28-29 juin, GREVE GENERALE, LE PEUPLE GREC MANIFESTE POUR NE PAS LAISSER VENDRE SON PAYS

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Les premières images d’avant la grève (http://www.youtube.com/watch?v=h9I0nZb3qHw&feature=iv&) montrent la mobilisation pacifique

Après le succès massif de la grève générale, les images montrent au monde le visage répressif des gouvernants et puissances financières qui ont précipité tout un peuple dans une crise profonde et n’ont d’autre solution à proposer que l’austérité sélective envers les plus défavorisés, la brutalité et les gaz lacrymogènes
(29 06 ) http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=oOvwMRVI9Rk

Suivent les Informations et commentaires de Aliki PAPADOMICHELAKI

Socialgerie rappelle à cette occasion qu’au même moment, la flotille internationale de solidarité avec Gaza est temporairement retardée au port du PIrée, suite en particulier à un grave sabotage d’un des bateaux composant la flotille. Des pressions énormes sont exercées sur Athènes par les gouvernants et services sionistes pour bloquer cette solidarité. Comme pour rappeler qu’en 1967, le coup d’Etat du régime des colonels, grecs; inspiré et appuyé par la CIA et l’OTAN, avait comme l’un de ses objectifs de faire de la Grèce une base logistique pour l’agression de la Guerre des Six Jours contre les pays arabes qui sera déclenchée un peu plus tard.

LE PEUPLE GREC EN LUTTE NE LAISSERA PAS VENDRE SON PAYS

Une lettre d’Athènes, par Aliki Papadomichelaki

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Mardi 28/6/2011

Du Mardi 28/6 au Mercredi 29/6/2011 se discute au parlement grec le 2eme Memorandum, celui qu’on appelle de Moyen Terme. Il apporte des propositions pour des plus grandes mesures d’austérité sur le dos des travailleurs, ainsi que pour la vente des dernières parts de l’Etat grec dans les entreprises restantes non encore privatisées du secteur public de grande importance sociale (comme les compagnies d’électricité, d’eau, des transports), ainsi que des hôpitaux publics et de l’enseignement universitaire.

En outre, ce deuxième mémorandum contient de nouvelles mesures, qui rendent plus lourde l’imposition des salariés, alors que les grandes fortunes ne sont pas touchées proportionnellement..

La Grèce est ainsi devenue, depuis l’année dernière, le plus important cobaye de la crise économique et financière qui frappe l’Europe et l’ensemble de la planète. L’argumentation principale est le chantage au manque de liquidités, pour subvenir aux multiples payements, notamment des retraites, alors que nombreux grands capitalistes, banquiers et autres, détiennent dans leurs comptes en Suisse plus de 600 milliards d’euros. Il faut ajouter que la plupart d’entre eux n’ont pas paye depuis longtemps leurs parts au fisc grec.

Le peuple grec se soulève déjà depuis plus 30 jours dans plusieurs grandes villes grecques, avec à l’avant-garde les rassemblements de la Place de Syntagma (place de la Constitution) devant laquelle domine l’édifice du parlement.

Il ne s’agit plus du mouvement des indignés, comme ont l’habitude de le nommer les grands médiats. Il s’agit d’un mouvement de plus en plus conscient, sous le slogan « Nous ne payerons pas votre crise ». Il demande la démocratie directe, seule capable de combler les énormes lacunes d’un démocratie représentative de plus en plus effilochée par un système néolibéral en pleine crise politique sociale et civilisationnelle.

Jeudi 30 juin 2011
Le parlement grec a voté hier après midi le Memorandum de Moyen Terme et a perdu la confiance de la majorité écrasante de la nation.

La journée de Mercredi s’est déroulée dans un climat de protestation généralisée. Des dizaines des milliers de citoyens ont rempli la Place de Syntagma devant le Parlement et des représentants de manifestations d’autres grandes villes du pays sont arrivés. Une manifestation pacifique, de tout âges, avec une prédominance de jeunes gens, dont l’avenir se joue, du fait que le chômage chez les jeunes (18 a 25 ans) dépasse actuellement les 40%.

« Pain, enseignement, liberté, la junte n’est pas terminée en 1973 » crient les manifestants en se referant au slogan de l’année 1973, durant la dictature des colonels, ou les étudiants -tout d’abord- et la population entière par la suite a fait sonner les cloches de la chute de la junte. Ils veulent par ce slogan porter l’accent sur les conditions politiques et sociales nécessaires afin que la démocratie soit respectée. Pas une démocratie formelle mais une réelle démocratie directe, populaire et sociale.

La police, sous l’ordre du gouvernement, a noyé la place de lacrymogènes. Certains de ces gaz toxiques ont même été périmes depuis 1989. D’autres sont fortement dangereux pour la santé, provocant des cancers du système respiratoire.
Des organisations mondiales, comme celle des droits Humains, ont protesté contre la violence utilisée par la police, inédite pour un gouvernement qui se veut démocratique.

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« Nous ne sommes pas des cafards pour nous arroser ainsi de gaz » m’ont dit trois jeunettes d’à peine 18 ans, auxquelles j’ai offert des masques médicaux pour qu’elles se protègent des nuages infects. Elles sont pourtant restées là auprès de moi, jusqu’à la fin de la manif. Et certainement elles reviendront ce soir, à l’appel de l’Assemblée de la Place, pour empêcher l’application de la loi votée hier par 155 voix pour, 138 contre et 5 abstentions. Que vaut cette « majorité » dans un parlement désormais coupé de la population, pas seulement face aux 143 députés (138 + 5) qui n’ont pas approuvé le memorandum (dont 3 qui ont quitté le PASOK, parti social-démocrate de gouvernement en crise sérieuse), mais surtout face à un immense consensus dressé contre la braderie des intérêts nationaux et populaires?

Le peuple grec a une histoire trop pleine de luttes audacieuses, pour se soumettre.
Il a à ses côtés la solidarité des gens sensibles à la défense de la démocratie, ainsi que l’ensemble des forces de la Gauche dans le monde entier et particulièrement en Europe. De nombreuses organisations parmi lesquelles le Parti de la Gauche Européenne qui compte 35 partis en son sein, ont déjà envoyé des messages de solidarité, que les lecteurs de ce site peuvent trouver au: www.syn.gr à sa page en anglais.

Le combat des peuples contre la crise profonde d’un néolibéralisme aventurier n’est encore qu’à ses débuts. Soyez assurés que les forces progressistes et de gauche en Grèce poursuivront leurs actions sous les formes multiples pour assurer aux nouvelles générations des meilleures conditions d’une vie digne et non pas d’une simple survie dans le noir .

Aliki Papadomichelaki , Athenes le 30 juin 2011

OBAMA, LA GUERRE FINANCIÈRE ET L’ ÉLIMINATION DE DSK

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OBAMA, LA GUERRE FINANCIÈRE ET L’ ÉLIMINATION DE DSK
par THIERRY MEYSSAN* – voltairenet.org le 26 mai 2011.

 » FMI, SIONISME ET PAYS DU « SUD »: QUI SE CACHE DERRIÈRE LE MILLIARDAIRE SOCIALISTE DOMINIQUE STRAUSS-KAHN ? Par Thierry Meyssan – Comité Valmy article repris du blog de jacques.tourtaux.over-blog.com.


OBAMA, LA GUERRE FINANCIÈRE

ET L’ ÉLIMINATION DE DSK

par THIERRY MEYSSAN* – voltairenet.org

le 26 mai 2011.

On ne peut comprendre la chute de Dominique Strauss-Kahn sans la replacer dans le contexte du projet qu’il incarnait de création d’une nouvelle monnaie de réserve internationale prévue pour aujourd’hui 26 mai 2011.

Un projet paradoxalement attendu par les États émergents tout autant que par la finance apatride, mais refusé par le complexe militaro industriel israélo-états-unien.

Thierry Meyssan lève le voile sur le coup-fourré de l’administration Obama pour ne pas tenir ses engagements.

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Les Français ont assisté avec stupeur à l’arrestation aux États-Unis du leader politique le plus populaire chez eux, Dominique Strauss-Kahn. Ancien ministre de l’Économie, l’homme était devenu le haut fonctionnaire le mieux payé au monde (salaire de base annuel, hors primes et frais: 461 510 USD) et s’apprêtait, disait-on, à briguer la présidence de la République. Cette personnalité chaleureuse, connue pour son appétit à table et au lit, parfois accusé de faire de la politique avec dilettantisme tant il aime prendre le temps de jouir de la vie, est accusée d’avoir violé précipitamment une femme de chambre dans un hôtel de Manhattan.

Pendant six jours, les Français sont restés vissés devant leurs écrans de télévision à regarder hébétés l’acharnement judiciaire contre un homme qu’ils s’étaient habitués à considérer comme un recours possible après le catastrophique quinquennat de Nicolas Sarkozy. Sa chute était aussi la fin de leurs illusions.

Le spectacle de ce destin brisé tient de la tragédie antique. Le dicton romain «Arx tarpeia Capitoli proxima» revient sur les lèvres: la roche tarpeïenne d’où les condamnés à mort étaient précipités dans le vide était si proche du Capitole, lieu symbolique du pouvoir et des honneurs.

Indépendamment de toute considération sur son innocence ou sa culpabilité, le broyage d’une si haute personnalité ne peut que provoquer l’angoisse chez le simple citoyen: si celui-là ne parvient pas à se défendre, alors comment pourrions-nous espérer le faire si nous étions accusés comme lui?

L’ascension et la chute

Cependant les Français étant un peuple politisé, nourri des leçons de Machiavel sans jamais l’avoir lu, n’ont pas tardé à s’interroger sur le bien-fondé de l’accusation portée contre leur concitoyen, DSK. À 57 %, selon des sondages d’opinion, ils n’ont pas cru cette histoire de rut que les médias états-uniens se délectent à raconter. Les uns se sont mis à imaginer les scenari possibles de manipulation, tandis que les autres se demandaient «Cui bono?» (À qui profite le crime?).

À ce jeu là, le premier nom qui vient à l’esprit est celui de Nicolas Sarkozy. Comment ne pas y penser lorsque l’on se souvient qu’il est devenu président en portant plainte contre son principal rival, Dominique de Villepin, et en l’empêtrant dans une affaire tout aussi rocambolesque de faux documents. Alors, pourquoi pas un nouveau complot pour écarter un nouveau concurrent?

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Dessin de Plantu paru dans «Le Monde» du 25 mai 2011.

Et peu importe que les deux hommes aient eu besoin l’un de l’autre pour préparer les prochains sommets internationaux, ni qu’ils aient été tous deux inféodés au suzerain états-unien. On sait bien que les pires crimes exigent le sang des amis ou mieux des parents.

Au demeurant, les Français ignorent les attaches de DSK,[ [«Dominique Strauss-Kahn, l’homme de « Condi » au FMI», par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 5 octobre 2007.]] comme ils ignoraient celles de Nicolas Sarkozy lorsqu’ils l’ont élu. [ [«Opération Sarkozy: comment la CIA a placé un de ses agents à la présidence de la République française», par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 19 juillet 2008.]]

Jamais la presse ne les a informés que, dans les années 90, au cours de sa traversée politique du désert, il avait été engagé comme professeur à l’université de Stanford par une certaine… Condoleezza Rice.

Ils ne savent pas non plus que lui et ses lieutenants Pierre Moscovici et Jean-Christophe Cambadélis furent chargés du financement du Parti socialiste et de la Fondation Jean-Jaurès par la National Endowment for Democracy —façade légale de la CIA —. [ [«La NED, vitrine légale de la CIA», par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 6 octobre 2010.]]

Ils n’ont pas suivi ses nombreux travaux et contrats avec les think tanks atlantistes, le German Marshall Fund of the United States [ [«Le German Marshall Fund, un reliquat de la Guerre froide?», Réseau Voltaire, 5 octobre 2004.]] ou le Groupe de Bilderberg. [ [«Ce que vous ignorez sur le Groupe de Bilderberg», par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 9 avril 2011.]]

En définitive, ils ne savent rien de son engagement pour l’intégration de la France et de l’Europe au sein d’un grand marché transatlantique dominé par les États-Unis.

Les Français n’en savent pas plus sur ses liens étroits avec Israël. Il pilote au sein du Parti socialiste le “Cercle Léon Blum”, du nom d’un ancien Premier ministre. Ce discret et puissant lobby veille à écarter de la scène politique tout individu qui contesterait le projet sioniste. Ainsi fait-il tomber des têtes, comme celle du politologue Pascal Boniface qui soulignait le caractère électoralement contre-productif d’un soutien à Tel-Aviv dans un pays où 10 % de la population est de culture arabe.

DSK ne se cache pourtant pas. Il déclare sans ambage: «Je considère que tout juif de la diaspora et de France doit apporter son aide à Israël. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle il est important que les juifs prennent des responsabilités politiques. En somme, dans mes fonctions et dans ma vie de tous les jours, à travers l’ensemble de mes actions, j’essaie d’apporter ma modeste pierre à la construction d’Israël.» Bizarre pour quelqu’un qui brigue la présidence française. Peu importe, il est si jovial.

Néanmoins, rien n’aura été épargné à Dominique Strauss-Khan et à ceux qui l’aiment: pendant qu’il était placé en garde à vue, puis en détention préventive, sans jamais avoir l’occasion de s’exprimer, le procureur de New York faisait distribuer aux médias un acte d’accusation détaillé.

On peut y lire le descriptif froidement clinique du crime imputé: «L’accusé a tenté d’avoir, par la force, une relation sexuelle anale et orale avec un tiers; l’accusé a tenté par la force d’avoir des rapports vaginaux avec un tiers; l’accusé a forcé un tiers à un contact sexuel; l’accusé a séquestré un tiers: l’accusé a obligé un tiers à un contact sexuel sans son consentement; l’accusé a de façon intentionnelle et sans raison légitime touché les parties génitales et autres parties intimes d’un tiers dans le but d’avilir cette personne et d’abuser d’elle, et dans le but d’assouvir le désir sexuel de l’accusé.

Ces délits ont été commis dans les circonstances suivantes: le soussigné déclare avoir été informé par une personne connue des services du procureur que l’accusé 1) a fermé la porte de la pièce et a empêché la plaignante de quitter cette pièce; 2) s’est saisi de la poitrine de la plaignante sans son consentement; 3) a tenté de retirer de force le collant de cette personne et de toucher ses parties génitales de force; 4) a forcé la bouche de la plaignante à toucher son pénis à deux reprises; 5) a pu commettre ces actes en utilisant sa force physique.»

Tout cela étalé des jours durant au journal de 20h, avec moult détails, sous les yeux écarquillés de parents rentrant du travail, et devant des enfants effarés baissant leur nez sur leur assiette de potage.

Le choc culturel

On ne sait qui est le plus traumatisé: le brillant économiste qui devait sauver l’humanité de la crise financière et se trouve soudain ravalé au rang d’infâme criminel, ou le peuple qui aspirait au repos et envisageait de le choisir pour chef, et se voit contraint d’observer une fois de plus la violence des États-Unis.

À ce sujet, les Français cherchent des excuses au système judiciaire anglo-saxon qu’ils découvrent. Certes, ils avaient déjà vu cette parodie de justice dans des séries télévisées, mais ils n’avaient jamais cru que cela existât pour de vrai. Et du système extra-judiciaire, de Guantanamo et des prisons secrètes, ils n’ont jamais rien voulu savoir. Quelques commentateurs ont tenté d’expliquer la dureté de la police et du premier juge comme une volonté de traiter à égalité les puissants et les faibles. Ils ont pourtant tous lu les travaux d’illustres sociologues montrant que dans ce système inique l’argent est roi, et la justice est de classe.

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Les Français ont aussi accepté sans broncher les reproches de la presse anglo-saxonne. Tout cela est la faute de la presse française, pouvait-on lire, qui n’a pas enquêté sur la vie sexuelle débridée de M. Strauss-Kahn au nom du respect de sa vie privée. Pourtant, poursuivent les puritains, celui qui séduit ostensiblement les femmes, voire les presse, parfois les bouscule, est un violeur potentiel. «Qui vole un œuf, vole un bœuf!». En couverture, Time Magazine représente DSK et ceux qui lui ressemblent sous la forme d’un cochon. Nul n’a relevé que l’accusé était directeur du FMI et vivait à Washington depuis 3 ans sans que la presse anglo-saxonne donneuse de leçon ait, elle, enquêté sur ses supposés vices cachés.

L’accusation ayant ouvert le soupçon, chacun se souvient —mais un peu tard— qu’en 2002 DSK avait tenté de forcer une belle journaliste, Tristane Banon. Lorsqu’elle lui avait demandé un entretien, il l’avait invitée dans un appartement particulier, situé dans le quartier historique du Marais à Paris. Il avait accueilli la jeune femme dans un grand loft, dénué de tout meuble, excepté un grand lit. Et comme la belle ne cédait pas au libertin, il l’avait frappée.

Peut-être à New York, cette violence avait-elle submergé le galant homme et l’avait-elle transformé en criminel?

Rien ne permet de l’imaginer, d’autant que DSK n’est pas un célibataire frustré. Il est marié à une star de la télévision, Anne Sinclair, qui fut la journaliste préférée des Français avant d’abandonner son métier pour l’accompagner, lui, dans sa carrière. Les Français l’ont retrouvée au Tribunal lorsque Dominique Strauss-Kahn comparaissait, toujours aussi belle et volontaire, malgré les années de plus. Petite fille d’un grand marchand d’art, elle dispose d’une confortable fortune familiale. Sans hésiter, elle était venue de Paris pour payer un million de dollars de caution et offrir cinq millions de dollars de garanties bancaires supplémentaires. En cet instant, cette femme d’argent était prête à tout céder pour arracher son époux des mâchoires écrasantes de la justice états-unienne. Elle n’en était que plus admirable. C’est qu’elle ne lui faisait pas grief de ses incartades, elle qui aimait à l’accompagner à la Chandelle, un club échangiste parisien.

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DSK, le dindon de la farce.

Dans toute nation digne de ce nom, on n’aurait pas supporté de voir une personnalité qui était pressentie pour être élue président et incarner le pays apparaître menottée entre des sbires du FBI, jeté à l’arrière d’une voiture comme un malfrat, exhibé devant un tribunal sans avoir la possibilité de se raser. On aurait probablement fait le siège de l’ambassade US en chantant des hymnes patriotiques. Pas en France. On y admire trop les «Américains». On les contemple comme le lapin hypnotisé par le serpent cobra. Et l’on a du mal à admettre que l’on n’est pas le centre du monde, que si complot il y a, il ne s’est pas tramé aux bords de la Seine, mais sur les rives du Potomac.

La séquestration

DSK est-il coupable de viol ou victime d’une machination? Il suffit de réfléchir pour répondre à la question.

L’accusé aurait passé la nuit en compagnie d’une call-girl. Il aurait violé la femme de chambre au brunch matinal, puis se serait rendu paisiblement déjeuner avec sa fille, étudiante à Columbia University. Enfin, il aurait été prendre son avion réservé plusieurs jours à l’avance pour aller rencontrer la chancelière Angela Merkel à Berlin. C’est confortablement assis dans un avion d’Air France qu’il a été appréhendé, dix minutes avant le décollage.

Selon le personnel naviguant, les policiers de l’Unité spéciale pour les victimes (celle du feuilleton Law and Order SVU 6] [[Série télévisée de Dick Wolf pour NBC, diffusée en France sous le titre “New York, unité spéciale” et au Québec sous le titre “La Loi et l’Ordre: Crimes sexuels.” ]]) n’ont pas demandé à leurs homologues de l’aéroport de procéder à l’interpellation, mais ont tenu à la réaliser eux-mêmes malgré le risque d’arriver trop tard. Pour éviter que DSK ne soit prévenu, ils ont par contre demandé que l’on brouille les téléphones portables dans cette zone de l’aéroport le temps nécessaire à leur venue. [[ [«Les derniers mots de DSK avant son arrestation», par Michel Colomès, Le Point, 19 mai 2011.]] Or, un tel brouillage n’est pas de la compétence d’une brigade mondaine. Ceci est bien une affaire de sécurité nationale.

Lorsque le suspect a été placé en garde à vue, il a été coupé de tout contact extérieur, hormis avec ses avocats, ainsi que le prévoit le droit états-unien. Mais lorsque la juge Melissa Jackson l’a mis en détention provisoire, il a encore été coupé de l’extérieur. Sans raison. La détention avait-on expliqué est nécessaire car le prévenu pourrait fuir en France, Etat avec lequel Washington n’a pas conclu de traité d’extradition et qui a protégé un autre prévenu accusé de viol, le cinéaste Roman Polanski. Cette décision n’avait pas été prise pour isoler l’accusé et l’empêcher d’influencer des témoins. Cependant la juge avait décidé de le faire enfermer à Rikers Island, une des plus importantes prisons du monde avec 14 000 détenus, et l’une des plus sombres. Un enfer sur Terre. «Pour sa protection», on l’avait alors gratifié d’une chambre individuelle et mis au secret.

Au total, durant 10 jours, le directeur général du FMI a été séquestré. Pendant 10 jours, le fonctionnement de l’institution internationale a été bloqué faute de signature. Pendant 10 jours, les problèmes de l’euro et du dollar, la faillite de la Grèce, et bien d’autres enjeux ont été suspendus au bon vouloir de policiers, de juges et de matons.

Selon la jurisprudence états-unienne, DSK qui n’a pas d’antécédents judiciaires et qui est domicilié à Washington, n’aurait pas dû être placé en détention préventive, mais aurait dû bénéficier d’une liberté sous caution. Il a probablement vite analysé la situation. Par l’intermédiaire d’un de ses avocats, il a réussi à faire parvenir au FMI une lettre de démission. Le lendemain même, contre toute attente, un nouveau juge accédait à sa demande de remise en liberté surveillée. Il n’était en effet plus utile de le maintenir sous écrou puisque le FMI avait recouvré sa capacité à agir.

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Christine Lagarde salue tous ceux qui ont cru aux promesses faites par Washington à M. Zhou.

Christine Lagarde, ministre française de l’Économie qui a fait carrière aux États-Unis en défendant les intérêts du complexe militaro-industriel, [ [«Avec Christine Lagarde, l’industrie US entre au gouvernement français», Réseau Voltaire, 22 juin 2005.]] est pressentie pour succéder au prévenu à la direction du FMI, malgré les cris d’orfraie de la Russie et de la Chine.

Au fait, le second avocat de DSK, Benjamin Brafman, n’est pas venu le voir en prison et ne s’est pas présenté à la seconde audience. La star du barreau de New York était partie précipitamment en Israël. Officiellement pour y célébrer une fête religieuse en famille. [ [«Strauss-Kahn’s lawyer to Haaretz: Former IMF chief will be acquitted», par Chaim Levinson, Haaretz, 22 mai 2011.]] Mais pour exiger ses honoraires, Me Brafman n’a pas dû se contenter d’allumer les feux de Lag Ba’omer, mais il a dû négocier de l’aide pour son client.

Le projet Zhou

Pourquoi donc déployer des moyens hollywoodiens et bloquer le FMI durant 10 jours? Deux réponses sont possibles, et elles sont peut-être liées.

En premier lieu, le 29 mars 2009, le gouverneur de la Banque centrale chinoise Zhou Xiaochuan a remis en cause la prédominance du dollar comme monnaie de réserve.

Déplorant que le projet de l’économiste John Maynard Keynes de créer une monnaie internationale (le Bancor) n’ait pas été concrétisée à l’issue de la Seconde Guerre mondiale, il proposa d’utiliser les Droits de tirage spéciaux du FMI pour jouer ce rôle. [ [«La Chine commence à s’écarter du dollar», Réseau Voltaire, 22 mai 2009]]

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Zhou Xiaochuan n’a pas dit son dernier mot.

Cédant à la pression, les États-Unis acceptent un triplement des ressources du FMI et l’émission par le FMI de Droits de tirages spéciaux (DTS) d’une valeur de 250 milliards de dollars, lors du sommet du G20 à Londres, le 2 avril 2009.

Ils acceptent également le principe d’un Conseil de stabilité financière auxquels seront associés les grands États émergents.

Cette idée est discutée au sommet du G8 à L’Aquila (Italie), le 8 juillet 2009.

Poussant le pion plus loin encore, la Russie proposa de ne pas se contenter d’une monnaie virtuelle, mais de l’éditer.

Dmitry Medevedev, qui avait fait frapper symboliquement des prototypes de cette monnaie, posa quelques pièces sur la table. D’un côté y figuraient les visages des huit chefs d’État et de l’autre la devise en anglais «Unity in Diversity» 11]. [[ [«La Russie et la Chine proposent une monnaie commune globale», Réseau Voltaire, 11 juillet 2009]]

Le projet est soumis aux experts de la Division des Affaires économiques et sociales de l’ONU. Leur rapport, auquel participe le professeur Vladimir Popov de la New Economic School de Moscou, est étudié le 25 avril 2010 lors d’une réunion jointe du FMI et de la Banque mondiale 12]. [[ [«Plan de réforme du système financier international» (Extrait du rapport «World Economic and Social Survey 2010: Retooling Global Development»), par Christina Bodouroglou, Nazrul Islam, Alex Julca, Manuel Montes, Mariangela Parra Lancourt, Vladimir Popov, Shari Spiegel et Rob Vos; Réseau Voltaire, 6 juillet 2010.]]

Le processus devait aboutir, aujourd’hui 26 mai 2011, au sommet du G8 à Deauville (France). Le dollar aurait cessé d’être la monnaie de référence sur fond d’imminente cessation de paiement du gouvernement fédéral des États-Unis. Washington aurait renoncé au financement de son hyper-puissance militaire par la dette pour se consacrer à sa restructuration interne.

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Le dinar libyen, première (et dernière ?) monnaie au monde garantie en or et en Droits de tirages spéciaux du FMI. En 2000, le colonel Kadhafi avait imaginé de créer une monnaie panafricaine basée sur l’or, mais il n’était pas parvenu à faire avancer son idée. Aussi, en 2009, s’était-il spontanément emparé du projet Zhou et l’avait unilatéralement adopté pour son pays.

Le grain de sable

Malheureusement, durant les derniers mois de ce processus, des initiatives militaires et politiques ont bouleversé ce plan. Certains États —dont la Russie et la Chine— ont été floués. L’arrestation de DSK montre que Washington était de mauvaise foi et que ses concessions ne visaient qu’à gagner du temps.

Bien que le détail exact du montage imaginé par Dominique Strauss-Kahn pour créer cette nouvelle monnaie de réserve adossée aux Droits de tirages spéciaux du FMI soit secret, il apparaît que la Libye y jouait un rôle clé: à titre expérimental, c’est la Banque centrale libyenne qui la première avait décidé de fonder sa monnaie, le dinar, sur l’or et au delà sur les DTS. La chose est d’autant plus importante que la Libye dispose d’un fond souverain parmi les mieux dotés du monde (il est même un peu plus riche que celui de la Russie).

Or, en entrant en guerre contre la Libye, la France et le Royaume-Uni ont provoqué un gel théorique des avoirs non seulement de la famille Kadhafi, mais de l’État libyen. Pis, Paris et Londres ont dépêché des cadres de la banque HSBC à Benghazi pour créer une Banque centrale libyenne rebelle et tenter de s’emparer des avoirs nationaux.[ [«La rapine du siècle: l’assaut des volontaires sur les fonds souverains libyens» et «Derrière l’attaque contre la Libye: les stratégies de la guerre économique», par Manlio Dinucci, Réseau Voltaire, 22 avril et 2 mai 2011]]. Sans que l’on sache si Nicolas Sarkozy et David Cameron se sont laissés emporter par l’ivresse de leur force ou ont agi sur instruction de leurs mandants à Washington, le fragile édifice élaboré par Dominique Strauss-Kahn s’est effondré.

Selon nos contacts à Tripoli, au moment de son arrestation, DSK partait à Berlin pour trouver une solution avec la chancelière Angela Merkel. Il devait ensuite partir avec un émissaire de Mme Merkel négocier avec des représentants du colonel Kadhafi —voire avec lui directement—. La signature du Guide libyen étant indispensable au déblocage de la situation.

On assiste désormais à une guerre financière d’une ampleur jamais égalée: alors que la situation économique des États-Unis vacille et que le dollar pourrait devenir rapidement une monnaie de singe, l’accord conclu au G8 et avalisé au G20, mis en œuvre par le FMI en coordination avec la Banque mondiale et les milieux bancaires internationaux dont DSK était le champion, est suspendu. La domination du dollar est intacte quoique plus que jamais artificielle; ce dollar que les États émergents voulaient relativiser, mais sur lequel le complexe militaro-industriel israélo-états-unien assoit sa puissance.

Dans ce contexte que vaut l’honneur d’un homme ?


(*) Thierry Meyssan

Intellectuel français, président-fondateur du “Réseau Voltaire” et de la conférence “Axis for Peace”.

Il publie des analyses de politique étrangère dans la presse arabe, latino-américaine et russe.

Dernier ouvrage en français: L’Effroyable imposture: Tome 2, Manipulations et désinformations (éd. JP Bertand, 2007).

Source: Komsomolskaïa Pravda

La version originale de cet article étant parue dans un grand quotidien ne comprenait pas de notes de bas de page. Celles-ci ont été ajoutées par la rédaction du Réseau Voltaire pour faciliter l’approfondissement du sujet par les lecteurs.

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QUI SE CACHE

DERRIÈRE LE

MILLIARDAIRE

SOCIALISTE

DOMINIQUE STRAUSS-KAHN ?

Dominique Strauss-Kahn est un homme aimable et cultivé. Il s’est construit une image positive d’homme de gauche soucieux du bien être des plus démunis. Mais alors, comment est-il devenu directeur général du Fonds monétaire international, l’organisation internationale qui a institutionnalisé le pillage des pays du Sud? Thierry Meyssan répond en révélant tout ce que la presse mainstream vous a caché depuis des années sur les relations de DSK avec les États-Unis.

Par Thierry Meyssan (*) – Comité Valmy
article repris de http://jacques.tourtaux.over-blog.com.over-blog.com/

La nomination triomphale de Dominique Strauss-Kahn à la direction générale du Fonds monétaire international (FMI), le 28 septembre 2007, a donné lieu à un message. : la presse occidentale exalte la capacité du bloc atlantiste à imposer son candidat face à celui de la Russie, Josef Tosovsky.

Avec chauvinisme, la presse française se félicite que des Français se trouvent aujourd’hui à la tête de quatre grandes organisations internationales. En effet, outre Dominique Strauss-Kahn au FMI, Pascal Lamy dirige l’Organisation mondiale du Commerce (OMC), Jean Lemierre préside la Banque européenne de reconstruction et de développement (BERD), et Jean-Claude Trichet la Banque centrale européenne (BCE). Mais doit-on se réjouir d’une situation qui, loin de manifester la place de la France dans le monde, illustre l’intégration des élites françaises dans la mondialisation, c’est-à-dire leur acharnement à détruire leur pays, en tant qu’État-nation, un cadre politique qu’ils jugent dépassé?

Le dernier exploit en date laisse songeur: le FMI est une des organisations internationales la plus critiquée dans le monde. Il a abondamment financé l’installation de dictatures dans les pays du Sud, notamment en Argentine, au Brésil, en Indonésie, au Nigéria, aux Philippines, en Thaïlande etc… En outre, ses exigences soudaines de remboursement immédiat de prêts ont contraints des États à sacrifier leur avenir en dévaluant et en fermant écoles et hôpitaux. Ses adversaires l’accusent donc d’avoir provoqué, par l’oppression et la famine, des centaines de millions de morts en un demi-siècle, c’est-à-dire bien plus que les agressions militaires des États-Unis durant la même période. De son côté, le FMI considère au contraire que ses politiques «d’ajustement structurel» loin d’avoir provoqué ces catastrophes y ont mis fin. Des Prix Nobel d’économie aussi divers que le néo-keynésien Joseph Stiglitz ou le libertarien Milton Friedman ont accusé le FMI d’être le grand organisateur des déséquilibres Nord-Sud. En effet, l’action principale du FMI aura été de financiariser l’économie mondiale, permettant ainsi aux spéculateurs du Nord de s’enrichir en exploitant le travail, plus encore que les ressources, des pays du Sud. S’il n’était la vénération que la société de consommation voue à ses banquiers, il y a longtemps que le FMI aurait été déclaré organisation criminelle. Pourtant, c’est bien cette institution que le socialiste Dominique Strauss-Kahn a ambitionné de diriger, et c’est bien M. Strauss-Kahn qui a obtenu le soutien appuyé des grands argentiers de la planète, pressés de toutes parts par les multinationales les moins scrupuleuses.

Si l’on laisse de côté l’intérêt personnel de Dominique Strauss-Kahn, qui devient ainsi le haut-fonctionnaire le mieux payé de Washington avec un salaire annuel de base de 461 510 dollars net d’impôts, l’on doit se poser la question de ses objectifs politiques. Pour y répondre, jetons un coup d’œil sur sa biographie et découvrons-y ce que la presse mainstream cache depuis des années: ses liens avec les principaux dirigeants de l’administration états-unienne.

Issu d’une famille aisée de gauche, «DSK» a été élevé au Maroc, puis à Monaco. Il reçoit une éducation juive —plus séfarade qu’ashkénaze—, à laquelle il accorde plus d’importance au plan culturel que religieux. Il est diplômé de Sciences-Po Paris, ancien élève d’HEC, licencié en droit et agrégé de sciences économiques. Il se destine à être avocat d’affaires.

Il entre en 1976 au Parti socialiste où il milite au Cères, le courant social-étatiste animé par Jean-Pierre Chevènement. Il ne tarde pas à s’en séparer pour se rapprocher de Lionel Jospin et Jean-Christophe Cambadélis, les deux meilleurs élèves français d’Irving Brown, l’agent de liaison de la CIA avec la gauche ouest-européenne. [[Selon les propos d’Irving Brown lui-même, rapportés dans Éminences grises, par Roger Faligot et Rémi Kauffer, Fayard 1992. Sur le réseau US, voir « Stay-behind: les réseaux d’ingérence américains », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 20 août 2001.]] Jospin et Cambadelis sont issus d’un petit parti trotskiste (les «Lambertistes») traditionnellement lié à la CIA. Avec une centaine de camarades, ils ont infiltré le PS et ont réussi à en prendre les rênes.

Il entre en 1986 à l’Assemblée nationale à la faveur du scrutin proportionnel alors brièvement mis en place. Il choisit de s’implanter, en 1988, dans une circonscription du Val-d’Oise, à Sarcelles, qui abrite une forte communauté juive. Il s’y fait élire en faisant jouer le réflexe identitaire. Il devient président de la Commission des finances de l’Assemblée, puis, en 1991, ministre délégué à l’Industrie et au Commerce extérieur auprès du ministre de l’Économie Pierre Bérégovoy. Tout oppose les deux hommes: «DSK» est un brillant dilettante vivant au milieu des grandes fortunes comme un poisson dans l’eau, tandis que «Béré» est un pénible tâcheron partagé entre ses idéaux ouvriers et son besoin de reconnaissance personnelle par le monde de la finance. «DSK» s’amuse de se dire socialiste tout en faisant le contraire, tandis que «Béré» a des états d’âme.

Alors qu’il est ministre délégué à l’Industrie, il a connaissance des problèmes rencontrés par son ami Jean Peyrelevade à la tête du Crédit Lyonnais. Il intervient personnellement pour favoriser diverses opérations hasardeuses réalisées en faveur de son ami Franck Ullman-Hamon. Cet homme d’affaires est connu pour avoir par ailleurs réalisé diverses interventions en Amérique latine pour le compte d’Israël et pour être actionnaire-fondateur du magazine Marianne de Jean-François Kahn. Les montages de M. Ullman-Hamon avec les filiales du Crédit lyonnais coûteront plusieurs dizaines de millions de francs au contribuable français.

À la même époque, Dominique Strauss-Kahn épouse à la synagogue —en troisièmes noces— une star d’une rare beauté, Anne Sinclair, la journaliste préférée des Français. Le couple choisit de tenir la presse à l’écart de la cérémonie, mais de donner de l’éclat à la fête au sein de la communauté juive, où ils s’affirment comme des personnalités brillantes. Leurs deux témoins de mariage sont le professeur de philosophie Élisabeth Badinter (héritière du Groupe Publicis et épouse du Garde des Sceaux Robert Badinter) et la journaliste Rachel Assouline (épouse du patron de presse Jean-François Kahn).

En 1987, il se démarque de François Mitterrand, il conduit une délégation du Parti socialiste en Israël et se rend à la mairie de Jérusalem qu’il considère comme capitale de l’État hébreu. En 1991, il participe à un voyage de solidarité en Israël, organisé par le Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF) en pleine Guerre du Golfe.

En 1994, usant de sa qualité d’ancien ministre de l’Industrie, il créé le Cercle de l’Industrie auquel il parvient à faire adhérer en six mois 48 des 50 plus grands patrons français. La moitié d’entre eux au moins payent une cotisation annuelle de 200 000 F pour que leurs intérêts soient défendus à Bruxelles. Il laisse la présidence de cette association patronale à Raymond Lévy (ex-Pdg de Renault) et en assure la vice-présidence. Incidemment, le même Raymond Lévy sera nommé à la tête du Consortium de réalisation, chargé de liquider les placements pourris du Crédit Lyonnais et, au passage, d’étouffer les affaires Ullman-Hamon. Simultanément, DSK devient consultant auprès des mêmes patrons ou avocat d’affaires et établi son bureau dans les locaux du Cercle. La Cogema, la Sofres et EDF, entre autres, lui versent des émoluments exorbitants pour quelques conseils ou un mot transmis à un grand de ce monde. Cette activité peu contraignante lui assure des revenus de plus de 2 000 000 F par an. [[ «Dominique Strauss-Kahn, 1993-1997, profession – conseil», par Laurent Mauduit, Caroline Monnot et Martine Orange, Le Monde, 11 décembre 1999. «Influents dans le monde de l’entreprise», par Bérengère Mathieu de Heaulme, Le Figaro, 22 janvier 2002.]] Par la suite, il donne des cours à l’université, à Stanford et Casablanca, sans compter des conférences ici et là, toujours royalement payées. Précisément, aux États-Unis Stanford est le bastion des Républicains. C’est là qu’ils ont leur propre centre de recherches, la Hoover Institution. [[«La Hoover Institution, archives réservées aux Républicains», Réseau Voltaire, 26 octobre 2004.]] À l’époque, le prévôt de Stanford —c’est-à-dire la personne qui négocie l’engagement de Dominique Strauss-Kahn— n’est autre que Condoleezza Rice. [[«La fulgurante intégration de Condoleezza Rice», par Arthur Lepic et Paul Labarique, Réseau Voltaire, 8 février 2005.]]Sur place, Dominique Strauss-Kahn fait la connaissance de George P. Schultz et des universitaires qui formeront le vivier de l’administration Bush.

En 1995, il rédige la partie économique du programme électoral de Lionel Jospin, candidat à la présidence de la République, « Propositions pour la France ». Il défend alors le principe de la «taxe Tobin» sur les transactions en devises, dont il affirmera plus tard qu’elle est impraticable.

Député de Sarcelles, il en est aussi brièvement le maire, avant d’en confier les clefs à son fidèle François Pupponi. Le temps de «jumeler la plus juive des communes françaises avec la plus française des communes d’Israël», Netanya.

De 1997 à 1999, il est ministre de l’Économie et des Finances. Il pilote le passage à l’euro et la privatisation de France-Télécom. Surtout, il fait entrer la France dans le processus de financiarisation de l’économie en multipliant les mesures démagogiques sectorielles. L’adoption de la semaine de 35 heures diminue considérablement le nombre d’heures travaillées; tandis que l’exonération de charges sociales sur les stock-options déplace les revenus des cadres du travail vers la finance. Il résulte de cette politique que le début de décroissance de la production française est compensée, au plan statistique, par un développement des profits financiers. Cependant, en fin de compte, le pouvoir d’achat des classes moyennes s’effrite sensiblement.

Dominique Strauss-Kahn fréquente les cercles les plus prestigieux du pouvoir. Dès 1993, on le voit au Forum de Davos. Anne Sinclair l’introduit au Siècle, l’association la plus mondaine de Paris. Puis, Antoine et Simone Veil le font entrer au Club Vauban. En 2000, l’OTAN l’invite au Club de Bilderberg où il retrouve Pascal Lamy et Jean-Claude Trichet qui occupent avec lui aujourd’hui de prestigieux fauteuils dans les institutions internationales.

Dominique Strauss-Kahn est piégé par son perpétuel mélange des genres entre engagement politique et lobbying rémunéré. Il fait l’objet d’une mise en examen dans une affaire concernant la principale mutuelle étudiante, la MNEF, puis dans une autre relative à la caisse noire de la compagnie pétrolière nationale Elf. Les magistrats estimeront en définitive que ses activités étaient licites, à défaut d’être morales. Cependant les instructions pénales et une commission d’enquête parlementaire mettront en évidence ses méthodes peu orthodoxes. Lionel Jospin, lorsqu’il était ministre de l’Éducation, avait modifié par décret le taux des remboursements effectués à la MNEF par la Sécurité sociale, transformant la Mutuelle en véritable pompe à finances pour le compte du PS. Puis, il avait étendu les activités de la MNEF dans les campus toujours pour détourner plus d’argent. Dominique Strauss-Kahn lui-même recevait des émoluments considérables pour des prestations imaginaires. Plus tard, il avait fait prendre en charge le salaire de sa secrétaire au Cercle de l’Industrie (ou à son cabinet, il n’est guère possible de différencier) par le groupe Elf.

Derrière des manières policées, un goût prononcé pour la bonne chère et les belles femmes, Dominique Strauss-Kahn est un tueur: lorsqu’apparaît, à titre posthume, l’enregistrement vidéo du promoteur immobilier Jean-Claude Méry mettant en cause Jacques Chirac, on ne tarde pas à découvrir qu’il est un des organisateurs de ce mauvais coup.

Ses démêlées avec la Justice l’écarteront un temps de la scène politique. Pendant sa traversée du désert, son épouse, Anne Sinclair, fera preuve de sang-froid et de dignité, plaidant auprès du public en sa faveur par sa seule attitude.

Opérant son grand retour, en 2001, après avoir bénéficié de non-lieux, il prend en mains le développement de la Fondation Jean-Jaurès, le partenaire de la National Endowment for Democracy (NED) pour la gauche française. [[ «La NED, nébuleuse de l’ingérence démocratique», par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 22janvier 2004.]] La chose est d’autant plus aisée que, depuis Stanford, il connaît la nouvelle conseillère nationale de sécurité des États-Unis Condoleezza Rice, et que c’est la sœur adoptive [[Op. cit]] de celle-ci, Mardeleine Albright qui dirige le National Democratic Institute (NDI), organisme tampon de la NED chargé d’acheminer les subsides du département d’État US dans les caisses du Parti socialiste français.

En 2003, le German Marshall Fund of the United States, une des principales officines atlantistes, crée un Forum sur le commerce et la pauvreté. DSK devient l’un des six administrateurs, rémunéré comme toujours [7]. [[ Le German Marshall Fund, un reliquat de la Guerre froide?», Réseau Voltaire, 5 octobre 2004]] Il y écrit, ou tout au moins signe, divers rapports en faveur du libre-échange absolu.

La même année, il contraint un expert du Parti socialiste, Pascal Boniface, à démissionner. Ce spécialiste en relations internationales a eu le toupet de souligner que le soutien aveugle du parti à Israël est idéologiquement incohérent et électoralement contre-productif alors que le PS doit ambitionner de réunir derrière lui les six millions de Français de culture arabe. En outre, Dominique Strauss-Kahn pilote la création du Cercle Léon Blum, au sein du PS, dont l’objectif est de veiller au soutien du parti au mouvement sioniste.

En 2004, il déclare lors d’une interview sur France-Inter: «Je considère que tout juif de la diaspora et de France doit apporter son aide à Israël. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle il est important que les juifs prennent des responsabilités politiques. En somme, dans mes fonctions et dans ma vie de tous les jours, à travers l’ensemble de mes actions, j’essaie d’apporter ma modeste pierre à la construction d’Israël.» [[Cité in Encyclopédie politique française, Tome 2, Facta éd., 2005]]

En 2005, il lance les clubs «À gauche en Europe» (AG2E) en faveur du «oui» au référendum d’approbation du projet de Traité constitutionnel européen. Il travaille alors en lien avec le Policy Network (Grande-Bretagne) et la Fondation Friedrich-Ebert (Allemagne). Mais les Français votent «non».

En 2007, alors que l’écrivain Claude Ribbe ouvre un débat sur les conséquences sociales actuelles de l’esclavage et de la colonisation, DSK participe activement à la création du Conseil représentatif des noirs de France (CRAN), une organisation qui bénéficie de conseils techniques de spécialistes israéliens et reproduit le modèle du Conseil représentatif des juifs de France (CRIF). [[ Les Nègres de la République, par Claude Ribbe, Jean-Paul Bertrand éd., 2007.]] À défaut de trouver un écho parmi les noirs de France, cette initiative sera une réussite médiatique, comme l’avait été quelques années plus tôt la création de “SOS Racisme” pour stopper la structuration des beurs.

Lorsque s’ouvre la compétition au Parti socialiste pour désigner le candidat à l’élection présidentielle de 2007, Dominique Strauss-Kahn apparaît à la fois comme le candidat le mieux placé face à son rival déclaré, l’ancien Premier ministre Laurent Fabius, et comme le candidat officiel des États-Unis pour la gauche française. Ainsi, il donne un entretien à la revue néo-conservatrice “Le Meilleur des mondes”, dans lequel il brocarde la politique arabe de la France et plaide pour un rapprochement avec Washington et Tel-Aviv. [[«MM. Sarkozy et Strauss-Kahn affichent leurs allégeances», par Cédric Housez, Réseau Voltaire, 7 novembre 2006. Article plagié depuis. La position de Dominique Strauss-Kahn est partagée par le premier secrétaire du PS, François Hollande, voir «France: le Parti socialiste s’engage à éliminer les diplomates pro-arabes», Réseau Voltaire, 9 janvier 2006. Les propos imputés à M. Hollande dans ce dernier article ont fait l’objet d’un démenti de l’intéressé, mais ont été maintenus sur le site internet du CRIF.]]

Tout semble réglé à l’avance. Les cotisations d’adhésion au Parti socialiste ont été réduites à un montant négligeable de sorte que les quelques milliers de membres de parti lambertiste ont pu acquérir des cartes, juste pour participer au vote de désignation interne du candidat. La manœuvre a été organisée par le lieutenant de DSK, Jean-Christophe Cambadelis, lui-même ancien dirigeant de ce parti et que nous avons déjà présenté à propos de ses relations avec la CIA. Pourtant, contre toute attente, c’est un outsider, Ségolène Royal, qui est désigné. C’est qu’à Washington on a un autre projet: placer Nicolas Sarkozy à l’Élysée. Pour cela, il convient d’installer face à lui un concurrent peu crédible. En échange de son retrait silencieux, DSK sera largement récompensé par la direction générale du FMI.

Peu après son accession à la présidence de la République, Nicolas Sarkozy présente la candidature de DSK à Washington, et Condoleezza Rice lui apporte son soutien. Tout en participant à la création de l’European Council on Foreign Relations (E-CFR), [[ «Création accélérée d’un Conseil européen des relations étrangères», Réseau Voltaire, 3 octobre 2007]] il sillonne le monde, officiellement pour convaincre les États du Sud de soutenir également sa candidature. En réalité, leur vote importe peu, puisque les USA et l’Union européenne ont à eux seuls 48 % des voix. La campagne de DSK est payée par la France et organisée par l’agence de relations publiques TD International. Ce que le cabinet de M. Strauss-Kahn minimisera en prétendant ne travailler qu’avec la correspondante française de l’agence. TD International «vendra» à la presse la légende d’un DSK désœuvré, téléphonant au Premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker lors d’un colloque à Yalta, lequel lui aurait suggéré d’ambitionner le FMI. En réalité, Dominique Strauss-Kahn et Christine Ockrent participaient au Yalta European Seminar, moyennant un défraiement de 7 000 euros chacun indirectement versés par George Soros. Ce colloque avait pour but de soutenir la «révolution orange» et l’arrimage de l’Ukraine à l’OTAN. Or, TD International est une officine de la CIA, notamment chargée de la construction de l’image publique de la «révolution orange». Elle est dirigée par William A. Green III, un célèbre agent qui n’était ni plus ni moins que le chef de poste du stay-behind en France et qui fut expulsé en 1995 pour des motifs d’une extrême gravité qui ne furent jamais dévoilés au public.

Hugo Chavez, le président de la République bolivarienne du Vénézuela, quant à lui, n’a pas été convaincu par le show de Dominique Strauss-Kahn. Il a confirmé le retrait de son pays du FMI «avant qu’ils ne nous pillent» et invité tous les États du Sud qui le peuvent à faire de même.

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(*) Analyste politique français, président-fondateur du Réseau Voltaire et de la conférence Axis for Peace. Il publie chaque semaine des chroniques de politique étrangère dans la presse arabe et russe. Dernier ouvrage publié: “L’Effroyable imposture 2,” éd. JP Bertand (2007).
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L’HUMANITÉ À L’AUBE D’UNE ÉTAPE CRUCIALE

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À tous, je vous conseille de découvrir (si ce n’est déjà fait) ce penseur américain qui ouvre des perspectives à la mondialisation d’une toute autre nature que celle dont nous accablent la propagande médiatique et la pensée unique du grand capital.

B. O.

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JEREMY RIFKIN :

UNE NOUVELLE CONSCIENCE

POUR UN MONDE EN CRISE

VERS UNE CIVILISATION DE L’EMPATHIE

Jeremy Rifkin, l’un des penseurs américains les plus stimulants, propose une relecture fascinante de l’histoire de l’humanité dans une perspective sociale et altruiste.

Avec un constat: jamais le monde n’a paru si totalement unifié (par les communications, le commerce, la culture) et aussi sauvagement déchiré (par la guerre, la crise financière, le réchauffement de la planète, la diffusion de pandémies) qu’aujourd’hui.

• « Une empathie nouvelle gagne l’humanité »

Quels que soient nos efforts intellectuels face aux défis d’une mondialisation accélérée, nous ne sommes pas à la hauteur: l’espèce humaine semble incapable de concentrer vraiment ses ressources mentales collectives pour « penser globalement et agir localement ».

Dans son livre le plus ambitieux à ce jour, l’auteur montre que cette déconnexion entre notre vision pour la planète et notre aptitude à la concrétiser s’explique par l’état actuel de la conscience humaine.

Nos cerveaux, nos structures mentales, nous prédisposent à une façon de ressentir, de penser et d’agir dans le monde qui n’est plus adaptée aux nouveaux contextes que nous nous sommes créés.

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L’humanité, soutient Rifkin, se trouve à l’aube d’une étape cruciale.

Tout indique que les anciennes formes de consciences religieuses ou rationalistes, soumises à trop forte pression, deviennent dépassées et même dangereuses dans leurs efforts pour piloter un monde qui leur échappe de plus en plus.

L’émergence d’une conscience biosphérique et ses conséquences sur notre manière d’appréhender différemment la société, l’économie ou l’environnement, sera probablement un changement d’avenir aussi gigantesque et profond que lorsque les philosophes des Lumières ont renversé la conscience fondée sur la foi par le canon de la raison.

En retraçant la grande fresque des mutations de notre civilisation, dont le moteur principal est la conscience altruiste de l’être humain, Jeremy Rifkin dévoile des fils conducteurs restés ignorés jusqu’ici. Ces « pages blanches » de l’histoire ainsi mises en lumière nous permettront d’élargir notre conscience afin de relever les défis des décennies à venir.

Jeremy Rifkin est l’auteur de plusieurs best-sellers, dont

“Le Rêve européen” ,

“La Fin du travail” et Le Siècle biotech .

Ses livres ont été traduits dans plus de trente langues.

Il conseille l’Union européenne et des chefs d’États du monde entier.

Il est le président de la Fondation sur les tendances économiques (Foundation on Economic Trends, Washington, D.C.).

Références :



Une nouvelle conscience pour un monde en crise. Civilisation de l’empathie, de Jeremy Rifkin, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Françoise et Paul Chemla – Editions Les liens qui libèrent – Date de parution : 27 avril 2011- 580 pages – 29 euros.

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Ce nouvel opus de Jeremy Rifkin est célébré comme un très grand livre par la presse américaine:

« Un prophète social et d’éthique » (New-York Times)

« Une lecture brillante qui offre une perspective vitale et une nouvelle interprétation de l’histoire humaine et du sens de l’existence » (Arianna Huffington, Huffington Post)

« Séduire le lecteur à travers 616 pages intimidantes, paragraphe après paragraphe, ne peut que catégoriser Rifkin comme un auteur supérieur. Quel incroyable accomplissement! » (Internet Review of Books)


« Une empathie nouvelle gagne l’humanité »

Le Monde Magazine (daté 16 avril 2011) a publié un long entretien avec Jeremy Rifkin. Il ne voit pas d’autre avenir que celui d’une civilisation de l’empathie.

Extrait : « Depuis une vingtaine d’années, une vision neuve de la nature humaine émerge de la biologie et des sciences cognitives. Les dernières découvertes des spécialistes du cerveau et de l’apprentissage chez l’enfant nous obligent à revoir la vieille conception d’un être humain naturellement agressif, égoïste, utilitariste. Ces recherches montrent que nous sommes des animaux sociaux qui supportons mal la souffrance des autres et la destruction de ce qui vit, réagissons de concert, en vue de l’intérêt général, quand nous sommes menacés.

Le retentissement mondial de la tragédie de Fukushima nous le confirme, de même que la priorité donnée aux enjeux humanitaires, écologiques et énergétiques dans tous les agendas politiques, ou encore le succès extraordinaire des réseaux sociaux de toutes sortes.

Voyez ces chercheurs de l’université d’Oxford, qui ont convaincu 100 000 personnes, dans 150 pays, d’offrir chacun un temps d’ordinateur pour affiner les modèles de prévision climatique. Ils disposent désormais d’une puissance de calcul plusieurs fois supérieure aux ordinateurs les plus rapides…

Les projets de ce type prolifèrent en milieu scientifique, que ce soit pour rechercher des solutions éco-compatibles, identifier de nouvelles structures protéiques, étudier les nanotechnologies ou développer des médicaments.

La « wiki économie », dont Wikipédia reste l’exemple le plus connu, réunit des centaines de milliers de contributeurs.

Pourquoi tant de gens s’associent-ils à ces projets? L’ »altruisme » est la motivation invoquée le plus souvent par les crunchers, les « moulineurs de données », et cette conception coopérative s’accroît. La « wiki économie », dont Wikipédia reste l’exemple le plus connu, réunit des centaines de milliers de contributeurs qui enrichissent tous les domaines de la connaissance et la recherche, contribuent à créer des logiciels performants comme Linux, etc.

L’Américaine prix Nobel d’économie 2009 Elinor Ostrom nous a appris que seule la coopération des acteurs permet de faire respecter des « biens communs » aussi importants que les ressources maritimes d’un territoire ou ses terres fertiles. Quant au « pair-à-pair » ou peering, qui fait circuler les innovations dans un collectif, il devient un principe opératoire courant dans les associations humanitaires comme les plus grandes entreprises.

Tous ces modèles économiques reposent sur un postulat diamétralement opposé à la conception libérale orthodoxe d’un homme agissant seulement par intérêt individuel.

Quand on lui en donne l’occasion et les moyens, l’être humain se révèle toujours disposé à collaborer avec les autres dès qu’il s’agit de contribuer à l’intérêt général ou à améliorer l’existence de tous ».

Pour lire en intégralité cet entretien cliquez ici.


vendredi 29 avril 2011

Posté par David Naulin

Source : CDURABLE.info


PLANÈTE À VENDRE

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Hier, 19/04/2011, dans la soiree, la chaîne de télévision ARTE a diffusé une émission sur l’appropriation des terres par des entreprises multinationales qui font main basse sur des terres arables en Afrique et en Amérique latine

(Cf.: http://www.arte.tv). 2011_04_19_planete_vendre_arte.jpg

De nombreux pays d’Afrique sont pris d’assaut par les pays comme l’Arabie Saoudite, la Libye de Khadafi, l’Inde, l’Afrique de Sud et les fonds vautours occidentaux, etc.

(Cf.: http://farmlandgrab.org/). farmlandgrab-logo.jpg

L’Organisation GRAIN n’arrête pas de tirer la sonnette d’alarme à ce sujet

(Cf. Rapport: [“MAIN BASSE SUR LES TERRES AGRICOLES EN PLEINE CRISE ALIMENTAIRE ET FINANCIÈRE” GRAIN, octobre 2008: La synergie actuelle entre la crise alimentaire et la crise financière a déclenché un nouvel «accaparement des terres» au niveau mondial…

soy-brazil-fr.jpg->http://www.grain.org/briefings/?id=213]

et aussi les annexes à ce rapport:

ANNEXE – MAIN BASSE SUR LES TERRES AGRICOLES EN PLEINE CRISE ALIMENTAIRE ET FINANCIÈRE “ STRATÉGIE DE SÉCURITÉ ALIMENTAIRE”Tableau

En Ethiopie, de nombreux paysans sont expropriés sans ménagement, sans avoir été consultés, par leur gouvernement au profit des prédateurs, des fonds vautours.

Demain, le Congo-Brazzaville ressemblera à un dalmatien avec des tâches noires et blanches. Sassou Nguesso a commencé à brader les terres de nos ancêtres aux fermiers fascistes et racistes d’Afrique du Sud dont on ne sait quelle est la provenance de leurs fonds

(Cf.: “Food Crisis and the Global Land Grab” – “CONGO BRAZZAVILLE” http://farmlandgrab.org/cat/show/55).

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Au lieu de commencer par les terres du Sud-Congo, pourquoi n’a-t-il pas vendu les terres de sa région, la Cuvette?

C’est ici que nous doutons de la capacité de l’opposition congolaise prétendue à se saisir des dossiers comme celui-ci. Où est cette opposition qui fait du bruit et brasse du vent à longueur de journée si elle n’est pas capable d’interpeller le régime en place et se lever contre la grande braderie organisée par un système, un clan sans foi ni loi?

Quant à l’Occident, non content d’installer des dictateurs sanguinaires à la tête de nos pays au prix du sang de nos peuples et de siphonner nos richesses naturelles (matières premières) qu’il s’approprie avec la virulence d’une barbarie et d’une sauvagerie indescriptibles, le voici à l’assaut de nos terres pour réguler le droit et l’accès à la nourriture. Ainsi, décidera-t-il qui doit manger et ne pas manger, décider de ce que nous devons manger ou ne pas mpanger, ce que nous aurons le droit de manger et ne pas manger et quand.

Quand il y a eu la traite négrière et l’esclavage, nous n’avons rien dit, nous avons subi. La colonisation, pour certains pays, s’est terminée dans le sang. Autant dire que pour d’autres, cette colonisation n’est pas encore finie non plus, à ce jour. Il n’y a qu’à regarder ce qui s’est passé au Congo-Brazzaville en 1997, au Gabon en 2009 et aujourd’hui en Côte d’Ivoire, etc., pour s’en rendre compte et le comprendre.

Paysans d’Afrique et d’Amérique latine, unissez vos efforts, et le moment est plus que jamais venu de fourbir vos armes contre les prédateurs, internes et externes, sans foi ni loi. C’est un droit de vie ou de mort.

CONGO-MFOA

Sources: Lire l’article original en ligne …

FAUT-IL REMBOURSER DES DETTES ODIEUSES, MAIS COMMENT?

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Le nouvel ordre colonial permet à des minorités de s’enrichir et de placer le fruit de leur exploitation au Nord, ou dans les paradis fiscaux.

Même si les pays du Sud sont apparemment indépendants, l’acceptation au sein de la communauté internationale dépend de la bonne application d’une politique globale. Les révolutions en cours dans le monde arabe vont-elles s’attaquer aux divers mécanismes de domination, comme la dette, la corruption, l’évasion fiscale et la recolonisation des terres (achat massif de terres par les multinationales et les Etats étrangers)?

Le renversement d’une dictature débouchera sur un pouvoir légitime à condition qu’il revienne sur tout ce qui a amené à la stagnation du pays, à son appauvrissement. Les peuples réussiront-ils à exploiter jusqu’au bout la situation qu’ils ont ouverte ? Cela représenterait un précédent considérable pour tous les autres pays néo-coloniaux.

Une fenêtre historique pour l’émancipation

Des régimes illégitimes ont contracté des emprunts énormes auprès d’instances internationales (Banque Mondiale, Banque Africaine du Développement), d’Etats plus riches et d’instances financières privées. Les seuls intérêts de la dette sont si lourds à rembourser qu’ils exigent de réemprunter indéfiniment.

Pour faire semblant d’y parvenir, les dictateurs ont accepté des Plans d’ajustements structurels (PAS) imposés par le Fond Monétaire International (FMI) au dépens des dépenses sociales, celles qui bénéficieraient aux populations.

Toute ressemblance avec ce qui arrive maintenant en Europe n’est pas qu’une impression… Ici comme là-bas, les partis prétendant incarner l’alternative doivent être jugés en fonction de leur position par rapport à cette question fondamentale : quand donc les richesses produites par le peuple finiront-elles par lui revenir?

En Tunisie et en Egypte, le pouvoir reste aux mains des mêmes appareils. Les revendications sociales se mêlent aux revendications politiques quand les manifestants ou les grévistes exigent que les responsables de l’ancien système dégagent. Pour que ces pays puissent se développer, les peuples doivent obtenir un changement économique et politique clair. Les coûts de production très compétitifs avec des salaires à «évolution modérée» ont fait de la Tunisie de Ben Ali un vrai paradis pour les investisseurs comme le fait valoir la brochure «Tunisie, des performances à partager» de l’Agence de promotion de l’investissement extérieur (FIPA Tunisie).

Les procédures judiciaires sur les biens mal acquis

La fortune amassée par Moubarak et sa famille est hallucinante. Selon le Gardian, Hosni, elle atteindrait 70 Milliards de dollars. L’essentiel serait entreposé dans les coffres de banques britannique (Bank of Scotland, filiale de la Lloyds) et suisse (UBS), ou consisterait en biens immobiliers à Londres, New-York, Los Angeles ou le long de la Mer Rouge. Selon Christopher Davidson, professeur spécialiste du Moyen-Orient, à l’université de Durham, Mubarak, sa femme et ses deux enfants ont accumulé leurs richesses grâce à de nombreux partenariats avec des investisseurs étrangers. Selon l’anecdote rapportée par un journal algérien, à un importateur égyptien de Peugeot se plaignant auprès d’Hosni que «son» fils lui a taxé un pourcentage conséquent de son investissement, le Raïs a répondu en substance: «mais enfin, considère mon fils comme le tien». En Egypte, les politiciens et leurs alliés militaires exigent environ 20% d’intérêts lors de l’implantation d’entreprises, source de profits importants sans apport initial et à peu de risques.

Du côté tunisien, les Ben-Ali-Trabelsi et consorts auraient amassé une fortune estimée à 5 milliards d’euros, selon le magazine américain Forbes. Le président déchu aurait des intérêts dans plusieurs secteurs: banques, transports, immobilier, télécoms, en Tunisie et à l’étranger, souvent aux noms de personnes liges parmi son entourage familier, notamment son beau-frère Belhassen Trabelsi et son gendre Mohamed Sakhr El Materi. Il s’agit de banques privées en Tunisie (Banque de Tunisie), plusieurs compagnies aériennes (Karthago Airlines), des hôtels 5 étoiles en Tunisie (Karthago), des hôtels particuliers en Argentine, à Dubaï, au Canada… Sans parler de ses nombreuses villas luxueuses en Tunisie (Sidi Bou Saïd, Port El Kantaoui, Monastir, Utique…)

Dans les deux cas, une partie de la fortune doit très probablement dormir au chaud dans des paradis fiscaux.

Une bataille judiciaire contre les corrompus et leurs complices corrupteurs

Trois associations (Sherpa, Transparence International France et le Comité arabes des Droits humains) «ont déposé une plainte auprès du Procureur de la République de Paris à l’encontre de différents membres des familles Ben Ali et Trabelsi dans le but d’obtenir l’ouverture d’une information judiciaire relativement aux avoirs qu’ils possèdent en France.» Cela a été suivi le 24 janvier 2011 de l’annonce par le parquet de Paris de l’ouverture d’une enquête préliminaire. Les trois organisations «auraient préféré l’ouverture d’une information judiciaire et la désignation d’un juge d’instruction, le cadre de l’instruction étant plus adapté pour obtenir rapidement le gel des avoirs et accéder aux demandes d’entraides judiciaires internationales.»

Notons aussi que cette enquête préliminaire a été ouverte avec un délai suffisant pour permettre à l’essentiel des fonds de disparaître… Interrogé par Libération le 18 janvier, l’avocat William Bourdon de l’organisation Sherpa, qui s’est déjà illustré dans une plainte concernant les biens mal acquis de trois dirigeants africains, signale que Ben Ali avait la veille, le 17 janvier, vidé ses comptes en Suisse, ce qui «pose d’ailleurs des questions sur l’attitude de ces banques». Selon une source diplomatique, l’Union européenne (UE) a ensuite acté jeudi 20 janvier le principe d’un gel des avoirs de Zine El Abidine Ben Ali et de ses proches, mais la décision formelle n’interviendrait qu’une dizaine de jours plus tard.

Après avoir cautionné Ben Ali pendant fort longtemps en fermant les yeux sur son régime, les médias occidentaux ont été forcés à parler de dictature et de régime corrompu mais on n’entend jusqu’à présent pas parler des corrupteurs. Il ne saurait pourtant y avoir de corrompus sans corrupteurs.

Pour récupérer les sommes considérables placées au Nord, la bataille judiciaire est l’affaire de spécialistes. Mais cette bataille demande un soutien populaire et des informations militantes. Le Canada est disposé à geler les avoirs de Ben Ali, s’il reçoit les documents de la part des autorités tunisiennes. Cela nécessite une pression internationale, une campagne unitaire d’interpellation des responsables de la Justice.

La dette et ses vautours :

Pour s’armer et construire une industrie au service du Nord, les régimes dictatoriaux ont contractés une dette importante dès les années 60, les pays du Sud qui sera multipliée par 12 entre 1970 et 1980, les mettant dans une situation économique intenable.

De nos jours, la dette extérieure (privée et publique) des pays en voie de développement s’élève à 2600 milliards $. La réponse du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale aux difficultés de ces pays est la conception des «fameux» plans d’ajustement structurels (PAS), qui conditionnent l’octroi de toute nouvelle aide.

Concentrés de mesures macroéconomiques ultra-libérales destinées à rétablir la solvabilité des pays, ils combinent privatisations, coupes sévères dans les dépenses publiques, dévaluation monétaire, libéralisation des mouvements de capitaux, suppression des barrières douanières et désengagement de l’Etat.

Leurs coûts sociaux et humains se révèlent désastreux.

En imposant des modèles exclusivement tournés vers l’exportation de produits aux cours fluctuants, ces plans drastiques ne permettent même pas de restaurer la solvabilité des pays du Sud. Pire, ils alimentent la spirale de l’endettement et maintiennent les peuples colonisés dans la misère.

Plutôt qu’une aide, la dette est un moyen de captation des richesses et de pression sociale sur les pays du Sud.

L’exemple tunisien, et la doctrine de la « dette odieuse »

En arrêtant de rembourser une dette odieuse dont seule la dictature a profité, la Tunisie pourrait utiliser son argent pour les dépenses sociales et productives dont elle a besoin. Cette dette s’élève à 21,8 milliards d’euros en 2008, ce qui représente 130% du PIB. De 1990 à 2008, le service de la dette a récupéré plus de 18,5 milliards d’euros sur le dos des tunisiens.

Les cas de l’Argentine et de l’Equateur sont intéressants. Ces pays, après avoir suspendu unilatéralement le payement et renégocié leurs dettes, n’ont pas connu le chaos qui leur était prédit. Cela a libéré des fonds pour augmenter les dépenses sociales dans la santé, l’éducation et dans le développement d’infrastructures de communication.

La Tunisie sort directement de la dictature; le nouveau gouvernement démocratique, une fois en place, a toute légitimité et tout intérêt à déclarer illégale la dette contractée depuis le putsch de Ben Ali. Cet acte souverain s’appuie sur le droit international.

La doctrine de la dette odieuse, élaborée en 1927, stipule que: «si un pouvoir despotique contracte une dette non pas pour les besoins et dans les intérêts de l’État, mais pour fortifier son régime despotique, pour réprimer la population qui le combat, cette dette est odieuse pour la population de l’Etat entier (…). C’est une dette (…) personnelle du pouvoir qui l’a contractée, par conséquent elle tombe avec la chute de ce pouvoir.» La Tunisie de Ben Ali répond parfaitement à cette doctrine. Un audit de la dette odieuse pourrait lui servir entre autres à montrer les complicités en vue d’exercer des poursuites contre ces responsables.

Les agences de notation dégradent la note de la Tunisie, montrant une fois de plus que les acteurs financiers préfèrent une population opprimée et une dictature qui protège les intérêts des détenteurs de dette plutôt qu’une population libre bénéficiant des richesses de son pays. Toutefois, la situation économique de la Tunisie sera bien meilleure si le pays se dégage de la dette contractée par la dictature.

Nous pouvons contribuer à la réussite de la révolution dans des pays que notre Etat a opprimés, et opprime encore.

Daniel, Leila et John.
Le Paria n°1 , “sortir du colonialisme”, le 27 février 2011.


Sur la « dette odieuse en Tunisie », voir aussi les articles:

CÔTE D’IVOIRE, LE BAL NÉOCOLONIAL SE CONFIRME

La démocratie est bien partie en Afrique. Nicolas Sarkozy y travaille, avec la complicité de la «communauté internationale» et le soutien d’une gauche qui renoue avec son passé colonialiste.

Comme en Libye, en Côte d’Ivoire les «démocrates», cooptés par l’Occident, bénéficient d’un couloir de feu vers le pouvoir, jonché de cadavres de sous-hommes.

Au moins 2 307 civils tués et des milliers autres blessés, lundi, par les bombardements aériens des forces françaises et de l’Onuci.

L’argument qui autorise les massacres, les victimes collatérales et les destructions, tel que brandi par la France et l’ONU, est la «protection des civils», même s’il est toujours utilisé contre un seul camp, laissant l’autre, celui des «démocrates», se faire autant de civils qu’il veut.

Les troupes d’Alassane Ouattara ne s’en sont pas privées, dans leur avancée sous la protection et avec l’aide des forces onusiennes et françaises. Au service du président certifié par l’ONU, des chefs de guerre sanguinaires, à la tête de soldats sans salaires qui se payent sur leurs victimes.

On le sait, depuis qu’à Duékoué l’armée de Ouattara a laissé derrière elle, selon Caritas et d’autres ONG, entre 800 et 1 000 morts civils.

Avec la bénédiction de la force brutale, il va diriger tout le pays. Au prix d’un bain de sang où, selon le politologue Michel Galy, «l’armée française court le risque de se voir qualifiée juridiquement de complice de crimes de guerre».

Pendant que les «socialistes», par la voix du chef de file de leurs députés, bafouillent une position où ils ne font que s’interroger: «C’est vrai que la situation est grave, maintenant, fallait-il intervenir comme la France l’a fait? Nous nous interrogeons, nous sommes réservés.»

Alors que, bien plus que pour la résolution 1973 (Libye), la résolution 1975 de l’ONU donne mandat à l’ONUCI (et non à Sarkozy) d’empêcher les deux camps à faire usage d’armes lourdes, et non d’attaquer l’armée ivoirienne et d’ouvrir la voie d’Abidjan aux rebelles de Ouattara.

Encore une raison d’observer le ridicule des décisions onusiennes et le cynisme des puissants.

Dans l’opinion, à l’inverse, on trouve un autre jugement. À une question posée aux téléspectateurs de la chaîne parlementaire française (LCP) après un débat, «Alassane Ouattara est-il légitime pour gouverner la Côte d’Ivoir ?»

La réponse est «non» à 82%.

Selon la remarque du blogueur sur Médiapart, qui rapporte cette information, «l’auditoire de cette chaîne n’est quand même pas majoritairement composé de maoïstes et de trotskistes».

Ce qui dénote du délire solitaire du petit chef de guerre et de la distance qui sépare, de plus en plus, la classe politique «majoritaire» et alternante des Français qui se reconnaissent de moins en moins en elle.

Ce qui augure que la recolonisation «démocratisante» en marche, en sus des résistances qu’elle va rencontrer sur la terre africaine, malgré les relais et les supplétifs qu’elle a recrutés et qui lui servent de têtes de pont, aura certainement fort à faire dans ses propres bases.

En attendant, aux Etats-Unis, le sénateur Jim Inhofe (R-Okla.), membre de la commission sénatoriale des services armés (SASC) et du comité chargé des relations étrangères du Sénat (SFR), a déclaré qu’Alassane Ouattara était «illégitime pour diriger la Côte d’Ivoire» et que «les États-Unis doivent changer leur position en Côte d’Ivoire».

On est curieux de voir les contorsions du petit chef de la Françafrique en cas de revirement étatsunien.

Par Ahmed Halfaoui

LE GENRE HUMAIN MENACÉ

Une information fondamentale publiée par l’Agence internationale de l’énergie (AIE) est passée totalement inaperçue : le pic pétrolier s’est produit en 2006. Alors que la demande mondiale continuera à croître avec la montée en puissance des pays émergents (Chine, Inde et Brésil), la production de pétrole conventionnel va connaître un déclin inexorable après avoir plafonné. La crise économique masque pour l’heure cette réalité.

Mais elle obérera tout retour de la croissance. La remontée des coûts d’exploration-production fera naître des tensions extrêmement vives. L’exploitation du charbon et des réserves fossiles non conventionnelles exigera des investissements lourds et progressifs qui ne permettront guère de desserrer l’étau des prix à un horizon de temps proche. Les prix de l’énergie ne peuvent ainsi que s’affoler.

Le silence et l’ignorance d’une grande partie de la classe politique sur ce sujet ne sont guère plus rassurants. Et cela sans tenir compte du fait que nous aurons relâché et continuerons à dissiper dans l’atmosphère le dioxyde de carbone stocké pendant des millénaires… Chocs pétroliers à répétition jusqu’à l’effondrement et péril climatique. Voilà donc ce que nous préparent les tenants des stratégies de l’aveuglement. La catastrophe de Fukushima alourdira encore la donne énergétique.

De telles remarques génèrent souvent de grands malentendus. Les objections diagnostiquent et dénoncent aussitôt les prophètes de malheur comme le symptôme d’une société sur le déclin, qui ne croit plus au progrès. Ces stratégies de l’aveuglement sont absurdes. Affirmer que notre époque est caractérisée par une « épistémophobie » ou la recherche du risque zéro est une grave erreur d’analyse, elle éclipse derrière des réactions aux processus d’adaptation la cause du bouleversement.

Ce qui change radicalement la donne, c’est que notre vulnérabilité est désormais issue de l’incroyable étendue de notre puissance. L' »indisponible » à l’action des hommes, le tiers intouchable, est désormais modifiable, soit par l’action collective (nos consommations cumulées) soit par un individu isolé (« biohackers »). Nos démocraties se retrouvent démunies face à deux aspects de ce que nous avons rendu disponible : l’atteinte aux mécanismes régulateurs de la biosphère et aux substrats biologiques de la condition humaine.

Cette situation fait apparaître « le spectre menaçant de la tyrannie » évoqué par le philosophe allemand Hans Jonas. Parce que nos démocraties n’auront pas été capables de se prémunir de leurs propres excès, elles risquent de basculer dans l’état d’exception et de céder aux dérives totalitaristes.

Prenons l’exemple de la controverse climatique. Comme le démontre la comparaison entre les études de l’historienne des sciences Naomi Oreskes avec celles du politologue Jules Boykoff, les évolutions du système médiatique jouent dans cette affaire un rôle majeur. Alors que la première ne répertoria aucune contestation directe de l’origine anthropique du réchauffement climatique dans les revues scientifiques peer reviewed (« à comité de lecture »), le second a constaté sur la période étudiée que 53 % des articles grand public de la presse américaine mettaient en doute les conclusions scientifiques.

Ce décalage s’explique par le remplacement du souci d’une information rigoureuse par une volonté de flatter le goût du spectacle. Les sujets scientifiques complexes sont traités de façon simpliste (pour ou contre). Ceci explique en partie les résultats de l’étude de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe) pilotée par Daniel Boy sur les représentations sociales de l’effet de serre démontrant un sérieux décrochage du pourcentage de Français attribuant le dérèglement climatique aux activités humaines (65 % en 2010, contre 81 % en 2009). Ces dérives qui engendrent doute et scepticisme au sein de la population permettent aux dirigeants actuels, dont le manque de connaissance scientifique est alarmant, de justifier leur inaction.

Le sommet de Cancun a sauvé le processus de négociation en réussissant en outre à y intégrer les grands pays émergents. Mais des accords contraignants à la hauteur de l’objectif des seconds sont encore loin. S’il en est ainsi, c’est parce que les dirigeants de la planète (à l’exception notable de quelques-uns) ont décidé de nier les conclusions scientifiques pour se décharger de l’ampleur des responsabilités en jeu. Comment pourraient-ils à la fois croire en la catastrophe et ne rien faire, ou si peu, pour l’éviter ?

Enfermée dans le court terme des échéances électorales et dans le temps médiatique, la politique s’est peu à peu transformée en gestion des affaires courantes. Elle est devenue incapable de penser le temps long. Or la crise écologique renverse une perception du progrès où le temps joue en notre faveur. Parce que nous créons les moyens de l’appauvrissement de la vie sur terre et que nous nions la possibilité de la catastrophe, nous rendons celle-ci crédible.

Il est impossible de connaître le point de basculement définitif vers l’improbable ; en revanche, il est certain que le risque de le dépasser est inversement proportionnel à la rapidité de notre réaction. Nous ne pouvons attendre et tergiverser sur la controverse climatique jusqu’au point de basculement, le moment où la multiplication des désastres naturels dissipera ce qu’il reste de doute. Il sera alors trop tard. Lorsque les océans se seront réchauffés, nous n’aurons aucun moyen de les refroidir.

La démocratie sera la première victime de l’altération des conditions universelles d’existence que nous sommes en train de programmer. Les catastrophes écologiques qui se préparent à l’échelle mondiale dans un contexte de croissance démographique, les inégalités dues à la rareté locale de l’eau, la fin de l’énergie bon marché, la raréfaction de nombre de minéraux, la dégradation de la biodiversité, l’érosion et la dégradation des sols, les événements climatiques extrêmes… produiront les pires inégalités entre ceux qui auront les moyens de s’en protéger, pour un temps, et ceux qui les subiront. Elles ébranleront les équilibres géopolitiques et seront sources de conflits.

L’ampleur des catastrophes sociales qu’elles risquent d’engendrer a, par le passé, conduit à la disparition de sociétés entières. C’est, hélas, une réalité historique objective. A cela s’ajoutera le fait que des nouvelles technologies de plus en plus facilement accessibles fourniront des armes de destruction massive à la portée de toutes les bourses et des esprits les plus tourmentés.

Lorsque l’effondrement de l’espèce apparaîtra comme une possibilité envisageable, l’urgence n’aura que faire de nos processus, lents et complexes, de délibération. Pris de panique, l’Occident transgressera ses valeurs de liberté et de justice. Pour s’être heurtées aux limites physiques, les sociétés seront livrées à la violence des hommes. Nul ne peut contester a priori le risque que les démocraties cèdent sous de telles menaces.

Le stade ultime sera l’autodestruction de l’existence humaine, soit physiquement, soit par l’altération biologique. Le processus de convergence des nouvelles technologies donnera à l’individu un pouvoir monstrueux capable de faire naître des sous-espèces. C’est l’unité du genre humain qui sera atteinte. Il ne s’agit guère de l’avenir, il s’agit du présent. Le cyborg n’est déjà plus une figure de style cinématographique, mais une réalité de laboratoire, puisqu’il est devenu possible, grâce à des fonds publics, d’associer des cellules neuronales humaines à des dispositifs artificiels.

L’idéologie du progrès a mal tourné. Les inégalités planétaires actuelles auraient fait rougir de honte les concepteurs du projet moderne, Bacon, Descartes ou Hegel. A l’époque des Lumières, il n’existait aucune région du monde, en dehors des peuples vernaculaires, où la richesse moyenne par habitant aurait été le double d’une autre. Aujourd’hui, le ratio atteint 1 à 428 (entre le Zimbabwe et le Qatar).

Les échecs répétés des conférences de l’ONU montrent bien que nous sommes loin d’unir les nations contre la menace et de dépasser les intérêts immédiats et égoïstes des Etats comme des individus. Les enjeux, tant pour la gouvernance internationale et nationale que pour l’avenir macroéconomique, sont de nous libérer du culte de la compétitivité, de la croissance qui nous ronge et de la civilisation de la pauvreté dans le gaspillage.

Le nouveau paradigme doit émerger. Les outils conceptuels sont présents, que ce soit dans les précieux travaux du Britannique Tim Jackson ou dans ceux de la Prix Nobel d’économie 2009, l’Américaine Elinor Ostrom, ainsi que dans diverses initiatives de la société civile.

Nos démocraties doivent se restructurer, démocratiser la culture scientifique et maîtriser l’immédiateté qui contredit la prise en compte du temps long. Nous pouvons encore transformer la menace en promesse désirable et crédible. Mais si nous n’agissons pas promptement, c’est à la barbarie que nous sommes certains de nous exposer.

Pour cette raison, répondre à la crise écologique est un devoir moral absolu. Les ennemis de la démocratie sont ceux qui remettent à plus tard les réponses aux enjeux et défis de l’écologie.

Michel Rocard, Dominique Bourg et Floran Augagneur

Article paru dans “Le Monde” le 3 avril 2011


Michel Rocard , ancien premier ministre, coauteur avec Alain Juppé de « La politique, telle qu’elle meurt de ne pas être » (JC Lattès, 314 p., 18 €).

Dominique Bourg, professeur à la faculté des géosciences et de l’environnement de l’université de Lausanne, membre du Comité de veille écologique de la Fondation Nicolas Hulot

Floran Augagneur, philosophe, enseigne la philosophie de l’écologie à l’Institut d’études politiques de Paris

MONDIALISATION: CONJURER LA CATASTROPHE

La réflexion globale de André TOSEL, empreinte de rigueur et d’appel à la créativité, vient à point en particulier pour nos peuples du Sud méditerranéen au moment où ils se soulèvent pour la liberté et le changement (quel changement ?).

La question-clef est en effet pour nous, comme pour les peuples du reste de la planète: quelle alternative crédible et possible aux catastrophes humaines et naturelles que le libéralisme capitaliste ne cesse d’accumuler à des échelles de grandeur inédites?

Pour l’Humanité aujourd’hui, le choix est bien entre « l’irresponsabilité systémique du capitalisme » qui pousse à une barbarie irréversible, ou « ‘l’émancipation dans la finitude ».

C’est peut-être, conclut André Tosel, l’idée communiste elle-même.

Ou comme le dit autrement Michel Peyret, qui nous a envoyé ce texte: un communisme possible.

UN COMMUNISME POSSIBLE!

Cinquante thèses sur la mondialisation capitaliste et sur un communisme possible, c’est à une somme théorique et politique impressionnante que nous convie André Tosel.

D’autant, nous dit-il, que ces thèses résument et prolongent tout à la fois la réflexion contenue dans l’ouvrage «Un monde en abîme? Essai sur la mondialisation capitaliste».

Elles marquent aussi le point d’arrivée actuel d’un parcours commencé en 1984 dans «Praxis. Vers une refondation en philosophie marxiste», poursuivi avec «L’esprit de scission. Etudes sur Marx, Gramsci et Lukacs», se reprenant à la fois dans «Démocratie et libéralisme» et dans «Études sur Marx (et Engels). Vers un communisme de la finitude»

ÉLABORER UNE PENSÉE DE L’ÉMANCIPATION

Ces thèses ont un but: elles «entendent servir de point d’appui pour une pensée de l’émancipation qui soit à la hauteur des défis imposés par la mondialisation capitaliste parvenue aujourd’hui à un point d’implosion et de saturation sans précédent.»

André Tosel se fait alors quelque peu solennel: «Rien ne garantit l’issue heureuse de ce qui est une crise organique du capitalisme mondialisé et barbare. Notre responsabilité est engagée de toute urgence.»

Bien évidemment, dans ce court texte, nous ne pourrons reprendre toute la fresque que brosse André Tosel de l’évolution du mode de production capitaliste depuis son apparition au 15ème siècle.

Nos lecteurs, s’ils sont mis en appétit par les aspects que nous jugeons les plus importants là de l’apport de André Tosel, pourront facilement retrouver le document original et complet.

EN QUOI, POURQUOI, NOTRE RESPONSABILITÉ EST ENGAGÉE

Mais c’est d’abord sur cette responsabilité que souligne André Tosel que nous voulons également insister en recourant à une partie de sa conclusion.

«La Terre, dit-il, est un ensemble de processus définis par leur logique propre et mouvante qui se trouvent avoir conditionné et toléré jusqu’ici notre vie et notre survie.

«La modification de ces conditions peut entraîner soit notre disparition, soit des modifications catastrophiques que seuls les puissants et les riches pourront aménager en aggravant tous les processus d’inégalisations et en exterminant les faibles et les pauvres concurrents dans une lutte à mort pour une survie barbare.»

Cette appréhension en termes de classe de l’avenir de notre planète et de ses habitants mérite d’être soulignée. Elle est suffisamment alarmante pour mettre en évidence que l’humanité, qui a traversé bien des drames dans les différentes époques qu’elle a connues, n’a pas encore atteint les sommets de totalitarisme et de barbarie qu’elle pourrait subir.

Là, le mode de production capitaliste n’aurait même plus besoin de recourir à ces régimes présentés comme responsables de nombre de génocides, tels les régimes fascistes, c’est lui-même et en tant que tel qu’il assumerait le crime généralisé susceptible d’assurer sa perpétuation elle-même criminelle.

LA CATASTROPHE EST BIEN LÀ!

«La catastrophe est bien là, juge André Tosel, et elle nous impose de trouver ici et maintenant les moyens de la conjurer en exerçant une responsabilité qui a pour horizon la réorientation de la production et de la consommation, la reformulation du droit et de la politique, la réforme des médias et la réappropriation non marchande de la culture scientifique comme de la vie quotidienne.

«Le premier pas à faire en cette voie de la responsabilité est de cesser de nous considérer comme impuissants et de nous démoraliser en développant uniquement le savoir par ailleurs nécessaire de cette impuissance. Il importe de développer un savoir des résistances capables d’imaginer et d’inventer ici et maintenant… »

Bien naturellement, André Tosel expose les cheminements qu’il décèle dans l’histoire au point où elle est parvenue et qui suscite les appréhensions fortes qui sont les siennes.

LA PROBLÉMATIQUE DU SYSTEME-MONDE

Nous le rejoignons à nouveau alors qu’il aborde la troisième période de la mondialisation capitaliste et ce qu’il nomme une théorie de l’histoire fondée sur la problématique du système-monde et de l’économie-monde avec sa dialectique des centres et des périphéries et des déplacements de centres et de périphéries – qui a été capable de nous situer dans le maelström de cette phase ultime de la mondialisation.

«Cette théorie de l’histoire n’est pas une nouvelle philosophie de l’histoire assurée de la garantie de sa fin heureuse incarnée dans un nation élue ou une classe universelle.

« Elle critique au contraire la philosophie de l’histoire néo-libérale qui sous-tend l’expansion du capitalisme global en voulant nous faire croire qu’elle est celle de la poursuite du mouvement d’assimilation et d’universalisation moderne et qu’elle a pour objectif la réalisation du rêve des Lumières, une «cosmopolis», un monde devenu cité de tous où tous et chacun seraient des citoyens…»

LA CONTINUITÉ ET LA DIFFÉRENCE

André Tosel considère que cette théorie est confrontée au problème classique de distinguer ce qui pour chaque période déterminée assure la continuité avec le passé et ce qui porte la différence propre à chaque période.

Il interroge: qu’est-ce qui maintient une invariance actualisée en des formes néanmoins particulières? Comment penser ensemble identité et différence?

Pour lui, c’est la théorie des systèmes-monde élaborée par les historiens Fernand Braudel – qui s’est voulu non-marxiste -, Immanuel Wallerstein et Giovanni Arrighi – qui assument la référence à Marx – qui donne une réponse opératoire.

L’ACCUMULATION INFINIE DU CAPITAL

«C’est l’accumulation infinie du capital qui est une puissance en mesure d’imposer à tout et à tous une soumission réelle: c’est la lutte permanente contre la baisse des taux de profit lié au maintien et à l’extension de la plus-value relative, c’est la multiplication de mécanismes financiers colossaux au bénéfice exclusif d’une classe dirigeante qui se transforme en caste fermée, cynique et irresponsable socialement et humainement.»

Cet invariant existe donc, mais il s’instancie sous des formes transformées.

Sont concernés aussi bien le procès de travail et sa technologie sociale nouvelle, les crise de l’accumulation financière mondiale, les déplacements des industries, les transformations des institutions politiques étatiques et transnationales, les nouvelles différenciations sociales compliquant le schéma de l’opposition simple entre deux camps fondamentaux et attestant la réalité de mouvements inédits d’inégalisation sociale et politique, la naissance de formes neuves d’individualité historique inscrites dans la constitution de métropoles urbaines sans précédent, les nouvelles modalités du consensus lié à la généralisation de la consommation et au rôle des médias, les manifestations d’une nouvelle violence civile qui accompagne la production d’une humanité devenue superflue, la position du problème de la guerre et de la paix en fonction des mutations géo-économico-politiques, le devenir de l’universalisme occidental dans une époque d’émergence et de contamination des cultures en lutte contre toute hégémonie impériale, la radicalisation ontologique de la question écologique impliquée dans la réaction de la planète Terre aux effets induits par les activités humaines propres au capitalisme mondialisé et à sa croissance sans mesure ni limites.

LA RUPTURE OU LA FIN

Pour André Tosel, «l’analyse est confrontée en définitive à la question de savoir si ces éléments de nouveauté introduisent ou non une rupture sans précédent dans le procès historique qui obligerait à considérer tout le passé du système-monde comme parvenu à sa fin en raison des menaces de catastrophes que cette nouveauté réalise.
« Ne sommes-nous pas entrés en une nouvelle période de l’histoire humaine où serait devenue improposable la forme même de la croissance et du développement tels que le capitalisme mondialisé les exacerbe?»

André Tosel alourdit le tableau: l’ extention quantitative du mode de production capitaliste est une évidence; elle est d’abord celle des entreprises dirigées par une mince couche d’actionnaires trans-individuels, du triomphe de la spéculation financière qui prétend se faire monde; elle est celle d’un réseau mondial d’informations et de connaissances semblant faire exister un monde un où tout ce qui se passe ici en un lieu concerne par ses effets ce qui se passe là, en un autre milieu, un monde d’interdépendances complexes qui défient l’analyse.

Il poursuit: «Toutes les entités territoriales, tous les groupements humains sont bouleversés; certains sont liquidés, d’autres se forment; tous sont remis en question dans leur consistance et leurs structures avec une accélération temporelle et selon des rythmes sans équivalents dans le passé.»

QUE SIGNIFIE CE BOULEVERSEMENT?

Pour André Tosel, «la question est de savoir ce que signifie ce bouleversement sur le plan qualitatif; cette question a pour seule norme la teneur universelle de ce bouleversement en qualité humaine, en puissance de penser et d’agir disponible pour chacun individuellement et pour tous collectivement.

« Il s’agit de déterminer si cette extension quantitative est encore ou non une assimilation qualitative des humains à des niveaux certes contradictoires mais relativement plus élevés.

« Ou si la nouvelle qualité est de sens contraire.

« Il ne suffit pas de comprendre que le transnational oblige à redéfinir les autres niveaux, de l’international, du national, du régional, de l’urbain, et du local.

« Il ne suffit pas d’affirmer que se constitue « le local », le local de dimension globale, le global de pertinence locale.»

LE SENS ET LE NON-SENS DE LA MONDIALISATION

André Tosel considère que la question «est celle de l’évaluation immanente de la mondialisation, son sens et son non-sens, de sa direction en tant que celle-ci est supposée se poursuivre à l’infini, livrée à la logique de son seul impératif catégorique «pur».

« Ce n’est pas celle de la délivrance de possibles positifs mais celle du risque d’universalisation de catastrophes, de possibles négatifs en voie de réalisation.

« S’il en est ainsi, ce sont nos modalités de concevoir le changement historique qui sont en cause par-delà la vieille opposition entre réformes et révolution maintenant néanmoins ce fond commun que serait la croissance infinie…»

André Tosel constate alors que jusqu’à présent les couches dirigeantes ont réussi à contenir et déplacer la crise organique d’une assimilation menacée de s’interrompre en transformant la crise d’hégémonie en occasion pour un déplacement d’hégémonie compatible avec leur domination de la société.

Il en a été ainsi successivement avec les fascismes, le Welfare State et jusqu’à présent avec l’État de droit serviteur de la dérégulation, indispensable au fonctionnement du capitalisme mondialisé.

LES RÉALITÉS NOUVELLES

André Tosel analyse cependant les réalités nouvelles, d’abord la nouvelle entreprise dans le marché mondial.

Le déclin est le destin réservé aux industries saturées comme l’automobile.

Inversement, ce sont les industries reposant sur la nouvelle technologie sociale (communication, information) qui sont les plus productives de valeur ajoutée.

Le capitalisme cognitif est bien une réalité nouvelle.

Mais, dit-il, il serait toutefois imprudent d’en conclure que ce capitalisme contient en lui la possibilité d’un reversement communiste: les entreprises de la communication ne cessent pas pour autant de fonctionner en reproduisant la soumission réelle de leurs employés et de leurs utilisateurs. Elles sont davantage l’enjeu de nouvelles luttes de classes.

DU FORDISME AU TOYOTISME

Avec le passage du fordisme au toyotisme, s’est imposé la contrainte d’une nouvelle productivité qui s’est révélée en toute son ampleur avec la pratique de délocalisations justifiées par l’exigence de taux de profit énormes.

«La conséquence, dit André Tosel, a été la production d’un chômage structural incompressible. Le capitalisme mondial est bien producteur d’une société liquide qui fait fluer tout ce qui lui résiste, qui a liquidé tout obstacle, notamment le mouvement ouvrier de la grande industrie avec ses institutions de protection et de solidarité, et avec ses institutions politiques, partis socialistes et communistes, réformistes supposés et experts révolutionnaires…»

LA MARCHANDISATION DU DÉSIR

Dans cette société, poursuit-il, «le désir humain se marchandise comme désir de consommer en une sorte de réflexivité perverse auto-référentielle. Se produit et reproduit ainsi une jouissance d’avoir et de consumer qui se substitue tendanciellement au désir d’exister comme création de soi dans des oeuvres et des actions.

Cette jouissance produit une frustration et une envie incessantes mais elle exerce un pouvoir de subjectivation colossal. Le capitalisme mondial mondialise sa séduction qui est celle des marchandises. Le devenir consommation de la production rend le capitalisme désirable par tous les individus, y compris par tous ceux dont il stimule les besoins tout en les brimant si ces derniers sont insolvables.

« La financiarisation spéculative, complète-t-il, a permis une expansion inédite qui est une pseudo-assimilation positive des individus à des niveaux supérieurs de puissance sociale d’agir et de penser.

Elle consiste à lier désir du désir et jouissance illimitée en transformant le plus grand nombre possible d’individus insolvables en individus indéfiniment solvables, en les endettant à vie…

Si l’entreprise et le supermarché sont des institutions totales, la carte de crédit est la véritable carte d’identité mondiale qui ouvre le paradis des jouissances immédiates sous la clause de l’endettement universel et permanent…»

UNIFICATIONS, FRAGMENTATIONS, INÉGALITÉS

Ainsi, au total, la mondialisation capitaliste unifie le monde en le fragmentant et l’inégalisant. Les inégalités entre les couches dirigeantes et les autres classes prennent des formes vertigineuses.

Il devient un privilège de posséder un emploi stable et de subir l’exploitation salariale.

La délinquance sociale et la répression augmentent du même pas que ce symbole négatif qu’est en France la scandaleuse création proto-fasciste d’un Ministère de l’immigration et de l’identité.

Une plèbe inutilisée et socialement inutilisable dans les conditions actuelles est constituée en déchet social, objet d’une gestion tout à la fois humanitaire et sécuritaire qui lui donne le choix entre soumission à une assistance sans avenir et la transgression dans des actes de violence ouvrant la voie d’une prison à vie…

André Tosel considère comme légitime de reprendre à Hannah Arendt le concept de Human Superfluity par lequel elle définissait le totalitarisme du siècle passé…

UN CAPITALISME TOTALITAIRE

Il existe bien aujourd’hui un néo-totalitarisme, un capitalisme totalitaire qui déploie les conséquences de l’impératif systémique capitaliste en contradiction violente avec les prétentions à l’assimilation de tous les individus à la condition d’homme libre et de citoyen actif.

«Ce monde, dit-il, est tout autant une mégamachine à assimiler qu’à désassimiler et la part des désassimilations grandit jusqu’à la catastrophe. Des millions d’hommes souffrant de la misère et du manque de biens élémentaires sont privés de la condition existentielle d’être au monde, d’appartenir à un monde commun produit par nos activités et milieu de toute culture des capacités.

UNE IMMENSE DESÉMANCIPATION

Pour André Tosel, «un immense mouvement de désémancipation qui est production d’un non-monde pour les classes subalternes montre la fragilité réelle et la barbarie de la mondialisation capitaliste qui transforme toutes les victimes du précariat en « autres » incomposables, déspécifiés, expulsés de ce qui en fait nos semblables.»

Dans ce contexte, l’État n’a pas disparu. Il demeure nécessaire comme fonction de l’accumulation capitaliste.

Naît dans l’interdépendance globale un nouvel État de droit privé chargé de payer la crise financière et de renforcer la classe dirigeante et ses privilèges exorbitants.

Il réduit ainsi au maximum le niveau des salaires, celui des emplois; il redéfinit selon les règles du marché tous les services publics désormais marchandisés.

Il conserve et renforce la fonction de gestion d’une force de travail devenue internationale.

C’est lui qui prodruit les statuts classant la population en l’enfermant dans des frontières étanches: citoyens nationaux de plein droit, travailleurs au chômage, intermittents ou réduits à l’état de déchet social, travailleurs non-nationaux de hier et d’aujourd’hui, du sud ou de l ‘est, avec ou sans travail, avec ou sans papiers, avec ou sans logement.

Partout les femmes sont les victimes les plus stigmatisées et les plus nombreuses de cette échelle descendante de l’enfer social qui redouble la patriarcalisme initial.

LA DÉMOCRATIE TOMBE LE MASQUE

À ces fonctions, l’État s’ajoute une fonction de répression à l’ensemble des «délinquants» de la mauvaise vie, mais en fait destinée à prévenir tout mouvement de protestation un peu vigoureux.

«Ce triomphe de l’État pénal, André Tosel considère qu’il achève de qualifier l’État démocratique représentatif, fin des droits de l’homme et du citoyen, comme État d’un bonapartisme soft qui pourra devenir «hard» en cas de crise ouverte d’hégémonie.»

C’est donc la démocratie régime qui tombe le masque et se révèle pour ce qu’elle est, la forme mondialisée de l’autoliquidation de la démocratie comme démocratie processus.

Par delà, c’est tout le régime politique – partis, parlements, groupes de pression – et ses relais dans la société civile – qui contribue à vider de toute substance la démocratie en se constituant en système autoréférentiel destiné à se reproduire et à fournir à ses acteurs des carrières et des prébendes.

LA DESAPPROPRIATION DE LA CITOYENNETÉ

«La politique comme métier, dit André Tosel, produit de la désappropriation et vide la citoyenneté de toute efficacité; elle la ritualise faisant de l’élection le mécanisme essentiel d’un principat démocratique dépourvu de toute responsabilité effective.

Le système de ce principat a décapité les masses subalternes en intégrant les partis dits de gauche qui avaient eu hier le mérite de mettre au centre du débat public des alternatives fondées sur des argumentations.

Les partis socio-démocrates dans leur totalité et les partis communistes en leur majorité ont capitulé dans la lutte et acceptent, résignés ou non, le tourniquet d’alternances qui laissent la majorité du peuple des exclus sans représentation politique.»

UNE REPRÉSENTATION NON REPRÉSENTANTE

« Le principat démocratique, poursuit-il, repose sur une représentation non représentante.
« Il s’auto-immunise de toute pénétration de la part des subalternes en s’exemptant de toute prise en compte des revendications de base tout comme il immunise l’appareil productif entrepreneurial de toute responsabilité devant les conséquences de sa politique.
« L’espace politique est donc drastiquement limité alors que la dimension politique de tous les problèmes s’universalise pour autant que ceux-ci concernent le bien commun, la possibilité de l’être en commun, le sens commun de l’humanité.»

Au total, la mondialisation capitaliste ne peut que déplacer la crise organique qui la caractérise parce que devient énorme la masse quantitative et qualitative qu’elle ne peut assimiler et qu’elle désassimile.

LES MOYENS DE CONJURER LA CATASTROPHE

«La catastrophe est bien là, confirme André Tosel, et elle nous impose de trouver ici et maintenant les moyens de la conjurer en exerçant une responsabilité qui a pour horizon la réorientation de la production et de la consommation, la reformulation du droit et de la politique, la réforme des médias et la réappropriation non-marchande de la culture scientifique comme de la vie quotidienne…

« L’action exigée implique une intervention politique qui prend deux voies complémentaires à parcourir, la voie de l’invention et de l’expérimentation de nouvelles formes de vie dans la lutte contre la mégamachine et la voie du réinvestissement du champ politique étatique.

«Cette dernière voie est actuellement interdite par ce que sont devenus le système politique et les partis dits de gauche?»

DES MOUVEMENTS DE MASSE ET DE BASE INDISPENSABLES

Pour André Tosel, «l’initiative ne peut venir pour l’instant que des mouvements de masse et de base expérimentaux qui s’interdisent de se mettre à la place des responsables économiques, politiques et culturels de la catastrophe.

« Il est devenu impossible de formuler l’idée d’une révolution résolutoire à venir après le capitalisme…La crise organique du capitalisme signifie le retour à la barbarie, ou plutôt un cours inédit. Il n’y a plus d’après.

« C’est maintenant qu’il faut répondre à l’irresponsabilité systémique et reformuler l’idée d’émancipation dans la finitude, ce qui est peut-être l’idée communiste elle-même.
»

Michel Peyret

1er Mars 2011

QUAND L’ISLANDE RÉINVENTE LA DÉMOCRATIE

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Aussi incroyable que cela puisse paraître, une véritable révolution démocratique et anticapitaliste a lieu en Islande en ce moment même, et (presque) personne n’en parle, aucun média ne relaie l’information, vous n’en trouverez presque pas trace sur «google»: bref, le black-out total …

Pourtant, la nature des évènements en cours en Islande est sidérante:

un Peuple qui chasse la droite au pouvoir en assiégeant pacifiquement le palais présidentiel,

une « gauche » libérale de remplacement elle aussi évincée des «responsabilités» parce qu’elle entendait mener la même politique que la droite,

un référendum imposé par le Peuple pour déterminer s’il fallait rembourser ou pas les banques capitalistes qui ont plongé par leur irresponsabilité le pays dans la crise,

une victoire à 93% imposant le non-remboursement des banques,

une nationalisation des banques, et, point d’orgue de ce processus par bien des aspects «révolutionnaire»: l’élection d’une assemblée constituante le 27 novembre 2010, chargée d’écrire les nouvelles lois fondamentales qui traduiront dorénavant la colère populaire contre le capitalisme, et les aspirations du Peuple à une autre société.

Alors que gronde dans l’Europe entière la colère des Peuples pris à la gorge par le rouleau-compresseur capitaliste, l’actualité nous dévoile un autre possible, une histoire en marche susceptible de briser bien des certitudes, et surtout de donner aux luttes qui enflamment l’Europe une perspective: la reconquête démocratique et populaire du pouvoir, au service de la population.

Plus bas, vous trouverez deux articles traitant de cette révolution en marche, à faire circuler le plus largement possible, puisqu’on ne doit compter sur aucun média pour le faire à notre place.


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QUAND L’ISLANDE RÉINVENTE LA DÉMOCRATIE

Depuis le samedi 27 novembre, l’Islande dispose d’une Assemblée constituante composée de 25 simples citoyens élus par leurs pairs. Son but : réécrire entièrement la constitution de 1944 en tirant notamment les leçons de la crise financière qui, en 2008, a frappé le pays de plein fouet.

Depuis cette crise dont elle est loin d’être remise, l’Islande a connu un certain nombre de changements assez spectaculaires, à commencer par la nationalisation des trois principales banques, suivie de la démission du gouvernement de droite sous la pression populaire. Les élections législatives de 2009 ont amené au pouvoir une coalition de gauche formée de l’Alliance (groupement de partis composé des sociaux-démocrates, de féministes et d’ex-communistes) et du Mouvement des Verts de gauche. C’était une première pour l’Islande, tout comme la nomination d’une femme, Johanna Sigurdardottir, au poste de Premier ministre.

Très vite, le nouveau gouvernement se trouve face à un problème épineux : le règlement aux Pays-Bas et au Royaume-Uni d’une dette de 3,5 milliards d’euros suite à la faillite d’Icesave, banque en ligne dont les opérations étaient tournées principalement vers ces deux pays. Sous la pression de l’Union européenne, à laquelle les sociaux-démocrates souhaiteraient adhérer, le gouvernement fait voter en janvier 2010 une loi autorisant ce remboursement, ce qui reviendrait, pour chaque Islandais, à débourser pendant huit ans une somme d’environ 100 euros par mois. Mais le président de la République refuse de ratifier la loi, dont le texte est alors soumis à un référendum. À plus de 93%, les Islandais votent contre le remboursement de la dette (6 mars), et depuis le problème reste en suspens.

C’est dans ce contexte que l’Islande décide de modifier sa constitution, qui en fait n’a jamais été vraiment rédigée: lorsqu’en 1944 la république avait été proclamée, on s’était contenté de recopier dans les grandes lignes la constitution du Danemark, pays dont l’Islande dépendait depuis plusieurs décennies, en remplaçant simplement le terme de “roi” par celui de “président de la République”. C’est donc une nouvelle constitution qu’il s’agit d’écrire entièrement, et pour cela on a décidé de faire confiance au peuple souverain. Il y a eu d’abord un appel à candidatures (tout le monde pouvait se présenter à l’exception des élus nationaux, à condition d’avoir dix-huit ans révolus et d’être soutenu par au moins trente personnes) auquel ont répondu 522 citoyennes et citoyens. C’est parmi eux qu’ont été élus les 25 constituants.

Ces derniers commenceront à se réunir à la mi-février et rendront leur copie avant l’été. Parmi les propositions qui reviennent le plus souvent, on peut noter la séparation de l’Église et de l’État, la nationalisation de l’ensemble des ressources naturelles et une séparation claire des pouvoirs exécutif et législatif.

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[Certes, l’Islande n’est qu’un petit pays d’environ 320 000 habitants. Elle donne cependant là une belle leçon de démocratie aux grands États dont la France: songeons que, dans notre pays, la réforme constitutionnelle de 2008 a été entièrement rédigée à l’Élysée, et que les parlementaires ne l’ont adoptée qu’à deux voix près après avoir été soumis pendant des semaines à des pressions intolérables de la part du chef de l’État.

http://www.cadtm.org/Quand-l-Islande-reinvente-la–>http://www.cadtm.org/Quand-l-Islande-reinvente-la]

SOURCE: http://www.cadtm.org


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Révolution

Quand l’Islande réinvente la démocratie

L’ ASSEMBLÉE CONSTITUANTE A ÉTÉ ÉLUE EN NOVEMBRE

Un jour, il y a quelques mois, un anglais passant par Paris, rencontré à la librairie Lady Long Solo, nous alertait sur la révolution en Islande. Quelle révolution? On n’en entend parler nulle part. Une rapide recherche google ne donne rien du tout, aujourd’hui, ni en associant le mot «révolution», ni même «crise», où l’on ne trouve que des détails sur la crise financière, effectivement à l’origine de cette révolution, qui a eu lieu en 2008, dans ce pays d’à peine plus de 300 000 habitants, classé au deuxième rang mondial sur l’indice du développement humain, l’IDH, derrière la Norvège, à la veille de cette crise, en 2006.

Confronté alors à la faillite brutale du système bancaire, le peuple était descendu dans la rue. Du jamais vu au pays des jeysers d’eau chaude. La droite avait aussitôt dû céder la place à la gauche. Et, pour commencer, les banques avaient été nationalisées. Notre informateur anglais en avait entendu parler pour les projets législatifs de liberté totale pour internet, tels que des sites anglais pensaient à s’héberger là. Plus encore, il insistait pour parler d’une véritable révolution, sans pouvoir la décrire plus, mais s’étonnant qu’on n’en ait jamais entendu parler.

Cherchant alors avec obstination, on a fini par voir des images du palais présidentiel assiégé par une foule qu’on qualifierait ici sans hésiter d’anarcho-autonome. En plus des drapeaux noirs, on pouvait deviner dans la foule une forte composante de citoyenneté de type écologiste. Et on comprenait que le pauvre malheureux flic, tout seul devant le palais présidentiel, ait rapidement dû se rendre sous la pression de la foule. Celle-ci, néanmoins pacifique, n’usait que de casseroles et autres objets bruyants, selon la méthode argentine du cacerolazo, qui a su s’avérer très payante aussi là-bas.

Le président avait plié bagage. Un nouveau gouvernement s’était institué. Mais, quelques temps plus tard, celui-ci avait la mauvaise idée de proposer le remboursement de la dette des banques vis-à-vis du Danemark ou de la Grande Bretagne. Le peuple est de nouveau descendu dans la rue. Un référendum sur la question était imposé par volonté populaire, et une petite majorité de 93% rejetait l’accord prévu par les gentils gouvernants.

Parmi les informations glanées, cette image saisissante de l’agora dans les bains publics chauds, où le peuple s’assemble tous les matins pour débattre de comment refaire le monde.

Consécration de cette révolution, l’élection d’une Assemblée constituante, le 27 novembre 2010, événement peut-être plus considérable que la nuit du 4 août 1789 où était votée l’abolition des privilèges, dont on ne se serait pas aperçu sans la vigilance de Truks en vrac, de notre ami B.Bec, du Gers, relayant le CADTM, ou de Jean-Luc Mélenchon, qui trouve là une similitude avec ses propres thèses constitutionnalistes, mais ne semble pas voir plus loin que le bout de son nez anti-capitaliste.

Merveille de la désinformation. Un événement aussi considérable qu’une véritable révolution démocratique, telle qu’on n’en a jamais vue en Europe, peut se produire sans que la presse, ni google, ne permettent d’en savoir quoi que ce soit. C’est sûr qu’à l’heure de la consolidation anti-démocratique que vivent la plupart des pays européens, l’exemple islandais ne fait pas vraiment l’affaire de nos régimes policiers, qui montrent là encore leur aptitude à verrouiller rigoureusement la conscience collective.

On aimerait assurément en savoir plus sur cette révolution islandaise. Voilà des mois que Paris s’éveille rêve de téléporter sa rédaction pour un reportage approfondi au pays des chasseurs de baleines et d’utopie. S’immerger dans les bains chauds de la révolution démocratique fait certes envie, surtout vu du cœur de notre hiver sécuritaire.

[Il faut s’imaginer les 25 «simples citoyens» qui vont plancher sur la constitution idéale. Le souffle de l’humanité devrait se retenir. Où l’on verra probablement qu’il n’est pas difficile de faire mieux que toutes les figures de pseudo-démocraties qui se sont déclinées jusqu’ici sur les cinq continents.

 >http://www.parisseveille.info/quand-l-islande-reinvente-la,2643.html]
Cet article se voudrait un appel à qui aurait plus d’informations sur cette extraordinaire histoire islandaise. [[On peut m’écrire à : michelsitbon@gmail.com, et je relayerai avec plaisir. Un dossier sur la révolution islandaise tente de rassembler les articles qu’on peut trouver sur le sujet.]]

[Source : truks en vracs ; CADTM]


Quand le gouvernement viole les droits du peuple

L’insurrection

est pour le peuple et pour chaque partie du peuple

le plus sacré des droits et

le plus indispensable des devoirs

Art. 35

« Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen 24 juin 1793”


http://www.rue89.com/2011/02/12/manifs-en-algerie-la-police-a-gagne-pour-linstant-190257?page=0#comment-2142989
6 Messages de forum

Quand l’Islande réinvente la démocratie 23 janvier 02:03, par Mil y Terre

Louable appel… Relayé ici :

http://icietmaintenant.fr/SMF/index…

Ici :
http://bankrun2010.forumsactifs.com…

et ici :
http://forum.choix-realite.org/view…


Quand l’Islande réinvente la démocratie 23 janvier 18:24, par Mil y Terre

AFP, le 14/01/11 à 19:22

 » Arrestation de deux ex-dirigeants de la banque islandaise Landsbanki

Deux anciens dirigeants de la banque islandaise Landsbanki, dont son ancien PDG, ont été arrêtés dans le cadre d’une enquête pour «manipulations de marchés», […].

Sigurjon Arnason, l’ancien patron de la banque nationalisée d’urgence en 2008, et Ivar Gudjonsson, son ancien directeur des investissements, ont été présentés à un juge […] «L’enquête est toujours en cours»[…]. «S’ils sont inculpés pour manipulation de marchés, la peine de prison maximale est de six ans ferme», a expliqué le procureur à l’AFP.

M. Gudjunsson et M. Arnason ont été placés en détention provisoire par le juge jusqu’au 21 et au 25 janvier respectivement[…].Trois autres ex-dirigeants de la banque ont également été entendus par la police jeudi avant d’être relâchés : […]

Le procureur a été chargé par le gouvernement islandais de faire la lumière sur les éventuels agissements frauduleux ou illégaux des banquiers islandais, surnommés «les sorciers» au moment où leurs établissements prospéraient en Europe du Nord.

En mai 2010, une enquête similaire sur la banque Kaupthing avait abouti à l’arrestation de plusieurs anciens dirigeants.©

2011 AFP »
https://www.fortuneo.fr/mobile/fr/i…


Quand l’Islande réinvente la démocratie 1er février 16:28, par Pascal

Bonjour tout le monde,
93 % de la population d’un pays qui s’entendent pour refuser de payer la dette de leur pays!

Cela me laisse songeur…

Il ne vaudrait mieux pas que cela se sache car cela pourrait donner des idées à pas mal de pays endettés…

Nous en France, ça va, nous ne sommes pas endettés!

Et que se passerait-il si les citoyens eux-mêmes décidaient de ne plus honorer leur crédits?

Moi je vous le dis : cela ferait une belle pagaille!

C’est une affaire à suivre…

Merci pour cette info rafraîchissante…


Quand l’Islande réinvente la démocratie 9 février 11:36, par Vincebart

c’est ironique ?


Quand l’Islande réinvente la démocratie 12 février 09:30, par soliris

La france n’est pas endettée? C’est probablement une réponse ironique, car avec ses 800 000 000 000 euros d’emprunt public, que la vente d’actifs historiques du parc immobilier n’arrive même pas à payer les intérêts, dans peu de temps la même révolution va gronder…

Les Français iront taper sur des casseroles, comme en Argentine, car avec la faillite de l’Etat, ils n’auront plus de quoi s’acheter un pain.


Quand l’Islande réinvente la démocratie 14 février 07:16, par YVAN BACHAUD

NE REVEZ PAS…SVP

520 candidats pour 25 postes

Cela fait en gros comme pour les législatives chez nous. # 20 CANDIDATS par poste. mais UN ou 2 ayant une chance désignés par UMPS…

Je suis prêt a parier que les partis traditionnels auront eu un maximum d’élus et que donc on n’aura pas une Constitution démocratique.

Il aurait fallu tirer au sort la Constituante pour avoir une juste représentation citoyenne.
PAR UN DOUBLE TIRAGE;

En Islande on en tire 500 puis on explique leur mission et moyens fournis et on demande ceux qui veulent être dans les 25 de le dire

Mettons qu’il y en ait 300 QUI ACCEPTENT on en tire alors 25 plus 5 suppléants..
On verra si la Constitution comportera le RIC et le vote préférentiel..

J’y crois pas du tout voir ww.ric-france.fr
Voir en ligne : ric-france


http://www.parisseveille.info/quand-l-islande-reinvente-la,2643.html

APRES BENALI, LE MÉCHANT VALET, CORROMPU ET DESTITUÉ, LE FMI RESTERA-T-IL LE VÉRITABLE MAÎTRE ET DICTATEUR?

En cliquant sur le lien de l’article ci-dessous, vous saurez mieux pourquoi, quand au fond, le véritable enjeu des manifestations actuelles de l’opposition tunisienne n’est pas seulement la composition de l’équipe gouvernementale nouvelle, mais bien au-delà, la question de savoir si le peuple et les travailleurs tunisiens continueront à souffrir sous le joug de la dictature mondiale néolibérale.

Le FMI, la Banque Mondiale, les multinationales, les dirigeants collectifs de ce système mondial avec leur bras armé de l’OTAN, peuvent larguer des boucs émissaires, ils ne lâcheront pas facilement leurs proies depuis l’Atlantique jusqu’au Golfe arabo-persique…

« Ce qui arrive en Tunisie relève d’un processus économique mondial qui détruit la vie des gens par la manipulation délibérée des forces du marché ».
(Michel Chossudovsky, Global Famine, op cit.)

La TUNISIE ET LES DIKTATS DU FMI

Michel CHOSSUDOVSKY

L’Aut’Journal – www.lautjournal.info

mardi 25 janvier 2011

Les médias occidentaux proclament, en chœur, que le général Zine el-Abidine Ben Ali, ancien président déchu de la Tunisie, est un dictateur.

Le mouvement de protestation tunisien est simplement décrit comme la conséquence d’un régime antidémocratique et autoritaire défiant les normes de la «communauté internationale».

Toutefois, Ben Ali n’était pas un «dictateur». Les dictateurs décident et dictent. Ben Ali était un serviteur des intérêts économiques occidentaux, un pantin fidèle qui obéissait aux ordres, avec l’appui soutenu de la communauté internationale.

L’interférence étrangère dans les affaires intérieures de la Tunisie n’est pas mentionnée dans les reportages médiatiques. Les hausses de prix de la nourriture n’ont pas été «dictées» par le gouvernement Ben Ali, mais imposées par Wall Street et le Fonds monétaire international (FMI).

Le rôle du gouvernement Ben Ali a été d’appliquer la médecine économique mortelle du FMI, laquelle, sur une période de plus de 20 ans, a servi à déstabiliser l’économie nationale et à appauvrir la population tunisienne.

En tant que chef d’État, Ben Ali n’a pas pris de décision importante. La souveraineté nationale était un souvenir. En 1987, au plus fort de la crise de la dette, le gouvernement nationaliste de gauche d’Habib Bourguiba a été remplacé par un nouveau régime, fermement engagé à adopter des réformes du «marché libre».

La gestion macro-économique sous le commandement du FMI était aux mains des créanciers extérieurs de la Tunisie. Au cours des 23 dernières années, la politique sociale et économique du pays a été dictée par le consensus de Washington.

Ben Ali est demeuré au pouvoir, car son gouvernement a obéi et appliqué efficacement les dictats du FMI, tout en servant à la fois les intérêts des États-Unis et ceux de l’Union européenne.

Ce système a été implanté dans de nombreux pays.

La continuité des réformes fatales du FMI requiert un «changement de régime». La mise en place d’une marionnette politique assure l’application du programme néolibéral, tout en créant des conditions propices à l’effondrement éventuel d’un gouvernement corrompu et impopulaire ayant servi à appauvrir une population entière.

Le mouvement de protestation

Ce ne sont pas Wall Street et les institutions financières internationales situées à Washington qui sont la cible directe du mouvement de protestation. L’implosion sociale a été dirigée contre un gouvernement plutôt que contre l’interférence des puissances étrangères dans l’orientation de la politique gouvernementale.

Au début, les protestations n’étaient pas le résultat d’un mouvement politique organisé et dirigé contre l’imposition des réformes néolibérales.

De plus, des indications laissent croire que le mouvement de protestation a été manipulé dans le but de créer un chaos social, ainsi que d’assurer une continuité politique. Des reportages non corroborés révèlent des actes de répression et d’intimidation par des milices armées dans de grandes zones urbaines.

La question qui importe est comment la crise évoluera-t-elle? Comment la question plus large de l’interférence étrangère sera-t-elle abordée par le peuple tunisien?

Du point de vue de Washington et de Bruxelles, on prévoit le remplacement d’un régime impopulaire et autoritaire par un nouveau gouvernement fantoche. Des élections sont envisagées sous la supervision de la soi-disant communauté internationale, auquel cas des candidats seraient présélectionnés et approuvés.

Si ce processus de changement de régime devait être mis en œuvre pour le compte d’intérêts étrangers, le nouveau gouvernement mandataire assurerait sans doute la continuité du programme politique néolibéral ayant servi à appauvrir la population tunisienne.

Le gouvernement transitoire mené par le président intérimaire Fouad Mebazza se trouve actuellement dans une impasse, avec une opposition féroce émanant du mouvement syndical (UGTT). Mebazza a promis de «rompre avec le passé» sans toutefois spécifier si cela signifie l’annulation des réformes économiques néolibérales.

Aperçu historique

En chœur, les médias ont présenté la crise en Tunisie comme une question de politique intérieure, sans offrir de perspective historique. La présomption veut qu’avec la déposition du «dictateur» et l’installation d’un gouvernement dûment élu, la crise sociale se résoudra tôt ou tard.

Les premières «émeutes du pain» en Tunisie remontent à 1984. Le mouvement de protestation de janvier 1984 a été causé par une hausse de 100 pour cent des prix du pain. Cette augmentation a été exigée par le FMI dans le cadre du programme d’ajustement structurel tunisien (PAS). L’élimination de subventions alimentaires était une condition de facto de l’accord de prêt avec le FMI.

Le président Habib Bourguiba, qui a joué un rôle historique dans la libération de la Tunisie du colonialisme français, a déclaré un état d’urgence en réaction aux émeutes:

Alors que les tirs retentissaient, la police et les troupes d’armée en jeeps et en véhicules blindés de transport de troupes se sont déployées à travers la ville pour réprimer l’«émeute du pain». La démonstration de force a finalement amené un calme inquiétant, mais seulement après que plus de 50 manifestants et passants furent tués. Ensuite, dans une émission dramatique de cinq minutes diffusée à la radio et à la télévision, Bourguiba a annoncé qu’il annulait la hausse de prix. (Tunisia: Bourguiba Lets Them Eat Bread – TIME, janvier 1984)

Après le désaveu du président Bourguiba, la hausse de prix du pain a été annulée. Bourguiba a congédié son ministre de l’Intérieur et a refusé de se conformer aux demandes du consensus de Washington.

Le programme néolibéral avait tout de même été établi et avait mené à une inflation galopante et au chômage de masse. Trois ans plus tard, Bourguiba et son gouvernement ont été chassés dans un coup d’État sans effusion de sang, «en raison d’incompétence».

Cela a conduit à l’installation du général Zine el-Abidine Ben Ali comme président en novembre 1987. Ce coup ne visait pas Bourguiba: il était largement destiné à démanteler de façon permanente la structure politique nationaliste établie initialement au milieu des années 1950, tout en privatisant les avoirs de l’État.

Le coup militaire a non seulement marqué la fin du nationalisme postcolonial mené par Bourguiba, il a également contribué à affaiblir le rôle de la France. Le gouvernement Ben Ali s’est fermement aligné sur Washington plutôt que Paris.

À peine quelques mois après l’installation de Ben Ali comme président en novembre 1987, un accord majeur a été signé avec le FMI. Un accord avait également été conclu avec Bruxelles concernant l’établissement d’un régime de libre-échange avec l’Union européenne. Un programme de privatisation massive sous la supervision du FMI et de la Banque mondiale a aussi été lancé. Avec des salaires horaires de l’ordre de 0,75 euro, la Tunisie était par ailleurs devenue un paradis de main d’œuvre bon marché pour l’Union européenne.

Qui est le dictateur ?

Un examen des documents du FMI suggère que depuis l’inauguration de Ben Ali en 1987 jusqu’à aujourd’hui, son gouvernement s’était fidèlement conformé aux conditionnalités du FMI et de la Banque mondiale, incluant le congédiement de travailleurs du secteur public, l’élimination du contrôle des prix de biens essentiels à la consommation et l’implantation d’un programme de privatisation radical. L’abolition des barrières commerciales ordonnée par la Banque mondiale a favorisé le déclenchement d’une vague de faillites.

À la suite de ces bouleversements de l’économie nationale, les remises en espèces provenant des travailleurs tunisiens dans l’Union européenne sont devenues une source de plus en plus importante de recettes en devises.

Environ 65 000 Tunisiens vivent à l’étranger. En 2010, le montant total des remises en espèces étaient de l’ordre de 1,960 milliards de dollars, une hausse de 57 % par rapport à 2003. Une grande part de ces remises en devises sera affectée au service de la dette extérieure.

L’augmentation spéculative des prix de la nourriture dans le monde

En septembre 2010, un accord a été conclu entre Tunis et le FMI, lequel recommandait l’annulation des subventions restantes comme moyen d’atteindre un équilibre fiscal.

La prudence fiscale demeure une priorité très importante pour les autorités tunisiennes], qui, dans l’environnement international actuel, voient également la nécessité de maintenir en 2010 une politique budgétaire d’un grand secours. Au cours de la dernière décennie, les efforts visant à réduire significativement le ratio d’endettement public ne devraient pas être compromis par une politique budgétaire trop laxiste. Les autorités sont engagées à contrôler fermement les dépenses actuelles, incluant les subventions […] (IMF Tunisia : 2010 Article IV Consultation – Staff Report; Public Information Notice on the Executive Board Discussion; and Statement by the Executive Director for Tunisia [http://www.imf.org/external/pubs/ft/scr/2010/cr10282.pdf)

Il convient de noter que l’insistance du FMI relativement à l’austérité budgétaire et à l’abolition des subventions coïncide chronologiquement avec une nouvelle augmentation des prix des aliments de base aux bourses de marchandise de Londres, New York et Chicago. Ces hausses de prix sont en grande partie le résultat des spéculations pratiquées par d’importants intérêts financiers et commerciaux de l’industrie agricole.

Ces augmentations des prix des aliments, résultant d’une manipulation pure et simple (plutôt que de la rareté), ont servi à appauvrir des populations partout dans le monde. Ces hausses constituent une nouvelle étape dans le processus d’appauvrissement mondial.

Les médias ont simplement induit l’opinion publique en erreur en ce qui concerne les causes de ces augmentations de prix, en se concentrant presque exclusivement sur les questions des coûts de production, du climat et d’autres facteurs entraînant la réduction des réserves et pouvant contribuer à l’augmentation du prix des produits essentiels. Bien que ces facteurs puissent entrer en jeu, leur pertinence est limitée dans l’explication de la hausse impressionnante et dramatique des prix des produits de base.

La montée en flèche des prix des aliments est largement due à la manipulation des marchés. Elle est attribuable aux transactions spéculatives sur les marchés des produits de base. Les prix du grain sont augmentés artificiellement par des opérations spéculatives de grande envergure aux Bourses mercantiles de New York et de Chicago.

Les transactions spéculatives sur le blé, le riz ou le maïs peuvent avoir lieu sans qu’il y ait de transactions réelles sur marchandises. Les institutions qui spéculent sur le marché de grains ne sont pas nécessairement impliquées dans la vente et la livraison réelles du grain.

Les transactions peuvent utiliser des fonds de l’Index des marchandises, lesquels sont des paris sur le mouvement général à la hausse ou à la baisse des prix des produits de base. Une «option de vente» est un pari que le prix diminuera, une «option d’achat» un pari que le prix augmentera. Par une manipulation concertée, les négociateurs institutionnels et les institutions financières font monter le prix et ensuite placent leurs paris sur un mouvement à la hausse des prix d’un produit en particulier.

La spéculation génère de la volatilité sur les marchés. En retour, l’instabilité qui en résulte encourage davantage d’activité spéculative.

Les gains sont réalisés lorsque les prix augmentent. Inversement, si le spéculateur vent à découvert, les gains seront enregistrés lors de la chute des prix.

Cette récente hausse spéculative du prix des aliments a favorisé un processus mondial de création de la famine d’une ampleur sans précédent. » (Michel Chossudovsky, Global Famine, Global Research, 2 mai 2008),

Il y a eu, de 2006 à 2008, une hausse dramatique des prix de tous les produits essentiels, dont le riz, le blé et le maïs. Le prix du riz a triplé en cinq ans, passant d’environ 600 $ la tonne en 2003 à plus de 1800 $ la tonne en mai 2008.

(Michel Chossudovsky, http://www.globalresearch.ca/index…..

Pour plus de détails voir Michel Chossudovsky, chapitre 7, Global Poverty and the Economic Crisis dans Michel Chossudovsky et Andrew Gavin Marshall, éditeurs, The Global Economic Crisis, The Great Depression of the XXI Century, Global Research, Montréal 2010, http://globalresearch.ca/index.php?… )

L’augmentation récente du prix du grain est caractérisée par un bond de 32 % enregistré durant la deuxième moitié de 2010 dans l’indice composite des prix alimentaires.

La forte hausse des prix du sucre, des céréales et des oléagineux a conduit les prix alimentaires mondiaux à un record en décembre, dépassant les coûts de 2008, lesquels avaient déclenché des émeutes à travers le monde, et suscitant des mises en garde à l’effet que les prix s’aventuraient en terrain dangereux.

En décembre, un indice compilé mensuellement par les Nations Unies a battu son record de juin 2008 pour atteindre le niveau le plus élevé depuis la création des registres en 1990. Publié par l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (ONUAA) située à Rome, l’indice, qui suit les prix d’un panier de céréales, des oléagineux, des produits laitiers, de la viande et du sucre, a augmenté pendant six mois consécutifs. (Jill Treanor, World food prices enter ’danger territory’ to reach record high, The Guardian, 5 janvier 2011)

Amère ironie : avec une augmentation du prix des aliments en arrière-plan, le FMI recommande l’annulation des subventions dans le but d’atteindre l’objectif d’austérité budgétaire.

Manipulation des données sur la pauvreté et le chômage

Il règne un climat de désespoir social, les vies sont brisées.

Alors que le mouvement de protestation en Tunisie est visiblement le résultat d’un processus d’appauvrissement de masse, la Banque mondiale soutient que les niveaux de pauvreté ont été réduits grâce aux réformes de libre-marché adoptées par le gouvernement Ben Ali.

Selon le rapport de la Banque mondiale sur la Tunisie, le gouvernement tunisien (avec l’appui des institutions de Bretton Woods) a contribué à réduire les niveaux de pauvreté à 7 % (des niveaux nettement plus bas que ceux enregistrés aux États-Unis et dans l’Union européenne).

La Tunisie a enregistré des progrès remarquables en matière de croissance équitable, de lutte contre la pauvreté et d’indicateurs sociaux. Son taux de croissance s’est maintenu à 5% en moyenne au cours des vingt dernières années, avec une progression régulière du revenu par habitant et une augmentation parallèle du bien-être de sa population mise en évidence par un taux de pauvreté qui est parmi les plus bas de la région (7 %).

La réduction de la pauvreté est attribuable principalement à la progression régulière du revenu par habitant […] L’amélioration du réseau routier rural a joué un rôle particulièrement important en permettant aux populations pauvres vivant dans les campagnes d’accéder aux marchés et aux services urbains. Les programmes de logement ont amélioré les conditions de vie des populations pauvres et permis de dégager des revenus et de l’épargne pour financer des dépenses alimentaires et non alimentaires, ce qui a contribué également à agir favorablement sur l’allégement de la pauvreté. Les subventions alimentaires, qui étaient destinées aux pauvres, quoiqu’elles n’aient pas fonctionné de façon optimale, ont également aidé les habitants pauvres des villes. (Banque mondiale, Note de présentation de la Tunisie) Ces chiffres sur la pauvreté sont de pures fabrications, sans compter l’«analyse» économique et sociale sous-jacente. Ils présentent le libre-marché comme le moteur de réduction de la pauvreté. Le cadre analytique de la Banque mondiale est utilisé pour justifier un processus de «répression économique» appliqué dans plus de 150 pays en développement à travers le monde.

Comme seulement 7 % de la population vit dans la pauvreté (comme le suggère l’«estimation» de la Banque mondiale) et que 93 % arrive à satisfaire ses besoins fondamentaux en termes de nourriture, de logement, de santé et d’éducation, il n’y aurait pas de crise en Tunisie.

La Banque mondiale participe activement à la manipulation de données et à la déformation de la détresse des Tunisiens. Le taux de chômage officiel est de 14 % et le niveau réel de chômage est beaucoup plus élevé. Le taux de chômage enregistré chez les jeunes est de l’ordre de 30 %. Les services sociaux, dont la santé et l’éducation, se sont effondrés sous le poids des mesures d’austérité économique du FMI et de la Banque mondiale.

La Tunisie et le monde

Ce qui arrive en Tunisie relève d’un processus économique mondial qui détruit la vie des gens par la manipulation délibérée des forces du marché.

De manière plu générale, «les dures réalités économiques et sociales sous-jacentes aux interventions du FMI sont la forte hausse du prix des denrées alimentaires, des famines au niveau local, des mises à pieds massives de travailleurs urbains et de fonctionnaires, ainsi que la destruction des programmes sociaux. Le pouvoir d’achat à l’échelle nationale s’est effondré, des cliniques médicales et des écoles ont été fermées, et des centaines de millions d’enfants sont privés de leur droit à un enseignement primaire». (Michel Chossudovsky, Global Famine, op cit.)

Traduction: Julie Lévesque, mondialisation.ca


Il est nécessaire de diriger le mouvement de protestation non seulement contre le gouvernement mais aussi contre l’ambassade étasunienne, la délégation de l’Union européenne et les missions du FMI et de la Banque mondiale en Tunisie. [M. C. mis à jour le 22 janvier 2011]


Article original en anglais : Tunisia and the IMF’s Diktats: How Macro-Economic Policy Triggers Worldwide Poverty and Unemployment, publié le 20 janvier 2011.