

« Évolution de la situation socio-économique et statut juridique».

Introduction au débat Fatiha Lakhdari et Sabra Sahili;

modératrice Sanhadja Akrouf

14 h 30 – 16 h 15

Deuxième table-ronde:

«Mouvement des femmes : histoire et perspectives»

Introduction au débat Feriel Lalami et Samia Ammour;

modératrice Kahina Redjala

16 h 30 – 18 h

Troisième table-ronde :

« Quelles solidarités ? »

Introduction au débat Brigitte Bardet-Allal

et Sanhadja Akrouf;

modérateur Nabil Challal

Avec le soutien

du Manifeste des libertés

et du Maghreb des films.

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Pour réserver, écrire à : famalgeriennes@hotmail.fr


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PS

Sources

photos:

facebook.com/

DzWikiileaks

9 DÉCEMBRE 2012 – 9h – COUR D’ ALGER (RUISSEAU): PROCÈS EN APPEL DES TRAVAILLEUSES DE L’ENTV chaîne 4

Soutenons ces femmes battantes!

Manifestons notre solidarité

pour la défense de leur dignité!

communiqué du comité de soutien

Harcèlement sexuel, la victoire !

Le 14 octobre 2012 restera inscrit comme le jour de triomphe du combat contre le harcèlement sexuel en Algérie.

Le 14 octobre 2012, le tribunal d’Alger a rendu son verdict concernant le procès des trois travailleuses de l’ENTV contre leur directeur de chaîne.

La procureure avait requis, le 30 septembre 2012, un an de prison ferme et 50 000 DA d’amende.

Le 14 octobre 2012, le tribunal a décidé de condamner le directeur de la chaîne 4 de l’ENTV à 6 mois de prison avec sursis, 200 000 Da d’amende et 100 000 Da de dommages et intérêts.

Cette condamnation est une victoire pour ces trois femmes et leurs témoins qui ont été d’un courage exceptionnel et qui ont résisté pendant plus de deux ans aux intimidations, brimades, marginalisation et mesures de rétorsion administrative.

C’est grâce à ces trois femmes et à leurs témoins que le silence qui écrase les victimes de harcèlement sexuel dans notre pays comme ailleurs, éclate à nouveau!

Avec ce procès, la honte et la peur ont changé de camp!

Notre mobilisation a payé, elle doit s’élargir et se poursuivre !

Halte au harcèlement sexuel !

Pour la dignité des femmes !

SCOLARISATION FEMININE MASSIVE, SYSTEME MATRIMONIAL ET RAPPORTS DE GENRE AU MAGHREB

Des modifications inédites se déroulent sur les marchés matrimoniaux des pays maghrébins.

Quel rôle a joué le système scolaire dans ces transformations? La scolarisation massive des filles, la prolongation de la durée des études, la plus grande présence des femmes dans l’espace public et le développement de formes de mixité ont-ils contribué à ébranler les bases des stratégies matrimoniales et, plus largement, de l’organisation familiale traditionnelle?

Dans des pays où le statut des femmes est au cœur des problèmes de société, la scolarisation massive des filles est-elle un fait suffisant pour provoquer des changements sociaux qui ont pourtant résisté aux assauts de la modernisation coloniale?

Si elle a été sans conteste un facteur non négligeable du relèvement de l’âge moyen des femmes au mariage, peut-elle expliquer à elle seule l’ampleur de cette hausse? Comment ces changements se sont-ils répercutés sur les relations au sein de la cellule familiale, notamment sur les pratiques du mariage et les rapports de genre?

Pour atteindre les objectifs assignés à ce travail et essayer de donner une réponse pertinente aux innombrables questions soulevées, les données publiées par les instituts nationaux de statistiques des trois pays sont mobilisées en priorité. Elles ont été obtenues par les recensements de période décennale et différentes enquêtes nationales menées parfois dans le cadre de campagnes internationales de constitution de bases de données (EADS, PAPCHILD, PAPFAM, etc.)

Concernant la scolarisation et l’éducation nous utiliserons les données publiées dans les annuaires statistiques des trois pays et celles regroupées par l’UNESCO.

Il en découle des changements profonds dans la position de la femme dans ces sociétés avec des inégalités importantes dans les rapports de genre.

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Kamel Kateb

[Revue Genre Sexualité et Société

automne 2011->http://gss.revues.org/index1987.html]


Plan

1. La famille maghrébine traditionnelle repose sur le patriarcat et différentes formes de communauté villageoise. Elle était réglementée d’une part par la prédominance du père et du fils aîné de la famille et par la gestion plus ou moins commune du patrimoine familial. Elle exerce d’autre part un contrôle étroit sur les jeunes adolescents et adultes célibataires et une domination sur les femmes. Ces dernières étaient fragilisées dans la cellule familiale par la polygamie et la répudiation.

2. Dans sa sociologie de l’Algérie, Pierre Bourdieu donne une description des rapports de genre dans les sociétés berbérophones (Kabyles, Chaouias, mozabites etc.) et arabophones d’Algérie (Bourdieu, 1985 [1958]). D’un côté, l’ordre social et religieux et les valeurs morales dominantes relèguent les femmes dans une situation d’infériorité et de soumission. L’ascendance du groupe familial s’exerce dans tous les aspects de la vie sociale. Pierre Bourdieu cite un proverbe Chaouia: «pour une fille, il n’y a que le mariage ou la tombe». Cette situation serait le fruit de l’éducation aux petites filles des femmes des générations antérieures. D’un autre côté, cette éducation est complétée par un sentiment de solidarité des femmes contre « l’adversaire commun », l’homme. Dans cette adversité, les femmes useraient de ruses, d’intrigues et de magie.

3. L’ordre social et religieux qui repose sur des valeurs telles que l’honneur et le prestige du groupe familial et clanique, exige, entre autres, la répression de la sexualité féminine prénuptiale et hors mariage. Il en découlait un système matrimonial qui avait comme fondement le mariage sans le consentement des concernés, très souvent précoce et pubertaire. La polygamie, bien que limitée aux hommes socialement nantis, était une pratique courante et la répudiation était la forme dominante de la rupture d’union – bien que selon Pierre Bourdieu la femme ait très souvent détenu de facto le pouvoir de divorcer. Le mari mis au défi par sa femme n’aurait d’autres solutions que la répudiation. En réalité, et sauf rares cas, il y avait une très grande précarité des femmes dans la cellule familiale. Pour y faire face, l’endogamie familiale était souvent privilégiée. Ce système matrimonial induisait une forte intensité de la nuptialité, un célibat définitif rare et un haut niveau des ruptures d’union (Kateb, 2001).

4. Des changements démographiques fondamentaux sont, dans un tel contexte, inconcevables sans un ébranlement profond des structures traditionnelles de la société et du recul de certains conservatismes. Au cœur de ces changements, dans nombre de pays, se trouve fondamentalement posé la question de la place et du rôle de la femme. Les pays maghrébins, qui ont accédé à l’indépendance dans les années 1950 et 1960, connaissaient une très forte domination masculine s’exerçant dans tous les domaines de la vie économique et sociale. La faible scolarisation des filles et le confinement des femmes dans l’espace domestique avaient fait d’elles les gardiennes des valeurs traditionnelles et le vecteur principal des us et coutumes. Cette domination résulte à la fois des rapports sociaux entre les sexes, mais aussi de l’ordre social (patriarcat et ses dérivés) et religieux.

5. Ce système matrimonial a connu de profondes modifications dans les dernières décennies. Le mariage précoce et pubertaire a pratiquement disparu et les femmes se marient à un âge de plus en plus tardif. Le mariage arrangé par les familles s’est progressivement substitué au mariage imposé et des fractions de la société (parmi les plus instruites) admettent de plus en plus la liberté de choix du conjoint. Cette liberté de choix demeure toutefois entravée par la tutelle matrimoniale du wali. La polygamie est soit interdite (Tunisie), soit limitée par l’autorisation du juge. Le divorce judiciaire s’impose progressivement comme seule forme acceptable de rupture d’union. En même temps, et paradoxalement, l’endogamie familiale demeure à un niveau élevé et le célibat définitif reste rare, tout au moins parmi les générations nées dans les années ayant suivi les indépendances et qui sont à la fin de leur cycle reproductif.

6. Durant la même période, un effort important de scolarisation et de formation est engagé pour répondre aux besoins du développement économique et social. Quel rôle a pu jouer le développement du système éducatif, notamment la progression de la scolarisation des filles dans ces changements ? Il faut rappeler qu’aucun pays de la région ne lui a fixé des objectifs de transformation de la société dans les rapports hommes/femmes. Le système éducatif s’est davantage vu attribuer un rôle central dans le processus d’édification et de modernisation des États maghrébins nouvellement indépendants. Il devait contribuer à combler les déficits en matière d’encadrement de l’économie et en main-d’œuvre qualifiée ; c’était la pierre angulaire des processus de transformations économiques et sociales (industrialisation, réformes de l’agriculture, formations des cadres de l’appareil d’Etat, etc.)

7. Cependant, dans quelle mesure le système éducatif (par la scolarisation de plus en plus forte des deux sexes et l’augmentation de la durée des études) a-t-il contribué à ébranler les bases de l’organisation familiale traditionnelle , en favorisant la présence des femmes dans l’espace public et le développement de formes de mixité [[La prolongation des études ont permis aux jeunes femmes de se déplacer seules (contrairement à leurs mères qui ne pouvaient sortir sans être accompagnées). Ainsi le contrôle des horaires a progressivement remplacé l’étroite surveillance. La mixité relève du fait qu’il n’y a aucune séparation des sexes dans les établissements scolaires et sur les lieux de travail]]? Dans un pays où le statut des femmes est au cœur des problèmes de société, la scolarisation massive des filles, aussi importante soit-elle, est-elle suffisante pour provoquer les changements enregistrés ? Le système éducatif aurait ainsi mis à mal un système social séculaire, ayant résisté à tous les assauts de la modernisation coloniale. Enfin, si elle a sans conteste favorisé le relèvement de l’âge du mariage des femmes, l’éducation peut-elle expliquer l’ampleur et la poursuite de cette hausse ? En d’autres termes, comment les changements induits par la scolarisation se répercutent-ils sur la cellule familiale, son organisation et ses relations internes et externes? Quels impacts ont à leur tour ces changements sur les stratégies familiales [[Nous entendons par stratégie familiale dans une société patriarcale en décomposition, l’ensemble des dispositions prises par les familles (sans assurance de succès) concernant d’abord le maintien des solidarités intra familiales et l’emprise sur les jeunes adultes, et ensuite pour faire face aux changement en cours dans la société : la prolongation de la durée des études des filles, le travail des femmes et la présence de ces dernières dans l’espace public, les alliances matrimoniales dans un contexte où se développe une liberté de choix du conjoint, etc.]] ? Quelles sont les répercussions de ces stratégies sur les politiques éducatives ?

8. Si ces interrogations sont trop vastes pour être toutes traitées ici, ce travail entend analyser l’influence de l’instruction sur le fonctionnement de la société. Il s’agit d’étudier l’action qu’exerce la scolarisation de masse sur les relations de genre, sur les relations à l’intérieur de la cellule familiale et sur le fonctionnement global de la société. Comment la généralisation de la scolarisation, dans une société où l’analphabétisme était dominant, agit-elle sur les relations intergénérationnelles, les rapports sociaux spécifiques aux sociétés traditionnelles (marquée par la domination de l’aîné sur la fratrie, la prééminence du sexe masculin et l’autoritarisme dans les relations parents-enfants et hommes-femmes) et les constructions identitaires ?

9. Pour répondre à ces interrogations, nous mobiliserons les données de recensements et de diverses enquêtes sur la scolarisation et l’éducation publiées par les instituts nationaux de statistiques des trois pays du Maghreb (Maroc, Algérie, Tunisie). Les rapports de genre seront quant à eux approchés par l’analyse des codes nationaux de la famille.

haut

PROFONDS CHANGEMENTS DANS LES INDICATEURS DE LA NUPTIALITÉ

10. Le système matrimonial est profondément transformé par les comportements démographiques des individus et par les lois adoptées au cours des dernières décennies. Cependant, malgré leur importance, ces lois sont loin d’être en rapport avec l’ampleur des mutations enregistrées dans les sociétés maghrébines.

11. Pour en finir avec le mariage précoce et pubertaire des femmes, l’âge légal au mariage a d’abord été fixé à 15 ans puis prorogé à 18, voire 19 ans. Personne n’aurait, au lendemain des indépendances, imaginé que l’âge au mariage des femmes atteindrait un niveau aussi élevé. Que les hommes se marient à plus de 30 ans en moyenne n’est pas un phénomène nouveau au Maghreb ; mais le fait que les femmes se marient de plus en plus tard est, à l’inverse, un changement radical. En Algérie, l’âge moyen au mariage des femmes est de 29,3 ans au recensement de la population de 2008 ; il est 26,3 ans au Maroc et estimé à 29,8 ans en Tunisie, aux recensements de la population de 2004. En Algérie par exemple, en l’espace de trois décennies, les femmes ont retardé de près de 10 ans l’âge au premier mariage et les hommes de plus de 8 ans. Historiquement, tous les observateurs signalaient l’importance du mariage précoce (Haëdo, 1578). Les statistiques coloniales ont confirmé par les chiffres les descriptions antérieures des mœurs existantes dans l’ancienne «Régence d’Alger».

12. Les derniers recensements indiquent dans les trois pays une augmentation considérable de la proportion des célibataires dans la population des 10 ans et plus. Les courbes donnant la proportion de célibataires aux différents groupes d’âge se déplacent vers le haut et vers la droite [[En Tunisie, la proportion des femmes célibataires âgées de 25 à 29 ans est passée de 37,7 % à 52,9 % entre 1994 et 2004 (RGPH)..]] Cependant, ces courbes se rejoignent au delà de 50 ans pour les différentes dates du recensement montrant par là que si la proportion de célibataires augmente dans chaque groupe d’âge par contre le célibat définitif reste relativement modéré (Figures 1 et 2).

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Figure 1 – Proportion de célibataires de sexe féminin selon les groupes d’âge dans les recensements algériens

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Figure 2 – Proportion de célibataires de sexe féminin selon les groupes d’âge dans les recensements tunisiens

13. Même conclusions pour la Tunisie, où les statistiques recueillies signalent un célibat définitif relativement faible (Bensalem, Locoh, 2001, 155). Cependant, les résultats du recensement de 2004 indiquent une proportion légèrement plus importante de célibat définitif (proportion de célibataire à 50 ans) aussi bien chez les hommes (4,3 %) que chez les femmes (5,6 %). Il est encore relativement bas au Maroc : 3 % – pour les femmes – à 55 ans au recensement de 2004, selon les données des services statistiques marocains. Les démographes qui se sont penchés sur les questions de la nuptialité ont montré qu’une forte proportion de célibat définitif aussi bien chez les hommes que chez les femmes était le corollaire du mariage tardif et de la liberté de choix du conjoint (Hajnal, 1965 ; Henry, 1969 ; Le Bras, 1996).

14. Outre la marginalisation du mariage précoce et pubertaire, l’élévation de l’âge moyen au mariage des femmes a entraîné la diminution de l’écart d’âge entre époux. De 10 ans au moins au début du XXe siècle en Algérie, il était encore de plus de 6 ans il y a une cinquantaine d’année ; il est actuellement inférieur à 3,5 ans en Algérie et en Tunisie. Bien qu’en baisse, il reste relativement élevé au Maroc (4,9 ans selon les données du recensement de 2004). De nombreux travaux ont montré que, dans un contexte démographique semblable à celui des pays maghrébins, l’écart d’âge élevé entre époux rendait possible la polygamie (Kateb, 2001b). Les hommes mariables plus âgés étaient dans des classes d’âge aux effectifs moins nombreux que celle des femmes arrivant sur le marché matrimonial. Il faut en outre signaler que la loi tunisienne interdit les mariages polygames depuis 1957. Par conséquent, cette question ne concerne plus que les Algériens et Marocains. Ces derniers ont développé au cours de ces dernières années des législations visant à rendre plus difficile les mariages polygames, en imposant l’autorisation préalable du juge (2004 au Maroc et 2005 en Algérie). Ce dernier doit s’assurer que les épouses sont informées de la volonté de l’époux et que ce dernier dispose des ressources nécessaires pour faire face aux besoins occasionnés par la polygamie. Au Maroc, le pourcentage de femmes en situation de coépouses a été estimé à 3,5 % par l’enquête enf-1995 (CERED, 2002). En Algérie, l’enquête PAPFAM 2002 (ONS, 2004), indique que la proportion de femmes mariées à un conjoint polygame représente 3,1 % de l’ensemble des femmes mariées âgées de 15 à 49 ans.

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FÉMINISATION PROGRESSIVE DU SYSTÈME D’ENSEIGNEMENT

15. Cette féminisation s’opère à deux niveaux : par les effectifs de filles scolarisées et par la féminisation du corps enseignant (supérieur à 50 % dans tous les cycles d’enseignement, sauf dans le supérieur où il est légèrement inférieur). De fait, il est difficile de ne pas établir de lien entre les changements qui s’opèrent dans les sociétés maghrébines et les importants progrès enregistrés dans la scolarisation des générations successives. L’analphabétisme, bien que non éradiqué, a considérablement reculé. Dans les années 1950, à la veille des indépendances, plus de 95 % de la population féminine et 85 % de la population masculine ne savaient ni lire ni écrire. Aujourd’hui, l’analphabétisme a considérablement régressé. En Algérie, 1 homme sur 3 et 2 femmes sur 5 sont analphabètes (1998). Au Maroc, 1 homme sur 3 et 1 femme sur 2 (2004). En Tunisie, les progrès sont encore plus nets : 14,8 % des hommes et 31 % des femmes seulement ne savent ni lire ni écrire (2004). Cependant, comme le montre les résultats du recensement tunisien de 2004, les jeunes générations sont de moins en moins concernées car une proportion de plus en plus faible d’enfants ne bénéficie pas de la scolarisation (Figure 6). En Algérie, 94,2 % des femmes âgées de plus de 60 ans sont analphabètes et seulement 11,8 % des 15-29 ans (ONS, PAPFAM 2002, 2004). Globalement, les femmes sont deux fois plus touchées par l’analphabétisme que les hommes.

16. Le recul de l’analphabétisme a été accompagné par une amélioration du niveau d’instruction des populations au cours de ces dernières décennies. La population féminine comble progressivement le retard qu’elle avait accumulé pendant la période coloniale. En Tunisie (résultats du recensement de 2004), 1 personne sur 3 déclare un niveau d’instruction moyen ou secondaire. La proportion de personnes déclarant un niveau d’instruction du supérieur a doublé entre 1994 et 2004. La proportion de femmes déclarant un niveau universitaire est ainsi passée de 2,5 % à 7,9 % pendant la même période. Dans les trois pays, la proportion de recensés déclarant un niveau d’instruction du niveau supérieur est proche ou supérieur à 8 %.

17. Ce recul de l’analphabétisme et l’amélioration du niveau d’instruction de la population résultent essentiellement des progrès dans la scolarisation des enfants âgés de 6 à 14 ans. Malgré les fortes contraintes démographiques, les pays du Maghreb ont développé de gros efforts pour scolariser l’ensemble des enfants en âge de l’être. Les effectifs d’élèves ont considérablement augmenté dans tous les cycles d’enseignement (Figure 3). 1 individu sur 4 est dans une école, un collège, un lycée ou une université. En une cinquantaine d’années, le taux de scolarisation, pour les deux sexes, a connu une croissance explosive ; il est passé d’un peu plus de 10 % de la population des 6-14 ans au lendemain de la Seconde Guerre mondiale à près de 90 % au début du troisième millénaire (selon les statistiques ministérielles). Les résultats des recensements effectués en 2004 au Maroc et en Tunisie soulignent la poursuite de la progression de la scolarisation vers une généralisation pour les enfants de 6 à 14 ans (Tableau 1). Cependant, bien que la scolarisation soit obligatoire de 6 à 15 ans révolus, et qu’elle se généralise aux enfants des deux sexes, les taux d’abandon scolaire des enfants scolarisés sont relativement élevés, conduisant à terme à l’illettrisme pour un grand nombre d’entre eux.

Effectifs des élèves scolarisés

Figure 3 – Effectifs des élèves scolarisés dans les différents cycles d’enseignement en Algérie depuis 1962

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18. La scolarisation des filles , si elle accusait un net retard par rapport à celle des garçons au début des années 1960, a progressé plus vite, sans pour autant atteindre la parité dans le cycle primaire. Cette progression concerne aussi bien les effectifs scolarisés que le rapport entre les sexes. Elle touche tous les niveaux du système scolaire. Ce résultat, certes attendu au niveau primaire eu égard aux efforts de scolarisation des enfants de 6 à 14 ans et de l’obligation scolaire entre 6 et 15 ans de tous les enfants quelque soit leur sexe, l’était beaucoup moins aux autres niveaux du système d’enseignement.

19. Si l’inégalité des sexes devant l’enseignement persiste dans le primaire, elle a tendance à s’inverser au niveau du secondaire et du supérieur (en Algérie et en Tunisie tout au moins). Dans ces deux pays, depuis le milieu des années 1990, la présence des filles dans l’enseignement secondaire et supérieur est devenue plus importante que celle des garçons. Les rapports de masculinité (nombre de garçons scolarisés pour 100 filles) sont inférieurs à 100 dans ces deux cycles d’enseignement (Figures 4, 5 & 6). Dans l’enseignement supérieur, ils sont estimés à 69 (Algérie, 2004) et à 74 en Tunisie pour l’année 2005, alors qu’en 1976 par exemple, ils étaient respectivement de 331 et 289 garçons pour 100 filles.

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Figure 4 – Rapport de masculinité dans les différents cycles d’enseignement en Algérie (1963-2005)

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Figure 5 – Rapport de masculinité dans l’enseignement moyen et secondaire

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Figure 6 – Rapport de masculinité dans l’enseignement supérieur

20. Un autre fait saillant est la progression du nombre de diplômées de l’enseignement supérieur: il a été multiplié par 15 dans les 20 dernières années en Algérie et par 16 dans les 15 dernières années en Tunisie. Le nombre de diplômées dépasse d’ailleurs celui des garçons en Algérie depuis 1998 et en Tunisie depuis 2001 (Figure 7). Aujourd’hui, plus de 60 000 Algériennes et plus de 30 000 Tunisiennes obtiennent des diplômes universitaires chaque année. Leurs performances sont supérieures à celles des hommes et les rapports de masculinité ont chuté à 64 en Algérie et à 63 en Tunisie (2007) (Figure 7).

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Figure 7 – Rapport de masculinité des diplômés de l’enseignement supérieur

21. Dans tous les cas de figure, cette progression plus rapide des effectifs de filles dans l’enseignement secondaire et supérieur semble indiquer leur plus grand investissement personnel dans des cycles d’enseignement longs avec diplômes à la clef. L’enseignement étant mixte à tous les niveaux du système scolaire, cette progression plus rapide ne peut s’expliquer que par des taux de réussite et de passage plus élevés que chez les garçons. En second lieu, une présence prolongée dans les différents cycles d’enseignement prolonge leur présence dans l’espace public et retarde l’âge au mariage des femmes.

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PROGRÈS DE LA SCOLARISATION ET CÉLIBAT DES FEMMES

22. Ce constat d’élévation du niveau d’instruction de la population et du recul de l’analphabétisme est fondé sur l’auto-déclaration des personnes recensées et sur les données quantitatives produites par les institutions statistiques. Il ne permet de se prononcer ni sur la qualité de l’enseignement reçu par les individus recensés, ni sur leur aptitude effective à lire et écrire dans la langue d’enseignement utilisée (arabe ou français). Cependant, un fait semble certain, le temps de présence dans le système scolaire des garçons et des filles, plus encore pour ces dernières, est de plus en plus long. L’espérance de vie dans le système éducatif approche les 13 ans en Algérie et dépasse les 14 ans en Tunisie (Tableau 3). Dans le meilleur des cas, en Tunisie, les femmes terminent en moyenne leur scolarité à l’âge de 20 ans, ce qui pourrait expliquer sans nul doute le relèvement de l’âge au mariage, mais qui ne permet pas de rendre compte du niveau élevé de l’âge moyen au mariage, qui frôle les 30 ans dans les trois pays.

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Tableau 3 – Espérance de vie scolaire en 2005

Source : UNESCO, annuaire statistique 2005

23. Cette conclusion est renforcée par l’opinion recueillie auprès de femmes algériennes âgées de 15 à 49 ans par l’enquête PAPFAM (ONS, 2004). La question suivante leur a été posée « d’après vous, quel est l’âge idéal pour le mariage des filles ? ». Elles ont donné à 69,2 % des âges inférieurs à 25 ans. Seules les femmes ayant un niveau d’instruction secondaire et supérieur se sont prononcées pour un âge au mariage de 25 ans ou plus (mais encore, seulement à 58,4 %). Plus le niveau d’instruction est élevé, plus forte est la proportion de femmes se prononçant pour un âge idéal au mariage plus élevé (Figure 9).

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Figure 9 – Opinion des femmes sur l’âge idéal au mariage âgées de 15 à 49 ans selon leur niveau d’instruction (PAPFAM)

Source : enquête PAPFAM2002, ONS, 2004

24. Les personnes célibataires âgées de 15 à 29 ans appelées à donner leur opinion sur la même question ont répondu qu’en moyenne l’âge idéal des femmes au mariage serait de 22 ans et celui des hommes de 27 ans. Cependant, dans cette catégorie, près de 40 % des femmes ayant un niveau d’instruction supérieur ont situé l’âge idéal pour le mariage des femmes à 30 ans et plus. Ainsi globalement, l’âge au premier mariage estimé par les services statistiques est plus élevé que celui généralement souhaité par la plus forte proportion des personnes en âge de se marier où déjà mariées. Il y a là un décalage non négligeable entre les souhaits et la réalité.

25. Cet âge élevé au mariage pourrait éventuellement s’expliquer par le second facteur auquel fait généralement référence la littérature: une plus grande présence des femmes sur le marché du travail. En effet, les femmes auraient-elles tendance à occuper un emploi pendant la période où elles sont célibataires avant de se marier et d’avoir des enfants [[Ce modèle de comportement (les jeunes femmes célibataires occupent un emploi pour constituer leur trousseau de mariage puis l’abandonnent au moment du mariage ou à l’arrivée du premier enfant) n’est plus dominant. Sous l’effet de la crise multiforme qui a secoué l’Algérie dans la dernière décennie du siècle dernier, la détérioration du pouvoir d’achat des ménages a atteint un degré tel que pour de nombreux foyer un second salaire est devenu une nécessité. La réponse a été le travail des enfants pour certaines catégories de la population ou le travail de la mère de famille pour d’autres (Kateb, 2005).]]?

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UN MEILLEUR NIVEAU D’INSTRUCTION DES FEMMES
N’IMPLIQUE PAS UNE COMPLÈTE HOMOGAMIE[[Prendre un conjoint dans le même groupe social ; pris ici au sens de même niveau d’instruction.]]

26. Les résultats scolaires conduisent à penser que les filles investissent plus d’efforts pour assurer leur réussite scolaire. Comment expliquer cette différence ? On pourrait conclure que des femmes dotées d’un meilleur niveau d’instruction peuvent prétendre à une plus grande valorisation sur le marché matrimonial ou sur le marché du travail, ou les deux à la fois. Cela permettrait une possibilité de mariage avantageux pour des femmes de niveau d’instruction secondaire ou supérieur. Mais les statistiques disponibles en Algérie, tout au moins, ne semblent pas favorables à cette hypothèse.

27. Les statistiques d’état civil indiquent qu’une partie des femmes ayant suivi des études supérieures contractent annuellement des mariages avec des hommes ayant un niveau d’instruction inférieur. Les proportions annuelles entre 1978 et 1986 sont comprises entre 30 et 40 % des mariages contractés par ces catégories de femmes. En outre, la proportion de femmes ayant fait des études supérieures qui contractent un mariage avec des hommes de niveau d’instruction primaire ou sans instruction représente dans la même période 4 à 10 % des mariages de cette catégorie de femmes. Pendant la même période, le tiers des hommes de niveau d’études supérieures qui ont contracté mariage, l’ont fait avec des femmes de niveau d’études primaire ou sans instruction (ONS, annuaires statistiques de l’Algérie).

28. Une quinzaine d’années plus tard, l’enquête PAPFAM effectuées en 2002 (ONS, 2004) conforte ces conclusions. Elle montre qu’1 femme sur 5, âgées de 15 à 49 ans (des générations toutes nées après la décolonisation), et ayant fait des études supérieures a épousé un homme de niveaux d’instruction inférieur au secondaire. Celles qui ont épousé des hommes avec un niveau primaire ou sans aucune instruction représentent 4,8 % de cette catégorie (Tableau 2). Dans « L’immigration ou les paradoxes de l’altérité, » les entretiens de A. Sayad ont montré les réticences des mères, souvent analphabètes et appartenant à la génération des femmes faiblement scolarisées, à choisir des épouses trop instruites pour leur fils: «Elle a trop étudié pour faire une bonne épouse» (Sayad, 1991).

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Tableau 2 – Répartition des femmes de 15 à 49 ans selon leur niveau d’instruction et celui de leur conjoint (en %)

Source : PAPFAM 2002, traitement statistique non publié, effectué par N. Hamouda (CREAD) à la demande de l’auteur

29. Ces chiffres, malgré leurs insuffisances (absence de la répartition de la population selon le niveau d’instruction et l’état matrimonial, répartition des femmes de niveau d’instruction supérieur selon la situation individuelle des époux, etc.), indiquent que le niveau d’instruction des femmes ne leur procure pas une situation privilégiée sur le marché matrimonial. Dans le contexte actuel de la société maghrébine [[La relation mère/fils et le poids de la mère dans les choix matrimoniaux tendent à écarter les femmes trop instruites (cf. Kateb, 2005, chapitre X).]], un grand investissement scolaire des filles ne se traduit pas forcément par une probabilité plus grande de faire un mariage plus intéressant socialement. En outre, le croisement des effectifs de femmes selon leur situation matrimoniale et l’occupation d’un emploi montre une situation défavorable aux femmes déjà mariées, moins de 5 % occupent un emploi contre plus de 10 % des femmes célibataires (Algérie, ONS, 1997). En 1996, parmi les femmes occupant un emploi, 51 % étaient célibataires et seulement 34,1 % mariées, le reste étant divorcées ou veuves. L’instruction et l’occupation d’un emploi n’augmentent pas la probabilité de trouver un époux. Et un certain nombre d’enquêtes, réalisées au début des années 1980, montrent que la conclusion du mariage conduisait souvent une proportion non négligeable de femmes célibataires à abandonner leur emploi. Ce qui donne des taux d’activité féminins relativement élevés aux âges du célibat et des taux beaucoup plus faibles pour les âges où les femmes sont mariées (Figure 10).

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Figure 10 – Taux d’activité féminin dans les recensements

30. L’hypothèse matrimoniale écartée, on peut se demander si la possession d’un diplôme exprimant un niveau élevé d’instruction facilite l’accès à l’emploi dans un marché du travail dominé par la main d’œuvre masculine. Un plus grand niveau d’instruction faciliterait-il aux femmes un plus grand accès au marché du travail? L’exemple de l’Algérie montre que la possibilité d’obtenir un emploi pour une femme est d’autant plus grande qu’elle atteste d’un niveau d’instruction et de qualification plus élevé que celui des hommes [[La répartition de la population selon les catégories socioprofessionnelles et le sexe montre une population féminine occupée relativement plus instruite que la population masculine occupée, alors que dans la population totale la population masculine est plus instruite. Un peu moins de 40 % des femmes qui occupent un emploi sont cadres contre moins de 16 % des hommes. En 1996, 13,3 % des femmes ayant un emploi sont cadres supérieurs (5,2 % des hommes) et 25,4 % cadres moyens (10,2 % des hommes). Cette structure de l’emploi féminin montre probablement que l’accès à l’emploi exige des femmes un niveau d’instruction élevé ; elles se présentent sur le marché du travail avec un niveau d’instruction supérieur à celui de leurs concurrents masculins (Annuaire Statistique n° 18).]]. Cependant, plus encore en Algérie que dans les pays voisins, et malgré des progrès importants, la population active féminine demeure faible ; elle représente ainsi en l’an 2000 presque 15 % des femmes âgées de 15 ans et plus en Algérie, 30 % au Maroc [[Ce taux élevé correspond probablement à une définition plus large de la population active comme le suggèrent les services statistiques eux-mêmes. Plus du tiers de la population active marocaine est occupée sans recevoir de rémunération : aides familiaux et femmes travaillant dans les exploitations familiales. Le taux d’activité en milieu rural est de 36 % alors qu’il n’est que de 22 % en milieu urbain ; le taux de chômage n’est que de 1,2 % en milieu rural et de 26 % en milieu urbain. Selon les services statistiques marocains: «l’emploi se caractérise par un degré très élevé de l’emploi non rémunéré en milieu rural, particulièrement au niveau des femmes. Le pourcentage de la catégorie des aides familiaux s’élève, en effet, à près, de 48,7 % de l’emploi rural (32,4 % pour les hommes et 77,9 % pour les femmes), contre seulement 7,2 % de l’emploi urbain (http://www.statistic.gov.ma/popo34.htm).]], 24 % en Tunisie.

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SCOLARISATION ET ENDOGAMIE FAMILIALE

31. L’une des caractéristiques les plus importantes du système matrimonial maghrébin est la forte endogamie familiale. Une proportion relativement forte des unions se fait dans la parentèle. Les mariages entre cousins germains – plutôt du côté paternel que maternel – sont privilégiés. Que ce soit en Algérie, au Maroc ou en Tunisie, 1 mariage sur 3 se fait encore entre personnes ayant des liens de parenté, et 1 sur 5 entre cousins germains. Considéré comme un élément fondamental dans le renforcement des liens claniques et tribaux, le mariage endogame a résisté au vaste mouvement d’urbanisation en cours dans les sociétés maghrébines (Kateb, 2003).

32. L’ensemble des enquêtes menées sur cette question dans les trois pays montrent une stabilité incontestable des indicateurs. L’enquête de 2002 (enquête algérienne sur la santé de la famille, PAPFAM) indique que dans 33,3 % des mariages les conjoints avaient des liens de parenté (22,0 % étaient des cousins germains). Au Maroc, la proportion de mariages entre cousins germains est stable (de 16 % à 18 %) pour les mariages conclus entre 1955 et 1995 ; les mariages dans la parenté sont proche de 30 % au total pour la même période (CERED, 1997). En Tunisie de nombreuses enquêtes menées dans les années 1990 indiquent que le mariage dans la parenté reste particulièrement élevé (jusqu’à 40 % selon certaines enquêtes) mais avec un recul relatif du mariage entre cousins germains (Bensalem, Locoh, 2001, 147).

33. En Algérie, les résultats de l’enquête de 2002 diffèrent très peu de ceux obtenus par les enquêtes antérieures, y compris celle menée il y a 37 ans par l’étude nationale statistique de la population en 1970 (Tableau 4). Dans cette enquête, dans 23,3 % des mariages, les conjoints étaient cousins germains (19,9 en zone urbaine et 24,8 en zone rurale) et 8,7 % étaient des parents éloignés.

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Tableau 4 – Répartition des mariages selon la parenté des époux

Sources : Enquêtes algériennes, PAPCHILD 1992 et PAPFAM 2002

34. Mais, si le temps a peu d’influence (Figure 11), le niveau d’instruction des femmes joue considérablement sur l’endogamie familiale. Plus une femme est instruite moins elle se marie dans la parentèle. Dans l’enquête PAPFAM de 2002, les Algériennes âgées de 15 à 49 ans ayant fait des études supérieures ont déclaré à 87,3 % n’avoir aucun lien de parenté avec leur époux. Elles sont 9,2 % à avoir épousé un cousin germain. En revanche, les femmes sans instruction ont épousé leur cousin germain dans 27,4 % des cas et seulement 60 % d’entre-elles n’ont aucun lien familial avec leur conjoint (Figure 12). En Tunisie, 51 % des femmes illettrées, 30 % de celles de niveau d’instruction primaire, 22 % de celles qui ont fait des études secondaires et seulement 11 % des diplômées de l’université ont des liens de parenté avec leur conjoint (Bensalem, Locoh, 2001, 147). Il est aussi probable que les facteurs générationnels et résidentiels (rural/urbain) jouent un rôle dans ces écarts.

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Figure 11 – Proportion de mariages dans la parentèle en Algérie (sexe féminin 2002, en %)

Source : ONS, données PAPFAM 2002

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Figure 12 – Lien de parenté à l’époux des femmes de 15 à 49 ans selon leur niveau d’instruction

Source : ONS, données PAPFAM 2002

35. Il ressort donc des différentes enquêtes que le mariage dans la parenté est moins élevé en milieu urbain qu’en milieu rural et parmi les couches de la population les plus instruites. L’urbanisation aidant, une scolarisation de plus en plus importante et un allongement de la durée des études conduiront-ils à la disparition du mariage dans la parenté ? Il ne s’agira probablement pas d’un effet immédiat et mécanique, si l’on en croît une enquête d’opinion menée en Algérie auprès de célibataires âgés de 15 à 29 ans. Alors que la question posée est présentée avec une connotation négative (« êtes pour ou contre le mariage consanguin ? »), une personne sur trois se déclare néanmoins favorable à ce type d’union. On retrouve dans cette enquête d’opinion les mêmes tendances que celle constatées par les enquêtes auprès de personnes déjà mariées. Les proportions d’opinions favorables diminuent aussi en fonction du niveau d’instruction (Tableau 5).

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Tableau 5 – Répartition en pourcentage des jeunes célibataires âgés de 15 à 29 ans

selon leur opinion sur le lien de parenté au conjoint

Source : PAPFAM 2002, traitement statistique non publié, effectué par N. Hamouda CREAD à la demande de l’auteur

36. Parmi les fractions les plus instruites de la société, les couples se constitueraient indépendamment des groupes familiaux. Reste toutefois à évaluer leur degré d’autonomie par rapport aux générations précédentes (Kateb, 2001).

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LA PERSISTANCE DES INÉGALITÉS DE GENRE EN MATIÈRE DE LIBRE CHOIX DU CONJOINT

37. Les rapports de genre relevant de l’ordre social et religieux se cristallise autour de quatre points principaux:

  • Droit de contrainte matrimoniale : il est fondamentalement en recul ;
  • Le port du voile : il relève de plus en plus de la pression sociale que de l’obligation ;
  • L’égalité dans le mariage : elle n’est pas complètement assurée ;
  • Le travail des femmes : il est en progrès relatif dans le prolongement de la scolarisation.

38. Le libre choix du conjoint est un critère important d’évolution du système matrimonial des différents pays du Maghreb. Pendant des siècles, les mariages étaient du ressort exclusif du groupe familial. Le choix des conjoints étaient décidés en dehors des principaux concernés ; il relevait des stratégies d’alliances claniques et tribales ou pour le moins familiales. Cette logique entraîne de fait des mariages où l’endogamie est dominante. Des ethnologues comme Germaine Tillon (Tillon, 1966) ou Camille Lacoste-Dujardin (Lacoste-Dujardin, 1996) ont mis l’accent sur les mariages endogames qui privilégient les cousins germains. Dans ces conditions, la liberté de choix des conjoints était exceptionnelle, pour ne pas dire inexistante. Elle existait d’autant moins que, très souvent, les filles étaient mariées dès la puberté ce qui rendait encore plus difficile leur libre détermination (selon le djber – droit du chef de famille de marier sa fille âgée de moins de 15 ans). Certaines rencontraient leur époux le jour précédant la consommation du mariage. En Tunisie, l’enquête IREP de 1994 révèle que cette situation concernait encore 16 % des femmes interrogées (Bensalem, Locoh, 2001, 146).

39. Dès les premières années d’indépendance, les législations nationales des différents pays ont fixé un âge minimum du mariage à 15 ans pour s’opposer à ces pratiques, et ont décrété la nullité du mariage conclu sans l’accord explicite des concernés (y compris la future épouse). Ces mesures ont mis fin, devant la loi, au droit des parents d’imposer un mari à leurs filles. En même temps, et surtout, elles ont donné aux femmes le droit de refuser un époux qu’elles n’auraient pas souhaité, même si cela ne signifie nullement que les femmes ont automatiquement et immédiatement exercé ce droit. La loi a obligé les parents à obtenir l’accord des futurs conjoints avant la conclusion du contrat de mariage, sous peine de voir exprimer un refus devant le cadi ou l’officier d’état civil chargé d’enregistrer l’acte de mariage. Elle a ainsi créé les conditions d’une évolution du « mariage forcé » vers le « mariage arrangé ». Les parents doivent dès lors convaincre les futurs conjoints que leur choix correspond aux intérêts profonds des postulants au mariage. L’enquête nationale sur la famille au Maroc indique que dans 64,8 % des cas, le mariage est arrangé par au moins un des deux parents et que, dans 8 cas sur 10, la famille choisit le conjoint de la fille (CERED, 1997). En Tunisie, « les familles des jeunes gens jouent partout un rôle essentiel non seulement lors des premières entrevues mais aussi jusqu’à la conclusion du mariage » (Bensalem, Locoh, 2001, 146). Selon l’enquête citée ci-dessus, 6 femmes sur 10 ont connu leur conjoint dans le milieu familial.

40. Le processus de négociation substitué à la décision irrévocable du chef de famille a fondamentalement influé sur le recul de l’âge à la première union des filles et, par suite, des garçons. Mais cela aurait été vain si la scolarisation des filles n’avait pas connu la progression signalée précédemment. La généralisation de la scolarisation des filles et l’allongement de la durée de la scolarité ont progressivement favorisé l’exercice d’un droit conféré par la loi [[Le droit de ces pays puise ses sources à la fois dans le droit positif hérité de la période coloniale et du droit musulman empreint des pratiques coutumières.]]. Parmi les fractions les plus instruites de la société, les couples se constitueraient de plus en plus indépendamment des groupes familiaux. L’enquête marocaine de 1995 a montré que 16,1 % des femmes enquêtées ont choisi elles-mêmes leur premier mari. Elle prouve aussi que le niveau de scolarisation des filles influe grandement sur le libre choix des conjoints: les études supérieures ont ainsi conduit 62,6 % des filles à choisir librement leur époux (CERED, 1997).

41. La tendance se renforcera probablement dans les années à venir. C’est ce que semble induire comme conclusion le module consacré aux jeunes célibataires algériens (15-29 ans) dans l’enquête PAPFAM (ONS, 2002). Ainsi, 91 % ont déclaré vouloir choisir eux-mêmes leur futur conjoint lorsqu’ils ont un niveau d’instruction supérieur contre seulement 41,6 % lorsqu’ils sont sans instruction. Plus le niveau d’instructionest élevé, plus la volonté de libre choix du conjoint est affirmé (Tableau 6). Plus précisément, les femmes célibataires déclarent dans une proportion sensiblement plus grande leur volonté de choisir elles-mêmes leur futur conjoint (Tableau 7).

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Tableau 6

Opinion relatives à la liberté de choix du conjoint par les personnes âgées de 15-29 ans
selon le niveau d’instruction (pour les deux sexes, en %)

Source : PAPFAM 2002, traitement statistique non publié, effectué par N. Hamouda CREAD à la demande de l’auteur

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Tableau 7

Opinion sur la liberté de choix du conjoint par les personnes âgées de 15-29 ans selon le sexe de l’enquêté (en %)

Source: PAPFAM 2002, traitement statistique non publié, effectué par N. Hamouda CREAD à la demande de l’auteur

42. Si les lois des pays du Maghreb accordent aux filles la possibilité d’accepter ou de rejeter un prétendant, elles ne les conduisent pas automatiquement à prendre pour époux l’homme de leur choix. Elles ne leur donnent que la liberté de rejeter les prétendants qui se présentent aux parents. Peuvent-elles imposer un tel choix à leur famille sans courir le risque d’une rupture avec le milieu familial ? Ce n’est pas encore toujours le cas et « la plupart des alliances sont le résultat de compromis entre les choix des jeunes et ceux des parents » (Bensalem, Locoh, 2001, 146). En effet, la tutelle matrimoniale impose l’accord du wali (tuteur – nécessairement un homme de la famille) pour la conclusion du contrat de mariage. Cependant, y compris lorsqu’il y a libre choix des concernés, le consentement du tuteur légal est souvent nécessaire (sauf en Tunisie depuis 1957, mais la coutume semble peser lourdement). En Algérie, la loi (le code de la famille 1984) impose l’autorisation du wali de la future épouse pour entériner un mariage, quelque soient son âge et son statut social ou professionnel (Kateb, 2001) ; cette disposition n’a pas été remise en cause par les aménagements proposés en 2005. En revanche, au Maroc (2004) et en Tunisie (1957) le tutorat matrimonial a été aboli (Tableau 8).

43. Cette disposition, qui puise ses sources dans la charia, constitue avec la polygamie le bastion le plus difficile à remettre en cause car elle sanctionne non seulement le passage à un nouveau système matrimonial, mais surtout elle élargit fondamentalement le degré de liberté des femmes dans les sociétés maghrébines. Elle remet en cause les inégalités de genre qui découlent de l’ordre social. Le libre choix du conjoint devant la loi, tout au moins, nécessite l’abrogation du tutorat matrimonial, fortement revendiqué par l’ensemble des organisations féminines de la région.

44. Les dispositifs juridiques ne respectent pas toujours les constitutions respectives adoptées par les pays du Maghreb. Elles affirment toutes l’égalité de leurs ressortissants devant la loi, quelques soit leur sexe, leur religion, etc. Et les dispositifs législatifs adoptés sont censés être en conformité avec la loi suprême. Cependant, les textes qui régissent les relations familiales et les règles de succession ne respectent pas l’égalité des sexes devant la loi. En dehors de la Tunisie qui a mis en conformité sa législation avec les conventions internationales relatives aux droits des femmes et de l’enfance, l’Algérie et le Maroc, malgré quelques avancées, n’ont toujours pas assuré l’égalité juridique des hommes et des femmes. Les dernières réformes (2004 au Maroc et 2005 en Algérie) ont, certes, élargi le droit des femmes, mais on demeure bien loin d’une égalité complète (Tableau 8). L’ordre social qui impose une situation inférieure aux femmes dans la société n’est ainsi pas complètement remis en cause.

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Tableau 8 – Principales dispositions législatives concernant les relations familiales

Source : code la famille (Algérie), Moudawana (Maroc), code du statut personnel (Tunisie).

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LES INÉGALITÉS DE GENRE RELEVANT DES RAPPORTS ENTRE LES SEXES
ET DE LA DOMINATION MASCULINE

45. Aux inégalités de genre relevant de l’ordre social et religieux, il faudrait ajouter les inégalités relevant des rapports entre les sexes et intériorisées aussi bien par les hommes que par une majorité des femmes. Ces inégalités de genre enregistrent incontestablement un recul dans le domaine de l’enseignement et de l’accès à l’emploi public. Au regard de l’enseignement aussi bien en Algérie qu’en Tunisie la situation devient de plus en plus favorable aux femmes. Par rapport à ces deux pays, le Maroc enregistre un léger retard en matière de scolarisation des filles et d’alphabétisation des femmes, mais la tendance générale s’oriente vers une plus grande présence des filles dans le système éducatif et un rapport de genre en leur faveur.

46. Dans les trois pays, les pesanteurs sociologiques laissent de plus en plus la place à un froid pragmatisme. Par exemple, l’abandon scolaire qui concernait prioritairement les filles notamment lorsqu’elles atteignaient l’âge de la puberté, est aujourd’hui davantage le fait des garçons. Les taux d’abandon scolaire dans le primaire et l’enseignement moyen sont plus élevés pour les garçons que pour les filles, selon les statistiques du ministère algérien de l’éducation notamment (Kateb, 2005). En dehors du Maroc , les opportunités d’accès à l’emploi dans le secteur informel sont défavorables aux enfants de sexe féminin, ce qui favorise leur maintien dans le système scolaire. Ceci correspond à un bouleversement dans l’attitude des familles vis à vis de la scolarisation des enfants. Traditionnellement, surtout dans les zones rurales, il y avait de fortes réticences à la scolarisation des filles, et les parents n’hésitaient pas interrompre leur scolarisation pour différentes raisons (besoins ménagers, fiançailles etc.) Ces pratiques ont tendance à reculer avec la nucléarisation des cellules familiales et le recul de la fécondité, un niveau d’instruction de plus en plus élevé chez les parents dont les enfants entrent dans le système scolaire, l’urbanisation et surtout la détérioration du pouvoir d’achat des revenus salariaux des chefs de famille dans les couches défavorisées de la population.

47. Si la situation a évolué en faveur des femmes dans le système éducatif, il n’en n’est pas de même en ce qui concerne leur situation dans les différents secteurs d’activité et l’égalité d’accès à l’emploi à niveau d’instruction égal . Les femmes sont statistiquement enregistrées majoritairement comme femmes au foyer, c’est à dire inactives pour plus des deux tiers. L’enquête algérienne sur la santé de la famille indique que 85,6 % des femmes âgées de 30 à 59 ans ont été enregistrées comme femmes au foyer. Par contre, elles sont rarement cataloguées comme chef de ménage (11,5 % du total, Papfam, 2002). Elles accèdent à ce statut essentiellement à la suite d’un veuvage (70,4 % du total des femmes chef de ménage) ou d’un divorce.

48. Les taux d’activité féminins sont relativement faibles surtout comparativement à d’autres régions du monde. Le travail à domicile, le secteur informel et le statut d’aide familial, s’ils montrent que la contribution des femmes à l’économie domestique est importante, gonflent par contre les taux d’activité féminin dans les rapports gouvernementaux servant à contenter les organismes internationaux en charge de ces questions. Malgré les subterfuges statistiques, les taux d’activité masculine sont deux fois plus importants. Mais s’il n’y a pratiquement plus de secteurs d’activité réservés aux hommes (ni l’armée, ni les services de polices, ni les services de la protection civile, ni le secteur des affaires religieuses) , les inégalités restent fortes au niveau de l’accès aux différents niveaux de responsabilité . Il est impossible de mesurer l’existence des inégalités en matière de salaire, faute d’enquêtes statistiques ou administratives.

49. Comme dans de nombreux pays, les inégalités économiques et sociales les plus importantes se situent à l’intérieur de la sphère domestique, où les femmes sont en charge de l’essentiel des tâches ménagères. Certes, les activités fastidieuses traditionnellement dévolues aux femmes (corvée d’eau et de bois) ont reculé grâce à un accès croissant à l’eau potable, à l’électrification et à une pénétration de plus en plus grande du gaz naturel dans les foyers. Mais ces inégalités restent plus fortement ressenties par les femmes des zones rurales où le niveau d’équipement des logements reste beaucoup plus faible. Ainsi seulement 32 % des ménages résidents en milieu épars (en dehors des agglomérations) bénéficient de l’eau courante en Algérie et seulement 17,2 % des logements situés en zone épars sont rattachés au réseau d’évacuation des eaux usées.

50. Cependant, les produits industriels de consommation courante (biens durables) pénètrent les foyers, rendant les taches ménagères moins ardues et diminuant le temps nécessaire à leur réalisation. Les taux d’équipement des ménages en produits électroménagers ont pratiquement doublé ces dix dernières années et les tendances se renforcent avec l’élargissement du raccordement des logements au réseau électrique et à la pénétration rapide du gaz sous différentes formes (naturel, gaz de ville, butagaz). Il en découle une diminution du temps consacré aux tâches ménagères, sans pour autant régler les inégalités en matière de répartition du budget-temps (travail, ménage, loisir). En effet, pour les femmes occupant un emploi, l’enquête budget-temps tunisienne montre que la charge de travail journalière des femmes est de 2 heures supérieure à celle des hommes. Si la journée d’un homme se divise entre temps de travail et temps de loisirs, celle des femmes cumule à l’inverse travail et taches ménagères (Mahfoud-Draoui et al., 2005). Jusqu’à ce jour, de telles enquêtes n’ont été conduites ni en Algérie ni au Maroc. Mais si tel avait été le cas, les résultats n’auraient pas été différents de ceux obtenus en Tunisie, tant la traditionnelle division sexuelle du travail à l’intérieur de l’espace domestique reste dominante… Elle reste généralement le dernier carré de résistance masculine lorsque sont assurées égalité juridique et économique entre les sexes.

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UN SYSTÈME MATRIMONIAL RÉVÉLATEUR

DE LA PERSISTANCE DES INÉGALITÉS DE GENRE

51. Les changements constatés au niveau des indicateurs statistiques de la nuptialité peuvent suggérer de prime abord une évolution qui rapprocherait les pratiques matrimoniales des populations maghrébines de celles qui ont cours dans les pays d’Europe. Mais malgré la disparition de la précocité du mariage, le recul de la polygamie, l’élévation de l’âge moyen au mariage et la diminution de l’écart d’âge entre époux, on ne peut conclure quant à la convergence totale vers des systèmes laissant une plus grande place au libre choix des individus et à la reconnaissance de la liberté sexuelle des femmes.

52. La famille maghrébine, largement conservatrice, a été ébranlée par les modifications économiques et sociales et par les actions de l’Etat, malgré la timidité des mesures adoptées (relèvement de l’âge légal au mariage, recul de la répudiation comme forme unilatérale de rupture d’union en faveur du divorce judiciaire n’empêchant pas une certaine inégalité entre les sexes, obstacles administratifs à la polygamie sans son interdiction – à l’exception de la Tunisie). La famille maghrébine s’astreint à des compromis et tente de s’adapter à ces évolutions pour maintenir son contrôle sur les couples qui se constituent. Les mariages demeurent en grande partie arrangés par le groupe familial qui fait entériner ses choix aux prétendants (il est de moins en moins possible de les imposer), maintenant une forte endogamie (les conjoints ont des liens familiaux dans un 1/3 des mariages,). Ainsi, malgré la décohabitation des générations, le contrôle de la famille et de la tradition sur la constitution des nouveaux foyers restent relativement forts.

53. Les stratégies matrimoniales familiales ont pour objectif la conservation du contrôle sur la constitution des nouveaux couples, et tentent de limiter l’évolution du mariage traditionnel vers une forme plus moderne capable de libérer les individus de l’emprise du groupe familial. Ces stratégies matrimoniales familiales sont en outre confortées par l’attitude des futurs époux qui, au moment de la conclusion du mariage, attendent du groupe familial une aide matériel et financière. Les stratégies familiales sont aussi facilitées par la faiblesse de l’offre de logement et le développement récent du chômage parmi les jeunes qui limite leur volonté d’émancipation. Les compromis mis en œuvre pourraient aboutir à un nouveau modèle matrimonial qui combinerait les impératifs qu’imposent les transformations structurelles (économiques et sociales) au respect des normes véhiculées par la religion musulmane et les pratiques coutumières. Ces transformations dans le marché matrimonial n’aboutissent pas encore à un nouveau modèle assis sur la libre détermination des individus des deux sexes. Cette évolution nécessiterait une plus grande avancée dans l’élargissement du droit des femmes et le recul des inégalités de genre. Et ces transformations ne peuvent subvenir sans l’adaptation des conceptions religieuses aux changements civilisationnels en cours dans les sociétés maghrébines.

54. La « mondialisation de la production du droit » a soulevé un certain nombre de difficultés (le droit international s’imposant de plus en plus dans le droit privé, sous l’impulsion des conventions et traités relatifs au droit des enfants, à l’égalité entre les sexes, etc.) L’adoption et la ratification des textes internationaux relatifs à la promotion de l’égalité entre les sexes –malgré les réserves qui ont pu être formulées – ont progressivement conduit à l’élargissement des droits des femmes (lutte contre les différentes formes de violence, droit à l’avortement, reconnaissance des naissances hors mariage, prise en charge des mères célibataires, adoption). Et ces initiatives ont permis de discuter au Maghreb de questions qui, auparavant, n’avaient jamais fait l’objet de débats publics.

Kamel Kateb

Chargé de recherche

Institut National d’Etudes Démographique

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Référence électronique

Kamel Kateb , « Scolarisation féminine massive, système matrimonial et rapports de genre au Maghreb », Genre, sexualité & société [En ligne],
Automne 2011, mis en ligne le 01 décembre 2011, Consulté le 08 septembre 2012.

URL : http://gss.revues.org/index1987.html ; DOI : 10.4000/gss.1987

Etude signalée sur le blog algerieinfos-saoudi.com, le 24 avril 2012:


LA MOUDJAHIDA ANNIE FIORIO-STEINER. UNE VIE POUR L’ ALGÉRIE


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[LA MOUDJAHIDA ANNIE FIORIO-STEINER – UNE VIE POUR L’ ALGÉRIE
– Extraits du livre de de Hafida AMEYAR.->#1]


[HOMMAGE DE ANNIE STEINER – ANCIENNE ÉLÈVE DU LYCÉE DE BLIDA –
AU PROFESSEUR HADJ SADOK – POUR SON ENSEIGNEMENT
– Témoignage de Annie Steiner.->#2]


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LA MOUDJAHIDA ANNIE FIORIO-STEINER.

UNE VIE POUR L’ ALGÉRIE

de Hafida AMEYAR

Extraits

choisis par l’auteur Hafida Ameyar

du livre

“La Moudjahida Annie Fiorio-Steiner. Une vie pour l’Algérie”

Annie-Virginie-Blanche Fiorio est née le 7 février 1928 à Hadjout, wilaya de Tipasa. Elle est mère de deux filles : Edith, 58 ans, et Ida, 56 ans. En novembre 1954, elle travaillait aux Centres sociaux d’Alger ; elle ne militait dans aucun parti politique ni association. Pourtant, elle applaudit pour l’Algérie algérienne et voulut s’engager au FLN.

“Le 1er Novembre 1954 a été comme un coup de tonnerre dans le ciel de l’Algérie. Un coup de tonnerre dans un ciel apparemment serein. En tout cas, pour moi, c’était un coup de tonnerre. (émotion). Ce jour-là, j’étais à la maison. Il y avait mon mari, deux amis et moi. Spontanément, j’ai applaudi. Mon mari et Roland Simounet, un architecte originaire de Aïn Benian, ont souri. Mais l’autre invité a mal réagi et m’a dit : “Tu applaudis à des assassins ?” Je lui ai répondu : “Oui”. Je ne l’ai plus revu, mais nous sommes restés en bons termes avec Roland. (…) Donc, l’histoire se mettait en marche ; c’était le moment d’agir en Algérie. C’est pour tout cela que j’ai applaudi et j’ai tout de suite cherché le contact avec le FLN.” (pp.26 et 27)

“Le FLN était un Front très ouvert à toutes les tendances et avait compris qu’il fallait réaliser l’unité. Plus tard, l’UDMA de Ferhat Abbas, des communistes et des messalistes ont rallié le FLN, mais rares malheureusement sont les gens d’origine européenne qui ont intégré la Révolution. Il y a eu aussi les Oulémas de Ben Badis qui ont rejoint le FLN.” (p. 29)

“J’ai décidé de m’exprimer pour lutter contre l’oubli. Je parle aujourd’hui parce que les moudjahidine et les moudjahidate disparaissent les uns après les autres et parce que j’ai vu aussi comment on traite les vrais moudjahidine, comment on les méprise. J’ai donc décidé de parler, pour laisser quelques traces. (…) Je m’exprime aujourd’hui pour briser le silence et parler avant tout de celles qui sont mortes.” (pp. 31 et 32)

“J’étais agent de liaison. (…) J’avais une voiture et je pouvais me déplacer facilement. Je portais des plis sans jamais les ouvrir, bien sûr. (…) J’ai eu d’autres activités, par exemple transporter des couffins… (…). J’ai travaillé pour un laboratoire de fabrication de bombes et c’était Daniel Timsit qui s’occupait de ce laboratoire. Personnellement je ne suis jamais allée au laboratoire, mais Hassiba Ben Bouali et Boualem Oussedik y travaillaient.” (p. 38) “À Barberousse, la première exécution que j’ai « entendue », parce qu’on ne voyait pas, mais on entendait, c’est celle de Fernand Iveton, avec Mohamed Ouennouri et Mohamed Lakhnèche. Ils étaient trois. Les deux étaient des jeunes et Iveton avait 30 ans. (…)Chaque année, nous commémorons l’exécution de Fernand Iveton. Nous sommes très nombreux au cimetière. C’est bien, mais nous oublions les deux autres, Mohamed Ouennouri et Mohamed Lakhnèche. Et je dis : « Non, ils étaient trois, ne séparons pas ceux que la mort a unis. »” (p. 59)

“À Barberousse, nous faisions une grève de la faim, après l’exécution d’un militant. Dans les autres prisons, nous avions entrepris plusieurs actions et fait également des grèves de la faim, pour être respectées, pour améliorer les conditions au parloir et dans la prison en général. Nous avions également fait du cachot… Dans la prison, nous avions continué la lutte de l’extérieur, nous avions transposé notre combat dans la prison. (Emotion)” (p. 80) “La Révolution a été profonde, parce que c’est la base qui l’a faite. Mais, cette base vous dira qu’elle n’a fait que son devoir. La Révolution a été aussi profonde, parce qu’elle n’était pas seulement une guerre d’indépendance, comme certains le disent. Notre guerre de Libération nationale a modifié des rapports sociaux, à l’échelle nationale. Elle a agi en ce qui concerne la condition de la femme. Je parle, par exemple, des jeunes filles qui ont rejoint le maquis et quitté la maison familiale, en laissant derrière elles un mot pour leur famille. Les parents qui n’ont pas trouvé de mot ont dû recevoir une lettre ou avoir de leurs nouvelles plus tard. Cette façon de faire était toute nouvelle. De plus, les jeunes filles et les femmes sont parties, sans avoir demandé l’avis du père, du frère ou de quelqu’un d’autre. Tout cela était nouveau.” (pp. 93 et 94)

“Ce qu’a dit Yacef Saâdi est honteux, mais cela ne m’a pas étonné, parce que depuis l’indépendance, il ne parle qu’en tant que chef unique de la Zone autonome d’Alger. Certes, il a été chef, mais beaucoup de responsables de la Zone autonome d’Alger ont été arrêtés et condamnés à mort. Bouchafa et Fettal ont été arrêtés en 1956 et condamnés à mort. Il y a eu également Ben M’hidi, qui est mort en mars 1957 avec beaucoup de courage et de dignité… Je n’ai jamais entendu Yacef, dans les documentaires qu’on nous a passés, citer des chouhada, alors qu’ils ont été très nombreux pendant la « Bataille d’Alger ». Je lui reproche de n’avoir pas parlé de tous les torturés, de tous ces moudjahidine qui sont morts chouhada. Ensuite, il s’est attaqué à Louisette. C’est facile de s’attaquer à la famille Ighilahriz, que j’ai bien connue. Cette polémique, qui se déchaîne maintenant, m’a parue un peu bizarre et je me pose des questions…” (pp. 121 et 122)

“Je m’interroge beaucoup sur les problèmes de la jeunesse. Bien que la jeunesse soit devenue un problème à la mode, je trouve qu’on ne parle pas assez correctement des jeunes. Il y a de tout dans la jeunesse, comme chez les femmes et chez les hommes. (…) Il y a trop de jeunes qui n’ont pas à quoi s’accrocher : ils n’ont rien, ni repères ni valeurs qu’ils auraient dû recevoir de leurs parents et de l’école. Concernant les jeunes harragas, leur cas est très discuté, mais ils ne viennent jamais nous demander d’intervenir pour obtenir un visa. Ils vont mourir dans la mer, alors qu’ils aiment tellement la vie. (…) Les jeunes ont besoin qu’on les respecte et qu’on ne les traite pas à la légère. (Colère)”(p. 125)

“De quel nationalisme parlez-vous ? Il y a plusieurs types de nationalisme… Si c’est le nationalisme pendant la guerre de Libération nationale, oui j’étais nationaliste. Si c’est le nationalisme pour les petites gens, les déshérités, oui je suis encore nationaliste. Mais, si c’est le nationalisme pour les nantis, pour livrer l’Algérie aux prédateurs, non je ne suis plus nationaliste. Où est l’idée de nation dans cette précipitation affolée, dans ce bric-à-brac destructeur ? (Emotion).”(pp. 130 et 131)
“J’ai d’abord aimé les animaux, ensuite les hommes et les femmes, qui étaient sous mes yeux, c’est-à-dire les pieds-noirs. Puis, j’ai compris qu’il y avait la masse des Algériens, des spoliés, des déshérités. C’étaient eux qui méritaient que je les aime totalement.” (p. 141)

“Je n’ai pas fait cinq années de prison et perdu mes enfants, pour voir l’Algérie pillée comme au temps du colonialisme, pour que Monsieur Mohamed remplace Monsieur Pierre. Il me semble évident que bientôt, tous ces prédateurs avides et sans scrupules, pour qui les textes juridiques ne sont que du papier, auront en face d’eux des jeunes et des moins jeunes qui leur demanderont des comptes.” (p. 146)

____________________

La Moudjahida Annie Fiorio-Steiner. Une vie pour l’Algérie”, de Hafida Ameyar, 190 pages, livre édité par l’association Les Amis de Abdelhamid Benzine, septembre 2011

Sources: Réseau des Démocrates, le 29 septembre 2011

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HOMMAGE DE ANNIE STEINER

ANCIENNE ÉLÈVE DU LYCÉE DE BLIDA

AU PROFESSEUR HADJ SADOK

SON ENSEIGNANT

J’ai connu le professeur Hadj Sadok au lycée ex-Duveyrier, à Blida, où je faisais mes études secondaires pendant la seconde guerre mondiale. Lycée de garçons à l’origine, il était devenu mixte après le débarquement des américains qui s’étaient installés à l’établissement de jeunes filles.

Excellent pédagogue qui savait nous communiquer son amour de la langue arabe, enseignant par vocation, Si L’Hadj m’a donné de solides bases dans cette langue que j’avais choisie pour le baccalauréat avec le latin.

Outre ses cours de grammaire d’une grande clarté, cours qu’il avait élaborés lui-même en partant, sans doute, de plusieurs ouvrages, il nous avait appris tous les modes de versification de la poésie arabe pour former notre oreille aux rythmes et ondulations de cette poésie.
Et j’ai encore en mémoire un poème de Tounadhir El Khansa appris par cœur il y a plus de 60 ans.

Bâtiment cossu où Si L’Hadj a formé des générations de lycéens, le lycée se situait entre le jardin Bizot et la place d’armes avec son kiosque à musique, la librairie-papeterie Mauguin très bien achalandée en fournitures scolaires (elle existe toujours), et, sur un côté dans une petite rue, des calèches à chevaux pour des promenades désuètes et agréables. Un peu plus bas se situait le Bois sacré, avec son marabout et ses oliviers, près duquel habitait la famille Hadj Sadok. J’ai pris des cours dans cette demeure pendant l’été qui a précédé mon entrée au lycée car, venant de Sidi Bel Abbès où je n’avais fait qu’un an d’arabe parlé, j’avais besoin d’une mise à niveau, ce dont Si L’Hadj a bien voulu se charger.

Et je me souviens que Madame Hadj Sadok m’apportait des pâtisseries faites par elle-même, ce qui soutenait mon attention d’une façon bien agréable. J’habitais alors un peu plus haut, l’ex-avenue de la Marne, chez ma tante et mon oncle qui m’avaient accueillie à la mort de mon père.

J’ai revu ce lycée l’année dernière ; il est mixte et bien entretenu. Une plaque en marbre, fixée dans l’entrée, donne la liste des martyrs anciens élèves du lycée ; parmi eux Abane Ramdane, Ali Boumendjel et tant d’autres, élèves de Si L’Hadj.

Dans ma classe nous n’étions que trois européens (Champier, Melle Ripoll qui étaient à côté de moi, et moi-même) et trois algériens (les deux fils du docteur Bachir, Hassen et Aladin, et leur cousin Abdellouhab) : les quatre garçons étaient à droite de l’allée, Melle Ripoll et moi-même étions à gauche de l’allée. Et pendant le cours, Si L’Hadj marchait dans la salle sans nous quitter des yeux afin que notre attention ne se relâche pas : personne ne pouvait tromper sa vigilance !

Ses cours, soigneusement préparés, étaient un modèle de rigueur et de clarté dans leur agencement et leur progression : énoncés, tableaux, règles de grammaire, tout était bien ordonné pour faciliter notre compréhension. Et pour la prononciation de ces sons nouveaux pour moi, de ces lettres dont il fallait restituer les nuances et l’emphase, sa patience était sans limite, sa rigueur était sans pitié. Il aimait et encourageait ceux qui travaillaient ; pour les autres il fallait qu’ils suivent. Je ne pensais pas, à l’époque, à quel point son enseignement me serait indispensable et bénéfique après 1962 où l’arabe est devenu langue officielle.

Merci, Si L’Hadj, de m’avoir donné les bases et l’amour de cette belle langue, et, puisqu’il m’arrive de la malmener régulièrement, je ne peux que vous dire: « pardonnez-moi, cher Maître; Vous avez toute la reconnaissance, sincère et fidèle, d’une de vos anciennes lycéennes, Melle FIORIO».

Annie Steiner

Alger

le 15 mai 2005

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27 AVRIL 2012 – MONTRÉAL – CONFÉRENCE/ PROJECTION: « LETTRE à MA SOEUR »

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VENDREDI 27 AVRIL 2012.

Cinémathèque québécoise

335, boul. De Maisonneuve Est Montréal

Québec, H2X 1K1 Canada

Métro Berri-UQAM (sortie De Maisonneuve).

19 h 30

Salle Fernand-Seguin

Conférence-projection

 »LETTRE A MA SŒUR »
_ de Habiba Djahnine.

Projection précédée d’une conférence de la réalisatrice dans le cadre de l’atelier scientifique

« Adresses au tiers et postures des tiers

dans le partage des mémoires»

CRI / Université de Montréal.

Soyez nombreux pour honorer la mémoire de cette militante

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http://www.youtube.com/watch?v=qV8UDBCRBhc

->http://www.youtube.com/watch?v=qV8UDBCRBhc]

Tighri de Nabila appelle toujours, parce que Femme.

ALGÉRIE – FEMMES ET GENRE – HISTOIRE MODERNE ET CONTEMPORAINE – CITATIONS ET RÉFÉRENCES

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‘Disenclaving’ the modern and contemporary history of women and gender in Algeria:

quotations and references

Dr Natalya Vince, University of Portsmouth

natalya.vince@port.ac.uk


• Official/ dominant history:

‘Women’s rights’ the result of a historically and geographically-specific conjecture – the War of Independence (1954-1962)


1. Frantz Fanon, L’An V de la Révolution algérienne,

(Paris: La Découverte and Syros, 2001 [1959]), p. 93.

‘la liberté du peuple algérien s’identifie alors à la libération de la femme et son entrée dans l’histoire’

‘the liberty of the Algerian people is now identified with the liberation of women and their entry into history’


2. Abdelaziz Bouteflika,

International Women’s Day Speech/ Discours à l’occasion de la journée internationale de la femme, 8 March/mars 2007:

‘La femme algérienne a, au fil du temps, relevé bien des défis. De Lalla Fatma N’Soumer à Hassiba Boulmerka, en passant par les vaillantes moudjahidate et les femmes martyrs de la tragédie nationale, l’Algérienne a forcé le respect par son courage, sa résistance et son héroïsme.’

‘The Algerian woman has, over time, faced many challenges. From Lalla Fatma N’Soumer [who led anti-colonial resistance in the 19th C century] to [1990s athlete] Hassiba Boulmerka, through the valiant mujahidat [female combatants 1954-62] and the women martyrs of the national tragedy [the 1990s civil violence] the Algerian woman has forced respect by her courage, her resistance and her heroism.’


3. Bouteflika,

International Women’s Day Speech/ Discours à l’occasion de la journée internationale de la femme, 8 March/mars 2006:

‘la femme algérienne a vu ses droits consacrés dès l’aube de l’indépendance […] l’Algérie n’a pas de leçon à recevoir de quiconque en ce qui concerne la place de la femme dans la société algérienne’

‘The Algerian woman saw her rights consecrated at the dawn of independence […] Algeria has no lessons to receive from anybody about the place of women in Algerian society.’


4. Suad Joseph (ed.)

Gender and Citizenship in the Middle East

(New York: Syracuse University Press, 2000), p. 6. [Turkey; Iran; Iraq; Egypt]

For 19th and 20th C nationalist reformers ‘it was in the interests of “the nation” to educate women, to recruit them into the labo[u]r market, to transform their dress-wear and symbolically to integrate them into the political process, as emblems of modernity’ whilst simultaneously seeking to locate local roots for their reformist visions.

Pour les réformistes nationalistes du 19ème et 20ème siècles : ‘il était dans l’intérêt de «la nation» d’éduquer les femmes, de les recruter dans le marché de travail, de transformer leur façon de s’habiller et symboliquement de les intégrer dans le processus politique comme emblèmes de la modernité’ tout en cherchant des racines locales pour leurs visions réformistes.


• Oppositional/ critical view:

women were ‘sent back into the kitchen’ in 1962

by a patriarchal and at times misogynist state


5. Djamila Amrane,

“Les femmes algériennes dans la guerre”

(Paris: Plon, 1991), p. 262.

‘Il semble que la hiérarchie sociale, estompée pendant les années de guerre pour les combattantes qui luttaient et vivaient dans les mêmes conditions, se soit, après l’indépendance, rétablie instantanément, remettant chacune à sa case de départ.’

‘It seems that the social hierarchy, which had been flattened out during the war years for female combatants who fought and lived in the same conditions [as men], was, after independence, instantly re-established, putting each woman back to square one.’


6. Malika El Korso,
‘La Mémoire des militantes de la Guerre de libération nationale,’

Insaniyat, 3, 1997, pp. 25-51 ; p. 46.

‘Marginalisées, exclues de la scène politique, exclues du projet de société pour lequel elles avaient combattu elles se sentent inutiles, parce qu’abandonnées.’

‘Marginalised, excluded from the political scene, excluded from the project for society for which they had fought they felt useless, because abandoned.


7. Khaoula Taleb Ibrahimi,

‘Les Algériennes et la guerre de libération nationale: l’émergence des femmes dans l’espace publique et politique au cours de la guerre et l’après guerre’

in Mohamed Harbi and Benjamin Stora, “La Guerre d’Algérie”

(Paris: Hachette, 2004)

‘Toutes ces femmes exceptionnelles ont été sommées de retourner à leur foyer, à leurs tâches de mère, d’épouse, de sœur et de fille […]’

‘all these exceptional women were ordered to return to their homes, to their tasks of mother, wife, sister and daughter’


8. Monique Gadant,

“Le nationalisme algérien et les femmes”

(Paris: L’Harmattan, 1995), p. 32

Le discours du FLN sur la libération de la femme non seulement ne veut rien dire mais en plus il a été instrumentalisé afin de ‘museler depuis l’indépendance toutes les revendications des femmes’

The FLN’s wartime discourse on women’s liberation was not only devoid of meaning but has been used to ‘muzzle, since independence, all demands by women.’


9. Cynthia Enloe,

Making Feminist Sense of International Politics

(Berkeley: University of California, 2000 [1989])

‘nationalism typically has sprung from masculinised memory, masculinised humiliation and masculinised hope.’ ‘

le nationalisme est en général issu de la mémoire masculinisée, l’humiliation masculinisée et l’espoir masculinisé’


• Locating gender within intersecting categories of analysis;

recovering women’s own perspectives


10. Lila Abu Lugoud (ed)

Remaking Women: Feminism and Modernity in the Middle East

(Princeton: Princeton University Press, 1998), p. viii.

Post-colonial projects with women as their object need to be located ‘squarely within the messy situations of state building, anti-colonial nationalism, changing social orders, and the emergence of new classes.’

Les projets post-coloniaux qui ont les femmes pour objet devraient être situés ‘clairement dans les situations confuses autour de la construction de l’Etat, le nationalisme anti-colonial, l’évolution des ordres sociaux et l’émergence de nouvelles classes.’


11. Alison Baker,

Voices of Resistance: Oral Histories of Moroccan Women

(New York: State University of New York Press, 1998), p. 278

‘When I asked questions about what happened to the women’s political movement after independence, why women disappeared from the political arena, and why they did not take up issues of women’s personal status and family law, they told me that I was wrong, women did not [emphasis in text] disappear. But more importantly, they told me I was asking the wrong questions. The question really was how these women viewed their responsibilities in the public arena after independence, and what were their new roles and activities.’

‘Lorsque j’ai posé des questions au sujet de ce qui est arrivé au mouvement politique des femmes après l’Indépendance, pourquoi les femmes ont disparu de la scène politique, pourquoi elles ne sont pas battues par rapport au statut personnel et au code de la famille, elles m’ont dit que j’avais tort. Les femmes n’avaient pas disparu. Mais, plus important, je ne posais pas les bonnes questions. La vraie question était comment ces femmes voyaient leurs responsabilités dans la sphère publique après l’indépendance et quels étaient leurs nouveaux rôles et activités.’


12. Sita Ranchod-Nilsson,

‘“This, too, is a way of fighting”: Rural Women’s participation in Zimbabwe’s Liberation War’, in Mary Ann Tetreault (ed.), Women and Revolution in Africa, Asia, and the New World,

(Columbia, South Carolina: University of South Carolina Press, 1994), pp. 62-88.

‘The experiences and goals of different groups of African women who participated in the war were very different and even contradictory. On the one hand, women combatants, who were most often young and childless when they joined the liberation movements, expected that their wartime experiences of relative equality with men would be continued under the new government. On the other hand, rural women, who were often older and had children, wanted continued support for their status and household responsibilities.’

‘Les expériences et les objectifs des différents groupes de femmes africaines qui ont participé à la guerre étaient très différentes et même contradictoires. D’une part, les femmes combattantes, qui étaient le plus souvent jeunes et sans enfants quand elles ont rejoint les mouvements de libération, s’attendaient à ce que leur expérience d’une égalité relative avec les hommes pendant la guerre soit poursuivie sous le nouveau gouvernement. D’une autre part, les femmes rurales, qui étaient souvent plus âgés et qui avaient des enfants, voulaient plus de soutien afin de maintenir leur statut et leurs responsabilités domestiques.’


• The Tunisia/ Algeria comparison – Bourguiba’s gift vs.

Algerian women’s hard fought for rights?


13. L’Action (Tunisia)

3 Sept 1956

‘We have done nothing to obtain [emanicipation], alas! Used to leaving men to decide for us, we left it to them’

‘Nous avons rien fait pour l’avoir [emancipation], hélas! Habituées à laisser les hommes decider pour nous, à nous laisser faire.’


14. Jeune Afrique

12-19 March 1962

‘An Algerian woman… they are still behind. An Egyptian woman… they are not moving very fast. A Tunisian woman (Destour youth) … they are running.’

‘Une algérienne… ils [sic.] sont encore en retard ; une égyptienne… mais ils marchent pas très vite… Une tunisienne (jeunesse destouriennes) ils courent’


15. L’Action

26 March 1956

‘Too bad for the sayings… you know… “The Moroccan is a lion. The Algerian is a man. The Tunisian… a woman!’ On the 21 March demonstration the women themselves were men! If we dare say so.’

‘Et tant pis pour les dictons… Vous savez… « Le Marocain est un lion. L’Algérien est un homme. Le Tunisien… une femme ! » Au défilé du 21 mars au soir les femmes elles-mêmes étaient des hommes ! Si nous osons l’écrire.’


16. UNFT: Keeping it in the family

April 1962: Bourguiba marries Wassila Ben Ammar.

• Neila Ben Ammar – Wassila’s sister – Press and Propaganda Officer of the UNFT

• Samia Ben Ammar – Bourguiba’s sister-in-law and wife of the Secretary of State for Public Health and Social Affairs, Mondher Ben Ammar

• Saida Sassi (née Bouzgarou) Bourguiba’s niece (daughter of his sister) lived with the Bourguibas

• Rahia Haddad , longstanding president of the UNFT – also a Ben Ammar.


17. The rapid turnover of the UNFA

(snapshot 1962-1966)

  • Early November 1962: Fatima Benosmane, a founding member of the pre-war “Union des femmes musulmanes d’Algérie” (UFMA, est. 1947), receives on behalf of the ‘Union des Femmes algériennes’ foreign delegations of women.
  • 25 November 1962: Fatima Benosmane and Mme Rezgane are still described as the heads of the UFA, on 27 November, neither of these women are named in the ‘comité provisoire’ of the organisation. This ‘comité provisoire’ included: Sakina Aït Saâda, Fetouma Belkheir, Bahia Bouziani, Jeanne Marie-Francis, Zahia Kharfallah, Dania Khiar, Zoubida Kaddour and Samia Salah Bey.
  • January 1963: UFA congress. Name change to UNFA. The only continuities in senior personnel in January 1963 were Jeanne-Marie Francis and Mme Salah Bey. The new committee of the UNFA, elected behind closed doors, includes Djamila Bouhired as president of honour. Other members of the committee at this point are Farida Khadir as president, Zahor Lakhdari as general secretary and other members Naziha Gharib, Farida Sadek, Yamina Zaân[an]e, Zohra Bougida and Amina Chaâli. Various party members made speeches, including Amar Bentoumi, Minister for Justice, FLN general secretary Mohamed Khider, and Rabah Bitat, Zohra Drif’s husband and vice president of the government.
  • June 1963: Mme Salah Bey was president and secretary general of the UNFA.
  • 5 July 1963: New treasurer, Mme Ben Sassi
  • March 1964: New secretary general, Mme Nadra Saïm.
  • 8 July 1964: Mme Ghani president of the UNFA.
  • 20 August 1964: latest committee announced what is described as the ‘first’ UNFA congress. On 26 October, the UNFA was still preparing its first congress, with yet another national secretary, Fatima Zohra Arabdiou … and the preparation work was still going on 20 February 1965. The August 1964 committee included Hassiba Taghlit, Fellah Fatma, Malika Boumendjel, Zahia Allal, Evelyn Lavalette and Orkia Ferrahi.
  • Early 1966: A few months after the coup d’état of June 1965, Boumediene turns his attention to the UNFA. Mamia Chentouf and Nefissa Lalliam were given the role of reviving the organisation – Mamia Chentouf taking the post of general secretary and Nefissa Lalliam that of president, reversing the roles the two had played in the pre-war UFMA.
  • November 1966: ‘Premier congrès de la Union nationale des femmes algériennes’ is described as taking place on 19, 20 and 21 November 1966 at the Palais des nations. Of the 44 women listed as members on the National Council, Malika Boumendjel is the only woman who had previously been mentioned as a member of the UNFA.

18. El Djazaïria,

no. 82, 1980 [magazine UNFA]

“El Djazaïria” revue de parade. Mme X va accueillir Mlle Y à l’aéroport: ceci nous importe peu.’

‘El Djazaïria is just for show. Mrs X is going to welcome Miss Y at the airport. Who cares.’


19. Interview with Malika Koriche with Natalya Vince (2005)

‘Au début, pendant deux ou trois ans j’étais à l’UNFA, mais après j’ai préféré le parti.’

‘At the start, for 2 or 3 years, I was in the UNFA, but afterwards I preferred the party [FLN]’


20. Révolution africaine,

18 April 1964

Mme B. F., mujahida: ‘L’année dernière, je faisais partie de l’Union des femmes. J’ai démissionné. Elles n’ont rien fait de positif, elles sont trop snob; pour une réunion en plein casbah, elles demandaient à nos sœurs qui venaient voilées des cartes d’invitation.’

Mrs B. F., war veteran : ‘Last year, I was in the Union des femmes. I resigned. They have done nothing positive, they are too snobbish; for a meeting the middle of the Casbah they asked our sisters who came veiled for their invitation cards.’


21. Interview with Louisette Ighilahriz with Natalya Vince (2005)

je ne peux pas accepter un militantisme sexe unique […] je ne sais pas comment je me suis retrouvée là-dedans.’

‘I cannot accept a single-sex activism. […] I don’t know how I found myself caught up in it.’


22. Léïla (Dorra Bouzid) in ‘L’Action féminine’ (L’Action)

Tahar Bedoui writes to Léïla:
‘Chez nous au Néo-Destour Mademoiselle on apprend à être modeste et surtout efficace. […] La femme tunisienne est anonyme; elle n’a pas la manie de présider, présider à tout prix. Elle porte le pantalon disgracieux, la casquette inesthétique et apprendre à marcher au pas. Demain elle sera l’éducatrice ou l’assistante sociale. C’est là la vraie grandeur de la femme tunisienne.’ (L’Action 14 May 1956)

[At Neo-Destour young lady we are taught to be modest and especially efficient. […]

The Tunisian woman is anonymous; she is not obsessed by holding court at all cost. She wears unflattering trousers, the unaesthetic cap and she learns to march to the beat. Tomorrow she will be a teacher or a social worker. That is the true greatness of the Tunisian woman.]

Léïla’s response – if he wants women to march to the beat he better quickly learn to become a good househusband as women still need to raise children and peel potatoes. If he wants women to give up frivolity, he needs to give up his card games in cafes. (L’Action 21 May 1956)


23. ‘Y a-t-il un problème de la femme algérienne?’

Le Peuple, 4-5 and 22 Aug/ Août 1963

Zohra Drif: ‘un mythe’ ; ‘la libération de l’homme et la femme est cette question de scolarisation.’

Belmihoub: ‘un faux problème’ ; ‘Il ne faut pas parler de l’émancipation de la femme en parlant du voile, des traditions, mais en lui donnant du travail.’

Drif: ‘a myth’; ‘The liberation of men and women comes down to the question of education.’

Belmihoub: ‘a false problem’; ‘We must not talk about the emancipation of women in terms of the veil and traditions, but by giving [women] employment.’


24. Interview with Fadaela Mesli with Natalya Vince (2005)

‘Ce n’est pas des lois qui peuvent faire imposer la femme, la femme doit s’imposer sur le terrain. Il faut des lois, mais on peut s’imposer par le travail, le sérieux, le comportement.’

‘It’s not laws which make women counted, women have to assert themselves on the ground. We need laws, but you can make yourself heard by work, by a serious attitude, by your behaviour.’


25. Interview with Mimi Maziz with Natalya Vince (2005)

‘Je suis rentrée chez moi, j’ai dit à ma mère, «J’ai trouvé un boulot, je vais travailler au journal.» Elle m’a dit «Oui, mais qu’est-ce que tu veux ma fille, nous les indigènes» – elle utilisait toujours le vocabulaire colonial – «on est des vendeurs de journaux et des cireurs de chaussures.» J’ai dit, «Non, je ne vais pas vendre des journaux je vais être journaliste.» Elle m’a dit «Kif kif, c’est pareil.»

‘I said to my mother, “I’ve found a job, I’m going to work on a newspaper.” She said, “Well yes, what can you do my girl, we the indigenous” – her thinking was still in the French era – “we’re newspaper sellers and shoe shiners.” I said “No, I’m not going to sell newspapers, I’m going to be a journalist.” She said “Whatever, it’s the same thing.”


POUR AMINA, QUI S’EST SUICIDÉE APRÈS AVOIR ÉTÉ MARIEE AU MAROC À SON VIOLEUR


LA FLEUR VIOLÉE

– Rita El Khayat –

(extrait du recueil: «Les fleurs et les feuilles de la vie»)

J’ai appris ta mort,

Amina,

Ce matin, en buvant mon café froid…

Le juge t’a mariée

À celui qui t’a violée,

Ton sexe, déchiqueté comme une fleur écrasée,

A été saigné, encore,

Le jour des épousailles ordonnées par des jurisconsultes

Au cerveau rempli de fèces et de détritus…

A été saigné,

La flamme de la haine dans le cœur de ton violeur,

Devenu, par des lois folles, ton mari !

Tu as vu la mort

Celle qui pouvait te délivrer de l’horreur,

Ce sexe d’homme que tu ne voulais pas,

Amer comme la cigüe

Dur comme un pylône tombé qui tue un passant

Puant comme le cadavre d’un chien

Qui n’a jamais été heureux !

Le juge, Amina, ici, dans nos contrées

Est un lâche, un pleutre avide et pervers

La corruption engraissant son ventre,

Cet œuf de vieillesse, rempli de corruptions diverses…

J’ai regardée, ahurie,

Il y a cinq ans, à peine,

Une enfant de cinq ans qui, comme toi,

A été violée par un adulte de vingt-sept ans !

Le juge avait décrété qu’elle attendrait d’être grande pour épouser son
violeur!

Mon âme avait vibré, folle de révolte,

La mère et la grand-mère, des paysannes,

Cherchaient une justice qui n’existe pas !…

Dans ces contrées remplies d’hommes impuissants et insatisfaits…

À Larache, dans ce nord du Maroc,

D’où ton âme s’est envolée dans une nacelle blanche,

À Larache, dans ce nord du Maroc,

Pays de la garrigue, du thym et du romarin,

Les arbustes pleurent à l’unisson

Avec les jasmins, les roses de la saison

Et les pousses des flamboyants, atterrés: Amina est morte!

Elle a bu le poison, une fleur jaune, bile mortifère,

Elle est partie par ce matin de printemps

Tandis qu’autour de Larache,

Les fleurs d’orangers embaument le promeneur jusqu’à l’ivresse…

Que les eucalyptus agitent leurs têtes, incrédules!

Amina est morte

Dans les rets du Moyen-âge,
v Elle a agonisé dans la turpitude de la virilité

Qui nous a toutes violées !

Amina est morte

Pour que du printemps arabe

On fête le premier anniversaire,

Noces de sang et de viols!

Amina, tu es belle

Tu es la fleur de notre nation,

La rose du Maroc,

L’hibiscus rouge,

Et la sauvage jacinthe blanche des prés!

Ta virginité déchiquetée

Donne à ma plume le sang brillant,

Éclatant de révolte,

Pour que mon poème s’élève à la gloire

De toutes celles que les hommes ont martyrisées

Dans ces contrées d’hommes

Contrées vierges de justice,

Epanouies dans toutes les infamies et toutes les prébendes,

Torrides en l’été infernal,

Quand se rend une justice arriérée,

Dont les victimes sont les filles et les femmes,

Les orphelins et les pauvres,

Les démunis, les déclassés et les solitaires !

Le Printemps arabe est taché du sang des vierges,

Ce sang sur lequel fondent les rapacités du désir

D’hommes frustrés, agressifs et débordant de haine !

Amina, tu montres sur ton sourire figé jusqu’à la fin des temps

Que le sexe d’une fille et celui d’une femme

N’appartient qu’à elle,

Il est une Fleur splendide dans un vase de cristal,

C’est du vagin rose que sort la vie

De lui que se profile les générations dans le monde,

Il n’est le trésor que de la seule fille ou femme

Dont il est le centre, le cœur, le plaisir et la joie!

Amina,

Repose en paix dans mon cœur de poète,

Tu as bien fait de te tuer,

Personne n’a compris cette sauvagerie qui t’a été appliquée,

Tes parents, tes juges, ton quartier et ton pays:

Comme toi j’ai subi tous les viols,

Mais j’ai été meurtrie par ma vilenie,

Une autre fleur jaune et démente qui ravage ma poitrine,

Celle qui t’a porté la mort,

Nous sommes toutes mortes,

Dans un endroit secret de notre cœur !

Amina, tu m’as redonné gloire et fierté,

Tu n’es pas morte pour rien,

Je te chante aujourd’hui,

Je te chanterai à l’infini…

Et quand je serai morte,

Ce poème survivra à tous,

À tes parents, à tes juges, à ton violeur

Que l’on t’a offert comme punition suprême,
>
À la stupidité sans nom qui arrache les fleurs que nous ne sommes,

Même pas encore écloses, n’ayant répandu parfum ni beauté,

Vrac du lys blanc de Casablanca,

Roses de Kelaat M’gouna,

Fleurs d’orangers arrachées de la couronne des mariées!

Casablanca, 16 mars 2012

©Rita El Khayat