MONDIALISATION ET RÉSISTANCES SOCIALES AU MAGHREB

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En ces semaines fiévreuses et d’évolutions rapides au Maghreb, les internautes et téléspectateurs trouvent abondamment de quoi suivre avec passion et dans le détail le déroulement des évènements.

Ici, Socialgerie se propose seulement de suggérer des documents et des articles, non exhaustifs, qui répondent à une autre soif, celle d’une mise en perspective susceptible d’amorcer des débuts de réponses sur la signification et les soubassements des évènements en cours, d’éclairer les questionnements légitimes des acteurs sociaux et politiques quant au devenir des affrontements actuels sur le court et moyen terme.

Parmi les nombreuses contributions qui nous sont parvenues, aussi profondes et dignes d’intérêt les unes que les autres, nous reproduisons ci dessous celle de Mohammed Tahar Bensaada, qui aborde plusieurs des thèmes récurrents soulevés par l’intrusion massive sur la scène publique des multiples composantes des sociétés civiles (bien plus structurées et efficientes en Tunisie) étouffées et enchaînées jusqu’ici.

Mondialisation et résistances sociales au Maghreb

Par Mohamed Tahar Bensaada

14 janvier 2011

Les émeutes sociales qui font la une de l’actualité maghrébine en Tunisie et en Algérie révèlent au grand jour le grand décalage entre les attentes populaires en matière de politique sociale d’une part et les modèles de développement économique imposés par les pouvoirs en place dans la région de l’autre. Si le mode d’insertion à l’économie internationale reste marqué essentiellement par la dépendance des bourgeoisies locales à l’égard du centre du capitalisme mondial, les formes varient d’un pays à l’autre et posent des problèmes structurels différents par-delà la similitude des conséquences sociales vécues par les populations défavorisées.

LA CRISE DU MODÈLE TUNISIEN

Le fait que les émeutes aient commencé en Tunisie est à lui seul instructif. Il ne s’agit pas de n’importe quel modèle de développement dans la région. Il s’agit du «meilleur» modèle si on s’en tient aux critères des institutions économiques et financières qui régentent le capitalisme mondial. Sous la protection d’un Etat policier particulièrement répressif, le pays s’est taillé une part non négligeable dans la division régionale et internationale du travail. Des salaires relativement bas assurent un véritable dopage social et encouragent l’investissement direct étranger.

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Le développement d’une industrie locale de substitution aux importations (ISI), grâce aux facilités administratives d’un Etat devenu entremetteur au service du capital étranger, assure l’enrichissement d’une bourgeoisie «nationale» sous-traitante au service des multinationales et la consolidation d’une bureaucratie civile et policière corrompue qui constitue la base sociale du régime. Ces options économiques sont présentées dans un pays pauvre en matières premières comme le prix à payer pour assurer l’emploi et le développement d’un pays qui ne peut compter autrement que sur la manne touristique.

Mais la dépendance économique a son revers de la médaille. Dès le retournement de la conjoncture économique internationale de 2009, la Tunisie s’est trouvé piégée par un modèle artificiel avec toutes les conséquences néfastes sur l’emploi et le revenu intérieur.

Jusqu’ici, les émeutes et les manifestations populaires pointent du doigt les conséquences sociales d’un modèle de développement (chômage des jeunes, cherté de la vie, absence d’infrastructures et de projets économiques dans les régions du centre et de l’ouest du pays…) mais tôt ou tard, le mouvement social sera appelé à remettre en question un modèle fondé sur la dépendance et le développement inégal.

Cette remise en question ne saurait éluder plus longtemps la question de la mondialisation qui, contrairement aux discours dominants du FMI et de la Banque mondiale, n’a fait qu’engendrer plus de dépendance et de sous-développement sans les effets d’entraînement technologique supposés.

Mais dans un pays politiquement verrouillé, les perspectives à court terme ne sont pas des plus optimistes: à l’ombre de l’autoritarisme musclé du régime, les forces qui surfent sur la vague du populisme religieux attendent leur heure. L’empire américain ne saurait rester indifférent aux évolutions d’une région en contact direct avec le Moyen Orient. Par-delà les discours idéologiques servis ici et là, les enjeux géopolitiques primeront sur tout le reste.

Peu importe la couleur idéologique du changement escompté, pourvu qu’elle assure la stabilité et la pérennité des intérêts de l’empire dans la région.

C’est dans ce sens qu’il faut comprendre la dernière réaction américaine en date, à savoir la convocation de l’ambassadeur tunisien par le Département d’Etat pour lui signifier les préoccupations de Washington quant à l’exigence du «respect des libertés individuelles» et à l’accès au Net.

Paradoxalement, la crise du modèle tunisien est apparue au grand jour au moment où fortes de la caution intéressée des institutions économiques et financières internationales, des voix libérales pseudo-modernistes en Algérie n’hésitent pas à chanter les bienfaits du modèle tunisien.

On connaît la chanson: un pays sans pétrole ni gaz qui réussit des performances économiques enviables et qui commence de ce fait à attirer les investissements d’entrepreneurs algériens fuyant la «bureaucratie» et des touristes algériens cherchant le «farniente» à moindre prix!

LA CRISE DU MODÈLE ALGÉRIEN

Si en apparence, les mêmes causes produisent les mêmes effets, les émeutes sociales qui ont éclaté en Algérie révèlent néanmoins des enjeux sociaux et politiques plus complexes. _ Comme en Tunisie, les émeutes sociales sont un révélateur politique sérieux: en l’absence de canaux sociaux et institutionnels démocratiques, il ne reste que la rue comme mode d’expression de la révolte sociale.

On peut déplorer les violences et les atteintes aux biens et aux personnes mais la responsabilité première incombe au gouvernement qui a fait des autres canaux politiques et syndicaux des chambres d’enregistrement et d’exécution des demandes du pouvoir et les a ainsi transformés en coquilles vides sans crédibilité ni influence sur la population.

Comme en Tunisie, il s’agit de la faillite d’un modèle de développement basé sur la dépendance même si elle prend dans ce dernier cas une autre forme.

Une économie qui s’est spécialisée dans la mono-production et la mono-exportation des hydrocarbures pour officiellement répondre aux exigences de l’accumulation primitive qui nécessite d’énormes capitaux. Mais ce modèle qui date maintenant de plus de quarante ans n’a pas donné les résultats escomptés.

Non seulement, la dépendance à l’égard des hydrocarbures n’a pas assuré les bases d’un développement agricole et industriel indépendant mais elle a aggravé le cercle vicieux de la dépendance à l’égard du marché mondial dominé par les multinationales: le pays importe jusqu’à 70% de son alimentation et la part de l’industrie nationale dans le PIB est descendue à …5% !

Bien entendu, ce serait succomber à une schématisation outrancière que de réduire la nature de classes du régime algérien à celle des régimes tunisien et marocain. Dans les deux derniers cas, nous avons affaire à des régimes autoritaires et compradores qui sont directement liés aux centres du capitalisme mondial comme l’illustre leur alignement géopolitique systématique sur les projets américains dans la région, leur armement exclusivement d’origine occidentale et surtout leur intimité organique avec les lobbies israéliens qui font chez eux le beau temps et la pluie.

Dans le cas de l’Algérie, pour des raisons historiques liées au processus de décolonisation du pays, l’insertion dépendante à l’économie internationale, qui a obéi et continue d’obéir aux fluctuations des rapports de forces internes et externes, apparaît sous un jour plus contradictoire.

Par définition, la bourgeoisie bureaucratique qui a toujours été hégémonique dans le bloc social au pouvoir n’est pas homogène. En son sein, il existe des fractions qui aspirent à un développement économique national auto-centré et des fractions alliées à la bourgeoisie compradore spécialisée dans l’importation des produits finis et qui n’a aucun intérêt à voir une industrie nationale se substituer aux importations des biens et des services.

Au gré des rapports de forces fluctuants, les luttes d’intérêts se reflètent dans des politiques économiques et sociales divergentes.

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C’est ainsi que les fractions de la bourgeoisie compradore s’opposent par tous les moyens à toute politique économique visant à freiner ou à diminuer les importations en vue de les remplacer par une production locale.

Pour ne retenir que quelques chiffres révélateurs de l’année 2009: les valeurs des importations algériennes ont atteint 40 milliards de dollars! La valeur des seules importations alimentaires a dépassé les 8 milliards de dollars! La valeur des importations de médicaments a dépassé quant à elle les 2 milliards de dollars! Derrière chaque fraction de la bourgeoisie compradore spécialisée dans tel ou tel créneau d’importation, il y une multinationale, un État impérialiste et bien entendu un grand bureaucrate et/ou un général algérien!

D’où l’interférence systématique des questions économiques et des questions politiques et l’interférence non moins systématiques des questions intérieures et des questions extérieures à caractère géopolitique ou diplomatique.

Pour des raisons propres à chacune des fractions de la bourgeoisie algérienne et de leurs alliés naturels au pouvoir, la paix sociale reste un dénominateur commun.

Aucune fraction ne peut continuer à vaquer à ses affaires sans un minimum de paix sociale et de stabilité assurées par le rouleau compresseur d’un État militaro-policier.

Les dépenses sociales annuelles de l’État algérien sont estimées à 12 milliards de dollars. Dans ces dépenses, il faut compter notamment le soutien de l’État aux prix des produits de large consommation (farine, lait, huile) qui sont revendus sur le marché intérieur à des prix inférieurs à ceux du marché mondial.

Si le soutien aux prix des produits de première nécessité apparaît comme la contrepartie financière pour s’assurer une paix sociale indispensable à la pérennité du système, il n’en demeure pas moins que cette politique, en apparence sociale, fait directement le jeu de la bourgeoisie compradore qui contrôle les circuits de l’importation et de la distribution des biens alimentaires et ce, depuis le démantèlement des monopoles publics à la faveur de la politique de privatisation imposée au pays par les institutions financières internationales au pays depuis la crise de la fin des années 80.

Cette politique de dérégulation anarchique s’est aggravée au milieu des années 90 quand les seigneurs de la guerre ont profité d’une crise particulièrement sanglante pour dépecer le pays et se partager ses morceaux en toute impunité pendant que la majorité des Algériens cherchaient tout simplement à sauver leur peau…

MANNE PÉTROLIÈRE ET RIVALITÉS ENTRE FRACTIONS BOURGEOISES

La flambée des prix du pétrole depuis 2006 allait constituer une aubaine pour de larges secteurs de la bourgeoisie compradore. Les autorisations d’importation allaient exploser en quantité et en valeur assurant un matelas financier propice à toutes les manœuvres économiques et politiques. Mais cette nouvelle donne n’est pas sans générer des tendances contradictoires. Si elle a bénéficié aux importateurs de biens et de services, l’augmentation de la manne pétrolière a aussi contribué à consolider des fractions de la bourgeoisie d’entreprise dans les secteurs du BTP et de l’industrie non sans alimenter au passage les circuits de la corruption au profit de la bourgeoisie bureaucratique qui détient les leviers de l’autorisation administrative des projets d’investissement.

Mais chose moins visible, l’augmentation de la manne pétrolière a fini par renforcer le statut des jeunes officiers appartenant à la génération de l’indépendance et formés dans des académies modernes tant en Algérie qu’à l’étranger et ce, à la faveur de la mise en œuvre d’un programme de professionnalisation et de modernisation de l’armée.

Ces jeunes officiers, convaincus de leur rôle éminent dans le sauvetage de la république lors de la décennie rouge, regardent avec envie et mépris l’enrichissement des analphabètes de l’import-import et n’hésitent plus à pointer du doigt la corruption de certains de leurs supérieurs incompétents et leur alliance contre-nature avec les barons de l’économie informelle.

De ce fait, ils joignent ainsi leurs voix à celles des secteurs de la bourgeoisie technocratique et industrielle et des classes moyennes qui se verraient mieux loties dans un système fondé sur l’intelligence et le travail.

La réussite d’un capitaine d’industrie comme Issad Rebrab, même s’il n’aurait sans doute jamais atteint une telle réussite sans le coup de pouce de quelques généraux amis qui lui ont permis de bénéficier d’un prêt avantageux de la Banque mondiale au milieu des années 90, est regardée comme un modèle à suivre: on peut réussir et faire fortune en produisant localement, en créant de la valeur et de l’emploi et en comptant sur la matière grise algérienne. Une bourgeoisie nationale basée sur l’industrie ne serait plus aussi utopique que certains voudraient le présenter..

Si la dépendance à l’égard des multinationales n’est pas supprimée du jour au lendemain, du moins elle pourrait être atténuée et limitée à certaines matières premières ou à certaines technologies difficiles à maîtriser à court terme.

Même s’il ne faut pas oublier les enjeux économiques et de pouvoir qui se cachent derrière ces luttes entre fractions bourgeoises rivales, il est important de les situer par rapport à l’enjeu capital qui reste celui du mode d’insertion dans l’économie internationale. _ Vues sous l’angle de la mondialisation, ces luttes acquièrent une importance considérable dans la mesure où de l’issue de ces dernières dépend en grande partie la nature des rapports que le pays pourrait avoir avec le système mondial.

C’est pourquoi, l’issue de ces luttes ne saurait laisser indifférent le mouvement social.

LE POPULISME AU SECOURS DE LA BOURGEOISIE COMPRADORE

Les émeutes sociales qui ont éclaté ces derniers jours en Algérie s’inscrivent dans ce contexte particulièrement complexe. Les tentatives maladroites du gouvernement d’assainir les circuits commerciaux de distribution, si elles ne pouvaient que satisfaire les secteurs de la bourgeoisie nationale, n’allaient pas laisser les barons de la bourgeoisie compradore les bras croisés. Seuls les imbéciles qui gouvernent actuellement l’Algérie pouvaient croire que cette réforme allait passer naturellement.

À moins que la grossière maladresse du gouvernement n’ait finalement été qu’une manœuvre souterraine pour donner le signal d’alarme aux alliés économiques et matrimoniaux qui contrôlent le commerce de gros.

De quoi s’agit-il exactement? Le gouvernement a pris une mesure draconienne en vue d’assainir le commerce de gros: plus d’opérations commerciales sans documents officiels (registre de commerce) et plus d’opérations commerciales supérieures à 500 000 DA (5000 euro) en cash. Pour ce genre d’opérations, seuls les chèques seront désormais autorisés à partir de mars 2011.

Comment ont réagi les barons du commerce de gros? Avant même l’entrée en vigueur de la mesure gouvernementale, ils ont inclus la TVA et une autre taxe locale (au total 20%) sur leur prix de vente aux commerçants. Si on ajoute à cela les manœuvres de rétention des biens de première nécessité comme la farine, on comprend aisément la flambée des prix et les émeutes qui s’en ont suivi.

Soucieux de sauvegarder la paix sociale à tout prix (même au prix de la compromission de l’avenir de la société à moyen terme) le gouvernement algérien a reculé et a décidé de suspendre les mesures en question. Ferme et intraitable quand il s’agit de réprimer les manifestations pacifiques des travailleurs de l’industrie, de la santé et de l’éducation, le gouvernement n’a pas trouvé mieux que de capituler devant une bourgeoisie parasitaire formée pour partie de délinquants économiques qui refusent d’opérer avec des factures, de payer la TVA et les impôts.

Comment assurer les services à la collectivité sans impôts? C’est une question qui ne traverse même pas l’esprit de cette bourgeoisie vorace et archaïque.

Mais le plus grave, c’est que cette bourgeoisie continue d’avoir des relais d’influence au sein de l’État et de la société.

Hier, elle a pu exiger et avoir la tête du principal représentant de la bourgeoisie nationale, l’ancien ministre de l’économie et des finances, le professeur Abdelatif Benachenhou. Ce dernier était partisan d’un programme de régulation des dépenses publiques à des fins de développement industriel et technologique pour barrer la route aux fractions de la bourgeoisie compradore et à leurs alliés au sein de l’Etat décidés à se jeter sur la manne pétrolière comme des affamés.

Pire, en l’absence d’un véritable mouvement social organisé et conscient de la complexité des enjeux de la mondialisation et de ses effets dévastateurs sur la société, cette bourgeoisie compradore en vient à profiter des émeutes sociales qu’elle a réussi à instrumentaliser dans une stratégie conservatrice puisque le gouvernement a fini par accepter un sordide deal avec elle: tu surseois à l’augmentation des prix et en contrepartie je surseois aux mesures régulatrices et je ferme les yeux sur ton commerce informel, ainsi tu continueras à accroître ta fortune clandestine et je continuerai à avoir la paix sociale…

Le blanchiment de l’argent sale (drogue, terrorisme, corruption) a encore de beaux jours devant lui…

À travers ce deal qui ne dit pas son nom, la perpétuation de l’alliance de la bourgeoisie bureaucratique et de la bourgeoisie compradore au détriment du développement du pays et de la société risque malheureusement de durer encore quelques années, tant que le prix du baril de pétrole continue à assurer au gouvernement les recettes indispensables pour porter à bout de bras le corps d’un système économique et politique en putréfaction avancée…Ce sombre tableau est d’autant plus appelé à perdurer que le niveau lamentable des élites politiques algériennes, au pouvoir comme dans l’opposition, ne laisse entrevoir à court terme aucune perspective de sortie du cercle vicieux de l’autoritarisme et du populisme qui se nourrissent mutuellement pour briser tout élan de changement véritable.

Trop d’intérêts s’opposent aujourd’hui à la mise en œuvre d’un programme de réformes visant, non pas une utopique déconnexion par rapport au système mondial, mais seulement la redéfinition d’une nouvelle insertion dans la division internationale du travail, plus à la hauteur de l’histoire du pays et de ses potentialités naturelles et humaines et plus respectueuse de son environnement et de ses habitants.

L’empire américain veille au grain. S’il ne saurait tolérer des changements radicaux dans une région aussi sensible, il n’a pas non plus intérêt à y voir s’installer le chaos, du moins pas pour le moment. La manne pétrolière peut servir à assurer à court terme un semblant d’équilibre et de stabilité. Les luttes de fractions continueront parce qu’elles se nourrissent des tendances profondes qui structurent l’économie et la société algériennes.

La classe moyenne qui vit de son effort et de son travail, et qui commence à peine à relever la tête après deux décennies de dérégulation, de précarisation et de violences, a tout intérêt à s’organiser pour prendre part à ces luttes si elle veut faire pencher la balance au profit du travail et de l’intelligence car c’est seulement à cette condition que le système basé sur l’économie rentière, la paresse et la corruption pourra être dépassé et avec lui toutes les menaces qui pèsent aujourd’hui sur la cohésion de la société et l’indépendance du pays.

Source : Oumma.com

« ZONES CLOSES »: l’arrogance des uns, le cauchemar des autres

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Si vous voulez savoir dans quels espaces « démocratiques » tant de régimes impérialistes, racistes et dictatoriaux rêvent de parquer nos peuples et leur jeunesse,

CLIQUEZ sur ce lien

http://www.closedzone.com/

Merci aux réalisateurs.Ils sont d’Israël, mais pas du même monde que les Natanyahou, Liebermann et autres…

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FORUM SOCIAL MONDIAL DE DAKAR (FEVRIER 2011), ENTRETIEN

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PRÉPARATION DU FORUM SOCIAL MONDIAL DE DAKAR

(FÉVRIER 2011)

INTERVIEW DE DEMBE MOUSSA DEMBELE

Entretien réalisé le 11 septembre 2010 pour Transform avec Dembe Moussa Dembele membre du conseil international du FSM et coordonnateur du prochain Forum social mondial qui aura lieu en Février 2011 à Dakar

Rosa Moussaoui
Nous sommes dans une période où la crise mondiale n’est pas du tout résolue. Elle a des conséquences très concrètes au niveau social en Afrique, en particulier au Sénégal… Dans quel contexte va se dérouler le forum social mondial de Dakar?

Dembé Moussa

Le forum social mondial de Dakar va se dérouler dans un contexte d’aggravation de la crise que vit non seulement le Sénégal… mais aussi la plupart des pays africains. Cela fait plus de trente ans que nous vivons différents aspects de cette crise ; crise qui nous a été imposée à la fois par le contexte international – les politiques qui nous sont imposées de l’extérieur – mais également par ce que j’appelle l’incurie et la démission des dirigeants africains.

Les manifestations de cette crise sont la crise alimentaire

Les émeutes de la faim, récentes, au Mozambique sont venues nous rappeler que le problème de la crise alimentaire reste aigu en Afrique. Ici en Europe, vous êtes très souvent confrontés au problème de l’immigration dite clandestine ou illégale… c’est dû à la crise de développement que connaît l’Afrique, le chômage massif des jeunes, la crise même de l’éducation, des jeunes qui n’arrivent pas à trouver du boulot.

C’est lié à ces programmes qu’on nous a imposés et qui nous ont imposé l’austérité budgétaire, qui ont démantelé les entreprises d’État ou les entreprises parapubliques et qui ont aggravé à la fois la croissance économique et les possibilités d’emploi. De sorte que nous nous sommes retrouvés avec l’aggravation de la pauvreté : pratiquement la moitié des pays africains ou plutôt la moitié des populations africaines vivent avec moins d’un dollar par jour. Pour nous, cela n’a pas tellement de sens parce qu’il y a des filets, des soupapes de sécurité, comme on dit, à cause de la manière dont les sociétés africaines sont organisées, mais le fait est que tout le monde reconnaît aujourd’hui que les programmes qui ont été imposés à l’Afrique ont aggravé non seulement le problème du chômage mais surtout le problème de la pauvreté. Non seulement dans le monde rural, mais également dans les centres urbains. A Dakar même, sans compter la périphérie de Dakar, il y a des familles qui font un seul repas par jour!

Donc, ce forum va se passer dans un contexte extrêmement difficile sur le plan économique et social. Mais également sur le plan politique parce que les gens ne se laissent plus faire. Des formes de résistance se développent au niveau local, au niveau national. La prise de conscience citoyenne s’est accélérée ces dernières années et les gens ne veulent plus être les dindons de la farce. Ils ne veulent plus qu’on leur impose des solutions qui aggravent les problèmes qu’ils vivent. Aujourd’hui, au Sénégal, chaque jour, dans toutes les régions du pays, on voit des manifestations spontanées contre des décisions prises, à Dakar ou au niveau local, par des représentants du gouvernement parce que le gouvernement ne peut pas faire face à une situation à cause des restrictions budgétaires au niveau de l’éducation, au niveau de la santé, au niveau de l’assainissement, au niveau de l’éclairage public… Par exemple, les délestages sont quotidiens, au Sénégal… Je suis venu dans l’obscurité… je suis parti de chez moi dans l’obscurité parce que le gouvernement est incapable de faire face à la demande d’électricité ; Le service public se dégrade au niveau des hôpitaux ; il y a des grèves récurrentes dans le système éducatif parce que le gouvernement n’a pas été capable de répondre aux demandes faites par les enseignants pour améliorer les conditions de travail, pour améliorer l’environnement. Et c’est donc dans ce contexte que va se tenir le forum social mondial… et nous pensons que c’est un moment propice pour accentuer les résistances contre ces politiques désastreuses que nous ont imposées des organisations comme le FMI et la Banque mondiale… mais aussi pour accentuer la pression sur les gouvernements qui sont complices et qui ne veulent pas faire face à leurs responsabilités.

Nous espérons donc que le forum sera l’occasion de renforcer cette prise de conscience citoyenne, de renforcer les convergences entre les mouvements sociaux et les partis politiques parce que nous avons des partis politiques progressistes qui luttent pour des politiques différentes, qui proposent des solutions différentes. Nous pensons donc que ce sera une bonne occasion de voir comment ces convergences entre le mouvement social et les partis politiques pourraient se faire pour accélérer les transformations que nous appelons de nos vœux.

Rosa Moussaoui
Tu as évoqué ces résistances aux politiques d’austérité budgétaire, mais tu as aussi parlé de «résistance à l’impérialisme». Qu’est-ce que ça veut dire dans un pays comme le Sénégal, cinquante ans après l’indépendance, les «résistances à l’impérialisme»
?

Dembé Moussa

Jusqu’à présent, le discours des pays occidentaux sur l’Afrique est un discours de condescendance, c’est un discours arrogant, qui donne des leçons.

Un exemple très simple : l’organisation des élections. Ce sont les pays occidentaux qui fixent les critères, ce sont eux qui envoient leurs observateurs pour dire «nous pouvons certifier que ça s’est bien passé» ou «pour nous, ces élections ne se sont pas passées selon des normes internationales», selon leurs normes…

Et donc ce sont eux qui continuent à nous dire comment nous devons nous conduire, comment nous devons organiser les élections, ce qu’est que la démocratie, ce que sont les droits de l’homme, quelle politique nous devons mettre en œuvre… parce qu’ils veulent, soi-disant, nous insérer dans le système économique mondial.

Et c’est tout ça qui, à mon avis, constitue des manifestations de l’impérialisme… sans compter, bien sûr, les interventions militaires; par exemple l’intervention française pour sauver Idriss Déby, ou les bases militaires françaises en Afrique qui sont un peu là pour nous rappeler que, au fond, l’indépendance est là mais que la France reste quand même, d’une certaine manière, maîtresse du jeu dans beaucoup de pays. Mais il y a l’impérialisme américain aussi…

Rosa Moussaoui
L’arrivée d’Obama n’a pas changé le visage de l’impérialisme américain et pourtant, cette élection avait soulevé de l’espoir.

Dembé Moussa

Beaucoup d’Africains ont cru qu’avec Obama l’Amérique allait changer la façon de voir le continent africain, ses relations avec le continent, et même qu’il y aurait un flux massif de capitaux en direction de l’Afrique. Ça n’a pas changé ! Au contraire… Par exemple, Barak Obama poursuit le projet de George Bush, l’ « Africom »… (« Africa Command »), d’implantation d’une base militaire en Afrique, soi-disant pour combattre le terrorisme et renforcer les capacités des armées africaines… Il essaie de le faire aujourd’hui parce que George Bush avait échoué dans sa tentative de trouver un pays pour implanter cette base. La plupart des pays ont dit non. Mais Barak Obama garde le projet et il utilise ses « racines africaines » (entre guillemets) pour pouvoir mieux vendre le projet de George Bush. Mais jusqu’à présent, les pays continuent à résister. Ils disent : non, nous ne voulons pas d’ « Africom » ; et d’ailleurs, même aux États-Unis, des Africains-Américains, des organisations d’Africains-Américains, s’opposent à ce projet et disent : on ne comprend pas pourquoi Barak Obama s’obstine à vouloir vendre ce projet. Donc, pour nous, ça n’a pas changé. Et ils continuent à intervenir partout ; ils veulent dépecer le Soudan ! L’autre jour, j’ai entendu à la radio Hilary Clinton dire : Nous préparons les Soudanais au référendum d’autodétermination… Et elle a ajouté : et nous savons (c’est Hilary Clinton qui le dit) que le résultat inévitable, ce sera la séparation… Elle a déjà voté ! Elle a fait voter les Soudanais pour séparer le sud du Soudan du reste ! !

Rosa Moussaoui
Il y a donc cet activisme des Américains de plus en plus fort sur le continent, avec la réduction du pré carré français notamment… On parle aussi beaucoup de l’arrivée massive, dans l’économie, de filiales et d’entités chinoises. Est-ce un nouvel impérialisme ou leurs manières de faire sont-elles différentes?

Dembé Moussa

Pour nous, le discours que tiennent les occidentaux sur le nouvel impérialisme chinois, et tout ça est une façon pour les occidentaux de dire : on est menacé par l’arrivée de la Chine, de l’Inde, du Brésil, etc., il faut donc mettre l’accent sur la nouvelle menace chinoise…

Rosa Moussaoui
Le péril jaune …

Dembé Moussa

…le péril jaune, voilà… même si on n’ose pas le dire, en fait c’est ça…. pour que les Africains soient méfiants. Mais c’est un discours qui, en réalité, ne fait que renforcer la coopération entre la Chine et l’Afrique, parce que les gens se disent:

Qui sont-ils pour nous donner des leçons, pour nous mettre en garde?… Tout d’un coup, ils nous veulent du bien! Depuis quand? Nous avons coopéré avec eux depuis le XVe siècle… l’esclavage… jusqu’à maintenant… et qu’ont-ils fait? Quelle politique de mépris, de domination, de condescendance, d’arrogance! Et, maintenant, ils nous mettent en garde contre d’autres?

Si on regarde la réalité, en Afrique, d’où viennent les bases militaires? Des pays occidentaux; que ce soient les Français, les Britanniques, et aujourd’hui les Américains qui veulent implanter des bases militaires;

qui contrôle les secteurs clés de l’économie? encore eux! À travers les programmes d’ajustement surtout, les programmes de privatisation, la plupart des entreprises qui appartiennent à l’État ou au secteur parapublic ont été rachetées par le capital étranger, et ce sont les Européens qui tiennent la plupart des secteurs clés de l’économie.

Donc, même si les Chinois viennent aujourd’hui, ils interviennent sur les infrastructures, les ponts, les routes… mais, que je sache, les Chinois n’ont pas racheté d’entreprise africaine valide. Ce qu’ils font c’est d’entrer en coopération avec des Africains, comme par exemple au Nigéria, parfois au Sénégal mais pas beaucoup… parce que dans des pays comme le Sénégal ou le Mali ce sont surtout des ponts, des infrastructures qu’ils construisent… et bien sûr, ils achètent des matières premières africaines, comme le pétrole, etc.

Rosa Messaoui
En ce qui concerne la question du pillage néocolonial, comment aujourd’hui l’Afrique peut-elle se réapproprier ses propres ressources?

Dembé Moussa

Dans nos publications, nos interventions, nous nous sommes toujours opposés aux privatisations. Et nous avons toujours dit que, quels que soient les problèmes, l’Afrique doit préserver ses propres ressources et les utiliser à bon escient.

D’abord, nous réapproprier … c’est-à-dire annuler toutes les politiques de privatisation qui ont été faites, qui ont été imposées par la Banque mondiale et le FMI. C’est notre revendication fondamentale. Et quand on parle aux politiques, c’est ce qu’on leur dit. Ce n’est pas parce que l’État a failli quelque part ou qu’il y a eu des problèmes ici que, nécessairement, la solution c’est la privatisation. On voit que ça ne marche pas. Donc, nous réapproprier nos ressources.

Ensuite, comment mieux les utiliser? Il est sûr qu’on va continuer à vendre certaines de nos matières premières. On ne peut pas tout utiliser tout de suite. Mais on doit s’orienter de plus en plus vers la transformation de ces matières premières sur place. Nous pensons que l’intégration sous-régionale permet d’avoir un espace où des politiques viables d’industrialisation deviennent possibles et nous permettent de transformer nos matières premières, de créer de la valeur ajoutée et des emplois!

Voilà notre ligne… Nous réapproprier toutes les ressources qui ont été privatisées – que ce soient les mines, ou autres – et ensuite mettre en place une nouvelle politique, en disant: voilà jusqu’à quel point on peut exporter certaines matières premières, et il faut absolument transformer les autres sur place.

Rosa Moussaoui
Tu as parlé des conséquences désastreuses des programmes d’ajustement structurel. Quel est ton point de vue sur la promesse d’une meilleure représentation de l’Afrique dans les institutions internationales?

Dembé Moussa
_ D’abord, même si on donne quelques strapontins aux pays africains, ils ne représenteront pas grand-chose. Peut-être 5 % maximum. Ce qui veut dire pratiquement une quantité négligeable.

La deuxième chose que je voudrais dire, c’est que ces Africains qui seront là-bas sont acquis à l’idéologie néolibérale. Et donc ce ne sont pas eux qui vont défendre des politiques différentes.

La troisième chose, c’est que, aussi longtemps que ces institutions restent acquises à l’idéologie néolibérale, avoir un peu plus de représentants de l’Afrique ne change pas grand-chose, parce que, le politiquement économique restant le même (c’est-à-dire l’idéologie de la privatisation, l’idéologie de la libéralisation des échanges, l’idéologie de la liberté totale de circulation des capitaux, l’idéologie de la flexibilité du marché du travail, le fait de permettre aux investisseurs de licencier soi-disant pour être compétitifs sur le marché international…), aussi longtemps que la Banque mondiale et le FMI restent porteurs de cette idéologie, mettre quelques Africains de plus ne change pas grand-chose! Et donc pour moi c’est un non-débat.

Rosa Moussaoui
Tu as parlé de la nécessité de mettre l’accent sur les alternatives. Est-ce que l’Afrique, précisément parce qu’elle est la première victime de cette organisation capitaliste, peut être aussi un lieu privilégié d’invention des alternatives?

Dembé Moussa

Mais bien sûr… Même au niveau africain, même au niveau des décideurs…

L’Union africaine a décidé de créer une banque centrale africaine, un ensemble monétaire africain, et une banque d’investissement africaine dans trois capitales différentes. Et le président de la Commission de l’Union africaine, Jean Ping, ancien ministre des Affaires étrangères de Bongo, au Gabon, mais qui aujourd’hui, avec la crise, a un discours presque militant a dit: «nous savons que le marché capitaliste ne peut pas tout résoudre (je le cite à peu près, de mémoire) et que plus personne ne doit imposer de politique à l’Afrique; l’Afrique ne doit plus accepter qu’on lui impose de politique; elle doit reprendre sa liberté et choisir ce qui lui plaît et ses partenaires.» C’est très important de la part de Jean Ping qui est le président de la Commission de l’Union africaine. Car nous, depuis toujours, nous disons : d’autres politiques sont possibles. Certains disent: contrôler nos ressources, en finir avec la politique de privatisation sauvage qu’on nous a imposée. L’intégration sous-régionale nous permet de parler d’une seule voix au niveau sous-régional, et même au niveau continental… cela nous donne une force de négociation.

Ensuite, le problème de la souveraineté alimentaire – je ne parle pas de sécurité mais de souveraineté alimentaire, parce que l’Afrique peut se nourrir elle-même –, à condition que les politiques actuelles changent.

Nous avons des producteurs, des associations de producteurs, notamment en Afrique de l’Ouest… le ROPPA [[Réseau des organisations paysannes et des producteurs de l’Afrique de l’Ouest]] qui est membre de «Via Campesina» qui a dit: nous pouvons nourrir non seulement la sous-région mais une bonne partie de l’Afrique, mais il faudrait que les politiques nous suivent, acceptent de nous écouter. Les politiques commencent à les écouter… Le gouvernement du Sénégal parle d’atteindre la souveraineté alimentaire d’ici 2015. Le Nigéria pareil… et même la CEDEAO [[Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest]] dans son programme a parlé de souveraineté alimentaire, d’ici 2015 ou au-delà; le Mali, pareil. Il y a donc des idées qui continuent à faire leur chemin.

Ensuite, le problème de l’industrialisation . Les gens se rendent compte qu’on ne peut pas continuer à être tout simplement exportateurs de matières premières dont les prix dépendent des spéculateurs et des fluctuations; il n’y a aucune valeur ajoutée, on ne crée pas d’emploi…

Et d’ailleurs, le plus souvent, même pour les matières premières qu’on vend, on n’est pas payé en totalité parce que les intermédiaires en gardent une bonne partie…

Il y a donc nécessité de transformer sur place et donc d’une politique de socialisation. Cela ne peut être viable qu’à un niveau sous-régional…

En Afrique de l’Ouest, nous sommes trois cents millions. Les quinze pays d’Afrique de l’Ouest représentent trois cents millions ! Même en termes capitalistes, c’est un marché viable! Et c’est un espace qui permet de transformer ces produits.

Le débat porte également de plus en plus sur la nécessité de monnaies africaines autonomes parce qu’il n’est pas possible – et toute l’histoire du développement l’a montré – de se développer avec la monnaie d’autrui. Au niveau de la CEDEAO, il y a des débats sur une monnaie sous-régionale mais il y a des pesanteurs politiques qui ont freiné le processus… Mais même au niveau des gouverneurs des banques centrales, des gens disent: c’est une nécessité. Parce qu’on ne peut pas continuer à utiliser les autres monnaies et surtout à subir la suprématie du dollar.

Voir même à utiliser des monnaies différentes dans une sous-région. Si nous voulons l’intégration, il faudrait qu’on trouve une monnaie commune qui permette de faciliter les échanges.

Rosa Moussaoui
Le forum social va se tenir à l’UCAD [[Université Cheikh Anta Diop]] Pour nous ce lieu est tristement connu ici à Paris pour le discours de Nicolas Sarkozy. Est-ce que ce sera aussi une façon d’y revenir et de refuser cette idéologie colonialiste?

Dembé Moussa

C’est bien que tu aies soulevé cette question pour deux raisons…

D’abord, comme vous le savez, c’est le cinquantième anniversaire de certains pays, notamment francophones… donc c’est un anniversaire qui, bien sûr, ne nous échappera pas en 2011!

Ensuite, tu as parlé du discours que Nicolas Sarkozy a prononcé à Dakar, auquel d’ailleurs avaient répondu un certain nombre d’Africains à travers un livre auquel j’ai contribué, “L’Afrique répond à Sarkozy, Contre le discours de Dakar” [[ L’Afrique répond à Sarkozy, Contre le discours de Dakar , éditions Philippe Rey.]].

À Dakar, nous comptons rendre hommage à Cheikh Anta Diop lui-même, à Thomas Sankara, à ceux qui, pour nous, ont représenté la résistance tant au niveau de la réflexion, des idées, qu’au niveau politique. Kwamé Nkrumah, Patrice Lumumba, Amilcar Cabral, etc. Et à toutes les luttes qui se sont déroulées contre le colonialisme, les luttes pour l’indépendance, les luttes pour le panafricanisme. Nous comptons réunir un certain nombre d’intellectuels africains pour parler de cela. Et ce sera, en tout cas à notre avis, la meilleure réponse à Sarkozy parce que… je crois… Sarkozy ne connaît pas l’Afrique! Il n’en connaît pas peut-être l’histoire-même… parce que, s’il avait lu un peu d’histoire, il saurait que les Africains ont été intégrés malgré eux depuis le 15e siècle… le capitalisme en tout cas les a intégrés depuis le XVe siècle… et, avant cela, des empires africains ont rayonné, comme l’empire du Mali, quand l’Europe était dans la période médiévale. Ce sera donc une réponse supplémentaire à Nicolas Sarkozy.

Rosa Moussaoui
2010, 2011 sont deux années très chargées en Afrique, avec un certain nombre de difficultés. Mais toutes ces périodes électorales sont marquées dans tous les pays par l’émergence de sociétés civiles qui refusent maintenant de se voir imposer des valets qui servent les intérêts des puissances colonisatrices. Est-ce qu’on va retrouver ces sociétés civiles au forum social mondial?

Dembé Moussa

Mais absolument ! Ce sera une des activités phare, le problème de la démocratie… le problème de la relation entre l’État et la société civile… le problème du choix des dirigeants africains. Parce que nous avons constaté qu’avec le néocolonialisme la plupart des dirigeants ont tendance à se croire plus responsables vis-à-vis des pays occidentaux et des institutions internationales que vis-à-vis des citoyens qui les ont élus.

Et donc, nous voulons des dirigeants qui se sentent responsables vis-à-vis de nos citoyens, et non vis-à-vis de l’Occident. Pour cela, il faudrait que ce soient des gens qui soient proches des idées que défendent les mouvements sociaux.

Et c’est pourquoi nous voulons cette table de conférence pour y amener des dirigeants politiques et des dirigeants d’institutions africaines, pour discuter avec eux… pour leur dire : votre allégeance doit être à l’Afrique, à ceux qui vous ont élus, à ceux qui vous ont fait confiance, et non à Sarkozy, ou à Obama, ou à la Banque mondiale ou au FMI.

Et d’autre part, nous voulons mettre l’accent sur la nécessité d’approfondir la démocratie, parce que chez nous, comme dans d’autres pays, il y a des tentatives de monarchisation… Abdoulaye Wade veut – il dit que ce n’est pas vrai mais tous les actes qui le prouvent sont là –, il veut se faire succéder par son fils. Les Sénégalais ont dit: ça n’arrivera jamais ici, ça n’arrivera jamais. Il a fait un test, en 2009, avec les élections municipales: il voulait que son fils soit le maire de Dakar, mais ils ont été humiliés. Dans les bureaux où ils ont voté, le rapport c’est de un à dix, lui et son papa. Et donc il a dit: ça ne marche pas… Rejet massif. Humiliation totale. D’accord? Et donc c’est ce combat que nous menons de refus de la monarchisation et bien sur d’approfondissement de la démocratie, et des dirigeants responsables devant le peuple et non devant la France ou Bruxelles, ou bref…

Chantal Delmas
Comment envisages-tu l’importance du forum social mondial par rapport à la crise, d’une manière plus globale?

Dembé Moussa

Je pense que le forum devrait permettre aux mouvements sociaux qui vont y participer de faire le bilan d’abord de dix ans de combat contre le système néolibéral et surtout de revendiquer avec fierté les victoires… les quelques victoires qu’on a obtenues sur le plan idéologique. Nous disions que toute cette politique de privatisations, de libéralisation, les politiques de la Banque mondiale et du FMI, de l’OMC… menaient à une impasse, à la destruction des tissus économiques et sociaux. Voilà le résultat. Le système est profondément en crise et la plupart des politiques que nous dénoncions se sont révélées être telles que nous les avions vues. En fin de compte, la crise financière internationale n’a fait que montrer que le soubassement était fondamentalement mauvais. Le forum doit nous permettre d’approfondir la critique du système. Non seulement, ne pas nous endormir sur nos lauriers pour dire: nous sommes contents parce que nous avions raison. Non! Nous dire: approfondissons, parce que ce système continue à vivre et il pense qu’il va surmonter ses problèmes mais sur le dos des peuples. Nous devons donc approfondir la critique du système, surtout avec les problèmes du changement climatique. Le FMI sait «faire renaître de ses cendres»… Toutes ces politiques de sortie de crise, la cooptation des pays émergents au G 8 pour en faire un G 20…. c’est tout ça qu’on doit revisiter pendant le forum de Dakar. Le capitalisme est en crise, mais il est encore là. Et donc nous devons approfondir cette critique-là.

Deuxièmement, je pense que, pendant le forum, on doit mettre l’accent sur toutes les luttes contre ce système, au Nord et au Sud, toutes les luttes contre le capitalisme, mais également contre le système impérialiste d’intervention tous azimuts, d’oppression des peuples. Donner la voix à tous les mouvements, à toutes les organisations qui luttent dans les différents pays, dans les différentes parties du monde, pour amplifier les résistances contre le système et contre l’impérialisme.

Et, troisièmement, nous avons dit qu’un autre monde est possible. Mais c’est pour nous l’occasion non seulement de montrer la faillite du capitalisme néolibéral, mais aussi de dire : voilà ce que nous avions proposé dans tel secteur, mais voilà ce que nous proposons aujourd’hui pour sortir de la crise. Voilà ce que nous proposons au niveau national, au niveau européen, au niveau africain, mais également au niveau mondial! Quelle nouvelle politique, quelles nouvelles institutions, doit-on créer pour véritablement sortir de la crise… pas pour sauver le capitalisme, mais pour faire des avancées, dans une période de transition post-capitaliste…

Et je pense que le forum de Dakar doit donner cette occasion-là et marquer un nouvel élan au forum social mondial.

Chantal Delmas
Ce qui intéresse plus la relation Europe-Afrique et Afrique-Europe, c’est la question de l’immigration, les sans papiers, l’espace Schengen… et aussi, par voie de conséquence, quelles seront les implications de la diaspora africaine – notamment sur le continent européen? Donc, comment on va travailler ensemble dans ce forum, avant, pendant et après?

Dembé Moussa

Dans notre vision, les problèmes, les défis qui se posent à l’Afrique, doivent être au centre du forum. Parce que, d’une certaine manière, ces défis sont également les défis des autres pays et des autres peuples.

Pour l’Afrique, c’est à la fois le continent et sa diaspora. Et donc les travailleurs immigrés, pour nous, font partie du continent. Il en est de même pour la diaspora historique (les Afro-Brésiliens, les Afro-Américains…). Nous pensons que le forum doit être l’occasion de mettre en lumière les luttes de ces diasporas et le lien avec l’Afrique.

Et c’est pourquoi, dans la méthodologie qu’on a proposée, le lendemain de la marche d’ouverture, le premier jour doit être consacré uniquement à l’Afrique et à ses diasporas. Mettre l’accent, donc, sur les défis de l’Afrique, ses relations avec le reste du monde, les luttes des diasporas, des travailleurs immigrés, des Afro-Américains, des Afro-Brésiliens, etc. Bien sûr le fait de consacrer cette journée à l’Afrique et à ses diasporas ne veut pas dire qu’on va s’en tenir seulement à cette journée. Cela se poursuivra également les autres jours.

Au forum social africain, depuis 2003 je crois, nous avons pris la décision d’intégrer la diaspora dans nos structures, pour qu’ils fassent partie des institutions qu’on a créées… notamment le Conseil africain… Chaque fois que les forums se tenaient, aussi bien à Bamako qu’à Nairobi, on a beaucoup mis l’accent sur le problème des travailleurs immigrés, notamment à Bamako. Au Sénégal, ce sera une des activités phare. D’autant plus que nous sommes en relation avec de nombreux travailleurs immigrés, de nombreuses associations de travailleurs immigrés, notamment le FORIM [[Forum des organisations de solidarité internationale des migrations – abrégé en : FORIM]] dont la présidente était à Dakar au mois de juillet. Une autre Sénégalaise, également membre du FORIM était venue avec elle pour une réunion du PNUD [[Programme des Nations unies pour le développement]], je crois, et elles sont restées pour le séminaire qu’on a tenu. Nous leur avons expliqué que le FORIM et les autres associations de travailleurs immigrés doivent être partie intégrante du processus préparatoire; et qu’elles pouvaient donc proposer toutes les activités qu’elles jugent pertinentes pour le forum de Dakar.

Ainsi, pour nous, la lutte des travailleurs immigrés fait partie des luttes que nous menons; en effet, ils sont partis à cause de ce mal dont j’ai parlé tout à l’heure et leurs luttes nous interpellent, interpellent le gouvernement, mais également nous interpellent en tant que mouvements sociaux.
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Ce n’est pas une question de solidarité, c’est une question de lutte commune dans des espaces physiques différents, ici en Europe et nous en Afrique. Mais évidemment nous luttons pour des changements majeurs qui améliorent les conditions de vie de nos populations.

Actualité de MARX à la télévision de Russie

Vous pouvez écouter la version arabe de l’émission de TV « Russie aujourd’hui » consacrée au regain d’intérêt que connaissent les oeuvres et la pensée de Marx, y compris auprès de militants, chercheurs ou experts et technocrates non communistes.

Cliquez comme indiqué dans le corps du texte de la traduction résumée en français, pour ceux qui ne comprennent pas la langue arabe classique.

Merci aux visiteurs de « Socialgerie » qui nous ont transmis l’information et ont assuré la traduction.

pour accéder à la vidéo, cliquer ici ….

La Pensée De Marx

Résumé en français de l’émission TV russe en arabe:

« … Nombreux se tournent aujourd’hui vers les ouvrages de Marx, l’un des génies les plus connus de l’économie, pour trouver des solutions en ces temps de crise financière aggravée; alors que Marx avait exposé ses idées il y a plus d’un siècle et demi.
L’émission cite Marx lors qu’il disait que 20% de bénéfice ravivait le capital, 50% le rendait extrêmement agressif, et 100% faisait qu’il ( le capital) violait toutes les règles humaines.

Marx prévenait : c’était l’argent du contribuable qui serait mis à contribution pour payer en cas de crise.

Tout à fait d’actualité maintenant que beaucoup de gouvernements se précipitent à faire des plans de plusieurs centaines de milliards de dollars pour sauver le capital défaillant.

L’augmentation des ventes d’ouvrages de Marx est sans précédent dans des pays comme l’Allemagne.

Le représentant de la Banque Mondiale (Klaus Rolland) a souligné dans cette émission télévisée que Marx était un grand penseur. Il est naturel que les gens se tournent vers des penseurs comme lui surtout lorsque ses pronostics se concrétisent dans des catastrophes comme celles d’aujourd’hui.

Beaucoup d’experts dans cette émission, comme un professeur de l’université de Moscou, (D.Giorgy Bagmatousia) , estiment que la Chine est un exemple de pays qui continue à bien redistribuer dans la société et à améliorer la qualité de vie, ce qui était l’une des idées de Marx.

L’émission se termine en nuançant et signalant que d’autres experts estiment qu’il faut apprendre des erreurs du passé et se garder d’appliquer le même moule au monde dans toute sa diversité…

( Traduction et résumé par R.A)

URGENCE EXTREME, APRES COMME AVANT COPENHAGUE

SOCIALGERIE a reçu de plusieurs de ses visiteurs d’ horizons idéologiques différents, des appels urgents. Ils visent tous à relayer et intensifier la mobilisation en faveur d’un accord international à la hauteur de l’enjeu mondial. Il est vital, il résume en lui nombre des graves contradictions et des méfaits des systèmes impérialistes.

Les résultats de Copenhague seront bien au dessous des attentes et des besoins de l’humanité. Quels que soient ces résultats, les mobilisations actuelles sont surtout un appel et un jalon à poursuivre, après Copenhague, les actions et les rendre plus massives. Après comme avant Copenhague, les cercles capitalistes dans leurs différentes expressions confirment leur volonté de ne sacrifier en aucun cas ses profits immédiats à la sauvegarde des intérêts et du bien communs. La lutte pour préserver les générations nouvelles et l’avenir de la planète est un des besoins les plus radicaux des peuples du monde. Il reste beaucoup à faire, malgré nombre d’initiatives méritoires, pour que l’Algérie, gravement menacée elle aussi de plusieurs façons, s’éveille à l’unité d’action dans ce domaine capital.

A Copenhague, le sommet de la dernière chance pour arrêter la catastrophe climatique s’annonce comme un échec; seule une pression citoyenne massive peut sauver les négociations. Signez la pétition ci-dessous pour en faire la plus grande de toute l’histoire :

Signez la pétition!
A trois jours de la fin de négociations cruciales pour le climat, la Conférence de Copenhague s’annonce comme un échec.

Aujourd’hui et demain, les dirigeants du monde entier arrivent à Copenhague pour un round inédit de 60 heures de négociations directes. Les observateurs s’accordent à dire que sans une pression accrue de l’opinion publique en faveur d’un vrai accord, la conférence ne permettra pas d’arrêter le réchauffement planétaire de 2 degrés dont les conséquences seront désastreuses.

Cliquez ci-dessous pour signer la pétition en faveur d’un vrai accord à Copenhague — cette campagne a déjà rassemblé un nombre impressionnant de 11 millions de signataires – il nous reste 72 heures pour en faire la plus grande pétition de toute l’histoire ! Le nom de chaque signataire sera lu à Copenhague. Signez à partir du lien ci-dessous et faites passer le message à tous!

http://www.avaaz.org/fr/save_copenhagen_africa

Une équipe d’Avaaz rencontre tous les jours les négociateurs au sein de la Conférence, ce qui va permettre d’organiser une remise de pétition spectaculaire à l’arrivée des Chefs d’Etats et de gouvernements. Un gigantesque mur de cartons contenant les noms des signataires de la pétition sera dressé et le nom de chaque signataire sera lu. Face à la plus grande pétition de toute l’histoire, les dirigeants prendront conscience que le monde les observe.

Des millions de personnes ont vu à la télévision la veillé d’Avaaz qui s’est déroulée à l’intérieur du sommet et pendant laquelle le Prix Nobel de la Paix Desmond Tutu a déclaré, face à des centaines de représentants et d’enfants :

“Nous avons marché à Berlin et fait tomber le mur.
« Nous avons marché en Afrique du Sud et fait tomber l’apartheid.
« Nous avons marché à Copenhague — et nous ALLONS obtenir un Vrai Accord .”

Nous devons donner à la Conférence de Copenhague le plus large mandat jamais accordé pour arrêter la plus grande menace à laquelle l’humanité est confrontée. L’Histoire va se dessiner dans les tous prochains jours. Comment nos enfants se souviendront-ils de ce moment? A nous de pouvoir leur dire que nous avons fait tout ce qu’il était possible de faire.

http://www.avaaz.org/fr/save_copenhagen_africa

Avec espoir,

APRES LES MATCHS DU CAIRE ET KHARTOUM

Les indignations, certaines légitimes et d’autres non, se sont déchaînées au dela de la sphère purement sportive. Dépassant les émotions, nos compatriotes passent à juste titre à l’analyse des passions soulevées pour en éclairer les dessous et les enseignemements.
Parmi les opinions reçues, SOCIALGERIE signale aux visiteurs du site celles d’entre elles délibérément tournées vers l’avenir. Celles qui sont susceptibles d’aiguiser la réflexion contradictoire et l’action unie des peuples et des travailleurs face aux problèmes communs et menaces énormes. Les défis déjà redoutables sont en passe de s’aggraver dans l’ensemble des mondes arabe, méditerranéen et africain. Ci- dessous deux opinions ont attiré notre attention. Au delà des opinions de chacun, l’écoute et le débat en valent la peine …


Sur le site de BABELMED, Yassin Temlali signe trois textes d’investigation, qui s’interrogent e particulier sur le rôle des media dans le monde arabe:

1. L’histoire véridique d’une inimitié imaginaire – Yassine Temlali – 09 décembre 2009)

2. La bataille imaginaire de Khartoum – Yassin Temlali – 9 décembre 2009

3. Les régimes s’en mêlent – Yassin Temlali – 9 décembre 2009

Le mieux est de consulter directement ces textes sur le site :

http://fra.babelmed.net/


De son côté, Hocine BELLALOUFI nous fait parvenir le texte intitulé:

De quelques leçons politiques d’une compétition de football

L’article n’ayant pas été mis en ligne par son auteur, SOCIALGERIE vous en fournit ci-dessous la reproduction intégrale

L’équipe nationale de football a fini par arracher sa qualification au Mondial de 2010. Mais au-delà du sport, et au moment où la machine officielle à récupérer l’évènement pour le compte du pouvoir tourne à plein régime, la séquence que nous venons de vivre s’avère extrêmement riche d’enseignements, pour tous ceux qu’intéressent le devenir politique de notre pays. En voici quelques uns.

C’est le régime de Moubarak qui est responsable et non le peuple égyptien

En dépit de grandes différences entre eux, les régimes politiques égyptien et algérien sont tous deux autoritaires et non démocratiques. Cela autorise-t-il, dans l’affaire qui nous concerne, à les renvoyer dos à dos, à décréter par un effet de fausse symétrie qu’ils portent la même part de responsabilité ? Nous ne le pensons pas. On se rappelle en effet que les joueurs de l’équipe nationale égyptienne furent accueillis avec des roses à Blida. Aucun incident, aucune agression ne se produisirent avant, pendant ou après le match. Jamais l’événement ne sortit de son cadre sportif. Il en fut tout autrement au Caire, où les joueurs et le staff de l’équipe nationale puis ses supporters tombèrent dans un véritable traquenard.

Le responsable de cet état de fait est le régime policier de Hosni Moubarak qui sévit au Caire et qui avait les moyens d’empêcher les graves dérapages des médias locaux privés et surtout publics. Non seulement il ne l’a pas fait, mais il a au contraire jeté de l’huile sur le feu en vue de conditionner son opinion publique et de dévoyer le fort mécontentement social et politique du peuple égyptien en l’orientant vers un « ennemi extérieur » à sa portée, l’Algérie. Qui peut croire que de simples citoyens égyptiens auraient pu s’attaquer impunément aux joueurs de l’équipe nationale et aux supporters algériens, puis à l’ambassade, s’ils n’avaient pas reçu le feu vert latent ou, pis encore, s’ils n’y avaient pas été encouragés en sous-main par les autorités ? On sait que les Egyptiens, qui subissent un régime policier où la torture est monnaie courante dans les commissariats de quartier, sont majoritairement opposés à la soumission de leur pouvoir à Israël, aux Etats-Unis et à l’Union européenne. Pourtant, les Israéliens peuvent venir faire du tourisme en toute tranquillité sur les bords du Nil et de la mer Rouge. La redoutable police égyptienne veille au grain, contre son propre peuple.

Evidemment, il ne s’agit pas d’excuser les supporters égyptiens, ou les policiers égyptiens déguisés en supporters, qui ont directement agressé les Algériens sur place. Mais il s’agit de dire à notre opinion publique que ceux qui, parmi eux, étaient sincères, sont autant coupables que victimes. Car ils sont aliénés, chauffés à blanc et préparés, par le puissant appareil de propagande du pouvoir de Moubarak, à « casser de l’Algérien ». Quand des gens logent toute leur vie dans des cimetières, survivent de petits boulots ou de petits trafics, quand ils n’arrivent pas à joindre les deux bouts et n’ont aucun avenir social, il est extrêmement facile de les monter contre un ennemi imaginaire forgé de toute pièce en vue de faire oublier les difficiles conditions d’existence et l’oppression quotidiennes. Le régime égyptien le fait depuis des années contre la résistance libanaise menée par le Hezbollah, l’Iran et les chiites… pour le compte de ses maîtres américains et de ses amis israéliens. Il l’a fait contre l’équipe algérienne à l’occasion du match du Caire en vue de créer une unité nationale factice autour d’un régime corrompu et personnel qui prépare la succession du Roi Moubarak.

Il ne faut pas rentrer dans son jeu car lui seul a intérêt à ce que les peuples algérien et égyptien se détestent et se livrent une guerre verbale et une guéguerre de quartier à l’occasion de chaque rencontre sportive. Le peuple qui a enfanté des Taha Hussein, Djamel Abdennasser, Cheikh el Imam, Ahmed Fouad Nadjem, le général Saad Eddine Chazli, Henri Curiel, Youcef Chahine et autres Neguib Mahfoud ne peut être notre ennemi. Les Algériens doivent savoir que d’illustres voix égyptiennes se sont élevées contre la campagne anti-algérienne du régime Moubarak. Elles furent étouffées. Ce sont elles qui expriment le sentiment profond du grand peuple égyptien et qui doivent nous éviter de tomber dans la haine à l’égard de ce peuple.

Il convient de refuser l’escalade et le déchaînement des passions nationalistes chauvines. Israël se frotte ouvertement les mains de l’antagonisme qui se crée entre les deux pays. Il faudra travailler dur pour reconstruire l’unité des deux peuples algérien et égyptien sur la base de leurs intérêts communs contre l’impérialisme en défense de leur indépendance économique et politique nationale, de la justice sociale et de la démocratie.

La responsabilité de la FIFA et de la CAF

À la suite de l’agression des joueurs et du staff de l’équipe nationale devant leur hôtel au Caire, la FIFA et la CAF auraient très bien pu enrayer la machine infernale déclenchée par le régime policier et corrompu de Moubarak. Il aurait simplement fallu que ces deux institutions « sportives » fassent preuve de fermeté et qu’elles respectent leur propre règlementation. Mais il faut là aussi le réaffirmer sans détour à tous les supporters sincères de l’équipe nationale et à tous les amoureux du ballon rond : cela fait belle lurette que la coupe du monde de football et les jeux olympiques ne sont plus des événements sportifs, s’ils le furent d’ailleurs un jour… La FIFA et le CIO sont des multinationales qui brassent des milliards de dollars annuellement. Le sport n’est qu’un prétexte, une affaire qui profite aux grands bonnets du football mondial ou de l’ « olympisme » et à leurs sponsors. Cela fait longtemps que l’esprit du sport à quitté les compétitions internationales. Les transferts de joueurs aussi faramineux qu’indécents, les compétitions truquées, les champions dopés, voilà la réalité actuelle du sport mondial. Aucune sphère de la vie sociale n’échappe à la logique capitaliste qui gouverne le monde. Pas plus le sport qu’un autre domaine. Est-il normal qu’un joueur de football, véritable gladiateur des temps modernes dont la fonction est d’amuser le peuple en le détournant de son malheureux quotidien, soit vendu à des dizaines de millions d’euros par des clubs de football qui ne sont que des entreprises financières, alors que des milliards de personnes sont victimes de famine, d’épidémie, n’ont pas accès à l’eau potable, survivent dans des bidonvilles, n’ont pas de revenus ?

A l’heure de la domination néolibérale, le football international constitue une fabuleuse poule aux œufs d’or. Il constitue également un moyen d’encadrement et de contrôle des masses en général et de la jeunesse en particulier. Il ne peut de ce fait échapper au politique. Aujourd’hui, le football association est dominé par les pays européens qui s’appuient en retour sur leurs alliés politiques dans les pays du tiers-monde. Dans ce système, le régime égyptien occupe une place de choix. C’est un allié docile des grandes puissances impérialistes et il dispose d’un poids surfait au sein de la CAF. Il bénéficie également du soutien total des instances officielles de la FIFA. Blatter a déclaré il y a quelques mois qu’il n’envisageait pas la coupe du Monde en Afrique du Sud sans l’Egypte. Il s’agit là de l’expression de ses intérêts et non de simples sentiments. Blatter ne s’intéresse nullement au sort de la majorité des Egyptiens qui vivent dans la misère et sont écrasés par la dictature pro-sioniste de son ami Moubarak.

La lourde responsabilité du pouvoir algérien

Devant l’attitude criminelle du régime Moubarak et le silence complice de la FIFA et de la CAF, nos gouvernants auraient très bien pu, eux aussi, stopper l’engrenage infernal dès l’incident du car à l’hôtel du Caire. Il aurait fallu pour cela qu’ils fassent preuve de fermeté, qu’ils démontrent, en actes et non plus en discours, que « l’Algérie est revenue sur la scène internationale comme pays respecté ». Ils ont préféré adopter un profil bas. Au lieu de prendre la parole publiquement, comme savent ou savaient le faire les grands politiques (Fidel Castro, Hugo Chavez, Djamel Abdennasser, Houari Boumediene…) et d’exiger du régime Moubarak qu’il assure la protection de ses hôtes algériens et de la FIFA qu’elle annule le match du Caire ou impose le hui clos, ils se sont tus, abandonnant, comme l’ont très bien rapporté les médias nationaux, les joueurs et les supporters à la vindicte et aux agressions fomentées par la dictature de Moubarak. La télévision officielle, l’Unique, aux mains du régime n’a même pas été capable de montrer les images de l’attaque contre le car qui transportait les joueurs alors que ces images circulaient sur toutes les télés et sur internet.

Cette faiblesse de nos dirigeants, au moment crucial, a encouragé les agresseurs qui se sont fait passer pour des victimes. Puisque les joueurs et les supporters algériens étaient ainsi abandonnés, ils pouvaient s’en donner à cœur joie. Les sbires du régime policier de Moubarak ne se sont pas fait prier pour redoubler d’agressivité à l’égard de civils venus en pays frère.

La faiblesse de nos dirigeants a fait d’autres victimes, les Egyptiens habitants dans notre pays dont certains ont failli se faire lyncher à M’Sila et ailleurs par des foules qui voulaient se faire justice elles-mêmes devant l’absence de réaction officielle digne de ce nom. Il ne s’agit pas, là aussi, d’excuser ceux qui ont assiégé les domiciles de familles et de travailleurs égyptiens ou qui les ont menacés. Leur attitude chauvine voire raciste est inadmissible et ne doit pas être tolérée ni justifiée mais combattue. Il convient cependant, là aussi, d’affirmer que la responsabilité première de ces incidents incombe à nos dirigeants. S’ils avaient pris l’affaire en main dès le départ en indiquant clairement la responsabilité du régime égyptien et en expliquant que le peuple égyptien n’était pas responsable de cette dérive, les résidents égyptiens en Algérie n’auraient pas été inquiétés. Et si nos dirigeants avaient fait preuve de davantage de fermeté et de vigilance, depuis des années, à l’égard du groupe Orascom qui s’est installé en Algérie en terrain conquis – au détriment de l’opérateur public national Mobilis –, qui a cessé depuis deux années d’investir pour rapatrier ses fabuleux bénéfices et qui a vendu dans des conditions inadmissibles ses cimenteries au groupe Lafarge en contrepartie d’une entrée dans le conseil d’administration de cette société, la « rue algérienne » ne s’en serait sans doute pas pris aux boutiques Djezzy.

Mais peut-on demander à un régime qui a bradé El Hadjar, Asmidal, les ports d’Alger et de Djen Djen et qui était même prêt à brader les réserves pétrolières du pays d’adopter une attitude ferme à l’égard du régime dictatorial du Caire ? La fermeté, nos dirigeants la réservent aux travailleurs de l’éducation en grève tabassés sauvagement par la police pour s’être pacifiquement rassemblés devant « leur » ministère pour rappeler de légitimes revendications. La fermeté, ils la réservent aux habitants d’El Ançor qui se révoltent contre les atteintes à l’environnement qui provoquent de graves maladies dont sont victimes leurs enfants. Ils la réservent aux harragas qui cherchent à fuir un pays où on leur refuse tout avenir. La fermeté, ils la réservent aux défenseurs des droits de l’Homme de Ghardaïa ou aux habitants de Diar Echems et de l’intérieur du pays qui réclament leur droit au logement, l’accès à l’eau, à la sécurité routière, à la santé…

Aujourd’hui, une fois les incidents du Caire passés, le pouvoir tente de surfer sur l’immense mobilisation de la jeunesse algérienne en utilisant les milliards dont il dispose. Mais ceux-ci n’oublieront pas qu’au moment décisif, lorsqu’il fallait faire preuve de détermination, de fermeté et d’initiative, ils furent abandonnés. Le pouvoir dépense sans compter des milliards pour tenter de redorer son blason plus que terni, alors même qu’il refuse un salaire décent aux travailleurs de l’éducation qui ont en charge de former les générations futures.

Une bonne nouvelle, l’Algérie a un peuple mobilisé

Mais face à la démission du pouvoir, un nouvel acteur a envahi la scène politique nationale, exhibant sa force et son énergie débordante. Cet acteur, c’est la jeunesse algérienne. Les mêmes qui, quotidiennement, ne pensent qu’à quitter ce pays dont les dirigeants ne leur offrent aucune perspective – 25% de chômeurs juvéniles reconnaissent les experts du FMI venus à Alger quémander de l’argent à nos gouvernants après avoir étranglé le pays dans les années 1990 – se sont transcendés et ont réalisé des miracles. Au-delà du sport, du match, ils voulaient défendre les pauvres joueurs et supporters sans défense du Caire. Ils ont fait preuve d’une extraordinaire créativité artistique et technique, d’un sens peu commun du dévouement et de la solidarité, transformant les murs sales d’« Alger la blanche » en fresques à la gloire de leur équipe et de l’Algérie. Pas une Algérie nationaliste chauvine à l’égard des autres, mais une Algérie patriote qui cherche à donner espoir à son peuple et à améliorer son quotidien, celui des couches défavorisées en particulier. Il faut saluer l’effort des travailleurs d’Air Algérie (pilotes, personnel naviguant et au sol, techniciens…) qui ont transporté les supporters sans se faire payer ainsi que ceux des pilotes de l’ANP qui ont agi de même.

Ce formidable élan de la jeunesse algérienne ne pourra être récupéré par nos gouvernants car ils n’ont rien à leur offrir : ni études dignes de ce nom, ni travail, ni logement, ni loisirs… Ils ne cessent de parler de réconciliation. Pour eux, la réconciliation signifie que les victimes du terrorisme, les familles de disparus ou des victimes de 2001 en Kabylie renoncent à la vérité, à la justice, pour quelques malheureux dinars. Chantres du néolibéralisme qui ravage notre pays depuis des années, nos gouvernants ne comprennent pas que la soif de dignité, de justice et de liberté ne s’achète pas. Pour eux, la réconciliation signifie que les travailleurs sautent de joie après la misérable augmentation du SNMG, que les dockers acceptent le bradage des ports d’Alger et de Djendjen ainsi que les compressions d’effectifs, que les travailleurs de l’Education et de l’Enseignement supérieur acceptent de continuer à travailler pour un salaire de misère, que les jeunes sortis des centres de formation professionnelle ou des universités acceptent l’aumône des « emplois jeunes » et que les travailleurs de la santé (médecins et paramédicaux) fassent de même. Pour eux, la réconciliation signifie que les travailleurs d’El Hadjar acceptent que leur entreprise, qui fournissait en produits sidérurgiques le marché algérien en dinars, exporte désormais en devises pour le compte d’Arcelormittal afin que le pays importe en monnaie étrangère ce qu’il produisait hier dans ses propres usines. Pour eux, la réconciliation signifie que les familles qui s’entassent à 15 dans les 25m2 de tous les Diar Echems et Diar El Kef d’Algérie, acceptent docilement de continuer à vivre durant cinquante autres années dans ces conditions misérables, sans se plaindre, sans venir troubler la quiétude des habitants privilégiés des différentes « résidences d’Etat ». La réconciliation signifie dans leur bouche que les jeunes de nos villages et de nos quartiers populaires – qu’ils qualifient avec mépris d’« aaraya », parce qu’ils les ont effectivement dénudés en leur enlevant ou en ne leur donnant pas ce qui leur revient – ne doivent pas se révolter contre la corruption des autorités locales, les passe-droits qui permettent aux amis de s’approprier les logements dédiés aux démunis. Pas plus qu’ils ne doivent revendiquer l’accès à l’eau potable, aux soins de santé, au gaz, à l’électricité ou le bénéfice d’un réseau d’évacuation des eaux usées. La réconciliation, pour eux, c’est que les femmes continuent à être des citoyennes de seconde zone et que nombre d’entre elles finissent, du fait de lois injustes, dans la rue avec leurs enfants ou à l’hôpital, victimes de mauvais traitements et autres viols. Pour eux, la réconciliation signifie que l’on ne conteste pas leur soumission à l’impérialiste Union européenne qui, dans le cadre de l’UMP, les pousse à une honteuse normalisation avec Israël et leur assigne le rôle peu glorieux de gardes-frontière de l’Europe contre les pauvres émigrants clandestins du continent. Elle signifie leur acceptation des traités inégaux que constituent l’Accord d’association avec l’UE ou l’accord d’entrée à l’OMC actuellement en négociation. Voilà ce qu’ils entendent par réconciliation.

Un nouveau rapport de forces politique est en train de se construire

Mais ils se trompent, nos gouvernants, s’ils pensent qu’une victoire lors d’un match de football dissuadera les démunis et opprimés de revendiquer leurs droits. Le maintien de la grève des travailleurs de l’Education, en pleine semaine d’euphorie autour de l’équipe nationale, démontre que les problèmes ne pourront être dissimulés sous le tapis et que la détermination des travailleurs reste intacte. Les gouvernants devront négocier avec les représentants légitimes des travailleurs et leur faire des concessions. De même qu’ils ne pourront se dérober face aux légitimes et justes revendications des habitants de Diar Echems et d’ailleurs. Nos gouvernants pensent que le soutien des jeunes à l’équipe de Saadane et leur engouement pour l’emblème national signifient que ces derniers les soutiennent, comme si le drapeau était leur propriété. Ils se trompent lourdement et ne tarderont pas à le constater.

L’après qualification en coupe du monde ouvre ainsi une nouvelle phase au cours de laquelle une rude bataille politique et idéologique s’enclenche pour donner du sens aux événements que nous venons de vivre. Chaque force sociale tentera de décoder à sa manière cette séquence en vue de lui imprimer un contenu conforme à sa vision du monde et à ses objectifs politiques. Le pouvoir fait tout pour récupérer la joie et la mobilisation de la jeunesse. Il entend se l’approprier alors qu’il continue de mener une politique qui pousse une partie de cette jeunesse à prendre le risque de mourir en mer pour fuir son pays. Une politique qui en fait sombrer d’autres dans la drogue pour tenter d’échapper à un quotidien morose. Une politique qui laisse une majorité de jeunes démunis, hommes et femmes, sur le carreau car sans avenir social : ni travail, ni logement…

Il revient aux forces progressistes et démocratiques de donner un autre sens à cette victoire sportive. Non pas en l’abandonnant au pouvoir comme si elle était sienne car c’est ce qu’il attend. Et encore moins en se drapant dans une attitude de mépris à l’égard du vaste mouvement de solidarité et de joie de la jeunesse et de la grande majorité de notre peuple pour l’équipe de football. Non, il convient de disputer au pouvoir cette formidable mobilisation de la jeunesse en lui donnant un sens qui est la défense de l’économie nationale contre les Djezzy de toutes sortes, le combat pour la justice sociale afin que les travailleurs soient correctement payés et que les jeunes aient concrètement de l’espoir (formation, travail, logement…) et, enfin, la lutte pour la liberté c’est-à-dire la démocratie, l’émancipation des femmes, la liberté de conscience, l’égalité des langues du peuple… La plus grave erreur des forces progressistes serait de ne pas prendre part à cette bataille politique contre le pouvoir sous prétexte de son caractère asymétrique. Le pouvoir dispose effectivement de gros moyens auxquels il empêche les autres forces politiques d’accéder : médias lourds, salles de réunions, manifestations… Mais sa faiblesse réside dans le fait que ni la liberté ni la satisfaction des besoins sociaux du plus grand nombre ne figurent à son agenda politique. Dans ces conditions, la désillusion viendra fatalement. Et plus les forces progressistes résisteront, plus vite la conscience populaire s’affranchira des visions dévoyées que tente de lui vendre le pouvoir.

Les temps changent et l’une des leçons les plus importantes de cette semaine est que la mobilisation des jeunes a réimposé, pendant un court laps de temps, le droit de manifester dans la capitale. Car la reconquête de ce droit élémentaire viendra des habitants d’Alger. Ils peuvent y arriver même si nous n’en sommes pas encore là. Il faudra qu’ils s’organisent autour de leurs propres revendications dans des comités de quartier, d’immeubles, dans des syndicats de travailleurs, dans des associations de parents d’élèves, de femmes, de jeunes, de défense des droits de l’homme, de familles de harragas, de victimes d’erreurs médicales…

Si la grande masse des Algériens s’organise, se mobilise et entre en lutte, si une large alliance regroupe les travailleurs et la jeunesse pour défendre l’économie nationale, la justice sociale et la liberté, c’est-à-dire la démocratie, alors aucune force au monde ne les arrêtera.

Alger, le 5 décembre 2009 _ Hocine Belalloufi _ Journaliste


BOLIVIE: SENS ET PERSPECTIVES D’UN SUCCES ELECTORAL

BOLIVIE

Que de calomnies les media capitalistes n’ont cessé de déverser sur le processus révolutionnaire en cours en Bolivie. Le texte ci-dessous vous livre le « secret » social du nouveau et récent succès électoral massif et non contesté de Evo Morales. D’autres facteurs tout aussi fondamentaux sont aussi en cause. En un mot, les succès se consolident lorsque convergent la justice sociale, la lutte anti-impérialiste et de justes relations démocratiques entre les identités culturelles.

Mais laissons s’exprimer une institutrice, chaque jour présente au coeur de sa société en mouvement. En deux lignes, elle vous livre l’un de ces « secrets » de la révolution bolivarienne, quelque chose de simple et de basique mais que les régimes d’exploitation et d’oppression précédents n’ont pas réalisé, et pour cause!

Irene Paz : « Moi, je suis enseignante et ce que je vois c’est que les enfants peuvent aller à l’école pleins d’espoir, parce qu’on leur y sert un petit-déjeuner »

lundi 7 décembre 2009, (repris du site Al Oufok)

Fort d’une large victoire aux élections présidentielle et législatives de dimanche, Evo Morales s’est engagé à renforcer l’ancrage à gauche de la Bolivie en matière économique et sociale.

La proclamation des résultats officiels n’était pas attendue avant lundi soir mais selon les sondages réalisés à la sortie des urnes et un décompte rapide, le chef de l’Etat sortant est crédité de 63% des voix au moins, soit une avance de plus de 35 points sur son principal rival, l’ancien gouverneur de droite Manfred Reyes Villa.

En outre, sa formation, le Mouvement vers le socialisme, s’adjuge les deux tiers des sièges tant au Sénat qu’à la Chambre des députés, toujours selon les sondages sortie des urnes.

« Les Boliviens nous ont confié l’énorme responsabilité d’approfondir cette transformation. Les Boliviens ont sanctionné ceux qui trahissent ce processus », a déclaré Evo Morales lors d’une conférence de presse.
Ses détracteurs lui reprochent d’avoir acheté les voix des électeurs en versant des aides en liquide aux familles pour la scolarité des enfants, le soutien aux mères au foyer ou encore le relèvement des pensions des retraités.

Le président bolivien répond que ces mesures sont la traduction d’une politique sociale résolue, à rebours des politiques libérales menées par ses prédécesseurs et qu’elles sont payantes politiquement.
« Moi, je suis enseignante et ce que je vois c’est que les enfants peuvent aller à l’école pleins d’espoir, parce qu’on leur y sert un petit-déjeuner », déclare Irene Paz, 36 ans, une habitante d’El Alto, un quartier pauvre à la périphérie de La Paz.
« Quand je leur demande ce qu’ils font de leur argent, certains disent qu’ils achètent une paire de chaussures. Ils n’en avaient pas auparavant », ajoute-t-elle.

La victoire d’Evo Morales, qui est âgé de 50 ans, consacre sa suprématie face à une opposition conservatrice affaiblie et divisée, liée à l’élite des affaires.
« Il est en train de changer les choses », dit Veronica Canizaya, ménagère de 49 ans ayant voté pour le président sortant, premier Amérindien à avoir accédé à la tête de la Bolivie. « Il aide les pauvres et construit des écoles et des autoroutes. »

Evo Morales, allié du président vénézuélien Hugo Chavez, a fortement augmenté les dépenses sociales pendant son premier mandat grâce notamment aux revenus tirés du secteur de l’énergie, nationalisé en 2006. La Bolivie est le premier exportateur de gaz naturel d’Amérique latine.

Ses adversaires lui reprochent de n’avoir pas réussi à augmenter la production, à développer la production de gaz naturel et à éradiquer la corruption au sein de la compagnie nationale de l’énergie.
L’ancien syndicaliste et ex-planteur de coca devrait renforcer la mainmise de l’Etat sur l’économie lors de son second mandat.
Il a promis de créer des entreprises publiques dans la cimenterie, le papier, les produits laitiers et le secteur pharmaceutique. Il veut que le pays se développe dans les secteurs du fer et du lithium de façon à ce que la Bolivie exporte plutôt des produits à valeur ajoutée plutôt que de matières premières.

La Bolivie, dont 60% des 10 millions d’habitants vivent sous le seuil de pauvreté, dispose des plus importants gisements de gaz naturel d’Amérique du Sud derrière le Venezuela et de très importantes réserves de lithium.
Le carbonate de lithium est le principal composant des batteries rechargeables qui équipent les ordinateurs portables, les téléphones mobiles et les appareils photo numériques. La demande pour ce métal pourrait exploser si les constructeurs automobiles se lançaient dans la fabrication à grande échelle de véhicules électriques.

De nombreux analystes prévoient un infléchissement de l’attitude d’Evo Morales vis-à-vis des entreprises étrangères lors de son second mandat.
En campagne la semaine dernière, le président bolivien a déploré que le manque d’investissements étrangers empêche le pays de développer ses capacités de raffinage du gaz naturel et d’autres produits dérivés. Il a admis qu’il devait tenter d’attirer les entreprises étrangères.

(Lundi, 07 décembre 2009 – Avec les agences de presse)

كلمة الحزب الشيوعي اللبناني في مؤتمر الاحزاب الشيوعية والعمالية

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Dans la capitale syrienne Damas, s’est déroulée récemment une rencontre de 50 partis communistes et ouvriers, en solidarité avec la lutte de libération du peuple palestinien. C i-dessous, l’allocution de Marie Nassif-Debs, secrétaire générale adjointe du PC libanais, ainsi que la résolution adoptée en 6 points. Sont mentionnées également les perspectives de renforcement et d’élargissement de cette action, notamment la réunion en novembre d’une rencontre mondiale encore plus large à New Delhi (Inde). A l’initiative des PC libanais, jordanien, syrien et palestinien (PPP), cette rencontre s’est déroulée dans un esprit de coordination et non pas, comme l’ont souligné des participants, sous l’égide dune direction centralisée Nous donnerons ultérieurement la traduction française de ces documents quand elle sera disponible

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حضرة الرئيس

الرفيقات والرفاق ممثلي الأحزاب الشيوعية والعمالية،

أود، أولاً باسم الحزب الشيوعي اللبناني، أن أؤكد على أهمية القرار الذي اتخذناه بالدعوة إلى هذا المؤتمر الإستثنائي، وفي هذا الوقت بالذات. فهو يأتي بعد تراجعات عربية ودولية ملفتة، أسس لها خطاب رئيس الإمبريالية الأميركية، باراك أوباما، خلال زيارته الى المنطقة في تموز الماضي، وتوضحت معالمها في التوجهات التي تضمنها خطة الموفد الأميركي جورج ميتشل ، وبانت اهدافها للعيان في ما قاله باراك أوباما أمام الجمعية العامة للأمم المتحدة. ونلخص كل هذه الأقوال والتحركات بأنها تهدف الى تصفية القضية الفلسطينية وإنهاء الصراع العربي- الصهيوني من خلال السعي لتشتيت اطرافه وعبر الإستفادة من المعسكر المؤيد له والذي يطلق عليه إسم  » العرب المعتدلين »…

الرفيقات والرفاق،

لقد اعطت الوثيقة السياسية المقدمة لنا صورة وافية عن المسار التاريخي للصراع الناشيء في منطقتنا، بدءاً بالدور الذي لعبه الإستعماران البريطاني، اساساً، والفرنسي في نكبة فلسطين وشعبها، منذ أيام وعد بلفور ومعاهدة سايكس بيكو. كما لمحت، ولو سريعاً، إلى ارتباط المشروع الإستعماري – الإستيطاني في فلسطين باكتشاف البترول والغاز في الجزيرة العربية. ونود، هنا أن نضيف مسألة المياه ودورها كعنصر جديد للحروب، في القرن الواحد والعشرين، وما تزخر به منطقتنا العربية الممتدة من العراق الى سوريا وفلسطين ولبنان من انهار ومياه جوفية ( قمنا بدراسة حولها وقدمناها الى المؤتمر ).

إذاً، هدف الإمبريالية الأميركية واضح من دعم اسرائيل وكذلك من مشروع الشرق الأوسط الجديد الذي طرحته إدارة جورج بوش السابقة. فهو يسعى إلى تعزيز الوجود الإمبريالي الجديد في الخليج العربي، امتداداً الى افغانستان، من خلال تمتين وضع إسرائيل، التي تشكل قاعدة أساسية للولايات المتحدة وحلفائها، إضافة الى الوجود العسكري المباشر، المتمثل في مئات آلاف الجنود الأميركيين والمنتمين الى حلف شمال الأطلسي، والى عشرات القطع الحربية ومئات الطائرات وشتى أنواع الأسلحة الفتاكة، المحظورة مبدئياً، التي استخدمت وتستخدم ضد شعوب المنطقة في فلسطين ولبنان والعراق على وجه التحديد.

لذا، نعتقد أن التوجه العربي للإمبريالية، الأميركية أساساً، من اجل إيجاد حل سلمي للمنطقة هو ضرب من ضروب الخيال. فالإمبريالية لا تولد إلا الحروب. وهي لا تتوانى حتى عن استخدام اسلحة الدمار الشامل، الكيميائية والبيولوجية وحتى النووية، حيث يحكى عن قنابل جديدة منها ذات انتشار محدود قدمتها الولايات المتحدة لإسرائيل، لاستخدامها ضد الضعب اللبناني واهالي غزة المحاصرة. كما يحكى أن هدف المناورات التي تمت في اواخر آب الماضي، ضمن حلف شمال الأطلسي وبمشاركة إسرائيلية، وتلك التي ستجري خلال هذه الأيام، هو تمكين إسرائيل من الثأر للهزيمة التي منيت بها في صيف العام 2006 على يد المقاومة الوطنية اللبنانية، بمختلف مكوناتها ومنها حزبنا ( بغض النظر عن احجام تلك المكونات ودور حزب الله فيها).

الرفيقات والرفاق،

لابد لنا من أن نتوقف قليلاً عند  » خطة جورج ميتشل »، التي خصلت، على ما يبدو، على مباركة من يطلقون على أنفسهم إسم  » العرب المعتدلين ».

هذه الخطة، القديمة المتجددة، تتجه باتجاهات ثلاث، عبر عنها خطاب باراك أوباما في الجمعية العامة عندما تحدث عن مسارات ثنائية أو متعددة الأطراف بين حكومة نتانياهو- ليبرمان والدول العربية.

· الهدف الأول، وهو تسهيل تنفيذ شعار غلاة الصهاينة، منذ هرتزل وبعده من غوريون، امتمثل في تحويل إسرائيل الى  » دولة اليهود في العالم ». وهو شعار لا يعني، حسب رأينا، ما يجري تظهيره من أن الولايات المتحدة تريد التوصل الى دولتين على ارض فلسطين. بل إنه يعني اقتلاع مت تبقى من فلسطينيي 1948 من أرضهم والاستمرار في تهويد القدس والضفة الغربية، عبر المستوطنات التي لم تتوقف، بتشجيع من واشنطن وبغض الطرف من قبل الإتحاد الأوروبي الذي لم بعد يكتف بدعم إسرائيل مالياً واقتصادياً ولوجستياً، بل أدخلها ضمن خططه العسكرية والأمنية عبر المعاهدة التي صاغها الرئيس الفرنسي ساركوزي والتي تنفذ بحذافيرها في الوقت الحاضر. أما النظام العربي الرسمي، كله، فصامت أو يعبر بالكثير من الحياء عن مسائل الإستيطان وحق العودة وما يطرح من مشاريع لمدينة القدس.

· الهدف الثاني، ويكمن في تطبيع غير مشروط للعلاقات العربية – الإسرائيلية، خاصة في المجال الإقتصادي حيث تتضح المطالبة بفتح مكاتب تجارية عربية ضمن الكيان الصهيوني، ويعلو الصوت حول  » مبادرات اقليمية » جنباً الى جنب مع المفاوضات الثنائية التي يجب أن تقوم بين اسرائيل والفلسطينيين وإسرائيل ولبنان واسرائيل وسوريا.

· أما الهدف الثالث لخطة ميتشل، فيتجاوز مسألة حل الصراع العربي- الصهيوني ومفاعيله، والتطبيع ونتائجه، لينطلق الى الغاء هويتنا ودمجنا في بوتقة دينية وطائفية يطلق عليها، اليوم مجدداً، إسم الشرق الأوسط الجديد، تؤدي الى تحويلنا الى مجموعات متنافرة، طائفياً وقومياً، ويدون هوية.

إن خطة ميتشل، المستندة الى ما يسمى  » مشروع أوباما للسلام » خطيرة جداً، بل إنها أشد خطورة من سابقاتها. فهي تأتي في ظل حروب أهلية وطائفية، مستعرة او يجري التحضير لها، بدءاً مما يجري، اليوم، في اليمن وعودة الى العراق والمرحلة الدموية التي يشهدها والى الإنقسام الفلسطيني والى الأوضاع الخطيرة السائدة في لبنان والتي تعبر عنها الإنفجارات الأمنية المتنقلة، والتصعيد ضد الفلسطينيين وضد السلاح الفلسطيني داخل وخارج المخيماتـ مترافقاً مع عودة نغمة التوطين ورفضه… في وقت تجري فيه محاولات حثيثة لتناسي الخلايا التخريبية الإسرائيلية التي تم اكتشافها.

وبينما يتراجع الحكام العرب عن التزاماتهم تجاه لبنان وفلسطين، واللاجئين الفلسطينيين على وجه التحديد، نجدهم يتبرعون بمئات مليارات الدولارات من أجل مساعدة الإمبريالية الأميركية على الخروج من أزمتها المالية والإقتصادية… ويقال أن بعض دول الخليج العربي مهددة بالإفلاس نتيجة المبالغ التي أسهمت فيها للتخفيف من مفاعيل الأزمة الرأسمالية…

إن لبنان في خطر، اليوم، نتيجة المؤامرة الأميركية – الإسرائيلية الجديدة المسماة » خطة ميتشل » وكذلك نتيجة ما تحضره إسرائيل، بدعم اميركي واطلسي، وبالإستناد الى بعض الأدوات الداخلية اللبنانية، من توسيع رقعة التفجيرات الداخلية (وهي التي تطمح الى استعادة أيام الحرب الأهلية) ومن احتمالات عدوان جديد تحت حجة عودة بعض الصواريخ الموجهة الى الإنطلاق من لينان، كما حرى منذ ثلاثة اسابيع، أو عودة سلاح حزب الله والمقاومة الوطنية الى المنطقة الحدودية… هذا عدا عن سلاح الوضع الإقتصادي والإجتماعي المتدهور في ظل اختلاف اطراف البرجوازية ( الذين توافقوا في الدوحة وشكلوا حكومة ممثلة لهم جميعاً) على كيفية توزميع الحصص، وإن نكن نحمل بعض الأطراف، وبالتحديد الطغمة المالية المرتبطة بالمشروع الإمبريالي النيوليبرالي المعولم، الوزر الأساسي للأزمة وما يمكن أن ينتج عنها اجتماعياُ وأمنياً.

الرفيقات والرفاق،

هذه هي، باختصار كلي، رؤيتنا للوضع السائد في لبنان والمنطقة. وهي رؤية واقعية، وليست تشاؤمية.
على هذ الأساس، نقترح على مؤتمرنا الإستثنائي وبالإضافة الى البلاغ المشترك الذي نوقش وادخل عليه تعديلات نوعية ، وضع خطة تحرك سياسية وجماهيرية داخل شعوبنا وفي مواجهة حكوماتنا والنظام الدولي المتمثل بالأمم المتحدةومؤسساتها، وفي مقدمتهم مجلس الأمن الدولي.
هذه الخطة تنطلق من التالي :

1. إلزام اسرائيل على تطبيق القرار 194 الذي يؤكد على حق العودة للاجئين القلسطينيين الى ارضهم وبناء دولتهم المستقلة، ووقف كل اشكال الإستيطان وتدمير المستوطنات داخل الضفة الغربية وفي حدود قطاع غزة./

2. إلغاء كل الإتفاقيات العسكرية والمنية والإقتصادية التي تعطي الأولوية لإسرائيل ضمن الإتحاد الأوروبي وفي كل بلد أوروبي على حدة.

3. إقفال السفارات والملحقيات الإقتصادية الإسرائيلية الموجودة في عدد من البلدان العربية وكذلك تلك التي أقامت بعض الحكومات العربية في اسرائيل

4. العمل على وقف تهويد القدس العربية والمطالبة بنقل حكومة العدو منها.

5. القيام بحملة شاملة لمقاطعة المنتجات الإسرائيلية ومنتجات الشركات التي تدعم اسرائيل بالمال لكي تفتل أطفال فلسطين ولبنان وتدمر البلدين
هذا، وفي الختام، يدعو الحزب الشيوعي اللبناني جميع الأحزاب الشقيقة والصديقة الى إطلاق فعالية واسعة في 15 ايار المقبل ( 2010) في ذكرى اغتصاب فلسطين يمكن ان نتقدم باقتراح عملي اتنفيذها إبان لقائيا الدوري في نيودلهي، في تشرين الثاني المقبل.

دمشق , 27-30 أيلول 2009

***

البيان الختامي – المعلن في اللقاء الصحفي- دمشق

بسبب الوضع المتوتر في منطقة الشرق الأوسط والناجم أساساً عن استمرار تعنت إسرائيل ومن ورائها الولايات المتحدة، في التنكر لحق الشعب الفلسطيني في تقرير مصيره بنفسه وإقامة دولته الوطنية المستقلة، واستمرار الجرائم الإسرائيلية بحق هذا الشعب، وكذلك بسبب استمرار احتلال الجولان السوري والعراق، فقد تداعت الأحزاب الشيوعية والعمالية في العالم إلى عقد اجتماع استثنائي عالمي لهذه الأحزاب في دمشق لبحث هذه الأوضاع وإتخاذ المواقف المناسبة. وقد عقد هذا الاجتماع بالفعل بتاريخ 28-29/09/2009 بحضور أكثر من 50 حزباً شيوعياً لوضع برنامج عملي لتحركاتهم المشتركة في مجال التضامن مع الشعب الفلسطيني واتفقوا على النقاط التالية :

1. يدعم المجتمعون حق الشعب الفلسطيني وممثله الشرعي الوحيد منظمة التحرير الفلسطينية. في الإعلان من طرف واحد عن قيام الدولة الفلسطينية المستقلة على كامل أراضي الضفة الغربية بما فيها القدس الشرقية وعلى قطاع غزة، ويدعون الأمم المتحدة إلى الإعتراف الكامل بهذه الدولة.

2. القيام بتحرك مشترك في 29 تشرين الثاني عام 2009 يوم التضامن العالمي مع الشعب الفلسطيني والتظاهر أمام السفارات الإسرائيلية في البلدان التي لها علاقات دبلوماسية مع إسرائيل، وإلى التجمع أمام مراكز الأمم المتحدة أو السفارات الأمريكية في البلدان الأخرى، وذلك تحت شعار وقف مؤامرة تهويد القدس ووقف وإزالة الاستيطان.

3. الضغط على البلدان التي أقامت علاقات ثنائية مميزة مع إسرائيل خاصة الاتحاد الأوربي، ووقف العمل بهذه الاتفاقيات.
4. تنظيم فعالية سنوية في 15 أيار من كل عام هدفها تقديم شتى أنواع الدعم للشعب الفلسطيني.

5. تنظيم فعاليات مختلفة أيضاً لدعم الجولان السوري المحتل واعادته إلى وطنه الأم سورية، واجلاء الاحتلال الإسرائيلي عن مزارع شبعا وتلال كفر شوبا.

6. وضع برنامج عملي مفصل لتطوير الاعلام بشكل مشترك بين الأحزاب الشيوعية والعمالية.

7. تنظيم تجمع للمحامين لسوق مجرمي الحرب الأمريكيين والإسرائيليين أمام محكمة دولية تقام لهذا الهدف، بدءاً بالمسؤولين عن مجازر صبرا وشاتيلا وقانا والجليل وغزة، وكل الجرائم التي ارتكبت بحق المدنيين في فلسطين ولبنان وسورية، وصولاً إلى المجازر ضد الشعب العراقي.

هذا، وقد اتفق ممثلو الأحزاب الشيوعية والعمالية العالمية على تشكيل لجنة تحضير برنامج أكثر تفصيلاً، يأخذ بعين الاعتبار كل الاقتراحات العملية التي تقدم بها المشاركون على أن تتشكل هذه اللجنة من أربعة أحزاب هي : الحزب الشيوعي اليوناني- الحزب الشيوعي اللبناني- حزب الشعب الفلسطيني- الحزب الشيوعي السوري لوضع مشروع البرنامج المشار إليه.

وفي الختام توجه ممثلو الأحزاب الشيوعية والعمالية بالشكر للحزب الشيوعي السوري على حسن تنظيمه لهذا الاجتماع العالمي الكبير وعلى الجهود التي بذلها لإنجاحه.

وأشاد المجتمعون أيضاً بالتسهيلات التي قدمتها سورية لتسهيل إنعقاده في ظروف مناسبة.

MIGRATIONS: l’appel aux dénonciations!

Étranges étrangers

Ci-dessous, deux documents:

1. deux articles récents du « Jornal Avante! », traduits du portugais par S N;

2. un article de 
Ould
 Sidi‐Rached
, publié à l’automne 2005 dans Alger Républicain, au moment de la flambée des banlieues françaises.

La nouvelle législation italienne sur l’immigration est entrée en vigueur le 8 août 2009. Elle se voudrait en pointe juridique de l’ Europe pour l’aggravation des atteintes au droit des personnes. Plus que jamais la « libre circulation » ne concerne que les sociétés multinationales et les finances.

Les articles cités montrent comment ce qui intéresse au plus haut point les gouvernants d’Europe depuis une centaine d’années n’est pas le respect des droits humains et de la dignité des migrants. C’est l’utilisation et l’exploitation éhontée de main d’oeuvre à bon marché, de « chair à canon » dans ses guerres, et d’appoint démographique pour relever son taux de natalité.

L’ITALIE POURCHASSE LES IMMIGRÉS

OBSESSION XÉNOPHOBE

La loi controversée de la Sécurité, qui configure le crime d’immigration irrégulière et réglemente les patrouilles de citoyens, est entrée en vigueur le 8 août, avec la publication des textes d’application au quotidien officiel.

Dorénavant tout immigré clandestin est passible d’amendes entre cinq mille et 10 mille euros et à un maximum de six mois de détention dans des centres d’identification et d’expulsion (ndlr: le délai était précédemment de deux mois).

Quant aux personnes qui hébergent des immigrés clandestins, gracieusement ou moyennant un loyer, ceux-ci encourent une accusation de crime passible de trois ans de prison.

Les immigrés doivent présenter leur titre de séjour chaque fois qu’ils nécessitent un service de l’Administration Publique, et les fonctionnaires, à l’exception des médecins et des directeurs d’établissements d’enseignement, sont obligés de dénoncer les sans-papiers.

Néanmoins, la version finale du projet xénophobe, un outrage à la dignité humaine, a souffert quelques modifications qui, tout en maintenant son essence, atténue certains de ses effets immédiats.

L’un d’eux, concernant les parturientes immigrées qui, contrairement à ce qui était initialement prévu, peuvent maintenant enregistrer leurs enfants sans avoir à présenter leur titre de séjour.

Rappelons que, selon le projet présenté par le gouvernement de Silvio Berlusconi, les femmes sans-papiers pouvaient êtres séparées de leurs enfants, ceux-ci étant livrés aux services de l’État.

A présent, la législation considère suffisante la présentation de l’autorisation provisoire de six mois octroyé après l’accouchement afin d’enregistrer les nouveaux-nés.

La deuxième modification concerne la garantie donnée par les autorités aux sans-papiers employés dans les services domiciliaires qu’ils ne seront pas objet de persécutions et qu’ils bénéficieront d’une procédure extraordinaire de régularisation.

Pour cela, les employeurs devront faire la preuve de la nécessité de leurs services.

Conformément aux déclarations du ministre des Activités Productives, Claudio Scajola, la régularisation extraordinaire devra également être élargie à d’autres catégories d’immigrés clandestins, de manière à assurer la main d’œuvre nécessaire aux différents secteurs de l’économie.

Pays militarisé

Dans ce paquet législatif est également inclus le règlement de la constitution controversée de patrouilles de citoyens, soutenue par le ministre de l’Intérieur, Roberto Maroni, d’extrême droite.

Essayant de diminuer les craintes sur la résurgence des troupes fascistes, le gouvernement a stipulé que les «volontaires» ne peuvent pas disposer d’uniformes, mais seulement de gilets fluorescents, qu’ils ne peuvent pas utiliser des armes ou des chiens et que chaque équipe est limitée à cinq personnes. En outre, les membres de cette équipe doivent avoir plus de 25 ans et un casier judiciaire vierge et ne peuvent exhiber des liaisons explicites à des partis politiques ou des claques de football.

Ces groupes, qui dépendent de l’initiative municipale, rejoindront les effectifs de la Police et de l’Armée qui patrouillent déjà dans les grandes villes. Récemment, le Gouvernement a élevé à 4250 soldats le contingent de militaires au service de la sécurité publique.

Jornal Avante! nº 1863, du 13/08/2009.

Traduction du Portugais de SN


L’ITALIE LÉGALISE LES IMMIGRÉS

Peu de jours après l’approbation de la loi qui criminalise l’immigration irrégulière, le Centre d’Études Sociales italien, Censis, a révélé qu’il existe près d’un million et demi d’immigrés dans le pays qui travaillent comme employés domestiques et prêtent assistance aux personnes âgées.

Dans cette énorme masse de travailleurs, 71.6 pour cent ne sont pas régularisés, ce qui a obligé le gouvernement à annoncer un processus spécial de légalisation, entre le 1er et 30 septembre, qui pourra inclure 750 mille «collaborateurs domestiques» qui prouvent être indispensables aux familles transalpines.

Jornal Avante! nº 1864, du 20/08/2009.

Traduction du Portugais de SN


VIOLENCE URBAINE EN FRANCE

COMME « LA RACAILLE » QU’IL DENONCE,
M. SARKOSI EST ISSU DE L’IMMIGRATION !

Étranges étrangers
Le poème ci-contre intitulé « étranges étrangers » de Jacques PREVERT -pour le lire: cliquez ici-, a été publié par les éditions Gallimard (Paris) dans le recueil de poésie « La pluie et le beau temps » et ce, exactement en 1955. Un demi-siècle déjà !

Or le texte garde toujours sa fraîcheur et surtout, son actualité. Certes, les quais de Javel dont le poète parle n’hébergent plus les usines Citroën ; celles-ci ont été transférées bien loin de Paris… cependant le contenu du poème nous a paru d’une grande utilité pour faire le lien avec la présente et brutale actualité, celle des banlieues parisiennes qui flambent… Ces jeunes desperados qui ont brutalement tant occupé les médias, n’ont-ils pas eu pour grands-pères et arrières grands-pères ces ‘Kabyles de la Chapelle et des quais de Javel’ dont parle PREVERT ? Bien sûr que oui. Et dans ce cas, pouvaient-ils rester indifférents aux provocations de ce ministre de l’intérieur du gouvernement français, l’inquiétant Nicolas Sarkosi. Peut-être faudrait-il présenter d’abord ce personnage aux lecteurs d’Alger Républicain.

M. SARKOSI est issu d’une famille hongroise ayant émigré vers l’hexagone en 1945, comme ce fut d’ailleurs le cas d’Yves MONTAND, issu lui d’une famille italienne (là s’arrête la similitude, parce que si notre vedette de la chanson et du cinéma est d’origine ouvrière, celle de ce ministre de l’intérieur de la France républicaine peut être définie comme émanant d’un milieu assez privilégié …). Le frère de Sarkosi, est d’ailleurs membre dirigeant de l’organisation patronale française (ex-Medef), étant lui-même industriel dans le textile…

Ayant habité Neuilly-sur-Seine, référence sociale par excellence, les enfants Sarkosi ne risquaient pas de se frotter aux autres quartiers du Paris populeux et, encore moins, des banlieues environnantes aussi peu hospitalières les unes que les autres….

Pour aller au plus pressé, c’est-à-dire ce qui nous intéresse, il faut signaler que Sarkosi eut la chance, ou l’opportunité –qu’il ne laissa évidemment pas passer- de côtoyer MM. Edouard BALLADUR et Charles PASQUA ; le premier, né en Turquie, est issu d’une famille de financiers qui émigra en France (et débarqua à Marseille en 1935) ; le deuxième, pur-sang corse, lesquels citoyens de cette bienheureuse île, jaloux de leur identité, n’hésitent pas à activer dans les mouvements autonomistes, indépendantistes et autres ; leur affinité était telle qu’on rencontra Pasqua témoin au premier mariage de Sarkosy. Ces deux importantes personnalités politiques de la bourgeoisie française, c’est-à-dire de droite, comme on dit, ont principalement pour dénominateur commun, celui d’être résolument anti-chiraquien, et de ne pas hésiter à chasser sur les ‘platebandes’ de l’électorat LE PEN.

C’est ainsi que Balladur et Pasqua lui servirent de mentors en quelque sorte, puisqu’ils l’ont pris sous leur protection éclairée en vue de lui faire conquérir la présidence de la République (on se rappelle que, précédemment, en 1995, Balladur avait échoué face à Chirac dans la course à l’Elysée, malgré le soutien actif de ses amis Sarkosi et Pasqua …). Sarkos, Balladur et Pasqua forment une équipe de « copains et de coquins ». N’a-t-on pas vu, récemment, M. Pasqua lui laisser en héritage le conseil général des Hauts-de-Seine qu’il présidait depuis des lustres ? Quant à la mairie de Neuilly sur Seine, circonscription résidentielle, l’élection au poste de 1er magistrat confirmait invariablement, depuis 1983, M. Sarkosi, que c’en est devenu une formalité pour notre personnage…

L’inconvénient c’est que la France, en matière d’émigration, n’est pas habitée que par des citoyens du type cité (Sarkosi, Balladur, Pasqua), loin de là. L’immense, l’écrasante majorité est issue de ses anciennes colonies africaines et asiatiques.

En ce temps-là, l’Occident qui s’industrialisait au pas de charge, avait un besoin pressant d’une très nombreuse main-d’œuvre, docile et corvéable à souhait. A ce propos, une petite parenthèse pour citer l’historien René Galissot qui nous apprend qu’en 1922, les huileries de Marseille étant en grève, les autorités françaises firent venir en urgence de la main d’œuvre issue de Grande-Kabylie… C’est à partir de cette époque que l’émigration algérienne en France fût suscitée, voire provoquée…

L’Europe, et principalement la France, avait également besoin, pour faire face aux deux guerres mondiales, d’une très grande quantité de chair à canons issue de ses nombreuses colonies (tirailleurs, tabors, etc.)

Enfin, l’Occident à présent s’aperçoit que sa démographie périclite dangereusement. Sans le déclarer publiquement, les dirigeants de la rive Nord de la Méditerranée sont obligés d’ouvrir les portes à l’émigration issue de la rive Sud, comme on le dit prudemment, et ce, afin de bénéficier des fruits de la généreuse procréation de ces millions d’Arabes, d’Africains et d’Asiatiques ! Pensez donc, la France, comme la Suisse, comme l’Italie, comme l’Espagne, comme le Portugal, comme l’Allemagne, etc. sont irrémédiablement menacées, à court terme, de rentrer dans un cycle assez préoccupant de dépérissement, le renouvellement de la population n’étant plus assuré (la population vieillissant de plus en plus et les naissances se faisant de plus en plus rares).

Malheureusement, malgré sa nécessité, cette émigration ne fut ni gérée correctement ni, encore moins respectée. Pour abréger nous avons à présent le tragique spectacle diffusé généreusement par les chaînes de télévision. Pour M. Sarkosy c’est l’aubaine souhaitée pour ne pas dire provoquée ; que voulez-vous, les carrières politiques dans ce monde dit «libre» et «démocratique», ces carrières politiques pour aboutir, n’empruntent pas souvent un chemin céleste, celui de la transparence et du fair-play. Leur philosophie a toujours été que la fin justifiait les moyens. Point à la ligne. Ça peut vous donner froid dans le dos, mais c’est ainsi. Si vous osez avancer quelque objection que ce soit, vous êtes broyés ; inexorablement laminés. C’est le fameux ‘kärcher’ de Sarkos-la-racaille qui intervient. Ce faisant, les réflexes sécuritaires joueront à fond auprès des populations, même laborieuses , et lors des élections prochaines sera récolté le vote souhaité et attendu, c’est-à-dire massif…

Bien sûr on pourra nous rétorquer qu’il y a tout de même des efforts qui ont été faits, des mesures positives prises, en vue d’une intégration devenue problématique. On nous citera pour cela des exemples édifiants, prometteurs, annonciateurs d’ouvertures etc. Les médias nous gaveront de quelques réussites exemplaires : M. Hamlaoui Mekachera, comme ministre des anciens combattants, lui qui aurait fait carrière, semble-t-il, dans la gestion hospitalière de l’armée; M. Azouz Begag, sociologue et romancier, ministre délégué à la promotion de l’égalité des chances, désigné parce qu’il est issu des banlieues, parce qu’il est fils d’ouvrier maçon à Villeurbanne, et parce qu’il a grandi dans cette municipalité communiste; M. Mohamed Arkoun, éminent professeur d’Université, spécialiste de l’ Islam et du dialogue avec le Vatican ; Madame Assia Djebar « élue » récemment à l’Académie Française, parce qu’en tant que femme d’Algérie, elle symboliserait l’impact de la culture française dans ce pays et au-delà ; M. Zinedine Zidane, celui qui a eu le mérite de ressusciter le football français, en l’élevant à un niveau international, etc.

Mais que représentent quelques arbustes dans une forêt de 4 à 5 millions d’immigrés, de vrais arbres cette fois-ci ?

Ould Sidi-Rached

Tunis, les 19 et 21 novembre 2005

publié le 06 décembre2005