PRISE DE CONSCIENCE EN COURS À L’ÉCHELLE MONDIALE

BREVES- BRICS

POUR « DÉS-AMÉRICANISER LE MONDE »

algerieinfos-saoudi

Dimanche 13 octobre 2013

L’impasse financière aux Etats-Unis heurte de front l’économie des BRICS.

Le ministre sud-africain des Finances, Pravin Gordham a lancé l’alarme dès le 7 octobre

«Nous devons nous préparer au pire, et espérer que nous avons tous mis en place les défenses suffisantes(…) Nous avons tous besoin de nerfs d’acier, en l’état actuel des choses ».

Le titre « Et si le monde se « désaméricanisait »? fait la une ce matin dans la plupart des journaux et sites qui reprennent un article choc de “L’agence Chine nouvelle”.

« Les jours inquiétants où les destinées d’autres pays se trouvent dans les mains d’une nation hypocrite doivent prendre fin, et un nouvel ordre mondial doit être mis en place, où toutes les nations (…) verront leurs intérêts respectés et protégés sur un pied d’égalité », écrit Chine nouvelle.

« Au lieu d’honoreravec responsabilité ses devoirs de leader mondial, Washington, avec en tête ses propres intérêts, a abusé de son statut de superpuissance et a accru le chaos dans le monde en transférant à l’étranger les risques [de son système] financier », mais également « en attisant les tensions dans des différends territoriaux et en menant des guerres injustifiées sous couvert de mensonges ».

« Les économies émergentes doivent avoir davantage leur mot à dire dans les institutions financières internationales », a plaidé l’agence Chine nouvelle, évoquant la création d’une « nouvelle devise de réserve » pour remplacer le dollar, et une évolution du Fonds monétaire international (FMI), où Pékin ne pèse guère plus que l’Italie.


COMMENT CONTRIBUER , EN ALGÉRIE, À UNE NOUVELLE VAGUE DE TRANSFORMATION RÉUSSIE DE L’ORDRE INTERNATIONAL

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rencontre “LE SUD, QUELLES ALTERNATIVES”

Intervention de Hocine Bellaloufi

Alger, le 28 septembre 2013

Le caractère éminemment politique du sujet nous dicte, tant par honnêteté intellectuelle que par souci de cohérence politique, d’indiquer très précisément d’où l’on parle car les forces qui aspirent et agissent pour la transformation de l’ordre international sont nombreuses et variées et leurs intérêts souvent différents voir parfois contradictoires, même si elles peuvent converger dans certains circonstances historiques et jusqu’à un certain point.

Le contenu de mon intervention s’inscrit ainsi dans la dynamique des mouvements populaires, des mouvements sociaux et politiques d’en bas – c’est-à-dire qui ne sont pas, en Algérie aujourd’hui, au pouvoir – sans prétention aucune à les représenter ici et encore moins à parler en leurs noms.

1. La guerre de libération nationale du peuple algérien:

  • a mis un terme à une domination coloniale française de 132 années,
  • Elle a largement contribué au démantèlement de l’Empire colonial français – qui continue néanmoins d’exister à ce jour – et, plus généralement, à celui de l’ordre colonial mondial.

2. La guerre a mis un terme à la domination coloniale, mais elle n’a pas mis fin à la domination impérialiste.

L’Algérie indépendante restait, au sein du système capitaliste international duquel elle ne pouvait s’extraire, un pays dominé par les grandes puissances du centre en général et française en particulier.

Ainsi, à l’ancienne domination directe du colonialisme français se substituait une domination indirecte exercée conjointement par le système économique capitaliste mondial et par son corollaire politico-militaire, le système impérialiste, les deux relayés par des forces sociales internes relativement faibles au départ.

3. Le combat anti-impérialiste qui avait jusque-là pris la forme d’un combat anticolonialiste se poursuivait donc dans de nouvelles conditions marquées en premier lieu par un rapport de forces bien plus favorable au peuple algérien, rapport de forces favorable matérialisé par l’existence d’un État indépendant.

4. L’enjeu politique principal du combat de la nouvelle étape résidait dans la question de savoir si le nouvel Etat serait en mesure de résister à l’offensive impérialiste, française en premier lieu, qui visait à l’instauration d’un régime néocolonial.

5. À l’indépendance, et en dépit de leurs différences importantes que nous n’avons pas le temps de souligner ici, les régimes de Ben Bella et de Boumediene qui se succèderont sur un peu plus d’une quinzaine d’années n’étaient pas démocratiques.

Je ne fais pas tant référence ici aux élections, même si cette question devra faire l’objet d’une clarification au vu de la confusion qui règne à son endroit, qu’à la volonté permanente des pouvoirs en place de restreindre les libertés démocratiques: interdiction des droits de grève, de réunion et d’organisation politique, absence de liberté d’expression et, surtout, tentatives permanentes de caporaliser l’UGTA et l’UNEA, principales organisations de masse du mouvement populaire.

De telles restrictions ne pouvaient qu’entraver la participation directe des masses à la résistance anti-impérialiste et, partant de-là, affaiblir considérablement cette dernière.

6. Mais ce caractère non démocratique des régimes de Ben Bella et de Boumediene ne les empêchaient nullement d’être légitimes et ce, pour deux raisons:

  • la première est qu’en dépit de crises nombreuses et importantes qui avaient provoqué un éclatement de la direction du FLN en 1962, ceux qui se retrouvaient à la tête de l’Etat avaient mené la guerre de libération nationale. Ils possédaient, à ce titre, une légitimité historique.
  • la seconde source de leur légitimité provenait de leur orientation politique qui, en dépit de leurs différences, leur faisait poursuivre le combat visant à faire barrage au projet néocolonial.

    Cette ligne se déclinera, sur le plan extérieur, en un soutien aux luttes de libération nationale et aux mouvements révolutionnaires dans le monde, en une contestation de l’ordre économique et politique mondial par une participation active au Mouvement des non-alignés, à l’OPEP, etc.

    Sur le plan interne, elle passera par l’élaboration et la mise en œuvre d’un projet de développement économique et social visant à doter l’indépendance politique de l’Etat d’une assise matérielle solide.

7. Ainsi et durant les deux premières décennies de l’indépendance (1962-1978), le pouvoir politique et les masses populaires combattront conjointement, en dépit de contradictions réelles, la domination impérialiste.

Existait alors un camp anti-impérialiste d’en bas et d’en haut.


Un des exemples les plus emblématiques de cette résistance conjointe étant celui de l’autogestion qui verra les ouvriers agricoles, soutenus par l’UGTA, l’UNEA et toutes les forces progressistes, prendre possession des grands domaines coloniaux pour les faire fonctionner et empêcher ainsi leur confiscation au profit de nouveaux Seigneurs de la terre algériens alors que le pouvoir de Ben Bella adoptait les décrets sur l’autogestion en vue de les protéger des attaques de forces bourgeoises, en dehors et au sein du régime.

Autre exemple de résistance conjointe: la nationalisation des hydrocarbures par le régime de Boumediene en 1971 qui verra les ouvriers, techniciens, ingénieurs et cadres algériens relever le défi en prenant au pied levé la relève de leurs homologues étrangers partis sur ordre des sociétés françaises.

8. Les contradictions de ce projet de développement souverain, les limites historiques de sa direction sociale et politique, le renforcement d’une bourgeoisie privée de plus en plus offensive et soutenue par des courants politiques dominants à l’intérieur même du régime, les pressions impérialistes et l’incapacité des forces de gauche à imposer leur indépendance politique à leur partenaire du pouvoir au sein du Front-Uni anti-impérialiste amèneront :

  • à une contestation puis à une remise en cause de l’hégémonie de la fraction étatique de la bourgeoisie au profit de la fraction privée de cette même classe,
  • à l’arrêt par le pouvoir du projet de développement souverain,
  • à la mise en œuvre progressive, entrecoupée de pauses, d’une politique d’infitah, c’est-à-dire de libéralisation interne de l’économie et d’insertion soumise assumée à la logique de l’économie capitaliste mondiale,
  • à la substitution d’une dynamique de coopération et de collaboration et, finalement, d’acceptation de l’ordre impérialiste mondial à l’ancienne politique de contestation de la domination impérialiste pouvant mener à des affrontements politiques même partiels avec les grandes puissances.

9. Une telle orientation impliquait :

  • une remise en cause de nombreux acquis sociaux arrachés ou octroyés au cours des premières décennies de l’indépendance,
  • une attaque, au sein même du régime, des forces qui refusaient de renoncer au projet souverain,
  • une attaque visant à infliger une défaite historique au mouvement populaire anti-impérialiste. Cela prendra la forme:
    • d’un désarmement politique et idéologique de ce mouvement par le recours de plus en plus systématique à la religion pour décrédibiliser aux yeux des masses le discours socialiste et progressiste, faire régresser les droits des femmes et renforcer le patriarcat, et par l’utilisation du courant islamiste pour briser les mouvements démocratiques, sociaux et les forces politiques de gauche,
    • d’une répression des luttes populaires (grèves, révoltes…), des luttes démocratiques (défenseurs des droits de l’Homme, enfants de chouhada…) et des partis progressistes,
    • d’une expulsion de toutes les positions institutionnelles conquises au cours de la phase précédente par des militants de gauche et anti-impérialistes: article 120 pour mettre l’UGTA et l’UNJA au pas,

10. Ces attaques contre les forces progressistes, la victoire des libéraux au sein du régime à la faveur de l’explosion populaire d’octobre 1988, la montée inexorable de l’islamisme puis la guerre civile où les masses résisteront passivement ou activement placeront sur la défensive un mouvement populaire anti-impérialiste en situation de détresse alors même que les difficultés économique découlant de la libéralisation alliées aux pressions croissantes du FMI, de la Banque mondiale, des Clubs de Paris et de Londres… amèneront les autorités à la reddition par la signature du Plan d’ajustement structurel (PAS), la dissolution de nombreuses entreprises publiques avec son cortège de licenciements et l’acceptation de la privatisation d’autres sociétés nationales, la substitution d’un monopole privé sur le commerce extérieur en lieu et place de l’ancien monopole d’Etat, etc.

11. Les années 2000 verront une accélération des politiques néolibérales qui se traduiront par :

  • le bradage ou la mise à l’arrêt, au profit des multinationales, d’entreprises publiques stratégiques à l’instar du complexe sidérurgique d’El Hadjar et de ses mines, de Simas, Asmidal, Sidal…
  • le remboursement rubis sur ongle d’une dette déjà remboursée plusieurs fois,
  • la poursuite de la politique de désindustrialisation qui a fait passer en trente années la part de l’industrie dans la PIB de 26% à 4% en 2012!
  • la réduction de l’économie algérienne au commerce et à l’importation comme l’illustrent les derniers chiffres officiels du commerce extérieur qui se caractérisent par une explosion du montant des importations,
  • la remise en cause des barrières de défense de l’économie nationale par la signature de l’accord d’association avec l’UE, l’adhésion à la zone arabe de libre-échange, les négociations d’adhésion à l’OMC…
  • le bradage des hydrocarbures par la loi Khelil qui sera finalement gelée avant d’être amendée…

Les quelques mesures dites de « patriotisme économique » adoptées à compter de 2009 s’avèreront trop insuffisantes et inconséquentes pour arriver à inverser la tendance générale à l’œuvre depuis 1980.

12. Aujourd’hui, trente années après le lancement de l’infitah, le régime algérien ne peut être qualifié de simple relais de l’impérialisme comme le sont d’autres régimes de la région: Arabie Saoudite, Qatar, Maroc… Mais il a renoncé à remettre en cause le système de domination économique et n’est plus porteur d’un projet de développement souverain. Il collabore au contraire à un système économique en crise qu’il aide en prêtant d’importantes sommes au FMI (5 mrds de dollars), en plaçant les réserves financières du pays à l’étranger, en important massivement des marchandises produites ailleurs…

Sur le plan politique extérieur, il a renoncé à contester l’ordre impérialiste en collaborant avec l’OTAN, en servant d’auxiliaire de police à la forteresse Europe qu’il protège des vagues d’immigrants venus d’Afrique, en adhérant à l’Union pour la Méditerranée aux côtés d’Israël, en adoptant des postures modérées sur des questions politiques où l’Algérie était traditionnellement en pointe (Sahara Occidental, Palestine…), en adoptant un profil bas face à l’agression de la Libye par l’OTAN et de la Syrie par l’impérialisme et la réaction régionale arabe et turque…

Sur le plan politique interne, il entrave l’éclosion d’un mouvement populaire sur lequel il pourrait s’appuyer, s’il en avait la volonté, afin de faire face aux puissances impérialistes. Il est clair que le régime n’a plus la volonté de contribuer à une nouvelle vague de transformation réussie de l’ordre international.

13. Nous pouvons affirmer que le mouvement anti-impérialiste en Algérie, tant au sein du régime qu’à celui du mouvement populaire, a subi une défaite historique. Plus vite nous l’admettrons, plus vite nous pourrons le reconstruire. Car il n’y a pas d’alternative. Il ne faut pas être pessimiste car il subsiste un mouvement populaire dynamique et combatif alors que des hommes et des femmes présents dans les institutions politiques, économiques et sociales, y compris au sein du régime, ne sont pas prêts à abdiquer face à l’impérialisme.

14. Dans ces conditions que faire? Sans avoir la prétention d’apporter une réponse exhaustive à cette question, il apparaît qu’il faut reconstruire le camp anti-impérialiste par le bas. Il ne s’agit pas de créer ex-nihilo un nouveau mouvement anti-impérialiste, mais de partir des mouvements sociaux réellement existants (syndicats, associations, mouvements divers) et d’agir afin qu’ils prennent conscience qu’au-delà de leurs revendications propres, ils forment les détachements d’un nouveau mouvement anti-impérialiste. Cette tâche incombe aux forces politiques progressistes.

Plus le mouvement populaire sera fort, plus des forces seront susceptibles de se radicaliser au sein du régime pour épauler sa résistance anti-impérialiste.

15. On observe ainsi que l’une des questions essentielles auxquelles ce mouvement populaire anti-impérialiste est confronté est celle de son rapport aux fractions de classes dominantes qui ne sont pas compradores.

Comment gérer la relation d’unité et de lutte entre les anti-impérialistes d’en bas et ceux d’en haut?

Nous pouvons avancer quelques pistes.

La première consiste à soutenir toute mesure du gouvernement ou d’autres institutions de l’Etat qui s’inscrivent dans le sens d’un projet souverain. Citons les mesures récentes de prise de participation majoritaire de l’Etat au sein du complexe sidérurgique d’Annaba, la décision de préempter des entreprises comme OTA ou Michelin, la volonté de relancer la production des mines de fer et de charbon dans le sud-ouest, de poursuivre la réouverture des cantines scolaires, de refuser l’ouverture de bases militaires étrangères et de s’associer à l’agression de la Libye par l’OTAN, d’envoyer des troupes guerroyer au Mali ou de cautionner l’agression impérialiste contre la Syrie…

La seconde piste consiste à encourager le régime à s’engager un peu plus loin, si ce n’est dans la perspective d’un projet souverain, du moins dans celle de sauvegarder ce qui peut l’être.

Cet encouragement passe par la critique des effets désastreux des politiques suivies et par l’avancée de propositions alternatives.

Mais il passe aussi et surtout par le soutien aux luttes populaires afin de contraindre les classes dominantes et leur pouvoir à renoncer à certains aspects de leur politique. Les grèves des travailleurs de la fonction publique ont contraint le gouvernement à mener une politique salariale contraire à sa doctrine néolibérale. Les révoltes sociales le dissuadent à ce jour de remettre en cause d’importants acquis sociaux comme la non-indexation des prix de l’énergie sur ceux du marché mondial, le soutien reconduit aux prix de certains produits de première nécessité, une aide multiforme au logement, le maintien même partiel de la gratuité de l’éducation et de la santé… Citons également le cas d’un ministre ultralibéral qui proclame que «le secteur privé doit devenir la règle et le secteur public l’exception» mais qui inaugure sa prise de fonction par une mesure de déprivatisation même partielle du complexe d’El Hadjar.

La troisième piste consiste à aider le mouvement populaire anti-impérialiste à se constituer en alternative politique et à se porter candidat au pouvoir. Son rôle ne se réduit pas en effet à soutenir quelques mesures gouvernementales limitées et inconséquentes et à soumettre des propositions qui peuvent rester dans les tiroirs. Il ne se limite pas davantage à contraindre conjoncturellement le gouvernement à renoncer à tel ou tel aspect de sa politique.

Face à l’incapacité des classes dominantes et de leur pouvoir à porter de façon conséquente et déterminée un projet souverain, les classes populaires doivent se doter de leur propre projet qui s’articule autour de trois principes organiquement liés: la défense de l’indépendance nationale menacée, la conquête de la justice sociale dans le sens d’une répartition équitable du revenu national et l’instauration de la démocratie. Le tout s’inscrivant dans une stratégie historique longue de dépassement du système capitaliste et de sa civilisation par la construction du socialisme.

Je voudrais conclure ici sur la question de la démocratie. On accuse à juste titre les néolibéraux de promouvoir la pensée unique en matière économique. Il semble que la démocratie provoque le même effet. Pour certains, elle est le nec plus ultra de la civilisation humaine, son horizon indépassable. Pour d’autres en revanche, elle constitue l’arme fatale au moyen de laquelle l’impérialisme tente de nous désarmer idéologiquement. Ces deux visions sont aussi fausses l’une que l’autre.

Nous ne devons en aucun cas idéaliser la démocratie, la démocratie parlementaire bourgeoise en particulier, ni le combat démocratique. C’est ainsi que dans la Russie des soviets confrontée, de 1917 à 1921, à une guerre civile et à de multiples interventions militaires impérialistes, la question de la démocratie formelle pouvait être un cheval de Troie de l’impérialisme et de la contre-révolution. De même que la tâche première des anti-impérialistes syriens consiste à mettre en échec l’agression armée de l’impérialisme et de ses alliés régionaux et locaux. Or, aucun régime n’est démocratique dans les situations de guerre. C’est pourquoi la centralisation et la discipline la plus grandes sont requises dans de telles circonstances.

Mais en temps de paix, comment ne pas voir l’avantage que constitue un régime démocratique pour le mouvement anti-impérialiste d’un pays? La démocratie n’est pas nécessaire aux capitalistes pour pénétrer les pouvoirs politiques, acheter les élus et s’emparer du pouvoir. Mais la démocratie constitue un avantage pour les larges masses qui peuvent, lorsqu’elles disposent des libertés, penser, se réunir, lutter, s’organiser et porter leur propre projet. Il existe une tradition gauchiste qui découple et oppose les libertés démocratiques à la démocratie. Ils veulent bien des premières, mais pas de la seconde et fustigent et tournent en dérision les élections.

Pourtant, comment ne pas voir là aussi que les élections, si on ne les réduit pas au moment où le citoyen glisse son bulletin dans l’urne, constituent un moment particulièrement propice à la politisation des masses. Observons comment, au Venezuela par exemple, les campagnes électorales voient les camps opposés prendre forme et apparaître clairement aux yeux même des éléments les moins avancés politiquement, grâce à la confrontation des points de vue, aux meetings d’explication, aux débats contradictoires… C’est dans ces moments de lutte politique intense et ouverte que les yeux de nombre d’exploités et de dominés se dessillent, qu’ils accèdent à la conscience et qu’ils participent la lutte politique voire se rassemblent avec leurs semblables.

Comparons la vitalité du mouvement anti-impérialiste vénézuélien, sans vouloir le moins du monde le mythifier, qui permet au pouvoir de ce pays de s’appuyer sur des masses conscientes, organisées et déterminées pour résister à la domination impérialiste et les difficultés rencontrées par des régimes qui, à l’instar de ceux de Kadhafi et d’El Assad, s’opposent à juste titre à l’impérialisme tout en entravant la libre organisation et la politisation de leurs propres peuples. Ce refus de permettre aux masses de s’exprimer, de s’organiser et de lutter a pourtant des effets aussi dramatiques sur la résistance à l’impérialisme que les politiques néolibérales que ces mêmes régimes ont mené contre leurs propres peuples.

Dénoncer la démocratie, au nom de la résistance anti-impérialiste, sous prétexte que l’impérialisme agresse les peuples au nom de ce principe revient en réalité à soutenir les représentants politiques de fractions de classes anti-impérialistes certes, mais de fractions de classes dominantes autoritaires qui refusent toute autonomie au mouvement populaire. Ces couches ne peuvent mener le camp anti-impérialiste qu’à la défaite.

Le mouvement populaire anti-impérialiste doit combattre pour la démocratie, une démocratie nouvelle, c’est-à-dire anti-impérialiste et sociale, qui dépasse le cadre étroit et formel de la démocratie parlementaire. C’est le seul moyen de ne pas rester otage de régimes dictatoriaux qui ne deviennent objectivement anti-impérialistes que lorsque leur survie est en jeu, mais qui n’ont pas hésité un seul instant, par le passé, à collaborer avec les grandes puissances qui agressaient les peuples de la région et à imposer des politiques antisociales à leurs propres peuples.


GRÉCE – SYRIZA – DISCOURS D’ALEXIS TSIPRAS: LES LUTTES DU PEUPLE DÉTRUIRONT LES MÉMORANDUMS ET LE FASCISME

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LE DISCOURS D’ALEXIS TSIPRAS

AU DEUXIÈME FESTIVAL DE LA JEUNESSE DE SYRIZA:

LES LUTTES DU PEUPLE DÉTRUIRONT LES MÉMORANDUMS ET LE FASCISME

“extraits”

«La colère en Grèce et à l’étranger est celle qui a mis le feu au gouvernement grec qui, jusque hier faisait semblant de ne pas comprendre et cherchait des futures collaborations avec les néonazis», a souligné Alexis Tsipras pendant son discours au deuxième Festival de la jeunesse de SYRIZA.

«Soyez certains(es) que M. Samaras et ses collègues n’ont pas changé d’esprits. Ils étaient obligés de se replier. Et cela, nous le saluons et nous le célébrons. C’est une grande victoire. La victoire de la démocratie, la victoire du mouvement anti- fasciste, la victoire de l’Europe démocratique», a noté le Président de SYRIZA, en clarifiant, pourtant, qu’on a besoin de beaucoup d’autres mesures pour éliminer la menace fasciste. «Un proverbe chinois dit que quand ton ennemi bat en retraite, tu dois le poursuivre. Le fascisme ne mourra pas tout seul, nous devons l’écraser. Parce qu’avec tous les jeunes de la Grèce on reconnaît, on pense et on proclame que notre futur n’est pas le fascisme. Notre futur n’est pas la barbarie ni le capitalisme. Et aujourd’hui, les mémorandums ne sont pas notre futur. Notre futur est de les RENVERSER».

Par ailleurs, Al. Tsipras a dénoncé les déclarations d’hier d’Antonis Samaras en disant que «les auteurs du régime actuel sont arrivés au point d’envisager les élections nationales comme des adversaires, ennemis et épouvantails pour la justice et la stabilité du pays. De dénoncer le citoyen grec, son verdict et sa volonté libre, comme ennemi de la justice et de la stabilité. La justice de M. Samaras résiste aux ordonnances. Elle résiste aux limites des libertés et des droits fondamentaux. Elle résiste à l’autoritarisme et à la répression, aux champs des immigrés et à la tolérance aux nazis… Elle résiste à tous. Mais elle résiste aux élections. Les élections sont, selon les journaux télévisées, un ennemi de la régularité et la stabilité.

En deux mots, c’est la justice de M. Samaras et de ceux qu’il représente, qui constitue la plus grande, la plus brutale, la plus barbare et la plus abominable injustice pour la majorité des Grecs. Leur stabilité c’est l’instabilité sociale, le désastre des vies de millions de gens, l’impasse aux jeunes Grecs».

En conclusion de son discours, le président de SYRIZA a souligné que la Grèce ne peut plus longtemps supporter la gouvernance de ceux qu’ils l’ont conduit vers la catastrophe.

«Nous sommes nombreux, et devenons chaque jour plus nombreux.

Nous avons la confiance du peuple non parce qu’ils sont tous, brusquement, devenus de gauche, mais parce que nous ne sommes pas comme les autres ˙menteurs, hypocrites et égoïstes.

Parce que nous n’envisageons pas la politique comme une profession carriériste, mais comme un moyen de changer notre destin et le destin du pays.

Parce que nous rêvons d’une patrie où dominent la liberté, la justice sociale, la stabilité démocratique, la perspective et le prestige.

Parce- que notre histoire vient de loin. Nos origines viennent des bataillons d’EPON, des insurgés, des rebelles. Nous sommes parmi les défenseurs résolus de la démocratie.

Donc, n’attendez pas que nous allions plier. Nous avons une patrie. Nous avons des valeurs et des idées. Nous avons l’expérience. Et nous sommes déterminés à gagner» a-t-il dit, en fermant triomphalement son discours.


EN GRECE, LES MULTIPLES DÉFIS DU NOUVEAU SYRISA

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Le congrès fondateur de la gauche radicale s’est achevé hier à Athènes. Afflux de nouveaux membres hors des partis qui composaient traditionnellement Syriza, désaccords sur la ligne et la gestion de Tsipras, question d’une éventuelle alliance en vue de gouvernement : les dossiers urgents ne manquent pas.

Correspondance à Athènes

Amélie Poinssot

Mediapart

15 juillet 2013

Le 17 juin 2012, Syriza décrochait la deuxième place aux élections législatives, avec 27 % des suffrages et 72 sièges à l’assemblée en Grèce, suscitant la surprise européenne. Un an plus tard, l’engouement est toujours là : la gauche radicale oscille entre 20 et 28 % des voix selon les instituts de sondage, talonnant la droite de Nouvelle Démocratie (au pouvoir). Score d’autant plus étonnant que, depuis sa création en 2004, Syriza n’avait jamais dépassé 4 à 5 % aux élections. Si une partie de ce vote peut être interprétée comme une réaction de mécontentement face à la politique d’austérité, il n’en reste pas moins que la formation s’est imposée en à peine une décennie d’existence comme une force incontournable de l’échiquier politique grec, et ce malgré ses contradictions internes liées à sa constitution. Syriza est en effet composée à l’origine d’une coalition de diverses formations de gauche et d’extrême gauche, des ex-communistes pro-européens, des maoïstes, des trotskistes, ou encore des écologistes radicaux: une constellation qui a fait l’objet de nombreuses critiques de la part de ses contradicteurs.

Ces derniers jours toutefois, Syriza a fait peau neuve: la gauche radicale tenait son «congrès fondateur» dans la métropole athénienne, lors duquel les différentes composantes devaient s’auto-dissoudre pour se fondre dans un nouvel appareil, le «Syriza-EKM» (EKM pour, en grec, «Front social unitaire» ). Une étape décisive dans la jeune histoire du parti, puisqu’il s’agissait à la fois de s’accorder sur un programme politique commun, d’établir de nouveaux statuts, et d’afficher une image à l’extérieur plus homogène, plus cohérente, auprès de son électorat comme de ses adversaires. Pendant quatre jours, dans le centre des congrès de Palio Phaliro, à quelques encablures du Pirée, 3 500 congressistes ont ainsi échangé leurs vues, avant le vote de la déclaration de principes du parti puis l’élection du nouveau comité central et la reconduite d’Alexis Tsipras à la présidence.

Dans cette déclaration de principes, Syriza réaffirme à la fois ses sources

  • un parti fondé sur la pensée marxiste et plus largement la pensée de l’émancipation, qui tente de la faire progresser en prenant en compte tout apport théorique important»
    * et ses objectifs : « renversement démocratique du système politique »,

    « organisation d’une société basée sur la propriété et la gestion sociales des moyens de production »,

    « renversement de la domination des forces néolibérales et annulation des mémorandums d’austérité».

    * On y trouve les grandes lignes de son programme, à savoir l’arrêt des privatisations des biens publics, la garantie de l’accès à un certain nombre de biens fondamentaux comme l’eau, l’éducation, la santé…, l’instauration d’un revenu minimum vital, et le versement d’allocations à tous les chômeurs du pays (actuellement la durée maximale d’indemnisation est de un an pour les chômeurs ayant travaillé à temps plein).

Pour financer tout cela, le parti propose la mise en place d’un nouveau système fiscal, plus juste et plus efficace, qui s’attaquerait notamment aux sources de richesse encore protégées du pays, comme les propriétés de l’Église, et il demande à relâcher la pression budgétaire exercée sur la Grèce via une renégociation de la dette afin d’en annuler une partie et d’instaurer un moratoire sur le reste. Plus généralement, le parti défend une politique de relance, basée sur l’augmentation des dépenses sociales et le soutien à la production – en particulier dans le secteur agricole, suivant les principes de protection de l’environnement et de développement durable.

Parmi les congressistes, la plupart sont des vieux routards de la gauche grecque. Mais l’on trouve aussi de jeunes militants, et de nouveaux encartés. Syriza comptait 14 000 membres avant les élections de l’an dernier… Il en compte aujourd’hui plus du double : 35 000.

Athina Arvaniti fait partie de ceux qui ont rejoint les rangs après les élections. «J’ai trouvé en Syriza le seul parti qui permettra de changer les choses, de renverser la politique d’austérité, et de se battre pour une société plus égalitaire, plus juste. Non pas que je me reconnaisse dans toutes les positions du parti, mais c’est là que je retrouve mon combat et une raison d’espérer.» Athina Arvaniti est active depuis longtemps dans les mouvements sociaux. Résidente de la commune portuaire de Perama, ancien fleuron de l’industrie navale grecque aujourd’hui en déshérence, elle fait partie des piliers de l’assemblée de son quartier, un collectif monté dans le sillage du mouvement des Indignés il y a deux ans, et qui assure depuis collecte et distribution de nourriture pour aider plusieurs dizaines de familles dans le besoin tout en les encourageant à lutter contre la politique d’austérité.

Très présente dans les manifestations, cette mère de famille n’avait auparavant jamais rejoint un parti politique. Pour elle, adhérer n’est pas une fin en soi: «Il y a encore beaucoup de travail, il faut que les gens s’approprient le combat de la gauche, il faut que les gens comprennent qu’ils doivent se mobiliser, et ce, d’abord pour eux-même ! Pour cela, il faut aussi que les membres et les cadres du parti ne s’en tiennent pas qu’aux mots et soient plus présents dans les organisations, les mouvements… Syriza doit participer davantage aux processus sociaux.»

Si Athina appelle à plus d’investissement sur le terrain, les membres de Syriza sont en réalité déjà nombreux à s’impliquer dans les collectifs de solidarité créés dans de nombreux quartiers de la métropole athénienne et dans d’autres villes du pays. Certains militants ont même impulsé la mise en place de structures autogérées, comme le dispensaire de médecins bénévoles de Thessalonique: le parti n’en fait pas la publicité, mais ses relais sur le terrain sont de plus en plus denses. Surtout, ce qui est en train de changer, c’est son tissu de sympathisants: «Le vote Syriza était essentiellement urbain, nous explique le porte-parole du parti, Panayotis Skourletis. Or pour la première fois de notre histoire, nous avons des membres dans les zones rurales. Et les noyaux grossissent dans les petites villes de province.» Sur le secteur de Corinthe et ses alentours, par exemple, le parti compte sept sections aujourd’hui contre une il y a un an. À Arta, dans le nord-ouest du pays, cinq sections couvrent désormais le terrain contre une seule auparavant.

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Toute cette vague d’adhésions, si elle réjouit les membres historiques, pose à l’évidence de nouveaux défis: ces membres n’ont pas le même passé politique, certains proviennent du Pasok (parti socialiste) ou du KKE (parti communiste), d’autres ne sont pas ou peu politisés… Autant d’identités différentes qui peuvent infléchir la ligne du parti. Se pose également la question de leur représentativité: jusqu’au congrès, chaque formation composante de Syriza avait un droit de veto, ce qui excluait du processus de décision tous ces nouveaux adhérents non membres des partis préexistant à Syriza. De plus, de nombreux dirigeants assumaient une double fonction: à la fois cadre dans leur formation d’origine, et cadre au sein des instances de Syriza.
« Pour des raisons fonctionnelles, donc, mais aussi de démocratie, il fallait réformer les statuts, nous explique Natacha Theodorakopoulou, membre du comité central, réélue à l’issue du congrès. L’objectif est d’être un parti plus représentatif et mieux organisé. Cela n’empêche que nous restons une gauche plurielle; diverses tendances continueront d’exister dans le parti.» Ce qui fait dire au chercheur en sciences politiques Georges Contogeorgis que cette refondation tient en réalité plus du changement de façade: «Si les composantes sont officiellement supprimées, elles vont continuer à exister à l’intérieur du parti, nous explique cet universitaire très critique du système politique grec. La mentalité et les orientations de Syriza ne vont pas fondamentalement changer.»

Parmi les tendances persistantes, il y a le courant de la «Plateforme de gauche», emmené par le député Panagiotis Lafazanis. Déjà remarqué à l’occasion des réunions préliminaires au congrès, en décembre dernier, pour avoir déposé une motion qui avait emporté le quart des voix des participants, ce courant se caractérise par un programme économique plus radical que la ligne majoritaire, et n’exclut pas, par exemple, la sortie de la zone euro. Cette fois-ci, il a déposé quatre amendements à la déclaration de principes du parti – amendements qui, s’ils n’ont pas été adoptés par la majorité, ont recueilli un certain écho, notamment celui sur la non-reconnaissance de la dette publique et la proposition de son effacement intégral: il a conquis des voix au-delà de ses propres rangs. Dimanche, pour l’élection du comité central à la proportionnelle, la liste de la «Plateforme de gauche» a obtenu 28 % des suffrages, décrochant donc une représentation non négligeable au sein du comité central.

Parmi les courants minoritaires, les avis sont, de fait, plus mitigés quant au nouveau costume de Syriza, voire profondément clivés: «C’est une tentative de reprise en main, de centralisation au détriment du pluralisme qui faisait notre richesse», entendait-on dans les couloirs du congrès. Où l’on reproche à Alexis Tsipras d’avoir axé son discours ces derniers mois sur les questions d’organisation plutôt que sur les questions politiques, et de vouloir éviter les sujets délicats, comme ceux de la monnaie unique ou encore de la cessation de paiement: «Jusqu’où la Grèce ira-t-elle en cas de renégociation de la dette? En cas de scénario chypriote? En cas d’arrêt de financement de la Troïka? Le parti ne le dit pas», pointe un proche de Lafazanis. Les composantes réticentes à l’auto-dissolution, comme le parti de Manolis Glezos, doyen du parlement et figure de la résistance grecque, ont finalement obtenu un répit de quelques mois.

Nourries par la crainte de voir Syriza se transformer en un parti monolithique et par des désaccords sur la stratégie de Tsipras, les critiques se sont multipliées ces derniers mois dans les rangs du parti, mais aussi chez ses électeurs. Tsipras a notamment déçu quand cet hiver, il a multiplié les séjours à l’étranger et ses interventions dans diverses institutions internationales: certains y lisent un double discours, radical en Grèce, beaucoup plus centriste à l’extérieur.

D’autres au contraire défendent le rôle que Syriza doit jouer sur la scène étrangère. C’est le cas de la députée Rena Dourou, convaincue que l’enjeu de ce congrès fondateur est international: «La Grèce a été le cobaye de l’austérité au niveau européen, à présent elle doit devenir le modèle d’une stratégie radicale en termes de démocratie et de justice sociale», défend la jeune femme. Plusieurs délégations étrangères étaient d’ailleurs présentes au congrès, dont le Front de gauche français…

Mais en interne, la question d’une stratégie européenne semble bien le cadet des soucis de Syriza, même à l’approche du scrutin de juin 2014. «On risque d’avoir des élections législatives bien avant!» lâche Natacha Theodorakopoulou. De fait, les enjeux nationaux sont multiples, et toujours aussi pressants: après la fermeture brutale et unilatérale de l’audiovisuel public le mois dernier, le gouvernement s’apprête à faire voter au parlement d’ici à la fin de la semaine un nouveau texte législatif pour entériner, entre autres, le licenciement de 4 000 personnes et la mutation de 12 500 employés dans la fonction publique. Une grève générale a d’ailleurs été convoquée demain par les confédérations syndicales du public et du privé.

Jeudi est attendu le ministre allemand des finances Wolfgang Schäuble, vendredi doit être voté le projet de loi de création du nouvel audiovisuel public alors que le blocage reste entier avec les employés de ERT… Face à un gouvernement qui ne compte plus que sur un soutien de 155 députés sur 300 à la Vouli, la gauche radicale entend bien jouer son rôle de premier parti d’opposition, et Alexis Tsipras réclame, déjà, de nouvelles élections.

Mais Syriza ne pourra éviter, un jour ou l’autre, la délicate question des alliances politiques: à lui seul, et même dans les estimations les plus hautes, il n’atteint pas la majorité. À gauche du Pasok, il ne reste plus que l’orthodoxe parti communiste – hostile jusqu’à présent à tout rapprochement avec la gauche radicale – et le Dimar (« Gauche démocratique »), né il y a trois ans d’une scission… avec Syriza.

Source: mediapart.fr

repris sur le blog algerieinfos-saoudi

OMAR AKTOUF: « HALTE AU GÂCHIS. EN FINIR AVEC L’ÉCONOMIE-MANAGEMENT À L’AMÉRICAINE »

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Dans un ouvrage paru aux Editions Arak, dans la collection Savoirs, Omar Aktouf décortique le caractère «insoutenable et non durable du capitalisme financier mondialisé».

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Ammar Belhimer qui présente le livre dans Le Soir d’Algérie dit de l’auteur:  » Omar Aktouf est un incorrigible pourfendeur de la langue de bois et de la nouvelle pensée unique du néolibéralisme ».

Omar Aktouf

Halte au gâchis.

En finir avec

l’économiemanagement

à l’américaine

Arak Editions

collection Savoirs

Alger 2013

156 pages


LES RAVAGES DU CAPITALISME FINANCIER

par Ammar Belhimer

Le Soir d’Algérie

le 25 juin 2013

Chronique du jour : À FONDS PERDUS

Les start-up qui n’arrêtent pas d’éclore dans le secteur de l’édition nous mettent beaucoup de baume au cœur et nous autorisent à rêver de lendemains meilleurs.

Nous évoquions mardi dernier l’effort entrepris par APIC en matière de réédition d’auteurs de renom, comme Georges Corm, Edward Saïd ou Samir Amin.

Aujourd’hui, c’est à un autre éditeur d’Alger que nous rendrons hommage: Abdallah Dahou qui anime avec brio la maison Arak qui vient d’inaugurer sa collection Savoirs avec la réédition d’un essai de haute facture théorique,
«Halte au gâchis. En finir avec l’économie-management à l’américaine », de notre compatriote Omar Aktouf, déjà auteur de nombreux ouvrages universitaires et sociétaux.

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Omar Aktouf est un incorrigible pourfendeur de la langue de bois et de la nouvelle pensée unique du néolibéralisme qui s’installe sans partage, à la faveur de la mondialisation.

L’auteur ouvre son essai avec une mise en garde contre la déferlante de la privatisation qui n’épargne aucun secteur, y compris ceux de la culture, de la connaissance et de la santé.

Première victime de cette déferlante: l’éducation. Elle est désormais chargée de «former des “employables” destinés à servir le profit privé régnant sur des marchés sans règles et sans limites».

Les élèves sont devenus des «clients» à l’entrée et des «produits à la sortie».

«Et c’est à qui “attirera” le plus de “clients” et fournira les “produits” les plus désirés par le “marché” pour se voir doté de plus de subventions et de plus de sources de financement.»

D’autres services publics pâtissent de cette logique de privatisation: l’électricité, le transport ferroviaire, l’eau et même… la gestion des prisons qui ont intérêt à «encourager les condamnations les plus lourdes, la délinquance la plus grave et la criminalité la plus florissante; toute situation contraire saperait les gains et la prospérité du business».

Le «management de type étatsunien», tourné vers la maximisation rapide des profits, plutôt que vers l’équilibre de la valeur d’usage (qualité) et de la valeur d’échange (profit escompté), a été encouragé».

Son produit: le manager de type «financier autoritaire omnipotent». Il est à l’opposé du modèle nippo-allemand, «où ces différences sont considérablement moindres et où l’objectif strictement financier passe après l’objectif d’harmonie employés/dirigeants et de qualité de produits et de services pour le client».

La nouvelle donne de la mondialisation est l’avènement du capitalisme financier à l’américaine en tant que système politico-économique.

Le principal aspect de sa récente évolution est l’expansion du financiarisme, du stratégicomanagérialisme et du technologisme.

Ce que Omar Aktouf qualifie de «bras armé» du néolibéralisme, c’est la prééminence de l’intérêt strictement financier:

«tout est coût ou devient coût à combattre à tout prix (les services publics, l’Etat, la société civile, les biens publics…). La principale et même unique question que doit se poser l’opérateur économique, c’est comment faire le maximum d’argent le plus rapidement possible. C’est alors que l’économie elle-même (si ce n’est le politique également) est devenue simple discours financier-comptable, et l’art du manager celui de maximiser les indicateurs financiers, quel que soit le procédé employé».

S’agissant du stratégico-managérialisme, perçu comme «seul mode de gouvernance et de management efficace, recommandable et universellement adaptable», il est décrit comme étant «pyramidal, centralisateur, donneur de privilèges – exorbitants – aux gros actionnaires et aux patrons au détriment des employés, de la nature et souvent du client luimême».

Peine perdue, soutient l’auteur qui refuse de se résigner.

La mondialisation étant l’agent même de son propre échec, du fait d’un «double mouvement de collapsus interne et externe», la défaite du capitalisme financier et la consécration relative du capitalisme industriel ne font pas de doute.

Le caractère «insoutenable et non durable du capitalisme financier mondialisé» est illustré par l’effondrement, comme un château de cartes, de monstres de la finance internationale, les scandales des subprimes, les délits d’initiés en continu, le gangstérisme des fonds de placements, les paradis fiscaux, la falsification des comptes d’entreprises, et la hausse des prix de l’énergie et des céréales: «Ils montrent que la quête continuelle de profits plus élevés finit par tuer le profit.»
_ Il s’installe alors un «un cercle vicieux, infernal et redoutable dans son expansion» qui combine stratégies de «dégraissage» et délocalisations et qui revient «à constamment tuer un salariat existant pour en générer un autre ailleurs, forcément et exponentiellement plus bas, moins qualifié, moins protégé».

Ce faisant, le capitalisme financier brûle la chandelle par les deux bouts: «Il élimine progressivement les débouchés pour ce qu’il déverse sur les marchés et il abaisse la capacité de la main-d’œuvre (devenue internationalement interchangeable et jetable selon les caprices de court terme des investisseurs) à assurer un minimum soutenable de productivité».

Karl Marx a bien perçu le phénomène il y a plus d’un siècle en écrivant: «Cette guerre (entre capitalistes) a ceci de particulier qu’elle ne se gagne pas en recrutant mais en congédiant les armées de travailleurs. Entre les généraux de l’industrie c’est à qui pourra congédier le plus de soldats.»

On peut alors légitimement se demander si le modèle a encore besoin de main-d’œuvre dans cette «nouvelle économie» ou «économie du virtuel», ou encore «économie sans travail», qui met sur le marché mondiaux «des montagnes d’argent artificiel, qui, n’ayant pas d’équivalent dans l’économie réelle (emplois, produits et services – utilités concrètes), ne peut évidemment qu’être le moteur de l’emballement d’une machinerie d’économie — casino devenu mondial – incontrôlable et plus destructrice que bénéfique».

A contrario, le capitalisme, dit industriel, qui a cours au Japon, en Corée du Sud, en Europe du Nord et, depuis peu, en Chine, au Brésil et en Inde, se porte de mieux en mieux.

Ici prévaut «d’une part, le point de vue de l’ingénieur, du technicien, du producteur directeur, non pas celui du financier comptable ; et d’autre part, la concertation, la cogestion, la codécision et la participation, non pas le centralisme de «stratèges-leaders» aussi omnipotents et omniscients qu’inatteignables et incompétents».

Omar Aktouf réserve une place particulière à la comptabilité, «comme savoir et savoir-faire stratégique», à partir de son rôle historique déterminant dans le passage «de l’économie domestique artisanale» à celle «hors sphère domestique et manufacturière» et le passage du simple «partage du labeur commun» à la calculabilité de l’effort de chacun, c’est-à-dire le salariat.

Le métier en question et ses activités connexes, comme la finance et l’audit, acquiert un statut particulier à l’aune de la mondialisation: il est tourné vers la maximisation de la valeur d’usage.

L’auteur rappelle à juste titre, «la collusion et le conflit d’intérêts entre firmes d’audit et entreprises auditées (qui) ont fait le lit des méga-scandales de faux états financiers, de faux profits, de faux gains des actionnaires que l’on a observés et que l’on continue d’observer dans maints pays du capitalisme financier».

Les conséquences politiques d’une telle évolution sont soigneusement répertoriées; elles tiennent à la sacro-sainte prédiction que «l’entreprise privée est une institution automatiquement fondatrice de liberté et, ipso facto, de démocratie».

Elle sert de support à une hiérarchie de «trois niveaux de serviteurs- reproducteurs du système:

  • les technocrates décideurs, souvent diplômés universitaires, ennemis de la nature et amputés affectifs et sociaux;
  • les techniciens analystes, diplômés professionnels, amputés de cœur et de jugement, bourrés de secs automatismes de résolution de problèmes;
  • et enfin les opérateurs exécutants, amputés de pensée propre et bourrés d’automatismes opératoires».

    Dieu nous en préserve.

A. B.

repris sur le blog algerieinfos-saoudi:


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«HALTE AU GACHIS», LE PROFESSEUR AKTOUF VOUS PARLE…

par Samy Injar

Le Quotidien d’Oran

le 9 juillet 2013

Le professeur Omar Aktouf est enfin édité en Algérie. Ce tribun iconoclaste, enseignant dans une prestigieuse école de management, HEC Montréal, mais néanmoins pourfendeur infatigable du capitalisme financier et du néolibéralisme, nous implore de ne pas imiter le modèle américain.

« Halte au gâchis» est le titre qu’a choisi de publier en premier la maison d’édition Arak. Il s’agit d’un pamphlet flamboyant de 156 pages annonçant la mort du capitalisme financier. Nous sommes alors en 2008 et la crise des subprimes prépare l’écroulement de Lehman Brothers et de Wall Street. Le professeur Omar Aktouf a bien conquis le droit de prendre des postures messianiques. En 2002, dans «la stratégie de l’Autruche», il annonce déjà l’apocalypse au bout de la mondialisation triomphante qui broie les humains et la nature. A contre-courant de l’euphorie ambiante. Dans le livre désormais disponible dans toutes les bonnes librairies, le professeur n’a pas encore «sous la main» le krach de septembre 2008 pour étayer un propos pamphlétaire sur «l’expansion du profit qui tue le profit». Tant pis, les scandales d’Enron, de Tyco, Xerox, jusqu’à Vivendi sont là pour montrer la faillite du management à l’américaine qui écrase «la ressource» devenue non humaine au seul service des actionnaires et qui finit par mendier piteusement le sauvetage aux Etats et aux banques centrales. «Halte au gâchis» reprend pour mieux illustrer quelques-unes des pistes typiques de la pensée Aktoufienne sur le management stratégique. La supériorité du modèle capitaliste rhénan nippon sur l’anglo-saxon. La nocivité des écoles de management qui reprennent dans le monde à l’envi les recettes financières de maximisation du profit de Michael Porter, le théoricien d’un management de la segmentation de la chaîne de valeur. L’ascendant du capitalisme financier d’abord sur le capitalisme industriel ensuite sur le reste du monde a conduit à des drames innommables. Mais aussi à une bonne nouvelle. La mort du capitalisme financier. Ce modèle est en train de s’effondrer qui met le détenteur non pas du métier, mais du capital au centre d’un pouvoir démiurgique.

QUOI DE NEUF PROFESSEUR ?

Pourtant, pour ceux qui connaissent depuis quelques années l’œuvre du professeur, la question fuse au bout de quelques paragraphes de «Halte au gâchis»: quoi de neuf donc dans les anticipations visionnaires de citizen Aktouf, compté parmi les 75 personnes les plus influentes au Canada ? Il y a dans «Halte au gâchis» deux ou trois idées qui à défaut de renouveler le corpus Aktoufien, lui donne une consistance plus forte que les reproches que lui font ses contradicteurs de négliger parfois dans ses travaux. La toute première est une tentative d’expliquer ce qui n’a pas marché dans le nouveau cycle d’expansion du capital mondialisé. Sans revenir sur les moteurs des périodes de croissance antérieures, notamment les trente glorieuses de l’après-seconde guerre mondiale, Omar Aktouf suggère à la page 44 l’échec pour le capitalisme de faire du secteur tertiaire non marchand un moteur de la croissance, comme l’une des raisons de l’écroulement de la mondialisation financière sur elle-même. Les industries de l’information et de la distraction n’ont pas réussi à créer vraiment une nouvelle économie: «Ce secteur, même soumis aux règles et aux jeux de marché, ne peut tout simplement pas se nourrir lui-même et encore moins nourrir les autres secteurs de l’économie». La révolution des nouvelles technologies de l’information et de la communication a oublié quelque chose. La barrière d’accès au numérique. Elle laisse des pans entiers de la société mondiale en dehors de cette consommation de nouvelle génération. Goulot de débouchés dans le cycle marchand.

ARISTOTE FACE A LA BOULIMIE CAPITALISTE

En réalité, «Halte au gâchis» décrit tout au long de paragraphes divers l’étreinte d’une asymétrie qui étrangle la planète. D’un côté «le dessèchement de la demande solvable», une «accentuation dramatique de la paupérisation», et de l’autre une concentration jamais égalée de richesse entre un petit nombre de mains. Une reproduction qui prétend à l’universalité de la distorsion du modèle américain de management. Le boss est tout, le créateur de la valeur rien. Mais «Halte au gâchis» développe encore d’autres intuitions fécondes de l’auteur. Notamment celles qui lui permettent de déconstruire le mécanisme de la pensée de l’enseignement managérial dominant. Le professeur Omar Aktouf propose à la fin de son essai de recourir à Aristote pour refonder une éthique à l’accumulation matérielle des individus et des sociétés. Il constate que la notion de «contentement» est plus forte dans les sociétés arabo-musulmanes et en Afrique. Grâce en partie à l’héritage aristotélicien sauvegardé par les arabes. Dans son «Ethique à Nicomaque», Aristote rapporté par Omar Aktouf épilogue: «Choisissant indéfiniment une chose pour une autre, nous ne connaîtrons ni contentement ni repos, et cette poursuite indéfinie du plaisir nous en éloigne sans cesse».

sources:

http://www.lequotidien-oran.com/index.php?news=5185162


BRÉSIL. ENTRETIEN AVEC JOAO PABLO RODRIGUEZ CHAVES, DIRIGEANT DU MST(*)

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21 mai 2013

par Gerardo Elorriaga,

Joao Pablo Rodriguez Chaves
[[Joao Pablo Rodrigues Chaves, membre de la Coordination nationale du MST (Brésil), vient de recevoir le prix Paix et Réconciliation 2013 de la mairie de Guernica [ville bombardée le 26 avril 1937 par les troupes franquistes et nazies et dont Picasso a peint un tableau entre mai et juin 1937], pour récompenser une lutte qui s’est vue entravée par la répression étatique et des assassinats « clandestins », par des malfrats au service des grands propriétaires.]]

À côté des immenses routes brésiliennes campent plus 150.000 familles paysannes qui aspirent devenir propriétaires d’une petite exploitation. Le Mouvement de Travailleurs Ruraux sans Terre (MST) soutient cette revendication des travailleurs agricoles (journaliers, précaires, saisonniers, etc.) depuis sa création il y a trois décennies. Aujourd’hui, cette organisation est devenue un des mouvements sociaux les plus importants de l’Amérique « latine ». Il poursuit sa lutte dans un contexte encore plus complexe et mondialisé, dans lequel convergent d’énormes intérêts économiques et des affrontements sociaux d’ampleur. Joao Pablo Rodrigues Chaves, membre de la Coordination nationale du MST, vient de recevoir le prix Paix et Réconciliation 2013 de la mairie de Guernica [ville bombardée le 26 avril 1937 par les troupes franquistes et nazies et dont Picasso a peint un tableau entre mai et juin 1937], pour récompenser une lutte qui s’est vue entravée par la répression étatique et des assassinats « clandestins », par des malfrats au service des grands propriétaires.

Le conflit social se poursuit dans la campagne brésilienne. Au cours de ces trente dernières années, les progrès se sont-ils consolidés ou la situation s’est-elle aggravée?

Le MST a été fondé au cours d’une période de dictature [1964-1985; le MST a vu le jour officiellement en 1984 mais s’est développé au cours des années 1970], et pour nous, la consolidation d’un processus démocratique et les conquêtes économiques, tout comme la politique de crédits agricoles, l’introduction de l’énergie électrique ou l’éducation, constituent des avancées importantes pour les paysans.

Pourtant, la concentration de la propriété s’est accentuée au cours de ces dernières décennies?

Les transnationales, qui achètent des terres pour les affecter à la monoculture d’exportation, constituent un nouveau facteur. Elles cultivent de la canne à sucre pour la production d’éthanol dans l’Etat de São Paulo ou dans le Nordeste du pays; ou plantent des eucalyptus pour faire de la pâte de cellulose à l’aide de capitaux finlandais ou de l’Asie du sud; ou encore se consacrent au marché du soja dans le centre ouest du pays.

Monsanto [un des deux grands groupes, avec Syngenta, des «sciences du vivant» dans l’agro], Bunge [transnationale du grain d’origine brésilienne, Bill Gates [fondateur de Microsoft], George Soros [fonds Quantum] et beaucoup d’autres sont entrés dans ce marché.

L’agriculture brésilienne est-elle un exemple de mondialisation commerciale?

Le capital transnational a pénétré dans notre pays à la recherche de possibilités d’investissements sûrs et rentables au cours d’une période de crise économique récurrente.

Toute l’exportation de grains (blé, maïs, etc.) – sans mentionner le soja, cette légumineuse – est répartie entre cinq ou six firmes.

La production de viande est captée par trois chaînes frigorifiques.

Ce phénomène nous met dans une situation très compliquée, car nous devons faire face non plus à un latifundiste local, mais à une grande entreprise transnationale dont le siège se trouve à New York ou à Helsinki.

Les gouvernements «progressistes» de Lula da Silva et de Dilma Rousseff soutiennent-ils ce développement ?

Dans la mesure où le modèle de développement brésilien est fondé sur le soutien à l’investisseur étranger, on peut dire que Lula a été le père des pauvres et la mère des riches.

Le Brésil consacre en effet 2.000 millions de dollars (1.535 millions d’euros) à des prêts, des subsides pour des infrastructures ou des incitations pour les paysans, alors que les entreprises agro-industrielles disposent de 120.000 millions.

Par exemple, le soja destiné à la consommation interne est soumis à l’impôt alors que celui destiné à l’exportation en est exempté.

Il y a une année trois de vos représentants ont été assassinés. Qui tue au Brésil?

C’est celui qui possède la terre qui tue.

Les grandes entreprises sont très modernes, leurs plantations de São Paulo disposent de la technologie la plus récente, mais le même groupe peut posséder une exploitation tout à fait archaïque, avec un système d’esclavage et des milices armées à Maranhao, au nord-est du pays.

Nous avons également des problèmes avec la police locale qui est dressée contre nous.

Nous sommes persécutés et criminalisés parce que l’agro-négoce est aujourd’hui hégémonique. Ils considèrent les paysans sans terre, les indigènes, les syndicalistes et les écologistes comme étant les «méchants», les ennemis.

Est-ce que des fléaux comme l’esclavage et le travail des enfants persistent?

Ils persistent parce que l’agriculture est mixte. Il y a celle qui est moderne et celle qui est fondée sur le travail bon marché d’une main d’œuvre privée de droits.

Cette agriculture détruit aussi les forêts et fait pression sur les petits propriétaires [ou ceux qui ont occupé des terres et les ont défrichées: posseiros] pour qu’ils vendent leurs terres.

Dans leurs exploitations isolées, les travailleurs sont obligés de payer le logement, la nourriture et les vêtements.

L’année passée, 2.000 personnes qui se trouvaient dans cette situation [de travail forcé et de «consommation» contrainte] ont été libérées.

Est-ce que le pays est conscient des risques que pose cette monoculture intensive, non seulement sur le plan économique mais également sur le plan sanitaire, à cause de l’utilisation massive de pesticides qu’elle exige?

Non. Le Brésil est le plus grand consommateur de produits agro-toxiques du monde, avec une moyenne de 5 kg par personne, soit presque cinq millions de kilos annuels.

Le phénomène est très grave, car ces produits sont répandus par avion, ce qui affecte la santé des êtres humains.

On fumige les pâturages et les cultures de soja, de maïs, d’eucalyptus, mais la production de haricots, de manioc ou de fruits comme la mangue stagne.

Les prix des aliments sont les plus hauts d’Amérique latine, celui des tomates a augmenté de 150%, les rendant plus chers que la viande.

Ce modèle de développement est-il viable?

Ce modèle n’est pas soutenable. Les pays émergents ont besoin de nouveaux procédés de production]. Actuellement on n’investit avant tout dans la technologie destinée à la production de biodiésel. Nous sommes en train de perdre la souveraineté alimentaire; les paysans migrent vers les villes et les grands capitalistes veulent exploiter l’Amazonie pour en extraire le fer et d’autres ressources minérales et «biologiques».

Nous allons avoir d’énormes problèmes sociaux et écologiques.

La classe politique ne semble pas avoir conscience des risques encourus, mais qu’en est-il de la société?

On est conscient du fait que le pays s’enrichit face à un monde en grande partie en crise, qu’une dite classe moyenne réclame de bons logements, des voitures, des télévisions et des frigos… à crédit.

La population brésilienne se concentre en cinq grandes villes: São Paulo, Rio de Janeiro, Belo Horizonte, Fortaleza et Salvador.

Elle se soucie bien peu de ce qui peut arriver au Mato Grosso ou dans l’Amazone, même si la production agricole, au sens large, reste le grand moteur économique du pays.

Actuellement l’augmentation des cas de cancer préoccupe beaucoup, mais il n’y a pas de débat sur les causes de cet accroissement [liés à de nombreux facteurs dans le monde rural comme dans l’enfer urbain à la São Paulo].

« On » pense en termes de croissance économique mais non en termes développement social ; les risques encourus ne sont pas appréhendés ou alors ils sont niés.

*****

Le contexte socio-économique du Brésil de la terre

Exportations agricoles : le Brésil occupe la troisième place à niveau mondial, après les Etats-Unis et l’Union européenne [la France en particulier].

Contrôle des terres : 50% de ses 65 millions d’hectares labourés se trouvent entre les mains de grands groupes économiques, et 54% des cultures sont transgéniques.

Superficie cultivée : les exploitations dépassant les 100.000 hectares ont passé de 22 en 2003 à 2008 en 2011.

Membres du MST : le MST compte 2,5 millions d’affiliés et a été [et est] le principal bras de levier pour l’établissement de 500.000 familles sur des terres.

Les victimes : depuis 1985, 1566 personnes ont été assassinées au Brésil, simplement pour avoir défendu leur droit à la terre.

Seuls 8% de ces crimes ont été jugés.


(*) MST: Mouvement de Travailleurs Ruraux sans Terre.

JEAN ZIEGLER, POURQUOI « LA HAINE DE L’OCCIDENT »?

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dimanche 16 juin 2013

A l’indépendant

Michel Peyret >

On ne présente pas Jean Ziegler.

«Et Ziegler, dit Hubert Artus, de resituer les quatre systèmes de domination de l’Occident au long des siècles: les conquêtes, l’esclavage et la traite, la colonisation et enfin «l’actuel ordre du capital occidental globalisé».

Ces dominations terribles, auxquelles on ajoutera les actuels refus de repentance, de réparations et la confiance toujours indélébile du Nord envers l’idéologie libérale, c’est ce qui,
pour Ziegler, a irrémédiablement rouvert la blessure.»

Le bilan réalisé, c’est, aussi, des ponts entre économie, militantisme et culture, et il convient de ne pas oublier la recherche des voies et chemins pour en sortir.

Michel Peyret


JEAN ZIEGLER:

POUR UN “TRIBUNAL DE NUREMBERG” DE LA CRISE

Hubert Artus

Rue89

Publié le 27/10/2008

Sans la crise, c’eût été une démonstration, une accusation. Mais elle en fait un coup de tonnerre. Sa « Haine de l’Occiden» est parue en pleine crise financière. Jean Ziegler, ancien rapporteur spécial des Nations unies pour le droit à l’alimentation, a accordé une interview à Rue89. Interview plus radicale encore que son livre.

Le nouveau livre de celui qui est aujourd’hui membre du Comité consultatif du Conseil des droits de l« homme de l’ONU, est un ouvrage dense, étayé de faits recueillis durant son activité à l’ONU.

Dans “La haine de l’Occident” , Jean Ziegler, comme à son habitude, manie à plaisir sa verve pamphlétaire et son franc-parler, accusant le FMI, le président français Nicolas Sarkozy, la banque Mondiale, l“OMC et le double langage de la communauté internationale. Et d’illustrer en 300 pages le rejet et la haine grandissante du tiers-monde contre l’Occident.

La haine, des origines à nos jours

C’est d’abord un historique de la haine que le livre de Ziegler met en perspective:

‘Depuis plus de 500 ans, les Occidentaux dominent la planète. Or, les Blancs, aujourd’hui, ne représentent guère que 12,8 % de la population mondiale. Par le passé, ils n’ont jamais dépassé 24%.’

Et Ziegler de resituer les quatre systèmes de domination de l’Occident au long des siècles:

  • les conquêtes,
  • l’esclavage et la traite,
  • la colonisation
  • et enfin ‘l’actuel ordre du capital occidental globalisé’.

Ces dominations terribles, auxquelles on ajoutera les actuels refus de repentance, de réparations et la confiance toujours indélébile du Nord envers l’idéologie libérale, c’est ce qui, pour Ziegler, a irrémédiablement rouvert la blessure.

Le Suisse s’en prend ainsi au président français qui, à Dakar en 2007, reprochait aux Africains ‘leur immobilisme qui ne laisse pas de place ni pour l’aventure humaine, ni pour le progrès’.

Lorsqu’il dresse la liste des “Objectifs” du millénaire établis par la communauté internationale, en 2000 à New York (de l’éradication de la pauvreté à la réduction de la mortalité infantile et l’environnement, etc), remarquant que huit ans après rien n’a été fait, c’est pour mieux souligner que la crise va augmenter les causes. Donc, les haines.

La crise, pour Ziegler, c’est la révélation des ‘haines raisonnées’ . Des haines réfléchies, travaillées au Surmoi, et débarrassées des intégrismes dogmatiques. Qui viennent d’un ‘refus organisé et collectif à l’ordre meurtrier du monde’.

Ce peut être la victoire d’une rupture mémorielle (victoire électorale de Morales, premier président indien depuis 500 ans en Bolivie, pays essentiellement indien). Ou ‘une force historique qui va changer le monde’. (Voir la vidéo)

La crise financière : quelle rupture ?

Certes, la crise financière perpétue, cyniquement, la mainmise du libéralisme sur le monde, puisque ce système tente de s’établir comme son propre remède. Dans son ouvrage, Ziegler détaille les systèmes indiens et chinois, et l’on remarque alors que ni l’un ni l’autre ne remettent en question le modèle :

‘Les oligarchies du Sud se contentent de reproduire le système mondial de domination et d’exploitation inventé par les Occidentaux.’

Détaillant ensuite la destruction du marché africain du coton par les firmes américaines avec la complicité de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), les accords économiques inégaux imposés par l’Europe à ses anciennes colonies, le comportement scandaleux du FMI et de la Banque Mondiale qui imposent des conditions draconiennes au remboursement de la dette (évaluée à 2100 milliards de dollars), Ziegler sait bien que la crise ne renversera pas le capitalisme.

Néanmoins, c’est grâce à son expérience, et aux différents ambassadeurs occidentaux qu’il tire les conclusions qui sont les siennes dans notre interview: la fin de la doctrine de la ‘main invisible’, cette idée à l’œœuvre dans la politique reagano-thatchérienne selon laquelle la doctrine libérale était une loi quasi-naturelle; cette idée que le marché le plus déréglementé était… le moyen ultime de réguler le moloch, qui, forcément, trouverait le moyen de s’auto-réguler, devenant ainsi un peu humain.

Une idée qui prévaut toujours en Occident: les injections et les remèdes trouvés jusqu’ici sont des remèdes libéraux, pas des solutions politiques.

Ziegler en choquera plus d’un en appellant ici de ses vœux un ‘tribunal de Nuremberg pour juger les prédateurs qui ont provoqué ça’. (Voir la vidéo)

Ziegler reconvoque la ‘mondialité’ de Césaire et Glissant

Quand il évoque les souffrances des peuples opprimés, Ziegler n’oublie pas de coter les penseurs et les poètes qui, ces siècles derniers, ont aussi porté ces paroles et ces idées.

Aussi, à la fameuse phrase du regretté Aimé Césaire (‘J’habite un long silence, une blessure profonde’) , citée dans son livre, il répond aujourd’hui: ‘Le silence est terminé, et la blessure est ouverte.’ C’est «le temps du retour de la mémoire».

Edgar Morin, Aimé Césaire, Kant, Rousseau, Senghor: ‘La haine de l’Occident’, ce ne sont pas que des chiffres, des faits et des cris. C’est, aussi, des ponts entre économie, militantisme et culture. Ce n’est pas le moindre des mérites du Suisse, ici, que de sans cesse illustrer ses bilans et ses dénonciations avec des penseurs, ou des poètes.

Car c’est par cette dimension même que Ziegler «dé-occidentalise» son propos, le défocalise. Et ainsi, désamorce les critiques qui l’accuseraient de vain radicalisme.

Appréciant Césaire et Senghor, c’est du côté de la pensée des diasporas africaines, des mémoires du Sud, des cultures autochtones, qu’il va puiser. Du côté du «Tout-Monde» cher à Edouard Glissant. Glissant dont le dernier ouvrage, tout comme celui de Ziegler, évoquait les hérésies et le cynisme de l’Occident, et pointait la victoire de la « poétique du divers » et de la résurgence des mémoires opprimées.

Aux temps où, en Occident, sévissent le concept d’identité nationale et la crise financière, ces hommes-là sont à lire et relire. Pour rester vivants. (Voir la vidéo)

  • “La haine de l’Occident”

de Jean Ziegler

édition Albin Michel

300 pp.

20€)

  • La version intégrale de l’entretien

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21 mn

Y sont abordés, en plus des thèmes de la version courte: Edgar Morin, la crise des subprimes, la crise en Europe, la démocratie sociale, la Bolivie de Morales, Rousseau, Césaire, Senghor…


RAPPORT SUR LE DÉVELOPPEMENT HUMAIN 2013 : DES CHIFFRES SURPRENANTS

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Marc Vandepitte

4 juin 2013

Selon sa bonne habitude, le récent rapport du PNUD[[De UNDP is het VN-orgaan dat zich bezighoudt met armoede en ontwikkeling in de wereld. Het rapport van 2013 vind je hier.

http://hdr.undp.org/en/media/HDR_2013_EN_complete.pdf
]] renferme une mine d’informations, mais souvent aussi des chiffres intéressants. Marc Vandepitte a épinglé les plus remarquables de ces chiffres.

Plus riche qu’on ne pense

Le monde n’a jamais produit autant de richesse qu’aujourd’hui. En cas de distribution égale de la richesse, une famille moyenne (au niveau mondial, deux adultes et trois enfants) pourrait disposer d’un revenu de 2.850 dollars par mois. C’est étonnamment beaucoup. Ce montant ne permettrait sans doute pas de vivre dans le luxe mais il est toutefois plus que suffisant pour fournir à tous les habitants de cette planète des installations sanitaires, l’électricité, l’eau potable et une maison confortable, même si cela devait se faire selon des méthodes écologiquement durable.[[In 2011 bedroeg de totale geproduceerde rijkdom (het zogenaamde wereldbrutoproduct) 69.014 miljard dollar (uitgedrukt in 2005 PPP dollars). [p. 165] De berekening voor het gemiddelde gezin gaat van de plausibele veronderstelling uit dat het besteedbaar inkomen 70% van het bnp bedraagt. In sommige landen is dat meer, in andere minder. De cijfers worden uitgedrukt in dollar PPP. Dat cijfer houdt rekening met de prijsverschillen tussen landen voor dezelfde goederen of diensten en drukt de reële koopkracht uit.]]

Autrement dit, il y a suffisamment de richesse pour tous, mais un humain sur trois ne dispose pourtant pas de sanitaires les plus élémentaires, un sur quatre n’a pas d’électricité, un sur sept vit dans un bidonville, un sur huit a faim et un sur neuf ne dispose pas d’eau potable.[[Bronnen :

http://www.unwater.org/statistics_san.html

http://www.voanews.com/content/decapua-un-energy-28apr10-92323229/154303.html

http://www.habitatforhumanity.org.uk/statistics

http://www.fao.org/hunger/en/
]]

Cela, parce que la richesse est répartie d’une façon extrêmement inégale. Avec la richesse produite aujourd’hui, chaque personne pourrait disposer en moyenne d’un revenu de 19 dollars par jour. En réalité, un humain sur six doit se débrouiller avec moins de 1,25 dollar par jour.

Des rapports mondiaux qui basculent

Ces trente dernières années, les pays du Sud sont occupés à effectuer un retour remarquable sur la scène mondiale. En 1980, leur part dans la production mondiale n’était encore que de 33 %. En 2010, cette part atteignait déjà 45 %. Durant cette période, leur part dans le commerce mondial a doublé, passant de 25 % à 47 %. La hausse la plus rapide s’est produite dans les investissements étrangers : de 20 % à 50 %.[[ Bronverwijzing: “Aandeel in wereldproductie”: p.2; “handel:” p.45; “buitenlandse investeringen:” p.47.]]

Suite à un excédent de leur balance commerciale, les pays du Sud ont vu leurs surplus financiers augmenter de façon spectaculaire. Entre 2000 et 2011, ils ont pris à leur compte les trois quarts de l’accroissements de toutes les réserves étrangères. Le Sud se mue lentement en carte Visa du Nord qui, lui-même, est confronté à une grave et tenace crise du crédit. Ce n’a pas toujours été le cas.[[p. 17.]]

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Cette tendance se poursuivra très vraisemblablement à l’avenir et, depuis la crise du crédit, elle n’a été qu’en accélérant. En 1950, le Brésil, la Chine et l’Inde, les trois pays du Sud faisant partie du BRIC, représentaient à peine 10 % du produit mondial, alors que les six principaux pays du Nord en accaparaient environ la moitié. En 2050, les trois pays du BRIC en prendront 40 % à leur compte, soit le double des six principaux pays du Nord.[[p.12]]

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De nouveaux rapports Nord-Sud

Les pays du Sud ont aussi resserré fortement leurs liens mutuels. La part du commerce Sud-Sud dans le total du commerce mondial a augmenté, entre 1980 et 2011, passant de 8 % à 27 %. La hausse s’est surtout manifestée à partir de la fin du siècle.[[ p. 45.]]

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Les investissements étrangers dans les pays en voie de développement ne sont plus l’apanage du Nord. Entre 1996 et 2009, les investissements Sud-Sud ont augmenté de 20 % par an. En ce moment, les investissements Sud-Sud représentent de 30 à 60 % de tous les investissements étrangers dans les pays les moins développés.[[Resp. p. 45 en 15.]]

Nombre de ces pays du Sud, surtout ceux qui ont facilement accès au commerce mondial (côtes et routes commerciales situées à proximité), profitent de ces relations Sud-Sud en hausse. Il s’agit d’investissements, de transferts de technologie, de commerce et de transferts financiers.

Ces nouvelles relations compensent dans une certaine mesure la baisse de la demande de la part du Nord, suite à la crise. Si la Chine et l’Inde avaient connu une crise similaire à celle des pays du Nord, la croissance économique des pays en voie de développement, entre 2007 et 2011, aurait été de 0,3 % à 1,1 % inférieure.[[p. 3.]]

Le rapport mentionne en particulier ici l’Afrique subsaharienne, ce qu’on appelle le «continent perdu». Durant les cinq années qui ont précédé la crise, le PNB par habitant y a augmenté annuellement de 5 %, soit deux fois plus que dans les années 1990. Cette tendance a principalement résulté des hausses de prix de leurs principaux produits d’exportation, grâce à la demande de ces produits affichée par les pays émergents, avec la Chine en tête.[[ p. 25-6.]]

Le rapport fait état d’une étude récente qui prouve que l’expansion économique de la Chine entre 1988 et 2007 a eu un effet positif sur la croissance économique d’autres pays en voie de développement, surtout parmi les partenaires commerciaux de la Chine.[[ p. 43.]]

Il n’y a pas que le commerce avec la Chine, mais aussi les investissements en provenance de ce pays, qui contribuent à la croissance économique des pays en voie de développement qui les reçoivent. Entre 2003 et 2009, les investissements chinois ont accru la croissance économique de 1,9 % en Zambie. Au Congo, il s’est agi de 1 %, au Nigeria de 0,9, à Madagascar et au Niger de 0,5 % et au Soudan de 0,3 %.[[p. 51.]]

L’extrême pauvreté

Les rapports mondiaux qui basculent et l’accroissement des relations Sud-Sud ont des conséquences radicales pour la pauvreté. Entre 1990 et 2008, l’extrême pauvreté (1,25 $ par jour) a baissé, passant de 36 % à 19 % de la population mondiale. En chiffres absolus, il s’agit d’une diminution de 620 millions de pauvres.[[Het rapport steunt zich hiervoor op een studie van de Wereldbank.

http://siteresources.worldbank.org/INTPOVCALNET/Resources/Global_Poverty_Update_2012_02-29-12.pdf.]]

Cette amélioration considérable est due en grande partie à la Chine. Ce pays à lui seul a sorti 510 millions de ses habitants de la pauvreté, contre 110 millions pour le reste du monde. Les grandes différences peuvent également se voir dans la diminution relative (en pourcentage) par pays, comme le montre clairement le graphique ci-dessous.[[ p. 26.]]

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Aujourd’hui, 1,2 milliard d’humains vivent dans l’extrême pauvreté, soit 17% de la population mondiale. Le graphique ci-dessous montre la répartition mondiale de cette extrême pauvreté.[[p. 96 en

http://data.worldbank.org/indicator/SI.POV.DDAY.]]

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La Chine, l’Inde et le Pakistan

Avec la Guinée équatoriale, la Chine a connu une croissance économique phénoménale, ces vingt dernières années. Dans les deux pays, le PNB par habitant a crû en moyenne de 9 % par an. Soit un doublement tous les huit ans. Durant la même période, seuls douze pays ont connu une croissance de leur PNB par habitant de plus de 4 %. Dans 19 pays, il s’est même agi d’une baisse.[[ p. 25.]]

Mais, dans bien des pays, la croissance économique ne se traduit pas par un progrès social (proportionné). En Chine, c’est toutefois le cas. Ces trente dernières années, l’augmentation de son Indice de développement humain (IDH) a été pour ainsi dire la plus élevée au monde[[Sinds het rapport van 2011 geeft de UNDP twee soorten van Human Development Index (HDI). De eerste HDI houdt rekening met gezondheid, onderwijs en het bnp per inwoner. De tweede indicator is de Non-income HDI. Daar laat men het bnp per inwoner weg. Deze indicator geeft vooral de sociale score weer van een land.]]: trois fois supérieure à la moyenne mondiale[[p. 149-151. Het betreft hier de HDI met inbegrip van het bnp per inwoner. Het rapport geeft geen evolutie van de non-income HDI.]]. Sur ce plan, le Vietnam et l’Inde présentent également de bons résultats.

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Les prestations de la Chine ne deviennent claires que lorsqu’on les compare à celles des pays comparables. En Inde, l’analphabétisme est 6 fois plus élevé, et au Pakistan 7 fois plus élevé qu’en Chine. Le pourcentage de gens vivant dans une pauvreté extrême est environ 2 fois plus élevé, et 3 fois plus élevé en Inde.[[ “Analfabetisme”: p.145-6; “aantal extreem armen”: p.160-1 en

http://data.worldbank.org/indicator/SI.POV.DDAY.]]

La mortalité infantile est peut-être l’indicateur qui rend le mieux le développement social d’un pays, parce que cet indicateur rassemble à lui seul toute une série de facteurs: soins de santé, alimentation et eau potable, degré d’enseignement de la mère, logement, hygiène. Sur ce plan, la Chine présente nettement les meilleurs résultats. Au Pakistan meurent 5 fois plus d’enfants, en Inde 3,5 fois plus. Le rapport prévoit que, proportionnellement, entre 2010 et 2015, 5 fois plus d’enfants mourront en Inde et même 8,4 fois plus au Pakistan.[[Resp. p. 167-8 en p. 90.]]

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Au vu de l’augmentation de son IDH, l’Inde ne s’en tire pas mal. Mais, à l’aune de ses possibilités économiques, le pays pourrait faire bien mieux. Ainsi, son PNB par habitant est deux fois plus élevé que celui du Bangladesh, mais un Indien vit en moyenne trois ans de moins qu’un Bangladais. De plus, en Inde, le travail des enfants est toujours une plaie importante: il concerne un enfant sur huit soit 17 millions d’enfants au total.[[“Levensverwachting”: p. 146-7;“ kinderarbeid”: p.176; zie ook

http://blog.wisdomjobs.com/child-labour-in-india/.
]]

Le Venezuela

L’Indice de développement humain est un instrument assez efficace pour mesurer le développement social d’un pays. Une augmentation rapide montre que le gouvernement d’un pays donne la priorité au bien-être social de sa population. En cas d’augmentation lente, c’est le contraire, qui est vrai.

Ci-dessus, nous avons vu que la Chine faisait un bon score, sur ce plan. La même chose vaut pour le Venezuela ces 12 dernières années. Dans les années 1980 et 1990, on a assisté à une très lente augmentation. Le développement social du reste de l’Amérique latine était plus de trois fois plus grand et l’assez grand avantage que le pays avait connu s’était mué en un retard.

Cela a changé complètement dès que Hugo Chávez est devenu président. Le développement social a grimpé en flèche et a bien vite augmenté une fois et demie plus vite que dans le reste du continent. En 2010, l’IDH du Venezuela repassait à nouveau au-dessus de la moyenne de l’Amérique latine.[[p. 149 en 151.]]

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Cuba

À Cuba, il n’y a pas que la croissance rapide de l’IDH, qui surprend, mais surtout son ampleur ou, mieux, le constat de ce que le développement est très anormalement élevé par rapport à la base économique.

Ce pays a un revenu par habitant six fois inférieur à celui des pays riches. Mais, malgré le manque de moyens économiques et la pénurie de certains médicaments suite au blocus économique, ses soins de santé font partie des meilleurs au monde. Cuba dispose du nombre de médecins le plus élevé au monde par habitant, à savoir 6,4 pour 1000 habitants. C’est 2,5 fois plus qu’aux États-Unis, deux fois plus qu’en Belgique, trois fois plus qu’en Amérique latine et près de cinq fois plus que la moyenne mondiale.[[ p. 166-9.]]

Sur le plan de l’enseignement aussi, Cuba fait partie des meilleurs au monde. Le pourcentage de Cubains adultes qui suivent un enseignement supérieur est le plus élevé au monde, après la Corée du Sud, soit 95 %. Il est à remarquer que le Venezuela se pointe en 8ème position, avec 78 %.[[p. 170-1.]]

Cuba présente de tels résultats parce que le pays consacre un pourcentage élevé de sa richesse aux soins de santé et à l’enseignement. On peut le voir sur le graphique ci-dessous.[[ p. 162-5.]]

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Plus généralement, il s’agit de la question de savoir dans quelle mesure un pays consacre ses moyens économiques (limités) au développement social de sa population ou, encore, à quel point un pays est réellement «social». Le rapport le fait systématiquement en comparant le classement sur le plan de la richesse économique (PNB par habitant) à celui sur le plan de l’IDH.

Vu ce qui précède, il ne faut pas s’étonner que Cuba fasse le meilleur résultat. Sur le plan du PNB par habitant, Cuba ne se classe qu’en 103e position. Mais, sur le plan de l’IDH (hors économie), il gagne 77 places pour se retrouver en 26e position. D’autres pays affichent de bons résultats aussi – même s’ils sont un peu moins bons: la Géorgie, la Nouvelle-Zélande et Madagascar. D’autres pays – des pays «antisociaux», donc – font de très mauvais scores: les États du Golfe, la Turquie, la Guinée équatoriale, le Botswana… [[p. 144-7.]]

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Même le graphique ci-dessus montre que Cuba atteint un score comparable à celui de la Belgique et même meilleur que celui de la Grande-Bretagne. Cela montre qu’un pays ne doit pas disposer directement de moyens financiers pour atteindre quand même un développement social élevé. C’est un constat des plus encourageants, pour une importante partie du monde.

Le graphique ci-dessous présente une comparaison des résultats de Cuba aux meilleurs résultats mondiaux. Un résultat de 100 signifie qu’on est le meilleur au monde et 0 qu’on est le plus mauvais. Un résultat intermédiaire montre votre position par rapport aux deux. La ligne en pointillé est celle des résultats de l’OCDE, le club des 30 pays les plus riches de la planète. Sur le plan de la mortalité infantile et de l’espérance de vie, Cuba propose des résultats tournant autour de la moyenne de l’OCDE. Sur le plan de l’enseignement, il fait même mieux que la moyenne. Mais son PNB par habitant, par contre, est nettement inférieur.

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Pour la plupart des pays, la mesure du bas (le PNB par habitant) est à peu près au même niveau que les trois du dessus (indicateurs sociaux). Pour Cuba, ce n’est pas le cas, la différence est remarquable. Dans le rapport, on ne trouve aucun pays avec un profil semblable. Seuls le Vietnam et le Kerala (un États du sud-ouest de l’Inde) s’en rapprochent un peu.[[ “Voor Vietnam zijn de percentages voor de sociale indicatoren resp.” 88%, 21% en 77%.“ Voor het bnp per inwoner is de score 3%”. [p. 146, 168 en 172.] “Deelstaten zoals Kerala worden niet opgenomen in het rapport. De percentages voor Kerala zijn resp.” 95%, 24%, 73% en 7%.

Bronverwijzing :

http://pib.nic.in/newsite/PrintRelease.aspx?relid=73084;

http://www.srtt.org/institutional_grants/pdf/globalisation_higher_education.pdf;

http://www.undp.org/content/dam/india/docs/inequality_adjusted_human_development_index_for_indias_state1.pdf, p. 16.]]

Empreinte écologique et catastrophes naturelles

Le rapport déplore que peu de pays combinent un développement social élevé et une faible empreinte écologique. Une faible empreinte écologique signifie que le modèle de consommation et de production ne dépasse pas la biocapacité moyenne du monde (1,8 ha par habitant), autrement dit, que le pays a assez d’une seule planète pour assurer son mode de vie.[[p. 34.]]

Neuf pays entrent en ligne de compte pour une combinaison socio-écologique favorable : la Géorgie, l’Arménie, l’Azerbaïdjan, l’Albanie, la Jamaïque, Cuba, l’Équateur, le Pérou et le Sri Lanka. Si nous prenons l’IDH moyen des 47 pays les plus riches (0,758), il ne reste plus que Cuba.[[Het rapport vermeldt de landen niet expliciet; we hebben de lijst zelf samengesteld. Voor de HDI, zie p. 144-7; voor de voetafdruk:

http://en.wikipedia.org/wiki/File:Human_welfare_and_ecological_footprint.jpg]]

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Le réchauffement climatique a son prix, littéralement parlant. Les catastrophes naturelles sont de plus en plus fréquentes et de plus en plus violentes. Le coût des catastrophes naturelles qui se sont surtout produites dans les pays du Sud, a été en 2011 de 365 milliards de dollars. C’est près de trois fois plus que l’aide totale au développement cette même année.[[ p. 95. “De ontwikkelingshulp bedroeg in 2011 133,5 miljard dollar.”

http://www.oecd-ilibrary.org/development/development-aid-net-official-development-assistance-oda-2012_aid-oda-table-2012-1-en ]]

Les dégâts environnementaux provoquent également la pauvreté, surtout dans les pays du Sud.

Si des modifications considérables ne se produisent pas dans la politique environnementale, le rapport prévoit que l’extrême pauvreté s’accroîtra dans le monde, passant de 1,2 milliard en 2010 à 3,2 milliards en 2050. Par contre, une politique mûrement réfléchie sur le plan social et écologique pourrait entièrement, ou presque, éradiquer l’extrême pauvreté pour cette même date.[[p. 96.]]

Source : INVESTIG’ACTION


Téléchargement du rapport complet

  • [version en français:

    Rapport sur le développement humain 2013

    L’essor du Sud : le progrès humain dans un monde diversifié->http://www.undp.org/content/dam/undp/library/corporate/HDR/2013GlobalHDR/French/HDR2013%20Report%20French.pdf]
  • [version en arabe ( résumé):

    ملخص

تقرير التنمية البشرية ٢٠١٣

نهضة الجنوب:تقدم بشري في عالم متنوع

 >http://hdr.undp.org/en/media/HDR_2013_summary_AR.pdf]

http://www.undp.org/content/undp/en/home/librarypage/hdr/human-development-report-2013/


CHINE 2013 – IMAGES

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QUELQUES RÉALITÉS SUR LES CONDITIONS DE TRAVAIL EN CHINEpar Danielle Bleitrach – 11 mai 2013 – “Histoire et société”article repris sur algerieinfos – le 13 mai 2013


[LA DOLCE VITA DES PETITS EMPEREURS CHINOIScorrespondance de Jordan Pouille – Pékin – www.mediapart.fr – www.algerieinfos

 >#2]


QUELQUES RÉALITÉS

SUR LES CONDITIONS DE TRAVAIL EN CHINE


Que ceux qui veulent juger et donner des conseils le fassent je m’en sens incapable et j’admire ce peuple travailleur qui de surcroît à l’inverse des Occidentaux n’a pas pillé d’autres peuples, porte partout la paix et le développement.

L’arrogance occidentale qui ignore ce qu’est le sous développement et qui veut surtout ne jamais se rappeler comment sa propre société a pillé le monde, a été capable d’inscrire dans les jardins chinois des pancartes « interdites aux chiens et aux Chinois », a détruit une des merveilles du monde, le palais d’été, a imposé la guerre de l’opium, forcé une génération à être des morts vivants, les tortures japonaises qui ont effrayé même les nazis, j’en passe et des meilleurs, se permettent alors que leurs propres capitalistes continuent à sévir, alors qu’eux mêmes bénéficient de produits venus de Chine, cette ,insupportable arrogance, se permet encore de critiquer la Chine.

Et au lieu d’admirer l’héroïsme du peuple chinois, de contempler ébloui comme cela le mérite ce qu’ils ont donné à voir de leurs efforts dans ces jeux olympiques, manifestent leur insondable mesquinerie. sans même penser à remercier ce peuple qui attendait le cœur battant qu’on le félicitât pour tant de courage, tant d’efforts, tant d’humble vaillance.

Oui nous occidentaux nous appartenons bien comme les Etats-Unis à cette « civilisation » que décrit le Cubain José Marti: « Il est d’un cœur mesquin, et rongé par l’envie impuissante, d’aller chercher des poux à la grandeur patente, et de la dénier catégoriquement en invoquant le plus minime des défauts, ou bien de se jucher sur un trepied d’oracle, comme si l’on purgeait le soleil d’une tâche ».


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par Danielle Bleitrach

11 mai 2013

“Histoire et société”

article repris sur algerieinfos

le 13 mai 2013

http://www.algerieinfos-saoudi.com/article-quelques-realites-sur-les-conditions-de-travail-en-chine-117755854.html

extrait:

3-Une situation en évolution

Les différences avec les ateliers d’assemblage du Tiers-monde comme ceux de la frontière mexicaine, les maquiladoras, tient au fait que l’Etat chinois a réussi à maîtriser le phénomène et en faire un facteur de développement inouï. Le second facteur est l’intervention de plus en plus fréquente des autorités, à la suite de nombreuses manifestations pour faire respecter les droits et l’existence du syndicat à l’intérieur de l’entreprise.

Il est un fait que ne sont jamais dénoncés par les occidentaux les entreprises étrangères et toujours «le régime», jamais le sous développement et toujours «le socialisme», etc. Alors que même quand ces entreprises étrangères ne pèsent pas directement sur leurs salariés elles le font par le biais d’entreprises sous-traitantes qu’elles mettent en concurrence, ce qui se répercute sur les salaires et les conditions de travail. Et dans les grandes entreprises si les travailleurs logent sur place il peut même arriver que le patron retienne les papiers et si la multinationale a signé «un code de conduite», quand elle envoie inspecter les conditions des salariés ceux-ci ne peuvent pas se plaindre.

Tout cela existe mais tend à évoluer sous une triple influence:

  • la première est la protestation massive des travailleurs, les travailleurs chinois ne se laissent pas faire, en 2005 près de 90.000 manifestations impliquant plus de cent personnes ont été recensées.
  • La seconde est une nouvelle préoccupation des autorités face à cette montée des mécontentements et les tensions sociales y compris face aux cas de corruption des autorités.[[une des formes particulières de la lutte contre la corruption est le contrôle des hauts salaires elle témoigne à sa manière de la pression qui est exercée contre la nouvelle bourgeoisie de la part de la base.

    Ainsi le ministre de la Commission pour la supervision des Actifs d’Etat (en anglais : “State-owned Assets Supervision and Administration Commission,” soit le SASAC), Li Rongrong, selon le Quotidien du peuple du 4 août 2008 a fait état de la controverse de hauts salaires dans des entreprises d’Etat.

    Il a dit que la croissance des salaires de managers durant la période comprise entre 2004 et 2006 était de moins de 15% — moins important que le profit de 36,7% que leurs entreprises avaient créés.

    La controverse a été provoqué par des rapports selon lesquels on a découvert l’année dernière que Ma Mingzhe, directeur général de la Compagnie d’assurances de Ping An, la seconde du genre de Chine, avait collecté plus de 45 millions de yuans (6,6 millions de dollars) pour son salaire annuel avant impôt. Ce salaire était 3 200 fois le revenu disponible par habitant des résidents urbains de Chine de l’année dernière.]]
  • Le troisième phénomène est un début de pénurie de main d’œuvre, y compris ce qui est nouveau de main d’œuvre peu qualifiée, notamment dans le province du Guangrong au sud, où se produit près du tiers des exportations chinoises.

Mais on peut également noter que par rapport à l’Inde et d’autres pays asiatiques dont on ne fait pourtant pas état, le travail des enfants n’est pas un fléau. Les enfants sont pratiquement tous scolarisés dans les zones urbaines.

Si les médias occidentales et même la plupart des médias alternatifs sur internet décrivent avec beaucoiup de complaisance les conditions de travail en Chine, en les attribuant au gouvernement chinois. De temps en temps on lit dans la presse des entrefilets de ce type:

“Adidas retire progressivement sa production de Chine.” Le numéro deux mondial des équipements sportifs, l’allemand Adidas, juge le niveau des salaires en Chine dorénavant trop élevé et va transférer une partie de sa production vers des pays encore plus compétitifs, a déclaré son patron Herbert Hainer. Adidas va transférer sa production en Inde, au Laos, au Cambodge et au Vietnam, mais aussi dans les pays de l’ex-URSS et en Europe de l’Est.» [[Le Soir du 29/07/08, entrefilet en page économique]]

Les entreprises occidentales ne vont donc pas dans un pays pour l’aider à se développer (ce n’est pas nouveau) mais pour en tirer un max de profit (ça s’appelle diminuer les coûts). On retrouve les mêmes informations dans la presse de Taiwan, les salaires chinois augmentent trop pour continuer à faire de la Chine continentale une zone de sous traitance, mais elle devient un marché intéressant.

“L’évolution, en particulier du nouveau code du Travail.” Voici les changements intervenus dans le nouveau code du travail par rapport à celui de 1994

  • – L’employeur doit impérativement conclure un contrat de travail écrit.
  • – – La priorité est donné aux contrats à durée indéterminés. C’est théoriquement fini les CDD à répétition. Lorsqu’un employé a dix ans d’ancienneté- s’il en fait la demande- l’employeur est tenu de signer un CDI. L’employeur ne peut aujourd’hui proposer que deux CDD consécutifs. «la sanction de la violation de cette obligation consiste pour l’employeur à verser un double salaire» à compter de la date à laquelle le CDI aurait dû être conclu.
  • – Le licenciement économique est encadré: cela ne peut concerner un ou deux travailleurs, cela doit au minimum concerner 10% du personnel.
  • – Interdiction de pénalités en cas de démission: avant pour démissionner l’employé devait des pénalités c’est supprimé.

Face à ce code du travail entré en application le premier janvier 2008, les chambres de commerce nord-américaine et européennes ont manifesté leur opposition et menacé de délocaliser si le droit du travail devenait trop contraignant.

On mesure en sachant cela l’hypocrisie des médias occidentaux qui ne cessent d’incriminer «le régime», «le socialisme» et jamais leurs propres capitalistes.

Ce nouveau code renforce la protection des salariés par rapport à celui de 1994.

La plus importante des réformes est la nécessité dans laquelle se trouve l’entreprise d’établir un contrat de travail écrit. Selon le mensuel Alternatives économique, Li Hua, avocate au cabinet Gide Loyrette Nouei à Pékin précise « »En 2007, le nombre des contentieux entre les deux parties- employeur-employé, de les rapports sociaux à l’intérieur de l’entreprise se sont détériorées ces dernières années. – le nombre des conflits a augmenté de 30% à Shanghai et à Pékin, principalement dans les secteurs de l’industrie et de la construction » (…) « On sent (de la part du gouvernement) une vraie volonté de renforcer les droits des salariés » ajoute-t-elle [[Alternative économiques, «Chine un petit bond en avant» n°271 juillet-août 2008p ;79]]

Tout ce que nous voyons sont les conditions d’accumulation primitive que nous avons réalisé en Europe en envoyant les enfants de 5 ans et moins dans les mines, en faisant travailler dans de terribles conditions et nous continuons dans tout le Tiers Monde quitte à les accuser de faire baisser les prix ou de jouer la vertu devant une Chine communiste exploitant les travailleurs.Cette Chine doit nourrir un milliard trois cent mille êtres humains et pour se faire contrôler l’exode rural, elle doit développer les forces productives et pour cela accepter les étrangers, mais elle doit aussi planifier, maîtriser sa propre croissance pour ne pas se retrouver la proie d’un néo-colonialisme. Elle doit mettre en place des systèmes de prodtection sociale, d’assurance maladie et de retraite, ne commençant là encore par la population citadine mais en l’étendant aux zones rurales.

La Chine a sorti la majorité de sa population de la pauvreté extrême. «La population chinoise dans son ensemble a très largement bénéficié de ce décollage puisqu’en vingt-cinq ans, le revenu par habitant a été multiplié par cinq!

Il était, d’après la Banque mondiale, de 190 dollars l’an en 1978, il est de 1000 dollars environ en 2004; Cela a permis à 400 millions de Chinois de sortir de l’extrême pauvreté-moins d’un dollar par jour. Réservés à l’élite pendant un temps, le réfrigérateur, le vélo et le téléphone sont devenus des biens de consommation courante pour des centaines de millions de personnes.

Globalement, les Chinois ont aussi accru, au cours de ce quart de siècle, d’un tiers au moins leur consommation moyenne de calories-ce qui n’est pas sans expliquer l’allongement de leur espérance de vie….

Cela étant, …la Chine reste un pays pauvre, très pauvre même. Près de la moitié de la population vit encore avec moins de deux dollars par jour. Le revenu moyen a augmenté, mais à 1000 dollars par an (à peine 800 euros), il reste à des années-lumière de celui des pays qui ont fait leur révolution industrielle il y a un ou deux siècles-trente fois moins qu’en France, quarante fois moins qu’aux Etats-Unis…Le Chinois trouvera peut-être quelque source de satisfaction en apprenant que son revenu moyen est deux fois supérieur à celui de l’Indien…

Si l’on prend le PIB calculé en volume plutôt qu’en valeur, en pouvoir d’achat plutôt qu’en monnaie courante donc, l’écart de la Chine est moindre: en termes de «parité de pouvoir d’achat» , la Banque mondiale estime à 4000 dollars le PIB par habitant, dix fois moins «seulement» que celui des Etats-Unis.» [[d’Erik Izraelewicz, «Quand la Chine change le monde», Grasset, 2005<]] Que ceux qui veulent juger et donner des conseils le fassent je m’en sens incapable et j’admire ce peuple travailleur qui de surcroit à l’inverse des Occidentaux n’a pas pillé d’autres peuples, porte partout la paix et le développement.
L’arrogance occidentale qui ignore ce qu’est le sous développement et qui veut surtout ne jamais se rappeler comment sa propre société a pillé le monde, a été capable d’inscrire dans les jardins chinois des pancartes « interdites aux chiens et aux Chinois », a détruit une des merveilles du monde, le palais d’été, a imposé la guerre de l’opium, forcé une génération à être des morts vivants, les tortures japonaises qui ont effrayé même les nazis, j’en passe et des meilleurs, se permettent alors que leurs propres capitalistes continuent à sévir, alors qu’eux mêmes bénéficient de produits venus de Chine, cette, insupportable arrogance se permet encore de critiquer la Chine.

Et au lieu d’admirer l’héroïsme du peuple chinois, de contempler ébloui comme cela le mérite ce qu’ils ont donné à voir de leurs efforts dans ces jeux olympiques, manifestent leur insondable mesquinerie. sans même penser à remercier ce peuple qui attendait le cœur battant qu’on le félicitât pour tant de courage, tant d’efforts, tant d’humble vaillance.

Oui nous occidentaux nous appartenons bien comme les Etats-Unis à cette « civilisation » que décrit le Cubain José Marti: « Il est d’un cœur mesquin, et rongé par l’envie impuissante, d’aller chercher des poux à la grandeur patente, et de la dénier catégoriquement en invoquant le plus minime des défauts, ou bien de se jucher sur un trépied d’oracle, comme si l’on purgeait le soleil d’une tâche ».

Danielle Bleitrach, 11 mai 2013. Histoire et société

http://histoireetsociete.wordpress.com/2013/05/11/quelques-realites-sur-les-conditions-de-travail-en-chine-par-danielle-bleitrach-2/

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LA DOLCE VITA DES PETITS EMPEREURS CHINOIS

Par Jordan Pouille, Pékin, correspondance

http://www.mediapart.fr/journal/international/270413/la-dolce-vita-des-petits-empereurs-chinois

http://www.algerieinfos-saoudi.com/article-la-dolce-vita-des-petits-empereurs-chinois-117756217.html

On les appelle les Fu’er Dai ou les riches de la seconde génération. À Pékin, ils naviguent entre extravagance et oisiveté, et disposent même de cours de savoir-vivre. Immersion.

« Tu as repéré ce bus là-bas ? Si j’abaisse le toit ouvrant, les passagers seront tous scotchés au carreau, à me regarder. Tu verras, c’est amusant. » Et voilà comment Shuang Zhi, 25 ans, passe ses week-ends. À narguer la “plèbe” sur la route express reliant le troisième périphérique à l’aéroport de Pékin. Au volant de sa Porsche 911 bleue décapotable, il zigzague de gauche à droite comme dans une course-poursuite de cinéma. « Si tu ne passes pas devant les autres, les autres passeront devant toi. C’est devenu ma philosophie. »

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Zhi Zhuang et sa Porsche 911 Carrera © Jordan Pouille / MP

Shuang Zhi ne craint pas les radars automatiques car il camoufle les plaques minéralogiques de son bolide avant d’allumer le contact. Sous le siège passager, s’entasse une panoplie de passe-droits : une plaque et un permis militaires factices, un macaron de membre de la Conférence consultative politique du peuple chinois, bien pratiques pour se garer partout ou emprunter impunément la bande d’arrêt d’urgence. « Mon père dit qu’il pourrait acheter une plaque de diplomate étranger, grâce à sa société… Mais il s’y refuse. Il répète qu’il a des principes. » Des paquets de cigarettes onéreuses s’empilent dans la boîte à gants. Ils servent à contenter les bao’an, ces petits vigiles de trottoir si prompts à appeler la fourrière. « De toute façon, ma voiture est si chère que personne n’oserait me tamponner. Je suis respecté », dit-il en s’engouffrant dans un couloir de bus.

Shuang Zhi est le fils unique d’une mère au foyer et d’un père ayant fait fortune dans la métallurgie. « Il était ouvrier dans une usine d’État et apprenait l’anglais chaque soir, tout seul. Puis il s’est mis à son compte en servant d’intermédiaire pour le commerce de cuivre ou d’aluminium avec l’étranger. » Shuang Zhi n’en sait pas plus. « Sa vie ne m’intéresse pas. Il travaille si dur qu’on ne le voit jamais. » Le jeune homme est ce que les Chinois appellent un Fu’er Dai, littéralement un« riche de la seconde génération », plus à l’aise pour dépenser que pour reprendre les rênes de l’entreprise familiale.

Depuis cinq ans, la famille est confortablement installée au 23e et dernier étage d’une des tours de la “Rivière des perles à la vue impériale”, un complexe résidentiel huppé, à l’ouest du quatrième périphérique. La chambre de Shuang Zhi est un capharnaüm d’adolescent. Les jeux vidéo s’étalent sur la moquette, entre deux haltères, des magazines masculins et quelques préservatifs. Sur la table d’un salon mitoyen s’empilent les coffrets d’alcool de riz, des cadeaux que son père reçoit de ses multiples Guangxi ou relations. Et qu’il n’ouvre jamais.

Lien : mediapart.fr

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LA DESILLUSION DES IDE (INVESTISSEMENTS DIRECTS ETRANGERS). L’EXEMPLE TUNISIEN

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par Guillaume Almeras (*)

8 Avril 2013

Les temps changent et beaucoup de personnes

remettent en cause le tout IDE en vigueur chez

nos néolibéraux.

Depuis près de quinze ans, les investissements directs étrangers (IDE) passent pour être l’une des plus importantes, sinon la principale, clés du développement économique dans les pays méditerranéens. Favoriser les IDE aura été ainsi l’une des plus constantes et prioritaires tâches de ces pays, en contraste total avec l’attitude des pays émergents qui, lorsqu’ils ne les ont pas directement taxés (Thaïlande, Brésil), les ont toujours autorisés avec beaucoup de réserve (Corée du Sud, Chine, Inde). Mais en Méditerranée, rien n’aura pu entâcher la faveur dont bénéficient les IDE.
Dans ces conditions, nous ne serons pas vraiment attachés à distinguer les IDE productifs et les IDE spéculatifs, les véritables investissements des simples placements de portefeuille.

Pourtant, qu’apportent ces derniers? Un afflux de devises immédiat certes, mais, à terme, une sortie nette de devises pour le pays d’accueil correspondant au rapatriement du capital et des intérêts ou d’intérêts supérieurs au capital de départ. À court terme, de plus, un surenchérissement de la monnaie locale, faisant baisser la compétitivité internationale du pays.

Nous ne pouvons donc parler simplement «d’IDE» et, s’il faut s’efforcer d’y voir un peu plus clair à cet égard, il faut se préparer à quelques surprises. La Tunisie en offre un bon exemple, à suivre les chiffres publiés par son agence de promotion des investissements étrangers (FIPA).

Allemagne et Belgique plus efficaces que le Qatar ou le Koweit

Si nous considérons en effet les IDE (hors énergie) reçus par la Tunisie, nous constatons d’abord que, de 2006 à 2012, ceux-ci n’ont créé que 59.048 emplois nets, très en deçà des besoins d’un pays connaissant un sous-emploi important.

En 2012, les cinq principaux investisseurs en Tunisie ont été: le Qatar (48% des IDE), la France (24%), l’Italie (8%), l’Allemagne (6%), le Koweït (2%).

Cependant, la même année, quels investisseurs étrangers portaient le plus d’emplois en Tunisie? La France (36% des emplois générés par des IDE), l’Italie (18%), l’Allemagne (16%), la Belgique (5%), la Suisse (3%).

Nous pouvons mieux souligner qu’il n’existe pas lien direct entre IDE, pris globalement, et création d’emplois qu’en comparant les pourcentages des deux précédentes listes.

Quels pays sont aujourd’hui les plus présents en Tunisie à travers des sociétés leur appartenant en tout ou partie? La France (41% des entreprises à capitaux étrangers), l’Italie (24%), l’’Allemagne (7%), la Belgique (6%), le Royaume-Uni (2%).

En termes productifs, ainsi, l’Allemagne ou la Belgique sont pour la Tunisie des investisseurs bien plus efficaces que le Qatar ou le Koweït.

Remettre en question les orientations euro-méditerranéennes

Considérons à présent les pays qui ont le plus investi dans le secteur manufacturier tunisien depuis 2006. Il s’agit de: la France (28% des IDE dans ce secteur), l’Italie (18%), le Royaume-Uni (14%), l’Espagne (9%), l’Allemagne (8%).

Toutefois, considérons à présent les pays qui ont proportionnellement créé le plus d’emplois par Dinar investi. Ce sont, par ordre : la Belgique (0,36 emploi pour 1.000 TND investis), le Luxembourg (0,23 emploi), les Pays-Bas (0,18 emploi), l’Allemagne (0,18 emploi) et les USA (0,17 emploi).

Nous ne retrouvons dans cette liste aucun des pays les plus importants investisseurs en montant de 2006 à 2012: EAU, France, Qatar, Italie. Par comparaison, l’Italie a créé 0,08 emploi par millier de TND investi et la France 0,06 emplois.

Nous noterons que le seul pays qui apparait dans chacune des cinq listes de pays ci-dessus est l’Allemagne et que le pays le plus potentiellement créateur d’emplois est la Belgique. Nous avions prévenu de quelques surprises…

Dès lors, il faut aller plus loin et, au vu des éléments que nous venons de présenter, ne pas hésiter à mettre en question deux orientations qui ont été déterminantes dans le cadre des politiques euro-méditerranéennes depuis le Protocole de Barcelone.

Analyses nécessaires du flux des IDE

Parmi les investisseurs étrangers en Tunisie, la France et l’Italie sont deux poids lourds, mais, par rapport au volume de leurs investissements, elles ne sont pas les plus pourvoyeuses d’emplois. Et cela amène à reconsidérer ce qu’on pourrait appeler «le mythe des centres d’appels»: le Maghreb trouve des ancrages en Europe du Nord et son destin économique n’est peut-être pas de devenir principalement la banlieue industrielle de l’Europe du Sud. Les choses, en tous cas, ne peuvent être pensées de manière aussi simple.

Par ailleurs, l’idée d’une solution triangulaire : UE/pays méditerranéens/pays du Golfe pourrait bien n’être qu’un leurre. Depuis 2006, l’Arabie saoudite a créé 6.160 emplois en Tunisie… Tandis que les importants apports de fonds qataris en 2012 ont correspondu pour l’essentiel à l’acquisition de 15% de Tunisiana. À vrai dire, il est assez facile de comprendre que les fonds souverains du Golfe sont, par leur nature même d’instrument de gestion d’une richesse nationale, à la recherche de placements relativement sécurisés plus que d’investissements au sens industriel du terme. Pourtant, l’idée que le Golfe pourrait «payer» à la place de l’UE pour le développement méditerranéen est ancrée, particulièrement en France où, apparue au cours des années 70, l’idée a resurgi dans le cadre de l’Union pour la Méditerranée et s’est maintenue depuis lors.

Au total, nous ne pouvons qu’appeler à plus d’analyses face aux flux d’IDE, ainsi qu’à plus de circonspection face à des politiques de développement qui font d’eux le levier essentiel de la création d’emploi et de la croissance. Mais nous pouvons malheureusement douter que ces quelques remarques puissent même seulement entailler la faveur avec laquelle on regarde les IDE sur la Rive-Sud de la Méditerranée…

Guillaume Almeras

consultant international

(*) consultant international sur les questions de développement économique et financier.

Associé au groupe d’analyse de JFC Conseil